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HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE PÂQUES B

6 avril, 2018

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Rubens, incredulité Saint Thomas

HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE PÂQUES B

Ac 4, 32-35 ; 1 Jn 5, 1-6 ; Jn 20, 19-31a

(Prononcée en 1997 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), les événements cités sont de cette époque)

Thème : La foi n’est pas une évidence. Elle se nourrit de l’écoute de la Parole et des « actions parlantes »

Il était une fois, au seuil du 21e siècle, quelques dizaines de jeunes gens et jeunes filles qui voulaient bâtir leur existence sur le roc des Ecritures. Leur communauté fut baptisée « Source Supérieure ». Vivant comme des moines et des moniales, ils s’appelaient entre eux frères et sœurs et mettaient tout en commun. Ils s’étaient exilés du monde du péché, pour aspirer davantage à une autre vie, purifiée, joyeuse et définitive. A l’abri d’un refuge discret mais luxueux, ils vivaient dans l’impatience du grand jour. Celui du retour à la Source. Le grand passage, la pâque ultime. C’est au cours de leur « semaine sainte » 1997 qu’ils ont choisi de se débarrasser joyeusement et ensemble de leur enveloppe terrestre. Un suicide collectif pour rejoindre le paradis de leurs fantasmes.
C’est sur fond de cette actualité d’une liturgie morbide, née d’une dérive « religieuse » que nous avons vécu en Eglise le Saint jour de Pâques. La fête des fêtes. La fête de la foi. Dans l’allégresse, les prières et les chants, nous avons proclamé d’un même cœur et d’une seule voix : Je crois en Jésus le Christ, ressuscité des morts. Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Avant cela, le Verbe, qui est l’ »exégète de Dieu », avait ouvert nos esprits à l’intelligence des Ecritures, depuis la Genèse jusqu’au sépulcre vide, en passant par les prophètes et les psaumes, qui parlent du Christ en clair obscur.
Foi reçue. Foi proclamée. Foi célébrée. Mais l’adhésion au Christ ne peut se contenter des expressions doctrinales, liturgiques et rituelles. Il lui reste encore à descendre au plus profond de notre conscience et à se concrétiser dans le pas à pas quotidien pour y devenir foi vécue. C’est-à-dire rayonner en amour sans frontière, en impérieuse réconciliation et en victoire de la paix. Croire et aimer, c’est tout un. Même si nous sommes des témoins fragiles, souvent hésitants ou peureux, troublés et fragilisés par le doute. C’était il y a huit jours.
Aujourd’hui, comme tous les premiers jours de la semaine, nous faisons corps dans la foi. Nous faisons Eglise. Lourds de nos inquiétudes, de nos faiblesses, du poids de nos souffrances, peut-être aussi de nos angoisses. Comme Thomas et ses compagnons, un certain premier jour de la semaine.
Ce matin, les portes de la cathédrale ne sont pas fermées, mais celles de nos cœurs sont peut-être encore verrouillées. Il n’empêche ! Jésus est là au milieu de nous puisque nous sommes rassemblés en son nom. Il est là aussi « présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Eglise les Saintes Ecritures » (Constitution sur la liturgie, 7a).
Encore faut-il y croire. Et y croire vraiment. Mais croire n’est pas facile. Pour personne. Voyez les réactions de Thomas, lui qui était placé aux premières loges. Lisez le récit de Luc, là, ce sont tous les disciples sans exception qui sont « frappés de stupeur et de crainte ». Et lorsqu’ils auront pris conscience de l’authenticité de leur expérience spirituelle, et malgré leur joie, « ils n’osaient pas encore y croire et restaient saisis d’étonnement ».
Même après la résurrection, la foi des apôtres est restée difficile et elle était tout autre chose qu’une assurance donnée par une vision sensible de Jésus ressuscité. Or, nous sommes appelés à croire sans preuves. Si ce n’est la preuve des témoignages et des signes.
La foi chrétienne n’est pas une évidence. Elle est affaire d’amour, et donc de confiance et de liberté. Elle n’est pas non plus soumission aveugle à des formules pétrifiées dans la lettre des dogmes. Pas plus qu’elle ne se prouve par tous les faits, évoqués par les Evangiles. Comme s’ils étaient le résultat d’une enquête historique et scientifique ou le résumé d’évènements scrupuleusement filmés par des professionnels de la pellicule et du reportage. Les évangiles sont le témoignage d’une communauté chrétienne qui vit, dans la foi, l’expérience du Christ ressuscité.
Bien des croyants qui ont suivi les cinq émissions « Corpus Christi » programmées sur ARTE durant la Semaine Sainte, auront peut-être vécu « un douloureux décapage de leur foi ». C’est une purification bénéfique. Car la foi est toujours une libre décision prise par quelqu’un qui a été séduit par la personne de Jésus, sa Parole, son message et sa vie. La foi est un attachement vivant au Christ, dont la Parole est nourriture. Elle suppose un contact intime, admiratif et radicalement confiant avec Jésus, le Christ, le Vivant. Et vivant, parce que ressuscité, c’est-à-dire qu’il a « accès à la vie définitive ». « En Dieu, il continue d’exister » (1).
Pour les apôtres d’hier, Pierre en tête, comme pour ceux d’aujourd’hui, toute vie chrétienne est « faite de foi et d’incertitudes, de chutes et de re-départs ». Nous avons tous des étapes de questions et de doutes, voire même d’anxiété, confesse le cardinal Martini. Il n’y a qu’une solution, ajoute-t-il, tant pour les savants que pour les simples : donner foi aux paroles du Christ, comme paroles provenant de Dieu.
Pour devenir croyants et nourrir notre foi, nous avons davantage besoin des oreilles pour écouter que des yeux pour voir. Et cependant, la Parole n’est rien tant qu’elle n’est pas traduite en capacité d’aimer, tant qu’elle n’a pas pris corps. Et elle prend corps dans des comportements et des actions qui deviennent autant de signes de la résurrection. Des « actions parlantes ». On en découvre des traces chaque fois que des hommes et des femmes, à la suite du Christ, deviennent à leur tour des « créatures nouvelles » qui osent s’engager à « renouveler la face de la terre » ou du moins la petite parcelle de leur territoire. Nous sommes conviés, écrivait récemment l’évêque de Tournai, « à découvrir et à ouvrir des chemins de résurrection, à repérer (aussi) les premiers signes de la victoire pascale, comme le don de soi et l’amour désintéressé, le pardon des offenses, la volonté de réconciliation ».
C’est d’ailleurs ainsi que « les apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus », nous disent les Actes. Partage de la Parole et du Pain eucharistique. Partage des services et partage des biens, « pour que personne ne soit dans la misère ». C’est alors que les yeux s’ouvrent et que, sans voir Jésus, on reconnaît qu’il est vivant. Ce n’est pas pour rien que la liturgie fait précéder aujourd’hui l’Evangile d’un flash sur la vie des premières communautés chrétiennes. Un récit certes idéalisé, mais qui indique le chemin à poursuivre et le signe à donner.
« La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi, avaient un seul cœur et une seule âme ». Autrement dit, des hommes et des femmes ordinaires, « quelle que soit leur origine ethnique, religieuse ou sociale, leur culture ou leur fortune », se comportaient en frères et sœurs pour le meilleur et pour le pire. Ils vivaient « en ressuscités ». Avec évidemment des conséquences directes sur la façon de comprendre et d’exercer l’autorité et le pouvoir, par exemple. Une véritable conversion également dans tout ce qui touche à l’usage des biens matériels, à la possession gourmande, à l’idolâtrie de la propriété et des droits acquis.
Il en va de même aujourd’hui. Le Christ ressuscité et sa Bonne Nouvelle seront reconnus à des signes qui ne trompent pas : ceux de chrétiens et de communautés chrétiennes qui « vivent en ressuscités », ici, aujourd’hui, d’une manière crédible et convaincante, par une solidarité effective, une manière de partager et de mettre en commun adaptée aux situations, aux problèmes et aux aspirations d’aujourd’hui. C’est ainsi que la foi se nourrit et se prouve par l’écoute de la Parole et le témoignage des actions « parlantes » de l’agir quotidien.
« Donne-nous envie de croire ! » Tel est le cri qui résume les 1.200 lettres adressées aux évêques de France par des jeunes de 15 à 30 ans. Ils nous disent que, pour eux, la foi est « avant tout une expérience authentique qui ouvre des horizons insoupçonnés. Elle conduit à une transformation intérieure qui change le regard sur les autres, sur le monde… C’est le bonheur à portée de main, dans la trame des relations quotidiennes ».
N’est-ce pas le signe et l’espérance de la naissance d’une société et d’un monde nouveaux ?

« Seigneur, donne-nous envie de croire ! ».

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

(1) Xavier Léon-Dufour, p 68 « La Vie », 27.03.1997, n. 2691.

HOMÉLIE DU JOUR DE PÂQUES, B

30 mars, 2018

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Jésus est ressuscité!

HOMÉLIE DU JOUR DE PÂQUES, B

Ac 10, 34a. 37-43 ; Col 3, 1-4 ou 1 Co 5, 6b-8 ; Jn 20, 1-9 ou Mc 16, 1-8

Rêve déçu, intensément tristes, découragées, trois femmes de la première compagnie de Jésus (pas celle des jésuites, mais des premiers disciples) se rendaient au cimetière avec des fleurs et du parfum. Mais le récit de Marc n’est pas un reportage pris sur le vif. Il n’y a pas eu de scène filmée ni de micro tendu. Ces pages de catéchèse sont déjà un écho de l’expérience spirituelle d’une communauté de croyants, où se mêlent les souvenirs, les faits et les symboles. Par contre, la peur, elle, est bien là. Le choc de l’émotion religieuse, la stupeur de ceux et celles qui s’approchent de Dieu et qui découvrent tout d’un coup à l’endroit la surprenante réalité que l’on voit d’habitude à l’envers. C’est-à-dire le monde des réalités spirituelles.
Le Christ de chair et d’os n’est plus là. Mais bien le Christ de la foi. C’est le message du Christ, et le Christ messager qui est au centre du récit : Le Nazaréen, Dieu l’a ressuscité. La mort est donc renversée, elle a changé de sens. Le crucifié mort est vivant.
Voilà une affirmation tranchante, sans preuves, sans explications. Une vérité exorbitante, présentée comme un fait accompli. Mais où est-il ? Ni là, ni ici, mais ailleurs. Dans un univers nouveau qu’elles devront découvrir. Une présence et un message qui les envoient en mission. Elles reçoivent un ordre de marche : Allez dire aux disciples, allez dire à Pierre… Mais elles s’enfuirent bouleversées, toutes tremblantes et en claquant des dents. Il est vrai qu’il y avait de quoi. Révélations et manifestations divines ont toujours provoqué l’effroi, la crainte et le tremblement. Mais, souligne Marc, elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. C’est ici que se termine son évangile.
Les spécialistes sont d’accord pour affirmer que la suite, l’épilogue, n’est pas de la plume de l’évangéliste, mais un « appendice » ajouté après coup pour offrir une finale heureuse. Car, en fait, elles ont finalement transmis leur message, comme on le voit chez Matthieu, Luc et Jean. Heureusement. Sinon, les disciples n’auraient rien su de l’événement et nous non plus. Mais il ne suffira pas de le dire et le redire avec des mots, il faudra en témoigner. Autrement dit, le mettre au monde dans la communauté des croyants, accoucher de son corps mystique. Elles vont donner corps à la Parole, enfanter des humains à la vie nouvelle, par la foi au Ressuscité.
Peut-on se fier à des femmes, se disaient les disciples ? Ainsi, des femmes, à qui la Loi juive déniait la capacité juridique de témoigner, vont témoigner de la résurrection du Christ et les sortir de leurs préoccupations terre-à-terre dont ils étaient prisonniers. C’est elles qui vont les ramener à tout ce que Jésus leur avait promis et confié, mais qui fut balayé par le désarroi et les abandons à l’heure de la Passion.
De fait, elles ont parlé aux Onze et à tous les autres, précise Luc. Résultat ? Elles furent mal reçues. Ils n’ont pas cru un mot de ce qu’elles racontaient et ont pris leurs paroles pour du délire… Des radotages de bonnes femmes !
Mais quand des hommes viendront faire part de leur rencontre et de leur expérience du Ressuscité, ils ne seront pas mieux reçus. Ce qui veut dire que l’incrédulité est plus spontanée que la foi. Ce n’est d’ailleurs que lentement et péniblement que la foi au Ressuscité s’est imposée aux apôtres comme venant de Dieu… Ce n’est pas plus facile pour nous ni plus rapide.
Quant à la preuve, car on réclame toujours des preuves, ce ne sera pas un tombeau vide, ni un saint suaire, ni un rapport de police, mais la transformation surprenante et profonde d’une poignée de poltrons en croyants audacieux. Un miracle ! « Les événements de la Pâque de l’an 30, écrit un exégète, ont transformé des femmes craintives en messagères et des lâches ou traîtres en témoins confessants ».
C’est d’ailleurs ce que l’on attend aujourd’hui de notre foi. Il nous faut mettre au tombeau notre esprit du monde et notre incrédulité, pour mener une vie nouvelle, une vie de ressuscité. Faire mourir ce qu’on appelle le vieil homme et laisser vivre un être nouveau, renouvelé.
Il n’empêche que nous rêvons facilement, jusqu’à en être avides, de signes venus du ciel, de preuves palpables, tangibles, visibles, indiscutables. Des témoignages irrésistibles, un raisonnement parfait, qui puissent nous rendre la foi plus facile ou plus claire. Voyez la course aux révélations, aux secrets, aux apparitions… Or, nous n’aurons pas de preuves en dehors de la foi. Par contre, la foi transforme les relations entre les êtres et les rapports entre les choses. C’est là que l’on attend aujourd’hui des témoins et des acteurs, heureux et fiers d’être des disciples du Ressuscité. On doit pouvoir les reconnaître à leur tête, des têtes de sauvés. Non pas simplement à leurs chants, ou à la saveur de leurs alleluias, mais à leur manière de vivre, de se comporter, de parler, de pardonner, d’être solidaires et de partager. D’authentiques artisans de paix. Des témoins crédibles.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

 

HOMÉLIE DU JEUDI SAINT PAR LE FR. DENIS BISSUEL, OP

28 mars, 2018

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La dernière Cène

HOMÉLIE DU JEUDI SAINT PAR LE FR. DENIS BISSUEL, OP

Je ne sais pas si vous avez l’expérience de la randonnée, pas la petite promenade digestive du dimanche, mais la marche qui doit vous conduire loin et haut, celle pour laquelle il vaut mieux se préparer et prendre quelques précautions si l’on veut arriver au bout, rester en forme et garder un bon moral : il est essentiel de prévoir un bon casse-croûte riche en calories et d’avoir les pieds en bon état.
Il en va de même dans notre vie de foi. Nous sommes des pérégrinant, pèlerins par nature, toujours en marche et à coup sûr éprouvés un jour ou l’autre par la faim, la fatigue ou la soif, parfois par ces ampoules qui vous écorchent là où ça fait bien mal et vous empêchent d’avancer ; ou encore assailli par le doute, le découragement, ou quelque question angoissante à vous tordre l’estomac.
Il faut pourtant continuer à avancer dans la vie, tenir à l’heure de l’épreuve, et ce sera peut-être plus difficile encore quand les ténèbres viendront soudain recouvrir la terre, quand Jésus, sur qui on croyait pouvoir s’appuyer fermement et compter semblera soudain vaincu lui-même, anéanti, terrassé par les forces du mal, emporté par la mort.
C’est aujourd’hui son heure, l’heure il entre dans sa Passion. La Pâque approche, l’ambiance est lourde, mortifère. Les grands prêtres et les scribes cherchent comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer ; l’un de ses disciples va le trahir, un autre le renier, et Jésus est à table avec eux. Au cours de ce dernier repas, avant de quitter ce monde et d’aller vers le Père, Jésus va prendre soin d’eux, il va leur donner la nourriture dont ils ont besoin pour la route et s’occuper de leur laver les pieds, signe de son amour indéfectible. Il leur demande de reprendre ces gestes en mémoire de lui. Ils pourront alors avancer et persévérer sur un chemin parfois bien rude. Ce chemin doit traverser les déserts de la plaine, gravir les escarpements de la montagne, ce chemin passe par la croix
Tandis qu’ils mangeaient, Jésus prend du pain, ordinaire, celui qui est fait pour nourrir la masse des hommes, fruit de la terre et du labeur de l’humanité, que l’on sait aussi partager en signe d’amitié. Ce pain, Jésus le brise, le partage, le donne pour qu’il soit reçu, pris et mangé, sur lequel il prononce ces paroles : ceci est mon corps, pour vous. Car c’est lui qui dans sa Passion sera brisé. Par ce geste Jésus donne et se donne, jusqu’à se faire pain, nourriture pour la vie du monde, transformant notre vie pour qu’elle devienne fraternelle, sacramentelle.
Puis il prend une coupe, la coupe du sang versé de la nouvelle Alliance, qui n’est plus le sang d’un agneau à répandre sur le linteau des portes de nos maisons, mais le sang de Jésus qu’il nous invite à boire pour nous protéger des assauts destructeurs du mal et du péché. Prenez, mangez, buvez, ceci est mon corps, ceci est mon sang, pour vous.
Dans l’évangile selon saint Jean Jésus, dans un geste d’humble service, se met à genoux devant chacun de ses disciples, tel le Maître et Seigneur qu’il est en vérité, et il commence à leur laver les pieds à tous. Il y a là Pierre sur qui il bâtit son Église et qui allait le renier et André, des pêcheurs du lac, Jacques et Jean son frère, Philippe, Barthélémy, Matthieu un collecteur d’impôts, un autre Jacques, Thaddée, Simon un zélote, et Judas l’un des douze celui-là même qui allait le livrer. Et à leurs pieds, Jésus. C’est le monde à l’envers, mais bien le seul endroit de Dieu.
Dieu a toujours pris soin de son peuple. Lève-toi et mange autrement le chemin sera trop long pour toi, disait déjà Dieu à Elie épuisé, avant de lui servir une bonne galette et un verre d’eau fraîche. Souviens-toi, durant cette longue marche de 40 ans que tu as faite dans le désert, ton pied n’a jamais enflé, rappelait Moïse au peuple d’Israël. Dieu est fidèle à sa promesse d’être toujours avec nous et pour nous. Il le manifeste et le signifie en nous soutenant et nous secourant dans les réalités les plus vitales et les plus simples : manger, boire, servir, marcher, aimer. Ces réalités essentielles, Jésus les reprend, les accomplit en un sens radicalement nouveau ; sachons en découvrir la grâce et le mystère.
Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. Il fallait que Jésus prît la tenue de serviteur, endurât sa souffrance pour entrer dans sa gloire. Il en va de notre salut. Jésus insiste donc : il nous demande de lui faire confiance et de prendre et de reprendre en mémoire de lui ce qu’il a dit et fait pour nous : comme je vous ai lavés les pieds, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. Heureux serez-vous si vous le faites en mémoire de moi. Peut-être avons-nous comme l’apôtre Pierre quelques fierté ou réticences exprimées ou rentrées, toi Seigneur me laver les pieds à moi, jamais ! Mais il faut en passer par là.
Laissons-nous faire, laissons-nous laver les pieds et buvons à la coupe. Enterrons le vieil homme et mourrons au péché. Si nous parcourons avec le Christ le chemin de la Passion, de la vie, si nous devenons frères, sœurs, au service les uns des autres dans un véritable amour mutuel, alors nous pourrons percevoir la lueur de l’aube et commencer à comprendre : qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. Amen

HOMÉLIE DU DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION, B

23 mars, 2018

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Jésus entre à Jérusalem

HOMÉLIE DU DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION, B

Mc 11, 1-10 (ou Jn 12, 12-16) ; Is 50, 4-7 ; Ph 2, 6-11 ; Mc 14, 1 – 15, 47

Dieu semble bien souvent absent. Surtout peut-être quand on en aurait le plus besoin. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (1). Voilà les seules paroles de Jésus en croix que Marc a retenues dans sa prédication de la Bonne Nouvelle. C’étaient d’ailleurs des paroles semblables que devaient crier dans les geôles romaines ou murmurer dans leurs cœurs désemparés tant de chrétiens victimes d’une persécution croissante.
Comment rendre confiance à ces enthousiastes déçus, à ces nouveaux convertis, juifs ou païens, qui ont reconnu dans le prophète de Nazareth le libérateur de tous les esclavages, l’élu de Dieu, bâtisseur d’un monde nouveau ?
On ne peut vraiment connaître le Christ qu’en passant par où il est passé, répond Marc. On ne peut découvrir en lui la divinité qu’en acceptant sans réserve son humanité.
La vie du Christ n’a pas été constamment adoucie et embellie par des interventions miraculeuses. Trahi par les siens, injustement accusé par ses opposants, condamné à mort, le témoin de la vérité, l’irréprochable, ne sera pas sauvé in extremis par une « légion d’anges ».
Ses déceptions seront intégralement humaines, l’angoisse ne lui sera pas épargnée et il sera rongé et torturé lui aussi par le doute lancinant jusqu’à laisser échapper une prière qui frise le désespoir.
La réalité est brutale mais on ne peut la gommer. Dieu « fait chair » n’a pas été bien accueilli. « Il est venu parmi les siens et les siens ne l’ont pas reçu »… Bien des prophéties avaient évoqué très crûment la figure d’un messie, serviteur et souffrant, objet d’outrages de tous genres, maudit et malmené par les adorateurs du vrai Dieu… Prophéties oubliées au profit d’une image plus fidèle aux vanités humaines… Un messie royal et triomphant, politique et nationaliste, vainqueur de tous les ennemis et venu confirmer la religion officielle et ses adeptes les plus fervents.
Dès ses premières interventions, Jésus s’est heurté à tous les pouvoirs en place. La vérité de Dieu n’a pas plu à la vérité des hommes. La Bonne Nouvelle de la paternité divine et de la fraternité humaine, celles de l’amour et du pardon, de la justice et de la paix, ont été aussitôt censurées. Il faut faire taire ce blasphémateur !
La Parole aurait pu se prévaloir de ses origines divines et, comme l’écrit Paul, « revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ». Le Verbe n’a pas suivi la logique de l’esprit du monde. Il aurait pu se dérober à la spirale de la violence et du mal, éblouir ses adversaires et même se faire proclamer roi. Il a préféré la folle logique de l’amour et servir plutôt que d’être servi. Parfaitement homme, il a révélé un Dieu plus humain que l’homme, pour nous apprendre à être parfaitement et totalement homme ou femme.
Jésus n’a pas échappé aux épreuves de l’ingratitude et au supplice de la solitude. Son extraordinaire Bonne Nouvelle s’est constamment heurtée à l’incompréhension de ses proches et même de ses disciples. Marc nous fait toucher du doigt l’isolement progressif du miroir même de Dieu… Alliance des jalousies, des intégrismes et des fanatismes, pièges hypocrites et complots taillés sur mesure… Il faut relire la trahison de Judas, l’assoupissement des disciples, la fuite de la dernière garde et l’ultime et horrible blessure du reniement de Pierre.
A l’heure des miracles, il entendit les applaudissements de la foule. Condamné à mort au nom de Dieu et au nom de l’Empereur, c’est entouré de sarcasmes et de cris de haine qu’il traîna sa croix.
Progressivement, la Parole était devenue silence et c’est le silence de Dieu qui accompagna Jésus au calvaire. Y a-t-il plus grande solitude que celle du gibet ? L’espérance cependant n’est pas morte, car l’angoisse s’accompagne d’un cri : « Mon Dieu, mon Dieu… ».
Point d’orgue inattendu, c’est un soldat païen qui dénonce l’aveuglement des hommes et entonne le credo : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu ».
Aujourd’hui encore, nous pouvons être Pierre ou Judas, Hérode, Caïphe, Pilate ou le Centurion. Nous pouvons trahir la Parole en l’écoutant sans la mettre en pratique. Nous pouvons emprisonner Jésus dans la solitude quand nos credo ne changent rien à notre vie. La Passion du Christ continue. Il est chaque jour re-crucifié, non par des juifs et des païens, mais par des baptisés qui « s’attaquent à la vie du juste et déclarent coupable l’innocente victime ». (Ps 93, 21)
L’ami et le fidèle, au contraire, est celui qui « se laisse réveiller chaque matin par la Parole, pour l’écouter comme celui qui se laisse instruire ».

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

(1) « Pourquoi m’as-tu abandonné ? », Chiara Lubich, Nouvelle Cité.

 

HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE DE CARÊME, B

15 mars, 2018

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Jean 12, 20-33

HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE DE CARÊME, B

Jr 31, 31-34 ; He 5, 7-9 ; Jn 12, 20-33

L’HOMME ACCOMPLI ALLIANCE DE COEUR

(Cette homélie a été prononcée en la cathédrale SS. Michel et Gudule (Bruxelles), en 1994)

Des psychanalystes et spécialistes en psychologie des expériences religieuses nous disent que la psychologie et la foi peuvent s’éclairer mutuellement. Toutes deux nous affirment que l’être humain est un être de relations.
Mais il n’est pas nécessaire d’être spécialisé en quoi que ce soit pour savoir et expérimenter que la nature et la qualité des relations humaines jouent un rôle considérable dans l’équilibre, l’épanouissement et le bonheur des hommes et des femmes que nous sommes, c’est-à-dire leur accomplissement. Evidemment, il y a de nombreux types de relations : professionnelles ou mondaines, de voisinage ou d’amitié. Relations de solidarité et de charité. Relation d’amour qui peut atteindre l’harmonie dans une parfaite communion. Relations aussi entre des peuples, entre Dieu et nous.
D’où aussi l’existence de traités et d’alliances, chargés de promesses et d’engagements, de responsabilités et d’obligations, qui lient entre eux des partenaires. Contrats nécessaires, sinon indispensables pour que vivent, progressent et s’épanouissent les personnes et la société.
Cela ne suffit pas. L’alliance écrite et signée, les règlements d’application précisés, la réussite est loin d’être garantie. Car il y a toujours la manière de vivre les relations : l’esprit et la lettre, la peur ou la confiance, la sympathie ou la jalousie, l’égoïsme ou la générosité… Encore faut-il que toutes ces alliances s’inscrivent dans le sens de la vocation ultime de l’être humain et du monde. En conformité avec son être profond, créé à l’image et comme à la ressemblance de Dieu. Autrement dit, il faut situer toutes ces relations par rapport à la relation à Dieu. Elles ne peuvent, en effet, nous conduire à un accomplissement humain que si elles sont branchées sur la source. Car c’est Dieu qui en assure l’inépuisable fécondité.
La longue histoire biblique des alliances entre « Je Suis » et son peuple manifeste bien cette fécondité et le lent chemin de l’accomplissement de l’Homme. Alliance fondamentale, universelle de Noé, alliance d’Abraham le père du monothéisme, alliance du Sinaï où Moïse taille dans la pierre les Dix Paroles qui font vivre.
Aujourd’hui, nous l’avons entendu, le prophète Jérémie était désespéré de voir, à son époque, se multiplier les infidélités du partenaire humain. L’alliance était pratiquement rompue. Avec des conséquences désastreuses sur la vie religieuse, sociale, économique et politique. Mais déjà, il pressentait une étape ultérieure, un renouveau. Une autre perception des relations avec le Dieu unique. Une autre perception de Dieu. Une nouvelle alliance.
Que proclame et que réclame Jérémie ? Le « retour du cœur ». Dans toute relation, il y a danger permanent de dégradation ; l’esprit tend à disparaître au profit de la loi, de la lettre et du conformisme. Quand Dieu est considéré comme un juge impitoyable et un maître intransigeant, la Loi d’Alliance apparaît aisément comme une litanie de commandements à observer sous peine de sanctions. Elle met la liberté en cage. Alors, l’être humain se sent esclave ou bien se fait courtisan.
Il cherche alors à fuir la colère divine en multipliant les gestes de soumission. Ou, il veut s’assurer bienveillance et privilège à force de rites, de formules et d’offrandes. D’où aussi la cascade de commentaires et de précisions, jusqu’aux détails minutieux qui nous enveloppent dans un filet juridique dont les mailles ne cessent de se rétrécir. Un terrain propice au développement de la peur ou de la révolte, au cancer du scrupule ou aux nausées de l’indigestion.
Mais voici que les tables de pierre deviennent paroles de quelqu’un. Le contrat signé devant notaire se mue en alliance de cœur. Tout demeure et cependant tout est transformé.
La loi n’est plus un texte rigide, imprimé noir sur blanc. Elle est d’abord une affectueuse connivence inscrite dans le cœur. Elle n’est plus règlement tatillon, entouré de menaces, mais l’écho d’un grand amour. Un moyen modeste et imparfait, un point de repère et d’orientation pour établir une relation de connaissance mutuelle, de don et d’échange. Dès lors, la crainte s’efface devant la confiance. Le fardeau trop lourd se fait léger. S’en est fini de la relation maître-esclave, souverain-sujet, dominant-dominé. Un changement de nature. La loi n’est plus imposée par la force et sous la contrainte. Elle est offerte à la liberté de la personne comme un don sans prix, comme une chance à saisir. Ainsi, tout commandement, même formulé négativement, laisse le champ libre à l’initiative de l’amour qui, lui, est capable d’adapter, d’innover, de dépasser l’étroitesse de la lettre. Et même d’aimer jusqu’à l’engagement de tout l’être au-delà de toute loi : « Je mettrai ma loi au plus profond d’eux-mêmes, dit le Seigneur, je l’inscrirai dans leur cœur ».
Ce n’était en fait qu’un rappel et un approfondissement. Déjà, l’alliance noémique y faisait allusion. N’est-ce pas précisément aux racines mêmes de l’être que bat le cœur de Dieu, que vit son Esprit, que se reflète, dans les eaux de la source, sa propre image ? Tout être humain n’est-il pas fils ou fille de Dieu ? créé comme à sa ressemblance… Il a donc « un cœur pré-accordé à la loi de Dieu ». C’est-à-dire parfaitement apte à répondre par l’amour à son amour. Dieu seul peut accomplir pleinement l’être humain.
Voilà pourquoi Jésus n’est pas venu abolir la loi mais la réaliser. Non pas la détruire, mais la parfaire. Non pas l’éplucher, ni en discuter à perte de vue, mais l’incarner dans le quotidien.
C’est pour cela aussi que les prophètes et les mystiques ont si souvent utilisé les images conjugales pour révéler les véritables relations de Dieu avec son peuple. « Dieu, disait Amos, a épousé son peuple dans la justice et dans le droit, dans la tendresse, la miséricorde et la fidélité ». De même, les Pères de l’Eglise, les grands priants et les mystiques, ont toujours trouvé dans la méditation du Cantique des Cantiques la traduction la meilleure de leur relation personnelle à Dieu. « Bien que la comparaison (…) soit infiniment imparfaite, disait la grande sainte Thérèse, je ne trouve rien de mieux que le sacrement du mariage pour me faire comprendre que Dieu épouse les âmes spirituellement ».
C’est bien la qualité des relations d’amour et d’un amour constamment branché sur la source qui fait la réussite d’une alliance. Et non pas la soumission scrupuleuse ou craintive aux termes du contrat. Encore moins un amour « marmelade de cœur » (Hegel).
Dès lors, le sens et la valeur du sacrifice ne sont pas immolation et tourment, mais disponibilité amoureuse et réponse affectueuse, même au risque de la souffrance. Le grand sacrifice de l’alliance, dont parle l’épître aux Hébreux et l’Evangile, c’est bien celui de la disponibilité totale : « Père, que ta volonté soit faite et non pas la mienne ». Et cela, jusqu’à « l’engagement risqué au service de l’humanité » (Blondel). C’est ainsi que Jésus a été « conduit jusqu’à son propre accomplissement ».
Hier transfiguré, Jésus demain sera crucifié « en signature d’alliance ». Il va afficher aux yeux du monde jusqu’où va le péché et jusqu’où va l’amour, dans un être humain accompli.
Nous arrivons ainsi au terme du Carême. « La Pâque est au bout de ce temps », nous fait chanter une hymne du bréviaire. « Le Seigneur nous précède en nous-mêmes ! Notre avenir est au dedans ! » Là où Dieu, sur nos chantiers intérieurs, continue à bâtir ce sanctuaire de l’être humain « qui est la seule cathédrale digne de Lui ».
Mais, dès aujourd’hui, en quittant cette cathédrale de pierre, notre cœur et nos pas doivent nous faire entrer aussitôt « dans l’église de Vie », présente au cœur du monde. C’est là que nous allons rencontrer les Grecs dont parle l’Evangile. Qui sont-ils ? Ils viennent de la terre de la pensée et des arts, des sciences et de l’informatique. Ils viennent du monde aux divinités multiples. Ils sont chercheurs de vérité, curieux, insatisfaits peut-être des philosophies à la mode, des mouvements des sectes et des religions qui s’offrent de tous côtés à leur quête d’absolu. Ces explorateurs de l’infini sont à la recherche de la lumière. D’autres arrivent meurtris des banlieues de l’exclusion, des déserts du cœur, de l’enfer du désespoir. Tous nous disent à leur manière : « Nous voudrions voir Jésus ». Qu’allons-nous leur répondre ? Qu’allons-nous leur offrir, leur faire voir et expérimenter ?
Saint Léon le Grand nous met sur la piste : « Puisque tous les fidèles ensemble et chacun en particulier sont un seul et même temple de Dieu, il faut que celui-ci soit parfait en chacun, comme il doit être parfait dans l’ensemble ». L’Homme intérieur est toujours en construction. L’Eglise elle aussi est toujours en chantier.

Père Fabien Deleclos, franciscain, (T)
1925 – 2008

HOMÉLIES DU 4E DIMANCHE DE CARÊME B

9 mars, 2018

06/03/2018
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Jésus a élevé sur la croix, une peinture moderne

HOMÉLIES DU 4E DIMANCHE DE CARÊME B

2 Ch 36, 14-16, 19-23 ; Ep 2, 4-10 ; Jn 3, 14-21

« L’Eglise a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Evangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques. » (Vatican II, Constitution Lumen Gentium, Egl. 4).
Les trois lectures de ce dimanche résument chacune à leur manière la fragilité et l’inconstance de l’être humain, l’infinie patience et la tendresse de Dieu, mais aussi la pédagogie des évènements.
Ce qui s’est passé « sous le règne de Sédécias » n’est certes pas le monopole d’une époque lointaine. En s’éloignant de la source de lumière et de vie pour courir après ce qui brille, l’être humain s’enfonce dans l’obscurité qui dissimule ses aberrations. Toujours cependant, des hommes et des femmes surgissent qui crient casse-cou, dénoncent les infidélités et appellent à la conversion. Des clairvoyants. Donc des gêneurs qu’il faut bâillonner par la moquerie et le mépris, l’emprisonnement ou même la mort. Le Christ, prophète par excellence, n’a pas connu meilleur sort. « Quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises »…C’est l’heure des crises, des révolutions et des guerres. L’abondance et l’insouciance cèdent la place aux restrictions, aux ruines, aux désespoirs. Et quand il est trop tard, beaucoup se surprennent à conclure : « Cela devait arriver » ou même « nous l’avons mérité » !
Dieu ne s’est pas vengé pour autant. Mais le choc des épreuves réveille en nous ce qui dort, éclaire ce qui est obscur, relativise ce que nous imaginions immuable ou capital. Maladies, échecs et souffrances de tous genres font voir autrement les gens et les choses, la vie et la mort, le passé et l’avenir. Une illumination. Une occasion d’être purifié.
Une chance nouvelle est ainsi offerte pour prendre ou reprendre la route du vrai, du bien, du bon, pour que « nos actes soient vraiment bons, conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous et que nous devons suivre » (Ep 2, 10)
La Parole de Dieu est inlassablement envoyée dans le monde comme une lumière dans nos ténèbres. Il est cependant des obscurités qui nous tiennent à cœur et que nous défendons farouchement contre la clarté de la vérité. Il nous arrive de refuser de voir, d’accepter, de modifier. Et pourquoi craindre cette lumière qui ne vient pas nous condamner ni nous juger, mais bien nous délivrer ?
« Celui qui fait la vérité vient à la lumière ». Pour faire la vérité, il faut fréquenter assidûment celui qui est vérité tout entière et maintenir avec lui des relations vraies. Vérité encore à faire et à entretenir dans nos relations avec les autres, en restant constamment soucieux de respect, refusant le mensonge et la duplicité. Vérité à construire dans nos relations fraternelles qui suscitent le partage, libèrent le pauvre de la mendicité pour en faire un partenaire.
Par le Christ, nous pouvons désormais voir toute chose à la lumière de la foi. Par lui, notre vie est renouvelée; Il nous fait sans cesse renaître en nous faisant entrer « dans ce mouvement de mort et de vie ». Un système et une actualité que nous célébrons dans l’eucharistie et que l’eucharistie nous invite à réaliser dans les conversions quotidiennes qui nous font passer de la mort à la vie.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIES DU 3E DIMANCHE DE CARÊME, B

2 mars, 2018

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expulsion des marchands du Temple

HOMÉLIES DU 3E DIMANCHE DE CARÊME, B

Ex 20, 1-17 ; 1 Co 1, 22-25 ; Jn 2, 13-25

Les grands lieux de culte et de pèlerinage sont toujours « providence » pour les commerçants. Pour les desservants également, clergé, congrégations religieuses ou autres animateurs. Une source intarissable de revenus souvent importants, assurés, réguliers et peu sensibles aux fluctuations économiques.
Images, statues, médailles, reproductions de tous genres, cierges de toutes formes et de toutes couleurs, de cire ou même électrifiés, souvenirs et gadgets religieux hétéroclites se vendent bien… Et sur ce marché à succès, même le mauvais goût ne constitue pas un frein ou un obstacle.
C’est sans doute à ce genre de « trafic » que l’on songe en lisant le célèbre épisode de Jésus chassant les marchands du Temple. Une interprétation au premier degré, spontanée, facile, mais sans doute trop superficielle.
Ce n’est certes pas le commerce qui est ici blâmé, mais bien l’endroit où il s’exerce. Si la foire est utile et même nécessaire, elle ne peut pour autant envahir le sanctuaire.
L’être religieux a besoin de signes extérieurs pour exprimer ses croyances et ses dévotions, pour manifester sa foi. Culte privé ou public, liturgie populaire ou officielle, célébration modeste ou solennelle, pièce de la pauvre veuve ou somptueuse offrande de riche, il y a toujours une exigence matérielle, une implication commerciale. C’est la loi de l’incarnation et les religions populaires y sont particulièrement sensibles.
« Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic ». Mais si le fouet du prophète vise les comptoirs et les vendeurs, sa colère menaçante et le scandale provoqué ne visent-ils pas prêtres, pharisiens, docteurs et autres maîtres du Temple et de la Loi ?
Malgré les avertissements répétés des prophètes et les signes fournis par le perturbateur nazaréen, l’ »élite » n’a pas compris que « le règne de Dieu est arrivé ».
En ces temps-là, annonçait Zacharie, « une source jaillira pour purifier de leurs souillures et de leurs péchés les descendants de David et les habitants de Jérusalem… En ce jour-là n’importe quel chaudron sera propre au service du Seigneur le tout-puissant… Et il n’y aura plus de marchands dans le Temple du Seigneur en ce jour-là » (Za 13, 1 et 14, 21).
C’en est fini de l’ordre religieux représenté par la Loi et le Temple, « ombres et figures ». C’est l’avènement d’un ordre nouveau, « lumière et réalité ». La crainte cèdera la place à l’amour, l’obéissance deviendra attachement, les observances se transformeront en communion…
En ces jours-là, le Messie sera le seul Temple et Dieu habitera le corps de son Christ qui est l’Eglise de chair… En ces jours-là, tous les êtres humains seront plus respectables que les pierres consacrées, plus saints que « les chaudrons bénis, les coupes d’aspersion devant l’autel » (Za).
Le royaume nouveau, c’est bien la destruction et la mort d’une certaine conception de Dieu, de la Loi et du Temple. Il faut toujours, en effet, que le Dieu de l’homme meure pour que se révèle la vérité de Dieu.
C’est le fouet à la main que Jésus provoque clergé et fidèles, leur révèle son identité et justifie mystérieusement son geste. Il veut en finir avec un trafic religieux où la divinité vend ses faveurs, où les fidèles, à force de rites et de célébrations, achètent grâces et salut, où ils multiplient les contrats d’assurance au prix d’oboles, de prières et de sacrifices… Ce n’est pas seulement brebis, bœufs et colombes qu’il faut chasser du Temple, mais bien cette soumission craintive au code impitoyable de la Loi et ses prescriptions minutieuses, l’obéissance servile, le ritualisme magique, les attitudes de coupable et de perpétuel accusé.
La vérité sur Dieu, c’est une relation d’amour, non de crainte. Son alliance est de tendresse et de fidélité. La Loi est d’abord sa présence et l’invitation à l’obéissance est celle d’un père qui trace la voie à ses enfants.
Il y a un chemin qui mène vers lui. Son nom est Jésus Christ. Il y a un temple qu’il ne quitte jamais, et c’est le cœur de l’homme et de la femme. C’est là son premier et plus précieux tabernacle.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIES DU 2E DIMANCHE DE CARÊME, B

25 février, 2018

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transfiguration du Seigneur

HOMÉLIES DU 2E DIMANCHE DE CARÊME, B

Gn 22, 1-2. 9a, 10-13, 15-18 ; Rm 8, 31b-34 ; Mc 9, 2-10

Qui aime comme Dieu aime, risque sa vie… Nous avons peine à admettre et même à comprendre cette vérité proclamée, illustrée tout au long de la Bible, prouvée encore par la Passion du Christ et la série jamais interrompue des martyrs. Nous vénérons certes un Jésus crucifié, mais celui qui nous fait face est de bois, de plâtre ou d’argent. Un souvenir lointain et muet. Il est vrai que les disciples eux-mêmes ont mis bien du temps pour comprendre et accepter l’insoutenable affirmation du Maître : « Le Fils de l’Homme lui aussi va souffrir.. Il sera livré aux grands prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour qu’ils se moquent de lui, le flagellent, le crucifient… » (Mc 10, 33-34).
Il ne faut pas pour autant accuser Dieu. Son désir et sa volonté ne sont pas de nous faire souffrir, ni de nous sacrifier à la vengeance des méchants. C’est la logique même de l’amour de prendre les risques de la générosité et de la fidélité. C’est l’amour même qui nous entraîne irrémédiablement à lutter contre tout ce qui empêche le rayonnement de l’amour, tout ce qui le blesse, le défigure et le détruit. Un chemin exaltant, mais un chemin de combat. Un chemin de croix.
Au fond de nous-même, et bien des réactions le confirment, nous voudrions que notre foi soit récompensée par la sécurité et un bonheur sans nuages. Nous voudrions que nos « vertus », reconnues et appréciées de tous, nous assurent bonne réputation et vie sans histoire. Dieu n’a-t-il pas promis le bonheur et la paix à ceux qui croient en lui ? Une vision singulièrement courte.
Il ne faut pas confondre Dieu avec nos propres désirs. L’amour dont il aime tous les êtres humains, et qui est donc celui qu’il nous propose d’accueillir et de vivre, dépasse de loin nos petits intérêts personnels et égoïstes. Aimer Dieu, c’est aimer comme il aime, c’est-à-dire passionnément et sans limites. Et il n’est pas possible d’aimer Dieu sans aimer tous ceux qu’il aime. Nous ne pouvons pas vraiment aimer Dieu et nos frères et sœurs humains sans lutter partout et toujours pour que l’amour soit plus fort que la haine, plus fort que la violence, l’injustice, l’égoïsme, sous toutes leurs formes. Le chrétien est toujours mobilisé et doit rester en tenue de combat.
Nous préférons certes la tranquillité, l’écoute paisible de la Parole de Dieu, la prière réconfortante, les chants de louange et même la contemplation « des merveilles que fit le Seigneur… ». « Plantons ici trois tentes… ».
La foi n’est pas évasion du monde, ni retraite sur la montagne. Encore moins une fuite dans un désert qui nous protégerait du cri des affamés et des persécutés. Le Fils bien-aimé, dont on découvre la divinité et la gloire, est aussi celui qu’il faut écouter, car, dit Dieu, « j’ai mis en lui tout mon amour ». Et voilà que ce même Jésus nous fait descendre dans la plaine pour être affrontés au scandale de l’injustice et de l’orgueil, celui de la haine et des violences. C’est ici que l’amour doit triompher.
Mais il n’y a pas de victoire sans blessure, sans souffrance, sans victime. Y a-t-il des volontaires pour risquer leur vie ? C’est précisément ce que Jésus a fait, sans tenir compte de la « prudence » et surtout de la peur de ses disciples. Ils attendaient succès, applaudissements et récompense, et Jésus les entraîne dans la réprobation, l’opposition même religieuse, les conflits avec les autorités civiles et spirituelles, jusqu’à l’échec et la mise en accusation. C’est pour être passionné du même amour, c’est pour avoir renoncé à l’amour « étriqué », que dans plus d’un pays du monde « chaque jour fournit son contingent de cadavres, de paysans mutilés, d’animateurs chrétiens torturés et exécutés » (1).
Comme nous le rappelle « Entraide et Fraternitéé »(2), ces chrétiens sont de ceux « qui refusent l’exploitation et construisent la paix… ». Et nous ? « Sommes-nous prêts à descendre de la montagne, à écouter le « Fils bien-aimé », jusqu’à prendre les risques qu’il a pris ?
Chaque eucharistie nous conduit comme les apôtres avec Jésus « à l’écart », pour nous apprendre à voir, au-delà des réalités sensibles, ce Jésus qui est sauveur et libérateur, et qu’il nous faut écouter. Enrichis, éclairés, réconfortés, il nous faut ensuite retrouver le monde et suivre le Christ dans le concret de la vie quotidienne.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIES DU 1ER DIMANCHE DE CARÊME, B

16 février, 2018

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Jésus tenté par Satan

HOMÉLIES DU 1ER DIMANCHE DE CARÊME, B

Gn 9, 8-15 ; 1P 3, 18-22 ; Mc 1, 12-15

Retour aux racines de notre histoire, retour à la source du baptême, le carême est une chance à saisir, une épreuve à risquer. Cette quarantaine spirituelle n’est pas une mise à l’écart, mais bien une cure de santé, un bain de vérité, une redécouverte de l’essentiel. Une remise à neuf.
« Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Opération retournement !… Se détourner des idoles et des chemins sans issue, fuir les mirages fascinants mais trompeurs, opérer un demi-tour et se trouver face à celui qui nous apprend à vivre. Une Bonne Nouvelle à recevoir dans la foi, à incarner dans le quotidien, à répandre autour de soi.
L’heure est au renouvellement de l’alliance conclue au baptême et qui nous rappelle les épousailles de Dieu avec la création tout entière après le drame du déluge. Promesse de bienveillance et de fidélité. C’est la fin des « hostilités ». L’arc « qui rassasie sa corde de flèches » (Hab 3, 9) sera pendu, inoffensif, au plafond du ciel. Souvenir et garantie, comme les ex-voto sur les murs du temple.
Miséricorde, pardon et patience de Dieu, offerts aussi au baptême pour qui accepte de « s’engager envers Dieu avec une conscience droite ». Guérison, liberté et salut, donnés à qui épouse le Christ, ses projets et sa destinée, pour participer ainsi à sa résurrection. Une alliance et le début d’une aventure d’amour.
Ni magie cependant, ni miracle, ni lune de miel quotidienne… Un pèlerinage où se côtoient la faiblesse et le pardon, l’enthousiasme et le découragement, la soumission et la révolte, l’exaltation des certitudes et le lancinement du doute. Un temps de combat, de foi et d’espérance, de tentation et de conversion.
Nous n’avons pas d’autre existence ni d’autre choix. Pardonnés et libérés par le baptême dans l’eau et dans l’esprit, plongés dans la mort du Christ et ressuscités avec lui, il nous faut encore chaque jour renouveler et vivre l’alliance, subir l’assaut d’un orgueil toujours renaissant, le chant troublant des sirènes, le charme enivrant des publicités du monde, l’attrait envoûtant des idoles de l’argent, du plaisir, du pouvoir.
Jésus n’a pas échappé à cette périlleuse aventure et aux pièges quotidiens de notre route. A peine baptisé, l’Esprit le pousse au désert, ce lieu traditionnel qui évoque le silence propice à la méditation, à la prière et au jeûne qui l’accompagne. Lieu évocateur aussi de la fidélité à Dieu et de l’affrontement avec l’esprit du mal qui hante l’endroit où l’on envoie le « bouc émissaire ». Parfaitement homme, le Christ n’a pas été épargné.’
Symbole et réalité, le carême s’offre à nous comme un temps de lucidité et de vérité, de prière et de purification. Au cœur de nos lassitudes et de nos médiocrités, voici une pressante invitation au retour à l’essentiel, un nouvel apprentissage de l’Evangile, une remise à neuf de l’alliance conclue au baptême.
Le carême n’est pas d’abord ni uniquement pénitence. Il est conversion jusqu’au changement de mode de vie. Il est une redécouverte du message évangélique, la chance de pouvoir re-choisir la route inaugurée au baptême. Se convertir et croire à la Bonne Nouvelle qu’est Jésus Christ, c’est infiniment plus et mieux qu’un ensemble de courageuses privations, un partage matériel généreux et un bienfaisant supplément de prière. Se convertir et croire, c’est oser confronter ses choix, ses options, son style de vie avec l’Evangile et opter pour de nouveaux comportements. Une opération vérité, un retournement qui peut faire mal, mais aussi l’épanouissante libération des démons de l’avoir et du pouvoir, qui nous font bien mal utiliser nos richesses.
Avec le psaume 24, la liturgie nous offre une belle prière : « Rappelle-toi Seigneur ta tendresse. Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse. Enseigne-moi tes voies. Fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve. »
Aujourd’hui encore retentit l’appel à une vie renouvelée : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Ecouterons-nous la voix du Seigneur ?

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE DU MERCREDI DES CENDRES – « REVENEZ À MOI… »

13 février, 2018

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mercredi des cendres

HOMÉLIE DU MERCREDI DES CENDRES – « REVENEZ À MOI… »

Abbé Jean Compazieu| 27 février 2014

Textes bibliques : Lire

En ce mercredi des Cendres, nous entrons dans le temps du Carême. C’est une période de quarante jours qui nous prépare à la plus grande fête de l’année, celle de Pâques. Malheureusement, le carême semble se vider de plus en plus de son sens. Les médias nous parlent régulièrement du Carnaval ; mais le carême n’a pratiquement plus de visibilité. Et pourtant, nous avons tous un immense besoin de redonner du sens au Carême. Les Eglises sont appelées à lutter contre l’appauvrissement de la force de ces 40 jours. Quatre moyens nous sont proposés : la pénitence, le jeûne, l’aumône et la prière. C’est ainsi que le Seigneur retrouvera toute sa place au cœur de nos vies.
Le prophète Joël (1ère lecture) nous adresse un appel pressant : « Revenez à moi de tout votre cœur dans le jeûne, les larmes et le deuil ». Pour comprendre cet appel, il faut connaître la détresse du peuple auquel il s’adresse. La campagne de Judée est ravagée par la sècheresse et les criquets. Les gens sont complètement désemparés. C’est là que le prophète intervient de la part de Dieu. Il invite chacun à revenir vers le Seigneur. Cette conversion les amènera à reconnaître la tendresse, la miséricorde et la plénitude de l’amour qui est en Dieu.
Cet appel est toujours d’actualité. Nous vivons dans un monde qui oublie Dieu et se détourne de lui. On organise sa vie en dehors de lui. Ce Carême qui commence le mercredi des Cendres nous invite à revenir vers le Seigneur et à lui redonner la première place dans notre vie. En dehors de lui, nous allons à notre perte. Le grand message du Carême c’est que Dieu est amour. Il nous aime tous d’un amour passionné qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. C’est par amour pour nous que Dieu nous appelle tous à revenir à lui.
Le psaume 50 est précisément la prière de l’homme qui se reconnaît pécheur et qui se tourne vers le Seigneur. Il a compris que Dieu est plein de miséricorde. Son amour est bien plus grand que nos péchés. Saint Paul nous le dit à sa manière : « Là où le péché a abondé, la grâce (l’amour) a surabondé. C’est en nous jetant dans les bras du Seigneur que nous retrouvons la joie d’être pardonnés. Et du coup, nous retrouvons l’intimité avec notre Dieu. Tout au long de ce Carême, nous pourrons rendre grâce pour cette merveille qu’il réalise dans notre vie.
Dans la seconde lecture, saint Paul nous adresse un appel très fort à nous laisser réconcilier avec notre Dieu. Cette réconciliation n’est pas de notre initiative mais de celle de Dieu. C’est lui qui fait sans cesse le premier pas pour nous sortir de notre situation de péché. Il a tellement aimé le monde qu’il lui a envoyé son Fils. Sa mission c’est de nous ramener vers lui. Mais rien ne sera possible sans notre réponse personnelle. C’est pour cela que saint Paul nous invite à ne pas refuser cette réconciliation qui nous est offerte. Ce temps du carême nous est offert pour accueillir la miséricorde de Dieu.
L’Evangile nous montre ce que doit être une vie de convertis. Jésus nous invite à vivre « comme des justes ». Il s’agit pour nous de nous ajuster à la sainteté de Dieu. Jésus s’adresse à ceux qui prennent au sérieux les exigences de la loi de Moïse : la prière, le jeûne et le partage. Il n’est pas venu abolir cette loi mais l’accomplir. La loi est toujours là, mais si nous voulons être justes aux yeux de Dieu, nous avons à nous convertir et à changer de perspective.
Dans son Evangile, Jésus s’adresse à ceux qui cherchent à s’afficher en public. Ces derniers ont pour objectif d’être vus, admirés et applaudis. Certains en profitent même pour montrer qu’ils sont meilleurs que les autres. Rappelons-nous la prière du pharisien : ‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’ (Luc 18) Satisfait de lui-même, ce pharisien a ce qu’il cherche : la gloire qui vient des hommes.
Mais toi, le disciple, quand tu pries, quand tu partages, quand tu jeûnes, renonce à être bien vu, ne cherche pas à te faire admirer, ni à être applaudi : « Ton Père voit ce que tu fais dans le secret, il te le revaudra ». Ce que Dieu nous offre, c’est son amour gratuit. Ce qui fait la valeur de la prière, de l’aumône et du jeûne c’est l’amour que nous y mettons. L’aumône ouvre notre cœur et nos mains vers l’autre. La prière dirige notre cœur vers Dieu. Le jeûne nous aide à ne penser qu’à Dieu et à tendre notre main vers nos frères. L’idéal serait que pendant ce carême, nous posions un acte que seul notre Père connaîtra.
Contrairement à ce que nous entendons parfois, le Carême n’est pas un temps triste. Seul le péché est triste. Mais ces 40 jours nous sont donnés pour nous bruler au feu de l’amour qui est en Dieu. En revenant à lui, nous le supplions : nous lui demandons que ce Carême soit un temps de conversion qui nous tourne de plus en plus vers lui et vers les autres. Amen

Sources : revues Signes, Feu Nouveau, Dimanche en paroisse, Prions en Eglise, La Parole de Dieu pour chaque jour de 2014,

 

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