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1er Dimanche de l’Avent. Année C

27 novembre, 2009

du site:

http://www.spiritualite2000.com/Archives/parole/Cycle_C/avent1-c.htm

1er Dimanche de l’Avent. Année C

Vigilance

par Jacques Sylvestre, o.p.

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (21,25-28, 34-36)
«Jésus parlait à ses disciples de sa venue : «Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête. Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans la nuée, avec grande puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche.

«Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre coeur ne s’alourdisse dans la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste. Comme un filet, il s’abattra sur tous les hommes de la terre. Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés dignes d’échapper à tout ce qui doit arriver et de paraître debout devant le Fils de l »homme.»

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Commentaire

Dans les versets précédents, l’évangéliste Luc énumérait quelques épisodes dont il devait être       témoin. Ici, son regard quitte ces perspectives historiques pour se porter vers la Fin des temps annoncée en signes cosmiques. Ces signes sont, dans les apocalypses, le décor classique du jugement final. Ils proviennent des tableaux prophétiques de la victoire de Dieu sur les mauvais anges et les divinités d’Assur et de Babylone. Mais, en vrai, ni l’auteur ni même Jésus ne pensent à un réel combat contre les dieux païens ; ce sont de vieilles images de la tradition exprimant tout simplement une intervention définitive de Dieu sur un monde qu’il veut libérer de tout mal. «Je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle. Et je vis la Cité sainte, la Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel de chez Dieu ; elle s’était faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. J’entendis alors une voix clamer, du trône : « Voici le demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple et lui, Dieu-avec-eux  sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux ; de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé ».(Apocalypse 21:1-4)

Dans les apocalypses juives, révélations concernant la fin des temps, on trouvait une série d’épisodes complexes : résurrection, jugement, salut des élus, châtiment des méchants et l’établissement d’un monde nouveau, la Jérusalem céleste.  Ici tout est condensé dans l’événement triomphal : la venue du Fils de l’homme, l’annonce qui en est faite et  un appel à l’espérance, car malgré  l’aspect  redoutable de tous ces événements, les fidèles de Jésus n’ont rien à craindre, ces événements  manifestent la victoire et la domination  de leur Maître, leur délivrance. La condition est qu’il soient vigilants.

Vigilance, amour et joie
La vigilance doit nous habiter, enseignait saint Grégoire, et elle serait bien médiocre et fragile si elle n’était habitée que par la crainte ou la peur de voir s’écrouler un jour ce monde visible dans lequel nous vivons. « Pleurer à cause de la destruction du monde est le propre de ceux qui ont enfoncé les racines de leur coeur dans l’amour de ce monde et qui ne recherchent pas la vie qui doit venir après et n’en soupçonnent même pas l’existence »… (1ère homélie sur les évangiles).

Également indigne d’un coeur fidèle, qui ne se maintiendrait en éveil que par crainte du face à face avec le Christ. (saint Augustin : Sur le psaume 47.1). « Nous l’aimons, mais nous craignons qu’il vienne ! L’aimons-nous vraiment ? » (S. Augustin, Psaume 95.14).  Seul l’amour et le désir du Christ peuvent nous garder vigilants. « Je veux vous voir exempts de soucis », écrivait Paul aux Corinthiens (1:7,32)

La vigilance du Chrétien est la vigilance du coeur qui aime, du coeur dont l’amour et le désir souhaitent ardemment la venue du Règne de Dieu. Elle implique également la liberté du coeur, la libération de tout souci. La mesure de notre désir de la venue du Christ est la mesure de notre amour réel pour lui, Nous serons d’autant plus vigilants que notre désir de le voir sera plus grand et que notre Amour pour lui sera vrai. Ainsi, loin d’être source de crainte, la venue du Seigneur sera une cause de joie dans le coeur du fidèle. Seul l’« ami du monde » ne peut se réjouir de voir approcher la fin du monde, la fin de ce monde.

Ne pas être absents de ce monde.
Qu’impliquent à vrai dire ces fondements et caractères de la vigilance chrétienne, et ce, dans notre vie quotidienne ? Le danger ne serait-il pas, que tourné vers l’événement qui peut d’un moment à l’autre abolir notre univers, de provoquer un oubli de cette terre et de sa vie de chaque jour ? Certains ont tiré semblables conclusions des paroles du Christ. La seconde lettre de Paul aux Thessaloniciens constitue comme une mise en garde aux frères et aux soeurs « qui se laissent agiter l’esprit et alarmer par des paroles prophétiques, des propos ou des lettres données comme venant de nous et qui feraient penser que le Jour de Seigneur est déjà là ».  Il ajoutait : « Nous vous prescrivons au nom du Seigneur Jésus Christ de vous tenir à distance de tout frère qui vit dans l’oisiveté et ne se conforme pas à la tradition que vous avez reçue de nous »:La pensée de la venue du Christ ne doit pas pousser les chrétiens vers le désert ni les retirer du monde. Désirer la venue du Christ, s’est concrètement obéir à ses commandements, oublier le vieil homme pour nous tourner résolument vers les biens promis par le Christ.

Demeurer éveillé, être vigilant, enseignait s. Grégoire (13e homélie sur les évangiles) exige à la fois de contempler la vérité et d’agir courageusement sans jamais se lasser. « Celui qui veille, c’est celui qui par ses oeuvres garde ce qu’il croit ; celui qui veille, c’est celui qui repousse loin de lui les ténèbres de la torpeur et de la négligence ». Il ajoutait :« Frères très chers, appliquez-vous de toutes vos forces à penser à ce jour ; amendez vos vies, changez vos moeurs, résistez aux maux qui vous tentent, remportez  la victoire, expiez par vos larmes les péchés ceux que vous avez commis»(1ère homélie sur évangiles).

Une autre parabole des évangiles décrit l’attitude de la vigilance recommandée en ce temps de l’Avent : le fidèle serviteur qui attend le retour de son maître. Il sait qu’il devra rendre compte des biens que le Maître lui a confiés, aussi demeure-t-il dans une vigilante attente et met tout son zèle à bien administrer les biens qu’il lui a laissés en gérance.  « Administre comme il faut ce que tu as reçu mission  de Dieu d’administrer et de dispenser. Des richesses t’ont été confiées, administre-les bien. L’enseignement de la parole t’a été confié ? Dispense-le bien. Tu peux te gagner les âmes de ceux qui t’écoutent. Fais-le avec diligence. Nombreuses sont les formes d’une saine administration». (15e catéchèse de s.Cyrille).

C’est Jean Chrysostome qui enseignait :« Celui qui administre les biens de l’Église, ne peut dépenser au hasard et selon ses caprices car ce qu’il a reçu de vous, vous l’avez donné pour l’entretien des pauvres. Vous ne pouvez davantage user ainsi pour vous-mêmes de vos biens. Tout ce que vous possédez vous aurait-il été transmis par vos ancêtres, tout cependant appartient à Dieu… Écoutons donc, nous tous qui nous livrons aux plaisirs de la table, qui dépensons en repas somptueux un argent qui n’est pas à nous, mais aux pauvres. N’allez pas vous imaginez qu’il est à vous parce que la miséricorde, dans ses inépuisables inventions, vous a prescrit d’en fait part aux autres comme si c’était une chose qui vous appartenait » (77e homélie).

C’est dire avec tous ces enseignements de nos Pères dans la foi que, comme chrétien, nous ne pouvons vivre l’attente de la divine rencontre en oubliant notre engagement terrestre.  Nous vivons dans un monde dont nous sommes comptables et au milieu des hommes dont nous sommes responsables. Voilà ce que veut dire en somme être vigilants dans la vérité, la paix et l’amour.

dimanche 22 novembre 2009, Christ Roi: Homélie

21 novembre, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,christ-roi,2607.html

Christ-Roi

dimanche 22 novembre 2009

Famille de saint Joseph

 Homélie – Messe  
 
 La liturgie de dimanche dernier avait introduit, par la bouche de Jésus, la figure du Fils de l’homme venant sur les nuées. En ce dimanche où nous célébrons le Christ-Roi, nous la retrouvons dans le livre de Daniel, dans son sens premier. Le « fils d’homme » qu’il décrit est en effet un homme, vraiment un homme. Mais nous comprenons aussitôt que sa royauté n’est en rien comparable à celles que l’histoire nous a présentées. D’abord parce que cette royauté n’aura pas de fin, ce qui est inédit et impossible aux rois qui ne seraient que des hommes. Ensuite, parce que le « fils d’homme » est amené à Dieu, représenté par un Vieillard. Il reçoit alors la gloire et la puissance de Dieu même ! Assurément, notre roi n’est pas un roi comme les autres. A contempler de si belles images, nous aurions tôt fait de réagir comme les sujets de royaumes terrestres le feraient : en manifestant une simple exaltation. Mais notre Seigneur n’est pas seulement un homme, il est le « fils de l’homme ». Il ne vit pas son couronnement comme l’aboutissement d’un chemin individuel, car c’est en tant qu’il récapitule toute humanité que le Christ est couronné. Le Christ nous donne de partager sa gloire.

C’est pourquoi le psaume royal est entonné. Le psaume que nous avons chanté est en effet celui qui accompagnait le roi d’Israël jusqu’à son trône, au jour de son couronnement. Ce chant est une réponse de foi et d’action de grâce pour la Parole reçue. Oui, le Seigneur s’est vêtu de magnificence, la sainteté emplit sa maison. Or, il a choisi d’habiter chez nous et il est le « fils de l’homme ». Notre terre reçoit ainsi la stabilité à laquelle elle aspire et l’humanité est couronnée de la gloire de Dieu. Jour de joie et de fête.

Il n’est donc pas question de nous contenter d’une simple exaltation. Notre cœur doit exulter en Dieu notre sauveur. Tous, nous le verrons venir sur les nuées, même nous qui l’avons transpercé, car il fait miséricorde à qui accueille le don de son amour. Nous qui étions ses ennemis, il nous a réconciliés avec lui et il nous fait entrer dans son règne de paix, la paix qui ne connaît pas de fin.

Nous rencontrons ainsi le premier défi de la royauté de notre Seigneur Jésus. La réconciliation est offerte, mais il nous faut l’accepter. L’accepter pleinement. Ne pas nous risquer, devant de telles manifestations de gloire et de majesté, de nous résigner en face d’un plus puissant. Notre Seigneur n’impose pas son royaume par la force, il n’emploie aucune forme de contrainte pour venir à nous. Ce qu’il nous a acquis est la liberté de le choisir et de l’aimer ; il nous appartient donc de les employer et d’entrer dans sa paix. C’est ce à quoi la deuxième lecture nous invitait quand elle disait : « que la grâce et la paix vous soient données, de la part de Jésus-Christ ». La grâce est donnée, il faut la saisir quand elle se présente. Puissions-nous reconnaître et choisir cette paix que notre cœur désire avec tant d’ardeur.

Certes, du chemin reste à faire. La question de Pilate résonne au cœur de notre liturgie, nous ne pouvons l’ignorer : « alors tu es roi ? ». Mais comment en douterions-nous, après la méditation de ces lectures ? Tout simplement en oubliant que la royauté de Jésus-Christ n’est pas de ce monde. Il nous faut la questionner et nous remettre en cause pour la découvrir. Quand nous cherchons spontanément la force des chevaux, le roi d’humilité nous surprend et vient à nous monté sur un âne. Voilà pourquoi nous célébrons notre roi en méditant sa Passion : dans ces moments tragiques, Jésus nous a montré quel roi il est, quelle est la loi de son royaume. Elle est celle du don de soi.

Jésus n’a en effet rien retenu pour lui. Le Fils n’a pas retenu le rang qui l’égalait à Dieu. Il a pris la condition de l’homme, il s’est fait serviteur parce qu’il est venu pour servir. Il est venu pour rendre témoignage à la vérité qu’il a vu et entendue auprès du Père. Il est le « témoin fidèle » de la vérité, il est lui-même le chemin qui conduit à la vérité. Notre roi est le chemin qui nous ramène à la maison du Père.

Ainsi, en choisissant de n’être compté pour rien, Jésus nous enseigne comment il fait monter l’humanité sur son trône. Ce n’est pas par la force qu’il établit la justice, mais par sa douceur et son humilité qu’il nous rend justes. Il n’est pas seulement le chemin, il est la vérité. La vérité de ce qu’est l’homme, la vérité de ce qu’est Dieu. La vérité qui rend libre. C’est pourquoi ceux qui recherchent la maison du Père écoutent sa voix. C’est pourquoi ceux qui célèbrent aujourd’hui le roi de l’univers s’engagent à ne rien retenir pour eux-mêmes, eux non plus. Ils s’engagent à suivre leur roi sur le chemin de la vérité, sur le chemin du don de soi.

Seigneur, en ce jour où nous magnifions ta grandeur, où nous sommes tellement heureux de dire notre action de grâce, donne-nous d’abandonner toutes nos vérités, mesquines et tristes, pour embrasser la vérité, l’unique, la tienne. Viens régner dans nos cœurs, viens y fonder la paix que toi seul peut donner. Nous voulons vivre selon la loi de ton royaume, accueille-nous dans ta miséricorde, grave-la en nos cœurs par le feu de ton Esprit. Apprends-nous à ne rien retenir pour nous-mêmes, que Dieu puisse prendre toute la place en nos âmes. Nous t’acclamons et nous te choisissons, toi notre Seigneur et sauveur, toi « l’alpha et l’oméga, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant ».
Frère Dominique 

33e dimanche du Temps Ordinaire – Homélie Messe

14 novembre, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,33e.dimanche.du.temps.ordinaire,2600.html

33e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 15 novembre 2009

Famille de saint Joseph

Homélie Messe  

La plus terrible pauvreté, la plus grande misère, n’est-elle pas l’ignorance de Dieu, qui nous prive du sens de notre existence, et nous condamne à nous mobiliser jour après jour pour une vie appelée à sombrer dans le néant ?
Les esprits forts ne manquent pas pour affirmer à qui veut l’entendre que l’état d’enfance de l’humanité est dépassé, et que l’heure est venue pour l’homme d’affirmer enfin son autonomie absolue. Ni Dieu ni loi, de quelque nature qu’elle soit : exit la loi morale, exit les commandements d’un Dieu qui n’existe pas, exit la culpabilité, les tabous, toutes les entraves à la liberté.
Mais voilà qu’après un temps d’euphorie et d’exaltation, ce petit Prométhée qui essaye de s’élever jusqu’au ciel pour s’emparer du trône de Dieu, est en train de s’écraser lamentablement sur terre. Qui ne voit que la soi-disant libération des mœurs ne conduit qu’à l’aliénation aux passions débridées, que le relativisme éthique étouffe tout idéal, et que l’athéisme conduit au désespoir, comme le confirme le nombre sans cesse grandissant de suicides ?
Hélas, l’homme contemporain est trop orgueilleux pour avouer son erreur, revenir de son errance, et se convertir au Dieu de tendresse qui lui tend les bras ouverts de sa miséricorde. Pourtant, comme nous le rappelle la liturgie de ce dernier dimanche de l’année, il n’y a pas une minute à perdre : les temps sont courts : le Seigneur est proche. Au temps de la patience et du pardon succèdera celui de la justice, lorsque nos œuvres seront révélées au grand jour et que seuls échapperont au jugement ceux qui humblement lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercés.
D’aucun ne manquent pas d’ironiser, « accusant le Seigneur de retard » ; mais ne nous y trompons pas : « devant le Seigneur, un jour est comme mille, et mille ans sont comme un jour ; il ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, mais il use de patience envers nous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir » (2 P 3, 8-9). Au jour et à l’heure fixés, que « nul ne connait, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père », « on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire » ; « en ce temps-là viendra le salut pour tous ceux dont le nom se trouvera dans le livre de Dieu », mais ceux qui auront refusé le pardon offert en Jésus-Christ, « s’éveilleront pour la honte et la déchéance éternelles » (1ère lect.).
Sommes-nous en train de réactiver un genre littéraire suranné, largement utilisé par les prédicateurs d’un autre âge, et qui consiste à faire trembler de peur les pauvres fidèles afin d’étouffer leur joie de vivre, et de les amener à une soumission inconditionnelle aux clercs ? Pas du tout : la Parole de Dieu n’a guère changé, même si les styles de prédication ont évolué. Nous ne prêchons pas un Dieu terrible ni une religion de la peur, mais nous avertissons nos contemporains des malheurs qu’ils sont eux-mêmes en train de déclencher par leur mépris de la loi naturelle. De nos jours, les médias ne cessent de nous mettre en garde : si nous continuons à transgresser les lois de la biosphère, nous allons gravement hypothéquer l’avenir de la planète. Et pourquoi donc ce qui est vrai dans le domaine des lois naturelles de l’écologie, ne se vérifierait-il pas dans le domaine de la loi morale naturelle ? Hélas, il n’est pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre : nos contemporains se bouchent les oreilles à la voix de leur conscience, croyant pouvoir impunément transgresser les lois élémentaires de la vie naturelle. Le pape Benoît XVI le rappelait vigoureusement dans sa dernière Lettre encyclique :
« La dégradation de l’environnement est en effet étroitement liée à la culture qui façonne la communauté humaine : quand l’ »écologie humaine » est respectée dans la société, l’écologie proprement dite en tire aussi avantage. Le point déterminant est la tenue morale de la société dans son ensemble. Si le droit à la vie et à la mort naturelle n’est pas respecté ; si la conception, la gestation et la naissance de l’homme sont rendues artificielles ; si des embryons humains sont sacrifiés pour la recherche, la conscience commune finit par perdre le concept d’écologie humaine et, avec lui, celui d’écologie environnementale. Exiger des nouvelles générations le respect du milieu naturel devient une contradiction, quand l’éducation et les lois ne les aident pas à se respecter elles-mêmes. Le livre de la nature est unique et indivisible, qu’il s’agisse de l’environnement comme de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille, des relations sociales, en un mot du développement humain intégral. Les devoirs que nous avons vis-à-vis de l’environnement sont liés aux devoirs que nous avons envers la personne considérée en elle-même et dans sa relation avec les autres. On ne peut exiger les uns et piétiner les autres. C’est là une grave antinomie de la mentalité et de la praxis actuelle qui avilit la personne, bouleverse l’environnement et détériore la société » (n° 51).

Qu’ajouter de plus, sinon un tout aussi vibrant appel à la conversion, à commencer par nous-mêmes ; car il n’est jamais trop tard. Nous le croyons : « Jésus-Christ, après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu. Par son sacrifice unique, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qui reçoivent de lui la sainteté » (2nd lect.).
Les commandements de Dieu et de l’Eglise ne sont pas une ingérence dans notre vie privée personnelle, une menace pour notre autonomie, une aliénation de notre liberté ; mais au contraire les préceptes – qui interprètent la Parole de Dieu de manière à ce que nous puissions la mettre en pratique – sont des indications précieuses pour nous aider à découvrir le chemin d’une vie authentiquement humaine, d’une vie conforme au dessein de Dieu sur nous – dessein qui nous est révélé précisément par la loi naturelle inscrite dans notre humanité, confirmée et complétée par la révélation surnaturelle. Obéir à la loi naturelle, c’est obéir à notre propre humanité, c’est entrer plus avant dans notre propre vérité, et par le fait même, libérer notre libre-arbitre des aliénations que font peser sur elle les idéologies qui se succèdent et se contredisent de génération en génération : « le ciel et la terre passeront, seules les paroles de Jésus ne passeront pas ».
Que l’Esprit Saint nous accorde l’intelligence spirituelle de notre pèlerinage sur cette terre, de sorte que nous puissions discerner toutes choses sur l’horizon de notre destinée éternelle. Nous pourrons alors prier avec le psalmiste :
« Seigneur mon partage et ma coupe, de toi dépend mon sort.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable.
Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance :
Tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption.
Mon Dieu, j’ai fait de toi mon refuge. Tu m’apprends le chemin de la vie :
Devant ta face débordement de joie ! A ta droite, éternité de délices ! » (Ps 15).

Père Joseph-Marie
 

Dédicace de la basilique du Latran, lundi 9 novembre 2009 – homélie

9 novembre, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/

Dédicace de la basilique du Latran

lundi 9 novembre 2009

Famille de saint Joseph

Homélie – Messe  

Le Concile a valorisé l’image biblique de l’Eglise Peuple de Dieu, peuple pèlerin en marche vers la demeure du Père, sous la conduite du Christ Bon Berger, et cheminant sous la nuée de l’Esprit. Mais cette image, qui répond à la question « Qu’est-ce que l’Eglise ? », risque d’évoquer unilatéralement la dimension institutionnelle, tant il est vrai qu’une foule ne devient un peuple que par sa structuration interne. Il faut donc la compléter par d’autres images, qui répondent à l’interrogation : « Qui est l’Eglise ? », afin de souligner le caractère personnel de « l’Epouse » du Christ (Ap 21, 9 ; Ep 5, 23). St Paul nous a familiarisés avec l’image de l’Eglise « Corps du Christ » (1 Co 12, 27), qui se rattache à celle que Jésus lui-même suggère dans l’Evangile de ce jour : l’Eglise « Temple de Dieu ». Certes l’évangéliste précise que « le Temple dont parlait Notre Seigneur, c’était son corps » ; mais St Paul élargit l’interprétation en précisant que Christ constitue les fondations du Temple, sur lesquelles les apôtres construisent « la demeure de Dieu parmi les hommes » (Ap 21, 3), dont les croyants sont les « pierres vivantes » (1 P 2, 5). La source de vie que le prophète Ezéchiel voit jaillir du Temple de Dieu (Ez 47, 1-12), et qui assainit les eaux de la Mer Morte, représente le cœur transpercé du Christ crucifié d’où jaillit l’Esprit Saint (Jn 19, 34). Cette source est désormais confiée à l’Eglise, qui a reçu mission d’abreuver tous ceux qui ont soif de la vraie vie. Nous aussi, sachons entendre l’appel du Christ (Jn 7, 37), et venons nous abreuver aux sources vives du salut (Ap 7, 17) qu’il nous offre dans son Cœur eucharistique. Nous comprendrons alors que l’institution ecclésiale – tant décriée ! – n’a d’autre finalité que de transmettre, de génération en génération, l’institution eucharistique, afin de nous permettre de recevoir le Corps et le Sang du Fils de Dieu fait chair, en qui nous avons la vie (Jn 6, 54).

Père Joseph-Marie  

dimanche 8 novembre 2009, Homélie

7 novembre, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/messe,32e.dimanche.du.temps.ordinaire,3070.html

32e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 8 novembre 2009

Famille de saint Joseph

Homélie – Messe 

La première lecture de ce dimanche nous raconte l’épisode du prophète Elie et de la veuve de Sarepta. Cette femme, qui en tant que veuve a déjà bien peu, n’hésite pas à sacrifier la seule nourriture qui lui reste, à elle et à son fils, pour Elie, confiante dans la Parole du Seigneur qui lui est parvenue par la bouche de son prophète : « N’aie pas peur… car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. »
L’évangile met devant nos yeux une autre veuve, venue déposer dans le trésor du Temple deux piécettes, tout ce qu’elle possède. Seul Jésus remarque le geste discret de cette femme et déclare à son sujet : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris de leur superflu, mais, elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre ».
Ces deux veuves nous enseignent que le don s’affranchit des limites du raisonnable. La pauvre veuve de l’évangile aurait fort bien pu « partager » avec Dieu, c’est-à-dire lui offrir une piécette et garder l’autre pour elle. Vu la précarité de sa condition, c’eût déjà été bien davantage que « donner de son superflu ». Pourtant, tel n’est pas son choix : « Elle donne tout, tout ce qu’elle a pour vivre ».
Donner c’est s’abandonner totalement, faire confiance sans même penser que l’on recevra quelque chose en retour. Donner, ce n’est pas marchander pour retirer de la satisfaction ou de la reconnaissance. Voilà pourquoi le vrai don s’accompagne de la discrétion, j’irai même jusqu’à dire du silence. Donner c’est en fin de compte entrer dans le mouvement de la gratuité de la charité divine telle que nous la voyons manifestée dans la vie de notre Seigneur Jésus Christ jusque dans sa mort sur la croix.
La radicalité du geste de ces deux veuves peut nous paraître excessif. Peut-être parce que nous ne nous sentons pas capables d’en faire autant. Mais en attendant de pouvoir tout donner, si nous commencions par partager notre nécessaire avec nos frères et avec Dieu.
Le partage de notre nécessaire ne concerne d’ailleurs pas seulement ce qui touche au domaine matériel. Par exemple, nous pouvons nous interroger : Savons-nous offrir à Dieu les moments de notre journée les plus féconds ? Normalement, Dieu ne devrait-il pas être le premier et le mieux servi ? De la même façon par rapport à nos frères et sœurs. Savons-nous à tout instant du jour nous tenir dans une véritable disponibilité de cœur pour répondre à celui ou celle qui viendra solliciter notre écoute ou notre attention ?
Au cours des premiers siècles de l’Eglise, le partage des biens avec les plus démunis était un devoir prioritaire pour les baptisés qui témoignaient par là de leur foi vivante par la charité. Les textes de ce dimanche sont sans doute l’occasion de réveiller en nous la conscience que le partage est une dimension essentielle de notre vie chrétienne parce qu’il atteste de la crédibilité de ce que nous confessons et parce qu’il est le lieu où l’amour sauveur de Dieu révélé dans le don de Jésus sur la Croix peut continuer à se répandre en nous et autour de nous.
Ce dernier point est très important. Notre générosité ne sera une vraie générosité que si elle émane de la générosité même de notre Seigneur. Générosité de Jésus qui s’est offert une fois pour toutes en sacrifice de rédemption pour tous les hommes, comme nous le rappelle la deuxième lecture. Générosité de Jésus dont personne n’est exclu. Générosité de Jésus qui, comme grand prêtre, continue dans sa condition glorieuse d’intercéder pour chacun de nous. Générosité de Jésus qui viendra à la fin des temps comme sauveur qui a détruit le péché et a instauré la vie nouvelle.

« Seigneur, nous nous sentons bien peu capables de générosité. Mais nous voulons prendre appui sur ta propre générosité qui a triomphé une fois pour toutes du péché. C’est elle que nous voulons avec l’assistance de ton Esprit de charité laisser transparaître en chacune de nos paroles, en chacun de nos actes. Alors tous pourront découvrir combien tu les aimes et combien ton amour les comble au-delà de tout ce qu’ils pourraient espérer ou même imaginer. »
Frère Elie

Tous les saints – dimanche 1er novembre 2009 – Homélie

31 octobre, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,tous.les.saints,2587.html

Tous les saints – dimanche 1er novembre 2009

Famille de saint Joseph

Homélie
Messe  

Si une foule de 144.000 personnes nous accueille là-haut, nous risquons d’être impressionnés ! D’autant plus qu’il s’agit d’un chiffre symbolique – 12, le nombre de tribus d’Israël ; multiplié par 12, le nombre d’apôtres ; multiplié par 1000, le chiffre de l’infini – signifiant une multitude innombrable. Voilà une armée dont les puissants de la terre rêveraient disposer !
L’enseignement que Jésus donne sur la montagne devrait cependant nous rassurer : dans cette « foule immense, que nul ne peut dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues » (1ère lect.), tous sans exception, sont pauvres de cœurs, doux, compatissant, affamés de justice, miséricordieux, purs, pacifiques ; tous ont été de l’une ou l’autre manière persécutés pour leur foi en leur Maître doux et humble, auquel ils se sont laissés totalement configurer. C’est pourquoi ils sont « enfants de Dieu » ; ils participent à la sainteté de « celui qui les a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière » (1 P 2, 9). Désormais ils lui sont devenus « semblables », maintenant « qu’ils le voient tel qu’il est » (2nd lect.).

Mais comment cela peut-il se faire ? Dieu seul est « Saint » : ce terme exprime le cœur même de son mystère, qui demeure ineffable et inaccessible à l’homme. Comment des créatures marquées par le péché pourraient-elles entrer « en communion avec la nature divine » (2 P 1, 4) ? L’Ange de l’Apocalypse nous répond : les 144.000 « ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau » (1ère lect.). Voilà pourquoi ils exultent, et se tenant « debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main, ils proclament d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ! »».

Fort heureusement, bien des visages de ce comité d’accueil ne nous seront pas inconnus : nos proches, parents et amis, se feront une joie de nous accueillir au nom du Seigneur et de nous introduire dans cette célébration éternelle à laquelle nous sommes conviés depuis toute éternité. Car nous aussi, Dieu « nous a choisis dans le Christ, dès avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l’amour » (Ep 1, 4). Depuis toujours, le Père a résolu de rassembler tous ses enfants en un seul Corps, dont son Fils serait la Tête, afin que nous puissions participer à sa vie.

La grâce de sainteté est donc en quelque sorte « organique » : nous participons à la sainteté du Corps ecclésial du Christ ; ou encore : à la sainteté de son Epouse, qu’il a voulu « rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie ; il a voulu se la présenter à lui-même, cette Eglise, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut ; il la voulait sainte et irréprochable » (Ep 5, 26-28). Comme l’écrit Saint Pierre, le Christ a fait de nous « la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis, pour que nous proclamions les hauts faits de celui qui nous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière » (1 P 2, 9). Tous ceux qui ont mis leur foi dans le Seigneur, forment déjà une unique famille avec ceux dont la mort inévitable nous a séparés pour peu de temps.

À l’origine de l’Église, la « communion des saints » désignait l’ensemble de ceux qui avaient part aux réalités saintes et sanctifiantes, que sont l’Eucharistie et les sacrements. Cependant, cette communion de vie dans l’Esprit du Dieu vivant ne nous unit pas seulement au Christ Jésus et entre nous, mais elle nous unit également à tous ceux qui nous ont précédés et qui partagent désormais la vie du Ressuscité. « Il a plu à Dieu, enseigne le concile Vatican II, que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel » (Lumen Gentium, 9).
Et tout comme dans une grande famille unie par le lien de l’amour, les mérites de l’un rejaillissent sur tous les autres ; ou plutôt les mérites de tous sont mis en commun pour le plus grand bien de chacun. En premier bien sûr les mérites infinis de Notre-Seigneur Jésus lui-même, auxquels s’unissent les mérites de la Vierge Marie et de tous les saints, petits ou grands, connus ou inconnus, canonisés ou ignorés. Tous ensemble – oui : nous aussi, dans la mesure où nous vivons dans l’obéissance de la foi – nous rassemblons cet héritage familial – dans lequel nous venons en réalité puiser bien davantage que nous n’y déposons !

A cette initiative divine doit bien sûr correspondre une réponse proportionnée : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mc 5, 48), ne craint pas de nous ordonner Jésus. C’est donc que c’est possible ; précisément en puisant dans le trésor des mérites de sa Passion victorieuse auxquels se sont ajoutés les mérites de tous les saints et saintes de l’histoire, que nous fêtons aujourd’hui. Et c’est en nous appuyant sur leur aide, que nous aussi nous pourrons produire des œuvres méritoires, qui s’ajouteront aux leurs, pour les générations présentes et à venir.

Quelle est belle notre Eglise dans cette solidarité mystique bien concrète ! « Tout homme qui fonde son espérance sur le Christ et sur son Eglise, se rend pur comme lui-même est pur » (2nd lect.). En ce jour béni, encourageons-nous donc mutuellement sur le chemin de la sainteté, puisque le Père nous attend. Certes, « dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement » ; aussi hâtons-nous : « purifions nos cœurs, gardons nos mains innocentes, ne livrons pas nos âmes aux idoles pour obtenir du Seigneur la bénédiction, de Dieu notre Sauveur la justice » (Ps 23[24]). « Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra », entouré « d’une foule immense, que nul ne pourra dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues » (1ère lect.), « nous le verrons tel qu’il est » (2nd lect.). « Recherchons donc sa face, gravissons la Sainte montagne » des Béatitudes où le Seigneur nous révèle son visage de sainteté sous les traits du pauvre de cœur, de l’affamé et assoiffé de justice, du cœur doux et pur, de l’artisan de paix et du persécuté pour la justice. Contemplons le visage de notre Dieu ; car c’est en le contemplant longuement tel qu’il se donne à voir dans les Ecritures, « que nous lui deviendrons semblables » (cf. 2nd lect.) et que nous participerons à sa sainteté.

Père Joseph-Marie
 

A quoi ressemble le Royaume de Dieu ?

26 octobre, 2009

du site:

http://viechretienne.catholique.org/meditation/20445-a-quoi-ressemble-le-royaume-de-dieu

Évangile de mardi 27 octobre – année – cette année – Lc 13, 10-17

Les méditations

A quoi ressemble le Royaume de Dieu ?

Saint Matthieu 13, 24-43

Jésus leur proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : ’Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?’ Il leur dit : ’C’est un ennemi qui a fait cela.’ Les serviteurs lui disent :’Alors, veux-tu que nous allions l’enlever ?’ Il répond : ’Non, de peur qu’en enlevant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier.’ » Il leur proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. » Il leur dit une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu’une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. » Tout cela, Jésus le dit à la foule en paraboles, et il ne leur disait rien sans employer de paraboles, accomplissant ainsi la parole du prophète : C’est en paraboles que je parlerai, je proclamerai des choses cachées depuis les origines. Alors, laissant la foule, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. » Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L’ennemi qui l’a semée, c’est le démon ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et ceux qui commettent le mal, et ils les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »

Prière d’introduction Que ton règne vienne ! Mon bon Jésus, c’est toi qui nous a parlé du Royaume, c’est toi qui m’as donné le don de la foi qui me permet de croire en ton Royaume, c’est toi qui as exalté mon espoir dans la gloire et la beauté de ton Royaume, tu as attiré mon cœur vers le tien et tu y as planté l’étendard de ton Royaume. Tu sais que je crois en toi, que je veux mieux te connaître pour mieux t’aimer et pour être ton loyal disciple. En t’écoutant décrire ton Royaume, le seul pour lequel il vaille la peine de vivre et de mourir, je renouvelle mon engagement envers toi : ouvre mon cœur, Seigneur, et inonde-le de la lumière et de la force de ta grâce.

Demande Aide-moi à mieux comprendre la nature de ton Royaume afin que je le serve mieux sur terre et qu’ensuite j’y demeure avec toi pour l’éternité.

Points de réflexion
1. Le Royaume est comme une graine de moutarde : il est en puissance. Le Royaume ne cesse de croître. Il n’était qu’une graine au départ, quand le Christ l’a planté. Il commence tout petit, partout où il est déposé et toujours il grandit. Cette croissance se fait à tous les niveaux : dans chaque âme, dans une communauté particulière et dans la totalité de l’Eglise. Dans l’idée que je me fais de la vie du Royaume, est-ce que fais place à son développement, à sa croissance, à l’action de Dieu ? En d’autres mots, est-ce que j’essaie de règlementer le Royaume ou de suivre mon Roi là où il veut m’emmener ?

2. L’ivraie et le bon grain poussent ensemble. Le Royaume sera toujours sujet d’oppositions et de contradictions. L’ivraie et le bon grain croissent ensemble, côte à côte. Dans nos propres âmes, la malheureuse tendance au mal ne disparaît pas alors que mûrit notre identité chrétienne. Nous oublions parfois l’ivraie à cause du bon grain et quelquefois le contraire. Quand je rencontre des difficultés, des obstacles, de la souffrance, est-ce que je réagis avec foi et patience ou avec frustration et découragement ?

3. Le Royaume est comme le levain, il a des conséquences disproportionnées. L’impact du Royaume sera toujours hors de proportion avec ses dimensions. Un peu de levain fait lever la pâte, la sainteté d’une personne fait des vagues jusqu’aux extrémités du monde. Les effets en seront connus seulement à la fin des temps quand tomberont les apparences et que toute vérité sera connue par tous. Est-ce que je crois vraiment que ma vie apportera un effet positif sur le Royaume en faisant seulement la volonté de Dieu à chaque instant ?

Dialogue avec le Christ Mon bon Jésus, tu as la responsabilité de ton Royaume. Et tu m’as appelé à y travailler en me confiant une mission. Je veux du Royaume dans chacune de mes paroles, dans tout ce que je fais, dans chacune de mes décisions, jusqu’a dans mon regard. Remplis-moi de ton amour, ô mon Roi, fais de moi ton ambassadeur, ton flambeau, ton porte-voix dans ce monde qui a tant besoin de toi. Amen.

Résolution Je ferai un effort spécial pour être patient,- comme Dieu l’est avec l’ivraie et le bon grain,- dans une situation où je sais que ma patience est mise à l’épreuve (avec mes enfants, mes compagnons de travail, en voiture…) et j’offrirai ce sacrifice pour que grandisse le Royaume.

Homélie pour dimanche 25 Octobre 2009

24 octobre, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,dedicace.des.eglises.dont.on.ignore.la.date.de.consecration,2579.html

dimanche 25 octobre 2009

Famille de saint Joseph Octobre 2009  

Homélie

Messe  

La première lecture et le psaume sont des cris de joie. L’évangile rapporte l’histoire de Bartimée, un aveugle que Jésus a guérit et qui est devenu une figure exemplaire pour les croyants. Mais pour entrer pleinement dans cette joie à notre tour, et surtout pour qu’elle s’empare durablement de notre vie, sans doute devons-nous prendre mieux conscience des ténèbres qu’elle vient déchirer…

La joie que le prophète Jérémie rapporte concerne le retour de l’exil à Babylone, qui fut incontestablement la plus grande catastrophe de l’histoire sainte. A cette époque, le peuple élu a perdu ses repères essentiels : la terre, le roi et le temple. En effet, ils n’habitaient pas leur pays « depuis toujours », il n’était pas la terre de leurs ancêtres, mais la terre qui leur avait été promise et donnée par le Seigneur, en signe d’alliance. La perdre est perdre le don de Dieu, rien de moins. Comment croire à l’accomplissement de la promesse, si les éléments qui marquaient concrètement sa réalisation disparaissent ? De même, comment accomplir les sacrifices rituels prescrits par la parole de Dieu s’il n’y a plus de temple ? Tout ce qui faisait leurs certitudes, ce qui occupait le centre de leur vie, leur est soudain arraché. Le traumatisme est vraiment profond.

Dans cette situation d’extrême fragilité, Israël a fait l’expérience de dépendre entièrement de Dieu, de ne pouvoir compter que sur lui. Plus rien au monde ne lui donnait de motif d’espérance, il semblait pris dans une nuit sans fin. Il ne lui restait rien d’autre que la Parole à méditer et sa foi dans la fidélité du Seigneur.

Ainsi, un jour, tout a basculé. « Nous étions comme en rêve », se rappelle le psalmiste. L’explosion de joie dont les lectures de ce jour nous rendent témoins est proportionnelle à l’intensité du drame vécu. « Ils étaient partis dans les larmes, dans la consolation je les ramène », dit le Seigneur.

Il est intéressant de noter les mots employés pour crier la joie de la délivrance, car ils disent ce que cette expérience a apporté. D’abord, le visage de Dieu est clairement celui d’un père, bien aimant et présent aux côtés de ses enfants. La première lecture est encadrée par ces mots : « poussez des cris de joie (…) car je suis un père pour Israël ». Ensuite, l’expérience traumatisante, aussi douloureuse soit-elle, a été perçue a posteriori comme la préparation d’une moisson abondante : « qui sème dans les larmes, moissonne dans la joie ». Ainsi la joie manifestée n’est pas seulement la joie du retour, elle est aussi la joie de découvrir ce que Dieu construisait dans le silence de la nuit. Alors que tout semblait perdu, le Seigneur creusait un sillon et enfouissait une graine qui ne tarderait pas à donner son fruit. De la mort, la vie peut jaillir !

La souffrance est quelques fois une éducatrice précieuse…

Cet itinéraire est celui de tout croyant. Il aussi celui de Bartimée, qui nous est donné en exemple ce matin. Cet homme n’a aucune compagnie, il vit dans une nuit qui ne finit jamais. Son exil est son exclusion. Certes, il vit chez les siens et non en terre étrangère, mais son infirmité le maintient en marge de tout, exilé au bord d’un chemin. Bartimée vit dans une situation paradoxale et insupportable : il est dépendant des siens qui le rejettent. Il ne peut rien par lui-même, il doit compter sur eux pour tout. Voilà une position pour le moins inconfortable.

Mais dans la souffrance de sa solitude, Bartimée a découvert la présence bienveillante du Seigneur à ses côtés. Il a si bien appris à la connaître au cœur de sa nuit, qu’il le reconnaît tout de suite quand Jésus passe sur le chemin.

Nous découvrons alors que Bartimée n’est pas sans ressources. Il est aveugle, mais il n’est pas muet. Il a de la voix. Il crie vers Jésus avec tant de conviction qu’on cherche à le faire taire. Mais lui qui doit compter en tout sur les autres, comprend qu’il n’est plus l’heure de s’en remettre aux autres, il n’est plus l’heure de se laisser faire. Il redouble d’efforts et appelle de plus belle.

Jésus entend son cri. Évidemment. Qui ne l’entend pas ? Cependant l’attitude de Jésus n’est pas habituelle. Il pourrait par exemple aller vers Bartimée, Jésus pourrait aussi demander qu’on lui amène l’infirme, il pourrait encore appeler à lui le pauvre homme. Mais Jésus ne fait pas que guérir, il enseigne. La foule qui faisait rempart et cherchait à étouffer les cris de détresse doit à présent faire corps et conduire Bartimée vers la vie. Le Seigneur choisit ceux dont dépendait cet homme jusqu’à présent, il désigne pour l’aider ceux qui voulaient l’éloigner. Dans sa délitesse, le Bon Berger envoie vers Bartimée ses frères pour les associer à sa guérison en leur permettant de prendre la parole ; Jésus leur confie de dire son propre désir de la guérison de Bartimée. « Confiance, lève toi, il t’appelle ».

Alors Bartimée s’élance. Cette invitation de ses frères lui suffit, elle est le signal que reconnaît son cœur. Sa souffrance et sa solitude ont été ses éducatrices, il sait ce qu’il a à faire. Pour lui, nul besoin d’un « va, vends tout ce que tu as » : il jette de lui-même son manteau, c’est-à-dire tout ce qu’il a. Il renonce ainsi à ce qui faisait son identité. Il abandonne sa carapace, ses protections, ce qui l’abritait du froid de la nuit et du regard des hommes. Il se montre vulnérable et, lui qui est aveugle, il marche vers Jésus avec assurance.

Cet élan et cette confiance ne peuvent que toucher le Seigneur. Mais Jésus retarde un peu la guérison, car il veut que Bartimée recouvre pleinement sa dignité. Il lui demande donc d’exprimer lui-même ce qu’il souhaite, Jésus se fait serviteur de l’homme meurtri : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » ; « Seigneur, que je voie ! ». D’une voix assurée, on l’a vu, debout, sans assistant, sans protection, il ne s’appuie que sur la parole de Jésus. La Parole a dirigé sa marche, elle contient son espérance, elle opère à présent sa guérison.

L’homme, debout et parlant, est donc sauvé par la foi qu’il a mise en Jésus. « Va », sa dignité et sa liberté lui sont rendues. Mais Bartimée est tout à son action de grâce.

Que ces textes nous donnent de toujours garder fermement notre espérance en Dieu notre sauveur. Il est de tous nos exils. Il n’est aucune nuit trop sombre pour qu’il nous y suive. Il n’est aucune solitude qu’il ne puisse consoler de sa présence. Les chants de joie du peuple revenant à Jérusalem sont les nôtres, l’exultation de Bartimée est la nôtre. Bartimée se met à suivre Jésus. Choisissons donc comme lui d’employer notre liberté en fonction du Seigneur. Suivons-le, nous aussi, chaque jour de notre vie : nous retrouverons ainsi la maison de notre Père du Ciel, celle où règne le bonheur qui ne finit pas, celle où nous voulons nous établir pour toujours.

29e dimanche du Temps Ordinaire, Homélie

17 octobre, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,29e.dimanche.du.temps.ordinaire,2569.html

29e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 18 octobre 2009

Famille de saint Joseph Octobre 2009   
Homélie
 
 Messe  
 
 Je propose d’aborder les lectures de ce jour en lectio divina. Ce qui revient à dire : nous essayons de recevoir ces textes pour ce qu’ils sont vraiment : une Parole de Dieu pour nous aujourd’hui. Ne laissons donc pas trop vite notre intelligence se saisir de ces versets pour les éplucher, essayer de les comprendre rationnellement. Il s’agit plutôt de nous laisser enseigner par la sagesse divine, qui parle au cœur bien plus qu’à l’intelligence ; ou plutôt : essayons de les comprendre par l’intelligence du cœur plus que par le raisonnement.
La prophétie d’Isaïe nous propulse au cœur du paradoxe : un personnage nommé le « Serviteur » de Dieu, est broyé par la souffrance qui lui est imposée injustement. Or c’est précisément en cela qu’il plaît au Seigneur, car c’est ainsi qu’il accomplit la volonté de Dieu. La volonté divine ne porte pas sur la souffrance de son Serviteur, voulue en tant que telle, mais sur la justification de la multitude. Mais c’est précisément parce qu’il a consenti à se charger des péchés de cette multitude, en assumant librement les souffrances qui en résultent, que le Serviteur a fait de sa vie un sacrifice d’expiation et de réconciliation qui plaît à Dieu. C’est en allant jusqu’au bout de la solidarité avec les pécheurs, qu’il les justifie devant Dieu, pour la plus grande joie de celui-ci.
La lettre aux Hébreux nous éclaire sur l’identité de ce mystérieux personnage : celui qui a pleinement partagé notre faiblesse, qui a en toutes choses connus nos épreuves, qui a délibérément pris sur lui nos souffrances et notre mort, c’est le Christ Jésus notre Seigneur. Et comme « par l’offrande de son sang, il est devenu le pardon pour ceux qui croient en lui » (Rm 3), sa passion est le sacrifice qui nous sauve, qui nous réconcilie avec Dieu et nous rétablit devant sa face. Voilà pourquoi le Père l’a ressuscité, faisant de lui le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré pour toujours au-delà des cieux, et qui intercède en notre faveur auprès de Dieu. Voilà pourquoi nous pouvons « nous avancer avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours ».
Jusque là nous avons essayé d’accueillir ces deux lectures telles qu’elles nous sont données, en évitant de projeter sur elles nos a priori, nos réticences ; sans accabler l’hagiographe – et à travers lui : Dieu lui-même – de nos questions, de nos argumentations, de nos « oui mais », qui trahissent nos reproches, voire nos refus. Certes cette lecture bienveillante ne résout pas tous les problèmes, ne répond pas d’amblée à nos interrogations ; mais elle nous situe dans l’attitude juste : l’attitude filiale, qui consiste à ouvrir les oreilles de notre cœur et à recevoir avec reconnaissance une Parole dont nous croyons qu’elle est vraie, qu’elle est lumière sur notre route, qu’elle nous rend libres, qu’elle est un couffin plein de vie prêt à déverser son contenu dans le cœur qui l’accueille. C’est précisément en veillant sur cette Parole, en la « ruminant », en l’écoutant résonner au plus profond de nous, que nous lui permettront de nous révéler le mystère caché aux sages de ce monde, c’est-à-dire à notre raison naturelle. La Parole elle-même vient en effet répondre aux questions demeurées en suspens, pourvu que nous ayons la patience de la laisser éclairer notre intelligence de la lumière surnaturelle de l’Esprit, qui seul peut nous conduire dans la vérité toute entière.
Ce n’est de toute évidence pas l’attitude qu’ont adopté les fils de Zébédée, Jacques et Jean.
Jésus vient d’annoncer pour la troisième fois sa Passion prochaine, précisant même la nature des souffrances qu’il aura à endurer. Et pour la troisième fois, les apôtres refusent d’entendre : ils exorcisent leur peur en se réfugiant dans des rêveries de gloire terrestre. La demande des fils de Zébédée suscite l’indignation un peu forcée des dix autres apôtres, qui auraient bien voulu solliciter le même privilège.
Le refus du chemin de la croix et le désir d’une gloire terrestre vont de pair ; et cela pour nous comme pour les apôtres. N’aimerions-nous pas tous enjamber la Passion, et participer dès à présent à la gloire du Ressuscité, sans passer par l’humiliation de la Croix ? Mais ce désir n’est guère réaliste : la souffrance est là ; inutile de chercher à l’occulter : elle fait partie de notre vie ; elle s’impose à nous. Nous avons beau la fuir : elle nous rattrape toujours.
Or c’est précisément à cette situation révoltante car absurde, que le Seigneur a voulu porter remède. Oui absurde : car la souffrance n’a guère de sens sur l’horizon du dessein de Dieu qui dès les origines veut notre bonheur. Mais dès lors que nous lui avions tourné le dos par le péché, le Seigneur ne pouvait plus nous rejoindre qu’en consentant à venir partager les conditions de vie que nous avions nous-mêmes suscitées, afin de donner un sens à ce qui n’en a pas, une valeur infinie à ce qui sans lui nous anéantit. Le Verbe incarné triomphe de l’absurdité de notre condition en assumant dans son corps et dans son âme la souffrance de chaque homme et de tous les hommes. Désormais la souffrance n’est plus seulement l’absence criante du bonheur espéré ; elle est aussi et avant tout le lieu où Dieu me rejoint pour me dire son amour personnel et singulier, tant il est vrai que toute souffrance est unique.
« En toute vie, disait Jean-Paul II, est rendu présent le mystère de la Rédemption, réalisée par une participation réelle à la Croix du Sauveur, selon ce paradoxe chrétien qui lie le bonheur à la souffrance assumée dans un esprit de foi. »
Certes, nous le croyons ; mais comme il est difficile d’en vivre dans la grisaille du quotidien ! Car l’espérance de la victoire finale de l’amour et de la vie ne supprime pas la peur face à l’épreuve imminente. Comme Jacques et Jean, nous cherchons à imposer à Dieu nos vues, oubliant que l’unique ambition de celui qui se met à l’école de l’Evangile devrait être de se rendre toujours plus proche de Jésus par une vie conforme à la sienne, jusqu’à s’identifier à lui.
Ce qui ne peut se faire qu’en s’oubliant soi-même, dans le service désintéressé du prochain, « attendant notre vie du Seigneur et mettant tout notre espoir en son amour » (Ps 32). L’humilité ne consiste pas à n’avoir aucune ambition : Jésus ne reproche pas à ses disciples le désir légitime de vouloir « devenir grand » ni même de vouloir « être le premier ». Mais il leur montre une autre voie que celle que nous propose le monde : « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ; celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous ». Voilà la règle d’or, qui devrait susciter une sainte émulation au sein de l’Eglise. Telle devrait être l’attitude qui caractérise le chrétien partout où il vit. La mission universelle de l’Eglise commence et s’achève dans ce mot d’ordre de notre Maître : chacun de nous est appelé à devenir, à son image et à sa ressemblance, le frère universel, le serviteur de tous. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons enfin entrer dans la liberté des fils, à l’image du Fils unique, « qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ».

Père Joseph-Marie
 

« Mon Père, je Vous remercie de tout. » Matthieu 7, 21. 24-27

12 octobre, 2009

du site:

http://www.sdssm.org/homelies_20052006/ho_20051201.html

Jeudi 1er décembre 2005 – Frère Charles de Jésus

Homélie de Frère Antoine-Emmanuel, fmj

« Mon Père, je Vous remercie de tout. »  Matthieu 7, 21. 24-27

« Le grand besoin de notre temps
en ce qui concerne la vie spirituelle
est de mettre la contemplation sur les chemins »
écrivait Jacques Maritain dans le Paysan de la Garone.    (ch. 7)
Et il ajoutait que « Thérèse de l’Enfant Jésus
et Charles de Foucauld étaient à ses yeux
les préparateurs providentiels
de la diffusion plus large que jamais
de la vie d’union à Dieu
que le monde demande pour ne pas périr ».

Voilà résumée en quelques mots la mission inouïe que fut
– sans  qu’il en ait conscience –
celle de Charles de Jésus :
ouvrir un nouveau sillon de vie d’union à Dieu
en notre modernité trépidante et stressée.

Quelle fécondité que celle de la vie de frère Charles.
Et pourtant son itinéraire
n’a-t-il pas l’aspect d’une longue errance ?
« Seigneur, dit l’auteur du Livre de la Sagesse,
c’est peu à peu que tu reprends ceux qui tombent,
tu les avertis, leur rappelant ce en quoi ils pèchent
pour que s’étant débarrassés du mal,
ils croient en toi, Seigneur ».    (Sg 12, 1-2)
Voilà bien le résumé des premières années
de la vie de Charles, de sa première conversion.

Mais la suite de sa vie a aussi l’aspect extérieur
d’une errance d’une terre à l’autre,
d’une monastère à l’autre,
d’un ermitage à l’autre …

Oui, Dieu a choisi ce qui est faible pour confondre les forts.
Et il y a de la faiblesse en Charles,
la faiblesse d’une sorte d’instabilité,
d’un ascétisme excessif,
que la grâce a transformé
en une extraordinaire aventure spirituelle.

Le visage desséché de cet ermite
enfoui au fond du désert
est-il celui du sarment desséché
dont Jésus parle dans l’Évangile ?
Non, tout au contraire.
Charles est un sarment
étonnamment vivant de l’intérieur.
Et pourtant, dira-t-on, il n’a pas construit d’hôpital,
il n’a pas fondé de missions, de paroisses …
il n’a pas même eu un seul disciple …
« Tout ce qu’il fait donne l’impression constante
de quelque chose d’inachevé »
    (J.F. Six)
Charles est un sarment en continuel émondage !
Pour un fruit abondant,
un fruit qu’il ne verra pas,
un fruit que nous voyons, que nous sommes.
Étonnant dessein providentiel :
c’est pour nous que Charles a été émondé.
« Je me sens sans fruit,
je me sens sans bonnes œuvres.
Je me dis : je suis converti depuis onze ans, qu’ai-je fait ?
Quelles étaient les œuvres des saints
et quelles sont les miennes ?
Je me vois les mains vides de bien.
Vous daignez me consoler :
tu porteras du fruit en ton temps, me dites-vous …
Quel est ce temps ?
Notre temps à tous, c’est l’heure du jugement :
Vous me promettez
que si je persiste dans la bonne volonté et le combat,
si pauvre que je me voie,
j’aurai des fruits à cette dernière heure …
 
Et Vous ajoutez :
tu seras un bel arbre à feuilles éternellement vertes,
et toutes tes œuvres  auront une fin prospère,
toutes rapporteront leur fruit pour l’éternité. »

Mais ce solitaire vêtu d’une simple bure blanche
marquée du cœur de Jésus
ne semble-t-il pas loin de la vigne,
sinon hors de la vigne,
lui qui a emprunté un chemin tellement différent,
tellement autre ? …

Non ! Charles est pleinement dans la vigne.
Dans sa solitude, il n’est pas loin de l’Église …
il est l’Église.
Son cœur, sa vie est en Jésus.

Jésus,
« Jésus qui à Lui seul
transforme notre vie en ciel
et sans qui tout nous est enfer ».     (Lettre à sa sœur Marie, 7-8-1901)

Jésus,
« aimons-Le en paix,
en nous oubliant nous-mêmes
et nous perdant en Lui ».     (Lettre à une religieuse, 18-4-1905)

Jésus,
« C’est Lui qui nous consolera,
Lui qui nous a faits,
qui nous a sauvés et à quel prix !
Qui nous aime tant et qui nous entoure sans cesse,
Lui à qui nous pouvons toujours parler,
sûrs d’être écoutés par un être
qui nous aime passionnément »     (Lettre à Marie de Bondy, 11-07-1905)

Oui, Charles est un sarment
profondément ancré dans la vigne qui est Jésus.
Un sarment que la sève de l’Esprit Saint
a vivifié d’une manière inouïe.
Sa vie montre cette poussée intérieure de l’Esprit
qui approfondit sa vie de prière
la rendant toujours plus simple, plus dépouillée.
Si peu de discours et tant d’amour.
« Disons ce psaume, goutte à goutte, en esprit d’oraison »
note-t-il à Nazareth.
Et que dire de ces heures
passées devant le Saint Sacrement
dans sa maison de terre rouge de Tamanrasset :
« Il ne faut pas toujours avoir les yeux sur nous.
L’amour regarde ce qu’il aime.
L’amour regarde sans cesse le Bien-Aimé,
ne peut détacher les yeux de Lui
et Le contemple sans fin.
Puisque notre Bien-Aimé est bien heureux,
soyons heureux de son bonheur ».    (Lettre à L. Massignon, 17-04-1912)

La poussée intérieure de l’Esprit
dilate aussi son amour fraternel
qui devient amour universel :
« Mettre les âmes en confiance,
en amitié, en apprivoiser,
s’en faire si possible des amis
afin qu’après ce premier défrichement,
d’autres puissent faire plus de bien
à ces pauvre âmes. »     (Lettre à l’abbé Caron, 8-09-1906)

Ainsi, l’Esprit le rend semblable à Jésus !
et Jésus le conduit au Père :
En témoigne le commentaire qu’il écrit
aux ultimes paroles de Jésus en croix,
qui deviendra la prière des « petits frères » :

« Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains. »

C’est la dernière prière de notre bon Maître, de notre Bien-Aimé … Puisse-t-elle être la nôtre …
Et qu’elle soit non seulement celle de notre dernier instant,
mais celle de tous nos instants :
« Mon Père, je me remets entre vos mains ;
mon Père, je me confie à Vous ;
mon Père, je m’abandonne à vous,
mon Père, faites de moi ce qu’il Vous plaira ;
quoique vous fassiez de moi,
je Vous remercie :
merci de tout ;
je suis prêt à tout,
j’accepte tout ;
je Vous remercie de tout ;
Pourvu que Votre Volonté se fasse en moi, mon Dieu,
pourvu que Votre Volonté se fasse en toutes vos créatures,
en tous Vos enfants, en tous ceux que Votre Cœur aime,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu ;
je remets mon âme entre Vos mains ;
je Vous la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je Vous aime,
et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,
de me remettre en Vos mains sans mesure ;
je me remets entre vos mains avec une infinie confiance,
car Vous êtes mon Père. »

Amen !  

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