Archive pour la catégorie 'CATÉCHÈSE DU MERCREDI'

PAPE FRANÇOIS – (REMETS-NOUS NOS DETTES)

11 novembre, 2015

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2015/documents/papa-francesco_20151104_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS -  (REMETS-NOUS NOS DETTES)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 4 novembre 2015

Chers frères et sœurs, bonjour !

L’assemblée du synode des évêques, qui s’est conclue récemment, a réfléchi à fond sur la vocation et la mission de la famille dans la vie de l’Église et de la société contemporaine. Cela a été un événement de grâce. À son terme, les pères synodaux m’ont remis le texte de leurs conclusions. J’ai voulu que ce texte soit publié, afin que tous puissent participer au travail qui les a occupés ensemble pendant deux ans. Ce n’est pas le moment d’examiner ces conclusions, sur lesquelles je dois moi-même méditer. Mais entre-temps, la vie continue, en particulier la vie des familles continue ! Vous, chères familles, êtes toujours en chemin. Et vous écrivez déjà continuellement dans les pages de la vie concrète la beauté de l’Évangile de la famille. Dans un monde qui devient parfois aride de vie et d’amour, vous parlez chaque jour du grand don que sont le mariage et la famille. Je voudrais souligner aujourd’hui cet aspect : que la famille est une grande école d’entraînement au don et au pardon réciproque sans lesquels aucun amour ne peut durer longtemps. Sans se donner et sans se pardonner, l’amour ne reste pas, il ne dure pas. Dans la prière qu’Il nous a lui-même enseignée — c’est-à-dire le Notre Père — Jésus nous fait demander au Père : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Et à la fin, il commente : « Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes » (Mt 6, 12 ; 14-15). On ne peut vivre sans se pardonner, ou tout au moins on ne peut vivre bien, en particulier en famille. Chaque jour, nous nous faisons du mal l’un à l’autre. Nous devons tenir compte de ces erreurs, dues à notre fragilité et à notre égoïsme. Mais ce qui nous est demandé, c’est de guérir immédiatement les blessures que nous nous provoquons, de retisser immédiatement les fils que nous brisons dans la famille. Si nous attendons trop, tout devient plus difficile. Et il y a un secret simple pour guérir les blessures et pour éliminer les accusations. C’est le suivant : ne pas laisser que la journée prenne fin sans se demander pardon, sans faire la paix entre époux et épouse, entre parents et enfants, entre frères et sœurs… Entre belle-fille et belle-mère ! Si nous apprenons à nous demander immédiatement pardon et à nous donner le pardon réciproque, les blessures guérissent, le mariage se fortifie, et la famille devient une maison toujours plus solide, qui résiste aux secousses de nos méchancetés petites et grandes. Et pour cela, il n’est pas nécessaire de se faire un grand discours mais une caresse suffit: une caresse, et tout est fini et recommence. Mais il ne faut pas finir la journée dans la guerre ! Si nous apprenons à vivre ainsi en famille, nous le faisons également en dehors, partout où nous nous trouvons. Il est facile de demeurer sceptique sur cela. De nombreuses personnes — même parmi les chrétiens — pensent que c’est une exagération. On dit : oui, ce sont de belles paroles, mais il est impossible de les mettre en pratique. Mais grâce à Dieu, il n’en est rien. En effet, c’est précisément en recevant le pardon de Dieu que, à notre tour, nous sommes capables de pardon envers les autres. Pour cela, Jésus nous fait répéter ces paroles chaque fois que nous récitons la prière du Notre-Père, c’est-à-dire chaque jour. Et il est indispensable que, dans une société parfois impitoyable, il y ait des lieux, comme la famille, où l’on peut apprendre à se pardonner les uns les autres. Le synode a ravivé notre expérience également à ce propos : la capacité de pardonner et de se pardonner fait partie de la vocation et de la mission de la famille. La pratique du pardon non seulement sauve les familles de la division, mais les rend capables d’aider la société à être moins mauvaise et moins cruelle. Oui, chaque geste de pardon répare la maison des fissures et renforce ses murs. Chères familles, l’Église est toujours à vos côtés pour vous aider à construire votre maison sur le roc dont a parlé Jésus. Et n’oublions pas ces paroles qui précèdent immédiatement la parabole de la maison : « Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux ». Et il ajoute : « Ce jour-là, beaucoup me diront : “Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons expulsé les démons ?”. Alors je leur déclarerai : “Je ne vous ai jamais connus” » (cf. Mt 7, 21-23). C’est une parole forte, cela ne fait aucun doute, qui a pour but de nous secouer et de nous appeler à la conversion. Je vous assure, chères familles, que vous serez capables de marcher toujours plus résolument sur le chemin des Béatitudes, en apprenant et en enseignant à vous pardonner réciproquement, dans toute la grande famille de l’Église croîtra la capacité de témoigner de la force rénovatrice du pardon de Dieu. S’il n’en était pas ainsi, nous ferions des prédications même très belles, et nous chasserions peut-être aussi quelque diable, mais à la fin, le Seigneur ne nous reconnaîtra pas comme ses disciples, parce que nous n’avons pas eu la capacité de pardonner et de nous faire pardonner des autres ! Les familles chrétiennes peuvent faire véritablement beaucoup pour la société d’aujourd’hui, et aussi pour l’Église. Pour cela, je désire qu’au cours du jubilé de la miséricorde, les familles redécouvrent le trésor du pardon réciproque. Prions afin que les familles soient toujours plus capables de vivre et de construire des voies concrètes de réconciliation, où personne ne se sente abandonné au poids de ses offenses. Dans cette intention, disons ensemble : « Notre Père, pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». [Disons-le ensemble : « Notre Père, pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés »].

PAPE FRANÇOIS – LA FAMILLE 29. – PROMESSES AUX ENFANTS

21 octobre, 2015

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2015/documents/papa-francesco_20151014_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 14 octobre 2015

LA FAMILLE 29.  – PROMESSES AUX ENFANTS

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, étant donné que les prévisions du temps étaient un peu incertaines et que l’on prévoyait de la pluie, cette audience a lieu en même temps dans deux endroits : nous ici, sur la place, et sept cents malades dans la salle Paul VI qui suivent l’audience sur des écrans géants. Nous sommes tous unis à eux et les saluons par des applaudissements. La parole de Jésus retentit avec force aujourd’hui : « Malheur au monde à cause des scandales ». Jésus est réaliste et dit : « Il est fatal, certes, qu’il arrive des scandales, mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive ! ». Je voudrais, avant de commencer la catéchèse, au nom de l’Église, vous demander pardon pour les scandales qui, en ces derniers temps, ont eu lieu tant à Rome qu’au Vatican, je vous demande pardon. Nous réfléchissons aujourd’hui sur un thème très important : les promesses que nous faisons aux enfants. Je ne parle pas tant des promesses que nous faisons de temps à autre, au cours de la journée, pour qu’ils soient contents ou sages (parfois en ayant recours à de petites astuces innocentes : je te donne un bonbon, ou des promesses similaires…), pour leur donner l’envie de les faire s’appliquer à l’école ou pour les dissuader de faire des caprices. Je parle d’autres promesses, des promesses plus importantes, décisives pour leurs attentes à l’égard de la vie, pour leur confiance à l’égard des êtres humains, pour leur capacité de concevoir le nom de Dieu comme une bénédiction. Ce sont des promesses que nous leur faisons. Nous adultes sommes prêts à parler des enfants comme d’une promesse de la vie. Nous disons tous : les enfants sont une promesse de la vie. Et nous nous émouvons aussi facilement, en disant aux jeunes qu’ils sont notre avenir, c’est vrai. Mais je me demande, parfois, si nous sommes tout aussi sérieux avec leur avenir, avec l’avenir des enfants et avec l’avenir des jeunes ! Une question que nous devrions nous poser plus souvent est celle-ci : dans quelle mesure respectons-nous les promesses que nous faisons aux enfants, en les faisant venir dans notre monde ? Nous les faisons venir au monde et cela est une promesse, que leur promettons-nous ? Accueil et soin, proximité et attention, confiance et espérance, sont autant de promesses de base, qui peuvent se résumer en une seule: amour. Nous promettons de l’amour, c’est-à-dire un amour qui s’exprime dans l’accueil, dans le soin, dans la proximité, dans l’attention, dans la confiance et dans l’espérance, mais la grande promesse est l’amour. C’est la façon la plus juste d’accueillir un être humain qui vient au monde, et nous l’apprenons tous, avant même d’en être conscients. J’aime beaucoup voir les pères et les mères, quand je passe parmi vous, qui m’apportent un petit garçon, une petite fille, et je demande : « Quel âge a-t-il ? « Trois semaines, quatre semaines… Je demande la bénédiction du Seigneur ». Cela aussi s’appelle l’amour. L’amour est la promesse que l’homme et la femme font à chaque enfant : dès le moment où il est conçu en pensée. Les enfants viennent au monde et attendent d’avoir la confirmation de cette promesse : ils l’attendent de façon totale, confiante, démunie. Il suffit de les regarder: dans toutes les ethnies, dans toutes les cultures, dans toutes les conditions de vie ! Quand le contraire arrive, les enfants sont blessés par un « scandale », par un scandale insupportable, d’autant plus grave qu’ils n’ont pas les instruments pour le déchiffrer. Ils ne peuvent pas comprendre ce qui arrive. Dieu veille sur cette promesse, dès le premier instant. Vous vous souvenez de ce que dit Jésus ? Les anges des enfants reflètent le regard de Dieu, et Dieu ne perd jamais de vue les enfants (cf. Mt 18, 10). Malheur à ceux qui trahissent leur confiance, malheur ! Leur abandon confiant à notre promesse, qui nous engage dès le premier instant, nous juge. Et je voudrais ajouter une autre chose, avec beaucoup de respect pour tous, mais également avec beaucoup de franchise. Leur confiance spontanée en Dieu ne devrait jamais être blessée, en particulier lorsque cela a lieu en raison d’une certaine présomption (plus ou moins inconsciente) de se substituer à Lui. La relation tendre et mystérieuse de Dieu avec l’âme des enfants ne devrait jamais être violée. C’est une relation réelle, que Dieu veut et que Dieu préserve. L’enfant est prêt dès sa naissance à se sentir aimé de Dieu, il est prêt à cela. Dès qu’il est en mesure de sentir qu’il est aimé pour lui-même, un enfant sent aussi qu’il y a un Dieu qui aime les enfants. Dès qu’ils naissent, les enfants commencent à recevoir en don, avec la nourriture et les soins, la confirmation des qualités spirituelles de l’amour. Les actes de l’amour passent à travers le don du nom personnel, la transmission du langage, les intentions des regards, les illuminations des sourires. Ils apprennent ainsi que la beauté du lien entre les êtres humains vise notre âme, recherche notre liberté, accepte la diversité de l’autre, le reconnaît et le respecte comme interlocuteur. Un deuxième miracle, une deuxième promesse : nous — papas et mamans — nous donnons à toi, pour te donner à toi-même ! Et cela est l’amour, qui apporte une étincelle de celui de Dieu ! Mais vous, papas et mamans, possédez cette étincelle de Dieu que vous donnez aux enfants, vous êtes instruments de l’amour de Dieu et cela est beau, beau, beau ! Ce n’est que si nous regardons les enfants avec les yeux de Jésus que nous pouvons véritablement comprendre dans quelle mesure, en défendant la famille, nous protégeons l’humanité ! Le point de vue des enfants est le point de vue du Fils de Dieu. L’Église elle- même, dans le baptême, fait de grandes promesses aux enfants, et à travers lui engage les parents et la communauté chrétienne. La Sainte Mère de Jésus — au moyen de laquelle le Fils de Dieu est arrivé jusqu’à nous, aimé et engendré comme un enfant — rend l’Église capable de suivre la voie de sa maternité et de sa foi. Et saint Joseph — homme juste, qui l’a accueilli et protégé, en honorant courageusement la bénédiction et la promesse de Dieu — nous rend tous capables et dignes d’accueillir Jésus dans chaque enfant que Dieu envoie sur la terre.

 

JEAN-PAUL II – « LES TEMPS SONT ACCOMPLIS ET LE ROYAUME DE DIEU EST PROCHE. 1987

15 octobre, 2015

http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/audiences/1987/documents/hf_jp-ii_aud_19870318.html

JEAN-PAUL II – « LES TEMPS SONT ACCOMPLIS ET LE ROYAUME DE DIEU EST PROCHE.

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 18 mars 1987

1. « Les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est proche. ». (Mc 1, 15.) C’est par ces paroles que Jésus de Nazareth commence sa prédication messianique. Le Royaume de Dieu qui, en Jésus, fait irruption dans la vie et dans l’histoire de l’homme, constitue l’accomplissement des promesses de salut qu’Israël avait reçues du Seigneur. Jésus se révèle être le Messie non pas parce qu’il vise une domination temporelle et politique, selon la conception de ses contemporains, mais parce que, par sa mission qui culmine avec sa passion-mort-résurrection, « toutes les promesses de Dieu sont devenues « oui » » (2 Co 1, 20). 2. Pour comprendre pleinement la mission de Jésus, il est nécessaire de rappeler le message de l’Ancien Testament qui proclame la royauté salvifique du Sauveur. Dans le cantique de Moïse (Ex 15, 1-18), le Seigneur est acclamé « roi » parce qu’il a libéré son peuple de manière admirable et l’a conduit, avec puissance et amour, vers la communion avec lui et avec les frères, dans la joie de la liberté. Le très ancien psaume 28/29 témoigne de la même foi : le Seigneur est contemplé dans la puissance de sa royauté qui domine toute la création et communique à son peuple force, bénédiction et paix (Ps 28/29, 10). C’est surtout dans la vocation d’Isaïe que la foi dans le Seigneur « roi » apparaît totalement imprégnée du thème du salut. Le « Roi », que le prophète contemple avec les yeux de la foi, « sur un trône haut et élevé » (Is 6, 1), c’est Dieu dans le mystère de sa sainteté transcendante et de sa bonté miséricordieuse par laquelle il se rend présent à son peuple, comme source d’amour qui purifie, pardonne et sauve : « Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu des armées, toute la terre sera remplie de sa gloire. » (Is 6, 3.) Cette foi en la royauté salvifique du Seigneur a empêché que, dans le peuple de l’Alliance, la monarchie se développe de manière autonome comme dans les autres nations : le roi est l’élu, l’oint du Seigneur et, comme tel, il est l’instrument par lequel Dieu lui-même exerce sa souveraineté sur Israël (cf. 1 S 12, 12-15). « Le Seigneur règne », proclament continuellement les psaumes (cf. 5, 3 ; 9, 6 ; 28, 10 ; 92, 1 ; 96, 1-4 ; 145, 10). 3. Face à l’expérience douloureuse des limites humaines et du péché, les prophètes annoncent une nouvelle Alliance dans laquelle le Seigneur lui-même sera le guide sauveur et royal de son peuple renouvelé (cf. Jr 31, 31-34 ; Ez 34, 7-16 ; 36, 24-28). C’est dans ce contexte que naît l’attente d’un nouveau David que le Seigneur suscitera pour qu’il soit l’instrument de l’Exode, de la libération, du salut (Ez 34, 23-25 ; cf. Jr 23, 5-6). À partir de ce moment, la figure du Messie apparaîtra en lien étroit avec l’inauguration de la pleine royauté de Dieu. Après l’Exil, même si l’institution de la monarchie est affaiblie en Israël, on continue à approfondir la foi en la royauté que Dieu exerce sur son peuple et qui s’étendra jusqu’aux « extrémités de la terre ». Les psaumes qui chantent le Seigneur roi constituent le témoignage le plus significatif de cette espérance (cf. Ps 95, 98). Cette espérance atteindra sa plus grande intensité quand le regard de la foi, se dirigeant au-delà du temps de l’histoire humaine, comprendra que ce n’est que dans l’éternité à venir que le Royaume de Dieu sera établi avec toute sa puissance. Alors, par la résurrection, les rachetés seront en pleine communion de vie et d’amour avec le Seigneur (cf. Dn 7, 9-10 ; 12, 2-3). 4. Jésus se réfère à cette espérance de l’Ancien Testament et proclame qu’elle est accomplie. Le Règne de Dieu constitue le thème central de sa prédication, comme le montrent en particulier les paraboles. La parabole du semeur (Mt 13, 3-8) proclame que le Royaume de Dieu est déjà à l’œuvre dans la prédication de Jésus, et en même temps elle incite à regarder l’abondance des fruits qui constitueront la richesse surabondante du Royaume à la fin des temps. La parabole de la graine qui grandit toute seule (Mc 4, 26-29) souligne que le Royaume n’est pas une œuvre humaine mais uniquement le don de l’amour de Dieu qui agit dans le cœur des croyants et guide l’histoire humaine vers son accomplissement définitif dans la communion éternelle avec le Seigneur. La parabole de l’ivraie au milieu du bon grain (Mt 13, 24-30) et celle du filet de pêche (Mt 13, 47-52) suggèrent avant tout la présence, déjà agissante, du salut de Dieu. Cependant, en même temps que les « fils du Royaume », les « fils du Malin » sont également présents, les ouvriers d’iniquité : ce n’est qu’au terme de l’histoire que les puissances du mal seront détruites et que celui qui aura accueilli le Royaume sera pour toujours avec le Seigneur. Les paraboles du trésor caché et de la perle précieuse (Mt 13, 44-46), enfin, expriment la valeur suprême et absolue du Royaume de Dieu : celui qui comprend cela est disposé à affronter n’importe quel sacrifice et renonce à tout pour y entrer. 5. À partir de cet enseignement de Jésus apparaît une richesse très éclairante. Le Royaume de Dieu, dans sa réalisation pleine et totale, est certainement à venir, « il doit venir » (cf. Mc 9, 1 ; Lc 22, 18) ; la prière du Notre Père enseigne à invoquer sa venue : « Que ton Règne vienne. » (Mt 6,10.) En même temps, cependant, Jésus affirme que le Royaume de Dieu « est déjà venu » (Mt 12, 28), « il est au milieu de vous » (Lc 17, 21) par la prédication et les œuvres de Jésus. En outre, il ressort de tout le Nouveau Testament que l’Église fondée par Jésus est le lieu où la royauté de Dieu se rend présente, dans le Christ, comme don du salut dans la foi, de la vie nouvelle dans l’Esprit, de la communion dans la charité. Ainsi apparaît le rapport étroit qui existe entre le Royaume et Jésus, un rapport si fort que le Royaume de Dieu peut aussi être appelé « le Royaume de Jésus » (Ep 5, 2 ; 2 P 1, 11), comme, du reste, l’affirme Jésus lui-même devant Pilate, affirmant que « son » Royaume n’est pas de ce monde (Jn 18, 36). 6. À cette lumière, nous pouvons comprendre les conditions qu’indique Jésus pour entrer dans le Royaume. Elles peuvent se résumer par le mot « conversion ». Par la conversion, l’homme s’ouvre au don de Dieu (cf. Lc 12, 32) qui « appelle à son Royaume et à sa gloire » (1 Th 2, 12) ; il accueille le Royaume comme un petit enfant (Mc 10, 15) et il est disposé à n’importe quel renoncement pour pouvoir y entrer (cf. Lc 18, 29 ; Mt 19, 29 ; Mc 10, 29). Le Royaume de Dieu exige une « justice » profonde ou nouvelle (Mt 5, 20) : il demande que l’on s’engage à faire « la volonté de Dieu » (Mt 7, 21) ; il demande simplicité intérieure « semblable à celle des enfants » (Mt 18, 3 ; Mc 10, 15) ; il comporte le dépassement de l’obstacle que constituent les richesses (cf. Mc 10, 23-24). 7. Les Béatitudes proclamées par Jésus (cf. Mt 5, 3-12) apparaissent comme la magna charta du Royaume des cieux qui est donné aux pauvres en esprit, aux affligés, aux doux, à ceux qui ont faim et soif de justice, aux miséricordieux, à ceux qui ont le cœur pur, à ceux qui sont des artisans de paix, à ceux qui sont persécutés à cause de la justice. Les Béatitudes n’indiquent pas seulement les exigences du Royaume ; elles manifestent avant tout l’œuvre que Dieu accomplit en nous rendant semblables à son Fils (Rm 8, 29) et capables d’éprouver ses sentiments (Ph 2, 5 ss.) d’amour et de pardon (cf. Jn 13, 34-35 ; Col 3, 13). 8. L’Église du Nouveau Testament, qui l’a vécu dans la joie de sa foi pascale, témoigne de cet enseignement de Jésus sur le Royaume de Dieu. Elle est la communauté des « petits » que le Père a libérés de la puissance des ténèbres et a fait passer dans le Royaume de son Fils bien-aimé (Col 1, 13) ; elle est la communauté de ceux qui vivent « en Christ », se laissant conduire par l’Esprit-Saint sur les chemins de la paix (Lc 1, 79), et qui luttent pour ne pas « tomber en tentation » et pour éviter les œuvres de la « chair », sachant bien que « celui qui les accomplit n’héritera pas du Royaume de Dieu » (Ga 5, 21). L’Église est la communauté de ceux qui annoncent, par leur vie et la parole, le message même de Jésus : « Le Royaume de Dieu est proche. » (Lc 10, 9.) 9. L’Église qui, « au cours des siècles, tend sans cesse vers la plénitude de la vérité divine, jusqu’à ce qu’en elle s’accomplissent les paroles de Dieu » (DV, 8), prie le Père au cours de chaque célébration eucharistique pour que « son Règne vienne ». Elle vit dans une ardente attente de la venue glorieuse du Seigneur et Sauveur Jésus, lequel offrira à la divine Majesté « le Royaume éternel et universel : Royaume de vérité et de vie, de sainteté et de grâce, de justice, d’amour et de paix » (Préface de la solennité du Christ-Roi). Cette attente du Seigneur est une source constante de confiance et d’énergie. Elle stimule les baptisés, devenus participants de la dignité royale du Christ, pour qu’ils vivent chaque jour « dans le Royaume du Fils bien-aimé », pour qu’ils témoignent et annoncent la présence du Royaume par les œuvres mêmes de Jésus (cf. Jn 14, 12). En vertu de ce témoignage de foi et d’amour, enseigne le Concile, le monde sera imprégné de l’esprit du Christ et atteindra plus efficacement sa fin dans la justice, la charité et la paix (LG, 36).

PAPE FRANÇOIS – LA FAMILLE -26. COMMUNAUTÉ (DE LA PRÉSENTATION EN ITALIEN)

16 septembre, 2015

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PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 9 septembre 2015

LA FAMILLE -26. COMMUNAUTÉ (DE LA PRÉSENTATION EN ITALIEN)

Chers frères et sœurs, bonjour !

Je voudrais aujourd’hui arrêter notre attention sur le lien entre la famille et la communauté chrétienne. C’est un lien, pour ainsi dire, « naturel », car l’Église est une famille spirituelle et la famille est une petite Église (cf. Lumen gentium, n. 9).
La communauté chrétienne est la maison de ceux qui croient en Jésus comme source de la fraternité entre tous les hommes. L’Église marche au milieu des peuples, dans l’histoire des hommes et des femmes, des pères et des mères, des fils et des filles : c’est l’histoire qui compte pour le Seigneur. Les grands événements des puissances de ce monde sont écrits dans les livres d’histoire et restent là. Mais l’histoire des liens d’affections humains s’écrit directement dans le cœur de Dieu ; et c’est l’histoire qui demeure pour l’éternité. Tel est le lieu de la vie et de la foi. La famille est le lieu de notre initiation — irremplaçable, indélébile — à cette histoire. À cette histoire de vie en plénitude, qui finira dans la contemplation de Dieu pour toute l’éternité au Ciel, mais qui commence en famille ! C’est pour cela que la famille est si importante.
Le Fils de Dieu apprit l’histoire humaine par cette voie, et il la parcourut jusqu’au bout (cf. He 2, 18 ; 5, 8). Il est beau de recommencer à contempler Jésus et les signes de ce lien: Il naquit dans une famille et c’est là qu’« il apprit le monde » : une échoppe, quatre maisons, une petit village de rien du tout. Pourtant, en vivant pendant trente ans cette expérience, Jésus assimila la condition humaine, l’accueillant dans sa communion avec le Père et dans sa mission apostolique elle-même. Ensuite, quand il quitta Nazareth et qu’il commença sa vie publique, Jésus forma autour de lui une communauté, une « assemblée », c’est-à-dire une convocation de personnes. Cela est la signification du mot « église ».
Dans les Évangiles, l’assemblée de Jésus a la forme d’une famille accueillante, non d’une secte exclusive, fermée: on y trouve Pierre et Jean, mais aussi l’affamé et l’assoiffé, l’étranger et le persécuté, la pécheresse et le publicain, les pharisiens et les foules. Et Jésus ne cesse d’accueillir et de parler avec tous, même avec celui qui ne s’attend plus à rencontrer Dieu dans sa vie. C’est une leçon forte pour l’Église ! Les disciples eux-mêmes sont choisis pour prendre soin de cette assemblée, de cette famille des hôtes de Dieu.
Pour que cette réalité de l’assemblée de Jésus soit vivante aujourd’hui, il est indispensable de raviver l’alliance entre la famille et la communauté chrétienne. Nous pourrions dire que la famille et la paroisse sont les deux lieux dans lesquels se réalise cette communion d’amour qui trouve sa source ultime en Dieu lui-même. Une Église vraiment selon l’Évangile ne peut avoir que la forme d’une maison accueillante, avec les portes ouvertes, toujours. Les églises, les paroisses, les institutions qui ont les portes fermées ne doivent pas s’appeler églises, elles doivent s’appeler musées !
Et aujourd’hui, cela est une alliance cruciale. « Contre les “centres de pouvoir” idéologiques, financiers et politiques, nous plaçons nos espérances dans ces centres de l’amour évangélisateurs, riches de chaleur humaine, fondés sur la solidarité et la participation » (Conseil pontifical pour la famille, Les enseignements de J.M. Bergoglio – Le Pape François sur la famille et sur la vie 1999-2014, lev 2014, 189), et également sur le pardon entre nous.
Renforcer le lien entre famille et communauté chrétienne est aujourd’hui indispensable et urgent. Assurément, il y a besoin d’une foi généreuse pour retrouver l’intelligence et le courage de renouveler cette alliance. Parfois, les familles n’acceptent pas, en disant qu’elles ne sont pas à la hauteur : « Père, nous sommes une famille pauvre et aussi un peu éclatée », « nous n’en sommes pas capables », « nous avons déjà tellement de problèmes à la maison », « nous n’avons pas les forces ! ». C’est vrai. Mais personne n’est digne, personne n’est à la hauteur, personne n’a les forces ! Sans la grâce de Dieu, nous ne pourrions rien faire. Tout nous est donné ; donné gratuitement ! Et le Seigneur n’arrive jamais dans une nouvelle famille sans faire quelque miracle. Rappelons-nous de celui qu’il fit aux noces de Cana ! Oui, le Seigneur, si nous nous remettons entre ses mains, nous fait accomplir des miracles — mais des miracles de tous les jours ! — quand le Seigneur est là, dans cette famille.
Naturellement, la communauté chrétienne doit elle aussi participer. Par exemple, chercher à dépasser des attitudes trop directives et trop fonctionnelles, favoriser le dialogue interpersonnel et la connaissance et l’estime réciproque. Que les familles prennent l’initiative et sentent la responsabilité d’apporter leurs dons précieux pour la communauté. Nous devons tous être conscients que la foi chrétienne se joue sur le terrain ouvert de la vie partagée avec tous, la famille et la paroisse doivent accomplir le miracle d’une vie plus communautaire pour la société entière.
À Cana, se trouvait la Mère de Jésus, la « mère du bon conseil ». Ecoutons ses paroles : « Faites ce qu’il vous dira » (cf. Jn 2, 5). Chères familles, chères communautés paroissiales, laissons-nous inspirer par cette Mère, faisons tout ce que Jésus nous dira et nous nous trouverons face au miracle, au miracle de chaque jour ! Merci.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier le Séminaire Saint-Joseph de Bordeaux, accompagné du Cardinal Jean-Pierre Ricard – qu’il soit le bienvenu – , et toutes les familles venues de Suisse et de France.
Chères familles, vous êtes indispensables à la vie de nos paroisses. Je vous invite à vous y engager généreusement, et à faire vivre aux plus jeunes l’expérience de l’amour de Dieu, de la charité fraternelle et de l’accueil de l’autre.

Que Dieu vous bénisse et vous garde !

PAPE FRANÇOIS – LA FAMILLE – L’ÉVANGÉLISATION

9 septembre, 2015

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2015/documents/papa-francesco_20150902_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – LA FAMILLE – L’ÉVANGÉLISATION

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 2 septembre 2015

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans notre dernier bout de chemin de catéchèses sur la famille, ouvrons les yeux sur la façon dont celle-ci vit la responsabilité de communiquer la foi, de transmettre la foi, aussi bien en son sein qu’à l’extérieur.
Dans un premier temps, certaines expressions évangéliques peuvent nous venir à l’esprit, qui semblent opposer les liens de la famille et le fait de suivre Jésus. Par exemple, ces paroles fortes que nous connaissons tous et avons entendues : « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. Qui ne prend pas sa croix et ne suit pas derrière moi n’est pas digne de moi » (Mt 10, 37-38).
Naturellement, Jésus n’entend pas par là effacer le quatrième commandement, qui est le premier grand commandement envers les personnes. Les trois premiers sont en rapport à Dieu, et ce verset est en rapport aux personnes. Et nous ne pouvons pas non plus penser que le Seigneur, après avoir accompli son miracle pour les époux de Cana, après avoir consacré le lien conjugal entre l’homme et la femme, après avoir restitué fils et filles à la vie familiale, nous demande d’être insensibles à ces liens ! L’explication n’est pas là. Au contraire, quand Jésus affirme la primauté de la foi en Dieu, il ne trouve pas de comparaison plus significative que les sentiments familiaux. Et d’autre part, ces mêmes liens familiaux, au sein de l’expérience de la foi et de l’amour de Dieu, sont transformés, sont « investis » d’un sens plus grand et deviennent capables de se dépasser, pour créer une paternité et une maternité plus amples, et pour accueillir comme des frères et sœurs ceux qui se trouvent aux confins de tout lien également. Un jour, à celui qui lui dit qu’il y avaient dehors sa mère et ses frères qui le cherchaient, Jésus répondit, indiquant à ses disciples : « Voici ma mère et mes frères ! Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère » (Mc 3, 34-35).
La sagesse des sentiments qui ne s’achètent ni ne se vendent est le meilleur don du génie familial. C’est précisément en famille que nous apprenons à grandir dans cette atmosphère de sagesse des liens. Leur «grammaire» s’apprend là, autrement il est bien difficile de l’apprendre. Et c’est précisément le langage à travers lequel Dieu se fait comprendre de tous.
L’invitation à mettre les liens familiaux dans le domaine de l’obéissance de la foi et de l’alliance avec le Seigneur ne les gêne pas ; au contraire, elle les protège, les libère de l’égoïsme, les met à l’abri de la dégradation, les sauve pour la vie qui ne meurt pas. La diffusion d’un style familial dans les relations humaines est une bénédiction pour les peuples : elle ramène l’espérance sur la terre. Quand les sentiments familiaux se laissent convertir au témoignage de l’Évangile, ils deviennent capables de choses impensables, qui font toucher du doigt les œuvres de Dieu, ces œuvres que Dieu accomplit dans l’histoire, comme celles que Jésus a accomplies pour les hommes, les femmes, les enfants qu’il a rencontrés. Un seul sourire miraculeusement arraché au désespoir d’un enfant abandonné, qui recommence à vivre, nous explique mieux que mille traités théologiques l’action de Dieu dans le monde. Un seul homme et une seule femme, capables de risquer et de se sacrifier pour le fils de quelqu’un d’autre et pas seulement pour le leur, nous expliquent des choses de l’amour que beaucoup de scientifiques ne comprennent plus. Et là où il y a ces sentiments familiaux, naissent ces gestes du cœur qui sont plus éloquents que les mots. Le geste de l’amour… Cela fait réfléchir.
La famille qui répond à l’appel de Jésus remet l’administration du monde à l’alliance de l’homme et de la femme avec Dieu. Pensez au développement de ce témoignage, aujourd’hui. Imaginons que le gouvernail de l’histoire (de la société, de l’économie, de la politique) soit remis — enfin ! — à l’alliance de l’homme et de la femme, afin qu’ils le gouvernent avec le regard tourné vers la génération suivante. Les thèmes de la terre et de la maison, de l’économie et du travail, joueraient une musique bien différente !
Si nous redonnons un rôle — à partir de l’Église — à la famille qui écoute la Parole de Dieu et la met en pratique, nous deviendrons comme le bon vin des noces de Cana, nous fermenterons comme le levain de Dieu !En effet, l’alliance de la famille avec Dieu est appelée aujourd’hui à contrecarrer la désertification communautaire de la ville moderne. Mais nos villes ont été désertées par manque d’amour, par manque de sourire. Il y a tant de divertissements, tant de choses pour perdre du temps, pour faire rire, mais il manque l’amour. Le sourire d’une famille est capable de vaincre cette désertification de nos villes. Et cela est la victoire de l’amour de la famille. Aucune ingénierie économique et politique n’est en mesure de substituer cet apport des familles. Le projet de Babel érige des gratte-ciel sans vie. L’Esprit de Dieu, en revanche, fait fleurir les déserts (cf. Is 32, 15). Nous devons sortir des tours et des salles blindées des élites, pour fréquenter à nouveau les maisons et les espaces ouverts des multitudes, ouvertes à l’amour de la famille.
La communion des charismes — ceux qui sont donnés au sacrement du mariage et ceux qui sont accordés à la consécration pour le Royaume de Dieu — est destinée à transformer l’Église en un lieu pleinement familial pour la rencontre avec Dieu. Avançons sur ce chemin, ne perdons pas l’espérance. Là où il y a une famille ayant de l’amour, cette famille est capable de réchauffer le cœur de toute une ville avec son témoignage d’amour.
Priez pour moi, prions les uns pour les autres, afin que nous devenions capables de reconnaître et de soutenir les visites de Dieu. L’Esprit apportera une joyeuse pagaille dans les familles chrétiennes, et la ville de l’homme sortira de la dépression !
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les personnes venues du Sénégal, accompagnées de Mgr Paul Mamba, Évêque de Ziguinchor, et les pèlerins de l’archidiocèse de Libreville.
Chères familles, que le Saint Esprit vous donne de rayonner toujours l’Évangile autour de vous. La société a besoin de votre témoignage de foi et de votre générosité.
Que Dieu vous garde et vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – (LA FAMILLE, LE TEMPS DE LA PRIÈRE.)

3 septembre, 2015

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2015/documents/papa-francesco_20150826_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – (LA FAMILLE, LE TEMPS DE LA PRIÈRE.)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 26 août 2015

Chers frères et sœurs, bonjour!

Après avoir réfléchi sur la manière dont la famille vit les temps de la fête et du travail, nous prenons à présent en considération le temps de la prière. La plainte la plus fréquente des chrétiens concerne précisément le temps: «Je devrais prier davantage…; je voudrais le faire, mais souvent je n’ai pas le temps». Nous l’entendons sans cesse. Le regret est sincère, assurément, car le cœur humain cherche toujours la prière, même sans le savoir; et s’il ne la trouve pas, il n’est pas en paix. Mais pour qu’ils se rencontrent, il faut cultiver dans son cœur un amour «chaleureux» pour Dieu, un amour affectif.
Nous pouvons nous poser une question très simple. C’est une bonne chose de croire en Dieu de tout son cœur, d’espérer qu’il nous aide dans les difficultés, de ressentir le devoir de lui rendre grâce. Tout cela est juste. Mais aimons-nous un peu le Seigneur? La pensée de Dieu nous émeut-elle, nous émerveille-t-elle, nous attendrit-elle?
Pensons à la formulation du grand commandement, qui soutient tous les autres: «Tu aimeras Yahvé, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir » (Dt 6, 5; cf. 22, 37). La formule utilise la langage intensif de l’amour, en le transposant à Dieu. Voilà, l’esprit de prière habite avant tout là. Et s’il habite là, il y habite tout le temps et n’en sort jamais. Réussissons-nous à penser à Dieu comme à la caresse qui nous tient en vie, avant laquelle il n’existe rien? Une caresse de laquelle rien, même pas la mort, ne peut nous détacher? Ou bien pensons-nous à lui seulement comme le grand Etre, le Tout-Puissant qui a fait toute chose, le Juge qui contrôle chaque action? Tout cela est vrai, naturellement. Mais ce n’est que quand Dieu est celui pour qui tous ceux que nous aimons éprouvent de l’affection, que le sens de ces mots prend sa plénitude. Alors nous nous sentons heureux, et aussi un peu perdus, car il pense à nous et surtout il nous aime! Cela n’est-il pas impressionnant? Cela n’est-il pas impressionnant que Dieu nous caresse avec un amour de Père? C’est si beau! Il pouvait simplement se faire reconnaître comme l’Etre suprême, donner ses commandements et attendre les résultats. En revanche, Dieu a fait infiniment plus que cela. Il nous accompagne sur le chemin de la vie, il nous protège, il nous aime.
Si l’affection pour Dieu n’allume pas le feu, l’esprit de la prière ne réchauffe pas le temps. Nous pouvons aussi multiplier nos paroles, «comme le font les païens» dit Jésus; ou bien également exhiber nos rites «comme le font les pharisiens» (cf. Mt 6, 5.7). Un cœur habité par l’affection pour Dieu fait devenir prière également une pensée sans mots, ou une invocation devant une image sacrée, ou un baiser envoyé vers l’Eglise. C’est beau quand les mamans enseignent à leurs petits enfants à envoyer un baiser à Jésus ou à la Vierge. Combien de tendresse se trouve en cela! A ce moment le cœur des enfants se transforme en lieu de prière. Et c’est un don de l’Esprit Saint. N’oublions jamais de demander ce don pour chacun de nous! C’est parce que l’Esprit de Dieu a cette manière spéciale de dire dans nos cœurs «Abba» – «Père», qu’il nous enseigne à dire «Père» précisément comme le disait Jésus, d’une manière que nous ne pourrions jamais trouver seuls (cf. Ga 4, 6). C’est en famille que l’on apprend à demander et à apprécier ce don de l’Esprit. Si on l’apprend avec la même spontanéité avec laquelle on apprend à dire «papa» et «maman», on l’a appris pour toujours. Quand cela se produit, le temps de toute la vie familiale est enveloppé au sein de l’amour de Dieu, et cherche spontanément le temps de la prière.
Le temps de la famille, nous le savons bien, est un temps compliqué et rempli de personnes, d’affaires et de préoccupations. Il y en a toujours peu, il ne suffit jamais, il y a tant de choses à faire. Celui qui a une famille apprend vite à résoudre une équation que même les grands mathématiciens ne savent pas résoudre: en vingt-quatre heure, il réussit à faire ce qui demande le double du temps! Il y a des mamans et des papas qui pourraient remporter le prix Nobel pour cela. De 24 heures ils réussissent à en faire 48: je ne sais pas comment ils font, mais ils se bougent et le font! Il y a tellement de travail dans une famille!
L’esprit de la prière restitue le temps à Dieu, sort de l’obsession d’une vie à laquelle il manque toujours le temps, retrouve la paix des choses nécessaires, et découvre la joie de dons inattendus. De bonnes guides pour cela sont les sœurs Marthe et Marie, dont parle l’Evangile que nous avons écouté; elles apprirent de Dieu l’harmonie des rythmes familiaux: la beauté de la fête, la sérénité du travail, l’esprit de la prière (cf. Lc 10, 38-42). La visite de Jésus, qu’elles aimaient bien, était leur fête. Mais un jour, Marthe apprit que le travail de l’hospitalité, bien qu’important, n’est pas tout, mais qu’écouter le Seigneur, comme le faisait Marie, était la chose vraiment essentielle, la «meilleure part» du temps. La prière jaillit de l’écoute de Jésus, de la lecture de l’Evangile. N’oubliez pas, il faut tous les jours lire un passage de l’Evangile. La prière jaillit de l’intimité avec la Parole de Dieu. Cette intimité existe-t-elle dans notre famille? Avons-nous un Evangile à la maison? L’ouvrons-nous quelques fois pour le lire ensemble? Le méditons-nous en récitant le chapelet? L’Evangile lu et médité en famille est comme un bon pain qui nourrit le cœur de tous. Et le matin et le soir, et quand nous nous mettons à table, apprenons à dire ensemble une prière, avec beaucoup de simplicité: c’est Jésus qui vient parmi nous, comme il allait dans les familles de Marthe, Marie et Lazare. Il y a une chose qui me tient beaucoup à cœur et que j’ai constatée dans les villes: il y a des enfants qui n’ont pas appris à faire le signe de la croix! Mais toi maman, papa, apprends à ton enfant à prier, à faire le signe de la croix: cela est l’un des beaux devoirs des mamans et des papas!
Dans la prière de la famille, dans ses moments forts et dans ses passages difficiles, nous sommes confiés les uns aux autres, pour que chacun de nous en famille soit protégé par l’amour de Dieu!
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les séminaristes du diocèse de Meaux, accompagnés de Monseigneur Jean-Yves Nahmias.
Je vous invite à prier ensemble en famille à partir de la lecture de l’Évangile qui nourrit le cœur de chacun, et de la méditation du Rosaire. Vos familles s’en trouveront davantage unies dans les moments forts comme dans les moments difficiles.

Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – LE TRAVAIL

26 août, 2015

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PAPE FRANÇOIS – LE TRAVAIL

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 19 août 2015

Chers frères et sœurs, bonjour!

Après avoir réfléchi sur la valeur de la fête dans la vie de la famille, nous nous arrêtons aujourd’hui sur l’élément complémentaire, qui est celui du travail. Tous deux font partie du dessein créateur de Dieu, la fête et le travail.
Le travail, dit-on communément, est nécessaire pour faire vivre la famille, faire grandir les enfants, pour assurer à ses proches une vie digne. La chose la plus belle que l’on puisse dire d’une personne sérieuse et honnête est: «C’est un travailleur», c’est vraiment quelqu’un qui travaille, c’est quelqu’un qui dans la communauté, ne vit pas aux crochets des autres. J’ai vu qu’il y a beaucoup d’Argentins aujourd’hui, je dis donc comme l’on dit chez nous: «No vive de arriba».
Et en effet, le travail, sous ses innombrables formes, à partir de celle au foyer, prend soin également du bien commun. Et où apprend-on ce style de vie laborieux? On l’apprend avant tout dans la famille. La famille éduque au travail par l’exemple des parents: le père et la mère qui travaillent pour le bien de la famille et de la société.
Dans l’Evangile, la Sainte Famille de Nazareth apparaît comme une famille de travailleurs, et Jésus lui-même est appelé «fils du charpentier» (Mt 13, 55) ou même «le charpentier» (Mc 6, 3). Et saint Paul ne manquera pas d’avertir les chrétiens: «Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus» (2 Th 3, 10). — C’est une bonne recette pour maigrir cela, on ne travaille pas, on ne mange pas! — L’apôtre se réfère de façon explicite au faux spiritualisme de certains qui, de fait, vivent aux crochets de leurs frères et sœurs «ne travaillant pas du tout» (2 Th 3, 11). L’occupation du travail et la vie de l’esprit, dans la conception chrétienne, ne sont en aucun cas en opposition entre eux. Il est important de bien comprendre cela! Prière et travail peuvent et doivent aller de pair en harmonie, comme l’enseigne saint Benoît. Le manque de travail nuit également à l’esprit, tout comme le manque de prière nuit également à l’activité pratique.
Travailler — je le répète, sous d’innombrables formes — est le propre de la personne humaine. Cela exprime sa dignité d’être créée à l’image de Dieu. C’est pourquoi on dit que le travail est sacré. Et c’est pourquoi la gestion de l’emploi est une grande responsabilité humaine et sociale, qui ne peut être laissée aux mains de quelques-uns ou abandonnée à un «marché» sacralisé. Provoquer une perte d’emplois signifie provoquer un grave dommage social. Je suis triste lorsque je vois qu’il y a des gens sans travail, qui ne trouvent pas de travail et qui n’ont pas la dignité d’apporter de quoi manger à la maison. Et je me réjouis tant quand je vois que les gouvernants font beaucoup d’efforts pour trouver des postes de travail et pour faire en sorte que tous aient un travail. Le travail est sacré, le travail donne de la dignité à une famille. Nous devons prier afin que ne manque pas le travail dans une famille.
Donc le travail aussi, comme la fête, fait partie du dessein de Dieu Créateur. Dans le livre de la Genèse, le thème de la terre comme maison-jardin, confiée au soin et au travail de l’homme (2, 8.15), est anticipé par un passage très touchant: «Au temps où Yahvé Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. Toutefois, un flot montait de terre et arrosait toute la surface du sol» (2, 4b-6a). Ce n’est pas du romantisme, mais c’est la révélation de Dieu; et nous avons la responsabilité de la comprendre et de l’assimiler entièrement. L’encyclique Laudato si’, qui propose une écologie intégrale, contient également ce message: la beauté de la terre et la dignité du travail sont faites pour être unies. Elles vont de pair: la terre devient belle lorsqu’elle est travaillée par l’homme. Quand le travail se détache de l’alliance de Dieu avec l’homme et la femme, lorsqu’il se sépare de leurs qualités spirituelles, lorsqu’il est otage de la logique du seul profit et qu’il méprise les liens d’affection de la vie, l’avilissement de l’âme contamine tout: même l’air, l’eau, l’herbe, la nourriture… La vie civile se corrompt et l’habitat se détériore. Et les conséquences frappent surtout les plus pauvres et les familles les plus pauvres. L’organisation moderne du travail montre parfois une dangereuse tendance à considérer la famille comme une gêne, un poids, une passivité, pour la productivité du travail. Mais demandons-nous: quelle productivité? Et pour qui? Ce que l’on appelle la «ville intelligente» est sans aucun doute riche de services et d’organisation; mais, par exemple, elle est souvent hostile aux enfants et aux personnes âgées.
Parfois, l’intérêt de ceux qui projettent réside dans la gestion d’une main d’œuvre individuelle, pouvant être assemblée et utilisée ou mise au rebut selon l’intérêt économique. La famille est un banc d’essai important. Lorsque l’organisation du travail la retient en otage, ou en empêche même le chemin, alors nous sommes certains que la société humaine a commencé à travailler contre elle-même!
Les familles chrétiennes reçoivent de cette conjoncture un grand défi et une grande mission. Elles détiennent les fondements de la création de Dieu: l’identité et le lien de l’homme et de la femme, la génération des enfants, le travail qui domestique la terre et rend le monde habitable. La perte de ces fondements est un problème très grave, et dans la maison commune, il y a déjà trop de fissures! Cette tâche n’est pas facile. Parfois, les associations familiales peuvent avoir l’impression d’être comme David face à Goliath… Mais nous savons comment ce défi a fini! Cela exige de la foi et de l’audace. Que Dieu nous accorde d’accueillir avec joie et espérance son appel, en ce moment difficile de notre histoire, l’appel au travail pour conférer une dignité à soi-même et à sa famille.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, particulièrement les prêtres en cette fête de saint Jean Eudes.
En ce moment difficile de notre histoire, demandons au Seigneur de soutenir les familles dans leur vie quotidienne et dans leur mission. Qu’il leur accorde de garder fidèlement et courageusement les valeurs fondamentales de la création.

BENOÎT XVI – SAINT BERNARD – 20 AOÛT

19 août, 2015

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BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 21 octobre 2009

SAINT BERNARD – 20 AOÛT

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui je voudrais parler de saint Bernard de Clairvaux, appelé le dernier des Pères de l’Eglise, car au XII siècle, il a encore une fois souligné et rendue présente la grande théologie des pères. Nous ne connaissons pas en détail les années de son enfance; nous savons cependant qu’il naquit en 1090 à Fontaines en France, dans une famille nombreuse et assez aisée. Dans son adolescence, il se consacra à l’étude de ce que l’on appelle les arts libéraux – en particulier de la grammaire, de la rhétorique et de la dialectique – à l’école des chanoines de l’église de Saint-Vorles, à Châtillon-sur-Seine et il mûrit lentement la décision d’entrer dans la vie religieuse. Vers vingt ans, il entra à Cîteaux, une fondation monastique nouvelle, plus souple par rapport aux anciens et vénérables monastères de l’époque et, dans le même temps, plus rigoureuse dans la pratique des conseils évangéliques. Quelques années plus tard, en 1115, Bernard fut envoyé par saint Etienne Harding, troisième abbé de Cîteaux, pour fonder le monastère de Clairvaux. C’est là que le jeune abbé (il n’avait que vingt-cinq ans) put affiner sa propre conception de la vie monastique, et s’engager à la traduire dans la pratique. En regardant la discipline des autres monastères, Bernard rappela avec fermeté la nécessité d’une vie sobre et mesurée, à table comme dans l’habillement et dans les édifices monastiques, recommandant de soutenir et de prendre soin des pauvres. Entre temps, la communauté de Clairvaux devenait toujours plus nombreuse et multipliait ses fondations.
Au cours de ces mêmes années, avant 1130, Bernard commença une longue correspondance avec de nombreuses personnes, aussi bien importantes que de conditions sociales modestes. Aux multiples Lettres de cette période, il faut ajouter les nombreux Sermons, ainsi que les Sentences et les Traités. C’est toujours à cette époque que remonte la grande amitié de Bernard avec Guillaume, abbé de Saint-Thierry, et avec Guillaume de Champeaux, des figures parmi les plus importantes du xii siècle. A partir de 1130, il commença à s’occuper de nombreuses et graves questions du Saint-Siège et de l’Eglise. C’est pour cette raison qu’il dut sortir toujours plus souvent de son monastère, et parfois hors de France. Il fonda également quelques monastères féminins, et engagea une vive correspondance avec Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, dont j’ai parlé mercredi dernier. Il dirigea surtout ses écrits polémiques contre Abélard, le grand penseur qui a lancé une nouvelle manière de faire de la théologie en introduisant en particulier la méthode dialectique-philosophique dans la construction de la pensée théologique. Un autre front sur lequel Bernard a lutté était l’hérésie des Cathares, qui méprisaient la matière et le corps humain, méprisant en conséquence le Créateur. En revanche, il sentit le devoir de prendre la défense des juifs, en condamnant les vagues d’antisémitisme toujours plus diffuses. C’est pour ce dernier aspect de son action apostolique que, quelques dizaines d’années plus tard, Ephraïm, rabbin de Bonn, adressa un vibrant hommage à Bernard. Au cours de cette même période, le saint abbé rédigea ses œuvres les plus fameuses, comme les très célèbres Sermons sur le Cantique des Cantiques. Au cours des dernières années de sa vie – sa mort survint en 1153 – Bernard dut limiter les voyages, sans pourtant les interrompre complètement. Il en profita pour revoir définitivement l’ensemble des Lettres, des Sermons, et des Traités. Un ouvrage assez singulier, qu’il termina précisément en cette période, en 1145, quand un de ses élèves Bernardo Pignatelli, fut élu Pape sous le nom d’Eugène III, mérite d’être mentionné. En cette circonstance, Bernard, en qualité de Père spirituel, écrivit à son fils spirituel le texte De Consideratione, qui contient un enseignement en vue d’être un bon Pape. Dans ce livre, qui demeure une lecture intéressante pour les Papes de tous les temps, Bernard n’indique pas seulement comment bien faire le Pape, mais présente également une profonde vision des mystères de l’Eglise et du mystère du Christ, qui se résout, à la fin, dans la contemplation du mystère de Dieu un et trine: « On devrait encore poursuivre la recherche de ce Dieu, qui n’est pas encore assez recherché », écrit le saint abbé: « mais on peut peut-être mieux le chercher et le trouver plus facilement avec la prière qu’avec la discussion. Nous mettons alors ici un terme au livre, mais non à la recherche » (xiv, 32: PL 182, 808), à être en chemin vers Dieu.
Je voudrais à présent m’arrêter sur deux aspects centraux de la riche doctrine de Bernard: elles concernent Jésus Christ et la Très Sainte Vierge Marie, sa Mère. Sa sollicitude à l’égard de la participation intime et vitale du chrétien à l’amour de Dieu en Jésus Christ n’apporte pas d’orientations nouvelles dans le statut scientifique de la théologie. Mais, de manière plus décidée que jamais, l’abbé de Clairvaux configure le théologien au contemplatif et au mystique. Seul Jésus – insiste Bernard face aux raisonnements dialectiques complexes de son temps – seul Jésus est « miel à la bouche, cantique à l’oreille, joie dans le cœur (mel in ore, in aure melos, in corde iubilum) ». C’est précisément de là que vient le titre, que lui attribue la tradition, de Doctor mellifluus: sa louange de Jésus Christ, en effet, « coule comme le miel ». Dans les batailles exténuantes entre nominalistes et réalistes – deux courants philosophiques de l’époque – dans ces batailles, l’Abbé de Clairvaux ne se lasse pas de répéter qu’il n’y a qu’un nom qui compte, celui de Jésus le Nazaréen. « Aride est toute nourriture de l’âme », confesse-t-il, « si elle n’est pas baignée de cette huile; insipide, si elle n’est pas agrémentée de ce sel. Ce que tu écris n’a aucun goût pour moi, si je n’y ai pas lu Jésus ». Et il conclut: « Lorsque tu discutes ou que tu parles, rien n’a de saveur pour moi, si je n’ai pas entendu résonner le nom de Jésus » (Sermones in Cantica Canticorum xv, 6: PL 183, 847). En effet, pour Bernard, la véritable connaissance de Dieu consiste dans l’expérience personnelle et profonde de Jésus Christ et de son amour. Et cela, chers frères et sœurs, vaut pour chaque chrétien: la foi est avant tout une rencontre personnelle, intime avec Jésus, et doit faire l’expérience de sa proximité, de son amitié, de son amour, et ce n’est qu’ainsi que l’on apprend à le connaître toujours plus, à l’aimer et le suivre toujours plus. Que cela puisse advenir pour chacun de nous!
Dans un autre célèbre Sermon le dimanche entre l’octave de l’Assomption, le saint Abbé décrit en termes passionnés l’intime participation de Marie au sacrifice rédempteur du Fils. « O sainte Mère, – s’exclame-t-il – vraiment, une épée a transpercé ton âme!… La violence de la douleur a transpercé à tel point ton âme que nous pouvons t’appeler à juste titre plus que martyr, car en toi, la participation à la passion du Fils dépassa de loin dans l’intensité les souffrances physiques du martyre » (14: PL 183-437-438). Bernard n’a aucun doute: « per Mariam ad Iesum », à travers Marie, nous sommes conduits à Jésus. Il atteste avec clarté l’obéissance de Marie à Jésus, selon les fondements de la mariologie traditionnelle. Mais le corps du Sermon documente également la place privilégiée de la Vierge dans l’économie de salut, à la suite de la participation très particulière de la Mère (compassio) au sacrifice du Fils. Ce n’est pas par hasard qu’un siècle et demi après la mort de Bernard, Dante Alighieri, dans le dernier cantique de la Divine Comédie, placera sur les lèvres du « Doctor mellifluus » la sublime prière à Marie: « Vierge Mère, fille de ton Fils, / humble et élevée plus qu’aucune autre créature / terme fixe d’un éternel conseil,… » (Paradis 33, vv. 1ss).
Ces réflexions, caractéristiques d’un amoureux de Jésus et de Marie comme saint Bernard, interpellent aujourd’hui encore de façon salutaire non seulement les théologiens, mais tous les croyants. On prétend parfois résoudre les questions fondamentales sur Dieu, sur l’homme et sur le monde à travers les seules forces de la raison. Saint Bernard, au contraire, solidement ancré dans la Bible, et dans les Pères de l’Eglise, nous rappelle que sans une profonde foi en Dieu alimentée par la prière et par la contemplation, par un rapport intime avec le Seigneur, nos réflexions sur les mystères divins risquent de devenir un vain exercice intellectuel, et perdent leur crédibilité. La théologie renvoie à la « science des saints », à leur intuition des mystères du Dieu vivant, à leur sagesse, don de l’Esprit Saint, qui deviennent un point de référence de la pensée théologique. Avec Bernard de Clairvaux, nous aussi nous devons reconnaître que l’homme cherche mieux et trouve plus facilement Dieu « avec la prière qu’avec la discussion ». A la fin, la figure la plus authentique du théologien et de toute évangélisation demeure celle de l’apôtre Jean, qui a appuyé sa tête sur le cœur du Maître.
Je voudrais conclure ces réflexions sur saint Bernard par les invocations à Marie, que nous lisons dans une belle homélie. « Dans les dangers, les difficultés, les incertitudes – dit-il – pense à Marie, invoque Marie. Qu’elle ne se détache jamais de tes lèvres, qu’elle ne se détache jamais de ton cœur; et afin que tu puisses obtenir l’aide de sa prière, n’oublie jamais l’exemple de sa vie. Si tu la suis, tu ne te tromperas pas de chemin; si tu la pries, tu ne désespéreras pas; si tu penses à elle, tu ne peux pas te tromper. Si elle te soutient, tu ne tombes pas; si elle te protège, tu n’as rien à craindre; si elle te guide, tu ne te fatigues pas; si elle t’est propice, tu arriveras à destination… » (Hom. II super « Missus est », 17: PL 183, 70-71).

 

PAPE FRANÇOIS (… RÉFLEXION SUR LA FAMILLE)

19 août, 2015

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2015/documents/papa-francesco_20150805_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS (… RÉFLEXION SUR LA FAMILLE)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 5 août 2015

Chers frères et sœurs, bonjour!

Avec cette catéchèse, nous reprenons notre réflexion sur la famille. Après avoir parlé, la dernière fois, des familles blessées à cause des incompréhensions des conjoints, je voudrais aujourd’hui porter notre attention sur une autre réalité: comment prendre soin de ceux qui, suite à l’échec irréversible de leur lien matrimonial, ont entrepris une nouvelle union.
L’Eglise sait bien qu’une telle situation contredit le Sacrement chrétien. Toutefois, son regard de maîtresse puise toujours à un cœur de mère; un cœur qui, animé par l’Esprit Saint, cherche toujours le bien et le salut des personnes. Voilà pourquoi elle sent le devoir, «par amour de la vérité», de «bien discerner les diverses situations». C’est ainsi que s’exprimait saint Jean-Paul II, en donnant comme exemple la différence entre ceux qui ont subi la séparation par rapport à ceux qui l’ont provoquée. Il faut faire ce discernement.
De plus, si nous considérons également ces nouveaux liens avec les yeux des plus petits — et les enfants regardent — avec les yeux des enfants, nous constatons encore plus l’urgence de développer dans nos communautés un accueil réel à l’égard des personnes qui vivent dans ces situations. C’est pour cela qu’il est important que le style de la communauté, son langage, ses attitudes, soient toujours attentifs aux personnes, à partir des petits. Ce sont eux qui souffrent le plus, dans ces situations. Du reste, comment pourrions-nous recommander à ces parents de faire tout leur possible pour éduquer leurs enfants à la vie chrétienne, en leur donnant l’exemple d’une foi convaincue et pratiquée, si nous les tenions à distance de la vie de la communauté, comme s’ils étaient excommuniés? Il faut faire en sorte de ne pas ajouter d’autres poids à ceux que les enfants, dans ces situations, doivent déjà porter! Malheureusement, le nombre de ces enfants et de ces jeunes est véritablement élevé. Il est important qu’ils sentent l’Eglise comme une mère attentive à tous, toujours disposée à l’écoute et à la rencontre.
En vérité, au cours des dernières décennies, l’Eglise n’a été ni insensible, ni inactive. Grâce à l’approfondissement accompli par les pasteurs, guidé et confirmé par mes prédécesseurs, s’est beaucoup accrue la conscience de la nécessité d’un accueil fraternel et attentif, dans l’amour et la vérité, à l’égard des baptisés qui ont établi une nouvelle vie commune après l’échec du mariage sacramentel; en effet, ces personnes ne sont nullement excommuniées: ne les excommuniez pas! Et il ne faut absolument pas les traiter comme telles: elles font toujours partie de l’Eglise.
Le Pape Benoît XVI est intervenu sur cette question, en sollicitant un discernement attentif et un accompagnement pastoral sage, en sachant qu’il n’existe pas de «simples recettes» (Discours à la VIIe rencontre mondiale des familles, Milan, 2 juin 2012, réponse n. 5).
D’où l’invitation répétée des pasteurs à manifester ouvertement et avec cohérence la disponibilité de la communauté à les accueillir et à les encourager, afin qu’ils vivent et développent toujours plus leur appartenance au Christ et à l’Eglise à travers la prière, l’écoute de la Parole de Dieu, la participation fréquente à la liturgie, l’éducation chrétienne des enfants, la charité et le service aux pauvres, l’engagement en vue de la justice et de la paix.
L’icône biblique du Bon Pasteur (Jn 10, 11-18) résume la mission que Jésus a reçue du Père: celle de donner sa vie pour ses brebis. Cette attitude est un modèle également pour l’Eglise, qui accueille ses enfants comme une mère qui donne sa vie pour eux. «L’Eglise est appelée à être toujours la maison ouverte du Père [...] — Ne fermez pas les portes! Ne fermez pas les portes! — «Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté. L’Eglise [...] est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile» (Exhort. apost. Evangelii gaudium, n. 47).
De la même façon, tous les chrétiens sont appelés à imiter le Bon Pasteur. Les familles chrétiennes en particulier peuvent collaborer avec Lui, en prenant soin des familles blessées, en les accompagnant dans la vie de foi de la communauté. Que chacun accomplisse son rôle en adoptant l’attitude du Bon Pasteur, qui connaît chacune de ses brebis et qui n’exclut personne de son amour infini!
Je salue cordialement les pèlerins de langue française. Que votre visite aux tombeaux des Apôtres Pierre et Paul soit l’occasion de laisser grandir en vous l’attention envers les personnes et les familles blessées dans leur amour. Que Dieu vous bénisse !

BENOÎT XVI – LE MARTYRE

10 août, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2010/documents/hf_ben-xvi_aud_20100811.html

BENOÎT XVI – LE MARTYRE

AUDIENCE GÉNÉRALE

Palais pontifical de Castel Gandolfo

Mercredi 11 août 2010

Le martyre

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, dans la liturgie, nous rappelons sainte Claire d’Assise, fondatrice des Clarisses, figure lumineuse dont je parlerai dans l’une des prochaines catéchèses. Mais au cours de cette semaine — comme je l’avais déjà mentionné dans l’Angelus de dimanche dernier — nous rappelons également la mémoire de plusieurs saints martyrs, aussi bien des premiers siècles de l’Eglise, comme saint Laurent, diacre, saint Pontien, Pape, et saint Hippolyte, prêtre; que d’une époque plus proche de nous, comme sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, Edith Stein, patronne de l’Europe, et saint Maximilien Marie Kolbe. Je voudrais donc m’arrêter brièvement sur le martyre, forme d’amour total pour Dieu.
Sur quoi se fonde le martyre? La réponse est simple: sur la mort de Jésus, sur son sacrifice suprême d’amour, consommé sur la Croix afin que nous puissions avoir la vie (cf. Jn 10, 10). Le Christ est le serviteur souffrant dont parle le prophète Isaïe (cf. Is 52, 13-15), qui s’est donné lui-même en rançon pour une multitude (cf. Mt 20, 28). Il exhorte ses disciples, chacun de nous, à prendre chaque jour sa propre croix et à le suivre sur la voie de l’amour total pour Dieu le Père et pour l’humanité: «Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas — nous dit-il — n’est pas digne de moi. Qui veut garder sa vie pour soi la perdra; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera» (Mt 10, 38-39). C’est la logique du grain de blé qui meurt pour germer et porter la vie (cf. Jn 12, 24). Jésus lui-même «est le grain de blé venu de Dieu, le grain de blé divin, qui se laisse tomber sur la terre, qui se laisse ouvrir, briser dans la mort et, précisément à travers cela, il s’ouvre et peut ainsi porter du fruit dans l’immensité du monde» (Benoît XVI, Visite à l’Eglise luthérienne de Rome, 14 mars 2010; cf. ORLF n. 12 du 23 mars 2010). Le martyr suit le Seigneur jusqu’à la fin, en acceptant librement de mourir pour le salut du monde, dans une épreuve suprême de foi et d’amour (cf. Lumen gentium, n. 42).
Encore une fois, d’où naît la force pour affronter le martyre? De l’union profonde et intime avec le Christ, car le martyre et la vocation au martyre ne sont pas le résultat d’un effort humain, mais ils sont la réponse à une initiative et à un appel de Dieu, ils sont un don de sa grâce, qui rend capables d’offrir sa propre vie par amour au Christ et à l’Eglise, et ainsi au monde. Si nous lisons les vies des martyrs, nous sommes étonnés par leur sérénité et leur courage en affrontant la souffrance et la mort: la puissance de Dieu se manifeste pleinement dans la faiblesse, dans la pauvreté de celui qui se confie à Lui et ne place qu’en Lui son espérance (cf. 2 Co 12, 9). Mais il est important de souligner que la grâce de Dieu ne supprime pas et n’étouffe pas la liberté de celui qui affronte le martyre, mais au contraire l’enrichit et l’exalte: le martyr est une personne souverainement libre, libre à l’égard du pouvoir, du monde; une personne libre, qui à travers un acte unique définitif, donne toute sa vie à Dieu, et dans un acte suprême de foi, d’espérance et de charité, s’abandonne entre les mains de son Créateur et Rédempteur; elle sacrifie sa propre vie pour être associée de manière totale au Sacrifice du Christ sur la Croix. En un mot, le martyre est un grand acte d’amour en réponse à l’amour immense de Dieu.
Chers frères et sœurs, comme je le disais mercredi dernier, nous ne sommes probablement pas appelés au martyre, mais aucun de nous n’est exclu de l’appel divin à la sainteté, à vivre le haut degré de l’existence chrétienne et cela implique de se charger chaque jour de la croix. Nous tous, en particulier à notre époque où semblent prévaloir l’égoïsme et l’individualisme, nous devons assumer comme premier engagement fondamental celui de croître chaque jour dans un amour toujours plus grand pour Dieu et nos frères, afin de transformer notre vie et de transformer ainsi également notre monde. Par l’intercession des saints et des martyrs, nous demandons au Seigneur d’enflammer notre cœur pour être capables d’aimer comme Il a aimé chacun de nous.

 

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