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HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « SOYEZ DANS LA JOIE »

14 décembre, 2018

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Jean Baptiste

HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « SOYEZ DANS LA JOIE »

On appelle ce 3e dimanche de l’Avent le « Dimanche de la joie » à cause de ces paroles. Les lectures de la Parole de Dieu retenues pour ce dimanche proclament ce message : « Soyez dans la joie et exultez ». « Exulter » est le mot retenu avec à propos pour ce 3e dimanche de l’Avent dans la thématique générale pour le temps de l’Avent en 2018 « Que devons-nous faire ? » suggérée par le Prions en Église canadien.

I – La vraie joie
La liturgie d’aujourd’hui présente une image de la joie qui n’est pas n’importe quelle joie, c’est celle qui vient de l’attente d’un Sauveur promis. Cette joie ne se réfère pas aux besoins immédiats tels que, par exemple, manger, boire, avoir un toit, mais elle s’ouvre sur un projet qui est celui que Dieu a pour son peuple. Elle sort le disciple de son monde limité pour le faire entrer dans celui du Salut donné par Dieu au monde. C’est ce que dit le prophète Sophonie dans ce beau texte que nous venons de lire :

« Le Seigneur ton Dieu est en toi,
c’est lui, le héros qui apporte le salut.
Il aura en toi sa joie et son allégresse,
il te renouvellera par son amour ;
il exultera pour toi et se réjouira,
comme aux jours de fête. »

Vous voyez que la joie des disciples ne leur appartient pas en propre. Elle est la joie même de Dieu qui est en eux. Il est en toi, il a en toi sa joie et son allégresse comme le dit si bien le prophète.
Retenons que le chemin de la joie chrétienne que saint Paul vante et à laquelle peuvent s’appliquer les mots du prophète Sophonie est celui d’une obéissance à la volonté de Dieu qui remplit tout l’être de la personne et qui la rend accordée au vouloir divin, au Dessein d’amour de Dieu pour ses enfants.
II – Le chemin de la joie : la conversion
C’est ce que Jean-Baptiste propose à ceux qui l’écoutent et lui demandent quoi faire de leur vie. Jean-Baptiste leur répond de se concentrer sur leur vie de tous les jours pour y reconnaître la volonté de Dieu, car c’est dans leur vie quotidienne, dans leur devoir d’état, qu’il est présent en tout temps. À ceux qui lui demandent « Que devons-nous faire ? » il dit : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! ». Aux administrateurs (ici les collecteurs d’impôt) il dit « soyez de bons administrateurs » : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. », puis aux soldats « soyez de bons soldats » : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde ».
À chacun et à chacune de nous, Jean-Baptiste dirait à peu près ceci: « Sois une bon père ou un bonne mère pour tes enfants, sois un employé soucieux des autres, sois un bénévole généreux de son temps, sois celui ou celle qui reconnaît l’amour de Dieu pour toi, sois une jeune personne ouverte au défis d’aujourd’hui qui n’a pas peur de dire ce qu’elle croit, tâche de voir le Christ dans toute personne que tu rencontres et apprends à l’aimer… etc. »
Pour répondre à la volonté de Dieu sur nous, il est important de prendre une décision personnelle, c’est pourquoi Jean-Baptiste invite toutes les personnes qui l’écoutent sur les bords du Jourdain à manifester leur réel désir de conversion, de réponse aux appels de Dieu, en s’avançant dans les eaux du Jourdain pour être purifiés par l’eau qu’il verse sur eux. C’est de là que vient son surnom le « Baptiste » littéralement le « Baptiseur». Et il leur dit lorsqu’elles sortent de l’eau : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ».
Demandons au Seigneur ce baptême dans l’Esprit que Jean-Baptiste annonce. Sans un désir de conversion profond, la fidélité à la volonté de Dieu qui est le chemin de la joie n’a pas de racine. Inspirons-nous de l’exemple de saint François d’Assise qui priait ainsi devant le crucifix à San Damiano : « Ô Dieu très grand, je vous demande de dissiper les ténèbres de mon esprit et de m’illuminer pour faire en toute chose votre sainte volonté qui ne saurait nous égarer ».
C’est dans une réponse généreuse à la volonté de Dieu sur nous que nous pourrons goûter la joie que Saint Paul souhaite aux Philippiens. « Soyez dans la joie, réjouissez-vous en toutes circonstances et rendez grâce à Dieu… Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes ».
III – Application : la joie de la foi
La suite de Jésus n’est pas un idéal hors de notre portée, mais bien plutôt une joie qui remplit tout l’être et l’épanouit et que nous pouvons laisser transparaître autour de nous. C’est ce que le pape François appelle « la joie de la foi ». Il a d’ailleurs présenté, avec conviction et avec ardeur, le programme de son pontificat sous le titre « la joie de l’évangile ». Les disciples de Jésus qui forment le peuple de Dieu sont invités par le pape François à se débarrasser de leur mine attristée pour donner une image de nouveauté et de joie.
« Ne soyez jamais des hommes, des femmes tristes: un chrétien ne peut jamais l’être! Ne vous laissez jamais prendre par le découragement! Notre joie n’est pas une joie qui naît du fait de posséder de nombreuses choses, mais du fait d’avoir rencontré une Personne: Jésus, du fait de savoir qu’avec lui nous ne sommes jamais seuls, même dans les moments difficiles. (…) et il y en a tant! Nous accompagnons, nous suivons Jésus, mais surtout nous savons que Lui nous accompagne et nous met sur ses épaules: ici se trouve notre joie, l’espérance que nous devons porter dans notre monde. Portons à tous la joie de la foi! » (Homélie du Dimanche des Rameaux 24 mars 2013)
Notre vie de chrétiens et de chrétiennes remplie de la présence de Jésus est une vie qui n’est pas écrasante. Elle nous libère et nous donne la vraie joie de vivre, la « joie de la foi ». Dans nos vies bousculées et tourmentées parfois, nous sommes invités durant le temps de l’Avent à regarder vers le Sauveur qui est venu et qui continue de venir. Il est à près de nous. Il nous soutient et nous stimule. Il refait nos forces et nous relève au besoin. La pratique de recevoir le Sacrement du Pardon dans le temps de l’Avent va dans ce sens.
Soyons dans la joie et l’allégresse!

Conclusion
Notre Eucharistie dominicale est une action de grâces qui nous remplit de joie car nous y rencontrons celui qui nous la donne. Le mot « eucharistie » est la transcription d’un mot grec qui signifie « action de grâces, remerciement, louange ». Oui! laissons monter vers Dieu, en union avec Jésus, notre action de grâces pleine de joie en partageant le Pain et le Vin consacrés.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Séminaire de Québec
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval

 

HOMÉLIE POUR LE 1ER DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « VOICI VENIR DES JOURS »

30 novembre, 2018

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parusia  - Copia

HOMÉLIE POUR LE 1ER DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « VOICI VENIR DES JOURS »

Au début d’une nouvelle Année liturgique, c’est un message d’espérance qui nous est donné aujourd’hui. Notre regard se tourne vers l’avenir, vers un horizon qui n’est pas fermé et qui ouvre toutes les possibilités. Les textes de la Parole de Dieu vont dans ce sens.

I- Un germe est là
Dans la première lecture le prophète Jérémie utilise une belle image qui est celle d’une éclosion, d’une naissance, d’une croissance. Il parle d’un germe. Le germe est inclus dans la semence, il l’est aussi dans l’enfant qui naît, dans les efforts d’apprentissage, dans les premiers pas d’une carrière, d’un amour ou encore d’une vocation etc.
Je trouve cette image des plus adaptées pour nous faire entrer dans le cheminement que nous propose l’Église à travers la liturgie tout au cours de l’année et des temps liturgiques comme celui de l’Avent que nous commençons, de Noël, du Carême, de Pâques, de la Pentecôte et de celui qu’on appelle le temps ordinaire.
Cette image m’a remémoré un passage d’un auteur qu’un de mes professeurs au Collège de Lévis, l’abbé Réal Fortin, citait souvent. Il s’agit d’une phrase de Nicolas Boileau (1636-1711) dans L’Art poétique devenue une formule maintes fois répétée maintenant : « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ».
C’est ce que nous sommes invités à faire à chaque année qui se déroule au fil des jours avec ou sans soubresauts, mais qui nous rapproche toujours du Jour du Seigneur. Notre histoire personnelle, celle de l’Église et celle du monde sont habitées par la force et la vie du Germe que Dieu a mis au cœur de notre vie, qui est son Verbe incarné, Jésus toujours présent et vivant parmi nous, car comme le dit le Prologue de l’évangile selon saint Jean « le Verbe de Dieu a habité parmi nous » (Jean 1, 12). Alors, allons-y ! Mettons-nous en marche une nouvelle fois, remettons sur le métier notre ouvrage, pour entrer dans la suite de Jésus que l’Année liturgique nous dévoilera dans ses agissements et dans son enseignement.
II- Une révélation qui dérange
Alors, me demanderez-vous, pourquoi, en ce début du temps de l’Avent, toutes ces catastrophes et ces chambardements que raconte saint Luc nous sont-ils présentés ?
La réponse c’est que saint Luc ne prétend pas décrire l’avenir avec une précision d’historien. Il a un autre but qui est celui de stimuler les communautés chrétiennes à se laisser habiter de la présence de Jésus Sauveur ici et maintenant et de ne pas attendre à la fin. Le texte de l’évangile selon saint Luc est comme un traitement-choc. Il brasse la cage, comme on dit au Québec, pour que les gens réagissent dès maintenant.
Ainsi, avec ces images si vivantes et saisissantes, saint Luc encourage les chrétiens à rester éveillés et à prier en tout temps. Les cataclysmes annoncés ne sont pas là pour eux-mêmes. Ils sont une porte d’entrée vers un monde nouveau. Et cette entrée ne peut être retardée. Il n’est pas nécessaire d’attendre le dernier moment. C’est maintenant que le Christ vient. Dans la thématique de l’Avent 2018, « Seigneur, que devons-nous faire ? » que propose le Prions en Église canadien, la réponse pour le 1er dimanche de l’Avent est à juste titre « Veiller ».
Saint Luc veut secouer l’apathie, l’indifférence et la lassitude qui peuvent gagner les communautés. Les images fortes invitent à se réveiller, à se tenir debout, à vivre une attente ouverte de ce que le Christ apporte au monde et qu’il mènera à son terme lors de son Retour dans la gloire.
III- Le Retour du Seigneur
Dans la seconde lecture le message de saint Paul est le même. Celui-ci est très explicite. Il invite les Thessaloniciens à regarder en avant, à vivre l’attente du Seigneur dans l’espérance et dans la confiance, remplis de la présence de leur Sauveur déjà là et qui viendra définitivement un jour les prendre avec lui. Le témoignage de saint Paul fait écho à l’évangile en présentant le Retour du Christ comme très prochain.
Au moment où il écrivait cette lettre, environ 30 ans après la mort de Jésus, saint Paul s’attendait de voir le Retour du Seigneur de son vivant. Par la suite il a compris que ce Retour est un mystère qui se révélera avec le temps et il est entré dans l’essentiel de toute vie chrétienne : vivre avec le Christ ici et maintenant. Ainsi il écrira plus tard aux Galates : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ». (Galates 2, 20)
Nous sommes à l’aise avec cette nouvelle perspective de saint Paul qui nous est familière car notre attente du Retour du Christ se fait dans la foi. Nous n’en savons ni l’heure ni le moment. Nous sommes ainsi invités à devenir des chercheurs et des chercheuses de Dieu au fil des jours. C’est le message que je veux vous laisser ce matin à la suite de Saint Paul : « Restez éveillés. Les temps sont accomplis. Voici venir des jours ».

Conclusion
Efforçons-nous de suivre le mouvement de cette histoire du salut dans laquelle le Christ nous fait entrer par notre Baptême. N’ayons pas peur de remettre notre ouvrage sur le métier comme le dit si bien la citation de mon professeur de littérature au collège que je vous répète en terminant : « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ».
C’est le souhait que je fais au début de cette nouvelle Année liturgique qui va nous donner l’occasion de nous remettre devant les yeux, pour les méditer encore une fois, les mystères de la vie du Christ, de sa naissance à sa Résurrection et à son Ascension auprès de son Père. Ce faisant nous serons amenés à les vivre plus en profondeur. C’est ce que je nous souhaite, à tous et à toutes, pour cette nouvelle Année liturgique qui commence.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Séminaire de Québec
Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval

 

HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS CHRIST ROI DE L’UNIVERS ANNÉE B : « SON RÈGNE N’AURA PAS DE FIN »

23 novembre, 2018

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HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS CHRIST ROI DE L’UNIVERS ANNÉE B : « SON RÈGNE N’AURA PAS DE FIN »

Ce dimanche est consacré au Christ Roi de l’Univers. C’est le dernier dimanche de l’année liturgique. Dimanche prochain, nous commencerons une nouvelle année liturgique avec le temps de l’Avent.
Les textes proposés à notre méditation vont nous permettre d’entrer plus à fond dans ce mystère de la royauté de Jésus que celui-ci ne récuse pas lorsqu’il répond à Pilate : « C’est toi-même qui dis que je suis roi ». Jésus laisse Pilate à ses perceptions mais il en profite pour donner l’heure juste sur ce qu’est le mystère de sa royauté.
1- Une royauté, un mystère
Je viens de référer à la royauté du Christ comme à un mystère. Ce n’est pas sans raison. En effet, elle nous propulse sur un autre registre que celui des royautés humaines que nous connaissons bien comme celles des maisons royales d’Occident dont la famille royale britannique est un des exemples les plus connus ou encore comme celle des princes orientaux comme les émirs arabes ou les rois du Cambodge.
En effet, Jésus explique sa réponse à Pilate en disant : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. »
« Ma royauté n’est pas d’ici. » Voilà le mystère.
II – Un arrière-fond biblique impressionnant
En faisant cette déclaration Jésus est bien conscient qu’il est porteur d’une tradition qui plonge ses racines dans l’Alliance de Dieu avec le peuple d’Israël à qui il a donné un roi dans la personne de David, puis de Salomon suivis de nombreux autres.
Le texte de la première lecture souligne cet arrimage et cet enracinement à travers les mots du prophète Daniel qui décrit le vrai Roi d’Israël en l’appelant Fils d’homme à qui est donné « domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servir[ont]. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. »
Il ressort de ce texte que la royauté du Fils d’homme dont hérite Jésus et qu’il revendique est une royauté spirituelle qui a comme but de rassembler toute l’humanité autour de lui.
Nous sortons d’une vision limitée pour nous ouvrir sur toutes les contrées, toutes les époques, tous les êtres inanimés et tous les vivants. C’est dans cet esprit que la fête d’aujourd’hui a été désignée comme celle du Christ « Roi de l’Univers ». Rien de moins. La deuxième lecture reprend la même ligne de réflexion et n’est pas en reste. Avec l’image de l’Alpha et de l’Oméga, la première et la dernière lettre de l’alphabet grec, l’auteur du livre de l’Apocalypse montre que Dieu règne sur tout sans limites de temps et d’espace.
Retenons que la reconnaissance du mystère de la royauté du Christ a comme but premier d’affirmer que nous sommes entrés à la suite de Jésus dans un monde nouveau, un royaume éternel qui n’est pas de ce monde.
III – Retombées spirituelles
Il y a de nombreuses retombées spirituelles rattachées à ce mystère de la royauté du Christ. En voici trois pour notre méditation de ce matin.
Premièrement, reconnaître et vivre le mystère de la royauté du Christ, c’est affirmer la priorité de ce qui est spirituel et invisible pour les yeux dans la vie de foi du chrétien. Le royaume du Christ n’a pas de gardes ou de militaires pour se défendre ou se protéger. Il est un royaume spirituel qui s’établit dans le cœur des personnes d’abord et avant tout. « Mon royaume n’est pas de ce monde » dit Jésus à Pilate.
Deuxièmement, la fête du Christ Roi de l’Univers invite à garder bien vivante à notre esprit l’attraction qu’il exerce sur toute l’humanité. Il s’agit d’un royaume qui n’a pas de limites. Tous et toutes en font partie. Un royaume où les inégalités sont brisées, où les privilèges n’existent pas, où les dignités sont réglées par les Béatitudes vécues et reconnues comme la charte du Royaume : « Bienheureux les pauvres, les assoiffés de justice, les persécutés etc. »
Troisièmement, la fête du Christ Roi de l’Univers nous invite aussi à proclamer ce mystère sans pusillanimité, avec humilité bien sûr, mais avec fierté. Car il s’agit d’un mystère qui met les choses à leur place, qui affiche la suprématie du Christ sur tous les êtres comme saint Paul l’a répété souvent.
« Il est l’image du Dieu invisible, écrit-il, le premier-né, avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui. (Colossiens 1, 15-17 cf. aussi Hébreux 2, 8-9). Saint Paul ainsi affirme la puissance, la domination, la gloire du Christ qui mérite d’être célébrées. Nous le faisons à la messe d’ailleurs, en particulier en chantant le dimanche le Gloire à Dieu.
Voilà! Le Royaume du Christ est spirituel, ouvert à tous et à toutes et au-dessus de tous les êtres. On pourrait ajouter encore d’autres caractéristiques de ce mystère de la royauté du Christ, mais celles-ci sont suffisantes, je pense, pour nourrir notre méditation aujourd’hui.

Conclusion
En conclusion, j’aimerais redire notre louange au Christ Roi avec un cantique tiré du livre de l’Apocalypse au chapitre 19 et qui prend place dans la récitation ou la célébration des Vêpres le dimanche. Je vous en lis un extrait.

Célébrez notre Dieu,
serviteurs du Seigneur,
Alléluia !
vous tous qui le craignez,
les petits et les grands.
Alléluia !
Il règne, le Seigneur,
notre Dieu tout-puissant,
Alléluia !
Exultons, crions de joie,
et rendons-lui la gloire !
Alléluia !
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 33E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « LE FIGUIER QUI VERDIT »

16 novembre, 2018

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HOMÉLIE POUR LE 33E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « LE FIGUIER QUI VERDIT »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 18 novembre 2018 Année B. Textes: Daniel 12, 1-3, Hébreux 10, 11-14.18 et Marc 13, 24-32.

Les jeunes, et les moins jeunes aussi, de nos jours aiment bien regarder des vidéos ou des films qui racontent des histoires remplies de péripéties. Les effets techniques sont au rendez-vous. Ce sont les voitures qui se poursuivent, des personnages qui changent d’aspect, des mondes inconnus qui apparaissent sur les écrans etc. Ce sont bien sûr des images et on aime les regarder. Pourquoi? Pour en ressentir une émotion, pour sortir de son quotidien, pour vivre des choses nouvelles ou inconnues, que sais-je?
Ce mot d’introduction vise à nous faire mieux entrer dans les lectures que la Parole de Dieu nous propose aujourd’hui. Ces lectures, celle du prophète Daniel et celle de l’évangile selon saint Marc, sont du même genre que les vidéos ou les films dont je parlais il y un instant. Ce sont des images qui sont là pour nous faire entrer dans des émotions et dans un monde nouveau qui est celui de la révélation divine. Voir la note à la fin sur le style apocalyptique.

I – Le prophète Daniel
Commençons par le prophète Daniel. Ce qui est décrit vise la situation des juifs en ce temps-là. Ils ont persécutés par un roi qui veut les éliminer, Antiochus Épiphane vers 175 avant Jésus-Christ. Ils vivent dans la détresse. Ils sont écrasés. Certains remettent en cause leur foi. C’est une détresse qui apparaît insurmontable.
Et le message que le prophète apporte c’est qu’il y a une issue qui, même si elle n’est pas visible maintenant, sera un jour de joie et un jour de libération.
En d’autres termes, le bien triomphera du mal. La victoire est assurée. Les péripéties engagent la vie maintenant, mais au final elles ne n’empêcheront pas le bien de triompher. C’est un message que les juifs reçurent avec joie. Et leur foi fut récompensée plus tard lorsque vint Celui qu’ils attendaient, Jésus le Sauveur du monde, le Messie.
L’action de Dieu dans le monde ne se laisse jamais arrêter quoiqu’il en soit des tourmentes de l’Histoire. Elles seront toujours passagères. C’est l’amour de Dieu qui triomphera.

II – L’évangile
Cet enseignement rejoint celui de l’évangile. Les images de Jésus sont fortes. « Après une grande détresse, dit Jésus, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées ». Le monde est transformé. C’est la fin d’un monde.
Et apparaît Celui qui le renouvelle totalement : Le Fils de l’Homme, Jésus, le Christ, qui viendra « dans les nuées avec grande puissance et avec gloire ».
Pour nous faire mieux entrer dans cette nouveauté remplie d’espérance, Jésus nous donne l’image du figuier. Un arbre de Palestine qui lorsqu’il entre en dormance semble mort, alors qu’à la saison suivante les bourgeons éclatent et lui redonnent vigueur et beauté.
Il en est ainsi de ce qui est vécu par la communauté de Rome à laquelle saint Marc s’adresse dans son évangile. Au moment où il leur écrit ce récit, les chrétiens et les chrétiennes de Rome, comme les juifs du temps d’Antiochus Épiphane, connaissent eux aussi les persécutions. C’est l’époque de l’empereur Néron. Les chrétiens sont hors-la-loi et pourchassés. Les paroles de Jésus seront pour eux un soutien inestimable dans leur résistance et dans leur résilience. Non! ils ne se laisseront pas abattre, car comme le figuier ils reverront la lumière.
Oui! Encore ici, le message donné par Jésus est un message d’espoir comme celui de Daniel. Le mal a beau nous entourer, il ne triomphera pas. C’est le bien, l’amour qui aura le dernier mot. Se lèvera un monde nouveau où Dieu « essuiera toute larme de [nos] yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » (Apocalypse 21,4).

III – Application
Nous ne sommes plus « en ce temps-là » bien sûr, au temps d’Antiochus Épiphane ou de Néron , nous vivons « en ce temps-ci ». Et comme « en ce temps-là » cependant, les nuages sont importants dans le monde d’aujourd’hui. Les croyants et l’Église connaissent de durs moments : désaffectation des personnes, mise au rancart de la religion, séquelles des abus sexuels etc. pour n’en nommer que quelques-uns.
Mais l’horizon n’est pas rempli que de problèmes à résoudre avec sagesse, il nous montre aussi la place de tous ceux et celles qui témoignent dans leur vie de la présence du Fils de l’homme, le Christ, déjà là Ressuscité et vivant pour nous sauver. Même si on la voit pas extérieurement, l’action de Dieu habite ceux et celles qui se remettent à Lui avec foi comme nos devanciers des temps perturbés d’autrefois.
Les baptisés attendent le Retour du Christ dans l’espérance. Cette attente ne les sort pas des réalités présentes qu’ils vivent dans la foi. Malgré les détresses, les malheurs, les difficultés, ils ont la promesse que l’amour aura le dernier mot, que le monde nouveau viendra.
C’est vers ce monde que tous et toutes nous nous dirigeons. Il n’empêche pas de vivre dans celui-ci. Au contraire, c’est parce que nous sommes bien insérés dans celui-ci que nous pouvons, comme le figuier, voir des pousses nouvelles apparaître.
Le monde à venir est déjà commencé.

Conclusion
Quelle belle leçon et quel beau message nous sont livrés aujourd’hui à travers des images dignes des vidéos et films d’épouvante. Oui! Nous en avons l’assurance, le bien est plus fort que le mal, la vie est plus forte que la mort.
Faisons cette prière : « Seigneur Jésus, nous ne connaissons ni le jour ni l’heure de ton Retour, mais nous t’attendons et nous sommes sûrs que tes paroles ne passeront pas. Que ton Esprit nous fasse comprendre à quel point elles donnent sens aux événements de notre vie, les plus marquants comme les plus simples. À travers ceux-ci, nous apprenons l’amour du Père qui fait de toi notre Sauveur et nous désirons demeurer unis à toi maintenant et pour l’éternité ».
Soulignons en terminant que ce dimanche, le 33e dimanche du temps ordinaire avant la fête du Christ-Roi, à la demande du pape François est devenu la Journée mondiale des pauvres. La première édition de la journée mondiale des pauvres a lieu le 19 novembre 2017 et cette année elle a lieu le 18 novembre non seulement à Rome comme en 2017 mais sur les cinq continents. Ils sont 12, comme les apôtres… 12 évêques ou cardinaux issus des cinq continents, 12 successeurs des apôtres qui ont choisi d’organiser des évènements emblématiques dans leur diocèse à l’occasion de la 2e Journée mondiale des pauvres dont le cardinal Lacroix, à Québec. Le thème en 2018 est « Un pauvre crie, Dieu entend ». Proposition d’une célébration eucharistique provenant du Diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière au Québec

Amen!

HOMÉLIE POUR LE 32E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « L’OBOLE DE LA VEUVE »

9 novembre, 2018

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HOMÉLIE POUR LE 32E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « L’OBOLE DE LA VEUVE »

J’avais été frappé, lors d’un congrès religieux à la Nouvelle- Orléans, de voir à la fin du Congrès les gens qui, à l’invitation des organisateurs, remettaient des sommes qui me paraissaient importantes pour eux. En les regardant, je voyais des gens simples qui n’avaient sûrement pas de grands moyens et pourtant je voyais les billets en grand nombre qu’ils mettaient dans les sacs qu’on faisait circuler dans l’assemblée.
L’obole de la veuve, les deux pièces de monnaie qu’elle dépose dans le tronc, m’a fait penser à cette expérience. Son geste suscite notre admiration comme celui de ces personnes à la Nouvelle-Orléans. Mais si on s’arrêtait là, on manquerait quelque chose que la Parole de Dieu nous livre aujourd’hui, car celle-ci nous présente non seulement l’obole de la veuve de Jérusalem mais aussi une autre veuve au temps du prophète Élie et il y a un lien entre ces deux scènes qui nous livrent un message sur ce que Dieu attend de nous.

Cherchons ensemble quel est ce message.

I – Deux pièces de monnaie
Notons en commençant qu’il s’agit de veuves. Dans la terre d’Israël le sort des veuves était très difficile. Sans mari elles étaient comme exclues de la vie communautaire. C’est pourquoi, elles vivaient le plus souvent dans une grande pauvreté.
Elles représentent bien ainsi ce pourquoi Jésus, le Fils de Dieu, est venu dans le monde : « Sauver ce qui était perdu, apporter le don de l’amour de Dieu à tous et à toutes, mais en premier lieu aux petits et aux pauvres » (cf. Luc 19,10, Mathieu 18, 11, Marc 2, 17). Ces veuves sont l’image de nous tous et toutes.
Dans le cas de la veuve de l’évangile, le récit de saint Marc la met en parallèle avec les scribes et les pharisiens qui « dévorent les biens des veuves ». Elle ne cherche pas le paraître comme eux. Elle n’est pas dans les apparences. Elle est elle-même. Elle vit sa foi totalement. Elle va même jusqu’à prendre sur son nécessaire pour manifester la priorité de Dieu dans sa vie. Pour elle jeter un peu de monnaie n’est pas se délester d’une obligation, c’est manifester une foi à toute épreuve. Elle est le modèle de tous ceux et celles qui sont prêts à aller jusqu’au bout de ce qu’ils croient.

II – Une farine et une huile qui ne s’épuisent pas
La première veuve, celle du temps d’Élie, encouragée par le prophète Élie, accepte de prendre sur le peu qu’elle a et de laisser la puissance de Dieu agir. Elle va expérimenter alors la beauté et la largesse de l’amour de Dieu à travers la nourriture, la farine et l’huile, qui ne s’épuisera pas.
Tel est l’amour de Dieu. Il ne s’épuise jamais malgré nos limites et nos retards, nos manques d’accueil. Quelqu’un me disait un jour que l’amour des parents pour leurs enfants est comme une eau qui coule et qui coule toujours quelques que soient les circonstances. C’est ce que cette personne vivait avec ses enfants qu’elle chérissait plus que tout et qu’elle n’abandonnerait jamais quelles que soient les circonstances et même s’il n’y avait pas de retour. Il en est ainsi de l’amour de Dieu pour nous.
Le message de ce passage de l’Ancien Testament complète ici celui de l’évangile. Dans les deux cas, nous voyons deux veuves, deux êtres démunis faire une confiance totale à leur Dieu en lui remettant ce qui les fait vivre et ce qui est pour elles le nécessaire. Dans le passage de l’Ancien Testament, on voit la réponse à ce geste en action. La nourriture ne se tarit pas. Dans l’évangile, on se contente d’inviter à faire confiance en donnant tout. Mais, on peut être sûr que la réponse de Dieu sera la même : celle d’un amour qui va au-delà de ce qu’on peut imaginer et qui remplit tout l’être de la personne.

III – Application
Vous voyez que la Parole de Dieu aujourd’hui est bien actuelle pour nous. Car tout en nous assurant que l’amour de Dieu est toujours là, qu’il se déploie en chacune et en chacun de nous, elle nous rappelle que nous devons y mettre du nôtre pour lui permettre de donner des fruits concrets.
C’est notre obole, notre farine, notre huile que Dieu attend comme celles des veuves que nous a présenté la Parole de Dieu aujourd’hui. Nos offrandes sont prises dans ce que nous sommes. Ce sont nos ressources de toutes sortes comme nos biens, nos dons, nos relations etc. C’est tout notre être. Le message de la Parole de Dieu aujourd’hui est clair : nous sommes invités comme les deux veuves en cause à faire une confiance absolue en la bonté et en l’amour de Dieu, à laisser entrer en nous son Royaume.
Les gestes de ces deux deux veuves nous questionnent ce matin n’est-ce pas? Laissons ces questions monter en nous. Et demandons au Seigneur la grâce d’y répondre sans retenue et sans crainte.

Conclusion
Que cette Eucharistie où Dieu se donne totalement dans le Corps et le Sang de Jésus qui se fait notre nourriture soit notre force et nous donne l’élan nécessaire sur les chemins de notre vie et qu’elle nous accompagne vers la demeure où Dieu nous attend.
Amen!

Mgr Hermann Giguère, P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE DU 4 NOVEMBRE 2018 ANNÉE B. « Quel est le premier de tous les commandements ? »

2 novembre, 2018

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HOMÉLIE DU 4 NOVEMBRE 2018 ANNÉE B. « Quel est le premier de tous les commandements ? »

Textes: Deutéronome 6, 2-6, Hébreux 7, 23-28 et Marc 12, 28b-34.

« Quel est le premier de tous les commandements ? » Domaine public J’aimerais cela entendre Jésus me dire « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu ». Et vous? C’est ce qu’il a dit à ce scribe qui venait honnêtement chercher des lumières auprès de lui pour son cheminement de vie. Regardons cette scène très parlante pour nous, car nous sommes, je l’espère, comme ce scribe, des personnes qui cherchent Dieu. Notre recherche de Dieu, comme celle du scribe, doit s’appuyer sur des bases fermes. Celles-ci sont des incontournables qui sont rappelés ici par Jésus. I – Le premier commandement Le premier fondement de notre recherche de Dieu se doit de donner la priorité à Dieu. C’est ce que les croyants et les croyantes du peuple d’Israël avaient compris. Le texte de la première lecture le proclame avec clarté et sans équivoque : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force ». Ce « Écoute, Israël » a traversé les siècles. Il est devenu le cœur de la prière que tout juif croyant répétait le matin et le soir et que les juifs d’aujourd’hui récitent encore à chaque jour. C’est comme l’équivalent du « Notre Père » des chrétiens. On appelle cette prière le « Shema’ Israël » où le mot « Shema’ » est le mot hébreu pour dire « Écoute ». Le « Shema’ Israël » s’inspire du texte du Deutéronome que nous avons entendu dans la première lecture. Il a subi des ajouts au cours des siècles, mais son but est toujours le même : proclamer l’absolu et la priorité de Dieu dans toutes les sphères de la vie personnelle et dans la société. Il ne s’agit pas seulement d’une affirmation, mais aussi et surtout d’une conviction vécue avec son coeur : « Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. » L’attitude du bon juif, du scribe qui rencontre Jésus ici, est une attitude de relation personnelle et de communion intime avec Dieu. Elle se manifeste non seulement dans le respect de ses lois, mais aussi par des sentiments d’amour, de reconnaissance, de confiance. Les psaumes que vous connaissez bien en sont remplis. « Je t’aime, Seigneur, ma force : Seigneur, mon roc, ma forteresse » proclame le chant de méditation d’aujourd’hui. (Psaume 17, 2). II – Le second commandement En écoutant la suite de la réponse de Jésus au scribe, nous passons à un autre fondement essentiel dans notre recherche de Dieu . Après avoir répondu que le premier commandement est «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force », Jésus, reprenant l’enseignement déjà présent dans l’Ancien Testament, continue en disant « Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là ». On ne peut manquer d’être un peu surpris d’entendre ici le « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». C’est normal, car on identifie cette invitation à la nouveauté du message et de la prédication de Jésus. Mais, on voit ici que Jésus ne l’a pas créée. Elle faisait déjà partie de l’Ancien Testament. Jésus cependant l’a reprise et il en fait l’essentiel de son message. Il a lié les deux commandements l’un à l’autre. Pas d’amour de Dieu sans amour du prochain et pas d’amour du prochain sans amour de Dieu. L’amour du prochain pour Jésus est le visage que prend l’amour de Dieu dans la vie du croyant. L’apôtre saint Jean et ses disciples l’avaient bien compris. On lit, en effet, dans la première Lettre de saint Jean « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas ». (I Jean 4, 20) Et dans la suite de notre scène, Jésus reconnaît que le scribe est sur cette voie qu’Il prêchera par le « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Il lui dit avec affection « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu ». III – Application Nous sommes invités nous aussi comme le scribe à nous laisser imprégner de l’amour de Dieu que nous aimerons de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toute notre force. Cet amour de Dieu nous tournera vers les autres car, comme Jésus le dit ailleurs dans l’Évangile, les autres, spécialement les plus démunis et les plus pauvres, sont Dieu lui-même qui vient à notre rencontre dans nos vies de chaque jour. Le pape Paul VI qui a terminé le Concile Vatican II en 1965 et qui vient d’être reconnu comme saint canonisé le 14 octobre 2018, l’avait bien compris. Permettez-moi de vous citer une phrase de lui que le frère Roger de Taizé avait retenue et qu’il utilisait souvent dans sa prédication. Saint Paul VI avait l’habitude de dire : « L’homme est sacré par l’innocence de son enfance, le mystère de sa pauvreté,… à travers le visage de tout homme – spécialement lorsque les larmes et les souffrances l’ont rendu plus transparent – nous pouvons reconnaître le visage du Christ ». Oui ! À travers ceux et celles que nous rencontrons, que nous servons, qui sont délaissés, qui vivent l’isolement, à travers le pauvre, le malade ou la personne âgée que nous visitons etc. c’est Jésus que nous rencontrons. « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” (Mathieu 25, 35-36).

Conclusion Que cette Eucharistie dominicale nous rende de plus en plus conscients et conscientes du lien qu’il y a entre l‘amour de Dieu et l’amour du prochain et fasse de nous des disciples-missionnaires comme le souhaite le pape François. En partageant le Corps et le Sang du Christ nous trouvons la force et l’élan nécessaires pour vivre ce défi d’une remise totale à Dieu qui nous tourne vers nos frères et soeurs à la suite de celui qui est devenu par sa mort sur la croix, comme le dit si bien la Lettre aux Hébreux dans la deuxième lecture, le grand prêtre « qu’il nous fallait : saint, innocent, immaculé » et qui est toujours vivant pour intercéder en notre faveur. Amen!

Mgr Hermann Giguère, P.H. Faculté de théologie et de sciences religieuses l’Université Laval Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 30E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « FILS DE DAVID, JÉSUS, PRENDS PITIÉ DE MOI ! »

26 octobre, 2018

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fils de David, Jésus, prends pitié de moi !

HOMÉLIE POUR LE 30E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « FILS DE DAVID, JÉSUS, PRENDS PITIÉ DE MOI ! »

Textes: Jérémie 31, 7-9, Hébreux 5, 1-6 et Marc 10, 46b-52 .

Dans l’évangile de ce jour, on voit Jésus à l’œuvre et que fait-il? Il fait voir un aveugle, il fait resplendir pour lui la lumière du jour. Dieu agit de même avec l’Église et avec chaque personne. Ce sera le thème de notre méditation aujourd’hui : « Le Seigneur fait resplendir la lumière ».

I – Un soutien tenace qui ne se dément pas
Regardons pour commencer le texte de Jérémie qui annonce une éclaircie lumineuse pour le peuple d’Israël qui vient de connaître 70 ans de ténèbres dans l’exil à Babylone. Le texte lu se termine ainsi : « Je suis un père pour Israël, Éphraïm est mon fils aîné ». Le retour des Juifs exilés à Babylone est un moment d’allégresse et de joie. C’est la lumière d’un jour nouveau qui se lève.
Par les prophètes de l’Ancien Testament, Dieu annonce qu’il fait une alliance nouvelle, une alliance dans les cœurs. « Je vous donnerai un coeur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de votre corps le coeur de pierre, et je vous donnerai un coeur de chair » dit-il par l’intermédiaire du prophète Ézéchiel (Ézéchiel 36, 26).
C’est pourquoi, le psalmiste chante dans le psaume 125 qui a été choisi comme psaume responsorial : « Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve! Alors notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie. »
Vous voyez combien l’action du Seigneur dans la vie des siens fait resplendir en eux une lumière qui les pénètre, les remplit de joie et de confiance. Ainsi le Seigneur en se montrant proche d’eux les invite à aller de l’avant sur un chemin d’amour qui rassemble « l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouchée » comme le dit le prophète Jérémie et on pourrait continuer « le jeune et le vieux, l’homme et la femme, les parents et les enfants, les riches et les pauvres etc. » Rassemblés, ils ne formeront désormais qu’une seule famille dont Dieu est le Père.
Ce beau texte de la première lecture tirée du prophète Jérémie permet de relire celui de l’évangile « avec des yeux nouveaux ».

II – Un aveugle qui voit
En effet, l’aveugle de Jéricho, le fils de Timée, Bartimée, que Jésus rencontre sur son chemin vers Jérusalem c’est chacun et chacune de nous, c’est aussi la communauté des fidèles, l’Église.
Regardons la scène de plus près. L’aveugle au bord de la route saisit que le brouhaha qui l’entoure est dû à quelque chose de spécial. On lui dit que c’est Jésus qui passe. Il en a entendu parler et que fait-il? Il se met à crier sa foi en lui. Il l’interpelle dans sa détresse en lui demandant de le soutenir. « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! »
Le brouhaha devient plus grand. On tente de le faire taire et Jésus dit « Appelez-le ». L’aveugle court vers Jésus et lorsque celui-ci lui demande « Que veux-tu que je fasse pour toi? », il s’écrie : « Rabbouni c’est-à-dire Maître, que je vois ». Jésus lui répond « Va, ta foi t’a sauvé » et, guéri, l’homme suit Jésus.
La réponse de Jésus éclaire toute cette scène qui n’est pas une guérison banale car elle nous transporte sur le registre de l’Alliance avec Dieu qui se réalise en Jésus. Cette alliance qui guérit les corps comme ici, est premièrement une alliance qui guérit les cœurs et le chemin pour y entrer est celui de la foi.

III – Une foi qui éclaire
Comme les yeux de l’aveugle se sont ouverts sur la lumière, la foi ouvre en nous un espace de lumière qui resplendit. Cette lumière de la foi n’est pas comme la lumière naturelle. Elle dépend de nos choix et de notre liberté. C’est à nous de crier vers Dieu comme Bartimée « Seigneur, aie pitié de moi », de Lui présenter nos limites, nos pauvretés, nos péchés, Sans cette implication de notre part, il manque un partenaire à l’alliance que Dieu propose.
La lumière de la foi aussi est porteuse de liens non seulement avec Dieu et avec Jésus son Envoyé, mais entre nous, croyants et non-croyants, « gens du centre et gens de périphéries », comme le dit le pape François, car aucune personne n’est mise de côté par le Père.
Enfin, elle construit la communauté des croyants. En effet, un chrétien n’est jamais seul dans sa foi. Il la reçoit comme une bénédiction et la partage avec ses frères et sœurs comme nous le faisons en ce moment. Sans la communauté, impossible de durer dans sa foi car celle-ci est toujours celle de l’Église que je partage avec mes frères et sœurs et avec les pasteurs que sont le pape, les évêques et les prêtres.
C’est ainsi que le Seigneur fait resplendir sa lumière, une lumière dont notre monde a tant besoin. Dans les tracas et les questionnements, face aux dérives possibles et réelles, devant les guerres et les conflits, le chrétien et sa communauté peuvent regarder avec confiance vers leur Dieu qui, comme il l’a fait autrefois, peut faire revenir et rassembler ceux et celles qui sont éloignés.
Pour vivre la communauté, la communion fraternelle, nous pouvons compter, comme le dit la Lettre aux Hébreux dans la seconde lecture, sur un grand prêtre, le Christ Jésus, qui est « en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement », qui est lui aussi rempli de faiblesse, mais qui a reçu de Dieu la mission d’intercéder toujours pour nous auprès du Père. Nous avons ainsi l’assurance que nous ne sommes jamais abandonnés quoiqu’il arrive.

Conclusion
Notre célébration eucharistique dominicale nous fait entrer dans ce mouvement d’offrande du Christ à son Père. C’est en nous unissant à lui par le Pain et le Vin devenus son Corps et son Sang que nous pouvons nous aussi offrir nos vies à la gloire de Dieu et ainsi permettre que la lumière de Dieu resplendisse autour de nous.
Que cette messe soit pour nous un moment de remise à Dieu avec une confiance comme celle de l’aveugle de Jéricho. Et je suis sûr que nous entendrons alors le Seigneur nous dire « Va ta foi t’a sauvé ».

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 29E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « LES FILS DE ZÉBÉDÉE »

19 octobre, 2018

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ce besoin de lieux d’honneur pour suivre Jésus

HOMÉLIE POUR LE 29E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « LES FILS DE ZÉBÉDÉE »

Textes: Isaïe 53, 10-11, Hébreux 4, 14-16 et Marc 10, 42-45.

Les textes de la Parole de Dieu aujourd’hui nous rappellent ce qu’on pourrait appeler la « loi fondamentale » du Royaume de Dieu qui est aussi celle de la communauté chrétienne et de l’Église dans le monde.
On connaît bien le commandement de l’amour fraternel au cœur du message de Jésus (Jean 13, 34-35), mais celui-ci est inopérant s’il ne se joint pas à celui, tout aussi fondamental, que nous propose Jésus aujourd’hui qui est la « loi du service ».

I – Un malentendu profond
Regardez la démarche de Jacques et Jean, fils de Zébédée. Ils n’ont rien compris aux enseignements de Jésus qui leur a expliqué plusieurs fois que sa mission était d’aller vers les brebis perdues, de servir la volonté de salut de son Père pour toute l’humanité sans faire d’exception.
La scène que nous avons dans l’évangile d’aujourd’hui nous les montre au sortir d’une discussion avec les autres apôtres pour savoir qui est le plus grand (Marc 9, 33 et suivants). Au cours de cette discussion, les apôtres se voient chacun sur un siège autour de Jésus trônant comme un roi temporel puissant. Ils se voient ainsi aux premiers rangs de sa cour royale. Jacques et Jean veulent s’assurer d’être non seulement aux premiers rangs, mais d’être « l’un à sa droite » et « l’autre à sa gauche ».
Et la réponse de Jésus fait éclater le malentendu au coeur de la discussion des apôtres : « Oui, dit Jésus vous serez avec moi si vous me suivez jusqu’à donner votre vie comme moi ». Ses mots exacts sont : « Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? »
Jésus pense aux outrages, eux aux honneurs.
Jésus pense au gibet où il sera élevé, eux pensent à des trônes.
Jésus pense à donner sa vie pour tous, eux veulent s’élever aux dépens de tous.
Et on pourrait continuer. Malentendu profond.
Pour dissiper tout malentendu auprès de Jacques et de Jean ainsi qu’auprès des autres apôtres qui s’offusquaient en pensant que Jacques et Jean auraient des places spéciales dans le Royaume de Jésus, Jésus y va de précisions qui sont à retenir et qui constituent cette « loi fondamentale du service » dont je parlais en commençant.

II – Des précisions révélatrices
La voici cette « loi du service » dans la communauté chrétienne : « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous » (Marc 10, 43-44).
Et quel est le fondement de cette « loi du service » ? C’est l’exemple et l’attitude même de Jésus, l’Envoyé du Père, c’est « parce que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ». Dans cette réponse Jésus nous situe au coeur de sa mission salvatrice.
L’image du Serviteur souffrant que présente Isaïe dans la première lecture va à merveille à Jésus. Dans sa passion, il sera ce Serviteur souffrant et ainsi « il justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés ». Cette mission Jésus l’a pleinement assumée, et le soir du Jeudi-Saint, il a posé un geste que vous connaissez bien et qui illustre parfaitement le cœur de sa mission : le lavement des pieds des apôtres. À saint Pierre qui se rebiffait, il dit « Si je ne te lave pas, tu ne pourras avoir part avec moi » et il conclut par ces mots : « C’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi ». (Jean 13, 8 et 15)
La « loi fondamentale du service » dans le Royaume de Dieu, c’est un esprit nouveau, un renversement des perspectives auxquelles s’attendaient les apôtres. Ils le comprendront parfaitement après la Résurrection. Et nous le comprendrons, nous, en nous laissant habiter par l’Esprit de Jésus.

III – Application
En effet, il y a tout un chemin à faire pour développer cet esprit de service dont parle Jésus. Ce n’est pas évident dans notre monde d’aujourd’hui où la compétition a une si grande place et où les réussites sociales, financières, professionnelles sont sur le devant de la scène. Alors qu’en est-il de cet appel de Jésus dans nos vies?
Pour nous, chrétiens-croyants, il s’agit d’une règle absolue que nous ne mettons pas en doute. Elle s’applique non seulement aux ministres ordonnés, diacres, prêtres, évêques, mais à tous les fidèles membres de la communauté chrétienne. L’Église n’en sera que plus belle lorsque tous et toutes s’efforceront d’incarner dans leur vie de tous les jours cette « loi du service ».
Cet idéal du service demeure l’idéal incontournable du disciple de Jésus. Il nous revient de chercher à le vivre de diverses façons. Ce peut être en privilégiant le service de sa famille, le service des concitoyens, l’aide à des gens dans le besoin, la participation à des associations impliquées socialement etc. L’important n’est pas ce que nous faisons, mais c’est le cœur que nous y mettons car devenir disciple de Jésus c’est entrer dans une famille où il y a place pour tout le monde et où il y a de l’amour fraternel qui se sent et se voit.
Le pape François pour répondre à un journaliste qui, lors de sa conférence de presse sur l’avion à son retour de Philadelphie le 27 septembre 2015, lui demandait s’il se voyait comme une star s’est contenté de lui répondre, selon l’antique formule, le pape est « le serviteur des serviteurs de Dieu ». Quelle belle réponse et quel défi aussi ! Être serviteur n’est pas seulement la mission du pape, c’est aussi celle de chaque personne baptisée.

Conclusion
Frères et sœurs, dans cette célébration eucharistique dominicale, comme toutes les fois où nous sommes réunis « en son Nom », nous voulons rendre présente la « loi du service » qui est au cœur de la mission de Jésus. Cette mission envoie les disciples jusqu’aux extrémités de la terre.
Oui! allons servir, soutenu par Celui qui vient heureusement, par son Corps et son Sang, nous donner ainsi, lorsque nous le partageons, le moyen d’être de plus en plus des « disciples-missionnaires » comme le souhaite le pape François dans son Exhortation apostolique La joie de l’Évangile au numéro 120 : « Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes ‘disciples’ et ‘missionnaires’, mais toujours que nous sommes ‘disciples-missionnaires’ ». Amen!

Mgr Hermann Giguère, P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
l’Université Laval
Séminaire de Québec
16 octobre 2018

 

HOMÉLIE POUR LE 28E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « VIENS, SUIS-MOI »

12 octobre, 2018

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« vien, suis-moi »

HOMÉLIE POUR LE 28E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « VIENS, SUIS-MOI »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 14 octobre 2018 Année B. Textes: Sagesse 7, 7-11, Hébreux 4, 12-13 et le jeune homme riche Marc 10, 17-27.

On ne peut commenter cet épisode très connu de l’évangile selon saint Marc sans rappeler la phrase de Jésus qu’on a retenue : « Il le regarda et il l’aima ». Cette petite phrase a traversé les siècles. Ce jeune homme riche est devenu un symbole de l’appel de Jésus à chacun et à chacune d’entre nous. Commençons par écouter cet appel au jeune homme riche avant de nous arrêter au nôtre.
I – L’appel du jeune homme riche
Le contexte de cette rencontre est situé par saint Marc dans le cadre d’un enseignement de Jésus sur la richesse. C’est ce qui rend l’appel du jeune homme riche si percutant.
En effet, après que le jeune homme se soit défilé en entendant le « Si tu veux être parfait », Jésus commente cette attitude d’une façon forte en disant que pour entrer dans le Royaume de Dieu les riches ne l’aurons pas facile. C’est comme passer par le trou d’une aiguille, dit-il.
Il faut donc prendre acte de ce contexte pour comprendre le sens de cet épisode que saint Marc nous raconte pour le bénéfice des premiers chrétiens et pour le nôtre.
Si on y regarde de près, on voit que l’appel du jeune homme riche est un appel qui ne s’adresse pas à lui seulement. Il redit l’appel qui est fait à tous les chrétiens quels qu’ils soient. Il est porteur d’une invitation qui reprend celles des Béatitudes dont la première est « Bienheureux les pauvres car ils verront Dieu ».
D’ailleurs, en d’autres endroits de l’évangile, Jésus met en garde contre les richesses, comme par exemple, dans la parabole où il raconte comment un riche fermier amassait plein de réserves de blé et à qui Dieu dit : « Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » À quoi te serviront toutes ces possessions.
Ici l’évangile de saint Marc ne dit pas que le jeune homme riche s’est éloigné et séparé de Dieu en quittant avec un air penaud, mais il veut nous montrer que le jeune homme a comme manqué une occasion qui lui était présentée d’aller au bout de son engagement de croyant, ce qui aurait fait de lui un disciple remarquable de Jésus comme l’ont été les apôtres Pierre, Jacques, Jean et les autres.
Passons maintenant à nous.
III- Notre appel
Le jeune homme riche représente chacun et chacune d’entre nous.
Dans nos vies, il se présente plusieurs situations où comme le jeune homme riche le Seigneur nous lance un appel. Ce peut être à l’occasion d’une perte, d’un séparation, de diminutions physiques, de problèmes de santé, d’amitiés et de joies partagés, d’une étape de vie comme le départ des enfants de la maison ou comme le passage à la retraite etc.
Ces situations nous posent forcément la question « Que me faut-il faire? » Et c’est là que la scène du jeune homme riche nous est précieuse.
Tout d’abord, il faut se souvenir que les appels de Dieu sont une grâce qui nous est donnée. « Jésus le regarda et il l’aima ». Ils sont le regard et l’amour de Jésus qui nous sont manifestés
Nous pouvons répondre comme le jeune homme riche, « Seigneur, j’ai bien vécu et j’ai été un bon chrétien ». « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse ». C’est déjà beaucoup si nous pouvons dire cela. Mais ce que l’évangile d’aujourd’hui illustre c’est que cet appel est toujours à l’œuvre et qu’il n’a pas de limites. Il n’y a pas deux appels un pour les gens parfaits et un pour les autres. L’appel à suivre Jésus est le même pour tous et toutes comme l’évangile est le même pour tous et toutes.
Saint Paul l’avait bien compris quand il écrivait à ses chrétiens d’Éphèse. « Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous. À chacun d’entre nous, la grâce a été donnée selon la mesure du don fait par le Christ. » (Éphésiens 4, 4-7)
« Selon la mesure du don fait par le Christ ». C’est important de se le redire car on peut sombrer dans une espèce de classification ou de compétition où on se dit : « plus j’en fais, plus je suis proche de Jésus », alors qu’il faut se dire : « plus je réponds à ce qu’il me demande dans ma situation de vie, plus je suis proche de lui ».
III- La sainteté pour toutes et tous
C’est sur cette base que s’est appuyé le pape François dans son Exhortation apostolique sur la sainteté publiée le 9 avril 2018 lorsqu’il écrit : « Ce qui importe c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui (cf. 1 Corinthiens 12, 7) et qu’il ne s’épuise pas en cherchant à imiter quelque chose qui n’a pas été pensé pour lui ». (Numéro 11)
Il n’y pas deux sortes de sainteté. Il y a des hommes et des femmes qui se laissent regarder par Jésus qui les aime et qui répondent selon l’inspiration de leur cœur et selon leurs possibilités. Ils forment une « grande nuée de témoins ». « Et parmi eux, continue le pape, il peut y avoir notre propre mère, une grand-mère ou d’autres personnes proches (cf. 2 Timothée 1, 5). Peut-être leur vie n’a-t-elle pas toujours été parfaite, mais, malgré des imperfections et des chutes, ils sont allés de l’avant et ils ont plu au Seigneur. » (Numéro 3) Le pape François les appelle « les saints de la porte d’à côté » ou « la classe moyenne de la sainteté ». (Numéro 7)
Les chemins de la sainteté, pour nous comme pour le jeune homme riche, ne peuvent faire l’économie des appels évangéliques que Jésus a lancés tout au cours de sa vie et qui sont résumés dans les Béatitudes. Le pape François les présente comme le chemin toujours à reprendre et toujours là. « À travers celles-ci, écrit le pape, se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies. Le mot “heureux” ou “bienheureux”, devient synonyme de “saint”, parce qu’il exprime le fait que la personne qui est fidèle à Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur ». (Numéros 63 et 64)
Conclusion
« Il le regarda et il l’aima », cette phrase, avec raison, a été retenue parce que Jésus ressuscité continue de regarder et d’aimer ceux et celles qui s’approchent de lui, qui l’abordent comme un Maître de vie et qui désirent le suivre.
Que notre rencontre fraternelle en ce dimanche soit pour nous un soutien sur les chemins de la vie et, comme les premiers chrétiens auxquels s’adresse saint Marc, redisons notre désir de suivre Jésus quels que soient les difficultés et les détachements à faire, car, avec lui, nous entrons déjà dans le Royaume de Dieu qu’il est venu non seulement annoncer mais qui est déjà présent parmi nous.

Amen!

 

HOMÉLIE POUR LE 27E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « CE QUE DIEU A UNI, QUE L’HOMME NE LE SÉPARE PAS ! »

5 octobre, 2018

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création de l’homme et de la femme

HOMÉLIE POUR LE 27E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

ANNÉE B « CE QUE DIEU A UNI, QUE L’HOMME NE LE SÉPARE PAS ! »

En écoutant la première lecture et l’évangile, nous voici ce matin amenés dans un sujet discuté, controversé et palpitant cependant puisqu’il touche toute l’Église et toutes les communautés chrétiennes. Il s’agit du rapport de l’homme et de la femme, de leur union dans le mariage et de leur témoignage dans la société.
I – Des discussions vives autrefois et aujourd’hui
Lorsqu’on s’arrête à l’évangile qui vient d’être lu, on voit que, du temps de Jésus, des questions concrètes se posaient. Il est confronté à celles-ci. Dans le cas qui nous occupe, il s’agit des réglementations concernant le divorce où un mari pouvait renvoyer sa femme. La loi juive donnait des précisions qui sont rapportées ici.
Le temps a passé et ce ne sont plus seulement les juifs qui ont établi des règles pour le divorce. Nos états modernes l’ont fait. Ils ont prévu aussi une protection pour les couples qui ne veulent pas s’engager dans un mariage même civil. D’un autre côté, la question des divorcés remariés suscite de nombreuses interrogations dans l’Église. Le pape François a convoqué en 2015 les évêques pour une réunion, un Synode sur la famille, où la question a été discutée. On y a rappelé la doctrine traditionnelle en ouvrant toutefois les décisions de fréquenter ou non l’Eucharistie pour les personnes divorcées et remariées à la conscience bien formée des personnes dans cette situation au cours d’un cheminement de discernement.
Nous avons ici dans les paroles de Jésus, sans les précisions que les cas concrets demandent, le rappel de la doctrine traditionnelle de l’Église catholique.
II – Un héritage à conserver et à valoriser
Dans une société comme la nôtre où les situations de couples sont si diversifiées, où existent même des reconnaissances juridiques de couples de même sexe, les paroles de Jésus paraissent à contre-courant. Pourtant, en reprenant ce qu’on trouve dans le récit du livre de la Genèse que nous a rappelé la première lecture, ces paroles de Jésus font état d’un héritage à conserver.
C’est dire la continuité qu’il y a dans la réponse de Jésus. Celui-ci ne se trouve pas autorisé à dire autre chose que ce qui est déjà et il rappelle, avec à-propos, la parole de Genèse : « Ce que Dieu a uni, que homme ne le sépare pas ». Il s’agit ici de ce qu’on a appelé, dans un terme technique, l’indissolubilité du mariage que les premiers chrétiens ont adopté d’emblée. Saint Paul le dit clairement dans sa lettre aux Corinthiens.
Cet héritage est basé sur une vision de l’être humain dans sa nature d’être sexué, d’homme et de femme, et sur la complémentarité de ceux-ci. Toute cette vision conduit à favoriser le développement d’un amour stable dans le couple chrétien et amène en même temps une richesse très intimement liée à celui-ci dans la famille qui, par les enfants, crée une nouvelle église, pourrait-on dire. En effet les époux chrétiens deviennent comme le dit saint Paul une image des relations du Christ et de l’Église, avec leurs enfants ils forment le noyau d’une église domestique où tous sont accueillis et se soutiennent mutuellement.
Voilà l’héritage et le plan de Dieu pour les époux que les paroles de Jésus nous invitent à proposer.
III- Application
Comme on l’a dit en commençant, les réalisations concrètes souffrent bien des variations et des divergences. Le document final du Synode sur la famille en 2015 le constate lorsqu’il écrit : « Dans la formation à la vie conjugale et familiale, l’approche pastorale devra tenir compte de la pluralité des situations concrètes » (Numéro 34). Il n’est pas dans mon propos ici de juger ces situations, mais j’aimerais toutefois rappeler qu’il y a un principe qui doit toujours être mis de l’avant, c’est celui de respecter les personnes sans les juger.
Ainsi, on peut voir les paroles de Jésus, non pas comme des paroles qui enferment les personnes dans des cadres étouffants, mais plutôt comme des paroles qui rappellent l’héritage et le sens profond de l’union de l’homme et de la femme. Dans les cheminements des couples qui ont la foi, il sera parfois difficile de réaliser pleinement les souhaits des paroles de Jésus,mais il faut toujours être attentif aux valeurs qui, elles, doivent être protégées et développées.
Dans le mariage chrétien comme le dit le Synode sur la famille de 2015 les époux cultivent l’amour et l’entraide mutuelle qui est leur premier but. Ils se donnent l’un à l’autre totalement dans une union corps et âmes et ils acceptent que leur amour se prolonge dans des enfants qu’ils reçoivent comme un cadeau du Seigneur. Ils sont ouverts sur la société qui les entoure et sur les autres auxquels ils ne restent jamais étrangers.
Voici un extrait du document final de ce Synode de 2015 qui le dit bien : « L’homme et la femme accueillent ce don [de l'amour] et en prennent soin afin que leur amour puisse durer toujours. Face à la sensibilité de notre temps et aux difficultés effectives à maintenir des engagements définitifs, l’Église est appelée à proposer les exigences et le projet de vie de l’évangile de la famille et du mariage chrétien. » (Numéro 48) Et plus loin, les membres du Synode continuent en disant : « Selon l’ordre de la création, l’amour conjugal entre un homme et une femme et la transmission de la vie sont ordonnés l’un à l’autre (cf. Genèse 1, 27-28). De cette façon, le Créateur a fait participer l’homme et la femme à l’œuvre de sa création et a en même temps fait d’eux des instruments de son amour, leur confiant la responsabilité de l’avenir de l’humanité à travers la transmission de la vie humaine. » (Numéro 63)
Conclusion
Voilà quelques réflexions choisies parmi plusieurs possibilités. Ce qui est le plus important ce ne sont pas mes réflexions, mais la vie des couples chrétiens. Ils sont sur un chemin où ils s’ouvrent aux appels de Dieu. Chaque couple et chaque famille sont appelés à être à leur façon une image de l’amour et de la fidélité de Dieu pour son Peuple.
N’ayons pas peur de les confier au Seigneur dans une prière fréquente. Les difficultés d’aujourd’hui touchent les jeunes en particulier, ils ont besoin de notre soutien et de notre prière.
Que ce repas à la table de la famille de Dieu que forme la communauté chrétienne réunie autour de la Parole de Dieu et du Corps et du Sang du Christ nourrisse tous nos repas familiaux et annonce le repas éternel dans la gloire du ciel auquel nous aspirons toutes et tous et auquel nous sommes toutes et tous appelés.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

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