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HOMÉLIE DE LA PENTECÔTE, B

18 mai, 2018

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HOMÉLIE DE LA PENTECÔTE, B

Ac 2, 1-11 ; Ga 5, 16-25 ; Jn 20, 19-23 ou Jn 15, 26-27 ; 16,12-15

Les chrétiens ont une vocation de polyglottes. C’est ce que semble affirmer Luc dans le reportage très imagé et symbolique qu’il fait de la naissance de l’Eglise. Une bruyante activité, une succession de miracles et toute la gamme des sentiments humains qui vont de la stupéfaction à l’émerveillement. C’est Babel à l’envers. Et il ne s’agit pas d’un conte de fées ni d’un récit pour enfants.
Les textes proposés comme antiennes d’ouverture nous aident à déchiffrer le message et à comprendre l’événement. La source d’abord : « L’Esprit du Seigneur… c’est se faire comprendre des hommes et des femmes de toutes langues ». Le fruit de la conversion et de la communion à Dieu ensuite : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par son Esprit qui habite en nous ».
Ainsi, dans le royaume de Dieu, la langue universelle est celle de la charité. Le message d’amour jaillissant éternellement de la fontaine divine transite par le cœur des croyants pour atteindre « toutes les nations qui sont sous le ciel ». Alors que les cultures, races, couleurs et langues, sont si souvent causes de divisions et d’oppositions, œuvres de la chair, voici que l’Esprit unifie et rassemble. Un monde nouveau, des créatures nouvelles.
Le souffle de Dieu est créateur. « Tu envoies ton souffle, chante le psaume 103, ils sont créés. Tu renouvelles la face de la terre ». Quand le courant de la vie de Dieu envahit l’être humain, quand la communion s’établit entre le don et celui qui l’accueille, comment le décrire sinon par « un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent ». Vent brûlant qui dessèche les herbes folles et cautérise les blessures. Souffle puissant qui secoue les endormis et transforme en apôtres audacieux les disciples paralysés par la peur.
Comment ne pas faire nôtre ce cri d’espérance et d’enthousiasme choisi ce dimanche comme acclamation de l’Evangile : « Viens Esprit Saint ! Pénètre le cœur de tes fidèles ! Qu’ils soient brûlés au feu de ton amour ! ».
L’Esprit donne sens à la vie. Le véritable sens. L’Esprit est un souffle libérateur. Il brise le carcan de l’égoïsme, balaye les étroitesses et les aveuglements de la lettre. Il nous arrache au superficiel et nous fait goûter l’ivresse des profondeurs.
Arbre d’amour dont les racines plongent dans l’intimité de Dieu et se nourrissent de la communion divine, il n’y a pas d’autre fruit que l’amour… mais un amour dont les mille facettes sont autant d’éblouissantes merveilles. Un fruit unique, mais de multiples saveurs qui portent des noms dont on rêve. L’amour, en effet, est joie et paix. Il est aussi patience et bonté, foi et bienveillance, douceur et maîtrise de soi, comme le précise Paul.
Avec un tel éventail de richesses de cœur et d’esprit, « il n’y a pas de loi », ajoute l’apôtre, car « si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes plus soumis à la loi ».
Cependant, cette totale liberté, cette libération de tout l’être, est aussi lente croissance et long cheminement pour que l’Esprit puisse pénétrer jusqu’aux dernières fibres de notre être… La longue marche du désert ne peut éviter les pièges et les assauts des « œuvres de la chair ». Les dangers les plus graves et les plus menaçants sont encore pour nous aujourd’hui, comme pour nos ancêtres dans la foi, l’idolâtrie et les récupérations idéologiques, les « rivalités, discordes, colères, envie… », qui nous font retourner à Babel et piétiner le fruit de l’Esprit.
Chaque eucharistie est Pentecôte, même si nous avons verrouillé les portes de notre cœur, même si nous sommes accablés par les obstacles de la route, la lassitude ou le découragement. Jésus vient au milieu de nous et nous dit aujourd’hui encore : « La paix soit avec vous ! » Dans l’eucharistie, nous voici nourris de la Parole et du Pain. Là aussi nous recevrons son Souffle qui est esprit d’amour… Et nous serons envoyés pour que tous puissent parler et se faire comprendre avec la langue unique du royaume nouveau.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE POUR L’ASCENSION DU SEIGNEUR (ANNÉE B) « ENLEVÉ AU CIEL ET ASSIS À LA DROITE DE DIEU »

11 mai, 2018

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(désolé pour le retard, pour moi l’Ascension est dimanche prochain)

HOMÉLIE POUR L’ASCENSION DU SEIGNEUR (ANNÉE B) « ENLEVÉ AU CIEL ET ASSIS À LA DROITE DE DIEU »

Homélie pour l’Ascension du Seigneur Année B le 10 mai 2018 (ou le dimanche 13 mai 2018 dans certains pays, comme le Canada) par Mgr Hermann Giguère P. H., Séminaire de Québec. Textes : Actes des Apôtres 1, 1-11, Éphésiens 4, 1-13 et Marc 16, 15-20.

Aujourd’hui nous célébrons l’Ascension du Seigneur. Cette solennité liturgique s’inscrit dans la suite de la fête de Pâques. Elle marque le départ de Jésus qui dorénavant ne sera plus avec ses disciples comme il l’a été auparavant. Relisons ensemble ce qui nous est présenté ce matin concernant ce mystère de l’Ascension dans l’évangile et dans la première lecture.

I – Le récit de l’Ascension
Le récit de l’évangile de saint Marc est très bref. Il résume le tout en quelques lignes que je vous relis : « Le Seigneur Jésus, est-il écrit, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. » C’est tout.
Quant à saint Luc, dans la première lecture, il est plus loquace. Son récit situe l’épisode quarante jours après Pâques. C’est ce qui explique que la fête de l’Ascension est placée le jeudi de la 6e semaine après Pâques. En certains endroits, cependant, comme au Canada, la fête est reportée de quelques jours pour être célébrée le dimanche suivant.
Saint Luc dans son récit nous montre les disciples réunis autour de Jésus dans un repas où celui-ci leur explique que son départ leur ouvrira un espace nouveau où ils seront les protagonistes de l’annonce du Royaume : « Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre ». Il s’efface et leur promet l’assistance de l’Esprit Saint pour cette mission.
C’est une des plus belles leçons qu’on peut retenir du mystère de l’Ascension, à savoir que le départ et l’absence de Jésus ouvrent la porte à une nouvelle présence qui se continuera tout au long des siècles. Ce sont désormais les disciples qui sont les hérauts, les messagers de la Bonne Nouvelle.

II – L’envoi des disciples
C’est ce que l’évangile de saint Marc s’emploie à développer en s’adressant aux chrétiens des débuts. Après avoir dit que Jésus a été enlevé et s’est assis à la droite de Dieu, il rappelle comment les disciples ont répondu à l’appel du Maître : « Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile c’est-à-dire la Bonne Nouvelle ». L’évangile de saint Marc se termine ainsi car il avait comme fil conducteur la Bonne Nouvelle qu’est Jésus et son message. En effet, dès les premiers versets saint Marc présente son récit comme l’annonce de la Bonne Nouvelle. Il débute par ces mots : « Commencement de l’Évangile – la Bonne Nouvelle – de Jésus, Christ, Fils de Dieu ». Le départ de Jésus ne change rien à cette annonce de l’Évangile, la Bonne Nouvelle. Ce qui est différent c’est que Jésus disparaît des yeux des disciples, mais il sera toujours avec eux.
Ils pourront le constater par les signes qui sont énumérés ici. « En mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. » Cette liste apparaît plutôt insolite à nos oreilles. Mais elle ne peut être mise de côté. Car c’est par les signes que se révèle la présence du Ressuscité. Les signes sont une forme d’enseignement sur lui, sur ce qu’il est, sur sa mission et sur son message. Ceux qui sont énumérés ici visent avant tout à manifester qu’en Jésus éclate la puissance de Dieu. Ils sortent de l’ordinaire par leur caractère miraculeux pour nous faire comprendre qu’en Jésus, Dieu agit au-delà de nos attentes et nos vues purement humaines.
Si on regardait avec foi autour de nous aujourd’hui, on reconnaîtrait des signes semblables adaptés à nos conditions de vie présentes. Ces signes d’aujourd’hui se concentreraient alors autour de la miséricorde et de la compassion. C’est du moins l’essentiel de l’enseignement du pape François qui ne cesse de le répéter. Sans mettre de côté les signes plus extraordinaires, très prisés chez nos frères et sœurs évangéliques, force nous est de constater que nos contemporains sont plus rejoints par les gestes de miséricorde, de compassion, d’entraide, de luttes pour la justice que par les guérisons de maladies de toutes sortes dont la médecine peut prendre soin. Voilà où regarder pour voir les nouveaux signes qui disent la présence toujours vivante de Jésus monté au ciel et assis à la droite de Dieu.

III – Application
Ces considérations que la fête de l’Ascension m’a inspirées me paraissent stimulantes pour notre vie chrétienne. Le départ de Jésus lors de l’Ascension marque le début d’une absence qui ouvre une porte toute grande à la démarche de ceux et celles qui le suivent. C’est à eux et à elles que revient la tâche de le rendre présent. Par leurs rassemblements, par leur écoute de sa Parole, par le partage de son Corps, ils deviennent eux-mêmes des signes de sa présence. On chante avec raison en s’inspirant de saint Paul « Vous êtes le Corps du Christ, vous êtes le Sang du Christ, alors, qu’avez-vous fait de lui? » ( Couplet du chant Je cherche le visage de John Littleton ).
Plutôt que d’imaginer l’Ascension comme la fin d’une belle histoire, nous sommes invités à voir ce mystère comme le début d’une grande histoire, d’un long périple dont nous sommes les participants et les participantes. C’est l’histoire de l’Église qui commence, une histoire aux multiples renversements, remplie de beautés, mais aussi de laideurs, une histoire de saintetés mais aussi de méchancetés. Et pourtant, Jésus prend le risque de quitter les siens définitivement en leur laissant le soin de le rendre présent autour d’eux et dans l’histoire.
Quelle belle mission pour nous aujourd’hui ! Nous nous demandons souvent, devant la situation de la foi chrétienne dans les sociétés industrialisées comme les nôtres, s’il est encore possible de rencontrer Jésus. La réponse est oui. Il est là par toi ou par moi qui rend témoignage par sa vie et ses engagements qu’il est toujours vivant

Conclusion
La célébration de l’Eucharistie est pour nous le lieu indispensable de la rencontre de Jésus enlevé au ciel et assis à la droite tu Père. Lorsque nous célébrons ensemble, il est là avec nous toujours vivant intercédant et nous unissant à lui dans la liturgie céleste autour de Dieu à laquelle nous sommes tous et toutes conviés pour l’éternité (cf. Hébreux 7, 25).
Faisons maintenant notre profession de foi et disons avec cœur aujourd’hui : « Je crois en Jésus-Christ… qui est monté aux cieux et qui est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant d’où il viendra juger les vivants et les morts ! »
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE DU 4ÈME DIMANCHE DE PÂQUES

20 avril, 2018

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HOMÉLIE DU 4ÈME DIMANCHE DE PÂQUES

« L’amour vrai ne se démontre pas. Il se montre ». C’est ce message que nous trouvons tout au long des lectures bibliques de ce dimanche. Nous avons tout d’abord le discours de Pierre. Nous nous rappelons qu’il a eu peur de la dénonciation d’une servante qui l’avait reconnu comme disciple de Jésus au moment de sa Passion. Face au danger qui pesait sur lui, il l’a renié trois fois. Aujourd’hui, il affronte avec audace les terribles autorités de Jérusalem, celles-là même qui ont crucifié Jésus. Il répond que si le boiteux a été guéri c’est par le nom de Jésus.
C’est aussi important pour nous. Jésus est capable de rendre la santé physique. Mais la bonne nouvelle de ce jour, c’est qu’il assure le salut de tous les hommes. Il n’y a aucun autre salut ailleurs qu’en lui. Il nous faut redécouvrir toute la richesse de ce mot « Salut » : il s’agit de toute la richesse de vie et d’amour auxquels tout homme aspire. C’est le Christ ressuscité qui répond à cette attente. « Aucun autre nom n’est donné aux hommes qui puisse nous sauver ».
La lettre de saint Jean (2ème lecture) va dans le même sens. Nous sommes peut-être trop habitués à entendre que Dieu nous aime. C’est vrai que nous sommes devenus des enfants gâtés. Mais il nous faut imaginer le bouleversement de cette révélation d’amour a pu provoquer à l’époque. Elle s’adressait aux grandes cités de l’empire Romain, à des gens exploités et méprisés, à des mal-aimés de Corinthe et d’Éphèse. Pour eux c’était un véritable renversement. Le monde de l’amour n’avait rien à voir avec celui du pouvoir.
Ce qui est premier c’est cette révélation inimaginable d’un Dieu dont le nom est « Amour ». Nous y avons été plongés au jour de notre baptême. « Mes bien-aimés, voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés. Il a voulu que nous soyons enfants de Dieu ». C’est une expérience vraiment extraordinaire. Il s’agit moins d’aimer que de se savoir aimés par lui. Pour nous, cela a commencé au jour de notre baptême et cela se développe tout au long de notre vie. Un jour viendra où nous atteindrons la parfaite ressemblance avec le Fils de Dieu. « Nous luis serons semblables parce que nous le verrons tel qu’il est ». Il suffit de se laisser aimer.
L’Évangile nous présente Jésus comme le bon berger. La Bible utilise souvent cette image pour parler des responsables du peuple ou encore du Roi-Messie. C’est au moment du danger qu’on reconnaît le vrai berger. Quand ça devient vraiment dangereux, le mercenaire ne pense qu’à se mettre en sécurité. Pour lui, les brebis c’est secondaire. Avec Jésus c’est différent. Sa priorité c’est de sauver tous les hommes ; il est le « berger de toute humanité ». Il connait chacune de ses brebis. Il ne faut pas se tromper sur le sens du mot connaître. Ce n’est pas comme quand on dit : « Je connais tous mes dossiers ». La connaissance dont il est question est communication, échange, dialogue. C’est une communication de pensée et de cœur.
Oui, Jésus nous connaît tous au plus profond de nous-mêmes. Et quand il dit cela, il ne pense pas seulement aux bons chrétiens. Il pense aussi à tous ceux qui ne le connaissent pas, ceux qui organisent leur vie en dehors de Dieu. D’une façon ou d’une autre, tous font partie de son bercail. Malheureusement, il se trouve des mauvais bergers qui font tout pour sortir Dieu de nos vies ; et comme la nature a horreur du vide, c’est la Loi du plus fort, du plus puissant, la Loi de l’argent qui a pris ses quartiers parmi nous. Mais Jésus ne cesse de vouloir « rassembler les enfants de Dieu qui sont dispersés ».
Le Seigneur compte sur nous pour participer à sa mission de bon berger. C’est pour répondre à cet appel que des chrétiens s’engagent comme catéchistes ou encore dans des aumôneries de collèges, d’hôpitaux et même dans les prisons. Avec Jésus, il n’y a pas de situation désespérée. Son amour est offert à tous les hommes. Il est capable de les sortir de la délinquance, de la drogue et de tout ce qui les détruit. Nous avons de nombreux témoignages de gens qui disent que leur rencontre avec lui a changé leur vie.
En ce jour, nous célébrons la 52ème journée mondiale des vocations. Le Seigneur continue d’appeler des prêtres, des diacres, des religieux et religieuses et des laïcs pour participer à son œuvre de rassemblement. Le Cardinal Marty disait qu’il n’appelle pas « que les enfants sages ». Nous sommes tous engagés pour cette mission. Ne disons pas que nous sommes trop âgés, trop jeunes ou trop fatigués… l’appel du Seigneur est vraiment là. Et il nous redit : « Ne crains pas, je suis avec toi. »
Si nous allons communier au Corps et au sang du Christ c’est pour puiser à la source de cet amour qui est en Dieu, c’est pour entrer dans ce projet qui anime Jésus. Alors oui, nous te prions Seigneur : donne-nous force et courage pour rester fidèles à cette mission que tu nous confies.

Sources : Revues Signes, Feu Nouveau, homélies pour l’année B (Amédée Brunot),

Jean Compazieu, prêtre de l’Aveyron

HOMÉLIE DU 3E DIMANCHE DE PÂQUES, B

13 avril, 2018

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Emmaus

HOMÉLIE DU 3E DIMANCHE DE PÂQUES, B

Ac 3, 13-15, 17-19 ; 1 Jn 2, 1-5 ; Lc 24, 35-48

La culture biblique crie famine. C’est ce que révèle un sondage fait auprès de 1250 jeunes italiens de 13 à 19 ans. Quels sont les noms des quatre évangélistes ? 64 % de mauvaises réponses. Que signifie « évangile » ? 31 % des étudiants l’ignoraient. Tout comme 52 % ignoraient qui étaient Abraham et Noé. Vous avez sans doute entendu parler de la Genèse (« Genesi » en italien) ? Tous ont répondu « oui », mais pour 36 % il s’agissait du groupe rock anglais « Genesis ».
Pourquoi vous raconter ces petits faits ? Parce que deux mots m’ont particulièrement frappé dans la méditation des textes liturgiques de ce dimanche : « ignorance » et « connaissance ». Un véritable péché d’ignorance qui va jusqu’au crime (1e lecture) et une connaissance dans laquelle il n’y a pas une once de vérité (2e lecture).
D’où cette prière d’accueil à la proclamation de l’évangile : Seigneur Jésus, fais-nous comprendre les Ecritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Et la réponse donnée par Jésus en saint Luc : « Alors, il ouvrit l’esprit de ses disciples à l’intelligence des Ecritures », eux qui, cependant, croyaient bien les connaître. Ce qui n’est pas notre cas puisque, en général, nous les connaissons peu et très mal.
Ce que Luc veut nous faire comprendre entre autres choses, c’est que les Ecritures (c’est-à-dire, à l’époque, l’Ancien Testament) ne peuvent bien se comprendre qu’à partir de la résurrection de Jésus. D’une certaine manière, la Bible se lit à l’envers, en commençant par la dernière partie, c’est-à-dire le Nouveau Testament. Pour nous, Jésus est l’interprète parfait de toutes les Ecritures, non seulement par son enseignement et ses commentaires, mais parce qu’il les a réalisées par sa vie, le don de sa vie et sa résurrection. En Jésus, la Loi, les Prophètes, les Psaumes, le vrai culte, ont été parfaitement accomplis.
Les apôtres savaient ce qui avait été écrit sur le Messie dans la Loi, les Prophètes et les Psaumes, mais ils n’avaient pas réussi à mettre un lien entre le Messie décrit et annoncé, et Jésus de Nazareth. Ils n’avaient pas compris. C’est lorsqu’ils auront fait l’expérience du Christ ressuscité que ces « lents à croire » vont non seulement comprendre et connaître, mais vivre autrement.
Ils ne se contenteront pas d’une connaissance de tête, d’intelligence et de mémoire, mais, par leur vie, ils deviendront des témoins du Messie mort et ressuscité.. D’où, l’importance de la lettre de Jean, qui nous explique que la vraie connaissance n’est pas d’ordre cérébral, elle est incarnation dans la vie quotidienne, une réalité visible, palpable.
Qui prétend connaître le Christ uniquement en brandissant un examen sans faute est un menteur. Seuls peuvent dire « Je le connais » ceux et celles qui gardent fidèlement sa Parole. Alors, ils rendent visible et rayonnante la vérité, c’est-à-dire l’amour de Dieu. La connaissance est expérience. Elle met en œuvre l’intelligence, le cœur, la volonté, et même le corps. Expérience de Dieu par la Parole écoutée et appliquée, les signes perçus dans le culte, dans les sacrements, dans le jardin de la nature, le témoignage et les événements, signes des temps.
Connaître quelqu’un, c’est créer des liens et des liens qui engagent. C’est s’aventurer sur le chemin de la communion, de l’harmonie des cœurs et des esprits, mais aussi de l’action commune.
Connaître le Seigneur, c’est l’aimer, reconnaître ses plans, ses projets, ses volontés, s’y soumettre et les vouloir. C’est se mettre en état permanent d’accueil et de conversion.
C’est pourquoi la Parole de Dieu ne doit pas seulement être écoutée, mais méditée et priée, pour qu’elle puisse être traduite en comportements de vie ou imitation du modèle. « En n’oubliant jamais, écrivait en substance un spirituel du Xe siècle, que le Christ, qui est la paix céleste, a été traité comme un révolté et un brigand. Il a exposé l’évangile, et on en a fait un blasphémateur de la Loi. Il a accompli les Prophètes et fut jugé comme un transgresseur des Ecritures ».
Vous avez écouté l’évangile. Cela se passait il y a plus de deux mille ans. Cela se passe aujourd’hui ici, chez nous. Le Christ est présent dans nos assemblées d’hommes et de femmes de peu de foi. C’est pour nos esprits lents à croire qu’il proclame d’abord la Parole et nous ouvre l’esprit à l’intelligence des Ecritures. C’est lui encore qui, tout à l’heure, nous dira ‘La Paix soit avec vous », avant de partager le Pain qui fait l’unité de son Corps-Eglise. Puis, il nous dispersera dans le monde en mission de service et de témoignage. Aujourd’hui encore, comme à Jérusalem à ses disciples, il nous dit : « C’est vous qui êtes mes témoins ».

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE PÂQUES B

6 avril, 2018

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imm fr Rubens-incrédulité-saint-Thomas

Rubens, incredulité Saint Thomas

HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE PÂQUES B

Ac 4, 32-35 ; 1 Jn 5, 1-6 ; Jn 20, 19-31a

(Prononcée en 1997 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), les événements cités sont de cette époque)

Thème : La foi n’est pas une évidence. Elle se nourrit de l’écoute de la Parole et des « actions parlantes »

Il était une fois, au seuil du 21e siècle, quelques dizaines de jeunes gens et jeunes filles qui voulaient bâtir leur existence sur le roc des Ecritures. Leur communauté fut baptisée « Source Supérieure ». Vivant comme des moines et des moniales, ils s’appelaient entre eux frères et sœurs et mettaient tout en commun. Ils s’étaient exilés du monde du péché, pour aspirer davantage à une autre vie, purifiée, joyeuse et définitive. A l’abri d’un refuge discret mais luxueux, ils vivaient dans l’impatience du grand jour. Celui du retour à la Source. Le grand passage, la pâque ultime. C’est au cours de leur « semaine sainte » 1997 qu’ils ont choisi de se débarrasser joyeusement et ensemble de leur enveloppe terrestre. Un suicide collectif pour rejoindre le paradis de leurs fantasmes.
C’est sur fond de cette actualité d’une liturgie morbide, née d’une dérive « religieuse » que nous avons vécu en Eglise le Saint jour de Pâques. La fête des fêtes. La fête de la foi. Dans l’allégresse, les prières et les chants, nous avons proclamé d’un même cœur et d’une seule voix : Je crois en Jésus le Christ, ressuscité des morts. Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Avant cela, le Verbe, qui est l’ »exégète de Dieu », avait ouvert nos esprits à l’intelligence des Ecritures, depuis la Genèse jusqu’au sépulcre vide, en passant par les prophètes et les psaumes, qui parlent du Christ en clair obscur.
Foi reçue. Foi proclamée. Foi célébrée. Mais l’adhésion au Christ ne peut se contenter des expressions doctrinales, liturgiques et rituelles. Il lui reste encore à descendre au plus profond de notre conscience et à se concrétiser dans le pas à pas quotidien pour y devenir foi vécue. C’est-à-dire rayonner en amour sans frontière, en impérieuse réconciliation et en victoire de la paix. Croire et aimer, c’est tout un. Même si nous sommes des témoins fragiles, souvent hésitants ou peureux, troublés et fragilisés par le doute. C’était il y a huit jours.
Aujourd’hui, comme tous les premiers jours de la semaine, nous faisons corps dans la foi. Nous faisons Eglise. Lourds de nos inquiétudes, de nos faiblesses, du poids de nos souffrances, peut-être aussi de nos angoisses. Comme Thomas et ses compagnons, un certain premier jour de la semaine.
Ce matin, les portes de la cathédrale ne sont pas fermées, mais celles de nos cœurs sont peut-être encore verrouillées. Il n’empêche ! Jésus est là au milieu de nous puisque nous sommes rassemblés en son nom. Il est là aussi « présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Eglise les Saintes Ecritures » (Constitution sur la liturgie, 7a).
Encore faut-il y croire. Et y croire vraiment. Mais croire n’est pas facile. Pour personne. Voyez les réactions de Thomas, lui qui était placé aux premières loges. Lisez le récit de Luc, là, ce sont tous les disciples sans exception qui sont « frappés de stupeur et de crainte ». Et lorsqu’ils auront pris conscience de l’authenticité de leur expérience spirituelle, et malgré leur joie, « ils n’osaient pas encore y croire et restaient saisis d’étonnement ».
Même après la résurrection, la foi des apôtres est restée difficile et elle était tout autre chose qu’une assurance donnée par une vision sensible de Jésus ressuscité. Or, nous sommes appelés à croire sans preuves. Si ce n’est la preuve des témoignages et des signes.
La foi chrétienne n’est pas une évidence. Elle est affaire d’amour, et donc de confiance et de liberté. Elle n’est pas non plus soumission aveugle à des formules pétrifiées dans la lettre des dogmes. Pas plus qu’elle ne se prouve par tous les faits, évoqués par les Evangiles. Comme s’ils étaient le résultat d’une enquête historique et scientifique ou le résumé d’évènements scrupuleusement filmés par des professionnels de la pellicule et du reportage. Les évangiles sont le témoignage d’une communauté chrétienne qui vit, dans la foi, l’expérience du Christ ressuscité.
Bien des croyants qui ont suivi les cinq émissions « Corpus Christi » programmées sur ARTE durant la Semaine Sainte, auront peut-être vécu « un douloureux décapage de leur foi ». C’est une purification bénéfique. Car la foi est toujours une libre décision prise par quelqu’un qui a été séduit par la personne de Jésus, sa Parole, son message et sa vie. La foi est un attachement vivant au Christ, dont la Parole est nourriture. Elle suppose un contact intime, admiratif et radicalement confiant avec Jésus, le Christ, le Vivant. Et vivant, parce que ressuscité, c’est-à-dire qu’il a « accès à la vie définitive ». « En Dieu, il continue d’exister » (1).
Pour les apôtres d’hier, Pierre en tête, comme pour ceux d’aujourd’hui, toute vie chrétienne est « faite de foi et d’incertitudes, de chutes et de re-départs ». Nous avons tous des étapes de questions et de doutes, voire même d’anxiété, confesse le cardinal Martini. Il n’y a qu’une solution, ajoute-t-il, tant pour les savants que pour les simples : donner foi aux paroles du Christ, comme paroles provenant de Dieu.
Pour devenir croyants et nourrir notre foi, nous avons davantage besoin des oreilles pour écouter que des yeux pour voir. Et cependant, la Parole n’est rien tant qu’elle n’est pas traduite en capacité d’aimer, tant qu’elle n’a pas pris corps. Et elle prend corps dans des comportements et des actions qui deviennent autant de signes de la résurrection. Des « actions parlantes ». On en découvre des traces chaque fois que des hommes et des femmes, à la suite du Christ, deviennent à leur tour des « créatures nouvelles » qui osent s’engager à « renouveler la face de la terre » ou du moins la petite parcelle de leur territoire. Nous sommes conviés, écrivait récemment l’évêque de Tournai, « à découvrir et à ouvrir des chemins de résurrection, à repérer (aussi) les premiers signes de la victoire pascale, comme le don de soi et l’amour désintéressé, le pardon des offenses, la volonté de réconciliation ».
C’est d’ailleurs ainsi que « les apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus », nous disent les Actes. Partage de la Parole et du Pain eucharistique. Partage des services et partage des biens, « pour que personne ne soit dans la misère ». C’est alors que les yeux s’ouvrent et que, sans voir Jésus, on reconnaît qu’il est vivant. Ce n’est pas pour rien que la liturgie fait précéder aujourd’hui l’Evangile d’un flash sur la vie des premières communautés chrétiennes. Un récit certes idéalisé, mais qui indique le chemin à poursuivre et le signe à donner.
« La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi, avaient un seul cœur et une seule âme ». Autrement dit, des hommes et des femmes ordinaires, « quelle que soit leur origine ethnique, religieuse ou sociale, leur culture ou leur fortune », se comportaient en frères et sœurs pour le meilleur et pour le pire. Ils vivaient « en ressuscités ». Avec évidemment des conséquences directes sur la façon de comprendre et d’exercer l’autorité et le pouvoir, par exemple. Une véritable conversion également dans tout ce qui touche à l’usage des biens matériels, à la possession gourmande, à l’idolâtrie de la propriété et des droits acquis.
Il en va de même aujourd’hui. Le Christ ressuscité et sa Bonne Nouvelle seront reconnus à des signes qui ne trompent pas : ceux de chrétiens et de communautés chrétiennes qui « vivent en ressuscités », ici, aujourd’hui, d’une manière crédible et convaincante, par une solidarité effective, une manière de partager et de mettre en commun adaptée aux situations, aux problèmes et aux aspirations d’aujourd’hui. C’est ainsi que la foi se nourrit et se prouve par l’écoute de la Parole et le témoignage des actions « parlantes » de l’agir quotidien.
« Donne-nous envie de croire ! » Tel est le cri qui résume les 1.200 lettres adressées aux évêques de France par des jeunes de 15 à 30 ans. Ils nous disent que, pour eux, la foi est « avant tout une expérience authentique qui ouvre des horizons insoupçonnés. Elle conduit à une transformation intérieure qui change le regard sur les autres, sur le monde… C’est le bonheur à portée de main, dans la trame des relations quotidiennes ».
N’est-ce pas le signe et l’espérance de la naissance d’une société et d’un monde nouveaux ?

« Seigneur, donne-nous envie de croire ! ».

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

(1) Xavier Léon-Dufour, p 68 « La Vie », 27.03.1997, n. 2691.

HOMÉLIE DU JOUR DE PÂQUES, B

30 mars, 2018

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Jésus est ressuscité!

HOMÉLIE DU JOUR DE PÂQUES, B

Ac 10, 34a. 37-43 ; Col 3, 1-4 ou 1 Co 5, 6b-8 ; Jn 20, 1-9 ou Mc 16, 1-8

Rêve déçu, intensément tristes, découragées, trois femmes de la première compagnie de Jésus (pas celle des jésuites, mais des premiers disciples) se rendaient au cimetière avec des fleurs et du parfum. Mais le récit de Marc n’est pas un reportage pris sur le vif. Il n’y a pas eu de scène filmée ni de micro tendu. Ces pages de catéchèse sont déjà un écho de l’expérience spirituelle d’une communauté de croyants, où se mêlent les souvenirs, les faits et les symboles. Par contre, la peur, elle, est bien là. Le choc de l’émotion religieuse, la stupeur de ceux et celles qui s’approchent de Dieu et qui découvrent tout d’un coup à l’endroit la surprenante réalité que l’on voit d’habitude à l’envers. C’est-à-dire le monde des réalités spirituelles.
Le Christ de chair et d’os n’est plus là. Mais bien le Christ de la foi. C’est le message du Christ, et le Christ messager qui est au centre du récit : Le Nazaréen, Dieu l’a ressuscité. La mort est donc renversée, elle a changé de sens. Le crucifié mort est vivant.
Voilà une affirmation tranchante, sans preuves, sans explications. Une vérité exorbitante, présentée comme un fait accompli. Mais où est-il ? Ni là, ni ici, mais ailleurs. Dans un univers nouveau qu’elles devront découvrir. Une présence et un message qui les envoient en mission. Elles reçoivent un ordre de marche : Allez dire aux disciples, allez dire à Pierre… Mais elles s’enfuirent bouleversées, toutes tremblantes et en claquant des dents. Il est vrai qu’il y avait de quoi. Révélations et manifestations divines ont toujours provoqué l’effroi, la crainte et le tremblement. Mais, souligne Marc, elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. C’est ici que se termine son évangile.
Les spécialistes sont d’accord pour affirmer que la suite, l’épilogue, n’est pas de la plume de l’évangéliste, mais un « appendice » ajouté après coup pour offrir une finale heureuse. Car, en fait, elles ont finalement transmis leur message, comme on le voit chez Matthieu, Luc et Jean. Heureusement. Sinon, les disciples n’auraient rien su de l’événement et nous non plus. Mais il ne suffira pas de le dire et le redire avec des mots, il faudra en témoigner. Autrement dit, le mettre au monde dans la communauté des croyants, accoucher de son corps mystique. Elles vont donner corps à la Parole, enfanter des humains à la vie nouvelle, par la foi au Ressuscité.
Peut-on se fier à des femmes, se disaient les disciples ? Ainsi, des femmes, à qui la Loi juive déniait la capacité juridique de témoigner, vont témoigner de la résurrection du Christ et les sortir de leurs préoccupations terre-à-terre dont ils étaient prisonniers. C’est elles qui vont les ramener à tout ce que Jésus leur avait promis et confié, mais qui fut balayé par le désarroi et les abandons à l’heure de la Passion.
De fait, elles ont parlé aux Onze et à tous les autres, précise Luc. Résultat ? Elles furent mal reçues. Ils n’ont pas cru un mot de ce qu’elles racontaient et ont pris leurs paroles pour du délire… Des radotages de bonnes femmes !
Mais quand des hommes viendront faire part de leur rencontre et de leur expérience du Ressuscité, ils ne seront pas mieux reçus. Ce qui veut dire que l’incrédulité est plus spontanée que la foi. Ce n’est d’ailleurs que lentement et péniblement que la foi au Ressuscité s’est imposée aux apôtres comme venant de Dieu… Ce n’est pas plus facile pour nous ni plus rapide.
Quant à la preuve, car on réclame toujours des preuves, ce ne sera pas un tombeau vide, ni un saint suaire, ni un rapport de police, mais la transformation surprenante et profonde d’une poignée de poltrons en croyants audacieux. Un miracle ! « Les événements de la Pâque de l’an 30, écrit un exégète, ont transformé des femmes craintives en messagères et des lâches ou traîtres en témoins confessants ».
C’est d’ailleurs ce que l’on attend aujourd’hui de notre foi. Il nous faut mettre au tombeau notre esprit du monde et notre incrédulité, pour mener une vie nouvelle, une vie de ressuscité. Faire mourir ce qu’on appelle le vieil homme et laisser vivre un être nouveau, renouvelé.
Il n’empêche que nous rêvons facilement, jusqu’à en être avides, de signes venus du ciel, de preuves palpables, tangibles, visibles, indiscutables. Des témoignages irrésistibles, un raisonnement parfait, qui puissent nous rendre la foi plus facile ou plus claire. Voyez la course aux révélations, aux secrets, aux apparitions… Or, nous n’aurons pas de preuves en dehors de la foi. Par contre, la foi transforme les relations entre les êtres et les rapports entre les choses. C’est là que l’on attend aujourd’hui des témoins et des acteurs, heureux et fiers d’être des disciples du Ressuscité. On doit pouvoir les reconnaître à leur tête, des têtes de sauvés. Non pas simplement à leurs chants, ou à la saveur de leurs alleluias, mais à leur manière de vivre, de se comporter, de parler, de pardonner, d’être solidaires et de partager. D’authentiques artisans de paix. Des témoins crédibles.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

 

HOMÉLIE DU JEUDI SAINT PAR LE FR. DENIS BISSUEL, OP

28 mars, 2018

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La dernière Cène

HOMÉLIE DU JEUDI SAINT PAR LE FR. DENIS BISSUEL, OP

Je ne sais pas si vous avez l’expérience de la randonnée, pas la petite promenade digestive du dimanche, mais la marche qui doit vous conduire loin et haut, celle pour laquelle il vaut mieux se préparer et prendre quelques précautions si l’on veut arriver au bout, rester en forme et garder un bon moral : il est essentiel de prévoir un bon casse-croûte riche en calories et d’avoir les pieds en bon état.
Il en va de même dans notre vie de foi. Nous sommes des pérégrinant, pèlerins par nature, toujours en marche et à coup sûr éprouvés un jour ou l’autre par la faim, la fatigue ou la soif, parfois par ces ampoules qui vous écorchent là où ça fait bien mal et vous empêchent d’avancer ; ou encore assailli par le doute, le découragement, ou quelque question angoissante à vous tordre l’estomac.
Il faut pourtant continuer à avancer dans la vie, tenir à l’heure de l’épreuve, et ce sera peut-être plus difficile encore quand les ténèbres viendront soudain recouvrir la terre, quand Jésus, sur qui on croyait pouvoir s’appuyer fermement et compter semblera soudain vaincu lui-même, anéanti, terrassé par les forces du mal, emporté par la mort.
C’est aujourd’hui son heure, l’heure il entre dans sa Passion. La Pâque approche, l’ambiance est lourde, mortifère. Les grands prêtres et les scribes cherchent comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer ; l’un de ses disciples va le trahir, un autre le renier, et Jésus est à table avec eux. Au cours de ce dernier repas, avant de quitter ce monde et d’aller vers le Père, Jésus va prendre soin d’eux, il va leur donner la nourriture dont ils ont besoin pour la route et s’occuper de leur laver les pieds, signe de son amour indéfectible. Il leur demande de reprendre ces gestes en mémoire de lui. Ils pourront alors avancer et persévérer sur un chemin parfois bien rude. Ce chemin doit traverser les déserts de la plaine, gravir les escarpements de la montagne, ce chemin passe par la croix
Tandis qu’ils mangeaient, Jésus prend du pain, ordinaire, celui qui est fait pour nourrir la masse des hommes, fruit de la terre et du labeur de l’humanité, que l’on sait aussi partager en signe d’amitié. Ce pain, Jésus le brise, le partage, le donne pour qu’il soit reçu, pris et mangé, sur lequel il prononce ces paroles : ceci est mon corps, pour vous. Car c’est lui qui dans sa Passion sera brisé. Par ce geste Jésus donne et se donne, jusqu’à se faire pain, nourriture pour la vie du monde, transformant notre vie pour qu’elle devienne fraternelle, sacramentelle.
Puis il prend une coupe, la coupe du sang versé de la nouvelle Alliance, qui n’est plus le sang d’un agneau à répandre sur le linteau des portes de nos maisons, mais le sang de Jésus qu’il nous invite à boire pour nous protéger des assauts destructeurs du mal et du péché. Prenez, mangez, buvez, ceci est mon corps, ceci est mon sang, pour vous.
Dans l’évangile selon saint Jean Jésus, dans un geste d’humble service, se met à genoux devant chacun de ses disciples, tel le Maître et Seigneur qu’il est en vérité, et il commence à leur laver les pieds à tous. Il y a là Pierre sur qui il bâtit son Église et qui allait le renier et André, des pêcheurs du lac, Jacques et Jean son frère, Philippe, Barthélémy, Matthieu un collecteur d’impôts, un autre Jacques, Thaddée, Simon un zélote, et Judas l’un des douze celui-là même qui allait le livrer. Et à leurs pieds, Jésus. C’est le monde à l’envers, mais bien le seul endroit de Dieu.
Dieu a toujours pris soin de son peuple. Lève-toi et mange autrement le chemin sera trop long pour toi, disait déjà Dieu à Elie épuisé, avant de lui servir une bonne galette et un verre d’eau fraîche. Souviens-toi, durant cette longue marche de 40 ans que tu as faite dans le désert, ton pied n’a jamais enflé, rappelait Moïse au peuple d’Israël. Dieu est fidèle à sa promesse d’être toujours avec nous et pour nous. Il le manifeste et le signifie en nous soutenant et nous secourant dans les réalités les plus vitales et les plus simples : manger, boire, servir, marcher, aimer. Ces réalités essentielles, Jésus les reprend, les accomplit en un sens radicalement nouveau ; sachons en découvrir la grâce et le mystère.
Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. Il fallait que Jésus prît la tenue de serviteur, endurât sa souffrance pour entrer dans sa gloire. Il en va de notre salut. Jésus insiste donc : il nous demande de lui faire confiance et de prendre et de reprendre en mémoire de lui ce qu’il a dit et fait pour nous : comme je vous ai lavés les pieds, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. Heureux serez-vous si vous le faites en mémoire de moi. Peut-être avons-nous comme l’apôtre Pierre quelques fierté ou réticences exprimées ou rentrées, toi Seigneur me laver les pieds à moi, jamais ! Mais il faut en passer par là.
Laissons-nous faire, laissons-nous laver les pieds et buvons à la coupe. Enterrons le vieil homme et mourrons au péché. Si nous parcourons avec le Christ le chemin de la Passion, de la vie, si nous devenons frères, sœurs, au service les uns des autres dans un véritable amour mutuel, alors nous pourrons percevoir la lueur de l’aube et commencer à comprendre : qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. Amen

HOMÉLIE DU DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION, B

23 mars, 2018

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Jésus entre à Jérusalem

HOMÉLIE DU DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION, B

Mc 11, 1-10 (ou Jn 12, 12-16) ; Is 50, 4-7 ; Ph 2, 6-11 ; Mc 14, 1 – 15, 47

Dieu semble bien souvent absent. Surtout peut-être quand on en aurait le plus besoin. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (1). Voilà les seules paroles de Jésus en croix que Marc a retenues dans sa prédication de la Bonne Nouvelle. C’étaient d’ailleurs des paroles semblables que devaient crier dans les geôles romaines ou murmurer dans leurs cœurs désemparés tant de chrétiens victimes d’une persécution croissante.
Comment rendre confiance à ces enthousiastes déçus, à ces nouveaux convertis, juifs ou païens, qui ont reconnu dans le prophète de Nazareth le libérateur de tous les esclavages, l’élu de Dieu, bâtisseur d’un monde nouveau ?
On ne peut vraiment connaître le Christ qu’en passant par où il est passé, répond Marc. On ne peut découvrir en lui la divinité qu’en acceptant sans réserve son humanité.
La vie du Christ n’a pas été constamment adoucie et embellie par des interventions miraculeuses. Trahi par les siens, injustement accusé par ses opposants, condamné à mort, le témoin de la vérité, l’irréprochable, ne sera pas sauvé in extremis par une « légion d’anges ».
Ses déceptions seront intégralement humaines, l’angoisse ne lui sera pas épargnée et il sera rongé et torturé lui aussi par le doute lancinant jusqu’à laisser échapper une prière qui frise le désespoir.
La réalité est brutale mais on ne peut la gommer. Dieu « fait chair » n’a pas été bien accueilli. « Il est venu parmi les siens et les siens ne l’ont pas reçu »… Bien des prophéties avaient évoqué très crûment la figure d’un messie, serviteur et souffrant, objet d’outrages de tous genres, maudit et malmené par les adorateurs du vrai Dieu… Prophéties oubliées au profit d’une image plus fidèle aux vanités humaines… Un messie royal et triomphant, politique et nationaliste, vainqueur de tous les ennemis et venu confirmer la religion officielle et ses adeptes les plus fervents.
Dès ses premières interventions, Jésus s’est heurté à tous les pouvoirs en place. La vérité de Dieu n’a pas plu à la vérité des hommes. La Bonne Nouvelle de la paternité divine et de la fraternité humaine, celles de l’amour et du pardon, de la justice et de la paix, ont été aussitôt censurées. Il faut faire taire ce blasphémateur !
La Parole aurait pu se prévaloir de ses origines divines et, comme l’écrit Paul, « revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ». Le Verbe n’a pas suivi la logique de l’esprit du monde. Il aurait pu se dérober à la spirale de la violence et du mal, éblouir ses adversaires et même se faire proclamer roi. Il a préféré la folle logique de l’amour et servir plutôt que d’être servi. Parfaitement homme, il a révélé un Dieu plus humain que l’homme, pour nous apprendre à être parfaitement et totalement homme ou femme.
Jésus n’a pas échappé aux épreuves de l’ingratitude et au supplice de la solitude. Son extraordinaire Bonne Nouvelle s’est constamment heurtée à l’incompréhension de ses proches et même de ses disciples. Marc nous fait toucher du doigt l’isolement progressif du miroir même de Dieu… Alliance des jalousies, des intégrismes et des fanatismes, pièges hypocrites et complots taillés sur mesure… Il faut relire la trahison de Judas, l’assoupissement des disciples, la fuite de la dernière garde et l’ultime et horrible blessure du reniement de Pierre.
A l’heure des miracles, il entendit les applaudissements de la foule. Condamné à mort au nom de Dieu et au nom de l’Empereur, c’est entouré de sarcasmes et de cris de haine qu’il traîna sa croix.
Progressivement, la Parole était devenue silence et c’est le silence de Dieu qui accompagna Jésus au calvaire. Y a-t-il plus grande solitude que celle du gibet ? L’espérance cependant n’est pas morte, car l’angoisse s’accompagne d’un cri : « Mon Dieu, mon Dieu… ».
Point d’orgue inattendu, c’est un soldat païen qui dénonce l’aveuglement des hommes et entonne le credo : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu ».
Aujourd’hui encore, nous pouvons être Pierre ou Judas, Hérode, Caïphe, Pilate ou le Centurion. Nous pouvons trahir la Parole en l’écoutant sans la mettre en pratique. Nous pouvons emprisonner Jésus dans la solitude quand nos credo ne changent rien à notre vie. La Passion du Christ continue. Il est chaque jour re-crucifié, non par des juifs et des païens, mais par des baptisés qui « s’attaquent à la vie du juste et déclarent coupable l’innocente victime ». (Ps 93, 21)
L’ami et le fidèle, au contraire, est celui qui « se laisse réveiller chaque matin par la Parole, pour l’écouter comme celui qui se laisse instruire ».

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

(1) « Pourquoi m’as-tu abandonné ? », Chiara Lubich, Nouvelle Cité.

 

HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE DE CARÊME, B

15 mars, 2018

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Jean 12, 20-33

HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE DE CARÊME, B

Jr 31, 31-34 ; He 5, 7-9 ; Jn 12, 20-33

L’HOMME ACCOMPLI ALLIANCE DE COEUR

(Cette homélie a été prononcée en la cathédrale SS. Michel et Gudule (Bruxelles), en 1994)

Des psychanalystes et spécialistes en psychologie des expériences religieuses nous disent que la psychologie et la foi peuvent s’éclairer mutuellement. Toutes deux nous affirment que l’être humain est un être de relations.
Mais il n’est pas nécessaire d’être spécialisé en quoi que ce soit pour savoir et expérimenter que la nature et la qualité des relations humaines jouent un rôle considérable dans l’équilibre, l’épanouissement et le bonheur des hommes et des femmes que nous sommes, c’est-à-dire leur accomplissement. Evidemment, il y a de nombreux types de relations : professionnelles ou mondaines, de voisinage ou d’amitié. Relations de solidarité et de charité. Relation d’amour qui peut atteindre l’harmonie dans une parfaite communion. Relations aussi entre des peuples, entre Dieu et nous.
D’où aussi l’existence de traités et d’alliances, chargés de promesses et d’engagements, de responsabilités et d’obligations, qui lient entre eux des partenaires. Contrats nécessaires, sinon indispensables pour que vivent, progressent et s’épanouissent les personnes et la société.
Cela ne suffit pas. L’alliance écrite et signée, les règlements d’application précisés, la réussite est loin d’être garantie. Car il y a toujours la manière de vivre les relations : l’esprit et la lettre, la peur ou la confiance, la sympathie ou la jalousie, l’égoïsme ou la générosité… Encore faut-il que toutes ces alliances s’inscrivent dans le sens de la vocation ultime de l’être humain et du monde. En conformité avec son être profond, créé à l’image et comme à la ressemblance de Dieu. Autrement dit, il faut situer toutes ces relations par rapport à la relation à Dieu. Elles ne peuvent, en effet, nous conduire à un accomplissement humain que si elles sont branchées sur la source. Car c’est Dieu qui en assure l’inépuisable fécondité.
La longue histoire biblique des alliances entre « Je Suis » et son peuple manifeste bien cette fécondité et le lent chemin de l’accomplissement de l’Homme. Alliance fondamentale, universelle de Noé, alliance d’Abraham le père du monothéisme, alliance du Sinaï où Moïse taille dans la pierre les Dix Paroles qui font vivre.
Aujourd’hui, nous l’avons entendu, le prophète Jérémie était désespéré de voir, à son époque, se multiplier les infidélités du partenaire humain. L’alliance était pratiquement rompue. Avec des conséquences désastreuses sur la vie religieuse, sociale, économique et politique. Mais déjà, il pressentait une étape ultérieure, un renouveau. Une autre perception des relations avec le Dieu unique. Une autre perception de Dieu. Une nouvelle alliance.
Que proclame et que réclame Jérémie ? Le « retour du cœur ». Dans toute relation, il y a danger permanent de dégradation ; l’esprit tend à disparaître au profit de la loi, de la lettre et du conformisme. Quand Dieu est considéré comme un juge impitoyable et un maître intransigeant, la Loi d’Alliance apparaît aisément comme une litanie de commandements à observer sous peine de sanctions. Elle met la liberté en cage. Alors, l’être humain se sent esclave ou bien se fait courtisan.
Il cherche alors à fuir la colère divine en multipliant les gestes de soumission. Ou, il veut s’assurer bienveillance et privilège à force de rites, de formules et d’offrandes. D’où aussi la cascade de commentaires et de précisions, jusqu’aux détails minutieux qui nous enveloppent dans un filet juridique dont les mailles ne cessent de se rétrécir. Un terrain propice au développement de la peur ou de la révolte, au cancer du scrupule ou aux nausées de l’indigestion.
Mais voici que les tables de pierre deviennent paroles de quelqu’un. Le contrat signé devant notaire se mue en alliance de cœur. Tout demeure et cependant tout est transformé.
La loi n’est plus un texte rigide, imprimé noir sur blanc. Elle est d’abord une affectueuse connivence inscrite dans le cœur. Elle n’est plus règlement tatillon, entouré de menaces, mais l’écho d’un grand amour. Un moyen modeste et imparfait, un point de repère et d’orientation pour établir une relation de connaissance mutuelle, de don et d’échange. Dès lors, la crainte s’efface devant la confiance. Le fardeau trop lourd se fait léger. S’en est fini de la relation maître-esclave, souverain-sujet, dominant-dominé. Un changement de nature. La loi n’est plus imposée par la force et sous la contrainte. Elle est offerte à la liberté de la personne comme un don sans prix, comme une chance à saisir. Ainsi, tout commandement, même formulé négativement, laisse le champ libre à l’initiative de l’amour qui, lui, est capable d’adapter, d’innover, de dépasser l’étroitesse de la lettre. Et même d’aimer jusqu’à l’engagement de tout l’être au-delà de toute loi : « Je mettrai ma loi au plus profond d’eux-mêmes, dit le Seigneur, je l’inscrirai dans leur cœur ».
Ce n’était en fait qu’un rappel et un approfondissement. Déjà, l’alliance noémique y faisait allusion. N’est-ce pas précisément aux racines mêmes de l’être que bat le cœur de Dieu, que vit son Esprit, que se reflète, dans les eaux de la source, sa propre image ? Tout être humain n’est-il pas fils ou fille de Dieu ? créé comme à sa ressemblance… Il a donc « un cœur pré-accordé à la loi de Dieu ». C’est-à-dire parfaitement apte à répondre par l’amour à son amour. Dieu seul peut accomplir pleinement l’être humain.
Voilà pourquoi Jésus n’est pas venu abolir la loi mais la réaliser. Non pas la détruire, mais la parfaire. Non pas l’éplucher, ni en discuter à perte de vue, mais l’incarner dans le quotidien.
C’est pour cela aussi que les prophètes et les mystiques ont si souvent utilisé les images conjugales pour révéler les véritables relations de Dieu avec son peuple. « Dieu, disait Amos, a épousé son peuple dans la justice et dans le droit, dans la tendresse, la miséricorde et la fidélité ». De même, les Pères de l’Eglise, les grands priants et les mystiques, ont toujours trouvé dans la méditation du Cantique des Cantiques la traduction la meilleure de leur relation personnelle à Dieu. « Bien que la comparaison (…) soit infiniment imparfaite, disait la grande sainte Thérèse, je ne trouve rien de mieux que le sacrement du mariage pour me faire comprendre que Dieu épouse les âmes spirituellement ».
C’est bien la qualité des relations d’amour et d’un amour constamment branché sur la source qui fait la réussite d’une alliance. Et non pas la soumission scrupuleuse ou craintive aux termes du contrat. Encore moins un amour « marmelade de cœur » (Hegel).
Dès lors, le sens et la valeur du sacrifice ne sont pas immolation et tourment, mais disponibilité amoureuse et réponse affectueuse, même au risque de la souffrance. Le grand sacrifice de l’alliance, dont parle l’épître aux Hébreux et l’Evangile, c’est bien celui de la disponibilité totale : « Père, que ta volonté soit faite et non pas la mienne ». Et cela, jusqu’à « l’engagement risqué au service de l’humanité » (Blondel). C’est ainsi que Jésus a été « conduit jusqu’à son propre accomplissement ».
Hier transfiguré, Jésus demain sera crucifié « en signature d’alliance ». Il va afficher aux yeux du monde jusqu’où va le péché et jusqu’où va l’amour, dans un être humain accompli.
Nous arrivons ainsi au terme du Carême. « La Pâque est au bout de ce temps », nous fait chanter une hymne du bréviaire. « Le Seigneur nous précède en nous-mêmes ! Notre avenir est au dedans ! » Là où Dieu, sur nos chantiers intérieurs, continue à bâtir ce sanctuaire de l’être humain « qui est la seule cathédrale digne de Lui ».
Mais, dès aujourd’hui, en quittant cette cathédrale de pierre, notre cœur et nos pas doivent nous faire entrer aussitôt « dans l’église de Vie », présente au cœur du monde. C’est là que nous allons rencontrer les Grecs dont parle l’Evangile. Qui sont-ils ? Ils viennent de la terre de la pensée et des arts, des sciences et de l’informatique. Ils viennent du monde aux divinités multiples. Ils sont chercheurs de vérité, curieux, insatisfaits peut-être des philosophies à la mode, des mouvements des sectes et des religions qui s’offrent de tous côtés à leur quête d’absolu. Ces explorateurs de l’infini sont à la recherche de la lumière. D’autres arrivent meurtris des banlieues de l’exclusion, des déserts du cœur, de l’enfer du désespoir. Tous nous disent à leur manière : « Nous voudrions voir Jésus ». Qu’allons-nous leur répondre ? Qu’allons-nous leur offrir, leur faire voir et expérimenter ?
Saint Léon le Grand nous met sur la piste : « Puisque tous les fidèles ensemble et chacun en particulier sont un seul et même temple de Dieu, il faut que celui-ci soit parfait en chacun, comme il doit être parfait dans l’ensemble ». L’Homme intérieur est toujours en construction. L’Eglise elle aussi est toujours en chantier.

Père Fabien Deleclos, franciscain, (T)
1925 – 2008

HOMÉLIES DU 4E DIMANCHE DE CARÊME B

9 mars, 2018

06/03/2018
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Jésus a élevé sur la croix, une peinture moderne

HOMÉLIES DU 4E DIMANCHE DE CARÊME B

2 Ch 36, 14-16, 19-23 ; Ep 2, 4-10 ; Jn 3, 14-21

« L’Eglise a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Evangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques. » (Vatican II, Constitution Lumen Gentium, Egl. 4).
Les trois lectures de ce dimanche résument chacune à leur manière la fragilité et l’inconstance de l’être humain, l’infinie patience et la tendresse de Dieu, mais aussi la pédagogie des évènements.
Ce qui s’est passé « sous le règne de Sédécias » n’est certes pas le monopole d’une époque lointaine. En s’éloignant de la source de lumière et de vie pour courir après ce qui brille, l’être humain s’enfonce dans l’obscurité qui dissimule ses aberrations. Toujours cependant, des hommes et des femmes surgissent qui crient casse-cou, dénoncent les infidélités et appellent à la conversion. Des clairvoyants. Donc des gêneurs qu’il faut bâillonner par la moquerie et le mépris, l’emprisonnement ou même la mort. Le Christ, prophète par excellence, n’a pas connu meilleur sort. « Quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises »…C’est l’heure des crises, des révolutions et des guerres. L’abondance et l’insouciance cèdent la place aux restrictions, aux ruines, aux désespoirs. Et quand il est trop tard, beaucoup se surprennent à conclure : « Cela devait arriver » ou même « nous l’avons mérité » !
Dieu ne s’est pas vengé pour autant. Mais le choc des épreuves réveille en nous ce qui dort, éclaire ce qui est obscur, relativise ce que nous imaginions immuable ou capital. Maladies, échecs et souffrances de tous genres font voir autrement les gens et les choses, la vie et la mort, le passé et l’avenir. Une illumination. Une occasion d’être purifié.
Une chance nouvelle est ainsi offerte pour prendre ou reprendre la route du vrai, du bien, du bon, pour que « nos actes soient vraiment bons, conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous et que nous devons suivre » (Ep 2, 10)
La Parole de Dieu est inlassablement envoyée dans le monde comme une lumière dans nos ténèbres. Il est cependant des obscurités qui nous tiennent à cœur et que nous défendons farouchement contre la clarté de la vérité. Il nous arrive de refuser de voir, d’accepter, de modifier. Et pourquoi craindre cette lumière qui ne vient pas nous condamner ni nous juger, mais bien nous délivrer ?
« Celui qui fait la vérité vient à la lumière ». Pour faire la vérité, il faut fréquenter assidûment celui qui est vérité tout entière et maintenir avec lui des relations vraies. Vérité encore à faire et à entretenir dans nos relations avec les autres, en restant constamment soucieux de respect, refusant le mensonge et la duplicité. Vérité à construire dans nos relations fraternelles qui suscitent le partage, libèrent le pauvre de la mendicité pour en faire un partenaire.
Par le Christ, nous pouvons désormais voir toute chose à la lumière de la foi. Par lui, notre vie est renouvelée; Il nous fait sans cesse renaître en nous faisant entrer « dans ce mouvement de mort et de vie ». Un système et une actualité que nous célébrons dans l’eucharistie et que l’eucharistie nous invite à réaliser dans les conversions quotidiennes qui nous font passer de la mort à la vie.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

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