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HOMÉLIE POUR LE 25E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « DE QUOI DISCUTIEZ-VOUS EN CHEMIN ? »

22 septembre, 2018

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Jésus et les enfants

HOMÉLIE POUR LE 25E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « DE QUOI DISCUTIEZ-VOUS EN CHEMIN ? »

Homélie du 23 septembre 2018 Année B. Textes: Sagesse 2, 12.17-20, Jacques 3, 16-4,3 et Marc 9, 30-37.

Saint Marc dans l’évangile de ce matin nous fait entrer dans les conversations de Jésus au cours de ses déplacements en Galilée. Ce sont des souvenirs qu’il a reçu de ceux et celles qui étaient avec Jésus dans ces moments-là ou qui les ont entendus de d’autres. Il ne se préoccupe pas de les organiser selon un plan défini. Ce sont des sentences, des phrases qui sont rapportées un peu à bâtons rompus, pourrait-on dire.
Dans le texte de l’évangile qui vient d’être proclamé il y a trois sujets qui sont retenus par l’évangéliste dans le but d’aider les premières communautés à mieux connaitre Jésus et à le suivre.

I – La deuxième annonce de la Passion
Le premier sujet est grave. Saint Marc relève que Jésus avance dans sa mission et qu’elle approche désormais de son terme. Ce terme est celui de sa Passion et de sa Mort sur la croix. « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera.»
En annonçant cette mort sur la croix avec les souffrances qui l’accompagneront, Jésus fait entrer ses disciples dans le mystère de l’amour de Dieu qui l’envoie porter les péchés du monde et réconcilier l’humanité avec Lui.
L’Ancien Testament l’annonçait. Les paroles du Livre de la Sagesse qu’on peut appliquer à Jésus en témoignent : « Soumettons-le à des outrages et à des tourments, nous saurons ce que vaut sa douceur ».
Les apôtres ont déjà entendu ce discours qui avait révolté Pierre et que Jésus avait rabroué. Nous avions cet épisode dans l’évangile de dimanche dernier. Ici, Jésus se contente de confirmer aux disciples que tel est bien la destinée vers où il se dirige. Il leur donnera plus de détails quand l’heure sera venue. Après cette annonce, saint Marc passe à un autre sujet.

II – Le désir d’être en premier
Cet autre sujet c’est la discussion des disciples entre eux pour savoir qui est le plus grand. Et quand Jésus leur demande « De quoi discutiez-vous en chemin ? », ils sont un peu mal à l’aise et ne répondent pas. Ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand nous dit saint Marc. Leurs préoccupations et leurs conversations apparaissent ainsi tout à fait dans l’esprit du monde, l’esprit « mondain » que dénonce souvent le pape François.
Dans la deuxième lecture, la Lettre de saint Jacques dénonce cette mentalité mondaine : « D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes ? Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre. »
Les premiers chrétiens n’étaient pas indemnes de tentations comme celle des apôtres. Être le plus grand et briller par le pouvoir et par les honneurs exercent toujours un certain attrait qu’il faut reconnaître et combattre. Nous ne sommes pas différents d’eux. C’est pourquoi, comme eux nous avons à encore à apprendre de Jésus la véritable attitude du disciple. C’est le troisième sujet qui invite à créer dans les premières communautés chrétiennes un cadre de vie à l’inverse des valeurs que la société leur propose.

III – Le cadre du service et de l’amour mutuel
Ce cadre de vie est celui du service et de l’amour mutuel. Voilà le troisième sujet abordé par Jésus ce matin.
Saint Marc rappelle cette parole de Jésus qui a été conservé soigneusement : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ».
Dans la communauté chrétienne les valeurs de promotion personnelle, de compétition et de réussite ne sont pas ce qui est recherché d’abord et avant tout. C’est le service qui met les uns et les autres sur le même pied, c’est l’amour mutuel. C’est le « aimez-vous les uns les autres ».
Et pour illustrer, ce cadre particulier du service et de l’amour mutuel dans la communauté, saint Marc rappelle les paroles de Jésus sur les enfants. Il montre même Jésus qui prend un enfant, le place au milieu des disciples et l’embrasse en leur disant : « Quiconque accueille en mon nom, un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé ».
On peut penser que cet enfant représente le disciple qui se fait, tel un enfant, petit et accueillant et qui s’en remet à Dieu comme l’enfant s’en remet à ses parents pour grandir et se développer Ce fut la découverte de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qui disait « Je suis petite et Dieu mon Père fait tout pour moi. Je me contente de me laisser aimer car par moi-même je ne puis rien ». Saint Paul ne parlait pas autrement lorsqu’il écrivait que Dieu se manifeste dans la faiblesse « Et lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort de la force de Dieu » (2 Corinthiens 12, 10).

Conclusion
Voilà trois belles considérations pour nous inspirer cette semaine. Demandons au Seigneur dans cette Eucharistie d’entrer de plus en plus dans cette révélation que Jésus nous fait de lui-même et prions-le de nous accorder de devenir nous aussi comme les premiers chrétiens des disciples attentifs à le découvrir de plus en plus.
Que par la coupe et par le pain partagés nous le recevions déjà afin qu’il nous rende de plus en plus semblables à lui et que nous pussions dire comme saint Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi ». (Galates 2, 20)
Amen.

Mgr Hermann Giguère, P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec
18 septembre 2018

HOMÉLIE POUR LE 24E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « POUR VOUS, QUI SUIS-JE ? »

15 septembre, 2018

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imm « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive.

« Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive. » 

HOMÉLIE POUR LE 24E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « POUR VOUS, QUI SUIS-JE ? »

Dans notre évangile de ce matin Jésus se lance dans une manière de sondage pour voir ce qu’on dit et pense de lui, puis par la suite il apporte ses commentaires sur ce qu’il a entendu.
Commençons par le sondage.

I – Le sondage
Jésus va de villages en villages depuis quelque temps. Il est maintenant aux alentours de Césarée-de-Philippe, une ville située aux sources du fleuve le Jourdain. C’était une ville romaine florissante dont on peut visiter les ruines aujourd’hui, ce que j’ai pu faire il y a quelques années.
Au cours de ces longs déplacements à pied, les conversations occupent le temps agréablement. Elles se font sérieuses par moments. On a ici un de ces moments où Jésus procède à un sondage le concernant avec deux questions à ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » et « Pour vous, qui suis-je? »
Les réponses sont des plus intéressantes. Elles nous donnent comme une photographie de Jésus, le prédicateur recherché et le guérisseur couru. Les gens reconnaissent en lui une dimension qui n’est pas le lot commun. Jésus, disent-ils, leur fait penser à Jean-Baptiste, à Élie ou à l’un des prophètes. Ce disant, les gens voient et mettent entre Jésus et Dieu une relation particulière. Ils ne savent pas exactement de quoi il s’agit, mais ils soupçonnent chez cet homme un destin unique, une mission extraordinaire.
Les disciples, eux, pour répondre à la question « Pour vous, qui suis-je? » vont plus loin que les gens questionnés auparavant. Ils ont fréquenté Jésus de près. Ils l’ont écouté. Il leur a expliqué en particulier certains de ses propos, de ses paraboles. Ils ont donc une longueur d’avance sur les autres gens. C’est Pierre qui se fera le porte-parole du groupe des disciples et il affirmera sans hésitation que pour eux Jésus est l’Envoyé de Dieu pour apporter le salut au monde. Il est le Christ c’est-à-dire celui qui a été choisi et qui a reçu l’onction de Dieu qui le fait Sauveur de tous ceux et celles qui croient en lui et qui le reçoivent comme leur Sauveur personnel.
Voilà les réponses au sondage rapide que fait Jésus en marchant dans la belle nature de cette région des sources du Jourdain.

II – Les commentaires de Jésus
Ce n’est pas fini. Jésus décide de profiter de ces réponses pour aller plus loin. La suite du texte de saint Marc rapporte les commentaires de Jésus lui-même qui nous révèlent les contours de l’identité même de Jésus comme Envoyé de Dieu et Sauveur.
Les propos de Jésus ne récusent pas ce qui a été dit par les gens et par les disciples, loin de là. Jésus reconnaît sa relation particulière avec Dieu et sa mission de Sauveur, mais il entre dans les détails de celle-ci. Et c’est là que les disciples sont sidérés.
« Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. » C’est une première annonce de sa Passion dont le prophète Isaïe donne un aperçu dans la première lecture lorsqu’il met ces paroles dans la bouche du Messie : « Je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. »
On comprend la surprise des disciples qui attendent un Messie qui redonnera la royauté à Israël, qui libérera les juifs du joug des Romains et qui sera comme un nouveau David. Rien à voir avec un Messie qui souffre, qui est rejeté, qui meurt et qui ressuscite.
Et là encore, Pierre se lance et intervient au nom du groupe. « Cela ne se passera pas ainsi. Nous y verrons ». Et Jésus, tout entier consacré à sa mission, rejette de façon brutale l’intervention de Pierre : « Retire-toi, tu es comme Satan qui essaie de me faire dévier de ma mission. Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ».
On le voit ici, Jésus est déjà tout imprégné des attentes de Dieu sur lui. Il a cheminé et il sait que le plan de Dieu pour le salut de l’humanité passe par un amour fou, un amour qui donne son propre Fils pour le salut de tous.
Et Jésus plutôt que de s’attarder sur les étapes où il passera, sa mort et sa résurrection, se tourne vers ses disciples et leur indique comment, eux, ils peuvent se joindre à lui dans sa réponse à la mission reçue de son Père.

III – Application
Écoutons les mots mêmes que les premiers chrétiens ont retenus de cette intervention de Jésus. Ils tiennent en deux phrases très connues depuis des siècles
La première : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ».
Ici, Jésus insiste pour que ses disciples regardent vers lui et qu’ils marchent à sa suite. Prendre sa croix, n’est autre chose que d’imiter Jésus, de le suivre. L’important est la relation avec lui qui entraîne le disciple dans celle que lui-même vit avec Dieu son Père.
On voit qu’on est loin d’un ascétisme et d’une recherche de sacrifices, de mortifications. Les croix sont plutôt la marque qu’on suit Jésus. Elles font que notre vie de tous les jours est unie à celle de Jésus.
Deuxième phrase à retenir : « Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera ».
C’est la phrase qui est la plus connue et qui a inspiré de nombreux saints et saintes au cours de leur vie. Saint François de Laval (1623-1708), apôtre de l’Amérique et premier évêque de Québec, l’avait gravée dans son cœur et il la répétait très souvent.
Perdre sa vie ou la sauver? Mais de quelle vie s’agit-il.? On n’en a qu’une seule. Il est donc important de la diriger dans le bon sens. Jésus ici invite à faire les choix qu’il propose et de mettre à la base de ceux-ci les Béatitudes qui sont la « carte d’identité» du véritable disciple de Jésus comme le dit le pape François.
En effet, pour présenter la sainteté aujourd’hui dans son Exhortation apostolique Gaudete et Exultate, le pape François retient les Béatitudes comme cadre de la sainteté chrétienne. Il en fait un commentaire stimulant. « À travers celles-ci, écrit le pape, se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies. Le mot « heureux » ou “bienheureux”, devient synonyme de “saint”, parce qu’il exprime le fait que la personne qui est fidèle à Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur. » (GE 63 et 64)
On n’aura jamais fini d’en tirer toutes les conséquences pour notre vie avec Dieu. L’extrait de la lettre de saint Jacques lu dans le deuxième lecture nous y invite par ces mots : « Si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? » « La foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » constate cette lettre remarquable attribuée à saint Jacques.

Conclusion
Nous avons fait un parcours à l’écoute de Jésus sur les chemins des villages aux sources du Jourdain, et Jésus continue de cheminer avec nous sur les chemins des « villages d’aujourd’hui » que sont nos occupations diverses, nos loisirs, nos problèmes personnels ou communautaires comme celui des migrants et des réfugiés, nos relations familiales, nos défis environnementaux, nos choix pour la vie etc., ce sont des « villages » très animés dans notre société, mais qui attendent que l’on passe y révéler la Bonne Nouvelle qu’est Jésus lui-même, notre Seigneur et Sauveur.
Que cette Eucharistie soit encore une fois une occasion de cheminer tout à côté de Jésus qui y est présent réellement par sa Parole et par son Pain. À la table de la Parole et à la table du Pain nous l’écoutons et nous nous nourrissons de sa vie pour être, selon ce qu’il nous demande, des témoins, nous aussi, de l’amour de Dieu pour toute l’humanité.
Amen!

Mgr Hermann Giguère, P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 23E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « OUVRE-TOI! EFFATA! »

7 septembre, 2018

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HOMÉLIE POUR LE 23E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « OUVRE-TOI! EFFATA! »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 9 septembre 2018 Année B. Textes: Isaïe 35, 4-7a, Jacques 2, 1-5 et Marc 7, 31-37.

L’évangile d’aujourd’hui nous raconte un autre miracle de Jésus. On s’imagine bien la scène. On voit Jésus qui se prête à des gestes symboliques. Il amène le sourd-muet à l’écart, il lui met les doigts dans les oreilles, puis avec de la salive, il lui touche la langue et il le guérit. C’est l’allégresse et la joie autour.
Et pourtant, ce miracle n’est rien en lui-même. C’en est un parmi d’autres. Ce qui est important, c’est ce que Jésus veut nous enseigner par ce miracle. Ici, Jésus veut nous montrer qu’il n’est pas venu guérir seulement les oreilles ou la bouche, mais qu’il vient, aussi surprenant que cela paraisse, guérir toute la personne. Il vient guérir la personne toute entière. Il n’apporte pas seulement des recettes de vie, des soulagements passagers à nos maux. Il donne un sens à toute notre vie.

I- Les mots de l’évangile
Il y a un mot à retenir dans l’évangile d’aujourd’hui. C’est « Ouvre-toi », en araméen « Effata ».
Jésus ne dit pas aux oreilles « Ouvrez-vous », à la bouche « Ouvre-toi ». C’est à l’handicapé, au sourd et muet lui-même, qu’il dit « Ouvre-toi » « Effata ». C’est un peu comme s’il lui disait : « Écoute, il ne suffit pas d’entendre des mots, il faut aussi écouter, accueillir avec son cœur. Il ne suffit pas de dire des mots, de parler, il faut aussi communiquer ».
Écouter avec son cœur, communiquer c’est tellement nécessaire. Avec les enfants, combien de parents se sont fait dire « Tu ne m’as pas écouté ». Pensez au monologue de Pauline Julien « As-tu 2 minutes? »
Jésus nous enseigne ici que l’important dans les relations c’est la personne. « Tu parles plus par ce que tu es que par ce que tu dis ». Jésus veut que notre cœur et toute notre personne se mettent à l’écoute de ses paroles. Ses paroles, il nous les dit à l’écart, dans l’intime de notre cœur. Il vient guérir et sauver toute la personne, donner un sens à sa vie, pas seulement la faire entendre ou la faire parler.

II- Message et application
Et si nous accueillons le salut de Dieu avec Jésus, tous les miracles sont possibles. Voilà, je pense, le message de l’Évangile d’aujourd’hui : « Ouvrez vos cœurs à Jésus et avec lui vous verrez, dans vos vies, des changements, de belles choses qui vont se produire ».
Cette leçon, ce message, tombe bien en ce début de septembre. Nous retournons à nos occupations. Les enfants retournent en classe. Diverses activités se préparent, sociales ou pastorales, pour l’automne. C’est une période nouvelle qui commence.
Au lieu de voir ce temps comme un fardeau après l’été, pourquoi ne pas s’ouvrir à ces nouvelles activités, à ce nouveau rythme de vie avec confiance et en profiter pour nous renouveler nous-même ? Pourquoi, au cours de cette messe et durant la semaine, ne pas nous arrêter un petit moment « à l’écart » pour faire à Jésus une prière où nous lui dirons notre ouverture vis-à-vis ce qui nous attend dans les prochains mois ? Nous pourrions aussi dans cette prière en silence écouter ce que son Esprit nous inspirera comme priorité.
Conclusion
C’est ainsi, mes frères et sœurs, que le salut de Jésus continuera d’être créateur dans nos vies concrètes comme il l’a été pour le sourd et muet qu’il a changé totalement. Jésus nous changera pour le mieux nous aussi. Les miracles sont toujours possibles. C’est ce que je vous souhaite de tout cœur à toutes et à tous.
Amen!

Mgr Hermann Giguère, P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 22E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « AU-DELÀ DES PRATIQUES… »

31 août, 2018

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HOMÉLIE POUR LE 22E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « AU-DELÀ DES PRATIQUES… »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 2 septembre 2018 Année B. Homélie à la Chapelle du Lac Poulin par Mgr Hermann Giguère P.H., du Séminaire de Québec, recteur de cette desserte. Textes: Deutéronome 4, 1-2.6-8, Jacques 1, 17-18.21b-22.27 et Marc 7, 1-8.14-15.21-23.

Dans la deuxième lecture, nous avons entendu cette phrase de la lettre de saint Jacques : « Les dons les meilleurs, les présents merveilleux viennent d’en haut, ils descendent tous d’auprès du Père de toutes les lumières… ». Je pense que cette belle phrase peut éclairer les discussions de Jésus avec les pharisiens dont fait état l’Évangile. En effet, le message de l’évangile d’aujourd’hui nous invite à mettre les choses à la bonne place, à laisser de côté ce qui est accessoire et non-essentiel, à dépasser les pratiques de toutes sortes pour aller au fond de l’âme, au fond du cœur des personnes, pour accueillir les « dons les meilleurs » qui viennent d’en haut. Regardons plus en détail la scène de l’Évangile rapportée par saint Marc.

I- Une discussion
Jésus ici discute avec les autorités du temps (pharisiens et scribes) du lavage des mains avant les repas. C’est banal. Les parents invitent les enfants à se laver les mains avant les repas. De nos jours, à cause des dangers de contagion, on utilise même parfois des crèmes ou des produits pour se protéger.
Pour les Juifs du temps de Jésus, il s’agit d’une prescription de la Loi à laquelle on ne peut en aucun cas se soustraire. Ils en font une obligation absolue. Ce que Jésus conteste, en laissant ses disciples passer par-dessus cette prescription.
Jésus ici ne dit pas de ne pas se laver les mains, mais il profite de cette discussion pour donner un message; Le voici en deux mots : ce qui est caractéristique de ses disciples – et donc de nous chrétiens d’aujourd’hui – c’est que la religion et la morale vont ensemble. Il n’y a pas de séparation : les rites extérieurs, les comportements extérieurs pour bien faire, cela doit aller avec le cœur, avec l’intérieur
Pourquoi? Parce que Jésus veut qu’on ajuste ses comportements selon ce qu’on croit, ou encore dit autrement, que ce que l’on croit se manifeste dans notre agir. Il invite à aller au-delà des pratiques et des rites. Comme le dira saint Jacques plus tard dans cette merveilleuse lettre dont on vient de lire un extrait : « Devant Dieu notre Père, la manière pure et irréprochable de pratiquer la religion, c’est de venir en aide aux orphelins et aux veuves dans leur malheur, et de se garder propre au milieu du monde ».

II – Un message ouvert
Ceci étant dit, il ne faudrait pas, en parlant de ce message de Jésus, juger le monde autour de nous, car parfois les actions extérieures posées peuvent s’expliquer de diverses façou sonde les reins et les cœurs comme on dit.
Je pense entre autres à tous nos grands-parents qui ont peut-être paru faire des gestes extérieurs, des pratiques religieuses extérieures etc. avant le concile Vatican II, mais je me garderais de les juger, car je suis sûr que le cœur y était pour la plupart. Comme on dit c’est l’intention qui compte, ce qu’il y a dans le cœur. Dieu voit dans le secret.
Jésus dénonce, en passant, les personnes qui laissent leur intérieur s’enténébrer et qui ainsi produisent toutes sortes de comportements malsains. C’est pourquoi on peut dire en terme d’aujourd’hui que Jésus nous invite à réveiller notre conscience et à développer une conscience droite. Trop souvent, on la laisse s’endormir. On agit sans trop se poser de questions. On prône une tolérance excessive, une liberté sans retenue, une spontanéité sans questionnements « Moi je suis comme cela » entend-on…et un point c’est tout.
Or ici Jésus nous montre que toute morale vraiment chrétienne et évangélique c‘est la conscience qui se laisse éclairer et guider par sa foi et par l’évangile.

III- Application
Autrefois il y avait, vous vous en souvenez, les examens de conscience qu’on nous invitait à faire le soir avant de se coucher. Aujourd’hui, il faudrait peut-être penser à restaurer une forme d’examen de conscience. Le pape François y invitait les gens dans une homélie (11 octobre 2014) en disant : « Avoir un cœur recueilli, un cœur dans lequel nous savons ce qui se passe et ici et là, nous pouvons exercer une pratique ancienne mais efficace de l’Église : l’examen de conscience. Qui d’entre nous, le soir, avant de finir sa journée, reste tout seul ou toute seule et se pose la question : qu’est-ce qui s’est passé aujourd’hui dans mon cœur ? Qu’est-il arrivé ? Quelles émotions ont traversé mon cœur ? Si nous ne faisons pas cela, nous ne réussissons pas ni à bien veiller ni à bien protéger notre cœur”. Si on ne s’arrête pas de temps à autre, on s’endort. On évite de se remettre en question. On prend des habitudes qui nous emprisonnent. Ou encore on remet sans cesse à plus tard.
La Parole de Dieu aujourd’hui nous invite par Jésus à nous arrêter, à nous interroger sur nos motivations pour faire la lumière sur ce qui est à l’intérieur de nous. Ce que Jésus veut c’est qu’on agisse avec une liberté intérieure, par nous-mêmes, en prenant nos responsabilités au sérieux.
Bien sûr, nous n’arriverons pas toujours à agir parfaitement. Il y a tout un cheminement à faire, il a des fautes, des erreurs, des manquements, des « coches mal taillées », mais ce qui compte c’est d’y aller avec sa conscience éclairée pas la Parole de Dieu, d’y mette son cœur.

Conclusion
Que cette messe nous aide à nous ouvrir de plus en plus à la lumière de Celui qui est pour nous est le Chemin, la Vérité et la Vie. Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

28 août 2018

 

HOMÉLIE POUR LE 21E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « MOI ET LES MIENS, NOUS VOULONS SERVIR LE SEIGNEUR »

24 août, 2018

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HOMÉLIE POUR LE 21E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « MOI ET LES MIENS, NOUS VOULONS SERVIR LE SEIGNEUR »

Excursus : Sur le texte d’Éphésiens « Soyez soumis les uns aux autres : les femmes à leur mari ». Est-ce que saint Paul utiliserait aujourd’hui les mêmes formules qu’il emploie dans cette lettre à l’Église d’Éphèse? Je ne le pense pas. Il utiliserait d’autres formules. Ce qui est important de retenir c’est l’idée que le Christ a aimé l’Église et qu’il s’est livré pour elle et que sans le Christ l’Église est une institution purement humaine et vide. Il y a un lien unique, étroit, entre le Christ et l’Église comme celui qu’il y a entre les époux.

Homélie
Comme nous avons fait plusieurs fois cet été, recherchons le lien que la liturgie invite à faire entre la première lecture et celle de l’évangile. La deuxième lecture quant à elle n’a pas été choisie dans le même but. Elle déroule à la suite des passages des lettres de saint Paul. On y trouve parfois un certain lien avec les deux autres lectures, parfois non.
Aujourd’hui dans la première lecture tirée du livre de Josué qui raconte une réunion de toutes les tribus d’Israël à Sichem, une phrase m’a frappé : « Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur ». Le mot « servir » a plusieurs sens dans le langage courant ainsi que dans l’Ancien Testament dans le Nouveau testament. Il nous servira de fil conducteur pour cette homélie.

I – Les sens du mot servir
Dans le langage courant, « servir » peut se dire de quelqu’un ou de quelque chose qui nous est utile. On se sert d’un conseiller financier, d’un médecin. On se sert d’un balai, d’un plat, d’un chaudron etc. « Servir » peut aussi nous mettre sur le registre de l’aide et du soutien à des personnes. Je vais aller servir ma grand-mère qui est en résidence d’aînés. Je sers des repas à la Popote roulante. Je sers guide à des jeunes pour leurs devoirs etc. Voilà deux sens du mot « servir » assez courants.
Dans la Bible on retrouve le même mot, mais avec une connotation religieuse. Dans l’Ancien Testament d’où est tiré le texte de la première lecture, lorsqu’il est question de servir c’est toujours en référence à Dieu : « servir le Seigneur ».
L’accent est mis sur l’autre, sur la personne qu’on sert. Il laisse en retrait la personne qui sert pour se fixer sur celle qui est servie. Dans l’Ancien Testament, ce service sera celui de la Gloire de Dieu. Ce sera le service de la grandeur de Dieu, de sa bonté et de son amour. Les « serviteurs » vrais seront ceux et celles qui regardent vers le Seigneur et ses volontés et non du côté de leurs désirs et de leurs attentes à eux et à elles.
Dans le Nouveau Testament – évangiles et lettres des apôtres – le terme « servir » revient souvent. Il prend un couleur particulière puisque Jésus lui-même se définit comme le « Serviteur par excellence ». Les disciples regarderont vers lui pour apprendre comment être à leur tour des vrais serviteurs. À son exemple, ils deviendront les serviteurs de leurs frères et sœurs. Ainsi le service acquiert une importance particulière dans l’enseignement de Jésus. Il lavera les pieds de ses disciples pour leur enseigner comment le faire à leur tour.
On le voit, dans la Bible le mot « servir » nous implique toujours dans un réseau de relations personnelles.

II – Le choix de marcher derrière Jésus
Cet arrière-fond porté par le mot « servir » nous permet ce matin de relire la discussion qui est racontée dans l’évangile d’une façon nouvelle. Ce qui est en cause n’est pas seulement un choix de ce qui m’est utile ou profitable, mais une relation personnelle avec Jésus.
Les auditeurs et les auditrices de Jésus réagissent dans un premier temps avec étonnement devant ses propos, cela se comprend, car Jésus dans ses paroles se présente comme Dieu lui-même, comme celui qui est venu dans le monde pour que Dieu soit présent et incarné. Cette affirmation surprend et déroute. « Cela vous scandalise ? » dit Jésus.
Mais ce n’est pas tout, il annonce qu’il participe à la gloire de Dieu lui-même « Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ! »
La réaction d’étonnement fait place bientôt à une forme de refus d’entrer en relation avec ce Jésus si déroutant. « Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas…ner ». Il n’est pas question pour eux de servir ce nouveau Maître.
Les autres disciples, même s’ils n’ont pas encore tout compris, font confiance. Ils acceptent de servir en regardant celui que Dieu envoie. Ils ne se regardent pas eux-mêmes. Leurs regards, leurs pensées et leurs actions se laisseront désormais inspirer par les paroles de Jésus. « Tu as les paroles de la vie éternelle ».
Point n’est besoin de délibérer longuement. Ils se rangent du côté de Celui que Dieu envoie et lui jurent une fidélité totale.
Ce choix est très beau, même si on sait que devant les obstacles et devant la persécution qui amène Jésus sur la croix, ils seront déboussolés. Et pourtant, ce choix ne disparaîtra jamais, et l’Esprit Saint les renouvellera au point que plusieurs d’entre eux donneront leur vie pour servir Jésus jusqu’à la mort.

III – Application
Dans la vie, il y a souvent des moments de choix, des étapes où l’on doit non seulement chercher un chemin, mais où l’on doit ouvrir une porte et faire un choix. C’est ce que les disciples ont fait ce matin.
Nous sommes nous aussi des disciples de Jésus dans le 21e siècle. Nos choix de vie sont présents à chaque jour dans nos occupations de toutes sortes, dans notre famille, dans nos loisirs, dans nos occupations. Est-ce que cette vie qui est la nôtre se laisse interpeller par les paroles de Jésus qui nous arrivent de diverses façons, soit ici à l’église, soit dans des conversations, soit encore dans des événements ? Nous laissons-nous toucher? Reconnaissons-nous qu’elles sont des paroles de vie? À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompag
Ce n’est pas toujours facile, je le sais. Nous sommes comme les disciples qui ont laissé Jésus au moment de la Passion, mais n’abandons pas si facilement, car nous pouvons compter sur sa présence continuelle dans le sacrement de l’Eucharistie, dans son Corps et dans son Sang partagés. Comme nous le faisons ce matin.

Conclusion
Retenons en terminant que notre célébration eucharistique – notre messe – est le lieu d’une rencontre personnelle avec Jésus que nous servons. Comme les tribus d’Israël réunies par Josué à Sichem qui promettaient de servir le Seigneur, mettons-nous en état de servir nous aussi en recevant son Envoyé, son Fils bien-aimé, Jésus. C’est lui que nous prions ensemble. C’est à lui que nous présentons nos besoins et nos demandes. Nous lui offrons nos vies en union avec lui comme hommage et louange à Dieu de qui nous les tenons.
Ainsi chaque dimanche est un moment où nous venons servir le Seigneur en union avec Jésus le Serviteur parfait présent au milieu de nous par sa Parole et par son Corps et son Sang.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 20E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « VENEZ, MANGEZ DE MON PAIN, BUVEZ LE VIN QUE J’AI PRÉPARÉ »

17 août, 2018

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-20e-dimanche-du-temps-ordinaire-Annee-B-Venez-mangez-de-mon-pain-buvez-le-vin-que-j-ai-prepare_a848.html

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HOMÉLIE POUR LE 20E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « VENEZ, MANGEZ DE MON PAIN, BUVEZ LE VIN QUE J’AI PRÉPARÉ »

Nous continuons ce dimanche-ci à recevoir dans la Parole de Dieu des images ou des paraboles tirées de l’Ancien Testament qui nous permettent d’écouter avec des oreilles encore plus attentives la suite du Discours de Jésus sur le Pain de vie qui suit comme vous le savez la multiplication des pains.
Ce matin le thème avancé par la lecture du Livre de la Sagesse est très concret. On pourrait le résumer en eux mots : Mangez et buvez

I – L’invitation du livre de la Sagesse
Manger et boire, n’y-a-t-il rien de plus terre à terre? On est renvoyé non seulement à l’action de manger ou de boire, mais à tout ce qui prépare les repas où on se sustente, à l’alimentation saine et suffisante, aux suites et aux conséquences du boire et du manger etc.
Vous voyez que l’invitation du Livre de la Sagesse va couvrir un large éventail de possibilités.
Il en va ainsi dans la vie des êtres humains. Leur vie s’appuie sur le boire et le manger. On passe des heures à préparer les repas, à cultiver la terre pour se nourrir, à déguster ensemble les produits de la terre, à servir le vin qui réjouit le cœur etc…
Vous voyez que ce thème est très riche. Il est appliqué dans notre lecture à la Sagesse car la Sagesse est Dieu lui-même.

II – Les paroles de Jésus
Le même thème est repris dans l’évangile. Dans l’évangile Jésus invite à manger et à boire lui aussi. On n’est sur le même registre car la nourriture dont il parle vient de Dieu, elle est descendue du ciel. Et, ce n’est plus de la Sagesse dont il parle, c’est de sa chair et de son sang donnés pour la vie du monde.
Il est important de faire ce lien entre le don que Jésus fait de sa vie et la nourriture qu’il devient pour nous. En effet, Dieu nous a montré son amour en nous donnant son Fils. Il veut que nous le recevions comme son Fils, mais il veut aussi que nous marchions sur ses traces. Pour ce faire, il partage avec nous ce qu’il a mis en lui, son amour et sa tendresse.
Ainsi manger la chair de Jésus et boire son sang ne constituent pas seulement un geste quelconque quand nous allons à la messe le dimanche ou en d’autre temps. Manger la chair du Christ et boire son sang signifie entrer en communion avec lui dans ce don qu’il fait de lui-même pour notre vie à toutes et à tous.
L’Eucharistie ainsi est le sacrement de l’amour de Dieu répandu en nous et dans le monde. Car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux et celles qu’on aime.

III- Les effets de la nourriture
Cette nourriture spirituelle qu’est l’Eucharistie que nous mangeons et que nous buvons, comme tout ce que nous mangeons et buvons, a des conséquences. Elle nous fait vivre spirituellement. Elle nous ouvre aux autres. Elle crée la communauté des croyants. Elle annonce les merveilles de Dieu. Elle anticipe le retour de Jésus dans la gloire à la fin des temps.
Mais comme dans le cas de la nourriture humaine, physique, pour que ces bonnes conséquences se manifestent, il faut apporter notre contribution. Une nourriture mal préparée ou viciée, comme vous le savez, fait plus de mal que de bien. Il peut en arriver ainsi si nous nous approchons du corps et du sang du Christ sans apporter les bonnes intentions. Il nous revient de nous disposer à les recevoir avec un cœur attentif et un esprit ouvert.
Si vous le faites, vous verrez que votre vie sera transformée car c’est le propre d’une bonne nourriture que d’opérer d’incroyables bienfaits. Le corps et le sang de Jésus ouvrent nos cœurs. Ils élargissent les horizons. Ils rassemblent. Ils sont la nourriture par excellence sans laquelle toutes les autres nourritures deviennent fades Ils ne sont pas une nourriture de plus. Ils sont la nourriture qui ne passe pas : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi je le ressusciterai au dernier jour ».

Conclusion
Que cette Eucharistie où nous sommes rassemblés par la présence de Jésus dans son Corps et dans son Sang, par sa présence aussi dans sa Parole fasse de nous des disciples toujours plus proches de Lui et prêts à aller le dire autour d’eux.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE

13 août, 2018

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Dormitio Mariae

ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE

Jour : Ap 11, 19a ; 12, 1-6a. 10ab ; 1 Co 15, 20-27a ; Lc 1, 39-56

Fêter l’Assomption de Marie, c’est célébrer son passage de la mort à la vie, de la terre à la gloire de son Fils… C’est aussi la célébration de l’espérance chrétienne. Une espérance pour l’être humain dans sa totalité, qui attend sa perfection charnelle et spirituelle. Mais les textes bibliques ne parlent pas de cet événement. Ce que la liturgie veut mettre en valeur c’est la foi de Marie : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 11). Ou, comme dans l’évangile de la vigile : « Alors qu’une femme interpellait Jésus : « Heureuse la femme qui t’a porté et t’a nourri », il répondit : « Heureux plutôt ceux qui entendent la Parole de Dieu et qui la gardent ».
Autrement dit, tout croyant doit se laisser féconder par la Parole de Dieu, laisser grandir en lui l’esprit du Christ, pour pouvoir véritablement l’enfanter au monde, en étant porteur de sa Bonne Nouvelle, en témoignant des béatitudes, en accomplissant ce qu’on peut appeler des miracles de charité et de justice, de paix, d’unité.
Le deuxième accent donné par la liturgie, et qu’il nous faut méditer, c’est la victoire de la vie sur la mort. La foi en la résurrection du Christ, qui annonce et garantit notre propre résurrection… C’est ce qui a conduit les premiers chrétiens à conclure : « Si le Christ a été le premier des ressuscités, Marie a dû être la première à bénéficier de la résurrection de son Fils ». Les écrits du Nouveau Testament ne font certes aucune allusion à cette assomption de Marie. Tout, en effet, est parti de ce que l’on appelle le « sensus ecclesiae », c’est-à-dire le bon sens de la foi du peuple de Dieu. Par une certaine logique interne de la foi, l’Eglise primitive s’est demandée : « comment le corps de celle qui a porté l’auteur de la vie aurait-il pu connaître la corruption du tombeau ? »
Pour les premiers chrétiens, la mort de Marie ne pouvait n’être qu’un sommeil, une dormition, mais un sommeil trop court pour que la corruption du tombeau ait pu entamer son corps. C’est pourquoi, encore aujourd’hui, on retrouve dans la liturgie des allusions qui unissent ces deux mystères de Marie, celui de la maternité et celui de l’assomption, comme on le voit dans l’une des préfaces propres à la fête : « Tu as préservé de la dégradation du tombeau le corps qui a porté ton propre Fils et mis au monde l’auteur de la vie ». C’est ainsi qu’est née à Jérusalem, dès le Ve siècle, la fête de la Dormition de la Mère de Dieu. On l’a appelée aussi la fête du Repos, pour exprimer la douceur de la mort de Marie, ou également « Natale », pour fêter la naissance de la Vierge dans la vie éternelle, ou encore « Transitus », le passage de Marie, corps et âme, du temps à l’éternité.
C’est seulement en 1950 que l’Eglise romaine a davantage explicité sa foi concernant la Dormition de Marie. La prière d’ouverture de la célébration reprend d’ailleurs les termes mêmes de la déclaration dogmatique : « Après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, Marie a été élevée en corps et en âme dans la gloire céleste ». Ce qu’il faut éviter de traduire en termes d’imagination et voir aussitôt des anges emportant Marie à travers le toit de sa maison… Le sens profond c’est que l’achèvement total de Marie, après la fin de sa vie terrestre, comprend dès maintenant sa réalité corporelle accomplie et glorifiée. Autrement dit, celle qui, par la foi, a reçu dans son corps la rédemption parfaite pour elle-même, mais aussi pour nous, l’a reçue dans la réalité totale spirituelle et matérielle.
Mais ce qui importe dans l’immédiat, au-delà des explications théologiques ou des curiosités humaines, c’est de redire et de croire avec S. Augustin que si Marie est glorifiée dans sa maternité, sa vraie grandeur réside dans sa foi qui la fit concevoir d’abord dans son cœur avant même de concevoir dans son sein. C’est la Parole qui l’a fécondée, dit l’évangile de la vigile. L’évangile du jour, lui, est une sorte de célébration des béatitudes. Elles sont réalisées en Marie et, par son assomption, les promesses du Christ lui sont accordées. Ceci nous rappelle à bon escient que les béatitudes obtiennent vraiment le Royaume et que Marie a obtenu ce Royaume.
Invitation qui nous est adressée aujourd’hui pour reconnaître, avec Marie, ce que Dieu a fait pour nous. Le Seigneur fit pour nous des merveilles : merveille de vivre, merveille de pouvoir créer, lutter, partager. Merveille d’être pardonné, appelé, comblé. Merveille de pouvoir à notre tour engendrer Jésus Christ, le mettre au monde, tout simplement en nous efforçant d’être fidèles à la Parole. L’eucharistie annonce une résurrection déjà accomplie en Marie. L’aimer, la prier, c’est se mettre à son école, l’école de la foi.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

 

HOMÉLIE DU 19E DIMANCHE ORDINAIRE B (« manger l’enseignement et manger l’enseigneur »)

10 août, 2018

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(6, 22-58)

Discours sur le pain de la vie

HOMÉLIE DU 19E DIMANCHE ORDINAIRE B (« manger l’enseignement et manger l’enseigneur »)

1 R 19, 4-8 ; Ep 4, 30 – 5, 2 ; Jn 6, 41-51

Dans le discours sur le pain de vie, voici la deuxième étape dans l’escalade de l’incompréhension des auditeurs de Jésus, concernant des affirmations de plus en plus intolérables, comme le diront ultérieurement même certains disciples.
Face à ces paroles, nous sommes, nous aussi, étonnés et mal à l’aise. Nous connaissons le doute, le scepticisme, des interprétations diverses. Et l’Eglise, au cours de son histoire, a parfois mis l’accent sur un seul aspect de la vérité, au point d’en négliger gravement d’autres. C’est le cas typique pour Jésus, Parole de vie et Pain de vie. Le Verbe de Dieu qui se fait chair, la chair qui se fait nourriture. L’unité indissoluble entre la nourriture Parole et la nourriture Pain a été blessée, sinon même brisée, par la crise, puis le divorce du XVIe siècle.
A partir de là et pendant quatre siècles, les chrétiens, catholiques et protestants, sont devenus en quelque sorte des chrétiens handicapés ; les premiers passionnément braqués sur la présence réelle dans le pain jusqu’à en oublier la parole ; les seconds se faisant les champions de la présence réelle dans la parole en oubliant celle du pain. Une scandaleuse vivisection, qui met en péril l’authentique communion au corps et au sang du Christ.
Vatican II s’est efforcé de rétablir l’équilibre entre les deux attitudes fondamentales du chrétien : recevoir la doctrine et celui qui la donne, ou, selon les termes des palestiniens anciens : « manger l’enseignement et manger l’enseigneur », c’est-à-dire la communion sous toutes les espèces. S’adressant aux chrétiens, Marcel Jousse écrivait : « Vous faites faire la première communion à vos enfants, faites-leur donc faire aussi leur première récitation de l’Evangile » (1). La manducation, en effet, est aussi mémorisation, non pour répéter des textes comme un perroquet, mais pour les approfondir sans cesse davantage et les « actionner » à travers tous les gestes quotidiens.
Parole reçue et Pain consommé, Verbe doctrine et Verbe Pain. Comme l’enseigne l’Ecriture en son balancement didactique : apprenez et comprenez, prenez et mangez.
La Bible, c’est l’expression écrite de la Tradition orale d’une civilisation du Verbe, où l’enseignement est toujours considéré comme nourriture : manger, mémoriser pour actionner, c’est-à-dire approfondir et mettre en pratique et, enfin, communier.
La Parole écrite connaît aussi les mêmes lois : Dieu dit, dans la vision d’Ezéchiel : Homme, mange ce rouleau qui t’est présenté, mange et va parler au peuple d’Israël. Nourris-toi, imprègne-toi de ce livre que je te donne. Je l’absorbe, dit le prophète, et dans ma bouche, il a la douceur d’un rayon de miel.
Il est important de le comprendre pour mieux saisir la catéchèse de Jésus. Dieu est présenté comme Parole, et le Christ est Parole de Dieu se faisant homme. Nous avons l’enseignement et l’enseigneur parfait. Jésus est vraiment nourriture, Parole et Pain de vie. Il faut d’abord se nourrir de l’enseignement pour faire un avec l’enseigneur. Et si l’enseigneur peut se faire Pain, la communion est totale et parfaite.
Pendant quelques siècles, l’Eglise catholique a négligé, dans la liturgie, l’enseignement de l’enseigneur. La liturgie de la Parole était considérée comme secondaire, et même accessoire, la messe ne commençant vraiment qu’à l’apport des dons.
Avec le Concile, l’Eucharistie a retrouvé sa double dimension de Parole reçue et de Pain consommé. Apprenez et comprenez par la liturgie de la Parole, prenez et mangez ensuite, pour réaliser une authentique communion. Mais nous n’avons pas encore bien saisi ce lien inséparable entre la Parole et le Pain. Il suffit bien concrètement de constater les arrivées tardives trop nombreuses à la messe, après la proclamation de la Parole, qui est Jésus Pain de vie, Parole nourriture.
Et que dire des personnes qui refusent de participer à une liturgie de Parole parce qu’il n’y a pas de communion. Comme si nous n’étions pas invités à nous nourrir du Christ présent dans cette Parole, qui EST cette Parole. Et comment pourrait-on être vraiment nourri du Corps du Christ en ne communiant pas à son enseignement ? Le Christ ne peut pas être divisé.
Les deux parties qui constituent en quelque sorte la messe, c’est-à-dire la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique forment un tout inséparable. La présence du Christ dans la Parole est aussi réelle que dans l’eucharistie. C’est une rencontre : une rencontre plénière avec le Christ dans la Parole et le pain partagés ; rencontre avec nos frères et sœurs dans l’Assemblée. Notre participation implique l’ensemble de ces rencontres.
Quelle valeur aurait notre communion au Corps du Christ si nous n’approfondissons pas notre connaissance de sa personne, de sa vie, par un accueil de sa Parole, si nous ne communions pas à « tout son corps », à l’humanité entière représentée à la célébration par l’Assemblée ?

P. Fabien Deleclos, franciscain, (T)
1925 – 2008

(1) « L’anthropologie du geste » et « La manducation de la Parole », Marcel Jousse, Ed. Gallimard.

 

18E DIMANCHE DANS L’ANNÉE B – (CE « PAIN DE CHAQUE JOUR »)

3 août, 2018

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18E DIMANCHE DANS L’ANNÉE B – (CE « PAIN DE CHAQUE JOUR »)

Je me rappelle cette dame que j’ai connu. Elle ne supportait pas qu’on gaspille du pain. Son jeune frère, pendant la dernière guerre, était mort de faim dans un camp de concentration nazi. Le pain a constitué chez nous, pendant de longs siècles, la nourriture de base et ceci lui a valu de symboliser la nourriture en général et tout ce dont l’homme a besoin pour vivre. Quand on a le souvenir collectif de disettes ou que l’on voit à la télévision des millions d’hommes, de femmes et d’enfants souffrant aujourd’hui encore de malnutrition, jeter délibérément du pain semble donc s’apparenter à une cynique indécence.
Mais ce « pain de chaque jour » est, pour les chrétiens d’autant plus respecté qu’il évoque inévitablement l’initiative de Jésus au soir du Jeudi Saint. Et ce pain que Jésus donne à ses disciples à la veille de mourir en cette Pâque juive de l’an 30 à Jérusalem, il était déjà chargé de tout un poids d’histoire et d’une étonnante symbolique religieuse. C’était le pain emporté hors d’Egypte en toute hâte, de nuit, avant même qu’il ait eu le temps de lever, un pain commémoré chaque année par les galettes de pain azyme dans le rituel de la pâque juive. Nous en faisons d’ailleurs encore mémoire avec nos hosties utilisées à chaque messe.
Aujourd’hui, c’est encore à un autre épisode biblique qu’il faut nous référer pour entrer dans la méditation sur l’eucharistie que l’évangéliste Jean nous propose, depuis dimanche dernier et pendant encore trois dimanches. C’est l’épisode de la manne rapporté dans la première lecture. « Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain », dit le Seigneur à Moïse. Un pain miraculeux, qui ne doit rien au travail des hommes et tout à la bonté de Dieu, un pain qui suscite la surprise et l’étonnement : « Mann hou ? »… « Qu’est-ce que c’est ? » Telle est la manne ; telle est surtout l’eucharistie. C’est en effet cet étonnement admiratif devant ce que Dieu fait pour nous, devant ses merveilles d’hier et d’aujourd’hui, qui inspire la prière eucharistique et notamment la préface qui en est l’introduction. Cette conviction que Dieu n’a pas fini de nous surprendre, puisse-t-elle se renforcer par notre participation à l’eucharistie ! Un pain pour la route, dont on ne reçoit que la ration quotidienne et que l’on ne peut pas stocker… Encore une belle image pour l’eucharistie.
Faut-il rappeler ici que la coutume qui consiste à conserver des hosties consacrées dans le tabernacle de nos églises est née du souci de porter la Communion aux malades et de disposer ainsi d’une petite réserve. Cet aliment de vie éternelle dont Dieu nous fait le don, ce n’est pas une relique à conserver dans un coffre ou même à regarder, c’est une nourriture à manger, dimanche après dimanche, pour continuer la route… un peu comme cette autre galette de pain qu’Elie, épuisé et désespéré, trouve à son réveil: « Lève-toi et mange. Autrement le chemin sera trop long pour toi! » (1 Rois 19). Un pain pour la route… Que la grâce de Dieu en nous, qui venons communier chaque dimanche, ne soit pas vaine!
Un pain qui ne se perd pas, mais « une nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle », telle est l’eucharistie, éclipsant en cela cette manne qui ne faisait que la préfigurer. Promesse et aliment de vie éternelle, l’eucharistie du Seigneur nous situe dans le temps provisoire de l’Eglise et en attente du Royaume. Elle nous donne d’accepter sans révolte ni désespérance la mort de nos proches et la perspective de la nôtre. Elle exprime la communion de l’Eglise du ciel avec celle qui est encore en chemin. Elle nous invite à « travailler aux oeuvres de Dieu », les seules qui ne craignent pas de vieillir !

HOMÉLIE DU 17ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE (B) – CINQ PAINS ET DEUX POISSONS

27 juillet, 2018

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HOMÉLIE DU 17ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE (B) – CINQ PAINS ET DEUX POISSONS

En lisant les textes bibliques de ce dimanche, nous sommes impressionnés par la place donnée aux chiffres : vingt pains d’orge pour cent personnes, cinq pains et deux poissons pour cinq mille hommes, douze paniers pleins de restes… Et comment ne pas penser à d’autres chiffres qui en disent long : des centaines de tués dans les guerres, des centaines de milliers de réfugiés, des millions d’affamés dans le monde, des dizaines de millions d’euros pour le transfert d’un footballeur… Ces chiffres et bien d’autres nous dispensent de paroles ; ils deviennent parole ; d’un côté c’est le cri d’admiration, de l’autre c’est l’horreur.
Ces chiffres nous en disent bien plus qu’un simple calcul mathématique. Dans les textes bibliques de ce dimanche, ils nous montrent la disproportion entre la nourriture disponible et les énormes besoins des hommes : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? » Nous aussi, nous sommes affrontés à ces mêmes questions : devant les catastrophes meurtrières, devant l’afflux des réfugiés qui fuient la guerre, nous nous sentons désemparés et impuissants. Que pouvons-nous faire ?
Et c’est là qu’il nous faut revenir à l’Évangile et regarder ce que fait Jésus. En ce jour, il nous propose de revoir d’une autre manière notre table de multiplication. Tout d’abord, il accepte le modeste goûter d’un enfant. Rien n’aurait été possible si cet enfant n’avait accepté de tout donner. Dieu a besoin de nos gestes de partage pour réaliser de grandes choses. C’est ainsi que cinq pains et deux poissons ont servi à nourrir cinq mille hommes. Une précision : le pain d’orge c’est celui des pauvres. C’est avec ce pain des pauvres que Jésus nourrit toute cette foule. Un jour, une pauvre femme a dit à Saint Vincent de Paul : « Si les pauvres ne partagent pas, qui le fera ? »
Cet Évangile nous renvoie à l’actualité de notre monde. Nous pensons tous à la famine qui ravage une partie de l’humanité. Et même dans nos pays occidentaux, beaucoup n’ont pas le minimum pour survivre. Alors nous nous sentons désemparés et impuissants pour répondre à l’immensité des besoins. Mais aujourd’hui comme autrefois, Jésus ne cesse de nous dire : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » Il suffit du peu que nous avons, un peu d’amour, un peu de biens matériels et un peu de disponibilité pour vaincre la faim, celle du corps et celle du cœur. Ce peu, nous le remettons entre les mains du Seigneur. C’est avec cela qu’il peut réaliser des grandes choses.
Une autre question se pose : Jésus a nourri les foules un jour. Mais le lendemain, elles continueront à avoir faim. Elles se retrouveront dans une situation tout aussi misérable. Alors pourquoi a-t-il fait de tels actes sans rien changer aux situations ? Quand on veut lutter contre la famine, on ne se contente pas de donner à manger. On agit en lien avec les organismes de solidarité contre les causes qui provoquent la famine. Mais le but de Jésus n’est pas de changer les situations ; il est de changer le cœur des hommes. C’est aux hommes, renouvelés par l’Évangile, d’opérer les redressements nécessaires. Quand on est imprégné du message de l’Évangile, plus rien ne peut être comme avant. L’important c’est que nous donnions le meilleur de nous-même en lien avec ceux qui organisent la solidarité.
Après ce grand partage, les disciples sont invités à « rassembler les morceaux en surplus pour que rien ne se perde ». Lorsque le Seigneur donne c’est toujours en abondance, et les restes serviront à nourrir d’autres foules. Lorsque le célébrant dit « Heureux les invités au repas du Seigneur », il ne s’adresse pas qu’à ceux et celles qui sont rassemblés dans l’église. Tous les hommes sont invités à partager le Corps du Christ.
Ce pain que Jésus vient nous donner, c’est le pain de Dieu. En lui, c’est Dieu qui se donne aux hommes. Il vient combler toutes leurs famines spirituelles ; il vient changer leur cœur pour qu’ils partagent le pain de la justice et de la fraternité, le pain de pauvreté. Au cours des prochains dimanches, nous entendrons le discours de Jésus sur le Pain de vie. Il nous recommandera de travailler « pour la nourriture qui demeure jusque dans la Vie éternelle ».
En ce dimanche, c’est Jésus lui-même qui nous rassemble pour nous partager son pain. Nous le supplions de mettre en nous son Esprit Saint pour que nous entrions dans son amour.

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