Archive pour la catégorie 'Judaisme: Fête'

ROSH HASHANA 2013, LES RITES DU NOUVEL AN JUIF

4 septembre, 2013

http://suite101.fr/article/rosh-hashana-2011-les-rites-du-nouvel-an-juif-a13410

ROSH HASHANA 2013, LES RITES DU NOUVEL AN JUIF

En 2013, le Nouvel An juif débute le 4 septembre. Retour sur les célébrations, traditions et rites de la nouvelle année dans le judaïsme.

Le premier et deuxième jour du mois de Tichri, septième mois du calendrier hébraïque, est célébré le Nouvel An juif ou Rosh Hashana, également appelé « fête des trompettes » : le Shofar, corne de bélier, sonne dès la prière du matin à la synagogue, en souvenir de l’épisode biblique au cours duquel Abraham sacrifia un animal à la place de son fils Isaac. Il pourra sonner près de cent fois, les sons longs alternant avec les sons courts, évoquant les sanglots du repentir pour les uns, la mise en alerte, la « convocation » pour les autres.

Que signifie le Nouvel An juif ?
Passage à la nouvelle année, Rosh Hashana est aussi le jour du jugement de la Création et du couronnement de Dieu comme Roi de l’Univers. Il s’agit d’une fête plus solennelle que joyeuse qui ouvrira, en septembre 2013, l’an 5774 du calendrier hébraïque.
Le 4 septembre au soir, un premier « Seder » ou repas cacher, véritable festin dans les communautés sépharades, marquera le début des festivités du Nouvel An. Un deuxième repas en marquera la fin le lendemain. Le troisième jour est en principe un jour de jeûne. Les deux premiers jours sont des jours chômés pour les communautés juives, qui se consacrent exclusivement à cette célébration afin de se souhaiter la bonne année (Shana Tova) dans le respect des rites.
Selon la tradition, de grands événements se sont produits à Rosh Hashana : la création du monde, la naissance des patriarches Abraham, Isaac, Jacob, les destructions du Temple, la conception d’enfants issus de femmes stériles de la Bible, la libération de Joseph des prisons égyptiennes, la fin du travail forcé des Hébreux sous le joug des Egyptiens… et un jour le Jugement Dernier, et la résurrection des morts.

Loin de la Saint-Sylvestre, une fête grave et solennelle
Les communautés sont invitées, à l’occasion de la nouvelle année, à faire le bilan de l’année écoulée, et à faire pénitence dans l’attente de Yom Kipour, le « Grand Pardon », célébré dix jours plus tard : dix jours pour les « moyens », la catégorie de personnes se situant entre les justes et les mécréants, pour faire le point sur leurs actions, reconnaître leurs torts et prendre de nouvelles résolutions pour l’année qui commence !
Les cérémonies à la synagogue sont empreintes de solennité et se déroulent sous le signe du blanc, symbole de pureté : les étoffes enveloppant les rouleaux de la Torah, la tenture de l’armoire sainte et du pupitre sont blanches. Un fidèle sonnera le shofar à plusieurs reprises, afin d’éveiller les consciences et de les inviter au repentir. Les poèmes spécialement composés et prières liturgiques sont d’une grande richesse.
Plus populaire, la cérémonie du Tashlikh : on vide ses poches dans un cours d’eau le premier jour de la fête en fin d’après-midi, comme pour se délester de ses péchés et de ses fautes au fond de la mer. On peut aussi, à titre symbolique, secouer son mouchoir au-dessus de l’eau ou y jeter une pierre.

Les autres noms du Nouvel An
Entre célébration de la nouvelle année et repentance, les fêtes du Nouvel An empruntent aussi d’autres noms : « Yom Terou’a », ou Jour de la Sonnerie, en référence au Shofar, dont la solennité appelle à l’introspection et au bilan de ses actions. « Yom HaDin » ou Jour du Jugement, car la repentance de l’humanité prépare au pardon du Créateur, Yom Kipour, célébré 10 jours plus tard. Puis, « Yom HaZikaron » ou Jour du souvenir du sacrifice avorté d’Abraham.

Enfin, « Rosh Hashana », littéralement «Tête de l’année ».

Le repas, ou Seder
Un grand festin marque le début des célébrations du Nouvel An. A chacun des mets cacher, sa bénédiction, car tous proviennent de la terre, de l’arbre, ou sont d’origine animale. Il est d’usage de commencer le repas par des légumes et fruits nouveaux, comme les dattes de l’année, pour marquer le début d’un nouveau cycle. Le miel est présent à table, pour adoucir l’année à venir. On sert des pommes, éventuellement trempées dans le miel, pour que la famille bénéficie d’une année paisible (il s’agit du seul rite alimentaire obligatoire dans les communautés ashkénazes) . Pour la prospérité, grenades et pois sont associés au menu. On bénit une tête de poisson, qui inscrit Israël en « tête des nations ».Selon les régions et diasporas, d’autres aliments entrent dans la composition du repas, coing, citrouille, jujube, citronnelle, épinards, blettes, poireaux… et graines de sésame qui enroberont les pommes au miel.
Le repas s’accompagne de bénédictions dont celle de Chéhé’Héyanou, qui remercie le Créateur pour les fruits nouveaux que l’arbre procure, pour avoir permis à chacun de naître et vivre jusqu’à ce jour et pour quérir son aide pour continuer à croître sans péché.

1. ROCH HASHANA FÊTE DU NOUVEL AN JUIF, (2013, 4 Septembre) – LES NOMS DE LA FÊTE

4 septembre, 2013

http://92.catholique.fr/faq/fetes_interreligieux.htm#Roch Hashana

1. ROCH HASHANA  FÊTE DU NOUVEL AN JUIF,    (2013, 4 Septembre)

 LES NOMS DE LA FÊTE  

Les différents noms manifestent les aspects de la fête : Début de l’année juive, Appel au repentir et Jour du jugement
1.  Roche Hachana, Rosh ha-shana  Roch ha-Chanah,   Nouvel an juif,  Début de l’année juive   (littéralement Tête de l’année)
2. Yom Terouah,  Yom Teroua  (« Jour de la sonnerie du shofar »),  Zikhron Terouah (« Souvenir de la sonnerie du shofar »),  fête des trompettes
3. Yom Hadîn  (Jour du Jugement). 

Signification  de Roch Hashana : Fête du nouvel an juif
Roch Hashana est une des fêtes juives. C’ est le début de l’année civile juive, le jour du nouvel an juif. Alors que d’après la Torah, l’année commence en Nissan mois de la fête de la Pâque, la tradition juive considère ce jour comme le début de la nouvelle année. Il s’agit d’une fête qui avec ce nom et ces rites n’a jamais existé pendant tout le temps de l’Ancien Testament. Roch Hashana se célèbre le 1er et le deuxième jour du premier mois de l’année civile, celui de tichri. 
 Le début de l’année juive célèbre l’anniversaire de la création et plus précisément de la création de l’homme. La fête du nouvel an juif  dure 2 jours qui sont chômés.  On n’y fait aucun travail et on se consacre à la convocation divine.

Célébration de Roch Hashana : Repas rituel de la fête du nouvel an juif
La fête du nouvel an juif débute une nouvelle étape dans la vie de chacun et pour l’ensemble du peuple. Il s’accompagne d’un rituel (sédèr ) qui met en scène des symboles de réussite, de joie et de douceur pour la nouvelle année. On souhaite « une bonne année » . Le début de l’année juive comporte des repas festifs. Les festivités du nouvel an juif débutent donc la veille au soir par un  festin. La fête du nouvel an juif se célèbre au cours d’un repas rituel. On mange des pommes et du miel. Dans les communautés Sépharade un véritable banquet est organisé. Mais le troisième jour est un jour de jeûne.

Signification  de Roch Hashana : Jour du jugement
Roch Hashana est aussi le jour du jugement Yom Hadîn  . Le début de l’année juive est l’occasion de faire le bilan de l’année écoulée et de réfléchir à l’orientation de sa vie. Le début de l’année juive conduit aux 10 jours de pénitence qui précèdent la fête de Yom Kippour. Rosh Hashana introduit une période de dix jours dits terribles, qui le séparent de Yom Kipour, au cours desquels le repentir peut influencer le Jugement.
Célébration de Roch Hashana :  Appel du Shofar au repentir en vu du jugement  
La prière du matin est marquée par l’appel du Shofar (choffar). Le Shofar est une corne de bélier qui sert de trompette et qui retentit pour réveiller les consciences endormies. Le Shofar est sonné les deux jours  de Roch Hashana. La sonnerie du Shofar apelle  les fidèles au repentir. Faire entendre à Roch Hachana le son de la Térou’ah, suggère que quelque chose de grave est en train de se passer. On appelle parfois cette journée  » Fête des trompettes  » La Térou’ah est un son opposé à celui de la Téki’ah, ce son long et simple, continu, exprimant la sérénité, la tranquillité et la joie.

Célébration de Roch Hashana :  tout est revêtu de blanc
A la synagogue, tout est revêtu de blanc symbole de la pureté : l’armoire sainte, les rouleaux, les pupitres. Souvent les fidèles eux-mêmes s’habillent de blanc.

Date de la fête de Roch Hashana,  Date du début de l’année juive   
La date de la fête du nouvel an juif, la première des fêtes juives,  n’est pas la même chaque année par ce que le calendrier hébraïque étant basé sur un cycle luni-solaire. La date du Nouvel an juif dans le calendrier grégorien varie, mais tombe toujours entre le 5 septembre et 5 octobre. – La date du nouvel an juif est celle de l’année civile le 1er et le deuxième jour du mois de tichri et non celle de l’année religieuse qui est en Nissan le mois de Pâque.

LA PENTECÔTE JUIVE – LA FÊTE DE PENTECÔTE VIENT DU JUDAÏSME…

23 avril, 2013

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/1532

LA PENTECÔTE JUIVE

LA FÊTE DE PENTECÔTE VIENT DU JUDAÏSME…

La fête de Pentecôte vient du judaïsme. Elle est liée à la célébration de Pâques, autrement dit à la sortie d’Égypte. Mais quel est son sens ? Est-il resté le même jusqu’à la Pentecôte chrétienne ?
En Israël, le passage d’un mode de vie nomade à un mode de vie sédentaire a provoqué de profonds changements dans la société et dans le culte. Par définition, le culte nomade ne peut pas être associé à des lieux fixes, comme des sanctuaires; tout doit pouvoir se transporter. Cependant, même dans la religion d’un peuple nomade il faut des lieux fixes qui ont un rôle symbolique fort. Il en est ainsi de la montagne du Sinaï, et de plusieurs autres sites dans le désert.

Trois grandes fêtes annuelles
Lors du passage à une vie sédentaire, vers la fin du 2° millénaire avant Jésus Christ, le culte se célèbre essentiellement dans des sanctuaires fixes. C’est à ce moment-là que le cycle des fêtes est adopté. Israël instaure trois grandes fêtes annuelles qui suivent le calendrier agricole.
Il y a d’abord la fête des pains sans levain (matsoth) au début de la moisson, qui sera combinée plus tard à la Pâque pour ne plus faire qu’une seule fête se référant à la sortie d’Égypte.
Il y a ensuite la fête des Moissons, appelée aussi fête des Semaines, qui est célébrée à la fin des moissons.
Il y a enfin la fête des vendanges qui clôture le cycle annuel des récoltes. Ces grandes fêtes annuelles sont des fêtes de pèlerinage. Leur célébration rappelle les grandes étapes de l’histoire du peuple et les réactualise.
Cinquante jours après Pâques : la Pentecôte
La fête des Semaines, ou fête du « Cinquantième » jour était appelée ainsi parce qu’elle était célébrée par les Israélites sept semaines après l’offrande des prémices de la moisson (en grec le mot Pentecôte signifie cinquante).
Le Livre du Deutéronome, au chapitre 16 décrit ces trois fêtes de pèlerinage.
Pour la fête des Semaines, il dit ceci :
Tu compteras sept semaines; c’est à partir du jour où on se met à faucher la moisson que tu compteras les sept semaines. Puis tu célébreras la fête des Semaines pour le Seigneur ton Dieu… .
Le Livre du Lévitique précise les modalités de la fête :
Vous compterez sept semaines à partir du lendemain du sabbat… jusqu’au lendemain du septième sabbat, vous compterez cinquante jours, et vous présenterez au Seigneur une offrande de la nouvelle récolte. (Lev 26, 15).
Le Livre décrit le déroulement de cette fête. On offrait deux pains de farine nouvelle, cuite avec du levain. La relation à la Fête de Pâques est évidente. Au début de la moisson, on mange des pains sans levain en signe de renouveau; à la fin de la moisson des blés, on offre du pain levé, qui est le pain quotidien des sédentaires. Le temps de la moisson est terminé, et, avec son produit, on reprend la vie ordinaire. La Pentecôte était la célébration de clôture de la Pâque, cinquante jours après.
Le don de la Loi au Sinaï
Les fêtes juives sont liées aux grandes étapes de l’histoire du salut. La Pâque étant devenue la célébration de la sortie d’Égypte, la fête des Semaines a été reliée assez naturellement à la promulgation de la Loi sur le mont Sinaï :
Le troisième mois après leur sortie d’Égypte, aujourd’hui même (= le jour de la Pentecôte), les fils d’Israël arrivèrent au désert de Sinaï (Exode 19,1).
Utilisant cette référence, les Israélites firent de la fête des Semaines, qui existait déjà, la commémoration de l’Alliance. La Pentecôte était la fête la plus importante pour la communauté des Esséniens (qui s’appelait elle-même la « Communauté de la Nouvelle Alliance »). Ils la célébraient comme la Fête du renouvellement de l’Alliance.

Du Temple à la maison du croyant
La fête prend une signification différente selon l’évolution du mode de vie des israélites : d’une vie nomade à une vie sédentarisée, de lieux mouvants à des lieux fixes. Les récits bibliques, faits d’ajouts rédigés à des époques différentes, donnent le sens de ces fêtes. Ils traduisent bien cette ambiguïté, en mélangeant souvent les deux modes de vie. Même si le Temple de Jérusalem est doté un statut particulier, de nombreux épisodes de l’Ancien testament privilégient encore le nomadisme. La fête de Pentecôte qui rappelle le don de la Loi à la montagne du Sinaï, a peut-être été célébrée au Temple de Jérusalem, pour aboutir, après la destruction du Temple, à la maison de chaque croyant.
Dieu ne peut plus être attaché à un lieu, fut-il sacré. Cette évolution ne correspond à une conviction : le croyant, homme en mouvement, disponible, ne doit avoir d’autre attachement que Dieu.

HISTOIRE ET SYMBOLE DE PESSAH

25 mars, 2013

http://dafina.net/gazette/article/histoire-et-symbole-de-pessah

HISTOIRE ET SYMBOLE DE PESSAH

HISTOIRE
 Pessach est la fête la plus fréquemment citée dans la Tora. Elle commémore la libération de l’esclavage et la naissance de la nation juive. L’épisode biblique auquel elle se rattache n’est pas précisément daté dans la Bible, mais la plupart des exégètes le situent au XIIIième siècle avant n.è. Ramses II est généralement considéré comme le Pharaon oppresseur, et son fils Méneptah comme celui de l’Exode. L’esclavage n’est que très brièvement évoqué, le texte biblique mettant l’accent sur l’intervention divine qui mena à la délivrance finale. L’histoire commence donc avec l’accession au pouvoir d’un tyran qui décide d’asservir le peuple hébreu (Exode 1). Puis, sont évoquées la naissance et la survie quasi miraculeuse de Moïse (Exode 2). Enfin, au chapitre 3, débute la narration des événements miraculeux qui menèrent les Hébreux à la liberté. Les  » plaies « , fléaux que Dieu fait subir à l’Egypte, se succèdent. Mais seule la dixième, la mort des premiers-nés, fera fléchir le Pharaon. L’Exode débute alors et s’achève avec le passage de la Mer Rouge et l’anéantissement des troupes de Pharaon (13,17-15,21).

SYMBOLE
 La sortie d’Egypte est, dans la tradition juive, l’événement fondateur central de l’histoire d’Israël. La nuit qui la précède est marquée par un véritable Jugement de Dieu, qui  » punit Pharaon et ses sujets « , pour faire triompher la justice et rendre la liberté aux opprimés. La Pâque inaugure une ère nouvelle, dans laquelle la lumière triomphera des ténèbres et la liberté de la servitude. La sortie d’Egypte restera le symbole dune mutation profonde. Ce récit nest pas simplement celui d’un exode, mais celui dune nouvelle naissance (Moïse lui-même est  » né  » deux fois). Il est un véritable rite initiatique, qui reprend certains thèmes fondamentaux du récit de la Création: la séparation des eaux, et la séparation de la lumière et des ténèbres: la séparation des eaux se fait durant la nuit, mais Dieu éclaire son peuple, plongeant Pharaon dans les ténèbres. Le message essentiel de ce récit est la victoire du Bien sur le Mal et l’impérieuse nécessité de croire en la seine force positive, celle du Dieu d’Israël. La gloire de Dieu s’impose à tour, Hébreux comme Egyptiens, pour se manifester à nouveau lors de la Révélation au Sinaï, finalité ultime de l’intervention divine.
Notons, enfin, que Pessach ne commémore pas seulement le salut historique du peuple d’Israël, mais envisage aussi son salut éternel. L’événement passé est un point de départ, et doit devenir la préfiguration de la délivrance future. Passé, présent et avenir sont indissolublement liés, comme l’indique notamment la phrase que nous lisons le soir du Seder:  » C’est en mémoire de ce que Dieu a fait pour moi lorsque je suis sorti d’Egypte « . La libération des corps doit mener à la libération des âmes. Chacun a le devoir de participer pleinement à cette naissance et au salut du peuple. Cette sortie de  » l’Egypte intérieure « , gage du triomphe de la Liberté et du Bien, est la condition du Salut.

LE POURIM OU CARNAVAL JUIF

23 février, 2013

http://judaisme.sdv.fr/perso/stauben/purim/carnaval.htm

LE POURIM OU CARNAVAL JUIF

Son origine historique. – Le livre d’Esther ou la Meghila. – Le Pourim en Alsace. – La lecture de la Meghila.- Les marteaux. – La matinée du Pourim. -  L’après-midi ; le Schlach Moness. – Le repas du soir. – Un plat de rigueur. – Le personnel du repas. – Masques. – Deux représentations dramatiques.
Je voudrais, pour être le moins incomplet possible dans ces esquisses de mœurs, faire connaître au lecteur deux autres fêtes juives, moins solennelles, moins graves, beaucoup moins importantes que les précédentes fêtes et peu ou point observées d’ailleurs dans les villes ; et  pourtant ces deux fêtes ne laissent pas que d’être curieuses, moins encore à cause de leur origine historique que pour la manière toute patriarcale dont les célèbrent les pieuses populations de nos campagnes de l’Alsace.
L’une d’elles tombe à la fin, l’autre au commencement de l’hiver ou à peu près. Évoquons d’abord  les souvenirs de la première, celle du joyeux Pourim ou carnaval. Entendons-nous cependant, et n’allons pas  confondre : il y a carnaval et carnaval. Le Pourim des juifs n’a absolument rien de commun avec le carnaval chrétien ; celui-ci, on le sait, n’est après tout qu’une sorte de réminiscence des Lupercales grecques et des Saturnales romaines tempérées par l’esprit moderne.  C’est une époque de gaieté exubérante et de folies  admises comme dédommagement, soi-disant, de l’austérité du carême, gaieté, folies, arrivant à leur apogée dans les trois jours qui précèdent le lugubre mercredi  des Cendres.

SON ORIGINE HISTORIQUE
Tout autre est l’origine de notre Pourim, tout différent son but.  Pourim est la fête anniversaire et commémorative de la délivrance des juifs, sous le règne d’Assuérus, alors que la belle et vertueuse Esther fit révoquer le sanglant édit que le cruel Haman avait arraché au roi contre tous les juifs répandus, depuis la Captivité, dans le vaste empire des rois Persans successeurs des rois de Babylone.
Cet événement, qui ne le connaît ? Grâce au livre d’Esther et grâce aussi aux vers immortels de Racine qui a mis en drame la chronique sacrée.

LE LIVRE D’ESTHER OU LA MEGHILA
Résumons et feuilletons un peu, tour à tour, cette chronique connue encore dans le rite juif sous le nom de Meghila, et voyons qu’elle nous apprend :
Haman l’Amalécite, devenu tout puissant, ne peut pardonner au juif Mardochée, un des nobles descendants la tribu de Benjamin, le dédain et le mépris dont il accable le ministre parvenu ; il calomnie donc auprès du roi les juifs ses nouveaux sujets, et obtient l’autorisation de les faire massacrer, à un jour donné, dans toute l’étendue de l’empire. Cependant Esther, la fille adoptive de Mardochée, avait remplacé sur le trône l’altière Vasthi, et le roi qui ignorait sa religion jusqu’à ce jour, l’aimait tendrement.
«Et Mardochée, ayant appris ce qui avait été arrêté, déchira ses vêtements, se couvrit d’un sac, répandit des cendres sur sa tête, et parcourut les rues en poussant des cris lamentables» (Esther 4:1).
«Il arriva ainsi devant le palais, mais vêtu comme il l’était, il ne lui était pas permis d’y pénétrer» (Esther 4:2).
«Et Mardochée fit dire à Esther ce qui s’était passé et lui communiqua une copie du décret de proscription rendu contre les juifs de Suze, et lui ordonna d’entrer chez le roi afin de le supplier et de lui demander grâce pour son peuple» (Esther 4:8).
Mais il n’était permis à personne de pénétrer auprès du prince sans en avoir été mandé, et si on pénétrait néanmoins, on était condamné à mort, à moins qu’à l’instant même, en signe de grâce, il ne tendît son sceptre vers cette même personne. Esther hésita donc un instant mais Mardochée lui ayant fait comprendre qu’elle devait tout risquer pour sauver les siens,
«Esther fit  répondre à Mardochée  : Va, rassemble tous les juifs de Suze, qu’ils jeûnent à mon intention…, je jeûnerai de  même avec mes filles, et ainsi préparée, j’irai trouver le roi, contente de mourir, si je dois mourir» (Esther 4:16).
Esther parut devant le roi et obtint grâce à ses yeux  ; elle l’instruisit de tout, démasqua les odieuses menées d’Haman que le roi fit pendre au gibet même préparé par Haman pour Mardochée, et le terrible édit fut révoqué.
«Et ils firent appeler les écrivains du roi qui écrivirent tout ce que Mardochée ordonna concernant les juifs, aux pachas et gouverneurs des cent vingt-sept provinces de l’empire, à chaque pays suivant son langage et aux juifs selon leur langue. Et l’on écrivit au nom du roi, on scella les dépêches, et on les fit porter par des courriers montés sur des chevaux, des mulets ou des dromadaires» (Esther 8:9-10).
L’ordre de suspendre l’exécution était arrivé partout à temps. Et le quatorzième jour du douzième mois, du mois d’Adar (février-mars), jour fixé pour l’exécution ainsi arrêtée,
«Les juifs firent des illuminations, des  fêtes joyeuses, des réjouissances et des festins… et s’envoyèrent réciproquement des présents…, et firent des dons aux pauvres. Car Haman, fils d’Hamdatha, de la race d’Agag, persécuteur de tous les juifs, avait eu le projet de les exterminer tous, et il avait jeté des pour c’est-à-dire des sorts  pour connaître le jour qui lui serait le plus favorable pour les anéantir…, c’est pour cela que ces jours de fêtes s’appellent Pourim» (Esther 9:22-26).
Et l’on comprendra maintenant pourquoi on appelle encore le Pourim des juifs, assez improprement cependant, du nom de carnaval. On a voulu marquer ainsi, par ce rapprochement, toute la joie et toutes les réjouissances qui caractérisent le Pourim.

LE POURIM EN ALSACE
Nous sommes dans nos villages de l’Alsace ; aujourd’hui c’est le 14  du mois d’Adar, veille du Pourim. Hommes, femmes et enfants, tout le monde jeûne dans la communauté en souvenir du jeûneauquel s’étaient livrés les juifs de Suze, avec Mardochée et Esther pendant que la juive devenue reine, se préparait à obtenir du sévère Assuérus une audience favorable. Heureusement pour nos jeûneurs villageois que la journée du 14 Adar, qui correspond à fin février ou au commencement de mars, est assez courte ; et pourtant on l’a passablement allongée, attendu qu’il n’est permis de rompre le jeûne qu’une heure après la nuit close. Et pourquoi cela ? Parce que l’on inaugure le Pourim par la lecture faite en pleine synagogue, du livre d’Esther ; cette lecture ne peut commencer que lorsque le jour a complètement disparu, et elle dure au moins une bonne heure.
Entrons au temple. La kehila (communauté) tout entière est assemblée. Des cierges dits cierges de Pourim éclairent l’édifice sacré. Les hommes sont debout derrière leurs pupitres ; les femmes, dans des tribunes à elles réservées ; tous les gamins de la kehila sont rangés sous les yeux de leurs parents et tiennent dans leurs mains de superbes marteaux de bois tout frais fabriqués. En face du hazan, sur l’estrade sacrée se trouve étendu un rouleau de parchemin que le schamess déroulera tout à l’heure devant lui, au fur et à mesure qu’il en sera besoin. Sur ce parchemin se trouve écrit en caractères manuscrits le livre d’Esther appelé encore Méghila. Chacun des fidèles a devant soi un rouleau du même genre.

LA LECTURE DE LA MEGHILA
Soudain le ministre-officiant, sur un ton particulier et traditionnel, commence la lecture. Avec quel art le hazan sait interpréter les passages les plus saillants ce curieux et piquant récit ! Avec quel talent il en sait rendre toutes les intentions, toutes les nuances ! semblable en cela à quelque excellent acteur commentant de la voix et du geste les moindres paroles de son auteur. Arrive-t-il à l’endroit de la Meghila où, en parlant du festin donné par Assuérus à tous les grands de la cour, l’auteur sacré raconte que le vin le plus généreux circulait dans les coupes d’or, et que «ces coupes étaient plus riches les unes que les autres» (Esther 1:7), la voix du hazan, en prononçant ces derniers mots, devient triste et mélancolique. Ces coupes en effet n’étaient-elles pas celles-là mêmes, que les rois d’Assyrie avaient autrefois pillées dans le temple de Jérusalem ?
Avec quelle malice, au contraire, et quelle verve comique, il lit la scène fameuse de la déconvenue d’Haman, scène qui devrait servir de leçon à tous les courtisans : Le roi avait trop longtemps laissé sans récompense le dévouement du juif Mardochée, qui l’avait jadis soustrait aux coups de deux conspirateurs. Il mande Haman, ministre favori et tout-puissant, pour lui demander ce qu’Assuérus pourrait bien faire pour celui qu’il voudrait combler du plus insigne honneur.
«Haman se dit, dans son coeur : « Qui le roi peut-il songer d’honorer ainsi, si ce n’est moi ?» Et il dit au prince : «L’homme que le roi veut honorer… il faut le revêtir des habits royaux, et lui faire monter le cheval que le roi montait lui-même le jour de son couronnement, et le grand maréchal du palais conduisant le cheval par la bride, parcourra les places de Suze en criant : Voilà ce que l’on fait à l’homme que le roi veut honorer !» Et le roi dit à Haman : «Vite, prends les habits royaux et le cheval du roi, et fais ce que tu as dit au juif Mardochée, qui est assis à la porte du palais ; que rien ne manque à ce que tu as dit.» (Esther 6:6-10)
Haman, pris ainsi dans son propre piège, dut s’exécuter, sans mot dire. Et il faut entendre le hazan quand, remplissant le rôle plaisamment ridicule d’Haman, il crie, devant son public de village enthousiasmé, le fameux : « Voilà ce que l’on fait à l’homme que le roi veut honorer ! » (Esther 6:11)
Et plus loin, quand Haman, dénoncé au roi par Esther, veut profiter de l’absence momentanée du roi de la salle du festin, pour solliciter sa grâce aux pieds d’Esther, et que le roi, en rentrant soudain, s’écrie, en voyant Haman incliné vers le divan de la reine : «Comment, oserait manquer de respect à la reine dans mon palais ?» (Esther 7:8). Ces derniers mots, le hazan les prononce sur un ton de jalousie dédaigneuse et de despotisme conjugal, qui, dans cette grave réunion, fait sourire les maris et frémir les femmes.

LES MARTEAUX
Est-ce là tout ? et cette lecture n’offre-t-elle pas d’autres incidents ? Il en est encore un surtout, qu’il est de notre devoir d’historien de mentionner. Vous n’avez pas oublié nos gamins armés de marteaux de bois ? Ils se sont tenus là, suivant avec la plus minutieuse attention la voix du hazan, et à chaque fois qu’il a prononcé le nom d’Haman, fils d’Amdatha, vous les auriez pu voir, comme un seul homme, se courber à terre et faire pleuvoir, sans trêve ni merci, au moins pendant cinq minutes, sur le plancher de la synagogue, d’innombrables coups de marteau. Tous ces coups sont censés retomber sur Haman ; c’est un tribut régulier que la jeunesse juive de nos villages lui paie, chaque année, avec la même monnaie. Et si depuis plus de deux mille deux cents ans qu’on lui inflige cette punition, l’ancien ministre d’Assuérus n’en a pas le dos aplati, il faut convenir que la faute n’en est pas à ses jeunes ennemis, et qu’il a les épaules solides.
La lecture de la Méghila terminée, on rentre chez soi pour rompre le jeûne, et le Pourim est commencé.

LA MATINÉE DU POURIM
Le lendemain, à l’office du matin, le hazan relit la Méghila avec le même cérémonial et les mêmes inflexions de voix ; et les infatigables ennemis du fils d’Amalec, à certains moments donnés, frappent de plus belle le dos imaginaire d’Haman, et chantent en chœur avec le hazan, ce verset du livre d’Esther : «Et l’on pendit Haman au gibet qu’il avait préparé pour Mardochée» (Esther 7:10)
Avant de quitter le temple, la foule ne manque pas de passer devant l’arche sainte, où l’administration a eu soin de faire placer deux urnes portant, l’une, l’inscription de machzé hasekel, l’autre, celle de mavet Pourim. Dans la première, les fidèles déposent une valeur de 25 centimes à peu près ; cet argent sera envoyé aux pauvres israélites de la Palestine. Dans l’autre, chacun dépose une somme proportionnée à ses moyens ou à sa bonne volonté ; elle est destinée aux frères nécessiteux de la localité même. C’est encore et toujours le même esprit de solidarité que nous avons signalé et admiré ailleurs. Les Juifs, dans leurs jours de joie, n’oublient jamais leurs coreligionnaires malheureux !
Et, maintenant, règne partout le bruyant et joyeux Pourim. Aujourd’hui, bien que la loi ne défende aucun travail, on laisse là les affaires ; et en attendant le grand repas de Pourim, qui aura lieu le soir, et dont nous parlerons tout à l’heure, on a mille et mille moyens de passer gaîment la journée. De toutes les maisons juives, quelque modeste que soit la fortune de leurs habitants,s’exhalent de délicieux fumets de pâtisseries de toutes sortes ; les gâteaux, dits gâteaux de Pourim, consistent en babas, en beignets, en gaufres, dont un chacun fait son déjeuner. Puis, si le temps le permet, les jeunes gens sortent du village pour jouer au bouchon, tandis que les jeunes filles font un brin de  toilette et vont jacasser à droite et à gauche. Et la matinée se passe ainsi.

L’APRÈS-MIDI ; LE SCHLACH MONESS
L’après-midi est consacrée aux courses du schlach moness. Qu’est-ce que le schlach moness ? On va le voir. la meghila nous a appris que, dans l’excès de la joie que leur avait causée leur miraculeuse délivrance, les Juifs de Suze «s’envoyèrent réciproquement des présents», et le texte ajoute que Mardochée et Esther ordonnèrent  à tous les Juifs d’en agir ainsi à perpétuité, en commémoration du Pourim. Donc, cet ordre est encore aujourd’hui observé, à la lettre, dans nos villages. Voyez ces jeunes filles allant et venant, en habits de fête, et portant très gracieusement, dans leurs mains, des assiettes en faïence verte ou brune, recouvertes d’une blanche serviette. Ce sont les filles de la bourgeoisie qui apportent réciproquement, dans les familles, le schlach moness ou cadeaux. Ces cadeaux consistent en confiseries et bonbons de toute nature, fabriqués à Colmar ou à Strasbourg, selon qu’on demeure dans le Haut ou le Bas-Rhin, et arrivés tout frais, le matin même, au village.
Comme choix de cadeaux de ce genre, la tradition ne permet que très peu d’innovations, et les dons innombrables qui se font ainsi en ce jour, de bourgeois à bourgeois du moins, ne sont autre chose, si l’on veut me permettre cette expression, qu’une variation infinie sur un même thème ; ce thème est un gâteau de Savoie affectant tour à tour, avec plus ou moins de grandeur dans les proportions, la forme d’un melon à tranches bien marquées, d’un dôme, d’une étoile, d’un cercle, d’un cône ou d’une pyramide. Cet usage permet, on même temps, de faire, d’une manière délicate et sans les blesser, l’aumône à des pauvres d’une certaine classe : Ceux-ci, en vertu de la joie de commande régnant ce jour en Israël, font, dès la veille, provision d’un schlach moness à leur goût, le portent dans les maisons aisées, et, on rentrant, trouvent toujours sous la serviette de leur assiette quelques pièces d’argent. Les maîtresses de maisons y ont glissé cela après en avoir enlevé, non sans une feinte admiration, le schlach moness consistant, en général, en bonshommes, en pralines, en bottes ou souliers glacés à nœuds rouges, ou encore en bergères, ou en papillotes à devises. En retour de quoi les pauvres ont reçu leurs dons. C’est ce qu’a ordonné, on se le rappelle, le livre d’Esther.

LE REPAS DU SOIR – UN PLAT DE RIGUEUR
Mais le jour a baissé, la nuit est survenue, et dans chaque maison aisée se prend et se donne maintenant le repas de Pourim. Il y a là comme deux actes bien distincts. – Dans le premier, on ne voit apparaître que la famille se régalant d’un dîner confortable. Au second, c’est le festin proprement dit. « Ils (Mardochée et Esther) ordonnèrent à tous les Juifs de faire en ce jour des festins» (Esther 9:22). Le second service ne se sert qu’à neuf heures, alors que sont arrivés les convives de rigueur : étrangers, amis, voisins et quelques personnages ­officiels faisant, ces derniers, leur apparition dans toutes les maisons riches.
A ce second service figure un plat indispensable, dit le Plat d’Haman, ou tout simplement le haman. Ce plat consiste on un morceau de bœuf fumé très gras et très gros. Tout bon croyant est tenu de le faire servir à sa table, et tout convive présent, d’en goûter. Le hazan, les aides-chanteurs, l’ins­tituteur, le schamess arrivent à un moment donné, s’attablent, rompent la croûte, choquent le verre, et ensuite se lèvent pour en faire autant dans maintes et maintes maisons. Comme fonctionnaires publics, ils n’appartiennent à personne en particulier, et se doivent à tout le monde.

MASQUES
A un certain moment aussi, la maison, dont les portes hospitalières restent toutes grandes ou­vertes, est envahie par un flot de jeunes gens déguisés. Ils viennent chanter une chanson de circonstance dont le pauvre Haman fait tous les frais ; puis avec l’autorisation du maître de la maison, quelques masques se détachent du groupe pour donner une représentation dramatique. 

DEUX REPRÉSENTATIONS DRAMATIQUES     
On se range et la troupe ambulante vous joue très proprement les deux pièces d’usage, l’une, toute de circonstance, l’autre, essentiellement juive. La première est l’histoire découpée en actes de la délivrance des Juifs par Esther et Mardochée et à laquelle la fête présente donne un singulier à-propos ; la seconde a pour sujet le sacrifice d’Isaac, selon le récit de la Bible. Les acteurs qui représentent les différents personnages historiques, se laissent aller à leur verve et à leur entrain. Il faut voir arriver Mardochée revêtu des insignes de la royauté, monté sur un camarade faisant le rôle du cheval, et précédé d’un autre, jouant Haman déconcerté et s’écriant en hébreu et d’une voix qu’étoffent la honte et le dépit :« Voilà ce que l’on fait à l’homme que le roi veut honorer !» (Esther 6:11).
Quel moment aussi que celui où Abraham étend la main pour immoler, avec un immense couteau de bois, son fils Isaac étendu sur une chaise et garrotté, et quand l’acteur représentant l’ange du Seigneur accourt, non pas du haut du ciel, mais du fond du corridor où il s’était tenu caché, quand il accourt avec ses ailes de papier blanc cousues aux épaules, et s’écrie, cette fois on patois judaïco-alsacien, et sur un. ton qu’il s’efforce de rendre solennel : «Ne porte pas la main sur ton fils, et lui fais aucun mal ; je suis convaincu que tu crains Dieu, puisque tu ne lui as pas refusé ton fils unique ! » (Genèse 22:12).
Les applaudissements alors retentissent dans la salle ; on régale la jeune troupe, on lui distribue d’immenses tranches d’Haman qu’elle dévore avec une sainte gloutonnerie ; les verres se vident et se remplissent aussitôt et la joie se prolonge jusqu’à une heure avancée dans la nuit, et ainsi se trouvent mises à exécution les recommandations finales de la Meghila :
«Mardochée ordonna à tous les juifs de célébrer tous les ans le quatorzième et le quinzième jour du douzième mois, en commémoration de ce qu’en ces jours, les Juifs ont eu raison de leurs ennemis ; que les jours de douleur se sont changés en jours de fête, et il recommanda d’en faire des jours de joie et de festin» (Esther 9:20-22).
Dans chaque maison, les festins ont été si abondants, qu’ils défraient largement encore le jour suivant ; de là, dans le pays, cette maxime : « Voulez-vous voyager ? Que ce soit au lendemain du Pourim. » En d’autres termes : ce jour-là vous trouverez partout en Israël, joyeuse humeur et bons reliefs.    

FÊTES JUIVES : POURIM (fevrier 24-25, Adar 14-15)

21 février, 2013

http://www.ueel.org/etudes/79-fetes-juives–pourim.html

FÊTES JUIVES : POURIM (fevrier 24-25, Adar 14-15)

C’EST DANS LE LIVRE D’ESTHER QUE L’ON TROUVE L’ORIGINE BIBLIQUE DE LA FÊTE DE POURIM (EST 9.20-32).

Le mot « pour » est expliqué en Est 9.24-26 où on lui donne le sens de « sort ». Haman, Premier ministre du roi perse Assuérus (Xerxès), avait déterminé par le sort le jour où les Juifs de Perse devraient être exterminés : le 13 du mois d’Adar (février-mars, cf. Est 3.7-13). Mais grâce à l’intervention d’Esther auprès du roi, poussée par Mardochée, le complot est déjoué et se retourne contre Haman et les siens. Le jour où les Juifs devaient être tués devient le jour de leur victoire, ce sont les Juifs qui mettent leurs ennemis à mort. Au-delà du caractère sanglant de cette histoire, où le désir de vengeance peut choquer les lecteurs, le livre d’Esther souligne que le peuple Juif ne peut pas être détruit. La fête de Pourim veut perpétuer le souvenir de ce jour.
Certains exégètes mettent en doute l’historicité du livre d’Esther et donc l’explication que le livre donne quant à l’origine de la fête de Pourim. De plus, le mot « pour » étant d’origine étrangère (probablement akkadienne), certains pensent que cette fête serait une adaptation juive d’une fête païenne. Roland De Vaux souligne qu’il s’agit d’une fête essentiellement profane : « elle n’est pas, au moins directement, en l’honneur du Dieu d’Israël, dont le nom ne paraît même pas dans le livre hébreu d’Esther, elle ne se rattache pas à l’histoire ancienne du peuple élu, elle ne comporte aucun élément proprement cultuel. »
Il faut souligner toutefois que l’évocation très fine des mœurs à Suse et de la vie à la cour du roi Xerxès plaide en faveur de l’historicité du récit. Quoi qu’il en soit, parmi ceux qui doutent de l’historicité du livre d’Esther, la plupart admettent qu’il doit bien y avoir un fonds historique à cette histoire. « Il est bien possible que le récit ait pour base historique une délivrance inespérée des Juifs de Suse, menacés d’extermination, dans des circonstances que nous ne pouvons pas préciser, mais ce fonds a été librement utilisé pour devenir la « légende » d’une fête » Il faut d’ailleurs avouer que certains éléments de l’histoire peuvent paraître improbables : le nombre de jours de fêtes à l’arrivée de Xerxès sur le trône (Est 1.4), la hauteur du gibet élevé pour Mardochée (5.14) et le nombre d’hommes tués par les Juifs (9.16) Mais il s’agit de points de détail.
La célébration de la fête de Pourim est joyeuse, exubérante même. Elle commence par un jour de jeûne, le 13 Adar (février-mars). Le soir, on allume des lampes dans les maisons et on se rend à la synagogue où est lu le rouleau d’Esther. La lecture est ponctuée d’interjections contre Haman de la part de l’auditoire. Les 14 et 15 Adar sont consacrés à la réjouissance. Les enfants se déguisent (les filles en petites Esther, les garçons en petits Mardochée), on se fait des cadeaux et des aumônes sont données aux pauvres .
La fête de Pourim, au travers de l’histoire d’Esther, permet de rappeler la souveraineté de Dieu. Même si son nom n’est pas cité explicitement dans le livre d’Esther, sa providence se devine derrière la trame des événements. Cette histoire de délivrance, de retournement de situation, évoque l’œuvre de salut de Dieu, vainqueur ultime du mal. Il n’est d’ailleurs pas impossible de voir dans le gibet dressé pour Mardochée une figure de la croix dressée pour le Messie.

Vincent Mieville , pasteur

HANOUKAH ET NOËL – Frédéric Manns

11 décembre, 2012

http://www.christusrex.org/www1/ofm/sbf/dialogue/hanouka.html

HANOUKAH ET NOËL

Frédéric Manns

Opposer à l’occasion de Hanoukah, la fête des lumières, célébrée du 25 Kislev au 3 Tevet, la lumière que la Grèce voulait imposer par la force et la lumière rayonnante de la Loi est un genre littéraire bien connu. Hanoukah rappelle que la fidélité à la Loi a surmonté le danger d’assimilation. Peu importent les aspects légendaires ou historiques de la fête célébrée au solstice d’hiver; c’est son aspect symbolique que les rabbins retiennent.
Et pourtant les Juifs d’Alexandrie avaient traduit la Loi dans la langue de Japhet qu’une partie des autorités juives considérait comme la plus belle de toutes les langues. La Septante est le résultat d’une double démarche: la demande des Ptolémées et le désir des Juifs d’acquérir un statut accepté des Grecs en faisant connaître leur Loi. La lumière d’Athènes devait rejoindre celle de Jérusalem. « L’Ancien Testament a mûri à Alexandrie », écrivait jadis le Père Barthélémy. La Parole de Dieu d’abord acheminée vers le peuple hébreu à travers leur langue avait ensuite été transmise à un plus grand nombre de destinataires par le grec des Septante, avant sa réception dans le Nouveau Testament. Avec la Septante la Bible accédait pour la première fois dans l’histoire au niveau délibéré d’une valeur philosophique, elle prenait rang parmi les oeuvres maîtresses de la philosophie. Le grec avait permis aux juifs d’Alexandrie de franchir la distance entre la religion et la philosophie. La religion et la Philosophie avaient opéré leur fusion dans la version grecque de la Bible. Le pont jeté entre le judaïsme et l’hellénisme en orientait le sens de manière originale. S’il y avait un sens du texte hébreu il y a aussi un sens du grec qui est une autre vérité de la Bible.
E. Lévinas a résumé les bienfaits de la traduction grecque de la Bible: elle en a donné une élucidation nécessaire pour ce qui était la modernité du monde hellénistique. Malheureusement la Septante a disparu de la mémoire juive qui garde le souvenir de ce moment terrible et répète la condamnation rabbinique du jour funeste où la Loi fut traduite dans la langue des ennemis. La Septante sera toujours consultée pour la critique et pour la correction du texte hébreu. Seule l’oeuvre de Philon d’Alexandrie lui a apporté un moment de gloire. Elle reste la grande ignorée de la littérature rabbinique. C’est par les chrétiens qu’elle a été préservée, lue et utilisée.
Les Juifs d’Alexandrie avaient donné la lumière de leur Loi à leurs contemporains. La Septante pourrait être un pont plutôt qu’une rupture entre Juifs et Païens. Elle est au coeur du problème de la relation entre judaïsme et christianisme. Elle a été un pont entre les deux. Mais l’usage de la Septante fait par les chrétiens dans le Nouveau Testament a révélé également une rupture.
E. Lévinas admet que le grec a apporté par delà son vocabulaire et sa grammaire une autre merveille de l’esprit : le langage d’une intelligence et d’un intelligibilité ouvertes à l’esprit non prévenu. Le passage par le grec a constitué pour la Loi une épreuve nécessaire. Le grec signifie toute langue de la raison: c’est la façon dont s’exprime l’universalité de l’Occident surmontant les particularismes locaux. Toute langue de la modernité fait apparaître l’universel dans le judaïsme. La prophétie de Noé disant que Dieu donnerait un grand espace à son fils Japhet et que Japhet habitera dans les tentes de Sem (Gen 9,27) signifie que Sem s’ouvrira à la langue de Japhet, le grec. Les Juifs peuvent donc revendiquer par le grec la modernité à côté de la tradition. Un judaïsme qui a traversé un processus d’assimilation dans s’écarter de la Loi se situe au-delà de la confrontation entre l’exigence de la Loi et la modernité. Pourquoi opposer la lumière d’Athènes à celle de Jérusalem? N’est-ce pas de deux approches d’une même réalité qu’il s’agit ?
Les historiens s’interrogeront encore longtemps sur l’importance qu’il faut accorder à la version grecque lors du passage du judaïsme au christianisme? Les penseurs juifs peuvent reconnaître en elle une étape de l’ouverture du judaïsme à la modernité du temps. C’est un fait que les chrétiens d’Alexandrie vers les années 180 développeront dans la ville une école d’enseignement chrétien le didaskaleion où on lisait et commentait les oeuvres de Philon. Les traités de Philon étaient à la disposition de Clément d’Alexandrie et d’Origène. Origène apportera avec lui ces oeuvres lorsqu’il ouvrira son scriptorium de Césarée maritime. Or Philon pratiquait une exégèse biblique dans la ligne du judaïsme alexandrin. Dans ses commentaires de l’Ecriture Philon explique pourquoi avant de s’unir à Sara, figure de la vertu, Abraham dut s’unir à Hagar, la servante: celle-ci est la figure de la culture obtenue par le cycle des connaissances préparatoires, la paideia. La culture est la servante de la sagesse. La lumière de la culture ouvre à l’accueil de la révélation.
La lumière vient-elle de la Grèce ou bien de la Torah? Israël qui avait traduit la Bible dans la langue de Japhet ne pouvait éviter cette interrogation. L’allumage des lumières de Hanoukah montre concrètement que l’accomplissement d’un commandement fait descendre la Lumière Divine dans ce monde. Cette idée est vraie pour tous les commandements qui sont qualifiés de « luminaires ». L’allumage se fait de manière croissante, en rajoutant une flamme chaque soir de la fête. Cela implique que, dans tout accomplissement d’un commandement, l’idée de progression est essentielle. Les lumières de Hanoukah doivent être allumées enfin « à la porte de la maison, vers l’extérieur », car il appartient à chacun de diffuser la lumière du judaïsme autour de lui. La lumière est faite pour être communiquée aux autres. C’était l’intention des traducteurs de la Bible en grec.
Le même symbolisme de la lumière qui luit dans les ténèbres est repris par les chrétiens dans leur célébration de la naissance de Jésus à Bethléem. Une étoile montre la route aux païens et les guide vers Celui qui est la Lumière du monde. La fête remplace celle du Sol invictus qui à Rome correspondait elle aussi au solstice d’hiver. La lumière du soleil orientait déjà vers la lumière de la Révélation. Symbole et réalité ne se contredisent pas. Sur les lampes qu’on donnait aux chrétiens figurait l’inscription grecque: la lumière du Christ brille pour tous. Impossible de la garder pour soi tout seul.
Les bougies de Hanoukah illuminent le regard de l’enfant qui sourit à ces lumières si différentes, chargées d’humanité, anciennes et toujours nouvelles. L’enfant ne sait pas dire cette différence et cette histoire, cette attente. Il contemple les flammes fragiles et en même temps la puissance de leur éclat.
En chacun de nous aussi, un enfant s’éveille et se souvient, sourit à cette merveille de la fête, et dit avec un secret tremblement de bonheur : la lumière est plus forte que la nuit. L’essentiel est invisible aux yeux de chair. Seul qui regarde avec le coeur comprend ces réalités.

‘HANOUCCAH

5 décembre, 2012

http://www.fr.chabad.org/library/article_cdo/aid/601900/jewish/La-lumire.htm

‘HANOUCCAH

(Du samedi 8 décembre au soir au dimanche 16 décembre 2012)

La lumière

Une lettre du Rabbi de Loubavitch

La fête de ‘Hanouccah se distingue de toutes les autres par sa Mitsva particulière : l’allumage des lumières. Celui-ci montre, aux yeux de tous, que, même lorsque le monde est obscur, les Juifs y amènent de la lumière et l’éclairent. Cette idée est soulignée par le fait que l’allumage doit être effectué « à partir du coucher du soleil » et que le chandelier de la fête doit être disposé « à l’entrée de la maison, vers l’extérieur », afin que la lumière se diffuse partout.      
Comment parvenir à faire monter cette lumière si nécessaire ? En prenant conscience que, bien que nous soyons, comme nos ancêtres dans l’histoire de ‘Hanoucca, matériellement « faibles » et « peu nombreux », nous ne craignons pas ceux qui sont, à l’inverse « puissants » et « nombreux » car nous restons toujours liés au judaïsme, à la Torah et aux Mitsvot avec un total et absolu dévouement. Ainsi la grossièreté du monde ne peut nous atteindre et encore moins nous vaincre. En effet, même si un acte simple est nécessaire en premier lieu  l’allumage de la flamme – cependant, cela donne naissance à une lumière infinie qui est celle de D.ieu et peut, par conséquent, chasser toute l’obscurité matérielle, aussi profonde soit-elle.
Cette leçon est essentielle et, pour cela, nous voyons que tous les Juifs ont choisi d’accomplir cette Mitsva de la meilleure manière possible en augmentant le nombre de flammes – et par conséquent la clarté – chaque jour. De cette manière, nous montrons que l’on ne se contente jamais des acquis de la veille mais que l’on rend le monde toujours plus lumineux. Ainsi, très bientôt, viendra le temps où nous « allumerons les lumières dans les cours de Ton sanctuaire » par la venue de Machia’h.

(d’après une lettre du Rabbi du 20 Kislev 5738-1978)

Roch Hachana 5773: Le couronnement de D.ieu

15 septembre, 2012

http://embassies.gov.il/marseille/NewsAndEvents/Pages/Roch-Hachana-57730913-5680.aspx

Roch Hachana 5773

Du 16 au 18 septembre 2012

Le couronnement de D.ieu

D’une façon ou d’une autre, chaque Juif participe à Roch Hachana ou à Yom Kippour. Ce n’est pas sans raison : la signification de ces jours est si profonde qu’elle atteint chaque âme juive quel que soit son niveau.
A Roch Hachana, (qui, littéralement, signifie la “tête de l’année”), D.ieu a achevé la création de ce monde en créant le premier homme, Adam. Et le premier geste d’Adam, lorsqu’il s’adressa à toutes les créatures, a été de Le proclamer Roi de l’univers en disant :
“Venez, inclinons-nous, prosternons-nous, plions genou devant D.ieu notre Créateur” (Psaumes 95, 6).
C’est pour cela qu’à Roch Hachana, nous aussi nous proclamons la Royauté de D.ieu et notre engagement à Le servir. Comme au premier Roch Hachana où D.ieu créa le monde, chaque année, Il reconsidère Sa création, examine la qualité des liens par lesquels nous nous unissons à Lui et détermine la nature de Sa relation avec nous pour l’année qui commence.

Repas du soir de Roch Hachana
Kidouche
Avant de commencer le repas de Roch Hachana, nous sanctifions la fête en récitant le kidouche sur une coupe de vin ou de jus de raisin.1

Le fruit nouveau
Le second soir de Roch Hachana, il est de coutume de placer sur la table pendant l’allumage des bougies et le kidouche un « fruit nouveau », c’est-à-dire un fruit de saison que nous n’avons pas encore goûté depuis que sa saison a commencé. En récitant la bénédiction de Chéhé’héyanou de l’allumage de bougies et du kidouche, on aura ce fruit en tête.2
Le fruit est consommé immédiatement après le kidouche, avant de se laver les mains pour le pain. Avant de consommer le fruit, nous disons la bénédiction suivante :
Barou’h ata Ado-naï Elo-hénou mélèkh haolam boré péri ha-èts
Béni sois-Tu Éternel notre D.ieu, Roi de l’univers, qui crée le fruit de l’arbre.

La ‘hallah dans le miel
Après le kidouche (et, le second soir, après le fruit nouveau), nous faisons les ablutions des mains avant la consommation de pain. Lorsque tous les convives sont revenus à table, nous levons les deux ‘hallahs et récitons la bénédiction de Hamotsi :
Barou’h ata Ado-naï Elo-hénou mélèkh haolam, hamotsi lé’hèm mine ha-arets.
Béni sois-Tu Éternel notre D.ieu, Roi de l’univers, qui fait sortir le pain de la terre.
Coupez la ‘hallah, trempez-la dans le miel (certains la trempent également dans le sel) et mangez-en un morceau. Faites-en passer des morceaux de sorte que tous les convives fassent de même.
Aliments symboliques
Le premier soir de Roch Hachana, après avoir mangé la ‘hallah trempée dans le miel, il est de coutume de consommer certains aliments qui symbolisent l’année que nous souhaitons avoir :
Nous trempons un morceau de pomme douce dans le miel. Avant de le manger, nous disons :
Barou’h ata Ado-naï Elo-hénou mélèkh haolam boré péri ha-èts
Béni sois-Tu Éternel notre D.ieu, Roi de l’univers, qui crée le fruit de l’arbre.
Yehi ratsone chete’hadèche alénou chana tova oumetouka
Puisse être Ta volonté de renouveler pour nous une bonne et douce année.
On sert la tête d’un poisson, ou d’un bélier ou d’un autre animal cachère. Cela symbolise notre désir d’être « en tête » cette année.
On mange de la grenade, symbolisant notre souhait d’avoir une année pleine de mitsvot et de bonnes actions, de même qu’une grenade est pleine de grains savoureux.
Au cours du repas, il est de coutume de consommer aussi des mets dont les noms dans la langue usitée évoquent la bénédiction et la prospérité. Par exemple, beaucoup ont l’habitude de manger un plat de carottes, car, en yiddish, carottes se dit meren, qui veut dire également « se multiplier ».
Gastronomie de Roch Hachana

À Roch Hachana, l’habitude est de ne pas consommer de plats acides ou amères le gefilte-fish se passe alors de raifort…). À la place, l’accent est mis sur les mets doux et sucrés, symbolisant notre désir d’avoir une année douce, une année de bénédictions et d’abondance. Il est également de coutume de ne pas manger de noix à Roch Hachana, car la valeur numérique du mot hébraïque noix (« egoz ») est la même que celle du mot hébraïque pour péché (« ‘het »).

POUR PESSAH – 1-14 AVRIL : Oui Dieu nous a sorti d’Egypte, mais c’est Lui qui nous y avait mis!

7 avril, 2012

http://www.aish.fr/h/pessah/Pourquoi_Celebrer_Pessah_Avec_Des_Herbes_Ameres.html

POUR PESSAH – 1-14 AVRIL

Oui Dieu nous a sorti d’Egypte, mais c’est Lui qui nous y avait mis!

par Sarah Yokheved Rigler

Moïse, leader des enfants d’Israël pendant la sortie d’Egypte, était obnubilé par une chose: la souffrance. La première fois que la Torah nous le présente à l’âge adulte, elle dit : « Moïse grandit, il sortit pour voir ses frères et vit leurs souffrances » (Exode 2:11). Selon le commentaire classique de Rashi, son intention était de constater leur souffrance: il consacra ses yeux et son cœur à ressentir leur douleur. Bien qu’il ait reçu son éducation dans le palais royal, Moïse ne pouvait supporter les sévices infligés aux esclaves. Lorsqu’il aperçut un tyran égyptien frappant un hébreu, il le tua sur le champ. Le lendemain, au lieu de se reposer et de se féliciter de sa bonne action, il se sentit inexorablement drainé vers le lieu de leurs souffrances.
Selon la tradition juive, Moïse est l’auteur du livre biblique de Job, qui traite du difficile sujet de la souffrance des justes. Cette question est juive par essence parce qu’elle suppose que la vie ne soit pas le fruit du hasard, ni le résultat d’un caprice du destin. Elle sous-entend qu’il y a un Dieu de justice et de bonté qui dirige le spectacle. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Moïse, qui goûta plus que quiconque à la révélation divine, était si troublé par la souffrance, car il savait que Dieu n’inflige pas de coups sans raison
Moise Savait que Dieu n’inflige jamais une peine gratuitement.
Le livre de Job repousse toutes les explications données par les amis de Job à la raison de ses souffrances, y compris l’idée que la souffrance soit une punition pour ses fautes. A la fin du texte, Dieu Lui Même s’adresse à Job de l’intérieur d’un tourbillon; cependant, au lieu de répondre à ses questions, Il lui en pose. Des questions qui mettent en relief la faiblesse de la compréhension humaine comparée à la sagesse divine infinie. En résumé, plutôt que de répondre à la question de la souffrance des justes, le livre de Job affirme que cette énigme cosmique ne peut être résolue par de simples mortels.
La Torah relate que Moïse, le plus humble des hommes, fit une requête audacieuse à Dieu: « Fais-moi connaître Tes chemins » (Exode 33:13). Rashi rapporte le Talmud qui explique que Moïse demandait ainsi à Dieu pourquoi Il permettait que les justes souffrent et que les méchants prospèrent ? Dieu lui répondit: « tu ne pourras pas voir Ma face car aucun être humain ne peut voir Ma face et vivre ». En échange, Dieu proposa un compromis mystique à Moïse; Il le plaça dans la fente d’un rocher pendant que Sa gloire passait sur lui et Il lui permit de contempler Son dos. Une des interprétations de cet acte est: on peut parfois comprendre rétroactivement l’aspect salutaire des souffrances mais pas de « face », c’est-à-dire lorsqu’elles se produisent, pas tant que l’on vit dans ce monde physique fait de limitations.
Une tarte à la citrouille avec du raifort
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Imaginez une famille américaine rassemblée autour d’une table le jour de l’action de grâces. Ils célèbrent la survie des pèlerins lors de leur premier hiver sur le sol du nouveau monde, le futur continent américain. Placé près de la dinde, se trouve un bol de neige, symbolisant le froid féroce que les pèlerins endurèrent. Juste à côté on a posé l’emblème d’un cimetière en souvenir des 45 personnes sur 102 qui moururent. Et la tarte à la citrouille (plat traditionnel de ce jour) est recouverte de raifort afin que personne n’oublie combien ils souffrirent
La question : « qu’elle est la but de la souffrance » plane sur le Seder.
En réalité, aucun américain ne rendrait amère sa célébration de l’action de grâces avec des symboles de souffrance. Pourtant, c’est précisément ce que nous les juifs, faisons pendant le repas du seder de Pessah. Nous mettons du sel en souvenir des larmes que les hébreux versèrent, de la ‘harosset en souvenir du mortier utilisé pour les pénibles tâches de construction et des herbes amères afin d’expérimenter l’amertume que connurent nos ancêtres. Et même la galette de Pessah, la matsa, appelée pain de la liberté, est aussi appelée le pain de l’affliction, la pitance des esclaves. La Haggadah, histoire de la délivrance, contient de longs passages et de nombreux détails de la servitude et de la souffrance en Egypte. Est-ce une manière de célébrer notre rédemption?
En fait, le seder force à se poser la question qui est l’énigme de la célébration pascale: nous célébrons le fait que Dieu nous ait sortis d’Egypte, mais c’est bel et bien Lui qui nous y avait mis? Le rôle des plaies était de rappeler aux juifs, mais aussi aux égyptiens, que Dieu a un pouvoir absolu sur la nature et qu’Il la contrôle minutieusement. Il aurait pu stopper l’immense souffrance des hébreux bien avant. Pourquoi la souffrance? Cette question que le peuple juif se pose avec entêtement depuis l’époque de Moïse, plane sur le seder comme une mystérieuse présence.
Clairement, le seder traite de la connexion entre la souffrance et la délivrance. Il avance l’argument retentissant que la délivrance est le résultat de la souffrance. Cette dernière nous débarrasse de la superficialité et du superflu et nous amène à la vérité. Elle dévoile chez ceux qui souffrent des niveaux de don de soi et de transcendance qu’ils n’imaginaient pas posséder. Evidemment, l’être humain a le libre arbitre, on peut choisir de réagir à la souffrance avec amertume et ressentiment. Mais pour celui qui réagit différemment, il peut atteindre la véritable grandeur.
Les sages surnomment les années de torture en Egypte: le creuset de fer. Le creuset est l’instrument que les orfèvres utilisent pour raffiner l’argent. Il y a quelques années, des femmes étudiant le livre biblique de Malachie, furent frappées d’étonnement par le verset suivant: « Dieu s’assiéra comme un raffineur et un épurateur d’argent et Il épurera (le peuple d’Israël) » (Malachie 3:3). Curieuse de savoir en quoi le fait de faire fondre de l’argent s’appliquait au traitement de Dieu envers le peuple d’Israël, une des femmes partit regarder un orfèvre au travail.
Pendant qu’il passait une pièce d’argent au feu, l’artisan lui expliqua qu’il était obligé de la placer à l’endroit le plus chaud de la flamme afin d’enlever toutes les impuretés. La femme, en référence au verset, lui demanda s’il avait besoin de s’asseoir pendant le processus d’épuration. Il répondit que non seulement il devait rester assis pendant tout le processus mais aussi qu’il devait garder un œil vigilant sur la pièce, car si l’argent restait un moment de trop dans la flamme, il serait détruit.
« Comment savez-vous quand l’argent est entièrement raffiné? » demanda la femme.
« C’est facile, c’est lorsque j’y vois mon visage apparaître » répondit-il.
La métaphore du prophète Malachie était éclaircie: Dieu maintient le peuple d’Israël dans la partie la plus forte du feu des souffrances afin de complètement le purifier; mais Il reste avec lui pendant tout ce processus et ne le lâche jamais du regard, de même il ne le laissera pas être détruit. La purification sera complète seulement lorsque Dieu pourra voir Son image en nous.
Pas au mariage!
Michal Franklin, la gentille fille de nos voisins âgée de 21 ans qui terminait son dernier jour de collège, fut assassinée par un terroriste lors d’une attaque suicide dans une station de bus à Jérusalem. Huit ans après, je ne peux toujours pas m’empêcher de pleurer lorsque je raconte sa mort
Il était sur le point de parler de sa seur assassinée sous la Houpa.
Cinq ans plus tard, son jeune frère David se maria. J’étais invitée à la cérémonie et je connaissais mon rôle: rire, agir joyeusement et ne surtout pas mentionner la tragédie familiale. Je me tenais près de la houppa lorsque je fus surprise d’entendre le rabbin officiant dire que le marié tenait à faire un discours. Pendant que l’on tendait le micro à David, j’étais tendue, je savais qu’il allait parler de sa sœur assassinée. Je fermais les yeux et formulais une requête silencieuse: Non pas ici, pas maintenant! Ne ternis pas ton mariage avec la mort terrible de ta sœur. Mes genoux commencèrent à trembler mais il était trop tard, David commença à parler.
« Je veux mentionner sous ma houppa ma sœur Michal qui a été assassinée et qui n’est pas là près de moi en ce jour si important. Michal a été tuée il y a cinq ans lors d’une attaque terroriste à Jérusalem. Je ressens son absence ».
Ce discours était comme les herbes amères au milieu de la fête de Pessah. David rendit le micro au rabbin et la cérémonie nuptiale se termina. Soudainement une chose exceptionnelle se produisit, une explosion de joie éclata comme un volcan, comme si elle provenait des profondeurs terrestres. Cela fut le mariage le plus heureux auquel j’aie jamais assisté. Les gens dansaient en exultant de bonheur, des sourires radieux illuminaient le visage de tous les participants, l’allégresse était palpable. Le plus grand moment de cette soirée d’un autre monde se produisit lorsqu’au milieu des femmes, la mariée dansa avec sa belle mère Sarah (la mère de Michal) et la mère de Sarah, une survivante d’Auschwitz. Elles formèrent un cercle entrecroisé de joie et de peine qui nous éleva tous dans une autre dimension.
Je ne peux expliquer comment cela arriva mais cela arriva.
Le dos de Dieu
Le seder nous enseigne que la souffrance provoque la rédemption mais comme nous l’apprenons de Moïse, le peuple juif ne peut voir que le dos de Dieu. C’est rétrospectivement, avec le temps qui passe, que la raison de la souffrance devient compréhensible, parfois l’on n’aura pas de réponse dans ce monde ci. La plupart des femmes dont les enfants furent pris par les soldats égyptiens et jetés au Nil, ne vécurent pas assez longtemps pour assister à la sortie d’Egypte. Quant à celles qui sortirent, le firent-elles avec un goût de triomphe ou avec l’expression endeuillée reconnaissable chez les survivants de l’holocauste?
Nul doute que pour beaucoup d’entre elles, il fallut l’ouverture de la mer et la révélation du Sinaï pour les convaincre que c’est l’intensité de leurs souffrances qui leur permit d’expérimenter l’exaltation de la rédemption et de la révélation. Seulement lorsqu’ils regardèrent en arrière, les hébreux purent-ils comprendre que leurs peines faisaient partie d’un processus de purification et de rédemption qui finalement en valait la peine.
Assis à notre table du seder cette année, avec une perspective de 3322 ans qui nous séparent de l’Exode, nous célébrons la nation juive née des souffrances d’Egypte et des miracles de la délivrance. Nous voyons en ces deux choses les parents qui nous ont engendrés.

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