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HOMÉLIE DU 23E DIMANCHE ORDINAIRE C

5 septembre, 2016

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HOMÉLIE DU 23E DIMANCHE ORDINAIRE C

Sg 9, 13-18 ; Phm 9b-10, 12-17 ; Lc 14, 25-33

« Que votre travail à tous deux soit béni sans que les soucis vous accablent, sans que le bonheur vous égare loin de Dieu ». Un souhait adressé bien souvent aux jeunes époux dans la bénédiction qui clôture la célébration du mariage. Ce n’est pas une raison pour se méfier du bonheur tellement désirable et légitime. Mais il est vrai que la félicité enivre. Elle peut aveugler, faire perdre la tête et embrouiller singulièrement la hiérarchie des valeurs. Qui nage dans le bien-être se croit aisément au paradis. Le ciel sur la terre ! Au risque d’oublier le véritable sens de la vie et de miser sur des choses passagères au lieu d’investir dans l’impérissable. Un manque de sagesse. La solution n’est pas de craindre ou de fuir le bonheur, mais bien de ne pas se tromper de béatitudes. Celles que nous offre et nous garantit Jésus de Nazareth sont incontestablement les plus surprenantes mais aussi les plus parfaites et les plus sûres. L’expérience ici contredit la raison. Il est vrai que la maladie, la menace d’un cataclysme, la proximité de la mort, peuvent nous rendre brusquement plus lucides. L’existence alors s’éclaire d’une lumière nouvelle. Les vanités du monde paraissent bien dérisoires. Les fortunes amassées désormais inutiles. C’est déjà l’heure de présenter le bilan et de rendre compte de sa gérance. De tous temps, des mouvements religieux ont brandi la menace de la proximité de la fin des temps pour sortir de l’indifférence, secouer la torpeur des croyants, et les inviter à une salutaire conversion. C’est un chemin pour trouver ou retrouver la sagesse qui est l’intelligence de la foi. On imagine aisément les premiers prédicateurs de l’Evangile, semant la Bonne Nouvelle de Jésus, chargés des riches promesses de libération et de justice, de bonheur et de paix… « Qui croira et sera baptisé sera sauvé » ! Mais le temps presse, car le Ressuscité va revenir. Il est proche. Tout proche… Cela vaut-il encore la peine de travailler et de se marier, d’acheter et de vendre, de bâtir et d’engendrer ? C’est l’heure du radicalisme évangélique. Tout « mépriser », tout quitter, père, mère, femme et enfant, et même rechercher le martyre pour être digne d’être reconnu comme disciple par celui qui vient. Aujourd’hui, pour exorciser nos peurs et remettre toujours à demain d’indispensables conversions, nous sourions de la simplicité naïve des premiers chrétiens, et nous laissons aux « moines et moniales » le monopole du renoncement à tous les biens et le soin de préférer le Christ à leurs familles et même à leur propre vie. Ne sommes-nous pas les vrais naïfs ? Si la fin du monde n’est pas nécessairement pour cette année, et si le Christ n’a pas révélé son retour pour l’an prochain, notre rendez-vous avec la mort, c’est-à-dire aussi avec Lui, n’est pas nécessairement très éloigné. Et la mort n’est-elle pas pour chacun la fin d’un monde ? Naïveté encore, dangereuse et aveugle, d’imaginer que les renoncements et préférences évoqués par Luc ne s’adressent qu’à quelques rares volontaires. C’est à la foule que Jésus les propose. Et ce ne sont pas de simples conseils qu’il lui a offerts. Il s’agit bien de conditions nécessaires et indispensables pour être son disciple et se réclamer de lui. Ces exigences peuvent paraître sévères et même inhumaines. C’est en réalité le prix de tout amour véritable. Quels que soient les termes utilisés, préférer, sacrifier, renoncer… Il s’agit toujours et en toute circonstance de chercher et de respecter les priorités de la route que Dieu nous propose pour bâtir et atteindre le royaume. C’est se détourner des chemins sans issue, même s’ils paraissent bordés de roses sans épines. C’est purifier constamment notre cœur et notre regard. C’est investir ses talents et ses énergies dans l’entreprise du prophète de Nazareth et vivre de son esprit dans le monde ou dans le cloître, la ville ou le désert, la pauvreté ou la richesse, la santé ou la maladie, la famille selon la chair ou celle selon l’esprit. Une sagesse qui contredit celle du monde, mais suscite d’inébranlables bienheureux. Chaque eucharistie nous donne l’occasion de nous asseoir pour bien vérifier si nous voulons prendre les moyens nécessaires pour être vraiment les disciples du Christ, et pas seulement une foule qui admire, qui prie, qui chante et qui applaudit.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE DU 22E DIMANCHE ORDINAIRE C

26 août, 2016

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HOMÉLIE DU 22E DIMANCHE ORDINAIRE C

Si 3, 17-18, 20, 28-29 ; He 12, 18-19, 22-24a ; Lc 14, 1a, 7-14

Dans les grands repas officiels ou les célébrations solennelles qui se déroulent dans la société civile comme dans la société religieuse, les responsables du protocole se trouvent souvent confrontés à de véritables casse-tête quand il s’agit de respecter scrupuleusement toutes les exigences et les subtilités des préséances exigées par la qualité des invités, généralement susceptibles. Je me souviens même qu’un jour, revêtu des ornements liturgiques, je me dirigeais vers le fond de l’église pour accueillir la famille d’un défunt, je me suis fait interpeller par un ecclésiastique titré, dont j’ignorais tout à fait la présence, et qui manifestait son droit à disposer d’un prie-dieu dans le chœur, ce qui est en effet conforme au règlement. Mais le moment était vraiment mal choisi. Humaine faiblesse ! Jésus a connu pire quand, avant la dernière Cène, il a entendu ses disciples « se quereller pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand ». Et il a pu, bien des fois, observer ces traditionnelles ruées des invités vers les meilleures places, lors des banquets de tout genre. Mais que faut-il penser des leçons que Jésus tire de ces observations du comportement quelque peu vaniteux ou prétentieux des convives ? En tenant compte de l’éclairage donné par la première lecture, nous pouvons dire qu’il y a déjà une leçon d’humilité, de modestie et une mise en garde contre les manifestations de l’orgueil dont la racine est en nous. L’humilité étant la communion à l’esprit de Jésus qui a choisi cette voie très dérangeante de la pauvreté, de la douceur, du respect, de l’amour et de la paix, qui s’oppose à l’esprit du monde, qui est désir de force et de puissance. L’humble est donc celui ou celle qui se situe à sa vraie place par rapport à Dieu, et c’est là qu’il trouve sa véritable grandeur. Il est, comme dit Ben Sirac, « une oreille qui écoute ». C’est bien ce que recommande S. Benoît dans le prologue de sa Règle : « Ecoute, mon fils, les enseignements du Maître et prête l’oreille de ton cœur ». Deuxième leçon très concrète : Chaque fois que vous avez l’intention d’élargir votre table pour quelque fête ou événement que ce soit, invitez aussi des personnes qui souffrent de la solitude, des voisins peu argentés, des chômeurs en difficulté, des handicapés et des immigrés. Parole du Seigneur.

Qu’en pensez-vous ? Voici un conseil particulièrement troublant et même choquant. Il est d’ailleurs en contradiction avec ce que Jésus lui-même a fait. Nous sommes en plein paradoxe évangélique et c’est peu dire, car le commandement que Jésus donne prend le contre-pied de toute sagesse humaine. Il ne s’agit donc pas de vouloir appliquer rigoureusement la matérialité de la lettre. Quoiqu’il serait bon, recommandable et profitable de tenter l’une ou l’autre fois l’expérience d’inviter à notre table des isolés, des esseulés, des déshérités et autres laissés pour compte. Ce n’est guère facile, mais le Christ nous presse aujourd’hui d’y réfléchir. Ces deux paraboles qui s’adressent, l’une à ceux qui sont invités, et l’autre à ceux qui invitent, ne nous proposent pas pour autant un simple code de bonne conduite et de savoir-vivre, pour nous apprendre à bien nous comporter en société. L’Evangile est une catéchèse et tout renvoie au royaume de Dieu et au chemin qu’il faut prendre pour y entrer. Et quand l’évangéliste évoque un festin de noces, comme c’est le cas ici , il renvoie toujours à des noces éternelles, c’est-à-dire au royaume définitif. Ces paraboles nous enseignent la loi du royaume. Cette loi est précisée dans la première conclusion : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ». Ce qui est bien l’opposé de l’esprit du monde. Même sorte d’enseignement quand Jésus dit par ailleurs : « Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, que faites-vous là d’extraordinaire ? Vous, aimez vos ennemis, faites du bien sans rien attendre en retour ». Ou encore : « Qui est le plus petit parmi vous, c’est celui-là qui est grand ». C’est bien pourquoi Jésus s’est fait, sans le moindre calcul et sans attendre d’être payé en retour, l’ami des petits, des pauvres, des déshérités, des malades. Au risque même de sa vie. Ces propos de table de Jésus nous invitent finalement à méditer souvent et patiemment sur la qualité et les exigences de trois sortes de repas. Nos repas en famille, les festins de nos tables humaines, qui ont aussi à témoigner des mœurs du royaume de Dieu déjà parmi nous. Le repas eucharistique, qui se doit d’être une modeste préfiguration du banquet éternel. Une assemblée accueillante, qui ne soit discriminatoire pour personne, une assemblée très soucieuse des lois du royaume de Dieu déjà parmi nous. Le repas éternel, celui du ciel, rassemblement des pécheurs, ouvert à tous ceux et celles qui ont appris à aimer et à servir sans rien attendre en retour, plutôt que de constamment s’affirmer contre les autres, de les dominer par la force ou la séduction, de jouer des coudes pour être toujours au premier rang. Il y a du pain sur la planche !

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE DU 21E DIMANCHE ORDINAIRE C

19 août, 2016

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HOMÉLIE DU 21E DIMANCHE ORDINAIRE C

Is 66, 18-21 ; He 12, 5-7, 11-13 ; Lc 13, 22-30

Quelqu’un parmi vous a-t-il déjà été couché dans un cercueil ? Cela m’est arrivé. J’étais allé rendre visite à l’un de mes confrères, curé dans un petit village. Dans l’une des pièces du presbytère, il avait installé un cercueil ouvert dans lequel il se couchait de temps en temps pour méditer sur la mort, et donc sur l’urgence de se replacer constamment sur l’orbite des valeurs essentielles. Ce jour-là, j’ai tenté la même expérience. C’est impressionnant. Mais la répétition n’est pas pour autant sans danger. Elle peut, en effet, provoquer une psychose de peur. Qui a d’ailleurs été utilisée jadis dans la société et dans l’Eglise comme pédagogie : celle du bâton, du fouet, de la peur ou même de la terreur. Dans son livre « La peur en Occident », Jean Delumeau raconte qu’au pensionnat, à l’âge de 12 ans, il participait chaque mois à l’exercice des litanies de la bonne mort, qui comprenait une dizaine de séquences plutôt lugubres, qui ont fini par le traumatiser. L’intention pédagogique était de susciter la peur du jugement pour inciter à la pénitence et à la conversion. Aujourd’hui, une certaine religion janséniste de la peur a cédé le pas à une religion des béatitudes, plus évangélique, centrée sur l’amour de Dieu et du prochain. Mais cet amour n’en est pas moins exigeant. C’est dans une même optique de culpabilisation et « d’un moralisme à tendance terrorisante », souligne un moine exégète (Frère Dominique), que la formule « le petit nombre des élus » a été utilisée comme stimulant et comme menace. Des prédicateurs et des écrivains ecclésiastiques ont même avancé des chiffres. Au 18e siècle, on parle d’un enseignement traditionnel selon lequel un être humain sur trente seulement sera sauvé. Aujourd’hui encore, des sectes fondamentalistes, qui prennent la bible au pied de la lettre, brandissent des chiffres à tort et à travers, sans tenir aucun compte de leur valeur symbolique. Il n’empêche que la question du nombre des sauvés n’a cessé de tourmenter Israël. Au départ, se considérant comme le peuple élu, il y voyait une assurance omnium. Etre circoncis était synonyme d’être sauvé. Le rite sauve. Plus lucides, les prophètes ont mis un bémol, en développant le thème du « petit reste »… Exactement comme Jésus vient de nous rappeler qu’il ne suffit pas de brandir sa carte du parti, ou de faire référence à des privilèges, des droits acquis ou des droits d’entrée : J’ai écouté ton enseignement. J’ai mangé et bu à ta table, j’ai fait partie des pratiquants fidèles, des services d’apostolat et des groupes de prière, j’ai beaucoup donné. Ou, comme on le voit chez Matthieu (7, 21 et ss.) : « Il ne suffit pas de me dire « Seigneur, Seigneur ! » pour entrer dans le Royaume des cieux… ni de prophétiser en mon nom, ni de chasser les démons, ni même de faire des miracles… Il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux ». Dans l’évangile de ce jour, Jésus ne répond pas à la vaine curiosité de son interlocuteur. Il lui remet les deux pieds sur terre. Au lieu de poser des questions inutiles et de tenter de vous sécuriser par de vaines assurances, efforcez-vous plutôt maintenant et chaque jour de réaliser la volonté de Dieu. Alors, il y aura beaucoup d’appelés et beaucoup d’élus. Dans une lettre, attribuée à Barnabé, compagnon de Paul, l’auteur dit en substance : « Si vous ne voulez pas que parmi vous il y ait beaucoup d’appelés et peu d’élus, luttez pour garder les commandements de Dieu… Ne tombez pas dans l’erreur de ceux qui multiplient les jeûnes et les sacrifices, tout en cultivant de mauvaises pensées contre leur prochain… Dieu jugera le monde sans faire de différence entre les humains. Chacun recevra selon ce qu’il a fait »… Et de conclure : « Evitons de nous reposer, sous prétexte que nous sommes des chrétiens, des appelés, de peur que nous nous endormions dans nos péchés… « . Nous voici donc renvoyés, non pas aux statistiques, ni aux assurances, mais à nous-mêmes. Nous ne serons pas les bénéficiaires de privilèges, ni les victimes d’un numerus clausus. Le projet d’amour de Dieu est universel. Personne n’est exclu d’avance. Personne ne peut se prévaloir d’un droit ou d’une certitude. Le désir et l’espoir de Dieu, pourrait-on dire, est de voir sa maison remplie. Cependant, cette maison a une porte étroite, mais elle est ouverte. Non seulement elle est ouverte, mais Jésus précise dans l’évangile de Jean : « Je suis la Porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé… « . (Jn 10, 9). Mais il ne peut pas y avoir d’embouteillage, car Jésus tient à faire connaissance avec chacun. Je me souviens être entré à la basilique de la Nativité à Bethléem. Il faut savoir baisser la tête et même courber le dos. On l’appelle la « porte de l’humilité ». C’est tout un programme. Il n’y a pas d’interdit. Mais, manifestement, elle demande des efforts pour être franchie. « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ». En définitive, Jésus ne veut pas nous effrayer ni nous rassurer à peu de frais. Il veut nous rendre responsables et artisans d’un salut qu’il offre à tous. Tout en affirmant qu’il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers,  » il veut peut-être ainsi affirmer que le classement opéré par les hommes, au nom de la morale et en fonction des conduites visibles, sera remis en question par le Père qui, lui, voit dans le secret » (Frère Dominique).

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE DU 20E DIMANCHE ORDINAIRE C

12 août, 2016

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HOMÉLIE DU 20E DIMANCHE ORDINAIRE C

Jr 38, 4-6, 8-10 ; He 12, 1-4 ; Lc 12, 49 -53

De tout temps, les prophètes et les artisans de justice et de paix, de pardon et de la vérité, ont rencontré des réactions violentes, des oppositions farouches, une persécution sans pitié. Journaux, télévisions et radios nous en fournissent quotidiennement de nouveaux exemples et des preuves supplémentaires. Il n’y a guère de difficulté à lire la Bible au quotidien. Jérémie, par exemple, ce prêtre timide, émotif et sensible, pacifique et amoureux de la nature, devra, à cause même de sa foi, porter seul un fardeau écrasant. Prophète, il sera « homme de dispute et homme de querelle », en proie à l’hostilité générale et maudit de tous. Entouré de trahisons, il connaîtra angoisses et inquiétudes, lassitude et découragement, jusqu’à éprouver la tentation de « suivre à l’écart un plus doux sentier ». Celui qui déclarait « Je ne sais point parler » ne cessera de dénoncer à temps et à contretemps les illusions de son peuple et de ses gouvernants, qui cherchaient paix et sécurité en pactisant avec la violence. Faut-il s’étonner de le voir traiter de défaitiste et de le retrouver prisonnier de la boue au fond d’une citerne ? (1e lecture). Aujourd’hui, en bien des pays du monde, ils sont nombreux les Jérémie, hommes et femmes, prêtres et laïcs, noirs et blancs, jaunes et rouges, qui croupissent, souffrent et meurent dans des geôles ou dans des camps, pour avoir revendiqué justice, dénoncé la violence, réclamé le respect des droits de Dieu et ceux de la personne humaine. Même les grands de ce monde qui se font pèlerins de la paix, qu’ils s’appellent El Sadate, Hassan ou Pérès, éveillent les pires soupçons, déchaînent la violence de tous les fanatismes, au risque de leur vie. Jésus lui-même a été et sera toujours un facteur d’opposition, de violence et de division, puisqu’il dénonce les vanités d’ici-bas, offre une paix qui n’est pas celle du monde et qui va jusqu’à renverser son échelle des valeurs. La Parole de Dieu est un glaive à deux tranchants. Elle est une flamme d’amour, un feu dévorant, qui vient réduire en cendres les idoles, brûler chardons et mauvaises herbes qui défigurent et ruinent nos jardins intérieurs et les terres immenses qui doivent accueillir les semences du royaume de Dieu. Un feu purificateur qui transforme les boues de sable en lumineux cristal. L’esprit lui aussi, comme l’or, doit être purifié, et le cœur embrasé pour être vraiment capable d’aimer. Glaive ou feu, la Parole est provocante. Elle détruit et bâtit. Elle donne la mort et enfante à la vie. Elle corrige et renouvelle. Elle nous débarrasse de tout ce qui nous alourdit et nous entrave. Cette parole de feu se heurte aux murs de nos peurs du risque et des conflits, au bouclier qui protège notre tranquillité et notre paresse. A nos certitudes aussi, nos traditions sclérosées et nos habitudes canonisées qui sont autant de dangereux opiums. Jésus a dû affronter tous ces obstacles. Il a déchaîné soupçons, injures et violences jusque dans le rang des prêtres et des experts religieux, celui des croyants pieux et des défenseurs de la Loi. Ils n’ont pas apprécié d’être contredits, dérangés et secoués. Paul a bien raison de nous inviter aujourd’hui à « méditer l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité » (2e lecture). Une hostilité qu’il nous souhaite, dirait-on, car elle est signe du courage et de l’endurance d’une foi digne de celle du Maître. Preuve de notre résistance dans la lutte pour la paix et la justice, et donc contre le péché. Mais peut-être notre feu est-il étouffé par les soucis, les préoccupations, intérêts et plaisirs du « monde » ? Aucun disciple n’est plus protégé que le maître. Dans la mesure même de leur fidélité, tous seront feu et flamme qui suscitent l’opposition et sèment la division. Jusqu’au sein de la même famille ou de la même communauté, quand l’un veut thésauriser pour lui-même et l’autre partager avec les démunis. Division encore quand l’un veut se nourrir de la Parole et du pain impérissable et l’autre assouvir ses appétits terrestres, quand l’un bâtit sur les « Béatitudes » et que l’autre adore le veau d’or… Contradictions et rejets font partie de l’épreuve à courir. « Contrepartie de notre don à Dieu » ! Mais le Christ, cet entraîneur exceptionnel, est « à l’origine et au terme de la foi ».

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008 

ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

11 août, 2016

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MESSE EN LA SOLENNITÉ DE L’ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Église paroissiale San Tommaso da Villanova, Castel Gandolfo

Lundi 15 août 2011

Chers frères et sœurs,

Nous sommes réunis une fois de plus pour célébrer l’une des fêtes les plus antiques et les plus aimées dédiées à la Très Sainte Vierge Marie: la fête de son Assomption à la gloire du Ciel, corps et âme, c’est-à-dire de tout son être humain, dans l’intégrité de sa personne. Ainsi nous est donnée la grâce de renouveler notre amour à Marie, de l’admirer et de la louer pour les «grandes choses» que le Tout-Puissant a faites pour Elle et a opérées en Elle. En contemplant la Vierge Marie, une autre grâce nous est donnée: celle de pouvoir voir également notre vie en profondeur. Oui, car notre existence quotidienne elle aussi, avec ses problèmes et ses espérances, reçoit une lumière de la Mère de Dieu, de son parcours spirituel, de son destin de gloire: un chemin et un objectif qui peuvent et qui doivent devenir, d’une certaine façon, notre même chemin et notre même objectif. Nous nous laissons guider par les passages de l’Ecriture Sainte que nous propose la liturgie d’aujourd’hui. Je voudrais m’arrêter en particulier sur une image que nous trouvons dans la première lecture, tirée de l’Apocalypse, et à laquelle fait écho l’Evangile de Luc: c’est-à-dire celle de l’arche. Dans la première lecture, nous avons entendu: «Alors s’ouvrit le temple de Dieu, dans le ciel, et son arche d’alliance apparut, dans le temple» (Ap 11, 19). Quelle est la signification de l’arche? Qu’est-ce qui apparaît? Pour l’Ancien Testament, elle est le symbole de la présence de Dieu parmi son peuple. Mais désormais, le symbole a laissé la place à la réalité. Ainsi, le Nouveau Testament nous dit que la véritable arche de l’alliance est une personne vivante et concrète: c’est la Vierge Marie. Dieu n’habite pas un meuble, Dieu réside dans une personne, dans un cœur: Marie, Celle qui a porté dans son sein le Fils éternel de Dieu fait homme, Jésus, notre Seigneur et Sauveur. Dans l’arche — comme nous le savons — étaient conservées les deux tables de la loi de Moïse, qui manifestaient la volonté de Dieu de conserver l’alliance avec son peuple, en indiquant les conditions pour être fidèles au pacte de Dieu, pour être conformes à la volonté de Dieu et ainsi, également, à notre vérité profonde. Marie est l’arche de l’alliance car elle a accueilli en elle Jésus; elle a accueilli en elle la Parole vivante, tout le contenu de la volonté de Dieu, de la vérité de Dieu; elle a accueilli en elle Celui qui est l’alliance nouvelle et éternelle, qui a culminé dans le don de son corps et de son sang: un corps et un sang reçus de Marie. C’est donc à juste titre que la piété chrétienne, dans les litanies en l’honneur de la Vierge, s’adresse à Elle en l’invoquant comme Foederis Arca, c’est-à-dire «arche de l’alliance», arche de la présence de Dieu, arche de l’alliance d’amour que Dieu a voulu établir de façon définitive avec toute l’humanité dans le Christ. Le passage de l’Apocalypse veut indiquer un autre aspect important de la réalité de Marie. Arche vivante de l’alliance, Elle possède un destin de gloire extraordinaire, car elle est unie de façon si étroite au Fils qu’elle a accueilli dans la foi et engendré dans la chair, qu’elle en partage pleinement la gloire au ciel. C’est ce que nous suggèrent les paroles que nous avons entendues: «Un signe grandiose apparut au ciel: une Femme! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête; elle est enceinte… la Femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations…» (12, 1-2; 5). La grandeur de Marie, Mère de Dieu pleine de grâce, pleinement docile à l’action de l’Esprit Saint, vit déjà dans le Ciel de Dieu de toute sa personne, corps et âme. Saint Jean Damascène, en se référant à ce mystère, affirme dans une homélie célèbre: «Aujourd’hui la sainte et l’unique Vierge est amenée au temple céleste… Aujourd’hui l’arche sacrée et vivante du Dieu vivant, celle qui a porté dans son sein son Auteur, se repose dans le temple du Seigneur non fait de main d’homme…» (Deuxième homélie sur la dormition, 2, PG 96, 723) et poursuit: «Il fallait que celle qui avait donné asile au Verbe divin dans son sein, vînt habiter dans les tabernacles de son Fils… Il fallait que l’Epouse que le Père s’était choisie vînt habiter au ciel la demeure nuptiale» (ibid., 14, PG 96, 742). Aujourd’hui, l’Eglise chante l’amour immense de Dieu pour sa créature: elle l’a choisie comme véritable «arche de l’alliance», comme Celle qui continue à engendrer et à donner le Christ Sauveur à l’humanité, comme Celle qui partage au Ciel la plénitude de la gloire et jouit du bonheur même de Dieu et, dans le même temps, nous invite également à devenir, de notre modeste façon, une «arche» dans laquelle est présente la Parole de Dieu, qui est transformée et vivifiée par sa présence, lieu de la présence de Dieu, afin que les hommes puissent rencontrer dans l’autre homme la proximité de Dieu et vivre ainsi en communion avec Dieu et connaître la réalité du Ciel. L’Evangile de Luc que nous venons d’écouter (cf. Lc 1, 39-56), nous montre cette arche vivante, qu’est Marie, en mouvement: ayant quitté sa maison de Nazareth, Marie se met en route vers la montagne pour rejoindre en hâte une ville de Juda et se rendre à la maison de Zacharie et Elisabeth. Il me semble important de souligner l’expression «en hâte»: les choses de Dieu méritent qu’on se hâte; je dirais même que les seules choses au monde qui méritent que l’on se hâte sont précisément celles de Dieu, qui revêtent un caractère de véritable urgence pour notre vie. Alors Marie entre dans cette maison de Zacharie et Elisabeth, mais elle n’y entre pas seule. Elle y entre en portant dans son sein son fils, qui est Dieu lui-même fait homme. Il est certain qu’on l’attendait, ainsi que son aide, dans cette maison, mais l’évangéliste nous fait comprendre que cette attente renvoie à une autre, plus profonde. Zacharie, Elisabeth et le petit Jean-Baptiste sont, en effet, le symbole de tous les justes d’Israël, dont le cœur, riche d’espérance, attend la venue du Messie sauveur. Et c’est l’Esprit Saint qui ouvre les yeux d’Elisabeth et qui lui fait reconnaître en Marie la véritable arche de l’alliance, la Mère de Dieu, qui vient lui rendre visite. Et ainsi, la parente âgée l’accueille en poussant «un grand cri»: «Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein! Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur?» (Lc 1, 42-43). C’est le même Esprit Saint qui, devant Celle qui porte le Dieu fait homme, ouvre le cœur de Jean-Baptiste dans le sein d’Elisabeth. Elisabeth s’exclame: «Car, vois-tu, dès l’instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein» (v. 44). Ici, l’évangéliste Luc utilise le terme «skirtan», c’est-à-dire «sautiller», le même terme que nous trouvons dans l’une des plus anciennes traductions grecques de l’Ancien Testament pour décrire la danse du Roi David devant l’arche sainte qui est enfin revenue dans sa patrie (2 S 6, 16). Dans le sein de sa mère, Jean-Baptiste danse devant l’arche de l’Alliance, comme David; et il reconnaît ainsi: Marie est la nouvelle arche de l’alliance, devant laquelle le cœur exulte de joie, la Mère de Dieu présente dans le monde, qui ne garde pas pour elle cette divine présence, mais l’offre en partageant la grâce de Dieu. Et ainsi — comme le dit la prière — Marie est réellement «causa nostrae laetitiae», l’«arche» dans laquelle le Sauveur est réellement parmi nous. Chers frères! Nous parlons de Marie mais, dans un certain sens, nous parlons également de nous, de chacun de nous: nous aussi sommes les destinataires de l’amour immense que Dieu a réservé — certes, de façon absolument unique et irremplaçable — à Marie. En cette solennité de l’Assomption, tournons notre regard vers Marie: Elle nous ouvre à l’espérance, à un avenir plein de joie, et nous enseigne la voie pour y parvenir: accueillir dans la foi son Fils; ne jamais perdre l’amitié avec Lui, mais nous laisser illuminer et guider par sa parole; le suivre chaque jour, même dans les moments où nous sentons que nos croix deviennent lourdes. Marie, l’arche de l’alliance qui est dans le sanctuaire du Ciel, nous indique avec une clarté lumineuse que nous sommes en chemin vers notre véritable Maison, la communion de joie et de paix avec Dieu. Amen!

HOMÉLIE DU 19E DIMANCHE ORDINAIRE C

5 août, 2016

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HOMÉLIE DU 19E DIMANCHE ORDINAIRE C

Sg 18, 6-9 ; He 11, 1-2, 8-19 ; Lc 12, 32-48

Voici donc Jésus qui nous invite à faire de bons placements. A gérer intelligemment nos biens. A protéger nos richesses des voleurs, de la dévaluation et autres mauvaises surprises. Conseil de bonne gérance également… Etre attentif aux échéances, tenir ses comptes en ordre, ne pas puiser dans la caisse ni trop facilement « emprunter » pour satisfaire sa passion du jeu ou autres drogues.  Et cependant, il y a des risques à prendre. Vendre à temps, acheter à bon escient, surveiller le mouvement des capitaux, la température de la Bourse, les intuitions et estimations des experts. Il faut aussi du courage, de l’intelligence, de l’esprit d’initiative, de l’audace et pas mal de confiance. De toute manière, l’investissement prioritaire est à faire dans la construction du royaume tel qu’il a été conçu et présenté par le prophète de Nazareth. Une entreprise de grande envergure, royalement assurée contre toute faillite ou destruction. Il ne faut donc pas hésiter à vendre du périssable pour de l’impérissable, du fragile pour du solide, du provisoire pour du définitif. Ces placements miracles ne sont pas pour autant mépris ou suppression des investissements ordinaires « de père de famille ». Le « vendez ce que vous avez… », ce n’est pas uniquement renoncer à tout son avoir pour s’engager dans un « régime de pauvreté » volontaire, pour être davantage riche en son « être »… Vendre, c’est aussi sortir son cœur du coffre-fort, emprisonné qu’il est au milieu des titres et des bijoux, des pièces d’or et des couverts d’argent… Vendre, c’est bien user de la richesse périssable « en intendant et non en jouisseur », comme l’enseignait Jean Chrysostome. C’est « user justement des biens qui sont dans notre main comme des outils. Ils servent à la justice » (selon Clément d’Alexandrie). Vendre, c’est encore se souvenir efficacement et très concrètement que tous les biens dont nous sommes bénéficiaires, richesse de cœur et d’esprit, de foi et de culture, d’héritage et d’économie, sont des dons de Dieu, confiés à notre charité pour qu’ils puissent rendre d’autres heureux. Que l’on aie des bien en abondance ou que l’on soit réduit à la portion congrue par circonstances ou par vocation, il y a toujours quelque chose à gérer, à donner et à partager, pour exprimer la solidarité des fils et filles de Dieu. L’intendant et le serviteur intelligents et fidèles mettent tout en œuvre pour que tous puissent disposer du nécessaire et exister vraiment. Le royaume n’est-il pas la société de la communion fraternelle où l’être humain vaut plus que l’argent ? Il faut être désintoxiqué de la drogue de l’avoir pour acquérir un cœur vraiment fraternel et pouvoir ainsi travailler passionnément et patiemment dans le champ ou la vigne du Seigneur jusqu’à ce qu’il revienne de nuit ou de jour, annoncé ou à l’improviste. Nous voici donc réinvités à retrousser nos manches, à nous dépouiller de tout ce qui alourdit notre marche. Le Maître nous a confié la gérance de biens innombrables et très divers pour qu’ils produisent des fruits en abondance. Nous voici rendus au courage et à l’espérance, arrachés aux nostalgies paralysantes et projetés vers l’avenir. La vie et le paradis sont devant et non derrière nous. Depuis Abraham, les aventuriers de la foi sont « à la recherche d’une autre patrie » (2e lecture) et refusent ainsi de fixer l’ancre en terre passagère. C’est en se libérant constamment des entraves, en se dépossédant de tous les carcans, qu’ils avancent, guidés par « des réalités qu’on ne voit pas », mais qui permettent de « posséder déjà ce qu’on espère ». « Seigneur, ton esprit, feu et tempête de l’amour, nous bouscule, secoue nos léthargies, nous donne un regard vigilant sur notre environnement familial, notre quartier, notre pays et sur le monde entier… », écrit Michel Hubaut en priant cette parabole (1). « Seigneur, arrache-nous à l’assoupissement, à l’habitude, à la médiocrité, à l’éparpillement. Ne nous laisse pas anesthésier par la surabondance, chloroformer par les discours des bateleurs publics, assourdir par le vacarme des slogans à la mode » (…) « Seigneur, rends-nous disponibles au murmure de ton esprit qui sans cesse nous redit : Où l’amour n’est-il pas aimé ? Où la vie est-elle piétinée ? Où l’être humain est-il méprisé ? Où l’espérance est-elle menacée ? Où le règne de Dieu n’est-il pas encore manifesté ? » Qui oserait dire qu’il n’a pas de réponse à donner lui-même à ces questions

(1) « Prier les paraboles : accueillir le Royaume de Dieu », Michel Hubaut, DDB 2008, 269 pp.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

VEILLÉE PASCALE – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

4 août, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2009/documents/hf_ben-xvi_hom_20090411_veglia-pasquale.html

VEILLÉE PASCALE – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

(Je choisis cette catéchèse pour le symbolisme de la lumière)

Basilique Vaticane

Samedi Saint, 11 avril 2009  

Chers Frères et Sœurs !

Dans son Évangile saint Marc nous raconte que les disciples, en descendant du mont de la Transfiguration, discutaient entre eux, se demandant ce que voulait dire « ressusciter d’entre les morts » (cf. Mc 9,10). Peu avant, le Seigneur leur avait annoncé sa passion et sa résurrection après trois jours. Pierre avait protesté à l’annonce de sa mort. Mais maintenant, ils se demandaient comment pouvait être compris le terme de « résurrection ». Est-ce que cela ne nous arrive pas à nous aussi ? Noël, la naissance de l’Enfant divin, nous est en quelque sorte compréhensible de manière immédiate. Nous pouvons aimer l’Enfant, nous pouvons imaginer la nuit de Bethléem, la joie de Marie, la joie de saint Joseph et des bergers ainsi que la jubilation des anges. Mais la résurrection ? – qu’est-ce que c’est ? Cela n’entre pas dans le cadre de nos expériences, et ainsi le message reste souvent, dans une certaine mesure, incompris, il apparaît comme quelque chose du passé. L’Église essaie de nous introduire à sa compréhension, en traduisant cet événement mystérieux par le langage des symboles dans lesquels nous pouvons en quelque manière contempler ce fait bouleversant. Dans la Veillée pascale, elle nous montre la signification de ce jour essentiellement à travers trois symboles : la lumière, l’eau et le cantique nouveau – l’alléluia.

Il y a tout d’abord la lumière. La création de Dieu – dont nous venons d’entendre le récit biblique – commence par ces paroles : « Que la lumière soit ! » (Gn 1, 3). Là où il y a la lumière, la vie apparaît, le chaos peut se transformer en cosmos. Dans le message biblique, la lumière est l’image la plus immédiate de Dieu : Il est tout entier Clarté, Vie, Vérité, Lumière. Dans la Veillée pascale, l’Église lit le récit de la création comme une prophétie. Dans la résurrection, ce que ce texte décrit comme le début de toutes choses, s’accomplit d’une manière plus sublime. Dieu dit à nouveau : « Que la lumière soit ! ». La résurrection de Jésus est une irruption de lumière. La mort a été vaincue, le sépulcre est grand ouvert. Le Ressuscité est lui-même la Lumière, la Lumière du monde. Avec la résurrection, le jour de Dieu entre dans les nuits de l’histoire. A partir de la résurrection, la lumière de Dieu se répand dans le monde et dans l’histoire. Le jour se lève. Seule cette Lumière – Jésus Christ – est la lumière véritable, bien plus que le phénomène physique de lumière. Il est la Lumière pure : Dieu lui-même, qui fait naître une nouvelle création au cœur de l’ancienne, transforme le chaos en cosmos.

Efforçons-nous de comprendre cela un peu mieux encore. Pourquoi le Christ est-il Lumière ? Dans l’Ancien Testament, la Torah était considérée comme la lumière venant de Dieu pour le monde et pour les hommes. Dans la création elle sépare la lumière des ténèbres, c’est-à-dire le bien du mal. Elle indique à l’homme la voie juste pour qu’il puisse vivre véritablement. Elle lui indique le bien, elle lui montre la vérité et elle le conduit vers l’amour, qui est son contenu le plus profond. Elle est « une lampe» sur nos pas et « une lumière » sur le chemin (cf. Ps 118, 105). Les chrétiens d’ailleurs le savaient : la Torah est présente dans le Christ, la Parole de Dieu est présente en Lui en tant que Personne. La Parole de Dieu est la vraie Lumière dont l’homme a besoin. Cette Parole est présente en Lui, dans le Fils. Le Psaume 18 compare la Torah au soleil qui, à son lever, manifeste la gloire de Dieu de manière visible dans le monde entier. Les chrétiens comprennent : oui, dans la résurrection le Fils de Dieu a surgi comme Lumière sur le monde. Le Christ est la grande Lumière d’où provient toute vie. Il nous fait reconnaître la gloire de Dieu d’un bout du monde à l’autre. Il nous montre la route. Il est le jour de Dieu qui, désormais, à mesure qu’il grandit, se répand sur toute la terre. Maintenant, en vivant avec Lui et par Lui, nous pouvons vivre dans la lumière.

Dans la Veillée pascale, l’Église représente le mystère de lumière du Christ par le signe du cierge pascal, dont la flamme est à la fois lumière et chaleur. Le symbolisme de la lumière est lié à celui du feu : luminosité et chaleur, luminosité et énergie de transformation contenue dans le feu – vérité et amour vont ensemble. Le cierge pascal brûle et ainsi il se consume : la croix et la résurrection sont inséparables. De la croix, de l’autodonation du Fils, naît la lumière, advient la vraie luminosité du monde. C’est au cierge pascal que tous nous allumons notre cierge, surtout celui des nouveaux baptisés, pour lesquels le Sacrement fait descendre dans les profondeurs de leur cœur la lumière du Christ. L’Église antique qualifiait le Baptême de fotismos, sacrement de l’illumination, communication de la lumière, et elle le reliait inséparablement à la résurrection du Christ. Dans le Baptême, Dieu dit à celui qui va recevoir le sacrement : « Que la lumière soit ! ». Celui-ci est alors introduit dans la lumière du Christ. Le Christ sépare alors la lumière des ténèbres. En Lui nous pouvons reconnaître ce qui est vrai et ce qui est faux, ce qui est luminosité et ce qui est obscurité. Avec Lui, jaillit en nous la lumière de la vérité et nous commençons à comprendre. Lorsqu’un jour Jésus vit venir à lui les foules qui se rassemblaient pour l’écouter et qui attendaient de lui une orientation, il en eut pitié, car ils étaient comme des brebis sans berger (cf. Mc 6, 34). Au milieu des courants contraires de l’époque, ils ne savaient pas vers qui aller. Combien sa compassion doit être grande aussi pour notre temps devant tous les grands discours derrière lesquels se cache en réalité un profond désarrois ! Où devons-nous aller ? Quelles sont les valeurs sur lesquelles nous pouvons nous régler ? Les valeurs selon lesquelles nous pouvons éduquer les jeunes, sans leur donner des règles qui peut-être ne résisteront pas, ni exiger d’eux des choses qui peut-être ne doivent pas leur être imposées ? Il est la Lumière. Le cierge du baptême est le symbole de l’illumination qui nous est communiquée par le Sacrement. C’est ainsi, qu’en cette heure, saint Paul nous parle d’une manière très directe. Dans la Lettre aux Philippiens, il dit qu’au sein d’une génération dévoyée et pervertie les chrétiens doivent briller comme des astres dans l’univers (cf. Ph 2, 15). Prions le Seigneur pour qu’au milieu de la confusion de ce temps, la petite flamme du cierge qu’Il a allumée en nous,  la lumière délicate de sa parole et de son amour, ne s’éteigne pas en nous, mais qu’elle grandisse et devienne toujours plus lumineuse. Afin que nous soyons, avec Lui, des fils du jour, des foyers de lumière pour notre temps.

Le deuxième symbole de la Veillée pascale – de la nuit du Baptême – est l’eau. Dans la Sainte Écriture, et donc également dans la structure intérieure du sacrement du Baptême, elle apparaît avec deux sens opposés. Il y a d’une part la mer qui est vue comme la puissance antagoniste de la vie sur la terre, comme une menace permanente, à laquelle toutefois Dieu a imposé une limite. Pour cette raison l’Apocalypse dit en parlant du monde nouveau de Dieu qu’il n’y aura plus de mer (cf. 21, 1). C’est l’élément de la mort. Et il devient ainsi la représentation symbolique de la mort de Jésus en croix : le Christ est descendu dans la mer, dans les eaux de la mort comme Israël dans la Mer Rouge. Relevé de la mort, Il nous donne la vie. Cela signifie que le Baptême n’est pas seulement un bain, mais une nouvelle naissance : avec le Christ nous descendons quasiment dans l’océan de la mort, pour remonter comme des créatures nouvelles.

L’eau nous est présentée aussi d’une autre manière : comme la source fraîche qui donne la vie, ou aussi comme le grand fleuve d’où provient la vie. Selon la règle primitive de l’Église, le Baptême devait être administré avec de l’eau de source vive. Sans eau, il n’y a pas de vie. L’importance que les puits revêtent dans la Sainte Écriture est frappante. Ce sont des lieux où jaillit la vie. Près du puits de Jacob, le Christ annonce à la Samaritaine le puits nouveau, l’eau de la vraie vie. Il se manifeste à elle comme le nouveau Jacob, le Jacob définitif, qui ouvre à l’humanité le puits qu’elle attend : l’eau qui donne la vie qui ne s’épuise jamais (cf. Jn 4, 5-15). Saint Jean nous raconte qu’un soldat avec une lance perça le côté de Jésus et que, de son côté ouvert – de son cœur transpercé –, sortit du sang et de l’eau (cf. Jn 19, 34). L’Église primitive y a vu un symbole du Baptême et de l’Eucharistie qui dérivent du cœur transpercé de Jésus. Dans la mort, Jésus est devenu Lui-même la source. Au cours d’une vision, le prophète Ézéchiel avait vu le nouveau Temple duquel jaillit une source qui devient un grand fleuve qui donne la vie (cf. Ez 47, 1-12) – dans une terre qui souffrait toujours de la soif et du manque d’eau, c’était là une grande vision d’espérance. La chrétienté des débuts a compris : dans le Christ, cette vision s’est réalisée. Il est le vrai et vivant Temple de Dieu. C’est Lui la source d’eau vive. De lui jaillit le grand fleuve qui, dans le Baptême, fait fructifier le monde et le renouvelle, le grand fleuve d’eau vive, son Évangile qui rend la terre féconde. Jésus a cependant prophétisé une chose encore plus grande. Il dit : « celui qui croit en moi… des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur » (Jn 7, 38). Dans le Baptême, le Seigneur fait de nous non seulement des personnes de lumière, mais aussi des sources d’où jaillit l’eau vive. Nous connaissons tous de telles personnes, qui nous laissent en quelque sorte rafraîchis et renouvelés ; des personnes qui sont comme une source vive d’eau pure. Nous ne devons pas nécessairement penser à des personnes remarquables comme Augustin, François d’Assise, Thérèse d’Avila, Mère Teresa de Calcutta, etc., par lesquelles des fleuves d’eau vive sont vraiment entrées dans l’histoire. Dieu merci, ces personnes qui sont une source, nous les trouvons aussi continuellement dans notre vie quotidienne. Certes, nous rencontrons aussi le contraire : des personnes dont émane une atmosphère semblable à celle provenant d’un étang où l’eau stagne ou qui est même empoisonnée. Demandons au Seigneur, qui nous a donné la grâce du Baptême, de pouvoir être toujours des sources d’eau pure, fraîche, jaillissant de la source de sa vérité et de son amour !

Le troisième grand symbole de la Veillée pascale est de nature toute particulière ; il implique l’homme lui-même. C’est entonner le chant nouveau – l’alléluia. Quand un homme fait l’expérience d’une grande joie, il ne peut pas la garder pour lui. Il doit l’exprimer, la communiquer. Mais qu’arrive-t-il lorsqu’une personne est touchée par la lumière de la Résurrection et entre ainsi en contact avec la Vie même, avec la Vérité et avec l’Amour ? Elle ne peut pas se contenter simplement d’en parler. Parler ne suffit plus. Elle doit chanter. L’acte de chanter est mentionné pour la première fois dans la Bible après le passage de la Mer Rouge. Israël s’est libéré de l’esclavage. Il est sorti des profondeurs menaçantes de la mer. Il est comme né de nouveau. Il vit et il est libre. La Bible décrit la réaction du peuple face à ce grand événement du salut par la phrase : « Le peuple mit sa foi dans le Seigneur et dans son serviteur Moïse » (Ex 14, 31). Il s’ensuit la deuxième réaction qui, par une sorte de nécessité intérieure, surgit de la première : « Alors Moïse et les fils d’Israël chantèrent ce cantique au Seigneur… ». Durant la veillée pascale, chaque année, nous qui sommes chrétiens, nous entonnons après la troisième lecture ce chant, nous le chantons comme notre chant, parce que nous aussi, à travers la puissance de Dieu, nous avons été tirés hors de l’eau, libérés et rendus à la vraie vie.

En ce qui concerne l’histoire du chant de Moïse après la libération d’Israël de l’Égypte et après la remontée de la Mer Rouge, on trouve un parallélisme surprenant dans l’Apocalypse de saint Jean. Avant le début des sept derniers fléaux imposés à la terre, au voyant apparaît quelque chose « comme une mer transparente, et pleine de flammes ; et, debout au bord de cette mer transparente, il y avait tous ceux qui ont remporté la victoire sur la Bête, sur son image et le chiffre contenu dans les lettres de son nom. Ils tiennent en main les harpes de Dieu, et ils chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, le cantique de l’Agneau… » (Ap 15, 2s). Cette image décrit la situation des disciples de Jésus Christ à toutes les époques, la situation de l’Église dans l’histoire de ce monde. Considérée humainement, elle est en elle-même contradictoire. D’un côté, la communauté se trouve dans l’Exode, au milieu de la Mer Rouge. Dans une mer qui, paradoxalement, est à la fois de glace et de feu. Et l’Église ne doit-elle pas toujours marcher, pour ainsi dire, sur la mer, à travers le froid et le feu ? Humainement parlant, elle devrait sombrer. Mais tandis qu’elle marche encore au milieu de la Mer Rouge, elle chante – elle entonne le chant de louange des justes : le chant de Moïse et de l’Agneau, dans lequel s’accordent l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. Alors qu’au fond elle devrait sombrer, l’Église chante le chant d’action de grâce de ceux qui sont sauvés. Elle marche sur les eaux de mort de l’histoire et toutefois elle est déjà ressuscitée. En chantant, elle s’agrippe à la main du Seigneur, qui la tient au-dessus des eaux. Et elle sait qu’ainsi elle est hissée hors de la force de gravité de la mort et du mal – force à de laquelle il serait impossible autrement d’échapper – qu’elle est élevée et attirée au sein de la force de gravité de Dieu, de la vérité et de l’amour. Pour l’instant, l’Église et nous tous nous nous trouvons encore entre les deux champs de gravité. Mais depuis que le Christ est ressuscité, la gravitation de l’amour est plus forte que celle de la haine ; la force de gravité de la vie est plus forte que celle de la mort. N’est-ce pas là réellement la situation de l’Église de tout temps, notre situation ? On a toujours l’impression qu’elle doit sombrer et, toujours, elle est déjà sauvée. Saint Paul a décrit cette situation par ces mots : « On nous croit mourants, et nous sommes bien vivants » ( 2 Co 6, 9). La main salvatrice du Seigneur nous soutient, et ainsi nous pouvons chanter dès à présent le chant de ceux qui sont sauvés, le chant nouveau de ceux qui sont ressuscités : alléluia ! Amen.

 

HOMÉLIE DU 17E DIMANCHE ORDINAIRE C

23 juillet, 2016

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HOMÉLIE DU 17E DIMANCHE ORDINAIRE C

Gn 18, 20-32 ; ( Col 2, 12-14) ; Lc 11, 1-13

Pour faire mieux comprendre les réalités spirituelles, rien de tel que d’utiliser des exemples concrets de la vie courante. C’est ce que fait l’auteur de la Genèse en utilisant une vieille légende et les habitudes du marchandage oriental de l’époque. Une époque qui n’est plus la nôtre. Jésus, lui aussi, pour donner son enseignement sur la prière, utilise deux faits divers qui faisaient partie de la vie ordinaire du village. C’est beaucoup plus clair qu’une simple théorie. Après avoir consulté le premier et le deuxième Testament, rappelons deux faits divers : 1) Au cours d’une fancy fair fluviale, un membre éminent du Parlement britannique tombe dans la Tamise. Rapidement repêché, sous les yeux gourmands des caméras de la télévision, la victime commente : « Tout va bien, mais une seule chose m’inquiète. Au départ, nous avions reçu la bénédiction de l’archevêque de Cantorbery. Manifestement, sa prière n’a guère été exaucée. » 2) En Inde, un ministre des communications qui déclare :  » Les chemins de fer indiens sont de la responsabilité du Seigneur (Dieu), Vishwakarma ; il en va ainsi de la sécurité des passagers. C’est son devoir, pas le mien ». Deux exemples de la vie ordinaire, qui reflètent une certaine conception de la prière, que l’on retrouve parmi les croyants dans toutes les religions. Il y a évidemment ceux qui doutent de l’utilité et de l’efficacité de la prière. Ils ont tort. D’autres la trouvent ennuyeuse et difficile. Elle ne l’est pas. Un certain nombre lui attribue des vertus magiques, et même l’efficacité d’un chantage. Ce qui est une erreur. Nous prions avec conviction pour la guérison d’un malade. Nous n’aurons peut-être que sa mort comme réponse. On prie et l’on fait prier pour conserver son travail, et l’on se retrouve au chômage. Il y a des prières qui se terminent par des déceptions, voire même des révoltes. Jésus cependant, et tous les prophètes avant lui et après lui, ont répété : « Demandez et vous obtiendrez. Qui demande, reçoit ». Alors ? Très souvent, nous supplions Dieu de nous épargner échecs et souffrances. Et nous pensons un peu légèrement que sa toute puissance doit se traduire par la satisfaction de nos désirs immédiats, y compris réussir un examen, obtenir du beau temps pour « mes » vacances. « Père, dites une bonne prière pour moi. Je joue au Lotto. Si je gagne le gros lot, je n’oublierai pas vos œuvres » ! Quand Jésus parle de la prière, c’est autre chose. Ce qu’il a appris à ses disciples, ce ne sont pas des formules de prière, mais un art de prier, qui est en même temps un art de vivre. Prier, c’est d’abord établir une relation de confiance. Ouvrir notre porte, permettre à Dieu en quelque sorte de venir habiter en nous et nous laisser transformer par lui. La meilleure école de prière est évidemment celle que Jésus nous offre, par son exemple et son enseignement. Une prière filiale. Papa. Comme on dit « Maman ». Matthieu dira « Notre Père ». Nous ne sommes pas des enfants uniques. Nous avons des frères et des sœurs de la grande famille humaine, dont nous sommes solidaires, et nous sommes aussi un peu leur porte parole. Jésus se situe dans la perspective d’une société à bâtir, un royaume d’amour, de justice et de paix. Et c’est à la lumière de l’aboutissement de ce projet qu’il regardait et jugeait toute chose, y compris les risques d’une opposition et d’une condamnation. Dès lors, la véritable prière oriente nos démarches, et donc aussi nos demandes, vers l’essentiel. Dans la logique d’un monde renouvelé. Ainsi, la prière nous met à l’écoute du Verbe de Dieu, pour que nous puissions laisser modeler notre vie par la sienne. Ecouter la Parole, disait Jean Paul II, c’est la chose la plus importante au monde. D’ailleurs, la prière que Jésus nous a laissée est moins une formule à réciter qu’un programme de vie à réaliser. C’est moins obtenir ce que nous demandons que de devenir autre et d’apprendre à voir les personnes, le monde, les événements, autrement. L’écouter, c’est se laisser transformer. Communier à son amour, c’est prendre le risque d’aimer comme lui. Participer à ses projets, c’est bouleverser nos ambitions trop humaines. Oui, quand on demande, on reçoit, quand on frappe, la porte s’ouvre, et LA réponse c’est de recevoir l’Esprit Saint, pour que dans les situations que nous lui avons présentées, nous puissions agir et réagir selon le même Esprit. Ainsi, en découvrant le pardon de Dieu à mon égard, je devrais comprendre que je dois moi aussi pardonner. « Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient. » Tout comme en apprenant à mieux le connaître, j’en viendrai à lui exprimer mon admiration et ma reconnaissance. Dans cette perspective, l’eucharistie est un modèle de prière, puisqu’elle nous met à l’écoute du Verbe, Parole de Dieu, qui nous apprend ce qu’il attend de nous. Accueillir son Esprit d’amour, de pardon et de paix. Notre prière alors peut s’étaler en demandes et en remerciements, en cris d’angoisse et en cris de joie. Elle peut s’exprimer en admiration et en interrogation, en termes de tendresse ou de repentir. Elle nous conduit à la pleine communion. Ainsi la prière, et donc l’eucharistie, peut transformer le découragement en espérance, réveiller les endormis, en faire des acteurs et des bâtisseurs. La contemplation provoque l’action et la nourrit. Pour apprendre à prier et pour prier il n’y a ni truc ni recette ni ficelle. Mais il y a l’école du Christ et le témoignage de nombreux priants. Aujourd’hui, nous disposons de moyens considérables, pour apprendre à prier, à méditer, à contempler. Sur Internet, il y a un choix étonnant, pour toutes les sensibilités. Mais, pas facile de bien choisir. Il existe même de petits ouvrages qui permettent de passer quelques minutes, durant 15 jours, en compagnie d’un maître spirituel, homme ou femme. A domicile. Une collection, riche de plus de 100 volumes… Que ce soit le curé d’Ars ou Thérèse d’Avila, François d’Assise ou sainte Claire, Teilhard de Chardin ou Don Helder Camara, Mère Teresa ou Colomba Marmion. (Ed. Nouvelle Cité)

Nous n’avons que l’embarras du choix.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE 15E DIMANCHE ORDINAIRE C

7 juillet, 2016

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HOMÉLIE 15E DIMANCHE ORDINAIRE C

Dt 30, 10-14 ; (Col 1, 15-20) ; Lc 10, 25-37

Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles ! Ainsi, il m’arrive régulièrement, comme à vous, probablement, d’être heureusement surpris, parfois même émerveillé, en découvrant dans la vie courante des actes de courage et de générosité, des initiatives de solidarité ou de pardon, là où je ne m’y attendais pas du tout. Ce qui me rappelle un témoignage d’André Chouraqui, déclarant  : Moi qui suis juif, « je n’ai pas besoin de recevoir un baptême chrétien pour agir en frère avec les chrétiens ». Ce qui est exact. La Bible nous offre bien des exemples comparables. Des siècles avant Jésus Christ, par exemple, l’armée des Samaritains, écrase la troupe des juifs de Juda, leurs frères ennemis. Surprenant pour l’époque, les prisonniers seront soignés, nourris, habillés par les vainqueurs, puis reconduits parmi leurs frères, à Jéricho (2 Chr 28, 15). Et là, les juifs orthodoxes ont pu constater que leurs ennemis héréditaires pouvaient, en pratique, se comporter d’une manière exemplaire, malgré leurs doctrines et leurs cultes schismatiques. Juifs et Samaritains étaient, de fait, séparés par une véritable haine congénitale. Tout en se réclamant chacun de la même Loi de Moïse, de la même Parole prophétique, dite Parole de Dieu. Ce qui n’a rien d’extraordinaire ou d’exceptionnel, car une loi peut être bien ou mal comprise, bien ou mal interprétée, selon la lettre ou selon l’esprit, avec une mentalité ouverte ou, au contraire, étroite et craintive. Or, dans la Bible, le Dieu de la Loi est moins un Dieu autoritaire qu’un Dieu du dialogue, qui aime parler pour se faire entendre et qui attend qu’on lui réponde. C’est ainsi qu’on a pu dire qu’il y a dans le premier Testament une histoire du détournement du vrai sens de la Loi, malgré les appels répétés des prophètes. Tandis que l’Evangile, se présente comme une invitation pressante et constante à retrouver le vrai sens de la Loi, tel qu’il se manifeste en Jésus, dans sa parole et dans ses actes. Retrouver le vrai sens de la Loi, ce n’est évidemment pas la supprimer. C’est lui rendre toute sa vérité, son idéal, pour pouvoir l’accomplir plus fidèlement. Or, la source de la Loi, c’est le dynamisme même de la vie qui jaillit de l’amour parfait. Et cet amour parfait, c’est l’être même de Dieu. Dieu est amour. Dieu est l’Amour. Il n’empêche qu’une loi d’amour peut être détournée, et même tuée par le légalisme, par exemple, c’est-à-dire l’obsession de la lettre, qui peut en trahir l’esprit. Comme on le voit encore aujourd’hui chez les fanatiques de tout poil. D’ailleurs, l’apôtre Paul a très souvent polémiqué contre la Loi telle qu’elle était interprétée et incarnée par certains tenants d’un judaïsme rigide, formaliste et intransigeant. Ce qui vaut tout autant pour le christianisme. C’est ce que démontre la parabole du Samaritain. D’abord, il ne s’agit pas d’ »un bon Samaritain », ni d’un Samaritain exceptionnel, mais bien d’un Samaritain ordinaire. Un sans loi. Un homme, écrit Luc. Avant lui, nous trouvons deux fonctionnaires du sacré, excellents connaisseurs des lois, rites et règlements. La célébration liturgique terminée, ils sortent du Temple et retournent chez eux… Sur la même route, dans le fossé, un anonyme, victime d’un « car jacking », battu, blessé, couvert de sang, dépouillé de son portefeuille, de ses cartes de crédit et de son portable, dirions-nous aujourd’hui. Voilà les fonctionnaires du Temple confrontés à un cas de conscience. En effet, ils sont de service pour le sacrifice du soir. D’où, obligation de rester purs de tout contact avec du sang ou un cadavre, précise la loi de pureté. Un règlement sacré. Pas question de prendre des risques. Ils vont donc interpréter la loi de pureté à la lettre… Ils changent de trottoir. Priorité absolue à la loi religieuse et à la validité du culte. En réalité, ils dissocient arbitrairement l’amour de Dieu et l’amour du prochain, comme s’il n’y avait pas une relation étroite et indissoluble entre les deux. L’unique commandement d’amour, en effet, a deux dimensions inséparables : une verticale et une horizontale. Le troisième passant, c’est le Samaritain. Ce mal pensant, ce pelé, ce galeux, qui, lui est saisi de compassion, pris aux tripes. Comme on le verra dans une autre page de l’évangile, avec Jésus, saisi de compassion à la vue de la veuve de Naïn. Il ne pense pas d’abord à lui, mais à l’autre. De même, le Samaritain, qui réagit en prenant des initiatives interdites, selon les interprétations rigoristes et ritualistes de la Loi. De plus, il ne va pas se contenter du minimum d’assistance à personne en danger. Il songe même à la suite, jusqu’à y consacrer du temps et de l’argent. Or, Jésus va prendre l’hérétique-Samaritain comme un modèle d’application concrète du grand précepte de la Loi. Car aimer son prochain, c’est aussi se débarrasser de préjugés de races, de castes, de nationalités, de religions. C’est donc zéro à l’examen pour les spécialistes du culte,  pourtant parfaitement compétents en la matière. Mais qui, en définitive, est le prochain ? En réalité, la Loi ne le précise pas. D’où, la question du disciple. Pour Jésus, et contrairement à l’opinion courante, le prochain est celui qui manifeste de la miséricorde et non pas l’homme en détresse, laissé sur la route et bénéficiaire du geste de compassion. Le prochain, ce n’est donc pas l’autre à aimer et à secourir, mais bien celui qui s’est fait proche de lui. Celui qui ne consulte pas d’abord et scrupuleusement le règlement, mais qui s’approche au lieu de changer de trottoir ou de rester à distance. Et plutôt que de discuter, il met la main à la pâte. C’est ce que nous sommes invités à faire.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS EN ARMÉNIE (24-26 JUIN 2016)

28 juin, 2016

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2016/documents/papa-francesco_20160625_omelia-armenia-gyumri.html

VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS EN ARMÉNIE (24-26 JUIN 2016)

MESSE

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

Gyumri, Place Vartanants

Samedi 25 juin 2016

« Ils rebâtiront les ruines antiques, ils relèveront les demeures dévastées » (Is 61, 4). En ces lieux, chers frères et sœurs, nous pouvons dire que se sont réalisées les paroles du prophète Isaïe que nous venons d’écouter. Après les terribles destructions du tremblement de terre, nous nous trouvons ici aujourd’hui pour rendre grâce à Dieu pour tout ce qui a été reconstruit. Nous pourrions cependant nous demander aussi : qu’est-ce que le Seigneur nous invite à construire aujourd’hui dans la vie, et surtout : sur quoi nous appelle-t-il à construire notre vie ? Je voudrais vous proposer, en cherchant à répondre à cette question, trois fondements stables sur lesquels nous pouvons édifier et réédifier notre vie chrétienne, sans nous lasser.Le premier fondement est la mémoire. Une grâce à demander est celle de savoir récupérer la mémoire, la mémoire de ce que le Seigneur a accompli en nous et pour nous : se rappeler que, comme dit l’Évangile d’aujourd’hui, lui ne nous pas oubliés, mais qu’il « s’est souvenu » (Lc 1, 72) de nous : il nous a choisis, aimés, appelés et pardonnés ; il y a eu de grands événements dans notre histoire personnelle d’amour avec lui, qui doivent être ravivés par l’esprit et par le cœur. Mais il y a aussi une autre mémoire à garder : la mémoire du peuple. Les peuples ont en effet une mémoire, comme les personnes. Et la mémoire de votre peuple est très ancienne et précieuse. Dans vos voix résonnent celles des saints sages du passé ; dans vos paroles il y a l’écho de celui qui a créé votre alphabet en vue d’annoncer la parole de Dieu ; dans vos chants fusionnent les gémissements et les joies de votre histoire. En pensant à tout cela, vous pouvez reconnaître certainement la présence de Dieu : il ne vous a pas laissés seuls. Même dans les adversités redoutables, nous pourrions dire avec l’Évangile d’aujourd’hui, le Seigneur a visité votre peuple (cf. Lc 1, 68) : il s’est souvenu de votre fidélité à l’Évangile, de la primeur de votre foi, de tous ceux qui ont témoigné, même au prix du sang, que l’amour de Dieu vaut plus que la vie (cf. Ps 63, 4). Il est beau pour vous de pouvoir vous souvenir avec gratitude que la foi chrétienne est devenue la respiration de votre peuple et le cœur de sa mémoire. La foi est aussi l’espérance pour votre avenir, la lumière sur le chemin de la vie et c’est le deuxième fondement dont je voudrais vous parler. Il y a toujours un danger, qui peut faire pâlir la lumière de la foi : c’est la tentation de la réduire à quelque chose du passé, à quelque chose d’important mais qui appartient à d’autres temps, comme si la foi était un beau livre de miniatures à conserver dans un musée. Or, enfermée dans les archives de l’histoire, la foi perd sa force transformatrice, sa beauté vivante, son ouverture positive envers tous. La foi, au contraire, naît et renaît de la rencontre vivifiante avec Jésus, de l’expérience de sa miséricorde qui éclaire toutes les situations de la vie. Raviver chaque jour cette rencontre vivante avec le Seigneur nous fera du bien. Lire la parole de Dieu et nous ouvrir à son amour dans la prière silencieuse nous fera du bien. Permettre à la rencontre avec la tendresse du Seigneur d’allumer la joie dans notre cœur nous fera du bien : une joie plus grande que la tristesse, une joie qui résiste même face à la souffrance, en se transformant en paix. Tout cela renouvelle la vie, la rend libre et docile aux surprises, prête et disponible au Seigneur et aux autres. Il peut également arriver que Jésus appelle à le suivre de plus près, à lui consacrer la vie ainsi qu’aux frères : quand il invite, surtout vous les jeunes, n’ayez pas peur, dites-lui ‘‘oui’’ ! Il nous connaît, il nous aime vraiment, et il désire libérer le cœur du poids de la crainte et de l’orgueil. En lui faisant place, nous devenons capables de rayonner d’amour. Vous pourrez ainsi donner une suite à votre grande histoire d’évangélisation, dont l’Église et le monde ont besoin en ces temps difficiles, qui cependant sont aussi les temps de la miséricorde.

Le troisième fondement, après la mémoire et la foi, est justement l’amour miséricordieux : c’est sur ce roc, sur le roc de l’amour reçu de Dieu et offert au prochain, que se fonde la vie du disciple de Jésus. Et c’est en vivant la charité que le visage de l’Église rajeunit et devient attrayant. L’amour concret est la carte de visite du chrétien : d’autres manières de se présenter peuvent être trompeuses, voire inutiles, parce que c’est à cela que tous sauront que nous sommes ses disciples : si nous nous aimons les uns les autres (cf. Jn 13, 35). Nous sommes appelés avant tout à construire et reconstruire des voies de communion, sans jamais nous lasser, à édifier des ponts d’union et à surmonter les barrières de séparation. Que les croyants donnent toujours l’exemple, en collaborant entre eux dans le respect réciproque et dans le dialogue, en sachant que « l’unique concurrence possible entre les disciples du Seigneur est celle de voir qui est en mesure d’offrir l’amour le plus grand ! » (Jean-Paul II, Homélie, 27 septembre 2001 : Insegnamenti XXIV, 2 [2001], p. 478). Le prophète Isaïe, dans la première lecture, nous a rappelé que l’esprit du Seigneur est toujours avec celui qui porte la bonne nouvelle aux humbles, qui guérit les plaies des cœurs brisés et console les affligés (cf. 61, 1-2). Dieu demeure dans le cœur de celui qui aime ; Dieu habite là où on aime, surtout là où on prend soin, avec courage et compassion, des faibles et des pauvres. On en a tant besoin : on a besoin de chrétiens qui ne se laissent pas abattre par les fatigues et ne se découragent pas à cause des adversités, mais qui soient disponibles et ouverts, prêts à servir ; il faut des hommes de bonne volonté, qui de fait et non seulement par les paroles aident les frères et les sœurs en difficulté ; il faut des sociétés plus justes, où chacun puisse avoir une vie digne et en premier lieu un travail équitablement rémunéré. Nous pourrions cependant nous demander : comment peut-on devenir miséricordieux, avec tous les défauts et les misères que chacun voit en soi et autour de soi ? Je voudrais m’inspirer d’un exemple concret, d’un grand héraut de la miséricorde divine, que j’ai voulu proposer à l’attention de tous en le comptant parmi les Docteurs de l’Église universelle : saint Grégoire de Narek, parole et voix de l’Arménie. Il est difficile de trouver quelqu’un qui soit son égal lorsqu’il s’agit de sonder les misères abyssales qui peuvent se nicher dans le cœur de l’homme. Lui, cependant, a toujours mis en dialogue les misères humaines et la miséricorde de Dieu, en élevant une supplication pleine de tristesse, faite de larmes et de confiance, vers le Seigneur « dispensateur, dont l’essence est d’être bon […], voix consolante, annonce apaisante, message d’allégresse, […] compassion qui n’a pas de pareil, miséricorde débordante, […] baiser sauveur » (Livre de prières, 3, 1), avec la certitude que « jamais les ténèbres de la colère n’obscurcissent la lumière de [sa] miséricorde » (ibid., 16, 1). Grégoire de Narek est un maître de vie, parce qu’il nous enseigne qu’il est avant tout important de reconnaître que nous avons besoin de miséricorde et puis, face aux misères et aux blessures que nous percevons, de ne pas nous replier sur nous-mêmes, mais de nous ouvrir avec sincérité et confiance au Seigneur « Dieu miséricordieux et proche » (ibid., 17, 2), « ami des hommes, […] feu qui dévore[…] les broussailles des péchés » (ibid., 16, 2). Avec ses paroles, je voudrais enfin invoquer la miséricorde divine et le don de ne jamais nous lasser d’aimer : Esprit Saint, « puissant protecteur, intercesseur et pacificateur, nous t’adressons nos suppliques […]. Accorde-nous la grâce de nous exhorter à la charité et aux œuvres bonnes […]. Esprit de douceur, de compassion, d’amour pour l’homme et de miséricorde, […] Toi qui n’es que miséricorde […] prends-nous en pitié, Seigneur notre Dieu, selon ta grande miséricorde » (Hymne de Pentecôte). Au terme de cette célébration, je voudrais exprimer ma vive gratitude au Catholicos Karekin II et à l’Archevêque Minassian pour les aimables paroles qu’ils m’ont adressées, ainsi qu’au Patriarche Ghabroyan et aux Évêques présents, aux prêtres, ainsi qu’aux Autorités qui nous ont accueillis. Je vous remercie vous tous qui avez participé [à cette célébration], venus à Gyumri également de diverses régions et de la Géorgie voisine. Je voudrais, en particulier, saluer les personnes qui, avec beaucoup de générosité et d’amour concret, aident ceux qui se trouvent dans le besoin. Je pense surtout à l’hôpital d’Ashotsk, inauguré il y a vingt-cinq ans et connu comme l’‘‘Hôpital du Pape’’ : né du cœur de saint Jean-Paul II, il est encore une présence si importante et proche de quiconque souffre ; je pense aux œuvres promues par la communauté catholique locale, par les Sœurs arméniennes de l’Immaculée Conception et par les Missionnaires de la Charité de la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta. Que la Vierge Marie, notre Mère, vous accompagne toujours et guide les pas de tous sur la voie de la fraternité et de la paix.

 

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