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16e dimanche du Temps Ordinaire – Homélie

19 juillet, 2009

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http://www.homelies.fr/

16e dimanche du Temps Ordinaire – Homélie

dimanche 19 juillet 2009

Famille de saint Joseph Juillet 2009   

L’antienne d’ouverture nous donne le ton de la liturgie en ce 16ème dimanche du temps ordinaire : « Voici que le Seigneur vient m’aider ! » La première lecture ainsi que le psaume 22(23) nous délivrent le même message, à travers l’image – très biblique – du Dieu-Berger. Mais si l’atmosphère du Psaume est particulièrement paisible et apaisante, il n’en est pas ainsi de l’extrait du prophète Jérémie : c’est un Dieu courroucé qui s’adresse aux mauvais bergers de son peuple, et qui leur promet de « s’occuper » de ceux qui ne se sont guère préoccupés des brebis qu’il leur avait confiées. Le ton n’est cependant menaçant que pour « les misérables bergers qui laissent périr et se disperser les brebis du troupeau » ; un sort particulièrement enviable en résulte tout au contraire pour les brebis, puisque Dieu lui-même « rassemblera le reste de ses brebis » par la médiation de pasteurs selon son cœur qui les conduiront.
Le dernier verset de la prophétie passe des pasteurs (au pluriel) à l’unique Roi-Berger, qui « exercera dans le pays le droit et la justice » après avoir réunifié Israël et Juda. Ce thème du rassemblement des frères ennemis, étendu à l’opposition entre Israël et les païens, est au cœur du passage de la lettre aux Ephésiens qui nous est proposé. Ici apparaît clairement que ce Roi-Berger n’est autre que le Christ Jésus. Celui-ci accomplit mystérieusement son ministère de rassembleur et de pacificateur par un sacrifice : l’holocauste de sa chair crucifiée. Ce Roi-Berger est donc aussi Prêtre et Prophète des temps nouveaux, au cours desquels l’humanité réconciliée aura à nouveau « accès auprès du Père, dans un seul Esprit ».
L’Evangile nous montre ce Bon-Berger à l’œuvre ; ce n’est décidément pas un mercenaire ni un fonctionnaire : c’est mû par la compassion qu’il « se met à les instruire longuement ». La Parole de Jésus n’est pas qu’un simple transfert d’information : elle rassure les apeurés, réconforte les accablés ; elle nourrit les affamés et abreuve les assoiffés ; à chacun elle prodigue ce dont il a besoin pour reprendre et poursuivre sa route dans la paix et l’espérance.
Au départ la petite excursion improvisée sur le lac devait se terminer pour les Apôtres par un temps de repos avec le Maître au terme de leur première mission. L’insistance de la foule va en décider autrement : les compagnons de Jésus se retrouvent prisonniers d’une multitude mouvante qui les presse de toute part, exprimant sans doute à travers cet environnement nombreux et tumultueux l’attente de l’humanité de tous les temps, y compris la nôtre. Aussi est-il important de bien observer l’attitude de Jésus, puisque telle doit être la nôtre.
Les apôtres du Christ, ceux de hier comme ceux d’aujourd’hui, ont à découvrir que désormais leurs propres désirs, y compris les plus légitimes, doivent passer au second rang. Suivre le Christ c’est renoncer à soi pour devenir serviteur des autres ; et ne chercher le repos que dans ce service désintéressé. Leur propre mission trouve dans ce rassemblement imprévu son accomplissement, puisqu’il va déboucher sur la multiplication des pains, préfiguration de l’Eucharistie. L’annonce du Royaume a atteint son but lorsqu’elle conduit ceux qui l’accueillent à la Table où Dieu se donne en nourriture.
« Alors il se mit à les instruire longuement » : l’enseignement substantiel de Notre-Seigneur fait office de liturgie de la Parole dans cette anticipation improvisée du repas eucharistique. Certes les disciples ont dû renoncer au moment d’intimité avec le Maître qui leur a été « volé » par la foule. Mais la Parole de Jésus ne les rassemble-t-elle pas dans une même communion de foi et d’espérance avec ces hommes et ces femmes accourus de toute part ? Le pain partagé ne les unit-il pas en un même corps dans l’amour de charité ? Où donc pourrions-nous trouver le repos et refaire nos forces sinon dans l’Eucharistie où le Bon Berger nous nourrit de sa propre substance ?
En ce temps d’été traditionnellement consacré aux vacances – du moins pour ceux qui peuvent en prendre – il est bon de nous souvenir à l’école de l’Evangile, que le vrai repos, celui qui refait nos forces intégrales et pas seulement physiques, inclus de nous re-poser en Dieu, de réajuster le sens de notre vie à la finalité surnaturelle qu’il nous révèle en son Fils et que Saint Paul nous rappelait dans la seconde lecture. Certes le repos de nos corps et la détente psychiques sont importantes ; mais il faut également recharger nos « batteries spirituelles », sans quoi nous serons incapables d’éclairer la route sur laquelle le monde contemporain nous oblige pourtant à avancer très vite.
Allons jusqu’au bout du paradoxe : si par hasard nous cherchons où pourrait bien se trouver Jésus ces jours-ci, Saint Marc nous donne la réponse : il est au milieu des foules désorientées qui cherchent en vain à retrouver une unité intérieure après une année de dispersion tout azimut. Aujourd’hui comme hier, « ses entrailles se retournent » à la vue de la détresse spirituelle des enfants de son Père qu’il est venu rassembler, comme un Berger rassemble son troupeau dispersé pour le conduire sur « des prés d’herbe fraîche et le faire reposer » (Ps 22). Sachons dépasser nos regards superficiels et indifférents pour « voir » comme lui, et embrasser les foules que nous côtoyons dans les lieux de villégiature, d’un regard de compassion et d’espérance, car c’est à chacun de ces frères que Jésus est venu « annoncer la bonne nouvelle de la paix et leur donner accès auprès du Père, dans un seul Esprit ».

« Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, sois béni pour ta longue patience : malgré le peu d’intérêt que nous te portons, tu ne te lasses pas de nous accueillir, pour nous réconforter et refaire nos âmes. Seigneur nous errons comme des brebis sans berger : du haut du ciel, regarde et vois ; laisse toi encore émouvoir par notre misère et donne-nous des Bergers selon ton Cœur qui rassemblent ton peuple en ton nom. Ne permets pas qu’aveuglés par nos problèmes ou étouffés par l’indifférence, nos yeux se ferment sur les détresses de ceux que nous côtoyons, mais donne-nous de nous souvenirs que nous sommes tous responsables de nos frères ; qu’en tant que baptisés, nous sommes bergers les uns des autres au nom de l’unique Roi-Berger qui envoie tous ses disciples sans exception, afin qu’ils servent leur frères avec la même compassion et le même empressement que lui. »
Père Joseph-Marie

homélie pour dimanche 12 juillet 2009

11 juillet, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,15e.dimanche.du.temps.ordinaire,2476.html

15e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 12 juillet 2009

Famille de saint Joseph Juillet 2009  

Homélie

 Comment ne pas être frappé par le contraste entre notre monde qui aime tant le bruit et l’étonnante façon dont notre Seigneur appelle et envoie ses messagers ?

Reprenons les faits. L’histoire commence il y a bien longtemps, au temps des premiers successeurs du roi Salomon. Le royaume d’Israël est divisé en deux, le Nord et le Sud. Au Nord, deux temples ont été désignés au peuple comme remplaçant Jérusalem : Dan, tout au Nord, près des sources du Jourdain, et Béthel, tout au Sud du royaume du Nord.

Le Seigneur a vu les veaux d’or érigés sur les autels de ces deux temples, il a entendu le cri de son peuple opprimé par de mauvais rois. Il a donc envoyé un prophète pour dénoncer le détournement religieux et les injustices sociales. Il a choisi Amos, un riche propriétaire terrien vivant à Téqoa, prospère bourgade toute proche de Jérusalem.

On imagine alors très bien la position de faiblesse d’Amos quand il se présente à Béthel : il est un étranger sur cette terre, et, lui qui vit dans l’aisance, il vient reprocher aux notables leur train de vie. Mais ces considérations sont celles du monde. En réalité, Amos, par la précarité de sa situation, est totalement libre de parler au nom de Dieu. On ne peut le soupçonner de défendre ses intérêts ; s’il parle, c’est parce que le Seigneur l’a envoyé. Le court dialogue entre Amazias et Amos nous confirme qu’il s’agit bien d’une opposition entre le royaume du Nord et le royaume de Dieu. Le prêtre dit en effet de Béthel que « c’est un sanctuaire royal, un temple du royaume », alors que le prophète vient rappeler que Béthel est un nom qui signifie « maison de Dieu ».

Voilà donc la situation : Amos est honnêtement occupé à ses affaires, « Mais, dit-il, le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : Va, tu seras prophète ». Amos se retrouve alors sur une terre étrangère, dans une position de faiblesse, pour défendre des intérêts qui le dépassent, lancé dans une aventure qui va tourner court. En effet, il sera bientôt contraint au silence et renvoyé dans sa campagne. La première lecture insiste sur le fait que le Seigneur appelle, il a l’initiative de cette mission, mais sa conclusion nous laisse perplexe : que fait le Seigneur ? Pourquoi tarde-t-il à intervenir en faveur des siens ? Pourquoi se laisse-t-il mettre en échec quand il a les moyens de faire entendre sa voix ?

Et voici, dans l’évangile, un nouvel appel. Jésus appelle ses disciples et les envoie deux par deux. Il les oblige à un état de pauvreté réel. Pas de besace qui contienne un morceau de pain pour le lendemain, ni une pièce d’argent pour la route. Pas de tunique de rechange. Jésus tient manifestement à cette pauvreté, à cet abandon dans la main de Dieu. Il est vrai que les disciples sont pauvres, mais ils ne sont cependant pas démunis : Jésus leur confie le pouvoir de chasser les démons. Il s’agit donc là d’une question de priorité : les aides matérielles ne sont pas aussi précieuses que les armes spirituelles.

Le premier bagage emporté est donc l’autorité reçue sur les esprits mauvais. Elle arrive en tête de liste, bien avant tout autre. Cela nous montre que l’évangélisation n’est pas une dogmatisation. On fait bien des procès d’intention aux chrétiens dès qu’ils annoncent le nom de Jésus, on dénonce leur manque de respect et leur prétention à détenir la vérité. L’évangile nous montre que la question de l’évangélisation n’est vraiment pas celle d’un endoctrinement, elle n’est pas celle de démontrer qu’une théorie est valide ou supérieure à une autre. L’évangélisation est une délivrance. Annoncer l’évangile est délivrer nos frères ! Leur permettre d’accéder à la vérité qui les rendra libres.

Mais le plus surprenant est encore à venir. Jésus envoie en effet ses disciples par les chemins, mais il ne leur donne pas explicitement de message à transmettre. Il n’y a pas de programme préétabli. La situation précaire dans laquelle Jésus place ses apôtres ouvre donc à une obéissance radicale. La même que celle qui permet la multiplication des pains. « Donnez-leur vous-mêmes à manger » leur dira-t-il. Avant d’être envoyés pour annoncer, les disciples sont envoyés pour écouter, pour discerner quelle est la faim des hommes qu’ils rejoindront. Il leur faudra alors entendre sur quels chemins l’Esprit veut faire suivre à ceux qui leur sont confiés. Évangéliser, c’est écouter pour faire jaillir la vérité.

De plus, cette absence de programme explicite, ce silence de Jésus, va clairement de pair avec le fait d’envoyer les disciples deux par deux. La loi mosaïque spécifie, il est vrai, qu’un témoignage n’est valide qu’attesté par deux témoins. Ceux que Jésus envoie sont donc des témoins. Mais des témoins de quoi ? Peut-on être témoin d’un message ? Oui, si ce message n’est pas un slogan mais l’amour. En les envoyant deux par deux, Jésus enseigne à ses disciples que leur façon de vivre doit être la première à parler de l’évangile. Ils doivent être reconnus pour ce qu’ils sont, les disciples de Jésus-Christ, à la façon dont ils s’aiment, des frères en Christ.

Mais, fondamentalement, ces considérations marquent-elles une évolution sensible entre la situation d’Amos et celle des Douze ? Sans doute, non. Les disciples ne vont pas connaître que des succès et il est bien des situations où nous voudrions que Dieu parle. Qu’il dise haut et fort sa façon de voir. La façon dont nous devrions voir. Il est bien des situations où nous voudrions que le Seigneur nous dise quelle vérité asséner à notre monde qui va si mal pour rétablir la vérité et la paix. Nous voulons un Dieu qui répond et qui parle clairement !

Le Seigneur le fait pourtant bien, mais pas en ajoutant du bruit à notre vacarme. Le Seigneur nous introduit dans son silence. Le Dieu d’Israël reste silencieux devant le rejet d’Amos. Jésus reste silencieux à propos des thèmes de la prédication des disciples qu’il envoie. Ainsi tout converge vers le silence des autels. Là, Dieu donne sa réponse, dans la plus grande discrétion. Jésus se livre, loin des bruits du monde, et attire tout à lui. Les combats d’Amos, la pauvreté des disciples, la charité qui unit les apôtres, l’écoute attentive de l’Église des désirs de l’humanité, tout converge vers cet autel où Dieu se donne et devant lequel tout genou fléchit.

Tout converge, car, nous dit saint Paul, Dieu « projetait de saisir l’univers entier », de « saisir » de la même manière qu’il a « saisi » Amos derrière son troupeau, c’est-à-dire d’appeler. Dieu appelle « ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ ». Voilà le cœur de notre appel et la raison de notre mission : « Il nous a d’avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ, voilà ce qu’il a voulu dans sa bienveillance à la louange de sa gloire ».

Nous voulions un Dieu qui prenne position dans nos débats, voici notre Seigneur qui, par grâce, nous révèle le mystère de sa volonté. Accueillons-la comme elle se donne. Faisons silence en nos âmes pour la laisser s’y établir. Laissons-là transfigurer nos vies. Ainsi nous entrainerons nos frères vers « le jour de la délivrance finale » ; devenus de parfaits missionnaires, toute notre vie sera une hymne « à la louange de sa gloire ».
Frère Dominique

Père Cantalamessa, Homélie pour la Nativité de saint Jean-Baptiste, 2007

24 juin, 2009

Père Cantalamessa, Homélie, du site:

http://www.cantalamessa.org/fr/omelieView.php?id=100

Y A-T-IL UN SALUT POUR LES ENFANTS MORTS SANS BAPTÊME ? 
 
Nativité de saint Jean-Baptiste
C – 2007-06-24
 
Luc 1, 57-66.80

On célèbre cette année la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste à la place du XIIe dimanche du temps ordinaire. Il s’agit d’une fête très ancienne qui remonte au IVème siècle. Pourquoi la date du 24 juin ? Lorsque l’ange annonça la naissance du Christ à Marie, il lui dit qu’Elizabeth, sa parente, était au sixième mois. Jean-Baptiste devait donc naître six mois avant Jésus et la chronologie était ainsi respectée (la date du 24 au lieu du 25 juin est due à la manière dont calculaient les anciens, non en jour mais en calende, ide, et none). Ces dates ont naturellement une valeur liturgique et symbolique et non historique. Nous ne connaissons ni le jour ni l’année exacte de la naissance de Jésus et par conséquent, pas plus de Jean-Baptiste. Mais que cela change-t-il ? L’important pour la foi est le fait qu’il soit né et non quand il est né.

Le culte de Jean-Baptiste se diffusa rapidement et celui-ci devint l’un des saints auquel sont consacrées le plus d’églises dans le monde. Vingt-trois papes prirent son nom. Au dernier d’entre eux, le pape Jean XXIII, on a appliqué la phrase du quatrième Evangile qui dit du Baptiste : « Il y eut un homme envoyé de Dieu ; son nom était Jean ». Peu de personnes savent que les noms des sept notes de musique (do, ré, mi, fa, sol, la, si, do) ont un lien avec Jean- Baptiste. Elles sont tirées de la première syllabe des sept vers de la première strophe de l’hymne liturgique composé en honneur de Jean-Baptiste.

L’Evangile parle du choix du nom de Jean. Mais ce que disent la première lecture et l’antienne du psaume de la fête est également important. La première lecture, du livre d’Isaïe, dit : « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a protégé par l’ombre de sa main ; il a fait de moi sa flèche préférée, il m’a serré dans son carquois ». L’antienne du psaume revient sur le fait que Dieu nous connaît depuis le sein maternel : « C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère… J’étais encore inachevé, tu me voyais ».

Nous avons une idée très réductive et juridique de la personne, qui engendre une grande confusion dans le débat sur l’avortement. Il semble qu’un enfant acquière la dignité de personne au moment où les autorités humaines la lui reconnaissent. Pour la Bible, une personne est celle qui est connue de Dieu et que Dieu appelle par son nom ; et Dieu, nous est-il dit, nous connaît depuis le sein maternel, il nous voyait alors que nous étions « encore inachevés », dans le sein maternel. La science nous dit que l’embryon renferme tout l’homme en devenir, projeté dans les plus infimes détails ; la foi ajoute qu’il ne s’agit pas uniquement d’un projet inconscient de la nature mais d’un projet d’amour du Créateur. La mission de Jean-Baptiste est entièrement tracée avant sa naissance : « Toi aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; car tu marcheras devant le Seigneur, pour lui préparer les voies ».

L’Eglise a estimé que Jean-Baptiste a déjà été sanctifié dans le sein maternel, par la présence du Christ ; c’est pour cette raison qu’elle célèbre la fête de sa naissance. Ceci nous donne l’occasion d’évoquer une question délicate, qui a pris aujourd’hui une importance particulière à cause des millions d’enfants qui, surtout en raison de la diffusion effrayante de l’avortement, meurent sans avoir reçu le baptême. Que dire de ces enfants ? Sont-ils eux aussi d’une certaine manière sanctifiés dans le sein maternel ? Il y a-t-il un salut pour eux ?

Sans hésiter je réponds : bien sûr que le salut existe pour eux. Jésus ressuscité dit également d’eux : « Laissez venir à moi les petits enfants ». L’idée selon laquelle les enfants non baptisés étaient destinés aux Limbes, un lieu intermédiaire dans lequel on ne souffre pas mais dans lequel on ne jouit pas non plus de la vision de Dieu, s’est répandue à partir du Moyen-âge. Mais il s’agit d’une idée qui n’a jamais été définie comme vérité de foi de l’Eglise. Il s’agissait d’une hypothèse des théologiens qu’à la lumière du développement de la conscience chrétienne et de la compréhension des Ecritures, nous ne pouvons plus maintenir.

Cette opinion, que j’exprimai, il y a quelque temps, dans l’un de ces commentaires de l’Evangile, fut l’objet de réactions diverses. Certains exprimèrent de la reconnaissance pour cette prise de position qui leur ôtait un poids sur le cœur, d’autres me reprochèrent de donner trop de poids à la doctrine traditionnelle et de diminuer ainsi l’importance du baptême. La discussion est aujourd’hui close car récemment, la Commission théologique internationale, qui travaille pour la congrégation pour la Doctrine de la foi a publié un document affirmant précisément cela.

Il me semble utile de revenir sur ce thème à la lumière de cet important document pour expliquer certaines des raisons qui ont conduit l’Eglise à tirer cette conclusion. Jésus a institué les sacrements comme moyens ordinaires pour le salut. Ceux-ci sont donc nécessaires et celui qui, alors qu’il peut les recevoir, les refuse contre sa conscience ou les néglige, compromet sérieusement son salut éternel. Mais Dieu ne s’est pas lié à ces moyens. Il peut sauver également à travers des chemins extraordinaires, lorsque la personne, sans aucune faute de sa part, est privée du baptême. Il l’a fait par exemple avec les Saints Innocents, morts eux aussi sans baptême. L’Eglise a toujours admis la possibilité d’un baptême de désir et d’un baptême de sang, et tant de ces enfants ont vraiment connu un baptême de sang, même s’il est de nature différente…

Je ne crois pas que la clarification de l’Eglise encourage l’avortement ; si c’était le cas, ce serait véritablement tragique et il faudrait se préoccuper sérieusement, non pas du salut des enfants non baptisés mais de celui des parents baptisés. Ce serait se moquer de Dieu. Cette déclaration donnera en revanche un peu de soulagement aux croyants qui, comme chacun, s’interrogent, effarés, sur le sort atroce de tant d’enfants dans le monde aujourd’hui.

Revenons maintenant à Jean-Baptiste et à la fête de dimanche. Lorsqu’il annonça à Zacharie la naissance de son fils, l’ange lui dit : « Ta femme Elizabeth t’enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jean. Tu auras joie et allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance » (Lc 1, 13-14). Beaucoup en effet se sont réjouis de sa naissance, et vingt siècles plus tard, nous continuons à parler de cet enfant.

Je voudrais faire de ces paroles également un souhait pour tous les pères et les mères qui, comme Elizabeth et Zacharie, vivent le moment de l’attente ou de la naissance d’un enfant : puissiez-vous également éprouver de la joie et de l’allégresse pour l’enfant que Dieu vous a confié et vous réjouir de sa naissance toute votre vie et pour l’éternité ! 

12e dimanche du Temps Ordinaire, homélie

20 juin, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,12e.dimanche.du.temps.ordinaire,2455.html

12e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 21 juin 2009

Famille de saint Joseph Juin 2009  
 
Homélie

 Rien ne distingue physiquement Notre-Seigneur d’un autre homme. A en juger au programme de ses journées et aux nuits passées en prière, il est certes particulièrement résistant ; mais il a néanmoins besoin de repos comme tout le monde. La journée de prédication l’a épuisé ; aussi s’endort-il sans tarder sur le coussin – à vrai dire très dur – dont se servaient les rameurs dans les barques de pécheurs de l’époque. Il dort même si profondément, que ni le hurlement du vent soufflant en tempête, ni le fracas des vagues malmenant le frêle embarquement, ne troublent son mystérieux sommeil.
A bout de ressources, craignant d’être à chaque instant engloutis par cette mer déchaînée, « ses compagnons le réveillent » tout angoissés, et lui crient leur détresse : « Maître nous sommes perdus : cela ne te fait rien ? ». Etonnement et reproches se mélangent dans ce cri qui semble l’ultime recours de ces hommes, pourtant habitués à affronter les tempêtes subites et redoutables de ce lac au microclimat capricieux. Répondant aussitôt à leur appel de détresse, Jésus se lève, et avec une autorité souveraine, « il interpelle le vent avec vivacité ». Saint Marc vient d’utiliser le même verbe que celui par lequel il décrivait la prise de pouvoir de Jésus sur les démons. Poursuivant son action, Jésus s’adresse également à la mer comme à une altérité personnelle, pour lui imposer le silence. Et les éléments obéissent instantanément, comme s’ils reconnaissaient la voix de leur Maître. On imagine sans peine la stupeur de ces pécheurs ! Non seulement les démons, mais même « le vent et la mer lui obéissent ! ».
En évoquant cet épisode, la liturgie de ce jour nous encourage à découvrir nous aussi par la foi, celui qui est présent à l’ordinaire de nos journées si souvent bousculées. Certes sa présence est à ce point discrète qu’il semble dormir ; pourtant lui seul a autorité sur les forces du mal qui nous accablent. Comme le rappelait le pape Benoît XVI lors de sa récente visite pastorale en Pologne : « Jésus se tait, mais il agit ». Comment en effet celui qui « retient la mer quand elle jaillit du sein de l’abîme », qui la « lange de nuage » comme une mère le ferait pour son enfant, qui « fait de la nuée son vêtement et lui impose des limites » (1ère lect.), comment pourrait-il être menacé par une bourrasque, aussi impressionnante fût-elle à nos yeux ? « C’est au cœur des tempêtes qu’il nous cherche le plus » écrivait Saint Thérèse d’Avila en guise d’encouragement, à des carmélites soumises à de rudes épreuves. Mais comme il nous est difficile de discerner la présence rassurante de Notre-Seigneur, dans nos barques ballotées sur les flots en furie de nos vies en proie à tant de difficultés !
Les tempêtes sont multiples autour de nous et en nous : sans parler des conflits internationaux, pensons aux drames qui menacent la vie de notre entourage : divorce, chômage, accident de travail, maladie, deuil. Pour les uns ces événements seront source de révolte ; pour d’autres au contraire : occasion de réflexion, d’intériorisation, de conversion. Comment réagissons-nous lorsque des personnes de notre voisinage se débattent contre des vents contraires ? Prenons-nous prudemment nos distances ? Ou avons-nous le courage de leur proposer notre aide ? C’est en effet à travers cette disponibilité et cette proximité bienveillantes que nous leur permettons d’entrevoir le visage d’un Dieu proche, présent à leurs côtés malgré l’apparent abandon du ciel. Cependant, pour pouvoir réagir ainsi, il faut sans doute avoir assumé auparavant nos propres tempêtes ; avoir découvert au cœur des tourments de notre propre vie, la présence du Ressuscité, du Vainqueur des mille morts qui nous menacent.
Remarquons bien qu’avant d’être dans la tempête, Jésus est dans la barque de Pierre. Si cette barque – qui représente l’Eglise – résiste aux assauts de la mer démontée, c’est précisément parce qu’elle porte en elle le Maître du temps et de l’histoire, celui sur qui la mort n’a plus aucun pouvoir, car il est déjà « passé sur l’autre rive ». Dès lors que « le Christ est mort pour tous » – donc aussi pour moi – les vivants peuvent se décentrer d’eux-mêmes et se confier à lui, qui « est mort et ressuscité pour eux » (2nd lect.). Car si par la foi et le baptême, nous sommes « en Jésus-Christ », nous croyons que « nous sommes devenus une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né » (Ibid.). Mais qu’il est difficile de vivre en citoyen du Royaume, au cœur d’un monde qui se moque toujours plus ouvertement de notre espérance ! C’est pourquoi il est indispensable de demeurer dans la barque de Pierre ; et aussi dans la barque intérieure de notre cœur : là où Jésus « dort sur le coussin à l’arrière ». Pour éviter de le réveiller inutilement et de lui faire des reproches comme les apôtres, il est bon de méditer longuement ses paroles pour nous les approprier profondément – « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? »
Jésus en effet a déjà victorieusement traversé toutes nos tempêtes. La mer, symbole de la mort menaçante, ce sont en effet les pharisiens, scribes, sadducéens, hérodiens qui s’acharnent contre lui. Dans quelques mois, au moment le plus dramatique de leur complot meurtrier, alors que les disciples attendront désespérément que leur Maître produise un acte de puissance, que fera Jésus ? Il dormira ! Non plus sur un coussin, mais sur le bois de la croix, attendant avec confiance que son Père le réveille du sommeil de la mort, pour « conduire au port qu’ils désiraient » (Ps 106) tous ceux qui auront mis leur foi en lui.

« Seigneur Esprit Saint, mémoire vivante de Dieu en nos cœurs, aide-nous à nous souvenir de la présence discrète de Jésus à nos côtés, afin que nous ayons l’audace de prendre autorité en son Nom, sur les forces adverses qui se déchaînent contre la frêle embarcation de nos vies. Nous pourrons alors rendre grâce au Père de tout notre cœur, pour la liberté nouvelle qu’il nous offre en son Fils bien-aimé, Jésus-Christ Notre-Seigneur. »
Père Joseph-Marie
 

LE SAINT SACRAMENT: HOMÉLIE

13 juin, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,saint-sacrement,2448.html

LE SAINT SACRAMENT

dimanche 14 juin 2009

Famille de saint Joseph Juin 2009   
Homélie

  La scène décrite dans la première lecture est l’une des plus importantes de l’Ancien Testament. Moïse descend du Sinaï, et transmet au peuple les paroles du Seigneur et tous ses commandements. La réponse du peuple est immédiate et unanime: « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique », nous enseignant ainsi que la bonne façon d’écouter la Parole de Dieu est de la vivre. Nous voyons aussi que, dès l’origine, la Parole de l’Alliance est donnée pour prendre corps dans nos vies.

L’Alliance en effet concerne essentiellement la vie de l’homme et la vie de Dieu. C’est le sang qui le dit. Dès qu’il les a eu reçues, « Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur » et entreprit d’offrir « un sacrifice de paix ». Ainsi, après que le peuple ait parlé, le sang parle à son tour pour dire que la Parole est plus que la vie, pour dire que la Parole est la source de la vie. Dès l’origine, l’Alliance est scellée dans la lettre et dans le sang. Désormais tous les rites liturgiques consisteront d’abord à ouvrir le Livre et à dire « ceci est le sang de l’alliance » car le sang va avec l’écrit et en donne le sens.

Mais il faut encore que cette vie, donnée et reçue, soit transmise. Cela est exprimé par une des singularités du texte. En effet, ce ne sont pas des prêtres qui offrent le sacrifice prescrit par Moïse, mais de jeunes hommes qu’il a choisis.

Cependant, dans le don de la Loi ou l’exécution du sacrifice d’action de grâce, en délégant de jeunes hommes choisis par Moïse ou des prêtres du temple, il a toujours fallu un intermédiaire aux hommes pour aborder Dieu. Parce que la distance entre Dieu et les hommes est telle qu’elle leur est infranchissable. Il leur convient donc d’ériger un temple, lieu choisi et préparé pour la rencontre, de mettre à part un prêtre, séparé des siens pour tous les unir en Dieu. Or Dieu, pour cette alliance dont il a l’initiative, propose aussi le prêtre pour le sacrifice : « le Christ est le grand prêtre du bonheur qui vient » affirme saint Paul dans la deuxième lecture.

Saint Marc l’atteste dans l’évangile. Il rapporte en effet les paroles de Jésus : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu ». Le sang de l’Alliance dont parle Jésus est bien le sang dont Moïse aspergeât le peuple au pied du Sinaï. Mais il y a un double changement. D’abord le sang n’est plus aspergé mais consommé, ensuite le sang est celui de Jésus lui-même. Ainsi ce que le rite exprimait de la communion de vie entre Dieu et son peuple perd sa forme extérieure, elle se réalise désormais de l’intérieur. Le Christ réconcilie Dieu et les hommes en répandant son propre sang, c’est-à-dire sa vie. Jésus-Christ offre sa vie à boire à ses disciples, le Fils remet la coupe de sa vie au Père. Cette vie unique donnée à chacun les réunit à jamais. On parle donc au sens fort de « sang de l’Alliance ».

On dit que cette Alliance est nouvelle, parce que Dieu ne condamne pas le pécheur mais insuffle en lui un désir de conversion correspondant au désir immense qu’il éprouve de le pardonner. La nouveauté de l’Alliance est là. Le cœur de la première alliance est dans la libération de l’esclavage ; dans la nouvelle Alliance le pardon de Dieu est fondamental. Parce que le péché est inscrit dans le cœur de l’homme, Dieu écrit sa loi d’amour dans ce cœur de chair et le rend à nouveau capable d’aimer, de se comporter en fils, de revenir dans le dynamisme de vie que transmet l’Alliance. Quand Jésus dit « Prenez, ceci est mon corps… Ceci est mon sang », il inaugure le nouveau rite pascal, il fait de l’Eucharistie le sacrement de l’Alliance nouvelle et éternelle et porte à son accomplissement la longue pédagogie commencée par Moïse.

Ce « sacrifice de paix », comme l’appelle Moïse, se vit désormais dans un repas. Le pain et le vin sont partagés, ils sont le corps et le sang du Seigneur. Comment ne pas évoquer, lorsqu’on parle de repas d’alliance, le banquet des noces de Cana ? Comment ne pas voir dans ce peuple rassemblé au pied du Sinaï, la figure de l’Église à qui s’adresse le don de Dieu, dont Marie est l’image et le modèle ? Ainsi Marie, lorsqu’elle interpellait les serviteurs en disant : « faites tout ce qu’il vous dira », ne faisait que rappeler l’engagement de l’Église entière : « toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettront en pratique ».

Il nous faut nous rappeler cette invitation et rendre présentes ces paroles, car, le pape Jean-Paul II nous l’écrivait il y a peu, « l’Église vit de l’Eucharistie ». Il nous invitait à nous arrêter en silence et à nous laisser saisir par le mystère de la foi : « il est grand le mystère de la foi ». C’est ce qu’il appelait « l’admiration eucharistique ». Une admiration profonde et reconnaissante face au Sacrement dans lequel le Christ a voulu « concentrer » pour toujours tout son mystère d’amour.

Tel est le sens de la fête que nous célébrons aujourd’hui. La fête du Corps et du Sang du Christ est le jour où l’Église manifeste son lien constitutif avec l’Eucharistie, le jour où elle professe, y compris par les processions vespérales, qu’elle « vit de l’eucharistie » et qu’elle en est heureuse !

Au moment où nous nous apprêtons à partager le pain des anges, à consommer le pain des pèlerins qui marchent vers le Ciel, cueillons avec reconnaissance le fruit de la Croix, accueillons le don de l’amour du Père, et demandons à l’Esprit-Saint de rentrer dans la prière eucharistique avec un sentiment d’adoration et de reconnaissance renouvelés.

« Que la Très Sainte Eucharistie, coin de Paradis qui s’ouvre sur la terre, dit l’encyclique « Ecclesia de Eucharistia », traverse les nuages de notre histoire. Comme un rayon de la gloire de la Jérusalem céleste, qu’elle illumine notre chemin » et nous conduise à la Maison du Père.
Frère Dominique

Sainte Trinité – dimanche 7 juin 2009: Homélie

6 juin, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,sainte.trinite,2441.html

Sainte Trinité – dimanche 7 juin 2009

Famille de saint Joseph Juin 2009   
 Homélie – Messe  

Le mystère de la Trinité que nous fêtons aujourd’hui est le mystère central de notre foi. N’est-ce pas « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit », comme nous le rappelle l’évangile, que nous avons été baptisés ? Croire en Dieu, d’autres religions le proposent ; mais croire en un Dieu unique, Père, Fils et Saint Esprit, c’est là le propre de la foi chrétienne. Les trois parties du Credo que nous confessons chaque dimanche ne sont-elles pas structurées autour des trois personnes divines ? Saint Irénée les appelait « les trois chapitres de notre sceau (baptismal) » (Cf. Démonstration 100).

Mais, en tant que mystère de Dieu, le mystère de la Sainte Trinité ne nous est connu que dans la mesure où il nous est révélé par Dieu lui-même. C’est ici qu’il faut nous plonger dans les textes de l’Ecriture et particulièrement ceux de ce dimanche. Le Deutéronome nous rappelle : « Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu… ? […] Le Seigneur est Dieu, là-haut dans le ciel et ici-bas sur la terre, et il n’y en a pas d’autres » (Cf. 1ère lecture). Nous nous retrouvons ici devant une affirmation clef de l’Ancien Testament où Dieu se révèle comme l’Unique.

Dans le Psaume, pas un mot du mystère de la Trinité, au moins apparemment.
Ce Mystère du Dieu Unique en Trois Personnes n’a certes été découvert par les croyants qu’après la Pentecôte, mais ce fut sur le matériau de l’Ecriture Sainte à commencer par l’Ancien Testament. Dans le Psaume de ce jour, Dieu se révèle comme Parole, comme Verbe. Tout d’abord, comme Parole créatrice : « Le Seigneur a fait les cieux par sa Parole, l’univers, par le souffle de sa bouche. Il parla et ce qu’il dit exista. » ; Ensuite comme Parole de Providence : « Dieu veille sur ceux qui le craignent… » ; Enfin, comme Parole de miséricorde : « Nous attendons notre vie du Seigneur… Que ton amour Seigneur soit sur nous comme notre espoir est en toi. » A la lumière de la venue du Christ, nous comprenons que la Parole de Dieu dont ce psaume a tant parlé est une Personne. Nous entendons comme en écho ces versets du Prologue de l’évangile de saint Jean : « Au commencement était le Verbe… Tout fut par lui, et rien de ce qui fut ne fut sans lui ». Nous comprenons alors qu’en Dieu, le Père et le Fils – qui est la Parole du Père
- ne peuvent agir que de concert.

Enfin, dans la deuxième lecture, Paul s’arrête sur notre condition de fils de Dieu qui nous permet de reconnaître et de confesser Dieu comme Père. A travers les mots de l’Apôtre, nous est révélé que c’est l’Esprit Saint qui en Jésus, le Fils unique, fait de nous des fils et nous fait nous tourner vers le Père pour l’appeler « Abba ».

Dieu tout entier, Père, Fils et Esprit Saint, s’est donc engagé dans la Révélation et dans l’histoire du salut. Le Concile Vatican II résume cela admirablement : « Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine » (Constitution dogmatique Dei Verbum 2).

Cette affirmation du Concile met en relief que si le mystère de la Sainte Trinité est le mystère central de notre foi, il est aussi celui de toute vie chrétienne. Notre espérance n’est-elle pas de pouvoir un jour partager la gloire de Dieu, c’est-à-dire d’avoir part en plénitude à la vie divine et à l’unité parfaite de la Trinité promise aux héritiers de Dieu que nous sommes (Cf. 2ème lecture) depuis le jour de notre baptême ?
Depuis ce jour, nous bénéficions des ares de cette vie éternelle en étant habités par la Sainte Trinité dans laquelle nous avons été plongés. Cette vérité de l’inhabitation de la Trinité dans notre âme doit nous soutenir et nous stimuler au quotidien dans notre marche vers la pleine participation à la gloire divine.

Ajoutons enfin que si l’Esprit d’Amour a été répandu dans nos cœurs, c’est aussi pour que nous nous fassions les porteurs de cette espérance au cœur du monde. Remplis de l’Esprit Saint, nous n’avons pas peur de témoigner à temps et à contre temps de la Bonne Nouvelle de l’Amour de Dieu pour tout homme.
C’est là tout le sens de la finale de l’évangile de Matthieu où Jésus envoie les apôtres : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Ainsi, fêter la Sainte Trinité, c’est nous redire que notre foi n’est pas qu’une adhésion intellectuelle à la vérité de Dieu, Un et Trine. En effet, cette vérité n’a rien de conceptuel car elle vérité sur l’infinie miséricorde du Père, vérité sur la vie filiale qui est notre héritage, vérité sur l’amour, qui est don en plénitude, à perte d’être.

« Seigneur Dieu, toi qui est Père, Fils et Saint-Esprit, puissions-nous aujourd’hui reconnaître de quel amour tu nous a aimés, accueillir cet amour pour en vivre et le répandre autour de nous. »
Frère Elie

L’Ascension, une fête triste?

23 mai, 2009

du site:

http://moineruminant.wordpress.com/2008/04/28/lascencion-une-fete-triste/

L’Ascension, une fête triste?
Posted on 28 avril, 2008 by moineruminant


Comme j’ai trouvé touchante hier à l’église cette remarque d’une paroissienne me disant que depuis qu’elle était petite elle avait toujours trouvé que la fête de l’Ascension était une fête triste! « Mais pourquoi? », lui ai-je demandé? « Parce que Jésus est parti », m’a-t-elle répondu. Jésus est parti! D’ailleurs, les disciples semblaient eux-mêmes désemparés, suite au départ de Jésus, quand l’ange leur a demandé : « Mais pourquoi restez-vous là à regarder le ciel? » Je pense que le sens de cette fête nous échappe en effet. L’Ascension est le parent pauvre du cycle pascal, alors qu’elle est sans doute la fête qui exprime le mieux le sens de notre destinée humaine, la portée incroyable de la victoire du Christ pour nous. Le pape Benoît XVI exprime magnifiquement le sens de cette fête. Il affirme dans une homélie à l’occasion de l’Ascension :

« La signification du dernier geste du Christ est double. En s’élevant d’abord il révèle l’évidence de sa divinité en retournant d’où il était venu, vers Dieu, ayant accompli sa mission terrestre. Ensuite, il remonte au Ciel avec l’humanité qu’il a acquise et avec laquelle il est ressuscité des morts, notre humanité, transfigurée, divinisée, devenue éternelle. L’Ascension révèle aussi la vocation suprême de tout être humain, appelé à la vie éternelle du Royaume ».

Je retiens de son commentaire surtout l’expression « notre humanité, transfigurée ». L’Ascension nous renvoie au mystère qu’affirme notre Credo : « Je crois à la résurrection de la chair. » C’est avec cette humanité qu’il a reçue de la Vierge Marie que Jésus est retourné vers le Père. Et ce sont là les prémisses de la destinée de tous les humains. Le Christ nous a acquis cette victoire. C’est tout l’Homme qui est sauvé, corps et âme.

En dépit de notre infinie pauvreté en comparaison de la gloire infinie de Dieu, ce dernier ne s’éloigne pas de nous. Charles Journet a cette réflexion extraordinairement profonde sur cette question de notre destinée :

« De l’éternité tout entière, il ne s’éloignera pas. Il a créé l’univers non pas pour l’anéantir, mais pour qu’il soit… Dieu a créé l’univers une fois pour toutes et pour toujours. Il a créé la matière pour toujours. Cela, nous seuls chrétiens, nous osons l’affirmer; nous savons, de foi divine, que les corps ressusciteront, qu’éternellement les hommes seront des hommes et non pas des anges; nous savons, de foi divine, qu’éternellement Jésus sera le Verbe fait chair. Si la matière n’avait pas été voulue par Dieu, si cette terre, parmi les milliards d’étoiles, n’avait pas été fondée, si l’homme n’avait pas été créé – il faudrait même dire : si l’homme n’avait pas péché, s’il n’avait pas appelé, par la profondeur de sa catastrophe, une si prodigieuse rédemption – il n’y aurait jamais eu l’Incarnation, l’Esprit de Dieu jamais n’aurait couvert la Vierge de son ombre (Lc 1, 32), jamais le Verbe ne se serait fait chair, jamais nous n’aurions su quel poids de spiritualité, quel poids de transparence, quel poids de transfiguration et de gloire, une nature humaine corporelle était capable de soutenir, sans céder, sans s’évanouir, sans se volatiliser. »

(Ch. Journet. Entretiens sur Dieu le Père. Parole et Silence. 1998.)

4e dimanche de Pâques dimanche 3 mai 2009, homélie

2 mai, 2009

sur le même site, aussi,  autre commentaire du lectures de la dimanche:

http://www.homelies.fr/homelie,4e.dimanche.de.paques,2406.html

4e dimanche de Pâques dimanche 3 mai 2009
Famille de saint Joseph

 Homélie  

Père Joseph-Marie

Ce quatrième dimanche de Pâque, dont la liturgie nous présente la parabole du Christ Bon Berger, est traditionnellement choisi comme Journée mondiale de prière pour les vocations.
Nous le savons hélas trop bien : depuis quelques années le nombre des candidats au sacerdoce est en chute libre, et la tendance au redressement, si souvent annoncée, n’est guère significative. Que se passe-t-il ? Le Seigneur cesserait-il d’appeler des jeunes à travailler dans sa vigne ? Ne serait-ce pas plutôt nous qui sommes devenus sourds à ses appels ? Je dis « nous » bien que l’appel soit bien sûr personnel ; mais pour que le dialogue entre Dieu et son élu puisse s’instaurer, un ensemble de conditions sont requises, qui impliquent la famille, la paroisse, l’école, bref : l’entourage chrétien du jeune que Dieu a choisi. Il est clair que l’appel du Seigneur passe par des médiations ; ou même s’il résonne directement au cœur de l’intéressé, celui-ci a besoin du discernement, du soutien, de la confirmation de son entourage. Or si les proches ne croient plus à la grandeur de la vocation sacerdotale, s’ils ne sont plus convaincus de la grâce extraordinaire qu’elle représente, si leur attitude ou leurs paroles sont plutôt dissuasives, il y a beaucoup à parier que l’appel n’aboutira pas et que la vocation sera avortée.
Chaque vocation sacerdotale est enfantée par l’Eglise toute entière ; en premier lieu par l’Eglise domestique où le candidat a grandi, et l’Eglise locale où il a reçu les sacrements d’initiation chrétienne. Or tout enfantement est source de souffrances : « Pour faire un prêtre, disait St Jean Bosco, il faut beaucoup de larmes, de sueur et de sang ! » Sommes-nous prêts à payer ce prix pour voir se rajeunir le corps sacerdotal si vieillissant dans notre pays ? Sommes-nous prêts à prendre les devants et à assiéger le Cœur du Christ pour qu’il accède à notre demande ? Le Saint curé d’Ars disait que l’Eucharistie et le Sacerdoce sont des dons de l’amour du Cœur de Jésus : c’est donc à lui qu’il faut nous adresser pour obtenir les prêtres dont notre Eglise a un urgent besoin.
Encore faut-il que nous soyons convaincus de la beauté de cet état de vie pour que nous puissions en témoigner. Dans son homélie pour la messe chrismale de cette année, le pape Benoît XVI résumait en quelques mots « la signification profonde de la condition du prêtre : devenir ami de Jésus-Christ. Le Seigneur fait de nous ses amis : il nous confie tout ; il nous confie sa personne, afin que nous puissions parler en son nom – in persona Christi capitis » (dans la personne du Christ tête). Les longues années de ministère sacerdotal n’ont pas émoussé l’émerveillement du Saint Père devant la confiance que nous fait le Très-Haut : « Il s’est véritablement remis entre nos mains ». Pour Benoît XVI il ne fait pas de doute : l’essentiel du mystère sacerdotal réside dans cette union intime et ineffable que le Seigneur veut instaurer avec ceux qu’il a choisis pour continuer à travers eux son ministère de Bon Berger. Cette union intime est décrite par Jésus lui-même par le terme « amitié », qui « signifie communion dans la pensée et la volonté, et donc également dans l’action ». Une telle intimité suppose une connaissance personnelle, née de l’écoute de sa Parole, d’une proximité de vie. Il est clair que pour entretenir cette amitié, le prêtre doit avant tout être un homme de prière, car « son action extérieure resterait sans fruits et perdrait son efficacité si elle ne naissait pas de la communion intime avec le Christ ». Le seul Prêtre, c’est le Christ : les prêtres lui sont comme une humanité de surcroît, du moins s’ils acceptent de lui livrer leur existence toute entière, à l’image de Saint Paul qui pouvait dire : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). Jésus veut avoir besoin de l’humanité de ses prêtres pour continuer à porter en eux « le mal et la douleur du monde », dont se nourrit son amour rédempteur.
De même que le « vrai Berger donne sa vie pour ses brebis », ainsi le prêtre conscient de son appel, ne s’appartient plus, mais est tout livré à ceux que l’Eglise lui confie. Car « l’amitié avec Jésus est par antonomase toujours une amitié avec les siens, poursuit Benoît XVI. Nous ne pouvons être amis de Jésus que dans la communion avec le Christ tout entier, avec la tête et le corps ; dans la vigne abondante de l’Eglise animée par son Seigneur ».
Une telle exigence pourrait faire peur. Mais le pape nous rassure : il n’est pas nécessaire d’être parfait pour répondre à l’appel de Dieu ; « les fragilités et les limites humaines ne représentent pas un obstacle, à condition qu’elles contribuent à nous rendre toujours plus conscients du fait que nous avons besoin de la grâce rédemptrice du Christ. Dans le mystère de l’Eglise, Corps mystique du Christ, le pouvoir divin de l’amour change le cœur de l’homme, en le rendant capable de communiquer l’amour de Dieu à nos frères ».
Ce qui est vrai du sacerdoce ministériel, l’est aussi bien sûr, mutatis mutandis, du sacerdoce baptismal ; bien plus, ce n’est que dans la mesure où nous nous approprions le mystère du sacerdoce commun des fidèles, que nous pourrons vraiment pressentir la grandeur du mystère du sacerdoce ministériel. C’est pourquoi la recrudescence des vocations sacerdotale est étroitement liée à la conversion de l’Eglise toute entière. Les prêtres de demain seront le fruit de la conversion des chrétiens d’aujourd’hui, qui auront accepté d’entrer pleinement dans l’Alliance que le Seigneur renouvelle chaque jour dans l’Eucharistie. C’est à la table du banquet eucharistique où le Père lui-même nous invite, que nous prenons conscience que « dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu ». Certes ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ; mais « lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est » (2nd lect.). Or pour pouvoir progresser d’Eucharistie en Eucharistie jusqu’à la Pâque éternelle, nous avons précisément besoin du prêtre qui, en invoquant « le nom de Jésus le Nazaréen, crucifié par nous, ressuscité par Dieu » (1ère lect.) sur le pain et le vin, les transforme en son Corps et son Sang qui nous sauvent et nous vivifient. « C’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. Tu es mon Dieu, je te rends grâce, mon Dieu, je t’exalte ! Rendez grâce au Seigneur : il est bon ! Eternel est son amour ! » (Ps 117).

« La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux ! Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson ! » (Mt 9,37) Commentant ce verset, le pape Benoît XVI conclut son message pour la Journée des vocations (aujourd’hui !) par ces mots : « Il n’est pas surprenant que là où l’on prie avec ferveur, les vocations fleurissent. La sainteté de l’Eglise dépend essentiellement de l’union avec le Christ et de l’ouverture au mystère de la grâce qui agit dans le cœur des croyants. Pour cela je voudrais inviter tous les fidèles à cultiver une relation intime avec le Christ, Maître et Pasteur de son peuple, en imitant Marie, qui conservait dans son cœur les divins mystères et les méditait avec soin (cf. Lc 2,19). »
Père Joseph-Marie
 

Troisième dimanche de Pâques B (30 avril 2006 année B) Homélie

25 avril, 2009

du site:

http://www.stignace.net/homelies/3paquesB06.htm

Eglise Saint-Ignace  – des jésuites à Paris          

 Actes 3, 13…19 Psaume 4

1 Jean 2, 1-5

Luc 24, 35-48


 Troisième dimanche de Pâques B  – 30 avril 2006                       

 Père Philippe Lécrivain,  jésuite

Les disciples d’Emmaüs, aussitôt revenus à Jérusalem, se précipitent auprès des apôtres et de leurs compagnons pour leur annoncer qu’ils ont vu et reconnu le Seigneur. Mais, comme ils parlaient, nous dit Luc, Jésus apparaît au milieu d’eux. Si la mise en scène est parfaite, elle nous donne aussi l’occasion, au lendemain de Pâques, de nous interroger sérieusement sur notre foi en la Résurrection de Jésus.
Le récit, que nous venons de lire et d’écouter ensemble, nous invite en effet à entrer dans la démarche des apôtres que l’évangéliste nous présente en deux temps. Tout d’abord, Jésus, par la Résurrection, étant entré dans sa gloire, il ne peut être désormais reçu par ses disciples, et donc par nous, que dans la foi. Mais ce passage de l’incrédulité à la reconnaissance, convenons-en, n’est pas aisé.
D’autant plus qu’il convient d’admettre aussi que le Ressuscité n’est autre que celui qui a marché sur les chemins de Galilée et qui a été crucifié à Jérusalem. Mais entrons dans le texte.

La christophanie s’ouvre par le souhait de Jésus : « La paix soit avec vous. » Mais, confrontés au Christ ressuscité, les disciples sont frappés de stupeur et de crainte. Ils sont bouleversés et s’imaginent en eux-mêmes voir un esprit, un être dont le mode d’existence n’a rien d’humain.
Pour les convaincre de son identité, Jésus leur offre alors une parole, puis un geste. La monstration des mains et des pieds pourrait être celle des plaies de la crucifixion mais Luc souligne un autre point. Il fait dire à Jésus : « Un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. » Par-delà la mort, le Ressuscité est donc bien de condition humaine.
Mais cela ne suffit pas aux apôtres. Ils sont joyeux certes mais ils refusent encore de croire et demeurent étonnés. Jésus leur offre donc une seconde parole et un second geste. Dans les Actes, l’évangéliste dira : « C’est avec de nombreuses preuves, il s’est présentant vivant après sa passion. »
En peignant Jésus mangeant devant eux, c’est la réalité de la Résurrection que Luc illustre. Mais cette seconde « preuve » de la condition humaine de celui qui appartient désormais totalement au monde de Dieu paraît encore insuffisante : le silence des disciples y répond.

Dans la seconde partie du récit, lu et entendu aujourd’hui, nous sommes invités à écouter Jésus qui veut aider ses disciples à dépasser ce qui les empêche de le reconnaître comme Ressuscité.

Luc rappelle ici que les disciples, pour reconnaître le Ressuscité, doivent admettre que le salut offert par Dieu s’est accompli dans la Pâque de Jésus. Cependant, il le sait, les disciples sont encore incapables de comprendre la conformité des annonces antérieures, concernant la Passion et la Résurrection, avec le plan divin de salut inscrit dans les Ecritures.
Comme nous sans doute aujourd’hui, les disciples ont eu besoin, pour reconnaître en Jésus le Ressuscité, d’entendre celui-ci relire, dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les psaumes, les textes concernant sa Pâque.
Vient alors la phase clef : « Il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures. » Cette phrase, nous l’avons déjà entendu dans le récit d’Emmaüs quand Luc fait dire aux deux disciples : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et qu’il nous faisait comprendre les Ecritures. »
Ainsi, la reconnaissance du crucifié ressuscité se réalise lorsqu’on saisit en profondeur, c’est-à-dire jusqu’en son cœur bouleversé, le rapport entre les événements de Pâques et le projet salvifique de Dieu.
Mais le dessein divin, inscrit dans les Ecritures, ne s’arrête pas à ce moment grandiose où le Christ, le troisième jour, est passé de ce monde à son Père. Il se prolonge également dans le témoignage à venir de l’Eglise, dans le nôtre donc.

Annoncer que l’amour de Dieu pour tous les hommes s’est accompli dans la Pâque du Seigneur est désormais notre mission : « C’est vous qui en êtes les témoins. » Reconnaître en Jésus le Ressuscité, c’est donc entrer résolument dans une démarche qui pousse à se lever, à se mettre en marche et à aller à la rencontre de toutes les nations…  

25 AVRIL: SAINT MARC ÉVANGELISTE – HOMÉLIE

24 avril, 2009

du site:

http://viechretienne.catholique.org/homelie/8614-Saint-Marc-l-evangeliste

25 AVRIL: SAINT MARC ÉVANGELISTE

Homélie
Saint Marc l’évangéliste

La fête de Saint Marc vient interrompre la lecture continue de l’Evangile de Jean qui nous est proposée durant le temps pascal. Nous savons que la finale du second Evangile – reconnue cependant comme inspirée – n’est pas de la plume de saint Marc : elle est l’œuvre d’un transcripteur tardif, soucieux de ne pas clore l’Evangile sur la mention de la « peur » des femmes venues au tombeau au matin de Pâques. « Bouleversées » par l’annonce que vient de leur faire un « jeune homme vêtu d’une robe blanche, assis à droite » (16, 5), elles « s’enfuirent loin du tombeau ». La description de la rencontre suggère pourtant une apparition du Ressuscité, que les femmes n’ont pas reconnu, mais dont le message a néanmoins été transmis « Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié : il est ressuscité. Il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit » (16, 6-7). L’ajout postérieur appelé « finale canonique » et que nous lisons aujourd’hui, vient préciser, à partir des autres récits d’apparitions du Ressuscité, le contenu de la mission confiée par Jésus à ses apôtres, mission qu’ils devront exercer au cœur de la vie des hommes, dans leur « Galilée » quotidienne où le Seigneur les précède. « Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient ». Ce verset est parmi ceux qui explicitent le mieux la mystérieuse synergie entre l’envoyé et son Maître, tout à l’image de celle qui unit le Père et le Fils pour une même action salvifique. Le Seigneur « travaille » par ses disciples, avec eux et en eux afin de continuer à rassembler les enfants dispersés de Dieu son Père autour de l’étendard de sa Croix glorieuse, d’où il continue à appeler tous les hommes au salut. Le « travail » dont il est question est en effet le travail d’enfantement du monde nouveau, commencé par la Passion-Résurrection du Seigneur, continué tout au long de l’histoire par l’Eglise, en union étroite avec le Christ vivant en elle. Aujourd’hui comme hier, il est urgent de proclamer la « Bonne Nouvelle » de la Croix glorieuse de Jésus, l’Arbre de Vie qui nous délivre de la peur de la mort. Mais pour pouvoir annoncer de façon convaincante ce mystère, il est indispensable que nous osions d’abord nous y exposer nous-mêmes, et que nous nous laissions guérir de nos résistances à cette épiphanie déconcertante de l’amour. Car nous aussi nous sommes encore dans les douleurs de l’enfantement à la réalité nouvelle inaugurée par la Pâque de Notre-Seigneur. Chaque jour nous avons à rechoisir sa seigneurie, c’est-à-dire à lui faire acte d’allégeance dans la foi. Ce qui implique que nous renoncions à notre autonomie orgueilleuse pour nous « tenir humblement sous la main puissante de Dieu » (1ère lect.). Or « nous revêtir d’humilité » est un « travail » ardu que nous ne saurions ni sous-estimer – ni encore moins éluder, car nous régresserions vers une religiosité hypocrite, le disciple n’étant plus à l’image de son Maître. Ce combat de l’humilité est d’ailleurs étroitement lié à celui de la foi, comme le confirme Saint Pierre : « le démon comme un lion qui rugit, va et vient, à la recherche de sa proie. Résistez-lui avec la force de la foi » (1ère lect.). Le démon ne cherche rien d’autre qu’à nous détourner du salut gratuitement offert en Jésus-Christ, en nous faisant miroiter une illusoire prétention à l’auto-suffisance, qui nous permettrait de nous passer de la foi. Hélas, « celui qui refusera de croire sera condamné », car « Dieu s’oppose aux orgueilleux, aux humbles il accorde sa grâce ». Tout missionnaire de l’Evangile devrait demander quotidiennement d’avoir « le cœur bouleversé d’entendre » (Ac 2,3) cette Parole qui nous crie l’amour de Dieu et nous le rend visible sur le visage de son Christ : « Il m’a aimé et c’est livré pour moi » (Ga 2,20). Notre foi pourra alors devenir communion d’amour et de vie, permettant au Seigneur de « travailler avec nous » et par nous, « confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnent ».

« Vierge Marie, tu exhortais Sainte Faustine à développer trois vertus : “l’humilité, l’humilité et l’humilité” ; c’est elle en effet qui fait la vérité dans nos vies, nous purifie de l’orgueil, et nous dispose à l’accueil de la grâce. Apprends-nous à aimer l’humilité, à la rechercher, à la cultiver en ne refusant pas les petites humiliations de la vie quotidienne. Ta fille de prédilection, Saint Bernadette, ne disait-elle pas : “Il faut beaucoup d’humiliations pour faire un peu d’humilité !”. Aide-nous, Marie, malgré notre répulsion spontanée, à accepter avec joie le travail d’“humblification” entrepris par l’Esprit Saint, car il n’est pas d’autre chemin pour purifier notre foi, et devenir un disciple du Christ qui lui ressemble. »

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