Archive pour la catégorie ''

HOMÉLIE POUR LE 2E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE (ANNÉE A) : « UN TOURNANT DANS LA VIE D’UN JEUNE JUIF FERVENT »

17 janvier, 2020

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-2e-dimanche-du-temps-ordinaire-Annee-A-Un-tournant-dans-la-vie-d-un-jeune-juif-fervent_a751.html

fr en battesimo-di-gesù-1024x682 - Copia

HOMÉLIE POUR LE 2E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE (ANNÉE A) : « UN TOURNANT DANS LA VIE D’UN JEUNE JUIF FERVENT »

Textes: Isaïe 49, 3.5-6, I Corinthiens1, 1-3 et Jean 1, 29-34.

L’évangile de saint Jean ne raconte rien de la vie de Jésus avant sa rencontre avec son cousin Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain. Ce qui nous est présenté aujourd’hui au début du récit de la vie et de la prédication de Jésus, c’est le moment où la vie de Jésus a pris un tournant qui sera sans retour en arrière et qui le mènera jusqu’à la Passion où il mourra sur la croix pour ressusciter trois jours plus tard.
Regardons d’un peu plus près ce qu’a été ce tournant fondamental dans la vie de Jésus

I – Un jeune juif comme les autres
Nous savons par les autres évangélistes, notamment, saint Luc, que Jésus a été élevé à Nazareth auprès de son père, Joseph, et de sa mère, Marie et avec la nombreuse parenté dont parlent les évangiles en plusieurs endroits.. C’est là, qu’après son adolescence dont saint Luc raconte un épisode, celui de la disparition et du recouvrement de Jésus au Temple de Jérusalem lors d’un pèlerinage (Luc 2, 41-50), il a grandi « en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (Luc 2, 52).
Il semblerait qu’il soit demeuré avec ses parents comme un bon enfant juif. Il exerçait le même métier que son père Joseph : le métier de charpentier (Marc 6, 3 et Mathieu 13, 55).
Qu’est-ce qui va l’amener à quitter Nazareth pour venir se faire baptiser par Jean-Baptiste? On peut penser qu’il s’agit d’une décision mûrement réfléchie. Jésus est vraisemblablement dans la trentaine. Ses perceptions de la religion juive qu’il connaît bien et qu’il pratique avec ferveur lui indiquent une voie qui le rejoint et qui éveille ce qui est déjà en lui par la main de Dieu. Il se sent destiné à autre chose qu’au métier de charpentier.
C’est pourquoi, on peut penser qu’après une bonne réflexion et un bon discernement, il décide, en ces jours où il entend parler de son cousin qui prêche sur les bords du Jourdain, de prendre son courage à deux mains, pourrait-on dire, et de se lancer sans filet de secours, de s’engager dans un tournant où il accepte d’avance de ne revenir en arrière pour aucune raison.
Nous avons donc devant nous un homme mûr, dans la trentaine, qui décide par lui-même de se manifester comme serviteur de Dieu. Il est enflammé par le désir de consacrer sa vie au service du Dieu de l’Alliance avec Abraham, du Dieu de son peuple, du Dieu qui remplit sa vie depuis toujours. Il le fait de son plein gré. C’est une décision humaine généreuse comme chez bien d’autres personnes avant lui.
Ce qui est différent ce sont les résultats immédiats de cette décision que l’évangile nous présente.

II – La manifestation de l’Esprit en Jésus
Réécoutons le témoignage de Jean-Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu … si je suis venu baptiser dans l’eau c’est pour qu’il soit manifesté à Israël… J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit ‘ Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint. Moi, j’ai vu et je rends témoignage que c’est lui le Fils de Dieu ».
« C’est lui le Fils de Dieu ». Le jeune juif de Nazareth, venu humblement se consacrer à Dieu, entend cette révélation extraordinaire. Il ne peut qu’en être bouleversé au plus haut point. Le tournant qui l’a amené sur les bords du Jourdain prend une direction qui lui donne un éclairage nouveau sur ce qu’il est et ce que Dieu attend de Lui. Ces mots résonnent pour lui comme quelque chose qu’il sentait en lui depuis longtemps. Ils sont une confirmation de ce qu’il vit dans son être profond.
Il ne s’agit plus d’un tournant comme un changement de carrière, il s’agit ici d’un tournant qui touche l’être même de la personne. Vous avez peut-être déjà vécu des situations un peu semblables. Par exemple, vous vous rapprochez d’une personne ou vous fréquentez un groupe, vous vous y engagez et hop ! vous avez la vocation, vous avez le feu sacré, vous êtes dans votre élément, vous êtes comblés. C’est un exemple, mais qui est encore bien loin de ce que Jésus vit sur les bords du Jourdain. Il n’est pas seulement comblé. Son être est profondément touché. Il l’est au point où il sera pour toujours consacré à faire la volonté de son Père et à la manifester à ses contemporains et au monde entier par ses disciples après la Pentecôte.
Comme le dit Jean-Baptiste, c’est lui le Fils de Dieu et nul ne pourra connaître le Père si ce n’est par lui (Jean 10, 30). En ce moment, tout est là, mais c’est au cours des années à venir que cette réalité se laissera mieux découvrir par Jésus et qu’elle le mènera sur les chemins de la Palestine pour annoncer l’amour de Dieu, son Père, pour l’humanité tout entière. Comme l’annonce le prophète Isaïe dans la première lecture en mettant les paroles suivantes dans la bouche du Seigneur : « Je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ».

III- Application
Après avoir médité sur la venue de Dieu à la crèche de Bethléem dans un enfant nouveau-né, nous sommes maintenant invités à regarder non plus un enfant, mais un homme adulte qui se lance dans un chemin inédit et qui décide d’aller jusqu’au bout sur ce chemin.
Le jeune juif de Nazareth s’est transformé en un homme qui se sent investi par l’Esprit d’une mission à nulle autre pareille : révéler au monde l’amour d’un Dieu Père qui amènera à leur achèvement les promesses de l’Alliance faite avec Abraham, Isaac et Jacob, avec le peuple d’Israël.
Son message risque de créer des peurs ou des oppositions. C’est ce qui se passera au cours des années de la vie publique et de la prédication de Jésus, comme nous le verrons dans les dimanches qui viennent, avant de culminer dans le drame de la Passion où l’Agneau sera immolé.
Nous sommes invités ce matin à fixer nos yeux sur Jésus, à le regarder avec attention dans ses gestes d’homme qui nous révèlent les attentes de Dieu sur lui et sur ceux et celles qui voudront bien le suivre.
L’appel à le suivre retentit encore de nos jours. Sommes-nous prêts nous aussi à prendre les tournants que Dieu nous prépare? Ils peuvent être de toutes sortes : réconciliation, pardon, acceptation d’une maladie, d’une diminution, de la mort, de l’incompréhension, de la venue d’un enfant, du départ de ses parents pour une résidence de personnes âgées etc.

Conclusion
Que le Corps et le Sang du Christ partagés en communauté nous rendent de plus en plus ouverts aux tournants que la vie nous amène. Soyons assurés que dans nos décisions de prendre les tournants qui se présentent dans nos vies, l’Esprit de Jésus sera toujours là et que notre abandon permettra à Dieu de transformer ce qui doit l’être et de faire grandir en nous celui ou celle qu’il a aimé de toute éternité, car, comme le dit si bien le prophète Isaïe dans la première lecture, c’est Lui qui nous a façonné de toute éternité .
Amen!

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE BAPTÊME DU SEIGNEUR ANNÉE A  » VOICI QUE LES CIEUX S’OUVRIRENT « 

11 janvier, 2020

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-Bapteme-du-Seigneur-Annee-A-Voici-que-les-cieux-s-ouvrirent_a932.html

fr si

HOMÉLIE POUR LE BAPTÊME DU SEIGNEUR ANNÉE A  » VOICI QUE LES CIEUX S’OUVRIRENT « 

Textes: Isaïe 42, 1-4.6-7, Actes 10, 34-38 et Mathieu 3, 13-17.

Le récit du baptême de Jésus par saint Mathieu est un récit qui nous raconte une expérience très personnelle de Jésus. Celle-ci marque un moment important dans sa vie. Le récit de saint Mathieu est très différent de celui de saint Marc (1, 9-11) ou de saint Luc (3,21-22) qui eux font de cet événement une sorte de théophanie, une manifestation éclatante de la puissance de Dieu qui accrédite publiquement son Envoyé.

I – La perspective de saint Mathieu
Saint Mathieu, sans mettre de côté l’aspect inaugural du ministère de Jésus puisqu’il situe le Baptême de Jésus au tout début de son évangile, va nous faire entrer, cependant, dans l’expérience intérieure de Jésus à ce moment-là. Et on le comprend, car pour Jésus ce moment était attendu et, en même temps, redouté parce qu’il marquait un changement radical dans sa vie.
Pour nous faire une petite idée de ce que Jésus vit à ce moment-là, prenons quelques comparaisons bien imparfaites, mais assez évocatrices. Pensez à des moments de changements importants que vous avez vécus comme, par exemple, la naissance de votre premier enfant, la rencontre de votre âme sœur, la décision d’aller étudier en Europe ou de partir collaborer à un organisme d’aide international comme médecins ou avocats sans frontières, votre premier emploi, votre entrée en retraite etc.
Ce sont des comparaisons, mais elles nous mettent sur la bonne voie pour méditer cette scène du Baptême de Jésus telle que racontée par saint Mathieu.

II – Les effets de ce moment privilégié pour Jésus
En effet, saint Mathieu raconte la scène comme un souvenir que les disciples ont conservé. Ceux-xi ont décrit cette scène dans la lumière de la résurrection de Jésus qui illumine leur foi depuis la Pentecôte où ils ont compris le sens de sa vie et de son message. Dans notre scène, Jean-Baptiste passe au second plan. Il n’agit pas comme le Précurseur qui annonce la venue du Messie. Il agit plutôt comme un témoin qui respecte scrupuleusement la démarche de celui qui lui demande de le baptiser. C’est Jésus qui est au centre de la scène et non pas Jean-Baptiste.
Saint Mathieu à l’école des premiers disciples a retenu deux enseignements de ce baptême.
Le premier est exprimé par la vision des cieux ouverts et de l’Esprit qui descend sur Jésus : « Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui ». Jésus, à ce moment-là, apparaît comme celui qui porte en lui une puissance nouvelle qui dépasse les confins habituels de nos relations et de nos lieux d’appartenance pour entrer dans le monde autre où se tient Celui qui est le créateur et le maître de tout.
À cette vision des cieux ouverts et de la colombe qui représente l’Esprit, saint Mathieu ajoute une parole qui donne le sens de cet événement fondamental dans la vie de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie ». Le Baptême de Jésus touche tout son être. Saint Mathieu nous montre ici que le fils de Marie et de Joseph réalise, dans ce moment d’intense émotion et de profond abandon à Dieu, que Dieu et lui sont un et qu’il peut et se doit de l’appeler son Père, ce qu’il fera dans toute sa prédication par la suite, car il est vraiment et réellement le Fils bien-aimé.

III – Application
Nous pouvons aujourd’hui nous laisser, nous aussi, habiter par cette présence de Dieu comme l’a fait Jésus. Comme Lui nous avons reçu le Baptême. Ce fut pour la plupart au moment de notre jeunesse ou de notre enfance. C’était une beau geste et une célébration liturgique, d’abord et avant tout, où se manifestait une présence et une grâce du Christ toute particulière nous faisant enfants de Dieu. En effet par le baptême nous sommes devenus, et nous le sommes toujours, de véritables enfants de Dieu (cf. I Jean 3, 1). Nous sommes entrés dans l’Église et nous avons été admis dans sa famille, pourrait-on dire.
Il reste qu’il y a un problème pour nous…presque toutes et tous. Ce baptême nous l’avons reçu alors que nous étions peu ou pas conscients des conséquences. Ce sont nos parents et nos parrains et marraines qui nous ont porté sur les fonds baptismaux. Il est bon de se rappeler cela et de se souvenir même de la date de notre baptême comme le suggère le pape François. Pourquoi ? Parce que cela nous donne l’occasion d’entrer maintenant – si ce n’est déjà fait – nous aussi dans la démarche de Jésus et de laisser l’Esprit nous prendre et nous rendre témoins pour la mission qui est la nôtre. Cette mission a toutes les variétés possibles. Elle n’est pas à sens unique et n’est pas limitée. L’Esprit souffle où il veut comme le dit saint Jean (cf. Jean 3, 8).
Nous sommes au début d’une nouvelle année, c’est le temps de laisser notre cœur et notre esprit préciser ce qui sera l’objet de nos efforts spéciaux. Pour ce faire il est bon de se concentrer dans la prière et dans la méditation personnelle comme Jésus l’a fait en allant vers Jean-Baptiste pour être baptisé.

Conclusion
À chaque Eucharistie, nous sommes invités à célébrer dans le signe du Pain et du Vin consacrés la venue de Jésus, le Fils bien-aimé, qui s’est donné pour nous et qui a fait de nous ses frères et ses sœurs.
Nous sommes dans une grand famille, celle du Corps du Christ, qui dépasse les horizons géographiques et sociaux. Ce matin, en ce jour du Baptême de Jésus, entrons comme Lui dans cette mission d’annoncer la Bonne Nouvelle au monde entier selon notre vocation et selon les inspirations que l’Esprit – qui est descendu sur nous au baptême – mettra dans notre coeur.
Que la grâce de Dieu nous soit en aide !

Amen!
Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR OU FÊTE DES ROIS 2020 ANNÉE A « LES NATIONS MARCHERONT VERS TA LUMIÈRE »

3 janvier, 2020

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-l-Epiphanie-du-Seigneur-ou-Fete-des-Rois-2020-Annee-A-Les-nations-marcheront-vers-ta-lumiere_a931.html

fr mantegna epifania

Mantegna, Épiphanie

HOMÉLIE POUR L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR OU FÊTE DES ROIS 2020 ANNÉE A « LES NATIONS MARCHERONT VERS TA LUMIÈRE »

Textes: Isaïe 60-1-6, Éphésiens 3, 2-3a.5-6 et Mathieu 2, 1-12

C’est un très beau récit que celui de la visite des Mages au paied de Jésus, l’enfant nouveau-né de Marie. Les chameaux, les cadeaux, l’étoile, la rencontre avec Hérode, l’adoration devant l’Enfant Jésus puis le retour chez eux scandent le récit avec brio.
On s’est demandé avec raison si l’étoile était un phénomène astral comme le passage d’une comète. Ce qui n’est pas impossible. On a fait des Mages des rois, ce qui fait qu’on parle couramment de la Fête des Rois au Québec. On a même construit une châsse exceptionnelle pour leurs présumées reliques à Cologne en Allemagne.
Je pourrais continuer sur cette lancée et reprendre chacun de ces éléments pour en faire ressortir le sens. Plutôt que de m’arrêter à chaque élément, je me suis contenté de dégager, pour nous ici ce matin, l’enseignement fondamental à retenir en m’inspirant non seulement du récit de la visite des Mages à Bethléem racontée par l’évangile mais aussi de la première lecture et de la deuxième lecture.

I – Une annonce et une visite
Le choix de la première lecture veut nous sensibiliser au déploiement universel du salut que Dieu offre à son peuple et à tous les peuples. Le prophète Isaïe le fait en utilisant l’image de Jérusalem qui n’est plus vue seulement comme une localité de la Terre Sainte, mais bien comme un point de ralliement pour l’univers entier sur lequel elle fait briller la lumière du Seigneur et de ses dons.
Ce message de l’universalité du salut reprend sous une forme symbolique la promesse faite à Abraham et à ses descendants qui couvriront l’ensemble de l’univers. Écoutons le prophète Isaïe : « Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore » proclame-t-il. Et le prophète continue avec des images : les trésors, les chameaux, l’or et l’encens : « Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur ».
Le récit des Mages en saint Mathieu emprunte les mêmes images. « Ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe ».
Avec ce récit de saint Mathieu, nous passons de la promesse à la réalité. Le salut de Dieu est arrivé dans son Fils né de la Vierge Marie. Ce salut n’est pas réservé à une catégorie de personnes. Il n’a pas de frontières. Ce que ces trois Mages venus de loin illustrent parfaitement.

II – Une retombée dans la communauté chrétienne
Passons à la seconde lecture. Saint Paul, Inspiré par la prédication de Jésus et le témoignage de ceux et celles qui l’avait connu ainsi que par sa rencontre personnelle avec lui sur le chemin de Damas, dans cette admirable lettre à l’Église d’Éphèse (en Turquie aujourd’hui) déclare sans ambages que le salut qu’il proclame est offert à toute personne qui accepte de reconnaître Jésus comme celui qui est l’Envoyé du Père et qui est le Sauveur promis.
Comme il était annoncé par l’image de la Jérusalem nouvelle, le salut apporté par Jésus Ressuscité n’a pas de frontières. C’est le mystère de l’amour inconditionnel de Dieu pour l’humanité. « Ce mystère, écrit-il, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile ».
Nous célébrons aujourd’hui ce mystère du « partage de la même promesse » sous le nom d’« épiphanie » qui veut dire « manifestation » ou « apparition ». Cette manifestation de l’amour de Dieu prend place dans le sillage de la fête de Noël qui célébrait le même mystère en rappelant la naissance de Jésus à Bethléem.

III – Application
Voilà! L’Épiphanie ou la Fête des Rois est une fête « sans frontières » parce que l’amour de Dieu que l’Alliance Nouvelle apporte est un amour universel qui ne fait jamais acception de personnes, qui s’étend à toutes et tous sans distinction. Elle est, comme le dit si bien un de mes confrères dans un texte écrit pour cette fête, « la fête du dévoilement de la bienveillance sans frontières de Dieu pour notre humanité ».
Dans le Royaume que Jésus instaure et dont nous sommes participantes et participants, il n’y a pas de distinction de classe, de préférence pour des groupes ou des personnes. C’est un royaume sans frontières, un royaume qui n’est pas de ce monde et qui ouvre sur tout ce qui est beau et bon, sur toutes les personnes qui acceptent comme les Mages de reconnaître en Jésus l’Envoyé du Père et qui décident de le suivre en vivant leur vie de tous les jours dans le sillage de leur choix et de leur découverte.
C’est ce que firent les Mages en retournant dans leur pays. Et c’est ce que nous sommes invités à faire après cette célébration en retournant à la maison, au travail, sur les places pour y témoigner de la rencontre que nous avons faite de Jésus et le dire autour de nous de diverses façons. Comment ? À chacune et à chacun de se mettre à l’écoute de l’Esprit car celles-ci nous seront inspirées par le souffle de l’Esprit Saint qui est l’Esprit de Jésus.

Conclusion
Cette belle fête de l’Épiphanie est encore aujourd’hui bien actuelle. Le récit qui nous porte est riche de toutes sortes de détails, mais c’est l’enseignement fondamental qui est des plus actuel pour nos sociétés de plus en plus sécularisées, celui d’une bienveillance sans frontières de notre Dieu pour l’humanité.
Que le partage du Pain et du Vin fasse de nous des témoins ardents de cette bienveillance de Dieu en nous unissant à Celui qui est la Lumière des nations, Jésus Christ notre Seigneur et notre Sauveur.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE LA SAINTE FAMILLE ANNÉE A 29 DÉCEMBRE 2019 « RESPECTER, SOUTENIR, AIMER »

27 décembre, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-la-fete-de-la-Sainte-Famille-Annee-A-29-decembre-2019-Respecter-soutenir-aimer_a929.html

fr si

 

HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE LA SAINTE FAMILLE ANNÉE A 29 DÉCEMBRE 2019 « RESPECTER, SOUTENIR, AIMER »

Textes de l’Écriture: Siracide 3, 2-6.12-14, Colossiens 3, 12-21 et Mathieu 2, 13-15.19-23.

Quel défi de parler de la famille aujourd’hui à l’occasion de la fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. En effet, au Québec – et c’est probablement assez semblable en Occident – en 2016, plus de 1 million d’enfants au Canada (1 114 055), ou 19,2 % de tous les enfants âgés de 0 à 14 ans, vivaient dans une famille monoparentale et 81,3 % des enfants âgés de 0 à 14 ans dans les familles monoparentales vivaient avec leur mère, tandis que 18,7 % vivaient avec leur père. Ces statistiques additionnées à celles des familles recomposées font que le modèle de la cellule unifamiliale traditionnelle avec père, mère et enfants est de moins en moins la norme.
La famille de Jésus, Marie et Joseph entre dans cette dernière catégorie et pourtant, je pense que, quelque que soit le modèle de la famille dont nous faisons partie, la Sainte Famille a quelque chose pour nous inspirer. Cette inspiration pourrait se traduire par trois verbes que je vais commenter en les appliquant d’abord à la Sainte Famille, mais en sachant qu’ils peuvent s’appliquer à toute famille quel que soit son modèle.

I – Respecter
J’ai mis en premier lieu le verbe « respecter » parce que je pense qu’il est le plus essentiel. Les parents se doivent de manifester à leur progéniture une certaine forme de respect qui est nécessaire pour que leur enfant arrive à être lui-même et à se développer selon ses capacités propres et selon aussi parfois ses limites comme dans le cas des enfants autistes.
Les parents se doivent d’être toujours à l’écoute. Bien sûr leur rôle est d’éduquer leur enfant. Et cela ne se fait pas sans des tensions parfois et même des conflits, Mais il est important que les parents fassent sentir à leur enfant qu’il n’est pas un simple numéro et qu’il a tout leur respect pour ce qu’il est et ce qu’il fait.
C’est l’exemple que nous donnent Marie et Joseph dans un des rares épisodes de l’adolescence de Jésus qui nous a été conservé. Il s’agit de la « fugue » de Jésus lors d’un pèlerinage à Jérusalem. Ses parents le pensent avec des amis, alors qu’il est resté au Temple de Jérusalem avec ceux qui s’appellent les docteurs (cf. Luc 2, 41-52). Marie et Joseph le retrouvent après deux ou trois jours.
La scène des retrouvailles est très éclairante pour notre propos. Marie, en bonne mère, dit à Jésus que ses parents sont inquiets de sa disparition. Jésus lui répond qu’il se devait de rester plus longtemps pour, dit-il d’une façon mystérieuse, s’occuper des affaires de son père. Il est sûr que Marie et Joseph n’ont pas trop compris ce à quoi il référait, mais aucun reproche, n’est sorti de leur bouche.
Quel accueil et quel respect pour cet adolescent qui commence à s’émanciper et à suivre sa propre voie dans la vie.

II – Soutenir
En deuxième lieu, j’ai retenu le verbe « soutenir » pour l’appliquer à la famille de Jésus, Marie et Joseph et à toutes les familles parce que sans un soutien de tous les instants surtout dans les premières années de la vie d’un enfant, tout tombe à l’eau. Les petits des humains, à la différence des petits des animaux, ne naissent pas autonomes. Pour se développer, ils ont besoin d’accompagnement, de soins, de conseils et d’exemples. C’est toute une entreprise que de mettre un enfant au monde. Les parents nous le répètent souvent et avec raison. C’est, comme disait un de mes amis, un contrat à vie.
Ce soutien aujourd’hui prend diverses formes en raison de la vie que nous menons en Occident. Les lieux de ces appuis passent par les garderies, les crèches, les organismes de toutes sortes comme les CPE au Québec etc. Dans certains pays plus traditionnels ce sont les grands parents et la famille élargie qui sont mis à contribution. Quoiqu’il en soit, l’enfant ne peut devenir lui-même sans ce soutien que représentent ceux et celles qui sont sa famille immédiate ou élargie.
Jésus l’a senti dans une circonstance bien particulière et très agréable. Alors qu’avec ses premiers disciples il participait à des noces à Cana, sa Mère vient lui donner l’occasion de se manifester dans la mission qu’il commence à vivre après avoir quitté la maison familiale de Nazareth. Elle est là et elle lui donne l’occasion de manifester pour tout le monde la grandeur de ce qui va venir, elle dit simplement : « Ils n’ont plus de vin » invitant ainsi maternellement Jésus à afficher ses dons et à manifester la puissance de Dieu en changeant l’eau en vin (cf. Jean 2, 1-12).

III – Aimer
Le troisième verbe que j’ai retenu c’est « aimer ». Cela va de soi me direz-vous ? En effet, la famille qui est un lieu de rencontre et de relations ne peut se réaliser pleinement pour le bonheur de tous les membres sans qu’entre eux ne se développe un lien affectif qui est plus fort que le respect et le soutien. Ce lien c’est celui d’un amour qui se porte vers l’autre, un amour qu’on appelle l’amour filial, celui des parents vers leurs enfants et celui des enfants vers leurs parents.
Comment décrire cet amour ? Une maman me l’a décrit un jour en me disant que c‘est un amour qui n’attend pas de retour qui est gratuit, qui cherche le bien de l’autre. Elle le comparaît à l’eau d’un ruisseau qui coule et qui ne remonte pas en arrière ni ne s’arrête dans sa course.
Que c’est beau cet amour filial et cet amour parental ! Il nous fait penser à l’amour de Dieu qui descend vers nous qui que nous soyons et qui ne retourne jamais en arrière. Toute la vie de la Sainte Famille a sûrement été vécue dans ce climat d’amour et d’affection. L’évangile d’aujourd’hui en présentant la fuite en Égypte nous met devant les yeux des parents qui sont prêts à tout pour la vie de leur enfant. On peut le penser en voyant aussi à la fin de la vie de Jésus, supplicié sur la croix, sa Mère qui est là au pied de la croix. Quelle douleur mais en même temps quel amour sont ici représentés !
Comme on n’a pas beaucoup de détails dans les évangiles sur la vie de la Sainte Famille à Nazareth, on est obligé de laisser notre imagination aller et de nous représenter la Sainte Famille comme une famille toujours très attentive à chacun de ses membres, une famille où l’affection et l’amour étaient la norme. C’est ce qui a guidé mes réflexions.

Conclusion
Laissons aller nos pensées ce matin. Que le souvenir de la famille de Jésus, Marie et Joseph soit un stimulant pour toutes les familles d’aujourd’hui quel que soit leur modèle, car le respect, le soutien et l’amour seront toujours des piliers de la vie familiale
L’éclatement des familles aujourd’hui n’est pas une raison de laisser de côté l’image et le modèle de la Sainte Famille. On peut y trouver ce qu’il faut pour aller plus loin dans notre vie familiale.
Que cette Eucharistie soit pour nous comme une rencontre familiale où nous partageons le repas ensemble et où chacune et chacun a sa place.

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 4E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE A « VOICI COMMENT FUT ENGENDRÉ JÉSUS CHRIST

21 décembre, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-4e-dimanche-de-l-Avent-Annee-A-Voici-comment-fut-engendre-Jesus-Christ_a925.html

fr ciottoli rembrandt_sogno_di_giuseppe_1645_02

Rembrant, Le rêve de Joseph

HOMÉLIE POUR LE 4E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE A « VOICI COMMENT FUT ENGENDRÉ JÉSUS CHRIST

Textes de l’Écriture : Isaïe 11, 1-10, Romains 15, 4-9 et Mathieu 3, 1-12.

Il arrivait souvent dans ma région natale ou encore au collège que l’on donne à quelqu’un un surnom qui exprimait un trait de sa personnalité ou sa situation dans le groupe. Plusieurs de ces surnoms sont devenus au Québec des noms de famille comme, par exemple, Lafortune, Lafontaine, Lebeau, Lebon etc. C’est le cas dans plusieurs régions du monde aussi. J’ai un ami africain dont le prénom Ametepe signifie « la place de l’homme» en référence à son grand père dont il est le remplaçant dans la famille avec tous les honneurs et titres lié à son rang.
Nous avons dans les textes des lectures de ce matin deux noms qui nous sont présentés avec leur signification précise dans la culture hébraïque. Pour nous ces deux noms sont une richesse qui dépasse les simples surnoms.

I – Emmanuel(c’est-à-dire : Dieu-avec-nous)
Le premier de ces noms se retrouve dans le texte de la première lecture tirée du livre du prophète Isaïe. L’auteur en donne l’explication. Emmanuel veut dire « Dieu-avec-nous ».
Ce nom est tout entier enraciné dans la culture biblique qui raconte la découverte d’Abraham suivi d’Isaac et de Jacob qui font alliance avec leur Dieu.
En effet, l’originalité de l’Ancienne Alliance réside dans le fait que le Dieu de l’Alliance n’est pas un Dieu séparé des siens, tout-puissant et lointain. Il est, au contraire, proche de son peuple, de ceux et celles qu’il a choisis. Il les accompagne. Il est avec eux. Sa présence se voit dans ses œuvres à commencer par l’univers lui-même qui est l’œuvre de ses mains et dans les personnes qui se confient à lui pour entretenir avec lui une relation d’amitié et de confiance à nulle autre pareille.
Nous sommes loin des dieux des religions de toutes sortes qui ont pullulé en Orient notamment. Nous sommes loin de dieux comme celui que chante Gilbert Bécaud dans son chant « Je t’appartiens » où il lui disait « Souvent je pense que dans ton immense palais de silence tu dois être bien ».
Non! le Dieu révélé dans la Bible est un Dieu avec nous. Il est vraiment l’Emmanuel. Ce nom est appliqué à celui qui le représente le mieux et qui est né à Bethléem de la Vierge Marie, Jésus.

II – Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve)
Dans le message de l’ange à Joseph dans l’Évangile qui vient d’être lu, au nom Emmanuel qui convient parfaitement à Jésus s’ajoute un autre nom, celui que nous connaissons bien : « Jésus ».
Relisons ce qu’écrit saint Mathieu. L’ange du Seigneur qui apparaît en songe à Joseph lui dit : « [Marie, ton épouse] enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ».
Cet enfant donné par Dieu au monde à travers cette jeune fille qui est Marie annonce une bonne nouvelle dont il est porteur et son nom l’exprime bien. Jésus veut dire « Le-Seigneur-sauve ». Cette bonne nouvelle c’est que Dieu n’est pas seulement proche des siens mais il les guérit de leurs blessures morales de toutes sortes. Il redresse les torts. Il instaure un royaume de paix et d’amour. Le nom de Jésus que Joseph reçoit et qu’il donnera au fils de Marie exprime sa mission.
À juste titre d’ailleurs, car la réalité qui est mise ainsi devant nos yeux est celle du salut. Dieu qui est avec nous – l’Emmanuel – est aussi celui qui nous élève jusqu’à lui, qui nous sauve des limites dans lesquelles nous nous engluons trop souvent par nos fautes et nos péchés, il est celui qui nous sauve. Il est celui qui fait sortir le meilleur qui est dans l’humanité en devenant l’un de nous par l’incarnation de son Fils comme nous le fêterons à Noël.
Joseph en acceptant de garder Marie près de lui devient un acteur majeur du plan de Dieu dans lequel il entre malgré ses hésitations premières. Il agit avec son coeur et son amour pour Marie mais aussi avec sa foi dans les paroles de Dieu reçues dans ce songe dont nous parle l’évangile. « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse ».

III – Application
Ces remarques sur les deux noms que les lectures nous présentent ce matin me permettent de nous inciter à entrer, pendant l’Avent, dans le mouvement de l’Alliance de Dieu avec l’humanité qui est un mouvement qui va de Dieu vers nous, mais aussi qui va de nous vers Dieu.
Dieu est avec nous, il se fait l’Emmanuel. Il vient habiter parmi nous en Jésus que Marie porte comme un don de l’Esprit comme lui dit l’ange à l’Annonciation : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu ». (Luc 1,35)
Il est aussi celui qui permet à l’humanité de s’élever et de regarder sans cesse plus haut. C’est le mouvement du bas vers le haut. « Mon âme exalte le Seigneur… Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! » chantera Marie devant Élisabeth lors de la Visitation (Luc 2, 46-49).
Ces deux mouvements du haut vers le bas et du bas vers le haut sont essentiels à notre démarche de disciples de Jésus. Celui-ci a été tout entier au service de son Père et nous a montré le chemin pour aller vers Lui à sa suite en nous mettant au service de nos frères et sœurs.

Conclusion
Nous pouvons dans les quelques jours qui restent avant la fête de Noël entrer encore plus profondément dans le mouvement d’accueil du don de Dieu qui nous est fait afin que nous soyons capables d’aller vers Lui avec confiance.
Le temps de l’Avent nous a permis de vivre une étape préparatoire aux fêtes de Noël en nous ressourçant dans la Parole de Dieu et dans les promesses qu’il a faites. Nous avons vécu de nouveau une attente qui a ouvert nos cœurs à ce que le Seigneur veut faire pour chacune et chacun de nous dans les fêtes que nous nous apprêtons à vivre. Je vous souhaite un Joyeux Noël.

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE A « VOICI QUE J’ENVOIE MON MESSAGER EN AVANT DE TOI »

13 décembre, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-3e-dimanche-de-l-Avent-Annee-A-Voici-que-j-envoie-mon-messager-en-avant-de-toi_a924.html

decollation-jean-baptiste-2

Êtes-vous le messie ou devons-nous en attendre un autre?

HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE A « VOICI QUE J’ENVOIE MON MESSAGER EN AVANT DE TOI »

Textes de l’Écriture : Isaïe 35, 1-6a.10, Jacques 5, 7-10 et Mathieu 11, 2-11.

Dans la vie il arrive parfois qu’on se demande si l’on a pris la bonne décision, par exemple, en faisant couple avec telle personne, en décidant d’avoir une famille ou en choisissant de changer de travail. Qu’on se pose des questions va de soi. C’est même un signe de sagesse et de sérieux.

I – Le questionnement de Jean-Baptiste
Hé bien! ce matin, l’évangile nous présente Jean-Baptiste au moment où, quelques années après avoir baptisé Jésus et l’avoir présenté comme celui que le Seigneur envoie pour sauver son peuple, il commence à se poser des questions. Jésus est-il bien celui qui est l’envoyé promis ?
Le pourquoi de ces questions vient du fait que comme les autres juifs Jean-Baptiste attend un Messie rempli de puissance qui va changer les choses et ramener à Dieu le peuple qui s’en éloigne comme le dit la première lecture tirée du prophète Isaïe : « Dites aux gens qui s’affolent : ‘ Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver’’ ».
Jean-Baptiste entre dans cette vision des prophètes qui annoncent que l’avènement du Messie sera une manifestation de puissance de la part du Dieu d’Israël qui a ramené son peuple de l’exil à Babylone et lui donne maintenant un pouvoir sur ses ennemis.
Cette vision de l’Ancien Testament est comme contredite par ce que Jean-Baptiste entend dire du ministère de Jésus. Voilà la raison des doutes de Jean-Baptiste.
Jésus, loin de s’installer à la façon d’un roi puissant, fréquente les pauvres et les laissés pour compte. Il se fait proche de ceux et celles qui souffrent. Il guérit les malades. Il prêche un royaume de paix où les plus grands sont ceux et celles qui se mettent au service des autres. Il prévient ses proches en leur disant : « La venue du règne de Dieu n’est pas observable. On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous. » (Luc 17, 200-21)
C’est le Royaume des petits, des sans grade, des pauvres de toutes sortes. La table du maître est ouverte à tous même aux non-juifs qu’on appelle les Gentils

II – La promesse de Écritures
Jean-Baptiste est un peu déboussolé – on le comprend – et il demande à ses disciples de l’aider à lever les doutes qui commencent à s’installer en lui concernant Jésus. Ses disciples s’en vont sur les pas de Jésus et font enquête auprès de ceux et celles qui l’entendent prêcher. Ils procèdent en deux temps.
Dans un premier temps, ils relisent les Écritures Saintes et ils découvrent que celles-ci ne parlent pas toujours d’un Messie puissant. Entre autres le grand prophète Isaïe a des paroles très fortes où il le présente comme un agneau qu’on mène à l’abattoir. Il en fait non pas un roi puissant, mais un Serviteur qui donne sa vie pour ses frères et sœurs leur permettant de renouer le fil de leur alliance avec Dieu et de devenir un peuple nouveau. (Cf. Isaïe chapitre 53) Ce peuple nouveau pour lequel le Serviteur consacre sa vie et va même jusqu’à mourir pour lui est le vrai peuple de Dieu tel que voulu par Lui de toute éternité.
Cette nouvelle lecture des Écritures par les disciples de Jean-Baptiste provoque des ajustements dans leur vision du Messie. Ils décident donc d’aller sur le terrain voir ce qui en est de Jésus. C’est le deuxième temps de leur démarche.

III – Le Messie et son messager
Arrivés près de Jésus, ils l’interrogent et lui demandent de préciser pour eux sa mission. Et c’est là que la réponse de Jésus devient pour eux d’une limpidité éclatante.
En effet, en l’entendant, ils croient entendre Isaïe et les autres prophètes qu’ils ont redécouverts. Jésus, en effet, cite explicitement ceux-ci lorsqu’il leur répond : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ». (cf. Isaïe 35, 5-6, 42, 18 et 61,1)
C’est le portrait du Messie que les disciples de Jean-Baptiste attendaient. Ils retournent vers lui et lui annonce que Jésus est bien l’Envoyé de Dieu qu’il a reconnu sur les bords du Jourdain.
Après le départ des disciples de Jean-Baptiste, qu’est-ce que fait Jésus ? Loin de réprimander Jean-Baptiste pour ses doutes, au contraire, il le loue avec une certaine admiration. « Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste. »
Jésus reconnaît à Jean-Baptiste son rôle de Précurseur du Messie. Les doutes de Jean-Baptiste n’altèrent pas sa mission, au contraire. Elle la rende encore plus vraie et authentique. Il sera le messager qui prépare les voies du Seigneur, les chemins de Dieu pour rencontrer l’humanité dans la personne de Jésus, le Fils bien-aimé du Père.
Malgré la grandeur et la beauté de la mission de Jean-Baptiste, celui ou celle qui sait se faire petit et se mettre à l’écoute de Jésus avec humilié devient le plus grand dans son Royaume. Le critère de la grandeur pour Jésus réside dans le cœur des personnes qui savent accueillir la Parole de Dieu avec foi comme le fit la Vierge Marie lorsqu’elle répondit à l’ange à l’Annonciation « Que tout m’advienne selon ta parole ». (Luc 1, 38)

Conclusion
Comment ne pas être dans la joie en voyant ce que Dieu fait pour son peuple ? Les premiers mots de l’antienne d’ouverture empruntés à saint Paul pour ce dimanche qui est aussi appelé dimanche de Gaudete le disent : « Soyez dans la joie avec le Seigneur, soyez toujours dans la joie » (en latin : Gaudete in Domino semper : iterum dico, gaudete). La joie du disciple de Jésus résulte de l’amour de Dieu qui vient vers lui parce Dieu donne à l’humanité son Fils comme Sauveur.
À Noël, la vue du Fils de Dieu dans une crèche nous interpelle. Comme Jean-Baptiste, nous sommes peut-être déroutés, menacés par le doute. Mais c’est là, dans la crèche que le mystère de l’Amour de Dieu se révèle. L’amour de Dieu se manifeste de façon simple et incarnée dans la vie d’une famille pareille à toutes les autres et dans un enfant qui deviendra l’un de nous en tous points semblables aux autres humains.
Que cette messe soit pour nous un moment d’action de grâces et de préparation à la célébration attendue de ce don de Dieu à Noël.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 1ER DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE A « TENEZ-VOUS DONC PRÊTS, VOUS AUSSI »

29 novembre, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-1er-dimanche-de-l-Avent-Annee-A-Tenez-vous-donc-prets-vous-aussi_a922.html

pen fr

HOMÉLIE POUR LE 1ER DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE A « TENEZ-VOUS DONC PRÊTS, VOUS AUSSI »

Textes de l’Écriture : Isaïe 2, 1 – 5, Romains 13, 11–14 et Mathieu 24, 37-44.

Les venues ou visites du Seigneur sont diverses dans l’histoire du monde, dans l’histoire de l’Église et dans notre histoire personnelle
Le temps de l’Avent qui commence en ce dimanche est une période de temps pour nous mettre en situation d’attente. Le terme « Avent » est une transcription du mot latin « Adventus » qui veut dire « Venue » ou « Ce qui advient » ou « Visite ».
On est donc invités pendant l’Avent à regarder ce qui advient, à porter attention à une venue particulière celle du Seigneur que nous célébrerons à Noël dans la crèche à Bethléem.

I – Deux sortes de venues ou visites
Il arrive souvent que nous recevons des visites dans le quotidien de nos vies. Elles se présentent de façon différente bien campées avec leurs circonstances particulières et leurs caractéristiques propres. On peut les classer sous deux formes principales qui ne sont pas incompatibles entre elles.
La première forme est celle des visites préparées. Comme celles où on reçoit des amis ou de la famille à un moment précis avec un repas soigné, de la musique, un cœur ouvert etc. C’est de ce genre de visites que le temps des fêtes au Québec est rempli soit qu’elles se rattachent au travail soit qu’elles se fassent dans les familles. Dans tous les cas on se prépare et on voit à ce qu’il ne manque rien pour les personnes invitées.
L’autre forme qui survient souvent est à l’opposé de la première. Il s’agit de visites impromptues, inattendues parfois, mais souvent très enrichissantes. Ma grand-mère Lumina dans sa grande ferme à la campagne gardait toujours un bol de soupe pour les visiteurs qui pourraient survenir : parents, amis ou mendiants. La tradition du banc du « quêteux » au Québec va dans le même sens car, en raison du climat, il n’était pas indiqué de renvoyer quelqu’un qui arrivait et qui n’avait pas de lieu où se reposer.
Hé bien! Les visites du Seigneur peuvent prendre l’une ou l’autre de ces formes.
Le temps de l’Avent nous renvoie à la première forme. Il amorce une nouvelle année liturgique qui nous fera défiler selon un plan bien défini les mystères de la vie du Christ dans le temps de Noël et de l’Épiphanie, dans le temps du Carême et dans le temps pascal, puis dans ce qu’il est convenu d’appeler le temps ordinaire. La liturgie nous proposera des célébrations précises au cours de ces périodes liturgiques. Nous pourrons les prévoir car elles se tiennent à des moments déterminés d’avance comme, par exemple, la fête de la Pentecôte ou la Fête-Dieu. À travers ces temps et ces fêtes, les visites du Seigneur seront au rendez-vous.
La seconde forme de visites du Seigneur nous est présentée de façon percutante dans la lecture de l’évangile du jour. Après avoir rappelé le temps de Noé et avec l’image des deux hommes qui seront aux champs et dont l’un sera pris, l’autre laissé et celle des deux femmes au moulin en train de moudre dont là aussi l’une sera prise, l’autre laissée, Jésus met l’accent sur les venues du Seigneur à l’improviste et sans prévenir. « C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra » est-il dit à la fin de cet évangile. Ces visites impromptues font partie de notre vie quotidienne et il est important de se garder ouverts à celles-ci et de ne pas se limiter aux visites prévues comme celles qui se produisent à chaque dimanche dans le cadre des célébrations liturgiques auxquelles nous participons.

II – Qu’est-ce qui se réalisera dans ces visites du Seigneur ?
Que se passe-t-il dans ces visites du Seigneur ? Les visites du Seigneur même lorsqu’elles sont imprévues ne sont pas sans but. S’il se penche vers nous, il le fait comme il l’a fait pour son peuple. Il nous promet que ses visites nous ferons grandir, nous donnerons des horizons nouveaux et des ailes pour aller plus loin.
Écoutez le prophète Isaïe qui le dit ainsi : « Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux ». Ces images appliquées à Jérusalem sont valables aussi de notre temps.
Le Seigneur se tient au milieu de nous par sa Parole, par ses Sacrements et par les autres en particulier les plus démunis. Il est au-dessus de tout car il est le Seigneur que son Père a établi pour notre salut. Élevé de terre sur la croix et ressuscité il attire toutes les nations et tous les peuples. Son amour n’a pas de frontières comme le rappelle souvent le pape François.
Les visites du Seigneur ont toutes le même but : nous rapprocher de Dieu et guérir nos blessures en nous accordant le salut que Jésus est venu apporter au monde. Elles se font dans le rythme de la vie liturgique ou dans notre vie ordinaire de façon souvent impromptue. Mais elles ne donneront leurs fruits que s’il y a dans celui ou celle qui les reçoit la bonne attitude.

III – Revêtir le Christ
C’est saint Paul dans la deuxième lecture qui nous donne la clé de cette bonne attitude à développer tout au cours du temps de l’Avent et à l’année longue aussi. En deux mots « se revêtir du Seigneur Jésus Christ ».
C’est ce qu’il écrit aux membres de la communauté chrétienne de Rome. Je cite ce que nous venons d’entendre : « Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ ».
« Se revêtir du Seigneur Jésus Christ » est une attitude qui se traduit dans des gestes très concrets, dans une conduite honnête qui évite les dérapages de toutes sortes comme ceux que dénonce saint Paul.
La liste de ces dérapages que fait saint Paul peut prendre d’autres couleurs aujourd’hui, mais ce qui est important c’est, pour nous, d’identifier où se trouvent en nous les œuvres de ténèbres et de profiter de notre temps de l’Avent pour laisser la lumière luire afin d’accueillir la venue, la visite que le Seigneur nous fait dans la liturgie, mais aussi qu’il veut nous faire personnellement dans notre vie de tous les jours.

Conclusion
Entrons dans ce temps de l’Avent avec un cœur ouvert et disposé à recevoir les visites que le Seigneur nous prépare. Bien souvent le Seigneur vient et nous ne le reconnaissons pas.
Retenons que dans l’attente ce n’est pas le résultat qui compte mais c’est l’esprit dans lequel se vit cette attente. Laissons-nous imprégner de l’exemple de la Vierge Marie qui a accepté la visite du Seigneur en le recevant pendant neuf mois dans son sein. Ce fut sûrement un temps extraordinaire de rencontre avec Dieu pour elle.
Pour nous le temps de l’Avent cette année, en union avec Marie, peut nous aider à recevoir de mieux en mieux les visites prévues et imprévues du Seigneur. Ce temps d’attente nous mettra dans la joie car il nous rapprochera de Celui qui est le Verbe fait chair qui s’est manifesté au monde en devenant humain comme l’un de nous. « Tenez-vous donc prêts, vous aussi » comme nous y invite saint Paul dans la deuxième lecture. Ainsi nous pourrons « Grandir dans l’espérance » comme le propose le thème de l’Avent du Prions en Église canadien

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE JÉSUS CHRIST ROI DE L’UNIVERS « QUAND TU VIENDRAS DANS TON ROYAUME »

22 novembre, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-la-fete-de-Jesus-Christ-Roi-de-l-Univers-Quand-tu-viendras-dans-ton-Royaume_a921.html

fr en

HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE JÉSUS CHRIST ROI DE L’UNIVERS « QUAND TU VIENDRAS DANS TON ROYAUME »

Textes : 2 Samuel 5, 1-3, Colossiens 1, 1-20 et Luc 23, 25-43.

La scène de l’évangile qui rapporte les paroles du bon larron et la réponse de Jésus a été choisie pour la fête du Christ Roi en cette année C. Elle m’a interpellé profondément. De quel Royaume parle le bon larron ? Quel paradis lui promet Jésus?
Essayons de réponde à mes questions. Vous en avez peut-être d’autres. Elles trouveront des réponses, je vous le souhaite, Mais revenons à mes questions.

I – Les lectures
Pour y répondre les deux premières lectures ouvrent des portes suggestives. La lecture du deuxième livre de Samuel nous montre une figure du Christ Roi dans l’Ancien Testament, le roi David.
Il fut choisi pour instaurer la monarchie en Israël et il fut un grand roi avec hélas! des ratés comme son adultère avec la femme d’un de ses généraux, Bethsabée la femme d’Urie le Hittite. Le prophète Samuel sera envoyé par Dieu pour l’inviter à reconnaître son péché et à faire pénitence. David le fera avec humilité (Cf. 2 Samuel 12,7 ) .
Malgré ses limites, le personnage du roi David tel que décrit par le premier livre de Samuel dans la première lecture nous livre un élément essentiel qui est au cœur du Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu n’est pas une récompense ni la propriété du roi. C’est Dieu qui choisit et consacre. « Le Seigneur t’a dit : ‘Tu seras le berger d’Israël mon peuple, tu seras le chef d’Israël. » Le royaume de David n’est pas son royaume à lui. Il est le terrain où Dieu se manifeste et où il étend son règne d’amour.
Il en est ainsi aussi du paradis que promet Jésus au bon larron. C’est le lieu de la rencontre avec Dieu où il se révèle présent dans son amour pour tous ceux et celles qui s’y retrouvent après leur mort.
Vous voyez que cette première lecture nous indique des pistes intéressantes pour bien comprendre ce que signifie la fête du Christ Roi dont le royaume est celui de Dieu dans les cœurs et dans l’univers entier.

II – Quel Royaume?
Pour décrire ce Royaume de Dieu que le Christ instaure, le texte de l’évangile nous donne trois pistes qui se dégagent de la scène du bon larron. Le Christ annonce, ici sur la croix, un royaume où règnent le pardon, la compassion et la miséricorde.
Le pardon. La réponse directe de Jésus au bon larron est l’expression claire du pardon qui lui est accordé. « Aujourd’hui tu seras avec moi ». Le pardon a ceci de particulier qu’il peut changer la situation du tout au tout en un instant. Le pécheur est sauvé par le sang du Christ. C’est ici l’action de Dieu qui est mise de l’avant, celle d’un Dieu qui pardonne et efface les fautes.
La compassion. Le Christ Roi par sa mort sur la croix manifeste de façon paradoxale et spectaculaire la compassion de Dieu pour l’humanité pécheresse. C’est ce qu’il fait pour le bon larron qui le reconnaît lorsqu’il dit à son compagnon de supplice « Lui il n’a rien fait ». « Nous c’est juste d’être punis ». Jésus assume en lui la vie du bon larron. C’est le sens premier du mot compassion qui signifie à l’origine « souffrir avec ». Il offre la vie du bon larron avec la sienne au Père.
La miséricorde. Tout ce mouvement de compassion provient du regard miséricordieux que partage Jésus avec son Père. La miséricorde vient du dedans du cœur. Elle va vers la personne telle qu’elle est. Elle s’émeut même de la voir parfois se perdre. Elle l’attend comme le fait le père de l’enfant prodigue (Cf. Luc 15, 34). Le Christ Roi ressemble à ce père. Il n’exclut personne. Il attend. Son royaume n’est pas de ce monde comme il l’a dit a Pilate (Jean 18, 36).
Sur la croix, Pilate avait fait mettre une inscription : « Celui-ci est les roi des Juifs ». Cette inscription se voulait dérisoire. Mais Jésus peut porter ce titre de roi car son Royaume existe même s’il n’a rien de commun avec celui des rois de la terre. Son Royaume en est un de pardon, de compassion et de miséricorde. En un mot un Royaume d’amour.

III – Application
Comme nous y invite saint Paul dans la deuxième lecture, rendons grâce à Dieu de ce Roi et de ce Royaume qu’il nous donne en Jésus Christ. « Rendez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière. Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé ». Merci Seigneur de nous avoir « placé dans le Royaume de ton Fils bien-aimé ».
La fête du Christ Roi lors de sa création en 1925 voulait affirmer la suprématie du Christ dont le Royaume ne se définit pas par des projets politiques. Elle a pris parfois hélas! des couleurs politiques, mais depuis le concile Vatican II, on en a fait une fête universelle qui est le sommet du parcours liturgique de l’année pour montrer que sur la terre, dans le cieux, dans les cœurs tout est orienté vers le Christ, Alpha et Omega, chef du Corps de l’Église, image du Dieu invisible, premier-né de toutes créatures et Roi de l’univers (cf. deuxième lecture).
Cette image d’un Christ Roi universel est très riche et peut encore aujourd’hui nous inspirer en la relisant avec les textes des Écritures comme le fait la fête d’aujourd’hui avec la conversation de Jésus avec le bon larron. Nous pouvons ainsi redire avec foi et confiance cette demande de la prière du Notre Père « Que ton règne vienne! ».

Conclusion
Oui, dans notre messe d’aujourd’hui laissons notre prière monter vers le Père en union avec le Christ Roi qui le devient par son obéissance dans la mort sur la croix et que le Père exalte dans la résurrection.
Oui Père! « Que ton Règne vienne! »

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

24 novembre 2019

HOMÉLIE POUR LE 33E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « TOUT SERA DÉTRUIT » TEXTES DE L’ÉCRITURE : MALACHIE 3, 19-20, THESSALONICIENS. 3, 7-12 ET LUC 21, 5-19.

15 novembre, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-33e-dimanche-du-temps-ordinaire-Annee-C-Tout-sera-detruit_a920.html

HOMÉLIE POUR LE 33E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « TOUT SERA DÉTRUIT »
TEXTES DE L’ÉCRITURE : MALACHIE 3, 19-20, THESSALONICIENS. 3, 7-12 ET LUC 21, 5-19.

 fr (2)

Arc de Triomphe de Titus sur la destruction de Jérusalem en l’an 70 montrant la prise de la Menorah par les romains, Roma (Crédit photo : copie au Beth Hatefutsoth reproduite via Wikimedia Commons)

Les paroles de Jésus que nous venons de lire sont mystérieuses. Saint Luc à dessein y mêle la destruction de Jérusalem à la fin du monde et au Retour du Christ à la fin des temps. Ce qu’il fait a un nom. Je vous le donne, mais vous n’avez pas besoin de le retenir, ce qui compte c’est de savoir de quoi il retourne.
Nous sommes ici avec ce texte de saint Luc dans le domaine de l’eschatologie, es-cha-to-lo-gie.
Commençons donc par définir ce qu’est l’eschatologie puis nous verrons les applications qu’on peut faire du texte de saint Luc.

I – Qu’est-ce que l’eschatologie ?
L’eschatologie regarde ce qui a rapport aux fins dernières. Le mot grec « eschaton » se traduit par « dernier » en français. Cela nous donne l’accent qui est mis dans l’eschatologie sur ce qui doit venir à la fin des temps. Tout ce qui est créé aura une fin.
C’est évident pour chacune et chacun de nous pris individuellement. Notre vie se terminera un jour. C’est certain, même si on ne sait pas comment. Il en est de même pour l’univers qui nous entoure auquel on est si sensible aujourd’hui dans le mouvement écologiste. Cet univers qui nous a été donné disparaîtra un jour. Il aura une fin. L’eschatologie a ainsi un sens cosmique.
Pour parler de ces réalités qui viennent – on ne sait quand – il s’est développé des images de toutes sortes. Cela donne le style littéraire bien particulier où on décrit avec ces images comment sont entrevus les derniers temps. Il ne s’agit pas de descriptions scientifiques, mais bien plutôt de morceaux qui ressemblent à des poésies ou à des histoires de bandes dessinées. Les images se bousculent dans les textes comme celui d’aujourd’hui. Il est question de bouleversements, de guerres, de peurs, de cataclysmes etc.
On ne doit pas prendre ces descriptions à la lettre, mais on doit retenir qu’elles ne sont pas inutiles puisqu’elles nous tournent vers ce qui adviendra un jour pour nous personnellement ou pour l’univers que le pape François appelle notre « maison commune » dans son encyclique Laudato si’, sur l’écologie (24 mai 2015).

II – Le Retour du Christ
Dans la foi chrétienne on a retenu que les fins dernières verront le Retour du Christ glorieux qu’on décrit comme la seconde venue du Christ, son second avènement.
C’est un événement que les Écritures nous présentent avec moult descriptions. Ce Retour du Christ est associé au jugement dernier dont parle saint Mathieu au chapitre 25 de son évangile lorsqu’il dit que les justes seront à la droite du Christ et les mauvais à sa gauche parce que les premiers l’ont servi dans leurs frères et sœurs et les autres n’ont pas su reconnaitre en eux le Christ qui les visitaient.
Ce Retour du Christ est aussi associé à la fin du monde. Surgira alors un monde nouveau et des cieux nouveaux comme le dit le livre de l’Apocalypse : « Alors j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus » (Apocalypse 18, 1). Le Règne de Dieu prendra toute la place et le monde ancien disparaîtra. Les descriptions pour révéler cette réalité essentielle de notre foi sont parfois dignes des vidéos ou des films d’anticipation. Retenons que ce sont des images et que la réalité, elle, est beaucoup plus simple. Elle réside dans la foi au Christ « qui est, qui était et qui vient » comme nous le chantons après chaque consécration à la messe lorsque le prêtre dit « Il est grand le mystère de la foi » et que nous répondons « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire »
Certains chrétiens ont tellement voulu mettre en évidence ce mystère de notre foi qu’ils en ont fait l’essentiel de celle-ci. Pour eux, l’insistance est placée sur le Retour du Christ qui adviendra à la fin des temps. Ils se sont donné le nom d’Adventistes et ils forment une Église assez répandue aux États-Unis : les « Adventistes du septième jour ».

III – Le temps de l’Église
Saint Luc dans le texte de l’évangile que nous venons d’entendre ramasse plusieurs considérations dont certaines s’adressent aux premiers chrétiens qui étaient victimes de persécutions dans l’empire romain à cette époque.
Écoutez ses observations. « On portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. » Et plus loin « Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. »
Saint Luc ici nous montre que Jésus sait que son message suscitera des oppositions à commencer par celle de ses concitoyens qui réclameront sa mort. Il est conscient de la révolution, pourrait-on dire, qu’il demande dans les comportements et dans la façon de vivre l’Alliance de Dieu avec son peuple qu’il proclame dans les Béatitudes. Il est le messager de l’amour inconditionnel de Dieu pour l’humanité. Personne n’est exclu de ce mouvement d’amour dont il sera l’illustration extraordinaire par sa mort sur la croix.
Jésus souhaite ici que ses disciples n’aient pas honte de ce qu’ils sont et qu’ils soutiennent avec persévérance les épreuves et les difficultés de l’annonce de la Bonne Nouvelle qu’il apporte au monde. C’est ici tout l’histoire de l’Église qu’il faudrait évoquer, mais ne vous inquiétez pas, je ne le ferai pas. Qu’il me suffise de vous sensibiliser au fait que dans la perspective eschatologique le temps entre la Résurrection de Jésus et son Retour dans la gloire se nomme le temps de l’Église.
C’est le temps où les disciples de Jésus font le chemin nécessaire pour rester près de lui dans les cultures, les contrées, les temps, les circonstances et les changements où ils vivent. C’est ce que le pape François met en œuvre dans les deux conciles dont parlent les journaux : celui de l’Amazonie qui s’est terminé le 26 octobre 2019 et celui de l’Allemagne prévu en 2020.
Ce temps de l’Église n’a pas été déterminé d’avance. L’Église existe depuis déjà 2000 ans et qui dit que nous ne sommes pas encore dans la primitive Église. Ce temps de l’Église pour nous c’est maintenant. C’est celui où nous sommes appelés à transmettre le don reçu de la foi en Jésus. C’est aussi le temps où nous sommes invités à mettre en pratique ses enseignements et proclamer son message à toutes les nations: « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. ». (Mathieu 28, 19-20)

Conclusion
Cette promesse que je viens de rappeler est le soutien que nous avons dans ce temps de l’Église où nous sommes engagés comme baptisés et enfants de Dieu. Notre route n’est pas sans issue, au contraire elle est ouverte sur la présence de Celui que nous suivons avec persévérance : « Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie » comme il est dit à la fin de notre évangile de ce dimanche.
Demandons, si vous le voulez, cette grâce de la persévérance. Les tentations de décrochage nous assaillent parfois dans notre vie personnelle ou dans la vie de l’Église. Les fruits de notre foi en Jésus n’apparaissent pas toujours assez clairement pour nous. Nos attentes sont parfois bien égoïstes.
Demandons au Seigneur de nous rendre accueillants à la présence de son Esprit qui nous guide sur les chemins de notre vie et sur ceux de la vie de l’Église. Et prions pour celui que Dieu nous a donné comme pasteur de celle-ci : le pape François.

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 32E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « IL N’EST PAS LE DIEU DES MORTS, MAIS DES VIVANTS »

8 novembre, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-32e-dimanche-du-temps-ordinaire-Annee-C-Il-n-est-pas-le-Dieu-des-morts-mais-des-vivants_a919.html

Dio non è dei morti, ma dei viventi; perché tutti vivono per lui».

HOMÉLIE POUR LE 32E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « IL N’EST PAS LE DIEU DES MORTS, MAIS DES VIVANTS »

Textes : 2 Macchabées (Martyrs d’Israël) 7, 1-2.9-14), II Thessaloniciens 2, 16 – 3, 5 et Luc 20, 27.34-38.

La lecture de ce texte de l’évangile de saint Luc m’a rappelé mes conversations du dimanche avec ma mère décédée à 95 ans quelques années après mon père avec qui elle avait vécu un grand amour. Elle me demandait souvent : « Est-ce que je vais pouvoir le revoir quand je vais mourir ? Comment il va être ? Est-ce que je vais le reconnaître ? »
Autant de questions qu’elle n’est pas la seule à s’être posées. Elles sont derrière la situation évoquée par les Sadducéens pour embêter Jésus.

I – La question des Sadducéens
La situation présentée à Jésus par les Sadducéens où une épouse a eu plusieurs maris n’est pas incongrue même si le nombre de sept est hors norme et leurs morts subites aussi. On comprend qu’il s’agit d’un cas hypothétique soumis à Jésus pour le piéger.
En effet, il faut savoir que les Sadducéens, un groupe de notables juifs, ne croyaient pas à la résurrection des morts et à la vie éternelle. Leurs adversaires, les Pharisiens, eux y croyaient en s’appuyant sur des textes comme ceux de la première lecture qui, en racontant la mort des sept frères arrêtés avec leur mère, dévoile cette foi que chacun proclame à sa façon. En effet le quatrième frère sur le point d’expirer déclare : « Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle… Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu ».
Les Sadducéens veulent montrer que cette croyance est absurde. C’est le but de leur histoire qui se veut une illustration parfaite de cette absurdité. « Cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? » demandent-ils à Jésus. Ils transposent dans la vie éternelle, sans adaptation aucune, la vie d’ici-bas.On voit bien que la question posée comme cela ne peut recevoir de réponse satisfaisante. Il faut donc conclure que la résurrection des morts et la vie éternelle n’existent pas. Il faut se concentrer sur la vie d’ici-bas où le temps passe et…les maris aussi. Les liens disparaissent avec la mort qui les emporte. Pas de vie éternelle, encore moins de résurrection des morts.

II – La réponse de Jésus
Cette histoire présentée par les Sadducéens nous vaut une réponse de Jésus qui a alimenté la foi des premiers chrétiens et qui est encore inspirante pour nous aujourd’hui.
En effet, saint Luc met dans la bouche de Jésus une réponse qui exprime bien l’essentiel de la foi chrétienne : « Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection ».
« Enfants de la résurrection ». Cette réponse est toute entière illuminée par la lumière de la résurrection de Jésus. Au moment où saint Luc écrit son évangile, entre 70 et 85 après Jésus-Christ très probablement, les premières communautés chrétiennes existent un peu partout et elles vivent dans la foi en Jésus ressuscité, toujours vivant que les premiers témoins ont rencontré après le Vendredi Saint. Il est donc logique pour eux de mettre dans la bouche de Jésus une affirmation claire de la résurrection des morts et de la vie éternelle qui font partie de leur foi : « Ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection » dit Jésus.
Cette réponse met devant nos yeux la réalité de la vie après la mort dans une perspective de foi qui se fonde sur la résurrection du Christ qui fera dire à Saint Paul : « S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité ». ( I Corinthiens 15, 13)
Ceci étant dit, qu’en est-il de la question de ma mère semblable à celle des Sadducéens ?

III – Une vie porteuse de vie éternelle
Je ne suis pas certain que la question soit bien posée, car comme le dit l’évangile « ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges ».
Les questions qui nous habitent sont calquées sur les réalités sensibles que nous vivons, mais après la mort ces réalités sont transformées. Les personnes défuntes continuent de vivre mais elles sont dans un état différent du nôtre. Comme pour les anges et comme pour le Christ ressuscité, les frontières du temps et de l’espace n’existent plus. Elles sont devenues des êtres nouveaux tout en restant elles-mêmes mais d’une façon différente de celle qu’elles avaient sur la terre.
C’est pourquoi, par exemple, lors des apparitions du Christ ressuscité, souvent on ne le reconnaît pas tout de suite ou encore comme Marie Madeleine on le prend pour une autre personne. Dans son cas, elle le prend pour le jardinier avant de le reconnaître dans la foi. « S’étant retournée, est-il écrit dans l’évangile de saint Jean, elle lui dit en hébreu : ‘’ Rabbouni !’’, c’est-à-dire : ‘’Maître’’. Jésus reprend : ‘’ Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ‘’ ». (Jean 20, 17)
Vous voyez que le message de l’évangile d’aujourd’hui nous rejoint toutes et tous car il ouvre la porte sur nos questions concernant ce mystère de la résurrection des morts et de la vie éternelle. C’est dans la foi que nous recevons la réponse de Jésus qui invite à faire confiance à Celui qui est notre Père et Maître de l’univers. Le « comment de la vie éternelle » nous échappe, mais la réalité de celle-ci fait partie de notre foi.
Nous sommes ainsi invités, non pas à discuter comme les Sadducéens, mais à plonger dans cette foi en la résurrection et en la vie éternelle dont Jésus nous montre le chemin par sa propre Résurrection.

Conclusion
Cette homélie dominicale vous a peut-être rappelé les homélies de funérailles auxquelles vous avez participé à l’occasion. C’est juste, car le questionnement des Sadducéens pour mettre Jésus en boite, n’est pas farfelu. Il nous habite nous aussi comme c’était le cas pour ma mère. Nous sommes toutes et tous invités à dépasser nos questions et à faire le saut dans la foi que nous proclamons à chaque Eucharistie lorsque nous faisons notre profession de foi : « Je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle ».
Nous serons soutenus pour faire ce saut dans la foi par la certitude que nous donne l’Eucharistie qui nous fait rencontrer à chaque messe le Christ Ressuscité et toujours vivant. Dans la liturgie que nous célébrons à la messe nous nous unissons à la liturgie qui se célèbre dans le ciel où Jésus se tient devant son Père avec nos frères et sœurs défunts dans une louange et un bonheur éternels que je nous souhaite à toutes et à tous.

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

12345...73