Archive pour la catégorie 'CATÉCHÈSE DU MERCREDI'

BENOÎT XVI – MERCREDI DES CENDRES 2010

31 juillet, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2010/documents/hf_ben-xvi_aud_20100217.html

BENOÎT XVI – MERCREDI DES CENDRES 2010

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 17 février 2010

Mercredi des Cendres

Chers frères et sœurs!

Nous commençons aujourd’hui, mercredi des cendres, le chemin du carême: un chemin qui dure quarante jours et qui nous conduit à la joie de la Pâque du Seigneur. Sur cet itinéraire spirituel, nous ne sommes pas seuls, car l’Eglise nous accompagne et nous soutient dès le début à travers la Parole de Dieu, qui contient un programme de vie spirituelle et d’engagement pénitentiel, et avec la grâce des Sacrements.
Les paroles de l’apôtre Paul nous offrent une consigne précise: « Nous vous exhortons encore à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu [...] Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut » (2 Co 6, 1-2). En vérité, dans la vision chrétienne de la vie, chaque moment doit se dire favorable et chaque jour doit se dire jour de salut, mais la liturgie de l’Eglise rapporte ces paroles d’une façon toute particulière au cours du temps de carême. C’est l’appel qui nous est adressé à travers le rite austère de l’imposition des cendres et qui s’exprime, dans la liturgie, par deux formules: « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile! » « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière » qui nous fait justement comprendre que les quarante jours de préparation à Pâques doivent être un temps favorable et un temps de grâce.
Le premier appel est à la conversion, un mot qu’il faut prendre dans son extraordinaire gravité, en saisissant la surprenante nouveauté qu’elle libère. L’appel à la conversion, en effet, met à nu et dénonce la superficialité facile qui caractérise très souvent notre façon de vivre. Se convertir signifie changer de direction sur le chemin de la vie: non pas à travers un simple ajustement, mais à travers une véritable inversion de marche. La conversion signifie aller à contre-courant, le « courant » étant le style de vie superficiel, incohérent et illusoire, qui nous entraîne souvent, nous domine et nous rend esclaves du mal, ou tout au moins prisonniers d’une médiocrité morale. Avec la conversion, au contraire, on vise le haut degré de la vie chrétienne, on se confie à l’Evangile vivant et personnel, qui est le Christ Jésus. Sa personne est l’objectif final et le sens profond de la conversion, Il est le chemin sur lequel tous sont appelés à marcher dans la vie, se laissant éclairer par sa lumière et soutenir par sa force qui fait avancer nos pas. De cette façon, la conversion manifeste son visage le plus splendide et fascinant: il ne s’agit pas d’une simple décision morale, qui rectifie notre conduite de vie, mais d’un choix de foi, qui nous touche entièrement dans la communion intime avec la personne vivante et concrète de Jésus. Se convertir et croire à l’Evangile ne sont pas deux choses différentes, ou d’une certaine façon uniquement placées l’une à côté de l’autre, mais elles expriment la même réalité. La conversion est le « oui » total de celui qui remet son existence à l’Evangile, en répondant librement au Christ qui s’offre en premier à l’homme comme chemin, vérité et vie, comme celui qui seul le libère et le sauve. C’est précisément là le sens des premières paroles avec lesquelles, selon l’évangéliste Marc, Jésus ouvre la prédication de l’« Evangile de Dieu »: « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche: repentez-vous et croyez à l’Evangile » (Mc 1, 15).
L’appel: « convertissez-vous et croyez à l’Evangile » ne se trouve pas seulement au début de la vie chrétienne, mais il en accompagne tous les pas, il demeure en se renouvelant et il se diffuse en se ramifiant dans toutes ses expressions. Chaque jour est un moment favorable et de grâce, car chaque jour nous invite à nous remettre entre les mains de Jésus, à avoir confiance en Lui, à demeurer en Lui, à en partager son style de vie, à apprendre de Lui l’amour véritable, à le suivre dans l’accomplissement quotidien de la volonté du Père, l’unique grande loi de la vie. Chaque jour, même lorsque ne manquent pas les difficultés et les épreuves, la lassitude et les chutes, même quand nous sommes tentés d’abandonner le chemin à la suite du Christ et de nous renfermer sur nous-mêmes, dans notre égoïsme, sans nous rendre compte de la nécessité que nous avons de nous ouvrir à l’amour de Dieu en Christ, pour vivre la même logique de justice et d’amour. Dans le récent Message pour le carême, j’ai voulu rappeler qu’« il faut être humble pour accepter que quelqu’un d’autre me libère de mon « moi » et me donne gratuitement en échange son « soi ». Cela s’accomplit spécifiquement dans les sacrements de la réconciliation et de l’Eucharistie. Grâce à l’amour du Christ, nous pouvons entrer dans une justice « plus grande », celle de l’amour (cf. Rm 13, 8-10), la justice de celui qui, dans quelque situation que ce soit, s’estime davantage débiteur que créancier parce qu’il a reçu plus que ce qu’il ne pouvait espérer » (cf. ORLF n. 6 du 9 février 2010).
Le moment favorable et de grâce du carême nous montre sa propre signification spirituelle également à travers l’antique formule: Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière, que le prêtre prononce lorsqu’il impose un peu de cendres sur notre tête. Nous sommes ainsi renvoyés aux débuts de l’histoire humaine, quand le Seigneur dit à Adam, après la faute des origines: « A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise » (Gn 3, 19). Ici, la parole de Dieu nous rappelle notre fragilité, et même notre mort, qui en est la forme extrême. Face à la peur innée de la fin, et encore davantage dans le contexte d’une culture qui, de tant de manières, tend à censurer la réalité et l’expérience humaine de la mort, la liturgie quadragésimale, d’une part, nous rappelle la mort en nous invitant au réalisme et à la sagesse, mais, d’autre part, nous pousse surtout à saisir et à vivre la nouveauté inattendue que la foi chrétienne transmet à la réalité de la mort elle-même.
L’homme est poussière et il retournera à la poussière, mais il est une poussière précieuse aux yeux de Dieu, parce que Dieu a créé l’homme en le destinant à l’immortalité. Ainsi, la formule liturgique: « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière » trouve la plénitude de son sens en référence au nouvel Adam, le Christ. Le Seigneur Jésus lui aussi a librement voulu partager avec chaque homme le sort de la fragilité, en particulier à travers sa mort sur la croix; mais cette mort précisément, pleine de son amour pour le Père et pour l’humanité, a été le chemin de la glorieuse résurrection, à travers laquelle le Christ est devenu la source d’une grâce donnée à tous ceux qui croient en Lui et participent à la vie divine elle-même. Cette vie qui n’aura pas de fin est déjà en acte dans la phase terrestre de notre existence, mais elle sera portée à son accomplissement après la « résurrection de la chair ». Le petit geste de l’imposition des cendres nous révèle la richesse singulière de sa signification: c’est une invitation à parcourir le temps du carême comme une immersion plus consciente et plus intense dans le mystère pascal du Christ, dans sa mort et sa résurrection, à travers la participation à l’Eucharistie et à la vie de charité, qui naît de l’Eucharistie et dans laquelle elle trouve son accomplissement. Avec l’imposition des cendres nous renouvelons notre engagement à suivre Jésus, à nous laisser transformer par son mystère pascal, pour l’emporter sur le mal et faire le bien, pour faire mourir notre « vieil homme » lié au péché et faire naître l’« homme nouveau » transformé par la grâce de Dieu.
Chers amis! Tandis que nous nous apprêtons à entreprendre l’austère chemin du carême, nous voulons invoquer avec une confiance particulière la protection et l’aide de la Vierge Marie. Que ce soit elle, la première croyante en Christ, à nous accompagner au cours de ces quarante jours d’intense prière et de sincère pénitence, pour arriver à célébrer, purifiés et entièrement renouvelés dans l’intelligence et dans l’esprit, le grand mystère de la Pâque de son Fils.

Bon carême à tous!

PAPE FRANÇOIS – LA FAMILLE -19. DEUIL

24 juin, 2015

http://w2.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2015/documents/papa-francesco_20150617_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – LA FAMILLE -19. DEUIL

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 17 juin 2015

Chers frères et sœurs bonjour !

Dans l’itinéraire de catéchèses sur la famille, nous prenons aujourd’hui directement notre inspiration de l’épisode rapporté par l’évangéliste Luc, que nous venons d’écouter (cf. Lc 7, 11-15). C’est une scène très émouvante, qui nous montre la compassion de Jésus pour celui qui souffre — dans ce cas une veuve qui a perdu son fils unique — et nous montre également la puissance de Jésus sur la mort.
La mort est une expérience qui concerne toutes les familles, sans aucune exception. Elle fait partie de la vie, pourtant, quand elle touche les membres de la famille, la mort ne réussit jamais à nous apparaître naturelle. Pour les parents, survivre à ses propres enfants est quelque chose de particulièrement déchirant, qui contredit la nature élémentaire des relations qui donnent un sens à la famille elle-même. La perte d’un fils ou d’une fille est comme si le temps s’arrêtait : un précipice s’ouvre, qui engloutit le passé et aussi l’avenir. La mort, qui emporte l’enfant petit ou jeune, est une gifle aux promesses, aux dons et aux sacrifices d’amour joyeusement faits pour la vie que nous avons fait naître. Très souvent, à Sainte-Marthe, des parents viennent avec la photographie d’un fils, d’une fille, un enfant, un jeune homme ou une jeune fille, et ils me disent : « Il s’en est allé, elle s’en est allée ». Et leur regard est profondément douloureux. La mort touche et quand il s’agit d’un enfant, elle touche profondément. Toute la famille reste comme paralysée, muette. Et c’est quelque chose de semblable dont souffre un enfant qui reste seul, à la suite de la perte d’un de ses parents, ou de tous les deux. Cette question : « Mais où est papa ? Où est maman ? » — « Mais il est au ciel » — « Mais pourquoi est-ce que je ne le vois pas ? ». Cette question couvre une angoisse dans le cœur de l’enfant qui reste seul. Le vide de l’abandon qui s’ouvre en lui est d’autant plus angoissant qu’il n’a pas encore l’expérience suffisante pour « donner un nom » à ce qui est arrivé. « Quand revient papa ? Quand revient maman ? ». Que répondre quand l’enfant souffre ? Voilà ce qu’est la mort dans une famille.
Dans ces cas, la mort est comme un trou noir qui s’ouvre dans la vie des familles et auquel nous ne savons donner aucune explication. Parfois, on arrive même à en attribuer la faute à Dieu. Combien de personnes — je les comprends — se fâchent contre Dieu, blasphèment : « Pourquoi m’as-tu enlevé mon fils, ma fille ? Dieu n’est pas là, Dieu n’existe pas ! Pourquoi a-t-il fait cela ? ». Très souvent, nous avons entendu cela. Mais cette colère est un peu ce qui vient du cœur à la suite d’une grande douleur ; la perte d’un fils ou d’une fille, d’un père ou d’une mère, est une grande douleur. Cela arrive sans cesse dans les familles. Dans ces cas, je l’ai dit, la mort est presque comme un abîme. Mais la mort physique a des « complices » qui sont encore pire qu’elle, et qui s’appellent haine, envie, orgueil, avarice, en somme, le péché du monde qui travaille pour la mort et la rend encore plus douloureuse et injuste. Les liens d’affection en famille apparaissent comme les victimes prédestinées et sans défense de ces puissances auxiliaires de la mort, qui accompagnent l’histoire de l’homme. Pensons à l’absurde « normalité » avec laquelle, à certains moments et dans certains lieux, les événements qui ajoutent l’horreur à la mort sont provoqués par la haine et par l’indifférence d’autres êtres humains. Que le Seigneur nous garde de nous habituer à cela !
Au sein du peuple de Dieu, avec la grâce de sa compassion donnée en Jésus, de nombreuses familles démontrent par les faits que la mort n’a pas le dernier mot : cela est un véritable acte de foi. Toutes les fois qu’une famille endeuillée — même par un deuil terrible — trouve la force de conserver la foi et l’amour qui nous unissent à ceux que nous aimons, elle empêche déjà à présent à la mort de tout emporter. L’obscurité de la mort doit être affrontée avec un travail d’amour plus intense. « Mon Dieu, éclaire mes ténèbres ! », est l’invocation de la liturgie du soir. Dans la lumière de la Résurrection du Seigneur, qui n’abandonne aucun de ceux que le Père lui a confiés, nous pouvons ôter son « aiguillon » à la mort, comme disait l’apôtre Paul (1 Co 15, 55) ; nous pouvons l’empêcher de nous empoisonner la vie, de rendre vains nos liens d’affection, de nous faire tomber dans le vide le plus obscur.
Dans cette foi, nous pouvons nous consoler l’un l’autre, en sachant que le Seigneur a vaincu la mort une fois pour toutes. Nos proches n’ont pas disparu dans l’obscurité du néant : l’espérance nous assure qu’ils sont entre les mains bonnes et fortes de Dieu. L’amour est plus fort que la mort. C’est pour cela que la voie est de faire grandir l’amour, de le rendre plus solide, et l’amour nous protègera jusqu’au jour où chaque larme sera essuyée, lorsqu’ « il n’y aura plus de mort, de pleur, de cri et de peine » (Ap 21, 4). Si nous nous laissons soutenir par cette foi, l’expérience du deuil peut générer une plus forte solidarité des liens familiaux, une nouvelle ouverture à la douleur des autres familles, une nouvelle fraternité avec les familles qui naissent et renaissent dans l’espérance. Naître et renaître dans l’espérance, cela nous donne la foi. Mais je voudrais souligner la dernière phrase de l’Évangile que nous avons entendue aujourd’hui (cf. Lc 7, 11-15). Après que Jésus a ramené à la vie ce jeune, fils de la mère qui était veuve, l’Évangile dit : « Jésus le rendit à sa mère ». Et telle est notre espérance ! Tous nos proches qui sont partis, le Seigneur nous les rendra et nous nous retrouverons. Cette espérance ne déçoit pas ! Rappelons-nous bien de ce geste de Jésus : « Et Jésus le rendit à sa mère », le Seigneur fera de même avec tous nos proches dans la famille !
Cette foi nous protège de la vision nihiliste de la mort, ainsi que des fausses consolations du monde, de sorte que la vérité chrétienne « ne risque pas de se mélanger avec des mythologies de différents genres », cédant aux « rites de la superstition, ancienne ou moderne » (Benoît XVI, Angélus du 2 novembre 2008). Il est aujourd’hui nécessaire que les pasteurs et tous les chrétiens expriment de façon concrète le sens de la foi à l’égard de l’expérience familiale du deuil. On ne doit pas nier le droit de pleurer — nous devons pleurer dans le deuil —, même Jésus « pleura » et fut « profondément troublé » pour le deuil grave d’une famille qu’il aimait (Jn 11, 33-37). Nous pouvons plutôt puiser dans le témoignage simple et fort de tant de familles qui ont su saisir, dans le très difficile passage de la mort, également le passage certain du Seigneur, crucifié et ressuscité, avec son irrévocable promesse de résurrection des morts. Le travail de l’amour de Dieu est plus fort que le travail de la mort. C’est de cet amour, c’est précisément de cet amour que nous devons nous faire « complices » actifs, avec notre foi ! Et souvenons-nous de ce geste de Jésus : « Et Jésus le rendit à sa mère », il fera de même avec tous nos proches et avec nous quand nous nous rencontrerons, lorsque la mort sera définitivement vaincue en nous. Celle-ci est vaincue par la croix de Jésus. Jésus nous rassemblera tous en famille !

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les personnes venues de Belgique et de France.
Je souhaite aujourd’hui me faire particulièrement proche, par la prière, des familles que la mort a douloureusement éprouvées. Qu’elles gardent ferme la foi en la résurrection des morts promise par le Seigneur, et que les secours de la grâce les rendent plus encore unies et solidaires.
Que Dieu vous bénisse !
Demain, comme vous le savez, sera publiée l’encyclique sur la sauvegarde de la « maison commune » qu’est la création. Notre « maison » est en train de se détériorer et cela porte préjudice à tous, en particulier aux plus pauvres. Je lance donc un appel à la responsabilité, sur la base du devoir que Dieu a confié à l’être humain dans la création : « cultiver et garder », le jardin dans lequel il nous a placés (cf. Gn 2, 15). J’invite chacun à accueillir avec un cœur ouvert ce document, qui se place dans la ligne de la doctrine sociale de l’Église.
Samedi prochain aura lieu la Journée mondiale du réfugié, promue par les Nations unies. Prions pour nos nombreux frères et sœurs qui cherchent refuge loin de leur terre, qui cherchent une maison où pouvoir vivre sans crainte, afin qu’ils soient toujours respectés dans leur dignité. J’encourage l’œuvre de ceux qui leur apportent de l’aide et je souhaite que la communauté internationale agisse de façon concordante et efficace pour prévenir les causes des migrations forcées. Et je vous invite tous à demander pardon pour les personnes et les institutions qui ferment la porte à ces gens qui cherchent une famille, qui cherchent à être protégé

PAPE FRANÇOIS – (LA FAMILLE -18. FAMILLE ET MALADIE)

17 juin, 2015

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2015/documents/papa-francesco_20150610_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – (LA FAMILLE -18. FAMILLE ET MALADIE)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 10 juin 2015

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous poursuivons les catéchèses sur la famille et au cours de cette catéchèse, je voudrais évoquer un aspect très commun de la vie de nos familles, celui de la maladie. C’est une expérience de notre fragilité, que nous vivons principalement en famille, dès l’enfance, puis surtout en tant que personnes âgées, lorsque commencent les maux. Dans le cadre des liens familiaux, la maladie des personnes que nous aimons est vécue avec un « supplément » de souffrance et d’angoisse. C’est l’amour qui nous fait ressentir ce « supplément ». Très souvent, pour un papa et une maman, il est plus difficile de supporter la maladie d’un fils, d’une fille, que la leur. Nous pouvons dire que la famille est depuis toujours l’« hôpital » le plus proche. Aujourd’hui encore, dans de nombreuses parties du monde, l’hôpital est un privilège réservé à de rares personnes et souvent, il est éloigné. Ce sont la maman, le papa, les frères, les sœurs, les grands-mères qui assurent les soins et qui aident à guérir.
Dans les Évangiles, de nombreuses pages rapportent les rencontres de Jésus avec les malades et son zèle pour les guérir. Il se présente publiquement comme une personne qui lutte contre la maladie et qui est venu guérir l’homme de tout mal : le mal de l’esprit et le mal du corps. La scène évangélique qui vient d’être évoquée par l’Évangile de Marc est très éloquente. Elle dit : « Le soir venu, quand fut couché le soleil, on lui apportait tous les malades et les démoniaques » (1, 32). Si je pense aux grandes villes d’aujourd’hui, je me demande où sont les portes devant lesquelles apporter les malades en espérant qu’ils soient guéris ! Jésus n’a jamais évité de les soigner. Il n’a jamais passé son chemin, il n’a jamais tourné son regard d’un autre côté. Et quand un père ou une mère, ou encore simplement des amis lui amenaient un malade afin qu’il le touche et le guérisse, il n’hésitait pas ; la guérison venait avant la loi, même celle aussi sacrée que le repos du sabbat (cf. Mc 3, 1-6). Les docteurs de la loi reprochaient à Jésus de guérir le jour du sabbat, il faisait le bien le jour du sabbat. Mais l’amour de Jésus était de donner la santé, de faire le bien: et cela vient toujours en priorité !
Jésus envoie ses disciples accomplir sa même œuvre et leur donne le pouvoir de guérir, c’est-à-dire de s’approcher des malades et d’en prendre soin jusqu’au bout (cf. Mt 10, 1). Nous devons bien garder à l’esprit ce qu’il dit aux disciples dans l’épisode de l’aveugle de naissance (Jn 9, 1-5). Les disciples — avec l’aveugle devant eux ! — discutaient pour savoir qui avait péché, parce qu’il était né aveugle, lui ou ses parents, pour avoir provoqué sa cécité. Le Seigneur dit clairement : ni lui, ni ses parents ; il est ainsi afin que s’accomplissent en lui les œuvres de Dieu. Et il le guérit. Voilà la gloire de Dieu ! Voilà le devoir de l’Église ! Aider les malades, ne pas se perdre en bavardages, aider toujours, consoler, soulager, être proches des malades ; tel est le devoir.
L’Église invite à la prière constante pour nos proches atteints par la maladie. La prière pour les malades ne doit jamais manquer. Nous devons même prier davantage, tant personnellement qu’en communauté. Pensons à l’épisode évangélique de la femme cananéenne (cf. Mt 15, 21-28). C’est une païenne, elle n’appartient pas au peuple d’Israël, mais c’est une païenne qui supplie Jésus de guérir sa fille. Jésus, pour mettre sa foi à l’épreuve, répond d’abord durement : « Je ne peux pas, je dois d’abord penser aux brebis d’Israël ». La femme n’abandonne pas — une mère qui demande de l’aide pour sa créature ne cède jamais ; nous savons tous que les mères luttent pour leurs enfants — et répond : « Même aux petits chiens, lorsque les maîtres ont mangé, on donne quelque chose ! », voulant dire ainsi : « Traite-moi au moins comme un petit chien ! ». Alors Jésus lui dit : « Femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ton désir ! » (n. 28).
Face à la maladie, même en famille, apparaissent des difficultés, à cause de la faiblesse humaine. Mais, en général, le temps de la maladie accroît la force des liens familiaux. Et je pense à combien il est important d’éduquer les enfants très tôt à la solidarité pendant le temps de la maladie. Une éducation qui met à l’abri de la sensibilité envers la maladie humaine, rend le cœur aride. Et fait en sorte que les jeunes sont « anesthésiés » face à la souffrance des autres, incapables d’affronter la souffrance et de vivre l’expérience de la limite. Combien de fois voyons-nous arriver au travail un homme, une femme, le visage las, qui montre des signes de fatigue, et qui à la question : « Que t’arrive-t-il ? » répond : « Je n’ai dormi que deux heures parce qu’à la maison, nous veillons à tour de rôle sur la petite fille, le petit garçon, le malade, le grand-père, la grand-mère ». Et la journée continue avec le travail. Ces choses sont héroïques, c’est cela l’héroïcité des familles ! Ces héroïcités cachées qui se font avec tendresse et courage lorsqu’il y a quelqu’un de malade à la maison.La faiblesse et la souffrance de nos liens d’affection les plus chers et les plus sacrés peuvent être, pour nos enfants et petits-enfants, une école de vie — il est important d’éduquer les enfants, les petits enfants, à comprendre cette proximité de la maladie dans la famille — et le deviennent lorsque les moments de la maladie sont accompagnés par la prière et par la proximité affectueuse et attentionnée de la famille. La communauté chrétienne sait bien que la famille, dans l’épreuve de la maladie, ne doit pas être laissée seule. Et nous devons dire merci au Seigneur pour ces belles expériences de fraternité ecclésiale qui aident les familles à traverser le moment difficile de la douleur et de la souffrance. Cette proximité chrétienne, entre familles, est un véritable trésor pour la paroisse, un trésor de sagesse, qui aide les familles dans les moments difficiles et fait comprendre le Royaume de Dieu mieux que tant de discours ! Ce sont des caresses de Dieu.

BENOÎT XVI – AVOIR CONFIANCE EN DIEU COMME L’ENFANT EN SA MÈRE – LECTURE: PS 1 (2005)

10 juin, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2005/documents/hf_ben-xvi_aud_20050810.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 10 août 2005

AVOIR CONFIANCE EN DIEU COMME L’ENFANT EN SA MÈRE – LECTURE: PS 130, 1-3

http://www.aelf.org/bible-liturgie/Ps/Psaumes/chapitre/130

1. Nous n’avons écouté que quelques paroles, une trentaine, de l’original en hébreu du Psaume 130. Et pourtant, il s’agit de paroles intenses qui développent un thème cher à toute la littérature religieuse: l’enfance spirituelle. Cela nous fait spontanément penser à sainte Thérèse de Lisieux, à sa « petite voie », à son désir de « demeurer petite » pour « être entre les bras de Jésus » (cf. Manuscrit « C », 2r°-3v°: Oeuvres complètes, Cité du Vatican 1997, pp. 235-236).
Au centre du Psaume, en effet, se découpe l’image d’une mère avec son enfant, signe de l’amour tendre et maternel de Dieu, comme l’avait déjà exprimé le prophète Osée: « Quand Israël était jeune, je l’aimai [...] Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d’amour; j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson tout contre leur joue; je m’inclinais vers lui et le faisais manger » (Os 11, 1.4).
2. Le Psaume s’ouvre par la description d’un comportement contraire à celui de l’enfance, qui est consciente de sa fragilité, mais qui est confiante en l’aide d’autrui. Le Psaume met en scène au contraire le coeur fier, l’orgueil du regard, la « grandeur et les prodiges » (cf. Ps 130, 1). C’est la représentation de la personne orgueilleuse, qui est décrite à travers des termes hébreux qui indiquent l’ »arrogance » et l’ »exaltation », l’attitude arrogante de celui qui regarde les autres avec un sentiment de supériorité, les considérant inférieurs à lui.
La grande tentation de l’orgueilleux, qui veut être comme Dieu, arbitre du bien et du mal (cf. Gn 3, 5), est fortement repoussée par l’orant, qui opte pour la confiance humble et spontanée dans l’unique Seigneur.
3. On passe ainsi à l’image inoubliable de l’enfant et de la mère. Le texte original hébreu ne parle pas d’un nouveau-né, mais d’un « petit enfant » (Ps 130, 2). Or, on sait que dans l’antiquité, au Proche-Orient, le sevrage se situait officiellement aux alentours des trois ans, et était célébré par une fête (cf. Gn 21, 8; 1 S 1, 20-23; 2 M 7, 27).
L’enfant, auquel le Psalmiste fait référence, est lié à la Mère par un rapport désormais plus personnel et intime et non pas par le simple contact physique et la nécessité de se nourrir. Il s’agit d’un lien plus conscient, même s’il est toujours immédiat et spontané. Telle est la parabole idéale de la véritable « enfance » de l’esprit, qui s’abandonne à Dieu non pas de façon aveugle et automatique, mais sereine et responsable.
4. La profession de foi de l’orant s’étend alors à toute la communauté; « Mets ton espoir, Israël, en Yahvé, dès maintenant et à jamais! » (Ps 130, 3). L’espérance naît à présent dans tout le peuple, qui reçoit de Dieu sécurité, vie et paix, et se prolonge du présent vers l’avenir, « dès maintenant et à jamais! ».
Il est facile de continuer la prière en reprenant d’autres voix présentes dans le Psautier, inspirées par la même confiance en Dieu: « Sur toi je fus jeté au sortir des entrailles dès le ventre de ma mère, mon Dieu c’est toi » (Ps 21, 11). « Si mon père et ma mère m’abandonnent, Yahvé m’accueillera » (Ps 26, 10). « Car c’est toi mon espoir, Seigneur, Yahvé, ma foi dès ma jeunesse. Sur toi j’ai mon appui dès le sein, toi ma part dès les entrailles de ma mère » (Ps 70, 5-6).
5. A l’humble confiance s’oppose, comme on l’a vu, l’orgueil. Un écrivain chrétien du IV-V siècle, Jean Cassien, met en garde les fidèles contre la gravité de ce péché, qui « détruit toutes les vertus et ne menace pas seulement les médiocres et les faibles, mais surtout ceux qui sont arrivés au sommet en utilisant leurs forces ». Il poursuit: « Voilà la raison pour laquelle le bienheureux David préserve avec tant de circonspection son coeur jusqu’à oser proclamer devant Celui auquel n’échappait certainement pas les secrets de sa conscience: « Seigneur, que mon coeur ne s’enorgueillisse pas et que mon regard ne s’élève pas avec supériorité; je ne recherche pas de grandes choses, au-delà de mes forces »… Toutefois, bien conscient de la difficulté, même pour les hommes parfaits, de préserver leur coeur, il ne prétend pas s’appuyer sur ses seules capacités, mais supplie par des prières le Seigneur, de l’aider à échapper aux dards de l’ennemi et à ne pas être blessé: « Que le pied des superbes ne m’atteigne » (Ps 35, 12) » (Le istituzioni cenobitiche [Des instituts des cénobites], XII, 6, Abbaye de Praglia, Bresseo di Teolo, Padova 1989, p. 289).
De même, un ancien anonyme des Pères du désert nous a transmis cette déclaration, qui fait écho au Psaume 130: « Je n’ai jamais dépassé mon rang pour marcher plus haut, et je ne me suis jamais troublé lorsque j’ai été humilié, car ma pensée tout entière était occupée par cela: prier le Seigneur de me dévêtir de l’homme ancien » (I Padri del deserto. Detti, Roma 1980, p. 287).

PAPE FRANÇOIS – (FAMILLE – 17. FAMILLE ET DE LA PAUVRETÉ) Mercredi 3 juin 2015

10 juin, 2015

https://translate.google.it/#it/fr/La%20Famiglia%20-%2017.%20Famiglia%20e%20povert%C3%A0

PAPE FRANÇOIS – (FAMILLE – 17. FAMILLE ET DE LA PAUVRETÉ)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 3 juin 2015 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous avons réfléchi ces derniers mercredis à la famille et nous poursuivons sur ce thème, réfléchir à la famille. Et à compter d’aujourd’hui, nos catéchèses s’ouvrent, avec cette réflexion, sur la considération de la vulnérabilité qu’a la famille, dans les conditions de la vie qui mettent à l’épreuve. La famille a beaucoup de problèmes qui la mettent à l’épreuve.
L’une de ces épreuves est la pauvreté. Pensons à de nombreuses familles qui peuplent les périphéries des mégalopoles, mais aussi des zones rurales… Combien de misère, combien de dégradation ! Et puis, pour ne rien arranger à la situation, dans certains lieux arrive aussi la guerre. La guerre est toujours une chose terrible. Celle-ci frappe plus particulièrement les populations civiles, les familles. La guerre est réellement la «mère de toutes les pauvretés», la guerre appauvrit la famille, c’est une grande prédatrice de vies, d’âmes, et des liens d’affection les plus sacrés et les plus chers.
Malgré tout cela, il existe beaucoup de familles pauvres qui, avec dignité, essayent de conduire leur vie quotidienne, souvent en s’en remettant ouvertement à la bénédiction de Dieu. Cette leçon, toutefois, ne doit pas justifier notre indifférence, mais au contraire accroître notre honte pour le fait qu’il y ait tant de pauvreté! Cela relève presque du miracle lorsque, même dans la pauvreté, la famille continue à se former et même à conserver — autant qu’elle le peut — l’humanité spéciale de ses liens. Ce fait irrite ces planificateurs de bien-être qui considèrent les liens d’affection, la génération, les liens familiaux, comme une variable secondaire de la qualité de la vie. Ils ne comprennent rien! Nous devrions au contraire nous agenouiller devant ces familles, qui sont une véritable école d’humanité qui sauve les sociétés de la barbarie.
Que reste-t-il, en effet, si nous cédons au chantage de César et Mammon, de la violence et de l’argent, et nous renonçons aussi aux liens d’affection familiale ? Une nouvelle éthique civile arrivera seulement quand les responsables de la vie publique réorganiseront le lien social à partir de la lutte contre le cercle vicieux entre famille et pauvreté, qui nous mène au précipice.
L’économie actuelle s’est souvent spécialisée dans la jouissance du bien-être individuel, mais pratique largement l’exploitation des liens familiaux. C’est une grave contradiction, celle-là ! L’immense travail de la famille n’est pas coté dans les budgets, naturellement ! En effet, l’économie et la politique sont avares de reconnaissance à cet égard. Pourtant, la formation intérieure de la personne et la circulation sociale des liens d’affection reposent précisément là-dessus. Si tu ôtes ce pilier, tout s’écroule.
Ce n’est pas seulement une question de pain. Nous parlons de travail, nous parlons d’instruction, nous parlons de santé. Il est important de bien comprendre cela. Nous sommes toujours très émus quand nous voyons les photographies d’enfants dénutris et malades qui nous sont montrées dans de nombreuses parties du monde. Dans le même temps, nous sommes aussi émus quand nous voyons le regard brillant de nombreux enfants, privés de tout, qui sont dans des écoles faites de rien, quand ils montrent avec orgueil leur crayon et leur cahier. Et comme ils regardent avec amour leur maître ou leur maîtresse! Les enfants savent vraiment que l’homme ne vit pas que de pain ! L’affection familiale aussi ; lorsque la misère est présente les enfants souffrent, parce qu’ils veulent l’amour, les liens familiaux.
Nous chrétiens devrions être toujours plus proches des familles que la pauvreté met à l’épreuve. Réfléchissez, vous connaissez tout quelqu’un dans ce cas: papa sans travail, maman sans travail… et la famille souffre, les liens s’affaiblissent. Cela est terrible. En effet, la misère sociale frappe la famille et parfois la détruit. Le manque ou la perte de travail, ou sa grande précarité, marquent lourdement la vie familiale, mettant à dure épreuve les relations.
Les conditions de vie dans les quartiers les plus difficiles, avec des problèmes de logements et de transports, ainsi que la réduction des services sociaux, médicaux et scolaires, causent des difficultés supplémentaires. À ces facteurs matériels s’ajoute le dommage causé à la famille par de pseudo modèles, diffusés par les mass-média fondés sur la consommation et le culte de l’apparence, qui influencent les couches les plus pauvres et augmentent la désagrégation des liens familiaux. Soigner les familles, soigner les liens d’affection, quand la misère met la famille à l’épreuve !
L’Église est mère, et ne doit pas oublier ce drame de ses enfants. Elle aussi doit être pauvre, pour devenir féconde et répondre à tant de misère. Une Église pauvre est une Église qui pratique une simplicité volontaire dans sa propre vie — dans ses institutions mêmes, dans le style de vie de ses membres — pour abattre tout mur de séparation, surtout des pauvres. La prière et l’action sont nécessaires. Prions intensément le Seigneur, qu’il nous secoue, pour rendre nos familles chrétiennes les acteurs de cette révolution de la proximité familiale, qui à présent nous est si nécessaire ! C’est de celle-ci, de cette proximité familiale, que l’Église est faite depuis ses débuts. Et n’oublions pas que le jugement des indigents, des petits et des pauvres anticipe le jugement de Dieu (Mt 25, 31-46). N’oublions pas cela et faisons tout ce que nous pouvons pour aider les familles à aller de l’avant dans l’épreuve de la pauvreté et de la misère qui frappent les liens d’affection, les liens familiaux. Je voudrais lire une nouvelle fois le texte de la Bible que nous avons écouté au début et que chacun de nous pense aux familles qui sont éprouvées par la misère et par la pauvreté, la Bible dit ainsi : « Mon fils, ne retire pas au pauvre ce qu’il lui faut pour vivre, ne fais pas attendre le regard d’un indigent. Ne fais pas souffrir un affamé, n’exaspère pas un homme qui est dans la misère. N’ajoute pas au trouble d’un cœur irrité, ne fais pas attendre ton aumône à celui qui en a besoin. Ne repousse pas celui qui supplie dans la détresse, ne détourne pas du pauvre ton visage. Ne détourne pas du miséreux ton regard, ne donne pas à un homme l’occasion de te maudire » (Sir 4, 1-5a). Car c’est cela que fera le Seigneur — l’Évangile le dit — si nous ne faisons pas ces choses.

PAPE FRANÇOIS – L’EGLISE – 7. CARISMI: LA DIVERSITÉ ET L’UNITÉ

9 juin, 2015

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PAPE FRANÇOIS – L’EGLISE – 7. CARISMI: LA DIVERSITÉ ET L’UNITÉ

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 1er octobre 2014

Chers frères et sœurs, bonjour.

Dès le début, le Seigneur a comblé l’Église des dons de son Esprit, en la rendant ainsi toujours vivante et féconde avec les dons de l’Esprit Saint. Parmi ces dons, on en distingue certains qui se révèlent particulièrement précieux pour l’édification et le chemin de la communauté chrétienne : il s’agit des charismes. Au cours de cette catéchèse nous voulons nous demander : qu’est-ce exactement qu’un charisme ? Comment pouvons-nous le reconnaître et l’accueillir ? Et surtout : le fait qu’il y ait dans l’Église une diversité et une multiplicité de charismes, doit-il être vu dans un sens positif, comme quelque chose de beau, ou bien comme un problème ?
Dans le langage commun, quand on parle de « charisme », on entend souvent un talent, une habileté naturelle. On dit : « Cette personne a un charisme particulier pour enseigner. C’est un talent qu’elle a ». Ainsi, face à une personne particulièrement brillante et entraînante, on dit souvent : « C’est une personne charismatique ». Qu’est-ce que cela signifie ? ». « Je ne sais pas, mais elle est charismatique ». Et nous disons ainsi. Nous ne savons pas ce que nous disons, mais nous disons : « Elle est charismatique ». Dans la perspective chrétienne, toutefois, le charisme est bien plus qu’une qualité personnelle, qu’une prédisposition dont on peut être doté : le charisme est une grâce, un don offert par Dieu le Père à travers l’action de l’Esprit Saint. Et c’est un don qui est offert à quelqu’un non pas parce qu’il est meilleur que les autres ou parce qu’il l’aurait mérité : c’est un cadeau que Dieu lui fait, pour qu’avec la même gratuité et le même amour, il puisse le mettre au service de la communauté tout entière, pour le bien de tous. En parlant de manière un peu humaine, on peut dire : « Dieu donne cette qualité, ce charisme à cette personne, mais pas pour elle-même, pour qu’elle soit au service de toute la communauté ». Aujourd’hui, avant d’arriver sur la place, j’ai reçu beaucoup d’enfants porteurs de handicap dans la salle Paul VI. Il y en avait beaucoup avec une Association qui se consacre au soin de ces enfants. Qu’est-ce que c’est ? Cette association, ces personnes, ces hommes et ces femmes, ont un charisme pour soigner les enfants porteurs de handicap. C’est cela un charisme !
Une chose importante qu’il faut immédiatement souligner est le fait que l’on ne peut pas comprendre seul si on a un charisme, et lequel. Très souvent, nous avons entendu des personnes qui disent : « Moi j’ai cette qualité, moi je chante très bien ». Et personne n’a le courage de dire : « Mieux vaut que tu te taises, parce que tu nous casses les oreilles quand tu chantes ! ». Personne ne peut dire « Moi j’ai ce charisme ». C’est à l’intérieur de la communauté qu’éclosent et fleurissent les dons dont nous comble le Père ; et c’est au sein de la communauté que l’on apprend à les reconnaître comme un signe de son amour pour tous ses fils. Alors, il est bon que chacun de nous se demande : « Y a-t-il quelque charisme que le Seigneur a fait naître en moi, dans la grâce de son Esprit, et que mes frères, dans la communauté chrétienne, ont reconnu et encouragé ? Et comment est-ce que je me comporte moi- même vis-à-vis de ce don : je le vis avec générosité, en le mettant au service de tous, ou bien je le néglige et je finis par l’oublier ? Ou bien devient-il en moi un motif d’orgueil, au point de me plaindre toujours des autres et de prétendre que dans la communauté l’on fasse à ma manière ? ». Ce sont des questions que nous devons nous poser : s’il y a un charisme en moi, si ce charisme est reconnu par l’Église, si je suis heureux de ce charisme ou si je suis un peu jaloux des charismes des autres, si je voulais, je veux avoir ce charisme ! Le charisme est un don : seul Dieu le donne !
Mais l’expérience la plus belle est de découvrir de combien de charismes différents et de combien de dons de son Esprit le Père comble son Église ! Cela ne doit pas être vu comme un motif de confusion, de malaise : ce sont autant de cadeaux que Dieu fait à la communauté chrétienne, pour qu’elle puisse croître harmonieusement, dans la foi et dans son amour, comme un seul corps, le corps du Christ. L’Esprit lui-même qui nous donne cette différence de charismes, fait l’unité de l’Église. C’est toujours le même Esprit. Face à cette multiplicité de charismes, donc, notre cœur doit s’ouvrir à la joie et nous devons penser : « Que c’est beau ! Tant de dons différents, parce que nous sommes tous fils de Dieu, et tous aimés de façon unique ». Malheur, alors, si ces dons deviennent un motif d’envie, de division, de jalousie ! Comme le rappelle l’apôtre Paul dans sa Première Lettre aux Corinthiens au chapitre 12, tous les charismes sont importants aux yeux de Dieu et, dans le même temps, aucun n’est irremplaçable. Cela veut dire que dans la communauté chrétienne nous avons besoin l’un de l’autre, et chaque don reçu se réalise pleinement quand il est partagé avec les frères, pour le bien de tous. C’est cela l’Église ! Et quand l’Église, dans la diversité de ses charismes, s’exprime en communion, elle ne peut se tromper : c’est la beauté et la force du sensus fidei, de ce sens surnaturel de la foi, qui est donné par l’Esprit Saint afin que, ensemble, nous puissions tous entrer dans le cœur de l’Évangile et apprendre à suivre Jésus dans notre vie.
Aujourd’hui, l’Église fête la mémoire de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Cette sainte, qui est morte à 24 ans et aimait tant l’Église, voulait être missionnaire, mais elle voulait avoir tous les charismes, et disait : « Je voudrais faire cela, cela et cela », elle voulait tous les charismes. Elle est allée prier, elle a senti que son charisme était l’amour. Et elle a dit cette belle phrase : « Dans le cœur de l’Église, je serai l’amour ». Et ce charisme, nous l’avons tous : la capacité d’aimer. Demandons aujourd’hui à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus cette capacité de tant aimer l’Église, de tant l’aimer, et d’accepter tous ces charismes avec cet amour de fils de l’Église, dans notre sainte Mère l’Église hiérarchique.
Frères et sœurs, l’Église est Une dans la diversité des charismes. Un charisme est bien plus qu’une qualité, un talent naturel dont on peut être doté. Il est une grâce de l’Esprit, un don de Dieu, qui est fait à l’un ou l’autre, pour qu’il le mette au service de toute la communauté, pour le bien de tous. Loin d’être un motif d’orgueil, il doit être vécu avec générosité et désintéressement. On ne peut soi-même se déclarer pourvu d’un charisme ; car celui-ci doit être reconnu au sein de la communauté, comme signe de l’amour de Dieu pour ses enfants. Tous les charismes sont des dons de l’Esprit, et leur diversité ne doit pas être une cause de division, mais d’émerveillement ; ils doivent pouvoir grandir ensemble harmonieusement dans la foi et l’amour, car nous avons tous besoin les uns des autres.

PAPE FRANÇOIS – FAMILLE – 15. EDUCATION (20 mai 2015)

27 mai, 2015

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PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 20 mai 2015

FAMILLE – 15. EDUCATION

Aujourd’hui, chers frères et sœurs, je désire vous souhaiter la bienvenue car j’ai vu parmi vous de nombreuses familles, bonjour à toutes les familles ! Continuons à réfléchir sur la famille. Aujourd’hui, nous nous arrêterons sur une caractéristique essentielle de la famille, c’est-à-dire sur sa vocation naturelle à éduquer les enfants pour qu’ils grandissent en étant responsables à l’égard d’eux-mêmes et des autres. Ce que nous avons entendu de l’apôtre Paul au début est très beau : « Vous les enfants, en toutes choses écoutez vos parents ; dans le Seigneur, c’est cela qui est beau. Et vous les parents n’exaspérez pas vos enfants ; vous risquez de les décourager » (Col 3, 20-21). C’est une règle sage : l’enfant doit être éduqué à écouter ses parents et à obéir à ses parents, qui ne doivent pas commander de manière brutale, pour ne pas décourager leurs enfants. Les enfants, en effet, doivent grandir sans se décourager, un pas après l’autre. Si vous, parents, dites aux enfants : « Montons cet escalier » et que vous leur prenez la main et, pas à pas, les faites monter, les choses se passeront bien. Mais si vous dites : « Monte là-haut ! » — « Mais je ne peux pas » — « Vas-y ! », cela s’appelle exaspérer les enfants, demander aux enfants des choses qu’ils ne sont pas capables de faire. C’est pourquoi la relation entre parents et enfants doit être d’une sagesse, d’un équilibre très grand. Enfants, obéissez à vos parents, cela plaît à Dieu. Et vous parents, n’exaspérez pas les enfants, en leur demandant des choses qu’ils ne peuvent pas faire. C’est ce qu’il faut faire pour que les enfants grandissent en étant responsables à l’égard d’eux-mêmes et des autres.
Cela semblerait une constatation évidente, pourtant, à notre époque, les difficultés ne manquent pas. Il est difficile d’éduquer pour les parents qui ne voient les enfants que le soir, quand ils reviennent à la maison fatigués par leur travail. Ceux qui ont la chance d’avoir du travail ! Cela est encore plus difficile pour les parents séparés, qui portent le poids de cette situation : les pauvres, ils ont eu des difficultés, ils se sont séparés et très souvent, leur enfant est pris comme otage, et le papa parle mal de la maman et la maman parle mal du papa, et beaucoup de mal est fait. Mais je dis aux parents séparés : il ne faut jamais, jamais, jamais prendre un enfant comme otage ! Vous vous êtes séparés en raison de nombreuses difficultés et motifs, la vie vous a fait vivre cette épreuve, mais que les enfants ne soient pas ceux qui portent le poids de cette séparation, qu’ils ne soient pas utilisés comme otages contre l’autre conjoint, qu’ils grandissent en entendant leur maman dire du bien de leur papa, bien qu’ils ne soient pas ensemble, et que leur papa parle bien de leur maman. Pour les parents séparés cela est très important et très difficile, mais ils peuvent le faire.
Mais la question est surtout comment éduquer ? Quelle tradition avons-nous à transmettre aujourd’hui à nos enfants ?
Des intellectuels « critiques » ont de mille manières fait taire les parents, pour défendre les jeunes générations des dommages — véritables ou présumés — de l’éducation familiale. La famille a été accusée, entre autres, d’autoritarisme, de favoritisme, de conformisme, de répression affective qui engendre des conflits.
De fait, une fracture s’est ouverte entre famille et société, entre famille et école, le pacte éducatif s’est aujourd’hui rompu et ainsi, l’alliance éducative de la société avec la famille est entrée en crise, car la confiance réciproque a été minée. Les symptômes sont nombreux. À l’école, par exemple, à l’école les relations entre parents et enseignants se sont dégradées. Il y a parfois des tensions et une méfiance réciproque ; et naturellement, les conséquences retombent sur les enfants. D’autre part, se sont multipliés les soi-disant experts, qui ont repris le rôle des parents également dans les aspects les plus intimes de l’éducation. Les experts savent tout sur la vie affective, sur la personnalité et le développement, sur les droits et les devoirs : objectifs, motivations, techniques. Et les parents doivent seulement écouter, apprendre et s’adapter. Privés de leur rôle, ils deviennent souvent excessivement anxieux et possessifs à l’égard de leurs enfants, jusqu’à ne jamais les corriger : « Tu ne peux pas corriger un enfant ». Ils tendent à les confier toujours davantage aux « experts », également en ce qui concerne les aspects les plus délicats et personnels de leur vie, se mettant tout seuls sur la touche. Ainsi les parents courent aujourd’hui le risque de s’auto-exclure de la vie de leurs enfants. Et cela est très grave ! Aujourd’hui, il existe des cas de ce genre. Je ne dis pas que cela arrive toujours, mais il y en a. La maîtresse à l’école gronde un enfant et écrit une note à ses parents. Je me souviens d’une anecdote personnelle. Une fois, quand j’étais à l’école primaire, j’ai dit un vilain mot à la maîtresse et la maîtresse, une brave femme, a fait appeler ma mère. Elle est venue le jour suivant, elles ont parlé entre elles et ensuite j’ai été appelé. Et ma maman m’a expliqué devant la maîtresse que ce que j’avais fait était une vilaine chose, que l’on ne devait pas faire ; mais ma mère l’a fait avec beaucoup de douceur et elle m’a demandé de demander pardon devant elle à la maîtresse. Je l’ai fait et ensuite j’étais content parce que j’ai dit : cette histoire a bien fini. Mais c’était le premier chapitre ! Quand je suis revenu à la maison, le deuxième chapitre a commencé… Imaginez-vous aujourd’hui, si la maîtresse fait quelque chose de ce genre, le lendemain elle retrouve les deux parents ou l’un des deux qui lui fait des reproches, car les « experts » disent que les enfants ne doivent pas être ainsi grondés. Les choses ont changé ! C’est pourquoi les parents ne doivent pas s’auto-exclure de l’éducation des enfants.
Il est évident que cette approche n’est pas la bonne : elle n’est pas harmonieuse, elle ne relève pas du dialogue, et au lieu de favoriser la collaboration entre la famille et les autres structures éducatives, les écoles, les salles de sport… elle les oppose.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Il ne fait pas de doute que les parents, ou mieux, certains modèles éducatifs du passé avaient certaines limites, il n’y a pas de doute. Mais il est aussi vrai qu’il y a des erreurs que seuls les parents sont autorisés à faire, car ils peuvent les compenser d’une manière impossible pour qui que ce soit d’autre. D’autre part, nous le savons bien, la vie est devenues avare de temps pour parler, réfléchir, se confronter. De nombreux parents sont « séquestrés » par le travail — papa et maman doivent travailler — et par d’autres préoccupations, embarrassés par les nouvelles exigences des enfants et par la complexité de la vie actuelle, — qui est ainsi faite, nous devons l’accepter telle qu’elle est — et ils se trouvent comme paralysés par la crainte de commettre une erreur. Le problème, cependant, ne se résout pas uniquement en parlant. Au contraire, un « dialogue » superficiel ne mène pas à une véritable rencontre de l’esprit et du cœur. Demandons-nous plutôt : essayons-nous de comprendre « où » en sont réellement les enfants sur leur chemin ? Où est réellement leur âme, le savons-nous ? Et surtout, cela nous intéresse-t-il de le savoir ? Sommes-nous convaincus que ceux-ci en réalité, n’attendent rien d’autre ?
Les communautés chrétiennes sont appelées à offrir leur soutien à la mission éducative des familles, et elles le font en premier lieu à la lumière de la Parole de Dieu. L’apôtre Paul rappelle la réciprocité des devoirs entre parents et enfants : « Vous les enfants, en toutes choses écoutez vos parents ; dans le Seigneur, c’est cela qui est beau. Et vous les parents n’exaspérez pas vos enfants ; vous risquez de les décourager » (Col 3, 20-21). À la base de tout cela, il y a l’amour, celui que Dieu nous donne, qui « ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal… excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout » (1 Co 13, 5-6). Même dans les meilleures familles, il faut se supporter, et il faut beaucoup de patience pour se supporter ! Mais ainsi va la vie. La vie ne se fait pas en laboratoire, elle se fait dans la réalité. Jésus lui-même est passé par l’éducation familiale.
Dans ce cas aussi, la grâce de l’amour du Christ accomplit ce qui est inscrit dans la nature humaine. Combien d’exemples magnifiques avons-nous de parents chrétiens pétris de sagesse humaine ! Ceux-ci démontrent que la bonne éducation familiale est la colonne vertébrale de l’humanisme. Son irradiation sociale est la ressource qui permet de compenser les lacunes, les blessures, les vides de paternité et de maternité qui touchent les enfants les moins chanceux. Cette irradiation peut faire d’authentiques miracles. Et dans l’Église, ces miracles ont lieu tous les jours !
Je souhaite que le Seigneur donne aux familles chrétiennes la foi, la liberté et le courage nécessaires pour leur mission. Si l’éducation familiale retrouve la fierté de son rôle, beaucoup de choses vont s’améliorer, pour les parents incertains et pour les enfants déçus. Et à présent, que les pères et les mères rentrent de leur exil — parce qu’ils se sont auto-exclus de l’éducation de leurs enfants —, et assument à nouveau pleinement leur rôle éducatif. Espérons que le Seigneur donne aux parents cette grâce de ne pas s’auto-exclure de l’éducation de leurs enfants. Et seuls l’amour, la tendresse et la patience peuvent faire cela.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les groupes venus de Côte d’Ivoire et de France. Que le Saint-Esprit demeure sur vous et dans vos familles, et qu’il donne en particulier aux parents la foi, le courage et la liberté pour assumer leur mission éducative auprès de leurs enfants.

Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – (LA FAMILLE – 14. LES TROIS EXPRESSIONS)

20 mai, 2015

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PAPE FRANÇOIS – (LA FAMILLE – 14. LES TROIS EXPRESSIONS)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 13 mai 2015

Chers frères et sœurs, bonjour!

La catéchèse d’aujourd’hui est comme la porte d’entrée d’une série de réflexions sur la vie de la famille, sa vie réelle, avec ses temps et ses événements. Sur cette porte d’entrée, trois mots sont écrits, que j’ai déjà utilisés plusieurs fois sur la Place. Et ces mots sont: «S’il te plaît», «merci», «pardon». En effet, ces mots ouvrent la voie pour bien vivre en famille, pour vivre en paix. Ce sont des mots simples, mais pas si simples à mettre en pratique! Ils contiennent une grande force: la force de protéger la maison, également à travers mille difficultés et épreuves; en revanche leur absence, peu à peu, ouvre des failles qui peuvent aller jusqu’à son effondrement.
Nous les considérons normalement comme les mots de la «bonne éducation». En effet, une personne bien élevée demande la permission, dit merci ou s’excuse si elle s’est trompée. La bonne éducation est effectivement très importante. Un grand évêque, saint François de Sales, avait l’habitude de dire que «la bonne éducation est déjà la moitié de la sainteté». Mais attention, dans l’histoire nous avons aussi connu un formalisme des bonnes manières qui peut devenir un masque qui cache la sécheresse de l’âme et le manque d’intérêt pour l’autre. On a l’habitude dire: «Derrière tant de bonnes manières se cachent de mauvaises habitudes». Même la religion n’est pas à l’abri de ce risque, qui fait glisser l’observance formelle dans la mondanité spirituelle. Le diable qui tente Jésus fait preuve de bonnes manières — c’est vraiment un seigneur, un chevalier — et il cite les Saintes Ecritures, il semble un théologien. Son style apparaît correct, mais son intention est de faire dévier de la vérité de l’amour de Dieu. Nous, en revanche, nous entendons la bonne éducation dans ses termes authentiques, où le style des bonnes relations est solidement enraciné dans l’amour du bien et dans le respect de l’autre. La famille vit de cette finesse de l’amour.
Voyons donc: le premier mot est s’il te plaît. Quand nous nous préoccupons de demander avec gentillesse également ce que nous pensons pouvoir prétendre, nous établissons une véritable base pour l’esprit de la coexistence conjugale et familiale. Entrer dans la vie de l’autre, même quand il fait partie de notre vie, demande la délicatesse d’une attitude qui n’est pas envahissante, qui renouvelle la confiance et le respect. L’intimité, en somme, n’autorise pas à tout considérer comme acquis. Et l’amour, plus il est intime et profond, exige encore davantage le respect de la liberté et la capacité d’attendre que l’autre ouvre la porte de son cœur. A ce propos, rappelons la parole de Jésus dans le livre de l’Apocalypse: «Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi» (3, 20). Le Seigneur aussi demande la permission d’entrer! Ne l’oublions pas. Avant de faire quelque chose en famille: «S’il te plaît, est-ce que je peux le faire?». «Est-ce que cela te plaît si je fais ainsi?». Ce langage vraiment poli mais plein d’amour. Et cela fait beaucoup de bien aux familles.
Le deuxième mot est merci. Parfois on arrive à penser que nous sommes devenus une civilisation des mauvaises manières et des mauvais mots, comme si cela était un signe d’émancipation. Nous l’entendons parfois dire même publiquement. La gentillesse et la capacité de remercier sont vues comme un signe de faiblesse, parfois elles suscitent même la méfiance. On doit s’opposer à cette tendance au sein même de la famille. Nous devons devenir plus intransigeants sur l’éducation à la gratitude, à la reconnaissance: la dignité de la personne et la justice sociale passent toutes les deux par là. Si la vie de famille néglige ce style, la vie sociale le perdra aussi. Ensuite, pour le croyant la gratitude est au cœur même de la foi: un chrétien qui ne sait pas remercier est quelqu’un qui a oublié la langue de Dieu. Cela est laid! Rappelons-nous de la question de Jésus, quand il guérit dix lépreux et que seul l’un d’eux revint le remercier (cf. Lc 17, 18). Une fois j’ai entendu une personne âgée, très sage, très bonne, simple, mais avec cette sagesse de la piété, de la vie, qui disait: «La gratitude est une plante qui ne grandit que dans la terre des âmes nobles». Cette noblesse d’âme, cette grâce de Dieu dans l’âme nous pousse à dire merci à la gratitude. C’est la fleur d’une âme noble. C’est là une belle chose.
Le troisième mot est pardon. Un mot difficile, certes, mais pourtant si nécessaire. Lorsqu’il manque, les petites fissures s’élargissent — même sans le vouloir — jusqu’à devenir des douves profondes. Ce n’est pas pour rien si dans la prière enseignée par Jésus, le «Notre Père», qui résume toutes les questions essentielles de notre vie, nous trouvons cette expression: «Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés» (Mt 6, 12). Reconnaître que l’on a eu un manquement, et être désireux de restituer ce qui a été retiré — le respect, la sincérité, l’amour — rend digne de pardon. Et ainsi se referme l’infection. Si nous ne sommes pas capables de présenter nos excuses, cela signifie que nous ne sommes pas non plus capables de pardonner. Dans une maison où l’on ne demande pas pardon, l’air commence à manquer, les eaux deviennent stagnantes. De nombreuses blessures des sentiments, de nombreux déchirements dans les familles commencent avec la perte de ce mot précieux: «pardonne-moi». Dans la vie conjugale, on se dispute si souvent… «les assiettes volent» aussi, mais je vous donne un conseil: ne finissez jamais la journée sans avoir fait la paix. Ecoutez bien: vous vous êtes disputés, mari et femme? Enfants avec les parents? Vous avez eu une grosse dispute? Ce n’est pas bien, mais là n’est pas le problème. Le problème est que ce sentiment soit encore présent le jour d’après. C’est pour cela que si vous vous êtes disputés, ne finissez jamais la journée sans faire la paix en famille. Et comment dois-je faire la paix? Me mettre à genoux? Non! Seulement un petit geste, une petite chose et l’harmonie familiale revient. Une caresse suffit, sans les mots. Mais ne jamais finir la journée sans faire la paix. Vous avez compris cela? Ce n’est pas facile mais on doit le faire. Et avec cela, la vie sera plus belle.
Ces trois mots-clés de la famille sont des mots simples, et sans doute nous font-ils tout d’abord sourire. Mais quand nous les oublions, il n’y a plus de quoi rire, n’est-ce pas? Sans doute notre éducation les néglige-t-elle trop. Que le Seigneur nous aide à les remettre au bon endroit, dans notre cœur, dans notre maison, et également dans notre cohabitation civile. Ce sont les mots pour entrer réellement dans l’amour de la famille.

PAPE FRANÇOIS – (FAMILLE – MARIAGE 13. (II))

13 mai, 2015

http://w2.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2015/documents/papa-francesco_20150506_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – (FAMILLE – MARIAGE 13. (II))

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 6 mai 2015

Chers frères et sœurs, bonjour !

Sur notre chemin de catéchèse sur la famille, nous abordons aujourd’hui directement la beauté du mariage chrétien. Celui-ci n’est pas simplement une cérémonie qui a lieu à l’église, avec des fleurs, des vêtements de cérémonie, des photographies… Les mariage chrétien est un sacrement qui a lieu dans l’Église, et qui fait aussi l’Église, marquant le début d’une nouvelle communauté familiale.
C’est cela que l’apôtre Paul résume dans sa célèbre expression : « Ce mystère est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église » (Ep 5, 32). Inspiré par l’Esprit Saint, Paul affirme que l’amour entre les conjoints est l’image de l’amour entre le Christ et l’Église. Une dignité impensable ! Mais en réalité, elle est inscrite dans le dessein créateur de Dieu, et avec la grâce du Christ d’innombrables couples chrétiens, malgré leurs limites, leurs péchés, l’ont réalisée !
Saint Paul, en parlant de la nouvelle vie en Christ, dit que les chrétiens — tous — sont appelés à s’aimer comme le Christ les a aimés, c’est-à-dire « soumis les uns aux autres » (Ep 5, 21), ce qui signifie au service les uns des autres. Et il introduit ici l’analogie entre le couple mari-femme et celui Christ-Église. Il est clair qu’il s’agit d’une analogie imparfaite, mais nous devons en saisir le sens spirituel qui est très élevé et révolutionnaire, et dans le même temps simple, à la portée de chaque homme et femme qui se confient à la grâce de Dieu.
Le mari — dit Paul — doit aimer sa femme « comme son propre corps » (Ep 5, 28) ; l’aimer comme le Christ « a aimé l’Église et s’est livré pour elle » (v. 25). Mais vous les maris qui êtes ici présents, comprenez-vous cela ? Aimer votre femme comme le Christ aime l’Église ? Il ne s’agit pas de plaisanteries, mais de choses sérieuses ! L’effet de ce radicalisme du dévouement demandé à l’homme, pour l’amour et la dignité de la femme, à l’exemple du Christ, doit avoir été immense, dans la communauté chrétienne elle-même.
Cette semence de la nouveauté évangélique, qui rétablit la réciprocité originelle du dévouement et du respect, a mûri lentement au cours de l’histoire, mais à la fin a prévalu.
Le sacrement du mariage est un grand acte de foi et d’amour : il témoigne du courage de croire en la beauté de l’acte créateur de Dieu et de vivre cet amour qui le pousse à aller toujours au-delà, au-delà de soi-même et aussi au-delà de sa propre famille. La vocation chrétienne à aimer sans réserve et sans mesure est ce qui, avec la grâce du Christ, se trouve également à la base du libre consentement qui constitue le mariage.
L’Église elle-même participe pleinement à l’histoire de chaque mariage chrétien: elle s’édifie par ses réussites et souffre de ses échecs. Mais nous devons nous interroger avec sérieux: acceptons-nous jusqu’au bout, nous-mêmes, en tant que croyants et que pasteurs également ce lien indissoluble de l’histoire du Christ et de l’Église avec l’histoire du mariage et de la famille humaine ? Sommes-nous disposés à prendre sérieusement cette responsabilité, c’est-à-dire que chaque mariage prend la route de l’amour que le Christ a pour l’Église ? Cela est grand !
Dans cette profondeur du mystère propre à la créature, reconnu et rétabli dans sa pureté, s’ouvre un deuxième grand horizon qui caractérise le sacrement du mariage. La décision de « se marier dans le Seigneur » contient aussi une dimension missionnaire, qui signifie avoir dans son cœur la disponibilité à devenir l’intermédiaire de la bénédiction de Dieu et de la grâce du Seigneur pour tous. En effet, les époux chrétiens participent en tant qu’époux à la mission de l’Église. Il faut du courage pour cela ! C’est pourquoi quand je salue les nouveaux époux, je dis : « Voilà les courageux », car il faut du courage pour s’aimer ainsi comme le Christ aime l’Église.
La célébration du sacrement ne peut faire abstraction de cette coresponsabilité de la vie familiale à l’égard de la grande mission d’amour de l’Église. Et ainsi, la vie de l’Église s’enrichit chaque fois de la beauté de cette alliance sponsale, de même qu’elle s’appauvrit chaque fois qu’elle est défigurée. L’Église, pour offrir à tous les dons de la foi, de l’amour et de l’espérance, a également besoin de la fidélité courageuse des époux à la grâce de leur sacrement! Le peuple de Dieu a besoin de leur chemin de foi quotidien, dans l’amour et dans l’espérance, avec toutes les joies et les difficultés que ce chemin comporte dans un mariage et dans une famille.
La route est ainsi tracée pour toujours, c’est la route de l’amour. Le Christ ne cesse de prendre soin de l’Église : il l’aime toujours, il la protège toujours, comme lui-même. Le Christ ne cesse d’ôter de son visage humain les taches et les rides de toutes sortes. Ce rayonnement de la force et de la tendresse de Dieu qui se transmet d’un couple à un autre, d’une famille à une autre, est émouvant est très beau. Saint Paul a raison : c’est vraiment un « grand mystère » ! Des hommes et des femmes, assez courageux pour porter ce trésor dans les « vases d’argile » de notre humanité, sont — ces hommes et ces femmes si courageux — une ressource universelle pour l’Église, également pour le monde entier ! Que Dieu les bénisse mille fois pour cela !

PAPE FRANÇOIS – («Dieu créa l’homme à son image: … homme et femme il les créa» (1, 27).)

6 mai, 2015

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2015/documents/papa-francesco_20150422_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – («Dieu créa l’homme à son image: … homme et femme il les créa» (1, 27).)

(La traduction de la catéchèse du Pape viennent toujours après deux semaines)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 22 avril 2015

Chers frères et sœurs,

Dans la précédente catéchèse sur la famille, je me suis arrêté sur le premier récit de la création de l’être humain, dans le premier chapitre de la Genèse, où il est écrit: «Dieu créa l’homme à son image: à l’image de Dieu il le créa; homme et femme il les créa» (1, 27).
Aujourd’hui, je voudrais compléter la réflexion par le second récit, que nous trouvons au deuxième chapitre. Nous lisons ici que le Seigneur, après avoir créé le ciel et la terre, «modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant» (2, 7). C’est le sommet de la création. Mais il manque quelque chose: Dieu établit ensuite l’homme dans un très beau jardin afin qu’il le cultive et le garde (cf. 2, 15).
L’Esprit Saint, qui a inspiré toute la Bible, suggère pour un moment l’image de l’homme seul — il lui manque quelque chose —, sans la femme. Et il suggère la pensée de Dieu, presque le sentiment de Dieu qui le regarde, qui observe Adam seul dans son jardin: il est libre, il est seigneur,… mais il est seul. Et Dieu voit que cela «n’est pas bon»: c’est comme l’absence de communion, il lui manque la communion, un manque de plénitude. «Cela n’est pas bon» — dit Dieu — et il ajoute: «Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie» (2, 18).
Alors Dieu présente à l’homme tous les animaux; l’homme donne à chacun d’eux son nom — et cela est une autre image de la seigneurie de l’homme sur la création —, mais il ne trouve dans aucun animal son semblable. L’homme continue seul. Quand finalement Dieu présente la femme, l’homme reconnaît débordant de joie que cette créature, et seulement elle, fait partie de lui: «c’est l’os de mes os et la chair de ma chair» (2, 23). Il y a enfin un reflet, une réciprocité. Quand une personne — c’est un exemple pour bien comprendre cela — veut donner la main à une autre, elle doit l’avoir face à elle: si quelqu’un tend la main et qu’il n’a personne, la main demeure là…, il lui manque la réciprocité. C’est ainsi qu’était l’homme, il lui manquait quelque chose pour parvenir à sa plénitude, il lui manquait la réciprocité. La femme n’est pas une «réplique» de l’homme; elle provient directement du geste créateur de Dieu. L’image de la «côte» n’exprime pas du tout l’infériorité ou la subordination, mais au contraire que l’homme et la femme sont de la même substance et sont complémentaires et qu’ils ont aussi cette réciprocité. Et le fait que — toujours dans la parabole — Dieu modèle la femme pendant que l’homme dort, souligne précisément le fait qu’elle n’est en aucune façon créature de l’homme, mais bien de Dieu. Cela suggère aussi une autre chose: pour trouver la femme — et nous pouvons dire pour trouver l’amour dans la femme —, l’homme doit d’abord en rêver et ensuite la trouver.
La confiance de Dieu dans l’homme et dans la femme, auxquels il confie la terre, est généreuse, directe et pleine. Il a confiance en eux. Mais voilà que le malin introduit dans leur esprit la suspicion, l’incrédulité, la méfiance. Et enfin, arrive la désobéissance au commandement qui les protégeait. Ils sombrent dans ce délire de toute-puissance qui pollue tout et détruit l’harmonie. Nous aussi nous le ressentons en nous très souvent, nous tous.
Le péché engendre la méfiance et la division entre l’homme et la femme. Leur relation sera menacée par mille formes d’abus et d’assujettissement, de séduction trompeuse et de domination humiliante, jusqu’aux plus dramatiques et violentes. L’histoire en porte les traces. Pensons, par exemple, aux excès négatifs des cultures patriarcales. Pensons aux multiples formes de machisme où la femme était considérée comme étant de deuxième classe. Pensons à l’instrumentalisation et à la marchandisation du corps féminin dans la culture médiatique actuelle. Mais pensons également à la récente épidémie de méfiance, de scepticisme, et même d’hostilité qui se diffuse dans notre culture — en particulier à partir d’une méfiance compréhensible des femmes — à l’égard d’une alliance entre l’homme et la femme qui soit capable, à la fois, d’affiner l’intimité de la communion et de conserver la dignité de la différence.
Si nous n’avons pas un sursaut de sympathie pour cette alliance, capable de mettre les nouvelles générations à l’abri de la méfiance et de l’indifférence, les enfants viendront au monde toujours plus déracinés de celle-ci dès le sein maternel. La dévaluation sociale de l’alliance stable et générative d’un homme et d’une femme est certainement une perte pour tous. Nous devons remettre à l’honneur le mariage et la famille! La Bible dit une belle chose: l’homme trouve la femme, ils se rencontrent et l’homme doit quitter quelque chose pour la trouver pleinement. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour aller chez elle. Cela est beau! Cela signifie commencer une nouvelle route. L’homme est tout pour la femme et la femme est toute pour l’homme.
La sauvegarde de cette alliance de l’homme et de la femme, même s’ils sont pécheurs et blessés, confus et incertains, est donc pour nous croyants une vocation exigeante et passionnée, dans la situation actuelle. Le récit même de la création et du péché, dans son final, nous en donne une très belle icône: «Yahvé Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit» (Gn 3, 21). C’est une image de tendresse envers ce couple pécheur qui nous laisse sans voix: la tendresse de Dieu pour l’homme et la femme! C’est une image de protection paternelle du couple humain. Dieu lui-même prend soin de son chef-d’œuvre et le protège.

 

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