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HOMÉLIE POUR LE 28E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « VOYANT QU’IL ÉTAIT GUÉRI… »

12 octobre, 2019

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HOMÉLIE POUR LE 28E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « VOYANT QU’IL ÉTAIT GUÉRI… »

Textes: 2 Rois 5, 14-17, 2 Timothée 2, 8-13 et Luc 17, 11-19.

Au Québec, ce dimanche tombe la veille de la fête de l’Action de grâces inspirée de celle du Thanksgiving américain fêté le 4e jeudi de novembre. Chez nous, on a placé cette fête le 2e lundi d’octobre car les récoltes ont lieu plus tôt qu’aux États-Unis qui sont plus au sud. Cette coïncidence nous permet de vivre cette année le congé de la fête de l’Action de grâces en nous laissant inspirer par l’évangile d’aujourd’hui

I – La scène des lépreux
Cette scène de la guérison de dix lépreux est bien connue. On retient qu’un seul des dix prend la peine de revenir sur ses pas pour remercier Jésus. Cette image a marqué des générations de chrétiens et de chrétiennes. Elle a servi pour inculquer aux jeunes et moins jeunes une mentalité de reconnaissance bien placée. Elle a ouvert les personnes à une attitude essentielle dans la vie : dire merci. En effet, les parents ne se gênent pas, bien souvent, pour le rappeler à leurs enfants qui sont l’objet d’un cadeau ou d’un service : « Dis merci » rappellent-ils à leurs enfants en bas âge.
Ceci étant dit, la scène racontée par saint Luc, révèle bien plus que l’importance de dire merci dans la vie. Pour le comprendre, revenons sur les lectures que nous avons entendues

II – Les lectures
Le récit de la guérison des 10 lépreux par Jésus est accompagné de celui de la guérison de Naaman, le syrien, repris du deuxième livre des Rois. Les deux récits se répondent et nous livrent trois enseignements importants.
Le premier est celui de l’amour de Dieu qui s’adresse à toute personne quelle qu’elle soit, un amour universel qui, ici dans nos lectures, donne le salut à des étrangers au peuple choisi d’Israël : le général qui vient d’un pays païen et le 10e lépreux qui est samaritain, une région rivale de Jérusalem. Le message est transparent : Dieu ne fait pas de distinction. Le salut est offert à toutes et à tous.
Ce salut se réalisera à une condition cependant.
C’est le deuxième enseignement à retenir. La condition pour l’accès au salut, à la guérison dans le cas du général et des lépreux, c’est qu’ils fassent eux-mêmes une démarche personnelle de foi en Dieu. Pour Naaman, cette démarche se réalise dans la confiance en la parole de son représentant le prophète Élisée. « Le général syrien Naaman, qui était lépreux, descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole d’Élisée, l’homme de Dieu ». Pour les lépreux, elle se fait en se présentant à Jésus, l’Envoyé de Dieu, le reconnaissant comme tel. « Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : ‘‘Jésus, maître, prends pitié de nous’’. »
Dans les deux cas, le message à retenir est le même. Dieu désire que les personnes qui veulent s’approcher de Lui fassent elles-mêmes quelques pas. Il est capable de les guérir sans cela, mais le récit de saint Luc et celui de l’Ancien Testament nous montrent qu’en général Dieu agit lorsqu’on prend la peine de le lui demander dans la foi.
Troisième enseignement à retenir de ces deux guérisons : l’importance de l’action de grâces. Naaman désire combler de dons le prophète Élisée. « Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur ». Devant le refus d’Élisée, il fait monter son action de grâce vers Dieu lui-même « car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël ». Et le 10e lépreux, lui, fait demi-tour pour venir remercier Jésus. « [Il] revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. »
Souvent dans la vie nous passons vite sur les grâces reçues en nous les appropriant comme les 9 lépreux sans en voir ou en reconnaître la source. Ce à quoi nous invite ces deux textes c’est qu’à l’exemple de Naaman et du 10e lépreux nous sachions louer Dieu pour ses bienfaits, en particulier pour la vie qu’il nous donne et pour la création qui nous entoure. Nous pourrions faire souvent cette belle prière : « Seigneur Dieu et Maître du Monde, accepte la vie et la création que j’ai reçues de toi. Tu me les as données sur la terre ici-bas pour qu’elles deviennent porteuses de vie éternelle. Sois-en béni et remercié ».

III – Application
En terminant, pourquoi, dans la perspective de la fête de l’Action de grâces de demain et dans le sillage de ces lectures, ne pas nous rappeler que notre célébration eucharistique à chaque dimanche est une action de grâces, ce que veut dire le mot « eucharistie » qui est la transposition en français du mot grec « eucharistia » signifiant « remerciement, action de grâces » ?
Il est heureux qu’à chaque dimanche nous vivions nos célébrations eucharistiques dans un climat d’action de grâces. C’est l’essentiel de ce qu’est la messe dominicale. Nous y apportons, bien sûr, nos demandes et nos intentions de prière personnelles, mais nous entrons surtout dans ce mouvement d’action de grâces universel qui nous fait reconnaitre le don que Dieu nous fait dans le Corps et le Sang de son Fils que nous partageons. Sans cet horizon, nos messes dominicales resteront au mieux des pratiques méritoires, mais elles manqueront l’essentiel.

Conclusion
Que notre célébration d’aujourd’hui nous trouve ouverts et ouvertes aux surprises de Dieu qui, non seulement guérit nos blessures, notre lèpre, mais nous accompagne sur la route de notre vie comme un père ou une mère le fait pour ses enfants.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 26E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « L’HOMME RICHE ET LE PAUVRE LAZARE »

27 septembre, 2019

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L’homme riche et le pauvre Lazare

HOMÉLIE POUR LE 26E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « L’HOMME RICHE ET LE PAUVRE LAZARE »

Textes: Amos 6, 1a.4-7, I Timothée 6, 11-16 et Luc 16, 19-31.

Vous le savez sans doute. Le choix des lectures à la messe le dimanche n’est pas fait au hasard. En principe, la première lecture tirée de l’Ancien Testament est choisie en fonction du texte retenu pour l’évangile.
Aujourd’hui, cet arrimage est des plus réussis. Les diatribes du prophète Amos (vers 750 avant Jésus-Christ) donnent le même message sept cent ans plus tôt que celui de la parabole célèbre du riche et du pauvre Lazare qu’on vient d’entendre.

I – Un message qui a traversé les siècles
Dans les deux cas, ce qui est dénoncé, c’est l’appropriation des biens sans aucun sens de leur relativité. C’est d’en faire le seul but de la vie, de les regarder comme le but ultime de la vie.
Ce chemin est ici non seulement condamné, mais il est décrit comme un chemin sans issue, ou plutôt avec un issue fatale. Ceux qui vivent bien tranquilles et ceux qui se croient en sécurité « couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans » annonce Amos « vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus ». Leur futur, prédit le prophète Amos, est un futur de douleurs et de souffrances loin des leurs dans le malheur.
Saint Luc décrit quelque chose de semblable pour le riche dont il raconte l’histoire. Il utilise des images bien connues de son temps. Il le voit dans le sein d’Abraham, sa vie étant terminée ici-bas. Il le présente dans une situation de souffrances et de regrets. Sa nouvelle vie est loin de celle du pauvre Lazare qui était au pied de sa table et qu’il voit maintenant tout près d’Abraham.
Le riche qui n’a pas de nom en est tellement renversé qu’il sollicite même le pauvre Lazare qu’il méprisait de son vivant pour intervenir en sa faveur. Il veut éviter à ses frères le même sort que le sien.

II – Une continuité de l’ici-bas à l’au-delà
Ce qu’on peut retenir ici, c’est ceci. En voyant les sorts des vautrés et celui du riche de la parabole dans l’au-delà, on réalise qu’il y a un lien entre notre vie ici-bas et notre futur dans la vie éternelle. Celle-ci n’est pas une récompense sans contribution de notre part. Elle n’est pas un simple renversement de situation. Elle éternise, pourrait-on dire, ce qu’on a été ici-bas.
Ainsi, si on a mis touts ses efforts pour jouir en tout des biens terrestres et sans préoccupation autre, on a comme fermé l’ouverture aux réalités spirituelles et il n’y a rien qui se passera pour nous. Si, au contraire, on a été dans l’accueil et dans le respect de soi-même malgré les limites de nos vies, là il y a place pour un futur ensoleillé comme celui du pauvre Lazare qui dans sa pauvreté a su être lui-même dans une vie que Dieu a remplie de sa présence.
Saint Luc ne fait dire aucun mot à Lazare. Il se contente de le présenter comme ce pauvre qui fait partie des pauvres dont Jésus dit qu’ils hériteront du Royaume des cieux. Sa pauvreté, avant d’être un fait économique, est un état d’accueil et une présence à plus grand que lui. Sa pauvreté est faite de la richesse de Dieu.

III – La Parole de Dieu qui fait vivre
Où trouver ce surplus de sens dans nos vies si nous ne voulons pas comme le riche nous refermer sur les biens qui passent ?
La réponse nous est donnée clairement par la conclusion de la parabole lorsque Dieu refuse que le riche revienne sur terre pour avertir ses frères, en lui expliquant que cela ne servirait à rien car ils ne le croiraient pas. Ils ont déjà les indicateurs tout trouvés pour répondre à leurs questionnements et à leurs interrogations. C’est Moïse et les Prophètes ce qui veut dire pour nous la Parole de Dieu contenue dans les Saintes Écritures. Il n’est pas nécessaire de chercher de midi à quatorze heures. Le message est clair « Ouvrez la Parole de Dieu, et vous trouverez les indications pour vous guider sur le chemin qui mène à l’héritage de la vie éternelle que vous partagerez avec Dieu comme le pauvre Lazare ».
Cette Parole de Dieu est comme une lampe sur nos pas (cf. Psaume 109, 105). Elle éclaire et elle nourrit ceux et celles qui se donnent la peine de l’écouter et de l’entendre. Cela se fait directement et de bien des façons : seul en la lisant et en la méditant, en communauté comme on le fait ce matin dans la liturgie, dans de petits groupes de partage etc. Ce qui compte c’est de laisser place à l’Esprit Saint pour que cette Parole de Dieu entre en nous avec sa force et sa puissance uniques, une force transformante et une puissance qui annoncent que Jésus est celui qui est lui-même la Parole de Dieu incarnée et qu’il est toujours vivant.

Conclusion
Ces lectures d’aujourd’hui sont une invitation à mettre dans nos vies la foi et l’écoute de la Parole de Dieu. Nous avons un choix à faire qui influencera notre futur. Ce choix se fait non pas par nos savoirs et nos connaissances, mais il se fait dans la foi à une personne qui est Jésus que je décide de suivre. Il nous offre d’être le Seigneur de nos vies et ainsi il nous introduira derrière lui dans le sein d’Abraham avec les élus qui trouvent auprès du Père une demeure éternelle que je nous souhaite à toutes et à tous.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec 

HOMÉLIE POUR LE 25E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « L’ÉLOGE DE CE GÉRANT MALHONNÊTE..

20 septembre, 2019

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L’administrateur malhonnête

HOMÉLIE POUR LE 25E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « L’ÉLOGE DE CE GÉRANT MALHONNÊTE… »

Textes: Amos 8, 4-7, 1 Timothée 2, 1-8 et Luc 16, 1-13

Hé oui! Le maître qui fait l’éloge de ce gérant malhonnête c’est bien Jésus. On est renversé de cet éloge provocant. Ce n’est pas le seul endroit dans les évangiles où Jésus dans sa prédication utilise des comparaisons qui surprennent. S’il était parmi nous aujourd’hui, il ferait sûrement souvent la Une des journaux ou des actualités télévisées.
Si les premiers disciples ont conservé ces paroles dérangeantes de Jésus, même si elles surprennent, c’est qu’ils y ont trouvé des points essentiels de son message qu’ils ont voulu transmettre aux générations futures dont nous sommes.
Le point essentiel qui se dégage de l’histoire ou parabole racontée par Jésus qui nous est relatée dans l’évangile que je viens de lire est résumé dans les dernières phrases : « Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »
Alors pourquoi louer le gérant malhonnête et dire de se faire des amis avec l’argent sale? C’est vraiment déroutant.

I – Le contexte
Commençons par regarder où saint Luc a situé cette histoire ou parabole de Jésus dans son récit, c’est ce qu’on appelle le contexte. Jésus est en train de marcher vers Jérusalem où il prévoit qu’il sera arrêté car, malgré l’attention des foules qui l’écoutent, il sent l’opposition des élites en particulier des pharisiens qu’il dérange par ses enseignements.
Nous le voyons aujourd’hui alors qu’il s’adresse de façon spéciale aux disciples. Il n’est pas en discussion avec les pharisiens comme quelques pages plus haut. Il ne parle pas à toute la foule en général. Il cible ses disciples, c’est-à-dire, ceux que nous connaissons, le groupe des Douze Apôtres, plusieurs femmes qui le suivent, des gens de toutes conditions qui font partie de son groupe rapproché et qui vivent près de lui.
Ces disciples nous représentent. Ainsi on peut dire que ce que Jésus leur dit, c’est à nous qu’il le dit. Alors que retenir pour nous aujourd’hui de cette histoire de l’intendant malhonnête loué par Jésus

II – La parabole
Commençons par revoir le texte de saint Luc.
On peut penser que Jésus a peut-être été inspiré dans la mise en scène de cette histoire ou parabole par un fait divers comme on en voit parfois dans le milieu des affaires où un notaire par exemple, un conseiller financier ou autre s’approprie l’argent qui lui a été confié et s’en sert pour son profit personnel.
Une tuile tombe sur la tête du gérant de la parabole. Il est remercié sans ménagement. Son patron lui demande de fermer ses livres et de lui remettre sa démission.
Sa réaction est rapide. Il n’a aucun problème de conscience. Il se voit dans la dèche, mais il est encore gérant. Il se tourne de bord rapidement, sans se questionner sur l’éthique ou la morale de ses gestes. Il saute à pieds joints dans la corruption planifiée. « Je sais ce que je vais faire ». Il prend le téléphone, dirait-on aujourd’hui, et en un tour de main de façon non seulement habile, mais malhonnête, il faut le dire, il coupe les comptes de débiteurs de son patron pour s’assurer de leur gratitude. Ces façons de faire existent encore hélas! aujourd’hui comme nous le révèle parfois les actualités.
Mais là n’est pas le point que Jésus veut nous faire retenir.

III – La pointe de la parabole
Dans les évangiles, lorsque Jésus propose une histoire ou une parabole, ce qui est important c’est ce que les exégètes appellent la pointe de la parabole, le point essentiel qu’on veut faire ressortir en racontant cette histoire.
Ici la pointe de la parabole est bien claire. Jésus fait l’éloge du gérant malhonnête, non pas à cause de sa malhonnêteté, mais à cause de son audace et de son habileté dans les circonstances. Jésus ne loue pas les malversations du gérant, mais, chez celui-ci, il retient son esprit de décision dans les circonstances où il peut encore agir et se faire un avenir.
C’est ce qui peut s’appliquer à tous les disciples de Jésus. Nous avons à nous décider de le suivre avec audace malgré les circonstances difficiles parfois. Nous sommes ici-bas de passage et nous attendons son Retour glorieux. Notre avenir se joue aujourd’hui, car la vie éternelle qui nous est promise est déjà commencée. Jésus nous dit ainsi « Soyez audacieux et décidés dans le monde présent en vous rappelant l’espérance du monde à venir que vous portez en vous ».
Ce message rejoint la première lecture où le prophète Amos condamne les agissements à courte vue de ceux qui oppriment le peuple et l’exploite sans scrupule. Ils seront désavoués par Dieu « Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits » et ils demeureront privés de sa présence.

Conclusion
Nous avons parcouru sobrement cette parabole de Jésus qui est dérangeante. Il faut la recevoir de la bonne façon. Le message est clair : « Nous avons à choisir entre Dieu et l’argent. Nous ne pouvons avoir deux maitres ».
Choisir de suivre Jésus est un choix qui prend dans nos vies la place prépondérante. Ce choix se renouvelle pour nous à chaque dimanche à l’Eucharistie. Nous pouvons malgré nos faiblesses dire à Jésus « C’est toi que j’aime et que je veux suivre ».
Il nous écoute demander pardon dans la partie pénitentielle au début de la messe, dans le « Seigneur prend pitié », puis il se donne à nous dans sa Parole et son Corps et son Sang qui nous soutiennent sur le chemin que nous avons choisi avec audace et décision. Bonne suite de célébration!
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

 

HOMÉLIE POUR LE 23E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « SI QUELQU’UN VIENT À MOI… »

5 septembre, 2019

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HOMÉLIE POUR LE 23E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « SI QUELQU’UN VIENT À MOI… »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 8 septembre 2019. Textes: Sagesse 9, 13-18, Philémon 9b-10.12-17 et Luc 14, 25-33.

Le début du texte de saint Luc que je viens de lire est abrupt, provoquant et même choquant. Il faut toutefois noter que le terme « haïr » traduit ici une priorité. En hébreu, il veut dire littéralement et plus justement « préférer ». Nous y reviendrons. Quoiqu’il en soit, nous sommes devant une invitation percutante de Jésus. Regardons-y de plus près.

I – Un monde nouveau
Jésus ne vient pas annoncer un monde nouveau où l’amour est condamné. Au contraire, comme l’ont retenu les disciples de saint Jean, Jésus a prêché l’amour et non la haine : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » comme il est répété de nombreuses fois dans la première lettre de saint Jean (1 Jean 2, 9-10 et 4, 20).
Pourquoi alors ces formules si provocantes? Comme je l’ai dit en commençant, la traduction « me préférer » nous donne la clé. « Haïr » dans le langage des juifs, dans la langue hébraïque qui est une langue sémitique, c’est synonyme de mettre consciemment au deuxième rang.
Père, mère, femme, enfants, frères, sœurs et même sa propre vie, tout cela doit être bien situé par rapport à Jésus qui doit être mis au centre de sa vie. Pour suivre Jésus, il est indispensable que Jésus soit placé au-dessus de tout, qu’il y ait de notre part un jugement de valeur le reconnaissant comme la Voie, la Vérité et la Vie, comme le seul et unique Sauveur de nos vies, comme la révélation parfaite du Père, car en lui seul réside le salut.
Les premiers disciples l’avaient bien compris. Pas de salut possible sans reconnaître que ce salut vient par Jésus, sans donner à Jésus la priorité absolue, sans en faire le centre de notre vie. Les apôtres Pierre et Jean, devant le tribunal du Sanhédrin, appelés à se justifier d’une guérison qu’ils avaient faite à la sortie du Temple le proclament avec conviction : « Il n’y a aucun salut ailleurs qu’en lui, car il n’y a dans le ciel aucun autre nom offert aux hommes qui soit nécessaire à notre salut » (Actes des apôtres 4, 12).

II – De la nécessité de s’asseoir
Cet enseignement tiré du début du texte de saint Luc me semble demander deux commentaires complémentaires.
Le premier nous est fourni par les deux petites paraboles qui l’accompagnent. Celles-ci nous invitent à ne pas nous décider à la légère pour le Christ. Elles nous demandent de nous asseoir, de réfléchir, de tenir conseil avec nous-même. Être disciple de Jésus c’est un choix réfléchi, libre, ce n’est pas seulement une question d’enthousiasme du moment, car être disciple nous amène forcément sur le même chemin que celui de Jésus où la croix ne fera pas défaut. : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi, ne peut être mon disciple » dit Jésus.
Il y a un point de départ, des reprises même de départ, et cela peut se vivre à tout âge – sainte Thérèse d’Avila a vécu ce départ réel dans la quarantaine – et c’est au point de départ que Jésus doit être préféré à tout, c’est au point de départ qu’il faut faire un choix lucide, réfléchi. C’est ce qui manque chez plusieurs au Québec qui se disent chrétiens sans vraiment en faire un véritable choix. Ils ont peur de s’afficher croyants ou catholiques et s’en vont ainsi sans jamais se compromettre pour Jésus.

III – Les vocations particulières et la vocation universelle à la sainteté
Ceci étant dit, venons-en au second commentaire qui portent sur la diversité des vocations à la sainteté.
Jésus demande à tous le même sérieux à sa suite. Tous ceux et celles qui entendent son appel à la conversion et à la foi en son message et qui répondent oui sincèrement sont des disciples de Jésus.
De grandes foules faisaient route avec Jésus, est-il dit au début du texte de l’évangile lu il y a un instant. C’est à ces « grandes foules » que la parole de Jésus s’adresse, et non pas à une certaine élite spirituelle ou mystique. Les exigences que Jésus exprime peuvent nous paraître exorbitantes. Il serait trop facile de s’en débarrasser avec l’excuse qu’elles ne s’adressent pas à tous, mais aux moines, aux religieux et aux religieuses seulement. Le Concile Vatican II nous le rappelle clairement lorsqu’il dit dans la Constitution sur l’Église: « Il est évident pour tous que l’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur état ou leur rang. » (Lumen Gentium 40)
Mais il y a aussi des vocations, des appels particuliers. Certains et certaines vont suivre Jésus en renonçant au mariage « pour le Royaume de Dieu » (Mathieu 19, 12), en renonçant à l‘argent et à la propriété. Ils vont faire les vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance dans un ordre ou une congrégation religieuse.
Si tous sont appelés à préférer Jésus à tout, à le recevoir comme Sauveur, tous ne sont pas appelés à vivre de la même façon le renoncement évangélique dont parle l’Évangile. Zachée n’a pas tout abandonné (Luc 19, 10). Les femmes de Galilée qui ont suivi Jésus ne renoncent pas à tout ce qu’elles possèdent (Luc 8, 3).
Il y a ici le mystère des vocations et des appels particuliers à respecter, mais sans jamais oublier que tous sont appelés à la sainteté. L’appel à la sainteté est universel comme le proclame le Concile Vatican II dans la sainteté dans son état de vie, dans sa vocation particulière et dans son histoire personnelle. La sainteté n’est pas réservée aux religieux et aux religieuses comme on l’a trop souvent laissé entendre autrefois. La mère de famille, la femme au travail, le médecin, le plombier, l’étudiant, l’écolier, le gestionnaire etc. peuvent eux aussi marcher sur la voie de la sainteté. Le pape François dans son Exhortation apostolique portant sur la sainteté publiée le 9 avril 2018 nous invite à aller dans ce sens en considérant « la grande nuée de témoins » de la sainteté « et parmi eux, écrit-il, il peut y avoir notre propre mère, une grand-mère ou d’autres personnes proches (cf. 2 Tm 1, 5). Peut-être leur vie n’a-t-elle pas toujours été parfaite, mais, malgré des imperfections et des chutes, ils sont allés de l’avant et ils ont plu au Seigneur ». (GE 3) Il les appelle « les saints de la porte d’à côté » ou « la classe moyenne de la sainteté » (GE 7).
On en a de beaux modèles d’une sainteté vécue dans son état de vie et sa vocation personnelle dans les enfants de Fatima, François et Jacinthe, qui ont été reconnus saints par le pape Jean-Paul II et béatifiés le 13 mai 2000, dans cette femme médecin, Jeanne Beretta Molla qui s’est sacrifiée pour son enfant (béatifiée le 24 avril 1994), ou encore dans cet étudiant sportif, alpiniste et rassembleur, Pier Giorgio Frassati (1901-1925) béatifié le 20 mai 1990 à Rome.

Conclusion
Frères et sœurs, demandons au Seigneur de renouveler notre désir lucide de suivre Jésus et que cette Eucharistie nous donne la force d’aller jusqu’au bout comme Jésus lui-même,

Amen!

HOMÉLIE POUR LE 20E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « JE SUIS VENU APPORTER UN FEU SUR LA TERRE »

16 août, 2019

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HOMÉLIE POUR LE 20E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « JE SUIS VENU APPORTER UN FEU SUR LA TERRE »

Textes: Jérémie 38, 4-6.-10, Hébreux 12, 1-9 et Luc 12, 49-53.

J’ai un confrère aimant bien l’humour qui, un jour, lorsqu’il avait terminé la lecture de cet évangile, ferma ostensiblement le Livre de la Parole et lança d’un ton surpris « Quelle famille !».
La description des conflits et des oppositions qui attendent le disciple de Jésus est ainsi symbolisée par les divisons familiales ou entre amis. Elles sont le symbole d’une situation où l’annonce du salut que Dieu donne suscite non seulement des hésitations mais des oppositions.

I- Le prophète Jérémie
Cela est une longue histoire. Dans l’Ancien Testament, tout au cours de l’histoire du peuple élu, les prophètes ont rencontré des oppositions car ils allaient à contre-courant bien souvent des attentes simplistes et à courte vue de leurs contemporains. Pour ceux-ci, les valeurs se limitaient à ce qu’on voit, au profit, à la réussite, aux victoires guerrières, alors que les prophètes annonçaient une alliance où les cœurs sont changés, où le feu de l’amour a la première place. C’est ce message que Jésus reprend lorsqu’il dit : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! »
Parmi les prophètes, la figure du prophète Jérémie est emblématique. On le voit aujourd’hui dans un récit très coloré : « Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne de Melkias, fils du roi, dans la cour de garde. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne il n’y avait pas d’eau, mais de la boue ». Au fond de cette citerne, Jérémie ne lâche pas. Il est à contre-courant, mais il s’appuie sur la Parole de Dieu qui le sauve de ce mauvais pas en changeant le cœur du roi qui donne cet ordre à Ébed-Mélek l’Éthiopien : « Prends trente hommes avec toi, et fais remonter de la citerne le prophète Jérémie avant qu’il ne meure. »
On sait par la suite que les déboires du prophète Jérémie ne sont pas finis, mais on sait aussi qu’il demeurera toujours fidèle à l’annonce du salut que Dieu offre à son peuple dans une alliance où ce sont les cœurs qui sont visés et non seulement les pratiques et les observances de la Loi.

II – Les paroles de Jésus
Ces situations vécues par Jérémie se rencontrent, toutes proportions gardées, tout au long de l’histoire de l’Église. Au moment où saint Luc écrit son évangile, il commençait à y avoir des divisions et même des persécutions. Aujourd’hui, dans nos sociétés très sécularisées, la référence aux convictions religieuses est souvent mise à l’écart. Et pourtant, c’est ce qui fait vivre bien des gens. Les croyants dont nous sommes doivent donc s’attendre à aller à contre-courant, eux aussi, comme le prophète Jérémie.
Les papes depuis saint Jean-Paul II nous le rappellent souvent. À preuve ces mots de saint Jean-Paul II qui ont fait le tour du monde lors de son élection comme évêque de Rome et pape le 22 octo­bre 1978 : «N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ, à sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, des systèmes politiques et économiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation et du développement. »
Et tout récemment, le pape François dans son Exhortation apostolique à la suite du Synode sur les jeunes en octobre 2018 les invite, ainsi que tout le Peuple de Dieu, à ne pas se laisser détourner des valeurs et de la foi professée malgré les oppositions et la diffusion des valeurs du monde, les fameuses « valeurs mondaines » dont le pape François parle fréquemment, souvent contraires à celles de l’Évangile. Je cite : « L’Église du Christ peut toujours succomber à la tentation de perdre l’enthousiasme parce qu’elle n’écoute plus l’appel du Seigneur au risque de la foi, l’appel à tout donner sans mesurer les dangers, et qu’elle recommence à chercher de fausses sécurités mondaines ». (Christus vivit n. 37) « Soyez capables d’aller à contre-courant et sachez partager Jésus, communiquez la foi qu’il vous a offerte. Si seulement vous pouviez sentir dans le cœur le même mouvement irrésistible qui agitait saint Paul quand il disait :  » Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile  » » (1Co 9, 16). (Ibidem, n. 176)
Les paroles de Jésus à ses disciples que nous rappelons ce matin sont pour nous un encouragement bienvenu. Oui, son message est comme un feu qui réchauffe et qui éclaire même si sa diffusion ne sera pas sans rencontrer bien des obstacles, parfois près de nous : « le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère » écrit saint Luc de façon imagée.

III – Application
Nous les vivons ces obstacles, chacune et chacune à notre façon. Nous aimerions que nos convictions soient partagées par nos concitoyens et concitoyennes et nous constatons, hélas! qu’ils se sont éloignés de l’héritage catholique reçu dans leurs jeunes années, du moins en ce qui nous concerne au Québec.
On peut se réjouir que les valeurs de solidarité, de partage et de respect soient maintenant partie prenante des valeurs que notre société exalte et défend ainsi que celles de la dignité des personnes et de la liberté. Ce qui peut attrister hélas! c’est que le nom de Jésus n’est plus proclamé ouvertement et sans crainte.
Comme les prophètes de l’Ancien Testament, nous avons à redire que ces belles valeurs que notre société vit ont leur source dans un amour qui nous prévient et nous rejoint tous et toutes, celui de l’amour d’un Dieu solidaire avec l’humanité et qui lui donne son Fils unique : « Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle ». (Jean 3, 16)

Conclusion

Faisons cette prière en terminant :

Oui! Seigneur, répands le feu de ton amour sur la terre.
Fais de tes enfants des témoins de cet amour qui rejoint toute l’humanité
Et fais disparaitre les divisions nocives.
Donne-nous la force de témoigner
Que ton Fils Jésus est celui qui nous sauve
Et celui qui nous conduit où tu nous attends
Dans la joie d’une vie porteuse d’éternité
Que tu nous as donnée et que nous te remettons.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 15E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « IL LE CONDUISIT DANS UNE AUBERGE »

12 juillet, 2019

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HOMÉLIE POUR LE 15E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « IL LE CONDUISIT DANS UNE AUBERGE »

Textes: Isaïe 66, 10-14c, Galates 6, 14-18 et Luc 10, 25-37

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La parabole du bon samaritain fait partie du patrimoine mondial au même titre que des monuments comme la Tour Eiffel ou la basilique Saint Pierre-de-Rome ou comme des destinations courues comme les Iles des Caraïbes ou le Rocher de Percé au Québec. Il arrive avec cette parabole ce qui arrive avec tous ces lieux et destinations connues. Ces lieux et ces destinations font partie du paysage depuis longtemps. On a besoin parfois d’un coup de pouce pour les regarder et les découvrir avec des yeux nouveaux.
C’est ce que nous somme invités à le faire ce matin. Nous connaissons bien la parabole du bon samaritain, mais nous avons besoins de la redécouvrir avec des yeux nouveaux. Je vais avec vous la relire en m’arrêtant à certains points qui m’ont frappé cette fois-ci. Si vous avez été touchés par d’autres points, pas de problème. L’important c’est de laisser l’Esprit agir dans notre cœur.

I – Le récit
Lorsque je suis allé en pèlerinage en Terre Sainte il a quelque années, la route de Jérusalem à Jéricho a fait partie de notre visite. Comme il est dit dans l’évangile, lorsqu’on prend cette route on descend pendant longtemps : Jérusalem est à environ 800 mètres au-dessus du niveau de la mer et Jéricho qui est au nord de la Mer Morte est à 250 mètres au-dessous. Elle est la ville la plus basse au monde. On imagine que le parcours de cette route se faisait la plupart du temps à pied ou à dos d’âne. Des brigands se tenaient aux aguets à divers endroits, et il était difficile de leur échapper si on était seul. C’est ce que n’a pu faire le blessé que découvre sur la route le samaritain qui venait, comme son nom le dit, d’une région qui s’appelait la Samarie. C’était une région en compétition avec Jérusalem ayant même un temple rival sur la mont Garizim.
On peut penser que le bon samaritain était allé faire des affaires à Jérusalem et qu’il revenait chez lui. Il allait son chemin lorsqu’il aperçut le blessé. Il s’approcha, nous dit l’évangile, le prit, le mit sur sa monture et le mena dans un village tout proche. Il le déposa à l’auberge en donnant à l’aubergiste un bon montant d’argent pour qu’il en prenne soin et il quitta. Jésus laisse supposer qu’il avait des obligations de rentrer à la maison et qu’il ne pouvait faire plus que ce qu’il avait fait en recueillant le blessé sur la route.
L’attitude du samaritain est mise en parallèle par saint Luc avec celle de deux autres personnages : un prêtre et un lévite qui servait dans le temple pour les sacrifices. Ce sont des gens qui sont proches des choses de Dieu, de sa Parole, de son Temple. Ils consacrent leur vie à son service. Ces deux personnages qui voient le blessé passent tout droit alors que le samaritain prend la peine de s’arrêter. C’est quelqu’un de totalement étranger qui s’approche du blessé alors que les deux autres continuent leur chemin sans s’arrêter enfermés dans leurs traditions et dans leurs lois.

II – Le message de la parabole
Cette histoire, cette parabole, est racontée par Jésus pour répondre à la question du Docteur de la Loi qui lui demande « Qui est mon prochain ? » Comme toutes les paraboles que raconte Jésus, l’important dans l’histoire c’est le message qui lui est attaché. Remarquez ici que Jésus ne donne pas une réponse d’intellectuel, théorique. Il ne se met pas à parler de la situation économique de son temps, mais il donne une réponse concrète qui est encore applicable pour chacun et chacune de nous.
Dans la parabole de Jésus, le message est très clair : le prochain c’est celui dont tu te fais proche, que tu sers ou que tu dépannes s’il est dans le besoin. S’approcher de quelqu’un et en faire son prochain, c’est quelque chose qui ne se fait pas dans les nuages. C’est une démarche concrète, dans la vie de chacun. Jésus ici ne fait pas un discours sur l’importance de l’amour fraternel comme il le fera ailleurs, il donne un exemple pris sur le vif où on voit un personne en action. Le samaritain voit, il fait monter, il porte à l’auberge, il s’assure des traitements, il paie d’avance.
À la fin de l’évangile, Jésus demande au Docteur de la Loi « Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits? » Le Docteur répond « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui ». Et Jésus de conclure « Va et toi aussi, fais de même ». C’est à retenir.

II – Application
Si on tente d’appliquer cette parabole à nos vies, on est renvoyé à notre vie concrète de tous les jours et à la question où est mon prochain ?
On peut penser qu’il se trouve sur un bateau dans la Méditerranée comme réfugié, qu’il est dans un bidonville de Calcutta ou dans les rues de Montréal comme une personne sans domicile fixe. C’est juste de penser ainsi et cela correspond à ce que Jésus nous enseigne lorsqu’il nous dit qu’il est venu pour servir les plus démunis. Mais ici, Jésus donne un moyen concret de vérifier notre proximité avec l’autre. Est-ce que vous prenez le temps de vous en approcher ?
Très bonne question. Elle nous renvoie à nos agirs concrets. Est-ce que nous nous arrêtons dans la vie de tous les jours pour écouter, aider, dépanner une personne qui nous tend la main ou qui en a besoin ? Est-ce que nous pensons qu’elle est le Christ lui-même qui nous rencontre ? La parabole du bon samaritain nous invite à nous poser des questions sur nos agirs quotidiens et sur nos façons de vivre les relations avec nos frères et sœurs dans le besoin. Le prochain, en effet, ce n’est pas seulement les autres, c’est aussi nous qui nous faisons proches.
Je reste toujours démuni lorsque je suis sollicité sur la rue par un mendiant. J’ai envie de passer mon chemin en me disant, il abuse pour se procurer quelque chose, pour aller s’acheter de la drogue. Mais je me retiens de penser ainsi et j’essaie de le voir comme Jésus qui me tend la main. Je m’unis ainsi à des milliers et des milliers de frères et sœurs de toutes les confessions religieuses et aussi de nos frères et sœurs incroyants qui vivent de mille manières cette démarche de s’approcher de ceux et celles qui sont dans le besoin.
Vous voyez, la parabole du bon samaritain, est un monument de notre histoire qui peut continuer d’attirer plein de visiteurs et qui est une source d’inspiration dans notre monde qui en a bien besoin. La dureté des relations humaines, la recherche du profit, l’enfermement sur ses positons rendent parfois très difficiles les rapprochements. Et pourtant, c’est en se faisant proche de l’autre que le « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » s’actualise pour nous comme pour le Docteur de la loi qui demandait à Jésus « Mais qui est mon prochain ? ».

Conclusion
Que notre Eucharistie, ce matin, soit une occasion de nous rapprocher de nos frères et sœurs sur le chemin qui est le leur. Ces personnes sont là. Elles attendent de nous un regard, une main secourable, une parole d’encouragement. Ce sont nos enfants, nos jeunes, nos personnes âgées, nos parents, nos sans logis, nos malades, nos démunis de toutes sortes pas seulement sur le plan matériel etc. des personnes qui attendent que nous nous approchions d’elles selon nos possibilités et selon nos vocations.
Que le Seigneur Jésus qui s’est fait pour l’humanité le Bon Samaritain en s’approchant d’elle pour la relever et la sauver nous donne la grâce d’être, à son exemple, de bons samaritains et de bonnes samaritaines nous aussi pour nos frères et sœurs.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 13E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « JÉSUS, LE VISAGE DÉTERMINÉ, PRIT LA ROUTE DE JÉRUSALEM »

28 juin, 2019

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tu va e annuncia il regno di dio

« Laisse les morts ensevelir leurs morts; et toi, va annoncer le royaume de Dieu. 9.61″

HOMÉLIE POUR LE 13E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « JÉSUS, LE VISAGE DÉTERMINÉ, PRIT LA ROUTE DE JÉRUSALEM »

Textes: 1 Rois 19, 16b.19-21, Galates 5, 1.13-18 et Luc 9, 51-62.

« Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem » Luc 9, 52 (Crédits photo : Bernadette Lopez, alias Berna dans Évangile et peinture)
« Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem » Luc 9, 52 (Crédits photo : Bernadette Lopez, alias Berna dans Évangile et peinture)
Commençons par le portrait qui est donné de Jésus dans ce passage de l’évangile de saint Luc qui vient d’être lu : « Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem ».

I – Le visage déterminé
Jésus prend la route de Jérusalem en sachant qu’il n’en reviendra pas. Il le fait avec détermination. C’est un moment de choix important pour lui. Certains font des choix semblables parfois.
J’ai un ami qui, il y a quelques années, à la suite de son fils qui l’avait fait, a décidé de faire à pied le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle. Il est parti de Paris et a parcouru pendant un mois environ 850 kilomètres à pied. Il y allait avec détermination car cela représentait pour lui non seulement un défi mais une rencontre avec lui-même et avec Dieu. Il avait fait déjà un pèlerinage en Terre Sainte, mais cette marche de pèlerin vers saint Jacques de Compostelle avait un sens encore plus fort pour lui. Il a tenu bon et il en est aujourd’hui, non seulement heureux, mais transformé. Il rayonne de la joie de l’Évangile et il est un témoin de l’amour du Christ dans son milieu de travail auprès des personnes âgées et autour de lui. Il s’est réconcilié avec son fils dont il s’était séparé depuis plusieurs années.
Jésus commence ici un pèlerinage particulier. Il est en mesure déjà de prévoir les tenants et les aboutissants de sa route vers Jérusalem. Il entrevoit que ce sera pour lui la rencontre finale avec sa mission de Sauveur qui le conduira sur le Calvaire où il donnera sa vie pour le salut du monde.
C’est pourquoi, on peut voir cet épisode comme un point tournant dans la vie de Jésus. Jésus ne fait pas qu’annoncer l’amour du Père, il vit cet amour en donnant sa propre vie pour ses frères et sœurs. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » dira-t-il la veille de sa mort pendant son dernier repas avec des disciples. (Jean 15, 13).

II – Les routes de Galilée
Cette décision de Jésus d’aller vers Jérusalem avec détermination ne le renferme pas sur lui-même, loin de là. Jésus est sur les routes depuis quelques années. Et il rencontre plein de gens. Il a avec lui des compagnons et des compagnes qui le suivent. Il sillonne le pays à pied.
Quand on parcourt une route en marchant à pied – mon ami l’a fait en allant à St-Jacques de Compostelle – le temps s’écoule lentement, on réfléchit en marchant et il survient plein de situations de toutes sortes. On rencontre des gens, on profite du beau temps, on doit se mettre à l’abri, on est fatigué, on se retire à l’écart, on passe dans des endroits inconnus, on rencontre des gens différents etc.
À pied sur la route, on se doit d’être ouverts à tous les imprévus. C’est ce qui se passe dans le reste de l’épisode de l’évangile de saint Luc que nous venons d’entendre.

III – Les appels de Dieu
Le premier imprévu vient des disciples qui sont avec Jésus. Ils sont tellement imprégnés de son enseignement, ils l’admirent tellement qu’ils veulent forcer l’adhésion de ces samaritains qu’ils croisent, même en le faisant avec violence, avec le feu du ciel. Devant cette fougue injustifiée, Jésus les réprimande car son message est proposé et non pas imposé. Il en est toujours de même. Dans l’histoire de l’Église on l’a oublié parfois. Nous, les messagers d’aujourd’hui, les disciples-missionnaires comme nous appelle le pape François, nous avons à proposer notre foi et non à l’imposer. Il nous revient de trouver les moyens adaptés pour ce faire.
À la suite de la scène des disciples exaltés que Jésus refrène. Il y a trois autres imprévus, des rencontres de personnes qui permettent à Jésus de mettre les points sur les i pourrait-on dire.
La première personne rencontrée est remplie d’enthousiasme et dit à Jésus « Je te suivrai partout où tu iras. ». Jésus la renvoie et lui indique qu’il est important pour ceux et celles qui veulent le suivre de se garder libres des attaches de toutes sortes qui les guettent : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Dans le deuxième cas c’est Jésus qui interpelle une personne : « Suis-moi. ». La personne invoque les funérailles de son père, mais Jésus sent qu’il s’agit là d’une excuse pour se dérober et il lui réplique : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu ». Il n’y a pas ici de refus des rites funéraires comme nous en faisons volontiers, mais c’est une invitation à placer les appels de Dieu au-dessus de tout.Dans le troisième cas, la réponse de Jésus va dans le même sens. À une autre personne que Jésus interpelle et qui lui répond qu’elle doit d’abord faire des adieux à sa famille, il lui répond, avec la belle image du labour avec une charrue, qu’il propose un choix radical: « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »

Conclusion
Aujourd’hui, en fin de compte, les textes proposés à notre méditation sont des textes qui nous rappellent que comme Jésus, comme Élisée dont parle la première lecture, comme les trois personnes interpellées par Jésus, nous aussi, sur la route de la vie qui est la nôtre nous avons des vocations, des appels particuliers, chacun et chacune.
Ces appels sont variés et différents selon nos situations de vie, mais ils ont en commun qu’ils nous demandent d’avancer le regard fixé en avant et de façon déterminée, pas seulement dans des à peu près. C’est le message à retenir ce matin je pense.Demandons au Seigneur qu’il nous aide par son Esprit Saint à découvrir comment avancer toujours avec confiance dans notre vie chrétienne de femmes baptisées et d’hommes baptisés désirant devenir de plus en plus des disciples de Celui que est le seul et vrai Maître digne d’être suivi et demandons à Dieu de savoir reconnaitre ses voies dans nos vies.
Confions cette intention à la Vierge Marie, la patronne de cette chapelle qui lui est dédiée – Notre-Dame du Lac Poulin – qui a su le faire à la perfection et qui peut nous aider à le faire malgré nos limites et nos faiblesses.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

 

HOMÉLIE POUR LA FÊTE-DIEU, LA FÊTE DU SAINT-SACREMENT DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST ANNÉE C « Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés »

21 juin, 2019

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HOMÉLIE POUR LA FÊTE-DIEU, LA FÊTE DU SAINT-SACREMENT DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST ANNÉE C « Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés »

Textes: Genèse 14, 18-20, 1 Corinthiens 11, 23-26 et Luc 9, 11b-17.

Le pape François à la procession de la Fête-Dieu à Rome qui va de la basilique Saint- Jean-de-Latran à la basilique Sainte-Marie-Majeure (Domaine public)
Le pape François à la procession de la Fête-Dieu à Rome qui va de la basilique Saint- Jean-de-Latran à la basilique Sainte-Marie-Majeure (Domaine public)
L’épisode de la multiplication des pains – il y en a deux dans les évangiles – a été retenu et conservé par les premiers chrétiens comme une image du mystère de l’Eucharistie. Le choix de l’évangile est donc en relation directe avec la Fête-Dieu qui se nomme officiellement la fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ. Il y aurait tant à dire sur sujet. Je me contenterai ce matin d’un commentaire qui fait ressortir quatre verbes qu’on retrouve non seulement dans le récit de la multiplication des pains, mais aussi dans les autres lectures ainsi que dans nos célébrations eucharistiques : « apporter», « bénir », « rompre », et « distribuer ».

I – Apporter et bénir
Le premier verbe « apporter » est l’indication d’une démarche à faire. Regardez la scène dans l’évangile. Jésus provoque ses disciples en leur disant : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Ceux-ci sont dépourvus. Ils lui apportent cinq pains et deux poissons en disant « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. ». C’est à partir de cet apport modeste que la puissance de Dieu va se manifester. Melkisédek fit ainsi, lit-on dans la première lecture : « Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très-haut ».
C’est une figure de ce que Dieu attend de nous. En effet, dans la célébration de l’Eucharistie à chaque dimanche nous sommes invités à apporter non seulement le pain et le vin, mais nos intentions, nos peurs, nos besoins, tout ce qui fait notre vie. Cet apport modeste comme celui des disciples est d’ailleurs bien symbolisé par la goutte d’eau que le prêtre verse dans le calice à la présentation des dons.
Le deuxième verbe est « bénir ». Dans la suite du récit de la multiplication des pains, on lit « Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ ». Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux ». Saint Paul dans le deuxième lecture rappelle aux fidèles de la ville de Corinthe que Jésus a fait de même le soir du Jeudi-Saint « Le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce… »Bénir c’est rendre grâces à Dieu, lui exprimer une confiance absolue et s’en remettre à sa puissance bienveillante. Pour Jésus ce moment est crucial, car il lui permet de mettre en œuvre sa relation particulière avec son Père. Jésus le prie de la manifester de façon visible en multipliant ce modeste apport des disciples. Cette multiplication de ce qui est apporté est le signe de la prévenance de Dieu pour ses enfants qu’Il nourrit abondamment.La suite de cette démarche échappe à nos limites humaines, ce qu’indiquent les deux autres verbes « rompre » et « distribuer ».

II – Rompre et distribuer
Dans le récit de la multiplication des pains qui est comme une image de l’Eucharistie, avons-nous dit, Jésus fait un geste très signifiant celui de rompre ce qui est devant lui et il demande à ses disciples de distribuer ce qui est rompu.
« Rompre » ici est un geste physique, mais ce n’est pas seulement cela. C’est un geste qui exprime symboliquement la Passion où Jésus verra son corps et son sang rompus, séparés et donnés. À travers ces souffrances Jésus donne sa vie pour le salut de la multitude. Écrasé aux yeux humains, Jésus sera relevé par son Père qui le ressuscite pour en faire le Seigneur de nos vies et le Roi de gloire. Cet évènement de la Passion qu’indique le verbe « rompre » n’est pas fermé sur lui-même. Il nous mène dans l’intimité de Dieu dans laquelle Jésus est entré pour toujours entraînant avec lui ses frères et ses sœurs. Avec lui, nous devenons cohéritiers du royaume de Dieu que Jésus a annoncé et qui est parmi nous. Le corps rompu et le sang versé sont représentés par le pain et le vin.
Tel est le mystère que saint Thomas d’Aquin chante dans ce bel hymne que le pape lui avait demandé d’écrire et que nous avons lu avant la lecture de l’évangile. En voici un extrait que je vous relit : « C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang. Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature. »
Revenons à la multiplication des pains. Toute la démarche racontée par saint Luc : les cinq pains et les trois poissons apportés, Jésus qui prie et rompt ce qui est devant lui, toute cette démarche, dis-je, ne sert à rien si le pain et les poissons ne sont pas distribués. Jésus « les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule ». Ceux-ci le font sans parcimonie, mais avec générosité. Il y en a pour tout le monde. Et les gens sont rassasiés. « Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ». Ce qui est une indication des plus intéressantes pour ce qui se passe dans chaque Eucharistie où le Pain et le Vin consacrés sont distribués.
La grâce de Dieu n’est jamais épuisée. Elle dépasse toujours nos attentes et nous pouvons compter sur une abondance qui n’a pas de limites. Que nous soyons quelques personnes ou que nous soyons des milliers, la même nourriture est là en abondance. « Qu’un seul ou mille communient, dit saint Thomas d’Aquin, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître».

III – La Fête-Dieu
Ces quelques mots sur le sacrement de l’Eucharistie en montre la beauté et la grandeur. On comprend facilement que les chrétiens au cours des âges ont développé une grande dévotion au Sacrement de l’Eucharistie qu’on appelle aussi le Très Saint-Sacrement le mettant ainsi au-dessus de tous les autres et en faisant comme le pilier des sept sacrements.
C’est ce que la dévotion populaire veut exprimer dans la procession de la Fête-Dieu qui est associée à la fête du Très Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ. Au Québec, elle connut de belles heures. Elle a lieu encore en quelques endroits. Dans d’autres parties du monde c’est un témoignage de foi qui perdure avec éclat comme à Rome où, guidée par le pape, elle va de la basilique Saint- Jean-de-Latran à la basilique Sainte-Marie-Majeure.
En effet, l’essentiel de la dévotion à l’Eucharistie c’est la foi en la présence de Jésus dans le Sacrement de l’Eucharistie. C’est la reconnaissance que dans les gestes qui sont posés dans nos assemblées qui célèbrent l’Eucharistie, comme dans les assemblées du temps de saint Paul, le Christ ressuscité est présent et bien vivant.
Nous le proclamons publiquement lorsque nous vénérons, exposée dans l’ostensoir ou conservée dans le tabernacle, l’hostie consacrée au cours d’un rassemblement eucharistique. Ainsi la procession de la Fête-Dieu et l’adoration eucharistique ne nous éloignent pas de la Cène du Jeudi-Saint que rappelle saint Paul, mais elles nous gardent dans son sillage et nous font entrer dans le partage des sentiments qui furent ceux de Jésus dans son don total au Père.

Conclusion
Que notre Fête-Dieu – aujourd’hui sans procession au Lac Poulin – soit une fête remplie d’amour et de chaleur par la foi que nous mettons dans la présence de Jésus parmi nous de façon spéciale dans son Corps et dans son Sang.
C’est le cas à chaque semaine lors de nos célébrations dominicales, mais aujourd’hui c’est une occasion particulière de vivre cette foi et de la proclamer ensemble en lisant, si vous le voulez bien, les deux dernières strophes du poème de saint Thomas d’Aquin :

« Ô bon Pasteur, notre vrai pain,
ô Jésus, aie pitié de nous,
nourris-nous et protège-nous,
fais-nous voir les biens éternels
dans la terre des vivants.
Toi qui sais tout et qui peux tout,
toi qui sur terre nous nourris,
conduis-nous au banquet du ciel
et donne-nous ton héritage,
en compagnie de tes saints. »

Amen!
Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

18 juin 2019

HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE LA TRÈS SAINTE TRINITÉ ANNÉE C « TOUT CE QUE POSSÈDE LE PÈRE EST À MOI »

15 juin, 2019

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HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE LA TRÈS SAINTE TRINITÉ ANNÉE C « TOUT CE QUE POSSÈDE LE PÈRE EST À MOI »

Textes: Proverbes 8, 22-31, Romains 5, 1-5 et Jean 16, 12-15.

La Sainte Trinité, miniature extraite des Grandes Heures d’Anne de Bretagne, Reine de France (1477-1514) illustrées par Jean Bourdichon. (Crédits photo : Domaine public par Wikimedia Commons)
La Sainte Trinité, miniature extraite des Grandes Heures d’Anne de Bretagne, Reine de France (1477-1514) illustrées par Jean Bourdichon. (Crédits photo : Domaine public par Wikimedia Commons)
On entre dans le mystère de la Sainte Trinité par le chemin de l’expérience intérieure et non pas par la simple réflexion théologique. La Trinité n’est pas seulement un mystère, une vérité à croire, un dogme central de notre foi, c’est le cœur de la vie chrétienne.
Notre expérience du mystère de la Sainte Trinité s’est commencée au moment de notre baptême. Lorsque quelqu’un est baptisé la personne qui célèbre dit « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ». Par ces paroles et par l’eau qu’on verse sur son front, elle est comme plongé dans l’amour de Père, du Fils et du Saint Esprit.
Ce jour de la fête de la Sainte Trinité est donc une belle occasion de poursuivre ce qui a débuté à notre Baptême. Suivons le chemin que nous indique chacune des personnes de la Trinité : l’Esprit Saint, le Fils bien-aimé et le Père.
I – La personne de l’Esprit Saint
Le chemin à prendre pour entrer dans le mystère de la Sainte Trinité commence avec l’Esprit Saint. C’est la personne de la Trinité qui est souvent oubliée, mais c’est peut-être la plus importante. L’Esprit Saint en effet est comme un souffle. (cf. Jean 3, 8) Il ne donne pas des ordres comme un supérieur, un maître ou un surveillant. Il inspire les personnes. Il agit dans leur intérieur. Il ouvre leur cœur, il éclaire leur intelligence, il fortifie leur volonté dans les bons choix.
L’enseignement de l’Église a retenu comme signes de l’action de l’Esprit dans la vie des personnes baptisées la liste de sept dons qu’on appelle les dons du Saint Esprit. Je ne vous demande pas de les nommer – encore que certaines personnes, j’en suis sûr, pourraient le faire avec brio – mais je prends le temps de vous les énumérer : le don de sagesse, le don d’intelligence, le don de science, le don de force, le don de conseil, le don de piété et le don de crainte de Dieu. Ces sept dons sont accompagnés des fruits de l’Esprit. Saint Paul dans sa lettre au Galates résume ainsi les fruits de l’Esprit « Voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi ». (Galates 5, 22-23).
Tous ces dons et ces fruits se résument dans celui de l’amour- agapè qu’on nomme aussi la charité, cet amour qui, non seulement vient de Dieu, mais qui est en Dieu, qui est l’amour même du Père pour le Fils et l’Esprit, du Fils pour le Père et l’Esprit et de l’Esprit pour le Père et le Fils car comme le dit l’Écriture : Dieu est Amour. Et « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » rappelle avec justesse saint Paul dans l’extrait de sa lettre au Galates que nous venons de lire dans la deuxième lecture.
II – La personne du Fils
Continuons notre chemin pour entrer dans le mystère de la Sainte Trinité avec le Fils bien aimé, la deuxième personne de la Trinité. L’amour au sein de la Trinité dont on vient de parler s’est manifesté par la venue du Fils bien-aimé dans le monde. Celui-ci s’est fait homme en Jésus sans quitter sa vie avec le Père et l’Esprit. C’est pourquoi, si souvent dans les évangiles et notamment dans l’évangile de saint Jean Jésus nous parle de son union avec le Père « Le Père et moi, nous sommes UN » (Jean 10, 30). L’évangile de ce matin nous le redit : « Tout ce que possède le Père est à moi ».
Cette union de Jésus avec le Père a fait l’objet de nombreuses discussions de théologiens, surtout dans les premiers siècles de l’Église où deux Conciles se sont penchés sur cette question car il y avait des déviations. Certains voyaient Jésus comme étant le Fils de Dieu qui avait fait semblant d’être comme nous, un genre de robot humain, et d’autres ne voulaient pas que Jésus fut plus qu’un être humain. Ces hérésies ont été condamnées et on a toujours tenu que le mystère de la Trinité fait partie de la révélation du vrai Dieu qui se manifeste d’abord à Abraham comme un seul Dieu, puis qu’on découvre dans le Nouveau Testament, avec l’enseignement de Jésus, comme un Dieu Un et Trine, un seul Dieu en trois personnes.
Retenons que le Fils bien-aimé se fait l’un de nous tout en demeurant au sein de la Trinité. Jésus est vrai homme et vrai Dieu. Et comme le dit saint Paul, « ayant la condition de Dieu, ( il ) ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes ». (Philippiens 2, 6-7)
III – La personne du Père
Au terme de notre chemin pour entrer dans le mystère de la Sainte Trinité, nous rencontrons la figure du Père éternel qui envoie son Fils dans le monde pour nous sauver en se faisant l’un de nous. C’est le mystère de l’Incarnation et en parlant de mystère de l’Incarnation, on est amené à se tourner vers Dieu le Père car c’est lui qui est vu comme l’origine et le commencement de tout. Ce qui fait dire à saint Jean « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». (Jean 3, 16)
Ce don va permettre à Dieu de se révéler sous un jour encore jamais atteint avec le peuple d’Israël. Cette révélation est extraordinaire. Elle nous révèle que notre Dieu est Père. Dans la prédication de Jésus, en effet, celui-ci ne se contente pas de parler de son Père, mais il enseigne à ses disciples à dire à Dieu « Notre Père ». (Mathieu 6, 9 et ss.) La paternité de Dieu qui est représentée de façon particulière par Dieu le Père est une paternité qui se réalise dans le Fils bien-aimé, le Fils « par nature » disent les théologiens, et cette paternité se donne des fils et les filles « par adoption » que nous sommes. Saint Paul l’avait compris et le rappelait ainsi aux chrétiens de Rome : « Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; nous crions ‘ Abba ! ‘ c’est-à-dire : Père ! » (Romains 8, 15)

Conclusion
Je m’arrête, car vous voyez que le mystère de la Trinité est inépuisable. Il n’est pas seulement un dogme de la foi que nous proclamons chaque dimanche dans le Je crois en Dieu . Il est le chemin dans lequel depuis notre baptême nous sommes entrés et dans lequel nous avançons en reconnaissant, dans l’Esprit Saint, Jésus comme le Fils bien-aimé de Dieu, notre Père, jusqu’au jour où, comme dit saint Paul, « nous le verrons face à face » (1 Corinthiens 13, 12). Ce que je nous souhaite à toutes et à tous.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 7E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE C « VIENS, SEIGNEUR JÉSUS ! »

31 mai, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-7e-dimanche-de-Paques-Annee-C-Viens-Seigneur-Jesus-_a895.html

fr gesù risorto trittico

Jésus ressuscité, triptyque

HOMÉLIE POUR LE 7E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE C « VIENS, SEIGNEUR JÉSUS ! »

Homélie pour le 7e dimanche de Pâques (Année B) 2 juin 2019 (sauf au Canada * où ce dimanche-là on célèbre la Solennité de l’Ascension qui n’a pas été célébrée le jeudi 30 mai 2019) par Mgr Hermann Giguère P. H., Séminaire de Québec Textes: Actes 7, 55-60, Apocalypse 22, 12-14.16-17.20 et Jean 17, 20-26.
*(aussi en Italie c’est dimanche prochain, désolé si je n’ai pas mis l’homélie)

Les textes des lectures d’aujourd’hui en ce dimanche entre l’Ascension et celui de la Pentecôte illustrent ce qu’est la vie du disciple qui partage celle de Jésus ressuscité. Reprenons chacune des lectures dans cette perspective.

I – Saint Étienne premier martyr
Dans la première lecture, le martyre de saint Étienne auquel participe saint Paul, ardent adversaire alors des premières communautés chrétiennes, nous fait entrer dans l’intimité de ce disciple de Jésus hors pair que fut Étienne qui servait les plus pauvres avec générosité et affection. Le récit des Actes des Apôtres nous livre quelque chose de ce que fut la relation personnelle d’Étienne avec Jésus. Étienne représente tous ceux et celles qui ont cru à la résurrection de Jésus sur le témoignage des premiers disciples Pierre et Jean, Marie- Madeleine, les disciples d’Emmaüs, Thomas ou encore les 500 frères dont parle Saint Paul dans une de ses lettres ( 1 Corinthiens 15, 6).
Étienne est ainsi un peu comme nous et il peut nous servir de modèle. Il n’a pas connu Jésus directement. Nous aussi. Il l’a connu par les premiers témoins de la résurrection. Nous aussi. Il s’appuie sur leur parole et leur témoignage. Nous aussi. On voit, d’autre part, que cette foi qui est en lui est une foi à transporter les montagnes comme le souhaite Jésus dans les évangiles. Il est tellement uni à Jésus qu’il l’aperçoit déjà avant de mourir. Il s’identifie à lui en pardonnant à ses meurtriers. Il laisse un message de paix et d’amour en donnant sa vie comme Jésus l’a fait pour ses frères et sœurs.
C’est tout un témoignage qu’il donne. Il sera à l’instar des Apôtres un témoin, ce que veut dire le mot martyr en grec. Il inspirera nombre de personnes dans l’histoire, notamment ceux et celles qui, comme lui, auront à donner leur vie pour le Christ lors des persécutions dans l’empire romain. Il inspire encore aujourd’hui nombre de chrétiens et chrétiennes, témoins du Christ et martyrs à leur tour, qui vivent dans des pays où ils sont persécutés pour leur foi et dont certains donneront leur vie pour le Christ comme ce laïc catholique pakistanais, Shahbaz Bhatti, ministre pakistanais des minorités religieuses, qui a été assassiné le 2 mars 2011 et dont la cause de béatification et de canonisation a été ouverte en 2016. Voir le lien à la fin.

II – Une inspiration
La deuxième lecture nous fait entrer, sous forme poétique, dans la vie des disciples des premières communautés chrétiennes. On sait que l’écrit de l’Apocalypse date de la fin du premier siècle après Jésus-Christ. Les persécutions contre les chrétiens sont déjà commencées comme celle de Néron en 64. L’auteur du livre de l’Apocalypse désire soutenir et encourager les chrétiens à persévérer malgré les embûches et les obstacles qu’ils rencontrent.
En s’adressant aux premiers disciples des églises naissantes autour de la mer Méditerranée l’auteur met dans la bouche de Jésus ces paroles que nous avons entendues : « Heureux ceux qui lavent leurs vêtements : ils auront droit d’accès à l’arbre de la vie et, par les portes, ils entreront dans la ville. Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. » L’image des « vêtements » renvoie au « vêtement blanc » du Baptême. La persécution est une purification. Elle ouvre les portes de la ville c’est-à-dire du Royaume de Dieu.
C’est là un message d’encouragement à la persévérance dans la foi reçue des Apôtres. Cette persévérance s’appuie sur une conviction ferme, celle de la présence toujours vivante de Jésus ressuscité. C’est pourquoi la prière de ces communautés se concentre dans l’invocation : « Viens, Saigneur, Viens ».
Cette invocation a franchi les siècles. Nous aussi nous sommes dans une Église écrasée de toutes parts, nous sommes à contre-courant et ce dont nous avons besoin c’est de nous tourner vers Celui qui est, comme le cite le début de cette deuxième lecture, l’Alpha et l’Oméga – le début et la fin de tout – et de lui dire avec insistance « Viens ». Nous le faisons à chaque Eucharistie de façon spéciale après la consécration lorsque nous reprenons une des invocations proposées par la liturgie qui est la suivante « Proclamons le mystère de la Foi » à laquelle l’assemblée répond : « Gloire à toi qui était mort, gloire à toi qui es vivant, notre Sauveur et notre Dieu : Viens, Seigneur Jésus! »

III- Un héritage
La lecture de l’évangile nous renvoie à notre vie à nous de disciple de Jésus en présentant un extrait des paroles de Jésus lors de la dernière Cène. On constate par celles-ci que Jésus est conscient qu’il a un héritage à transmettre, un héritage qu’il désire partager avec ses disciples.
Le moment est solennel. En levant les yeux au ciel, Jésus laisse son coeur parler. Et, en même temps, il insiste pour montrer qu’il le fait dans une union totale avec son Père. Jésus ne se sépare jamais de Celui qui l’a envoyé. Il entre totalement dans le message d’amour du Père. « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. ».
Jésus sait déjà le soir de la Cène qu’il ira jusqu’à donner sa vie dans cette fidélité incrustée en lui depuis toujours comme lui fait dire l’auteur de la Lettre aux Hébreux en utilisant un psaume : « Père tu m’as donné un corps et me voici pour faire ta volonté » (cf. Hébreux 10, 5-7). Faire la volonté de Dieu, c’est entrer dans le mouvement d’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint au sein de la Trinité qui se répand sur les disciples que nous sommes. C’est le souhait que Jésus fait aux Apôtres autour de lui le soir de la Cène et à tous ceux et celles qui les suivront. Que « l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux ». Tel est l’héritage de Jésus pour ceux et celles qui le suivent.
Cet héritage nous est confié et nous sommes invités nous aussi à être des hommes et des femmes témoins de l’amour de Dieu autour de nous, dans nos sociétés et dans nos pays.

Conclusion
Que les fruits de la rencontre de Jésus ressuscité continuent de s’exprimer dans nos vies et dans notre Église. « Oui! Seigneur, viens! » nous t’attendons. Que le Pain et le Vin consacrés que nous recevons ce matin nous soutiennent dans notre route de disciples du Seigneur Ressuscité à l’école des personnes qui nous ont précédés comme saint Étienne et les fidèles des premières générations chrétiennes.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

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