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HOMÉLIE DU 16E DIMANCHE ORDINAIRE B

20 juillet, 2018

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HOMÉLIE DU 16E DIMANCHE ORDINAIRE B

Jr 23, 1-6 ; Ps 22, 1-6 ; Ep 2, 13-18 ; Mc 6, 30-34

Point n’est besoin d’être né dans une ferme, ni même d’avoir vu un pâtre, son chien et ses moutons, pour comprendre le style bucolique de l’enseignement biblique, qui évoque constamment le pasteur et son troupeau, le berger et ses brebis. Aujourd’hui aussi, les peuples ont leurs pasteurs, leaders ou autres grands timoniers, qu’ils soient religieux ou politiques.
Le livre de Jérémie fait allusion à de misérables bergers, à des autorités royales et religieuses qui ont trahi leur mission et trompé le peuple, qui se trouve maintenant plongé dans l’inquiétude et l’insécurité. C’est alors que le prophète confie à ses auditeurs l’espérance que Dieu les prendra lui-même en charge et leur accordera comme pasteur un nouveau David. Un pasteur selon le cœur de Dieu. Il en révèle le nom et le programme : « Le Seigneur est notre justice ».
Le psaume 22 reprend ce thème du Dieu-berger, qui mène son peuple au repos pour y refaire son âme, pour lui apprêter une table. Comme dans les livres de la Sagesse, où il est aussi souvent question de repos et de nourriture.
Nous le retrouvons dans l’épisode raconté par Marc. Jésus, LE vrai pasteur, manifeste une infinie sollicitude pour les foules, mais aussi pour ses premiers collaborateurs, les apôtres. Ici, nous ne sommes plus dans la prière ou dans la poésie, mais dans la vie concrète. Envoyés par Jésus, les apôtres ont enseigné, prêché la conversion, chassé les esprits mauvais, expérimenté la force de la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, et aussi toutes les résistances qu’on lui oppose… Ils ont connu la fatigue, l’enthousiasme, le découragement… Leur vie, en effet, n’est pas de tout repos, ni leur mission tâche aisée… Ne les voit-on pas accablés de fatigue et empêchés de se nourrir ?
Et Jésus les entraîne dans un endroit désert, là où ils seront en tête-à-tête avec lui et loin de la foule. Le repos, la détente, ce n’est pas seulement arrêter le travail, dormir et se distraire. C’est surtout le fait d’être avec lui, de vivre dans son intimité, de partager ses préoccupations, ses sentiments de pasteur et notamment sa sollicitude pour les brebis sans berger. Une sorte de week-end spirituel, des vacances qui non seulement brisent le rythme agité du quotidien, mais qui permettent de boire à la source, refaire ses forces, recharger les accus, surmonter les découragements, mieux saisir, grâce à Jésus, la générosité et l’exigence de cet amour avec lequel, d’une part, il accueille ceux qui le cherchent, et, d’autre part, qui lui permet d’échapper à leur curiosité, leur gourmandise ou leurs projets trop humains, pour les amener toujours plus loin. Et communier à son souci affectueux pour les foules, comme à son enseignement et son œuvre de libération.
Le repos des disciples, c’est d’habiter en quelque sorte la tendresse de Dieu pour son peuple. C’est ainsi que se fait l’apprentissage de l’apôtre. Un recyclage… Un exemple pour nos vacances.
Jésus leur donne d’ailleurs aussitôt un premier exemple de responsabilité pastorale, puisqu’il commence par enseigner et instruire longuement les gens qui le recherchent, ému jusqu’aux entrailles par leur famine spirituelle.
Paul, s’adressant aux Ephésiens, présente une autre caractéristique du pasteur parfait qu’est Jésus Christ… Un homme de paix, qui veut rassembler dans l’unité, réunis en un même corps, ceux-là mêmes qui sont séparés non seulement par la différence mais par la haine. Non pas la paix pour quelques privilégiés, mais comme bonne et grande nouvelle pour ceux et celles qui sont loin ou proches. Une mission toujours à reprendre, une unité toujours à refaire, pour que tombent les murs qui souvent séparent les êtres humains.
L’épisode évangélique n’est pas seulement du passé. Nous avons la chance de pouvoir être rassemblés par l’Eucharistie, pour nous reposer un peu, c’est-à-dire nous laisser instruire par celui qui nous invite à mieux le connaître et à pénétrer davantage dans son intimité. Nous sommes rassemblés comme les disciples pour lui présenter notre rapport, nous laisser nourrir et envoyer. L’Eucharistie est bien autre chose qu’une simple cérémonie.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925-2008

HOMÉLIE DU 15ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE « APPELÉS ET ENVOYÉS »

13 juillet, 2018

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Jésus a appelé les disciples à lui-même et a commencé à les envoyer deux par deux

HOMÉLIE DU 15ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE « APPELÉS ET ENVOYÉS »

Abbé Jean Compazieu

En lisant cet Évangile, nous pouvons penser aux séminaristes qui ont été ordonnés prêtes à la fin du mois de juin. Pour leur diocèse, c’était un jour de grande fête. À la fin de la célébration, l’évêque les a envoyés rejoindre d’autres prêtres pour travailler ensemble à l’avancée de la mission. Aujourd’hui, il n’est pas facile d’envoyer ces jeunes prêtres deux par deux ; dans de nombreux diocèses, il n’y a qu’une ordination par an et encore pas toujours.
Mais en lisant cet Évangile, nous sommes invités à faire un pas de plus ; Nous découvrons que l’envoi des Douze n’est pas seulement l’envoi des apôtres. Ce chiffre douze évoque les douze tribus d’Israël. C’est donc le peuple de Dieu tout entier. À travers les Douze, c’est toute l’Église que Jésus envoie en mission. L’Église, c’est nous. Nous sommes tous appelés et envoyés. Dieu ne veut pas faire la rédemption du monde tout seul. Il a désiré avoir besoin des hommes.
La tentation est grande de dire : « Je ne sais pas parler… Je ne suis pas capable… Je ne suis pas assez cultivé… » Mais quand nous lisons les Évangiles, nous voyons bien que les apôtres ne sortaient pas d’une grande école. Jésus a changé la face du monde avec des « pauvres types », pas avec des énarques. Toute la Bible et toute l’histoire de l’Église nous rappelle que c’est dans les habitudes de Dieu de faire appel à ce qui est petit et méprisé pour réaliser des grandes choses.
L’évangélisation est donc un devoir pour tout chrétien baptisé et confirmé. Prêcher qu’il faut se convertir, ce n’est pas seulement faire des sermons ; c’est profiter de toutes les occasions pour annoncer l’Évangile. Cette annonce se fait d’abord par le témoignage d’une vie évangélique. Si notre vie n’est pas en accord avec ce que nous annonçons, c’est un mensonge. Bien sûr, la parole est nécessaire. Mais elle ne sera pas la vocation de tous. Par contre, tous les chrétiens sont appelés à donner le témoignage d’une vie évangélique. S’ils appellent à la conversion, ils doivent commencer par eux-mêmes. Tout cela se trouve résumé dans cette parole de Jésus : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ».
Ce message de Dieu est pour le monde entier. Dieu nous envoie porter une bonne nouvelle extraordinaire. Il nous charge d’annoncer son plan merveilleux pour le monde : « En lui, il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard. Il nous d’avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ (Ep 1, 4-5). Ce sont des milliards d’hommes de femmes et d’enfants qui sont appelés à devenir fils et filles de Dieu et à constituer une communauté internationale.
Ce grand projet de Dieu continue à se réaliser malgré les persécutions et les tueries. La première lecture nous donne le témoignage du prophète Amos. Il n’est pas le bienvenu dans le sanctuaire de Béthel. Ses paroles sur le droit et la justice dérangent les affaires du prêtre Amazias. Quand on dénonce des « magouilles », il faut s’attendre à des représailles. Amazias voudrait neutraliser Amos et le renvoyer d’où il vient. Mais Amos lui répond que c’est Dieu qui l’a appelé et envoyé.
En écoutant cette lecture, nous nous disons qu’il faudrait aujourd’hui des prophètes comme Amos. Ils auraient beaucoup à dire contre tous ces politiques véreux, ces commerçants tricheurs, ces juges achetés. Notre pape François a des paroles très fortes pour dénoncer tout ce qui détruit l’homme. La Parole de Dieu passe avant tout. Elle ne peut être enchaînée par aucun ordre établi, aucune politique. Dieu ne peut supporter de voir ses enfants souffrir des injustices, de la violence et de l’intolérance.
L’apôtre Paul a lui aussi été saisi par le Seigneur pour annoncer l’Évangile. Aujourd’hui, il rend grâce au Seigneur pour le chemin parcouru. Toute sa vie et tout son être sont vraiment imprégnés de cet amour qui est en Jésus. Cette lecture est un hymne au Christ qui nous a comblés de ses bénédictions. Il nous a obtenu le pardon des péchés. Il nous a dévoilé le mystère de la foi. Il nous a donné la sagesse et l’intelligence pour le comprendre. Il nous a donné l’Église pour garder le message et guider notre marche. Cet hymne s’adresse aussi à nous aujourd’hui pour nous aider à aimer le Christ et l’Église. Le Christ est là au cœur de nos vies. Il ne cesse de nous envoyer pour être témoins de son amour.
En ce jour, Seigneur, tu veux nous ramener à l’essentiel. Libère nous de tout ce qui nous encombre. Que la force de ta parole et le souffle de ton Esprit nous rendent disponibles pour être les témoins et les messagers de ton message d’amour et de réconciliation.

HOMÉLIE POUR LE 14E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « D’OÙ CELA LUI VIENT-IL ? »

6 juillet, 2018

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Jesus lisant Isaie

HOMÉLIE POUR LE 14E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « D’OÙ CELA LUI VIENT-IL ? »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 8 juillet 2018 Année B. Homélie à la Chapelle du Lac Poulin et de la Chapelle du Lac Raquette par Mgr Hermann Giguère P.H., du Séminaire de Québec, recteur de ces dessertes.

Textes: Ézékiel 2, 2-5, 2 Corinthiens 12, 7-10 et Marc 6, 1-6.

Excursus : Un petit mot sur les frères et sœurs de Jésus. La tradition très ancienne de l’Église a toujours tenu que Jésus n’a pas eu de frères ou de sœurs au sens strict de ces termes. Le mot grec ici employé « adelphoi » sert à désigner des parents plus ou moins éloignés. Il s’agirait donc dans les évangiles d’un usage semblable à celui des vietnamiens ou des africains qui appellent volontiers leurs cousins et cousines, frères et sœurs. Voilà! Revenons maintenant à la scène racontée par saint Marc.

I – Une visite dans son patelin
L’évangile commence en disant que Jésus se rend dans son lieu d’origine avec ses disciples. On peut s’imaginer cette visite à Nazareth comme celles que nous faisons dans nos familles en venant ici au lac. C’est toujours agréable de retrouver des lieux qu’on aime et des gens connus. Jésus, peut-on penser, en profite pour faire connaitre aussi ses nouveaux amis, ses disciples, Pierre, Jacques, Jean, André etc.
Ce qui est différent de nos visites à la maison paternelle ou au chalet, c’est que Jésus ne se contente pas de faire des salutations d’usage et de prendre du temps pour se rappeler des souvenirs avec un tel ou une telle, de vivre de bons moments, ce qu’il a fait j’en suis sûr, mais, il fait passer sa visite à une vitesse supérieure, pourrait-on dire, car, après les papotages de circonstance : la température, les nouveautés du village, les décès etc. il prend la parole pour exprimer ce qu’il l’habite maintenant qu’il est parti pour réaliser une mission qu’il avait en lui, mais qu’il n’avait pas fait connaitre quand il était le charpentier que tous fréquentaient vivant près de sa famille et de sa parenté.
Ne voilà-t-il pas que maintenant il se permet de parler en clair de cette mission qui lui a été confirmée par son cousin Jean-Baptiste qui l’a appelé l’Agneau de Dieu et par la parole de Dieu qui s’est faite entendre lors de son baptême : « Voici mon Fils bien-aimé, écoutez-le ».?
Jésus depuis lors s’est mis à révéler ce qui l’habite : sa proximité avec Dieu et son Alliance qui veut rejoindre tout le monde et manifester l’amour de Dieu pour chacun et chacune, un amour qui n’écrase pas, mais qui libère, qui n’est pas fait uniquement de rites et d’observances, un amour gratuit que les disciples reçoivent et qu’ils vivent en faisant la même chose que leur Père, en s’aimant les uns les autres.

II – Des paroles qui dérangent
Quel message! C’est ce message qui sidère les auditeurs et les auditrices de Nazareth qui se demandent d’où lui viennent ces pensées, d’où lui vient cette assurance? Il parle avec autorité. On ne le reconnait pas. Il n’est plus seulement ce jeune homme pieux et fidèle à la prière chaque semaine à la synagogue, serviable et aimable pour tous et toutes. Il parle avec son cœur et il parle au nom de Dieu.
Certains s’en offusquent. Ils sont choqués.
Jésus loin de les envoyer paître se contente de noter leur manque de foi. Il ne se laisse pas arrêter par ce contretemps. Il laisse son village. Sa visite se termine là et il part pour aller dans d’autres villages. Il se situe ainsi dans la lignée des prophètes comme Ezékiel, dont il est question dans la première lecture. Celui-ci ne se décourage pas. Il reste fidèle à annoncer le salut de Dieu même à des gens au « visage dur » et au « cœur obstiné » qui s’en désintéresse. Jésus se chauffera du même bois et cela le mènera jusqu’à la croix, mais, pour l’instant, il n’insiste pas. Chaque chose en son temps.

II – Application
Dans cette visite de Jésus à Nazareth, on a ce matin une belle scène vivante et très près de nous. On peut s’identifier à Jésus qui revient chez lui et comprendre que le contact avec les proches à qui on se confie dans ce qui nous fait vivre comme le fait Jésus n’est pas toujours facile.
Des amis chrétiens qui sont très impliqués dans leur foi, qui exercent diverses professions et métiers et qui se rencontrent une fois par semaine pour se ressourcer m’ont raconté leur façon de faire au travail et ou dans des rencontres sociales. Pour dire leur foi, par exemple, ils soulignent un lundi matin qu’ils ont été à la messe en fin de semaine ou encore qu’ils vont faire suivre la catéchèse à leur fils ou à leur fille, par exemple etc.
La réaction de leurs amis leur permettra de doser leur annonce de l’évangile. Ils ont trois façons qui correspondent à la lumière rouge ou jaune ou verte, disent-ils, dépendant des réactions des personnes avec qui elles parlent. Dans certains cas, on en restera au neutre – c’est la lumière rouge – en attendant une autre occasion pour parler de la foi. Dans d’autres cas, on verra une avance possible mais sans trop d’intérêt, on se contentera alors de continuer un peu sur le sujet – c’est la lumière jaune – mais sans aller plus loin. Enfin dans d’autres cas, ce sera l’occasion de parler plus à fond de ce qui les fait vivre – c’est la lumière verte – et ainsi de témoigner de l’Évangile et de devenir des disciples-missionnaires comme le souhaite le pape François.

Conclusion
Cet épisode de la visite de Jésus dans son village de Nazareth est pour nous l’occasion de reconnaitre que son enseignement vient de Dieu. Il est l’Envoyé de Dieu parmi nous. C’est pourquoi, nous pouvons le suivre avec confiance malgré les questionnements, les doutes parfois qui nous envahissent, car il n’est pas facile aujourd’hui d’affirmer qu’on est croyants et disciples de Jésus.
Que cette Messe nous aide à être de plus en plus convaincus de ce que nous avons reçu en étant baptisés dans la foi en Jésus-Christ vivant et ressuscité. On voit Jésus ici ce matin parcourant les chemins des villages de Galilée. Il parcourt encore nos chemins et il nous dit le même message à savoir que Dieu a tellement aimé le monde qu’Il nous a donné son Fils unique pour que nous ayons la vie éternelle (cf. Jean 6, 12).

C’est ce que je vous souhaite à toutes et à tous.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

 

HOMÉLIE POUR LE 13E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « JE TE LE DIS, LÈVE-TOI! »

29 juin, 2018

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Jesus et la fille de Jaïre

HOMÉLIE POUR LE 13E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « JE TE LE DIS, LÈVE-TOI! »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 1 juillet 2018 Année B. Homélie à la Chapelle du Lac Poulin et de la Chapelle du Lac Raquette par Mgr Hermann Giguère P.H., du Séminaire de Québec, recteur de ces dessertes. Textes: Sagesse 1, 13-15 ; 2, 23-24, 2 Corinthiens 8, 7.9.13-15 et Marc 5, 21-43.

Quelles scènes, dignes d’une vidéo qui ferait fureur sur Facebook, j’en suis sûr. Mais au-delà du caractère spectaculaire de ces deux guérisons, il y a un message plus important. En effet, saint Marc dans son évangile qui s’adresse aux premiers chrétiens, en leur racontant la vie de Jésus, désire ici leur montrer que le Jésus que les apôtres ont connu, qu’ils ont touché, avec qui ils ont mangé est non seulement un prédicateur recherché, mais aussi il répand et donne la vie autour de lui comme Dieu le fait depuis toujours. Voilà le message à retenir ce matin.

I – La scène
Pour illustrer ce message saint Marc nous raconte deux épisodes révélateurs avec des gens bien en chair et en os qui sont comme les acteurs de notre vidéo : Jésus, un père éploré, une vieille femme découragée et une jeune fille disparue trop vite.
Reprenons-les dans l’ordre.
Jésus : il est ici en plein ministère. Il revient de l’autre côté de la mer de Galilée, du pays des Géraséniens. Cette région se trouve aujourd’hui en Jordanie. Il retrouve sa région familière de ce côté-ci du lac en Israël maintenant pas loin de Capharnaüm. Il est entouré de gens de toutes sortes qui l’accueillent et qui se pressent autour de lui. Son ministère qui dure depuis quelque temps commence à porter fruit. Il attire de plus en plus de monde. Jésus enseigne. Il passe son message, mais aussi il montre par ses gestes, ses miracles, qu’il a une relation particulière avec Dieu. C’est ce qu’il fait ici avec cette vieille dame et cette jeune fille.
Le père éploré : c’est un chef religieux, il s’occupe de la synagogue où se fait la prière des Juifs. Il est aussi un bon père de famille. Il ne sait plus quoi faire pour sa fille qui parait avoir rendu l’âme. Comme d’autres il se tourne vers Jésus. Il le supplie avec une foi totale de venir la guérir.
La vieille femme découragée : celle-ci souffre dans corps depuis 12 ans. Quelle épreuve ! Elle a tout essayé pour soulager son mal. Rien n’y fait, elle n’en peut plus. Elle a entendu parler de Jésus et se dit « si jamais je peux lui parler ou même seulement toucher son vêtement peut-être que ce sera la fin de mon épreuve » car elle perçoit que Jésus a un côté divin, hors du commun des mortels. Elle se glisse dans la foule en poussant et en forçant son chemin jusqu’à Jésus dont elle touche le vêtement.
La jeune fille : elle est étendue sans vie apparente. Comment est-ce arrivé ? Nul ne le sait même pas son père. Elle ne dit rien, mais elle sera l’objet d’une tendresse de Jésus à nulle autre pareille

II – L’action
Une fois le décor planté, regardons qu’est-ce qui se passe dans cette vidéo.
L’action se concentre autour des gestes et des paroles de Jésus.
Avec le chef de la synagogue qui apprend que sa fille est morte, Jésus prend l’initiative de répondre à la demande qu’il lui avait faite. Il va chez lui avec Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. « Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : ’Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort ‘ ». Et il lui prend la main et le miracle se produit. Elle se lève. Elle revient à la vie à la surprise de tous.
Dans le cas de la vieille femme, Jésus, après s’être senti touché par quelqu’un, intervient en demandant qui c’est. On lui répond qu’il y a tellement de monde que ça peut être n’importe qui. Pourtant Jésus sait que c’est la vielle femme malade, car il connaît sa foi en lui par qui Dieu répand la vie. Et il lui dit « Ma fille ta foi t’a sauvée ». Et elle est guérie sur le champ.

III – La leçon
Ces deux faits qui prennent place dans la prédication de Jésus sont rapportés par saint Marc dans un but particulier. En racontant ces deux faits, il veut qu’on retienne que Jésus en répondant aux demandes de ces deux personnes, par les deux miracles, se présente comme l’Envoyé de Dieu, Dispensateur de la vie, comme celui qui vient de Dieu pour donner la vie dans le monde.
Le message qu’il y a dans ces deux guérisons est clair, c’est que notre Dieu n’est pas du côté de la mort et du mal. Il est pour la vie. La première lecture tirée du Livre de la Sagesse, attribué à Salomon et écrit deux cent ans avant Jésus, le disait déjà dans ces mots : « Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie ».
Ce message est présenté ici dans un décor particulier qui pourrait risquer de nous arrêter sur les détails de l’intervention de Jésus, sur son côté miraculeux, mais justement ces détails sont là pour nous dire que Jésus n’est pas un homme comme les autres. À travers lui, Dieu se manifeste de façon extraordinaire et répand la vie à ceux et celles qui croient en lui. C’est le cas de Jaïre, le père de la jeune fille, ainsi que de la vieille dame qui sont pour nous des modèles de foi totale en Jésus.
Regardez Jaïre. Lorsque Jésus répond à sa demande de venir chez lui pour voir sa fille qui est mal en point, il l’invite à un acte de foi totale. « Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : ‘ Ne crains pas, crois seulement’ ». Quant à la vieille dame, Jésus lui dit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal ».
Dans les deux cas, on le voit, c’est la foi qui amorce la guérison, qui permet à Dieu de se manifester à travers Jésus comme le Dispensateur de la vie. Quel beau message ce dimanche-ci ! Jésus nous manifeste que Dieu donne la vie en abondance à ceux et celles qui se tournent vers Lui avec foi, car « tout est possible à Dieu ». (Marc 10, 27)
Nous sommes des hommes et des femmes qui croient que la vie triomphe de la mort, des hommes et des femmes qui ne se laissent jamais écrasés, des hommes et des femmes qui mettent leur confiance en Celui qui est le Dispensateur de la vie et qui ainsi luttent et œuvrent de diverses façons pour que les forces de vie triomphent sur les forces de mort dans le monde, dans nos familles, autour de nous et en nous.

Conclusion
Que notre été rempli de rencontres, de promenades, de soirées entre parents et amis soit l’occasion de rendre grâces à Dieu pour le don de la vie qui se manifeste en nous, dans nos enfants, dans nos activités de toutes sortes. « Tout ce que vous faites : manger, boire, ou toute autre action, faites-le pour la gloire de Dieu » dit saint Paul aux chrétiens et chrétiennes de l’Église de Corinthe (I Corinthiens 10, 31).
Nous le faisons dans cette Eucharistie qui est l’action de grâces par excellence avec Jésus le Dispensateur de vie et notre chemin vers Dieu car il est, comme il l’a dit, le Chemin, la Vérité et la Vie (Jean 14, 6).

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

 

HOMÉLIE POUR LE 11E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « IL Y A PLEIN DE VIE DEDANS »

15 juin, 2018

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récolte dans le plaine de Catania (Sicilia)

HOMÉLIE POUR LE 11E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « IL Y A PLEIN DE VIE DEDANS »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 17 juin 2018 Année B. Homélie à la Chapelle du Lac Poulin par Mgr Hermann Giguère P.H., du Séminaire de Québec, recteur de cette desserte. Textes: Ezékiel 17, 22-24, 2 Corinthiens 5, 6-10 et Marc 4, 26-34.

« Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier. » Voilà comment Jésus prêchait. Il nous est resté un grand nombre de paraboles qui sont, comme vous le savez, des histoires ou des comparaisons qui nous donnent un message. Ce message est ce qui a inspiré les disciples de Jésus et qui peut encore nous inspirer, nous les disciples d’aujourd’hui.
Nous trouvons dans l’évangile de saint Marc un bon nombre de paraboles. Nous commençons ce matin avec deux de celles-ci. Les images sont parlantes, Essayons, si vous le voulez bien, d’en comprendre le message.

I – Le Règne de Dieu
Commençons par voir sur quel sujet portent ces deux paraboles. Jésus est clair là-dessus. « Parlant à la foule, Jésus disait : Il en est du Règne de Dieu comme… » Il disait encore :« À quoi allons-nous comparer le Règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? »
Vous voyez, le but des deux paraboles est de nous donner un message concernant le Règne de Dieu.
Un petit mot tout d’abord sur le terme « Règne de Dieu ». Souvent on a le terme « Royaume de Dieu » à la place de « Règne de Dieu ». Les deux termes nous renvoient à la volonté de Dieu qui désire faire partager sa vie et son amour avec l’humanité. Nous le demandons chaque fois que nous disons le Notre Père : « Notre Père qui est aux cieux…Que ton Règne vienne. »
La nouvelle traduction de la Bible que la liturgie utilise a préféré le terme « Règne de Dieu » à celui de « Royaume de Dieu » pour montrer que celui-ci n’est pas limité par des cadres géographiques ou dans le temps comme les royaumes humains. C’est pourquoi, Jésus a dit « Mon Royaume n’est pas de monde» devant Pilate qui lui posait la question « Es-tu roi? » (Jean 18, 36).
Voyons maintenant comment les paraboles de ce matin nous aident à mieux comprendre ce qu’est le Règne de Dieu ou le Royaume de Dieu.

II- La « pointe » des paraboles
Toute parabole disait mon professeur d’Écriture Sainte au Grand Séminaire a une « pointe » c’est-à-dire une visée bien précise. Ici dans nos deux paraboles, cette visée est évidente. Ce qui intéresse Jésus dans les images qu’il emploie, c’est la vie qu’il y a dans la semence ou dans le grain de moutarde, une vie qui ne se voit pas de prime abord, mais qui est là. Comme disait le Petit Prince dans le conte d’Antoine de Saint-Exupéry « On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux. ».
Jésus insiste pour faire comprendre que même si le semeur ne s’occupe pas de sa semence, celle-ci se développe. Jésus reconnaît la même chose dans le cas du grain de moutarde qui va grandir et produire des fruits.
Dans une autre parabole, la parabole du semeur (Mathieu 13, 1-23), Jésus insistera pour montrer que toute semence a besoin de soin pour se développer, ce que savent tous les jardiniers. Ici, en parlant de semence ou du plant de moutarde, sans mettre de côté le besoin de soin pour leur croissance, Jésus insiste sur le fait qu’il y a à l’intérieur de la semence et du grain de moutarde toute une vie qui échappe au premier regard, mais qui est pleine de possibilités de toutes sortes.
Cela est un message des plus encourageants pour nous, car il dit que le Règne de Dieu ou le Royaume de Dieu a en lui toute la force nécessaire pour se développer. Nous sommes invités à le reconnaitre et à le croire fermement dans la foi. Si nous nous contentons d’un regard purement humain, ce Règne de Dieu semble bien malmené aujourd’hui, et pourtant, la vie de Dieu est là dans notre monde et elle est la semence dont il a besoin.

III – Application
Pour notre bénéfice personnel, on pourrait résumer le message de l’évangile d’aujourd’hui par trois mots : vie, croissance et fruits.
Le Règne de Dieu ou le Royaume de Dieu est vie, c’est-à-dire une réalité spirituelle qui ne se voit pas, mais qui est très agissante. Cette vie est la vie de Dieu en nous. Avec Jésus Ressuscité nous appartenons à Dieu qui nous remplit de sa vie par le Baptême. Voilà notre foi.
Le Règne de Dieu ou le Royaume de Dieu comme toute vie est en croissance continuelle. Il grandit et se développe. « Regardez le plant de moutarde » dit Jésus. Il aurait pu dire « Regardez vos enfants ». Ceux-ci tout petits ont reçu de leurs parents la vie qui est en eux ou en elles. Cette vie prendra un certain temps à se manifester pleinement. Elle les accompagnera au fil des ans et produira de beaux fruits.
« De beaux fruits » c’est le troisième mot à retenir pour le message de l’évangile d’aujourd’hui. La première lecture prend une autre image pour le dire en comparant le peuple hébreu à une tige de cèdre du Liban qui devient à son tour un cèdre magnifique. On peut souhaiter comme les parents avec leurs enfants voir ces fruits de nos yeux. C’est au Seigneur d’en décider. Nous, nous sommes invités à faire confiance et à marcher dans la foi. « Tant que nous demeurons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision » comme le dit si bien saint Paul dans la deuxième lecture.

Conclusion
Que notre messe aujourd’hui soit l’occasion de nous en remettre au Seigneur dans un acte de foi en la force et la puissance de la vie qu’il met dans le monde, en nous et dans l’Église.
Son Règne est arrivé en Jésus qui l’a inauguré par sa Mort et sa Résurrection, mais il est encore comme une semence. On pourrait lui appliquer la parole célèbre de Félix Leclerc qu’il applique à la mort lorsqu’il dit « C’est plein de vie dedans ».
Nous accueillons cette semence dans la foi, et nous prions en disant avec cœur « Que ton règne vienne! ».
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 10E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « UN COMBAT JAMAIS FINI »

8 juin, 2018

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-10e-dimanche-du-temps-ordinaire-Annee-B-Un-combat-jamais-fini_a838.html

imm fr Mc-3-31-35

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HOMÉLIE POUR LE 10E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « UN COMBAT JAMAIS FINI »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 10 juin 2018 Année B. Textes: Genèse 3, 9-15,2 Corinthiens 4, 13 – 5, 1 et Marc 3, 20-35 .

Vous remarquerez que le président de la célébration porte une chasuble verte. La couleur verte, synonyme d’espérance, nous accompagnera pour le reste de l’année liturgique jusqu’à l’Avent 2018.
Les dimanches se succéderont avec, dans chaque cas, des textes de la Parole de Dieu qui nous permettront d’approfondir notre foi et notre rencontre de Jésus Ressuscité. En général, la première lecture et celle de l’évangile nous donnent le thème de notre réflexion. C’est le cas aujourd’hui.
Ce matin, les lectures mettent devant nos yeux une réalité assez dure, mais constante dans la Parole de Dieu et dans l’enseignement de Jésus. Cette réalité est celle du combat, de la lutte contre les forces du mal à l’œuvre dans le monde et dans nos vies. Voilà le fil conducteur que nous suivrons. Je l’éclairerai avec la première lecture où Adam est en scène et avec les réflexions de Jésus sur Satan, le leader des forces du mal qu’il nomme Belzébul, et sur le péché contre l’Esprit Saint. Nous laisserons de côté le message sur les frères et soeurs de Jésus dont il est question à la fin de l’évangile.
I – Le combat perdu de notre père Adam
La Bible nous présente dans la réponse d’Adam et Ève aux sollicitations du Serpent une forme de réponse à la question « D’où vient le mal ? ». Une question qui touche tout le monde et qui est aussi une question qui de tout temps a été posée par les générations qui se sont succédé.
Toute une question, me direz-vous. Ce n’est pas ici que j’y répondrai en détail, mais je ne puis l’éviter puisque le récit de la Genèse nous apporte une explication qui a nourri la foi des Hébreux dans l’Ancien Testament et qui nourrit encore notre foi aujourd’hui.
En deux mots : le mal qui est en nous ne vient pas de Dieu. Il est entré en nous par un choix libre de notre père Adam. Ce choix a obscurci la beauté de la nature créée par Dieu et a mis une ombre réelle dans la vie de ses créatures qui se retrouvent ainsi forcées de le combattre à répétition.
On voit dans notre lecture que le péché d’Adam et Ève entraîne un changement qui est comme une peine qu’ils doivent porter et qu’ils transmettent à leurs descendants et descendantes nous dit notre foi. Saint Augustin a fait de cette réalité la base de sa théologie et de sa prédication.
Pour nous disciples de Jésus, on retient ce que saint Paul dit aux Romains : « En effet, de même que par la désobéissance d’un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle rendue juste ». (Romains 5, 19) Le mal est entré dans le monde par un seul et il est vaincu par un seul, le Christ. Le rôle de Sauveur de Jésus ne se comprend qui si on porte notre regard sur cette réalité du mal et de son origine. Face à la présence du mal, nous sommes invités à reconnaître en Jésus Ressuscité celui qui est plus fort que le mal et qui vient nous en libérer.
II – Les forces du mal à l’œuvre
Dans l’évangile de ce jour, la discussion que Jésus a avec les pharisiens, nous permet de faire un pas de plus et manifeste que le mal n’est pas seulement en nous par notre choix. Il est aussi l’œuvre du Malin, de Satan, de Belzébul. Le mal provient alors d’une cause extérieure à nous. Il se propage par toutes sortes d’artifices. Satan met à l’œuvre des forces mystérieuses qui s’en font les moteurs.
Jésus apparaît ici comme celui qui est capable de les reconnaitre. C’est pourquoi, il les dénonce et les confronte. Il est ainsi présenté par saint Marc comme le vainqueur de Satan. Jésus ne se contente pas de dénoncer le mal, il l’écrase par son action, par ses miracles.
Les pharisiens reconnaissent cette puissance à l’œuvre, mais ils se trompent de cible en l’attribuant à Satan lui-même. Jésus leur répond de façon adroite que ce ne peut être le cas car ainsi Satan travaillerait contre lui-même. « C’est par la puissance de Dieu que je fais toutes ces guérisons et ces libérations » dit Jésus.
III – Le refus du salut
Il y a une libération qui paraît quasi impossible à faire. Jésus l’appelle le « péché contre l’Esprit Saint ». De quoi s’agit-il?
On peut penser qu’il s’agit ici d’un choix de vie réfléchi qui ouvre la porte au mal de façon continue et sans remords. Un choix qui s’inscrit comme un refus conscient du salut. Voilà ce que serait le péché contre l’Esprit Saint.
Il est difficile d’aller plus loin, car cette phrase de Jésus reste mystérieuse. Elle se veut toutefois une mise en garde qui a un côté dramatique et une interpellation à enregistrer dans notre mémoire.
Bien sûr la miséricorde de Dieu ne souffre pas de limites, mais ici Jésus laisse entendre que cette miséricorde peut trouver un tel refus qu’elle cesse d’être active et laisse la personne à ses seules ressources humaines.
Conclusion
En terminant, retenons que le mal ne vient pas de Dieu. Les forces du mal se concrétisent dans l’action du Malin et de ses subordonnés. Mais elles restent sans effet si le sujet n’y donne pas son acquiescement.
Le parcours du mal se dessine dans la vie du monde et dans nos vies personnelles. Il est toujours là comme tapi derrière la porte, prêt à se manifester. C’est ce qui arrive trop souvent.
Dans la nouvelle version du Notre Père déjà utilisée en France (et qui le sera bientôt au Canada), on dit à Dieu « Ne nous laisse pas entrer en tentation » et non seulement « Ne nous soumets pas à la tentation ». Cette nuance met le doigt sur ce qui nous est nécessaire dans notre combat contre le mal : un discernement qui nous permet de reconnaître le mal lorsqu’il se pointe.
Je nous souhaite, en terminant, que Jésus soit toujours pour nous Celui vers qui nous nous tournons avec confiance. Et je vous invite à répéter souvent la prière ancienne dite Prière de Jésus « Jésus Christ. Fils de Dieu Sauveur, aie pitié de moi pécheur ».

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE DU SAINT-SACREMENT DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST (…Et voici aujourd’hui que le sang coule dans les textes bibliques…)

2 juin, 2018

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HOMÉLIE DU SAINT-SACREMENT DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST (…Et voici aujourd’hui que le sang coule dans les textes bibliques…)

Ex 24, 3-8 ; He 9, 11-15 ; Mc 14, 12-16, 22-26

Du sang dans les journaux, du sang sur nos petits écrans… Et voici aujourd’hui que le sang coule dans les textes bibliques… La première lecture nous a offert un spectacle haut en couleurs, avec un Moïse trempant son goupillon dans un bassin rempli du sang de jeunes taureaux à peine égorgés. Il en asperge généreusement l’autel, puis le peuple rassemblé. C’est plus spectaculaire et moins propre qu’une aspersion d’eau bénite. Il y a aussi le symbole traditionnel de la Pâque, avec un agneau immolé, le pain rompu, brisé , partagé, et le vin versé dans la coupe, qui évoque le sang de Jésus crucifié.
Mais c’est tous les jours qu’il y a des victimes qui répandent leur sang sur la route et les champs de bataille, dans les massacres et attentats. Le sang est signe de mort.
Or, il est tout autant image de vie et d’espérance quand il est transfusé pour soigner un malade ou sauver un mourant. Ou encore, quand il est offert pour la défense de la Patrie, pour sa foi, pour affirmer qu’il y a des valeurs plus importantes encore que la vie. Chez les peuples primitifs, le sang était déjà considéré comme porteur de vie. C’est lui qui la maintient, la transmet et la signifie. Quand deux êtres humains mêlent quelques gouttes de leur sang, comme cela se fait encore dans certaines sociétés secrètes, il s’agit d’un échange rituel, qui signifie qu’une alliance est conclue. Que la fraternité est soudée. C’est un contrat scellé dans le sang, « pour le meilleur et pour le pire ».
C’est précisément ce fondement spirituel d’une alliance que nous trouvons présent et exprimé entre Moïse et son peuple au pied du Sinaï. Une alliance que nous retrouvons à la Dernière Cène, où Jésus la présente à ses disciples. Le sang est le signe extérieur d’une alliance intérieure. Ils sont symboliquement liés, inséparablement. C’est ainsi que le rite est toujours le signe extérieur, visible, d’une réalité intérieure. Il ne s’agit donc en aucun cas de magie. Le sang des taureaux, versé sur l’autel et sur la foule, n’a aucun pouvoir, aucun effet. Il signifie. Il invite à un échange, à l’union des cœurs et des volontés. Il est comme la signature entre deux contractants. D’un côté, Dieu, symbolisé par l’autel, et de l’autre, la communauté des croyants, qui vont partager la même vie. L’essentiel, c’est évidemment l’engagement réciproque, concret. Le prophète inspiré affirme que Dieu promet de rendre vraiment libre et heureux tous ceux et celles qui l’écoutent et le suivent. Quant au peuple interpellé, il répond : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique ». C’est le contrat de l’alliance. Dieu propose, il offre, et de son côté l’être humain accueille cette Parole par la foi qui va inspirer son comportement.
C’est dans ce sens que le rite engage. Par conséquent, un rite est vide et inutile s’il ne correspond pas à l’attitude intérieure du cœur et de l’esprit. Exactement comme dans un mariage, le rite de l’échange des alliances n’a rien de magique. Il ne signifie rien s’il n’est pas le signe extérieur d’une volonté intérieure d’amour et de confiance mutuelle, « pour le meilleur et pour le pire ». Ainsi, tout au long de l’histoire d’Israël, et on pourrait le dire aussi de l’histoire de l’Eglise, on voit constamment les prophètes rappeler à cor et à cri que la beauté, la solennité des liturgies, l’abondance des rites et des sacrifices ne sont pas agréables à Dieu s’ils ne sont pas l’expression sincère d’une attitude spirituelle et morale conformes à l’alliance d’amour.
De même, quand nous disons que le Christ nous a sauvés par son sang, il ne s’agit pas pour autant d’accorder au sang un pouvoir magique. Ni croire que Dieu a exigé un sacrifice sanglant pour qu’il accorde son pardon. Ce qui est vrai, c’est que Jésus est resté totalement fidèle à sa mission, à l’amour de Dieu et à l’amour de ses frères et sœurs humains, au risque de sa vie. Mourir plutôt que de rompre l’alliance avec le Père. Rester fidèle à sa mission au risque de sa vie. Ce que nous rappelle l’évangile aujourd’hui, c’est que Jésus, avant même d’être arrêté, condamné, flagellé, crucifié, a donné à ces événements futurs mais tout proches un visage rituel. Ainsi, la nouvelle alliance pourra être proclamée, renouvelée, célébrée, et mise en pratique, jusqu’à la fin des temps…
L’eucharistie n’est donc pas un rite magique. Elle est une célébration, un rituel de l’alliance. Elle est renouvellement du contrat d’amour, qui suppose écoute, réponse et engagement. La Parole de vie est proclamée. Elle attend que nous y communions. « Tout ce que le Seigneur a dit, et tout ce qu’il a fait, nous le mettrons nous aussi en pratique ». Pain rompu, sang versé, lavement des pieds, égale être prêts, comme le Christ à servir. Encore faut-il que toutes ces démarches se doublent d’une volonté de servir Dieu et le prochain dans la vie quotidienne. Sinon, nous restons au niveau de rites extérieurs et parfaitement vains.
Recevoir ou célébrer le Corps et le Sang du Christ en toute vérité et authenticité, c’est accepter, comme le disait saint Léon le Grand, de devenir ce que nous avons entendu, devenir ce que nous avons reçu. C’est accepter aussi d’épouser les mœurs du Royaume, d’entrer dans les vues et les projets de Dieu, et donc de choisir, promettre et s’efforcer d’aimer comme lui, au risque de certaines souffrances, et parfois même de sa vie.
C’est finalement, et comme toujours, sur le terrain de la vie quotidienne qu’il nous faut mettre en pratique ce que nous avons célébré. C’est quand la célébration eucharistique est terminée qu’elle commence.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

FÊTE DE LA TRINITÉ – ANNÉE B – (L’Écriture ne fait pas de comptes)

26 mai, 2018

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FÊTE DE LA TRINITÉ – ANNÉE B – (L’Écriture ne fait pas de comptes)

Un commentaire du Père Marcel Domergue, jésuite

Les premiers chrétiens ont fait preuve de beaucoup d’audace en mettant en route la foi en la Trinité. Je dis « mettant en route », car il a fallu longtemps pour que cette foi trouve ses formules définitives. C’était aller à l’encontre du sens commun et cela semblait réinventer le polythéisme. Beaucoup de chrétiens ne pensent pas souvent à la Trinité, c’est-à-dire à Dieu lui-même. Quand nous imaginons Dieu comme une sorte de surhomme infiniment puissant, ou comme une force à laquelle rien ne peut résister, nous sommes en pleine régression vers les images spontanées et primitives du divin. Il a fallu toutes les Écritures bibliques pour nous faire passer du Dieu solitaire et monolithique au Dieu « société », communion, c’est-à-dire amour en lui-même. C’est cette générosité interne qui rend possible la création, à moins qu’on ne considère celle-ci sur le modèle artisanal du potier façonnant l’argile, image que la Bible utilise, explore et dépasse : c’est le Nouveau Testament qui nous donnera l’ultime révélation. Cependant, l’Écriture ne compte pas : jamais nous ne lisons « Dieu est trois ». La Trinité nous vient d’une réflexion des premiers siècles du christianisme.

Dieu Père, Fils, Esprit
Si nous ne trouvons pas dans nos textes « Dieu en trois personnes », par contre le Père, le Fils, l’Esprit sont souvent nommés. Citons, parmi tant d’autres textes, 1 Corinthiens 13,13, qui rassemble les trois en une seule formule : « La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit soient avec vous tous ! » Ces trois « personnes » ne font qu’un. En saint Jean, nous entendons Jésus dire et nous redire : « Le Père et moi nous sommes Un. » Jean 14,9-10 récapitule bien tous ces textes. À Philippe qui demande à Jésus de leur montrer le Père, il répond : « Tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu a vu le Père? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ?? » Quant à l’Esprit, il est le souffle même de Dieu, la réalité par laquelle il se communique. Ce qu’il soufflera aux disciples ne sera pas sa propre parole. Envoyé par le Père au nom du Christ, « il vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit ». Le Souffle porte la Parole et ne fait qu’un avec elle. Un peu comme pour nous quand nous parlons. L’envoi aux hommes du Fils et de l’Esprit de filiation est donc à la base de la réflexion ecclésiale sur la Trinité. Le « dogme » est d’abord expérience des premiers chrétiens, des premiers croyants. Disons tout de suite que le fait de compter et de dire « Il est Trois » n’est pas sans signification. L’idée que nous nous faisons de Dieu en est transformée.

Tout est relations
La source de tout ce qui existe et que nous appelons Dieu est relations. Non pas des êtres déjà existants et établissant entre eux des ponts en un deuxième temps. Non ! La « substance » de Dieu, si l’on peut dire, est relation, échange. Il en résulte que l’univers entier est, à son image, relations. Je ne pourrais jamais dire « je » s’il n’y avait en face de moi un « tu » dont je me distingue. Voilà donc la différence entre les personnes. Mais qu’en est-il de l’unité, nécessaire à notre ressemblance divine ? Eh bien, quand l’Esprit est là, tous les « Je » deviennent un « Nous » et nous ne formons qu’un seul corps construit dans nos différences. Nous-mêmes sommes relations. Ce qu’il y a dans nos muscles nous vient du soleil, des sels minéraux, de l’eau et du feu. Et tout cela nous est donné dans la relation de notre père et de notre mère. Ce qu’il y a dans notre intelligence nous vient d’abord du contact avec nos parents, puis du langage, puis de nos lectures, de l’enseignement reçu, de la culture dans laquelle nous baignons. Nous n’existons que par ces liens noués avec les autres. Pour Dieu, nous disons Père, Fils, Esprit. Répétons que ces mots ne doivent pas être pris dans leur sens habituel : ils dépassent infiniment tout ce dont nous avons l’expérience.

HOMÉLIE DE LA PENTECÔTE, B

18 mai, 2018

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HOMÉLIE DE LA PENTECÔTE, B

Ac 2, 1-11 ; Ga 5, 16-25 ; Jn 20, 19-23 ou Jn 15, 26-27 ; 16,12-15

Les chrétiens ont une vocation de polyglottes. C’est ce que semble affirmer Luc dans le reportage très imagé et symbolique qu’il fait de la naissance de l’Eglise. Une bruyante activité, une succession de miracles et toute la gamme des sentiments humains qui vont de la stupéfaction à l’émerveillement. C’est Babel à l’envers. Et il ne s’agit pas d’un conte de fées ni d’un récit pour enfants.
Les textes proposés comme antiennes d’ouverture nous aident à déchiffrer le message et à comprendre l’événement. La source d’abord : « L’Esprit du Seigneur… c’est se faire comprendre des hommes et des femmes de toutes langues ». Le fruit de la conversion et de la communion à Dieu ensuite : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par son Esprit qui habite en nous ».
Ainsi, dans le royaume de Dieu, la langue universelle est celle de la charité. Le message d’amour jaillissant éternellement de la fontaine divine transite par le cœur des croyants pour atteindre « toutes les nations qui sont sous le ciel ». Alors que les cultures, races, couleurs et langues, sont si souvent causes de divisions et d’oppositions, œuvres de la chair, voici que l’Esprit unifie et rassemble. Un monde nouveau, des créatures nouvelles.
Le souffle de Dieu est créateur. « Tu envoies ton souffle, chante le psaume 103, ils sont créés. Tu renouvelles la face de la terre ». Quand le courant de la vie de Dieu envahit l’être humain, quand la communion s’établit entre le don et celui qui l’accueille, comment le décrire sinon par « un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent ». Vent brûlant qui dessèche les herbes folles et cautérise les blessures. Souffle puissant qui secoue les endormis et transforme en apôtres audacieux les disciples paralysés par la peur.
Comment ne pas faire nôtre ce cri d’espérance et d’enthousiasme choisi ce dimanche comme acclamation de l’Evangile : « Viens Esprit Saint ! Pénètre le cœur de tes fidèles ! Qu’ils soient brûlés au feu de ton amour ! ».
L’Esprit donne sens à la vie. Le véritable sens. L’Esprit est un souffle libérateur. Il brise le carcan de l’égoïsme, balaye les étroitesses et les aveuglements de la lettre. Il nous arrache au superficiel et nous fait goûter l’ivresse des profondeurs.
Arbre d’amour dont les racines plongent dans l’intimité de Dieu et se nourrissent de la communion divine, il n’y a pas d’autre fruit que l’amour… mais un amour dont les mille facettes sont autant d’éblouissantes merveilles. Un fruit unique, mais de multiples saveurs qui portent des noms dont on rêve. L’amour, en effet, est joie et paix. Il est aussi patience et bonté, foi et bienveillance, douceur et maîtrise de soi, comme le précise Paul.
Avec un tel éventail de richesses de cœur et d’esprit, « il n’y a pas de loi », ajoute l’apôtre, car « si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes plus soumis à la loi ».
Cependant, cette totale liberté, cette libération de tout l’être, est aussi lente croissance et long cheminement pour que l’Esprit puisse pénétrer jusqu’aux dernières fibres de notre être… La longue marche du désert ne peut éviter les pièges et les assauts des « œuvres de la chair ». Les dangers les plus graves et les plus menaçants sont encore pour nous aujourd’hui, comme pour nos ancêtres dans la foi, l’idolâtrie et les récupérations idéologiques, les « rivalités, discordes, colères, envie… », qui nous font retourner à Babel et piétiner le fruit de l’Esprit.
Chaque eucharistie est Pentecôte, même si nous avons verrouillé les portes de notre cœur, même si nous sommes accablés par les obstacles de la route, la lassitude ou le découragement. Jésus vient au milieu de nous et nous dit aujourd’hui encore : « La paix soit avec vous ! » Dans l’eucharistie, nous voici nourris de la Parole et du Pain. Là aussi nous recevrons son Souffle qui est esprit d’amour… Et nous serons envoyés pour que tous puissent parler et se faire comprendre avec la langue unique du royaume nouveau.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE POUR L’ASCENSION DU SEIGNEUR (ANNÉE B) « ENLEVÉ AU CIEL ET ASSIS À LA DROITE DE DIEU »

11 mai, 2018

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(désolé pour le retard, pour moi l’Ascension est dimanche prochain)

HOMÉLIE POUR L’ASCENSION DU SEIGNEUR (ANNÉE B) « ENLEVÉ AU CIEL ET ASSIS À LA DROITE DE DIEU »

Homélie pour l’Ascension du Seigneur Année B le 10 mai 2018 (ou le dimanche 13 mai 2018 dans certains pays, comme le Canada) par Mgr Hermann Giguère P. H., Séminaire de Québec. Textes : Actes des Apôtres 1, 1-11, Éphésiens 4, 1-13 et Marc 16, 15-20.

Aujourd’hui nous célébrons l’Ascension du Seigneur. Cette solennité liturgique s’inscrit dans la suite de la fête de Pâques. Elle marque le départ de Jésus qui dorénavant ne sera plus avec ses disciples comme il l’a été auparavant. Relisons ensemble ce qui nous est présenté ce matin concernant ce mystère de l’Ascension dans l’évangile et dans la première lecture.

I – Le récit de l’Ascension
Le récit de l’évangile de saint Marc est très bref. Il résume le tout en quelques lignes que je vous relis : « Le Seigneur Jésus, est-il écrit, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. » C’est tout.
Quant à saint Luc, dans la première lecture, il est plus loquace. Son récit situe l’épisode quarante jours après Pâques. C’est ce qui explique que la fête de l’Ascension est placée le jeudi de la 6e semaine après Pâques. En certains endroits, cependant, comme au Canada, la fête est reportée de quelques jours pour être célébrée le dimanche suivant.
Saint Luc dans son récit nous montre les disciples réunis autour de Jésus dans un repas où celui-ci leur explique que son départ leur ouvrira un espace nouveau où ils seront les protagonistes de l’annonce du Royaume : « Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre ». Il s’efface et leur promet l’assistance de l’Esprit Saint pour cette mission.
C’est une des plus belles leçons qu’on peut retenir du mystère de l’Ascension, à savoir que le départ et l’absence de Jésus ouvrent la porte à une nouvelle présence qui se continuera tout au long des siècles. Ce sont désormais les disciples qui sont les hérauts, les messagers de la Bonne Nouvelle.

II – L’envoi des disciples
C’est ce que l’évangile de saint Marc s’emploie à développer en s’adressant aux chrétiens des débuts. Après avoir dit que Jésus a été enlevé et s’est assis à la droite de Dieu, il rappelle comment les disciples ont répondu à l’appel du Maître : « Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile c’est-à-dire la Bonne Nouvelle ». L’évangile de saint Marc se termine ainsi car il avait comme fil conducteur la Bonne Nouvelle qu’est Jésus et son message. En effet, dès les premiers versets saint Marc présente son récit comme l’annonce de la Bonne Nouvelle. Il débute par ces mots : « Commencement de l’Évangile – la Bonne Nouvelle – de Jésus, Christ, Fils de Dieu ». Le départ de Jésus ne change rien à cette annonce de l’Évangile, la Bonne Nouvelle. Ce qui est différent c’est que Jésus disparaît des yeux des disciples, mais il sera toujours avec eux.
Ils pourront le constater par les signes qui sont énumérés ici. « En mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. » Cette liste apparaît plutôt insolite à nos oreilles. Mais elle ne peut être mise de côté. Car c’est par les signes que se révèle la présence du Ressuscité. Les signes sont une forme d’enseignement sur lui, sur ce qu’il est, sur sa mission et sur son message. Ceux qui sont énumérés ici visent avant tout à manifester qu’en Jésus éclate la puissance de Dieu. Ils sortent de l’ordinaire par leur caractère miraculeux pour nous faire comprendre qu’en Jésus, Dieu agit au-delà de nos attentes et nos vues purement humaines.
Si on regardait avec foi autour de nous aujourd’hui, on reconnaîtrait des signes semblables adaptés à nos conditions de vie présentes. Ces signes d’aujourd’hui se concentreraient alors autour de la miséricorde et de la compassion. C’est du moins l’essentiel de l’enseignement du pape François qui ne cesse de le répéter. Sans mettre de côté les signes plus extraordinaires, très prisés chez nos frères et sœurs évangéliques, force nous est de constater que nos contemporains sont plus rejoints par les gestes de miséricorde, de compassion, d’entraide, de luttes pour la justice que par les guérisons de maladies de toutes sortes dont la médecine peut prendre soin. Voilà où regarder pour voir les nouveaux signes qui disent la présence toujours vivante de Jésus monté au ciel et assis à la droite de Dieu.

III – Application
Ces considérations que la fête de l’Ascension m’a inspirées me paraissent stimulantes pour notre vie chrétienne. Le départ de Jésus lors de l’Ascension marque le début d’une absence qui ouvre une porte toute grande à la démarche de ceux et celles qui le suivent. C’est à eux et à elles que revient la tâche de le rendre présent. Par leurs rassemblements, par leur écoute de sa Parole, par le partage de son Corps, ils deviennent eux-mêmes des signes de sa présence. On chante avec raison en s’inspirant de saint Paul « Vous êtes le Corps du Christ, vous êtes le Sang du Christ, alors, qu’avez-vous fait de lui? » ( Couplet du chant Je cherche le visage de John Littleton ).
Plutôt que d’imaginer l’Ascension comme la fin d’une belle histoire, nous sommes invités à voir ce mystère comme le début d’une grande histoire, d’un long périple dont nous sommes les participants et les participantes. C’est l’histoire de l’Église qui commence, une histoire aux multiples renversements, remplie de beautés, mais aussi de laideurs, une histoire de saintetés mais aussi de méchancetés. Et pourtant, Jésus prend le risque de quitter les siens définitivement en leur laissant le soin de le rendre présent autour d’eux et dans l’histoire.
Quelle belle mission pour nous aujourd’hui ! Nous nous demandons souvent, devant la situation de la foi chrétienne dans les sociétés industrialisées comme les nôtres, s’il est encore possible de rencontrer Jésus. La réponse est oui. Il est là par toi ou par moi qui rend témoignage par sa vie et ses engagements qu’il est toujours vivant

Conclusion
La célébration de l’Eucharistie est pour nous le lieu indispensable de la rencontre de Jésus enlevé au ciel et assis à la droite tu Père. Lorsque nous célébrons ensemble, il est là avec nous toujours vivant intercédant et nous unissant à lui dans la liturgie céleste autour de Dieu à laquelle nous sommes tous et toutes conviés pour l’éternité (cf. Hébreux 7, 25).
Faisons maintenant notre profession de foi et disons avec cœur aujourd’hui : « Je crois en Jésus-Christ… qui est monté aux cieux et qui est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant d’où il viendra juger les vivants et les morts ! »
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

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