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HOMÉLIE DU 3E DIMANCHE DE L’AVENT, A

9 décembre, 2016

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HOMÉLIE DU 3E DIMANCHE DE L’AVENT, A

Is 35, 1-6a. 10 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11

Tout d’abord, une petite question, mais dont la réponse ne sera pas récompensée par des cadeaux, comme à la télévision. Dans l’évangile, combien y a-t-il de béatitudes ? On peut répondre très justement : une litanie de neuf chez Matthieu, une litanie de quatre chez Luc. Chacune à leur manière et pour des publics différents, elles présentent la quintessence de l’enseignement de Jésus… Il y en a d’autres, dispersées dans le texte. Par exemple : « Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent », ou « Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu ».
Cependant, la plus troublante, sinon la plus choquante, est celle que nous avons entendue aujourd’hui : « Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ». Autrement dit, « Heureux celui qui ne sera pas heurté jusqu’à en trébucher par le caractère ambigu et déconcertant de la personne du Christ, de son œuvre, et du monde nouveau qu’il est venu inaugurer ».
Ce qui veut dire que l’on peut croire en Dieu et même en Jésus Christ, être un homme ou une femme de bonne volonté et de devoir, être pratiquant et nourrir sa vie de prière, être religieux ou religieuse, et se faire une idée du Christ, de son message et de son Royaume, qui ne correspond pas à la réalité de l’Evangile.
Il n’est d’ailleurs pas inutile de rappeler que ceux qui se sont opposés à Jésus, qui l’ont considéré comme blasphémateur, suppôt de Satan, fossoyeur de la Loi et des traditions, étaient des croyants. Et ces croyants l’ont fait mettre à mort.
Cela ne doit pas trop nous étonner. Jean Baptiste lui-même a été, comme beaucoup d’autres et comme nous pouvons l’être, complètement désorienté par Jésus, dont il avait annoncé la venue comme Messie. Il l’avait imaginé tel un homme énergique et puissant, maniant la cognée, utilisant les grands moyens pour opérer un vaste nettoyage, tout purifier par le feu et remettre de l’ordre. L’arrivée du Messie libérateur devait être un « jour de colère et de ruine pour les persécuteurs d’Israël ». Et voilà que, tout au contraire, il enseigne paisiblement, fréquente des pécheurs, guérit des malades, prêche des béatitudes, critique l’élite religieuse, ses pratiques, sa façon d’observer la Loi et sa manière de prier.
Le géant de l’ascèse est envahi par le doute et l’inquiétude, à tel point qu’il envoie ses propres disciples interroger son cousin : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Une question qui en dit long sur l’état d’esprit de Jean Baptiste.
Et Jésus ne va pas le rassurer, mais bien l’inviter à corriger sa vision du Messie et de son Royaume. Il va acculer le grand prédicateur de la conversion à se mettre lui-même en question et à se laisser convertir, parce que le Royaume de Dieu était déjà là, bien visible et portant du fruit, et il ne les avait pas reconnus. Remarquez que Jésus ne répond pas par des doctrines, ni des principes, mais par des faits très concrets, qui ne sont rien d’autre que les signes annoncés par les prophètes, notamment par Isaïe et par les psaumes.
« Le Seigneur Dieu, chantait déjà le psaume 145, c’est l’espoir des malheureux. Et il précise : « Il fait droit aux opprimés, donne du pain aux affamés, relâche les captifs, rend la vue aux aveugles, redresse ceux qui sont courbés. Il aime les justes, protège les étrangers, soutient l’orphelin et la veuve ».
Ce sont ces preuves-là que Jésus apporte : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez ». Et ce que l’on voit, c’est l’amour à l’œuvre, le combat pour la justice et la paix, la délivrance de tous ceux et celles qui sont écrasés, blessés, meurtris, rejetés.
Jésus renvoie Jean à la Parole de Dieu dans les Ecritures, pour qu’il ouvre ses yeux et ses oreilles et qu’il se fasse une autre idée du Christ et de son Royaume.
Manifestement, Jean s’est remis en question, mais pas tous ses disciples. Il en est qui n’ont pas voulu rallier Jésus et sont restés fidèles au Jean Baptiste d’avant sa conversion. Ce sont les Johannites.
Nous pouvons, nous aussi, être des Johannites sans le savoir, nous tromper de Christ et nous tromper sur les signes et les preuves de la présence ou de la croissance du Royaume de Dieu. Pour beaucoup de chrétiens, les signes de la bonne santé du Royaume sont peut-être des églises remplies, des séminaires trop petits, un renouveau de la prière et des statistiques réconfortantes. Beaucoup reconnaissent le Christ à la fraction du pain et l’adorent dans le Saint Sacrement.
Tout cela est bon et nécessaire, mais largement insuffisant. Ce ne sont pas encore des signes du Royaume de Dieu. Cela peut même constituer un mirage, un alibi ou une vaine sécurité et une illusion, si l’on voit d’un mauvais œil un Christ anonyme, solidaire des pauvres et des affamés, des exclus et des opprimés. Ou encore, si on reste aveugle aux signes de croissance du Royaume de Dieu, qui se manifestent un peu partout, grâce aux artisans de justice et de paix, aux promoteurs de la non-violence, du pardon et de la réconciliation. Un Christ, présent et à l’œuvre dans toutes les solidarités, dans le sang versé par tant d’hommes et de femmes, parce qu’ils réclamaient respect et justice pour les exploités, et manifestaient un amour préférentiel pour les plus nécessiteux. « L’amour des autres apparaît », témoignait une vedette lors d’une émission de solidarité à la télévision. C’est là un signe indiscutable du Royaume de Dieu.
Vous avez entendu les paroles du Christ, celles d’Isaïe et du psaume, qui expriment cette vision du Royaume. Jean Paul II avait repris le même message pour les hommes et les femmes de notre temps. C’était le 13 mai 1981, le jour où il fut victime d’une tentative d’assassinat. A l’heure même où il se préparait à faire un discours sur la place Saint-Pierre : « Par vocation, l’Eglise est la mère des opprimés et des laissés-pour-compte, la mère des faibles, ce qui justifie son intervention dans les questions sociales, qui sont l’engagement pour la justice. Ce type d’intervention, ajoutait Jean Paul II, fait partie de son rôle prophétique et a des liens directs (et non pas indirects) avec sa fin religieuse et surnaturelle ».

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE L’AVENT, A

2 décembre, 2016

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HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE L’AVENT, A

Is 11, 1-10 ; Rm 15, 4-9 ; Mt 3, 1-12

C’est entendu et bien décidé : nous fêterons Noël. Dinde et bûche, réunion de famille, messe de minuit ou du jour, si pas les deux. Il y aura des bougies et des chants : c’est normal. Un anniversaire, cela se fête, dans la joie, et si possible même dans l’abondance partagée. Noël est d’ailleurs un anniversaire exceptionnel, puisqu’il s’agit de la naissance de Jésus, prophète, se révélant homme et Dieu. Un Christ qui a bouleversé et conditionné le cours de l’histoire et de la nôtre.
Et cependant, cette fête, c’est un peu court, tronqué, à la limite même un peu hypocrite sur les bord. L’amour ne peut se contenter d’un dîner aux chandelles, même accompagné de champagne, de fleurs et de musique douce. Le Jésus, décédé il y a 2000 ans, applaudi à Noël, un feu d’artifice annuel.
L’anniversaire autour du sapin et de l’autel n’est pas seulement un pieux souvenir. Jésus est encore à venir et, en même temps, il est présent. Il est venu, il viendra, et il vient. S’il faut préparer la fête anniversaire, il faut aussi préparer sa venue à plus long terme, car il viendra dans sa gloire, comme frère et comme juge.
A court terme aussi, car il va et il vient au milieu de nous comme un inconnu. Nous le croisons, nous le rencontrons souvent en détournant la tête, parce que nous voyons mal, parce que nous avons peur.
Il nous faut toujours préparer sa venue, et comme Jean-Baptiste nous le précise : Convertissez-vous, rendez droits ses sentiers… Nous voici aujourd’hui comme sur les bords du Jourdain pour entendre le prophète parler de celui que nous attendons.
Or, que voyons-nous ? Les croyants les plus pieux, les plus stricts et les plus fidèles, les piliers d’Eglise, dirions-nous, les engagés, les responsables, les initiés, qui se font invectiver… Et pourtant, on les voit au Temple tous les huit jours et même durant la semaine. Ils se dépensent pour tout et partout, font jeûne le vendredi et même le mardi par dévotion et sécurité. Ils ne sont pas seulement des modèles de l’observance des préceptes et des rites, mais ils sont la Loi en chair et en os. Or, voici que ce prédicateur, qui sort d’on ne sait où, les traite de vipères. Des méchantes langues, des êtres dangereux et malfaisants.
Et pourquoi ? je vous le demande. Certainement pas parce qu’ils prient admirablement, ni parce qu’ils jeûnent courageusement et qu’ils obéissent à tous les règlements… Mais alors ? C’est qu’ils se croient arrivés et sauvés par leur piété et leurs bonnes œuvres. Des gens trop sûrs d’eux-mêmes. Tellement sûrs qu’ils en sont devenus hautains et méprisants. Ils sont venus, en définitive, pour recevoir confirmation de leur bonne conduite. Première erreur.
La seconde, c’est qu’ils ne portent pas de fruits. Ils sont stériles. Des masques de vivants cachant des visages morts. Effrayant et révoltant. Qui d’entre nous ne se sent pas visé ?
C’est d’ailleurs à nous tous que ce discours s’adresse, non comme une injure de jalousie, de vengeance ou de menace, mais comme un avertissement d’amour, un appel à retrouver la tendresse primitive, la conviction des premiers jours, la foi qui transporte les montagnes. C’est une gifle, soit, mais pour nous réveiller et nous apprendre à mieux vivre.
La Parole de Dieu est toujours tranchante, une épée qui nous pousse dans les reins, en avant. Elle n’est pas un ronron monotone du déjà entendu, que l’on peut écouter en baillant ou en regardant sa montre. Le rendez-vous donné n’est pas d’abord une cérémonie plus ou moins réussie, plus ou moins intéressante, où l’on passe par obligation. Et que l’on peut oublier dès que l’on sort.
Elle est ce rendez-vous avec le prophète qui nous invite, non pas une fois, mais mille fois, à faire volte-face, à rectifier constamment nos manières de penser et de voir, à revoir avec une autre lumière nos attitudes, nos conceptions de la vie et de la mort, de la joie et de la souffrance, de la pauvreté et de l’argent. C’est-à-dire changer notre manière de vivre. Les croyants ont à se convertir pour devenir disciples.
Si rien n’a changé d’ici Noël, le Christ nous renverra nos cadeaux et nos fleurs. Et il ne sera pas de la fête. Il nous laissera seuls, enlisés dans nos préjugés et nos scléroses, nos satisfactions d’enfants gâtés… Convertissez-vous… Convertissons-nous…

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE DU 1ER DIMANCHE DE L’AVENT, ANNÉE A

25 novembre, 2016

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HOMÉLIE DU 1ER DIMANCHE DE L’AVENT, ANNÉE A

Is 2, 1-5 ; Rm 13, 11-14 ; Mt 24, 37-44

Le temps de l’Avent est celui de l’arrivée de quelqu’un, de quelque chose. Mais attendre, c’est espérer, c’est aussi préparer.
Il faut d’abord se mettre d’accord : il ne s’agit pas ici d’attendre ou de préparer les vacances de Noël, ni les fêtes, cadeaux et banquets de fin d’année. Il s’agit d’attendre et de préparer l’arrivée et le retour de Dieu parmi nous. Et ce n’est pas théorique.
La liturgie ne nous invite pas à une partie de plaisir ni à des actions superficielles ou désincarnées. Il s’agit de problèmes de vie ou de mort, pour nous-mêmes et pour la société.
L’arrivée de Dieu parmi nous qu’il faut préparer, se situe à plusieurs niveaux : Celui de la fête anniversaire, Noël, fête de l’Incarnation. Mais, si l’on évoque un évènement passé, c’est pour en mieux discerner l’importance, les bienfaits et les conséquences pour nous aujourd’hui.
A travers l’Ancien Testament et le début du Nouveau, la liturgie va nous aider à découvrir comment ont attendu et préparé la venue du Messie, tout un peuple, des prophètes, Jean-Baptiste, Marie surtout, et bien d’autres. Nous avons besoin de leur espérance, de leur patience, de leur fidélité, du modèle de leur attitude.
Nous appartenons aux générations d’après la venue du Christ et nous risquons d’être trop habitués, parfois même un peu blasés. L’Avent doit réveiller en nous notre capacité d’émerveillement et de gratitude.
Nous devons réapprendre le magnificat, nourrir notre foi de la foi de Marie, car le temps qui précède Noël, c’est vraiment celui de la mère de Jésus. La foi doit nous nourrir d’espérance, mais aussi nous rendre capables d’en donner à ceux qui n’en ont plus.
Il y a un autre niveau : Le Christ est venu, nous le savons. La foi nous dit qu’il reviendra. Qu’en pensons-nous vraiment ?
Il ne s’agit pas de penser en premier lieu à des cataclysme cosmiques, l’explosion de la terre et la fin du monde. De toute manière, il y a pour chacun de nous une fin du monde plus sûre, plus proche et tout aussi inattendue. L’heure de la mort est aussi le retour du Christ. Sommes-nous prêts à l’accueillir et à préparer sa venue en sortant de notre sommeil, comme nous y invite S. Paul, et avec la sagesse spirituelle de Noé qui construit une arche sous les regard moqueurs de ses contemporains. Eux, gaspillaient leur temps et leur argent pour profiter de la vie, jusqu’au déluge qui les a tous engloutis.
Nous sommes souvent dans la même situation, tentés de prendre les biens de la terre comme du définitif, gênés de faire exception à la règle commune en prenant très au sérieux les conversions, la mentalité et le style de vie que nous propose la sagesse de Dieu.
Il faut encore ajouter un troisième retour à préparer. L’Avent nous rappelle que Dieu vient à notre rencontre. Il frappe tous les jours à la porte de notre hôtellerie pour s’y établir. Il frappe par sa Parole, par les événements, par des cris de souffrance. Il nous presse de l’accueillir, de le laisser naître pour créer une société nouvelle.
Tout cela peut paraître un peu vague, mystique et désincarné. Il y a cependant un signe qui prouve qu’il est là, présent et agissant. Et c’est lui-même qui l’a indiqué : « Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ». C’est une présence très concrète, et qui dépend beaucoup de nous. C’est nous qui lui permettons en quelque sorte de s’incarner à nouveau, d’annoncer la Bonne Nouvelle, de faire des miracles, de créer une société nouvelle… Mais c’est nous aussi qui pouvons l’en empêcher.
Comme en ce domaine nous sommes toujours un peu endormis, l’Avent nous donne l’occasion de sortir de notre léthargie.
C’est pour cela qu’en prolongement de la liturgique, les campagnes d’Avent « Vivre Ensemble » (1) nous forcent à tourner la tête vers ceux qui attendent une libération, vers ceux qui n’ont plus assez d’espérance… tout ce peuple qui se traîne souvent découragé dans les ténèbres de la solitude, de la misère, de l’ignorance…
Le Christ vient pour construire avec nous un avenir autre, un avenir meilleur, non pas dans l’Au-delà, mais dès ici-bas, aujourd’hui.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE DU 34E DIMANCHE ORDINAIRE C – LE CHRIST, ROI DE L’UNIVERS, C

18 novembre, 2016

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HOMÉLIE DU 34E DIMANCHE ORDINAIRE C

Le Christ, Roi de l’Univers, C

1 S, 5, 1-3 ; Col 1, 12-20 ; Lc 23, 35-43

Christ, Roi ! C’est un titre qui nous ravit. Aujourd’hui encore, bien des peuples ont une certaine nostalgie de la royauté. Il est vrai que « roi » est plus expressif, plus chaleureux que « président » ou « secrétaire général ». Mais qu’est-ce qu’un roi ? Quand on évoque ce mot, que voyons-nous sur le petit écran de notre télévision intérieure ? Louis XIV, le roi d’Arabie Saoudite ou le roi Albert II ? Ce qui n’est pas la même chose. Il y a deux siècles, Michelet, le grand historien des rois de France, définissait le roi comme un mystique personnage, mêlé des deux caractères du prêtre et du magistrat, avec un reflet de Dieu ! ».
Nous n’en sommes plus là. Mais nous conservons malgré tout, dans notre imaginaire, des images de trône et de couronne, de prestige, de cour, de gloire et de pouvoir. C’est très important de s’en rendre compte, car la royauté du Christ, évoquée par l’évangile n’est pas du tout du même genre. Mais depuis plus de 2000 ans, la tentation reste bien vivante de vouloir assimiler le Royaume de Dieu, mais aussi l’Eglise, à une société, à un pouvoir de conception mondaine, voire à une monarchie absolue. Jadis, le palais pontifical à Lorette, en Italie, était même appelé le siège du pape-roi.
Mais qu’en dit l’Ecriture ? Comme la première lecture nous le rappelle, David, deuxième roi d’Israël, après Saül, a été considéré par la tradition comme un serviteur selon le cœur de Dieu, le modèle de tous les souverains dignes de ce nom.
Il est le véritable fondateur du royaume en Israël parce qu’il a réussi l’unification de toutes les tribus. Le roi est un réconciliateur, un rassembleur, un unificateur. De plus, David a inauguré la période la plus brillante de l’histoire du peuple de Dieu. Peu à peu, David est devenu le symbole du triomphe définitif en la personne d’un messie qui serait de la descendance de David.
Mais il s’agit encore d’un rêve trop temporel. Celui d’un royaume dont le chef serait un pasteur, très père de famille nombreuse, qui va à la fois assurer l’unité, la paix et l’abondance. Nous dirions aujourd’hui une réussite religieuse, politique, économique et sociale.
Il faudra une longue évolution spirituelle pour que le peuple de Dieu passe d’une vision et d’une espérance très temporelle et nationaliste de cette réussite, à celle d’une vision, certes incarnée, mais plus spirituelle et universelle du Royaume de Dieu.
Pour l’apôtre Paul, dans sa lettre aux Colossiens, le Christ est le rassembleur, le réconciliateur de tout ce qui a été créé dans les cieux et sur la terre. C’est par lui, avec lui et en lui que chaque créature, et pas seulement les humains, mais bien l’univers tout entier, trouvent leur véritable sens. Un Christ cosmique.
Pour Paul, Jésus est la manifestation de la force triomphante de l’amour divin. Son règne et sa royauté sont d’amour, de justice et de paix. Il a « l’amour pour seule force et l’humble service pour unique grandeur ». Tout est là.
Dans l’évangile, Jésus est présenté comme berger-pasteur et surtout comme « Fils de l’Homme »; Pilate l’a appelé roi des Juifs, mais par dérision. Sa couronne est faite d’épines, son sceptre n’est qu’un roseau, et son trône la croix des suppliciés. Il n’était certes pas né dans un palais et, durant sa courte vie, il a surtout fréquenté bergers et pêcheurs, sans grades et marginaux. Il fut, pour les élites religieuses, civiles et politiques, un homme à museler et même à abattre, au nom de Dieu, évidemment.
Or, au temps de Jésus, beaucoup avaient misé sur sa puissance religieuse et politique. Ce que résume l’un des condamnés à mort : « Si tu es roi, sauve-toi et sauve-nous avec toi. Ce sera la plus grande preuve de ta puissance. Et nous croirons. » L’auteur réagit un peu comme nous le faisons souvent : « Seigneur, ne nous oublie pas. Garde-nous une place pour plus tard, dans ton royaume. »
Et le Christ répond: « Aujourd’hui ! » Son royaume n’est pas pour demain, comme une récompense pour bonne conduite. Le royaume du Christ est déjà présent, là où le pardon l’emporte sur la haine, là où des hommes et des femmes se battent parfois au risque de leur vie pour que règnent la miséricorde et la réconciliation, la justice et la paix. Il est en croissance quand on se réunit au nom du Seigneur dans la prière et l’écoute de la Parole de Dieu pour la mettre en pratique. Le royaume de Dieu est donc d’abord dans les cœurs. C’est pourquoi : « On peut trouver la réalité d’un commencement, d’une progression du royaume de Dieu, au-delà des frontières de l’Eglise, par exemple dans le cœur des fidèles d’autres traditions religieuses. » C’est ce qu’écrivait Jean-Paul II en 1991. Il ne faut donc pas confondre le royaume de Dieu et l’Eglise. Elle l’annonce, mais elle ne l’est pas.
Cependant, la tentation a toujours existé et existe toujours de vouloir une Eglise à l’image d’un royaume temporel, une Eglise puissante, prestigieuse, sûre d’elle-même, consciente de posséder à elle seule la vérité tout entière, dictant sa loi aux Etats « pour la gloire de Dieu et le salut des hommes ». Ainsi, en 1832, l’encyclique « Mirari vos » de Grégoire XVI condamnait la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ce qui a conduit à ce que l’on appelle aujourd’hui « la crise des religions d’Etat ».
Le royaume de Dieu est à la fois un don de Dieu et l’œuvre des hommes et des femmes de tous les temps. Il est déjà là quand nous prenons au sérieux la charte des béatitudes et le commandement nouveau, qui unit indissolublement l’amour de Dieu et l’amour des autres, et que nous témoignons activement de la Bonne Nouvelle, là où nous sommes. Et cela nous concerne tous sans exception.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE DU 33E DIMANCHE ORDINAIRE C

10 novembre, 2016

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HOMÉLIE DU 33E DIMANCHE ORDINAIRE C

Mal 3, 19-20a ; 2 Th 3, 7-12 ; Lc 21, 5-19

Luc, 21, 12-19

HOMÉLIE DU 33E DIMANCHE ORDINAIRE C dans HOMÉLIE SERMON ET..♥♥♥ hqdefault

Au thermomètre de la peur et de l’angoisse, le mercure n’arrête pas de monter. Les raisons ne manquent pas. Les informations et les images quotidiennes nous les servent chaque jour à domicile. Et ce n’est pas du cinéma. Nos lointains ancêtres, eux, avaient peur des déchaînements de la nature. Ils les voyaient comme des manifestations de la colère des dieux. Aujourd’hui, « les hommes ont surtout peur des hommes » (René Girard) : attentats suicides, guerre chimique, guerre bactériologique, tout est possible. Il y en a même, comme à toutes les époques, qui utilisent la violence « croyant rendre gloire à Dieu ».
Or, dès l’ouverture de notre rassemblement eucharistique qui fait EGLISE, nous pourrions lire dans nos missels Jérémie prophétiser : « Mes pensées, dit le Seigneur, sont des pensées de paix et non pas de malheur ». Il y a un instant, vous avez entendu une sorte de Jean Baptiste du Ve siècle avant Jésus Christ, appelé Malachie. Il s’est lui aussi trouvé confronté à des croyants découragés, tant sur le plan religieux que sur le plan économique et politique. Quoi qu’il arrive, prêchait Malachie, ne vous laissez pas aller au découragement ni au doute. Le jour du Seigneur viendra. Un jour de véritable libération.
Dans les premières communautés chrétiennes, nous a rappelé saint Paul, on prêchait l’espérance de la proximité du jour du Seigneur, que beaucoup traduisaient : ce sera dans quelques mois, tout au plus quelques années. Certains en avaient conclu qu’il n’y avait plus qu’à attendre la fin, sans plus rien faire : ni travailler, ni épargner, ni même se marier. Cela ne vaut plus la peine. Il va revenir, il revient, il est à nos portes.
Et que nous disent les évangélistes ? Ils ont repris les images traditionnelles de la vieille littérature apocalyptique, encore très populaire à l’époque. Son objectif a toujours été de rendre l’espérance aux croyants persécutés pour leur foi, aux victimes des guerres et des occupations étrangères. D’où l’image symbolique d’une intervention divine miraculeuse, inattendue, dans un décor d’images terrifiantes.
Luc prêche et compose précisément son évangile dans un temps de persécution, marqué par la destruction du Temple de Jérusalem, qui est LE Sanctuaire de la présence de Dieu au milieu de son peuple. Un seul Dieu, un seul Temple. Imaginez qu’on nous annonce tout à l’heure la destruction de la basilique Saint-Pierre à Rome et le bombardement du Vatican. C’est la fin du monde, dirions-nous aussi comme les disciples.
Aujourd’hui aussi, le monde est rempli de menaces, de guerres, de massacres, de pollutions, de famines. Les scientifiques nous expliquent qu’un jour ou l’autre les humains pourraient mourir « broyés et grillés », noyés ou asphyxiés. Déstabilisés par des sectes, des gens ont la hantise de la « date », l’obsession des apparitions, des révélations, des messages.
Jésus, LUI, répète depuis deux mille ans : Beaucoup viendront sous mon nom en disant : « Le moment est proche, est tout proche ». Et bien, de grâce, ne les écoutez pas, ne marchez pas derrière eux. Il a même précisé : « Vous n’avez pas à connaître les temps et les moments que le Père a fixés ». Il est donc inutile et vain de spéculer sur le jour et sur l’heure, d’autant plus que notre mort, qui est aussi relativement imminente, sera déjà pour chacun de nous une sorte de fin du monde. Même si pour la foi, il s’agit plutôt d’un passage, d’une mutation, d’un achèvement. C’est l’épreuve d’un accouchement, qui, lui, ne se fait pas sans douleur.
C’est Jésus qui a inauguré les « derniers temps ». Le temps où le Christ ressuscité vient nous donner sa Parole et son Esprit, pour nous libérer déjà des forces de la mort et nous faire passer de l’égoïsme à la charité et à la solidarité, de l’avarice à la générosité, de la rancune au pardon. C’est ainsi que le Royaume nouveau, d’amour, de justice et de paix, est déjà en germe parmi nous. Il nous appartient de le bâtir, de le faire croître pour qu’il porte des fruits.
L’évangile de ce jour n’est pas destiné à nous faire peur. Mais bien à nous rendre vigilants et responsables de ce monde, dont nous sommes les gérants. Nous sommes donc aussi responsables du Royaume de Dieu, de justice et de paix. Nous sommes appelés à en être les témoins.
Ainsi, chaque jour est toujours « SON » jour. Son jour, c’est tous les jours.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

OCCASION DE L’INAUGURATION DE L’ANNÉE PAULINIENNE HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

7 novembre, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2008/documents/hf_ben-xvi_hom_20080628_vespri.htmlSaint Paul Outside the Walls, The apse mosaic

CÉLÉBRATION DES PREMIÈRES VÊPRES DE LA SOLENNITÉ DES SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL, À L’OCCASION DE L’INAUGURATION DE L’ANNÉE PAULINIENNE

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs

Samedi 28 juin 2008

Basilique de Saint Paul Hors les Murs, Rome, le ciboire

OCCASION DE L’INAUGURATION DE L'ANNÉE PAULINIENNE  HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI dans année paulinenne 800px-Ciborio_S._Paolo_fuori_le_mura

Votre Sainteté et chers délégués fraternels,
Messieurs les cardinaux,
Vénérés frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et sœurs,

Nous sommes réunis auprès de la tombe de saint Paul, qui naquit il y a deux mille ans à Tarse de Cilicie, dans l’actuelle Turquie. Qui était ce Paul? Dans le temple de Jérusalem, devant la foule agitée qui voulait le tuer, il se présente lui-même avec ces mots: « Je suis juif: né à Tarse, en Cilicie, mais élevé ici dans cette ville [Jérusalem], j’ai reçu, à l’école de Gamaliel, un enseignement strictement conforme à la Loi de nos pères; je défendais la cause de Dieu avec une ardeur jalouse… » (Ac 22, 3). A la fin de son chemin, il dira de lui-même: « J’ai reçu la charge… [d'enseigner] aux nations païennes la foi et la vérité » (1 Tm 2, 7; cf. 2 Tm 1, 11). Maître des nations, apôtre et annonciateur de Jésus Christ, c’est ainsi qu’il se décrit lui-même en regardant rétrospectivement le parcours de sa vie. Mais avec cela, son regard ne va pas seulement vers le passé. « Maître des nations » – cette parole s’ouvre à l’avenir, vers tous les peuples et toutes les générations. Paul n’est pas pour nous une figure du passé, que nous rappelons avec vénération. Il est également notre maître, pour nous aussi apôtre et annonciateur de Jésus Christ.
Nous sommes donc réunis non pour réfléchir sur une histoire passée, irrévocablement révolue. Paul veut parler avec nous – aujourd’hui. C’est pourquoi j’ai voulu promulguer cette « Année paulinienne » spéciale: pour écouter et pour apprendre à présent de lui, qui est notre maître, « la foi et la vérité », dans lesquelles sont enracinées les raisons de l’unité parmi les disciples du Christ. Dans cette perspective, j’ai voulu allumer, pour ce bimillénaire de la naissance de l’Apôtre, une « Flamme paulinienne » spéciale, qui restera allumée pendant toute l’année dans un brasero spécifique placé dans le quadriportique de la Basilique. Pour conférer de la solennité à cet événement, j’ai également inauguré la « Porte paulinienne », à travers laquelle je suis entré dans la Basilique accompagné par le Patriarche de Constantinople, par le cardinal archiprêtre et par les autres autorités religieuses. C’est pour moi un motif de joie profonde que l’ouverture de l’ »Année paulinienne » assume un caractère œcuménique, en raison de la présence de nombreux délégués et représentants d’autres Eglises et communautés ecclésiales, que j’accueille le cœur ouvert. Je salue tout d’abord Sa Sainteté le Patriarche Bartholomaios I et les membres de la délégation qui l’accompagne, ainsi que le groupe nombreux de laïcs qui, de différentes parties du monde, sont venus à Rome pour vivre avec Lui et avec nous tous, ces moments de prière et de réflexion. Je salue les délégués fraternels des Eglises qui ont un lien particulier avec l’Apôtre Paul – Jérusalem, Antioche, Chypre, Grèce – et qui forment le cadre géographique de la vie de l’Apôtre avant son arrivée à Rome. Je salue cordialement les frères des différentes Eglises et communautés ecclésiales d’Orient et d’Occident, en même temps que vous tous qui avez voulu prendre part à cette ouverture solennelle de l’ »Année » consacrée à l’Apôtre des Nations.
Nous sommes donc ici rassemblés pour nous interroger sur le grand Apôtre des Nations. Nous nous demandons non seulement: qui était Paul? Nous nous demandons surtout: Qui est Paul? Que me dit-il? En cette heure, au début de l’ »Année paulinienne » que nous inaugurons, je voudrais choisir dans le riche témoignage du Nouveau Testament trois textes, dans lesquels apparaît sa physionomie intérieure, la spécificité de son caractère. Dans la Lettre aux Galates, il nous a offert une profession de foi très personnelle, dans laquelle il ouvre son cœur aux lecteurs de tous les temps et révèle quelle est l’impulsion la plus profonde de sa vie. « Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). Tout ce que Paul accomplit part de ce centre. Sa foi est l’expérience d’être aimé par Jésus Christ de manière tout à fait personnelle; elle est la conscience du fait que le Christ a affronté la mort non pour quelque chose d’anonyme, mais par amour pour lui – de Paul – et que, en tant que Ressuscité, il l’aime toujours, c’est-à-dire que le Christ s’est donné pour lui. Sa foi est le fait d’être frappé par l’amour de Jésus Christ, un amour qui le bouleverse jusqu’au plus profond de lui-même et qui le transforme. Sa foi n’est pas une théorie, une opinion sur Dieu et sur le monde. Sa foi est l’impact de l’amour de Dieu sur son cœur. Et ainsi, cette foi est l’amour pour Jésus Christ.
Paul est présenté par de nombreuses personnes comme un homme combatif qui sait manier l’épée de la parole. De fait, sur son parcours d’apôtre les disputes n’ont pas manqué. Il n’a pas recherché une harmonie superficielle. Dans la première de ses Lettres, celle qui s’adresse aux Thessaloniciens, il dit: « Nous avons cependant trouvé l’assurance qu’il fallait pour vous annoncer, au prix de grandes luttes, l’Evangile de Dieu… Jamais, vous le savez, nous n’avons eu un mot de flatterie » (1 Th 2, 2.5). Il considérait que la vérité était trop grande pour être disposé à la sacrifier en vue d’un succès extérieur. La vérité dont il avait fait l’expérience dans la rencontre avec le Ressuscité méritait pour lui la lutte, la persécution, la souffrance. Mais ce qui le motivait au plus profond, était d’être aimé par Jésus Christ et le désir de transmettre cet amour aux autres. Paul était un homme capable d’aimer, et toute son œuvre et sa souffrance ne s’expliquent qu’à partir de ce centre. Les concepts de base de son annonce se comprennent uniquement à partir de celui-ci. Prenons seulement l’une de ses paroles-clés: la liberté. L’expérience d’être aimé jusqu’au bout par le Christ lui avait ouvert les yeux sur la vérité et sur la voie de l’existence humaine – cette expérience embrassait tout. Paul était libre comme un homme aimé par Dieu qui, en vertu de Dieu, était en mesure d’aimer avec Lui. Cet amour est à présent la « loi » de sa vie et il en est précisément ainsi de la liberté de sa vie. Il parle et agit, mû par la responsabilité de la liberté de l’amour. Liberté et responsabilité sont liées ici de manière inséparable. Se trouvant dans la responsabilité de l’amour, il est libre; étant quelqu’un qui aime, il vit totalement dans la responsabilité de cet amour et ne prend pas la liberté comme prétexte pour l’arbitraire et l’égoïsme. C’est dans le même esprit qu’Augustin a formulé la phrase devenue ensuite célèbre: Dilige et quod vis fac (Tract. in 1Jo 7, 7-8) – aime et fais ce que tu veux. Celui qui aime le Christ comme Paul l’a aimé peut vraiment faire ce qu’il veut, car son amour est uni à la volonté du Christ et donc à la volonté de Dieu; car sa volonté est ancrée à la vérité et parce que sa volonté n’est plus simplement sa volonté, arbitre du moi autonome, mais qu’elle est intégrée dans la liberté de Dieu et apprend de celle-ci le chemin à parcourir.
Dans la recherche du caractère intérieur de saint Paul je voudrais, en deuxième lieu, rappeler la parole que le Christ ressuscité lui adressa sur la route de Damas. Le Seigneur lui demande d’abord: « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? ». A la question: « Qui es-tu, Seigneur? », est donnée la réponse: « Je suis Jésus, celui que tu persécutes » (Ac 9, 4). En persécutant l’Eglise, Paul persécute Jésus lui-même: « Tu me persécutes ». Jésus s’identifie avec l’Eglise en un seul sujet. Dans cette exclamation du Ressuscité, qui transforma la vie de Saul, est au fond désormais contenue toute la doctrine sur l’Eglise comme Corps du Christ. Le Christ ne s’est pas retiré au ciel, en laissant sur la terre une foule de fidèles qui soutiennent « sa cause ». L’Eglise n’est pas une association qui veut promouvoir une certaine cause. Dans celle-ci, il ne s’agit pas d’une cause. Dans celle-ci il s’agit de la personne de Jésus Christ, qui également en tant que Ressuscité est resté « chair ». Il a la « chair et les os » (Lc 24, 39), c’est ce qu’affirme le Ressuscité dans Luc, devant les disciples qui l’avaient pris pour un fantôme. Il a un corps. Il est personnellement présent dans son Eglise, « Tête et Corps » forment un unique sujet dira saint Augustin. « Ne le savez-vous pas? Vos corps sont les membres du Christ », écrit Paul aux Corinthiens (1 Co 6, 15). Et il ajoute: de même que, selon le Livre de la Genèse, l’homme et la femme deviennent une seule chair, ainsi le Christ devient un seul esprit avec les siens, c’est-à-dire un unique sujet dans le monde nouveau de la résurrection (cf. 1 Co 6, 16sq). Dans tout cela transparaît le mystère eucharistique, dans lequel l’Eglise donne sans cesse son Corps et fait de nous son Corps: « Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1 Co 10, 16sq). En ce moment, ce n’est pas seulement Paul, mais le Seigneur lui-même qui s’adresse à nous: Comment avez-vous pu laisser déchirer mon Corps? Devant le visage du Christ, cette parole devient dans le même temps une question urgente: Réunis-nous tous hors de toute division. Fais qu’aujourd’hui cela devienne à nouveau la réalité: Il y a un unique pain, et donc, bien qu’étant nombreux, nous sommes un unique corps. Pour Paul, la parole sur l’Eglise comme Corps du Christ n’est pas une comparaison quelconque. Elle va bien au-delà d’une comparaison: « Pourquoi me persécutes-tu? » Le Christ nous attire sans cesse dans son Corps à partir du centre eucharistique, qui pour Paul est le centre de l’existence chrétienne, en vertu duquel tous, ainsi que chaque individu, peuvent faire de manière personnelle l’expérience suivante: Il m’a aimé et s’est donné lui-même pour moi.
Je voudrais conclure par l’une des dernières paroles de saint Paul, une exhortation à Timothée de la prison, face à la mort: « Prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Evangile », dit l’apôtre à son disciple (2 Tm 1, 8). Cette parole, qui se trouve à la fin des chemins parcourus par l’apôtre, comme un testament renvoie en arrière, au début de sa mission. Alors qu’après sa rencontre avec le Ressuscité, Paul, aveugle, se trouvait dans sa maison de Damas, Ananie reçut le mandat d’aller chez le persécuteur craint et de lui imposer les mains, pour qu’il retrouve la vue. A Ananie, qui objectait que ce Saul était un dangereux persécuteur des chrétiens, il fut répondu: Cet homme doit faire parvenir mon nom auprès des peuples et des rois. « Et moi, je lui ferai découvrir tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon Nom » (Ac 9, 15sq). La charge de l’annonce et l’appel à la souffrance pour le Christ vont de pair inséparablement. L’appel à devenir le maître des nations est dans le même temps et intrinsèquement un appel à la souffrance dans la communion avec le Christ, qui nous a rachetés à travers sa Passion. Dans un monde où le mensonge est puissant, la vérité se paye par la souffrance. Celui qui veut éviter la souffrance, la garder loin de lui, garde loin de lui la vie elle-même et sa grandeur; il ne peut pas être un serviteur de la vérité et donc un serviteur de la foi. Il n’y a pas d’amour sans souffrance – sans la souffrance du renoncement à soi-même, de la transformation et de la purification du moi pour la véritable liberté. Là où il n’y a rien qui vaille la peine de souffrir, la vie elle-même perd sa valeur. L’Eucharistie – le centre de notre être chrétiens – se fonde sur le sacrifice de Jésus pour nous, elle est née de la souffrance de l’amour, qui a atteint son sommet dans la Croix. Nous vivons de cet amour qui se donne. Il nous donne le courage et la force de souffrir avec le Christ et pour Lui dans ce monde, en sachant que précisément ainsi notre vie devient grande, mûre et véritable. A la lumière de toutes les lettres de saint Paul, nous voyons que sur son chemin de maître des nations s’est accomplie la prophétie faite à Ananie à l’heure de l’appel: « Et moi je lui ferai découvrir tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon Nom ». Sa souffrance le rend crédible comme maître de vérité, qui ne cherche pas son propre profit, sa propre gloire, la satisfaction personnelle, mais qui s’engage pour Celui qui nous a aimés et qui s’est donné lui-même pour nous tous.
En cette heure, nous rendons grâce au Seigneur, car il a appelé Paul, le rendant lumière des nations et notre maître à tous, et nous le prions: Donne-nous aujourd’hui aussi des témoins de la résurrection, touchés par ton amour et capables d’apporter la lumière de l’Evangile dans notre temps. Saint Paul, prie pour nous! Amen.

HOMÉLIE DU 32ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – 06/11/2016

4 novembre, 2016

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HOMÉLIE DU 32ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – 06/11/2016

Les lectures du jour
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Le Dieu des vivants

Les textes liturgiques de ce dimanche nous adressent un message d’espérance. Ils nous parlent de la résurrection des morts et de la vie en Dieu. Ce dogme fait partie de notre foi. C’est même le plus important car il nous montre le but de notre vie.
Dans la première lecture, nous trouvons un témoignage de foi extraordinaire. Cela se passe à une époque dramatique du peuple d’Israël : les empereurs grecs gouvernent la Palestine ; ils veulent imposer leur civilisation, leur culture et leur religion. Ils rencontrent en Israël une farouche résistance. Le texte de ce jour nous parle d’une mère et de ses sept fils qui ont été arrêtés. On veut les obliger à adhérer à la religion païenne. En choisissant de rester fidèles jusqu’à la mort, ils témoignent de leur foi en la résurrection. Ils comprennent que Dieu ne peut abandonner ses fidèles.
En écoutant ce récit, nous pensons tous aux chrétiens d’aujourd’hui qui sont persécutés à cause de leur foi. Nous en avons de nombreux témoignages dans divers pays du monde mais aussi chez nous, jusque dans nos églises. Nous admirons leur foi, mais en même temps, nous devons entendre leurs questions : Qu’avez-vous fait de votre baptême ? Arrêtez de vous installer dans l’indifférence… Nous vivons dans un monde qui veut ignorer la foi des chrétiens. C’est là que nous sommes envoyés pour être les messagers de la bonne nouvelle de l’Évangile.
Comme les martyrs d’Israël et comme bien des croyants d’aujourd’hui, l’apôtre Paul est confronté à des « gens pervers » qui ne partagent pas sa foi. Comme ses aînés, il s’enracine dans la fidélité de Dieu pour résister à ses ennemis. Il n’a d’autres armes que celles de la Parole. Pour tenir avec l’endurance du Christ, il sollicite la prière de tous. Il nous rappelle ainsi que cette « course » de la Parole est l’affaire de tous et de chacun. Exprimant sa confiance dans le Christ, il encourage les chrétiens à rester fermes dans la foi. Nous ne devons pas craindre ceux qui peuvent tuer le corps. Le plus grand danger vient de ceux qui peuvent tuer l’âme en la détournant de Dieu.
La foi en la résurrection est au cœur de l’Évangile. Elle en est même l’élément central. Et pourtant, ils sont nombreux ceux et celles qui ont du mal à y adhérer, même parmi les chrétiens. L’Évangile de ce jour atteste que cela n’allait pas de soi dans le judaïsme de l’époque. Les pharisiens l’acceptaient. Mais les Sadducéens plus conservateurs, l’ont toujours refusé parce qu’elle n’était pas inscrite dans la loi de Moïse. Ils allaient même jusqu’à la tourner en dérision.
Les deux groupes, pharisiens et sadducéens interrogent Jésus pour le mettre dans l’embarras. Dans sa réponse, il ne fait pas référence au livre des martyrs d’Israël dont nous venons d’entendre un extrait. Il sait que les Sadducéens ne l’acceptent pas comme Parole de Dieu. Mais il cite le livre de l’Exode : Dieu s’y présente à Moïse comme « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Ces trois patriarches sont morts depuis longtemps. Mais Jésus en conclut que Dieu n’est pas le Dieu des morts mais celui des vivants.
Voilà cette bonne nouvelle qui nous est rappelée en ce dimanche. À la suite des patriarches et de bien d’autres croyants, nous sommes tous appelés à cette vie nouvelle que Jésus appelle le Royaume de Dieu. Ce monde nouveau n’est pas la continuation de celui dans lequel nous vivons actuellement. Il est tout autre. Il y a une rupture radicale ente la vie actuelle et la vie de ressuscité. L’important c’est de faire confiance à celui qui a dit : Je suis la résurrection et la Vie… Celui qui croit en moi vivra éternellement.
Ce trésor de la résurrection, nous ne pouvons pas (nous ne devons pas) le garder pour nous. Il nous faut le transmettre, le crier au monde entier. Au-delà de la mort, nous serons vivants en Dieu. Cette espérance doit nourrir notre prière, surtout en ce mois qui est consacré aux défunts. N’oublions jamais le Dieu des vivants. Il nous appelle tous à partager sa vie dès maintenant.
Seigneur, nous te prions : que la foi et l’espérance de l’Église soient pour tous les hommes l’annonce de la vie éternelle que tu veux partager avec eux.

Jean Compazieu, prêtre de l’Aveyron ( 06/11/201)

MESSE AU STADE SWEDBANK STADION À MALMÖ – MESSE AU STADE SWEDBANK STADION À MALMÖ HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

2 novembre, 2016

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2016/documents/papa-francesco_20161101_omelia-svezia-malmo.html

VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS EN SUÈDE

(31 OCTOBRE – 1er NOVEMBRE 2016)

MESSE AU STADE SWEDBANK STADION À MALMÖ

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Malmö, Mardi, 1er novembre 2016

MESSE AU STADE SWEDBANK STADION À MALMÖ - MESSE AU STADE SWEDBANK STADION À MALMÖ  HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS dans HOMÉLIE SERMON ET..♥♥♥

Avec toute l’Église, nous célébrons aujourd’hui la solennité de Tous les Saints. Nous nous souvenons, ainsi, non seulement de ceux qui ont été proclamés saints au long de l’histoire, mais également de beaucoup de nos frères qui ont vécu leur vie chrétienne dans la plénitude de la foi et de l’amour, au milieu d’une existence simple et cachée. Sûrement, parmi eux, il y a beaucoup de nos familiers, amis et connaissances.
Nous célébrons, par conséquent, la fête de la sainteté. Cette sainteté qui, parfois ne se manifeste pas dans de grandes œuvres ou dans des succès extraordinaires, mais qui sait vivre fidèlement et chaque jour les exigences du baptême. Une sainteté faite d’amour de Dieu et des frères. Amour fidèle jusqu’à l’oubli de soi-même et jusqu’au don total de soi aux autres, comme la vie de ces mères et de ces pères, qui se sacrifient pour leurs familles en sachant renoncer volontiers, même si ce n’est pas toujours facile, à tant de choses, à tant de projets ou de plans personnels.
Mais s’il y a quelque chose qui caractérise les saints, c’est qu’ils sont réellement heureux. Ils ont trouvé le secret de ce bonheur authentique, niché au fond de l’âme et qui a sa source dans l’amour de Dieu. C’est pourquoi on appelle bienheureux les saints. Les béatitudes sont leur chemin, leur but vers la patrie. Les béatitudes sont le chemin de vie que le Seigneur nous enseigne, pour que nous suivions ses traces. Dans l’Évangile de la Messe, nous avons entendons comment Jésus les a proclamées face à une grande multitude sur une montagne près du lac de Galilée.
Les béatitudes sont le profil du Christ et, par conséquent, du chrétien. Parmi elles, je voudrais en souligner une : « Bienheureux les doux ». Jésus dit de lui-même : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur « (Mt 11, 29). C’est son portrait spirituel et cela nous révèle la richesse de son amour. La douceur est une manière d’être et de vivre qui nous rapproche de Jésus et nous unit entre nous ; elle nous permet de laisser de côté tout ce qui nous divise et nous oppose, et on cherche les façons toujours nouvelles pour avancer sur le chemin de l’unité, comme l’ont fait les enfants de cette terre, dont sainte Marie Elisabeth Hesselblad, canonisée récemment, et sainte Brigitte, Brigitte Vadstena, co-patronne de l’Europe. Elles ont prié et travaillé pour resserrer les liens d’unité et de communion entre les chrétiens. Un signe très éloquent est que ce soit ici, dans votre pays, caractérisé par la cohabitation entre des populations très diverses, que nous sommes en train de commémorer ensemble le cinquième centenaire de la Réforme. Les saints parviennent à des changements grâce à la mansuétude du cœur. Avec la mansuétude, nous comprenons la grandeur de Dieu et nous l’adorons avec sincérité ; en outre, c’est l’attitude de celui qui n’a rien à perdre, car son unique richesse est Dieu.
Les béatitudes sont de quelque manière la carte d’identité du chrétien, qui l’identifie comme disciple de Jésus. Nous sommes appelés à être des bienheureux, des disciples de Jésus, en affrontant les souffrances et les angoisses de notre époque avec l’esprit et l’amour de Jésus. Ainsi, nous pourrions indiquer de nouvelles situations pour les vivre avec l’esprit renouvelé et toujours actuel : Bienheureux ceux qui supportent avec foi les maux que d’autres leur infligent et pardonnent du fond du cœur ; bienheureux ceux qui regardent dans les yeux les rejetés et les marginalisés en leur manifestant de la proximité ; bienheureux ceux qui reconnaissent Dieu dans chaque personne et luttent pour que d’autres le découvrent aussi ; bienheureux ceux qui protègent et sauvegardent la maison commune ; bienheureux ceux qui renoncent à leur propre bien-être pour le bien d’autrui ; bienheureux ceux qui prient et travaillent pour la pleine communion des chrétiens… ils sont tous porteurs de la miséricorde et de la tendresse de Dieu, et ils recevront certainement de lui la récompense méritée.
Chers frères et sœurs, l’appel à la sainteté est pour tous et il faut le recevoir du Seigneur avec un esprit de foi. Les saints nous encouragent par leur vie et leur intercession auprès de Dieu, et nous, nous avons besoin les uns des autres pour nous sanctifier. Aidez-nous à devenir des saints ! Ensemble, demandons la grâce d’accueillir avec joie cet appel et de travailler unis pour la mener à la plénitude. À notre Mère du ciel, Reine de tous les saints, nous confions nos intentions et le dialogue à la recherche de la pleine communion de tous les chrétiens, pour que nous soyons bénis dans nos efforts et parvenions à la sainteté dans l’unité.

 

HOMÉLIE – TOUSSAINT 2011

31 octobre, 2016

http://www.paroissequiberon.com/homelie/homelietoussaint.html

HOMÉLIE – TOUSSAINT 2011

HOMÉLIE - TOUSSAINT 2011 dans HOMÉLIE SERMON ET..♥♥♥ allsaints-johnaugustswanson-2006

Cette fête de la Toussaint c’est un peu comme une journée porte ouverte. Nous savons comment cela se passe : quand on veut faire connaître une école, une association, une entreprise, oàn organise ce genre d’opération. On présente l’historique avec des panneaux, des photos, on montre les activités réalisées. On expose aussi les projets en cours et ceux qui sont à venir.
Toutes proportions gardées, on pourrait dire que cette fête de tous les saints ressemble à une opération porte ouverte de l’Eglise de Jésus-Christ. Nous sommes invités à visiter son passé, à regarder son présent et à nous projeter vers l’avenir. Cette fête est un rendez-vous avec les hommes et les femmes de tous les temps qui sont à l’honneur de la famille du Christ et de l’humanité.
Aujourd’hui, l’Eglise est heureuse de nous montrer tous ses enfants. Nous les retrouvons tous dans cette foule immense que nous présente la première lecture. Elle est fière d’eux car ils ont vécu au mieux les béatitudes de l’évangile. Nous pensons à tous ceux et celles qui ont marqué l’histoire humaine et chrétienne, les apôtres, les martyrs, saint François, sainte Thérèse, saint Dominique, Jean-Paul 2, Mère Teresa…. C’est une grande foule, impossible à dénombrer.
Cette foule ne se limite pas à ceux qui ont leur nom dans les calendriers ou leur statue dans les églises. Parmi eux, il faut compter aussi ceux de nos familles, de nos paroisses, tous ceux et celles qui ont aimé Dieu et leurs frères de leur mieux. C’étaient des gens comme nous. Ils ont connu la même vie, les mêmes souffrances, les mêmes difficultés et souvent les mêmes péchés que nous. C’est la foi et l’amour qu’ils avaient pour le Christ qui nous ont portés et nous portent encore. Ils nous ont transmis l’évangile et ses valeurs. Ils ne sont pas sur les autels mais ils ont leur place dans le Royaume de Dieu.
Quand l’évangile nous présente les saints qui nous ont précédé, ce n’est pas comme quand on présente de précieuses archives ni une galerie de portraits. Elle nous les propose comme des compagnons de route pour aujourd’hui. Ils nous soutiennent par leur exemple. Nous pouvons compter sur leurs prières pour nous et avec nous. Désormais, ils aiment en plénitude et ils sont intensément présents à Dieu et à l’humanité.
Saint Jean nous parle d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle. C’est, pour lui, une manière de présenter l’avenir du monde et celui de l’Eglise. Il nous guide sur les sentiers du futur vers lequel nous allons. Avec Jésus, nous sommes tous appelés à partager le triomphe des saints.
En ce jour de Toussaint, St Jean nous fait spectateur de la fête éternelle à laquelle nous sommes tous invités. Il annonce la fin du temps des larmes, de la peur, des souffrances et de la mort. L’apocalypse c’est d’abord une bonne nouvelle, un message d’espérance qui nous rejoint tous. Nous sommes appelés au bonheur et à la vie. Dieu veut rassembler tous ses enfants libres et sauvés. Pour le moment, nous sommes en route ; « Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. » La vraie dimension de notre existence est entrevue dans la fête de tous les saints. Le but de notre vie ne se limite pas au présent ni au matériel. Notre vocation est d’entrer dans cette lumière pour laquelle nous sommes tous faits.
Cette journée porte ouverte à laquelle nous prenons part est aussi une offre de service proposée par le Seigneur lui-même. La sainteté c’est d’abord un don de Dieu qu’il nous faut accueillir. Le salut que le Christ nous propose est offert à tous. Personne n’en est exclu. Tous, même les plus grands pécheurs peuvent être sauvés.
C’est à nous qu’il revient d’écrire les pages actuelles de la sainteté. Nous sommes là avec nos lourdeurs, nos grandeurs et nos petitesses. Nous sommes également capables de fidélités audacieuses, de réponses généreuses aux défis de notre temps. Marie, la Reine de tous les saints est toujours là pour nous ramener inlassablement à ce chemin de sainteté. C’est avec elle que les saints ont appris à tout recevoir comme un don gratuit du Fils et c’est avec elle qu’ils vivent actuellement cachés dans le secret du Père.
En union avec cette foule immense des saints du ciel, en union avec tous les chrétiens du monde entier, nous chantons notre action de grâce au Seigneur. Nous lui demandons de nous aider à suivre leur exemple, leur fidélité. Si le Christ nous appelle c’est pour rejoindre la foule immense de ceux qui nous ont précédés dans son royaume.
« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse » nous dit Jésus. La raison de cette joie c’est le Royaume des cieux. Si nous donnons la priorité absolue à Dieu dans notre vie, si à cause de lui et de l’évangile nous sommes prêts à renoncer à tout ce qui accapare notre vie, nous trouverons le vrai bonheur.
Quand un visiteur arrive, on l’accueille en lui disant : » Finissez d’entrer ! » C’est exactement ce que le seigneur nous dit en cette journée porte ouverte de la sainteté : » Finissez d’entrer et soyez les bienvenus ! »

Père Bernard PLISSON.

HOMÉLIE DU 31E DIMANCHE ORDINAIRE C

28 octobre, 2016

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HOMÉLIE DU 31E DIMANCHE ORDINAIRE C

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Sg 11, 23 – 12,2 ; 2 Th 1, 11 – 2,2 ; Lc 19, 1-10

Les stratèges en chambre sont légion. Nous aimons volontiers jouer au chef d’état-major et au premier ministre, à l’évêque et au pape. Confortablement installés et le verre à la main, nous livrons des combats d’idées, nous gagnons des batailles de mots sans risque ni danger. Nous refaisons ainsi régulièrement le monde et la nation, la cité et l’Eglise, avec un succès garanti et à peu de frais. Après de telles victoires, on se sent incontestablement meilleur.
Réformateurs intransigeants et juges impitoyables, nous collons volontiers des étiquettes, nous classons par catégorie : bons d’un côté, mauvais de l’autre, gens de gauche et de droite, intelligents et bornés, élite et masse. Il y a aussi les croyants et les athées, ceux qui fréquentent l’église et ceux qui ne pratiquent pas. Tout cela est clair, précis, bien à sa place. Un avantage incontestable : nous sommes toujours situés dans la meilleure des catégories, dignes d’éloges et candidats permanents au prix de vertu.
Sur le parcours que doit emprunter le Christ, nous sommes au premier rang des partisans et des admirateurs, les bras chargés de fleurs, la bouche remplie de louanges. Nous allons pouvoir l’applaudir, croiser son regard, le toucher, hurler son nom. Quel honneur et quelle joie, quel privilège aussi pour ceux qui le recevront à table !
Maintenant, il est là, parole et vie, Dieu fait homme, vérité et sagesse. Jésus s’arrête. La foule retient son souffle et fait silence. Le maître a levé les yeux et des centaines d’yeux se lèvent. « Zachée, descends, il faut que j’aille chez toi ! ». C’est la consternation. « Tous récriminaient ». Comment, en effet, ne pas être profondément scandalisé de voir le prophète s’adresser au chef des collecteurs d’impôts, symbole méprisé de la corruption et de la collaboration avec l’occupant ! Un riche de surcroît, nourri de l’argent des pauvres. Et Jésus s’invite chez lui. Il est allé manger et loger chez un pécheur public ! Où vont donc la religion, la morale et les convenances ?
Ieshoua qui ne manque aucune occasion de rectifier ce qui est tordu a tout simplement choisi le pécheur conscient de l’être et sa capacité d’accueil sincère. Il a refusé par contre les applaudissements superficiels et la prétention de ceux qui se croyaient justes.
Le geste inattendu et bienveillant du prophète a bouleversé le petit homme méprisé. Il reconnaît ses fautes et décide sur le champ de changer de conduite. Ses torts, il les réparera, non pas selon les limites de la loi, mais dans la générosité de l’amour dont il vient lui-même de bénéficier.
Le voici donc libéré des chaînes de l’avarice et de la passion du profit. Désormais, « l’autre » ne sera plus objet de convoitise ou brebis à tondre, mais un frère ou une sœur à respecter.
Contrit et repentant, il produit aussitôt des fruits de pénitence et de conversion. Zachée était mort, et le voici qui renaît à une vie nouvelle. L’exclu, le marginal, que les justes montrent du doigt et méprisent de leur jugement, est déclaré par Jésus authentique fils d’Abraham. Le monde à l’envers !
C’est à nous, les disciples et les fidèles, que la leçon est donnée. Car Dieu, comme l’explique la première lecture, nous reprend peu à peu, nous avertit et nous rappelle en quoi nous péchons, pour que nous puissions nous détourner du mal et vraiment croire en lui.
Nous sommes d’ailleurs invités par Jésus à la rencontre et au repas de l’eucharistie… Mais peut-être ne sommes-nous pas aussi pressés et enthousiastes que Zachée pour nous y rendre ? Au cours du banquet, la Parole de Dieu aussi nous interpelle. Et c’est peut-être avec joie que nous la recevons, devenue pain, dans l’intimité de la communion. Sommes-nous cependant bouleversés comme Zachée, au point d’être transformés et de changer comme lui quelque chose dans notre vie ?

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

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