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HOMÉLIE POUR LE BAPTÊME DU SEIGNEUR ANNÉE C : « TOI, TU ES MON FILS BIEN-AIMÉ »

11 janvier, 2019

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HOMÉLIE POUR LE BAPTÊME DU SEIGNEUR ANNÉE C : « TOI, TU ES MON FILS BIEN-AIMÉ »

Nous avons vécu dimanche dernier la fête de l’Épiphanie. Aujourd’hui avec la solennité du Baptême du Seigneur, nous célébrons une théophanie (du grec théos – Dieu et phanein – éclairer) c’est-à-dire une manifestation de Dieu, une illumination ou un éclairage sur ce qu’il fait pour nous.
I – La prédication de Jean-Baptiste
Cette scène se produit au désert où prêche Jean-Baptiste qui est celui qu’annonce le prophète Isaïe que nous avons entendu dans la première lecture lorsqu’il dit : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu ».
C’est la mission de Jean-Baptiste de préparer le chemin du Seigneur, de tracer une route pour notre Dieu qui vient sauver son Peuple en lui envoyant son Fils Bien-Aimé, que le prophète Isaïe dans ses enseignements appelle « Emmanuel » ce qui veut dire « Dieu-avec-nous » (Isaïe 7, 1). Jean-Baptiste a été consacré dès sa naissance pour cette mission de préparation du chemin du Seigneur.
Devenu adulte, il s’isole dans les déserts autour de Jérusalem qui bordent le fleuve le Jourdain. On nous le présente ailleurs dans l’évangile comme quelqu’un de détaché de lui-même tout entier à sa mission, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage vêtu de poil de chameaux avec une ceinture de cuir autour des reins (Marc 1, 6) à l’écoute des signes que Dieu lui fait. Il est bien conscient qu’il doit attendre Celui que Dieu envoie et qui n’est pas lui-même : « Il est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales ».
Le désert où il vit est le lieu de toutes les possibilités. C’est à travers le désert que Dieu a fait cheminer son Peuple pour l’amener à la Terre promise et c’est dans le désert que Jean-Baptiste appelle à la conversion. Éloignés de la vie ordinaire, les gens qui le rejoignent se laissent interpeller. Ils ne sont pas surpris de son enseignement car, comme lui, ils attendent Celui qui doit venir.
Pour vivre cette attente, un geste important leur est proposé par Jean-Baptiste : le baptême.
II – Un geste de conversion : le baptême
Le baptême de Jean consiste à inviter les gens à entrer dans l’eau du Jourdain qui est versée sur les personnes acceptant ainsi de se laisser purifier par Dieu pour rendre leur attente de Celui qui vient dégagée des égoïsmes, des orgueils et des vanités qui risquent de les enfermer dans leur satisfaction de faire partie du Peuple élu. Le baptême de Jean-Baptiste est un geste de conversion.
Jean-Baptiste en reprenant les paroles d’Isaïe invite au changement d’attitudes, à la « métanoia », à un nouveau départ : « Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! »
Ce message de conversion retentit avec force, car Jean-Baptiste dans sa vie dépouillée est l’image parfaite du juif croyant qui n’a pas d’autre attente que celle de voir l’Envoyé de son Seigneur, le Messie attendu. Vivant à une époque où Israël est sous la domination de Rome, il ne cherche pas de chef militaire ou politique. Il s’inscrit dans le message des prophètes d’Israël qui annoncent la venue d’un Messie-Serviteur qui transforme l’histoire d’Israël.
Et au moment où il donne le baptême à Jésus qui s’est mêlé simplement aux personnes présentes, le choix de Dieu retentit. Des paroles se font entendre, et un signe matériel sous la forme d’une colombe se produit.
Le voilà le Messie-Serviteur, l’Élu de Dieu.
III – La théophanie
Cet agencement du récit de saint Luc s’appelle une théophanie, une manifestation de Dieu, comme nous l’avons dit en commençant. Ce qui était un baptême parmi d’autres devient un événement qui marquera la vie de Jésus de façon indélébile. Au sortir de son baptême, il prend conscience qu’il est particulièrement aimé de Dieu. Il fait partie des personnes que Jean baptise, mais il s’en distingue par cette attention que lui porte Dieu et qu’exprime, dans le récit de saint Luc, une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie ».
Cette voix n’est pas faite de sons uniquement, elle exprime une réalité fondamentale dans la mission de Jésus. L’image de la colombe renvoie à l’Esprit Saint qui en est la source. Ainsi dans cette théophanie, Jésus sort de l’ombre car il est Celui qui doit venir, le Fils même de Dieu qu’il appellera son Père car il y a entre Dieu et lui un lien unique comme celui d’un père qui regarde son fils : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ». Cette révélation se complète dans l’affirmation qui l’accompagne « en toi, je trouve ma joie ». Cette joie c’est le débordement de l’amour de Dieu, cet amour par lequel Dieu s’aime lui-même et ce qui extérieur à lui qu’on appelle « agapè » ou « charité ». Cet « agapè » remplira totalement Jésus au point qu’il dira avant de mourir : « Il n’y a pas de plus grand amour de que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». (Jean 15, 13)
Les disciples de saint Paul avaient bien compris le sens de la mission de Jésus et le texte de la Lettre à Tite en donne un résumé saisissant en mettant notre baptême en relation avec le baptême de Jésus. Je me contenterai de relire la fin de ce passage que nous fournit la deuxième lecture ce matin et qui est on ne peut plus clair. Voici ce passage : « Lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle. »
Voilà où aboutit la mission de Jésus qui s’inaugure aujourd’hui par son baptême dans le Jourdain : « nous rendre justes par la grâce de Dieu et nous faire devenir héritiers de la vie éternelle ».

Conclusion
Dans chaque Eucharistie nous nous unissions de façon réelle à Jésus dans sa mission que nous partageons. Baptisés en Lui, avec Lui nous vivons tout entiers pour Dieu. La célébration de sa Mort et de sa Résurrection sous les signes du Pain et du Vin consacrés est une proclamation qu’il est toujours vivant. Nous en témoignons aujourd’hui, chacun et chacune à notre façon dans nos vies quotidiennes, par une foi renouvelée et agissante « jusqu’à ce qu’il vienne » comme dit saint Paul (I Corinthiens 11, 26).
Amen!

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR OU FÊTE DES ROIS « LUMIÈRE DES NATIONS »

5 janvier, 2019

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HOMÉLIE POUR L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR OU FÊTE DES ROIS « LUMIÈRE DES NATIONS »

Solennité de l’Épiphanie du Seigneur le 6 janvier 2019 Textes: Isaïe 60-1-6, Éphésiens 3, 2-3a.5-6 et Mathieu 2, 1-12.

La fête d’aujourd’hui prolonge celle de Noël. Elle nous parle encore de la manifestation de Dieu dans le monde par la venue parmi nous de son Fils bien-aimé sous les traits d’un enfant. Trois personnages partis de loin sont venus l’adorer et lui offrir des présents. Ce sont les mages que la tradition a appelé les « Rois mages » dont saint Mathieu nous raconte la visite dans le texte de l’évangile qui vient d’être lu.
Plusieurs éléments de ce récit peuvent retenir notre attention avec profit, J’ai choisi l’étoile, le but du voyage des mages et les présents. Nous sommes nous aussi comme ces mages. Ils nous représentent bien. Commençons par l’étoile.

I – L’étoile
J’ai lu que des scientifiques ont cherché à découvrir ce qui s’était passé avec cette étoile que les mages ont vue. Il se peut disent certains que c’était le passage d’une comète qui laissait une trace visible dans le ciel. Peut-être! Toutefois, saint Mathieu donne à cette étoile un rôle bien particulier qui n’est pas une explication astronomique.
Premièrement, l’étoile des mages apparaît de façon subite et elle sort ceux qui l’observent de leur vie ordinaire. Elle est un signal qui les appelle à quelque chose de nouveau. Deuxièmement cette étoile des mages pour saint Mathieu indique le chemin à suivre pour entrer dans cette nouveauté qui apparaît sans savoir exactement où cela conduira. Et enfin, l’étoile des mages échappe à leurs regards à certains moments et elle disparaît totalement une fois qu’il sont arrivés à leur but.
Ces trois fonctions de l’étoile des mages : signal, chemin et guide s’appliquent très bien à nous aujourd’hui qui, comme les mages, cherchons à reconnaître l’action et la présence de Dieu dans nos vies.
Comme l’étoile des mages, Dieu apparait souvent de façon impromptue et subite dans nos vies. Il nous donne un signal. Et il nous mène hors des sentiers battus. Il nous provoque à sortir de nos habitudes pour aller vers des nouveautés où il nous attend. Soyons des personnes attentives aux signes de sa présence. En deuxième lieu, dans notre chemin de vie, comme les mages, nous avancerons avec confiance car notre route est remplie de la lumière de Dieu, de son amour et ainsi nous sommes conduits à la bonne destination. Troisièmement, pour nous aussi, comme il est arrivé aux mages, l’étoile de la présence de Dieu disparaîtra, se cachera parfois. Après avoir reçu des lumières, nous passerons à travers des moments de questionnement, de purification de notre foi. La présence de Dieu nous semblera disparue, puis tout à coup elle reviendra nous éclairer de nouveau. Comme les mages continuons notre chemin et soyons persévérants.

II – Le but du voyage des mages
Ce beau récit de la visite des mages, par ses détails nombreux et ses rebondissements, peut nous faire oublier que le personnage principal de ce récit ce ne sont pas les mages, mais Jésus lui-même dans sa mission pour le monde.
En effet, c’est la découverte de l’Enfant-Jésus qui qui est le but de leur voyage. Resplendit dans l’enfant qu’ils vénèrent le Sauveur du monde. Cet enfant est la lumière des nations. Tout petit à Bethléem dans les bras de sa maman il porte le poids du monde qu’il vient sauver et ramener à Dieu. Son nom Jésus veut dire « Sauveur ».
Les trois mages venus de loin symbolisent les nations qui recevront le message de Jésus qui n’est pas venu seulement pour les brebis d’Israël mais pour toutes les nations. Le salut est offert à toute personne qui croit en Jésus car, comme dit saint Paul dans la deuxième lecture tirée de sa Lettre aux Éphésiens « toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile ».
Cette universalité du salut offert à toutes les nations est ce qui est célébré lorsque nous désignons cette fête d’aujourd’hui comme une « épiphanie ». Ce terme « épiphanie » vient du grec et il veut dire briller (phainein) sur (épi). La fête de l’Épiphanie est une apparition, une révélation, une manifestation de Dieu. La Jérusalem de la première lecture est l’image de cette manifestation de Dieu qui se continue : « Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore » proclame le prophète. On comprend que cette manifestation rende ceux et celles qui la vivent remplis de joie comme dans le cas des mages qui manifestent celle-ci par leurs présents.

III – Les présents
Venons-en maintenant aux présents des mages que la tradition a retenu comme des dons précieux et qui sont d’un symbolisme très riche pour nous.
L’or. C’est ce qui, en nous, a été reçu de Dieu, c’est notre vie, nos capacités personnelles, nos talents et nos ressources. C’est tout notre être, car comme Dieu le dit à chacun et chacune d’entre nous : « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime ». (cf. Isaïe 43, 4) Nous sommes pour Dieu des personnes remplies de richesses de toutes sortes qu’il a déposées en nous de toute éternité. Voilà notre or.
L’encens. Cette image de l’encens qui parfume les lieux où il est employé et qui monte vers le ciel représente notre cœur, nos sentiments, notre amour, notre foi, notre espérance qui rayonnent autour de nous. Ceux et celles qui nous voient et nous rencontrent peuvent les percevoir et en rendre gloire à Dieu.
La myrrhe qui est une préparation qui sert à l’embaumement des corps nous rappelle que nos corps sont une demeure de Dieu, un temple de l’Esprit Saint et qu’après notre mort, ils revivront un jour dans la résurrection finale avec le Christ. Cette préparation qu’est la myrrhe est aussi un symbole de la mort de Jésus par laquelle nous sommes sauvés.

Conclusion
Comment vivre cette épiphanie que les mages ont vécue si ce n’est en faisant comme eux et… en retournant chez nous ? En effet, nos eucharisties nous invitent, après la rencontre avec le Christ à la messe, à sortir et à reprendre notre vie de tous les jours en y cherchant la présence de Jésus. Il se manifestera comme c’est arrivé pour les mages, soyons-en sûrs.
Ses manifestations ne seront pas des manifestations de gloire. Elles seront désarçonnantes. Elles se feront dans la faiblesse comme celle de l’enfant que les mages adorent. « Je suis venu, dira Jésus plus tard, pour servir. Je ne suis pas un Sauveur qui affiche sa puissance, mais je suis un Sauveur humble venant vers vous avec humilité pour tous et toutes et spécialement pour les pauvres et les petits qui m’accueillent » (cf. Mathieu 20, 28).
Que ces pensées mûrissenet en nous en ce jour de l’Épiphanie, une fête merveilleuse qui nous permet de retourner vers nos occupations remplis de la joie d’avoir rencontré le Sauveur de nos vies dans l’enfant que nous avons vénéré à Noël et que nous vénérons de nouveau avec les mages en ce jour.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE SAINTE MARIE, MÈRE DE DIEU, LE 1ER JANVIER, LE JOUR DE L’AN ANNÉE C « QUE DIEU NOUS PRENNE EN GRÂCE ET QU’IL NOUS BÉNISSE! »

31 décembre, 2018

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 Marie, Mère de Dieu, Icône russe, ce type d’icône a un nom, mais je ne m’en souviens pas.

HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE SAINTE MARIE, MÈRE DE DIEU, LE 1ER JANVIER, LE JOUR DE L’AN ANNÉE C « QUE DIEU NOUS PRENNE EN GRÂCE ET QU’IL NOUS BÉNISSE! »

1 janvier 2019 Année C Textes: Nombres 6, 22-27, Galates 4, 4-7 et Luc 2, 16-21. 

Trois sujets pour commencer notre nouvelle année. Premièrement : des vœux, deuxièmement : la fête de Marie, Mère de Dieu et troisièmement : la Journée Mondiale de la Paix. Un mot sur chacun de ces sujets.

I – Les vœux pour la nouvelle année
Les vœux que je veux vous faire cette année se modèlent sur la première lecture et je vous dis « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde ! Que le Seigneur fasse briller sur vous son visage, qu’il vous prenne en grâce ! ».
Mes vœux se veulent une bénédiction pour vous et tous ceux et celles que vous aimez, pour ceux et celles qui sont ici, pour ceux et celles qui sont loin, pour ceux et celles qui en ont besoin et qui luttent, pour qui la nouvelle année est loin de changer leur situation parfois miséreuse et pour ceux et celles qui sont dans le besoin d’amour ou de ressources matérielles.
Si je mets mes vœux sous le signe de la bénédiction, c’est parce que j’implore sur vous la bénédiction de Dieu. Et qu’est-ce que la bénédiction? La bénédiction est toujours une reconnaissance que c’est Dieu qui est à l’œuvre comme au début du livre de la Genèse dans la création. « Il y eut un soir, il y eut un matin. Et Dieu vit que cela était bon ». La bénédiction c’est du bien qui sort de Dieu et qui rejoint ceux et celles qu’il a créés humains, êtres vivants et êtres inanimés.
Je souhaite que cette année nous rende de plus en plus conscients que ce que nous sommes nous le tenons de Dieu. Ainsi la bénédiction de Dieu nous incite à tout retourner à Dieu dans l’action de grâces. Je suis béni de Dieu et je bénis Dieu. Voilà le coeur de toute bénédiction et celui de mes vœux cette année.
Recevez ma bénédiction car je vous désire de plus en plus près de celui qui est toute bénédiction et je vous désire des hommes et des femmes de louange et d’action de grâces.
Bien sûr les revers ou les moments difficiles ne nous seront pas épargnés mais ils ne pourront avec la bénédiction de Dieu nous enlever la joie de le reconnaitre et de le louer. Bonne et Heureuse Année!

II – La fête de Marie, Mère de Dieu
Dans ce chemin que sera la nouvelle année pour nous, Marie que nous fêtons aujourd’hui sous le titre de Mère de Dieu, sera celle qui nous conduit et nous ramène toujours vers son Fils Jésus.
Saint Bernard (1090-1153) ce grand docteur de l’Église qui était aussi un grand dévot de Marie utilisait une image pour décrire le rôle qui est le sien dans la vie des chrétiens. Il la présentait comme un aqueduc qui est un conduit qui amène l’eau pour les besoins de toutes sortes. Marie, disait-il, est comme un aqueduc. Mère de Dieu, elle porte et donne Jésus, son fils comme une eau vivifiante qu’elle nous transmet dans toutes les circonstances de notre vie.
Ce rôle de Mère, d’intercession et d’intermédiaire a été bien mis en évidence par saint Jean lors de son récit des noces de Cana (Jean, 2,1-11) où il rapporte ce que Marie dit aux serviteurs qui constatent qu’il n’y a plus de vin : « Faites tout ce qu’il vous dira ». Et le miracle des urnes remplies de nouveau à pleine capacité de bon vin se produit faisant les invités s’exclamer « On sert d’abord le meilleur vin, mais ici c’est le meilleur qui est pour la fin! ».
Comme un aqueduc, un canal, Marie est pour toute personne baptisée la guide et la lumière qui non seulement nous mène à Jésus, mais elle est aussi, comme Mère de Dieu, celle qui nous donne Jésus. Elle l’a donné une fois à Bethléhem en le mettant au monde, elle continue de le donner à chaque jour à tous ceux et celles qui se confient à elle. Marie a retenu tous les événements entourant la naissance de Jésus de façon spéciale comme le dit l’Évangile et elle les méditait dans son cœur. Elle peut ainsi nous aider à les faire nôtres et à les approfondir sans cesse nous aussi.
A son exemple, méditons les mystères de la vie du Christ (voir l’énumération plus bas) en récitant, si possible à chaque jour, le chapelet ou prenons la résolution de dire au moins quelques « Je vous salue Marie » le soir avant de nous endormir.

III – La Journée Mondiale de la Paix
Le troisième thème de réflexion qui nous est proposé ce matin par le pape est celui de la paix. Comme à chaque année, le pape nous remet une lettre où il nous invite à rechercher par divers moyens que la paix s’instaure de plus en plus dans le monde. Vous comme moi, nous constatons que notre monde en a bien besoin. Les conflits sont monnaie courante dans nos vies, dans nos familles dans nos patries, dans le monde. Mais, ils ne doivent pas prendre le pas sur cette volonté au cœur de toute personne de vivre dans la paix pour pouvoir s’épanouir et se révéler.
Le pape François écrit à l’occasion de cette 52e Journée Mondiale de la Paix, le 1er janvier 2018 : « Il n’y a pas de paix sans confiance mutuelle. Et la confiance a pour première condition le respect de la parole donnée ». Et à partir de là, il développe le thème de cette année qui est : « La bonne politique au service de la paix ».
Même si le thème semble s’adresser uniquement aux personnes qui gouvernent, le pape montre que le service de la paix demande une attitude de dialogue et de respect qui est nécessaire dans toutes les situations et à tous les niveaux politique, social, familial, professionnel. Il cite saint Jean XXIII qui a souvent rappelé la dignité des personnes et il écrit « Nous sommes donc appelés à apporter et à annoncer la paix comme la bonne nouvelle d’un avenir où chaque être vivant sera considéré dans sa dignité et dans ses droits. »

Conclusion
Au début de cette nouvelle année, que la bénédiction du Seigneur descende sur vous et y demeure à jamais et qu’il fasse de vous des gens renouvelés dans leur cœur et dans leur esprit pour sa plus grande gloire.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec
27 décembre 2018

 

HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « SOYEZ DANS LA JOIE »

14 décembre, 2018

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Jean Baptiste

HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « SOYEZ DANS LA JOIE »

On appelle ce 3e dimanche de l’Avent le « Dimanche de la joie » à cause de ces paroles. Les lectures de la Parole de Dieu retenues pour ce dimanche proclament ce message : « Soyez dans la joie et exultez ». « Exulter » est le mot retenu avec à propos pour ce 3e dimanche de l’Avent dans la thématique générale pour le temps de l’Avent en 2018 « Que devons-nous faire ? » suggérée par le Prions en Église canadien.

I – La vraie joie
La liturgie d’aujourd’hui présente une image de la joie qui n’est pas n’importe quelle joie, c’est celle qui vient de l’attente d’un Sauveur promis. Cette joie ne se réfère pas aux besoins immédiats tels que, par exemple, manger, boire, avoir un toit, mais elle s’ouvre sur un projet qui est celui que Dieu a pour son peuple. Elle sort le disciple de son monde limité pour le faire entrer dans celui du Salut donné par Dieu au monde. C’est ce que dit le prophète Sophonie dans ce beau texte que nous venons de lire :

« Le Seigneur ton Dieu est en toi,
c’est lui, le héros qui apporte le salut.
Il aura en toi sa joie et son allégresse,
il te renouvellera par son amour ;
il exultera pour toi et se réjouira,
comme aux jours de fête. »

Vous voyez que la joie des disciples ne leur appartient pas en propre. Elle est la joie même de Dieu qui est en eux. Il est en toi, il a en toi sa joie et son allégresse comme le dit si bien le prophète.
Retenons que le chemin de la joie chrétienne que saint Paul vante et à laquelle peuvent s’appliquer les mots du prophète Sophonie est celui d’une obéissance à la volonté de Dieu qui remplit tout l’être de la personne et qui la rend accordée au vouloir divin, au Dessein d’amour de Dieu pour ses enfants.
II – Le chemin de la joie : la conversion
C’est ce que Jean-Baptiste propose à ceux qui l’écoutent et lui demandent quoi faire de leur vie. Jean-Baptiste leur répond de se concentrer sur leur vie de tous les jours pour y reconnaître la volonté de Dieu, car c’est dans leur vie quotidienne, dans leur devoir d’état, qu’il est présent en tout temps. À ceux qui lui demandent « Que devons-nous faire ? » il dit : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! ». Aux administrateurs (ici les collecteurs d’impôt) il dit « soyez de bons administrateurs » : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. », puis aux soldats « soyez de bons soldats » : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde ».
À chacun et à chacune de nous, Jean-Baptiste dirait à peu près ceci: « Sois une bon père ou un bonne mère pour tes enfants, sois un employé soucieux des autres, sois un bénévole généreux de son temps, sois celui ou celle qui reconnaît l’amour de Dieu pour toi, sois une jeune personne ouverte au défis d’aujourd’hui qui n’a pas peur de dire ce qu’elle croit, tâche de voir le Christ dans toute personne que tu rencontres et apprends à l’aimer… etc. »
Pour répondre à la volonté de Dieu sur nous, il est important de prendre une décision personnelle, c’est pourquoi Jean-Baptiste invite toutes les personnes qui l’écoutent sur les bords du Jourdain à manifester leur réel désir de conversion, de réponse aux appels de Dieu, en s’avançant dans les eaux du Jourdain pour être purifiés par l’eau qu’il verse sur eux. C’est de là que vient son surnom le « Baptiste » littéralement le « Baptiseur». Et il leur dit lorsqu’elles sortent de l’eau : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ».
Demandons au Seigneur ce baptême dans l’Esprit que Jean-Baptiste annonce. Sans un désir de conversion profond, la fidélité à la volonté de Dieu qui est le chemin de la joie n’a pas de racine. Inspirons-nous de l’exemple de saint François d’Assise qui priait ainsi devant le crucifix à San Damiano : « Ô Dieu très grand, je vous demande de dissiper les ténèbres de mon esprit et de m’illuminer pour faire en toute chose votre sainte volonté qui ne saurait nous égarer ».
C’est dans une réponse généreuse à la volonté de Dieu sur nous que nous pourrons goûter la joie que Saint Paul souhaite aux Philippiens. « Soyez dans la joie, réjouissez-vous en toutes circonstances et rendez grâce à Dieu… Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes ».
III – Application : la joie de la foi
La suite de Jésus n’est pas un idéal hors de notre portée, mais bien plutôt une joie qui remplit tout l’être et l’épanouit et que nous pouvons laisser transparaître autour de nous. C’est ce que le pape François appelle « la joie de la foi ». Il a d’ailleurs présenté, avec conviction et avec ardeur, le programme de son pontificat sous le titre « la joie de l’évangile ». Les disciples de Jésus qui forment le peuple de Dieu sont invités par le pape François à se débarrasser de leur mine attristée pour donner une image de nouveauté et de joie.
« Ne soyez jamais des hommes, des femmes tristes: un chrétien ne peut jamais l’être! Ne vous laissez jamais prendre par le découragement! Notre joie n’est pas une joie qui naît du fait de posséder de nombreuses choses, mais du fait d’avoir rencontré une Personne: Jésus, du fait de savoir qu’avec lui nous ne sommes jamais seuls, même dans les moments difficiles. (…) et il y en a tant! Nous accompagnons, nous suivons Jésus, mais surtout nous savons que Lui nous accompagne et nous met sur ses épaules: ici se trouve notre joie, l’espérance que nous devons porter dans notre monde. Portons à tous la joie de la foi! » (Homélie du Dimanche des Rameaux 24 mars 2013)
Notre vie de chrétiens et de chrétiennes remplie de la présence de Jésus est une vie qui n’est pas écrasante. Elle nous libère et nous donne la vraie joie de vivre, la « joie de la foi ». Dans nos vies bousculées et tourmentées parfois, nous sommes invités durant le temps de l’Avent à regarder vers le Sauveur qui est venu et qui continue de venir. Il est à près de nous. Il nous soutient et nous stimule. Il refait nos forces et nous relève au besoin. La pratique de recevoir le Sacrement du Pardon dans le temps de l’Avent va dans ce sens.
Soyons dans la joie et l’allégresse!

Conclusion
Notre Eucharistie dominicale est une action de grâces qui nous remplit de joie car nous y rencontrons celui qui nous la donne. Le mot « eucharistie » est la transcription d’un mot grec qui signifie « action de grâces, remerciement, louange ». Oui! laissons monter vers Dieu, en union avec Jésus, notre action de grâces pleine de joie en partageant le Pain et le Vin consacrés.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Séminaire de Québec
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval

 

HOMÉLIE POUR LE 1ER DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « VOICI VENIR DES JOURS »

30 novembre, 2018

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HOMÉLIE POUR LE 1ER DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « VOICI VENIR DES JOURS »

Au début d’une nouvelle Année liturgique, c’est un message d’espérance qui nous est donné aujourd’hui. Notre regard se tourne vers l’avenir, vers un horizon qui n’est pas fermé et qui ouvre toutes les possibilités. Les textes de la Parole de Dieu vont dans ce sens.

I- Un germe est là
Dans la première lecture le prophète Jérémie utilise une belle image qui est celle d’une éclosion, d’une naissance, d’une croissance. Il parle d’un germe. Le germe est inclus dans la semence, il l’est aussi dans l’enfant qui naît, dans les efforts d’apprentissage, dans les premiers pas d’une carrière, d’un amour ou encore d’une vocation etc.
Je trouve cette image des plus adaptées pour nous faire entrer dans le cheminement que nous propose l’Église à travers la liturgie tout au cours de l’année et des temps liturgiques comme celui de l’Avent que nous commençons, de Noël, du Carême, de Pâques, de la Pentecôte et de celui qu’on appelle le temps ordinaire.
Cette image m’a remémoré un passage d’un auteur qu’un de mes professeurs au Collège de Lévis, l’abbé Réal Fortin, citait souvent. Il s’agit d’une phrase de Nicolas Boileau (1636-1711) dans L’Art poétique devenue une formule maintes fois répétée maintenant : « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ».
C’est ce que nous sommes invités à faire à chaque année qui se déroule au fil des jours avec ou sans soubresauts, mais qui nous rapproche toujours du Jour du Seigneur. Notre histoire personnelle, celle de l’Église et celle du monde sont habitées par la force et la vie du Germe que Dieu a mis au cœur de notre vie, qui est son Verbe incarné, Jésus toujours présent et vivant parmi nous, car comme le dit le Prologue de l’évangile selon saint Jean « le Verbe de Dieu a habité parmi nous » (Jean 1, 12). Alors, allons-y ! Mettons-nous en marche une nouvelle fois, remettons sur le métier notre ouvrage, pour entrer dans la suite de Jésus que l’Année liturgique nous dévoilera dans ses agissements et dans son enseignement.
II- Une révélation qui dérange
Alors, me demanderez-vous, pourquoi, en ce début du temps de l’Avent, toutes ces catastrophes et ces chambardements que raconte saint Luc nous sont-ils présentés ?
La réponse c’est que saint Luc ne prétend pas décrire l’avenir avec une précision d’historien. Il a un autre but qui est celui de stimuler les communautés chrétiennes à se laisser habiter de la présence de Jésus Sauveur ici et maintenant et de ne pas attendre à la fin. Le texte de l’évangile selon saint Luc est comme un traitement-choc. Il brasse la cage, comme on dit au Québec, pour que les gens réagissent dès maintenant.
Ainsi, avec ces images si vivantes et saisissantes, saint Luc encourage les chrétiens à rester éveillés et à prier en tout temps. Les cataclysmes annoncés ne sont pas là pour eux-mêmes. Ils sont une porte d’entrée vers un monde nouveau. Et cette entrée ne peut être retardée. Il n’est pas nécessaire d’attendre le dernier moment. C’est maintenant que le Christ vient. Dans la thématique de l’Avent 2018, « Seigneur, que devons-nous faire ? » que propose le Prions en Église canadien, la réponse pour le 1er dimanche de l’Avent est à juste titre « Veiller ».
Saint Luc veut secouer l’apathie, l’indifférence et la lassitude qui peuvent gagner les communautés. Les images fortes invitent à se réveiller, à se tenir debout, à vivre une attente ouverte de ce que le Christ apporte au monde et qu’il mènera à son terme lors de son Retour dans la gloire.
III- Le Retour du Seigneur
Dans la seconde lecture le message de saint Paul est le même. Celui-ci est très explicite. Il invite les Thessaloniciens à regarder en avant, à vivre l’attente du Seigneur dans l’espérance et dans la confiance, remplis de la présence de leur Sauveur déjà là et qui viendra définitivement un jour les prendre avec lui. Le témoignage de saint Paul fait écho à l’évangile en présentant le Retour du Christ comme très prochain.
Au moment où il écrivait cette lettre, environ 30 ans après la mort de Jésus, saint Paul s’attendait de voir le Retour du Seigneur de son vivant. Par la suite il a compris que ce Retour est un mystère qui se révélera avec le temps et il est entré dans l’essentiel de toute vie chrétienne : vivre avec le Christ ici et maintenant. Ainsi il écrira plus tard aux Galates : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ». (Galates 2, 20)
Nous sommes à l’aise avec cette nouvelle perspective de saint Paul qui nous est familière car notre attente du Retour du Christ se fait dans la foi. Nous n’en savons ni l’heure ni le moment. Nous sommes ainsi invités à devenir des chercheurs et des chercheuses de Dieu au fil des jours. C’est le message que je veux vous laisser ce matin à la suite de Saint Paul : « Restez éveillés. Les temps sont accomplis. Voici venir des jours ».

Conclusion
Efforçons-nous de suivre le mouvement de cette histoire du salut dans laquelle le Christ nous fait entrer par notre Baptême. N’ayons pas peur de remettre notre ouvrage sur le métier comme le dit si bien la citation de mon professeur de littérature au collège que je vous répète en terminant : « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ».
C’est le souhait que je fais au début de cette nouvelle Année liturgique qui va nous donner l’occasion de nous remettre devant les yeux, pour les méditer encore une fois, les mystères de la vie du Christ, de sa naissance à sa Résurrection et à son Ascension auprès de son Père. Ce faisant nous serons amenés à les vivre plus en profondeur. C’est ce que je nous souhaite, à tous et à toutes, pour cette nouvelle Année liturgique qui commence.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Séminaire de Québec
Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval

 

HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS CHRIST ROI DE L’UNIVERS ANNÉE B : « SON RÈGNE N’AURA PAS DE FIN »

23 novembre, 2018

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HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS CHRIST ROI DE L’UNIVERS ANNÉE B : « SON RÈGNE N’AURA PAS DE FIN »

Ce dimanche est consacré au Christ Roi de l’Univers. C’est le dernier dimanche de l’année liturgique. Dimanche prochain, nous commencerons une nouvelle année liturgique avec le temps de l’Avent.
Les textes proposés à notre méditation vont nous permettre d’entrer plus à fond dans ce mystère de la royauté de Jésus que celui-ci ne récuse pas lorsqu’il répond à Pilate : « C’est toi-même qui dis que je suis roi ». Jésus laisse Pilate à ses perceptions mais il en profite pour donner l’heure juste sur ce qu’est le mystère de sa royauté.
1- Une royauté, un mystère
Je viens de référer à la royauté du Christ comme à un mystère. Ce n’est pas sans raison. En effet, elle nous propulse sur un autre registre que celui des royautés humaines que nous connaissons bien comme celles des maisons royales d’Occident dont la famille royale britannique est un des exemples les plus connus ou encore comme celle des princes orientaux comme les émirs arabes ou les rois du Cambodge.
En effet, Jésus explique sa réponse à Pilate en disant : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. »
« Ma royauté n’est pas d’ici. » Voilà le mystère.
II – Un arrière-fond biblique impressionnant
En faisant cette déclaration Jésus est bien conscient qu’il est porteur d’une tradition qui plonge ses racines dans l’Alliance de Dieu avec le peuple d’Israël à qui il a donné un roi dans la personne de David, puis de Salomon suivis de nombreux autres.
Le texte de la première lecture souligne cet arrimage et cet enracinement à travers les mots du prophète Daniel qui décrit le vrai Roi d’Israël en l’appelant Fils d’homme à qui est donné « domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servir[ont]. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. »
Il ressort de ce texte que la royauté du Fils d’homme dont hérite Jésus et qu’il revendique est une royauté spirituelle qui a comme but de rassembler toute l’humanité autour de lui.
Nous sortons d’une vision limitée pour nous ouvrir sur toutes les contrées, toutes les époques, tous les êtres inanimés et tous les vivants. C’est dans cet esprit que la fête d’aujourd’hui a été désignée comme celle du Christ « Roi de l’Univers ». Rien de moins. La deuxième lecture reprend la même ligne de réflexion et n’est pas en reste. Avec l’image de l’Alpha et de l’Oméga, la première et la dernière lettre de l’alphabet grec, l’auteur du livre de l’Apocalypse montre que Dieu règne sur tout sans limites de temps et d’espace.
Retenons que la reconnaissance du mystère de la royauté du Christ a comme but premier d’affirmer que nous sommes entrés à la suite de Jésus dans un monde nouveau, un royaume éternel qui n’est pas de ce monde.
III – Retombées spirituelles
Il y a de nombreuses retombées spirituelles rattachées à ce mystère de la royauté du Christ. En voici trois pour notre méditation de ce matin.
Premièrement, reconnaître et vivre le mystère de la royauté du Christ, c’est affirmer la priorité de ce qui est spirituel et invisible pour les yeux dans la vie de foi du chrétien. Le royaume du Christ n’a pas de gardes ou de militaires pour se défendre ou se protéger. Il est un royaume spirituel qui s’établit dans le cœur des personnes d’abord et avant tout. « Mon royaume n’est pas de ce monde » dit Jésus à Pilate.
Deuxièmement, la fête du Christ Roi de l’Univers invite à garder bien vivante à notre esprit l’attraction qu’il exerce sur toute l’humanité. Il s’agit d’un royaume qui n’a pas de limites. Tous et toutes en font partie. Un royaume où les inégalités sont brisées, où les privilèges n’existent pas, où les dignités sont réglées par les Béatitudes vécues et reconnues comme la charte du Royaume : « Bienheureux les pauvres, les assoiffés de justice, les persécutés etc. »
Troisièmement, la fête du Christ Roi de l’Univers nous invite aussi à proclamer ce mystère sans pusillanimité, avec humilité bien sûr, mais avec fierté. Car il s’agit d’un mystère qui met les choses à leur place, qui affiche la suprématie du Christ sur tous les êtres comme saint Paul l’a répété souvent.
« Il est l’image du Dieu invisible, écrit-il, le premier-né, avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui. (Colossiens 1, 15-17 cf. aussi Hébreux 2, 8-9). Saint Paul ainsi affirme la puissance, la domination, la gloire du Christ qui mérite d’être célébrées. Nous le faisons à la messe d’ailleurs, en particulier en chantant le dimanche le Gloire à Dieu.
Voilà! Le Royaume du Christ est spirituel, ouvert à tous et à toutes et au-dessus de tous les êtres. On pourrait ajouter encore d’autres caractéristiques de ce mystère de la royauté du Christ, mais celles-ci sont suffisantes, je pense, pour nourrir notre méditation aujourd’hui.

Conclusion
En conclusion, j’aimerais redire notre louange au Christ Roi avec un cantique tiré du livre de l’Apocalypse au chapitre 19 et qui prend place dans la récitation ou la célébration des Vêpres le dimanche. Je vous en lis un extrait.

Célébrez notre Dieu,
serviteurs du Seigneur,
Alléluia !
vous tous qui le craignez,
les petits et les grands.
Alléluia !
Il règne, le Seigneur,
notre Dieu tout-puissant,
Alléluia !
Exultons, crions de joie,
et rendons-lui la gloire !
Alléluia !
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 33E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « LE FIGUIER QUI VERDIT »

16 novembre, 2018

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HOMÉLIE POUR LE 33E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « LE FIGUIER QUI VERDIT »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 18 novembre 2018 Année B. Textes: Daniel 12, 1-3, Hébreux 10, 11-14.18 et Marc 13, 24-32.

Les jeunes, et les moins jeunes aussi, de nos jours aiment bien regarder des vidéos ou des films qui racontent des histoires remplies de péripéties. Les effets techniques sont au rendez-vous. Ce sont les voitures qui se poursuivent, des personnages qui changent d’aspect, des mondes inconnus qui apparaissent sur les écrans etc. Ce sont bien sûr des images et on aime les regarder. Pourquoi? Pour en ressentir une émotion, pour sortir de son quotidien, pour vivre des choses nouvelles ou inconnues, que sais-je?
Ce mot d’introduction vise à nous faire mieux entrer dans les lectures que la Parole de Dieu nous propose aujourd’hui. Ces lectures, celle du prophète Daniel et celle de l’évangile selon saint Marc, sont du même genre que les vidéos ou les films dont je parlais il y un instant. Ce sont des images qui sont là pour nous faire entrer dans des émotions et dans un monde nouveau qui est celui de la révélation divine. Voir la note à la fin sur le style apocalyptique.

I – Le prophète Daniel
Commençons par le prophète Daniel. Ce qui est décrit vise la situation des juifs en ce temps-là. Ils ont persécutés par un roi qui veut les éliminer, Antiochus Épiphane vers 175 avant Jésus-Christ. Ils vivent dans la détresse. Ils sont écrasés. Certains remettent en cause leur foi. C’est une détresse qui apparaît insurmontable.
Et le message que le prophète apporte c’est qu’il y a une issue qui, même si elle n’est pas visible maintenant, sera un jour de joie et un jour de libération.
En d’autres termes, le bien triomphera du mal. La victoire est assurée. Les péripéties engagent la vie maintenant, mais au final elles ne n’empêcheront pas le bien de triompher. C’est un message que les juifs reçurent avec joie. Et leur foi fut récompensée plus tard lorsque vint Celui qu’ils attendaient, Jésus le Sauveur du monde, le Messie.
L’action de Dieu dans le monde ne se laisse jamais arrêter quoiqu’il en soit des tourmentes de l’Histoire. Elles seront toujours passagères. C’est l’amour de Dieu qui triomphera.

II – L’évangile
Cet enseignement rejoint celui de l’évangile. Les images de Jésus sont fortes. « Après une grande détresse, dit Jésus, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées ». Le monde est transformé. C’est la fin d’un monde.
Et apparaît Celui qui le renouvelle totalement : Le Fils de l’Homme, Jésus, le Christ, qui viendra « dans les nuées avec grande puissance et avec gloire ».
Pour nous faire mieux entrer dans cette nouveauté remplie d’espérance, Jésus nous donne l’image du figuier. Un arbre de Palestine qui lorsqu’il entre en dormance semble mort, alors qu’à la saison suivante les bourgeons éclatent et lui redonnent vigueur et beauté.
Il en est ainsi de ce qui est vécu par la communauté de Rome à laquelle saint Marc s’adresse dans son évangile. Au moment où il leur écrit ce récit, les chrétiens et les chrétiennes de Rome, comme les juifs du temps d’Antiochus Épiphane, connaissent eux aussi les persécutions. C’est l’époque de l’empereur Néron. Les chrétiens sont hors-la-loi et pourchassés. Les paroles de Jésus seront pour eux un soutien inestimable dans leur résistance et dans leur résilience. Non! ils ne se laisseront pas abattre, car comme le figuier ils reverront la lumière.
Oui! Encore ici, le message donné par Jésus est un message d’espoir comme celui de Daniel. Le mal a beau nous entourer, il ne triomphera pas. C’est le bien, l’amour qui aura le dernier mot. Se lèvera un monde nouveau où Dieu « essuiera toute larme de [nos] yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » (Apocalypse 21,4).

III – Application
Nous ne sommes plus « en ce temps-là » bien sûr, au temps d’Antiochus Épiphane ou de Néron , nous vivons « en ce temps-ci ». Et comme « en ce temps-là » cependant, les nuages sont importants dans le monde d’aujourd’hui. Les croyants et l’Église connaissent de durs moments : désaffectation des personnes, mise au rancart de la religion, séquelles des abus sexuels etc. pour n’en nommer que quelques-uns.
Mais l’horizon n’est pas rempli que de problèmes à résoudre avec sagesse, il nous montre aussi la place de tous ceux et celles qui témoignent dans leur vie de la présence du Fils de l’homme, le Christ, déjà là Ressuscité et vivant pour nous sauver. Même si on la voit pas extérieurement, l’action de Dieu habite ceux et celles qui se remettent à Lui avec foi comme nos devanciers des temps perturbés d’autrefois.
Les baptisés attendent le Retour du Christ dans l’espérance. Cette attente ne les sort pas des réalités présentes qu’ils vivent dans la foi. Malgré les détresses, les malheurs, les difficultés, ils ont la promesse que l’amour aura le dernier mot, que le monde nouveau viendra.
C’est vers ce monde que tous et toutes nous nous dirigeons. Il n’empêche pas de vivre dans celui-ci. Au contraire, c’est parce que nous sommes bien insérés dans celui-ci que nous pouvons, comme le figuier, voir des pousses nouvelles apparaître.
Le monde à venir est déjà commencé.

Conclusion
Quelle belle leçon et quel beau message nous sont livrés aujourd’hui à travers des images dignes des vidéos et films d’épouvante. Oui! Nous en avons l’assurance, le bien est plus fort que le mal, la vie est plus forte que la mort.
Faisons cette prière : « Seigneur Jésus, nous ne connaissons ni le jour ni l’heure de ton Retour, mais nous t’attendons et nous sommes sûrs que tes paroles ne passeront pas. Que ton Esprit nous fasse comprendre à quel point elles donnent sens aux événements de notre vie, les plus marquants comme les plus simples. À travers ceux-ci, nous apprenons l’amour du Père qui fait de toi notre Sauveur et nous désirons demeurer unis à toi maintenant et pour l’éternité ».
Soulignons en terminant que ce dimanche, le 33e dimanche du temps ordinaire avant la fête du Christ-Roi, à la demande du pape François est devenu la Journée mondiale des pauvres. La première édition de la journée mondiale des pauvres a lieu le 19 novembre 2017 et cette année elle a lieu le 18 novembre non seulement à Rome comme en 2017 mais sur les cinq continents. Ils sont 12, comme les apôtres… 12 évêques ou cardinaux issus des cinq continents, 12 successeurs des apôtres qui ont choisi d’organiser des évènements emblématiques dans leur diocèse à l’occasion de la 2e Journée mondiale des pauvres dont le cardinal Lacroix, à Québec. Le thème en 2018 est « Un pauvre crie, Dieu entend ». Proposition d’une célébration eucharistique provenant du Diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière au Québec

Amen!

HOMÉLIE POUR LE 32E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « L’OBOLE DE LA VEUVE »

9 novembre, 2018

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HOMÉLIE POUR LE 32E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « L’OBOLE DE LA VEUVE »

J’avais été frappé, lors d’un congrès religieux à la Nouvelle- Orléans, de voir à la fin du Congrès les gens qui, à l’invitation des organisateurs, remettaient des sommes qui me paraissaient importantes pour eux. En les regardant, je voyais des gens simples qui n’avaient sûrement pas de grands moyens et pourtant je voyais les billets en grand nombre qu’ils mettaient dans les sacs qu’on faisait circuler dans l’assemblée.
L’obole de la veuve, les deux pièces de monnaie qu’elle dépose dans le tronc, m’a fait penser à cette expérience. Son geste suscite notre admiration comme celui de ces personnes à la Nouvelle-Orléans. Mais si on s’arrêtait là, on manquerait quelque chose que la Parole de Dieu nous livre aujourd’hui, car celle-ci nous présente non seulement l’obole de la veuve de Jérusalem mais aussi une autre veuve au temps du prophète Élie et il y a un lien entre ces deux scènes qui nous livrent un message sur ce que Dieu attend de nous.

Cherchons ensemble quel est ce message.

I – Deux pièces de monnaie
Notons en commençant qu’il s’agit de veuves. Dans la terre d’Israël le sort des veuves était très difficile. Sans mari elles étaient comme exclues de la vie communautaire. C’est pourquoi, elles vivaient le plus souvent dans une grande pauvreté.
Elles représentent bien ainsi ce pourquoi Jésus, le Fils de Dieu, est venu dans le monde : « Sauver ce qui était perdu, apporter le don de l’amour de Dieu à tous et à toutes, mais en premier lieu aux petits et aux pauvres » (cf. Luc 19,10, Mathieu 18, 11, Marc 2, 17). Ces veuves sont l’image de nous tous et toutes.
Dans le cas de la veuve de l’évangile, le récit de saint Marc la met en parallèle avec les scribes et les pharisiens qui « dévorent les biens des veuves ». Elle ne cherche pas le paraître comme eux. Elle n’est pas dans les apparences. Elle est elle-même. Elle vit sa foi totalement. Elle va même jusqu’à prendre sur son nécessaire pour manifester la priorité de Dieu dans sa vie. Pour elle jeter un peu de monnaie n’est pas se délester d’une obligation, c’est manifester une foi à toute épreuve. Elle est le modèle de tous ceux et celles qui sont prêts à aller jusqu’au bout de ce qu’ils croient.

II – Une farine et une huile qui ne s’épuisent pas
La première veuve, celle du temps d’Élie, encouragée par le prophète Élie, accepte de prendre sur le peu qu’elle a et de laisser la puissance de Dieu agir. Elle va expérimenter alors la beauté et la largesse de l’amour de Dieu à travers la nourriture, la farine et l’huile, qui ne s’épuisera pas.
Tel est l’amour de Dieu. Il ne s’épuise jamais malgré nos limites et nos retards, nos manques d’accueil. Quelqu’un me disait un jour que l’amour des parents pour leurs enfants est comme une eau qui coule et qui coule toujours quelques que soient les circonstances. C’est ce que cette personne vivait avec ses enfants qu’elle chérissait plus que tout et qu’elle n’abandonnerait jamais quelles que soient les circonstances et même s’il n’y avait pas de retour. Il en est ainsi de l’amour de Dieu pour nous.
Le message de ce passage de l’Ancien Testament complète ici celui de l’évangile. Dans les deux cas, nous voyons deux veuves, deux êtres démunis faire une confiance totale à leur Dieu en lui remettant ce qui les fait vivre et ce qui est pour elles le nécessaire. Dans le passage de l’Ancien Testament, on voit la réponse à ce geste en action. La nourriture ne se tarit pas. Dans l’évangile, on se contente d’inviter à faire confiance en donnant tout. Mais, on peut être sûr que la réponse de Dieu sera la même : celle d’un amour qui va au-delà de ce qu’on peut imaginer et qui remplit tout l’être de la personne.

III – Application
Vous voyez que la Parole de Dieu aujourd’hui est bien actuelle pour nous. Car tout en nous assurant que l’amour de Dieu est toujours là, qu’il se déploie en chacune et en chacun de nous, elle nous rappelle que nous devons y mettre du nôtre pour lui permettre de donner des fruits concrets.
C’est notre obole, notre farine, notre huile que Dieu attend comme celles des veuves que nous a présenté la Parole de Dieu aujourd’hui. Nos offrandes sont prises dans ce que nous sommes. Ce sont nos ressources de toutes sortes comme nos biens, nos dons, nos relations etc. C’est tout notre être. Le message de la Parole de Dieu aujourd’hui est clair : nous sommes invités comme les deux veuves en cause à faire une confiance absolue en la bonté et en l’amour de Dieu, à laisser entrer en nous son Royaume.
Les gestes de ces deux deux veuves nous questionnent ce matin n’est-ce pas? Laissons ces questions monter en nous. Et demandons au Seigneur la grâce d’y répondre sans retenue et sans crainte.

Conclusion
Que cette Eucharistie où Dieu se donne totalement dans le Corps et le Sang de Jésus qui se fait notre nourriture soit notre force et nous donne l’élan nécessaire sur les chemins de notre vie et qu’elle nous accompagne vers la demeure où Dieu nous attend.
Amen!

Mgr Hermann Giguère, P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE DU 4 NOVEMBRE 2018 ANNÉE B. « Quel est le premier de tous les commandements ? »

2 novembre, 2018

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HOMÉLIE DU 4 NOVEMBRE 2018 ANNÉE B. « Quel est le premier de tous les commandements ? »

Textes: Deutéronome 6, 2-6, Hébreux 7, 23-28 et Marc 12, 28b-34.

« Quel est le premier de tous les commandements ? » Domaine public J’aimerais cela entendre Jésus me dire « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu ». Et vous? C’est ce qu’il a dit à ce scribe qui venait honnêtement chercher des lumières auprès de lui pour son cheminement de vie. Regardons cette scène très parlante pour nous, car nous sommes, je l’espère, comme ce scribe, des personnes qui cherchent Dieu. Notre recherche de Dieu, comme celle du scribe, doit s’appuyer sur des bases fermes. Celles-ci sont des incontournables qui sont rappelés ici par Jésus. I – Le premier commandement Le premier fondement de notre recherche de Dieu se doit de donner la priorité à Dieu. C’est ce que les croyants et les croyantes du peuple d’Israël avaient compris. Le texte de la première lecture le proclame avec clarté et sans équivoque : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force ». Ce « Écoute, Israël » a traversé les siècles. Il est devenu le cœur de la prière que tout juif croyant répétait le matin et le soir et que les juifs d’aujourd’hui récitent encore à chaque jour. C’est comme l’équivalent du « Notre Père » des chrétiens. On appelle cette prière le « Shema’ Israël » où le mot « Shema’ » est le mot hébreu pour dire « Écoute ». Le « Shema’ Israël » s’inspire du texte du Deutéronome que nous avons entendu dans la première lecture. Il a subi des ajouts au cours des siècles, mais son but est toujours le même : proclamer l’absolu et la priorité de Dieu dans toutes les sphères de la vie personnelle et dans la société. Il ne s’agit pas seulement d’une affirmation, mais aussi et surtout d’une conviction vécue avec son coeur : « Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. » L’attitude du bon juif, du scribe qui rencontre Jésus ici, est une attitude de relation personnelle et de communion intime avec Dieu. Elle se manifeste non seulement dans le respect de ses lois, mais aussi par des sentiments d’amour, de reconnaissance, de confiance. Les psaumes que vous connaissez bien en sont remplis. « Je t’aime, Seigneur, ma force : Seigneur, mon roc, ma forteresse » proclame le chant de méditation d’aujourd’hui. (Psaume 17, 2). II – Le second commandement En écoutant la suite de la réponse de Jésus au scribe, nous passons à un autre fondement essentiel dans notre recherche de Dieu . Après avoir répondu que le premier commandement est «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force », Jésus, reprenant l’enseignement déjà présent dans l’Ancien Testament, continue en disant « Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là ». On ne peut manquer d’être un peu surpris d’entendre ici le « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». C’est normal, car on identifie cette invitation à la nouveauté du message et de la prédication de Jésus. Mais, on voit ici que Jésus ne l’a pas créée. Elle faisait déjà partie de l’Ancien Testament. Jésus cependant l’a reprise et il en fait l’essentiel de son message. Il a lié les deux commandements l’un à l’autre. Pas d’amour de Dieu sans amour du prochain et pas d’amour du prochain sans amour de Dieu. L’amour du prochain pour Jésus est le visage que prend l’amour de Dieu dans la vie du croyant. L’apôtre saint Jean et ses disciples l’avaient bien compris. On lit, en effet, dans la première Lettre de saint Jean « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas ». (I Jean 4, 20) Et dans la suite de notre scène, Jésus reconnaît que le scribe est sur cette voie qu’Il prêchera par le « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Il lui dit avec affection « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu ». III – Application Nous sommes invités nous aussi comme le scribe à nous laisser imprégner de l’amour de Dieu que nous aimerons de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toute notre force. Cet amour de Dieu nous tournera vers les autres car, comme Jésus le dit ailleurs dans l’Évangile, les autres, spécialement les plus démunis et les plus pauvres, sont Dieu lui-même qui vient à notre rencontre dans nos vies de chaque jour. Le pape Paul VI qui a terminé le Concile Vatican II en 1965 et qui vient d’être reconnu comme saint canonisé le 14 octobre 2018, l’avait bien compris. Permettez-moi de vous citer une phrase de lui que le frère Roger de Taizé avait retenue et qu’il utilisait souvent dans sa prédication. Saint Paul VI avait l’habitude de dire : « L’homme est sacré par l’innocence de son enfance, le mystère de sa pauvreté,… à travers le visage de tout homme – spécialement lorsque les larmes et les souffrances l’ont rendu plus transparent – nous pouvons reconnaître le visage du Christ ». Oui ! À travers ceux et celles que nous rencontrons, que nous servons, qui sont délaissés, qui vivent l’isolement, à travers le pauvre, le malade ou la personne âgée que nous visitons etc. c’est Jésus que nous rencontrons. « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” (Mathieu 25, 35-36).

Conclusion Que cette Eucharistie dominicale nous rende de plus en plus conscients et conscientes du lien qu’il y a entre l‘amour de Dieu et l’amour du prochain et fasse de nous des disciples-missionnaires comme le souhaite le pape François. En partageant le Corps et le Sang du Christ nous trouvons la force et l’élan nécessaires pour vivre ce défi d’une remise totale à Dieu qui nous tourne vers nos frères et soeurs à la suite de celui qui est devenu par sa mort sur la croix, comme le dit si bien la Lettre aux Hébreux dans la deuxième lecture, le grand prêtre « qu’il nous fallait : saint, innocent, immaculé » et qui est toujours vivant pour intercéder en notre faveur. Amen!

Mgr Hermann Giguère, P.H. Faculté de théologie et de sciences religieuses l’Université Laval Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 30E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « FILS DE DAVID, JÉSUS, PRENDS PITIÉ DE MOI ! »

26 octobre, 2018

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fils de David, Jésus, prends pitié de moi !

HOMÉLIE POUR LE 30E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « FILS DE DAVID, JÉSUS, PRENDS PITIÉ DE MOI ! »

Textes: Jérémie 31, 7-9, Hébreux 5, 1-6 et Marc 10, 46b-52 .

Dans l’évangile de ce jour, on voit Jésus à l’œuvre et que fait-il? Il fait voir un aveugle, il fait resplendir pour lui la lumière du jour. Dieu agit de même avec l’Église et avec chaque personne. Ce sera le thème de notre méditation aujourd’hui : « Le Seigneur fait resplendir la lumière ».

I – Un soutien tenace qui ne se dément pas
Regardons pour commencer le texte de Jérémie qui annonce une éclaircie lumineuse pour le peuple d’Israël qui vient de connaître 70 ans de ténèbres dans l’exil à Babylone. Le texte lu se termine ainsi : « Je suis un père pour Israël, Éphraïm est mon fils aîné ». Le retour des Juifs exilés à Babylone est un moment d’allégresse et de joie. C’est la lumière d’un jour nouveau qui se lève.
Par les prophètes de l’Ancien Testament, Dieu annonce qu’il fait une alliance nouvelle, une alliance dans les cœurs. « Je vous donnerai un coeur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de votre corps le coeur de pierre, et je vous donnerai un coeur de chair » dit-il par l’intermédiaire du prophète Ézéchiel (Ézéchiel 36, 26).
C’est pourquoi, le psalmiste chante dans le psaume 125 qui a été choisi comme psaume responsorial : « Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve! Alors notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie. »
Vous voyez combien l’action du Seigneur dans la vie des siens fait resplendir en eux une lumière qui les pénètre, les remplit de joie et de confiance. Ainsi le Seigneur en se montrant proche d’eux les invite à aller de l’avant sur un chemin d’amour qui rassemble « l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouchée » comme le dit le prophète Jérémie et on pourrait continuer « le jeune et le vieux, l’homme et la femme, les parents et les enfants, les riches et les pauvres etc. » Rassemblés, ils ne formeront désormais qu’une seule famille dont Dieu est le Père.
Ce beau texte de la première lecture tirée du prophète Jérémie permet de relire celui de l’évangile « avec des yeux nouveaux ».

II – Un aveugle qui voit
En effet, l’aveugle de Jéricho, le fils de Timée, Bartimée, que Jésus rencontre sur son chemin vers Jérusalem c’est chacun et chacune de nous, c’est aussi la communauté des fidèles, l’Église.
Regardons la scène de plus près. L’aveugle au bord de la route saisit que le brouhaha qui l’entoure est dû à quelque chose de spécial. On lui dit que c’est Jésus qui passe. Il en a entendu parler et que fait-il? Il se met à crier sa foi en lui. Il l’interpelle dans sa détresse en lui demandant de le soutenir. « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! »
Le brouhaha devient plus grand. On tente de le faire taire et Jésus dit « Appelez-le ». L’aveugle court vers Jésus et lorsque celui-ci lui demande « Que veux-tu que je fasse pour toi? », il s’écrie : « Rabbouni c’est-à-dire Maître, que je vois ». Jésus lui répond « Va, ta foi t’a sauvé » et, guéri, l’homme suit Jésus.
La réponse de Jésus éclaire toute cette scène qui n’est pas une guérison banale car elle nous transporte sur le registre de l’Alliance avec Dieu qui se réalise en Jésus. Cette alliance qui guérit les corps comme ici, est premièrement une alliance qui guérit les cœurs et le chemin pour y entrer est celui de la foi.

III – Une foi qui éclaire
Comme les yeux de l’aveugle se sont ouverts sur la lumière, la foi ouvre en nous un espace de lumière qui resplendit. Cette lumière de la foi n’est pas comme la lumière naturelle. Elle dépend de nos choix et de notre liberté. C’est à nous de crier vers Dieu comme Bartimée « Seigneur, aie pitié de moi », de Lui présenter nos limites, nos pauvretés, nos péchés, Sans cette implication de notre part, il manque un partenaire à l’alliance que Dieu propose.
La lumière de la foi aussi est porteuse de liens non seulement avec Dieu et avec Jésus son Envoyé, mais entre nous, croyants et non-croyants, « gens du centre et gens de périphéries », comme le dit le pape François, car aucune personne n’est mise de côté par le Père.
Enfin, elle construit la communauté des croyants. En effet, un chrétien n’est jamais seul dans sa foi. Il la reçoit comme une bénédiction et la partage avec ses frères et sœurs comme nous le faisons en ce moment. Sans la communauté, impossible de durer dans sa foi car celle-ci est toujours celle de l’Église que je partage avec mes frères et sœurs et avec les pasteurs que sont le pape, les évêques et les prêtres.
C’est ainsi que le Seigneur fait resplendir sa lumière, une lumière dont notre monde a tant besoin. Dans les tracas et les questionnements, face aux dérives possibles et réelles, devant les guerres et les conflits, le chrétien et sa communauté peuvent regarder avec confiance vers leur Dieu qui, comme il l’a fait autrefois, peut faire revenir et rassembler ceux et celles qui sont éloignés.
Pour vivre la communauté, la communion fraternelle, nous pouvons compter, comme le dit la Lettre aux Hébreux dans la seconde lecture, sur un grand prêtre, le Christ Jésus, qui est « en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement », qui est lui aussi rempli de faiblesse, mais qui a reçu de Dieu la mission d’intercéder toujours pour nous auprès du Père. Nous avons ainsi l’assurance que nous ne sommes jamais abandonnés quoiqu’il arrive.

Conclusion
Notre célébration eucharistique dominicale nous fait entrer dans ce mouvement d’offrande du Christ à son Père. C’est en nous unissant à lui par le Pain et le Vin devenus son Corps et son Sang que nous pouvons nous aussi offrir nos vies à la gloire de Dieu et ainsi permettre que la lumière de Dieu resplendisse autour de nous.
Que cette messe soit pour nous un moment de remise à Dieu avec une confiance comme celle de l’aveugle de Jéricho. Et je suis sûr que nous entendrons alors le Seigneur nous dire « Va ta foi t’a sauvé ».

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

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