Archive pour la catégorie ''

MESSE AU STADE SWEDBANK STADION À MALMÖ – MESSE AU STADE SWEDBANK STADION À MALMÖ HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

2 novembre, 2016

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2016/documents/papa-francesco_20161101_omelia-svezia-malmo.html

VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS EN SUÈDE

(31 OCTOBRE – 1er NOVEMBRE 2016)

MESSE AU STADE SWEDBANK STADION À MALMÖ

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Malmö, Mardi, 1er novembre 2016

MESSE AU STADE SWEDBANK STADION À MALMÖ - MESSE AU STADE SWEDBANK STADION À MALMÖ  HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS dans HOMÉLIE SERMON ET..♥♥♥

Avec toute l’Église, nous célébrons aujourd’hui la solennité de Tous les Saints. Nous nous souvenons, ainsi, non seulement de ceux qui ont été proclamés saints au long de l’histoire, mais également de beaucoup de nos frères qui ont vécu leur vie chrétienne dans la plénitude de la foi et de l’amour, au milieu d’une existence simple et cachée. Sûrement, parmi eux, il y a beaucoup de nos familiers, amis et connaissances.
Nous célébrons, par conséquent, la fête de la sainteté. Cette sainteté qui, parfois ne se manifeste pas dans de grandes œuvres ou dans des succès extraordinaires, mais qui sait vivre fidèlement et chaque jour les exigences du baptême. Une sainteté faite d’amour de Dieu et des frères. Amour fidèle jusqu’à l’oubli de soi-même et jusqu’au don total de soi aux autres, comme la vie de ces mères et de ces pères, qui se sacrifient pour leurs familles en sachant renoncer volontiers, même si ce n’est pas toujours facile, à tant de choses, à tant de projets ou de plans personnels.
Mais s’il y a quelque chose qui caractérise les saints, c’est qu’ils sont réellement heureux. Ils ont trouvé le secret de ce bonheur authentique, niché au fond de l’âme et qui a sa source dans l’amour de Dieu. C’est pourquoi on appelle bienheureux les saints. Les béatitudes sont leur chemin, leur but vers la patrie. Les béatitudes sont le chemin de vie que le Seigneur nous enseigne, pour que nous suivions ses traces. Dans l’Évangile de la Messe, nous avons entendons comment Jésus les a proclamées face à une grande multitude sur une montagne près du lac de Galilée.
Les béatitudes sont le profil du Christ et, par conséquent, du chrétien. Parmi elles, je voudrais en souligner une : « Bienheureux les doux ». Jésus dit de lui-même : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur « (Mt 11, 29). C’est son portrait spirituel et cela nous révèle la richesse de son amour. La douceur est une manière d’être et de vivre qui nous rapproche de Jésus et nous unit entre nous ; elle nous permet de laisser de côté tout ce qui nous divise et nous oppose, et on cherche les façons toujours nouvelles pour avancer sur le chemin de l’unité, comme l’ont fait les enfants de cette terre, dont sainte Marie Elisabeth Hesselblad, canonisée récemment, et sainte Brigitte, Brigitte Vadstena, co-patronne de l’Europe. Elles ont prié et travaillé pour resserrer les liens d’unité et de communion entre les chrétiens. Un signe très éloquent est que ce soit ici, dans votre pays, caractérisé par la cohabitation entre des populations très diverses, que nous sommes en train de commémorer ensemble le cinquième centenaire de la Réforme. Les saints parviennent à des changements grâce à la mansuétude du cœur. Avec la mansuétude, nous comprenons la grandeur de Dieu et nous l’adorons avec sincérité ; en outre, c’est l’attitude de celui qui n’a rien à perdre, car son unique richesse est Dieu.
Les béatitudes sont de quelque manière la carte d’identité du chrétien, qui l’identifie comme disciple de Jésus. Nous sommes appelés à être des bienheureux, des disciples de Jésus, en affrontant les souffrances et les angoisses de notre époque avec l’esprit et l’amour de Jésus. Ainsi, nous pourrions indiquer de nouvelles situations pour les vivre avec l’esprit renouvelé et toujours actuel : Bienheureux ceux qui supportent avec foi les maux que d’autres leur infligent et pardonnent du fond du cœur ; bienheureux ceux qui regardent dans les yeux les rejetés et les marginalisés en leur manifestant de la proximité ; bienheureux ceux qui reconnaissent Dieu dans chaque personne et luttent pour que d’autres le découvrent aussi ; bienheureux ceux qui protègent et sauvegardent la maison commune ; bienheureux ceux qui renoncent à leur propre bien-être pour le bien d’autrui ; bienheureux ceux qui prient et travaillent pour la pleine communion des chrétiens… ils sont tous porteurs de la miséricorde et de la tendresse de Dieu, et ils recevront certainement de lui la récompense méritée.
Chers frères et sœurs, l’appel à la sainteté est pour tous et il faut le recevoir du Seigneur avec un esprit de foi. Les saints nous encouragent par leur vie et leur intercession auprès de Dieu, et nous, nous avons besoin les uns des autres pour nous sanctifier. Aidez-nous à devenir des saints ! Ensemble, demandons la grâce d’accueillir avec joie cet appel et de travailler unis pour la mener à la plénitude. À notre Mère du ciel, Reine de tous les saints, nous confions nos intentions et le dialogue à la recherche de la pleine communion de tous les chrétiens, pour que nous soyons bénis dans nos efforts et parvenions à la sainteté dans l’unité.

 

HOMÉLIE – TOUSSAINT 2011

31 octobre, 2016

http://www.paroissequiberon.com/homelie/homelietoussaint.html

HOMÉLIE – TOUSSAINT 2011

HOMÉLIE - TOUSSAINT 2011 dans HOMÉLIE SERMON ET..♥♥♥ allsaints-johnaugustswanson-2006

Cette fête de la Toussaint c’est un peu comme une journée porte ouverte. Nous savons comment cela se passe : quand on veut faire connaître une école, une association, une entreprise, oàn organise ce genre d’opération. On présente l’historique avec des panneaux, des photos, on montre les activités réalisées. On expose aussi les projets en cours et ceux qui sont à venir.
Toutes proportions gardées, on pourrait dire que cette fête de tous les saints ressemble à une opération porte ouverte de l’Eglise de Jésus-Christ. Nous sommes invités à visiter son passé, à regarder son présent et à nous projeter vers l’avenir. Cette fête est un rendez-vous avec les hommes et les femmes de tous les temps qui sont à l’honneur de la famille du Christ et de l’humanité.
Aujourd’hui, l’Eglise est heureuse de nous montrer tous ses enfants. Nous les retrouvons tous dans cette foule immense que nous présente la première lecture. Elle est fière d’eux car ils ont vécu au mieux les béatitudes de l’évangile. Nous pensons à tous ceux et celles qui ont marqué l’histoire humaine et chrétienne, les apôtres, les martyrs, saint François, sainte Thérèse, saint Dominique, Jean-Paul 2, Mère Teresa…. C’est une grande foule, impossible à dénombrer.
Cette foule ne se limite pas à ceux qui ont leur nom dans les calendriers ou leur statue dans les églises. Parmi eux, il faut compter aussi ceux de nos familles, de nos paroisses, tous ceux et celles qui ont aimé Dieu et leurs frères de leur mieux. C’étaient des gens comme nous. Ils ont connu la même vie, les mêmes souffrances, les mêmes difficultés et souvent les mêmes péchés que nous. C’est la foi et l’amour qu’ils avaient pour le Christ qui nous ont portés et nous portent encore. Ils nous ont transmis l’évangile et ses valeurs. Ils ne sont pas sur les autels mais ils ont leur place dans le Royaume de Dieu.
Quand l’évangile nous présente les saints qui nous ont précédé, ce n’est pas comme quand on présente de précieuses archives ni une galerie de portraits. Elle nous les propose comme des compagnons de route pour aujourd’hui. Ils nous soutiennent par leur exemple. Nous pouvons compter sur leurs prières pour nous et avec nous. Désormais, ils aiment en plénitude et ils sont intensément présents à Dieu et à l’humanité.
Saint Jean nous parle d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle. C’est, pour lui, une manière de présenter l’avenir du monde et celui de l’Eglise. Il nous guide sur les sentiers du futur vers lequel nous allons. Avec Jésus, nous sommes tous appelés à partager le triomphe des saints.
En ce jour de Toussaint, St Jean nous fait spectateur de la fête éternelle à laquelle nous sommes tous invités. Il annonce la fin du temps des larmes, de la peur, des souffrances et de la mort. L’apocalypse c’est d’abord une bonne nouvelle, un message d’espérance qui nous rejoint tous. Nous sommes appelés au bonheur et à la vie. Dieu veut rassembler tous ses enfants libres et sauvés. Pour le moment, nous sommes en route ; « Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. » La vraie dimension de notre existence est entrevue dans la fête de tous les saints. Le but de notre vie ne se limite pas au présent ni au matériel. Notre vocation est d’entrer dans cette lumière pour laquelle nous sommes tous faits.
Cette journée porte ouverte à laquelle nous prenons part est aussi une offre de service proposée par le Seigneur lui-même. La sainteté c’est d’abord un don de Dieu qu’il nous faut accueillir. Le salut que le Christ nous propose est offert à tous. Personne n’en est exclu. Tous, même les plus grands pécheurs peuvent être sauvés.
C’est à nous qu’il revient d’écrire les pages actuelles de la sainteté. Nous sommes là avec nos lourdeurs, nos grandeurs et nos petitesses. Nous sommes également capables de fidélités audacieuses, de réponses généreuses aux défis de notre temps. Marie, la Reine de tous les saints est toujours là pour nous ramener inlassablement à ce chemin de sainteté. C’est avec elle que les saints ont appris à tout recevoir comme un don gratuit du Fils et c’est avec elle qu’ils vivent actuellement cachés dans le secret du Père.
En union avec cette foule immense des saints du ciel, en union avec tous les chrétiens du monde entier, nous chantons notre action de grâce au Seigneur. Nous lui demandons de nous aider à suivre leur exemple, leur fidélité. Si le Christ nous appelle c’est pour rejoindre la foule immense de ceux qui nous ont précédés dans son royaume.
« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse » nous dit Jésus. La raison de cette joie c’est le Royaume des cieux. Si nous donnons la priorité absolue à Dieu dans notre vie, si à cause de lui et de l’évangile nous sommes prêts à renoncer à tout ce qui accapare notre vie, nous trouverons le vrai bonheur.
Quand un visiteur arrive, on l’accueille en lui disant : » Finissez d’entrer ! » C’est exactement ce que le seigneur nous dit en cette journée porte ouverte de la sainteté : » Finissez d’entrer et soyez les bienvenus ! »

Père Bernard PLISSON.

HOMÉLIE DU 31E DIMANCHE ORDINAIRE C

28 octobre, 2016

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

HOMÉLIE DU 31E DIMANCHE ORDINAIRE C

HOMÉLIE DU 31E DIMANCHE ORDINAIRE C dans HOMÉLIE SERMON ET..♥♥♥ 2'%20Jesus%20zachee%20petit

 

Sg 11, 23 – 12,2 ; 2 Th 1, 11 – 2,2 ; Lc 19, 1-10

Les stratèges en chambre sont légion. Nous aimons volontiers jouer au chef d’état-major et au premier ministre, à l’évêque et au pape. Confortablement installés et le verre à la main, nous livrons des combats d’idées, nous gagnons des batailles de mots sans risque ni danger. Nous refaisons ainsi régulièrement le monde et la nation, la cité et l’Eglise, avec un succès garanti et à peu de frais. Après de telles victoires, on se sent incontestablement meilleur.
Réformateurs intransigeants et juges impitoyables, nous collons volontiers des étiquettes, nous classons par catégorie : bons d’un côté, mauvais de l’autre, gens de gauche et de droite, intelligents et bornés, élite et masse. Il y a aussi les croyants et les athées, ceux qui fréquentent l’église et ceux qui ne pratiquent pas. Tout cela est clair, précis, bien à sa place. Un avantage incontestable : nous sommes toujours situés dans la meilleure des catégories, dignes d’éloges et candidats permanents au prix de vertu.
Sur le parcours que doit emprunter le Christ, nous sommes au premier rang des partisans et des admirateurs, les bras chargés de fleurs, la bouche remplie de louanges. Nous allons pouvoir l’applaudir, croiser son regard, le toucher, hurler son nom. Quel honneur et quelle joie, quel privilège aussi pour ceux qui le recevront à table !
Maintenant, il est là, parole et vie, Dieu fait homme, vérité et sagesse. Jésus s’arrête. La foule retient son souffle et fait silence. Le maître a levé les yeux et des centaines d’yeux se lèvent. « Zachée, descends, il faut que j’aille chez toi ! ». C’est la consternation. « Tous récriminaient ». Comment, en effet, ne pas être profondément scandalisé de voir le prophète s’adresser au chef des collecteurs d’impôts, symbole méprisé de la corruption et de la collaboration avec l’occupant ! Un riche de surcroît, nourri de l’argent des pauvres. Et Jésus s’invite chez lui. Il est allé manger et loger chez un pécheur public ! Où vont donc la religion, la morale et les convenances ?
Ieshoua qui ne manque aucune occasion de rectifier ce qui est tordu a tout simplement choisi le pécheur conscient de l’être et sa capacité d’accueil sincère. Il a refusé par contre les applaudissements superficiels et la prétention de ceux qui se croyaient justes.
Le geste inattendu et bienveillant du prophète a bouleversé le petit homme méprisé. Il reconnaît ses fautes et décide sur le champ de changer de conduite. Ses torts, il les réparera, non pas selon les limites de la loi, mais dans la générosité de l’amour dont il vient lui-même de bénéficier.
Le voici donc libéré des chaînes de l’avarice et de la passion du profit. Désormais, « l’autre » ne sera plus objet de convoitise ou brebis à tondre, mais un frère ou une sœur à respecter.
Contrit et repentant, il produit aussitôt des fruits de pénitence et de conversion. Zachée était mort, et le voici qui renaît à une vie nouvelle. L’exclu, le marginal, que les justes montrent du doigt et méprisent de leur jugement, est déclaré par Jésus authentique fils d’Abraham. Le monde à l’envers !
C’est à nous, les disciples et les fidèles, que la leçon est donnée. Car Dieu, comme l’explique la première lecture, nous reprend peu à peu, nous avertit et nous rappelle en quoi nous péchons, pour que nous puissions nous détourner du mal et vraiment croire en lui.
Nous sommes d’ailleurs invités par Jésus à la rencontre et au repas de l’eucharistie… Mais peut-être ne sommes-nous pas aussi pressés et enthousiastes que Zachée pour nous y rendre ? Au cours du banquet, la Parole de Dieu aussi nous interpelle. Et c’est peut-être avec joie que nous la recevons, devenue pain, dans l’intimité de la communion. Sommes-nous cependant bouleversés comme Zachée, au point d’être transformés et de changer comme lui quelque chose dans notre vie ?

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE DU 30E DIMANCHE ORDINAIRE C

21 octobre, 2016

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

HOMÉLIE DU 30E DIMANCHE ORDINAIRE C

Si 35,12-14.16-18 ; 2 Tm 4, 6-8.16-18 ; Lc 18, 9-14

Voilà bien une parabole qui nous concerne directement. puisque tous, nous nous sommes déplacés pour monter à l’église et nous rassembler, notamment, pour prier. Luc nous a présenté deux portraits-robots pour s’adresser à certains croyants, convaincus d’être des justes, mais qui méprisent les autres. Maintenant, ne mettons pas immédiatement des étiquettes sur les visages de nos voisins… En réalité, nous sommes tous et chacun concernés, d’autant plus que les deux types de personnages peuvent cohabiter et s’affronter en chacun d’entre nous.

Luc nous présente deux caricatures de croyants. L’un est scrupuleusement fidèle à tous les rites et règlements religieux. Il se sent parfaitement en paix. Ce qui ne l’empêche pas de juger allègrement son prochain, et même quelquefois de le mépriser. Son erreur, c’est de confondre les moyens et le but. Nous dirions aujourd’hui : Il se croit un bon chrétien, un pratiquant fidèle, mais l’est-il réellement, en esprit et en vérité ?
L’autre se soucie davantage de la qualité de ses relations avec Dieu et avec son prochain. Le but à atteindre le préoccupe beaucoup plus que les moyens à utiliser. Il est conscient de l’amour de Dieu, mais également de son propre manque d’amour, et vis-à-vis du Seigneur, et vis-à-vis de ses frères et sœurs humains.
Le premier est comme rempli de lui-même. Il est encombré par des « moi je… ». Il n’y a plus beaucoup de place ni pour Dieu ni pour le prochain. Le second, le collecteur d’impôts, est un exploiteur, un  » collabo  » de l’occupant romain. Il est, par contre, rempli de Dieu et vide de lui-même. Voilà donc pour la caricature.
Nous autres, nous sommes montés au Temple, si je puis dire, pour célébrer, c’est-à-dire nous rassembler, faire corps, faire Eglise. Nous mettre à l’écoute de la Parole du Maître, partager le Pain et le Vin, rendre grâce à Dieu et nous laisser envoyer en mission dans notre vie quotidienne. Et cela, en communion de pensée et de cœur avec toutes les communautés de par le monde, appelées elles aussi à célébrer.
Nous sommes ici non pas comme des justes qui viennent se féliciter mutuellement ni faire devant Dieu étalage de nos vertus. Mais bien comme des filles et des fils imparfaits, pécheurs, qui viennent puiser force et courage, se laisser convertir et transformer pour être capables de témoigner, et donc d’annoncer en paroles et en actes la Bonne Nouvelle de l’Evangile. C’est-à-dire un message de miséricorde, de justice et de paix. C’est ainsi que chaque communauté d’Eglise, si grande ou petite soit-elle, est toujours en état de mission. Et donc chacun et chacune d’entre nous, ne fût-ce que dans son immeuble ou dans son quartier. C’est ce que doit nous rappeler cette journée consacrée à la mission universelle. Encore faut-il ne pas confondre mission et pays lointains, et colonisation. La mission n’est pas non plus simplement le synonyme de développement. Ainsi, l’important est de ne pas séparer religion et vie, la pratique liturgique et la pratique du comportement quotidien dans la vie sociale. Fidèles aux sacrements, nous pouvons être, en fait, de mauvais pratiquants de la pratique de l’Evangile.
Je suis…, nous sommes peut-être des habitués de l’Evangile, au risque d’en être assoupis ou endormis. L’Evangile n’est plus assez une Bonne Nouvelle qui enthousiasme et qui transforme sans cesse notre existence. Sans doute, avons-nous une Bible, qui est Parole de Vie. Mais il ne faut pas la laisser enfermée dans le cercueil de nos bibliothèques. L’Evangile pourrait être plus souvent un livre de chevet, de référence et de consultation. A condition de ne pas le réduire à une croix à porter, alors qu’il est essentiellement libération et résurrection.
Peut-être ne sommes-nous pas assez contagieux. Pourtant, ceux et celles qui aiment vraiment sont heureux et fiers de l’être. Et quand on est heureux, on a envie de l’exprimer, de partager. Par exemple son bonheur de croire et sa chance de suivre un maître de vie. La parole n’est même pas toujours nécessaire. On devrait pouvoir le lire sur notre visage et le comprendre par notre comportement. L’Evangile ne doit pas nous donner des complexes, mais bien faire de nous les joyeux porteurs d’une Bonne Nouvelle pour tous. Ce qui veut dire aussi que l’observance des rites et des pratiques prend trop souvent peut-être plus d’importance que la qualité de nos relations avec Dieu et avec le prochain. Or, ce qui est toujours prioritaire, en tout lieu et toute circonstance, c’est un comportement de vraie charité, de miséricorde, de justice et de paix. C’est le vrai culte agréable à Dieu.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE DU 29E DIMANCHE ORDINAIRE C

14 octobre, 2016

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

HOMÉLIE DU 29E DIMANCHE ORDINAIRE C

Ex 17, 8-13 ; 2 Tm 3, 14 – 4, 2 ; Lc 18, 1-8

« Il faut toujours prier, sans se décourager ». Voilà bien une formule évangélique fort connue. Un cantique moderne nous l’a même fait chanter : « Crier vers Dieu sans perdre cœur ». Bien connue aussi l’expression : « Demandez et vous recevrez » (Jn 16, 24). Mais la précision donnée par l’apôtre Jacques nous est moins familière : « Vous n’obtenez pas parce que vous ne demandez pas » (4, 2). Et, ajoute-t-il, « Si vous demandez sans recevoir, c’est parce que vous demandez mal » (4, 3). Il est vrai que nous sommes bien souvent tentés d’appeler Dieu à la rescousse, parfois même pour des motifs futiles, et de lui dicter les réponses que nous souhaitons.
Quoi qu’il en soit, la prière de demande est la pratique religieuse la plus connue, la plus familière et la plus généralisée. Même la publicité s’en mêle, jusqu’à nous inviter parfois à prier, mais d’une manière irrespectueuse et grotesque. Comme celle qui annonçait : « Le vendredi 13, la St Veinard, c’est aujourd’hui ! Amateurs de jeux et de loteries, ne laissez pas la chance aux autres ! ». Voilà pour la petite histoire.
Mais pour la grande histoire, rappelons-nous que les armées allemandes, en 14 et en 40, confiantes dans leur « Gott mit uns », sont parties à la conquête de terres convoitées, tandis que leurs victimes françaises consacraient leur patrie au Sacré-Cœur et que, des deux côtés du Rhin, on priait dans toutes les églises et les temples : « Seigneur, Seigneur, donne-nous la victoire ! ».
On pourrait donc se poser la question : Mais pour qui Dieu prendra-t-il parti ? Qui va-t-il exaucer ? Au temps de l’auteur du livre de l’Exode, le raisonnement était simple : Dieu nous a arraché à l’esclavage égyptien, nous sommes le peuple préféré, le peuple élu, malheur à qui s’opposera à notre marche vers une terre de liberté. Dieu exercera sa justice, il sera notre pointe de lance et notre bouclier. Et s’il le faut, il viendra venger les siens. S. Augustin a d’ailleurs utilisé ce texte pour asseoir sa théorie de la « guerre juste ».
Les auditeurs de Luc, eux, avaient baissé les bras devant l’échec de leur prière. Ils avaient adhéré au Christ, ils faisaient partie du nouveau peuple élu et ils se trouvaient, eux les fidèles, incompris, exclus et persécutés. Où est donc la justice de Dieu ? Réponse de Luc par la parabole : Dieu fera justice à ses élus qui persévèrent dans la prière et crient vers lui jour et nuit.
Mais, mais… Dieu n’est pas un distributeur automatique de santé, de paix, de travail ou de beau temps. Et il ne suffit pas de lever les bras, car on peut prier « en se trompant de religion ». La prière, en effet, peut être aussi inspirée par l’orgueil, la jalousie, l’égoïsme…
Le dernier verset de l’évangile nous en avertit : la prière suppose la foi. Et la foi, rappelle Paul à Timothée, se nourrit, non pas de bons sentiments ni d’émotions romantiques, mais de la Parole de Dieu. C’est elle qui communique la sagesse, c’est elle qui conduit au salut par la foi, c’est elle qui éduque nos justices et qui nous fournit les vraies armes pour participer à la victoire du Christ. C’est elle qui purifie nos désirs pour nous faire entrer dans les vues de Dieu et qu’ainsi nous puissions les accomplir.
Dans cette source inépuisable de prière qu’est le Livre des Psaumes, vous trouverez en tête du premier psaume cette merveilleuse invocation : « Heureux qui prend son plaisir dans la loi de Yahvé et murmure sa Tora jour et nuit ». Tout comme nous pourrions dire aujourd’hui : Heureux qui rumine l’Evangile jour et nuit. Il est en effet le fondement de l’état de prière. Car la prière plonge ses racines dans l’Ecriture. Elle se nourrit de sa sève pour porter des fruits « dans l’aujourd’hui du monde et dans les engagements humains ».
ans nos prières de demande, nous sommes aisément gourmands et impatients, à l’affût de résultats immédiats. Mais la plus belle des prières de demande est celle qu’a pratiquée Jésus : « Père, que ta volonté soit faite et non pas la mienne ». Et que nous a-t-il appris dans le Notre Père ? … « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». C’est-à-dire que la prière efficace n’est pas une récitation ni une incantation. Il ne suffit pas de la mettre sur disque et d’attendre les bras croisés sans rien faire.
Accueillants et généreux, nous communions par exemple chaque dimanche aux intentions de la prière universelle, notamment pour que le monde soit évangélisé, pour que les affamés puissent être nourris, les malades guéris, et que les belligérants retrouvent la paix. Nous invoquons le Seigneur pour que les chômeurs trouvent du travail, les sans-abris un toit. Mais la prière n’est pas un vœu pieux, même très sincère. Elle est un combat. La prière engage. Car Dieu compte sur nos initiatives personnelles et communautaires pour que la Bonne Nouvelle soit annoncée, mais aussi pour que les affamés soient nourris, les nus vêtus, et que ceux qui n’ont pas de travail puissent en trouver. La foi doit partir à l’assaut de la misère et de l’exclusion qui est, dit-on aujourd’hui sur tous les tons, le péché le plus grave de notre temps. Prier et agir sans attendre béatement, naïvement et paresseusement des miracles.
Oui, sans aucun doute, il faut toujours prier avec une grande patience, sans se décourager, sans perdre cœur, avec foi, même si elle n’atteint pas le volume d’une graine de moutarde. L’essentiel étant de cultiver le souci de nous conformer à la Parole de Dieu, pour que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Rappelez-vous Jésus au jardin des oliviers, trahi par les siens, menacé d’arrestation. Et il supplie son Père de l’exaucer : « Père, que ce calice s’éloigne de moi »… Et il a dû le boire jusqu’à la lie.
Des enfants peuvent aussi nous donner une leçon sur la prière. Ainsi, dans un reportage télévisé, un capitaine de l’Armée du Salut racontait l’histoire d’une classe qui préparait un pique-nique pour le lendemain. Une gamine délurée annonça qu’elle allait prier pour qu’il fasse beau demain. Mais, le lendemain, ce fut le déluge. D’où les remarques désobligeantes de quelques-unes de ses copines : Le Seigneur n’a même pas entendu ta prière ! Et de répondre énergiquement : Si, il m’a entendue. Il a dit non ! … C’est d’ailleurs la réponse d’amour que les parents donnent à leurs enfants quand c’est vraiment pour leur bien.
Nous avons tous à apprendre à déchiffrer, à décrypter les réponses et les silences de Dieu. En définitive, c’est la fidélité dans l’amour qui nous fait persévérer dans la prière. Car la prière n’est pas un monologue, elle est une conversation avec Dieu et nous aimons vraiment quand nous lui faisons part de nos soucis et de nos joies.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIES DU 28E DIMANCHE ORDINAIRE C

7 octobre, 2016

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

HOMÉLIES DU 28E DIMANCHE ORDINAIRE C

2 R 5, 14-17 ; 2 Tm 2, 8-13 ; Lc 17, 11-19

Les deux récits que nous propose la liturgie de ce dimanche sur la guérison de lépreux datent respectivement de 28 et de près de 20 siècles. Nous ne sommes vraiment pas dans l’actualité. Nous vivons d’ailleurs dans des conditions très différentes. Ce qui ne facilite pas la perception que nous pouvons avoir du message émis par cet événement symbolique et de la leçon universelle concernant le devoir de reconnaissance : « Il faut apprendre à dire merci », ce qui n’est pas inutile à rappeler. D’autant plus que l’eucharistie est précisément, par définition, un merci, une action de grâce, une démarche de reconnaissance pour les purifiés que nous sommes. Les textes bibliques vont beaucoup plus loin. Mais que pouvaient-ils bien signifier pour les auditeurs de l’époque ? La lèpre faisait partir d’un fléau ordinaire, mais elle est également auréolée d’un symbole religieux. La lèpre du corps était, sinon la preuve, au moins le reflet, d’un cœur pourri par le péché. De par la loi, le lépreux est exclu de la communauté et même, ajoute-t-on pieusement, exclu du royaume de Dieu. Ces pauvres parmi les plus pauvres sont donc interdits de Temple, interdits de culte, interdits de séjour dans les lieux habités, obligés d’avoir les cheveux dénoués et de crier « impur ! » quand ils rencontrent quelqu’un. C’est la loi. Les lépreux sont totalement exclus de tout. Et que dire d’un lépreux samaritain ? Pour les pieux croyants d’Israël, ces gens, un ramassis de fils d’exclus, sont considérés comme des hérétiques, des schismatiques, totalement infréquentables. Tous impurs. Imaginez un Samaritain, citoyen d’une région maudite, qui de surcroît est un véritable lépreux ! Le marginal par excellence. C’est celui-là, le seul sur dix, dont Jésus va faire l’éloge, le seul homme de cœur, le seul qui a compris Jésus. Le seul qui accèdera à la véritable foi. Pour les croyants juifs de l’époque, il y avait de quoi être vexés, jaloux, irrités, scandalisés. Première leçon, tant pour hier que pour aujourd’hui : manifestement, Jésus n’entre pas dans les vues racistes de ses contemporains. Ces exclusions, même légalisées, lui sont insupportables. Alors, que fait-il ? Il viole un tabou en s’approchant d’un lépreux. Il enfreint un règlement, il rompt avec des habitudes sociales et religieuses traditionnelles. Par contre, il respecte la loi en envoyant les lépreux chez les prêtres, pour un rite de purification qui leur permettra positivement d’être réintégrés légalement dans la communauté d’Israël. Les neuf pratiquants juifs font la démarche, ils la connaissent. Ils font totale confiance aux rites, sans se préoccuper de celui qui purifie et sauve. Ils empochent le gros lot, sans se retourner vers le bienfaiteur. Ils vont pointer chez les prêtres et recevront un certificat de bonne santé, ce qui leur suffit. Le Samaritain, lui, ne connaît pas ces rites. Il fait d’ailleurs demi-tour. Mais il a ressenti sa guérison comme un signe, comme un appel. C’est la personne de Jésus qu’il voit au cœur même de l’événement. Quelqu’un s’est révélé à lui, il s’agit de lui répondre pour aller plus loin. Le seul des dix à faire une démarche de foi. Or, c’est la foi qui sauve et purifie, même quand elle ne guérit pas les malades. Une fois de plus, ce récit symbolique illustre ce que Jésus n’a cessé de constater et de dénoncer de son vivant. Les Juifs, jusqu’aux plus pratiquants et les plus pieux, sont sûrs de leurs droits et satisfaits d’un légalisme et d’un ritualisme qui leur donnent bonne conscience. Or, montre Jésus, ce sont bien souvent les exclus, les marginaux de la société ou du Temple, qui se montrent le plus souvent disponibles à la Parole de Dieu et à la grâce. Qui a le beau rôle dans le récit biblique de la première lecture ? Naaman, général d’une armée ennemie, fera confiance à la parole du prophète après avoir beaucoup rouspété. Il sera purifié de cœur et d’âme, jusqu’à faire un acte de foi au Dieu unique. Un purifié de la lèpre spirituelle, qui sépare les êtres humains les uns des autres. Mais les histoires racontées par les deux Testaments disent une autre histoire possible, en d’autres lieux et en d’autres temps, c’est-à-dire les nôtres. Or, c’est l’aujourd’hui de l’incarnation qui importe. Son actualisation. Et non pas une admiration romantique pour des merveilles du passé, qui risquent de ne rien changer à notre vie, alors que nous sommes sans cesse appelés à nous convertir. On pourrait certes évoquer la scène émouvante de François d’Assise embrassant un lépreux . Aujourd’hui, vous n’en croiserez pas au sortir de l’église. Mais ce qu’il faut bien retenir de la vie de François, c’est qu’avant sa conversion, la seule vue d’un lépreux le faisait fuir, tant sa répugnance à leur égard était grande. Ils le dégoûtaient, comme il le reconnaît lui-même dans son testament. « Ce fut le Seigneur qui me poussa à aller vers eux. Je le fis et tout fut dès lors changé ». Il venait de voir dans le lépreux toute la pauvreté du monde. Il découvrait l’importance de ce qui est petit, faible et souffrant. Pour nous, la vraie et importante question est de savoir qui sont les lépreux d’aujourd’hui. Où se trouvent les Samarie modernes ? Quels sont les excommuniés et les exclus de notre société, de notre Eglise, de nos communautés, de nos pays ? Quels sont les exclus de notre développement, les marginaux de l’Eglise ? Ne les trouve-t-on pas parmi les sans-patrie, les sans-logis, les sans papiers ? Et d’autres encore qui nous font peut-être changer de trottoir. Que ferions-nous, par exemple, si un groupe de réfugiés, déguenillés, affamés, sans papiers, repoussants pour la vue et l’odorat, venait, en plein hiver glacial, chercher refuge dans notre oratoire ou dans l’église ? Quelle serait notre réaction ? Quelle serait, en définitive, notre réponse évangélique ? La question nous donne l’occasion de nous demander, en conscience, quels sont les lépreux et les Samaritains d’aujourd’hui, pour que nous soyons prêts à actualiser et réactiver l’évangile.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008 

HOMÉLIE DU 27E DIMANCHE ORDINAIRE C

30 septembre, 2016

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

HOMÉLIE DU 27E DIMANCHE ORDINAIRE C

 Ha, 2-3 ; 2,2-4 ; 2 Tm 6-8, 13-14 ; c 17, 5-10

(Prononcée en 1995 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), pour la reprise des messes festives, dites des Artistes. Thème : « Dans les parvis de la maison du Père ». Les événements cités sont de cette époque)

Hier soir, sur toutes les chaînes de télévision, des présentateurs-vedettes ont annoncé les dernières nouvelles, parmi lesquelles, comme très souvent, de mauvaises nouvelles. « Le bonheur se vend mal », disait le commissaire Navarro. Ouvrons la Bible, ce n’est pas mieux. N’avez-vous pas remarqué que Monsieur Habacuc, « menthe aquatique » pour les intimes, et présentateur-vedette de l’émission biblique dans la liturgie de ce jour, est exactement du même tonneau. Son journal parlé, daté de six siècles avant Jésus-Christ est resté parfaitement actuel : « Pillages et violences, disputes et discordes se déchaînent ». C’est l’abomination. Et Dieu semble sourd et impuissant. Il en est même qui le soupçonnent de complicité, puisqu’il semble rester insensible aux cris et aux prières de ceux qui l’appellent au secours. Ouvrons le « Journal intime » de Jérémie, le prophète. Il n’est guère plus optimiste : « Si je sors dans la campagne, voici les victimes du glaive. Si j’entre dans la ville, voici les souffrances de la faim. Même le prophète, même le prêtre, qui parcourent le pays, ne comprennent pas. Nous espérions la paix et il n’arrive rien de bon. Nous attendions le temps du remède, et voici l’épouvante » (Jr 14). Nos journaux écrits, parlés ou télévisés reproduisent aujourd’hui une version identique, dans un autre cadre et avec de nouveaux acteurs. Un véritable remake. En ex-Yougoslavie et en d’autres lieux, voyez l’immense cortège des victimes de la haine et des violences, de la famine et des injustices. Avouez que ce tableau est bien triste pour ouvrir et célébrer la nouvelle année des messes festives. Une année à marquer d’un caillou blanc, puisqu’elle nous permettra de fêter le 25e anniversaire de la messe annuelle des artistes, en la fête du Christ, Roi de l’Univers. Mais tout cela serait-il incompatible ? « Comment en effet parler de la Beauté, disait l’abbé Michiels, dans un monde en proie à la laideur qui est une forme de révolte et de destruction ». Et l’on pourrait en dire autant pour le bon et pour le vrai. Et bien oui, tout cela est compatible, et même inséparable. Il faut d’abord apprendre à mieux regarder. Si le monde nous apparaît comme un océan de misère, il est aussi le royaume de toutes les merveilles. Même au milieu des charniers il y a des parterres de lys et des bouquets de roses. Les uns démolissent, d’autres construisent. Certains détruisent la vie, d’autres la donnent et la protègent. Et le mal au quotidien croise sans cesse le dévouement et la sainteté ordinaires d’un grand nombre. C’est pourquoi chaque église, et la première d’entre elles, la cathédrale, sont précisément, comme l’a écrit Marcel Lobet, « le carrefour des rencontres du visible et de l’Invisible, de l’inquiétude humaine et de la paix divine ». Le rendez-vous aussi du péché et de la grâce, pourrait-on ajouter. Nous sommes ici dans les parvis de notre Dieu. Non pour oublier les soucis et les drames de l’existence, mais pour nous permettre de regarder au-delà. Passer du désarroi et de l’étonnement douloureux, à l’espérance et jusqu’à l’admiration, pour aboutir à la louange et à l’action de grâce. La liturgie, voyez-vous, « prend le monde à pleines mains » (1). Elle rassemble un peuple avec ses peines et son espérance, sa foi et ses doutes. Elle le conduit par la parole et la prière jusqu’au Christ. Elle est « un temps de rencontre transformante ». Un événement de transfiguration dans le vrai, le bon et le beau. Et puisque la liturgie est de connivence avec la beauté, elle « a besoin de l’Art » et des artistes, qui expriment et suscitent l’émerveillement « pour tout ce qui est beau et précieux dans la vie ». Il ne s’agit pas pour autant de la beauté fascinante qui charme, qui flatte et qui emprisonne. Mais bien d’une beauté séduisante, qui fait sortir de soi. Une beauté qui invite, qui appelle, qui entraîne vers « Celui qui est la Beauté suprême parce qu’il est l’icône du Père ». D’ailleurs, « chaque fois que l’homme cherche à se surpasser, rappelait récemment l’évêque de Gand, il se tourne aussi bien vers la foi que vers l’art ». Il ne faut donc pas s’y tromper. Si Habacuc, le prophète, a fait défiler devant nous des images d’horreur, des cris de révolte et de reproche, il nous offre en même temps des raisons et des semences d’espérance : « Je guetterai ce que dira le Seigneur ». La patience s’impose, renforcée par la confiance. Une confiance que l’on cultive. Car « le facile et la pente est de désespérer et c’est la grande tentation », disait Péguy. Cependant, la confiance doit être purifiée de toute méfiance et de tout soupçon envers Dieu et envers le monde. Ne cherchons pas des boucs émissaires. Dieu est innocent du malheur des hommes. Des hommes qui, trop souvent, emploient très mal leur précieuse liberté. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la frontière entre le bien et le mal passe d’abord dans nos jardins intérieurs. Elle traverse nos cœurs et nos pensées. Nous sommes tous et chacun capables du meilleur et du pire. Toutes les mauvaises nouvelles du mal et toutes ses formes de violence, les égoïsmes fratricides et les injustices assassines, sont déjà en nous, et pas seulement autour de nous. Le bien et le mal sont des cohabitants, et dans le monde et dans nos cœurs. Et cependant, notre terre éprouvée, notre monde déchiré et souffrant, le cosmos tout entier, constituent eux aussi les parvis de la maison du Père. C’est bien dans toutes les réalités de notre vie terrestre, et donc les meilleures et les pires, que Dieu se laisse chercher, que Dieu se laisse rencontrer et aimer. C’est notre monde, notre Cosmos qui est pour Dieu le lieu de sa révélation, de sa manifestation, de son incarnation. Et si nous avons souvent à nous réconcilier avec Dieu, nous avons également à nous réconcilier avec la Terre, notre sœur, disait saint François. Seul celui « qui aime Dieu et la terre à la fois, peut croire au Royaume de Dieu », écrivait Dietrich Bonhoeffer, l’une des grandes figures spirituelles de notre siècle. Il ajoutait : « Nous ne pouvons prier pour la venue du royaume qu’en étant entièrement de la terre ». C’est pourquoi, celui : « Qui fuit la terre pour trouver Dieu ne trouvera que lui-même. Qui aime vraiment Dieu l’aime en tant que Seigneur de la terre, telle qu’elle est. Et qui aime la terre, l’aime en tant que terre de Dieu ». Nous sommes intimement liés à la terre, pour le meilleur et pour le pire. Ne rêvons pas d’un paradis terrestre offert gratuitement clé sur la porte. Nous sommes et nous serons toujours confrontés au problème du mal et des mauvaises nouvelles. A nous de les affronter, comme l’a fait le Christ lui-même, « corps à corps, cœur à cœur ». Il n’a pas attendu pieusement ni impatiemment que Dieu décrète la paix et la justice et nous les impose. Il s’est trouvé lui-même face à l’injustice et à l’indifférence, à la violence et à la trahison. Il a répondu par l’amour et la justice, le pardon et la main tendue pour la réconciliation. Il s’est rangé du côté des victimes, leur proposant la Bonne Nouvelle et l’espérance d’un royaume de justice et de paix à construire avec lui au prix d’une permanente conversion. Et les fondations de ce monde nouveau se creusent dans nos territoires intérieurs. Car l’espérance est vaine si elle ne nous pousse pas à oser et à entreprendre. Baptisés et confirmés, nous sommes dépositaires de cette Bonne Nouvelle, avec mission de défendre la vérité de l’Evangile contre tout ce qui peut l’altérer et la trahir. Il nous faut toujours revenir à l’Evangile. C’est lui qui est à la source, à la racine de tout enseignement, de toute doctrine, de toute tradition, de tout engagement, de tout comportement chrétiens. Il est invitation pressante à lutter en nous et autour de nous contre les assauts du mal. Tout en courant au secours des victimes. Car c’est à chacun de nous de porter ou de rendre l’espérance aux écrasés et aux désespérés. Que vient de nous conseiller saint Paul ? De réveiller en nous le don de Dieu déjà reçu. Et ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné ! Mais un esprit de force, d’amour et de raison. N’ayons pas peur de proclamer en parole et en actes cette nouvelle toujours bonne qui est celle de l’Evangile. En nous rappelant que « le seul Evangile que pourront lire beaucoup de nos sœurs et de nos frères, c’est notre vie ». Seigneur, augmente en nous la foi. Nous en avons grand besoin pour déraciner les grands arbres de l’égoïsme et de la peur. Et merci, mille fois merci, pour la confiance que tu nous accordes d’être tes serviteurs et même tes amis, si nous accomplissons ce que tu commandes avec tant d’amour.

« Art et liturgie », Albert Rouet, actuellement évêque de Poitiers, DDB 1992, 147 pp. P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE DU 26E DIMANCHE ORDINAIRE C

24 septembre, 2016

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

HOMÉLIE DU 26E DIMANCHE ORDINAIRE C

Am 6, 1-7 ; 1 Tm 6, 11-16 ; Lc 16, 19-31

Il est intéressant de constater que les actualités fournies par la presse sont souvent aussi des actualités de l’Evangile. Ainsi, dimanche dernier la première lecture nous racontait que, huit siècles avant Jésus Christ, Monsieur Amos, prophète indépendant, dénonçait le très prospère royaume d’Israël. Pourquoi ? Parce que, derrière une façade brillante et des fêtes religieuses imposantes, il avait découvert un monde d’injustice et d’exploitation des plus pauvres. Ce qui restait d’actualité au temps de Jésus. D’où, cet avertissement évangélique : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent ». Il y a quelques années, dans un quotidien, un compositeur de chanson titrait son article :  » L’argent n’a pas d’odeur… « . Et quelques pages plus loin, le programme TV annonçait une émission consacrée à une nation « pourrie par le fric » et affirmait que « la misère et la faim sont une prison où plus d’un milliard de femmes, d’hommes et d’enfants consument leur existence ». Ce dimanche, Monsieur Amos, gardien de gros bétail, un personnage aisé, et le Docteur Luc, évangéliste de surcroît, viennent nous secouer et nous interpeller pour les mêmes raisons. Ne serions-nous pas plus ou moins esclaves de l’argent ? ou tout simplement trop peu attentifs ou trop peu soucieux de bien le gérer selon l’esprit de l’évangile ? D’où, une parabole, c’est-à-dire une histoire inventée, mais à partir de faits réels tirés de l’actualité. Une actualité qui est de toutes les époques. D’un côté, un riche, qui peut aussi être un pays tout entier, et qui n’est pas qualifié de mauvais riche. Tout simplement un riche anonyme. Il vit dans un certain luxe. Ce qui n’est pas interdit. Il appartient à une famille qui « possède des biens », et il a cinq frères bien dans leurs papiers. Cet homme, sans doute élégant et fin gourmet, était même un croyant, pratiquant fidèle et fier de l’être. Un homme comblé, parmi beaucoup d’autres. Jésus ne vise donc personne en particulier. L’autre personnage, autre nation : Lazare. On sort de l’anonymat. Mais c’est un personnage fictif qui signifie « Dieu a aidé ». Tout un symbole ! Mais Lazare est d’un autre monde, là où l’on manque de tout, y compris du nécessaire et même de l’indispensable. Tout comme cette femme indienne, de la catégorie des intouchables, qui a vendu son bébé pour 130 dollars après avoir vu son autre fils de deux ans mourir de malnutrition. L’argent de la vente a servi à éponger les dettes de la famille et à acheter de la nourriture. Le riche n’a rien refusé à Lazare, il ne l’a pas chassé. Ce qui n’est pas toujours le cas. Mais il ne l’a même pas vu, dirait-on, comme s’il était aveugle et inconscient. Il y a comme un mur entre les deux, ou un grand abîme apparemment infranchissable. Pourtant, l’homme comblé, croyant, pratiquant, qui plus loin interpelle son père Abraham et qui se préoccupe avec beaucoup de cœur de ses cinq frères, aurait dû savoir que la loi de l’Alliance, dont il se réclame, et même aujourd’hui celle des droits et devoirs de la personne humaine, demande précisément de « rompre les chaînes injustes…, de partager le pain avec l’affamé, d’héberger les pauvres sans abri, de vêtir celui qui est nu ». Ce que les prophètes n’ont cessé de répéter au cours des siècles. Or, cet habitué du Temple est resté sourd à la Parole. Tout comme ses frères qui multipliaient sans doute les pratiques religieuses, se passionnaient pour les visions et espéraient des miracles, mais délaissaient la parole prophétique des Ecritures qui aurait pu les éclairer et les convertir. Bien sûr, à l’époque, les croyants étaient persuadés que les richesses étaient signes de la bienveillance de Dieu à leur égard. Une sorte de récompense pour bonne conduite dans l’observance de la Loi de Moïse… Mais la Loi de Moïse précisait déjà : « S’il y a chez toi un indigent… tu ne raidiras pas ton cœur et tu ne fermeras pas ta main devant ton frère indigent… Je te le commande : tu devras ouvrir ta main pour ton frère, pour ton pauvre, pour ton indigent dans ton pays » (Dt 15, 7-11). Or, aujourd’hui, tout a pris des dimensions planétaires, y compris la pauvreté, la misère, l’exclusion, le chômage. Les Lazare sont légion. Et ils doivent se contenter des miettes de nos sociétés dites d’abondance. Il en est même accroupis le long de notre table, comme le disait déjà le Père Lebret il y a plus de cinquante ans. Aujourd’hui, ajoutait-il, Lazare, c’est la majorité de l’humanité, et il a beaucoup d’enfants. Il va bientôt devenir 80 ou 90 % de la population du monde. Une menace pour notre paix et notre sécurité. Or, ce qu’il attend, c’est « de la compréhension et de l’amour ». Il nous appartient donc de faire, à tous les niveaux, un usage biblique, évangélique, de toutes nos richesses, y compris celles du cœur, de l’intelligence et de l’imagination. Elles nous pousseront à l’initiative, si modeste soit-elle, de manière à pouvoir « inviter des pauvres à notre table ». C’est-à-dire la table de la connaissance, la table de la culture, celle du progrès et du développement, celle des soins de santé et de la dignité respectée, tout comme la table des échanges commerciaux.

N’attendons pas demain pour mieux servir Dieu en nos frères et sœurs éprouvés comme Lazare.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE DU 25E DIMANCHE ORDINAIRE C

15 septembre, 2016

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

HOMÉLIE DU 25E DIMANCHE ORDINAIRE C

Am 8, 4-7 ; 1 Tm 2, 1-8 ; Lc 16, 1-13

Pot-de-vin, enveloppe sous la table, certificat de complaisance, facture « amicale » vierge de TVA, travail au noir et généreuses distributions de cadeaux et privilèges…, autant d’excellents moyens de se faire des amis et des économies. Il y a d’autres manières tout aussi séculaires d’assurer son avenir et d’engranger des poires pour la soif. Déjà dans la Bible, on voit marchands et commerçants mal supporter le repos du Sabbat réservé au Seigneur et qui interrompt leur travail. Le prophète Amos a dénoncé les « balances menteuses », les mesures faussées, les poids trafiqués. Pire encore, Amos s’en prend à l’exploitation systématique des plus pauvres, d’autant plus écœurante qu’elle est facile et sans parade. Tout pourrait être mis au présent et même à l’échelle internationale. Dans tous les cas et à toute échelle, il s’agit toujours d’amasser de l’argent, d’acquérir un pouvoir et d’agrandir le cercle de ses débiteurs d’arrhes ou de cœur. Nous sommes tous assez doués pour ces calculs et opérations qui peuvent être réalisés avec beaucoup de discrétion et même dissimulés sous un manteau de vertu. Dans le domaine de l’avoir et du pouvoir, nous ne manquons pas de cette intelligence pratique, qui mélange harmonieusement l’avidité et l’habileté pour les mettre au service de nos appétits matériels, nos besoins de sécurité, notre goût du prestige. C’est précisément cette intelligence, cette habileté du gérant malhonnête, que Jésus nous propose comme exemple pour nous reprocher notre foi endormie et sans imagination, notre religion désincarnée, le manque de réalisme évangélique, l’absence de passion et d’ambition spirituelles. En tirant les conclusions de sa parabole, Jésus laisse échapper un profond soupir de regret et de déception dont l’écho n’a rien perdu de sa force aujourd’hui. Ah ! si mes disciples étaient aussi malins et motivés pour bâtir le royaume de justice et de paix qu’ils ne le sont pour assurer leur bien-être temporel, la face de la terre serait renouvelée. Une grosse pierre dans notre jardin. Même si l’on peut émettre des réserves sur les campagnes et les méthodes du prédicateur baptiste Billy Graham, il faut reconnaître qu’il a raison quand il déclare que le plus grand obstacle pour l’évangélisation c’est le christianisme refroidi. La vie a été réduite à des traditions et des rites : toutes les Eglises sont coupables. Mais notre soif et notre faim de richesse et de facilité, d’abondance et de plaisir, de sécurité et d’assurance terrestre, n’ont pas perdu leur flamme. Nous y investissons d’ailleurs de l’argent et du temps, du courage et de la compétence, de la conviction et de la persévérance. Jésus cependant ne se contente pas de regrets. Il les assortit d’une directive ferme et précise qui peut surprendre : « Faites-vous des amis avec l’argent trompeur, afin que le jour où il ne sera plus là ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles ». On en revient au bon mais difficile usage de l’argent. Dictateur, l’argent est une idole qui promet de fausses sécurités, un bonheur illusoire et passager. Ce dieu insatiable rabaisse tout à l’horizon terrestre de la vie. Il engendre des cœurs durs, des égoïstes impitoyables, des exploiteurs des pauvres. Des voleurs aux mains pures. L’argent peut être tout autant serviteur, moyen providentiel pour nourrir les affamés, exprimer concrètement le sens de la justice et de l’amour des autres. L’argent peut guérir des malades, fournir du travail, faire reculer la misère, humaniser le monde, tracer des voies nouvelles pour que la Bonne Nouvelle se répande dans l’univers. L’or est convertible en monnaie d’éternité. Il peut être placé en valeurs d’amour. Heureux ceux qui le font fructifier et l’utilisent avec sagesse et intelligence, sagacité et esprit de décision, pour que le règne de Dieu advienne dans la vraie justice et l’authentique fraternité.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

HOMÉLIE DU 24E DIMANCHE ORDINAIRE C

10 septembre, 2016

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

HOMÉLIE DU 24E DIMANCHE ORDINAIRE C

Ex 32, 7-11, 13-14 ; 1 Tm 1, 12-17 ; Lc 15, 1-32

 « Qui leur fera miséricorde ? », titrait un journal racontant la triste histoire de 25 femmes qui veulent quitter la prostitution mais ne trouvent pas de travail. Fait divers parmi d’autres, qui nous offre une pressante invitation à relire avec attention les textes bibliques que nous propose notamment la liturgie. « L’équipement du chrétien se résume dans la Bible et le journal », affirmait le grand théologien Karl Barth.  Autre exemple avec les actions musclées de commandos anti-avortement contre des hôpitaux qui pratiquent l’IVG. Une croisade contre l’assassinat (d’une seule catégorie) d’innocents. Certains y voient une « courageuse réponse de chrétiens à l’enseignement du Christ et de l’Eglise ». D’autres considèrent que l’on ne peut continuer « à bafouer ainsi l’ordre divin ». Et bon nombre de ces « croisés » se prennent pour le bras justicier et vengeur du Dieu tout puissant. Mais ce visage de Dieu n’est-il pas plutôt celui de l’une des nombreuses idoles fabriquées de nos mains « et que nous mettons à notre service » ? En effet, comme le signale le missel des dimanches : « Dieu ! Nous le voudrions juge des autres, de ceux à qui nous nous opposons »; Un Dieu à notre image, intolérant, violent, rancunier et vindicatif. Déjà, l’auteur de l’Exode a voulu, par l’épisode du veau d’or et l’extraordinaire prière de Moïse, briser le masque de colère pour révéler le vrai visage de Dieu qui est celui d’une perpétuelle bienveillance, d’une indéracinable fidélité à l’alliance et à ses promesses, d’une patience de tous les instants, d’une miséricorde inépuisable. Le portrait après la caricature. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob n’est pas celui du « Talion », écrit Stan Rougier, mais celui du Shabbat Hannuka : « Ni par la force ni par la violence, mais par mon Esprit », dit l’Eternel. Mais infinie est la distance entre la noblesse et la sérénité des principes et l’épreuve de leur incarnation dans le concret mouvementé du quotidien. Ainsi, quand Moïse « vit le veau et les danses », il s’enflamma de colère, brisa tout ce qui lui tombait sous la main et ordonna à une élite de fidèles de tuer « qui son frère, qui son ami, qui son prochain… Et il tomba environ trois mille hommes » (Ex 32, 19-28). Mais on n’était qu’au début d’une très longue évolution spirituelle qui culminera dans la révélation et le témoignage de Jésus Christ, visage parfait du Dieu de miséricorde dont la justice et le pardon sont également infinis. Paul de Tarse, croyant sincère, familier des Ecritures et particulièrement compétent dans le domaine religieux, s’est pris longtemps pour le justicier de Dieu et de sa Loi, en s’attaquant par le blasphème, l’insulte et la persécution, à tous ceux qui marchaient dans la foulée du prophète de Nazareth, condamné et crucifié comme prétendu Messie. Et voici qu’un jour tout bascule, Paul découvre le vrai visage de Dieu qui est celui de sa miséricorde. Le savant et pieux pharisien reconnaît son ignorance et son manque de foi. Lui, le pur, se reconnaît pécheur, mais tellement pardonné qu’il en devient disciple et « premier exemple » de ceux qui croiraient en Jésus. Les trois paraboles que nous propose Luc aujourd’hui répondaient, au temps de Jésus, à ces croyants légalistes qui, au nom de leur foi et de la Loi, méprisaient et condamnaient publicains et pécheurs et dénonçaient Jésus comme un homme de mauvaise fréquentation. La parabole du père et des deux fils a tout dit sur la miséricorde de Dieu. Cependant, le disciple d’hier ou celui d’aujourd’hui, enseigné, éclairé, orienté et stimulé par la parole et l’exemple de Jésus, n’est pas pour autant un « pur », protégé de tout péché et vacciné contre l’infidélité, les déviations et les contradictions. C’est bien encore à nous tous que ces paraboles s’adressent, avec d’autant plus de force et d’urgence que nous avons peine à nous reconnaître pécheurs et pécheurs pardonnés.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925- 2008

123456...60