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HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE A « VOICI QUE J’ENVOIE MON MESSAGER EN AVANT DE TOI »

13 décembre, 2019

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Êtes-vous le messie ou devons-nous en attendre un autre?

HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE A « VOICI QUE J’ENVOIE MON MESSAGER EN AVANT DE TOI »

Textes de l’Écriture : Isaïe 35, 1-6a.10, Jacques 5, 7-10 et Mathieu 11, 2-11.

Dans la vie il arrive parfois qu’on se demande si l’on a pris la bonne décision, par exemple, en faisant couple avec telle personne, en décidant d’avoir une famille ou en choisissant de changer de travail. Qu’on se pose des questions va de soi. C’est même un signe de sagesse et de sérieux.

I – Le questionnement de Jean-Baptiste
Hé bien! ce matin, l’évangile nous présente Jean-Baptiste au moment où, quelques années après avoir baptisé Jésus et l’avoir présenté comme celui que le Seigneur envoie pour sauver son peuple, il commence à se poser des questions. Jésus est-il bien celui qui est l’envoyé promis ?
Le pourquoi de ces questions vient du fait que comme les autres juifs Jean-Baptiste attend un Messie rempli de puissance qui va changer les choses et ramener à Dieu le peuple qui s’en éloigne comme le dit la première lecture tirée du prophète Isaïe : « Dites aux gens qui s’affolent : ‘ Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver’’ ».
Jean-Baptiste entre dans cette vision des prophètes qui annoncent que l’avènement du Messie sera une manifestation de puissance de la part du Dieu d’Israël qui a ramené son peuple de l’exil à Babylone et lui donne maintenant un pouvoir sur ses ennemis.
Cette vision de l’Ancien Testament est comme contredite par ce que Jean-Baptiste entend dire du ministère de Jésus. Voilà la raison des doutes de Jean-Baptiste.
Jésus, loin de s’installer à la façon d’un roi puissant, fréquente les pauvres et les laissés pour compte. Il se fait proche de ceux et celles qui souffrent. Il guérit les malades. Il prêche un royaume de paix où les plus grands sont ceux et celles qui se mettent au service des autres. Il prévient ses proches en leur disant : « La venue du règne de Dieu n’est pas observable. On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous. » (Luc 17, 200-21)
C’est le Royaume des petits, des sans grade, des pauvres de toutes sortes. La table du maître est ouverte à tous même aux non-juifs qu’on appelle les Gentils

II – La promesse de Écritures
Jean-Baptiste est un peu déboussolé – on le comprend – et il demande à ses disciples de l’aider à lever les doutes qui commencent à s’installer en lui concernant Jésus. Ses disciples s’en vont sur les pas de Jésus et font enquête auprès de ceux et celles qui l’entendent prêcher. Ils procèdent en deux temps.
Dans un premier temps, ils relisent les Écritures Saintes et ils découvrent que celles-ci ne parlent pas toujours d’un Messie puissant. Entre autres le grand prophète Isaïe a des paroles très fortes où il le présente comme un agneau qu’on mène à l’abattoir. Il en fait non pas un roi puissant, mais un Serviteur qui donne sa vie pour ses frères et sœurs leur permettant de renouer le fil de leur alliance avec Dieu et de devenir un peuple nouveau. (Cf. Isaïe chapitre 53) Ce peuple nouveau pour lequel le Serviteur consacre sa vie et va même jusqu’à mourir pour lui est le vrai peuple de Dieu tel que voulu par Lui de toute éternité.
Cette nouvelle lecture des Écritures par les disciples de Jean-Baptiste provoque des ajustements dans leur vision du Messie. Ils décident donc d’aller sur le terrain voir ce qui en est de Jésus. C’est le deuxième temps de leur démarche.

III – Le Messie et son messager
Arrivés près de Jésus, ils l’interrogent et lui demandent de préciser pour eux sa mission. Et c’est là que la réponse de Jésus devient pour eux d’une limpidité éclatante.
En effet, en l’entendant, ils croient entendre Isaïe et les autres prophètes qu’ils ont redécouverts. Jésus, en effet, cite explicitement ceux-ci lorsqu’il leur répond : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ». (cf. Isaïe 35, 5-6, 42, 18 et 61,1)
C’est le portrait du Messie que les disciples de Jean-Baptiste attendaient. Ils retournent vers lui et lui annonce que Jésus est bien l’Envoyé de Dieu qu’il a reconnu sur les bords du Jourdain.
Après le départ des disciples de Jean-Baptiste, qu’est-ce que fait Jésus ? Loin de réprimander Jean-Baptiste pour ses doutes, au contraire, il le loue avec une certaine admiration. « Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste. »
Jésus reconnaît à Jean-Baptiste son rôle de Précurseur du Messie. Les doutes de Jean-Baptiste n’altèrent pas sa mission, au contraire. Elle la rende encore plus vraie et authentique. Il sera le messager qui prépare les voies du Seigneur, les chemins de Dieu pour rencontrer l’humanité dans la personne de Jésus, le Fils bien-aimé du Père.
Malgré la grandeur et la beauté de la mission de Jean-Baptiste, celui ou celle qui sait se faire petit et se mettre à l’écoute de Jésus avec humilié devient le plus grand dans son Royaume. Le critère de la grandeur pour Jésus réside dans le cœur des personnes qui savent accueillir la Parole de Dieu avec foi comme le fit la Vierge Marie lorsqu’elle répondit à l’ange à l’Annonciation « Que tout m’advienne selon ta parole ». (Luc 1, 38)

Conclusion
Comment ne pas être dans la joie en voyant ce que Dieu fait pour son peuple ? Les premiers mots de l’antienne d’ouverture empruntés à saint Paul pour ce dimanche qui est aussi appelé dimanche de Gaudete le disent : « Soyez dans la joie avec le Seigneur, soyez toujours dans la joie » (en latin : Gaudete in Domino semper : iterum dico, gaudete). La joie du disciple de Jésus résulte de l’amour de Dieu qui vient vers lui parce Dieu donne à l’humanité son Fils comme Sauveur.
À Noël, la vue du Fils de Dieu dans une crèche nous interpelle. Comme Jean-Baptiste, nous sommes peut-être déroutés, menacés par le doute. Mais c’est là, dans la crèche que le mystère de l’Amour de Dieu se révèle. L’amour de Dieu se manifeste de façon simple et incarnée dans la vie d’une famille pareille à toutes les autres et dans un enfant qui deviendra l’un de nous en tous points semblables aux autres humains.
Que cette messe soit pour nous un moment d’action de grâces et de préparation à la célébration attendue de ce don de Dieu à Noël.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 1ER DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE A « TENEZ-VOUS DONC PRÊTS, VOUS AUSSI »

29 novembre, 2019

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HOMÉLIE POUR LE 1ER DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE A « TENEZ-VOUS DONC PRÊTS, VOUS AUSSI »

Textes de l’Écriture : Isaïe 2, 1 – 5, Romains 13, 11–14 et Mathieu 24, 37-44.

Les venues ou visites du Seigneur sont diverses dans l’histoire du monde, dans l’histoire de l’Église et dans notre histoire personnelle
Le temps de l’Avent qui commence en ce dimanche est une période de temps pour nous mettre en situation d’attente. Le terme « Avent » est une transcription du mot latin « Adventus » qui veut dire « Venue » ou « Ce qui advient » ou « Visite ».
On est donc invités pendant l’Avent à regarder ce qui advient, à porter attention à une venue particulière celle du Seigneur que nous célébrerons à Noël dans la crèche à Bethléem.

I – Deux sortes de venues ou visites
Il arrive souvent que nous recevons des visites dans le quotidien de nos vies. Elles se présentent de façon différente bien campées avec leurs circonstances particulières et leurs caractéristiques propres. On peut les classer sous deux formes principales qui ne sont pas incompatibles entre elles.
La première forme est celle des visites préparées. Comme celles où on reçoit des amis ou de la famille à un moment précis avec un repas soigné, de la musique, un cœur ouvert etc. C’est de ce genre de visites que le temps des fêtes au Québec est rempli soit qu’elles se rattachent au travail soit qu’elles se fassent dans les familles. Dans tous les cas on se prépare et on voit à ce qu’il ne manque rien pour les personnes invitées.
L’autre forme qui survient souvent est à l’opposé de la première. Il s’agit de visites impromptues, inattendues parfois, mais souvent très enrichissantes. Ma grand-mère Lumina dans sa grande ferme à la campagne gardait toujours un bol de soupe pour les visiteurs qui pourraient survenir : parents, amis ou mendiants. La tradition du banc du « quêteux » au Québec va dans le même sens car, en raison du climat, il n’était pas indiqué de renvoyer quelqu’un qui arrivait et qui n’avait pas de lieu où se reposer.
Hé bien! Les visites du Seigneur peuvent prendre l’une ou l’autre de ces formes.
Le temps de l’Avent nous renvoie à la première forme. Il amorce une nouvelle année liturgique qui nous fera défiler selon un plan bien défini les mystères de la vie du Christ dans le temps de Noël et de l’Épiphanie, dans le temps du Carême et dans le temps pascal, puis dans ce qu’il est convenu d’appeler le temps ordinaire. La liturgie nous proposera des célébrations précises au cours de ces périodes liturgiques. Nous pourrons les prévoir car elles se tiennent à des moments déterminés d’avance comme, par exemple, la fête de la Pentecôte ou la Fête-Dieu. À travers ces temps et ces fêtes, les visites du Seigneur seront au rendez-vous.
La seconde forme de visites du Seigneur nous est présentée de façon percutante dans la lecture de l’évangile du jour. Après avoir rappelé le temps de Noé et avec l’image des deux hommes qui seront aux champs et dont l’un sera pris, l’autre laissé et celle des deux femmes au moulin en train de moudre dont là aussi l’une sera prise, l’autre laissée, Jésus met l’accent sur les venues du Seigneur à l’improviste et sans prévenir. « C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra » est-il dit à la fin de cet évangile. Ces visites impromptues font partie de notre vie quotidienne et il est important de se garder ouverts à celles-ci et de ne pas se limiter aux visites prévues comme celles qui se produisent à chaque dimanche dans le cadre des célébrations liturgiques auxquelles nous participons.

II – Qu’est-ce qui se réalisera dans ces visites du Seigneur ?
Que se passe-t-il dans ces visites du Seigneur ? Les visites du Seigneur même lorsqu’elles sont imprévues ne sont pas sans but. S’il se penche vers nous, il le fait comme il l’a fait pour son peuple. Il nous promet que ses visites nous ferons grandir, nous donnerons des horizons nouveaux et des ailes pour aller plus loin.
Écoutez le prophète Isaïe qui le dit ainsi : « Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux ». Ces images appliquées à Jérusalem sont valables aussi de notre temps.
Le Seigneur se tient au milieu de nous par sa Parole, par ses Sacrements et par les autres en particulier les plus démunis. Il est au-dessus de tout car il est le Seigneur que son Père a établi pour notre salut. Élevé de terre sur la croix et ressuscité il attire toutes les nations et tous les peuples. Son amour n’a pas de frontières comme le rappelle souvent le pape François.
Les visites du Seigneur ont toutes le même but : nous rapprocher de Dieu et guérir nos blessures en nous accordant le salut que Jésus est venu apporter au monde. Elles se font dans le rythme de la vie liturgique ou dans notre vie ordinaire de façon souvent impromptue. Mais elles ne donneront leurs fruits que s’il y a dans celui ou celle qui les reçoit la bonne attitude.

III – Revêtir le Christ
C’est saint Paul dans la deuxième lecture qui nous donne la clé de cette bonne attitude à développer tout au cours du temps de l’Avent et à l’année longue aussi. En deux mots « se revêtir du Seigneur Jésus Christ ».
C’est ce qu’il écrit aux membres de la communauté chrétienne de Rome. Je cite ce que nous venons d’entendre : « Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ ».
« Se revêtir du Seigneur Jésus Christ » est une attitude qui se traduit dans des gestes très concrets, dans une conduite honnête qui évite les dérapages de toutes sortes comme ceux que dénonce saint Paul.
La liste de ces dérapages que fait saint Paul peut prendre d’autres couleurs aujourd’hui, mais ce qui est important c’est, pour nous, d’identifier où se trouvent en nous les œuvres de ténèbres et de profiter de notre temps de l’Avent pour laisser la lumière luire afin d’accueillir la venue, la visite que le Seigneur nous fait dans la liturgie, mais aussi qu’il veut nous faire personnellement dans notre vie de tous les jours.

Conclusion
Entrons dans ce temps de l’Avent avec un cœur ouvert et disposé à recevoir les visites que le Seigneur nous prépare. Bien souvent le Seigneur vient et nous ne le reconnaissons pas.
Retenons que dans l’attente ce n’est pas le résultat qui compte mais c’est l’esprit dans lequel se vit cette attente. Laissons-nous imprégner de l’exemple de la Vierge Marie qui a accepté la visite du Seigneur en le recevant pendant neuf mois dans son sein. Ce fut sûrement un temps extraordinaire de rencontre avec Dieu pour elle.
Pour nous le temps de l’Avent cette année, en union avec Marie, peut nous aider à recevoir de mieux en mieux les visites prévues et imprévues du Seigneur. Ce temps d’attente nous mettra dans la joie car il nous rapprochera de Celui qui est le Verbe fait chair qui s’est manifesté au monde en devenant humain comme l’un de nous. « Tenez-vous donc prêts, vous aussi » comme nous y invite saint Paul dans la deuxième lecture. Ainsi nous pourrons « Grandir dans l’espérance » comme le propose le thème de l’Avent du Prions en Église canadien

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE JÉSUS CHRIST ROI DE L’UNIVERS « QUAND TU VIENDRAS DANS TON ROYAUME »

22 novembre, 2019

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HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE JÉSUS CHRIST ROI DE L’UNIVERS « QUAND TU VIENDRAS DANS TON ROYAUME »

Textes : 2 Samuel 5, 1-3, Colossiens 1, 1-20 et Luc 23, 25-43.

La scène de l’évangile qui rapporte les paroles du bon larron et la réponse de Jésus a été choisie pour la fête du Christ Roi en cette année C. Elle m’a interpellé profondément. De quel Royaume parle le bon larron ? Quel paradis lui promet Jésus?
Essayons de réponde à mes questions. Vous en avez peut-être d’autres. Elles trouveront des réponses, je vous le souhaite, Mais revenons à mes questions.

I – Les lectures
Pour y répondre les deux premières lectures ouvrent des portes suggestives. La lecture du deuxième livre de Samuel nous montre une figure du Christ Roi dans l’Ancien Testament, le roi David.
Il fut choisi pour instaurer la monarchie en Israël et il fut un grand roi avec hélas! des ratés comme son adultère avec la femme d’un de ses généraux, Bethsabée la femme d’Urie le Hittite. Le prophète Samuel sera envoyé par Dieu pour l’inviter à reconnaître son péché et à faire pénitence. David le fera avec humilité (Cf. 2 Samuel 12,7 ) .
Malgré ses limites, le personnage du roi David tel que décrit par le premier livre de Samuel dans la première lecture nous livre un élément essentiel qui est au cœur du Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu n’est pas une récompense ni la propriété du roi. C’est Dieu qui choisit et consacre. « Le Seigneur t’a dit : ‘Tu seras le berger d’Israël mon peuple, tu seras le chef d’Israël. » Le royaume de David n’est pas son royaume à lui. Il est le terrain où Dieu se manifeste et où il étend son règne d’amour.
Il en est ainsi aussi du paradis que promet Jésus au bon larron. C’est le lieu de la rencontre avec Dieu où il se révèle présent dans son amour pour tous ceux et celles qui s’y retrouvent après leur mort.
Vous voyez que cette première lecture nous indique des pistes intéressantes pour bien comprendre ce que signifie la fête du Christ Roi dont le royaume est celui de Dieu dans les cœurs et dans l’univers entier.

II – Quel Royaume?
Pour décrire ce Royaume de Dieu que le Christ instaure, le texte de l’évangile nous donne trois pistes qui se dégagent de la scène du bon larron. Le Christ annonce, ici sur la croix, un royaume où règnent le pardon, la compassion et la miséricorde.
Le pardon. La réponse directe de Jésus au bon larron est l’expression claire du pardon qui lui est accordé. « Aujourd’hui tu seras avec moi ». Le pardon a ceci de particulier qu’il peut changer la situation du tout au tout en un instant. Le pécheur est sauvé par le sang du Christ. C’est ici l’action de Dieu qui est mise de l’avant, celle d’un Dieu qui pardonne et efface les fautes.
La compassion. Le Christ Roi par sa mort sur la croix manifeste de façon paradoxale et spectaculaire la compassion de Dieu pour l’humanité pécheresse. C’est ce qu’il fait pour le bon larron qui le reconnaît lorsqu’il dit à son compagnon de supplice « Lui il n’a rien fait ». « Nous c’est juste d’être punis ». Jésus assume en lui la vie du bon larron. C’est le sens premier du mot compassion qui signifie à l’origine « souffrir avec ». Il offre la vie du bon larron avec la sienne au Père.
La miséricorde. Tout ce mouvement de compassion provient du regard miséricordieux que partage Jésus avec son Père. La miséricorde vient du dedans du cœur. Elle va vers la personne telle qu’elle est. Elle s’émeut même de la voir parfois se perdre. Elle l’attend comme le fait le père de l’enfant prodigue (Cf. Luc 15, 34). Le Christ Roi ressemble à ce père. Il n’exclut personne. Il attend. Son royaume n’est pas de ce monde comme il l’a dit a Pilate (Jean 18, 36).
Sur la croix, Pilate avait fait mettre une inscription : « Celui-ci est les roi des Juifs ». Cette inscription se voulait dérisoire. Mais Jésus peut porter ce titre de roi car son Royaume existe même s’il n’a rien de commun avec celui des rois de la terre. Son Royaume en est un de pardon, de compassion et de miséricorde. En un mot un Royaume d’amour.

III – Application
Comme nous y invite saint Paul dans la deuxième lecture, rendons grâce à Dieu de ce Roi et de ce Royaume qu’il nous donne en Jésus Christ. « Rendez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière. Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé ». Merci Seigneur de nous avoir « placé dans le Royaume de ton Fils bien-aimé ».
La fête du Christ Roi lors de sa création en 1925 voulait affirmer la suprématie du Christ dont le Royaume ne se définit pas par des projets politiques. Elle a pris parfois hélas! des couleurs politiques, mais depuis le concile Vatican II, on en a fait une fête universelle qui est le sommet du parcours liturgique de l’année pour montrer que sur la terre, dans le cieux, dans les cœurs tout est orienté vers le Christ, Alpha et Omega, chef du Corps de l’Église, image du Dieu invisible, premier-né de toutes créatures et Roi de l’univers (cf. deuxième lecture).
Cette image d’un Christ Roi universel est très riche et peut encore aujourd’hui nous inspirer en la relisant avec les textes des Écritures comme le fait la fête d’aujourd’hui avec la conversation de Jésus avec le bon larron. Nous pouvons ainsi redire avec foi et confiance cette demande de la prière du Notre Père « Que ton règne vienne! ».

Conclusion
Oui, dans notre messe d’aujourd’hui laissons notre prière monter vers le Père en union avec le Christ Roi qui le devient par son obéissance dans la mort sur la croix et que le Père exalte dans la résurrection.
Oui Père! « Que ton Règne vienne! »

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

24 novembre 2019

HOMÉLIE POUR LE 33E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « TOUT SERA DÉTRUIT » TEXTES DE L’ÉCRITURE : MALACHIE 3, 19-20, THESSALONICIENS. 3, 7-12 ET LUC 21, 5-19.

15 novembre, 2019

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HOMÉLIE POUR LE 33E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « TOUT SERA DÉTRUIT »
TEXTES DE L’ÉCRITURE : MALACHIE 3, 19-20, THESSALONICIENS. 3, 7-12 ET LUC 21, 5-19.

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Arc de Triomphe de Titus sur la destruction de Jérusalem en l’an 70 montrant la prise de la Menorah par les romains, Roma (Crédit photo : copie au Beth Hatefutsoth reproduite via Wikimedia Commons)

Les paroles de Jésus que nous venons de lire sont mystérieuses. Saint Luc à dessein y mêle la destruction de Jérusalem à la fin du monde et au Retour du Christ à la fin des temps. Ce qu’il fait a un nom. Je vous le donne, mais vous n’avez pas besoin de le retenir, ce qui compte c’est de savoir de quoi il retourne.
Nous sommes ici avec ce texte de saint Luc dans le domaine de l’eschatologie, es-cha-to-lo-gie.
Commençons donc par définir ce qu’est l’eschatologie puis nous verrons les applications qu’on peut faire du texte de saint Luc.

I – Qu’est-ce que l’eschatologie ?
L’eschatologie regarde ce qui a rapport aux fins dernières. Le mot grec « eschaton » se traduit par « dernier » en français. Cela nous donne l’accent qui est mis dans l’eschatologie sur ce qui doit venir à la fin des temps. Tout ce qui est créé aura une fin.
C’est évident pour chacune et chacun de nous pris individuellement. Notre vie se terminera un jour. C’est certain, même si on ne sait pas comment. Il en est de même pour l’univers qui nous entoure auquel on est si sensible aujourd’hui dans le mouvement écologiste. Cet univers qui nous a été donné disparaîtra un jour. Il aura une fin. L’eschatologie a ainsi un sens cosmique.
Pour parler de ces réalités qui viennent – on ne sait quand – il s’est développé des images de toutes sortes. Cela donne le style littéraire bien particulier où on décrit avec ces images comment sont entrevus les derniers temps. Il ne s’agit pas de descriptions scientifiques, mais bien plutôt de morceaux qui ressemblent à des poésies ou à des histoires de bandes dessinées. Les images se bousculent dans les textes comme celui d’aujourd’hui. Il est question de bouleversements, de guerres, de peurs, de cataclysmes etc.
On ne doit pas prendre ces descriptions à la lettre, mais on doit retenir qu’elles ne sont pas inutiles puisqu’elles nous tournent vers ce qui adviendra un jour pour nous personnellement ou pour l’univers que le pape François appelle notre « maison commune » dans son encyclique Laudato si’, sur l’écologie (24 mai 2015).

II – Le Retour du Christ
Dans la foi chrétienne on a retenu que les fins dernières verront le Retour du Christ glorieux qu’on décrit comme la seconde venue du Christ, son second avènement.
C’est un événement que les Écritures nous présentent avec moult descriptions. Ce Retour du Christ est associé au jugement dernier dont parle saint Mathieu au chapitre 25 de son évangile lorsqu’il dit que les justes seront à la droite du Christ et les mauvais à sa gauche parce que les premiers l’ont servi dans leurs frères et sœurs et les autres n’ont pas su reconnaitre en eux le Christ qui les visitaient.
Ce Retour du Christ est aussi associé à la fin du monde. Surgira alors un monde nouveau et des cieux nouveaux comme le dit le livre de l’Apocalypse : « Alors j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus » (Apocalypse 18, 1). Le Règne de Dieu prendra toute la place et le monde ancien disparaîtra. Les descriptions pour révéler cette réalité essentielle de notre foi sont parfois dignes des vidéos ou des films d’anticipation. Retenons que ce sont des images et que la réalité, elle, est beaucoup plus simple. Elle réside dans la foi au Christ « qui est, qui était et qui vient » comme nous le chantons après chaque consécration à la messe lorsque le prêtre dit « Il est grand le mystère de la foi » et que nous répondons « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire »
Certains chrétiens ont tellement voulu mettre en évidence ce mystère de notre foi qu’ils en ont fait l’essentiel de celle-ci. Pour eux, l’insistance est placée sur le Retour du Christ qui adviendra à la fin des temps. Ils se sont donné le nom d’Adventistes et ils forment une Église assez répandue aux États-Unis : les « Adventistes du septième jour ».

III – Le temps de l’Église
Saint Luc dans le texte de l’évangile que nous venons d’entendre ramasse plusieurs considérations dont certaines s’adressent aux premiers chrétiens qui étaient victimes de persécutions dans l’empire romain à cette époque.
Écoutez ses observations. « On portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. » Et plus loin « Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. »
Saint Luc ici nous montre que Jésus sait que son message suscitera des oppositions à commencer par celle de ses concitoyens qui réclameront sa mort. Il est conscient de la révolution, pourrait-on dire, qu’il demande dans les comportements et dans la façon de vivre l’Alliance de Dieu avec son peuple qu’il proclame dans les Béatitudes. Il est le messager de l’amour inconditionnel de Dieu pour l’humanité. Personne n’est exclu de ce mouvement d’amour dont il sera l’illustration extraordinaire par sa mort sur la croix.
Jésus souhaite ici que ses disciples n’aient pas honte de ce qu’ils sont et qu’ils soutiennent avec persévérance les épreuves et les difficultés de l’annonce de la Bonne Nouvelle qu’il apporte au monde. C’est ici tout l’histoire de l’Église qu’il faudrait évoquer, mais ne vous inquiétez pas, je ne le ferai pas. Qu’il me suffise de vous sensibiliser au fait que dans la perspective eschatologique le temps entre la Résurrection de Jésus et son Retour dans la gloire se nomme le temps de l’Église.
C’est le temps où les disciples de Jésus font le chemin nécessaire pour rester près de lui dans les cultures, les contrées, les temps, les circonstances et les changements où ils vivent. C’est ce que le pape François met en œuvre dans les deux conciles dont parlent les journaux : celui de l’Amazonie qui s’est terminé le 26 octobre 2019 et celui de l’Allemagne prévu en 2020.
Ce temps de l’Église n’a pas été déterminé d’avance. L’Église existe depuis déjà 2000 ans et qui dit que nous ne sommes pas encore dans la primitive Église. Ce temps de l’Église pour nous c’est maintenant. C’est celui où nous sommes appelés à transmettre le don reçu de la foi en Jésus. C’est aussi le temps où nous sommes invités à mettre en pratique ses enseignements et proclamer son message à toutes les nations: « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. ». (Mathieu 28, 19-20)

Conclusion
Cette promesse que je viens de rappeler est le soutien que nous avons dans ce temps de l’Église où nous sommes engagés comme baptisés et enfants de Dieu. Notre route n’est pas sans issue, au contraire elle est ouverte sur la présence de Celui que nous suivons avec persévérance : « Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie » comme il est dit à la fin de notre évangile de ce dimanche.
Demandons, si vous le voulez, cette grâce de la persévérance. Les tentations de décrochage nous assaillent parfois dans notre vie personnelle ou dans la vie de l’Église. Les fruits de notre foi en Jésus n’apparaissent pas toujours assez clairement pour nous. Nos attentes sont parfois bien égoïstes.
Demandons au Seigneur de nous rendre accueillants à la présence de son Esprit qui nous guide sur les chemins de notre vie et sur ceux de la vie de l’Église. Et prions pour celui que Dieu nous a donné comme pasteur de celle-ci : le pape François.

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 32E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « IL N’EST PAS LE DIEU DES MORTS, MAIS DES VIVANTS »

8 novembre, 2019

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Dio non è dei morti, ma dei viventi; perché tutti vivono per lui».

HOMÉLIE POUR LE 32E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « IL N’EST PAS LE DIEU DES MORTS, MAIS DES VIVANTS »

Textes : 2 Macchabées (Martyrs d’Israël) 7, 1-2.9-14), II Thessaloniciens 2, 16 – 3, 5 et Luc 20, 27.34-38.

La lecture de ce texte de l’évangile de saint Luc m’a rappelé mes conversations du dimanche avec ma mère décédée à 95 ans quelques années après mon père avec qui elle avait vécu un grand amour. Elle me demandait souvent : « Est-ce que je vais pouvoir le revoir quand je vais mourir ? Comment il va être ? Est-ce que je vais le reconnaître ? »
Autant de questions qu’elle n’est pas la seule à s’être posées. Elles sont derrière la situation évoquée par les Sadducéens pour embêter Jésus.

I – La question des Sadducéens
La situation présentée à Jésus par les Sadducéens où une épouse a eu plusieurs maris n’est pas incongrue même si le nombre de sept est hors norme et leurs morts subites aussi. On comprend qu’il s’agit d’un cas hypothétique soumis à Jésus pour le piéger.
En effet, il faut savoir que les Sadducéens, un groupe de notables juifs, ne croyaient pas à la résurrection des morts et à la vie éternelle. Leurs adversaires, les Pharisiens, eux y croyaient en s’appuyant sur des textes comme ceux de la première lecture qui, en racontant la mort des sept frères arrêtés avec leur mère, dévoile cette foi que chacun proclame à sa façon. En effet le quatrième frère sur le point d’expirer déclare : « Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle… Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu ».
Les Sadducéens veulent montrer que cette croyance est absurde. C’est le but de leur histoire qui se veut une illustration parfaite de cette absurdité. « Cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? » demandent-ils à Jésus. Ils transposent dans la vie éternelle, sans adaptation aucune, la vie d’ici-bas.On voit bien que la question posée comme cela ne peut recevoir de réponse satisfaisante. Il faut donc conclure que la résurrection des morts et la vie éternelle n’existent pas. Il faut se concentrer sur la vie d’ici-bas où le temps passe et…les maris aussi. Les liens disparaissent avec la mort qui les emporte. Pas de vie éternelle, encore moins de résurrection des morts.

II – La réponse de Jésus
Cette histoire présentée par les Sadducéens nous vaut une réponse de Jésus qui a alimenté la foi des premiers chrétiens et qui est encore inspirante pour nous aujourd’hui.
En effet, saint Luc met dans la bouche de Jésus une réponse qui exprime bien l’essentiel de la foi chrétienne : « Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection ».
« Enfants de la résurrection ». Cette réponse est toute entière illuminée par la lumière de la résurrection de Jésus. Au moment où saint Luc écrit son évangile, entre 70 et 85 après Jésus-Christ très probablement, les premières communautés chrétiennes existent un peu partout et elles vivent dans la foi en Jésus ressuscité, toujours vivant que les premiers témoins ont rencontré après le Vendredi Saint. Il est donc logique pour eux de mettre dans la bouche de Jésus une affirmation claire de la résurrection des morts et de la vie éternelle qui font partie de leur foi : « Ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection » dit Jésus.
Cette réponse met devant nos yeux la réalité de la vie après la mort dans une perspective de foi qui se fonde sur la résurrection du Christ qui fera dire à Saint Paul : « S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité ». ( I Corinthiens 15, 13)
Ceci étant dit, qu’en est-il de la question de ma mère semblable à celle des Sadducéens ?

III – Une vie porteuse de vie éternelle
Je ne suis pas certain que la question soit bien posée, car comme le dit l’évangile « ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges ».
Les questions qui nous habitent sont calquées sur les réalités sensibles que nous vivons, mais après la mort ces réalités sont transformées. Les personnes défuntes continuent de vivre mais elles sont dans un état différent du nôtre. Comme pour les anges et comme pour le Christ ressuscité, les frontières du temps et de l’espace n’existent plus. Elles sont devenues des êtres nouveaux tout en restant elles-mêmes mais d’une façon différente de celle qu’elles avaient sur la terre.
C’est pourquoi, par exemple, lors des apparitions du Christ ressuscité, souvent on ne le reconnaît pas tout de suite ou encore comme Marie Madeleine on le prend pour une autre personne. Dans son cas, elle le prend pour le jardinier avant de le reconnaître dans la foi. « S’étant retournée, est-il écrit dans l’évangile de saint Jean, elle lui dit en hébreu : ‘’ Rabbouni !’’, c’est-à-dire : ‘’Maître’’. Jésus reprend : ‘’ Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ‘’ ». (Jean 20, 17)
Vous voyez que le message de l’évangile d’aujourd’hui nous rejoint toutes et tous car il ouvre la porte sur nos questions concernant ce mystère de la résurrection des morts et de la vie éternelle. C’est dans la foi que nous recevons la réponse de Jésus qui invite à faire confiance à Celui qui est notre Père et Maître de l’univers. Le « comment de la vie éternelle » nous échappe, mais la réalité de celle-ci fait partie de notre foi.
Nous sommes ainsi invités, non pas à discuter comme les Sadducéens, mais à plonger dans cette foi en la résurrection et en la vie éternelle dont Jésus nous montre le chemin par sa propre Résurrection.

Conclusion
Cette homélie dominicale vous a peut-être rappelé les homélies de funérailles auxquelles vous avez participé à l’occasion. C’est juste, car le questionnement des Sadducéens pour mettre Jésus en boite, n’est pas farfelu. Il nous habite nous aussi comme c’était le cas pour ma mère. Nous sommes toutes et tous invités à dépasser nos questions et à faire le saut dans la foi que nous proclamons à chaque Eucharistie lorsque nous faisons notre profession de foi : « Je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle ».
Nous serons soutenus pour faire ce saut dans la foi par la certitude que nous donne l’Eucharistie qui nous fait rencontrer à chaque messe le Christ Ressuscité et toujours vivant. Dans la liturgie que nous célébrons à la messe nous nous unissons à la liturgie qui se célèbre dans le ciel où Jésus se tient devant son Père avec nos frères et sœurs défunts dans une louange et un bonheur éternels que je nous souhaite à toutes et à tous.

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 31E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C «AUJOURD’HUI, LE SALUT EST ARRIVÉ POUR CETTE MAISON »

31 octobre, 2019

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HOMÉLIE POUR LE 31E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C «AUJOURD’HUI, LE SALUT EST ARRIVÉ POUR CETTE MAISON »

Textes: Sagesse 11, 22 – 12, 2, 2 Timothée 1, 11 – 2, 2 et Luc 19, 1-10 Zachée

Dans les évangiles nous avons beaucoup d’histoires ou paraboles comme celles du bon samaritain ou encore celle du pharisien et du publicain que nous avons entendue dimanche dernier. Ce matin ce qui nous est présenté c’est plutôt un événement retenu par les disciples qui étaient avec Jésus. Ceux-ci l’ont raconté aux premiers convertis à la foi chrétienne. Saint Luc l’a consigné dans son évangile avec plein de détails dans le but de montrer comment accueillir le salut de Dieu dans leurs vies.
C’est très instructif et actuel pour nous car nous sommes dans la même situation que ces premiers chrétiens : nous désirons accueillir le salut de Dieu qu’apporte Jésus au monde. Notre démarche d’accueil du salut, donc, peut s’inspirer avec profit de celle de Zachée qu’on pourrait résumer par trois verbes : voir, entendre et répondre.

I – Voir
Zachée monte sur un arbre parce qu’il est poussé par un fort désir de voir Jésus. En effet, il paraît très attiré par ce personnage qui passe dans sa ville de Jéricho. Il en a sûrement entendu parler car les actions et les miracles de Jésus ne passent pas inaperçus. Le lépreux guéri auparavant en Samarie s’est fait le communicateur de ce qu’il a vécu. La nouvelle a probablement précédé Jésus à Jéricho.
Les détails donnés par saint Luc manifestent que Zachée, malgré son métier de collecteur d’impôt qui l’amène à exploiter les gens autour de lui, a dans le cœur une petite flamme qui le porte à aller vers celui qui se présente comme l’Envoyé de Dieu et qui annonce que le salut est arrivé pour toutes les personnes qui l’accueillent.
C’est dans cette perspective qu’on peut regarder Zachée sur son arbre. Il s’est mis en marche. « Il cherchait à voir qui était Jésus, écrit saint Luc, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là ».
Zachée cherche à voir Jésus, il court en avant, il grimpe sur un sycomore qui est un grand arbre en Palestine. Il s’active et se donne les moyens de voir Jésus. Et il le voit.
Ce qui se passe à ce moment va changer sa vie.

II – Entendre
Contre toute attente, lorsqu’il voit Jésus approcher, celui-ci qui l’a repéré dans son arbre s’arrête. Il le regarde.
Zachée est estomaqué. Il est comme figé sur la branche de l’arbre où il se tient. Et alors se produit l’impensable pour lui. Jésus l’appelle par son nom. Quelqu’un a-t-il soufflé son nom à Jésus ? Peu importe, Zachée se sent reconnu comme une personne qui compte pour Jésus qui lui dit en levant les yeux vers lui : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison ».
Zachée est complètement abasourdi par cette invitation. Il attendait pour voir Jésus, mais l’entendre s’adresser à lui de cette façon dépasse toutes ses attentes. Son cœur est profondément touché par ce qu’il entend. Il n’hésite pas, car cette invitation rejoint le désir qui avait commencé à se faire une place dans son cœur, celui d’accueillir d’un cœur pur le salut de Dieu qui veut faire de lui une créature nouvelle.

III – Répondre
Après avoir entendu Jésus, Zachée saute de son arbre en face de Jésus et il se met à l’œuvre pour répondre à l’invitation de Jésus. « Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie.». L’invitation de Jésus ne tombe pas dans une terre sèche et aride. Zachée inconsciemment attendait cette invitation. C’est pourquoi, il y répond promptement.
La réponse qu’il donne est toute inspirée du regard et de l’invitation de Jésus. Zachée est complétement retourné. Il se décide sur le champ de répondre en changeant de vie. C’est ce qu’on appelle une « conversion ». Cette conversion de Zachée est admirablement décrite par saint Luc qui nous le montre sous un jour nouveau.
Lui, qui exploitait ses congénères, décide de réparer ses gestes malheureux. Il le fait de manière éclatante : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »
Son action est à l’image de celle de Dieu qui surpasse toujours ce qu’on attend de Lui, comme le décrit si bien l’auteur du Livre de la Sagesse dont nous avons lu un extrait dans la première lecture. Écoutez ces paroles de nouveau car elles s’appliquent admirablement à notre propos : « Seigneur, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent ».
Jésus confirme sur le champ que le salut est arrivé dans cette maison dans un « aujourd’hui » qui est au-delà du temps. « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison » dit-il à ceux et celles qui l’entourent. « En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ».
« Aujourd’hui » encore le salut est offert à l’humanité. Ce n’est pas une invitation passée que celle de Jésus à Zachée. C’est une invitation toujours actuelle qui est adressée à chacune et chacun de nous. « Aujourd’hui, nous dit Jésus, – ce matin – je veux demeurer chez toi ».

Conclusion
Les évangiles pour nous sont les lieux où nous rencontrons Jésus. Ils sont la Parole de Dieu qui continue de se proclamer aux diverses nations et dans le monde entier. À travers de petites histoires comme le sont les paraboles et des événements de la vie de Jésus comme la rencontre avec Zachée, nous sommes entraînés à sa suite.
Demandons ce matin que notre réponse aux invitations de Jésus que l’Esprit fait surgir en nous soit aussi prompte et aussi totale que celle de Zachée. Voir, entendre et répondre, voici ce que nous sommes invités à vivre comme disciples de Jésus et ainsi Jésus nous dira à nous aussi « Aujourd’hui, le salut est arrivé dans ta maison ». C’est ce que je nous souhaite à toutes et à tous.

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 30E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « À L’ADRESSE DE CERTAINS QUI ÉTAIENT CONVAINCUS D’ÊTRE JUSTES

25 octobre, 2019

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« du pharisien et du publicain »

HOMÉLIE POUR LE 30E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « À L’ADRESSE DE CERTAINS QUI ÉTAIENT CONVAINCUS D’ÊTRE JUSTES »

Textes: Siracide 35, 15b-17.20-22a, 2 Timothée 4, 6-8.16-18 et Luc 18, 9-14 le pharisien et le publicain

Le but de cette histoire ou parabole bien connue du pharisien et du publicain en prière racontée par Jésus nous est donné d’entrée de jeu par les premières phrases qui la situe bien : « À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres » Jésus r aconte la parabole que voici.
Je commencerai donc par essayer de voir avec vous ce que signifie pour Jésus être juste, puis je ferai ma lecture de la parabole dans cette lumière,

I – Qui est « juste »?
Comme moi, vous vous demandez sûrement qui est une personne « juste »? Les Saintes Écritures utilisent ce terme très souvent. Les « justes » sont ceux et celles dont les pensées, les paroles, les actions sont entièrement conformes à la volonté de Dieu. Ce sont, en un mot, des personnes qui sont « ajustées » à Dieu.
Le « Juste parfait » c’est Jésus. Dans sa vie et ses actions il montre comment on peut devenir « juste » nous aussi. Et comment le devenir me demanderez-vous ? Saint Paul s’est posé la question bien avant nous. Sa réponse tient en un mot : la grâce de Dieu : « Lui, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus » (Romains 3, 24) . C’est Dieu lui-même qui nous « ajuste » à Lui, qui change notre cœur de pierre en un cœur de chair. Il prend ainsi toute la place dans nos vies qui ne sont plus à nous-mêmes, mais à Lui en union avec le Christ ressuscité (cf. Romains 3, 21-26).
On pourrait dire que ce terme de « juste » est souvent mal compris. On l’entend plutôt dans son sens premier qui est de respecter la vertu de justice et ainsi de rendre à chacun ce qui lui revient. La justice règle les rapports sociaux et les rapports aux biens matériels. Dans l’Alliance avec Dieu, la justice va plus loin. La personne « juste » est celle qui observe la loi de Dieu, qui reçoit et garde les commandements de Dieu.
Vous le voyez, le terme « juste » est très riche. Il exprime un idéal de vie élevé, un idéal de proximité même avec Dieu. Dans nos mots d’aujourd’hui, on pourrait le remplacer souvent par le terme « saint » car la sainteté est l’idéal vers lequel chemine tout disciple de Jésus : « À l’exemple du Dieu saint qui vous a appelés, lit-on dans la première Lettre attribuée à saint Pierre, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, puisqu’il est écrit : Vous serez saints, car moi, je suis saint ». ( 1 Pierre 1 15-16).

II – L’histoire ou parabole de Jésus
Avec cette perspective en tête, l’histoire de Jésus est des plus parlantes pour nous encore aujourd’hui. Elle met en scène deux personnes qui donnent des images opposées de ce qu’est être « juste ».
Le premier, le pharisien, rempli de lui-même se fait une gloire d’être « juste » selon ce qu’il pense. Il se voit au-dessus des autres, dans une classe à part. Il fait partie de ceux que Jésus présente comme « convaincus d’être justes et qui méprisent les autres ». Il se drape dans sa fidélité à observer la Loi : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. »
On ne peut faire mieux comme suffisance et orgueil. Pour ce pharisien, être « juste » n’est plus un chemin d’écoute de la Parole de Dieu, mais un privilège dont il se glorifie et qui lui fait mépriser les autres. S’agit-il bien de ce que Dieu désire des personnes « justes », qui s’ « ajustent à sa volonté » ?
La réponse nous est donnée dans la suite de l’histoire de Jésus où il décrit une autre attitude qui est celle d’un collecteur d’impôt, un publicain, qui était méprisé de ses contemporains. Dans son histoire Jésus le présente comme quelqu’un d’humble, pas du tout rempli de lui-même, conscient de ses limites qu’il exprime ainsi dans sa prière en se frappant la poitrine et en disant : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » Le sage, Siracide, de l’Ancien Testament dans la première lecture, le constatait et l’exprimait ainsi : « La prière du pauvre traverse les nuées ; tant qu’elle n’a pas atteint son but, il demeure inconsolable. Il persévère tant que le Très-Haut n’a pas jeté les yeux sur lui, ni prononcé la sentence en faveur des justes et rendu justice ».
Ce publicain conclut Jésus, quand il redescendit dans sa maison, « c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. »

III- Application
En écoutant cette histoire, cette parabole, qui est facile à comprendre, on peut se demander de qui sommes-nous le plus près dans nos vies de disciples de Jésus? Du pharisien ou du publicain?
On peut se poser la question parce que le pharisien et le publicain sont des images qui nous invitent à nous interroger sur notre façon de nous ajuster à Dieu dans nos vies. Et nous sommes bien obligés de constater, quand nous nous regardons sérieusement, que le pharisien et le publicain coexistent dans nos vies. Il arrive que nous soyons parfois dans une attitude semblable à celle du pharisien remplis de nous-même et regardant les autres avec condescendance.
Nous sommes, je l’espère, le plus souvent comme le publicain, conscients de nos limites et de nos faiblesses, capables de dire comme lui je suis pécheur, j’ai besoin de la grâce de Dieu. Je ne puis pas être pleinement moi-même sans l’aide de Dieu. C’est cela que nous fait dire la foi en la puissance créatrice de Dieu qui refait toutes chose nouvelles et qui rend « justes » ceux et celles qui s’en remettent à lui. « Le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l’opprimé » avons-nous entendu dans la première lecture.

Conclusion
Comme je le disais en commençant, J’ai été frappé par la première phrase de cet évangile qui m’a semblé donner une clé pour méditer cette année cette fameuse histoire du pharisien et du publicain. D’autres pistes peuvent se dégager d’une telle histoire, bien sûr, mais je vous ai partagé celle-ci pour nous aider dans notre célébration où nous sommes invités comme à chaque Eucharistie à nous laisser remplir de la vie de Dieu, de sa présence pour la faire rayonner autour de nous en reconnaissant que nous sommes pécheurs nous aussi.
En partageant le Corps du Christ, nous devenons de plus en plus « justes », « ajustés à la volonté de Dieu » comme Lui l’a été jusqu’à la fin. C’est pourquoi, Dieu l’a ressuscité et nous l’a donné comme Seigneur et Sauveur.

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 29E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « LE FILS DE L’HOMME, QUAND IL VIENDRA, TROUVERA-T-IL LA FOI SUR LA TERRE ? »

18 octobre, 2019

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Mains jointes dans la prière

HOMÉLIE POUR LE 29E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « LE FILS DE L’HOMME, QUAND IL VIENDRA, TROUVERA-T-IL LA FOI SUR LA TERRE ? »

Textes: Exode 17, 8-13, 2 Timothée 3, 14 – 4, 2 et Luc 18, 1-8 le juge et la veuve

Encore une histoire surprenante de Jésus qui compare Dieu à un juge inique et corrompu. Mais encore ici, comme ailleurs, cette image est là pour nous donner un message. Ce message concerne notre façon de prier. Regardons-y de plus près
I – Une veuve dans le besoin et les bras étendus de Moïse
Regardons la scène que propose Jésus. Une vieille dame veuve est dans le besoin. Elle se doit de demander l’aumône. Elle compte sur le soutien d’autrui. Elle s’adresse au juge parce que dans le peuple juif, les juges ne faisaient pas que rendre la justice, ils étaient aussi comme des répartiteurs de bienfaits. Ils jouaient un rôle social important. Ils pouvaient mettre des gens à l’écart et en privilégier d’autres. La veuve sait cela. C’est pourquoi, elle se fait si insistante. Sa persévérance aura raison du juge qui lui accorde ce qu’elle demande.
Dans la première lecture, la scène théâtrale de Moïse dont on soutient les bras les bras nous donne aussi un exemple de persévérance dans la prière.
II- La leçon de ces scènes
Jésus a raconté cette histoire pour donner une leçon, un enseignement à ses disciples et donc à nous tous ici présents. Ce message de Jésus c’est celui de la persévérance dans notre rencontre de Dieu dans la prière. La prière chrétienne ne se réduit pas aux invocations, aux prières apprises par cœur, au chapelet etc. Elle vient du fond du cœur et cherche les mots pour se dire. Ce qui est important c’est que dans notre rencontre de Dieu, nous n’ayons pas peur d’être nous-mêmes comme cette veuve démunie.
En effet, être soi-même devant Dieu – comme la veuve devant le juge – c’est revenir souvent à la charge, répéter les mêmes mots, rappeler les mêmes intentions, présenter avec simplicité ses besoins ainsi que ceux des gens qu’on aime.
On dit que la prière est avant tout une conversation avec Dieu. Oui! une conversation qui n’a pas peur de se renouveler, de dire ce qu’on a dans le cœur et de présenter à Dieu ses demandes avec confiance et persévérance. Jésus nous l’a dit « Demandez et recevrez, frappez et l’on vous ouvrira ». (Luc 11, 9)
III – La foi
Cette histoire du juge et de la veuve ne se limite pas à vanter la persévérance de la veuve devant le juge inique. Jésus lui donne une conclusion qui nous surprend. « Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
Cette phrase m’a interrogé. Mon interprétation c’est que Jésus ainsi, selon moi, ne désire pas seulement vanter la persévérance de la veuve, il veut faire ressortir la foi à toute épreuve qui l’animait et où elle a trouvé la force de persévérer. Sa foi l’a soutenue et elle n’en a pas démordu.
Jésus fait une transposition. Il met cette image de la veuve et du juge sur le registre de la fin des temps. La foi de la veuve est l’image de la foi en la Parole de Dieu, qui est Jésus lui-même, le Verbe de Dieu incarné qu’on appelle ici le Fils de l’homme.
Cette foi que Jésus souhaite trouver à son retour, c’est la foi que nous portons en nous déjà. C’est pourquoi, nous nous devons de la cultiver dans une prière confiante et dans une rencontre de Dieu toujours nouvelle. Sa proximité s’est révélée tout au cours de l’histoire du Salut. Ce qu’il attend de nous c’est de ne jamais nous lasser devant lui, même lorsqu’il nous paraît absent ou sourd à nos demandes. Il y répond de la meilleure façon qui soit pour nous et pour l’Église.

Conclusion
À chaque Eucharistie, nous sommes comme la veuve devant le juge, mais notre juge est d’un autre modèle, il écoute ce qu’on a dans le cœur, il répond à nos demandes et il les prévient même.
Demandons au Seigneur d’augmenter notre foi pour que celle-ci nous permette de le rencontrer maintenant et aujourd’hui en préparation de la rencontre éternelle qui sera la nôtre avec lui un jour.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 28E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « VOYANT QU’IL ÉTAIT GUÉRI… »

12 octobre, 2019

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HOMÉLIE POUR LE 28E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « VOYANT QU’IL ÉTAIT GUÉRI… »

Textes: 2 Rois 5, 14-17, 2 Timothée 2, 8-13 et Luc 17, 11-19.

Au Québec, ce dimanche tombe la veille de la fête de l’Action de grâces inspirée de celle du Thanksgiving américain fêté le 4e jeudi de novembre. Chez nous, on a placé cette fête le 2e lundi d’octobre car les récoltes ont lieu plus tôt qu’aux États-Unis qui sont plus au sud. Cette coïncidence nous permet de vivre cette année le congé de la fête de l’Action de grâces en nous laissant inspirer par l’évangile d’aujourd’hui

I – La scène des lépreux
Cette scène de la guérison de dix lépreux est bien connue. On retient qu’un seul des dix prend la peine de revenir sur ses pas pour remercier Jésus. Cette image a marqué des générations de chrétiens et de chrétiennes. Elle a servi pour inculquer aux jeunes et moins jeunes une mentalité de reconnaissance bien placée. Elle a ouvert les personnes à une attitude essentielle dans la vie : dire merci. En effet, les parents ne se gênent pas, bien souvent, pour le rappeler à leurs enfants qui sont l’objet d’un cadeau ou d’un service : « Dis merci » rappellent-ils à leurs enfants en bas âge.
Ceci étant dit, la scène racontée par saint Luc, révèle bien plus que l’importance de dire merci dans la vie. Pour le comprendre, revenons sur les lectures que nous avons entendues

II – Les lectures
Le récit de la guérison des 10 lépreux par Jésus est accompagné de celui de la guérison de Naaman, le syrien, repris du deuxième livre des Rois. Les deux récits se répondent et nous livrent trois enseignements importants.
Le premier est celui de l’amour de Dieu qui s’adresse à toute personne quelle qu’elle soit, un amour universel qui, ici dans nos lectures, donne le salut à des étrangers au peuple choisi d’Israël : le général qui vient d’un pays païen et le 10e lépreux qui est samaritain, une région rivale de Jérusalem. Le message est transparent : Dieu ne fait pas de distinction. Le salut est offert à toutes et à tous.
Ce salut se réalisera à une condition cependant.
C’est le deuxième enseignement à retenir. La condition pour l’accès au salut, à la guérison dans le cas du général et des lépreux, c’est qu’ils fassent eux-mêmes une démarche personnelle de foi en Dieu. Pour Naaman, cette démarche se réalise dans la confiance en la parole de son représentant le prophète Élisée. « Le général syrien Naaman, qui était lépreux, descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole d’Élisée, l’homme de Dieu ». Pour les lépreux, elle se fait en se présentant à Jésus, l’Envoyé de Dieu, le reconnaissant comme tel. « Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : ‘‘Jésus, maître, prends pitié de nous’’. »
Dans les deux cas, le message à retenir est le même. Dieu désire que les personnes qui veulent s’approcher de Lui fassent elles-mêmes quelques pas. Il est capable de les guérir sans cela, mais le récit de saint Luc et celui de l’Ancien Testament nous montrent qu’en général Dieu agit lorsqu’on prend la peine de le lui demander dans la foi.
Troisième enseignement à retenir de ces deux guérisons : l’importance de l’action de grâces. Naaman désire combler de dons le prophète Élisée. « Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur ». Devant le refus d’Élisée, il fait monter son action de grâce vers Dieu lui-même « car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël ». Et le 10e lépreux, lui, fait demi-tour pour venir remercier Jésus. « [Il] revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. »
Souvent dans la vie nous passons vite sur les grâces reçues en nous les appropriant comme les 9 lépreux sans en voir ou en reconnaître la source. Ce à quoi nous invite ces deux textes c’est qu’à l’exemple de Naaman et du 10e lépreux nous sachions louer Dieu pour ses bienfaits, en particulier pour la vie qu’il nous donne et pour la création qui nous entoure. Nous pourrions faire souvent cette belle prière : « Seigneur Dieu et Maître du Monde, accepte la vie et la création que j’ai reçues de toi. Tu me les as données sur la terre ici-bas pour qu’elles deviennent porteuses de vie éternelle. Sois-en béni et remercié ».

III – Application
En terminant, pourquoi, dans la perspective de la fête de l’Action de grâces de demain et dans le sillage de ces lectures, ne pas nous rappeler que notre célébration eucharistique à chaque dimanche est une action de grâces, ce que veut dire le mot « eucharistie » qui est la transposition en français du mot grec « eucharistia » signifiant « remerciement, action de grâces » ?
Il est heureux qu’à chaque dimanche nous vivions nos célébrations eucharistiques dans un climat d’action de grâces. C’est l’essentiel de ce qu’est la messe dominicale. Nous y apportons, bien sûr, nos demandes et nos intentions de prière personnelles, mais nous entrons surtout dans ce mouvement d’action de grâces universel qui nous fait reconnaitre le don que Dieu nous fait dans le Corps et le Sang de son Fils que nous partageons. Sans cet horizon, nos messes dominicales resteront au mieux des pratiques méritoires, mais elles manqueront l’essentiel.

Conclusion
Que notre célébration d’aujourd’hui nous trouve ouverts et ouvertes aux surprises de Dieu qui, non seulement guérit nos blessures, notre lèpre, mais nous accompagne sur la route de notre vie comme un père ou une mère le fait pour ses enfants.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 26E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « L’HOMME RICHE ET LE PAUVRE LAZARE »

27 septembre, 2019

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L’homme riche et le pauvre Lazare

HOMÉLIE POUR LE 26E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « L’HOMME RICHE ET LE PAUVRE LAZARE »

Textes: Amos 6, 1a.4-7, I Timothée 6, 11-16 et Luc 16, 19-31.

Vous le savez sans doute. Le choix des lectures à la messe le dimanche n’est pas fait au hasard. En principe, la première lecture tirée de l’Ancien Testament est choisie en fonction du texte retenu pour l’évangile.
Aujourd’hui, cet arrimage est des plus réussis. Les diatribes du prophète Amos (vers 750 avant Jésus-Christ) donnent le même message sept cent ans plus tôt que celui de la parabole célèbre du riche et du pauvre Lazare qu’on vient d’entendre.

I – Un message qui a traversé les siècles
Dans les deux cas, ce qui est dénoncé, c’est l’appropriation des biens sans aucun sens de leur relativité. C’est d’en faire le seul but de la vie, de les regarder comme le but ultime de la vie.
Ce chemin est ici non seulement condamné, mais il est décrit comme un chemin sans issue, ou plutôt avec un issue fatale. Ceux qui vivent bien tranquilles et ceux qui se croient en sécurité « couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans » annonce Amos « vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus ». Leur futur, prédit le prophète Amos, est un futur de douleurs et de souffrances loin des leurs dans le malheur.
Saint Luc décrit quelque chose de semblable pour le riche dont il raconte l’histoire. Il utilise des images bien connues de son temps. Il le voit dans le sein d’Abraham, sa vie étant terminée ici-bas. Il le présente dans une situation de souffrances et de regrets. Sa nouvelle vie est loin de celle du pauvre Lazare qui était au pied de sa table et qu’il voit maintenant tout près d’Abraham.
Le riche qui n’a pas de nom en est tellement renversé qu’il sollicite même le pauvre Lazare qu’il méprisait de son vivant pour intervenir en sa faveur. Il veut éviter à ses frères le même sort que le sien.

II – Une continuité de l’ici-bas à l’au-delà
Ce qu’on peut retenir ici, c’est ceci. En voyant les sorts des vautrés et celui du riche de la parabole dans l’au-delà, on réalise qu’il y a un lien entre notre vie ici-bas et notre futur dans la vie éternelle. Celle-ci n’est pas une récompense sans contribution de notre part. Elle n’est pas un simple renversement de situation. Elle éternise, pourrait-on dire, ce qu’on a été ici-bas.
Ainsi, si on a mis touts ses efforts pour jouir en tout des biens terrestres et sans préoccupation autre, on a comme fermé l’ouverture aux réalités spirituelles et il n’y a rien qui se passera pour nous. Si, au contraire, on a été dans l’accueil et dans le respect de soi-même malgré les limites de nos vies, là il y a place pour un futur ensoleillé comme celui du pauvre Lazare qui dans sa pauvreté a su être lui-même dans une vie que Dieu a remplie de sa présence.
Saint Luc ne fait dire aucun mot à Lazare. Il se contente de le présenter comme ce pauvre qui fait partie des pauvres dont Jésus dit qu’ils hériteront du Royaume des cieux. Sa pauvreté, avant d’être un fait économique, est un état d’accueil et une présence à plus grand que lui. Sa pauvreté est faite de la richesse de Dieu.

III – La Parole de Dieu qui fait vivre
Où trouver ce surplus de sens dans nos vies si nous ne voulons pas comme le riche nous refermer sur les biens qui passent ?
La réponse nous est donnée clairement par la conclusion de la parabole lorsque Dieu refuse que le riche revienne sur terre pour avertir ses frères, en lui expliquant que cela ne servirait à rien car ils ne le croiraient pas. Ils ont déjà les indicateurs tout trouvés pour répondre à leurs questionnements et à leurs interrogations. C’est Moïse et les Prophètes ce qui veut dire pour nous la Parole de Dieu contenue dans les Saintes Écritures. Il n’est pas nécessaire de chercher de midi à quatorze heures. Le message est clair « Ouvrez la Parole de Dieu, et vous trouverez les indications pour vous guider sur le chemin qui mène à l’héritage de la vie éternelle que vous partagerez avec Dieu comme le pauvre Lazare ».
Cette Parole de Dieu est comme une lampe sur nos pas (cf. Psaume 109, 105). Elle éclaire et elle nourrit ceux et celles qui se donnent la peine de l’écouter et de l’entendre. Cela se fait directement et de bien des façons : seul en la lisant et en la méditant, en communauté comme on le fait ce matin dans la liturgie, dans de petits groupes de partage etc. Ce qui compte c’est de laisser place à l’Esprit Saint pour que cette Parole de Dieu entre en nous avec sa force et sa puissance uniques, une force transformante et une puissance qui annoncent que Jésus est celui qui est lui-même la Parole de Dieu incarnée et qu’il est toujours vivant.

Conclusion
Ces lectures d’aujourd’hui sont une invitation à mettre dans nos vies la foi et l’écoute de la Parole de Dieu. Nous avons un choix à faire qui influencera notre futur. Ce choix se fait non pas par nos savoirs et nos connaissances, mais il se fait dans la foi à une personne qui est Jésus que je décide de suivre. Il nous offre d’être le Seigneur de nos vies et ainsi il nous introduira derrière lui dans le sein d’Abraham avec les élus qui trouvent auprès du Père une demeure éternelle que je nous souhaite à toutes et à tous.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec 

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