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QUATRIÈME DIMANCHE DE PÂQUES A – HOMÉLIES

6 mai, 2017

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QUATRIÈME DIMANCHE DE PÂQUES A – HOMÉLIES

7 mai 2017

pensieri  e fr - Copia

Le bon berger

Mais qui est cet homme, Jésus ? Depuis le premier jour, tous ont cherché à donner une réponse à cette question. qui est cet homme, Jésus ? Depuis le premier jour, tous ont cherché à donner une réponse à cette question. réponses les plus diverses ont été données. Certaines très favorables, d’autres, au contraire déformantes ou haineuses, selon l’idéologie de celui qui les donne. Chaque année encore, des centaines de livres paraissent, concernant Jésus. Certains de ces livres ont une vocation scientifique et font une étude critique, et c’est normal. D’autres au contraire, reflètent la personnalité de ceux qui les écrivent, et chaque fois il y a quelque chose de partiel, et même de partial. On a dit aussi Jésus homosexuel ou marié à Marie-Madeleine, ou réincarné. Bref, un tas de choses plus ou moins farfelues.
Mais, est-ce qu’on peut le connaître vraiment ? Jésus nous dit aujourd’hui : « Mes brebis me connaissent, comme moi je les connais, personnellement. » Et il se met en opposition avec ceux qu’il appelle des voleurs et des égorgeurs. Ceux qui prétendent diriger les hommes et leur conscience. Et lui, il dit : Mais moi, vous me connaissez. Il n’est pas un étranger qui s’introduit par ruse. Que veut-il dire ?
Notre époque a connu des faux-bergers, de ceux dont le Christ dit qu’ils sont voleurs, rapaces, meurtriers. Parmi les hommes politiques, le XXe siècle aura connu un führer, un duce, un caudillo, un « petit père des peuples », un « conducator », in « lider maximo de la revolucion », pour n’en citer que quelques-uns, qui, au nom de leur idéologie, ont voulu mener des foules, des nations, des races, des classes sociales. Ils les ont toujours conduit à la mort, à des exterminations.
Mais il y a aussi tous ces hommes qui, au nom de leur idéologie religieuse, veulent séduire les foules. Dieu sait si, aujourd’hui, les sectes prolifèrent dans toutes les religions. Beaucoup d’hommes ont besoin de se sécuriser, de trouver une sécurité, même dans des affirmations simplistes, sans esprit critique. L’essentiel, c’est qu’on suive, qu’on marche aveuglément. Jésus dit : « Faites attention. Ayez suffisamment d’esprit critique pour ne pas suivre n’importe qui. »
Et il donne les critères du bon berger qu’il est C’est un chemin de liberté qu’il nous ouvre. Toutes les images qu’il emploie sont des images de liberté : la porte qui s’ouvre pour aller et venir, entrer et sortir, sans jamais enfermer. La route, sur laquelle il nous guide. La grande image, c’est sans cesse le retour à l’histoire de la libération d’Egypte. Dieu va intervenir pour ouvrir la porte de la maison d’esclavage, pour faire passer la mer, et ensuite, conduire les Hébreux, avec toutes les possibilités qu’a chaque membre de ce peuple de garder sa liberté, au point de rejeter Dieu pour une idole (le veau d’or).
Mais, me direz-vous, comment Jésus Christ, s’il veut être notre guide, ne va-t-il pas un peu opprimer nos consciences humaines ? Je crois que c’est une histoire d’amour. La connaissance d’une personne, vous le savez, est totalement différente de la connaissance scientifique, qui exige des preuves. On est attiré par quelqu’un et, pour reprendre un mot de Saint-Exupéry : « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction. » Eh bien, c’est cela, l’amour de Jésus et des brebis. Jésus nous invite à regarder dans la même direction que lui. Et c’est ainsi que nous serons libres. C’est à nous, une fois que le sens nous est donné, d’inventer notre démarche. Chacun de nous, sans directives. Il nous dit simplement de regarder tous les hommes comme nos frères. Il nous dit de regarder Dieu comme notre Père. Là, nous sommes sûrs d’être sur un chemin de liberté. Il ne violera jamais notre conscience.
Voulez-vous, frères, que nous nous demandions sincèrement comment nous pourrons être témoins du Christ par notre liberté de pensée et par notre manière de vivre la fraternité. Il est venu « pour que nous ayons la vie, et la vie en abondance ».

 

HOMÉLIE DU 3E DIMANCHE DE PÂQUES A

29 avril, 2017

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la mia ed fr - Copia

(Emmanus)

HOMÉLIE DU 3E DIMANCHE DE PÂQUES A

Ac 2, 14, 22b-33 ; 1 P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35

Pouvez-vous imaginer des disciples qui marchent et parlent avec leur maître pendant plusieurs heures et sans le reconnaître ? La question peut être posée. Mais nous ne disposons pas de DVD sur l’événement. De toute manière, la réponse n’a aucune importance, parce que le récit de Luc n’appartient pas à la catégorie de l’histoire, ni à celle du reportage, ni à celle du roman. Par contre, il est conditionné par des préoccupations théologiques, catéchétiques et liturgiques. Ce que Luc veut nous expliquer, c’est le chemin qu’il faut parcourir pour accéder à la foi. Ce qui nous vaut une catéchèse sur le sens profond et la dynamique de la célébration eucharistique.
Voyez ces deux disciples pèlerins. Ils disposent d’un certain nombre de certitudes : Jésus est bien mort. Il a même été enseveli. Ils ont appris que des femmes avaient trouvé son tombeau vide. Ce que, d’après leurs dires, les apôtres ont contrôlé et confirmé, en ajoutant : Mais lui, ils ne l’ont pas vu. Et tout ce dont ils avaient rêvé est anéanti. Il y a de quoi être découragé et même déprimé.
Or, nous-mêmes, bien que nous proclamions chaque dimanche : « Le troisième jour, il est ressuscité des morts et monté aux cieux », il nous arrive d’être tristes ou découragés en avalant les kilomètres de notre pèlerinage terrestre. D’ailleurs, les motifs de déceptions ne manquent pas. Du côté de Dieu ou du Christ, c’est le silence. Côté du Royaume de justice et de paix, ce n’est guère brillant. Ce Royaume de Dieu dès ici-bas, annoncé, promis, inauguré, n’en finit pas d’être enseveli sous un torrent d’orgueil, d’injustices, d’intolérances et de violence. Les justes sont persécutés, les artisans de paix assassinés. Les faibles et les pauvres exploités. Et, tous les jours, des innocents paient pour les coupables. L’orage et la tempête font aussi des dégâts dans nos cœurs et nos consciences. Mais, nous apprend Luc, nous sommes souvent aveuglés. Nous ne reconnaissons pas le Christ à nos côtés. Nous ne reconnaissons pas l’Esprit à l’œuvre. Nos cœurs sont lents à croire. Nous ne comprenons pas, ou nous comprenons mal. Alors, que faire ? pour que nos yeux s’ouvrent sur  » tout ce qui concerne Jésus « .
Et bien, explique l’évangéliste, il faut creuser les textes saints au-delà de la croûte des mots, pour atteindre la substance du message avec les yeux du cœur. Il nous faut brouter et ruminer les Ecritures. Ou, si vous voulez, creuser et labourer le champ biblique, pour y découvrir le trésor caché. Ou, peut-être, imiter les petits oiseaux qui picorent le grain sans se décourager. (D’ailleurs, l’Ecriture, la Parole, se mange plus qu’elle ne se lit).
La première conséquence de cette marche côte à côte, en découvrant les Ecritures, c’est que le Cœur commence à brûler. Et l’on a vraiment envie de poursuivre avec lui le chemin, et même de rester avec lui, invité à sa table ou à la nôtre. C’est alors que les écailles commencent à tomber, que les yeux s’ouvrent, et que l’on découvre dans le partage du pain, dans la communion des cœurs et des esprits, une manifestation du Ressuscité. A ce moment-là, on ne doit plus le voir, il disparaît. C’est une présence dans l’absence, puisque Luc nous dit : Dès qu’ils le reconnurent, il n’était plus là. Evidemment, puisque c’est le signe qui témoigne de la présence. Et c’est aux yeux de la foi qu’il nous apparaît.
Résultat final : Les deux compagnons se lèvent, se tapent au moins deux heures de marche, pour aller annoncer, partager, puis incarner la Bonne Nouvelle.
Jérusalem-Emmaüs et retour, c’est la rencontre et le rassemblement eucharistique dominical. Le Christ nous rejoint dans l’assemblée, peut-être fatigués, amorphes, découragés, affaiblis par le doute. Alors, il nous renvoie aux Ecritures. Il nous les explique, pour éclairer et augmenter notre foi, ranimer notre espérance, stimuler la dynamique évangélique. Il nous invite aussi à rendre grâce, à changer de regard, à le reconnaître dans le signe éloquent du partage du pain. Un partage que nous sommes invités à prolonger et à incarner dans celui des biens de la terre, dans les gestes de miséricorde et de pardon, d’amour véritable et de paix authentique. C’est pourquoi, il nous envoie en mission de témoignage, non seulement pour raconter ce qui se passe sur notre route, mais comment on peut reconnaître la présence du Ressuscité, pas seulement dans la fraction du pain, mais dans tous les autres partages avec ceux et celles qui ont faim de justice et de respect, de compréhension et de pardon.
Vivez ensemble fraternellement, nous dit-il. Vivez en solidarité. Et moi, au milieu de vous, je suis, et je resterai. C’est ainsi que tout partage devient signe de sa présence. Toute victoire de l’amour, de la solidarité, de la paix, et de la vie sur la violence et sur la mort, nous entraîne dans un processus de résurrection. C’est comme un accouchement continu, qui nous fait entrer chaque fois et de plus en plus dans une vie nouvelle.
Pour garder le message d’Emmaüs en mémoire, je vous confie un souvenir de voyage… Dans la chapelle catholique de l’Université d’Evanston (près de Chicago), l’autel est entouré de deux tabernacles identiques, sans portes. L’un pour la Parole, l’autre pour le Pain. Le Livre et le Pain, rassemblés. La Parole se fait chair, se fait Vie.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

 

HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE PÂQUES, A

20 avril, 2017

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HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE PÂQUES, A

Ac 2, 42-47 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31

Le Christ est ressuscité ! Heureuse mais bouleversante nouvelle. Et après ? C’est le temps du « croire sans voir », celui des « envoyés », messagers et porteurs de vie, de pardon et de paix. Des libérateurs. Temps aussi des fondateurs de communautés, qui seront chacune et ensemble l’Eglise, Corps du Christ, signes fragiles mais déjà perceptibles d’un monde nouveau, inauguré, mais encore à faire. A venir et cependant déjà présent.
èSur le terrain, la Bonne Nouvelle de Jésus Christ vainqueur de la mort et le souffle de l’Esprit ne provoquent pas pour autant des raz-de-marée. La poignée de re-nés, envoyés en mission, se heurtent d’emblée à un monde où se mêlent l’hostilité, la moquerie, l’indifférence ou l’opposition. Pour surmonter les obstacles et assurer la percée de l’Evangile, la Parole devra être confirmée par des actes et des signes, « afin que le monde croie ». Une nécessité fondamentale et « incontournable », d’autant plus que la pierre d’angle sur laquelle tout repose est précisément celle « qu’ont rejetée les bâtisseurs » (Ps 117). Il faudra donc des garanties en béton.
Certes, la foi déplace les montagnes et rien ne résiste à l’Esprit. Mais il est tout aussi vrai que le disciple n’est pas au-dessus du Maître. « Ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront ». De même, si « l’esprit est prompt, la chair est faible ». Cependant, dans la logique de l’incarnation, utopie et réalisation sont faits pour s’entendre et vivre en harmonie. Le royaume définitif se bâtit dans le provisoire. Et le chemin de la sainteté n’est autre que celui de notre pèlerinage ordinaire qu’il nous faut parcourir les deux pieds sur la terre et les yeux fixés sur Jésus Christ, « lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore » (2e lecture).
Le livre des Actes des Apôtres nous révèle sans le moindre complexe et en toute humilité les grandeurs et les servitudes de l’incarnation. La séduisante noblesse de l’idéal, les décevantes imperfections et même les perversions de la pratique.
Aujourd’hui, saint Luc « nous donne d’entrevoir la nouvelle humanité à laquelle tous les humains de bonne volonté sont appelés ». L’Eglise en est l’archétype, le modèle. L’édifice repose sur quatre piliers ou quatre fidélités : l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain, la participation aux prières. Une fraternité, précise saint Luc, qui incite au partage des biens matériels, pour subvenir aux besoins de tous. Dans le concret de l’existence, ce n’est pas là une mince affaire. Nous en sommes témoins chaque jour. Et cela se passe aussi « près de chez nous ». C’est ainsi qu’à Bruxelles est née l’agence immobilière sociale (AIS) « Frédéric Ozanam » (1). Une association au statut légal, dont la vocation consiste en la gestion de biens immobiliers pour loger les familles les plus démunies.
A tous les niveaux et à toutes les époques, l’authenticité de l’Eglise, sa fidélité au Christ et son rayonnement, vont dépendre de ses quatre colonnes. Négliger la Parole, c’est se priver de sève et de lumière. Pas de fidélité au Christ si ceux et celles qui se réclament de lui n’harmonisent pas leurs différences dans l’unité d’un corps. Pas de fidélité au Christ sans une persévérance dans la fraction du pain, « le premier jour de la semaine, car c’est alors que Jésus rend visite aux siens, sous les signes qui le révèlent et le voilent en même temps ». C’est ce jour-là qu’il leur apporte le cadeau du pardon des péchés et celui de la paix, de la joie et de son Esprit qui les envoie en mission. Une célébration qui ne relève pas de l’obligation mais de la nécessité vitale. Encore faut-il que la liturgie du pain rompu se prolonge et s’incarne dans le partage des talents et des biens, sous peine d’être réduite à une pieuse dévotion qui ne serait plus qu’un semblant de foi. Et c’est encore la Parole, entendue et accueillie, qui inspire la véritable prière où la contemplation et l’action sont unies « pour le meilleur et pour le pire ».
C’est toujours aux quatre piliers et aux quatre fidélités que reviennent les prophètes, les réformateurs et les fondateurs, quand ils veulent rendre à l’Eglise familiale, paroissiale, locale ou universelle, son véritable visage et la puissance de son rayonnement. Tout grand progrès, a-t-on dit, « est dû à l’utopie réalisée ».

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE DE LA MESSE « IN COENA DOMINI »

11 avril, 2017

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Michel STEINMETZ

mercredi 1 avril 2015

HOMÉLIE DE LA MESSE « IN COENA DOMINI » – 2 AVRIL 2015

Le Christ est paradoxalement grand quand il s’abaisse. Il tient sa gloire de l’amour qui le pousse à « prendre la condition de serviteur » (Ph 2). Au moment d’entrer dans sa Passion, Jésus explique par deux gestes le sens de tout ce qui va advenir. Il résume de manière saisissante l’ensemble de son enseignement, de l’annonce du Royaume à venir, des miracles accomplis sur les routes de Palestine. Deux gestes qui prépareront le cœur, encore lent à croire, des disciples pour qu’ils puissent le reconnaître, Ressuscité, et s’en faire les témoins. Deux gestes qui ne pourront se comprendre que par l’amour qui les préside. Deux gestes encore qui supposeront, pour les recevoir, la communion – c’est-à-dire la participation – à sa mort pour avoir part à sa résurrection.
Ces deux gestes, quels sont-ils ? Ce sont ceux que la liturgie nous donnent de célébrer ensemble ce soir et qui marquent, pour nous aussi, notre entrée dans le mystère pascal. Le lavement des pieds, tout d’abord, et l’institution de l’eucharistie ensuite.

Au cours de ce dernier repas, et alors que le démon est déjà à l’œuvre, que les forces du mal et de la mort se liguent pour le vaincre, Jésus « se lève de table, dépose son vêtement, prend un ligne qu’il se noue à la ceinture » (Jn 13). Il passe devant chacun des apôtres, se met à genoux devant eux et leur lave les pieds. Ce geste inouï, celui de l’esclave devant son maître, suscite l’indignation de Pierre, le premier d’entre eux. Comment lui, leur Seigneur et Maître – nous le chantions en entrant dans la célébration tout à l’heure, comment Lui pourrait-il s’abaisser ainsi ? Ce soir, il ne leur est pas donné de comprendre ce geste. Il leur faut seulement en garder le souvenir. Demain, au pied de la croix, bouleversés et effrayés, ils commenceront à saisir la folie de cet amour qui renverse tous les schémas des bien-pensants. Ce soir, il ne nous est peut-être pareillement impossible de consentir à nous abaisser de la sorte, alors il nous faut aussi nous souvenir que cet amour-là nous sauve. Si le Christ consent à s’abaisser devant chacun de nous, comment ne pas en faire autant ? Avec le lavement des pieds, Jésus pose un geste d’hospitalité. Laver les pieds de chacun des douze, c’est inviter ses disciples à entrer dans ce même mystère. Jésus offre l’hospitalité à ses douze disciples à l’intérieur du mouvement de dépouillement unique chemin vers le Père. Jésus ne leur a pas lavé les mains mais les pieds, ces pieds de missionnaires qui porteront, s’ils y consentent, la bonne nouvelle à travers le monde. Leur décision d’aller par le monde entier au nom de Jésus passera par leurs pieds, ces pieds que Jésus a lavés. « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ».

Ce geste et celui de la dernière Cène dont nous venons d’entendre le récit dans la lettre aux Corinthiens nous parlent du même mystère : avant qu’on ne mette la main sur lui, Jésus offre librement sa vie dans un mouvement d’abaissement, d’humiliation, de kénose qui le conduit à la croix. Enlevant son vêtement, Jésus manifeste une dépossession de soi en vue du Royaume. Quand il rompt le pain, il donne le signe de son corps qui sera partagé, disloqué dans ses jointures sur la croix. Sa vie est désormais arrivée à son accomplissement. Quand il se donne tout entier, quand il est prêt à verser son sang pour nous, apparaît sa toute-puissance. Aux yeux du monde, cela passe pour un échec. Avec les yeux de la foi, celle qui nous fait proclamer avec joie et fierté « la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il revienne » quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous comprenons mieux qu’une vie toute donnée est une vie plus forte. Une vie plus féconde, plus généreuse, plus épanouie.

Jésus, entraîne-nous dans ton amour déraisonnable. Apprends-nous à aimer comme tu nous as aimés. Apprends-nous à communier à ta vie dans le don de notre propre vie.

AMEN.
Michel STEINMETZ †

HOMÉLIE DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION, A

7 avril, 2017

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HOMÉLIE DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION, A

Mt 21, 1-11 ; Is 50, 4-7 ; Ph 2, 6-11 ; Mt 26, 14 – 27, 66

Gênant, très gênant, ce récit de la Passion de Jésus. Des « croyants », prêtres, théologiens, juristes et même des amis proches du prophète y jouent un bien mauvais rôle. Au milieu de « ceux qui savent » et de ceux qui exercent l’autorité, le Christ apparaît comme un perpétuel incompris, un provocateur, une cause de scandale, une menace pour la sécurité et les intérêts de beaucoup.
Jésus, il est vrai, n’a jamais cessé de défier l’opposition, tant son comportement envers Dieu et envers les humains, sa conception de la religion et de la morale, tranchent avec la lettre des lois, des traditions sclérosées, les étroitesses des légistes… La nouveauté et la fraîcheur de son enseignement, où la rigueur s’inscrit dans la plus grande des ouvertures, ébranlent les immobilismes et les situations acquises. Jésus dénonce par sa parole et par sa vie une religion contaminée par l’esprit du monde. Ce qu’il dit de Dieu et ce qu’il dit de l’être humain, ce qu’il propose et ce qu’il rejette, surprend et choque les experts. Il ébranle même les convictions des plus « pratiquants ». « Jamais personne n’a parlé comme cet homme… ». Et c’est vrai dans tous les sens du terme.
Jésus Christ est perpétuel gêneur pour les uns, grand espoir pour les autres. Rien n’a changé. Aujourd’hui encore, nous cherchons souvent et même inconsciemment, à relativiser les enseignements du maître, ou les enrober dans des commentaires adoucissants. Nous prions et nous applaudissons volontiers le Christ Roi, mais nous bâillonnons aussitôt la bouche du prophète. Nous chantons de tout cœur « alleluia », mais nous nous bouchons aisément les oreilles quand il parle. Nous nous dérobons quand il appelle. Nous nous cabrons quand il exige… jusqu’à le trahir discrètement en lui préférant nos aises, nos habitudes et notre argent. Jésus se heurte en nous au prix et aux priorités que nous accordons aux valeurs économiques. Entre la Bonne Nouvelle des Béatitudes et les mirages proposés par l’argent, nos choix pratiques sont vite faits.
La « goutte d’eau » qui fit basculer Judas dans le clan des durs et purs, défenseurs et protecteurs de la « vraie religion », fut la folle dépense de cette femme qui, à Béthanie couvrit la tête de Jésus d’un parfum de grand prix. Un scandale ! Une véritable provocation envers les pauvres ! Les disciples en furent indignés et Judas écoeuré . Trop c’est trop. Il fallait coûte que coûte museler ce dangereux prédicateur. Pour trente pièces d’argent, Judas se portait volontaire. Le maître et l’ami d’hier ne valaient finalement pas plus qu’un esclave.
« Si le bœuf frappe un serviteur ou une servante, on donnera trente sicles d’argent (1) à leur maître et le bœuf sera lapidé » (Ex 21, 32). Tragique symbole ! Mais que ne ferait-on pas pour accroître son avoir de quelques billets !
L’ignoble marché de Judas nous scandalise, mais il persiste et se répète aujourd’hui sous d’autres formes. Le prix de la réussite, du bénéfice, de l’opulence, se comptent souvent en valeurs et priorités évangéliques écartées et même piétinées. Les affaires, dit-on, sont les affaires. Et les lois qui président à leur efficacité aveugle sont enracinées dans l’esprit du monde, non dans celui du royaume nouveau. Y introduire le Christ et son enseignement, c’est prendre des risques que peu veulent assumer. Même les meilleurs recherchent de peu glorieux compromis. Et seuls les « fous » suivent le Christ dans son radicalisme qui est folie aux yeux du monde, mais sagesse aux yeux de Dieu.
Le chemin que se fraie Jésus à travers la jungle du monde, il le couvre de ses souffrances et de son sang. C’est ce même chemin qu’il nous propose. Rude aventure qui a plus d’une fois découragé les disciples de la première heure.
Dès la première eucharistie, le Christ était entouré de faiblesse, de trahison, de lâcheté. L’émouvant testament du Maître, ses gestes d’humilité et d’affection, l’inouïe qualité de son amitié, l’éblouissante et séduisante pureté de son message, n’ont pas empêché Judas de quitter la table pour livrer son Maître. Quelques heures plus tard, les Onze, éclairés, réconfortés et enrichis du trésor même de Dieu, veilleront sur leur Seigneur en s’endormant et assureront leur propre sécurité dans la fuite… Un chemin que nous empruntons souvent.
Le simulacre de procès est un modèle du genre. Le pouvoir affuble Jésus d’intentions « politiques ». Il faut donc invoquer la « sécurité nationale », faire trembler par les menaces et donner leçon sanglante et efficace par la torture. Même les défenseurs « du trône et de l’autel » accusent et condamnent, mais selon les règles. Il faut des témoins (qui conviennent). Dès lors « les chefs des prêtres et tout le grand conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire condamner à mort ». Et de faux témoins, cela se trouve.
Même sans effusion de sang, nous avons aussi chez nous nos soupçons, nos procès, nos condamnations, nos faux témoins, pour faire taire ceux qui luttent pour l’esprit contre la lettre, qui ébranlent des certitudes légalistes, dénoncent certains formalismes de la religion et de la morale, accumulés au cours des siècles. Les premiers adversaires de Jésus, les plus impitoyables et les plus tenaces furent des croyants aveuglément attachés à la lettre de la Loi. Il est dangereux de l’oublier. Ne sommes-nous pas tour à tour, et parfois tout ensemble, Judas et Marie-Madeleine, Pierre et Pilate, Simon de Cirène ou faux témoin ?

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE DE CARÊME A

31 mars, 2017

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HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE DE CARÊME A

Ez 37, 12-14 ; Rm 8, 8-11 ; Jn 11, 1-45

La Bible parle beaucoup de vie et de mort. Ce qui n’a rien d’étonnant. De leur côté, les évangélistes nous révèlent le Christ, vainqueur de la mort et ressuscité. Mais pour décrire l’indescriptible, toutes les civilisations utilisent le symbole. La Révélation n’est pas une Parole qui tombe du ciel. Il faut donc partir d’en bas, de l’expérience humaine.
Voyez Ezéchiel, exilé avec des milliers d’autres juifs. Durant des années, il a vu dans le désert des charniers où les cadavres de ses compatriotes se décomposaient au soleil. Il a constaté que les chairs pourrissent, mais que les os résistent. Ce qui lui fera penser au meilleur de lui-même et de son peuple, l’âme et l’esprit. D’où, l’idée d’utiliser cette découverte pour nourrir l’espérance des exilés et prophétiser le retour au pays. Plus tard, c’est l’un de ses disciples qui va traduire son message en une grande fresque symbolique : « La vision des ossements desséchés ». Elle représente le peuple d’Israël, mis en pièces et sans espérance. Mais ces débris vont brusquement retrouver nerfs, chair et peau, puis le souffle de vie (lisez le chapitre 37, versets 1 à 14 du livre d’Ezéchiel).
Dans l’évangile de Jean, c’est Jésus qui déclare à Marthe : « … Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais… ». … Il n’empêche que Lazare est mort. Jésus dira plus précisément qu’il dort. Ce qui lui donnera l’occasion de le réveiller. A l’époque, les témoins vont se diviser en deux camps : les pour et les contre. Yeshoua ben Josef, prophète pour les uns, mais suppôt de Satan pour les autres. Alors que, pour l’occupant romain, il s’agit en tout cas d’un homme dangereux.
Notre handicap aujourd’hui, c’est d’être trop sensibles aux aspects physiques des miracles et trop peu aux enseignements qui s’adressent à la foi. Les évangiles parlent généralement de « signes ». Là où un évangéliste, c’est-à-dire un catéchète, a voulu donner un enseignement, nous lisons un événement réel et historique. Ce qui n’est pas nécessairement le cas. Il faut donc inlassablement se rappeler qu’il ne s’agit pas de reportage pris sur le vif. Les évangiles, écrits plusieurs dizaines d’années après la mort de Jésus, font écho à la prédication des apôtres, à la catéchèse, à l’expérience des premières communautés chrétiennes. Nous sommes au cœur même du monde de la foi, de l’enseignement religieux, du langage symbolique et du témoignage.
Si Jean avait été journaliste, il n’aurait pas raconté l’épisode de l’aveugle-né en consacrant au miracle 2 versets sur 41. Et il aurait plutôt interviewé Lazare sur ses impressions de réanimé, après 4 jours vécus au-delà de la mort. Un scoop !
Mais les vedettes du récit évangélique ne sont ni Lazare ni l’aveugle. C’est Jésus qui est au centre. Et ici, c’est la mort du Seigneur et sa résurrection qui sont évoquées et préfigurées. Jean a fait de l’épisode de Lazare une page essentielle de la catéchèse baptismale. Il s’adresse à ceux et celles qui vont descendre dans l’eau de la rivière ou du lac, comme dans le tombeau de la mort, pour en ressortir re-nés, ressuscités pour une vie nouvelle. Le baptême est déjà une re-naissance, une résurrection. Non pas en un instant, car c’est aussi une affaire de temps. C’est chaque jour que le Christ nous permet de mourir au péché et de ressusciter avec lui.
Et que proclame saint Paul ? C’est l’Esprit qui est votre vie. C’est lui qui ouvre nos tombeaux dans lesquels nous entraînent l’orgueil et la vanité, l’esclavage de nos intérêts et de nos jalousies, nos peurs et nos gourmandises. Et dans ce cercueil, nous pouvons déjà sentir mauvais sans être physiquement morts. Autrement dit : nous sommes nos propres fossoyeurs. Nous creusons notre tombe quand nous faisons confiance aveugle à nos seules lumières et à nos seules forces. Chaque fois que nos options, nos décisions, nos actions, sont inspirées par l’esprit du monde et non pas par l’Esprit du Christ.
Il n’empêche que la chair est singulièrement digne et respectable, puisque le Verbe de Dieu s’est fait chair. De par sa nature, elle est certes destinée à la mort. Mais l’être humain est capable de se laisser éclairer et guider par l’Esprit qui est à l’œuvre en ceux et celles qui l’accueillent. La résurrection n’est-elle pas déjà à l’œuvre chaque fois que nous nous laissons inspirer par cet Esprit qui nous conduit à la recherche de ce qui fait vraiment vivre : amour et paix, justice et vérité. Tout ce qui humanise davantage l’humanité.
La campagne de carême organisée par « Entraide et Fraternité » concrétise parfaitement cet objectif majeur en nous invitant, notamment, à découvrir « un monde où règnent la famine et la malnutrition », alors qu’il y a « suffisamment d’alimentation produite pour nourrir la planète »… « Donnez-leur vous-mêmes à manger, nous répète sans doute Jésus aujourd’hui… Ce qu’il a dit jadis à ses disciples.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

HOMÉLIE DU 3E DIMANCHE DE CARÊME, A

16 mars, 2017

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HOMÉLIE DU 3E DIMANCHE DE CARÊME, A

Ex 17, 3-7 ; (Rm 5, 1-2, 5-8 ) ; Jn 4, 5-42

Avez-vous remarqué dans les textes proclamés que tout le monde est fatigué, et tout le monde a soif : soif d’eau et soif d’amour. Autrement dit,  » en manque « . Ce qui peut entraîner découragement et récriminations, comme les Hébreux au désert :  » Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n’y est-il pas ? « .
Dans la Bible, il y a toujours un lien très étroit entre les événements de la vie et les perspectives de la foi. Autrement dit, la foi nous fait découvrir des interpellations de Dieu dans les événements.
Le futur saint Augustin, au 4e siècle, se demandait pourquoi la Bible se perdait en détails de géographie, de vêtement, de parfum. Est-il possible que l’inspirateur des Saintes Ecritures ait perdu son temps à des préoccupations aussi futiles ? Certainement pas. Mais si le récit s’appesantit sur de nombreux détails, explique Augustin, c’est pour nous avertir de les lire au sens figuré, comme un symbole.
Aujourd’hui, on se rend mieux compte que  » la distance culturelle entre le monde de la Bible et le nôtre est considérable. Ce qui était clair et compréhensible en ce temps-là, nous est aujourd’hui inconnu ou étrange « . D’autant plus que dans cette civilisation ancienne, le symbolisme est roi. Alors que la nôtre ne jure que par le pratique, le rationnel et l’efficace. Il ne suffit donc pas de lire, mais de comprendre. Et il n’est pas facile de comprendre si on se contente de lire ou d’écouter de temps en temps quelques lignes isolées de leur contexte, comme c’est le cas chaque dimanche.
Selon le mythe fondateur d’Israël, les Hébreux ont fui l’esclavage égyptien. Ils sont dans le désert, soumis à l’épreuve de la soif. Sans eau, ils sont condamnés à mort. Durant cette période éprouvante, ils ont donc connu des moments de doute, de désespoir et même de révolte. A qui la faute ? Sinon au chef qui les a entraînés dans cette aventure. Moïse a sans doute failli plus d’une fois être lynché. Heureusement, il a trouvé de l’eau. Le peuple a repris confiance, et en Moïse et en Dieu. Peu importe ce qui s’est passé réellement dans le détail. La leçon du récit est dans la richesse symbolique de l’ensemble.
Ces tribus nomades ont vécu douloureusement l’importance vitale de l’eau. Elle était dès lors un élément sacré. Mais il n’y a pas que la vie physique. Pour que la vie sociale soit possible, les Hébreux ont adopté le Décalogue, Dix Paroles d’amour, offertes par Moïse au nom de Dieu. Dix règles de vie, aussi sacrées que l’eau de source. Et toutes deux indispensables pour vivre. Les Hébreux parleront donc de l’eau de la Loi.
Selon les vieilles traditions bibliques, Dieu aurait révélé à Moïse non seulement les Dix Paroles de Vie, mais également des lois rituelles, l’organisation du peuple, et jusqu’aux plans du Temple et de son ameublement, etc. Tout cela, en une seule fois au Sinaï, l’Horeb, la Montagne de Dieu. C’est pourquoi, le Dieu d’Israël sera appelé le Rocher d’où jaillit l’eau de la Loi. La Loi est donc une parole qui abreuve. Le Seigneur est bien  » le rocher qui nous sauve « , car c’est du rocher que jaillit l’eau vive.
Plus tard, quand Paul évoquera l’eau jaillissant du rocher dans le désert, il dira :  » C’est une figure de Jésus. Ce rocher, c’était le Christ « . Et en saint Jean, le Christ déclare :  » Qu’il boive, celui qui croit en moi ! « . C’est dans cette même perspective qu’il nous faut méditer l’épisode de la Samaritaine. On y trouve à nouveau l’humble réalité quotidienne : la fatigue, le doute. Ajoutez-y la soif d’eau et la soif d’amour, et vous avez tout un ensemble de signes. Autrement dit, la moindre requête humaine, même matérielle, le moindre événement de l’actualité, n’est jamais sans parenté avec les réalités spirituelles. On éclaire sa route avec la Bible et le journal.
L’épisode de la Samaritaine (1), très probablement symbolique, en est un magnifique exemple. Au départ, c’est le pur hasard. Ce qui veut dire que bien des choses étonnantes peuvent être amorcées à l’occasion d’une rencontre, d’une démarche toute ordinaire, ou incongrue, ou interdite. Par exemple, qu’un Juif s’adresse à une Samaritaine. Non seulement c’est une femme, mais elle est de la région nord, et lui de la région sud. Deux provinces en conflit pour des raisons religieuses. Lui c’est un pur, elle c’est une schismatique, une quasi païenne. Or, Jésus n’est pas arrêté par ces barrières artificielles de conventions ethniques, sexistes, politiques et religieuses, qui, souvent, séparent, condamnent et divisent. Jésus ne va pas l’accabler de leçons morales à cause de ses aventures amoureuses. Mais, en partant de cette soif d’amour, il lui dira comment la sublimer, la dépasser, en allant jusqu’au bout de son désir. Il éveillera la femme à la soif d’un amour plus généreux, sans frontières. La soif du Royaume, de la Bonne Nouvelle. A tel point qu’elle deviendra capable d’étancher elle aussi la soif des gens qu’elle rencontrera. Et même en commençant par ceux et celles qui la méprisaient… Voyez tout ce qui peut nous arriver et nous être révélé dans nos déserts intérieurs…
La campagne de carême n’a pas repris pour autant le thème de l’eau pour orienter nos partages vers tant d’êtres humains de par le monde, qui en manquent dangereusement, ou en sont trop souvent privés. Mais il est tout autant urgent de « faire reculer la faim ! ». On parle aujourd’hui de 850 millions de personnes souffrant de la faim, dont, étonnamment, deux tiers sont des agriculteurs ! (2)… Mais il ne suffit pas de s’en émouvoir, mais bien d’y répondre par une initiative de partage « pour que la Terre tourne plus juste », comme nous y invite « Entraide et Fraternité ».

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

Voir aussi : Un livre du cardinal Danneels « Si tu connaissais le don de Dieu » – commentaire pastoral de saint Jean, Ed. Fidélité, 271 pp., 19,50 €.
« Juste Terre ! » n° 61, mars-avril 2008, bimestriel d’Entraide et Fraternité. rue du Gouvernement Provisoire, 32 – B – 1000 Bruxelles, tél. 02 227 66 80, www.entraide.be

HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE CARÊME, A

9 mars, 2017

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HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE CARÊME, A

Gn 12, 1-4a ; 2 Tm 1, 8b-10 ; Mt 17, 1-9

En introduction à la liturgie de ce dimanche, le psaume 26 (8-9) nous invite à dire du fond du cœur :  » Je cherche ton visage. Ton visage, Seigneur, je le cherche… « .
Savez-vous qu’Abraham a cherché Dieu ? Il a même proclamé son credo avec ses pieds. C’est en marchant qu’il a cru… Et ce n’est pas une simple boutade… parce que la foi, comme la Vérité, n’est pas un point fixe, immobile et immuable, c’est un chemin à parcourir. La foi a une histoire. Elle a sa croissance et son développement. Elle a même, a-t-on écrit,  » son âge bête et son âge ingrat. Elle a ses boutons et autres maladies infantiles. Elle a ses jeux d’enfants, ses plaisanteries gamines et même douteuses… Toujours en recherche d’elle-même, elle ne tient pas en place « .
C’est pourquoi, la Bible n’est pas un traité savant, ni une doctrine proclamée de toute éternité. C’est une histoire sainte, mais totalement humaine, tapissée de roses et d’épines, de merveilles et d’horreurs. Jésus y est présent. Il s’y définit comme le Chemin, la Vérité et la Vie. Trois synonymes de mouvement. C’est pourquoi Abraham est considéré comme le père et le modèle des croyants. Un nomade, pèlerin, immigré, qui a connu les tâtonnements dans l’obscurité et l’incertitude quotidienne. De grands moments de joie quand il pouvait planter sa tente. Puis, le déchirement d’un nouveau départ pour d’autres haltes rafraîchissantes et d’autres ruptures crucifiantes.
Le chrétien, lui aussi, est un pèlerin, un éternel voyageur. Le temps du carême est le symbole de cette aventure, celle du peuple hébreu et la nôtre… De quoi s’agit-il ? De s’arracher au passé et de se tourner vers l’avenir. L’avenir, c’est la terre promise et la résurrection. Entre les deux, les risques de la Passion… Le programme ?, c’est d’écouter et de se détacher, de jeûner et de se nourrir de la Parole.
Le livre de la Genèse nous a présenté la foi comme un don, une initiative constante. Celle de Dieu et la nôtre. Car il nous appartient de l’accueillir, d’accorder un crédit à la Parole de Vie. Dieu est présenté comme un Dieu qui parle. A tel point que son Verbe, sa Parole, est incarnée en Jésus Christ… Et que le Père nous répète encore aujourd’hui comme aux disciples d’hier :  » Ecoutez-le « . Le christianisme est moins une religion du Livre qu’une religion du Verbe, c’est-à-dire de la Parole à manger, à ruminer, à digérer.
La foi n’est pas pour autant un saut dans l’absurde, mais dans la confiance, c’est-à-dire dans une relation, dans une Alliance de partenaires. La foi n’est pas uniquement une affaire de cœur. Elle est tout autant une affaire de raison.  » Je sais pourquoi je crois « . Le livre de la foi des évêques de Belgique, par exemple, publié en 1987, était une invitation à  » mieux savoir ce que l’on croit « .
Ainsi, l’aventure d’Abraham nous apprend que la foi est l’acte de liberté par excellence. Je fais crédit à Dieu. Je lui offre une adhésion libre.  » Pars de ton pays… Et Abraham partit « . La foi est une expérience de dépouillement, de pauvreté. Une libération qui transforme l’existence.
Pour Abraham, pour le peuple hébreu, pour les disciples de Jésus, comme pour nous-mêmes, la route de la foi est souvent inconfortable. Les détours y sont nombreux. Les surprises aussi. On est souvent obligé de changer de vitesse pour ne pas faire caler le moteur. Comme les apôtres, il nous arrive de proclamer solennellement notre foi, de la chanter, de l’applaudir. De reconnaître Jésus comme Messie et Parole de Dieu. Et cependant, presque aussitôt, nous pouvons être choqués, voire même révoltés par certaines conversions qu’il nous demande, et par les risques qu’elles entraînent.
Quand Jésus évoque contradictions, épreuves et possibilités de mort violente, Pierre proteste (Mt 16, 21-23). Nous aussi. Ce que l’on qualifie de  » transfiguration  » se déroule dans ce contexte de doutes et de peurs. Pour ces hommes désemparés et déstabilisés, l’aura d’amour transfigurant Jésus est venue comme le plus puissant des réconforts.
Avant d’être témoin d’un Christ défiguré, ils l’ont contemplé quelques instants transfiguré. Les témoins de la gloire sur la montagne, c’est-à-dire le rayonnement de la richesse intérieure de Jésus, seront peu de temps après témoins de sa faiblesse au jardin des Oliviers. On peut donc parler d’un instant de paradis et de réconfort. Non pas pour s’installer, mais pour pouvoir continuer. Après l’extase, il faut redescendre dans la plaine, où l’important est d’écouter Jésus, pour réaliser ce qu’il dit.
Nous pouvons, nous aussi, avoir dans notre vie des instants de transfiguration, le sentiment fugitif que Dieu est évident. Des instants où rien ne fait vraiment problème. Où quelque chose, brusquement, nous donne des ailes… Et puis, tout à coup, nous voici vulnérables à toutes les objections, plongés dans le doute. Ce n’est plus l’éclat du soleil, mais la grisaille de la morne plaine. Le chemin ordinaire. Alors, l’essentiel, c’est de garder l’oreille et l’esprit grands ouverts à la Parole, au Verbe… et aussi de prier…  » Tu nous a dit, Seigneur, d’écouter ton Fils bien aimé. Fais nous trouver dans ta Parole les vivres dont notre foi a besoin : Et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire « ….  » Relevez-vous, dit le Seigneur, et n’ayez pas peur. Laissez-vous transfigurer « .
En somme, les vraies rencontres avec le Christ sont toujours des rencontres positives, capables de faire jaillir la flamme, même d’un tas de cendres.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008-

HOMÉLIE DU 8E DIMANCHE ORDINAIRE A

24 février, 2017

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HOMÉLIE DU 8E DIMANCHE ORDINAIRE A

Is 49, 14-15 ; 1 Co 4, 1-5 ; Mt 6, 24-34

Une paroissienne du quatrième âge, courageuse et singulièrement accablée par plusieurs deuils, me disait ces paroles que le prophète Isaïe a mises dans la bouche de Jérusalem : « Le Seigneur m’a abandonnée, le Seigneur m’a oubliée… ». La voici seule et handicapée… une terrible épreuve. Un drame parmi tant d’autres. Que dire ? Que répondre ? La parole de foi est celle d’Isaïe : « Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi je ne t’oublierai pas, dit le Seigneur ».
Ce n’est pas une histoire du passé, mais un événement d’aujourd’hui. Non une réponse théorique adressée à des mystiques d’un autre âge. C’est la parole d’aujourd’hui et de toujours que Dieu adresse à tous ceux et celles qui croient en lui… Même ce genre de montagnes, la foi peut les soulever.
Ceux qui ont écrit, chanté et prié les psaumes étaient des hommes et des femmes de chair et d’os, que les épreuves n’ont pas épargnés. Mais malgré cela ou à cause de cela, ils ont pu dire : « Dieu seul est mon rocher, mon salut, ma citadelle ; je suis inébranlable… Vous, le peuple, comptez sur lui en tout temps. Devant lui, épanchez votre cœur : Dieu est pour nous un refuge… ». C’est la première leçon d’aujourd’hui.
Tout cela peut paraître énorme, surhumain, peut-être même inhumain. C’est cependant l’attitude fondamentale que Dieu nous propose en fonction d’une échelle de valeurs où l’essentiel est bien à la première place.
L’Evangile peut nous apparaître aussi un peu excessif et même naïf, au point de nous faire sourire. Il ne faut pas nous faire tant de soucis pour notre vie, notre corps, notre vêtement, mais nous ne pouvons pas non plus vivre avec l’insouciance des oiseaux du ciel ou des lis des champs…
Le vrai centre de la leçon est plus loin : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice. » Ce n’est pas seulement une comparaison, un exemple, une parabole, une image excessive : c’est un conseil, une condition de vie, un ordre que donne le Maître à ses disciples. Voilà ce que devrait être notre souci le plus important, en sachant que la justice dont il est question consiste à vivre conformément à ce que Dieu attend de nous. Elle est respect de l’alliance de foi et d’amour contractée entre Dieu et nous, entre Dieu et la communauté des croyants.
Il n’y a qu’une devise authentique pour un chrétien : « Dieu premier servi ». Toutes légitimes qu’elles soient, toutes nos autres préoccupations devraient être conditionnées, éclairées et relativisées par la première. Jésus veut nous remettre les pieds sur terre, le cœur et l’esprit à l’endroit. La vie est plus que la vie terrestre, l’être plus que l’avoir.
Généralement, nous n’en sommes pas là. Les préoccupations que nous qualifions de spirituelles ou de religieuses passent aisément après d’autres soucis. L’utilisation de notre capital temps, argent, santé, dons et compétences, n’est pas volontiers répartie suivant les critères proposés par Jésus, même si l’on se réclame de lui. Ne préférons-nous pas le plus souvent les compromis qui laissent finalement au prioritaire et à l’essentiel la « part du pauvre » ?
Il ne s’agit pas pour autant de mal se nourrir, de mal se vêtir, de négliger la culture et les loisirs, mais bien de ne pas reléguer l’essentiel à la dernière place ou de ne lui réserver que des miettes.
Comment être fidèle au Christ sans lui accorder de temps pour le rencontrer, l’écouter, s’imprégner de sa pensée, de ses conseils ? Il est impossible de vivre sa foi sans la nourrir, l’éclairer, la rafraîchir. Alors, tous les aléas de la vie quotidienne, les grands problèmes et les grands drames, peuvent être vus et vécus dans l’éclairage de l’amour de Dieu, c’est-à-dire en fonction de l’essentiel.
Quel est le moteur de notre existence ? Qu’est-ce qui nous fait, au fond de notre cœur, lutter, entreprendre, courir ? Avoir toujours plus ou être davantage ? Nous encombrer de ce qui passe ou décupler en nous notre pouvoir d’aimer ?

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE DU 7E DIMANCHE ORDINAIRE A

17 février, 2017

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HOMÉLIE DU 7E DIMANCHE ORDINAIRE A

Lv 19, 1-2, 17-18 ; 1 Co 3, 16-23 ; Mt 5, 38-48

Etre traité de fou ou de folle ne plaît à personne. Ce terme de mépris impressionne. N’est-il pas dénonciation d’excès manifestes, d’attitudes non conformes aux critères habituels des gens raisonnables ? Cette injure isole. Elle exclut du cercle privilégié des sages. Le fou n’est pas « comme tout le monde ». Le saint non plus.
Il est vrai qu’il y a sagesse et sagesse. « La sagesse de ce monde est folie devant Dieu », nous rappelle Paul. Nous admirons la formule, l’opposition des termes, mais nous ne croyons guère à sa vérité. « Si quelqu’un parmi vous pense être sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou, pour devenir sage ». Un vrai défi que nous aurons peine à relever !
L’Evangile nous donne cependant l’occasion de tester nos critères de sagesse et de mesurer la sainte folie de nos comportements. Jésus ne s’adresse pas à des adorateurs ni à des esclaves du « monde ». Ses interlocuteurs ne sont pas possédés par l’esprit du « Malin ». Croyants fidèles, ouverts aux nouveautés du jeune prophète, les disciples vivent une sagesse qui dépasse celle des païens. C’est la loi de Moïse qui leur sert de fil conducteur. Et Moïse s’est fait l’écho du Dieu tout puissant… Echo faible et fragile, constamment perturbé par les aménagements des commentaires, les résistances d’un peuple « à la nuque raide », la séduction des idoles prometteuses de bonheur sans peine.
Jésus va réinterpréter la Loi en remontant à la source. « Soyez saints comme moi le Seigneur votre Dieu je suis saint ». Avant même de se concrétiser en piste, en exemple, en type d’applications multiples, la Loi est essentiellement « loi de sainteté ». « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». La conduite du Père est modèle pour celle des enfants. La Loi n’est pas une ordonnance pesante comme un carcan et assortie de menaces. Elle est appel cordial à réussir sa vocation de fils et de filles. Pour être vraiment ce à quoi ils sont appelés, ils doivent être ressemblants à celui qui les a créés par amour et pour l’amour.
Il ne suffit pas cependant de chanter l’amour pour en vivre, ni d’en rêver pour le partager et le communiquer. Comment dès lors exprimer dans la multiplicité et la diversité des relations humaines ce quelque chose d’insaisissable mais d’ineffable qui est tendresse de Dieu et infini respect des êtres ? Pour découvrir les secrets et les exigences de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, la Loi (Lv) sème sur la route des croyants des balises éclairantes.
Mais jusqu’où doit aller l’amour de Dieu et du prochain ? Dépassant la loi de vengeance aveugle, Moïse avait introduit le progrès d’une certaine justice envers les membres du peuple, les compatriotes. Jésus va dépasser largement cette sagesse religieuse légale et traditionnelle. Pour accomplir la Loi, il va abolir des lois telle celle du talion. Une véritable folie !
En quelques mots, Jésus casse l’engrenage de la violence qu’entretient la « vengeance » institutionnalisée. Le prophète de Nazareth introduit dans les relations humaines l’étonnante miséricorde divine qui engendre le pardon. La rigoureuse justice elle-même sera métamorphosée et singulièrement adoucie par la générosité et la délicatesse de la charité même de Dieu.
Nous voici invités à rompre avec la sagesse et la logique du monde, à prendre ses raisonnements pour du vent ! Nous voici embarqués dans la folle aventure de l’amour des ennemis, du bien rendu pour le mal, du service gratuit, de la générosité sans calcul. Ce n’est pas pour autant un impossible amour. Il ne s’agit pas ici d’émotions passagères, d’instinct ou d’attirance, mais bien de noblesse d’âme, d’attitude de constante bienveillance et de cette volonté évangélique qui respecte l’être humain tout entier. C’est l’amour qui reconnaît aux autres tous les droits que je possède moi-même et à moi-même tous les devoirs qui incombent aux autres.
Dans chaque eucharistie, Jésus nous invite à « devenir fou pour devenir sage ». Le repas de la Parole et du Pain partagés nous pousse à briser les carcans de la sagesse du monde. Il est invitation à communier à celui qui est saint pour être saint à notre tour.
N’oublions pas que l’histoire continue. Les paroles de Jésus sont toujours actuelles. Nous cherchons trop souvent à les minimiser, à les adoucir. Aujourd’hui encore ce qu’il dit nous perturbe et nous fait peur. Nous n’avons pas envie de devenir fous, même pour devenir sages… Et nous ne prenons pas volontiers pour nous le résumé du sermon sur la montagne, qui nous donne le vertige : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. C’est cependant ce qu’il nous demande.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

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