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FÊTE DE LA SAINTE FAMILLE

28 décembre, 2017

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La Sainte Famille (Caravaggio)

FÊTE DE LA SAINTE FAMILLE

Abbé Jean Compazieu

En ce dimanche après Noël, nous fêtons la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. Cette famille nous est présentée comme modèle pour toutes les familles. Chaque année, nous entendons des lectures qui mettent l’accent sur les vertus familiales. Les textes bibliques de ce dimanche mettent en valeur la foi. Ils nous rappellent que la foi est une valeur essentielle de la vie familiale. Elle tisse des liens très forts entre des personnes que tant de choses séparent.
La première lecture et la lettre aux Hébreux nous parlent de la foi d’Abraham. Voilà un homme qui s’est mis en route pour aller vers le pays que Dieu lui destinait. Il est parti sans savoir où il allait. Il a cru à la Parole de Dieu qui lui promettait une descendance issue de son sang. Nous comprenons que la foi ce n’est pas seulement adhérer à des idées, des croyances ; c’est d’abord se mettre en route, c’est s’engager sur le chemin que Dieu nous montre.
Il faut le dire : la foi façonne des existences solides. Elle nous aide à faire face aux problèmes de la vie. La lettre aux Hébreux a été écrite pour des chrétiens persécutés. L’auteur de cette lettre a voulu les édifier et les encourager à tenir bon. Il leur montre Abraham comme modèle de la foi en Dieu. « Grâce à la foi », le projet de Dieu a pu s’accomplir. La lettre aux Hébreux nous invite à une relecture des événements anciens. L’aventure d’Abraham s’accomplit en Jésus ; il est le meilleur témoin de la foi. Il en est l’initiateur et l’aboutissement.
C’est vrai, tout l’Évangile nous présente Jésus qui vient éclairer notre vie. Cela change tout dans notre façon de regarder et d’écouter les autres. Nous vivons dans un monde qui accuse et qui condamne. Le regard de la foi nous invite à regarder le meilleur en eux. Il les aide à grandir et à s’assumer. Avec lui, les familles deviennent des lieux d’éducation et d’amour véritable ; elles trouvent la joie de prier et de louer Dieu. En ce jour, nous n’oublions pas toutes celles qui sont douloureusement éprouvées par le deuil, la maladie d’un proche, la mésentente. Nous demandons au Seigneur qu’elles rencontrent des témoins de l’amour qui est en Dieu.
L’Évangile nous donne le témoignage de Marie et Joseph. Quarante jours après la naissance de Jésus, ils se rendent au temple de Jérusalem. Ils obéissent à la loi de Moïse qui prescrit d’offrir au Seigneur tout fils premier né. Nous pouvons imaginer cette humble famille que rien ne distingue des autres. Et pourtant, elle ne passe pas inaperçue : Siméon et Anne s’approchent de l’enfant. Animés par l’Esprit Saint, ils se mettent à louer Dieu. Ils reconnaissent « la Lumière des nations et le Salut d’Israël. Encore une fois ce qui a été caché « aux sages et aux savants » a été « révélé aux tout-petits ».
Voilà cette rencontre extraordinaire entre deux jeunes époux et deux personnes âgées. Ils sont remplis de joie et d’action de grâce. C’est Jésus qui les fait se rencontrer. Et c’est toujours vrai dans notre monde d’aujourd’hui : c’est Jésus qui rapproche les générations. Il est la source de cet amour qui unit les familles. En lisant cet Évangile d’aujourd’hui, notre pape François nous invite à penser aux grands-parents. Leur rôle est absolument précieux pour la transmission de la foi aux jeunes générations.
Le message qui provient de la Sainte Famille est d’abord un message de foi. Dans la vie familiale de Marie et Joseph, Dieu est au centre ; il l’est en la personne de Jésus. La famille de Nazareth est sainte parce qu’elle est centrée sur la personne de Jésus. Voilà cet idéal qui est proposé aujourd’hui à toutes nos familles, parents et enfants.
Les textes bibliques de ce dimanche nous adressent une invitation à approfondir notre foi pour qu’elle soit plus vivante et plus forte. Jésus nous est présenté comme la Lumière des nations. Vivre Noël, c’est accueillir cette lumière dans nos vies, dans nos familles. C’est avec lui que nous pourrons grandir dans la foi. Elle va nous pousser au témoignage joyeux, serein et convaincu. La foi est une amitié avec le Christ, le Fils de Dieu et unique sauveur du monde.
Confions à Marie, Reine et Mère de la famille, toutes les familles du monde. Qu’elles puissent vivre dans la foi, dans la concorde, dans l’aide réciproque. Que Marie nous aide à accueillir la Parole de son Fils et à faire « tout ce qu’il nous dira ». Qu’elle soit toujours avec nous pour nous garder fidèles à son amour.

HOMÉLIES DE NOËL

22 décembre, 2017

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Crèche italienne a New Haven

HOMÉLIES DE NOËL

Nativité du Seigneur

(Le Missel propose quatre messes : pour la veille, la nuit, l’aurore et le jour de la Nativité)

Is 57, 7-10 ; He 1, 1-6 ; Jn 1, 1-18

Aujourd’hui, comme il y a deux mille ans, nous avons mille raisons de désespérer… Et, pendant que nous fêterons joyeusement Noël, les faits de guerre, les maladies, famines et crises… feront aussi l’actualité.
C’est dans ce monde-là, dans ce genre de ténèbres, que Dieu s’est fait petit bébé, fragile, non pas dans la sécurité de la maison familiale, mais au cours d’un déplacement obligatoire, et sans même trouver place dans la salle d’hôtes de l’auberge bondée. Selon Luc, sa mère l’a déposé dans une auge destinée au bétail, probablement moitié taillée dans le sol rocheux et la paroi de la grotte, et moitié façonnée en argile. Marc, lui, ne raconte rien. Matthieu se contente de dire que Jésus est né à Bethléem et qu’il reçut, à la maison, la visite des mages.
Mais les journaux n’en ont pas parlé. Tout cela paraît excessivement discret pour l’arrivée d’un libérateur attendu. Une discrétion qui nous étonne, voire même qui nous irrite, tellement cela cadre peu avec nos impatiences, nos agressivités et nos prédilections pour la manière forte et la contrainte. Mais c’est la manière de Dieu de faire la paix, en prenant le risque de la faiblesse et de l’amour, c’est-à-dire aussi de la patience, du pardon et de la réconciliation.
Dans la liturgie du jour de Noël, c’est Jean qui nous apporte la Bonne Nouvelle, mais tout autrement. « Noël, c’est l’irruption de l’éternité dans le temps » (Urs von Balthasar). C’est la venue parmi nous « du véritable exégète (interprète) de Dieu » et même, comme dit l’épître aux Hébreux, l’ »expression parfaite de son être », à tel point qu’on peut l’appeler son Fils. « Qui m’a vu a vu le Père », dira-t-il plus tard.
Mais Jean, le mystique, ne parle pas de l’enfant Jésus, ni de la crèche, ni de bergers, d’anges, de trompettes, ni de mages. Jean évoque la Parole de Dieu, le Verbe de Dieu, la Sagesse dont parle l’Ancien Testament, ou le Logos, comme disaient les philosophes grecs. Jean va appliquer ces notions à un être historique, concret : Jésus de Nazareth. Autrement dit, son intuition fut de percevoir comment ce qui était dit de la Parole de Dieu et de sa Sagesse dans l’Alliance ancienne, et ce que disait la culture grecque pour exprimer l’incréé – ce qui est hors du temps – se vérifiaient en la personne de Jésus.
Jean remonte à la Genèse… Au commencement, Il était. C’est par Lui que Dieu a créé le monde. C’est en Lui qu’est la vie, en Lui que Dieu se révèle. Tout ce qui vit tient l’être de Lui. Il est la lumière qui éclaire tout être humain, c’est-à-dire le principe qui permet à chacun de se comprendre lui-même. La lumière des origines a un nom : le Verbe créateur. Il est bien Vie et Lumière.
C’est par son Verbe, par sa Parole, que Dieu crée le monde et par Lui aussi qu’il se manifeste à la création tout entière. Le Logos est non seulement la Parole de Dieu, mais aussi sa Sagesse et sa Loi… « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ». Le Verbe, qui existe de toute éternité, est entré dans le temps et dans l’histoire humaine. Il a planté sa tente dans notre désert. Il est venu comme « Grâce et Vérité ». Vérité, ce qui veut dire : C’est bien ainsi qu’est Dieu. Et grâce signifie : « Dieu est l’amour pur et gratuit ».
En Jésus, être humain, la communauté des disciples de Jean a su voir la gloire de Dieu. C’est-à-dire : une qualité, un rayonnement, qui relèvent de Dieu. C’est pourquoi la théologie qui suivra parlera de divinité.
Mais pour Dieu, et donc pour son Verbe, il n’y a pas de temps. La Bonne Nouvelle du Verbe fait chair n’est pas seulement d’hier, mais d’aujourd’hui. Le Christ naît chaque jour, il est crucifié chaque jour. La Bonne Nouvelle fait partie de l’actualité immédiate. Elle est toujours création et donc créatrice. Une Parole d’amour, de vie, de libération, de miséricorde, de pardon, de solidarité.
Fêter Noël, c’est nous souvenir et croire activement que nous sommes porteurs de lumière et d’espérance au creux des horreurs de ce monde. Faire naître et rayonner Jésus, c’est témoigner que nous sommes vraiment des artisans de paix, des hommes et des femmes capables de pardonner, de se réconcilier, d’être solidaires à la manière du Christ. Bien sûr, nous ne sommes pas responsables de tout. Bien sûr, on ne peut pas grand chose, mais chacun est responsable du peu qu’il peut entreprendre là où il est. C’est le premier pas de l’espérance. Et, comme le disait Raymond Devos, « Rien c’est rien, mais un petit rien c’est déjà quelque chose ».

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE DU 4E DIMANCHE DE L’AVENT B

21 décembre, 2017

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Ange de l’Annonciation

HOMÉLIE DU 4E DIMANCHE DE L’AVENT B

2 S 7, 1-5, 8b-12, 14a. 16 ; Rm 16, 25-27 ; Lc 1, 26-38

Au musée des Beaux-Arts de Nantes (France), le tableau d’une Annonciation, signée Maurice Denis (1870-1943), nous montre un ange, vêtu d’une aube blanche sous une chasuble dorée. Il impose les mains sur Marie. Un peu comme, au cours de l’eucharistie, un célébrant invoque l’Esprit Saint sur le pain et le vin. Marie est à genoux, en prière. Vêtue de blanc comme une « communiante ». Un vêtement qui rappelle le baptême. Et Marie accueille la Parole, le Verbe, comme tout croyant est aussi invité à le faire, pour l’incarner dans le quotidien.
Au Louvre, à Paris, il s’agit d’une Annonciation de Van der Weyden, Rogier de la Pasture, le plus célèbre des « primitifs flamands » après Van Eyck. L’ange y est vêtu d’une robe blanche, il porte l’étole croisée du diacre qui, dans l’Eglise, est au service de la Parole de Dieu. Et, sur ses épaules, on voit une très belle cape de brocard, un vêtement liturgique que l’on appelle une chape. Marie est à genoux et, dans sa main gauche, elle tient un livre ouvert, qui est la Bible, Parole de Dieu.
Ces deux tableaux, choisis parmi tant d’autres, nous rappellent, à cinq siècles de distance, que tout est possible à Dieu quand sa Parole, c’est-à-dire le Verbe, est accueilli par un assentiment de la foi. Et que c’est donc la foi, et rien d’autre, qui fait la gloire de Marie, dont la virginité est symbole de sa disponibilité à la Parole et à la volonté de Dieu. Tout comme la maternité d’une femme stérile est, dans l’Ecriture, le symbole de la grandeur et de la gratuité du don que Dieu fait à son peuple. Il en est ainsi de la naissance d’Isaac, de Samson, de Samuel, de Jean Baptiste et de bien d’autres, toujours présentée selon un schéma qui inclut la stérilité de la future mère. Une fécondité inespérée de la « chair et du sang », que le Nouveau Testament traduira aussi en fécondité spirituelle, en fécondité de vie éternelle.
Dans tous les cas, le terrain où Dieu « prend pied », c’est la foi. Qui est ainsi sa « résidence ». Dieu choisit lui-même le lieu de son « repos », le lieu où il se fixe, écrit un théologien contemporain.
L’épisode de David et du prophète Nathan nous le rappelle aussi : Le roi veut offrir au Seigneur une superbe « maison de cèdre ». David rêve de « cathédrale » pour honorer et fixer la présence du Roi des rois. Et Nathan, le messager de Dieu, lui fait savoir que c’est Dieu lui-même qui construira sa maison. Et elle ne sera ni de bois, ni de marbre, mais de chair et de sang.
Dieu vient là où il sait rencontrer la foi, c’est-à-dire l’accueil et l’assentiment de l’être humain. C’est pourquoi Marie est la figure de l’humanité. Elle est la figure de l’Eglise, celle des femmes et des hommes offrant par leur foi un terrain d’incarnation à la Sagesse, au Verbe et à l’Esprit. Donc, à Dieu. D’où, l’importance de nos petits « fiats » quotidiens, prononcés dans la peine ou le découragement. Nous pouvons même, comme Elisabeth, « concevoir dans notre vieillesse, alors que jusque-là notre vie était peut-être stérile ».
Mais pour que cela se réalise, nous devons accueillir la Parole sans nous dérober. Alors, nous serons fécondés par l’Esprit, qui nous permettra de faire naître le Christ en ce monde. Et ce n’est pas une figure de style. « Heureux, vous aussi, qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit, conçoit et engendre le Verbe, et le reconnaît à ses œuvres », disait en prêchant le grand S. Ambroise.
La Bible nous rappelle constamment que la Parole de Dieu est toujours créatrice, toujours féconde. Et que, comme au premier jour de la création, l’Esprit de Dieu plane sur le monde, pour féconder la terre et féconder les cœurs.
Rien n’est impossible à Dieu. Cela veut dire en clair qu’il peut faire jaillir du neuf d’un monde « vague et vide ». Tout comme d’un cœur usé, malade, désespéré, mais aussi d’une civilisation épuisée, égarée, que l’on croirait à jamais stériles.
C’est pourquoi, sous peine de trahir ou même de mépriser l’Incarnation et son mystère, il ne faut jamais séparer l’annonce de la Nativité de l’annonce du Jugement dernier, qui nous révèle que le Christ n’est pas à chercher dans les nuées. Mais d’abord parmi les prisonniers et les affamés, les opprimés, les isolés, sans espoir, sans-abri.
Il ne suffit donc pas de se laisser émouvoir par le souvenir de l’enfant couché dans la mangeoire d’animaux, et de célébrer Noël dans la joie et les chants. Nous ne pouvons pas accueillir le Verbe de Dieu à Noël sans nous préoccuper d’une manière ou d’une autre, modestement peut-être, mais concrètement des sans crèche. De l’immense armée des enfants aussi, qui meurent de faim, ou sont livrés à l’esclavage du travail, aux chasseurs de sexe, aux fusils des escadrons de la mort. Ou d’autres enfants, gâtés, entourés, choyés, mais qui sont parfois en même temps délaissés, abandonnés à eux-mêmes, et finalement méprisés. S’il y a l’enfant roi, il y a aussi l’enfant victime.
Laisserons-nous le Seigneur construire lui-même sa demeure en nous ? Accepterons-nous qu’il bâtisse en nous son temple, comme il l’entend ?

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE L’AVENT B

8 décembre, 2017

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Saint Jean-Baptiste

HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE L’AVENT B

Is 40, 1-5.9-11 ; 2 P 2, 3, 8-14 ; Lc 3, 4-6

Nous avons tous déjà eu l’occasion de voir de grands travaux de terrassement. Souvenons-nous du tunnel sous la Manche, par exemple. On a utilisé d’énormes machines de 150 mètres de long et pesant chacune 400 tonnes. Rappelez-vous l’ampleur des travaux, les obstacles à franchir, la patience nécessaire pour tracer une voie sous la Manche, afin que trains et voitures puissent passer  » à roues sèches « . Impressionnant !
L’auteur du livre d’Isaïe a été lui aussi très impressionné. Au cours de son exil à Babylone, il y a près de 2500 ans, il a très probablement, comme ses concitoyens, travaillé comme esclave dans les grands travaux de remblaiement et de nivellement. Notamment pour tracer une route dans le désert, à l’est du Jourdain, pour le retour du roi victorieux, Ou encore cette fameuse voie sacrée, construite à Babylone et réaménagée chaque année, pour que les fidèles puissent venir en procession jusqu’au temple, pour honorer le dieu Mardouk.
Pour relever le moral de ses troupes, et faire espérer un prochain retour au pays, le prophète s’est servi de ces chefs-d’œuvre du génie civil et de ses prouesses techniques pour les traduire en un langage symbolique et spirituel :  » Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur « . Cinq cents ans plus tard, Jean Baptiste va reprendre à son compte les mêmes images. Comme nous pouvons nous aussi les reprendre aujourd’hui et les actualiser.
La période de l’Avent est bien là pour nous réveiller et nous mobiliser. Il y a de grands travaux à entreprendre pour tracer dans le désert du monde et les terres arides de notre cœur un chemin, une route pour le Seigneur. Ce qui demande conviction et patience, confiance et persévérance.
Sur le terrain matériel, la météo par exemple, peut être très dérangeante, sans parler de grèves toujours possibles et des obstacles imprévus. Sur le plan spirituel, il peut y avoir des tentations auxquelles on succombe. Le découragement qui s’infiltre. La foi qu faiblit. La paresse qui s’installe. La gourmandise, de nourriture ou de plaisirs qui nous alourdissent de corps et d’âme.
Encore faut-il savoir qu’il y a une triple venue du Seigneur. Comme le prêchait saint Bernard : Dans la première, le Christ est venu dans la chair et la faiblesse. Il a vécu avec les hommes et les femmes de son temps. Beaucoup l’ont pris en haine. Plus tard, à la fin, il viendra dans la gloire et la majesté, pour séparer les brebis des chèvres.
Mais, entre les deux, il y a la venue intermédiaire, journalière. Celle qui reste cachée, présente en esprit. Elle a été annoncée par Jésus lui-même : « Si quelqu’un m’aime, il gardera mes paroles et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui ». Puisqu’ils trouveront la porte de notre cœur ouverte. C’est d’ailleurs ainsi que Marie a préparé la venue du Seigneur. Elle est le modèle de l’Avent, celui de la patience et de l’espérance. Avant même de concevoir Jésus dans la chair, Marie l’avait accueilli et conçu dans la foi. « Heureuse celle qui t’a porté et allaité », s’exclamera un jour une femme. « Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui l’observent », répond Jésus (Lc 11, 27-28).
Tout cela veut dire que l’œuvre du Sauveur, le Salut qu’il offre, l’établissement de son Royaume de justice et de paix, ne nous est pas offert clé sur la porte. Il ne dépend pas non plus uniquement de nos efforts.
De même, le Royaume de Dieu se développe lentement. Nous pouvons cependant le reconnaître à des signes de croissance. Mais pas seulement dans les champs cultivés par les Eglises. Tout progrès d’une véritable justice, tout effort authentique de paix, toute démarche sincère de pardon et d’amour du prochain, contribue à la croissance du Royaume et en prépare l’achèvement.
Libérateur et Berger, Seigneur et Serviteur, Chemin, Vérité et Vie, Jésus est venu, il reviendra et ne cesse de venir chaque jour pour faire toutes choses nouvelles. Mais pas sans nous. Pas sans les grands travaux que suppose une conversion. Il s’agit de désencombrer nos étables, rectifier le tracé de nos chemins, abaisser nos montagnes d’orgueil et d’intolérance, combler les vides de nos existences que nous croyons si remplies. Le repas de la Parole et du Pain y contribue. Il est un peu le sacrement de la patience de Dieu. L’eucharistie est d’ailleurs célébrée  » jusqu’à ce qu’il revienne « . Elle est un lent et patient retour du Seigneur dans l’histoire de l’humanité, et de chacun de nous en particulier.
« Heureux qui écoute la Parole de Dieu et qui la garde ». Et pour cela, il faut la méditer, la ruminer, et la digérer, pour qu’elle se transforme en actes.

P. Fabien Deleclos (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE 34E DIMANCHE ORDINAIRE A, CHRIST ROI DE L’UNIVERS

24 novembre, 2017

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HOMÉLIE 34E DIMANCHE ORDINAIRE A, CHRIST ROI DE L’UNIVERS

Ez 34, 11-12, 15-17 ; 1 Co 15, 20-26.28 ; Mt 25, 31-46

Rappelez-vous le film de Danis Tanovic : « L’enfer ». Un enfer sur terre. Avec un casting d’enfer, dont Marie Gillain et Emmanuelle Béart. Un critique le décrivait plein de symbolismes. D’ailleurs, Satan, l’Enfer et leurs horreurs, refont surface. De nombreux collégien(ne)s se laissent même séduire par la mouvance satano-gothique musicale et vestimentaire, mais qui véhicule aussi des idées mortifères.
Parmi des œuvres byzantines séculaires, on voit également l’archange Michel pesant les âmes des défunts sur une balance. Tandis qu’un horrible démon tente de la faire pencher de son côté. Aux tympans de la cathédrale d’Autun, on découvre les damnés, entassés dans un chaudron, et un diable qui les pousse de sa fourche vers l’huile bouillante. Des scènes inspirées par des textes de l’Apocalypse, provenant eux-mêmes du livre de Daniel, deux siècles plus vieux, à une époque de persécution, de détresse, et donc d’horreur.
Jésus et les évangélistes ont évidemment utilisé images et traditions de leur culture. Ils se sont notamment inspirés d’Ezéchiel, qui, six siècles plus tôt, avait connu l’exil à Babylone. A cette époque, les rois des peuples nomades étaient considérés comme des bergers. Ezéchiel a connu de très mauvais pasteurs, qui ont conduit leur pays à la ruine. Une royauté guerrière. Les brebis ont été malmenées, dépouillées, amenées en captivité ou condamnées à fuir. Comme aujourd’hui, il y a des millions d’immigrés traumatisés, sans papiers, ni argent, ni abris.
Mais que faire ? Susciter un autre esprit. Changer de régime. D’où, l’avertissement du prophète :  » Maintenant, dit le Seigneur, j’ irai moi-même à la recherche de mes brebis, et je veillerai sur elles « . Non pas pour remplacer les gouvernements en place, mais pour établir entre Dieu et ses enfants des relations de service et d’amour, de justice et de paix, de tendresse et de sollicitude. Pour le prophète, le vrai pouvoir se traduit en service. D’abord, pour les plus faibles. Plus tard, on dira que la royauté de Dieu s’incarne en Jésus Christ par des gestes expressifs, tel celui du lavement des pieds.
C’est ce que nous retrouvons dans la fresque du  » Jugement universel « , brossée par Matthieu.
Nous serons jugés. Nous le sommes même chaque jour, sur le service d’amour vrai, rendu à nos semblables, dont les plus vulnérables et les plus délaissés. Mais Matthieu ne s’adresse plus au public d’Ezéchiel, ni à celui de Jésus. Nous sommes dans les premiers temps de l’Eglise. Les chrétiens attendent le retour du Christ. C’est pour très bientôt. Demain peut-être. Donc, plus la peine de chercher du travail, ni de se marier, ni de faire des projets. D’où, la tentation pour certains de se croiser les bras en attendant, sans rien faire. Conséquence ? On se désintéresse des problèmes concrets de la vie courante, personnelle, sociale, culturelle ou politique. Au risque de se contenter d’une spiritualité désincarnée et passive. Réactions de Matthieu et de Paul : De grâce, réveillez-vous, revenez sur terre ! Et regardez bien autour de vous.
Oui, le Christ reviendra. A la fin des temps. Mais il est toujours présent. On peut même le croiser sans pour autant le voir, surtout parmi les petits, les souffrants, les marginalisés. Et c’est chaque jour que le Christ est témoin et juge de nos comportements vis-à-vis d’autrui, proche ou lointain. Notamment, mais pas seulement, ceux et celles qui souffrent de la faim, de l’injustice, de la solitude ou de la prison, de la haine, de la maladie, du refus de pardon, du mépris ou de l’intolérance. Le Christ se reconnaît en eux. Tout ce qui est fait ou pas à leur égard, le touche donc personnellement.
N’allons pas croire pour autant que les brebis représentent les bons juifs ou les bons chrétiens, tandis que les boucs seraient païens, incroyants et membres d’autres religions. La distinction se fait avec d’autres critères. Il ne suffit pas de proclamer sa foi au Christ, ni de l’adorer dans un ostensoir d’or. Le visage de Dieu se découvre aussi dans celui de tous nos prochains, et dans bien des endroits où on ne le cherche guère. Or, n’importe qui peut servir le Seigneur sans même connaître son nom. Le premier temple de Dieu, c’est l’humanité souffrante. D’où l’importance des actions humanitaires et des comportements ordinaires qui, de fait, révèlent l’Evangile. Accomplir ces gestes, c’est être vraiment dans le réel, dans la vie, pour y rester définitivement. Par contre, les omettre c’est, d’une certaine manière, comme l’écrivait un moine, « manquer le train et risquer de ne jamais arriver à destination ».
Lors d’un congrès eucharistique sur le thème « Pain rompu pour un monde nouveau », Helder Camara expliquait qu’il existe un lien très fort entre l’eucharistie et la construction d’un monde meilleur. Il prit l’exemple d’un sacrilège : Tabernacle fracturé, ciboire renversé, hosties jetées dans la boue. Lors d’une célébration de réparation, il dit aux paroissiens : « Frères et sœurs, nous sommes aveugles. La découverte des hosties dans la boue nous a bouleversés, alors que chez nous le Christ dans la boue est un phénomène quotidien. C’est tous les jours que nous le rencontrons dans les taudis qui n’ont plus rien d’humain. Présent dans l’eucharistie, le Christ connaît une autre présence réelle. Dans la misère humaine »… C’est ce que vient de nous rappeler l’évangile.

Il nous reste maintenant à ruminer la leçon.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE DU 32E DIMANCHE ORDINAIRE A

10 novembre, 2017

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parabole de dix vierges

HOMÉLIE DU 32E DIMANCHE ORDINAIRE A

Sg 6, 12-16 ; 1 Th 4, 13-18 ; Mt 25, 1-13

Le projet de Dieu, écrivait récemment un moine, disparaît facilement sous les tracas du quotidien. Il semble même mis en défaut par l’épreuve de la mort. Or, ce projet est de nous réunir tous, vivants, dans la vie même de Dieu, l’éternel Vivant. Aujourd’hui, dans les textes bibliques, il est précisément question de deux sœurs jumelles : Sagesse et Espérance.
La première s’appelle en réalité Sophie. C’est une personne extraordinaire, aimable et intelligente comme pas deux. Un esprit aussi ouvert que remarquable. Dès qu’on a fait sa connaissance, aussitôt c’est l’éloge. On devient même avide de recourir à ses conseils, de se mettre à son école. Ce qui est passionnant, tant pour le cœur que pour l’esprit.
Mais, qui est donc cette perle rare que je vous invite à mieux connaître et à mieux chérir, pour que votre vie soit transformée, embellie et réussie ? Sophie c’est Sophia, la Sagesse… Non pas la sagesse du monde, qui prétend tout savoir, mais la sagesse même de Dieu, qui permet à ceux et celles qui la reçoivent, de goûter et de communiquer les choses spirituelles. De se conduire aussi avec mesure et bon sens, comme l’a écrit l’apôtre Paul. Nous avons besoin de cette sagesse pour vivre intelligemment, pour bien gérer les biens qui nous sont confiés et être toujours prêts à en rendre compte. Car, ne l’oublions pas, c’est à chaque instant que nous pouvons nous trouver devant le dernier passage.
D’ailleurs, dans l’évangile de ce jour et dans les pages précédentes, Jésus multiplie les exhortations à la vigilance. Il a pris l’exemple du déluge, puis celui du voleur, celui des deux esclaves, et maintenant la parabole des vierges sages, c’est-à-dire PREVOYANTES. Tout le contraire des vierges un peu folles. Et toujours ce refrain lancinant, qui sert chaque fois de conclusion : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure du retour du maître. » Ce qui est bien vrai.
Or, on n’entre pas dans le royaume de Dieu avec des privilèges ou des passe droits. Il ne suffit pas de brandir son certificat de baptême. Quand j’avais 13-14 ans, on nous disait à l’école que le salut éternel était garanti SI nous étions fidèles à la communion 9 premiers vendredis du mois consécutifs… (Quelle inquiétude quand on en manquait un !). L’intention était de nous encourager à participer à l’eucharistie… Mais cela ne venait certes pas tout droit de l’évangile.
Aujourd’hui encore, nous restons très sensibles à des recettes, des sécurités, des assurances tous risques, qui pourraient nous donner facilement bonne conscience. Alors que l’important, c’est de maintenir en activité la lanterne de notre foi et de disposer toujours d’une réserve d’huile suffisante, qui est celle de la charité. L’indispensable, c’est d’être toujours prêt à rencontrer le Seigneur dans le quotidien et sous quelque forme qu’il nous apparaisse : le pauvre, l’étranger, le malade, le blessé, l’émigré, notre adversaire qui espère le pardon. Il nous faut donc apprendre à gérer intelligemment notre vie. Sans chercher partout, pour autant, des moyens extraordinaires, alors que nous les avons à portée de main. C’est bien l’occasion aujourd’hui de lire les chapitres 6,7 et 8 du livre de la Sagesse. « Elle est facile à trouver pour ceux qui la cherchent… Se passionner pour elle, c’est l’achèvement de la pleine intelligence… Elle est pour tous et chacun un inépuisable trésor ». La véritable intelligence s’acquiert et l’esprit de sagesse aussi.
Mais, comment, direz-vous ? Par l’écoute de la Parole, le Verbe de Dieu, Jésus, le Christ. Par la prière aussi, car Dieu est le guide de la sagesse et l’inspirateur des sages. En somme, le Seigneur et la Sagesse c’est tout un. Qui les cherche, les trouve. D’autant plus qu’ils se laissent trouver. Mieux encore, ils prennent même l’initiative : Dès le matin, ils sont prêts à nous faire découvrir des merveilles. Tout au long de la journée, ils nous précèdent et nous attendent. Ils frappent à notre porte. Il suffit de les faire entrer pour qu’aussitôt bien des richesses, des rêves et des ambitions apparaissent comme une fumée de vanité.
Quand on possède un brin de cette sagesse, bien des choses et des situations se relativisent. Même la santé, même la beauté, même la gloire. La sagesse est un trésor inépuisable, qui épanouit et qui comble. Ceux et celles qui l’acquièrent, dit le prophète, obtiennent l’amitié de Dieu. Plus prosaïquement, disons qu’on n’est jamais chrétien définitivement. On le devient chaque jour. Nous sommes des pèlerins. Il s’agit donc de rester des chercheurs et des veilleurs. D’où l’importance des étapes, dont celles de l’eucharistie. Elle nous offre la Parole de sagesse, la rencontre avec le Seigneur, et avec des frères et sœurs embarqués dans la même aventure. L’occasion aussi de faire provision d’huile. La récente fête de la Toussaint, comme celle du souvenir de nos défunts, nous invitent à être toujours prêts. Mais pour être vraiment sages et intelligents, la foi et l’amour doivent être vécus dans le goutte à goutte de l’ordinaire quotidien.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1928 – 2008

HOMÉLIE DU 31E DIMANCHE ORDINAIRE A

3 novembre, 2017

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suivant l’Évangile d’aujourd’hui: Matthieu 23, 1-12

HOMÉLIE DU 31E DIMANCHE ORDINAIRE A

Ml 1, 14b – 2, 2b.8-10 ; 1 Th 2, 7b-9.13 ; Mt 23, 1-12

« Malheur à ceux et celles qui ont récupéré Dieu à leur profit ». C’est par cet avertissement sévère que le missel Emmaüs introduit la liturgie de ce jour. En précisant que « la tentation de récupérer la religion, menace tous les croyants ». Dont nous sommes. Et il pointe du doigt les « bien-pensants », suffisamment orgueilleux pour se considérer « comme les détenteurs de la vérité », jusqu’à « écraser de leur prétention les gens simples, qui ont soif de spiritualité authentique ».
Ces propos musclés sont illustrés par le prophète Malachie, qui s’adresse d’abord aux prêtres, puis au peuple. Paul témoigne ensuite : « Je ne suis pas moins exigeant pour moi-même que pour les autres, que je traite d’ailleurs avec la douceur d’une mère ». Quant à Jésus, il fustige les gardiens de la Loi, qui enseignent très bien ce qu’il faut faire, mais sans le faire eux-mêmes. Ou encore, qui donnent la priorité absolue à la lettre plutôt qu’à l’esprit. Or, la vraie fidélité n’est pas une soumission aveugle ou paresseuse, comme celle des esclaves envers leur maître ou leur gourou. Elle est, au contraire, « dynamique et inventive ».
Ainsi, à quoi sert cette Loi, présentée comme Loi de Dieu ? A susciter la confiance et lui exprimer notre amour. Mais, selon le livre de Malachie, au 5e siècle avant Jésus Christ, des prêtres du Temple avaient fait de la Loi sainte « une occasion de chute pour la multitude ». Un obstacle ! Le nouveau Temple était magnifique, les cérémonies éblouissantes, mais sans effet sur la vie. Un culte « dégénéré et perverti » parce que démenti par le comportement quotidien.
Jésus, lui aussi, interpelle ceux qui avaient mission d’enseigner la Loi et les prescriptions de Moïse dans les « chaires de vérité » des synagogues. Pourquoi ? Ils ont écrasé les fidèles avec des lois et des règlements aussi lourds que minutieux, parfois même tout à fait inutiles. Et pour comble, ils les imposent sans les observer eux-mêmes. « Ils disent et ne font pas ».
Vus de l’extérieur, ils débordent de piété et de pratiques ostentatoires, mais elles sont sans véritable lien avec l’incarnation de la foi. De plus, ils brandissent constamment la lettre plutôt que l’esprit, le droit et le dogme plutôt que l’amour et la justice. Exactement à l’inverse de Jésus qui, lui, « accomplit la Loi avec douceur, plein d’attention pour ceux et celles qui peinent ».
Ce qui veut dire que j’ai, et que nous avons tous, un grand besoin de leçons d’humilité et de véritable humanité.
Jésus, écrit Anselm Grün, un mystique de notre temps, « veut une théologie de la miséricorde et non du mépris. Une morale compréhensible, non une morale qui asservisse et suscite la mauvaise conscience » (A. Grün, Evangile de Matthieu, p 102, Ed. Bayard).
Au 9e siècle, à une époque où les clercs avaient déjà monopolisé les ministères et les responsabilités dans l’Eglise, saint Paschase disait à propos de cet évangile : « Le Seigneur … prescrit à tous de ne pas se laisser entraîner par l’avidité à rechercher les honneurs ». Par contre, ce qu’il faut chercher, c’est « aider et servir tous les êtres humains, plutôt que d’être aidé et servi par tous. Car le désir d’être servi procède de l’orgueil pharisaïque et le désir de servir naît de la sagesse et de l’enseignement du Christ ».
C’est précisément de cet esprit de service que Paul pouvait se glorifier. Aujourd’hui, les responsabilités de service dans l’Eglise sont davantage partagées. Mais le goût du pouvoir et des privilèges aussi, toujours accompagnés d’ambition et d’autoritarisme. Personne n’est à l’abri, que l’on soit cardinal ou évêque, prêtre, catéchiste ou en charge de la moindre responsabilité pastorale. Ce qui vaut tout autant pour les responsabilités politiques, sociales, culturelles, ou celles du simple citoyen.
Le Père Lebret, inspirateur de l’encyclique sur « Le développement des peuples » (Populorum progressio), signée par Paul VI en 1967, écrivait à propos des bien-pensants : » Beaucoup n’ont qu’un christianisme de façade, conventionnel… L’âme est vide d’Evangile… Pour eux, il ne s’agit pas avant tout du grand combat de la foi, de la bataille pour la justice, d’amour effectif de leurs frères et sœurs humains… Ayant amené l’univers à leur service, ils sont éternellement les conservateurs pour qui le problème essentiel est la conservation de privilèges… Ils ne sont plus centrés sur le service… Ils n’ont pas l’angoisse de la misère humaine. Assurés de la justice de leur cause qu’ils confondent avec la cause de Dieu. »… Ne disons pas trop vite : ce n’est pas pour moi. Cela mérite, de toute manière, réflexion.
L’Evangile de paix, en effet, nous invite constamment à la communion de l’amour et de la justice, avec beaucoup d’humanité, sans quoi il n’y a pas de fidélité possible à Dieu et à son Alliance. La Bonne Nouvelle du Verbe, Parole et Pain partagé, doit être transmise en paroles et en actes, pour que nous puissions chanter avec le psaume : « Fidélité et vérité se rencontrent. Paix et justice s’embrassent » (Ps 85, 84).
Nous avons vraiment du pain sur la planche.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE DE LA TOUSSAINT

31 octobre, 2017

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HOMÉLIE DE LA TOUSSAINT

Ap 7, 2-4, 9-14 ; 1 Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12

Dans l’immense vitrine qui donne sur les grandes artères du monde, l’Eglise expose ses meilleurs produits, d’authentiques réussites, portant label de qualité. Ce sont les bienheureux, saints et saintes, officiellement et publiquement béatifiés ou canonisés pour comportement héroïque. Mais l’entrée de l’établissement est libre et l’intérieur vous offre un choix considérable et très varié d’articles de même qualité, mais démarqués et mêlés aux produits ordinaires. Ce sont les bienheureux, saints et saintes sans étiquettes. Des exemplaires de la sainteté commune. Des produits blancs, sans auréole et qui n’ont pas de place au calendrier des saints. Ils sont hors catalogue.
Il est bon de conserver à l’esprit cette image comparative pour mieux comprendre le sens évangélique et donc exact de la sainteté. Le sujet est de circonstance puisque, en célébrant la Toussaint, l’Eglise nous redit que nous sommes tous appelés à la sainteté. D’où l’extrême importance de comprendre aussi bien que possible ce qu’est un saint ou en quoi consiste la sainteté.
Qu’est-ce qu’un saint ? Réponse spontanée d’un adulte : un personnage exceptionnel, canonisé, qui fait l’objet d’un culte. Réponse délicieuse d’un enfant à cette même question : les saints sont de grandes statues en plâtre, debout, sur un piédestal.
Si vous considérez la littérature pieuse et de pure dévotion particulièrement peu crédible, on dira que les saints révèlent leur vocation exceptionnelle dès leur plus tendre enfance et même parfois avant leur naissance. Mais la sainteté officiellement reconnue débute au IVe siècle. Au commencement étaient les martyrs… Tout au long de l’histoire, les critères ont évolué selon les papes et selon les périodes. La reconnaissance de la sainteté fut d’abord populaire, vox populi, vox Dei. Elle fut ensuite épiscopale, puis enfin papale. Et le terme « canonisé » n’apparaît qu’au début du XIe siècle (1016).
Il y a aussi une géographie de la sainteté canonisée et des politiques de canonisation. Depuis quelques années, par exemple, dans la ligne de la promotion du laïcat suscitée par Vatican II, Rome se préoccupe davantage de la canonisation de saints laïcs.
Cette histoire ne manque pas de surprises. Ainsi, Jeanne d’Arc, jugée d’abord par une centaine de prélats et de théologiens, qui l’ont condamnée à être brûlée vive, après avoir théologiquement établi qu’elle était – selon les termes mêmes de l’époque – : « menteresse, abuseresse du peuple, blasphémeresse de Dieu, idolâtre, cruelle, dissolue, invocateresse de diables, hérétique et schismatique ». Elle fut cependant béatifiée en 1909 et canonisée en 1920. Comme l’écrivait un historien : « Portée au bûcher au nom de l’orthodoxie, elle a été ensuite portée sur les autels au nom de l’orthodoxie ».
Tout cela n’est pas sans intérêt. Mais ce qui doit surtout nous intéresser aujourd’hui c’est la sainteté ordinaire. Il y a les héros, il y a aussi les fantassins. C’est cette sainteté qui nous concerne tous et directement, parce qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une vocation commune.
Strictement, Dieu seul est saint. La Bible le proclame et le répète. Mais elle proclame et répète aussi au nom du Seigneur : « Vous serez saints, parce que je suis saint ». Ou encore : « Soyez saints, car je suis saint », « Sanctifiez-vous et soyez saints », « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait », dira Jésus. Et S. Paul : « Dieu nous éduque pour nous communiquer sa sainteté ».
Si par la foi, qui est un amour, nous entrons en communication avec Dieu qui est sainteté parfaite, celle-ci se communiquera à nous dans la mesure même où grandira notre communion avec lui. « Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es ». Plus nous nous laissons envahir par l’Esprit de Dieu, et donc du Christ, plus nous lui sommes fidèles, plus nous lui ressemblons, plus nous progressons en sainteté.
La vocation normale du chrétien n’est pas de se contenter de ce qui est strictement nécessaire ou prescrit. La foi est un dynamisme d’amour. Sa qualité se juge à la qualité de la communion et de ce qui en découle dans le comportement personnel et social.
Tout combat et toute initiative qui nous font sortir de la médiocrité est croissance de la sainteté. Elle est une union toujours plus grande à Dieu dans le Christ, et donc une participation de plus en plus consciente à la vie de Jésus.
Ce qui veut dire aussi que nous ne sommes pas tous appelés à la même sainteté, c’est-à-dire au même type d’union au Christ, ni à la même plénitude de vie chrétienne, ou à la même perfection de la charité. Est saint ou sainte, celui ou celle qui, dans les limites de ses caractéristiques propres, de ses qualités et des circonstances personnelles, s’ouvre à la Bonne Nouvelle et se conforme au Christ.
Il est donc totalement faux de croire que les saints canonisés par l’Eglise le sont à cause de grâces extraordinaires, comme le don de miracles et de prophétie, ou des faveurs mystiques spéciales. Les saints ne sont pas non plus des totalement « parfaits ». En fait, il n’y a pas de différence essentielle entre la sainteté héroïque et la sainteté commune. Ce sont des hommes et des femmes qui s’efforcent au jour le jour et en tout d’être fidèles à l’amour de Dieu et du prochain. « Il y eut des saints, même canonisés, de tempérament un peu rude pour eux et pour les autres », faisait remarquer le cardinal Salliège. Et un Abbé trappiste ajoutait : « Parfois, ce ne sont pas les saints que l’on devrait canoniser, mais ceux qui vivent avec eux »… Avouez que c’est très réconfortant pour nous.
Mgr Fulton Sheen, un grand spirituel qui fut archevêque de New York, affirmait tout simplement : « L’homme de Dieu ne dépense pas plus d’énergie pour vivre en saint que n’en dépensent le directeur d’une agence de publicité, un athlète ou une femme qui veut à tout prix rester jeune et mince. La différence réside seulement dans le sens des valeurs ». C’est donc à la portée de tous.
C’est en partageant la Parole et le Pain dans la célébration eucharistique que nous constituons par excellence le peuple saint, celui qui est rassemblé par l’amour et qui le rayonne dans la vie quotidienne.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

 

HOMÉLIE DU 30E DIMANCHE ORDINAIRE A

27 octobre, 2017

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Mt. 22, 34-40

HOMÉLIE DU 30E DIMANCHE ORDINAIRE A

Ex 22, 20-26 ; 1 Th 1, 5c-10 ; Mt 22, 34-40

Une question peut paraître simple, mais la réponse ne l’est pas nécessairement. Rappelez-vous celle posée à Jésus par un jeune homme riche : « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? ». – Et bien, garde les commandements. – Mais lesquels ?, réplique le jeune homme. Et Jésus lui en cite six, en commençant par l’interdit du meurtre et en terminant par : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »
Pour les experts de la Loi qui veulent piéger Jésus, la question est différente. Il s’agit de savoir quel est l’essentiel de la vie, le plus grand des commandements de la Loi. Ce qui, à l’époque, faisait l’objet de nombreuses discussions qui s’envenimaient en querelles d’écoles et d’interprétation. Pourquoi ? Parce que dans la Bible, les dix commandements ne se présentent pas en dix lignes, comme jadis dans notre petit catéchisme. Ils ont été détaillés, précisés, et donc gonflés par des prescriptions légales, sociales, rituelles et dévotionnelles.
Chez les Hébreux, les dix commandements, ou plus exactement les dix paroles, ont finalement été fixées à 613 commandements, dont 248 positifs et 365 négatifs. Au risque de noyer les commandements les plus essentiels sous un déluge d’obligations secondaires, ou même tout à fait marginales.
Par exemple, le premier des 248 commandements positifs, c’est de croire en l’existence de Dieu. Et le deuxième : d’affirmer son unité. D’où, négativement : 1. L’interdiction de croire en d’autres dieux ; 2. De faire une idole sculptée. Mais interdiction aussi, au numéro 4 de sculpter la statue d’un être humain. Même dans un but esthétique, pas d’images, pas de représentations de Dieu.
C’est un commandement positif, au numéro 80, de payer une offrande pour un garçon premier né. Et le numéro 81 lui est semblable, mais contrairement à ce que vous pouvez penser, ce n’est pas une offrande pour la première fille, mais pour le premier né de l’âne. Cet animal étant, faut-il le préciser, le plus précieux et le plus utile à l’époque.
Aimer son prochain, aimer l’étranger, sont les commandements positifs situés en 206e et 207e position. Au numéro 39, la Loi interdit à une femme de porter des vêtements d’hommes. Et la 40e prescription interdit à un homme de porter des vêtements de femmes. Comme dans toutes les religions, on mêle aisément les habitudes, et même les modes d’ordre culturel, avec des exigences religieuses.
Jésus, lui, ne va pas s’enliser dans les discussions habituelles où l’on coupe les cheveux en quatre. Il va tout simplement rappeler à ce docteur de la Loi le texte primitif du premier grand commandement. D’ailleurs, ils le connaissent très bien, puisqu’il fait partie de la prière que tout juif adulte et de sexe masculin est tenu de réciter deux fois par jour, « en se couchant et en se levant ». Aujourd’hui encore. « Ecoute Israël, l’Eternel est notre Dieu. L’Eternel est Un… Sh’ma Israël… « .
Ce que Jésus y ajoute aussitôt, c’est le précepte de l’amour du prochain, qu’il présente comme « semblable au premier ». Deux inséparables. Ce qui est une innovation et une surprise. Dans l’Ancien Testament, en effet, le deuxième est énoncé séparément et noyé dans un ensemble très complexe. Bien que déjà certains grands maîtres pharisiens enseignaient comme Règle d’or : « Ce que tu n’aimes pas qu’on te fasse, ne le fais pas à ton prochain. Telle est toute la Tora, la Loi. Le reste n’est que commentaire. »
Jésus va encore plus loin. Depuis lors, le test absolu de nos relations avec Dieu, c’est notre comportement envers nos frères et sœurs humains. Il n’y en a pas d’autre. L’apôtre Jean traduira : « Comment dire que j’aime Dieu que je ne vois pas, alors que je n’aime pas mon frère que je vois » (1 Jn 4, 20).
Il suffit donc d’aimer, dira-t-on. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement face à tous les défis contemporains : Emigration, chômage, famine, violence, injustice. Il ne suffit pas de proclamer de beaux principes ni d’utiliser des formules émouvantes. La pratique, inséparable du double commandement, vise la conversion du coeur, parce que c’est là que naissent et s’enracinent la plupart des maux, tels que l’exploitation des faibles, l’abus de pouvoir, les taux usuraires, les chantages. Et tant de formes de violences physiques, verbales, psychologiques, et les violences économiques, si nombreuses et dévastatrices aujourd’hui.
C’est le cœur converti qui inspire les initiatives et les actions humaines pour en développer la fécondité, l’efficacité et le rayonnement. C’est ainsi que l’amour de Dieu et du prochain rejoint la justice, en même temps que l’action sociale et politique dans laquelle il s’incarne et leur fait porter du fruit. Voyez ces vieux textes de la première lecture. Ils nous plongent d’emblée dans notre propre actualité en évoquant le problème de l’émigration et ses tragiques conséquences :  » Tu ne maltraiteras point l’immigré qui vit chez toi. Tu ne l’opprimeras pas. Car vous avez été vous-mêmes en Egypte. Ne l’oubliez pas « . Et qui oserait jurer aujourd’hui que nous ne seront pas les immigrés de demain ?

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE DU 29E DIMANCHE ORDINAIRE A

20 octobre, 2017

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HOMÉLIE DU 29E DIMANCHE ORDINAIRE A

Is 45, 1, 4-6a ; Ps 95 ; 1 Thess 1, 1-5b ; Mt 22, 15-21

(Prononcée en 2002 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), les événements cités sont de cette époque)

Thème : « Rien de ce qui est humain ne peut nous être étranger »

En ce dimanche d’octobre qui est, nous a dit très joliment le poète, « le moment de naviguer vers l’âme » (1), nous voici rassemblés pour faire corps dans un temple de beauté, « un lieu d’enchantement », où s’expriment tous les arts, de l’architecture et du vitrail, de la sculpture et de la peinture, de la musique, du chant et de la poésie. Un vrai festival des « arts en fête », où chacun donne couleur et forme à la vie et au message des autres. Et si vous parcourez ici même l’exposition des œuvres d’Arcabas, vous comprendrez pourquoi elle est présentée comme une grâce pour les yeux, l’intelligence et le cœur. D’ailleurs, même l’art dit profane, est un lieu de révélation, enseigne Régine de Charlat. Nous avons de la chance d’être ici. Une occasion privilégiée de réaliser que « le monde a besoin d’artistes (c’est-à-dire d’inspirés), car il a besoin du beau pour comprendre ce qui est bien et pour chercher ce qui est vrai », confesse Jean-Marc Aveline.
Voilà bien une véritable évocation de la Trinité, non pas chrétiennement théologique, mais pleinement cosmique.
Alors, que vient faire ici César ?, cet empereur païen, ses pouvoirs et ses impôts ? D’une certaine manière, il donne l’occasion à Jésus de nous apprendre que rien de ce qui est humain ne peut être étranger à ceux et celles qui se réclament de lui. Rien. Y compris le politique. Car la foi n’est pas seulement une lumière sur le candélabre, elle est tout autant un levain dans la pâte de la société des humains.
Posée à Jésus en son temps, la question de l’impôt était d’une actualité brûlante. Un piège redoutable pour le prophète, confronté à des partis religieux dont les uns courtisaient l’occupant pour en tirer profit, d’autres s’y opposaient au nom d’un nationalisme militant. Ici, leur objectif commun était de se débarrasser du prophète dérangeant.
Aujourd’hui, la situation n’est pas comparable. Par contre, la réponse donnée par Jésus est toujours d’actualité, quel que soit le contexte politique et religieux du moment. Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu… Et à chacun aussi ce qui lui revient, peut-on ajouter. Nous ne sommes pas cependant confronté à un problème purement fiscal. Plus essentiellement, il s’agit des relations entre le Royaume de Dieu et la cité terrestre. Donc, entre foi et politique. Des relations nécessaires, puisque le Royaume de Dieu est semé, vit, germe et se développe dans la société terrestre et non pas au-dessus ni à côté. Il s’y incarne comme une force d’amour, de justice et de paix. Un ferment spirituel.
Jésus n’a jamais pour autant, contrairement parfois à son Eglise, invoqué ni réclamé le moindre pouvoir politique. L’Evangile ne propose pas de programme ni de technique, encore moins de recettes, pour organiser la vie en société. Le Christ ne canonise ni ne satanise aucun régime, aucun parti politique. Il n’est ni monarchiste ni républicain, ni de droite, ni de gauche. Même pas du centre. Par contre, la mission des chrétiens, c’est d’être dans tous les secteurs de la cité terrestre, et donc dans le parti politique de leur choix réfléchi, des témoins et des défenseurs de valeurs qui soient capables de réaliser pleinement « une société digne de la personne humaine », et donc digne de Dieu. Encore faut-il chercher avec d’autres, ensemble, comment les respecter et les vivre dans la mouvance de situations nouvelles, souvent inédites. Ce qui rejoint l’objectif le plus noble de toute « politique » digne de ce nom, qui est l’art d’assurer la vie harmonieuse d’une société.
Mission incontestablement difficile, qui rencontre de nombreuses tentations. Elle est propice à des amalgames et à des confusions, comme nous le révèlent l’histoire du passé comme celle du présent.
Tentation pour le pouvoir politique d’annexer la religion, et de l’utiliser comme une arme de pression, de persuasion et de conquête. Tentation pour les croyants de sous-estimer les enjeux politiques, et donc aussi économiques et culturels. Au risque de négliger, de fuir ou même de mépriser, leurs responsabilités citoyennes, autrement dit politiques, pour se réfugier dans le cocon de la bonne conscience ou d’une piété désincarnée. Or, une spiritualité n’est pas pure intériorité, elle se traduit dans un engagement au niveau de la cité.
Tentation pour le pouvoir séculier de reléguer la foi dans le domaine privé, pour désincarner les religions, les marginaliser, les empêcher de participer au débat démocratique de tous les citoyens.
Tentation des religions et des Eglises, d’utiliser le pouvoir politique pour imposer leurs vues et leurs exigences, alors qu’elles doivent d’abord en témoigner, les exposer, les expliquer, les proposer à la liberté de ceux et celles qui pèlerinent dans l’aventure humaine. On ne dira jamais assez que l’Eglise, c’est-à-dire la communauté des chrétiens, est totalement solidaire de la société de son temps. C’est ce qu’ils prouvent notamment quand ils exercent leurs droits et leurs devoirs de citoyens en attirant l’attention sur les valeurs évangéliques, et donc intensément humaines, à respecter et à défendre, quels que soient leurs choix politiques particuliers. Tous concernés par la vie de la cité, nous avons tous à prendre parti pour le bien commun. Il n’y a pas de cité terrestre digne de ce nom si elle n’est pas constamment préoccupée du respect des droits et devoirs fondamentaux de la personne humaine. Ce n’est pas pour autant le monopole des croyants.
Tout à l’heure, le livre d’Isaïe a évoqué le païen Cyrus, roi des Mèdes et des Perses. Doté d’une grande intelligence politique, il s’est révélé un véritable libérateur, dont celui du peuple juif opprimé par Babylone. Dans toutes ses conquêtes, ce chef de guerre semble s’être révélé comme un modèle de tolérance, soucieux de progrès économique et social. Ce qui a fait dire aux auteurs bibliques que des dirigeants politiques peuvent devenir des instruments providentiels. Le doigt de Dieu. Les signes des temps, traduira Vatican II, sont aussi des signes de Dieu.
La foi n’est certes pas compatible avec n’importe quelle politique. Mais elle peut se vivre et s’affirmer avec différentes opinions politiques. Si « Aucune politique ne peut lier Dieu », toutes ont cependant « des comptes à lui rendre ». A l’époque de Jésus, tous les partis pratiquaient l’amalgame entre le politique et le religieux. Le prophète de Nazareth est venu, au contraire, désacraliser la Terre Sainte et dépolitiser la fidélité de Dieu à son peuple. Il rendait ainsi à la vie politique une légitime autonomie. Ce qui faisait dire récemment au cardinal Danneels que « la sécularisation en tant que telle est irréversible. Ce qui n’est pas tout à fait négatif, car elle vient un peu du christianisme lui-même :  » Rendez à César… « .
Au cours de l’histoire, il est certes arrivé aux chrétiens de négliger, mépriser, combattre, surestimer ou sacraliser le politique. C’est vrai. Il s’agit aujourd’hui de lui reconnaître la place que Jésus lui assigne. Or, aujourd’hui plus que jamais, l’action politique exerce une influence considérable, à tous les niveaux : local, régional, national, continental et mondial, dans tous les domaines où se jouent la vie et la survie de l’humanité. C’est sur ce terrain de la politique que se mesurent aussi, l’authenticité et la qualité de notre foi, notre souci et notre volonté d’incarnation. Car le respect et l’amour du prochain constituent la pierre de touche de l’amour de Dieu. C’est dire la grandeur de la tâche politique.
Bienheureux donc les hommes et les femmes qui, à cause de leur foi, prennent au sérieux leurs responsabilités citoyennes et même s’engagent dans la politique pour y rendre plus effectives et plus vivantes les formes essentielles de l’amour, qui sont le respect, la justice et la paix, inséparables du Bon, du Bien et du Beau. C’est une noble mission que de contribuer, tant soit peu, à bâtir une société digne de l’être humain et par le fait même digne de Dieu.

(1) Roger Foulon, « Cosmogonie », Ed. « Maison de la Poésie d’Amay », 2002.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

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