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Homélie pour dimanche 13 septembre 2009 – XXIV DU TEMPS ORDINAIRE

12 septembre, 2009

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24e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 13 septembre 2009

Famille de saint Joseph Septembre 2009   
Homélie Messe

 Dans la première lecture de ce dimanche, extraite du troisième chant du Serviteur du livre d’Isaïe, nous pouvons lire trois traits de l’homme selon le dessein de Dieu. L’homme y est défini comme un être qui écoute, un être qui souffre, un être qui expérimente la présence et l’assistance de Dieu. Un être qui écoute : « Le Seigneur m’a ouvert l’oreille et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé » ; un être qui souffre : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui m’arrachaient a barbe » ; un être qui découvre que Dieu est à ses côtés et qu’il l’assiste : « Le Seigneur Dieu vient à mon secours… Voici le Seigneur qui vient prendre ma défense : qui donc me condamnera ? »

Par la qualité de l’écoute, l’homme se découvre disciple du Seigneur. Une écoute de Dieu qui est appelée à s’incarner, à se concrétiser. Une écoute qui conduit à mettre en pratique ce que, dans la foi, l’homme entend prononcé par la Parole divine, Parole qui le précède et qui veut ordonner sa vie à l’amour : « Celui qui n’agit pas, sa foi est bel et bien morte, et on peut lui dire : ‘Tu prétends avoir la foi, moi, je la mets en pratique. Montre-moi donc ta foi qui n’agit pas ; moi, c’est par mes actes que je te montrerai ma foi’ » (cf. 2ème lecture). Nous avons ici une très belle définition de l’obéissance filiale du disciple dans laquelle l’homme est appelé à entrer. Le véritable disciple écoute la Parole de Dieu non pas de l’extérieur, il lui obéit non pas comme à une impératif extérieur à lui mais de l’intérieur, jusqu’à en être touché et transformé au point de donner naissance au désir d’adhérer au dessein de Dieu qu’elque cette Parole annonce.
L’homme : un être qui souffre… L’homme n’est pas un être jeté vers la mort, comme le disait Heidegger, mais il est destiné à la vie. Notre Dieu qui nous a créé pour lui n’est pas le Dieu des morts mais des vivants. Cependant, depuis le péché des origines, le pèlerinage de l’homme ici-bas dans l’attente de vivre de la vie même de Dieu est marqué par la souffrance. Au cours de sa vie terrestre, l’homme marche d’une façon ou de l’autre sur le chemin de la souffrance, souffrance qui est pour chacun l’enclume sur laquelle se forge son humanité, le moule dans lequel se configure sa personnalité, la frontière, le cas limite qui révèle sa temporalité, le chiffre mystérieux de sa condition humaine.
Cependant, Dieu n’abandonne pas l’homme dans sa condition de souffrance. Dieu assiste l’homme qui traverse l’épreuve qu’elle soit physique, psychique ou spirituelle. Cette présence providentielle de Dieu à ses côtés est la pierre de fondation de toutes les grandes certitudes de l’homme, le phare qui l’oriente dans l’obscurité, l’étendard qui l’enflamme chaque jour dans le combat qu’il a à mener pour devenir toujours plus homme.

En Jésus, nous pouvons contempler l’homme parfaitement achevé. Au sujet de la souffrance qui caractérise la condition humaine après le péché, il est intéressant de remarquer que dans l’évangile de ce jour, Jésus est présenté non seulement comme « le Messie », l’Oint de Dieu, mais aussi comme l’homme des douleurs, le serviteur obéissant jusqu’à la mort, celui qui perd sa vie pour sauver celle de tous les hommes. En effet, en ce moment crucial où il vient expressément d’obtenir de ses disciples la première profession de foi en sa messianité, Jésus fait la première annonce de sa Passion : « Pour la première fois, il leur enseigna qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. » Au rôle glorieux du Messie, il joint le rôle douloureux du Serviteur Souffrant du livre d’Isaïe. Il prépare ainsi le cœur de ses disciples à l’épreuve et à la crise prochaine de sa mort et de sa résurrection.
Ainsi, en Jésus, s’unissent l’Oint et le Serviteur souffrant, non pas comme deux titres juxtaposés mais comme deux noms d’une même personne, qui le définissent et le caractérisent. En assumant la souffrance jusqu’au bout, jusque dans ce qu’elle a de plus injuste et de plus violent, Jésus ne pouvait mieux manifester qu’il était pleinement homme. Mais parce qu’il était aussi le Messie, et donc pleinement Dieu, il a pu la sauver de son absurdité en lui donnant un sens de rédemption qui ouvrait à l’existence humaine la possibilité réelle de cette paix et de ce bonheur auxquels l’homme aspire jusqu’au cœur des épreuves les plus douloureuses.

Ainsi, en Jésus, le Fils qui est l’écoute parfaite de la Parole de Père jusqu’à en être le parfait écho s’est fait proche de l’homme dans sa souffrance pour l’en sauver, manifestant que Dieu ne saurait abandonner ses enfants aux conséquences du péché. C’est à la suite du Christ, que nous sommes invités, comme chrétiens membres du Corps du Christ qui est l’Eglise, à rendre le Christ présent auprès de ceux qui sont isolés dans la souffrance pour les ouvrir à l’espérance du salut.
Cela implique d’avoir accepté ce Messie souffrant, ce Dieu qui se donne d’une façon aussi paradoxale. Alors, à la suite du Christ, nous pourrons nous donner, nous livrer dans un amour purifié au travers du creuset de nos propres souffrances et manifester que la mort et la souffrance ne saurait avoir le dernier mot, que celui-ci revient à l’amour de Dieu, don de Dieu pour tout homme, don de la vie éternelle : « le troisième jour, le Fils de l’Homme ressuscitera » (cf. Evangile).
Frère Elie

23e dimanche du Temps Ordinaire – Homélie Messe

5 septembre, 2009

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23e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 6 septembre 2009

Famille de saint Joseph Septembre 2009
  
Homélie Messe  

La liturgie de ce jour s’ouvre sur un cri d’espérance : « Dieu lui-même vient nous sauver ! » Et le Seigneur ne fait pas les choses à moitié : « les yeux des aveugles et les oreilles des sourds s’ouvriront, le bouteux bondira, la bouche du muet criera de joie » : l’humanité est restaurée dans son intégralité. La vie peut à nouveau jaillir à profusion : elle va irriguer les déserts de nos existences mortelles et couler comme un torrent, abreuvant nos terres assoiffées : « le pays torride se changera en lac ; la terre de la soif, en eaux jaillissantes » (1ère lect.).
Comment cela va-t-il se réaliser ? Les actions symboliques posées par Jésus dans l’Evangile nous en donnent un pressentiment.
« On amène à Jésus un sourd-muet » : un homme qui ne peut ni entendre, ni prononcer une parole, et qui dès lors est exclu des relations spécifiquement humaines. Un homme humilié par son handicap, perdu dans la foule, enfermé dans sa solitude ; image de l’humanité blessée par le péché, incapable d’entendre la voix de son Dieu et d’y répondre.
Notre-Seigneur « l’emmène à l’écart », loin de la foule, trop avide de merveilleux et de sensationnel. Il l’invite à un tête à tête, afin de le restaurer dans sa capacité relationnelle et le réintégrer dans la vie religieuse et sociale.
Les proches du sourd-muet ne demandaient à Jésus que de lui imposer les mains ; Notre-Seigneur prend l’initiative de poser des gestes qui manifestent concrètement sa solidarité avec cet homme souffrant. Il prend avec délicatesse entre ses mains, la tête de cet homme qui s’abandonne à lui avec confiance. Le geste rappelle celui du potier qui étreint suffisamment l’argile pour lui imprimer la forme voulue, sans toutefois l’écraser. Notre-Seigneur enfonce doucement ses doigts dans les oreilles du malade, afin qu’il puisse à nouveau entendre la Parole créatrice par laquelle le Père imprime en lui l’image de son Fils.
Cette interprétation en termes d’une nouvelle création est confirmée par l’autre geste posé par Jésus : « prenant de la salive, il lui toucha la langue ». Pour pouvoir façonner l’argile, il faut qu’elle soit humide ; la salive représente le souffle condensé, c’est-à-dire l’Esprit. C’est par l’action conjointe du Fils et de l’Esprit que le Père nous rétablit dans notre dignité filiale et nous attire à lui.
En « levant les yeux vers le ciel », Jésus révèle à la fois l’origine de la puissance qu’il met en œuvre et le terme ultime de la guérison qu’il offre à notre humanité : il est venu d’auprès du Père, pour nous ouvrir le chemin qui reconduit à lui.
La guérison ne découle pas des gestes posés ni d’une formule rituelle que Notre-Seigneur aurait prononcée, mais de la seule autorité et puissance de sa Parole : « Effata ! Ouvre-toi ». Quant au profond soupir que laisse échapper Notre-Seigneur, il trahit la conscience du Fils de l’Homme de ce qu’il va lui en coûter de nous sauver. Jésus va « délier les enchaînés » (Ps 145) en prenant sur lui leur chaînes ; « redresser les accablés » en prenant leur joug sur ses épaules ; il va « ouvrir les yeux des aveugles » en fermant les siens sur la Croix.
La guérison du sourd-muet qui annonce notre rédemption, est un miracle peu spectaculaire, comme le sera la Pâque du Seigneur : elle aussi aura lieu à l’abri des regards indiscrets. Le Ressuscité ne sera visible qu’aux yeux de la foi de ceux qui auront entendu l’injonction de Notre-Seigneur : « Ouvre-toi ! » ; non pas à l’esprit du monde pour proclamer les prodiges que Jésus a accompli (comme le fait l’entourage du sourd-muet, malgré la recommandation du Seigneur), mais ouvre-toi à « l’Esprit qui vient de Dieu », afin de pouvoir « proclamer la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, prévue par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire » (1 Co 2, 7) ».
Tous les miracles que Jésus a accomplis n’ont en effet d’autre but que de nous aider à interpréter correctement l’événement pascal, qui passe par le scandale de la Croix. Or « le langage de la Croix est folie pour ceux vont à leur perte ; mais pour ceux qui vont vers leur salut – pour les croyants – il est puissance de Dieu » (1 Co 1, 18).
La rédemption est avant tout un mystère de solidarité et de compassion : c’est en assumant notre faiblesse jusqu’au bout, que le Seigneur nous communique sa force. Telle est encore la stratégie qu’il déploie de nos jours dans son Eglise, et qu’il déploiera jusqu’à son retour glorieux : « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu » (1 Co 1, 27).
C’est bien ce que nous rappelle saint Jacques dans la seconde lecture : « Dieu n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde ? Il les a faits riches de la foi, il les a faits héritier du Royaume qu’il a promis à ceux qui l’auront aimé ».
Ce n’est donc pas notre faiblesse qui doit nous inquiéter : si nous la livrons à notre Rédempteur, elle ne nous éloigne plus de lui, mais devient tout au contraire le lieu de la révélation de son amour personnel pour chacun d’entre nous, et le lieu où il déploie de manière privilégiée sa force : « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Co 12, 9).
Accueillir ce regard de miséricorde du Seigneur sur notre vie, implique de changer également notre regard sur celle des autres, et de cesse de les « juger selon des valeurs fausses » (2nd lect.). En ce début d’année, la liturgie nous invite à faire un examen de conscience sur la manière dont nous nous apprêtons à assumer nos relations familiales, professionnelles et sociales :
- Croyons-nous que Jésus nous aime d’un amour de tendre compassion non pas « malgré », mais « en raison » de nos faiblesses ?
- Oserons-nous porter ce même regard à ceux que nous côtoyons quotidiennement ?
Ce n’est qu’ainsi que nous serons les artisans d’une société qui soit non seulement plus solidaire, mais aussi plus fraternelle, conformément à l’appel lancé par le pape Benoît XVI dans sa récente Lettre encyclique Caritas in veritate.

« Et il lui dit : « Ouvre-toi ! » » : ne restons pas frileusement hors de portée de la grâce : « ceux qui l’auront aimé, Dieu les a faits héritiers du Royaume » !

Père Joseph-Marie

Homélie pour aujourd’hui: « Un jour de sabbat »

5 septembre, 2009

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samedi 5 septembre 2009

Famille de saint Joseph Septembre 2009 

Homélie

Messe 

« Un jour de sabbat, Jésus traversait des champs de blé ». Ce verset ouvre un monde. Le monde juif, dont nous savons combien il est attaché à la pratique du sabbat. Nous avons en général bien en tête qu’Israël se perçoit comme le peuple élu. Mais il est aussi un temps qui est élu, un temps dont Israël a accepté la souveraineté : le sabbat. « Un sabbat pour le Seigneur » (Lv 23, 3), le jour où l’homme imite Dieu qui cesse son travail pour céder le pas à l’homme, le jour qui anticipe la rencontre décisive avec Dieu. C’est pourquoi Jésus dit que le Fils de l’homme en est le maître.
Si ce jour il est prescrit de ne pas manger de grain (Lv 23, 14), il est aussi prescrit que ce jour est pour Dieu et pour les autres, les hommes, le prochain (Dt 5, 14). La Loi est une loi de liberté, elle n’est pas là pour asservir l’homme. C’est aussi pour cela que Jésus dit que le Fils de l’homme est le maître du sabbat.
Ainsi Jésus, le maître du sabbat traverse-t-il un champ de blé, c’est-à-dire le monde entier, qui porte en abondance les fruits de l’Église. Par l’exemple de David, Jésus nous enseigne que la nourriture jadis réservée aux prêtres peut désormais être mangée par tous, c’est-à-dire qu’il attend de chacun de nous de faire fructifier notre sacerdoce baptismal ; il attend de nous de nous offrir, chaque jour, en hosties vivantes et saintes, agréables à Dieu notre Père (1P 2, 5).

Homélie pour la 22e dimanche du Temps Ordinaire

29 août, 2009

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22e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 30 août 2009

Famille de saint Joseph Août 2009 
 
Homélie

 Les pratiques rituelles qui font l’objet du litige entre Jésus et les pharisiens, sont issues de la « tradition des anciens », c’est-à-dire de l’interprétation orale de la Torah transmise de génération en génération, et ayant acquis au fil des années, une valeur normative. Cette tradition contient un ensemble de prescriptions, qui veulent incarner dans la vie quotidienne les préceptes généraux de la Loi en matière de pureté rituelle. Ainsi l’aspersion « au retour du marché » était un geste symbolique de mise à distance par rapport à toute personne n’appartenant pas au peuple élu – peuple sacerdotal qui doit impérativement se garder « pur » pour pouvoir offrir à Dieu un sacrifice qui lui plaise. Sous couvert de rites religieux, ces pratiques relevaient avant tout du souci de sauvegarder une identité juive au milieu des nations païennes.
Se faisant l’écho du prophète Isaïe, Jésus dénonce l’ambiguïté d’une telle attitude : derrière des explications se référant à la Thora, les doctrines enseignées par les pharisiens « ne sont que des préceptes humains ». Comme leur nom l’indique, les rituels « religieux » devraient avoir pour but de « relier » à Dieu ceux qui les accomplissent pieusement. Tel n’est plus le cas pour ces pratiques traditionnelles qui se sont réduites au fil des années, à des signes identitaires permettant de tracer la frontière entre le juif et le non-juif. Notre-Seigneur condamne l’hypocrisie de ces comportements pseudo-religieux, qui sacralisent une séparation entre les personnes alors que le Père a tout au contraire envoyé son Fils pour « rassembler ses enfants dispersés » (Jn 11, 52). Refusant toute forme de ségrégation, Jésus s’adresse directement à la foule bigarrée qui l’entoure, et au sein de laquelle les règles de pureté ne devaient pas être particulièrement observées. « Ecoutez-moi tous – sous-entendu : quelle que soit votre appartenance raciale, sociale ou nationale – prêtez attention à mes paroles et non aux vains discours de ces soi-disant docteurs de la Loi qui se sont éloignés des chemins de la sagesse. La pureté n’est pas un attribut des aliments ou des ustensiles. Seul le cœur peut être qualifié de pur ou d’impur, selon qu’il est digne de servir de Temple à Dieu ou pas. »
Nous n’avons guère d’illusion à nous faire : depuis que nous nous sommes éloignés de Dieu par le péché, notre cœur est une caverne remplie de « pensées perverses ; inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchanceté, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure ». Nous en avons tous fait la triste expérience. A quoi bon purifier indéfiniment les ustensiles de cuisine pour éviter une impureté orale, alors que nous nourrissons des pensées coupables ? A quoi bon multiplier les ablutions corporelles extérieures, si notre cœur est maculé de pensées inavouables ? Les rites de purifications n’ont de sens que dans la mesure où ils sont l’expression d’une sincère conversion intérieure. Car Dieu seul peut nous purifier d’une eau lustrale qui soit spirituellement « efficace » : l’eau jaillie du côté transpercé de son Christ. C’est à cette eau qu’il pensait lorsqu’il annonçait par son prophète : « Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés. De toutes vos souillures, de toutes vos idoles je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair » (Ez 36, 25-26).
Le « cœur de chair » – qui correspond au « cœur pur » – est précisément un « cœur de pierre » qui s’est laissé purifier par la grâce divine, sans lui opposer d’obstacle. Hélas chaque fois que nous désobéissons à « la Parole de vérité » (2nd lect.), nous résistons concrètement à l’action purificatrice de l’Esprit Saint ; nous sommes en contradiction avec notre engagement baptismal. L’homme « intelligent » et « sage », celui qui vit dans la proximité de son Dieu (cf. 1ère lect.), est tout au contraire celui qui se laisse instruire, qui « écoute les commandements et les décrets que le Seigneur lui enseigne ; qui garde ses ordres tels que le Seigneur son Dieu les a prescris, sans rien y ajouter et rien y retrancher, car la Loi du Seigneur est juste et ses paroles sont vraies » (cf. 1ère lect.). La conclusion logique nous vient sous forme d’exhortation de la plume de saint Jacques : « Accueillez donc humblement la parole de Dieu semée en vous » (2nd lect.).
Bien sûr il ne s’agit pas d’en rester à de pieuses considérations : la Parole de Dieu « est capable de nous sauver » dans la mesure où nous la mettons en application. Car après la purification dans les eaux de notre baptême, nous avons aussi été vivifiés par le Sang jailli de la même Source. Nous vivons désormais de la vie de l’Esprit, c’est-à-dire de la vie du Christ ressuscité. Dès lors, ce sont nos œuvres de charité qui « prouvent » l’authenticité de notre conversion et qui plaident pour nous. Car « devant Dieu notre Père, la manière pure et irréprochable de pratiquer la religion, c’est de venir en aide aux orphelins et aux veuves dans leur malheur, et de se garder propre au milieu du monde » (2nd lect.).
C’est donc à un sérieux examen de conscience que l’Eglise nous invite sur la nature des pensées qui habitent habituellement notre cœur : pensées perverses, cupides, malveillantes ; ou pensées de paix, d’amour, de bienveillance ? Le « glaive à deux tranchants » de la Parole fait-il partie des armes dont nous nous servons pour mener le beau combat contre nos complicités avec l’esprit des ténèbres ? Notre conversion est-elle simplement « idéologique », sans changer vraiment nos comportements, ou bien la parole est-elle semée dans une terre accueillante qui lui permet de porter son fruit de charité ?
Les textes de la liturgie de ce jour viennent à point nommé en ce temps de reprise : puissent-ils nous aider à nous recentrer sur la finalité surnaturelle de nos engagements telle que nous la révèle « la Parole de Dieu semée en nous » (2nd lect.), afin d’agir en « peuple sage et intelligent » dont « le Seigneur notre Dieu est proche chaque fois qu’il l’invoque » (1ère lect.).

« “Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice et dit la vérité selon son cœur” (Ps 14). Puissions-nous tout au long de cette année qui commence, nous laisser guider par ta “parole de vérité qui nous donne la vie”, afin de te plaire en toutes choses, et d’être de vrais témoins de ton amour. “Père de toutes les lumières”, fais descendre d’en haut “les dons les meilleurs, les présents merveilleux” (2nd lect.) sur tes enfants, pour qu’ils se convertissent et trouvent en toi le bonheur pour lequel tu les as créés. »
Père Joseph-Marie

Homélie pour la 21e dimanche du Temps Ordinairedimanche – 23 août 2009

22 août, 2009

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21e dimanche du Temps Ordinairedimanche – 23 août 2009

Famille de saint Joseph
Homélie

 Nous continuons notre lecture du chapitre six de saint Jean. Dans le passage qui est proposé ce dimanche à notre méditation, nous voyons les disciples scandalisés par la tournure que prennent les paroles de Jésus : « ‘Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle.’ » Saint Jean ajoute : « Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu s’écrièrent : ‘Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter !’ ». Jésus va alors mettre ceux qui le suivaient jusque là devant un choix radical : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » C’est alors que Pierre, au nom des autres disciples, se décide pour le Christ : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. »

Cette crise entre Jésus et ses disciples, les évangiles synoptiques la situent au cœur de la confession de Pierre à Césarée où Jésus interroge : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous qui suis-je ? » (Cf. Mc 8, 27-33 ; Mt 16, 13-22 ; Lc 9, 18-22). Cela nous aide à comprendre que l’enjeu du passage de saint Jean que nous lisons ce dimanche n’est pas tant ce que dit Jésus mais ce qu’il est pour ses disciples, pour chacun de nous… Car ce qui a choqué la plupart des disciples ce n’est pas que Jésus prétende donner sa chair à manger – au sens propre du terme –. On ne peut les soupçonner d’une interprétation littérale aussi grossièrement matérielle. Ce qui les a heurtés c’est qu’il prétende être d’origine divine et se présente comme le don ultime et définitif de Dieu.
Jésus a d’ailleurs bien compris que c’est ici que le bât blesse. Voilà pourquoi il insiste sur sa divinité en se révélant comme celui qui vient accomplir la prophétie du Fils de l’Homme du prophète Daniel (Cf. Dn 3, 14) : « Cela vous heurte ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ?… C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie » (versets 61-63). Jésus pointe bien le lieu de vérité de notre foi dans notre manière de nous situer par rapport au mystère de sa personne.

Comme les disciples, nous sommes, nous aussi, invités à nous positionner. Jésus est-il pour nous le Fils de Dieu ou bien un prédicateur comme tant d’autres ? Est-ce que nous le considérons comme étant le seul capable de répondre à notre soif de bonheur parce que nous reconnaissons en lui la Parole divine de vie éternelle ? Au fond, être chrétien, n’est-ce pas se remettre chaque jour face à ces questions pour confesser à la suite de saint Pierre : « A qui irions-nous Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle ! »
L’évangile nous montre qu’une telle réponse ne peut résulter que d’un pur acte de foi. En effet, suivre Jésus est bien plus que le fruit d’une sympathie humaine : sur le chemin à sa suite, arrive pour tous un moment où l’humain ne suffit plus et où il est nécessaire de choisir de rester fidèle uniquement par foi.

Le passage de saint Jean nous renvoie alors à la première lecture et à la scène du renouvellement de l’Alliance avec Dieu au terme de l’entrée en terre promise, juste avant que Josué ne meure après avoir accompli sa mission. Le texte semble nous dire que ce qui compte le plus ce n’est pas d’avoir une terre où habiter mais de décider quel Dieu suivre et servir. Pourquoi ? Parce que notre véritable patrie c’est le Seigneur ! Il s’agit de nous décider pour lui. Entendons résonner pour nous ces paroles de Josué : « S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir ; les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur » (Cf. 1ère lecture). Comme le peuple d’Israël, ce jour-là à Sichem, puissions-nous répondre de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre force : « Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu ».

Mais comment ne pas être pris de vertige devant un tel choix ! Comment ne pas douter de notre capacité à tenir un tel engagement ! Comment ne pas remettre sans cesse à demain une telle décision !
C’est ici qu’il faut détourner notre regard de nous-mêmes pour le tourner vers le Seigneur. De même qu’il nous aimé le premier, il s’est engagé le premier en notre faveur et c’est dans son propre engagement à notre égard que nous trouverons la force de tenir le nôtre. A l’assemblée de Sichem (Cf. 1ère lecture), Dieu vient de donner la Terre Promise. Elle est là, devant les yeux du peuple hébreu. Ainsi, Dieu demande de se donner à lui après avoir donné ce qu’il avait promis. Il invite à demeurer fidèle après avoir manifesté combien lui s’est montré fidèle : « C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, cette maison d’esclavage ; c’est lui qui, sous nos yeux, a opéré tous ces grands prodiges et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru, chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés » (Cf. 1ère lecture).
Mais il y a encore bien plus. Notre Dieu nous dit que même s’il nous arrivait de nous montrer infidèles, lui resterait fidèle car il ne pourrait se renier lui-même (Cf. 2 Tm 2, 13). Dès lors comment aurions-nous peur ?
A cela, ajoutons qu’en contemplant notre Seigneur, en écoutant résonner au plus profond de nous ses paroles, nous éprouvons à quel point il serait impensable de se refuser à l’Alliance d’amour qu’il nous propose. Cela, c’est l’Esprit Saint qui nous le fait pressentir, car là où est l’Esprit de Dieu, là est l’amour et là est la vraie liberté (2 Co 3, 17). Et seul l’amour, répandu en nos cœur par l’Esprit (Rm 5, 5) nous rend libres de choisir de rester auprès de notre Seigneur.

« Au terme de cet été, Seigneur tu nous demandes à chacun : ‘Veux-tu continuer à me suivre tout au long de cette année qui commence ? Pour croire que ta vie ne dépend pas de tes seules forces mais de la grâce de mon Esprit Saint que je répands en toi… Pour continuer à chercher la communion avec moi dans l’écoute de ma Parole et dans le Sacrement de l’Eucharistie…. Pour vivre au quotidien tes relations dans ta famille, à ton travail, à l’imitation de celle que j’entretiens avec chacun des membres de mon Église’ (Cf. 2ème lecture). Puissions-nous avec saint Pierre te redire : ‘ Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Toi seul as les paroles de la vie éternelle !’ »

Frère Elie 

Homélie pour la 19e dimanche du Temps Ordinaire

8 août, 2009

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19e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 9 août 2009

Famille de saint Joseph Août 2009  

 Homélie
 
  « Souviens-toi, Seigneur, de ton alliance ; n’oublie pas plus longtemps les pauvres de ton peuple : lève-toi, Seigneur défends ta cause ; n’oublie pas le cri de ceux qui te cherchent ».
L’antienne d’ouverture de la liturgie de ce jour est une instante supplication adressée au Dieu de l’Alliance, qui est invité à se souvenir de son peuple, à ne pas l’oublier. Dieu aurait-il donc la mémoire courte ?
Souffrirait-il d’amnésie ? Les lectures suggèrent plutôt que c’est l’homme qui oublie Dieu. Plus exactement : qui refuse d’adopter le comportement correspondant à son statut de peuple élu et se soustrait par le fait même à l’action bienveillante de son Dieu. Si le prophète Elie est obligé de fuir l’hostilité de la reine Jézabel (1ère lect.), c’est parce qu’il a égorgé sans compassion les quatre cent cinquante prêtres de Baal (1 R 18, 40).
Certes il avait à veiller sur l’orthodoxie des fils d’Israël, mais le Seigneur ne lui avait pas ordonné ce massacre. Le prophète doit entreprendre un pèlerinage pénitentiel de quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, afin de se convertir au Dieu qui ne se révèle pas dans la violence de l’ouragan mais qui s’annonce dans « le murmure d’une brise légère » (1 R 19, 12).
Non Dieu ne nous oublie pas, mais nous nous égarons loin de lui, emportés par le vent de nos passions. Il est indispensable, si nous voulons le trouver, de « faire disparaître de notre vie tout ce qui est amertume, emportement, colère, éclats de voix ou insultes ainsi que toute espèce de méchanceté » (2ème lect.). C’est en « imitant Dieu » tel qu’il se révèle en son Christ que nous nous rapprochons de lui. Or ce que Jésus nous enseigne, c’est de nous laisser conduire par l’Esprit, afin de vivre dans la générosité, la tendresse et la miséricorde. Voilà le sacrifice qui plaît à Dieu et nous assure sa proximité bienveillante. Bien plus : de telles dispositions « prouvent » que nous demeurons en lui et qu’il demeure en nous. Celui qui vit ainsi peut « se glorifier dans le Seigneur : il le délivre de toutes ses frayeurs et le sauve de toutes ses angoisses » (Ps 33).
Seulement voilà : pour imiter le Christ, pour tout miser sur lui, il faut d’abord croire en lui, croire qu’il nous révèle le vrai visage de l’homme selon le dessein de Dieu. Or nous aimerions avoir des « preuves » avant de croire – ce qui revient à faire l’économie de la démarche de foi. « Ne récriminez pas entre vous » nous répond Jésus : ce n’est pas à force de discussions que nous parviendrons à évaluer le bien-fondé de la foi, mais en nous mettant en marche sur le chemin qu’elle ouvre devant nous. Et ce chemin n’est autre que Jésus lui-même.
Notre-Seigneur précise que nous serions bien incapables de faire ce choix si le Père ne nous venait en aide. Il semble que son action soit double. Le Père « enseigne » ses enfants nous dit Jésus, et ces enseignements convergent vers la manifestation de son Christ, le Verbe fait chair.
L’allusion est d’abord aux écrits des prophètes qui ont annoncé la venue du Messie. Mais les non-juifs ne sont pas pour autant exclus de cette préparation : « Ils seront tous instruits par Dieu lui-même » précise Notre-Seigneur. Le Père enseigne donc toutes les cultures à travers les semences de vérité que contiennent les diverses traditions religieuses de l’humanité qui préparent l’avènement du Sauveur.
Le Père non seulement enseigne, mais il « attire » également les hommes vers son Fils : cette attirance est le fruit de l’action de l’Esprit d’amour, qui nous oriente avec une douce persuasion vers Jésus. Hélas, le péché nous a rendus insensibles aux motions de l’Esprit et sourds aux appels de la grâce.
Notre relation à Dieu est plus religieuse que croyante ; nous ne vivons pas vraiment dans son Alliance : qui d’entre nous peut dire qu’il « aime » Dieu au sens fort que devrait recouvrir ce terme, lorsqu’il nous parle de notre relation au Seigneur ? Pourtant si la foi est une vertu théologale, c’est-à-dire un don de Dieu dans l’Esprit, son premier mouvement, son dynamisme essentiel, ne peut être que l’amour. La confiance qu’implique la foi découle de l’amour dont elle est inséparable ; elle ne le précède pas.
Cependant, pour les esprits incarnés que nous sommes, l’amour procède nécessairement d’une rencontre enracinée dans l’expérience sensible. C’est bien pourquoi le Verbe s’est fait chair : « Personne n’a jamais vu le Père, confirme Jésus, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père » et peut en parler. Bien plus : « qui l’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9). C’est en nous attachant à Jésus par les liens d’un amour qui fait confiance, que nous témoignons de notre foi au Père : celui qui croit au Fils unique, qui s’attache à lui par les liens d’une sincère affection, « a la vie éternelle », car dans l’amour, il partage sa vie. C’est ce lien vital que Notre-Seigneur exprime par la comparaison très parlante du « pain de vie » :
avant de désigner l’Eucharistie, c’est d’abord à sa Personne que Jésus fait allusion lorsqu’il dit : « Ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange – entendons : celui qui s’unit à lui par les liens d’un amour durable
- ne mourra pas ».
L’Eucharistie n’est d’ailleurs rien d’autre que sa présence continuée parmi nous : « le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie ». Ce qui implique que sans cette chair, nous n’avons pas la vie en nous. Le début de la sagesse est peut-être de réaliser que coupés du Dieu d’amour, nous sommes coupés de la source de la vie et voués à la mort. Cette douloureuse prise de conscience est nécessaire pour que nous prenions au sérieux le temps présent, le temps de la miséricorde, et que nous discernions à nos côtés l’Ange du Seigneur qui nous propose « le Pain de la vie qui descend du ciel », l’Eucharistie qui nous sauve.

« Seigneur, renouvelle-nous dans ton Esprit d’amour, afin que notre foi soit embrasée du Feu d’une véritable charité. Donne-nous de pouvoir nous approcher de ton autel le cœur débordant de reconnaissance envers toi, qui n’oublie pas le cri de ceux qui te cherchent, mais les unit à toi dans une union ineffable, afin de les combler de ta grâce au-delà de leur attente. »
Père Joseph-Marie

fête de la Transfiguration du Seigneur

5 août, 2009

du site:

http://www.santegidio.net/fr/preghiera/giorni/giovedi.asp?nPag=1

Homélie

La montagne de la Transfiguration, identifiée par la tradition avec le mont Thabor, est en quelque sorte l’image de tout itinéraire spirituel. Comme il l’a fait pour ses trois disciples les plus proches, Jésus nous invite, nous aussi, à l’accompagner dans la montagne pour vivre avec lui l’expérience de sa communion intime avec le Père ; une expérience si intense qu’elle transfigure son visage, son corps, et même ses vêtements : tout son être est comme illuminé, en dedans et en-dehors. Certains pensent que ce récit aurait pour base historique l’expérience d’une vision céleste vécue par Jésus, qui l’aurait transfiguré. C’est une hypothèse plausible et suggestive, qui nous donne un aperçu de la vie spirituelle de Jésus. On oublie parfois qu’il a suivi, lui aussi, un itinéraire spirituel, comme le souligne l’Évangile, qui dit qu’il « grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui » (Lc 2, 40). Il s’est réjoui en voyant les fruits de son ministère pastoral, et il a été saisi d’angoisse en apprenant quelle était la volonté de son Père (dont le Gethsémani et la croix sont les moments les plus dramatiques). De toute façon, tout n’était pas joué d’avance pour lui. Il a vécu lui aussi les joies et les difficultés inhérentes à tout cheminement.
Pour Jésus, comme pour Abraham, Moïse, Élie, et comme pour chaque croyant, il y a eu une ascension. Jésus éprouve le besoin de gravir la montagne pour y rencontrer le Père. La communion avec le Père est toute sa vie, le pain de ses jours, la substance de sa mission, le cœur de tout ce qu’il est et de tout ce qu’il fait ; Jésus a besoin de ces moments où il peut vivre pleinement ce rapport intime avec Dieu. La Transfiguration a été un de ces moments de communion intense, une communion à laquelle l’Évangile associe toute l’histoire du peuple d’Israël, comme en témoigne la présence de Moïse et d’Élie qui « discutaient avec lui ». Mais Jésus n’a pas vécu cette expérience tout seul ; il a voulu que ses trois amis les plus intimes y participent. C’est l’un des moments culminants de la vie de Jésus, et il l’est devenu aussi pour ces trois disciples. Dans la tradition de l’Église, ce passage évangélique a fait l’objet de nombreuses interprétations. Parmi les plus courantes, il y a celle selon laquelle la vie monastique serait un reflet de la Transfiguration, à cause du choix radical qu’elle comporte. Mais on peut y voir aussi une image de la liturgie dominicale à laquelle nous sommes tous appelés à participer pour vivre, en union avec Jésus, un moment de communion intense avec Dieu. À cette occasion, nous pouvons répéter les paroles de Pierre : « Maître, il est heureux que nous soyons ici ; dressons trois tentes [...]. » Sur la montagne de la liturgie dominicale, où nous nous retrouvons en compagnie des patriarches de l’Ancien Testament, nous entendons une voix qui nous dit : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le ! »
Puis tout à coup, les trois disciples se retrouvent avec « Jésus seul ». Ils se regardent étonnés, avec peut-être un sentiment d’égarement dû à ce retour brutal à la « normalité ». Maintenant commencent les jours de la semaine ou, si l’on veut, la descente de la montagne. Les disciples ne sont plus les mêmes qu’avant. Ils reviennent à leur vie quotidienne en gardant devant les yeux la vision de Jésus transfiguré. Ce qui est donné à la communauté chrétienne, à chaque croyant, c’est Jésus ; il est notre trésor, notre richesse, notre raison de vivre, et celle de l’Église tout entière. La tente dont parle Pierre, c’est Dieu lui-même qui l’a dressée quand « le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous » (Jn 1, 14). Avec l’apôtre Paul nous sommes heureux de dire que rien, ni la douleur, ni la fatigue, ni la mort, ne peut nous séparer de l’amour du Christ. C’est en lui qu’est notre salut, comme le chante la liturgie orthodoxe : « À la lumière de la gloire de ton visage, Seigneur, nous marcherons à jamais. »

17e dimanche du Temps Ordinaire – 26 juillet 2009, homélie

25 juillet, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,17e.dimanche.du.temps.ordinaire,2490.html

17e dimanche du Temps Ordinaire – 26 juillet 2009

Famille de saint Joseph Juillet 2009   

Homélie
 

Le parallèle entre la première lecture et l’évangile de ce jour est patent. Au-delà du fait de la multiplication des pains, que ce soit le serviteur d’Elisée ou l’apôtre André, les deux posent au bout du compte une même question à leur maître : « Que représente cette quantité infime de pain qui est en notre possession devant la nécessité de nourrir tous ces hommes qui n’ont rien à manger ? » Derrière cette interrogation, s’en trouve une autre d’une portée plus large : « Que peut représenter la misérable contribution humaine face aux innombrables nécessités spirituelles et matérielles des hommes ? » C’est peut-être la question devant laquelle nous mettent les lectures de ce 17ème dimanche du temps ordinaire.

Vingt pains d’orge et quelques grains frais d’un côté, cinq pains et deux poissons de l’autre, les deux contributions paraissent bien petites, voire même insuffisantes. Dieu ne regarde pourtant pas la quantité que nous pouvons apporter. Pour lui, l’essentiel est que nous fournissions quelque chose. Il est ici primordial que Dieu ne veuille pas faire sans la contribution humaine a fortiori lorsqu’il est question du salut. Et c’est bien de cela dont il s’agit dans la multiplication des pains telle que nous la présente saint Jean annonçant le sacrement de notre salut. En effet, sans donner d’emblée une interprétation eucharistique à ce geste, il n’en demeure pas moins que l’on peut établir un rapprochement du verset de saint Jean avec celui du récit de l’institution de l’Eucharistie en Saint Luc : « Ayant pris le pain, ayant rendu grâces, il le rompit et le donna ». Nous pouvons même ajouter que la mission conférée par Jésus aux disciples de « ramasser les morceaux qui restent, pour que rien ne soit perdu » semble être bien davantage qu’un souci de ne pas gaspiller la nourriture et paraît donner une perspective sacramentelle de l’événement qui ne sera cependant pleinement explicitée que dans la troisième partie de ce chapitre six, appelée communément le « discours du Pain de vie ».

Pour en revenir à notre fil rouge, nous voyons combien Dieu veut que nous participions activement à la rédemption de l’humanité qui commence par le partage bien concret de nos biens avec ceux qui en ont besoin. En effet, la route de la rédemption est celle du don et de l’abandon confiant entre les mains du Père. C’est précisément ce que nous lisons dans la passion du Christ. Comme Jésus, le chrétien est appelé à se lancer sans peur sur le chemin du don parce que le soutien divin ne lui fera jamais défaut. A celui qui cherche avec générosité et sincérité à actualiser le Royaume de Dieu et qui garde les yeux fixés sur le Seigneur, l’aide de Dieu arrivera toujours à temps : « Les yeux sur toi, tous, ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; tu ouvres ta main : tu rassasies avec bonté tout ce qui vit » (cf. Psaume).

Pour avancer sur le chemin de la rédemption, il faut être pauvre c’est-à-dire faire l’épreuve que ce ne sont pas nos talents ou richesses humaines qui seront pour nous les meilleurs alliés mais bien plutôt une confiance indéfectible en celui qui est notre unique richesse. Tout ce que nous possédons humainement sera toujours insuffisant mais en même temps c’est bien de cela dont il nous faut partir pour ne pas tomber dans le quiétisme ou le providentialisme. S’en remettre à la Providence ne consiste pas à s’abandonner aveuglément aux courants de la vie en espérant que Dieu interviendra en se manifestant spectaculairement au moment opportun. Se fier à la Providence c’est chercher de toutes ses forces à actualiser le règne de Dieu et sa justice en croyant que rien de nous manquera si nous demeurons dans la docilité à la volonté du Seigneur.

Quel chemin de conversion ! Partir de ce que nous avons mais en même temps reconnaître que sans Dieu nous ne pourront rien faire. Avouons qu’il est bien plus facile soit de tout prendre en main et le danger est grand de faire notre volonté et non pas celle de Dieu, soit de tout renvoyer à Dieu dans une pseudo-docilité qui risque fort de n’être qu’une déresponsabilisation.

« Seigneur, tu nous appelles à participer à la rédemption de notre monde. Pour ce faire, nous qui avons bénéficié de ta miséricorde, tu nous invites à être tes mains et ta voix auprès de tous les exclus de notre temps, de tous ceux qui souffrent la maladie physique, morale ou spirituelle. Pour être ainsi les canaux de ton Amour rédempteur auprès des hommes de notre temps, puissions-nous être attaché à toi par une foi vivante comme le sarment est lié au cep de la vigne. »
Frère Elie

16e dimanche du Temps Ordinaire – Homélie

19 juillet, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/

16e dimanche du Temps Ordinaire – Homélie

dimanche 19 juillet 2009

Famille de saint Joseph Juillet 2009   

L’antienne d’ouverture nous donne le ton de la liturgie en ce 16ème dimanche du temps ordinaire : « Voici que le Seigneur vient m’aider ! » La première lecture ainsi que le psaume 22(23) nous délivrent le même message, à travers l’image – très biblique – du Dieu-Berger. Mais si l’atmosphère du Psaume est particulièrement paisible et apaisante, il n’en est pas ainsi de l’extrait du prophète Jérémie : c’est un Dieu courroucé qui s’adresse aux mauvais bergers de son peuple, et qui leur promet de « s’occuper » de ceux qui ne se sont guère préoccupés des brebis qu’il leur avait confiées. Le ton n’est cependant menaçant que pour « les misérables bergers qui laissent périr et se disperser les brebis du troupeau » ; un sort particulièrement enviable en résulte tout au contraire pour les brebis, puisque Dieu lui-même « rassemblera le reste de ses brebis » par la médiation de pasteurs selon son cœur qui les conduiront.
Le dernier verset de la prophétie passe des pasteurs (au pluriel) à l’unique Roi-Berger, qui « exercera dans le pays le droit et la justice » après avoir réunifié Israël et Juda. Ce thème du rassemblement des frères ennemis, étendu à l’opposition entre Israël et les païens, est au cœur du passage de la lettre aux Ephésiens qui nous est proposé. Ici apparaît clairement que ce Roi-Berger n’est autre que le Christ Jésus. Celui-ci accomplit mystérieusement son ministère de rassembleur et de pacificateur par un sacrifice : l’holocauste de sa chair crucifiée. Ce Roi-Berger est donc aussi Prêtre et Prophète des temps nouveaux, au cours desquels l’humanité réconciliée aura à nouveau « accès auprès du Père, dans un seul Esprit ».
L’Evangile nous montre ce Bon-Berger à l’œuvre ; ce n’est décidément pas un mercenaire ni un fonctionnaire : c’est mû par la compassion qu’il « se met à les instruire longuement ». La Parole de Jésus n’est pas qu’un simple transfert d’information : elle rassure les apeurés, réconforte les accablés ; elle nourrit les affamés et abreuve les assoiffés ; à chacun elle prodigue ce dont il a besoin pour reprendre et poursuivre sa route dans la paix et l’espérance.
Au départ la petite excursion improvisée sur le lac devait se terminer pour les Apôtres par un temps de repos avec le Maître au terme de leur première mission. L’insistance de la foule va en décider autrement : les compagnons de Jésus se retrouvent prisonniers d’une multitude mouvante qui les presse de toute part, exprimant sans doute à travers cet environnement nombreux et tumultueux l’attente de l’humanité de tous les temps, y compris la nôtre. Aussi est-il important de bien observer l’attitude de Jésus, puisque telle doit être la nôtre.
Les apôtres du Christ, ceux de hier comme ceux d’aujourd’hui, ont à découvrir que désormais leurs propres désirs, y compris les plus légitimes, doivent passer au second rang. Suivre le Christ c’est renoncer à soi pour devenir serviteur des autres ; et ne chercher le repos que dans ce service désintéressé. Leur propre mission trouve dans ce rassemblement imprévu son accomplissement, puisqu’il va déboucher sur la multiplication des pains, préfiguration de l’Eucharistie. L’annonce du Royaume a atteint son but lorsqu’elle conduit ceux qui l’accueillent à la Table où Dieu se donne en nourriture.
« Alors il se mit à les instruire longuement » : l’enseignement substantiel de Notre-Seigneur fait office de liturgie de la Parole dans cette anticipation improvisée du repas eucharistique. Certes les disciples ont dû renoncer au moment d’intimité avec le Maître qui leur a été « volé » par la foule. Mais la Parole de Jésus ne les rassemble-t-elle pas dans une même communion de foi et d’espérance avec ces hommes et ces femmes accourus de toute part ? Le pain partagé ne les unit-il pas en un même corps dans l’amour de charité ? Où donc pourrions-nous trouver le repos et refaire nos forces sinon dans l’Eucharistie où le Bon Berger nous nourrit de sa propre substance ?
En ce temps d’été traditionnellement consacré aux vacances – du moins pour ceux qui peuvent en prendre – il est bon de nous souvenir à l’école de l’Evangile, que le vrai repos, celui qui refait nos forces intégrales et pas seulement physiques, inclus de nous re-poser en Dieu, de réajuster le sens de notre vie à la finalité surnaturelle qu’il nous révèle en son Fils et que Saint Paul nous rappelait dans la seconde lecture. Certes le repos de nos corps et la détente psychiques sont importantes ; mais il faut également recharger nos « batteries spirituelles », sans quoi nous serons incapables d’éclairer la route sur laquelle le monde contemporain nous oblige pourtant à avancer très vite.
Allons jusqu’au bout du paradoxe : si par hasard nous cherchons où pourrait bien se trouver Jésus ces jours-ci, Saint Marc nous donne la réponse : il est au milieu des foules désorientées qui cherchent en vain à retrouver une unité intérieure après une année de dispersion tout azimut. Aujourd’hui comme hier, « ses entrailles se retournent » à la vue de la détresse spirituelle des enfants de son Père qu’il est venu rassembler, comme un Berger rassemble son troupeau dispersé pour le conduire sur « des prés d’herbe fraîche et le faire reposer » (Ps 22). Sachons dépasser nos regards superficiels et indifférents pour « voir » comme lui, et embrasser les foules que nous côtoyons dans les lieux de villégiature, d’un regard de compassion et d’espérance, car c’est à chacun de ces frères que Jésus est venu « annoncer la bonne nouvelle de la paix et leur donner accès auprès du Père, dans un seul Esprit ».

« Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, sois béni pour ta longue patience : malgré le peu d’intérêt que nous te portons, tu ne te lasses pas de nous accueillir, pour nous réconforter et refaire nos âmes. Seigneur nous errons comme des brebis sans berger : du haut du ciel, regarde et vois ; laisse toi encore émouvoir par notre misère et donne-nous des Bergers selon ton Cœur qui rassemblent ton peuple en ton nom. Ne permets pas qu’aveuglés par nos problèmes ou étouffés par l’indifférence, nos yeux se ferment sur les détresses de ceux que nous côtoyons, mais donne-nous de nous souvenirs que nous sommes tous responsables de nos frères ; qu’en tant que baptisés, nous sommes bergers les uns des autres au nom de l’unique Roi-Berger qui envoie tous ses disciples sans exception, afin qu’ils servent leur frères avec la même compassion et le même empressement que lui. »
Père Joseph-Marie

homélie pour dimanche 12 juillet 2009

11 juillet, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,15e.dimanche.du.temps.ordinaire,2476.html

15e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 12 juillet 2009

Famille de saint Joseph Juillet 2009  

Homélie

 Comment ne pas être frappé par le contraste entre notre monde qui aime tant le bruit et l’étonnante façon dont notre Seigneur appelle et envoie ses messagers ?

Reprenons les faits. L’histoire commence il y a bien longtemps, au temps des premiers successeurs du roi Salomon. Le royaume d’Israël est divisé en deux, le Nord et le Sud. Au Nord, deux temples ont été désignés au peuple comme remplaçant Jérusalem : Dan, tout au Nord, près des sources du Jourdain, et Béthel, tout au Sud du royaume du Nord.

Le Seigneur a vu les veaux d’or érigés sur les autels de ces deux temples, il a entendu le cri de son peuple opprimé par de mauvais rois. Il a donc envoyé un prophète pour dénoncer le détournement religieux et les injustices sociales. Il a choisi Amos, un riche propriétaire terrien vivant à Téqoa, prospère bourgade toute proche de Jérusalem.

On imagine alors très bien la position de faiblesse d’Amos quand il se présente à Béthel : il est un étranger sur cette terre, et, lui qui vit dans l’aisance, il vient reprocher aux notables leur train de vie. Mais ces considérations sont celles du monde. En réalité, Amos, par la précarité de sa situation, est totalement libre de parler au nom de Dieu. On ne peut le soupçonner de défendre ses intérêts ; s’il parle, c’est parce que le Seigneur l’a envoyé. Le court dialogue entre Amazias et Amos nous confirme qu’il s’agit bien d’une opposition entre le royaume du Nord et le royaume de Dieu. Le prêtre dit en effet de Béthel que « c’est un sanctuaire royal, un temple du royaume », alors que le prophète vient rappeler que Béthel est un nom qui signifie « maison de Dieu ».

Voilà donc la situation : Amos est honnêtement occupé à ses affaires, « Mais, dit-il, le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : Va, tu seras prophète ». Amos se retrouve alors sur une terre étrangère, dans une position de faiblesse, pour défendre des intérêts qui le dépassent, lancé dans une aventure qui va tourner court. En effet, il sera bientôt contraint au silence et renvoyé dans sa campagne. La première lecture insiste sur le fait que le Seigneur appelle, il a l’initiative de cette mission, mais sa conclusion nous laisse perplexe : que fait le Seigneur ? Pourquoi tarde-t-il à intervenir en faveur des siens ? Pourquoi se laisse-t-il mettre en échec quand il a les moyens de faire entendre sa voix ?

Et voici, dans l’évangile, un nouvel appel. Jésus appelle ses disciples et les envoie deux par deux. Il les oblige à un état de pauvreté réel. Pas de besace qui contienne un morceau de pain pour le lendemain, ni une pièce d’argent pour la route. Pas de tunique de rechange. Jésus tient manifestement à cette pauvreté, à cet abandon dans la main de Dieu. Il est vrai que les disciples sont pauvres, mais ils ne sont cependant pas démunis : Jésus leur confie le pouvoir de chasser les démons. Il s’agit donc là d’une question de priorité : les aides matérielles ne sont pas aussi précieuses que les armes spirituelles.

Le premier bagage emporté est donc l’autorité reçue sur les esprits mauvais. Elle arrive en tête de liste, bien avant tout autre. Cela nous montre que l’évangélisation n’est pas une dogmatisation. On fait bien des procès d’intention aux chrétiens dès qu’ils annoncent le nom de Jésus, on dénonce leur manque de respect et leur prétention à détenir la vérité. L’évangile nous montre que la question de l’évangélisation n’est vraiment pas celle d’un endoctrinement, elle n’est pas celle de démontrer qu’une théorie est valide ou supérieure à une autre. L’évangélisation est une délivrance. Annoncer l’évangile est délivrer nos frères ! Leur permettre d’accéder à la vérité qui les rendra libres.

Mais le plus surprenant est encore à venir. Jésus envoie en effet ses disciples par les chemins, mais il ne leur donne pas explicitement de message à transmettre. Il n’y a pas de programme préétabli. La situation précaire dans laquelle Jésus place ses apôtres ouvre donc à une obéissance radicale. La même que celle qui permet la multiplication des pains. « Donnez-leur vous-mêmes à manger » leur dira-t-il. Avant d’être envoyés pour annoncer, les disciples sont envoyés pour écouter, pour discerner quelle est la faim des hommes qu’ils rejoindront. Il leur faudra alors entendre sur quels chemins l’Esprit veut faire suivre à ceux qui leur sont confiés. Évangéliser, c’est écouter pour faire jaillir la vérité.

De plus, cette absence de programme explicite, ce silence de Jésus, va clairement de pair avec le fait d’envoyer les disciples deux par deux. La loi mosaïque spécifie, il est vrai, qu’un témoignage n’est valide qu’attesté par deux témoins. Ceux que Jésus envoie sont donc des témoins. Mais des témoins de quoi ? Peut-on être témoin d’un message ? Oui, si ce message n’est pas un slogan mais l’amour. En les envoyant deux par deux, Jésus enseigne à ses disciples que leur façon de vivre doit être la première à parler de l’évangile. Ils doivent être reconnus pour ce qu’ils sont, les disciples de Jésus-Christ, à la façon dont ils s’aiment, des frères en Christ.

Mais, fondamentalement, ces considérations marquent-elles une évolution sensible entre la situation d’Amos et celle des Douze ? Sans doute, non. Les disciples ne vont pas connaître que des succès et il est bien des situations où nous voudrions que Dieu parle. Qu’il dise haut et fort sa façon de voir. La façon dont nous devrions voir. Il est bien des situations où nous voudrions que le Seigneur nous dise quelle vérité asséner à notre monde qui va si mal pour rétablir la vérité et la paix. Nous voulons un Dieu qui répond et qui parle clairement !

Le Seigneur le fait pourtant bien, mais pas en ajoutant du bruit à notre vacarme. Le Seigneur nous introduit dans son silence. Le Dieu d’Israël reste silencieux devant le rejet d’Amos. Jésus reste silencieux à propos des thèmes de la prédication des disciples qu’il envoie. Ainsi tout converge vers le silence des autels. Là, Dieu donne sa réponse, dans la plus grande discrétion. Jésus se livre, loin des bruits du monde, et attire tout à lui. Les combats d’Amos, la pauvreté des disciples, la charité qui unit les apôtres, l’écoute attentive de l’Église des désirs de l’humanité, tout converge vers cet autel où Dieu se donne et devant lequel tout genou fléchit.

Tout converge, car, nous dit saint Paul, Dieu « projetait de saisir l’univers entier », de « saisir » de la même manière qu’il a « saisi » Amos derrière son troupeau, c’est-à-dire d’appeler. Dieu appelle « ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ ». Voilà le cœur de notre appel et la raison de notre mission : « Il nous a d’avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ, voilà ce qu’il a voulu dans sa bienveillance à la louange de sa gloire ».

Nous voulions un Dieu qui prenne position dans nos débats, voici notre Seigneur qui, par grâce, nous révèle le mystère de sa volonté. Accueillons-la comme elle se donne. Faisons silence en nos âmes pour la laisser s’y établir. Laissons-là transfigurer nos vies. Ainsi nous entrainerons nos frères vers « le jour de la délivrance finale » ; devenus de parfaits missionnaires, toute notre vie sera une hymne « à la louange de sa gloire ».
Frère Dominique

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