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A quoi ressemble le Royaume de Dieu ?

26 octobre, 2009

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http://viechretienne.catholique.org/meditation/20445-a-quoi-ressemble-le-royaume-de-dieu

Évangile de mardi 27 octobre – année – cette année – Lc 13, 10-17

Les méditations

A quoi ressemble le Royaume de Dieu ?

Saint Matthieu 13, 24-43

Jésus leur proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : ’Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?’ Il leur dit : ’C’est un ennemi qui a fait cela.’ Les serviteurs lui disent :’Alors, veux-tu que nous allions l’enlever ?’ Il répond : ’Non, de peur qu’en enlevant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier.’ » Il leur proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. » Il leur dit une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu’une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. » Tout cela, Jésus le dit à la foule en paraboles, et il ne leur disait rien sans employer de paraboles, accomplissant ainsi la parole du prophète : C’est en paraboles que je parlerai, je proclamerai des choses cachées depuis les origines. Alors, laissant la foule, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. » Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L’ennemi qui l’a semée, c’est le démon ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et ceux qui commettent le mal, et ils les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »

Prière d’introduction Que ton règne vienne ! Mon bon Jésus, c’est toi qui nous a parlé du Royaume, c’est toi qui m’as donné le don de la foi qui me permet de croire en ton Royaume, c’est toi qui as exalté mon espoir dans la gloire et la beauté de ton Royaume, tu as attiré mon cœur vers le tien et tu y as planté l’étendard de ton Royaume. Tu sais que je crois en toi, que je veux mieux te connaître pour mieux t’aimer et pour être ton loyal disciple. En t’écoutant décrire ton Royaume, le seul pour lequel il vaille la peine de vivre et de mourir, je renouvelle mon engagement envers toi : ouvre mon cœur, Seigneur, et inonde-le de la lumière et de la force de ta grâce.

Demande Aide-moi à mieux comprendre la nature de ton Royaume afin que je le serve mieux sur terre et qu’ensuite j’y demeure avec toi pour l’éternité.

Points de réflexion
1. Le Royaume est comme une graine de moutarde : il est en puissance. Le Royaume ne cesse de croître. Il n’était qu’une graine au départ, quand le Christ l’a planté. Il commence tout petit, partout où il est déposé et toujours il grandit. Cette croissance se fait à tous les niveaux : dans chaque âme, dans une communauté particulière et dans la totalité de l’Eglise. Dans l’idée que je me fais de la vie du Royaume, est-ce que fais place à son développement, à sa croissance, à l’action de Dieu ? En d’autres mots, est-ce que j’essaie de règlementer le Royaume ou de suivre mon Roi là où il veut m’emmener ?

2. L’ivraie et le bon grain poussent ensemble. Le Royaume sera toujours sujet d’oppositions et de contradictions. L’ivraie et le bon grain croissent ensemble, côte à côte. Dans nos propres âmes, la malheureuse tendance au mal ne disparaît pas alors que mûrit notre identité chrétienne. Nous oublions parfois l’ivraie à cause du bon grain et quelquefois le contraire. Quand je rencontre des difficultés, des obstacles, de la souffrance, est-ce que je réagis avec foi et patience ou avec frustration et découragement ?

3. Le Royaume est comme le levain, il a des conséquences disproportionnées. L’impact du Royaume sera toujours hors de proportion avec ses dimensions. Un peu de levain fait lever la pâte, la sainteté d’une personne fait des vagues jusqu’aux extrémités du monde. Les effets en seront connus seulement à la fin des temps quand tomberont les apparences et que toute vérité sera connue par tous. Est-ce que je crois vraiment que ma vie apportera un effet positif sur le Royaume en faisant seulement la volonté de Dieu à chaque instant ?

Dialogue avec le Christ Mon bon Jésus, tu as la responsabilité de ton Royaume. Et tu m’as appelé à y travailler en me confiant une mission. Je veux du Royaume dans chacune de mes paroles, dans tout ce que je fais, dans chacune de mes décisions, jusqu’a dans mon regard. Remplis-moi de ton amour, ô mon Roi, fais de moi ton ambassadeur, ton flambeau, ton porte-voix dans ce monde qui a tant besoin de toi. Amen.

Résolution Je ferai un effort spécial pour être patient,- comme Dieu l’est avec l’ivraie et le bon grain,- dans une situation où je sais que ma patience est mise à l’épreuve (avec mes enfants, mes compagnons de travail, en voiture…) et j’offrirai ce sacrifice pour que grandisse le Royaume.

Homélie pour dimanche 25 Octobre 2009

24 octobre, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,dedicace.des.eglises.dont.on.ignore.la.date.de.consecration,2579.html

dimanche 25 octobre 2009

Famille de saint Joseph Octobre 2009  

Homélie

Messe  

La première lecture et le psaume sont des cris de joie. L’évangile rapporte l’histoire de Bartimée, un aveugle que Jésus a guérit et qui est devenu une figure exemplaire pour les croyants. Mais pour entrer pleinement dans cette joie à notre tour, et surtout pour qu’elle s’empare durablement de notre vie, sans doute devons-nous prendre mieux conscience des ténèbres qu’elle vient déchirer…

La joie que le prophète Jérémie rapporte concerne le retour de l’exil à Babylone, qui fut incontestablement la plus grande catastrophe de l’histoire sainte. A cette époque, le peuple élu a perdu ses repères essentiels : la terre, le roi et le temple. En effet, ils n’habitaient pas leur pays « depuis toujours », il n’était pas la terre de leurs ancêtres, mais la terre qui leur avait été promise et donnée par le Seigneur, en signe d’alliance. La perdre est perdre le don de Dieu, rien de moins. Comment croire à l’accomplissement de la promesse, si les éléments qui marquaient concrètement sa réalisation disparaissent ? De même, comment accomplir les sacrifices rituels prescrits par la parole de Dieu s’il n’y a plus de temple ? Tout ce qui faisait leurs certitudes, ce qui occupait le centre de leur vie, leur est soudain arraché. Le traumatisme est vraiment profond.

Dans cette situation d’extrême fragilité, Israël a fait l’expérience de dépendre entièrement de Dieu, de ne pouvoir compter que sur lui. Plus rien au monde ne lui donnait de motif d’espérance, il semblait pris dans une nuit sans fin. Il ne lui restait rien d’autre que la Parole à méditer et sa foi dans la fidélité du Seigneur.

Ainsi, un jour, tout a basculé. « Nous étions comme en rêve », se rappelle le psalmiste. L’explosion de joie dont les lectures de ce jour nous rendent témoins est proportionnelle à l’intensité du drame vécu. « Ils étaient partis dans les larmes, dans la consolation je les ramène », dit le Seigneur.

Il est intéressant de noter les mots employés pour crier la joie de la délivrance, car ils disent ce que cette expérience a apporté. D’abord, le visage de Dieu est clairement celui d’un père, bien aimant et présent aux côtés de ses enfants. La première lecture est encadrée par ces mots : « poussez des cris de joie (…) car je suis un père pour Israël ». Ensuite, l’expérience traumatisante, aussi douloureuse soit-elle, a été perçue a posteriori comme la préparation d’une moisson abondante : « qui sème dans les larmes, moissonne dans la joie ». Ainsi la joie manifestée n’est pas seulement la joie du retour, elle est aussi la joie de découvrir ce que Dieu construisait dans le silence de la nuit. Alors que tout semblait perdu, le Seigneur creusait un sillon et enfouissait une graine qui ne tarderait pas à donner son fruit. De la mort, la vie peut jaillir !

La souffrance est quelques fois une éducatrice précieuse…

Cet itinéraire est celui de tout croyant. Il aussi celui de Bartimée, qui nous est donné en exemple ce matin. Cet homme n’a aucune compagnie, il vit dans une nuit qui ne finit jamais. Son exil est son exclusion. Certes, il vit chez les siens et non en terre étrangère, mais son infirmité le maintient en marge de tout, exilé au bord d’un chemin. Bartimée vit dans une situation paradoxale et insupportable : il est dépendant des siens qui le rejettent. Il ne peut rien par lui-même, il doit compter sur eux pour tout. Voilà une position pour le moins inconfortable.

Mais dans la souffrance de sa solitude, Bartimée a découvert la présence bienveillante du Seigneur à ses côtés. Il a si bien appris à la connaître au cœur de sa nuit, qu’il le reconnaît tout de suite quand Jésus passe sur le chemin.

Nous découvrons alors que Bartimée n’est pas sans ressources. Il est aveugle, mais il n’est pas muet. Il a de la voix. Il crie vers Jésus avec tant de conviction qu’on cherche à le faire taire. Mais lui qui doit compter en tout sur les autres, comprend qu’il n’est plus l’heure de s’en remettre aux autres, il n’est plus l’heure de se laisser faire. Il redouble d’efforts et appelle de plus belle.

Jésus entend son cri. Évidemment. Qui ne l’entend pas ? Cependant l’attitude de Jésus n’est pas habituelle. Il pourrait par exemple aller vers Bartimée, Jésus pourrait aussi demander qu’on lui amène l’infirme, il pourrait encore appeler à lui le pauvre homme. Mais Jésus ne fait pas que guérir, il enseigne. La foule qui faisait rempart et cherchait à étouffer les cris de détresse doit à présent faire corps et conduire Bartimée vers la vie. Le Seigneur choisit ceux dont dépendait cet homme jusqu’à présent, il désigne pour l’aider ceux qui voulaient l’éloigner. Dans sa délitesse, le Bon Berger envoie vers Bartimée ses frères pour les associer à sa guérison en leur permettant de prendre la parole ; Jésus leur confie de dire son propre désir de la guérison de Bartimée. « Confiance, lève toi, il t’appelle ».

Alors Bartimée s’élance. Cette invitation de ses frères lui suffit, elle est le signal que reconnaît son cœur. Sa souffrance et sa solitude ont été ses éducatrices, il sait ce qu’il a à faire. Pour lui, nul besoin d’un « va, vends tout ce que tu as » : il jette de lui-même son manteau, c’est-à-dire tout ce qu’il a. Il renonce ainsi à ce qui faisait son identité. Il abandonne sa carapace, ses protections, ce qui l’abritait du froid de la nuit et du regard des hommes. Il se montre vulnérable et, lui qui est aveugle, il marche vers Jésus avec assurance.

Cet élan et cette confiance ne peuvent que toucher le Seigneur. Mais Jésus retarde un peu la guérison, car il veut que Bartimée recouvre pleinement sa dignité. Il lui demande donc d’exprimer lui-même ce qu’il souhaite, Jésus se fait serviteur de l’homme meurtri : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » ; « Seigneur, que je voie ! ». D’une voix assurée, on l’a vu, debout, sans assistant, sans protection, il ne s’appuie que sur la parole de Jésus. La Parole a dirigé sa marche, elle contient son espérance, elle opère à présent sa guérison.

L’homme, debout et parlant, est donc sauvé par la foi qu’il a mise en Jésus. « Va », sa dignité et sa liberté lui sont rendues. Mais Bartimée est tout à son action de grâce.

Que ces textes nous donnent de toujours garder fermement notre espérance en Dieu notre sauveur. Il est de tous nos exils. Il n’est aucune nuit trop sombre pour qu’il nous y suive. Il n’est aucune solitude qu’il ne puisse consoler de sa présence. Les chants de joie du peuple revenant à Jérusalem sont les nôtres, l’exultation de Bartimée est la nôtre. Bartimée se met à suivre Jésus. Choisissons donc comme lui d’employer notre liberté en fonction du Seigneur. Suivons-le, nous aussi, chaque jour de notre vie : nous retrouverons ainsi la maison de notre Père du Ciel, celle où règne le bonheur qui ne finit pas, celle où nous voulons nous établir pour toujours.

29e dimanche du Temps Ordinaire, Homélie

17 octobre, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,29e.dimanche.du.temps.ordinaire,2569.html

29e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 18 octobre 2009

Famille de saint Joseph Octobre 2009   
Homélie
 
 Messe  
 
 Je propose d’aborder les lectures de ce jour en lectio divina. Ce qui revient à dire : nous essayons de recevoir ces textes pour ce qu’ils sont vraiment : une Parole de Dieu pour nous aujourd’hui. Ne laissons donc pas trop vite notre intelligence se saisir de ces versets pour les éplucher, essayer de les comprendre rationnellement. Il s’agit plutôt de nous laisser enseigner par la sagesse divine, qui parle au cœur bien plus qu’à l’intelligence ; ou plutôt : essayons de les comprendre par l’intelligence du cœur plus que par le raisonnement.
La prophétie d’Isaïe nous propulse au cœur du paradoxe : un personnage nommé le « Serviteur » de Dieu, est broyé par la souffrance qui lui est imposée injustement. Or c’est précisément en cela qu’il plaît au Seigneur, car c’est ainsi qu’il accomplit la volonté de Dieu. La volonté divine ne porte pas sur la souffrance de son Serviteur, voulue en tant que telle, mais sur la justification de la multitude. Mais c’est précisément parce qu’il a consenti à se charger des péchés de cette multitude, en assumant librement les souffrances qui en résultent, que le Serviteur a fait de sa vie un sacrifice d’expiation et de réconciliation qui plaît à Dieu. C’est en allant jusqu’au bout de la solidarité avec les pécheurs, qu’il les justifie devant Dieu, pour la plus grande joie de celui-ci.
La lettre aux Hébreux nous éclaire sur l’identité de ce mystérieux personnage : celui qui a pleinement partagé notre faiblesse, qui a en toutes choses connus nos épreuves, qui a délibérément pris sur lui nos souffrances et notre mort, c’est le Christ Jésus notre Seigneur. Et comme « par l’offrande de son sang, il est devenu le pardon pour ceux qui croient en lui » (Rm 3), sa passion est le sacrifice qui nous sauve, qui nous réconcilie avec Dieu et nous rétablit devant sa face. Voilà pourquoi le Père l’a ressuscité, faisant de lui le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré pour toujours au-delà des cieux, et qui intercède en notre faveur auprès de Dieu. Voilà pourquoi nous pouvons « nous avancer avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours ».
Jusque là nous avons essayé d’accueillir ces deux lectures telles qu’elles nous sont données, en évitant de projeter sur elles nos a priori, nos réticences ; sans accabler l’hagiographe – et à travers lui : Dieu lui-même – de nos questions, de nos argumentations, de nos « oui mais », qui trahissent nos reproches, voire nos refus. Certes cette lecture bienveillante ne résout pas tous les problèmes, ne répond pas d’amblée à nos interrogations ; mais elle nous situe dans l’attitude juste : l’attitude filiale, qui consiste à ouvrir les oreilles de notre cœur et à recevoir avec reconnaissance une Parole dont nous croyons qu’elle est vraie, qu’elle est lumière sur notre route, qu’elle nous rend libres, qu’elle est un couffin plein de vie prêt à déverser son contenu dans le cœur qui l’accueille. C’est précisément en veillant sur cette Parole, en la « ruminant », en l’écoutant résonner au plus profond de nous, que nous lui permettront de nous révéler le mystère caché aux sages de ce monde, c’est-à-dire à notre raison naturelle. La Parole elle-même vient en effet répondre aux questions demeurées en suspens, pourvu que nous ayons la patience de la laisser éclairer notre intelligence de la lumière surnaturelle de l’Esprit, qui seul peut nous conduire dans la vérité toute entière.
Ce n’est de toute évidence pas l’attitude qu’ont adopté les fils de Zébédée, Jacques et Jean.
Jésus vient d’annoncer pour la troisième fois sa Passion prochaine, précisant même la nature des souffrances qu’il aura à endurer. Et pour la troisième fois, les apôtres refusent d’entendre : ils exorcisent leur peur en se réfugiant dans des rêveries de gloire terrestre. La demande des fils de Zébédée suscite l’indignation un peu forcée des dix autres apôtres, qui auraient bien voulu solliciter le même privilège.
Le refus du chemin de la croix et le désir d’une gloire terrestre vont de pair ; et cela pour nous comme pour les apôtres. N’aimerions-nous pas tous enjamber la Passion, et participer dès à présent à la gloire du Ressuscité, sans passer par l’humiliation de la Croix ? Mais ce désir n’est guère réaliste : la souffrance est là ; inutile de chercher à l’occulter : elle fait partie de notre vie ; elle s’impose à nous. Nous avons beau la fuir : elle nous rattrape toujours.
Or c’est précisément à cette situation révoltante car absurde, que le Seigneur a voulu porter remède. Oui absurde : car la souffrance n’a guère de sens sur l’horizon du dessein de Dieu qui dès les origines veut notre bonheur. Mais dès lors que nous lui avions tourné le dos par le péché, le Seigneur ne pouvait plus nous rejoindre qu’en consentant à venir partager les conditions de vie que nous avions nous-mêmes suscitées, afin de donner un sens à ce qui n’en a pas, une valeur infinie à ce qui sans lui nous anéantit. Le Verbe incarné triomphe de l’absurdité de notre condition en assumant dans son corps et dans son âme la souffrance de chaque homme et de tous les hommes. Désormais la souffrance n’est plus seulement l’absence criante du bonheur espéré ; elle est aussi et avant tout le lieu où Dieu me rejoint pour me dire son amour personnel et singulier, tant il est vrai que toute souffrance est unique.
« En toute vie, disait Jean-Paul II, est rendu présent le mystère de la Rédemption, réalisée par une participation réelle à la Croix du Sauveur, selon ce paradoxe chrétien qui lie le bonheur à la souffrance assumée dans un esprit de foi. »
Certes, nous le croyons ; mais comme il est difficile d’en vivre dans la grisaille du quotidien ! Car l’espérance de la victoire finale de l’amour et de la vie ne supprime pas la peur face à l’épreuve imminente. Comme Jacques et Jean, nous cherchons à imposer à Dieu nos vues, oubliant que l’unique ambition de celui qui se met à l’école de l’Evangile devrait être de se rendre toujours plus proche de Jésus par une vie conforme à la sienne, jusqu’à s’identifier à lui.
Ce qui ne peut se faire qu’en s’oubliant soi-même, dans le service désintéressé du prochain, « attendant notre vie du Seigneur et mettant tout notre espoir en son amour » (Ps 32). L’humilité ne consiste pas à n’avoir aucune ambition : Jésus ne reproche pas à ses disciples le désir légitime de vouloir « devenir grand » ni même de vouloir « être le premier ». Mais il leur montre une autre voie que celle que nous propose le monde : « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ; celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous ». Voilà la règle d’or, qui devrait susciter une sainte émulation au sein de l’Eglise. Telle devrait être l’attitude qui caractérise le chrétien partout où il vit. La mission universelle de l’Eglise commence et s’achève dans ce mot d’ordre de notre Maître : chacun de nous est appelé à devenir, à son image et à sa ressemblance, le frère universel, le serviteur de tous. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons enfin entrer dans la liberté des fils, à l’image du Fils unique, « qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ».

Père Joseph-Marie
 

« Mon Père, je Vous remercie de tout. » Matthieu 7, 21. 24-27

12 octobre, 2009

du site:

http://www.sdssm.org/homelies_20052006/ho_20051201.html

Jeudi 1er décembre 2005 – Frère Charles de Jésus

Homélie de Frère Antoine-Emmanuel, fmj

« Mon Père, je Vous remercie de tout. »  Matthieu 7, 21. 24-27

« Le grand besoin de notre temps
en ce qui concerne la vie spirituelle
est de mettre la contemplation sur les chemins »
écrivait Jacques Maritain dans le Paysan de la Garone.    (ch. 7)
Et il ajoutait que « Thérèse de l’Enfant Jésus
et Charles de Foucauld étaient à ses yeux
les préparateurs providentiels
de la diffusion plus large que jamais
de la vie d’union à Dieu
que le monde demande pour ne pas périr ».

Voilà résumée en quelques mots la mission inouïe que fut
– sans  qu’il en ait conscience –
celle de Charles de Jésus :
ouvrir un nouveau sillon de vie d’union à Dieu
en notre modernité trépidante et stressée.

Quelle fécondité que celle de la vie de frère Charles.
Et pourtant son itinéraire
n’a-t-il pas l’aspect d’une longue errance ?
« Seigneur, dit l’auteur du Livre de la Sagesse,
c’est peu à peu que tu reprends ceux qui tombent,
tu les avertis, leur rappelant ce en quoi ils pèchent
pour que s’étant débarrassés du mal,
ils croient en toi, Seigneur ».    (Sg 12, 1-2)
Voilà bien le résumé des premières années
de la vie de Charles, de sa première conversion.

Mais la suite de sa vie a aussi l’aspect extérieur
d’une errance d’une terre à l’autre,
d’une monastère à l’autre,
d’un ermitage à l’autre …

Oui, Dieu a choisi ce qui est faible pour confondre les forts.
Et il y a de la faiblesse en Charles,
la faiblesse d’une sorte d’instabilité,
d’un ascétisme excessif,
que la grâce a transformé
en une extraordinaire aventure spirituelle.

Le visage desséché de cet ermite
enfoui au fond du désert
est-il celui du sarment desséché
dont Jésus parle dans l’Évangile ?
Non, tout au contraire.
Charles est un sarment
étonnamment vivant de l’intérieur.
Et pourtant, dira-t-on, il n’a pas construit d’hôpital,
il n’a pas fondé de missions, de paroisses …
il n’a pas même eu un seul disciple …
« Tout ce qu’il fait donne l’impression constante
de quelque chose d’inachevé »
    (J.F. Six)
Charles est un sarment en continuel émondage !
Pour un fruit abondant,
un fruit qu’il ne verra pas,
un fruit que nous voyons, que nous sommes.
Étonnant dessein providentiel :
c’est pour nous que Charles a été émondé.
« Je me sens sans fruit,
je me sens sans bonnes œuvres.
Je me dis : je suis converti depuis onze ans, qu’ai-je fait ?
Quelles étaient les œuvres des saints
et quelles sont les miennes ?
Je me vois les mains vides de bien.
Vous daignez me consoler :
tu porteras du fruit en ton temps, me dites-vous …
Quel est ce temps ?
Notre temps à tous, c’est l’heure du jugement :
Vous me promettez
que si je persiste dans la bonne volonté et le combat,
si pauvre que je me voie,
j’aurai des fruits à cette dernière heure …
 
Et Vous ajoutez :
tu seras un bel arbre à feuilles éternellement vertes,
et toutes tes œuvres  auront une fin prospère,
toutes rapporteront leur fruit pour l’éternité. »

Mais ce solitaire vêtu d’une simple bure blanche
marquée du cœur de Jésus
ne semble-t-il pas loin de la vigne,
sinon hors de la vigne,
lui qui a emprunté un chemin tellement différent,
tellement autre ? …

Non ! Charles est pleinement dans la vigne.
Dans sa solitude, il n’est pas loin de l’Église …
il est l’Église.
Son cœur, sa vie est en Jésus.

Jésus,
« Jésus qui à Lui seul
transforme notre vie en ciel
et sans qui tout nous est enfer ».     (Lettre à sa sœur Marie, 7-8-1901)

Jésus,
« aimons-Le en paix,
en nous oubliant nous-mêmes
et nous perdant en Lui ».     (Lettre à une religieuse, 18-4-1905)

Jésus,
« C’est Lui qui nous consolera,
Lui qui nous a faits,
qui nous a sauvés et à quel prix !
Qui nous aime tant et qui nous entoure sans cesse,
Lui à qui nous pouvons toujours parler,
sûrs d’être écoutés par un être
qui nous aime passionnément »     (Lettre à Marie de Bondy, 11-07-1905)

Oui, Charles est un sarment
profondément ancré dans la vigne qui est Jésus.
Un sarment que la sève de l’Esprit Saint
a vivifié d’une manière inouïe.
Sa vie montre cette poussée intérieure de l’Esprit
qui approfondit sa vie de prière
la rendant toujours plus simple, plus dépouillée.
Si peu de discours et tant d’amour.
« Disons ce psaume, goutte à goutte, en esprit d’oraison »
note-t-il à Nazareth.
Et que dire de ces heures
passées devant le Saint Sacrement
dans sa maison de terre rouge de Tamanrasset :
« Il ne faut pas toujours avoir les yeux sur nous.
L’amour regarde ce qu’il aime.
L’amour regarde sans cesse le Bien-Aimé,
ne peut détacher les yeux de Lui
et Le contemple sans fin.
Puisque notre Bien-Aimé est bien heureux,
soyons heureux de son bonheur ».    (Lettre à L. Massignon, 17-04-1912)

La poussée intérieure de l’Esprit
dilate aussi son amour fraternel
qui devient amour universel :
« Mettre les âmes en confiance,
en amitié, en apprivoiser,
s’en faire si possible des amis
afin qu’après ce premier défrichement,
d’autres puissent faire plus de bien
à ces pauvre âmes. »     (Lettre à l’abbé Caron, 8-09-1906)

Ainsi, l’Esprit le rend semblable à Jésus !
et Jésus le conduit au Père :
En témoigne le commentaire qu’il écrit
aux ultimes paroles de Jésus en croix,
qui deviendra la prière des « petits frères » :

« Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains. »

C’est la dernière prière de notre bon Maître, de notre Bien-Aimé … Puisse-t-elle être la nôtre …
Et qu’elle soit non seulement celle de notre dernier instant,
mais celle de tous nos instants :
« Mon Père, je me remets entre vos mains ;
mon Père, je me confie à Vous ;
mon Père, je m’abandonne à vous,
mon Père, faites de moi ce qu’il Vous plaira ;
quoique vous fassiez de moi,
je Vous remercie :
merci de tout ;
je suis prêt à tout,
j’accepte tout ;
je Vous remercie de tout ;
Pourvu que Votre Volonté se fasse en moi, mon Dieu,
pourvu que Votre Volonté se fasse en toutes vos créatures,
en tous Vos enfants, en tous ceux que Votre Cœur aime,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu ;
je remets mon âme entre Vos mains ;
je Vous la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je Vous aime,
et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,
de me remettre en Vos mains sans mesure ;
je me remets entre vos mains avec une infinie confiance,
car Vous êtes mon Père. »

Amen !  

Homélie pour la 28e dimanche du Temps Ordinaire

10 octobre, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,28e.dimanche.du.temps.ordinaire,2566.html

28e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 11 octobre 2009

Famille de saint Joseph Octobre 2009 
 
 Homélie
 
 Au moment où Jésus s’apprête à se mettre en route, un jeune homme accourt et s’agenouille devant lui. L’accent est d’entrée mis sur la personne de Jésus : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »
Jésus renvoie alors son interlocuteur à la bonté de Dieu : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Personne n’est bon sinon Dieu seul. » Il lui fait ainsi prendre conscience de la profondeur de sa démarche. C’est bien le Dieu unique qu’il vient interroger, le Dieu de bonté qui en tant que tel est seul capable de déterminer ce qui est bon. Il l’a manifesté par le don de la Loi qui est comme l’explicitation de l’Alliance de bonté qu’il est venu sceller avec l’homme et qui, en tant que telle, nous révèle le plus sûr chemin pour entrer dans la vie éternelle. C’est la raison pour laquelle Jésus commence par renvoyer à elle dans sa réponse à ce jeune homme qui veut obtenir en héritage la vie éternelle.

Mais l’homme a tendu son oreille à la Loi de Dieu et en bon juif il l’a mise en pratique depuis sa jeunesse. Alors pourquoi cette inquiétude de sa part ? L’observance des commandements ne serait-elle pas suffisante ?
Jésus va le mettre sur la voie en répondant à sa demande par un regard d’amour. Non pas à cause de ce que ce jeune homme a fait, comme si ce regard venait simplement récompenser une obéissance scrupuleuse à des préceptes, mais parce qu’il reste disponible au-delà de son observance des commandements. Et la preuve de cet amour c’est l’exigence qu’il manifeste : il « manque » au jeune homme de renoncer à ses richesses et de suivre Jésus. Jésus tourne alors le regard vers ses disciples comme pour leur signifier que l’appel qu’il adresse à ce jeune homme leur est aussi destiné. Il les remet devant leur propre condition de disciples et leur montre qu’elle dépasse la fidélité à la Loi. Et si elle se manifeste ainsi, ce n’est que parce qu’elle est d’abord adhésion à une personne dont l’appel détermine le sens de toute une vie : « Viens et suis-moi ».

Jésus montre bien dans la réponse qu’il fait au jeune homme riche que pour entrer dans la vie éternelle, il ne s’agit pas d’ajouter quelque chose aux commandements mais de se déposséder : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. »
La pauvreté se révèle ici comme la condition pour adhérer pleinement à la personne du Christ. L’enjeu n’est pas de rechercher la pauvreté pour elle-même mais le Christ et lui permettre de devenir le centre de toute ma vie. Le but c’est le « suis-moi » autrement dit la sequela Christi et pour la vivre, Jésus m’invite à vider mon sac à dos.
Dans la continuité de cette marche à la suite du Christ, nous pourrions dire que choisir la pauvreté c’est prendre les moyens d’une communion toujours plus intime avec le Seigneur et en ce sens, c’est participer à la Sagesse divine qui comme nous le révèle l’Ancien Testament introduit dans l’intimité avec Dieu. L’intimité avec la Sagesse ne se distingue pas de l’intimité avec Dieu. C’est ce que nous enseigne le Nouveau Testament lorsqu’il identifie la Sagesse avec le Christ, Fils et Parole de Dieu. Le psaume de ce dimanche nous dit la joie de vivre en Dieu. Il nous révèle le secret de la joie du sage : »Apprends-nous la vraie mesure de nos jours pour que nos cœurs pénètrent la sagesse. Rassasie-nous de ton amour au matin pour que nous passions nos jours dans la joie et les chants. Révèle ton œuvre à tes serviteurs et ta beauté à leurs fils. » (Psaume 89)

Posséder la Sagesse, c’est donc appartenir totalement au Christ et vivre de la vie même de Dieu. Voilà pourquoi, comme nous le rappelle la 1ère lecture, elle est le bien le plus précieux que l’on puisse désirer, plus que la santé, plus que la beauté. Voilà pourquoi : « Tout l’or du monde auprès d’elle n’est que peu de sable, et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue. »

La Parole de Dieu, Sagesse divine, m’interpelle et m’exhorte à être uni au Christ dans la proximité de son amitié et de son amour. La pauvreté apparaît alors comme l’aliment en creux de l’amour. Saint Augustin l’exprime de façon tout à fait admirable : « L’aliment de la charité, c’est la disparition de nos convoitises ». Saint Bernard dit aussi que la richesse nous rend aveugle dans le combat spirituel de la charité et nous coupe des autres dans notre suffisance.

Il nous arrive peut-être parfois de dire qu’en matière de pauvreté, l’essentiel est de ne pas s’attacher aux biens de ce monde. C’est vrai mais il n’en demeure pas moins que « les biens de la terre sont plus aimés quand on les possède que quand on les désire » (Saint Augustin). Nous devons quand même prendre acte que Jésus, en jouant sur un contraste très fort, présente les richesses comme le premier obstacle pour entrer dans la vie éternelle : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». Le chameau est le plus gros animal de Palestine et le chat d’une aiguille, le plus petit passage que l’on puisse imaginer !

Avant de vérifier la relation que nous entretenons aux biens que nous possédons, nous avons sans aucun doute un travail préliminaire d’épuration à opérer. Ce n’est qu’après cela que nous pourrons entendre les recommandations de Jésus dans l’évangile à le laisser habiter nos relations aux biens et aux personnes. Le Concile Vatican II nous dit : « Tous les fidèles du Christ sont donc invités et obligés à poursuivre la sainteté et la perfection de leur état. Qu’ils veillent tous à régler comme il faut leurs affections pour que l’usage des choses du monde et un attachement aux richesses contraire à l’esprit de pauvreté évangélique ne les détournent pas de poursuivre la perfection de la charité ; c’est l’avertissement de l’Apôtre: ceux qui usent de ce monde, qu’ils ne s’y arrêtent pas, car la figure de ce monde passe (cf. 1Co 7,31 grec) » (Lumen Gentium 42).

A côté d’une pauvreté matérielle subie et négative, parce qu’elle priverait l’homme des biens qui lui seraient nécessaires, l’Evangile nous révèle une pauvreté matérielle positive, présentée comme un idéal à choisir, parce qu’elle libère, élève et rend disponible pour accueillir les réalités cachées du Royaume : « Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme vient trouver : il le recache, s’en va ravi de joie vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ » (Mt 13, 44-45).

« Seigneur, tu poses aujourd’hui sur chacun de nous un regard d’Amour qui nous appelle à nous attacher à toi et à mettre nos pas dans tes pas. Nous en percevons toute l’exigence et notre impuissance à marcher à ta suite nous saute aux yeux. Nous ne voulons pas que la tristesse qui découle de ce constat nous accable. Au contraire, nous voulons élever notre regard vers toi afin d’implorer le secours de ta grâce. Seigneur, que ta Parole de Sagesse, tel un glaive à double tranchant, vienne nous libérer de tout superflu et de tout attachement qui pourraient nous empêcher de partager l’intimité de ta vie éternelle. Nous le croyons : ‘Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu’. »

Frère Elie

26e dimanche du Temps Ordinaire: Homélie -Messe

26 septembre, 2009

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,26e.dimanche.du.temps.ordinaire,2552.html

26e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 27 septembre 2009

Famille de saint Joseph Septembre 2009 
 
Homélie -Messe 

Dimanche dernier, nous avons été témoins que les disciples, sur la route de Jérusalem, discutaient pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand. Cette semaine, nous entendons saint Jean s’indigner : « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom ». Manifestement, nous restons dans les mêmes préoccupations de préséance ; mais cette fois, la concurrence vient de l’extérieur. Il n’est pas sans saveur d’entendre que saint Jean prononce ces paroles sectaires. L’évangile s’occupe lui-même de ne pas nous laisser nous assoupir dans les imageries qu’il suscite. Saint Jean, l’apôtre le plus jeune, le disciple que Jésus aimait, est aussi appelé fils du tonnerre. S’il a accédé aux sommets de la mystique, c’est qu’elle n’est pas une mièvrerie édulcorée et qu’elle nécessite de rudes combats.

Jean, donc, lance un vif débat sur le thème de la domination. Quelqu’un pratique un exorcisme au nom de Jésus, « nous avons voulu l’en empêcher » car il ne répond pas aux critères nécessaires : « il n’est pas de ceux qui nous suivent ». Jean dit « qu’il nous suive » et non « qu’il te suive ». Pour lui, on ne peut réaliser des prodiges au nom du Christ que dans la mesure où l’on est explicitement chrétien. La situation n’est pas sans ironie, nous savons que les disciples n’ont pas réussi à chasser certains démons… Cela montre que l’appartenance au groupe n’est pas le seul critère de réussite et surtout que leur motivation est ailleurs. Mais leur réaction semble de bon sens : à quoi bon être chrétiens, c’est-à-dire peiner pour conformer sa vie à l’évangile, si n’importe qui peut accéder aux mêmes privilèges, « de l’extérieur » ? Pire : si d’autres font ce que Jésus fait, cela n’atténue-t-il pas son attrait ?

Jésus répond à Jean, avec la patience que nous lui connaissons et que nous avons vue à l’œuvre quand il répondait à la question « qui est le plus grand ? ». À ceux à qui il vient d’expliquer qu’il convient d’accueillir un enfant, le dernier de tous, comme s’il était le Christ, il demande à nouveau de n’exclure personne. Jésus ne fait aucune remontrance : il sait quels doutes nous avons sans cesse sur notre valeur et comment ces doutes nous poussent à nous comparer sans cesse aux autres. Il répond simplement : « ne l’empêchez pas ».

Cette défense n’est pas imposée aux disciples comme une parole autoritaire. Jésus fait appel à leur intelligence pour ouvrir à ses disciples de nouveaux horizons : « parce que celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous ». La logique est simple et naturelle : comment celui qui agit dans la force de l’Esprit Saint pourrait-il se retourner contre le Seigneur ? En outre, comment une telle action pourrait-elle être néfaste à qui que ce soit ? Le bien que Dieu fait par les hommes ne peut nuire à aucun homme. Il peut même être bénéfique à d’autres que ces premiers destinataires : « celui qui n’est pas contre nous est pour nous ».

Le premier bénéfice est sans doute la stimulation. Si quelqu’un, en dehors du groupe des chrétiens, réalise de tels prodiges, n’importe lequel des chrétiens peut certainement y prétendre également. Et si quelqu’un vit des vertus évangéliques sans être disciple du Christ, quel exemple et quelle stimulation donne-t-il aux disciples ! Pour peu que nous nous laissions mettre en question…

Le bénéfice est grand également pour la compréhension que l’on peut avoir de soi-même. Les œuvres ne sont pas seulement conformes à l’évangile, elles sont aussi conformes à l’identité et à la mission de leur auteur. Nous avons tous une manière de mettre l’évangile en actes qui correspond à nos talents et à notre place dans le Royaume. Ainsi, aucun homme n’est interchangeable avec un autre. Des missions peuvent être abandonnées ou transmises, déposées ou reprises, mais ce que chacun peut faire – ou aurait pu faire – est autant unique que nous. Dans les œuvres de charité, la concurrence ne peut exister.

Enfin, cette occasion de changer notre regard sur la pratique des préceptes évangéliques devient pour nous l’occasion de vivre autrement la pratique. Il est facile de ne garder en tête qu’une liste de « devoirs » chrétiens : rendre service aux autres, donner sans rien attendre en retour, habiller celui qui est nu, donner à boire à celui qui a soif, etc. En un mot : expérimenter qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. Mais Jésus inverse à présent le mouvement : « celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense ». Notre qualité de chrétien nous prédispose également à recevoir sans espérer rendre en retour, pour le bonheur de celui qui prend soin du Christ en nous. Voilà une occasion de beaucoup grandir en humilité, une occasion aussi de manifester de la gratitude envers celui qui agit avec justice. Cela est aussi important qu’agir avec justice. Cette situation nous rappelle que nous dépendons en toute chose de la grâce de Dieu. Ce faisant, notre prochain chasse de nos cœurs les démons de la suffisance et de la domination.

Seigneur Jésus, aide-nous à discerner toutes les occasions de vivre l’évangile, celles où tu attends de nous que nous donnions sans compter comme celles où nous apprenons à recevoir notre nécessaire avec humilité et gratitude, pour notre croissance et celle de nos frères. Donne-nous surtout de comprendre combien est précieuse l’entrée dans le Royaume, au point qu’il faut être prêt à renoncer à tout ce qui pourrait nous en éloigner, y compris nos propres membres. Car le bonheur auquel tu nous invites dépasse tout ce que nous connaissons et tout ce que nous pourrions imaginer. Il est celui de ceux qui se livrent à toi sans rien retenir pour eux-mêmes.
Frère Dominique 

25e dimanche du Temps Ordinaire, Homélie

19 septembre, 2009

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http://www.homelies.fr/homelie,25e.dimanche.du.temps.ordinaire,2545.html

25e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 20 septembre 2009

Famille de saint Joseph Septembre 2009   
Homélie – Messe 

 Jésus s’ouvre à ses disciples de ce qui l’attend à Jérusalem. Plus exactement il les « instruit » en particulier, alors qu’il ne souffle mot aux foules du drame qui se prépare. Le Seigneur était donc en droit d’attendre un surcroît d’attention de la part de ses proches, qu’il cherche à introduire progressivement dans le Mystère de sa mission rédemptrice. Mais en vain : les propos de leur Maître les effrayent ; ils préfèrent ne pas chercher à comprendre, et plutôt que de l’interroger, ils s’écartent en silence, le laissant poursuivre sa route seul. La perspective de l’abaissement de celui en qui ils ont fondé tous leurs espoirs, leur est tout simplement intolérable ; aussi n’est-ce pas un hasard si leur conversation va prendre le contrepied de la révélation qu’il vient de leur faire. Comme pour se rassurer, ils se laissent aller à imaginer ce qui adviendrait après que Jésus ait pris le pouvoir à Jérusalem. En quelque sorte, ils se distribuent déjà les portefeuilles ministériels au sein du futur gouvernement que leur Maître est supposé instaurer très bientôt…
Arrivé à l’étape de Capharnaüm, Jésus les invite délicatement à réfléchir sur leur attitude. Certes le Seigneur savait de quoi ses compagnons avaient « discuté en chemin » ; mais en les interrogeant, il leur permet de prendre conscience de leur duplicité : peut-il encore prétendre être disciple et participer à la gloire de son Maître, celui qui refuse d’entendre sa parole ? C’est bien pourquoi « ils se taisaient », car celui qui se rend sourd à la parole de Dieu, est incapable de parler en vérité. Joignant alors le geste à la parole, Notre-Seigneur s’assied. Certes la position assise correspond avant tout à l’attitude de l’enseignant ; mais elle permet aussi à Jésus de s’abaisser devant ceux qui discutaient entre eux « pour savoir qui était le plus grand ».
L’évangéliste précise que Notre-Seigneur « appelle les Douze » : l’expression surprend puisque le groupe est rassemblé au complet dans la maison, autour du Maître. Mais le caractère solennel de l’événement veut sans aucun doute souligner qu’il s’agit d’un nouvel appel ; que les disciples ont à se déterminer devant une nouvelle exigence qu’ils ont esquivée jusque-là. « Certes – leur dit en substance Jésus – il est tout à fait légitime de briguer la première place, mais sachez que dans le Royaume de mon Père, celle-ci est réservée à celui qui se fait “le serviteur de tous”, c’est-à-dire le “dernier de tous” selon les critères de ce monde ».
Devant le silence persistant et de plus en plus inquiet des disciples qui ont décidément du mal à entrer dans cette logique déconcertante, Jésus explicite son enseignement par une parabole vivante, dans la personne d’un enfant qu’il place au milieu des siens. Précisons que le terme grec (et latin) que nous traduisons par « enfant », désigne également un jeune esclave. Ce n’est donc pas l’innocence de l’enfant que Notre-Seigneur propose comme modèle, mais la précarité de sa position sociale – l’enfant tout comme l’esclave ne jouissaient d’aucun droit dans la société juive de l’époque. Non seulement Jésus met au milieu du cercle des disciples – c’est-à-dire de l’Eglise – celui qui n’a d’autre droit que celui de servir, mais il pousse le paradoxe jusqu’à s’identifier à lui et invite même ses proches à découvrir dans cet enfant, le visage du Père.
Bouleversante révélation de l’humilité inouïe de Dieu qui devrait chambouler totalement et de fond en comble notre échelle de valeurs. Du coup les paroles de saint Jacques entendues dans la seconde lecture – que nous nous étions efforcés d’oublier rapidement en raison de leur caractère direct – nous reviennent en mémoire : « D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement tous ces instincts qui mènent leur combat en vous-même ? » La source de la violence n’est-elle pas en effet dans notre volonté de puissance, soutenue par un irascible impétueux que rien n’arrête ? Comment dans ces conditions pourrions-nous trouver la paix ? La jalousie nous fait soupçonner le juste d’hypocrisie ; nous l’attirons dans un piège car il nous contrarie, et sa douceur s’oppose à notre conduite (cf. 1ère lect.). Nous sommes même à ce point aveuglés par nos passions que nous n’hésitons pas à justifier nos comportements pervers.
Que nous sommes loin de « la sagesse qui vient de Dieu », elle qui « est d’abord droiture, et par suite paix, tolérance, compréhension ; pleine de miséricorde et féconde en bienfaits, sans partialité et sans hypocrisie » (2ème lect.) ! Plût au ciel que les Paroles de la liturgie de ce jour brisent notre cœur de pierre et nous conduisent à une sincère conversion. Il nous faut choisir entre « la voie large de l’affirmation de soi et des rêves de grandeur mondaine qui conduit à la perdition » ; et « la voie resserrée du renoncement et de l’humble service qui conduit à la vie » (Mt 7, 13-14). Notre-Seigneur nous a avertis : « Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le Royaume des cieux » (Mt 18, 3). La « mort à soi » dont parlent les traités d’ascétique chrétienne signifie précisément le renoncement à cette volonté de puissance, qui est une des pulsions les plus fortes du psychisme humain. Sans doute ne nourrissons-nous pas tous des ambitions démesurées au niveau matériel ou professionnel ; mais la volonté de puissance se manifeste en général de manière bien plus subtile dans nos relations humaines ; par exemple dans les sentiments inavouables que nous nourrissons dans le secret, depuis l’indifférence jusqu’au mépris, en passant par le dédain, l’ironie, le dénigrement, l’esprit de critique et les mille manières de rabaisser notre prochain pour nous élever à ses dépends.
Inutile de nous faire illusion : si nous voulons ressusciter avec Jésus, il nous faut accepter de passer avec lui par la mort, en engageant une guerre impitoyable contre la part obscure de nous-mêmes qui s’oppose à Dieu, dont elle brigue la place.

« Seigneur tu nous as enseigné par toute ta vie et ta mort, que nous ne monterons l’échelle de la sainteté, qu’en descendant celle de l’humilité ; d’une humilité concrète, qui se penche avec respect sur les plus démunis parmi nos frères pour les servir avec amour, reconnaissant en eux le sacrement de ta présence au milieu de nous. Eclaire-nous sur nos compromissions avec l’esprit du monde : que nous renoncions à toutes formes de vaine gloire, pour ne chercher d’autre honneur et d’autre richesse que de te servir dans les plus pauvres de nos frères. »

Père Joseph-Marie

Homélie pour dimanche 13 septembre 2009 – XXIV DU TEMPS ORDINAIRE

12 septembre, 2009

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http://www.homelies.fr/homelie,24e.dimanche.du.temps.ordinaire,2537.html

24e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 13 septembre 2009

Famille de saint Joseph Septembre 2009   
Homélie Messe

 Dans la première lecture de ce dimanche, extraite du troisième chant du Serviteur du livre d’Isaïe, nous pouvons lire trois traits de l’homme selon le dessein de Dieu. L’homme y est défini comme un être qui écoute, un être qui souffre, un être qui expérimente la présence et l’assistance de Dieu. Un être qui écoute : « Le Seigneur m’a ouvert l’oreille et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé » ; un être qui souffre : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui m’arrachaient a barbe » ; un être qui découvre que Dieu est à ses côtés et qu’il l’assiste : « Le Seigneur Dieu vient à mon secours… Voici le Seigneur qui vient prendre ma défense : qui donc me condamnera ? »

Par la qualité de l’écoute, l’homme se découvre disciple du Seigneur. Une écoute de Dieu qui est appelée à s’incarner, à se concrétiser. Une écoute qui conduit à mettre en pratique ce que, dans la foi, l’homme entend prononcé par la Parole divine, Parole qui le précède et qui veut ordonner sa vie à l’amour : « Celui qui n’agit pas, sa foi est bel et bien morte, et on peut lui dire : ‘Tu prétends avoir la foi, moi, je la mets en pratique. Montre-moi donc ta foi qui n’agit pas ; moi, c’est par mes actes que je te montrerai ma foi’ » (cf. 2ème lecture). Nous avons ici une très belle définition de l’obéissance filiale du disciple dans laquelle l’homme est appelé à entrer. Le véritable disciple écoute la Parole de Dieu non pas de l’extérieur, il lui obéit non pas comme à une impératif extérieur à lui mais de l’intérieur, jusqu’à en être touché et transformé au point de donner naissance au désir d’adhérer au dessein de Dieu qu’elque cette Parole annonce.
L’homme : un être qui souffre… L’homme n’est pas un être jeté vers la mort, comme le disait Heidegger, mais il est destiné à la vie. Notre Dieu qui nous a créé pour lui n’est pas le Dieu des morts mais des vivants. Cependant, depuis le péché des origines, le pèlerinage de l’homme ici-bas dans l’attente de vivre de la vie même de Dieu est marqué par la souffrance. Au cours de sa vie terrestre, l’homme marche d’une façon ou de l’autre sur le chemin de la souffrance, souffrance qui est pour chacun l’enclume sur laquelle se forge son humanité, le moule dans lequel se configure sa personnalité, la frontière, le cas limite qui révèle sa temporalité, le chiffre mystérieux de sa condition humaine.
Cependant, Dieu n’abandonne pas l’homme dans sa condition de souffrance. Dieu assiste l’homme qui traverse l’épreuve qu’elle soit physique, psychique ou spirituelle. Cette présence providentielle de Dieu à ses côtés est la pierre de fondation de toutes les grandes certitudes de l’homme, le phare qui l’oriente dans l’obscurité, l’étendard qui l’enflamme chaque jour dans le combat qu’il a à mener pour devenir toujours plus homme.

En Jésus, nous pouvons contempler l’homme parfaitement achevé. Au sujet de la souffrance qui caractérise la condition humaine après le péché, il est intéressant de remarquer que dans l’évangile de ce jour, Jésus est présenté non seulement comme « le Messie », l’Oint de Dieu, mais aussi comme l’homme des douleurs, le serviteur obéissant jusqu’à la mort, celui qui perd sa vie pour sauver celle de tous les hommes. En effet, en ce moment crucial où il vient expressément d’obtenir de ses disciples la première profession de foi en sa messianité, Jésus fait la première annonce de sa Passion : « Pour la première fois, il leur enseigna qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. » Au rôle glorieux du Messie, il joint le rôle douloureux du Serviteur Souffrant du livre d’Isaïe. Il prépare ainsi le cœur de ses disciples à l’épreuve et à la crise prochaine de sa mort et de sa résurrection.
Ainsi, en Jésus, s’unissent l’Oint et le Serviteur souffrant, non pas comme deux titres juxtaposés mais comme deux noms d’une même personne, qui le définissent et le caractérisent. En assumant la souffrance jusqu’au bout, jusque dans ce qu’elle a de plus injuste et de plus violent, Jésus ne pouvait mieux manifester qu’il était pleinement homme. Mais parce qu’il était aussi le Messie, et donc pleinement Dieu, il a pu la sauver de son absurdité en lui donnant un sens de rédemption qui ouvrait à l’existence humaine la possibilité réelle de cette paix et de ce bonheur auxquels l’homme aspire jusqu’au cœur des épreuves les plus douloureuses.

Ainsi, en Jésus, le Fils qui est l’écoute parfaite de la Parole de Père jusqu’à en être le parfait écho s’est fait proche de l’homme dans sa souffrance pour l’en sauver, manifestant que Dieu ne saurait abandonner ses enfants aux conséquences du péché. C’est à la suite du Christ, que nous sommes invités, comme chrétiens membres du Corps du Christ qui est l’Eglise, à rendre le Christ présent auprès de ceux qui sont isolés dans la souffrance pour les ouvrir à l’espérance du salut.
Cela implique d’avoir accepté ce Messie souffrant, ce Dieu qui se donne d’une façon aussi paradoxale. Alors, à la suite du Christ, nous pourrons nous donner, nous livrer dans un amour purifié au travers du creuset de nos propres souffrances et manifester que la mort et la souffrance ne saurait avoir le dernier mot, que celui-ci revient à l’amour de Dieu, don de Dieu pour tout homme, don de la vie éternelle : « le troisième jour, le Fils de l’Homme ressuscitera » (cf. Evangile).
Frère Elie

23e dimanche du Temps Ordinaire – Homélie Messe

5 septembre, 2009

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23e dimanche du Temps Ordinaire

dimanche 6 septembre 2009

Famille de saint Joseph Septembre 2009
  
Homélie Messe  

La liturgie de ce jour s’ouvre sur un cri d’espérance : « Dieu lui-même vient nous sauver ! » Et le Seigneur ne fait pas les choses à moitié : « les yeux des aveugles et les oreilles des sourds s’ouvriront, le bouteux bondira, la bouche du muet criera de joie » : l’humanité est restaurée dans son intégralité. La vie peut à nouveau jaillir à profusion : elle va irriguer les déserts de nos existences mortelles et couler comme un torrent, abreuvant nos terres assoiffées : « le pays torride se changera en lac ; la terre de la soif, en eaux jaillissantes » (1ère lect.).
Comment cela va-t-il se réaliser ? Les actions symboliques posées par Jésus dans l’Evangile nous en donnent un pressentiment.
« On amène à Jésus un sourd-muet » : un homme qui ne peut ni entendre, ni prononcer une parole, et qui dès lors est exclu des relations spécifiquement humaines. Un homme humilié par son handicap, perdu dans la foule, enfermé dans sa solitude ; image de l’humanité blessée par le péché, incapable d’entendre la voix de son Dieu et d’y répondre.
Notre-Seigneur « l’emmène à l’écart », loin de la foule, trop avide de merveilleux et de sensationnel. Il l’invite à un tête à tête, afin de le restaurer dans sa capacité relationnelle et le réintégrer dans la vie religieuse et sociale.
Les proches du sourd-muet ne demandaient à Jésus que de lui imposer les mains ; Notre-Seigneur prend l’initiative de poser des gestes qui manifestent concrètement sa solidarité avec cet homme souffrant. Il prend avec délicatesse entre ses mains, la tête de cet homme qui s’abandonne à lui avec confiance. Le geste rappelle celui du potier qui étreint suffisamment l’argile pour lui imprimer la forme voulue, sans toutefois l’écraser. Notre-Seigneur enfonce doucement ses doigts dans les oreilles du malade, afin qu’il puisse à nouveau entendre la Parole créatrice par laquelle le Père imprime en lui l’image de son Fils.
Cette interprétation en termes d’une nouvelle création est confirmée par l’autre geste posé par Jésus : « prenant de la salive, il lui toucha la langue ». Pour pouvoir façonner l’argile, il faut qu’elle soit humide ; la salive représente le souffle condensé, c’est-à-dire l’Esprit. C’est par l’action conjointe du Fils et de l’Esprit que le Père nous rétablit dans notre dignité filiale et nous attire à lui.
En « levant les yeux vers le ciel », Jésus révèle à la fois l’origine de la puissance qu’il met en œuvre et le terme ultime de la guérison qu’il offre à notre humanité : il est venu d’auprès du Père, pour nous ouvrir le chemin qui reconduit à lui.
La guérison ne découle pas des gestes posés ni d’une formule rituelle que Notre-Seigneur aurait prononcée, mais de la seule autorité et puissance de sa Parole : « Effata ! Ouvre-toi ». Quant au profond soupir que laisse échapper Notre-Seigneur, il trahit la conscience du Fils de l’Homme de ce qu’il va lui en coûter de nous sauver. Jésus va « délier les enchaînés » (Ps 145) en prenant sur lui leur chaînes ; « redresser les accablés » en prenant leur joug sur ses épaules ; il va « ouvrir les yeux des aveugles » en fermant les siens sur la Croix.
La guérison du sourd-muet qui annonce notre rédemption, est un miracle peu spectaculaire, comme le sera la Pâque du Seigneur : elle aussi aura lieu à l’abri des regards indiscrets. Le Ressuscité ne sera visible qu’aux yeux de la foi de ceux qui auront entendu l’injonction de Notre-Seigneur : « Ouvre-toi ! » ; non pas à l’esprit du monde pour proclamer les prodiges que Jésus a accompli (comme le fait l’entourage du sourd-muet, malgré la recommandation du Seigneur), mais ouvre-toi à « l’Esprit qui vient de Dieu », afin de pouvoir « proclamer la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, prévue par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire » (1 Co 2, 7) ».
Tous les miracles que Jésus a accomplis n’ont en effet d’autre but que de nous aider à interpréter correctement l’événement pascal, qui passe par le scandale de la Croix. Or « le langage de la Croix est folie pour ceux vont à leur perte ; mais pour ceux qui vont vers leur salut – pour les croyants – il est puissance de Dieu » (1 Co 1, 18).
La rédemption est avant tout un mystère de solidarité et de compassion : c’est en assumant notre faiblesse jusqu’au bout, que le Seigneur nous communique sa force. Telle est encore la stratégie qu’il déploie de nos jours dans son Eglise, et qu’il déploiera jusqu’à son retour glorieux : « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu » (1 Co 1, 27).
C’est bien ce que nous rappelle saint Jacques dans la seconde lecture : « Dieu n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde ? Il les a faits riches de la foi, il les a faits héritier du Royaume qu’il a promis à ceux qui l’auront aimé ».
Ce n’est donc pas notre faiblesse qui doit nous inquiéter : si nous la livrons à notre Rédempteur, elle ne nous éloigne plus de lui, mais devient tout au contraire le lieu de la révélation de son amour personnel pour chacun d’entre nous, et le lieu où il déploie de manière privilégiée sa force : « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Co 12, 9).
Accueillir ce regard de miséricorde du Seigneur sur notre vie, implique de changer également notre regard sur celle des autres, et de cesse de les « juger selon des valeurs fausses » (2nd lect.). En ce début d’année, la liturgie nous invite à faire un examen de conscience sur la manière dont nous nous apprêtons à assumer nos relations familiales, professionnelles et sociales :
- Croyons-nous que Jésus nous aime d’un amour de tendre compassion non pas « malgré », mais « en raison » de nos faiblesses ?
- Oserons-nous porter ce même regard à ceux que nous côtoyons quotidiennement ?
Ce n’est qu’ainsi que nous serons les artisans d’une société qui soit non seulement plus solidaire, mais aussi plus fraternelle, conformément à l’appel lancé par le pape Benoît XVI dans sa récente Lettre encyclique Caritas in veritate.

« Et il lui dit : « Ouvre-toi ! » » : ne restons pas frileusement hors de portée de la grâce : « ceux qui l’auront aimé, Dieu les a faits héritiers du Royaume » !

Père Joseph-Marie

Homélie pour aujourd’hui: « Un jour de sabbat »

5 septembre, 2009

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samedi 5 septembre 2009

Famille de saint Joseph Septembre 2009 

Homélie

Messe 

« Un jour de sabbat, Jésus traversait des champs de blé ». Ce verset ouvre un monde. Le monde juif, dont nous savons combien il est attaché à la pratique du sabbat. Nous avons en général bien en tête qu’Israël se perçoit comme le peuple élu. Mais il est aussi un temps qui est élu, un temps dont Israël a accepté la souveraineté : le sabbat. « Un sabbat pour le Seigneur » (Lv 23, 3), le jour où l’homme imite Dieu qui cesse son travail pour céder le pas à l’homme, le jour qui anticipe la rencontre décisive avec Dieu. C’est pourquoi Jésus dit que le Fils de l’homme en est le maître.
Si ce jour il est prescrit de ne pas manger de grain (Lv 23, 14), il est aussi prescrit que ce jour est pour Dieu et pour les autres, les hommes, le prochain (Dt 5, 14). La Loi est une loi de liberté, elle n’est pas là pour asservir l’homme. C’est aussi pour cela que Jésus dit que le Fils de l’homme est le maître du sabbat.
Ainsi Jésus, le maître du sabbat traverse-t-il un champ de blé, c’est-à-dire le monde entier, qui porte en abondance les fruits de l’Église. Par l’exemple de David, Jésus nous enseigne que la nourriture jadis réservée aux prêtres peut désormais être mangée par tous, c’est-à-dire qu’il attend de chacun de nous de faire fructifier notre sacerdoce baptismal ; il attend de nous de nous offrir, chaque jour, en hosties vivantes et saintes, agréables à Dieu notre Père (1P 2, 5).

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