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HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE LA TRÈS SAINTE TRINITÉ ANNÉE C « TOUT CE QUE POSSÈDE LE PÈRE EST À MOI »

15 juin, 2019

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HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE LA TRÈS SAINTE TRINITÉ ANNÉE C « TOUT CE QUE POSSÈDE LE PÈRE EST À MOI »

Textes: Proverbes 8, 22-31, Romains 5, 1-5 et Jean 16, 12-15.

La Sainte Trinité, miniature extraite des Grandes Heures d’Anne de Bretagne, Reine de France (1477-1514) illustrées par Jean Bourdichon. (Crédits photo : Domaine public par Wikimedia Commons)
La Sainte Trinité, miniature extraite des Grandes Heures d’Anne de Bretagne, Reine de France (1477-1514) illustrées par Jean Bourdichon. (Crédits photo : Domaine public par Wikimedia Commons)
On entre dans le mystère de la Sainte Trinité par le chemin de l’expérience intérieure et non pas par la simple réflexion théologique. La Trinité n’est pas seulement un mystère, une vérité à croire, un dogme central de notre foi, c’est le cœur de la vie chrétienne.
Notre expérience du mystère de la Sainte Trinité s’est commencée au moment de notre baptême. Lorsque quelqu’un est baptisé la personne qui célèbre dit « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ». Par ces paroles et par l’eau qu’on verse sur son front, elle est comme plongé dans l’amour de Père, du Fils et du Saint Esprit.
Ce jour de la fête de la Sainte Trinité est donc une belle occasion de poursuivre ce qui a débuté à notre Baptême. Suivons le chemin que nous indique chacune des personnes de la Trinité : l’Esprit Saint, le Fils bien-aimé et le Père.
I – La personne de l’Esprit Saint
Le chemin à prendre pour entrer dans le mystère de la Sainte Trinité commence avec l’Esprit Saint. C’est la personne de la Trinité qui est souvent oubliée, mais c’est peut-être la plus importante. L’Esprit Saint en effet est comme un souffle. (cf. Jean 3, 8) Il ne donne pas des ordres comme un supérieur, un maître ou un surveillant. Il inspire les personnes. Il agit dans leur intérieur. Il ouvre leur cœur, il éclaire leur intelligence, il fortifie leur volonté dans les bons choix.
L’enseignement de l’Église a retenu comme signes de l’action de l’Esprit dans la vie des personnes baptisées la liste de sept dons qu’on appelle les dons du Saint Esprit. Je ne vous demande pas de les nommer – encore que certaines personnes, j’en suis sûr, pourraient le faire avec brio – mais je prends le temps de vous les énumérer : le don de sagesse, le don d’intelligence, le don de science, le don de force, le don de conseil, le don de piété et le don de crainte de Dieu. Ces sept dons sont accompagnés des fruits de l’Esprit. Saint Paul dans sa lettre au Galates résume ainsi les fruits de l’Esprit « Voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi ». (Galates 5, 22-23).
Tous ces dons et ces fruits se résument dans celui de l’amour- agapè qu’on nomme aussi la charité, cet amour qui, non seulement vient de Dieu, mais qui est en Dieu, qui est l’amour même du Père pour le Fils et l’Esprit, du Fils pour le Père et l’Esprit et de l’Esprit pour le Père et le Fils car comme le dit l’Écriture : Dieu est Amour. Et « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » rappelle avec justesse saint Paul dans l’extrait de sa lettre au Galates que nous venons de lire dans la deuxième lecture.
II – La personne du Fils
Continuons notre chemin pour entrer dans le mystère de la Sainte Trinité avec le Fils bien aimé, la deuxième personne de la Trinité. L’amour au sein de la Trinité dont on vient de parler s’est manifesté par la venue du Fils bien-aimé dans le monde. Celui-ci s’est fait homme en Jésus sans quitter sa vie avec le Père et l’Esprit. C’est pourquoi, si souvent dans les évangiles et notamment dans l’évangile de saint Jean Jésus nous parle de son union avec le Père « Le Père et moi, nous sommes UN » (Jean 10, 30). L’évangile de ce matin nous le redit : « Tout ce que possède le Père est à moi ».
Cette union de Jésus avec le Père a fait l’objet de nombreuses discussions de théologiens, surtout dans les premiers siècles de l’Église où deux Conciles se sont penchés sur cette question car il y avait des déviations. Certains voyaient Jésus comme étant le Fils de Dieu qui avait fait semblant d’être comme nous, un genre de robot humain, et d’autres ne voulaient pas que Jésus fut plus qu’un être humain. Ces hérésies ont été condamnées et on a toujours tenu que le mystère de la Trinité fait partie de la révélation du vrai Dieu qui se manifeste d’abord à Abraham comme un seul Dieu, puis qu’on découvre dans le Nouveau Testament, avec l’enseignement de Jésus, comme un Dieu Un et Trine, un seul Dieu en trois personnes.
Retenons que le Fils bien-aimé se fait l’un de nous tout en demeurant au sein de la Trinité. Jésus est vrai homme et vrai Dieu. Et comme le dit saint Paul, « ayant la condition de Dieu, ( il ) ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes ». (Philippiens 2, 6-7)
III – La personne du Père
Au terme de notre chemin pour entrer dans le mystère de la Sainte Trinité, nous rencontrons la figure du Père éternel qui envoie son Fils dans le monde pour nous sauver en se faisant l’un de nous. C’est le mystère de l’Incarnation et en parlant de mystère de l’Incarnation, on est amené à se tourner vers Dieu le Père car c’est lui qui est vu comme l’origine et le commencement de tout. Ce qui fait dire à saint Jean « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». (Jean 3, 16)
Ce don va permettre à Dieu de se révéler sous un jour encore jamais atteint avec le peuple d’Israël. Cette révélation est extraordinaire. Elle nous révèle que notre Dieu est Père. Dans la prédication de Jésus, en effet, celui-ci ne se contente pas de parler de son Père, mais il enseigne à ses disciples à dire à Dieu « Notre Père ». (Mathieu 6, 9 et ss.) La paternité de Dieu qui est représentée de façon particulière par Dieu le Père est une paternité qui se réalise dans le Fils bien-aimé, le Fils « par nature » disent les théologiens, et cette paternité se donne des fils et les filles « par adoption » que nous sommes. Saint Paul l’avait compris et le rappelait ainsi aux chrétiens de Rome : « Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; nous crions ‘ Abba ! ‘ c’est-à-dire : Père ! » (Romains 8, 15)

Conclusion
Je m’arrête, car vous voyez que le mystère de la Trinité est inépuisable. Il n’est pas seulement un dogme de la foi que nous proclamons chaque dimanche dans le Je crois en Dieu . Il est le chemin dans lequel depuis notre baptême nous sommes entrés et dans lequel nous avançons en reconnaissant, dans l’Esprit Saint, Jésus comme le Fils bien-aimé de Dieu, notre Père, jusqu’au jour où, comme dit saint Paul, « nous le verrons face à face » (1 Corinthiens 13, 12). Ce que je nous souhaite à toutes et à tous.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 7E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE C « VIENS, SEIGNEUR JÉSUS ! »

31 mai, 2019

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Jésus ressuscité, triptyque

HOMÉLIE POUR LE 7E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE C « VIENS, SEIGNEUR JÉSUS ! »

Homélie pour le 7e dimanche de Pâques (Année B) 2 juin 2019 (sauf au Canada * où ce dimanche-là on célèbre la Solennité de l’Ascension qui n’a pas été célébrée le jeudi 30 mai 2019) par Mgr Hermann Giguère P. H., Séminaire de Québec Textes: Actes 7, 55-60, Apocalypse 22, 12-14.16-17.20 et Jean 17, 20-26.
*(aussi en Italie c’est dimanche prochain, désolé si je n’ai pas mis l’homélie)

Les textes des lectures d’aujourd’hui en ce dimanche entre l’Ascension et celui de la Pentecôte illustrent ce qu’est la vie du disciple qui partage celle de Jésus ressuscité. Reprenons chacune des lectures dans cette perspective.

I – Saint Étienne premier martyr
Dans la première lecture, le martyre de saint Étienne auquel participe saint Paul, ardent adversaire alors des premières communautés chrétiennes, nous fait entrer dans l’intimité de ce disciple de Jésus hors pair que fut Étienne qui servait les plus pauvres avec générosité et affection. Le récit des Actes des Apôtres nous livre quelque chose de ce que fut la relation personnelle d’Étienne avec Jésus. Étienne représente tous ceux et celles qui ont cru à la résurrection de Jésus sur le témoignage des premiers disciples Pierre et Jean, Marie- Madeleine, les disciples d’Emmaüs, Thomas ou encore les 500 frères dont parle Saint Paul dans une de ses lettres ( 1 Corinthiens 15, 6).
Étienne est ainsi un peu comme nous et il peut nous servir de modèle. Il n’a pas connu Jésus directement. Nous aussi. Il l’a connu par les premiers témoins de la résurrection. Nous aussi. Il s’appuie sur leur parole et leur témoignage. Nous aussi. On voit, d’autre part, que cette foi qui est en lui est une foi à transporter les montagnes comme le souhaite Jésus dans les évangiles. Il est tellement uni à Jésus qu’il l’aperçoit déjà avant de mourir. Il s’identifie à lui en pardonnant à ses meurtriers. Il laisse un message de paix et d’amour en donnant sa vie comme Jésus l’a fait pour ses frères et sœurs.
C’est tout un témoignage qu’il donne. Il sera à l’instar des Apôtres un témoin, ce que veut dire le mot martyr en grec. Il inspirera nombre de personnes dans l’histoire, notamment ceux et celles qui, comme lui, auront à donner leur vie pour le Christ lors des persécutions dans l’empire romain. Il inspire encore aujourd’hui nombre de chrétiens et chrétiennes, témoins du Christ et martyrs à leur tour, qui vivent dans des pays où ils sont persécutés pour leur foi et dont certains donneront leur vie pour le Christ comme ce laïc catholique pakistanais, Shahbaz Bhatti, ministre pakistanais des minorités religieuses, qui a été assassiné le 2 mars 2011 et dont la cause de béatification et de canonisation a été ouverte en 2016. Voir le lien à la fin.

II – Une inspiration
La deuxième lecture nous fait entrer, sous forme poétique, dans la vie des disciples des premières communautés chrétiennes. On sait que l’écrit de l’Apocalypse date de la fin du premier siècle après Jésus-Christ. Les persécutions contre les chrétiens sont déjà commencées comme celle de Néron en 64. L’auteur du livre de l’Apocalypse désire soutenir et encourager les chrétiens à persévérer malgré les embûches et les obstacles qu’ils rencontrent.
En s’adressant aux premiers disciples des églises naissantes autour de la mer Méditerranée l’auteur met dans la bouche de Jésus ces paroles que nous avons entendues : « Heureux ceux qui lavent leurs vêtements : ils auront droit d’accès à l’arbre de la vie et, par les portes, ils entreront dans la ville. Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. » L’image des « vêtements » renvoie au « vêtement blanc » du Baptême. La persécution est une purification. Elle ouvre les portes de la ville c’est-à-dire du Royaume de Dieu.
C’est là un message d’encouragement à la persévérance dans la foi reçue des Apôtres. Cette persévérance s’appuie sur une conviction ferme, celle de la présence toujours vivante de Jésus ressuscité. C’est pourquoi la prière de ces communautés se concentre dans l’invocation : « Viens, Saigneur, Viens ».
Cette invocation a franchi les siècles. Nous aussi nous sommes dans une Église écrasée de toutes parts, nous sommes à contre-courant et ce dont nous avons besoin c’est de nous tourner vers Celui qui est, comme le cite le début de cette deuxième lecture, l’Alpha et l’Oméga – le début et la fin de tout – et de lui dire avec insistance « Viens ». Nous le faisons à chaque Eucharistie de façon spéciale après la consécration lorsque nous reprenons une des invocations proposées par la liturgie qui est la suivante « Proclamons le mystère de la Foi » à laquelle l’assemblée répond : « Gloire à toi qui était mort, gloire à toi qui es vivant, notre Sauveur et notre Dieu : Viens, Seigneur Jésus! »

III- Un héritage
La lecture de l’évangile nous renvoie à notre vie à nous de disciple de Jésus en présentant un extrait des paroles de Jésus lors de la dernière Cène. On constate par celles-ci que Jésus est conscient qu’il a un héritage à transmettre, un héritage qu’il désire partager avec ses disciples.
Le moment est solennel. En levant les yeux au ciel, Jésus laisse son coeur parler. Et, en même temps, il insiste pour montrer qu’il le fait dans une union totale avec son Père. Jésus ne se sépare jamais de Celui qui l’a envoyé. Il entre totalement dans le message d’amour du Père. « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. ».
Jésus sait déjà le soir de la Cène qu’il ira jusqu’à donner sa vie dans cette fidélité incrustée en lui depuis toujours comme lui fait dire l’auteur de la Lettre aux Hébreux en utilisant un psaume : « Père tu m’as donné un corps et me voici pour faire ta volonté » (cf. Hébreux 10, 5-7). Faire la volonté de Dieu, c’est entrer dans le mouvement d’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint au sein de la Trinité qui se répand sur les disciples que nous sommes. C’est le souhait que Jésus fait aux Apôtres autour de lui le soir de la Cène et à tous ceux et celles qui les suivront. Que « l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux ». Tel est l’héritage de Jésus pour ceux et celles qui le suivent.
Cet héritage nous est confié et nous sommes invités nous aussi à être des hommes et des femmes témoins de l’amour de Dieu autour de nous, dans nos sociétés et dans nos pays.

Conclusion
Que les fruits de la rencontre de Jésus ressuscité continuent de s’exprimer dans nos vies et dans notre Église. « Oui! Seigneur, viens! » nous t’attendons. Que le Pain et le Vin consacrés que nous recevons ce matin nous soutiennent dans notre route de disciples du Seigneur Ressuscité à l’école des personnes qui nous ont précédés comme saint Étienne et les fidèles des premières générations chrétiennes.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 5E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE C « JE VOUS DONNE UN COMMANDEMENT NOUVEAU »

17 mai, 2019

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« aimez-vous comme je vous ai aimé »

HOMÉLIE POUR LE 5E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE C « JE VOUS DONNE UN COMMANDEMENT NOUVEAU »

Textes : Actes 14, 21b-27, Apocalypse 21, 1-5a et Jean 13, 31-33a.34-35.

C’est un verset du psaume de méditation qui nous guidera dans la méditation des textes des lectures de ce 5e dimanche de Pâques : « Ils annonceront aux hommes tes exploits, la gloire et l’éclat de ton règne. »
En effet, c’est la proclamation du Règne de Dieu accompli en Jésus Ressuscité qui motive Paul et Barnabé dont nous parle la première lecture. C’est la nouveauté et l’accomplissement glorieux de ce Règne que célèbre l’Apocalypse dans la deuxième lecture. C’est l’incarnation concrète de ce Règne que Jésus nous propose dans le commandement nouveau de s’aimer les uns les autres que nous rappelle l’évangile.

I – La proclamation du Règne de Dieu après la Pentecôte
Premièrement : la proclamation du Règne de Dieu après la Pentecôte.
La progression et la diffusion de l’annonce de l’Évangile se fait après la Pentecôte par des personnes remplies de l’Esprit Saint fortes de la force même de Dieu et prêtes à braver toutes les épreuves qui surviennent. Saint Paul est le plus connu de ces grands évangélisateurs. Il fait cela parce qu’il a rencontré le Christ ressuscité. Il n’a pas, comme les autres apôtres, connu Jésus avant sa résurrection. C’est le Jésus ressuscité qui l’habite et dont il témoigne.
C’est la même chose pour chacune et chacun de nous si nous laissons le Ressuscité habiter en nous par une foi qui le reçoit et l’accepte comme le Seigneur de nos vies. Barnabé a sûrement fait ce choix lui aussi.
Ces deux évangélisateurs des débuts de l’Église sont des modèles non seulement par leurs déplacements qui sont impressionnants mais par leur engament à proclamer la Parole qui annonce la Bonne Nouvelle. Ils le font après avoir reçu l’imposition des mains de leurs frères d’Antioche. Ils se considèrent envoyés. Ils ne proclament pas leur évangile mais celui de Jésus. Les difficultés ne manquent pas, mais leur persévérance et leur ardeur les entraînent toujours en avant.
Nous avons ici dans l’extrait des Actes des Apôtres qui a été lu un moment de leur prédication qui se continuera pendant de nombreuses années et qui culminera dans la fondation de plusieurs communautés chrétiennes autour de la mer Méditerranée. Et saint Paul selon la tradition confirmera sa prédication par le don de sa vie à Rome où il subira le martyre.

II – La nouveauté et l’accomplissement du Règne de Dieu
Deuxièmement : la nouveauté et l’accomplissement du Règne de Dieu
La deuxième lecture à travers un style poétique et l’image de la Jérusalem nouvelle vient encourager les auditeurs et les auditrices de ce texte en leur révélant nous seulement la beauté du message qui leur a été confié comme disciples de Jésus, mais toute la nouveauté qu’il apporte à ceux et celles qui le reçoivent.
Le Règne de Dieu ou le Royaume de Dieu est décrit avec l’image de la Jérusalem nouvelle. « Il sera la demeure de Dieu parmi les hommes et ils seront son peuple, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur ».
Cette image est une image d’espérance et de réconfort pour les chrétiens des débuts de l’Église. Elle l’est encore pour nous aujourd’hui. Notre foi en Jésus rencontre bien des obstacles, même des persécutions comme aux premiers temps de l’Église et pourtant elle s’appuie sur une Parole qui ne passe pas et qui est toujours vivante comme l’est celui qui est Ressuscité et que nous célébrons de façon particulière dans le temps de Pâques.
Sa glorification par le Père dans sa Résurrection l’exalte afin que tout genou fléchisse devant lui et que toute langue proclame qu’il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père (Philippiens 2, 9-11) Notre espérance en lui ne sera pas déçue.

III – L’incarnation concrète du Règne de Dieu
Troisièmement : l’incarnation concrète du Règne de Dieu.
Le Règne de Dieu s’est accompli dans une obéissance totale de Jésus à son Père et dans le don de sa vie pour ses frères et sœurs. L’évangile lu nous présente un moment d’intimité de Jésus avec les siens avant sa Passion. Ce moment est touchant par la familiarité qui se dégage des propos retenus par saint Jean. Cette familiarité assez rare dans les évangiles se cristallise dans l’appellation « Mes petits enfants ».
Ces paroles viennent rejoindre le cœur des personnes présentes. Ainsi c’est dans une bonne terre que tombe le message de Jésus. C’est le commandement nouveau, le fameux « Aimez-vous le uns les autres ». « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres ». Ce commandement nouveau nous est présenté ici au moment où Jésus sera trahi. Il au cœur de la prédication de Jésus et Il sera repris de multiples façons par la suite dans l’annonce de l’Évangile. Il faut remercier saint Jean et ses disciples d’avoir mis l’accent sur ce commandement nouveau de façon répétée.
En effet, saint Jean dans ses Lettres reprendra souvent ce message fondamental de Jésus. Il en fera même, à juste titre, le signe de la présence de Dieu parmi nous : « Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. » (I Jean 4, 11). Et plus loin dans cette lettre on trouve une exhortation on ne peut plus directe : « Si quelqu’un dit : ‘J’aime Dieu’, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. » (I Jean 4, 20-21)

Conclusion
Voilà aujourd’hui des lectures de la Parole de Dieu qui nous ouvrent des perspectives bien stimulantes. Nous sommes nous aussi comme Paul et Barnabé des évangélisateurs et des évangélisatrices à notre façon. Dans cette tâche nous pouvons compter sur la grâce de Dieu et nous collaborons à la naissance de cieux nouveaux, d’une terre nouvelle dont notre monde a tant besoin. Tous et toutes y arriveront en donnant le témoignage d’un amour de tous les instants qui ne fait pas de distinctions et qui est toujours ouvert sur le frère ou la sœur dans le besoin qui est pour nous la présence du Christ dans nos vies (cf. Mathieu 25, 40).
Que cette Eucharistie nous permette, en reconnaissant la présence de Jésus dans son Corps et dans son Sang qui sont sur l’autel, de le voir aussi dans nos frères et sœurs qui sont sur les places, dans la rue, dans nos familles, dans les centres d’achats, dans les ateliers, dans les salles de cours, dans les bateaux de réfugiés, dans les jeunes abusés et en bien d’autres lieux où Jésus nous attend.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québeca

HOMÉLIE POUR LE 4E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE C « MES BREBIS ÉCOUTENT MA VOIX ; MOI, JE LES CONNAIS »

10 mai, 2019

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HOMÉLIE POUR LE 4E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE C « MES BREBIS ÉCOUTENT MA VOIX ; MOI, JE LES CONNAIS »

Textes : Actes 13, 14.43-52, Apocalypse 7, 9.14b-17 et Jean 10, 27-30

Nous avons ce matin un extrait de l’évangile de saint Jean qui reprend une image bien connue celle du bon pasteur ou bon berger. Dans cet extrait de l’évangile de saint Jean c’est Jésus lui-même qui nous explique ce que cette image signifie pour les relations mutuelles entre les brebis et le pasteur, entre nous et lui.

I – Le choix de l’image du bon pasteur
On est habitué à retrouver dans la bouche de Jésus des images de toutes sortes qui donnent lieu souvent à des histoires ou des paraboles comme celle de la semence ou celle du levain dans la pâte.
Ici, l’image du bon pasteur qu’emploie Jésus dans cet évangile est plus qu’une image. Jésus le précise d’entrée de jeu en disant « Je suis le bon pasteur », il ne dit pas « je suis comme le bon pasteur », mais « je suis le bon pasteur ». Puis il se charge lui-même de décrire ce que cela signifie pour lui.
Suivons-le.

II –Trois traits de la relation de Jésus, bon pasteur, avec nous
Le premier trait retenu par Jésus c’est celui de la réciprocité. « Moi, je les connais, et elles me suivent ».
Les deux, le pasteur et les brebis, ne peuvent se ficher de l’autre. Leur sort est lié à celui de l’autre. Les brebis ne peuvent partir sans le pasteur. Le pasteur ne peut s’éloigner d’elles et les laisser à elles-mêmes. Il est ainsi amené à développer une sollicitude continuelle de tous les instants. Même la nuit il dort avec une œil ouvert, comme on dit, comme le font les parents de jeunes enfants.
Quelle belle image du lien que Jésus a et veut développer avec chacun et chacune d’entre nous. Sa présence auprès de nous, n’est pas une présence intellectuelle et distante. Elle est une présence de tous les instants qui rejoint notre vie concrète. Il le promet lorsqu’il apparaît aux apôtres en Galilée avant l’Ascension : «Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.» (Mathieu 28, 20)
Puisque nous sommes des brebis, nous sommes invités quant a nous à vivre avec notre pasteur une proximité et une intimité de tous les instants. Nous pouvons nous tourner vers lui en tout temps car il est toujours là. Nous sommes liés à lui, car sans lui nous ne pouvons par nos seules forces réaliser ce que nous devons faire pour répondre à l’appel de Dieu dans nos vies. Comme brebis nous sommes dépendants de notre pasteur. Le lien mutuel entre le pasteur et les brebis, entre Jésus et nous, est un lien serré et inviolable, ce qui fera dire à saint Paul dans sa Lettre aux Galates « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi ». (Galates 2, 20)
Le deuxième trait retenu par Jésus pour décrire ce qu’il est comme pasteur, c’est la relation affectueuse avec les brebis. « Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main ».
Jésus, le bon pasteur, est tellement proche des brebis qu’il prend même sur lui leurs péchés. Il a été à la recherche de la brebis perdue et il l’a portée sur ses épaules pour la ramener au bercail. Pour Jésus les brebis sont sa vie. Il a donné sa vie pour qu’elles vivent de la vie même de Dieu. Il les a réunies autour de lui pour les offrir au Père comme un sacrifice agréable et leur donner la vie éternelle.
Le troisième trait qui s’applique au pasteur qu’est Jésus, c’est la relation de communion des brebis avec lui et avec le Père : « personne ne peut les arracher de la main du Père ».
Ce lien de chaque brebis avec Jésus et avec le Père la fait entrer dans une communion de coeur et d’esprit avec Jésus et son Père dans laquelle il les entraîne, car comme il le dit : « Le Père et moi, nous sommes UN ».
La brebis que nous sommes vivra l’amour qui vient du Dieu-Amour (l’agapè). Elle entrera ainsi dans la communion entre Jésus et son Père. Le disciple de Jésus est appelé à partager cette communion du Père et du Fils avec ses frères et soeurs. Elle se reflétera dans le « aimons-nous les uns les autres » qui est un impératif incontournable pour le chrétien et pour toute communauté chrétienne. C’est ainsi que s’exprime la communion entre le pasteur et les brebis.

III – Application
Vous pouvez constater que l’image du pasteur a une belle résonance dans les paroles de Jésus aujourd’hui. Ces paroles de Jésus nous permettent d’aller plus loin dans la compréhension et l’expérience de nos relations avec Lui.
Le temps de Pâques est une belle occasion de nous laisser entraîner derrière le bon pasteur qu’est Jésus. Apprenons à être et à devenir de vraies « bonnes brebis ». Nous saurons éviter les chemins de traverses si nous prenons le temps de regarder celui qui se présente comme le bon pasteur, le bon berger. Celui-ci aime ses brebis. Son amour n’est pas un amour commandé, mais c’est un amour qui vient du cœur, qui le fait se pencher vers chacune des brebis avec sollicitude et avec attention.
Le texte de saint Jean nous a mis sur la piste de trois traits essentiels au pasteur qui ressortent des paroles mêmes de Jésus : réciprocité, affection et communion. Ces trois traits sont une invitation à les développer nous aussi dans nos vies à l’image du bon pasteur, du bon berger, Jésus qui est notre modèle et notre inspiration. En effet, nous sommes toutes et tous envoyés vers nos frères et soeurs pour les soutenir, les accompagner et les aimer comme le pasteur aime ses brebis poursuivant ainsi la mission d’annoncer « le salut jusqu’aux extrémités de la terre » comme le font Paul et Barnabé au début de l’Église dans le reportage coloré qu’en fait la première lecture.

Conclusion
Que l’Eucharistie que nous célébrons comme à chaque dimanche nous permette d’aller plus loin dans notre suite de Jésus, le bon pasteur, en tout temps, dans les moments plus difficiles et dans les moments joyeux, et que notre marche à sa suite nous conduise à la bergerie où il nous attend pour toujours. C’est ce que je nous souhaite à toutes et à tous.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE C « VENEZ MANGER »

3 mai, 2019

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apparition à Tibériade

HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE C « VENEZ MANGER »

Textes : Actes 5, 27b-32.40b-41, Apocalypse 5, 11-14 et Jean 21, 1-19.

Dans l’épisode de l’évangile de saint Jean que nous venons d’entendre, on retrouve les disciples non plus à Jérusalem, mais en Galilée. Ils ont quitté les lieux des derniers moments de la vie de Jésus et des premières apparitions du Ressuscité. Ils ont repris leurs occupations habituelles. Ils se sont remis à la pêche.
La rencontre avec Jésus sur le bord du lac tant pour Pierre que pour les autres ne se présente pas comme une occasion de témoignage, mais plutôt comme un moment de familiarité émouvante et de proximité. Regardons-y de plus près.
I – Un dialogue surprenant
La scène racontée nous montre Jésus qui s’adresse aux disciples sur un ton très familier : « Les enfants, auriez-vous un peu de poisson? ». Puis quand ils débarquent sur la rive, ils voient un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Et Jésus les invitent à déjeuner avec lui. « Venez manger ».
Cette scène est touchante. Il ne s’agit pas d’une apparition où scintille la lumière, où brille le visage de Jésus, où ses vêtements sont plus blancs que la neige. Non, il s’agit de gestes et de paroles de la vie quotidienne. Le Ressuscité se montre aux disciples et s’approche d’eux comme il le faisait autrefois aux jours de sa vie terrestre. Leurs liens avec lui ne sont pas disparus, ils sont transformés
C’est pourquoi, l’auteur de l’évangile écrit que « c’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples ». Les apparitions de Jésus Ressuscité sont toutes des manifestations d’une présence nouvelle que les disciples expérimentent.
Les détails du récit sont là pour nous faire comprendre que cette présence du Ressuscité, même si elle est différente de sa présence terrestre, est une présence tout aussi réelle, une présence qu’on sent dans la vie de tous les jours.
Pas besoin de quitter ses occupations pour rencontrer Jésus. Comme les disciples, tu peux le rencontrer dans tes occupations habituelles : au travail, dans les conversations au téléphone ou pourquoi pas sur Twitter ou Facebook, dans les personnes que tu croises, dans tes amis, dans tes enfants, dans les jeunes, dans les personnes âgées etc.
II – M’aimes-tu?
Si nous continuons la lecture de ce beau texte, nous avons la fameuse scène avec saint Pierre où Jésus lui demande par trois fois « M’aimes-tu? ». Cette question touche l’intime de l’être. Elle fait écho au triple reniement de saint Pierre lors de la Passion. Elle lui donne l’occasion non seulement de regretter ce geste dans la cour du Grand Prêtre, mais elle lui permet de redire tout son amour pour celui qui l’a choisi comme Berger de ses brebis et dont il sera un témoin flamboyant comme nous le voyons dans la première lecture.
Dans cette rencontre touchante avec Jésus Ressuscité, le lien de Pierre avec le Ressuscité se présente comme un lien intime qui se développe dans un climat de partage personnel et d’amour confiant. « Seigneur tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ».
Cette rencontre qui touche l’intime de l’être n’est pas réservée à saint Pierre. C’est à chacun et à chacune de nous que Jésus dit ce matin « M’aimes-tu? ». En effet, Jésus continue de se manifester dans notre monde et dans nos vies comme il l’a fait pour les disciples sur le bord du lac. Il attend aussi des réponses d’amour et de foi. Il redit à chacun et à chacune : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre». « Venez manger ».

III- Application
Notre Eucharistie dominicale est un repas où Jésus Ressuscité se manifeste à chaque fois dans le Pain et le Vin consacrés. Le sacrement de l’Eucharistie nous rassemble dans l’attente du Retour du Christ que nous annonçons « jusqu’à ce qu’il vienne » comme dit Saint Paul (I Corinthiens 11, 26). La nourriture qu’il nous propose pour notre pain quotidien, ce n’est plus du poisson grillé, mais son Corps et son Sang.
Le temps pascal nous permet de nous laisser imbiber profondément de la présence de Jésus Ressuscité, Celui qui est vivant hier, aujourd’hui et demain. Même lorsque sa présence semble disparaître, il ne faut pas se décourager, il n’est jamais trop tard. Il est toujours là. Comme les disciples ouvrons les yeux de la foi et nous pourrons dire « C’est le Seigneur ».

Conclusion
Vous voyez que ce beau récit de l’évangile de ce matin est rempli de richesses et de leçons qui peuvent nous aider à vivre mieux notre engagement de chrétien-croyant dans un monde où la foi en la Résurrection de Jésus disparaît souvent des écrans de radar. C’est à nous, à l’exemple de Pierre et des Apôtres dont parle la première lecture, d’être les témoins de tout cela et de crier à pleine voix, comme il est dit dans la lecture de l’Apocalypse : « Lui, l’Agneau immolé, il est digne de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et bénédiction ».
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 2E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE C OU DIMANCHE DE LA DIVINE MISÉRICORDE « NOUS AVONS VU LE SEIGNEUR »

26 avril, 2019

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Thomas, l’incrédule 

HOMÉLIE POUR LE 2E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE C OU DIMANCHE DE LA DIVINE MISÉRICORDE « NOUS AVONS VU LE SEIGNEUR »

Textes : Actes 5, 12-16, Apocaplypse 1, 9-11a.12-13.17-19 et Jean 20, 19-31.

Nous célébrons aujourd’hui le 2e dimanche de Pâques. On ne dit pas le 2e dimanche après Pâques, mais bien le 2e dimanche de Pâques parce que pendant 40 jours c’est la fête de Pâques qui se continue. C’est bien normal, car Pâques est le cœur de notre foi. C’est le Christ ressuscité que nous suivons et que nous reconnaissons toujours présent dans nos vies.
La liturgie de ce dimanche nous offre trois pistes pour vivre concrètement notre foi au Christ ressuscité. La première centre notre regard sur le Christ miséricordieux, la seconde nous ramène à notre baptême et la troisième est l’occasion d’une profession de foi en Jésus ressuscité.
I – Jésus miséricordieux
Le 2e dimanche de Pâques a été proclamé le Dimanche de la Divine Miséricorde par le pape saint Jean-Paul II le 30 avril 2000. C’est un choix qui répond aux démarches d’une religieuse polonaise, sainte Faustine Kowalska, à qui le Seigneur avait demandé de se consacrer à la promotion de la dévotion à la Divine Miséricorde en diffusant une image de Jésus miséricordieux et en sollicitant des autorités ecclésiastiques l’institution d’une fête de la Divine Miséricorde. « La Fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles, je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques » entend-elle Jésus lui dire un jour (Petit Journal de saint Faustine Kowalska, § 699).
L’image de Jésus miséricordieux diffusée par sainte Faustine que vous avez peut-être vue montre un Christ dont le cœur irradie des rayons de toutes les couleurs et sur laquelle est écrit « Jésus, j’ai confiance en Toi ! » (en polonais : « Jezu, ufam Tobie ! »).
Sainte Faustine recommande de s’arrêter à 15 heures à chaque jour pour faire mémoire de la mort de Jésus, de prier les litanies de la miséricorde et aussi à chaque année de commencer une neuvaine à la Divine Miséricorde le Vendredi Saint. C’est cette pratique qui explique le choix du 2e dimanche de Pâques comme fête de la Divine Miséricorde. En effet, si on commence un parcours de neuf jours le Vendredi Saint, on le termine le samedi suivant et le dimanche qui suit est le jour où on peut célébrer la fête de la Divine Miséricorde.
« Jésus, j’ai confiance en Toi ». Voilà la première piste de méditation pour notre célébration d’aujourd’hui.
II – Le dimanche des personnes nouvellement baptisées à Pâques appelé autrefois « Dimanche in albis » ou « Dimanche de la Quasimodo »
La seconde piste de médiation met devant nous la réalité de notre baptême. Elle m’inspire beaucoup parce qu’elle est enracinée dans les usages de la catéchèse baptismale des premiers siècles de l’Église. Le 2e dimanche de Pâques marquait et marque encore ajourd’hui la remise par les nouvelles personnes baptisées de leur vêtement blanc (leur aube) reçu la nuit de la Vigile pascale. Ce vêtement était porté autrefois pendant toute la semaine et le 2e dimanche de Pâques les personnes nouvellement baptisées étaient intégrées totalement à leur communauté chrétienne. Ils en faisaient partie désormais à part entière.
Pendant toute la semaine qu’on appelle l’ « octave de Pâques », dans l’Église ancienne, les personnes nouvellement baptisée avaient entendu des catéchèses sur leur foi pour entrer dans le mystère qu’elles vivaient, des « catéchèses mystagogiques » disait-on, qui les aidaient à se familiariser avec les nouvelles réalités de leur foi.
On ne peut faire autrement que de suivre le même chemin que les personnes nouvellement baptisées. Même si nous avons vécu notre baptême, pour la plupart, dans notre enfance, celui-ci produit sa grâce, sa vigueur et sa richesse sans défaillance tout au cours de nos vies. Par le baptême nous avons été comme le dit saint Paul « ensevelis avec le Christ, nous sommes ressuscités avec Lui » (Romains 6, 4 cf. aussi Colossiens 2, 12). Et avec lui nous sommes invités à vivre pour Dieu.
La vie chrétienne ne peut se réduire à des pratiques. Elle est d’abord et avant tout l’union à une personne, le Christ, qui nous entraîne avec lui. Nous n’avons jamais fini vivre et goûter les effets de cette relation. Nous pouvons avec joie nous associer à nos frères et sœurs nouvellement baptisés car pour nous aussi le chemin à la suite du Christ, même s’il est commencé depuis longtemps, est encore à découvrir et à approfondir dans notre vie de tous les jours.

III – Thomas, l’incrédule
La troisième piste de réflexion repose sur le récit très connu de l’apparition de Jésus à Thomas. L’évangile de saint Jean nous en raconte les détails. Les disciples ont déjà rencontré le Ressuscité dans un moment de présence intense où ils l’ont reconnu en entendant le souhait qu’il leur faisait : « La paix soit avec vous! ».
Thomas n’était pas avec eux. Il demande à se rendre compte par lui-même que Jésus est bien ressuscité. Et le miracle se produit. Jésus se tient de nouveau au milieu de ses disciples et Thomas est là.
La scène où il met sa main dans les plaies du Christ et les paroles qu’il prononce : « Mon Seigneur et mon Dieu » ont traversé les siècles. Elles ont inspiré des milliers et des milliers des personnes.
On peut se demander si Thomas était un incrédule irréductible. Je ne pense pas, car ce qui ressort du récit de saint Jean c’est que Thomas a besoin d’être certain que le Jésus que lui et les disciples rencontrent est bien le même que celui qu’ils ont côtoyé avant sa mort et qui est mort sur la croix quelques jours plus tôt. C’est ce qu’exprime symboliquement les paroles « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la arque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Saint Jean, en racontant cette scène de façon très colorée, veut ainsi nous faire comprendre que la résurrection de Jésus n’est pas un simple retour à la vie. Ce n’est pas comme si un cadavre revenait à la vie. C’est un mystère de foi où le Jésus mort sur la croix continue de vivre d’une autre façon, mystérieuse. qui le rend accessible à tout le monde pour les siècles des siècles.
Lorsque je participe à l’Eucharistie comme nous le faisons ce matin, c’est le Christ ressuscité que je rencontre. Il se présente à moi comme il l’a fait pour les disciples et pour Thomas. Est-ce que je suis prêt à lui dire et redire : « Mon Seigneur et mon Dieu » ?

Conclusion
Ces trois pistes de méditation nous permettent d’aller un peu plus loin dans notre foi en Jésus Ressuscité, Seigneur et Sauveur. Ce matin, nous sommes nourris et touchés par l’image de Jésus miséricordieux, par les nouveaux baptisés et par la scène de Thomas qui rencontre Jésus ressuscité.
Laissons-nous habiter par la personne du Christ qui est comme le dit l’Écriture l’Alpha et l’Omega, le commencement et la fin de tout, celui que Dieu nous a donné pour ramener l’humanité vers Lui.
Que le Seigneur Jésus nous illumine et nous remplisse de sa vie pendant tout le temps pascal et tous les jours de notre vie !

Amen!

HOMÉLIE POUR LE 5E DIMANCHE DU CARÊME ANNÉE C « JE NE TE CONDAMNE PAS »

5 avril, 2019

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Jesus et la femme adultère

HOMÉLIE POUR LE 5E DIMANCHE DU CARÊME ANNÉE C « JE NE TE CONDAMNE PAS »

Textes: Isaïe 43, 16-21, Philippiens 3, 8-14 et Jean 8, 1-11.

Cet épisode de la femme adultère est avec celui de la Samaritaine que Jésus rencontre au puits et à qui il demande à boire (Jean 4, 5-42) une des scènes les plus émouvantes de la prédication de Jésus que nous racontent les évangiles.
Le récit de la femme adultère que nous venons d’entendre est comme une photographie, un reportage sur le vif que les apôtres ont retenu et que saint Jean a inscrit dans son évangile.
Comme tous les événements de la vie de Jésus, il est pour nous riche d’enseignements. Sans prétention, j’en ai dégagé trois que je vous partage ce matin pour alimenter notre méditation en ce 5e dimanche du carême.
I – Une remarque bien appropriée
Le premier enseignement que je retiens est exprimé par la phrase « « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre ». C’est une application pratique de ce que Jésus a déjà proclamé lorsqu’il disait : « Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère. » (Luc 6, 42). En d’autres termes il dit à ceux qui condamnent la femme : « Commencez par vous regarder avant de condamner l’autre ».
Cette remarque a toute sa valeur en tout temps. Il est très facile, en effet, d’avoir deux regards : un pour les autres, sévère et dur, et un autre pour nous, large et doux. Il faut être conscient de cette tendance naturelle et prendre le temps de se questionner dans nos attitudes vis-à-vis les autres. Il ne s’agit pas de nier ce qui est mal ou ce qui est incorrect. On ne se ferme pas les yeux sur le mal ou le péché, mais on reste toujours sensible aux personnes, à leur dignité, à leurs efforts, à leurs limites, à leurs histoires si différentes les unes des autres.
Voilà une première leçon que je voulais vous partager après avoir médité le fameux récit de la femme adultère. Chacune et chacun peut en faire son profit, je pense. Mais ce n’est pas tout. Il y a deux autres points que je voudrais ajouter.
II – Une invitation au discernement
Le deuxième point m’est suggéré par le geste unique de Jésus qui se penche par deux fois et qui écrit sur la terre. Ce qui m’a intéressé ici ce n’est pas d’imaginer les mots que Jésus a pu écrire ou les signes qu’il a peut-être dessinés. Non, je me suis mis plutôt dans la peau de Jésus et j’ai vu ces deux gestes comme des gestes de pause où il laisse du temps à ses interlocuteurs pour se ressaisir, pour mieux discerner.
Ces moments de pause de Jésus qui se penche pour écrire sur le sol veulent favoriser un questionnement chez ses interlocuteurs, outrés par cette femme qui a commis l’adultère. Il les invite à plus d’ouverture au lieu de se cantonner dans une position qui oublie la personne au profit d’une application stricte de la Loi. Leur recours à la Loi de Moïse est ainsi mis en question. Ils le font d’une façon trop légaliste pour Jésus. Celui-ci voit la situation avec un autre regard qui est celui de la miséricorde, lui qui a dit à ses disciples : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. » (Luc 6, 36-37)
Jésus sait, bien sûr, que cette femme a péché et que la loi de Moïse impose une punition claire pour ce genre de faute. Et pourtant, il ne se laisse pas aller comme ses interlocuteurs à une interprétation rigide et absolue de la loi. Il s’intéresse non seulement à la punition mais à la personne qui est devant lui et à sa capacité de faire face à sa situation. C’est ce qui explique sa réponse « Je ne te condamne pas ».
III- Une attitude d’accueil et de compassion
Cette réponse c’est le troisième point que je veux souligner. Le « Je ne te condamne pas » est une réponse qui reflète l’amour de Dieu qui sauve et qui pardonne. C’est la mission de Jésus d’en être le messager. « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades, dira-t-il un jour aux pharisiens qui lui reprochaient de manger avec les publicains et les pécheurs. Et il ajoutait : « Allez apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » (Mathieu 9, 12-13) Devant cette femme accablée par ses accusateurs, Jésus ne se présente pas comme un juge extérieur, il regarde avec amour l’intérieur de la personne. D’autre part, son attitude d’accueil et de respect ne l’empêche pas d’inciter la personne à changer, à se prendre en main, à se convertir. Il le dit explicitement à la femme : « Va et ne pèche plus ».
On est justifié de retenir le comportement de Jésus dans cet épisode de la femme adultère comme un modèle de notre comportement avec nos frères et sœurs dans le pétrin. L’attitude à développer à la suite de Jésus c’est celle du respect et de l’amour pour les personnes qu’elles que soit leur situation de vie et leur histoire.
Je ne puis m’empêcher de citer le pape François dans son document sur le Synode sur la Famille publié en 2016 intitulé Amoris laetitia ( La joie de l’amour ) qui insiste pour dire que « la route de l’Église est celle de ne condamner personne éternellement; de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d’un cœur sincère ». (no 296) Déjà sur l’avion de retour de la Journée mondiale de la jeunesse tenue à Rio de Janeiro en 2013, il avait surpris le monde entier en répondant à un journaliste qui lui demandait ce qu’il pensait d’une personne qui est homosexuelle : « Qui suis-je pour la juger ? » Ce qui est, à tout fin pratique, une réponse calquée sur celle de Jésus à la femme adultère : « Je ne te condamne ».
L’Église à la suite de Jésus n’a pas à se lancer dans les condamnations, mais elle a à manifester la bonté et la miséricorde de Dieu. L’idéal évangélique et les invitations de Jésus gardent toute leur force. L’Église doit les rappeler et les proclamer, mais elle doit le faire en tenant compte des personnes d’abord. C’est ce qui est ressorti de la rencontre des présidents des conférences épiscopales sur les abus vis-à-vis les mineurs dans l’Église en février 2019 où on a mis au premier plan les personnes abusées alors qu’on avait eu tendance dans le passé à mettre en avant l’intérêt de l’Église institution et celui des personnes en autorité.

Conclusion
Comment arriver à cette attitude d’accueil et de respect pour les personnes dans leurs faiblesses et leurs pauvretés dont Jésus nous donne l’exemple ? Ce n’est pas facile. Nous y arriverons si, comme saint Paul, nous nous laissons saisir par le Christ comme il est dit dans la deuxième lecture. Il y a des choses qui sont possibles uniquement avec la grâce de Dieu. Cette grâce de Dieu est en nous et elle n’est pas vaine et inactive.
Les rencontres comme celle de Jésus avec la femme adultère ne nous manquerons pas. La société autour de nous porte les marques de blessures de toutes sortes, de recherches manquées, de pesanteurs difficiles à supporter. Il ne s’agit pas seulement de la société, mais il s’agit aussi de chacune et chacun d’entre nous qui portons, comme la femme adultère, le poids de nos propres limites, de notre péché et de nos pauvretés.
Que cette Eucharistie soit pour nous une rencontre unique avec Jésus comme le fut celle de la femme adultère avec lui. Il est présent parmi nous et il nous redit, qui que nous soyons : « Je ne te condamne pas. Va et ne pêche plus ».
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 4E DIMANCHE DU CARÊME ANNÉE C « MON FILS QUE VOILÀ ÉTAIT MORT, ET IL EST REVENU À LA VIE »

29 mars, 2019

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le fils prodigue

HOMÉLIE POUR LE 4E DIMANCHE DU CARÊME ANNÉE C « MON FILS QUE VOILÀ ÉTAIT MORT, ET IL EST REVENU À LA VIE »

Josué 5, 9a.10-12, 2 Corinthiens 5, 17-21 et Luc 15, 1-3.11-32.

Lors d’une retraite internationale à Assise, j’ai eu l’occasion de vivre une célébration du sacrement de la réconciliation tout à fait particulière. Cette célébration animée par des membres de la Communauté du Chemin Neuf m’avait marqué. S’inspirant de la parabole du fils prodigue ou mieux du père miséricordieux, le groupe a commencé par mimer sans paroles le récit de cette parabole archiconnue. Ils l’ont fait avec un art consommé. Par leurs gestes et leurs attitudes inspirés de la parabole, ils nous faisaient entrer petit à petit dans la démarche du sacrement de la réconciliation.
En effet, le sacrement de la réconciliation ou du pardon est à l’image de ces retrouvailles du fils prodigue avec son père. C’est donc en m’inspirant de la parabole de saint Luc que nous venons d’entendre, que je voudrais, ce matin, nous aider à entrer dans le sacrement de la réconciliation en rappelant et commentant brièvement les actes qui le constituent et que le Catéchisme de l’Église catholique appelle les actes du pénitent : la contrition, l’aveu ou la confession des fautes et la pénitence ou la satisfaction (no 1450).
Reprenons donc le récit de saint Luc pour approfondir la démarche de réconciliation que nous sommes invités à faire durant le temps du Carême. Commençons par la contrition.
I – La contrition
Le Catéchisme de l’Église catholique la définit ainsi : Elle est « une douleur de l’âme et une détestation du péché commis avec la résolution de ne plus pécher à l’avenir » (no 1451).
Regardons comment le fils prodigue vit cette attitude de contrition. Celui-ci commence par prendre conscience de sa situation. Il se regarde au moment où il a tout perdu et, alors, en lui naît le désir de revenir sur les gestes qu’il a fait. Il en est profondément attristé. « Alors il rentra en lui-même et se dit ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !’ » Cette ouverture ici dans le cas du fils prodigue a un côté intéressé. Il voit ce qu’il a laissé et il se compare aux ouvriers de son père. C’est ce qu’on a appelé la « contrition imparfaite ».
L’attitude du fils prodigue, même si elle est intéressée, marque le début d’un retournement, d’une mise en marche. Et un tel ébranlement de la conscience peut amorcer une évolution intérieure qui permet d’aller plus loin que son intérêt et son profit personnel pour s’en remettre à l’amour désintéressé, ce qui est la « contrition parfaite » qui provient de l’amour de Dieu aimé plus que tout (cf. no 1452).
Nous avons là l’essentiel qui est au cœur de toute démarche pénitentielle de conversion. La personne est non seulement touchée par sa situation de refus ou de faute, mais elle est prête à mettre tout son cœur et ses efforts pour en sortir. Comment le faire ? En avouant et en confessant ses fautes.
II – L’aveu ou la confession
L’aveu ou la confession de ses péchés ou de ses fautes est le deuxième acte demandé à toute personne qui se présente au sacrement de la réconciliation. Dans le Catéchisme de l’Église catholique on cite cette belle phrase de saint Augustin pour décrire ce geste : « Le commencement des œuvres bonnes, c’est la confession des œuvres mauvaises. Tu fais la vérité et tu viens à la Lumière » (S. Augustin, ev. Jo. 12, 13).
Le fils prodigue vit cet aveu intensément tout d’abord dans son cœur avant la rencontre de son père. Il en fait une visualisation : « Je lui dirai : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers’ ». C’est là qu’on voit qu’il est important de s’arrêter de temps à autre pour relire sa vie et faire le point.
Une fois cette prise de conscience faite, le fils prodigue passe à l’acte. Il se lève et se met en marche. Il arrive non loin de la maison de son père qui l’aperçoit. Une fois devant lui, il tombe à genoux en se jetant dans ses bras et il confesse sa faute : « Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.’ »
Cet aveu ou confession dans la pratique actuelle du sacrement de la réconciliation porte sur les fautes graves, mais il porte aussi sur tout ce qui nous éloigne de notre vocation de disciple de Jésus. Rien de ce que nous vivons n’y échappe : vie sociale, personnelle, familiale, ecclésiale, spirituelle etc. L’examen de conscience, une pratique recommandée par les Exercices spirituels de saint Ignace, est très approprié pour nous permettre de faire ainsi le point dans nos vies et de mieux profiter de nos rencontres avec Dieu par l’intermédiaire du prêtre dans le sacrement de la réconciliation.
On peut le faire de diverses façons : à partir de textes de la Parole de Dieu comme celui des Béatitudes par exemple, à partir de nos conditions de vie et de nos obligations familiales ou professionnelles, à partir des commandements de Dieu etc. L’important c’est de le faire dans un climat de prière. Saint Ignace y insiste au no 43 des Exercices en présentant les cinq points de cet examen : rendre grâce à Dieu pour les bénédictions reçues, demander la grâce de connaître nos péchés et de les éradiquer, demander des comptes à l’âme des pensées, des mots et des actions, demander pardon à Dieu pour nos manquements, proposer de nous racheter par sa grâce.
III – La pénitence ou la satisfaction
Revenons au fils prodigue. Les paroles qu’il a longuement méditées sont à peine prononcées dans son aveu, sa confession, que son père lui manifeste un pardon total rempli de la joie de retrouver son fils qu’il avait perdu. « Mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé ».
C’est ce qui nous arrive à chaque fois que nous nous approchons du sacrement de la réconciliation. Dieu par le ministère du prêtre qui nous reçoit et nous écoute nous prend dans ses bras et nous revêt de la joie de nous retrouver près de lui dans des sentiments de regret et avec une volonté d’aller plus loin sur le chemin de la sainteté dans l’avenir .
Cette volonté d’aller plus loin nous incitera à corriger ce qu’il y a à corriger chez nous, à limiter les marques des fautes passées par une claire volonté de pénitence ou de satisfaction comme le dit le Catéchisme de L’Église catholique : « Relevé du péché, le pécheur doit encore recouvrer la pleine santé spirituelle ». (no 1459)
Cette étape de « recouvrement de la pleine santé spirituelle » nous renvoie à nos occupations quotidiennes avec un regard nouveau pour tenter avec la grâce de Dieu de devenir de plus en plus de dignes fils ou filles de Dieu.

Conclusion
Ce bref parcours de la parabole bien connue du fils prodigue ou du père miséricordieux en lien avec la démarche que nous faisons dans le sacrement de la réconciliation pourra, je l’espère, nous aider à mieux vivre ce sacrement en ce temps du Carême.
Qu’il soit toujours pour nous une rencontre où comme le fils prodigue nous nous jetons dans les bras de celui qui est notre Père miséricordieux. et qui nous invite chaque fois que nous nous approchons du sacrement de la réconciliation à célébrer avec lui cette rencontre.
Comme le fils prodigue l’a fait avec son père, dans cette Eucharistie ce matin, partageons avec notre Père miséricordieux le banquet qu’il a préparé pour nous où son Fils bien-aimé se donne à nous dans son Corps et dans son Sang pour que nous vivions de sa vie.
Et je vous souhaite une belle célébration du sacrement de la réconciliation si vous décidez de la faire en ce Carême 2019.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DU CARÊME ANNÉE C – DES VISITES INATTENDUES

22 mars, 2019

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Le figuier stérile

Le figuier stérile

HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DU CARÊME ANNÉE C – DES VISITES INATTENDUES

Textes: Exode 3, 1-8a.10.13-15, 1 Corinthiens 10, 1-6.10-12 et Luc 13, 1-9.

Vous est-il déjà arrivé dans votre vie de tous les jours un événement inattendu ? Je serais surpris que ce ne soit pas le cas. Ce peut être un accident comme dans le cas de la chute d’une tour dont parle l’Évangile ou de l’effondrement d’un toit sous le poids de la neige comme il est arrivé plusieurs fois cet hiver au Québec, ce peut être une rencontre qui change la vie comme dans le cas de Moïse, mais peu importe l’évènement, très souvent il ne s’agit pas de simples aléas, de simples coïncidences. Ces événements peuvent, sur un plan spirituel, se révéler comme des visites spéciales, des rencontres avec le Dieu de l’inattendu qui nous invite ainsi à aller plus loin.

I – La vocation de Moïse
C’est ce qui s’est produit avec Moïse dans l’épisode du buisson ardent que nous présente la première lecture. On y retrouve Moïse qui s’est enfui d’Égypte après avoir tué un égyptien. Il s’est installé au désert. Il fait paître les moutons de son beau-père. Il s’est créé une vie simple sans problème et se contente de filer des jours heureux.
Mais voilà que dans le déroulement de sa vie bien ordinaire, sans préparation spéciale, il est visité par Dieu. C’est cette visite qui nous a été racontée il y a un instant. Cette visite va changer la vie de Moïse pour toujours. Si Dieu l’a choisi depuis longtemps, Moïse, lui, ne le sait pas. Il est un bon Israélite vénérant le Dieu de ses pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Et voilà qu’il va être l’objet d’une révélation qui va changer la suite de l’histoire d’Israël. Le buisson en feu ne se consume pas. Une voix sort de celui-ci. « Moïse ! Moïse ! ». Le Dieu de ses pères l’appelle et Moïse répond : « Me voici ». Il reçoit la mission d’être le porte-parole de Dieu auprès de son peuple. « Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël ».
Pour réaliser sa mission, Moïse désire, à juste titre, connaître celui pour qui il va parler et donner sa vie. « Ils vont me demander quel est son nom ; que leur répondrai-je ? ». Et il entend une réponse qui donne le nom de son Dieu : « Je suis qui je suis ». Dieu se laisse chercher, il est celui qui est, « Je suis qui je suis » ou encore « Je serai qui je serai ». En d’autres mots, entre en relation avec moi et tu sauras qui je suis. C’est la rencontre avec Dieu qui est importante. Elle est ineffable. Les mots ne peuvent jamais bien l’exprimer.
Lee nom de Dieu donné à Moïse s’écrit dans une formule en quatre lettres : le « tétragramme sacré » en hébreu. Il est très difficile de le traduire exactement car nous n’avons pas les voyelles qui vont avec ces quatre lettres. Dans plusieurs traductions modernes de la Bible on a utilisé le terme « Yaweh » comme nom du Dieu de Moïse et d’Israël, mais la traduction liturgique est plus précise et donne le sens profond de cette révélation de Dieu à Moïse « Je suis qui je suis ».
C’est toute la richesse de l’image du buisson ardent que de nous permettre d’entrer dans un mouvement de relation avec Dieu, dans une dynamique de rencontre. Nous sommes tous et toutes un peu comme Moïse. Il est arrivé ou il arrivera que Dieu se fera présent à notre cœur. Il viendra déranger notre train-train quotidien avec une présence inattendue. Saurons-nous lui répondre « Me voici » comme Moïse? À chacun de se préparer à ces visites. Je connais quelqu’un, un ami, qui a fait cette rencontre en vivant un dépouillement de son intégrité physique dû à la maladie de Parkinson. Ces moments furent pour lui, disait-il, des moments d’intense remise à Dieu et il en est ressorti plus que jamais à l’écoute de la présence de Celui qui est la vie.

II – La vie courante et ses surprises
L’histoire de Moïse et celle de mon ami revêtent un caractère exceptionnel. Notre Dieu de l’inattendu se manifesterait-il uniquement ainsi ?
Hé bien non! L’évangile nous en donne deux exemples pris dans l’actualité du temps de Jésus : celui des galiléens massacrés par Pilate et celui des personnes tuées par la chute de la Tour de Siloé. « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? » demande Jésus et il répond « Eh bien, je vous dis : pas du tout ! ». Et les personnes tuées par la Tour de Siloé « Pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? » demande Jésus et il donne la même réponse « Eh bien, je vous dis : pas du tout ! ».
Mais remarquez la suite des réponses de Jésus. Elles nous invitent, comme dans le cas de Moïse, à la rencontre avec Dieu qui se manifeste dans ces événements inattendus. Jésus invite à avoir un coeur ouvert et des yeux prêts à voir les visites de Dieu. Il invite à la conversion. « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » Cette invitation n’est pas une culpabilisation, mais une incitation à aller plus loin que ce qui est visible. La conversion est de cet ordre. Elle est un retournement du cœur, une manière de se mettre le cœur à la bonne place, pourrait-on dire. La conversion ouvre la porte à la reconnaissance de l’action de Dieu dans nos vies.
En effet, Dieu est toujours à l’œuvre, mais bien souvent nous ne le voyons pas ou nous ne prenons pas la peine d’y porter attention. Voilà pourquoi Dieu parfois nous fait des signes inattendus qui sont pour nous des chemins nouveaux qui s’ouvrent.

III – Application
Il nous revient d’entrer ou non dans ces chemins. Nous avons le choix de devenir comme le figuier stérile de l’évangile qui ne produit aucun fruit ou de nous mettre à l’oeuvre en sachant que le propriétaire qui est Dieu et le vigneron qui est Jésus nous laissent toujours la chance de bêcher et de cultiver notre jardin.
Toute vie humaine est parsemée de visites inattendues de Dieu. Ces visites ont commencées avec notre baptême. Elles se continuent à chaque dimanche dans l’Eucharistie. Elles s’expriment dans la prière. Elles se vivent dans la rencontre du pauvre, du prisonnier, du réfugié, de la personne exploitée, du démuni etc. qui sont Jésus parmi nous. « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli etc. » (Mathieu 25, 35).
Saint Paul ne dit pas autre chose lorsque, dans la deuxième lecture, il reprend l’image du Rocher d’où est sortie de l’eau dans l’Ancien Testament. Il fait une application directe de cette image à Jésus Ressuscité qu’il compare à ce rocher. En effet, la vie du Peuple de Dieu qui est l’Église et le Corps mystique du Christ est la vie même de Jésus. Il n’y pas d’autre vie pour le baptisé que d’être plongé dans la vie du Seigneur Ressuscité.

Conclusion
Frères et sœurs, buvons à ce Rocher qui est le Christ. Partageons entre nous les visites qu’il nous fait et qu’il fait dans notre monde. Demandons-lui de savoir les reconnaître et d’en témoigner.
Lorsque nous aurons accepté de nous laisser déranger, de nous laisser surprendre par le Dieu de l’inattendu au cœur de nos vies, nous ne serons plus jamais les mêmes personnes.
Peut-être que notre Carême 2019 est un moment de visite inattendue de Dieu dans notre vie ? Pourquoi pas?
Laissons la grâce de Dieu en nous ouvrir nos cœurs et nos yeux aux signes de sa présence toujours vivante dans notre monde et dans nos vies. Telle est la prière que je fais ce matin pour chacune et chacun d’entre nous.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Lavail
Séminaire de Québec
19 mars 2019

HOMÉLIE POUR LE 2E DIMANCHE DU CARÊME ANNÉE C « ILS PARLAIENT DE SON DÉPART QUI ALLAIT S’ACCOMPLIR À JÉRUSALEM »

15 mars, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-2e-dimanche-du-careme-Annee-C-Ils-parlaient-de-son-depart-qui-allait-s-accomplir-a-Jerusalem_a883.html

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HOMÉLIE POUR LE 2E DIMANCHE DU CARÊME ANNÉE C « ILS PARLAIENT DE SON DÉPART QUI ALLAIT S’ACCOMPLIR À JÉRUSALEM »

Textes: Genèse 15, 5-12.17-18, Philippiens 3, 17 – 4, 1 et Luc 9, 28b-36.

La transfiguration de Jésus sur le mont Thabor représentée dans cette reproduction d’un tableau de Raphaël qui se trouve au Séminaire de Québec est le dernier tableau peint par Raphaël, commencé en 1518, inachevé de sa main en 1520, date de sa mort. (Crédits photo : H. Giguère)
La transfiguration de Jésus sur le mont Thabor représentée dans cette reproduction d’un tableau de Raphaël qui se trouve au Séminaire de Québec est le dernier tableau peint par Raphaël, commencé en 1518, inachevé de sa main en 1520, date de sa mort. (Crédits photo : H. Giguère)
Le récit de l’événement de la Transfiguration de Jésus revient à chaque année lors du 2e dimanche du Carême. Ce n’est pas sans raison. Après avoir rappelé le combat de Jésus au désert, la liturgie nous le présente glorieux et lumineux, rempli de la présence de Dieu. Ce choix est important car il met devant nos yeux Jésus qui se révèle comme le Fils bien-aimé de Dieu, son Envoyé, car Jésus accompli les promesses de Dieu et il réalise la Nouvelle Alliance avec lui. Sa place est au coeur de l’histoire du salut.
C’est pourquoi, la liturgie va nous rappeler dans les dimanches qui viennent quatre grands moments de l’histoire du salut tirés de l’Ancien Testament qui éclairent la mission de Jésus. Ce sont l’Alliance de Dieu avec Abraham, la révélation du nom de Dieu, la Pâque de l’entrée dans la Terre promise et le retour des exilés de Babylone. L’événement de la Transfiguration que nous raconte saint Luc les intègre de façon imagée par la présence de Moïse et d’Élie à côté de Jésus.
I – La scène de la Transfiguration
Saint Luc situe la scène de la Transfiguration sur une montagne qui n’est pas nommée, mais qu’on identifie aujourd’hui au Mont Thabor en Palestine. Ce n’est pas sans raison, car dans les Écritures la montagne est un symbole très présent pour marquer la proximité de Dieu. Elle est souvent le lieu où il se révèle comme lors de la remise des dix commandements à Moïse sur le mont Sinaï. Le décor choisi ici n’échappe pas à cette règle.
En montant avec Jésus sur la montagne les disciples Pierre, Jacques et Jean sont prêts intérieurement à une rencontre. Celle-ci sera au-delà de toutes leurs attentes. On le voit par leur réactions : émerveillées, éblouis, comblés de paix ils veulent seulement que ce moment s’éternise ; « Faisons trois tentes ». Ils réalisent aussi que celui qu’ils suivent depuis quelque temps n’est pas un jeune juif de Nazareth comme les autres. Non seulement, il est imprégné de l’histoire du peuple d’Israël comme ils le sont eux-mêmes, mais il se situe à un autre niveau où il prend le relais des grands prophètes qu’Élie représente.
L’éclat qu’ils perçoivent chez lui n’est pas seulement extérieur. La lumière qui les éblouit est celle d’une source intérieure. Ils ne peuvent en dire plus pour l’instant, mais ils resteront marqués à jamais par ce moment. Dans la seconde lettre attribuée à saint Pierre, on rappelle cet événement ainsi : « En effet, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur. Car il a reçu de Dieu le Père l’honneur et la gloire quand, depuis la Gloire magnifique, lui parvint une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils, mon bien-aimé ; en lui j’ai toute ma joie. Cette voix venant du ciel, nous l’avons nous-mêmes entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte ». (2 Pi 1, 16-18)
Les témoins de l’événement de la Transfiguration ont retenu l’essentiel : Jésus est le Fils-bien aimé du Père qui le donne à ses enfants pour leur salut ce que proclame la voix qui se fait entendre « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! ». La Transfiguration annonce, écrit saint Luc, le départ de Jésus « qui allait s’accomplir à Jérusalem ». Son départ, c’est le moment de la remise de sa vie à son Père que fera Jésus sur le Calvaire à Jérusalem. La vie tout entière de Jésus est une marche vers ce moment majeur où il offre tout ce qu’il est pour le salut de toute l’humanité. Ce faisant, Jésus accomplit en plénitude l’Alliance que Dieu a commencée depuis les jours d’Abraham.
II – Une alliance inédite
Cette Alliance de Dieu avec Abraham nous est relatée dans la première lecture qui nous raconte le moment où Abraham prend conscience que son Dieu s’est lié à lui par pure gratuité et qu’il ne l’abandonnera jamais lui et sa descendance. La Nouvelle Alliance en Jésus viendra compléter et accomplir totalement l’Alliance déjà en oeuvre en lui donnant sa forme définitive dans l’offrande que Jésus fera de sa vie.
La description de l’Alliance de Dieu avec Abraham est faite en utilisant les usages d’une culture qui n’est plus la nôtre, mais elle est parlante. Dans la culture ancienne, le feu symbolise la présence de Dieu, et les offrandes sont le signe de ce que les personnes sont prêtes à apporter dans le geste d’alliance. Elles y mettent le plus beau et le meilleur de ce qu’elles ont et de ce qu’elles sont sans exiger de retour. Et alors la merveille se produit, le feu de l’amour de leur Dieu prend ce qui a été apporté et le transforme en un feu divin qui les habitera tous les jours de leurs vies. Le sommeil d’Abraham est une image de l’abandon et de l’accueil total de l’action de Dieu sans poser de questions. Abraham reçoit la présence de Dieu comme un don gratuit.
III- Application
Avec ces images du feu et de la lumière, les textes des lectures d’aujourd’hui veulent ouvrir nos cœurs à ce qui nous dépasse. Le chemin du Carême ne fait pas que rappeler le souvenir des évènements de la vie de Jésus, il nous fait entrer dans un monde au-delà de nos espoirs humains et toucher du doigt le mystère d‘un Dieu qui se fait proche de nous comme il l’a fait pour Abraham et pour Jésus. Ce n’est pas un Dieu inaccessible que révèle la lumière éblouissante de la Transfiguration. Au contraire, elle le montre bien incarné dans son Fils qui s’est fait l’un de nous, vrai Dieu et vrai homme. « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! »
Que cette Eucharistie fasse de nous des personnes de plus en plus attentives à la parole et à la présence du Fils bien-aimé qui veut nous entraîner à sa suite dans ce temps du Carême qui nous est donné pour nous renouveler et nous préparer aux Jours Saints et à Pâques.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec
12 mars 2019

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