Archive pour la catégorie ''

SOLENNITÉ DES SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL – HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II (2001)

27 juin, 2017

https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/homilies/2001/documents/hf_jp-ii_hom_20010629_sts-peter-paul.html

la mia e fr - Copia

SOLENNITÉ DES SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL – HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II (2001)

Vendredi 29 juin 2001

1. « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16).

Que de fois avons-nous répété cette profession de foi, prononcée un jour par Simon, fils de Jonas, aux alentours de Césarée de Philippe! Que de fois j’ai moi-même trouvé dans ces paroles un soutien intérieur pour poursuivre la mission que la Providence m’a confiée!
Tu es le Christ! Toute l’Année Sainte nous a conduits à fixer le regard sur « Jésus-Christ unique sauveur, hier, aujourd’hui et à jamais ». Chaque célébration jubilaire a été une incessante profession de foi dans le Christ, renouvelée ensemble deux mille ans après son Incarnation. A la question, toujours actuelle, de Jésus à ses disciples: « Mais pour vous, qui suis-je? » (Mt 16, 15), les chrétiens du troisième millénaire ont répondu une fois de plus en unissant leurs voix à celle de Pierre: « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».

2. « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 16, 17).
Après deux millénaires, le « roc » sur lequel est fondée l’Eglise reste toujours le même: c’est la foi de Pierre. « Sur cette pierre » (Mt 16, 18), le Christ a construit son Eglise, un édifice spirituel qui a résisté à l’usure des siècles. Assurément, elle n’aurait pas pu résister à l’assaut de tant d’ennemis sur des bases uniquement humaines et historiques!
Au cours des siècles, l’Esprit Saint a illuminé des hommes et des femmes de tout âge, vocation et condition sociale, pour en faire « des pierres vivantes » (1 P 2, 5) de cette construction. Ce sont les saints, que Dieu suscite avec une créativité inépuisable, et qui sont bien plus nombreux que ceux que l’Eglise indique solennellement en exemple à tous. Une seule foi; un seul « roc »; une seule pierre d’angle: le Christ, Rédempteur de l’homme.
« Tu es heureux, Simon Fils de Jonas »! La béatitude de Simon est la même que celle de la Très Sainte Vierge Marie, à laquelle Elisabeth dit: « Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur » (Lc 1, 45).
C’est la béatitude qui est également réservée à la communauté des croyants d’aujourd’hui, à laquelle Jésus répète: Bienheureuse es-tu, Eglise du troisième millénaire, qui conserves l’Evangile intact et qui continues à le proposer avec un enthousiasme renouvelé aux hommes du début d’un nouveau millénaire!
Dans la foi, fruit de la rencontre mystérieuse entre la grâce divine et l’humilité humaine qui se remet à celle-ci, se trouve le secret de la paix intérieure et de la joie du coeur qui anticipent d’une certaine manière la béatitude du Ciel.
3. « J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » (2 Tm 4, 7).
La foi se « conserve » en la donnant (cf. Redemptoris missio, n. 2). Tel est l’enseignement de l’Apôtre Paul. C’est ce qui a eu lieu lorsque les disciples, le jour de la Pentecôte, sortis du Cénacle et soutenus par l’Esprit Saint, partirent dans toutes les directions. Cette mission évangélisatrice se poursuit dans le temps et c’est la manière normale avec laquelle l’Eglise administre le trésor de la foi. Nous devons tous participer activement à ce dynamisme.
C’est avec ces sentiments que je vous adresse mon plus cordial salut, chers et vénérés frères, qui m’entourez aujourd’hui. Je vous salue de manière particulière, chers Archevêques métropolitains, nommés au cours de la dernière année et venus à Rome pour le rite traditionnel de l’imposition du Pallium. Vous provenez de vingt-et-un pays des cinq continents. Sur vos visages, je contemple celui de vos communautés: une immense richesse de foi et d’histoire, qui se compose et s’harmonise comme une symphonie dans le Peuple de Dieu.
Je salue également les nouveaux évêques, ordonnés au cours de cette année. Vous provenez, vous aussi, de diverses parties du monde. Dans les différentes parties du corps ecclésial, que vous représentez ici, se trouvent des espérances et des joies, mais les blessures ne manquent certes pas. Je pense à la pauvreté, aux conflits, parfois même aux persécutions. Je pense à la tentation du sécularisme, de l’indifférence et du matérialisme pratique, qui mine la vigueur du témoignage évangélique. Tout cela ne doit pas affaiblir, mais intensifier en nous, chers frères dans l’épiscopat, le désir d’apporter la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu à chaque être humain.
Prions afin que la foi de Pierre et de Paul soutienne notre témoignage commun et nous rende prêts, si nécessaire, à aller jusqu’au martyre.
4. Ce fut précisément le martyre qui scella le témoignage rendu au Christ par les deux grands Apôtres que nous célébrons aujourd’hui. A une distance de quelques années l’un de l’autre, ils versèrent leur sang ici, à Rome, en consacrant cette ville une fois pour toutes au Christ. Le martyre de Pierre a marqué la vocation de Rome comme siège de ses successeurs dans cette primauté que le Christ lui confia au service de l’Eglise: service à la foi, service à l’unité, service à la mission (cf. Ut unum sint, n. 88).
Cette aspiration à la fidélité totale au Seigneur est urgente; le désir de la pleine unité de tous les croyants devient toujours plus intense. Je me rends compte que, « après des siècles d’âpres polémiques, les autres Eglises et Communautés ecclésiales examinent toujours plus et d’un regard nouveau ce ministère de l’unité » (Ibid., n. 89). Cela vaut de façon particulière pour les Eglises orthodoxes, comme j’ai pu le remarquer également au cours des derniers jours, lors de ma visite en Ukraine. Comme je voudrais que vienne le temps de la réconciliation et de la communion réciproque!
Dans cet esprit, je suis heureux d’adresser mon salut cordial à la Délégation du Patriarcat de Constantinople, guidée par Son Eminence Jérémie, Métropolite de France et Exarque d’Espagne, que le Patriarche oecuménique Bartholomaios I a envoyée pour la célébration des saints Pierre et Paul. Leur présence ajoute une note de joie particulière à notre fête. Que les saints Apôtres intercèdent pour nous, afin que notre engagement commun puisse solliciter et préparer la recomposition de cette unité, pleine et harmonieuse, qui devra caractériser la communauté chrétienne dans le monde. Lorsque cela aura lieu, il sera plus facile au monde de reconnaître le visage authentique du Christ.
5. « J’ai gardé la foi »! (2 Tm 4, 7). C’est ce qu’affirme l’Apôtre Paul en traçant le bilan de sa vie. Et nous savons de quelle façon il la conserva: en la donnant, en la défendant, en la faisant fructifier le plus possible. Jusqu’à la mort.
De la même façon, l’Eglise est appelée à conserver le « dépôt » de la foi, en le communiquant à tous les hommes et à tout l’homme. C’est pourquoi le Seigneur l’a envoyé dans le monde, en disant aux Apôtres: « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19). Ce mandat missionnaire est plus que jamais valable à présent, au début du troisième millénaire. Face à l’ampleur du nouvel horizon, il doit même retrouver la fraîcheur des débuts (cf. Redemptoris missio, n. 1).
Si saint Paul vivait aujourd’hui, comment exprimerait-il l’aspiration missionnaire qui a distingué son action au service de l’Evangile? Et saint Pierre ne manquerait certes pas de l’encourager dans ce généreux élan apostolique, en lui donnant la main droite en signe de communion (cf. Ga 2, 9).
C’est pourquoi nous confions à l’intercession de ces deux saints Apôtres le chemin de l’Eglise au début du nouveau millénaire. Nous invoquons Marie, la Reine des Apôtres, afin que partout, le peuple chrétien croisse dans la communion fraternelle et dans l’élan missionnaire.
Que la communauté des croyants puisse le plus rapidement possible proclamer d’un seul coeur et d’une seule âme: « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant! » Tu es notre Rédempteur, notre unique Rédempteur! Hier, aujourd’hui et à jamais. Amen.

HOMÉLIE DU 12E DIMANCHE ORDINAIRE A

23 juin, 2017

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

5552360400013FS

(Thème des lectures)

HOMÉLIE DU 12E DIMANCHE ORDINAIRE A

Jr 20, 10-13 ; Rm 5, 12-15 ; Mt 10, 26-33

Faut-il avoir peur du contenu de nos assiettes et de l’air qu’on respire ? Peut-on manger du poulet « chloré » venu d’Amérique et des légumes transgéniques ? Nous avons certes bien des motifs de nous inquiéter. Mais tous n’ont pas la même gravité. De toute manière, il n’y a pas d’existence humaine sans peur ni angoisse.
La peur est d’ailleurs au menu du repas biblique de ce dimanche. Ainsi, le Père Jérémie vit dans la crainte. Pourquoi ? C’est un prédicateur bien connu, qui ne transige pas avec les exigences d’une foi incarnée. Observateur attentif de l’actualité quotidienne, il a mis en garde ses concitoyens, et en premier lieu les autorités civiles et religieuses, contre leur insouciance face à une situation sociale, politique et religieuse qui se dégrade. Il crie casse-cou à des gens devenus aveugles et insouciants, qui vont droit à la catastrophe. Réaction du public ? Jérémie est chahuté, traité de prophète de malheur, accablé de critiques et même de menaces. Il va se retrouver seul. Il risque la dépression. Il est tellement accablé et découragé qu’il va même déclarer son regret d’être né : « Maudit le jour où je fus enfanté ! ».
Les chrétiens de Syrie, très minoritaires, auxquels s’adresse Matthieu, connaissent eux aussi la peur. Exactement comme beaucoup d’autres, affrontés aux persécutions aujourd’hui. Songez aux chrétiens du Soudan, d’Irak, d’Indonésie, et d’Algérie… où des convertis au christianisme sont condamnés pour « pratique illégale d’un culte non-musulman » (1). A l’époque de Matthieu, les chrétiens de Syrie, qui vivaient au sein du judaïsme, se sentaient isolés, exclus de la société, et donc marginalisés.
Confrontés à ces tensions et à ces risques, certains ont laissé tomber les bras, peut-être même abandonné la foi. D’autres, catéchistes et prédicateurs, ont mis une sourdine aux exigences de l’Evangile pour éviter les défections et ne pas trop heurter les non chrétiens.
Il y a une autre raison qui a pu nourrir l’angoisse de ces premiers chrétiens. Ils sont, en effet, étonnés et déçus, comme nous pourrions encore l’être aujourd’hui, de constater que la mort et la résurrection de Jésus, la proclamation d’un évangile de justice et de paix, n’ont pas vraiment amené la paix ni suscité un monde heureux. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle ces chrétiens se sont mis à attendre avec impatience et beaucoup de naïveté une seconde et rapide venue du Christ. Dans l’immédiat. Or, la vérité c’est que le Christ demande à chacun de ses disciples d’utiliser sa tête et son cœur, ses mains et ses pieds, ses yeux et tout son être, pour annoncer et incarner l’Evangile dans l’ordinaire de la vie quotidienne. Le Royaume de Dieu commence bien ici-bas. Il grandit et se développe ici-bas. Mais c’est très modestement, par leur vie selon le Christ et conformément à l’Evangile, que les chrétiens hâtent la venue du règne de Dieu, « règne de justice, de vérité et de paix ». Un Royaume d’abord spirituel, intérieur, dont l’accomplissement totalement réalisé n’est pas pour ici-bas.
Il n’empêche que Garaudy, qui n’est pas un « Père » de l’Eglise, avait raison quand il affirmait : « Dieu ne parlera jamais si tu ne lui prêtes pas ta bouche. Dieu n’agira jamais si tu ne lui prêtes pas tes mains ». « Prêtez-moi votre langue, dit le Christ. Et vous verrez le grain mûr entrer dans les greniers du roi.. », prêchait S. Jean Chrysostome dans son homélie sur la moisson abondante. Ce qui signifie que se déclarer en paroles et en actes pour le Christ devant les hommes, c’est évidemment se mouiller. Parfois aussi se compromettre, au risque de heurter de front les intérêts, l’égoïsme, les fausses certitudes des uns et les habitudes des autres, le pouvoir, les privilèges, l’aveuglement ou l’étroitesse d’esprit. Nous sommes très loin d’une religion confortable. Ce qui peut tout naturellement engendrer des inquiétudes, des peurs, et même des angoisses. Ne fût-ce que la peur engendrée par le respect humain, la peur de se compromettre, la peur de s’engager, de perdre de l’argent. Il y a aussi la peur du changement, de la nouveauté, la peur de déplaire. La question est de savoir si nous restons paralysés par nos peurs, ou bien si nous mettons notre confiance en Jésus Christ, vainqueur de toute peur. Même les grands peureux du vendredi saint, ces proches disciples de Jésus, inquiets, terrorisés, prêts à trahir, sont finalement devenus de véritables remueurs de foules, d’intrépides missionnaires, des géants de la foi.
Jésus invite ses disciples à ne pas craindre ceux qui tuent le corps mais ne peuvent pas tuer l’âme, tant il est vrai que nos cheveux sont tous comptés. Mais certains n’en ont plus beaucoup. Ce qui faisait dire avec humour à Michel Quoist en conclusion d’une prière : « C’est vrai, Seigneur, tu penses sans cesse à nous… Donne-moi la grâce de découvrir et de vivre ce que tu as rêvé pour moi… Fais que j’épouse un peu, dans mon attention aux autres, l’attention que tu as pour nous… Seigneur, toi qui fais des crânes chauves, tu fais surtout les vies belles ! ».

P. Fabien Deleclos, franciscain

(1) LLB 04.06.08.

HOMÉLIE DU DIMANCHE DE LA SAINTE TRINITÉ, A

9 juin, 2017

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/archive/2008/05/14/homelie-du-dimanche-de-la-sainte-trinite-a.html

fr BandieraRV

Raffaello , Étendard de la Très Sainte Trinité, (Wiki, histoire, intéressant à lire:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Stendardo_della_Santissima_Trinit%C3%A0

HOMÉLIE DU DIMANCHE DE LA SAINTE TRINITÉ, A

Ex 34, 4b-6, 8-9 ; 2 Co 13, 11-13 ; Jn 3, 16-18

Chaque fois que nous faisons le signe de la croix, chaque fois que nous proclamons le credo, nous évoquons le Père, le Fils et l’Esprit. Une affirmation de foi et un signe typiquement et uniquement chrétiens. C’est ainsi que, dans toutes les communautés chrétiennes, anglicane, protestante, réformée, orthodoxe, catholique romaine…, le baptême est conféré au nom du Père, du Fils et de l’Esprit, fondement d’une unité déjà réalisée. Une unité de base.
Par ailleurs, on conçoit aisément qu’il ne peut y avoir qu’un seul Dieu, même si on peut aller à lui par des chemins différents. Mais il est vrai aussi que l’image, l’idée ou la conception que l’on peut se faire de lui n’est pas unique (1). Ainsi, on l’a fait marcher avec les armées hitlériennes : « Gott mit uns ». Kamikazes et tueurs de tous genres prétendent que c’est lui qui arme leur bras. Et c’est au nom du Dieu unique que des femmes sont mutilées, humiliées, lapidées… Des chrétiens aussi ont persécuté ou tué au nom du seul vrai Dieu. Nous sommes encore toujours tentés de donner à Dieu un visage en fonction de nos peurs, de nos besoins de sécurité ou de puissance, de nos rêves ou de nos ambitions. Des images de Dieu parfois désastreuses.
Or, nul n’a jamais vu Dieu, dit S. Jean, qui ajoute aussitôt que Jésus, lui, nous l’a fait connaître. C’est grâce à son témoignage que les Evangiles nous parlent du Père, du Fils et de l’Esprit. Et c’est à partir de là que des théologiens grecs, à la fin du IIe siècle, ont parlé de la Sainte Triade. Ce qu’il faudrait traduire, écrivait un théologien français, « Le saint Trio ». C’est également à la fin du IIe siècle, mais du côté latin, que Tertullien de Carthage parlera pour la première fois de « la Trinité d’une seule divinité, Père, Fils et Esprit Saint ». Trinitas étant un mot qui suggère à la fois le pluriel avec « tri » et l’unité, « unitas ».
Je ne vais pas vous entraîner dans une bataille de mots et de formules, ni dans une aventure millénaire de mathématique sacrée et de spéculation intellectuelle. Ce qui n’est pas sans importance, car la notion même de trinité pose problème, puisqu’il s’agit d’un scandale pour les Juifs et d’un blasphème pour les Musulmans. Nous ne devons pas pour autant être tous capables de jongler avec l’ »un » et le « trois », avec personne et nature, essence et substance, personne et hypostase, relation et « procession » (2). Il s’agit là de notions d’origine philosophique, utilisées pour tenter de dire quelque chose de l’intimité de l’être même de Dieu. Ce qui constitue le plus grand des mystères, inaccessible à la seule raison. Cependant, si l’on peut en parler, c’est grâce à la Parole et à l’expérience même de Jésus. Il nous a mis sur la piste. Il nous apporte la lumière d’une révélation. Il n’y a donc pas que l’approche dogmatique, intellectuelle et spéculative de ce mystère. Pour nous aussi, il peut y avoir une approche expérimentale, qui débouche sur une pratique, une manière de vivre au quotidien.
Si nous sommes créés comme à l’image et à la ressemblance de Dieu, le mystère de notre être et de notre vie, nos aspirations les plus profondes, nos besoins spirituels les plus intenses, doivent, en toute logique, être un peu les mêmes qu’en Dieu. Le mystère de la vie intime de Dieu doit correspondre à quelque chose qui est également essentiel et vital pour nous. Le moindre éclairage de ce mystère a donc une incidence sur notre vie quotidienne, aussi bien personnelle que communautaire ou sociale.
Si Dieu est amour, rien qu’amour, et donc l’amour absolu, il n’est pas éternelle solitude. Il est nécessairement échange permanent, dynamisme de communication permanente, relation réussie, communion parfaite, dialogue éternel, respect infini, don perpétuel, liberté suprême… Ce qui faisait dire et répéter au philosophe et scientifique Gaston Bachelard et, après lui, le prêtre mystique Maurice Zundel : « Au commencement est La Relation ». Ce qui veut dire que certaines expériences humaines très fortes et les plus fortes, dont celles de l’amour, de l’amitié, d’une fraternité idéale, peuvent nous faire entrevoir un petit quelque chose de la vie intime de Dieu. Et de l’autre côté, nous pouvons ainsi percevoir un modèle, un éclairage, une perfection, et donc aussi une exigence, pour les relations d’amour et de charité que nous essayons tant bien que mal de vivre, tant au niveau personnel que familial et social, à tous les niveaux. La Trinité pourrait donc se définir « un Art de vivre ».
Nous voici dans le concret quotidien et non plus dans l’abstrait. A l’image de Dieu, nous sommes par nature vie et don, relation et communication, partage et désir de communion. Et donc communion avec d’autres, et avec ce Tout-Autre et ce Tout-Semblable qui se veut si proche. Ce qui veut dire que toutes les relations familiales et conjugales, sociales et autres, qui existent entre les êtres humains, et donc aussi entre nous, traduisent finalement l’image et l’idée que nous nous faisons de Dieu. Ce qui entraîne un témoignage à rendre… Ainsi, celui d’Irina Sendler, cette héroïne polonaise. Elle a sauvé 2.500 enfants juifs du ghetto de Varsovie, car « éduquée dans l’idée qu’il faut sauver quelqu’un qui se noie, sans tenir compte de sa religion ou de sa nationalité… ».
D’où, cette interrogation : Comment les autres, qu’ils soient proches ou lointains, chrétiens, juifs ou musulmans, peuvent-ils entrevoir en nous observant, en nous voyant vivre, le Dieu d’amour et de paix, de pardon et de miséricorde dont parle S. Paul ?
C’est pourquoi, après le périple de l’année liturgique qui s’est clôturé par la Pentecôte, l’Eglise nous demande, en ce dimanche de la Trinité, si nous savons qui est Dieu. Et bien, ce n’est pas croire en quelque chose d’abstrait. C’est découvrir quelqu’un qui nous aime et qui attend que nous soyons des témoins de l’amour infini dont nous pouvons déjà faire l’expérience.
Mais tout peut se dire, en sept mots : « Si tu vois la charité, dit S. Augustin, tu vois la Trinité ».

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

Cf l’Exposition « Traces du sacré », le retour du divin, à Beaubourg, au centre Pompidou jusqu’au 11 août (LLB 08.05.08, p 20, et « La Vie », 30.04.08, p 20-24)
Le fait de procéder du Père et du Fils

MESSE EN LA SOLENNITÉ DE PENTECÔTE – HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

4 juin, 2017

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2017/documents/papa-francesco_20170604_omelia-pentecoste.html

circo_massimo_in_migliaia_per_papa_francesco_640_ori_crop_master__0x0_640x360

Le pape à la veille de la Pentecôte, Rome Circus Maximus

MESSE EN LA SOLENNITÉ DE PENTECÔTE – HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Place Saint-Pierre

Dimanche 4 juin 2017

Se conclut aujourd’hui le temps de Pâques, cinquante jours qui, de la Résurrection de Jésus à la Pentecôte, sont marqués de manière spéciale par la présence de l’Esprit Saint. C’est lui, en effet, le Don pascal par excellence. C’est l’Esprit créateur, qui réalise toujours des choses nouvelles. Deux nouveautés nous sont montrées dans les Lectures d’aujourd’hui : dans la première, l’Esprit fait des disciples un peuple nouveau ; dans l’Évangile, il crée dans les disciples un cœur nouveau.
Un peuple nouveau. Le jour de Pentecôte, l’Esprit est descendu du ciel, sous forme de « langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa sur chacun […]. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 3-4). La Parole de Dieu décrit ainsi l’action de l’Esprit, qui se pose d’abord sur chacun et ensuite met tous en communication. Il fait à chacun un don et réunit tous dans l’unité. En d’autres termes, le même Esprit crée la diversité et l’unité et, ainsi, façonne un peuple nouveau, diversifié et uni : l’Église universelle. D’abord, avec imagination et de manière imprévisible, il crée la diversité ; à chaque époque, en effet, il fait fleurir des charismes nouveaux et variés. Ensuite, le même Esprit réalise l’unité : il relie, réunit, recompose l’harmonie : « Par sa présence et son action, il réunit dans l’unité les esprits qui sont distincts les uns des autres et séparés » (Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’évangile de Jean, XI, 11). En sorte qu’il y ait l’unité vraie, celle selon Dieu, qui n’est pas uniformité, mais unité dans la différence.
Pour réaliser cela, il convient de nous aider à éviter deux tentations récurrentes. La première, c’est celle de chercher la diversité sans l’unité. Cela arrive quand on veut se distinguer, quand on crée des coalitions et des partis, quand on se raidit sur des positions qui excluent, quand on s’enferme dans des particularismes propres, jugeant peut-être qu’on est meilleur ou qu’on a toujours raison. Ce sont les soi-disant ‘‘gardiens de la vérité’’. Alors, on choisit la partie, non le tout, l’appartenance à ceci ou à cela avant l’appartenance à l’Église ; on devient des ‘‘supporters’’ qui prennent parti plutôt que des frères et sœurs dans le même Esprit ; des chrétiens ‘‘de droite ou de gauche’’ avant d’être de Jésus ; des gardiens inflexibles du passé ou des avant-gardistes de l’avenir avant d’être des enfants humbles et reconnaissants de l’Église. Ainsi, il y a la diversité sans l’unité. La tentation opposée est en revanche celle de chercher l’unité sans la diversité. Cependant, ainsi, l’unité devient uniformité, obligation de faire tout ensemble et tout pareil, de penser tous toujours de la même manière. De cette façon, l’unité finit par être homologation et il n’y a plus de liberté. Mais, dit saint Paul, « là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 17).
Notre prière à l’Esprit Saint, c’est alors de demander la grâce d’accueillir son unité, un regard qui embrasse et aime, au-delà des préférences personnelles, son Église, notre Église ; de prendre en charge l’unité de tous, de mettre fin aux bavardages qui sèment la division et aux envies qui empoisonnent, car être des hommes et des femmes d’Église signifie être des hommes et des femmes de communion ; c’est de demander également un cœur qui sente l’Église notre mère et notre maison : la maison accueillante et ouverte, où on partage la joie multiforme de l’Esprit Saint.
Et venons-en à la seconde nouveauté : un cœur nouveau. Jésus Ressuscité, en apparaissant pour la première fois aux siens, dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (Jn 20, 22-23). Jésus ne condamne pas les siens, qui l’avaient abandonné et renié durant la passion, mais il leur donne l’Esprit du pardon. L’Esprit est le premier don du Ressuscité et il est donné avant tout pour pardonner les péchés. Voilà le commencement de l’Église, voilà la colle qui nous maintient ensemble, le ciment qui unit les briques de la maison : le pardon. Car, le pardon est le don à la puissance n, c’est le plus grand amour, celui qui garde uni malgré tout, qui empêche de s’effondrer, qui renforce et consolide. Le pardon libère le cœur et permet de recommencer : le pardon donne l’espérance ; sans pardon l’Église ne s’édifie pas.
L’Esprit du pardon, qui résout tout dans la concorde, nous pousse à refuser d’autres voies : celles hâtives de celui qui juge, celles sans issue de celui qui ferme toutes les portes, celles à sens unique de celui qui critique les autres. L’Esprit nous exhorte, au contraire, à parcourir la voie à double sens du pardon reçu et du pardon donné, de la miséricorde divine qui se fait amour du prochain, de la charité comme « unique critère selon lequel tout doit être fait ou ne pas être fait, changé ou pas changé » (Isaac de l’Étoile, Discours 31). Demandons la grâce de rendre toujours plus beau le visage de notre Mère l’Église en nous renouvelant par le pardon et en nous corrigeant nous-mêmes : ce n’est qu’alors que nous pourrons corriger les autres dans la charité.
Demandons-le à l’Esprit Saint, feu d’amour qui brûle dans l’Église et en nous, même si souvent nous le couvrons de la cendre de nos péchés : ‘‘Esprit de Dieu, Seigneur qui te trouves dans mon cœur et dans le cœur de l’Église, toi qui conduis l’Église, façonne-la dans la diversité, viens ! Pour vivre, nous avons besoin de Toi comme de l’eau : descends encore sur nous et enseigne-nous l’unité, renouvelle nos cœurs et enseigne-nous à aimer comme tu nous aimes, à pardonner comme tu nous pardonnes ! Amen’’.

 

HOMÉLIE DU DIMANCHE DE LA PENTECÔTE, A

2 juin, 2017

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

en paolo - Copia

Dimanche de la Pentecôte,

HOMÉLIE DU DIMANCHE DE LA PENTECÔTE, A

Ac 2, 1-11 ; 1 Co 12, 3b-7, 12-13 ; Jn 20, 19-23

Il y a des paroles ou des événements qui nous coupent bras et jambes et nous laissent même parfois le cœur déchiré. Et cependant, nous n’en continuons pas moins à vivre, à marcher, à nous servir de nos mains… Nous utilisons, en effet, très souvent un langage symbolique. Ainsi, si je vous dis que j’ai le cœur déchiré, personne ne va se précipiter pour m’offrir un pansement de secours, appeler un médecin ou une ambulance. Tout le monde, en effet, aura compris, même si l’on ne peut découvrir la nature exacte du choc ou la cause de la blessure. Et si le langage est symbolique, l’épreuve n’en est pas moins réelle et la souffrance aussi. Ce qui veut dire que le langage symbolique nous révèle des vérités profondes qui vont bien au-delà des réalités matérielles perceptibles. Il conduit au cœur des choses et il n’est pas meilleur langage pour exprimer quelque peu le mystère de Dieu. Le symbole est, pour la Bible, « la chair même de son langage ». Un ancien commentaire juif de l’Exode soutenait qu’au Sinaï, quand Dieu a donné la Loi à Moïse, la voix de Yahwé s’était divisée en 70 langues, pour que toutes les nations puissent comprendre la Loi. Et pourquoi 70 ? Parce que, après le déluge, les descendants de Noé sont à l’origine de la répartition de 70 nations sur la terre, semble dire la Genèse, chapitre 10. Encore faut-il savoir que 7 est le chiffre de la série parfaite. Et un autre commentateur juif ajoute que la voix de Dieu se serait transformée en feu, sous forme de flamme, correspondant aux dialectes des auditeurs. En clair, la Parole de Dieu, exprimée dans la Loi, s’adresse à tous les humains, de toutes les races, langues et nations. Et ils la reçoivent, exprimée, incarnée dans la diversité des cultures. Or, la fête anniversaire du don de la Loi au Sinaï, c’est la Pentecôte. On ne s’étonnera donc pas de voir, dans les Actes, Luc reprenant les mêmes symboles. Par contre, Jean, dans son évangile, pas du tout. Il n’y a chez lui ni vent impétueux, ni feu qui se partage en langues. Et cela se passe un autre jour. Le message est cependant le même : Jésus fait participer les siens à l’Esprit qui l’anime lui-même. Il fait de ses apôtres, femmes et hommes, des envoyés chargés de poursuivre sa mission et d’annoncer la Bonne Nouvelle. « Faites comme moi et dans le même Esprit ». Non pas dans une langue unique, mais avec un message que chaque race, langue et nation, puisse accueillir, comprendre et exprimer dans sa propre culture. Ce que nous appelons aujourd’hui l’inculturation. La Pentecôte est ainsi la fête de l’unité dans la diversité. Comme nous l’indique également Paul, l’Esprit fait respecter la diversité des cultures, des fonctions et des dons. Il en fait les matériaux et les instruments de l’unité d’un corps et non pas des facteurs d’opposition et de division. Mais comment reconnaître les manifestations et expériences de l’Esprit ? Dans l’Ecriture, il est présenté comme souffle et comme vie, comme souffle de Dieu. Esprit de vie, feu de l’amour. L’Esprit transforme, transfigure, procure des énergies et des dons. Il choque, il pénètre, il inspire, il enivre, il donne la vie et procure la chaleur de l’amour. L’évêque Jean, un mystique orthodoxe, mort en 1970, estimait que la meilleure image du Saint Esprit était celle de la fission atomique. Il faut, pour cela, qu’un noyau d’atome lourd subisse un bombardement de neutrons. D’où un choc, une pénétration, la fission du noyau qui libère des neutrons, mais surtout une énorme quantité d’énergie. Telle est, pourrait-on dire, l’action de l’Esprit. L’expérience spirituelle de Jérémie le confirme : « La Parole de Dieu était dans mon cœur comme un feu dévorant, enfermé dans mes os. Je m’épuisais à le contenir. Mais je ne l’ai pas pu. » Dès lors, il s’est mis à prêcher, à oser, à dénoncer, à prendre des risques. Il ne s’agit donc pas de sentir un courant d’air, ni d’entendre des roulements de tonnerre, ou de voir des langues de feu tomber du ciel ou du plafond. Et cependant, l’Esprit vient comme un souffle, un vent violent. Il ne renverse pas des tables, des chaises ou des corps, mais les barrières de l’égoïsme, de l’individualisme et des nationalismes, le carcan des étroitesses, les chaînes de l’uniformité, les aveuglements de la lettre. Il est un dynamisme, une inspiration qui donne, entre autres choses, le goût de l’engagement et des responsabilités, de la solidarité et du partage. De chrétiens habitués, anémiques, peureux ou essoufflés, il fait des chrétiens « gonflés ». C’est ce que disait un jour un ministre de la Confirmation à chaque confirmand : « Sois un chrétien plein de punch, un chrétien gonflé du souffle créateur de l’Esprit Saint ». D’où, cette réponse d’un jeune : ‘L’Esprit Saint sera le turbo de ma foi. Je veux être confirmé pour que l’Eglise reste jeune ». Il s’agit donc d’une expérience spirituelle et intérieure, dont on voit les effets dans le comportement de ceux et celles qui la vivent. Ils deviennent alors des témoins de l’amour de Dieu très concret pour tout être humain, spécialement les plus faibles. Ces témoins sont légions. Ils sont souvent de petites flammes « qui brillent dans la désespérance des banlieues, au milieu de la souffrance des chambres d’hôpitaux, ou dans les bas-fonds des villes », dans la solitude et la misère des taudis. Aux baptisés et confirmés que nous sommes, Dieu nous dit aujourd’hui : Qu’as-tu fait de mon Esprit ? N’es-tu pas un chrétien essoufflé ? Nous voici invités à reprendre souffle, à raviver le don de l’Esprit Saint. Mais comment ? En faisant de notre cœur et de notre esprit une coupe en attente de recevoir Dieu, disait l’évêque Jean. Et quant on l’attend vraiment, il vient comme un souffle. Alors, des vies sont transformées, l’appétit vient pour la Parole de Dieu, on voit éclore un nouvel amour de la prière, une nouvelle générosité au service des autres, une redécouverte de la communauté chrétienne et de l’évangélisation. Se lève aussi un souci d’incarner la foi dans la vie quotidienne, de passer des connaissances et des doctrines aux initiatives et aux risques de l’amour et de la justice, du pardon et de la paix au quotidien.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)    1925 – 2008

7ÈME DIMANCHE DE PÂQUES HOMÉLIE

26 mai, 2017

http://preparonsdimanche.puiseralasource.org/?p=homelie&id=89

pens fr ascensione del signore - Copia

Ascension du Seigneur image copte

(désolé si je ne l’ai pas mis l’Homélie pour l’Ascension, il est demain en Italie)

7ÈME DIMANCHE DE PÂQUES HOMÉLIE

Les lectures du jour

Jeudi dernier, nous avons fêté l’Ascension de Jésus. Cette fête, intimement liée à Pâques, nous rappelle que Jésus ressuscité est entré le premier dans son Royaume et qu’il nous donne à tous, l’espérance de le rejoindre un jour. Nous avons également compris que ce retour du Christ auprès de son Père a été le point de départ de la mission des apôtres. C’est Jésus qui les avait envoyés pour annoncer la bonne nouvelle jusqu’aux extrémités du monde.
Mais la première lecture nous a montré que les apôtres ne sont pas partis tout de suite. Ils se sont retirés avec Marie et quelques amis. Malgré l’urgence de la mission, ils ont passé plusieurs jours pour prier ensemble. Ce temps de prière leur était nécessaire car la mission qui leur était confiée n’était pas une entreprise humaine. Elle dépassait leurs possibilités d’hommes. Quand le Christ envoie, ce n’est pas pour nous demander d’organiser, de programmer ni de gérer. Ils ne sont pas à leur compte mais à celui du Christ qui les envoie. La mission c’est d’abord son œuvre. C’est lui qui prend l’initiative.
Cela veut dire que leur destin sera uni à celui du Christ. Comme lui, ils sont envoyés dans un monde hostile. Au milieu de ce monde, ils devront être porteurs de lumière et d’espérance. Ils auront à souffrir la persécution, la souffrance et la mort. Leur sort sera semblable à celui de leur Maître. Ils partageront ses épreuves ; mais Jésus leur promet qu’ils participeront aussi à sa résurrection.
Pour le moment, les voilà donc retirés au Cénacle. Ils ont conscience de leurs limites et de leurs faiblesses. Mais ils se mettent humblement à la disposition de l’Esprit Saint. Par la suite, ce n’est pas eux qui témoigneront mais l’Esprit du Christ qui témoignera par eux. C’est la gloire de l’Esprit qui transparaîtra sur leur visage. C’est son témoignage qui passera dans leur regard, leur parole et toute leur vie.
Pour l’Eglise d’aujourd’hui, les exigences sont les mêmes. On ne peut pas être missionnaire sans puiser à la source, sans se laisser guider et animer par l’Esprit Saint. Sinon comment imaginer qu’un homme de 78 ans puisse recevoir la charge d’être le pape de l’Eglise universelle ? S’il a accepté cette lourde charge, c’est bien parce qu’il savait qu’elle venait du Christ et qu’il ne serait pas seul pour la remplir. C’est toujours l’Esprit de Dieu qui agit dans la faiblesse humaine.
Nous-mêmes, nous sommes tous appelés et envoyés en mission, les uns comme prêtres, religieux ou religieuses, d’autres à leur place de chrétiens baptisés et confirmés. La responsabilité des uns et des autres est différente. Mais c’est le même Esprit qui agit en chacun et il est important que nous donnions tous le meilleur de nous-mêmes là où nous sommes envoyés. Le Seigneur compte sur chacun de nous pour continuer son travail, sa mission.
Comme lui, nous devons être les signes vivants de l’amour de Dieu dans notre vie de tous les jours. Ce qui parlera le plus de Dieu ce sera notre manière d’aimer et de nous donner à Dieu et aux autres. Cela veut dire que pour témoigner efficacement de l’espérance qui nous anime, il nous faut être unis au Christ et entre nous. Des chrétiens divisés entre eux ne peuvent pas vraiment être reconnus comme disciples du Christ. Comme les apôtres, nous sommes tous invités à prendre ce temps de prière qui nous permettra d’être en harmonie avec celui qui nous envoie.
Celui qui nous envoie, c’est Jésus. En lui, nous ne sommes qu’une seule grande Famille. Nous avons tous reçu le même baptême, et de ce fait, nous sommes tous membres de la grande famille de Dieu. Le Christ veut que cette famille soit unie et qu’elle témoigne ainsi de la grandeur de l’amour de Dieu pour le monde. Cette unité de ses disciples, c’était sa seule vraie préoccupation au moment de passer de ce monde à son Père.
Nous savons bien que nous ne serons jamais à la hauteur de cette mission. Nous avons tous besoin de l’aide du Seigneur. C’est pour cela qu’il nous est bon de nous retirer pour des temps de prière et de réflexion. Ce cœur à cœur avec notre Seigneur nous permet de nous ajuster à lui. Il nous aide à mieux comprendre ce qu’il attend de nous. C’est absolument nécessaire car cette mission ne vient pas de nous mais de celui qui nous envoie.
Dans cette prière, nous devons souligner le rôle important de Marie, la Mère de Jésus. Elle était présente dans le groupe des apôtres. Elle est également dans l’Eglise d’aujourd’hui pour accompagner et soutenir notre prière. Elle a été la première à accueillir l’Esprit Saint au jour de l’Annonciation. Aujourd’hui comme autrefois, elle nous renvoie au Christ et à son Evangile. Comme aux serviteurs de Cana, elle nous redit : « Faites tout ce qu’il vous dira. »
Avec Marie et avec toute l’Eglise, prions l’Esprit Saint d’animer de l’intérieur nos engagements et notre témoignage. Prenons le temps de nous mettre humblement à la disposition du Christ et de son Esprit. Avant la Pentecôte, les apôtres se sont réunis à l’endroit où Jésus avait institué l’Eucharistie. En ce dimanche, nous sommes réunis, nous aussi, pour l’Eucharistie. Comme nous l’a rappelé le Concile de Vatican II, elle est source et sommet de toute vie chrétienne et de toute évangélisation.
Que notre cœur soit accueillant et disponible à la venue du Christ et de son Esprit pour que notre vie dise au monde quelque chose de sa présence et de son amour. Jean C
Jean Compazieu, prêtre de l’Aveyron ( 08/05/2005)

HOMÉLIES DU 6E DIMANCHE DE PÂQUES, A

19 mai, 2017

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be

HOMÉLIES DU 6E DIMANCHE DE PÂQUES, A

Ac 8, 5-8, 14-17 ; 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21

la mia e fr - Copia

Dans le long discours de Jésus après la Cène, comme on le voit encore dans l’évangile de ce jour, il est beaucoup question de « monde ». Aujourd’hui, ce mot est parfois utilisé à tort et à travers. Ce qui se comprend, car le même terme peut exprimer des réalités différentes, voire même contradictoires. De même, les mots de l’Evangile disent souvent autre chose que les définitions de notre langage courant. Il faut alors être attentif au contexte qui seul permet de faire le bon choix du sens. Or, que dit l’Evangile ? Jésus vient dans le monde et il est haï par le monde… Les apôtres sont envoyés dans le monde et le monde les prend en haine, parce que tout en étant du monde, ils ne sont pas du monde… Et cependant, ils sont tellement du monde et leur mission est tellement liée au monde que Jésus ne veut surtout pas les retirer du monde… C’est beaucoup de « monde » !
Pour S. Jean, ce monde auréolé de mal représente ceux qui se refusent à croire en Jésus et qui s’opposent au message de son Evangile. Il ne s’agit donc pas du monde de la création, ni de l’ensemble de l’humanité ou de ce que l’on peut appeler « le monde des humains ». Ce n’est pas la société séculière ou profane qui serait mauvaise, par rapport au monde religieux qui serait bon. Il s’agit finalement d’un esprit, d’une mentalité qui n’est pas liée à un lieu, mais que chacun peut avoir et garder en soi. L’humanité en général, et chacun de nous en particulier, a son côté ombre et son côté lumière. Un ermite peut avoir l’esprit du monde en plein désert et l’on peut avoir l’esprit du Christ et en vivre très concrètement au cœur du monde.
La manière dont on perçoit et dont on comprend le monde est extrêmement importante, car le comportement du croyant et sa spiritualité en dépendent beaucoup.
Si l’on fait une lecture fondamentaliste de la Bible, c’est-à-dire si l’on prend tout à la lettre, sans tenir compte du contexte et de l’ensemble de la révélation, certains textes peuvent conduire à jeter sur le monde, en tant qu’humanité, un regard pessimiste et méfiant.
Alors, toute la création matérielle, toutes les réalités charnelles, toutes les conquêtes de la sciences et les fruits de la raison, sont jugés, si pas tous mauvais, au moins toujours suspects et dangereux. Alors, ce monde fait peur, il apparaît comme une menace pour la foi.
D’où, certaines spiritualités de fuite du monde, qui ont fait dire à certaines époques qu’il n’y avait pas de véritable sainteté possible pour des laïcs, empêtrés dans la vie du siècle. De telles spiritualités engendrent aisément des esprits sectaires, qui s’enferment volontiers dans des ghettos, qui cultivent une orthodoxie pure et dure, à l’abri d’un monde que l’on couvre d’imprécations en attendant qu’il disparaisse. C’est ce qu’on retrouve dans la plupart des sectes et certaines communautés intégristes.
A l’opposé, si l’on tient compte de l’ensemble de l’enseignement évangélique et de la vie de Jésus, cela donne une spiritualité non plus de fuite, mais d’incarnation dans le monde concret tel qu’il est et tel qu’il vit dans l’aujourd’hui de chaque époque.
Autrement dit, le monde s’inscrit toujours à l’intérieur d’un projet divin et inspire la spiritualité qu’il convient de pratiquer quotidiennement. C’est le levain que l’on mélange résolument à la pâte, au lieu de le garder au frigo, à l’abri.
C’est pourquoi, il y a eu très souvent dans le passé et encore aujourd’hui, des relations difficiles, tendues et parfois agressives, entre foi et monde, foi et raison, foi et sciences, foi et modernité. Comme si la foi pouvait être gênée, mise en péril ou contredite par la raison, la science et le progrès, qui sont aussi des dons de Dieu.
Grâce à Dieu, nous n’en sommes plus là aujourd’hui. Au moins dans son enseignement, l’Eglise ne boude pas la modernité au nom de la foi. Elle veut, au contraire, se rendre présente et attentive aux requêtes de ce monde vers lequel elle est envoyée, et c’est là qu’elle rejoint les questions fondamentales de l’être humain (1). Mais demeure toujours, pour l’Eglise comme pour chacun de nous, la tentation de la peur des changements, des nouveautés, et du repli frileux sur le passé.
Et pourquoi, finalement, les apôtres et après eux les chrétiens, sont-ils mis à part ? Pourquoi sont-ils haïs du monde ? Qu’est-ce qui les distingue de ce monde ? La fidélité à ses commandements. Un terme dur, qui évoque d’abord l’ordre et la discipline, l’injonction et la contrainte. Ne s’agit-il pas d’un frein aux élans créateurs, voire même une atteinte à la liberté ? Nous voici confrontés au monde des prescriptions et des règles, des lois et des préceptes ? Une chape de plomb.
Même si Jésus parle de SES commandements, nous verrons défiler sur nos petits écrans intérieurs le décalogue gravé par Moïse dans la pierre. En oubliant qu’avant d’être pétrifiées dans une lettre, ils sont d’abord des paroles d’Alliance, et donc des paroles d’Amour, qui révèlent un esprit, s’incarnent et se prouvent par un comportement. C’est pourquoi la Loi, enfermée dans la prison de sa lettre a la raideur des certitudes et le masque bariolé de vérités uniformément définitives. L’esprit, au contraire, est un souffle qui bouscule, transforme et inspire. Il pousse plus en avant et vers le haut. Il transforme même les cœurs de pierre en cœurs de chair, et la peur paralysante en dynamique confiance.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE DE PÂQUES, A

12 mai, 2017

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE DE PÂQUES, A

Ac 6, 1-7 ; 1 P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12

la mia fr - Copia

le visage du Christ

Si vous cherchez dans l’annuaire officiel des téléphones, celui des CCP ou des ASBL, un groupe dénommé « Les adeptes de la voie », vous ne le trouverez pas. Même sur Internet, je n’ai trouvé que l’Adepte de la Voie du Saphir et la Voie du Phénix… Il est vrai qu’il peut exister sous une autre étiquette. On peut d’ailleurs faire partie des adeptes de la Voie sans le savoir.
Après la mort de Jésus, ses nouveaux disciples se sont appelés précisément les adeptes de la Voie, tout simplement parce qu’il s’était présenté lui-même comme étant la Voie, le Chemin… Il n’est pas seulement un nouveau guide, ni même une nouvelle manière de marcher, mais la route elle-même. En somme, Jésus prend la place occupée dans la Bible par la Loi. Celle des Dix Paroles de vérité et de vie, taillées dans la pierre. Les dix commandements. Avec Jésus, cette Parole de Dieu devient quelqu’un, la Parole incarnée. Une parole qui ne change pas, qui doit être proclamée pour être traduite et pratiquée dans une vie quotidienne qui, elle, ne cesse d’évoluer et de changer.
La première lecture nous apprend ainsi que les apôtres sont bien au service de la Parole. Ils ne peuvent pas la délaisser. Cependant, ils cumulent toutes les responsabilités et tous les services de la communauté, y compris les activités sociales. Mais la communauté va grandir, la situation se complique et les problèmes se multiplient. Il faudra donc en même temps agir en conformité avec l’esprit de l’Evangile et s’adapter à une situation tout à fait nouvelle. Autrement dit, il faut régulièrement réformer et innover pour rester fidèle.
Ce qui compte, c’est l’objectif à atteindre, quitte à modifier les méthodes et les moyens en fonction des problèmes et des époques. C’est pourquoi, par exemple, le Concile a rappelé que « l’Esprit Saint pousse l’Eglise à se renouveler, à se rajeunir, à se mettre à jour. C’est lui qui inspire les innovations indispensables pour qu’elle assure fidèlement ses priorités et ses missions ».
La lettre de Pierre, elle aussi, a inspiré le Concile pour rendre à l’Eglise son véritable nom de « peuple de Dieu », et même « peuple de prêtres ». Quant aux baptisés, ils sont des « pierres spirituelles », parce que taillées, façonnées par la Parole du Seigneur. Jadis, le Temple, bâti avec des pierres, permettait aux croyants de se rassembler pour entrer en communion avec Dieu par le culte et l’offrande des sacrifices d’animaux ou de produits de la terre. Maintenant, c’est l’espace de l’humanité tout entier qui est le vrai Temple. La pierre de fondation, c’est le Christ, dira S. Matthieu. La pierre sur laquelle chacun doit bâtir sa vie par la foi. Voilà pourquoi les chrétiens sont des pierres vivantes, intégrées à la construction du temple spirituel qui est l’Eglise.
Désormais cependant, il ne suffit plus d’accomplir des rites extérieurs, d’offrir des sacrifices d’animaux. Les vrais sacrifices sont spirituels. Ils s’expriment en offrande d’amour, en service des frères et sœurs en humanité. « J’étais un étranger, et vous m’avez recueilli. Nu et vous m’avez vêtu. Affamé et vous m’avez nourri » (Mt 25, 35). Voilà le vrai culte en esprit et en vérité… Et Dieu sait si les nus et les affamés sont légion, sans être étrangers pour autant.
Ainsi, le Chemin n’est pas simplement une religion, une mise en forme de textes de lois et de règlements, puisque Jésus nous dit que la loi c’est lui. Nous ne pouvons pas non plus posséder la vérité tout entière. Elle n’a pas de propriétaire, puisque Jésus nous dit qu’il est lui-même la vérité. La vérité n’est donc pas un système abstrait, ni un objet de connaissance qu’il suffit d’étudier, de retenir et de conserver. Elle n’est pas un ensemble de vérités à croire, ni une panoplie de dogmes. C’est essentiellement quelqu’un, qui est toujours à chercher, à découvrir, à rencontrer, à mieux connaître, à faire connaître. Plus fort encore, connaître Jésus, c’est déjà connaître le Père. C’est même déjà le voir, car les œuvres de Jésus sont les siennes. Et nous pouvons le voir aussi et le reconnaître à l’œuvre dans tous ceux et celles qui luttent contre les forces de mort, de haine et d’injustice, dans tous ceux et celles qui se font fraternellement proches de tous les blessés et les abîmés de notre société. C’est dans ces œuvres là qu’il est toujours vivant et agissant, reconnaissable.
Il ne suffit donc pas de chanter « bonne nouvelle pour les pauvres », ni de rompre le pain eucharistique. C’est à nous tous et à chacun d’entre nous d’être concrètement une Bonne Nouvelle pour les pauvres et les opprimés, en partageant « notre pain » avec eux.
Pour vivre nous-mêmes la résurrection, la proclamer et en témoigner, il s’agit donc de « faire mourir en soi tout égoïsme, tout désir de possession, toute envie de domination, toute violence ». Et, dans le même mouvement « faire naître et vivre en soi le pardon, le partage, l’amour donné, l’espérance, la joie et la vie ». Voilà le portrait robot d’un être nouveau, c’est-à-dire d’un(e) ressuscité(e).

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

QUATRIÈME DIMANCHE DE PÂQUES A – HOMÉLIES

6 mai, 2017

http://www.kerit.be/homelie.php#3

QUATRIÈME DIMANCHE DE PÂQUES A – HOMÉLIES

7 mai 2017

pensieri  e fr - Copia

Le bon berger

Mais qui est cet homme, Jésus ? Depuis le premier jour, tous ont cherché à donner une réponse à cette question. qui est cet homme, Jésus ? Depuis le premier jour, tous ont cherché à donner une réponse à cette question. réponses les plus diverses ont été données. Certaines très favorables, d’autres, au contraire déformantes ou haineuses, selon l’idéologie de celui qui les donne. Chaque année encore, des centaines de livres paraissent, concernant Jésus. Certains de ces livres ont une vocation scientifique et font une étude critique, et c’est normal. D’autres au contraire, reflètent la personnalité de ceux qui les écrivent, et chaque fois il y a quelque chose de partiel, et même de partial. On a dit aussi Jésus homosexuel ou marié à Marie-Madeleine, ou réincarné. Bref, un tas de choses plus ou moins farfelues.
Mais, est-ce qu’on peut le connaître vraiment ? Jésus nous dit aujourd’hui : « Mes brebis me connaissent, comme moi je les connais, personnellement. » Et il se met en opposition avec ceux qu’il appelle des voleurs et des égorgeurs. Ceux qui prétendent diriger les hommes et leur conscience. Et lui, il dit : Mais moi, vous me connaissez. Il n’est pas un étranger qui s’introduit par ruse. Que veut-il dire ?
Notre époque a connu des faux-bergers, de ceux dont le Christ dit qu’ils sont voleurs, rapaces, meurtriers. Parmi les hommes politiques, le XXe siècle aura connu un führer, un duce, un caudillo, un « petit père des peuples », un « conducator », in « lider maximo de la revolucion », pour n’en citer que quelques-uns, qui, au nom de leur idéologie, ont voulu mener des foules, des nations, des races, des classes sociales. Ils les ont toujours conduit à la mort, à des exterminations.
Mais il y a aussi tous ces hommes qui, au nom de leur idéologie religieuse, veulent séduire les foules. Dieu sait si, aujourd’hui, les sectes prolifèrent dans toutes les religions. Beaucoup d’hommes ont besoin de se sécuriser, de trouver une sécurité, même dans des affirmations simplistes, sans esprit critique. L’essentiel, c’est qu’on suive, qu’on marche aveuglément. Jésus dit : « Faites attention. Ayez suffisamment d’esprit critique pour ne pas suivre n’importe qui. »
Et il donne les critères du bon berger qu’il est C’est un chemin de liberté qu’il nous ouvre. Toutes les images qu’il emploie sont des images de liberté : la porte qui s’ouvre pour aller et venir, entrer et sortir, sans jamais enfermer. La route, sur laquelle il nous guide. La grande image, c’est sans cesse le retour à l’histoire de la libération d’Egypte. Dieu va intervenir pour ouvrir la porte de la maison d’esclavage, pour faire passer la mer, et ensuite, conduire les Hébreux, avec toutes les possibilités qu’a chaque membre de ce peuple de garder sa liberté, au point de rejeter Dieu pour une idole (le veau d’or).
Mais, me direz-vous, comment Jésus Christ, s’il veut être notre guide, ne va-t-il pas un peu opprimer nos consciences humaines ? Je crois que c’est une histoire d’amour. La connaissance d’une personne, vous le savez, est totalement différente de la connaissance scientifique, qui exige des preuves. On est attiré par quelqu’un et, pour reprendre un mot de Saint-Exupéry : « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction. » Eh bien, c’est cela, l’amour de Jésus et des brebis. Jésus nous invite à regarder dans la même direction que lui. Et c’est ainsi que nous serons libres. C’est à nous, une fois que le sens nous est donné, d’inventer notre démarche. Chacun de nous, sans directives. Il nous dit simplement de regarder tous les hommes comme nos frères. Il nous dit de regarder Dieu comme notre Père. Là, nous sommes sûrs d’être sur un chemin de liberté. Il ne violera jamais notre conscience.
Voulez-vous, frères, que nous nous demandions sincèrement comment nous pourrons être témoins du Christ par notre liberté de pensée et par notre manière de vivre la fraternité. Il est venu « pour que nous ayons la vie, et la vie en abondance ».

 

HOMÉLIE DU 3E DIMANCHE DE PÂQUES A

29 avril, 2017

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

la mia ed fr - Copia

(Emmanus)

HOMÉLIE DU 3E DIMANCHE DE PÂQUES A

Ac 2, 14, 22b-33 ; 1 P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35

Pouvez-vous imaginer des disciples qui marchent et parlent avec leur maître pendant plusieurs heures et sans le reconnaître ? La question peut être posée. Mais nous ne disposons pas de DVD sur l’événement. De toute manière, la réponse n’a aucune importance, parce que le récit de Luc n’appartient pas à la catégorie de l’histoire, ni à celle du reportage, ni à celle du roman. Par contre, il est conditionné par des préoccupations théologiques, catéchétiques et liturgiques. Ce que Luc veut nous expliquer, c’est le chemin qu’il faut parcourir pour accéder à la foi. Ce qui nous vaut une catéchèse sur le sens profond et la dynamique de la célébration eucharistique.
Voyez ces deux disciples pèlerins. Ils disposent d’un certain nombre de certitudes : Jésus est bien mort. Il a même été enseveli. Ils ont appris que des femmes avaient trouvé son tombeau vide. Ce que, d’après leurs dires, les apôtres ont contrôlé et confirmé, en ajoutant : Mais lui, ils ne l’ont pas vu. Et tout ce dont ils avaient rêvé est anéanti. Il y a de quoi être découragé et même déprimé.
Or, nous-mêmes, bien que nous proclamions chaque dimanche : « Le troisième jour, il est ressuscité des morts et monté aux cieux », il nous arrive d’être tristes ou découragés en avalant les kilomètres de notre pèlerinage terrestre. D’ailleurs, les motifs de déceptions ne manquent pas. Du côté de Dieu ou du Christ, c’est le silence. Côté du Royaume de justice et de paix, ce n’est guère brillant. Ce Royaume de Dieu dès ici-bas, annoncé, promis, inauguré, n’en finit pas d’être enseveli sous un torrent d’orgueil, d’injustices, d’intolérances et de violence. Les justes sont persécutés, les artisans de paix assassinés. Les faibles et les pauvres exploités. Et, tous les jours, des innocents paient pour les coupables. L’orage et la tempête font aussi des dégâts dans nos cœurs et nos consciences. Mais, nous apprend Luc, nous sommes souvent aveuglés. Nous ne reconnaissons pas le Christ à nos côtés. Nous ne reconnaissons pas l’Esprit à l’œuvre. Nos cœurs sont lents à croire. Nous ne comprenons pas, ou nous comprenons mal. Alors, que faire ? pour que nos yeux s’ouvrent sur  » tout ce qui concerne Jésus « .
Et bien, explique l’évangéliste, il faut creuser les textes saints au-delà de la croûte des mots, pour atteindre la substance du message avec les yeux du cœur. Il nous faut brouter et ruminer les Ecritures. Ou, si vous voulez, creuser et labourer le champ biblique, pour y découvrir le trésor caché. Ou, peut-être, imiter les petits oiseaux qui picorent le grain sans se décourager. (D’ailleurs, l’Ecriture, la Parole, se mange plus qu’elle ne se lit).
La première conséquence de cette marche côte à côte, en découvrant les Ecritures, c’est que le Cœur commence à brûler. Et l’on a vraiment envie de poursuivre avec lui le chemin, et même de rester avec lui, invité à sa table ou à la nôtre. C’est alors que les écailles commencent à tomber, que les yeux s’ouvrent, et que l’on découvre dans le partage du pain, dans la communion des cœurs et des esprits, une manifestation du Ressuscité. A ce moment-là, on ne doit plus le voir, il disparaît. C’est une présence dans l’absence, puisque Luc nous dit : Dès qu’ils le reconnurent, il n’était plus là. Evidemment, puisque c’est le signe qui témoigne de la présence. Et c’est aux yeux de la foi qu’il nous apparaît.
Résultat final : Les deux compagnons se lèvent, se tapent au moins deux heures de marche, pour aller annoncer, partager, puis incarner la Bonne Nouvelle.
Jérusalem-Emmaüs et retour, c’est la rencontre et le rassemblement eucharistique dominical. Le Christ nous rejoint dans l’assemblée, peut-être fatigués, amorphes, découragés, affaiblis par le doute. Alors, il nous renvoie aux Ecritures. Il nous les explique, pour éclairer et augmenter notre foi, ranimer notre espérance, stimuler la dynamique évangélique. Il nous invite aussi à rendre grâce, à changer de regard, à le reconnaître dans le signe éloquent du partage du pain. Un partage que nous sommes invités à prolonger et à incarner dans celui des biens de la terre, dans les gestes de miséricorde et de pardon, d’amour véritable et de paix authentique. C’est pourquoi, il nous envoie en mission de témoignage, non seulement pour raconter ce qui se passe sur notre route, mais comment on peut reconnaître la présence du Ressuscité, pas seulement dans la fraction du pain, mais dans tous les autres partages avec ceux et celles qui ont faim de justice et de respect, de compréhension et de pardon.
Vivez ensemble fraternellement, nous dit-il. Vivez en solidarité. Et moi, au milieu de vous, je suis, et je resterai. C’est ainsi que tout partage devient signe de sa présence. Toute victoire de l’amour, de la solidarité, de la paix, et de la vie sur la violence et sur la mort, nous entraîne dans un processus de résurrection. C’est comme un accouchement continu, qui nous fait entrer chaque fois et de plus en plus dans une vie nouvelle.
Pour garder le message d’Emmaüs en mémoire, je vous confie un souvenir de voyage… Dans la chapelle catholique de l’Université d’Evanston (près de Chicago), l’autel est entouré de deux tabernacles identiques, sans portes. L’un pour la Parole, l’autre pour le Pain. Le Livre et le Pain, rassemblés. La Parole se fait chair, se fait Vie.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

 

12345...61