Archive pour la catégorie 'CATÉCHÈSE DU MERCREDI'

PAPE FRANÇOIS – FAMILLE – 11. HOMME ET FEMME (II)

29 avril, 2015

http://w2.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2015/documents/papa-francesco_20150422_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – FAMILLE – 11. HOMME ET FEMME (II)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 22 avril 2015

Chers frères et sœurs,

Dans la précédente catéchèse sur la famille, je me suis arrêté sur le premier récit de la création de l’être humain, dans le premier chapitre de la Genèse, où il est écrit: «Dieu créa l’homme à son image: à l’image de Dieu il le créa; homme et femme il les créa» (1, 27).
Aujourd’hui, je voudrais compléter la réflexion par le second récit, que nous trouvons au deuxième chapitre. Nous lisons ici que le Seigneur, après avoir créé le ciel et la terre, «modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant» (2, 7). C’est le sommet de la création. Mais il manque quelque chose: Dieu établit ensuite l’homme dans un très beau jardin afin qu’il le cultive et le garde (cf. 2, 15).
L’Esprit Saint, qui a inspiré toute la Bible, suggère pour un moment l’image de l’homme seul — il lui manque quelque chose —, sans la femme. Et il suggère la pensée de Dieu, presque le sentiment de Dieu qui le regarde, qui observe Adam seul dans son jardin: il est libre, il est seigneur,… mais il est seul. Et Dieu voit que cela «n’est pas bon»: c’est comme l’absence de communion, il lui manque la communion, un manque de plénitude. «Cela n’est pas bon» — dit Dieu — et il ajoute: «Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie» (2, 18).
Alors Dieu présente à l’homme tous les animaux; l’homme donne à chacun d’eux son nom — et cela est une autre image de la seigneurie de l’homme sur la création —, mais il ne trouve dans aucun animal son semblable. L’homme continue seul. Quand finalement Dieu présente la femme, l’homme reconnaît débordant de joie que cette créature, et seulement elle, fait partie de lui: «c’est l’os de mes os et la chair de ma chair» (2, 23). Il y a enfin un reflet, une réciprocité. Quand une personne — c’est un exemple pour bien comprendre cela — veut donner la main à une autre, elle doit l’avoir face à elle: si quelqu’un tend la main et qu’il n’a personne, la main demeure là…, il lui manque la réciprocité. C’est ainsi qu’était l’homme, il lui manquait quelque chose pour parvenir à sa plénitude, il lui manquait la réciprocité. La femme n’est pas une «réplique» de l’homme; elle provient directement du geste créateur de Dieu. L’image de la «côte» n’exprime pas du tout l’infériorité ou la subordination, mais au contraire que l’homme et la femme sont de la même substance et sont complémentaires et qu’ils ont aussi cette réciprocité. Et le fait que — toujours dans la parabole — Dieu modèle la femme pendant que l’homme dort, souligne précisément le fait qu’elle n’est en aucune façon créature de l’homme, mais bien de Dieu. Cela suggère aussi une autre chose: pour trouver la femme — et nous pouvons dire pour trouver l’amour dans la femme —, l’homme doit d’abord en rêver et ensuite la trouver.
La confiance de Dieu dans l’homme et dans la femme, auxquels il confie la terre, est généreuse, directe et pleine. Il a confiance en eux. Mais voilà que le malin introduit dans leur esprit la suspicion, l’incrédulité, la méfiance. Et enfin, arrive la désobéissance au commandement qui les protégeait. Ils sombrent dans ce délire de toute-puissance qui pollue tout et détruit l’harmonie. Nous aussi nous le ressentons en nous très souvent, nous tous.
Le péché engendre la méfiance et la division entre l’homme et la femme. Leur relation sera menacée par mille formes d’abus et d’assujettissement, de séduction trompeuse et de domination humiliante, jusqu’aux plus dramatiques et violentes. L’histoire en porte les traces. Pensons, par exemple, aux excès négatifs des cultures patriarcales. Pensons aux multiples formes de machisme où la femme était considérée comme étant de deuxième classe. Pensons à l’instrumentalisation et à la marchandisation du corps féminin dans la culture médiatique actuelle. Mais pensons également à la récente épidémie de méfiance, de scepticisme, et même d’hostilité qui se diffuse dans notre culture — en particulier à partir d’une méfiance compréhensible des femmes — à l’égard d’une alliance entre l’homme et la femme qui soit capable, à la fois, d’affiner l’intimité de la communion et de conserver la dignité de la différence.
Si nous n’avons pas un sursaut de sympathie pour cette alliance, capable de mettre les nouvelles générations à l’abri de la méfiance et de l’indifférence, les enfants viendront au monde toujours plus déracinés de celle-ci dès le sein maternel. La dévaluation sociale de l’alliance stable et générative d’un homme et d’une femme est certainement une perte pour tous. Nous devons remettre à l’honneur le mariage et la famille! La Bible dit une belle chose: l’homme trouve la femme, ils se rencontrent et l’homme doit quitter quelque chose pour la trouver pleinement. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour aller chez elle. Cela est beau! Cela signifie commencer une nouvelle route. L’homme est tout pour la femme et la femme est toute pour l’homme.
La sauvegarde de cette alliance de l’homme et de la femme, même s’ils sont pécheurs et blessés, confus et incertains, est donc pour nous croyants une vocation exigeante et passionnée, dans la situation actuelle. Le récit même de la création et du péché, dans son final, nous en donne une très belle icône: «Yahvé Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit» (Gn 3, 21). C’est une image de tendresse envers ce couple pécheur qui nous laisse sans voix: la tendresse de Dieu pour l’homme et la femme! C’est une image de protection paternelle du couple humain. Dieu lui-même prend soin de son chef-d’œuvre et le protège.
Je suis heureux de vous accueillir chers amis de langue française, particulièrement les paroisses et les nombreux jeunes venus de France, ainsi que la paroisse francophone de Bucarest. Que Dieu bénisse chacune de vos familles et donne à celles que la vie a brisées la force et le courage dans l’épreuve ! Bon pèlerinage !

 

PAPE FRANÇOIS – (LES PERSONNES ÂGÉES)

19 mars, 2015

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PAPE FRANÇOIS – (LES PERSONNES ÂGÉES)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 11 mars 2015

Chers frères et sœurs,

Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous poursuivons la réflexion sur les grands-parents, en considérant la valeur et l’importance de leur rôle dans la famille. Je le fais en m’identifiant à ces personnes, car moi aussi j’appartiens à cette tranche d’âge.

Quand j’ai été aux Philippines, le peuple philippin me saluait en disant : « Lolo Kiko » — c’est-à-dire grand-père François — « Lolo Kiko », me disaient-ils ! Il est important de souligner une première chose : c’est vrai que la société tend à nous mettre de côté, mais certainement pas le Seigneur. Le Seigneur ne nous met jamais de côté ! Il nous appelle à le suivre à tous les âges de la vie, et être âgé contient aussi une grâce et une mission, une véritable vocation du Seigneur. Être âgé est une vocation. Ce n’est pas encore le moment de « baisser les bras ». Cette période de la vie est différente des précédentes, cela ne fait aucun doute ; nous devons également un peu « l’inventer », car nos sociétés ne sont pas prêtes, spirituellement et moralement, à donner à celle-ci, à ce moment de la vie, sa pleine valeur. En effet, autrefois il n’était pas aussi normal d’avoir du temps à disposition ; aujourd’hui cela l’est beaucoup plus. Et la spiritualité chrétienne a elle aussi été prise de court, il s’agit de tracer une spiritualité des personnes âgées. Mais grâce à Dieu les témoignages de saints et de saintes âgées ne manquent pas !
J’ai été très frappé par la « Journée pour les personnes âgées » que nous avons célébrée ici sur la place Saint-Pierre l’année dernière, la place était pleine. J’ai écouté des récits de personnes âgées qui se prodiguent pour les autres, et aussi des histoires de couples d’époux, qui disaient : « Nous fêtons notre 50e anniversaire de mariage, nous fêtons notre 60e anniversaire de mariage ». Cela est important de le faire voir aux jeunes qui se lassent vite ; le témoignage des personnes âgées concernant la fidélité est important. Et sur cette place elles étaient très nombreuses ce jour-là. C’est une réflexion qu’il faut poursuivre, aussi bien dans le domaine ecclésial que civil. L’Évangile vient à notre rencontre avec une très belle image émouvante et encourageante. C’est l’image de Siméon et Anne, dont nous parle l’Évangile de l’enfance de Jésus composé par saint Luc. Ils étaient assurément âgés, le « vieux » Siméon et la « prophétesse » Anne qui avait 84 ans. Cette femme ne cachait pas son âge. L’Évangile dit qu’ils attendaient la venue de Dieu chaque jour, avec une grande fidélité, depuis de longues années. Ils voulaient vraiment voir ce jour, en saisir les signes, en pressentir le début. Peut-être étaient-ils aussi un peu résignés, désormais, à mourir avant : mais cette longue attente continuait à occuper toute leur vie, ils n’avaient pas d’engagements plus importants que celui-ci : attendre le Seigneur et prier. Et bien, quand Marie et Joseph arrivèrent au temple pour obéir aux prescriptions de la Loi, Siméon et Anne s’élancèrent, animés par l’Esprit Saint (cf. Lc 2, 27). Le poids de l’âge et de l’attente disparut en un instant. Ils reconnurent l’Enfant, et découvrirent une nouvelle force, pour une nouvelle tâche : rendre grâce et rendre témoignage pour ce Signe de Dieu. Siméon improvisa un très bel hymne de joie (cf. Lc 2, 29-32) — il a été poète à ce moment-là — et Anne devint la première prédicatrice de Jésus : « Elle parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem » (Lc 2, 38).

Chers grands-parents, chères personnes âgées, plaçons-nous dans le sillage de ces vieux extraordinaires ! Devenons nous aussi un peu poètes de la prière : prenons goût à chercher nos mots, réapproprions-nous de ce que nous enseigne la Parole de Dieu. La prière des grands-parents et des personnes âgées est un grand don pour l’Église ! La prière des personnes âgées et des grands-parents est un don pour l’Église, c’est une richesse ! C’est également une grande transfusion de sagesse pour toute la société humaine, en particulier pour celle qui est trop affairée, trop prise, trop distraite. Quelqu’un doit bien chanter, pour eux aussi, chanter les signes de Dieu, proclamer les signes de Dieu, prier pour eux ! Regardons Benoît XVI, qui a choisi de passer dans la prière et dans l’écoute de Dieu la dernière période de sa vie ! C’est beau ! Un grand croyant du siècle dernier, de tradition orthodoxe, Olivier Clément, disait : « Une civilisation où l’on ne prie plus est une civilisation où la vieillesse n’a plus de sens. Et cela est terrifiant, nous avons besoin avant tout de personnes âgées qui prient, car la vieillesse nous est donnée pour cela ». Nous avons besoin de personnes âgées qui prient car la vieillesse nous est donnée précisément pour cela. C’est une belle chose que la prière des personnes âgées.

Nous pouvons rendre grâce au Seigneur pour les bienfaits reçus, et remplir le vide de l’ingratitude qui l’entoure. Nous pouvons intercéder pour les attentes des nouvelles générations et donner dignité à la mémoire et aux sacrifices des générations passées. Nous pouvons rappeler aux jeunes ambitieux qu’une vie sans amour est une vie desséchée. Nous pouvons dire aux jeunes qui ont peur, que l’angoisse de l’avenir peut être vaincue. Nous pouvons enseigner aux jeunes qui s’aiment trop qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. Les grands-pères et les grands-mères forment la « chorale » permanente d’un grand sanctuaire spirituel, où la prière de supplication et le chant de louange soutiennent la communauté qui travaille et lutte sur le terrain de la vie.

La prière, enfin, purifie sans cesse le cœur. La louange et la prière à Dieu préviennent le durcissement du cœur dans le ressentiment et dans l’égoïsme. Comme le cynisme d’une personne âgée qui a perdu le sens de son témoignage, qui méprise les jeunes et ne communique pas une sagesse de vie est laid ! Comme est beau, en revanche, l’encouragement qu’une personne âgée réussit à transmettre aux jeunes à la recherche du sens de la foi et de la vie ! C’est vraiment la mission des grands-parents, la vocation des personnes âgées. Les paroles des grands-parents ont quelque chose de spécial, pour les jeunes. Et ils le savent. Je conserve encore avec moi les paroles que ma grand-mère me remit par écrit le jour de mon ordination sacerdotale ; elles sont toujours dans mon bréviaire, je les lis souvent et cela me fait du bien.

Comme je voudrais une Église qui défie la culture du rebut par la joie débordante d’une nouvelle étreinte entre les jeunes et les personnes âgées ! C’est ce que je demande aujourd’hui au Seigneur, cette étreinte !

Je salue les pèlerins de langue française, en particulier les membres de l’enseignement catholique du diocèse de Nanterre.

J’invite vos familles à accueillir avec reconnaissance au milieu d’elles les personnes âgées, afin de recevoir leur témoignage de sagesse nécessaire aux jeunes générations.

Que Dieu vous bénisse.

PAPE FRANÇOIS – « LA CATÉCHÈSE…AUX PERSONNES ÂGÉES..)

11 mars, 2015

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2015/documents/papa-francesco_20150304_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – « LA CATÉCHÈSE…AUX PERSONNES ÂGÉES..)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 4 mars 2015

Chers frères et sœurs, bonjour.

La catéchèse d’aujourd’hui et celle de mercredi prochain sont consacrées aux personnes âgées, qui, dans le cadre de la famille, sont les grands-parents, les oncles et les tantes. Nous réfléchirons aujourd’hui sur la condition actuelle problématique des personnes âgées, et la prochaine fois, c’est-à-dire mercredi prochain, de manière plus positive, sur la vocation contenue dans cet âge de la vie.
Grâce aux progrès de la médecine, la vie s’est allongée, mais la société ne s’est pas «élargie» à la vie ! Le nombre des personnes âgées s’est multiplié, mais nos sociétés ne se sont pas assez organisées pour leur faire place, avec le juste respect et la considération concrète pour leur fragilité et leur dignité. Tant que nous sommes jeunes, nous sommes incités à ignorer la vieillesse, comme s’il s’agissait d’une maladie à tenir à distance ; ensuite, quand nous vieillissons, en particulier si nous sommes pauvres, si nous sommes malades, seuls, nous faisons l’expérience des carences d’une société programmée sur l’efficacité, qui en conséquence ignore les personnes âgées. Et les personnes âgées sont une richesse, on ne peut pas les ignorer.
Benoît xvi, en visitant une maison pour les personnes âgées, employa des mots clairs et prophétiques, s’exprimant ainsi : « La qualité d’une société, je dirais d’une civilisation, se juge aussi à la façon dont les personnes âgées sont traitées et à la place qui leur est réservée dans la vie commune » (12 novembre 2012). C’est vrai, l’attention à l’égard des personnes âgées fait la différence d’une civilisation. Porte-t-on de l’attention aux personnes âgées dans une civilisation ? Y a-t-il de la place pour la personne âgée ? Cette civilisation ira de l’avant si elle sait respecter la sagesse, la sapience des personnes âgées. Une civilisation où il n’y a pas de place pour les personnes âgées, ou qui les met au rebut parce qu’elles créent des problèmes, est une société qui porte en elle le virus de la mort.
En Occident, les chercheurs présentent le siècle actuel comme le siècle du vieillissement, le nombre d’enfants diminue et celui des personnes âgées augmente. Ce déséquilibre nous interpelle, il est même un grand défi pour la société contemporaine. Pourtant, une certaine culture du profit insiste pour faire apparaître les personnes âgées comme un poids, un « lest ». Non seulement elles ne produisent pas, pense cette culture, mais elles sont une charge. En somme, quel est le résultat d’une telle façon de penser ? Il faut les mettre au rebut. Il est mauvais de voir des personnes âgées mises au rebut, c’est quelque chose de mauvais, c’est un péché ! On n’ose pas le dire ouvertement, mais on le fait ! Il y a quelque chose de lâche dans cette accoutumance à la culture du rebut. Mais nous sommes habitués à mettre les gens au rebut. Nous voulons faire disparaître notre peur accrue de la faiblesse et de la vulnérabilité, mais en agissant ainsi, nous augmentons chez les personnes âgées l’angoisse d’être mal supportées et d’être abandonnées.
Pendant mon ministère à Buenos Aires, j’ai déjà touché du doigt cette réalité avec ses problèmes : « Les personnes âgées sont abandonnées, et pas seulement dans la précarité matérielle. Elles sont abandonnées dans l’incapacité égoïste d’accepter leurs limites qui reflètent nos limites, dans les nombreuses difficultés qu’elles doivent aujourd’hui surmonter pour survivre dans une civilisation qui ne leur permet pas de participer, de donner leur avis, ni d’être des référents selon le modèle consumériste du “seuls les jeunes peuvent être utiles et peuvent profiter”. Ces personnes âgées devraient en revanche être, pour toute la société, la réserve de sagesse de notre peuple. Les personnes âgées sont la réserve sapientielle de notre peuple ! Avec quelle facilité fait-on taire sa conscience quand il n’y a pas d’amour ! » (Seul l’amour peut nous sauver, Cité du Vatican 2013, p. 83). C’est ce qui se passe. Je me souviens, quand je visitais les maisons de repos, je parlais à tout le monde et j’ai souvent entendu cela : « Comment allez-vous ? Et vos enfants ? — Bien, bien — Combien en avez-vous ? — Beaucoup. — Et ils viennent vous rendre visite ? — Oui, oui, souvent, oui, ils viennent. — Quand sont-ils venus la dernière fois ? Je me souviens d’une dame âgée qui m’a répondu : « Et bien, à Noël ». Nous étions au mois d’août ! Huit mois sans avoir reçu la visite de ses enfants, abandonnée pendant huit mois ! Cela s’appelle un péché mortel, comprenez-vous ? Une fois, enfant, ma grand-mère nous a raconté l’histoire d’un grand-père âgé qui se salissait en mangeant, parce qu’il avait des difficultés à porter la cuillère remplie de soupe à sa bouche. Et son fils, c’est-à-dire le père de famille, avait décidé de le déplacer de la table commune et avait préparé une petite table à la cuisine, où on ne le voyait pas, pour qu’il mange seul. Ainsi il n’aurait pas fait une mauvaise impression quand ses amis venaient déjeuner ou dîner. Quelques jours plus tard, il rentra chez lui et trouva le plus petit de ses enfants qui jouait avec du bois, un marteau et des clous ; il fabriquait quelque chose, il lui dit : « Mais que fais-tu ? — Je fais une table, papa. — Une table, pourquoi ? — Pour l’avoir quand tu deviendras vieux, comme ça tu pourras manger là ». Les enfants ont plus de conscience que nous !
Dans la tradition de l’Église, il existe un bagage de sagesse qui a toujours soutenu une culture de proximité des personnes âgées, une disposition à l’accompagnement affectueux et solidaire pendant cette partie finale de la vie. Cette tradition est enracinée dans l’Écriture Sainte, comme l’attestent par exemple ces expressions du livre du Siracide : « Ne fais pas fi du discours des vieillards, car eux-mêmes ont été à l’école de leurs parents ; c’est d’eux que tu apprendras la prudence et l’art de répondre à point nommé » (Si 8, 9).
L’Église ne peut pas et ne veut pas se conformer à une mentalité d’intolérance, et encore moins d’indifférence et de mépris à l’égard de la vieillesse. Nous devons réveiller le sentiment collectif de gratitude, d’appréciation, d’hospitalité, qui ait pour effet que la personne âgée se sente une partie vivante de sa communauté.
Les personnes âgées sont des hommes et des femmes, des pères et des mères qui sont passés avant nous sur notre même route, dans notre même maison, dans notre bataille quotidienne pour une vie digne. Ce sont des hommes et des femmes dont nous avons beaucoup reçu. La personne âgée n’est pas un extra-terrestre. La personne âgée, c’est nous, dans peu de temps, dans longtemps, mais cependant inévitablement, même si nous n’y pensons pas. Et si nous apprenons à bien traiter les personnes âgées, nous serons traités de la même manière.
Nous, les personnes âgées, sommes un peu toutes fragiles. Certaines, cependant, sont particulièrement faibles, beaucoup sont seules, et frappées par la maladie. Certaines dépendent de soins indispensables et de l’attention des autres. Ferons-nous pour cela un pas en arrière ? Les abandonnerons-nous à leur destin ? Une société sans proximité, où la gratuité et l’affection sans contrepartie — même entre étrangers — disparaissent, est une société perverse. L’Église, fidèle à la Parole de Dieu, ne peut pas tolérer cette dégénérescence. Une communauté chrétienne où proximité et gratuité ne seraient plus considérées comme indispensables, perdrait son âme avec celles-ci. Là où on ne fait pas honneur aux personnes âgées, il n’y a pas d’avenir pour les jeunes.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les prêtres Chaldéens d’Europe, accompagnés de Monseigneur Ramsi Garmou, et les groupes de jeunes venus nombreux.

Je vous invite tous à vous faire proche des personnes âgées qui vous entourent et de leur faire sentir votre affection, votre estime et votre reconnaissance. Sachez profiter de leur expérience et de leur sagesse.

Bon pèlerinage.

 

PAPE FRANÇOIS – LA FAMILLE – 2. MÈRE

15 janvier, 2015

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PAPE FRANÇOIS – LA FAMILLE – 2. MÈRE

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 7 janvier 2015

Chers frères et sœurs, bonjour. Aujourd’hui, nous poursuivons les catéchèses sur l’Église et nous réfléchirons sur l’Église mère. L’Église est mère. Notre Sainte Mère l’Église.
En ces jours, la liturgie de l’Église a placé devant nos yeux l’icône de la Vierge Marie Mère de Dieu. Le premier jour de l’année est la fête de la Mère de Dieu, à laquelle succède l’Épiphanie, avec le souvenir de la visite des Mages. L’évangéliste Matthieu écrit : « Entrant alors dans le logis, ils virent l’enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage » (Mt 2, 11). C’est la Mère qui, après l’avoir engendré, présente le Fils au monde. Elle nous donne Jésus, elle nous montre Jésus, elle nous fait voir Jésus.
Nous poursuivons les catéchèses sur la famille et dans la famille, il y a la mère. Chaque personne humaine doit la vie à une mère, et presque toujours, elle lui doit une grande partie de son existence successive, de sa formation humaine et spirituelle. Mais la mère, bien qu’étant très exaltée du point de vue symbolique — beaucoup de poésies, beaucoup de belles choses qui nous parlent de façon poétique de la mère — est peu écoutée et peu aidée dans la vie quotidienne, peu considérée dans son rôle central dans la société. Souvent, on profite même de la disponibilité des mères à se sacrifier pour les enfants pour « économiser » sur les dépenses sociales.
Il arrive également que dans la communauté chrétienne, la mère ne soit pas toujours considérée, qu’elle soit peu écoutée. Pourtant, au centre de la vie de l’Église, il y a la Mère de Jésus. Peut-être les mères, prêtes à tant se sacrifier pour leurs enfants, et souvent également pour ceux des autres, devraient-elles recevoir davantage d’écoute. Il faudrait comprendre davantage leur lutte quotidienne pour être efficaces au travail et attentives et affectueuses en famille ; il faudrait mieux comprendre à quoi elles aspirent pour exprimer les fruits les meilleurs et les plus authentiques de leur émancipation. Une mère avec des enfants a toujours des problèmes, toujours du travail. Je me souviens, à la maison, nous étions cinq enfants et tandis que l’un d’entre nous faisait une bêtise, l’autre pensait déjà à en faire une autre, et notre pauvre mère courait de l’un à l’autre, mais elle était heureuse. Elle nous a beaucoup donné.
Les mères sont l’antidote le plus fort à la diffusion de l’individualisme égoïste. « Individu » signifie « qui ne peut pas se partager ». Les mères, en revanche, se « partagent », à partir du moment où elles portent un enfant pour le mettre au monde et l’élever. Ce sont elles, les mères, qui détestent le plus la guerre qui tue leurs enfants. Si souvent j’ai pensé à ces mamans lorsqu’elles ont reçu la lettre : « Je vous informe que votre fils est mort en défendant sa patrie… ». Pauvres femmes ! Comme une mère souffre ! Ce sont elles qui témoignent de la beauté de la vie. L’archevêque Oscar Arnulfo Romero disait que les mères vivent un « martyre maternel ». Dans l’homélie pour les funérailles d’un prêtre assassiné par les escadrons de la mort, il dit, faisant écho au Concile Vatican ii : « Nous devons tous être disposés à mourir pour notre foi, même si le Seigneur ne nous accorde pas cet honneur… Donner la vie ne signifie pas seulement être tués ; donner la vie, avoir un esprit de martyre, cela signifie donner dans le devoir, dans le silence, dans la prière, dans l’accomplissement honnête du devoir, dans ce silence de la vie quotidienne, donner sa vie peu à peu ? Oui, comme la donne une mère qui, sans crainte, avec la simplicité du martyre maternel, conçoit en son sein un fils, lui donne le jour, l’allaite, l’élève, et s’occupe de lui avec affection. C’est donner la vie. C’est le martyre ». Voilà pour la citation. Oui, être mère ne signifie pas seulement mettre au monde un fils, c’est également un choix de vie. Que choisit une mère, quel est le choix de vie d’une mère ? Le choix de vie d’une mère est le choix de donner la vie. Et cela est grand, cela est beau.
Une société sans mères serait une société inhumaine, parce que les mères savent témoigner toujours, même dans les pires moments, de la tendresse, du dévouement, de la force morale. Les mères transmettent souvent également le sens le plus profond de la pratique religieuse : dans les premières prières, dans les premiers gestes de dévotion qu’un enfant apprend, est inscrite la valeur de la foi dans la vie d’un être humain. C’est un message que les mères croyantes savent transmettre sans beaucoup d’explications : celles-ci arriveront après, mais la semence de la foi réside dans ces premiers, très précieux instants. Sans les mères, non seulement il n’y aurait pas de nouveaux fidèles, mais la foi perdrait une bonne partie de sa chaleur simple et profonde. Et l’Église est mère, avec tout cela, c’est notre mère ! Nous ne sommes pas orphelins, nous avons une mère ! La Vierge, la mère Église, est notre maman. Nous ne sommes pas orphelins, nous sommes fils de l’Église, nous sommes fils de la Vierge, et nous sommes fils de nos mères.
Très chères mamans, merci, merci pour ce que vous êtes dans la famille et pour ce que vous donnez à l’Église et au monde. Et à toi, bien-aimée Église, merci, merci d’être mère. Et à toi, Marie, mère de Dieu, merci de nous faire voir Jésus. Et merci à toutes les mamans ici présentes : nous les saluons par un applaudissement !
Je salue cordialement les pèlerins francophones, en particulier la délégation d’imams français engagés dans les relations islamo-chrétiennes, ainsi que le groupe venant de divers médias français. En ce temps de Noël, je souhaite à tous de poursuivre avec courage votre engagement au service de la paix, de la fraternité et de la vérité.

Que Dieu vous bénisse.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 19 novembre

27 novembre, 2014

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2014/documents/papa-francesco_20141119_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 19 novembre 2014

Chers frères et sœurs, bonjour.

Un grand don du Concile Vatican ii est d’avoir retrouvé une vision d’Église fondée sur la communion, et d’avoir inclus également le principe de l’autorité et de la hiérarchie dans cette perspective. Cela nous a aidés à mieux comprendre que tous les chrétiens, en tant que baptisés, ont une dignité égale devant le Seigneur et qu’ils sont liés par la même vocation, qui est celle à la sainteté (cf. Const. Lumen gentium, 39-42). À présent, nous nous demandons : en quoi consiste cette vocation universelle à être saints ? Et comment pouvons-nous la réaliser ?
Avant tout, nous devons avoir bien à l’esprit que la sainteté n’est pas quelque chose que nous nous procurons, que nous obtenons par nos qualités et nos capacités. La sainteté est un don, c’est le don que nous fait le Seigneur Jésus, lorsqu’il nous prend avec lui et qu’il nous revêt de lui-même, il nous rend comme lui. Dans la Lettre aux Éphésiens, l’apôtre Paul affirme que « le Christ a aimé l’Église et s’est donné lui-même pour elle, pour la rendre sainte » (Ep 5, 25-26). Voilà, la sainteté est véritablement le visage le plus beau de l’Église, le visage le plus beau: c’est se redécouvrir en communion avec Dieu, dans la plénitude de sa vie et de son amour. On comprend alors que la sainteté n’est pas une prérogative uniquement de certains: la sainteté est un don qui est offert à tous, sans exclure personne, et qui constitue ainsi le caractère distinctif de chaque chrétien.
Tout cela nous fait comprendre que pour être saints, il ne faut pas nécessairement être évêques, prêtres ou religieux: non, nous sommes tous appelés à devenir saints ! Tant de fois également, nous sommes tentés de penser que la sainteté est réservée uniquement à ceux qui ont la possibilité de se détacher des affaires ordinaires, pour se consacrer exclusivement à la prière. Mais il n’en est pas ainsi ! Certains pensent que la sainteté signifie fermer les yeux et prendre l’expression des images pieuses. Non ! Cela n’est pas la sainteté ! La sainteté est quelque chose de plus grand, de plus profond, que nous donne Dieu. Au contraire, c’est en vivant avec amour et en offrant son témoignage chrétien dans les tâches quotidiennes que nous sommes appelés à devenir saints. Et chacun dans les conditions et dans l’état de vie dans lequel il se trouve. Mais toi tu es consacré, tu es consacrée ? Sois saint en vivant avec joie ton don et ton ministère. Tu es marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton mari, de ta femme, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Tu est baptisé et pas marié ? Sois saint en accomplissant avec honnêteté et compétence ton travail et en offrant du temps au service de tes frères. « Mais père, je travaille dans une usine ; je suis comptable, toujours entouré de chiffres, là, on ne peut pas être saint… ». « Oui, oui, là on peut ! Là où tu travailles, tu peux devenir saint. Dieu te donne la grâce de devenir saint. Dieu se communique à toi ». On peut devenir saint toujours en tout lieu, c’est-à-dire que l’on peut s’ouvrir à cette grâce qui œuvre en nous et nous conduit à la sainteté. Tu es parent ou grand-parent ? Sois saint en enseignant avec passion aux enfants ou aux petits-enfants à reconnaître et à suivre Jésus. Et il faut beaucoup de patience pour cela, pour être un bon parent, un bon grand-père, une bonne mère, une bonne grand-mère, il faut beaucoup de patience et dans cette patience, vient la sainteté : en exerçant la patience. Tu es catéchiste, éducateur ou volontaire ? Sois saint en devenant un signe visible de l’amour de Dieu et de sa présence à nos côtés. Voilà : chaque état de vie conduit à la sainteté, toujours ! Chez toi, dans la rue, au travail, dans l’Église, à ce moment et dans ton état de vie a été ouverte la voie vers la sainteté. Ne vous découragez pas et allez sur cette voie. C’est vraiment Dieu qui nous donne la grâce. Le Seigneur ne demande que cela : que nous soyons en communion avec Lui et au service de nos frères.
Dès lors, chacun de nous peut faire un petit examen de conscience ; à présent, nous pouvons le faire, que chacun réponde à soi-même, en silence : comment avons-nous répondu jusqu’à présent à l’appel du Seigneur à la sainteté ? Ai-je envie de devenir un peu meilleur, d’être plus chrétien, plus chrétienne ? Telle est a voie de la sainteté. Lorsque le Seigneur nous invite à devenir saints, il ne nous appelle pas à quelque chose de lourd, de triste… Au contraire ! C’est l’invitation à partager sa joie, à vivre et à offrir avec joie chaque moment de notre vie, en le faisant devenir dans le même temps un don d’amour pour les personnes qui sont à nos côtés. Si nous comprenons cela, tout change et acquiert un sens nouveau, un beau sens, un sens qui commence avec les petites choses de chaque jour. Un exemple. Une dame va au marché faire les courses et rencontre une voisine et elles commencent à parler, puis arrivent les commérages et cette dame dit : « Non, non, moi, je ne parlerai mal de personne ». Cela est un pas vers la sainteté, cela nous aide à devenir plus saint. Puis, à la maison, ton enfant te demande de parler un peu de ses histoires : « Oh non, je suis si fatigué, j’ai beaucoup travaillé aujourd’hui… » — « Mais toi, installe-toi et écoute ton enfant, qui en a besoin ! ». Et on s’installe, on écoute avec patience: cela est un pas vers la sainteté. Puis finit la journée, nous sommes tous fatigués, mais il y a la prière. Faisons la prière : cela aussi est un pas vers la sainteté. Puis arrive le dimanche et nous allons à la Messe, nous faisons la communion, parfois précédée d’une belle confession qui nous purifie un peu. Cela est un pas vers la sainteté. Puis, nous pensons à la Vierge, si bonne, si belle, et nous prenons le chapelet et nous la prions. Cela est un pas vers la sainteté. Puis je vais dans la rue, je vois un pauvre, quelqu’un dans le besoin, je m’arrête, je l’interroge, je lui donne quelque chose : cela est un pas vers la sainteté. Ce sont de petites choses, mais tant de petits pas vers la sainteté. Chaque pas vers la sainteté fera de nous des personnes meilleures, libérées de l’égoïsme et de la fermeture sur soi, et ouvertes aux frères et à leurs nécessités.
Chers amis, dans la première Lettre de saint Pierre nous est adressée cette exhortation : « Chacun selon la grâce reçue, mettez-vous au service les uns des autres, comme de bons intendants d’une multiple grâce de Dieu. Si quelqu’un parle, que ce soit comme les paroles de Dieu ; si quelqu’un assure le service, que ce soit comme par un mandat reçu de Dieu, afin qu’en tout Dieu soit glorifié par Jésus Christ » (4, 10-11). Voici l’invitation à la sainteté ! Accueillons-la avec joie, et soutenons-nous les uns les autres, afin que le chemin vers la sainteté ne se parcoure pas seul, chacun pour soi, mais se parcoure ensemble, dans l’unique corps qui est l’Église, bien-aimée et rendue sainte par le Seigneur Jésus Christ. Allons de l’avant avec courage, sur ce chemin de la sainteté.
Vendredi 21 novembre, mémoire liturgique de la Présentation de la Très Sainte Vierge Marie au Temple, nous célébrerons la Journée pro Orantibus, consacrée aux communautés religieuses de clôture. C’est une occasion opportune pour rendre grâce au Seigneur pour le don de tant de personnes qui, dans les monastères et les ermitages, se consacrent à Dieu dans la prière et dans le silence fécond, reconnaissant en lui le primat qui revient à Lui seul. Rendons grâce au Seigneur pour les témoignages de vie de clôture et apportons-leur notre soutien spirituel et matériel, pour accomplir cette mission importante.
Je salue bien cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les personnes venant de France et du Cameroun.
J’invite chacun d’entre vous à s’interroger sur la manière dont il a déjà répondu à l’appel du Seigneur à la sainteté. Accueillons-le avec joie et soutenons-nous les uns les autres sur ce chemin.

Bon pèlerinage !

BENOÎT XVI: LE CULTE QUE LES CHRÉTIENS DOIVENT RENDRE À DIEU DANS LA PENSÉE DE SAINT PAUL

15 novembre, 2014

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2009/documents/hf_ben-xvi_aud_20090107_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 7 janvier 2009

LE CULTE QUE LES CHRÉTIENS DOIVENT RENDRE À DIEU DANS LA PENSÉE DE SAINT PAUL

Chers frères et sœurs,

En cette première audience générale de 2009, je désire adresser à tous mes vœux fervents pour la nouvelle année qui vient de commencer. Ravivons en nous l’engagement à ouvrir au Christ notre esprit et notre cœur, pour être et vivre comme ses véritables amis. Sa compagnie aura pour effet que cette année, malgré ses inévitables difficultés, soit un chemin plein de joie et de paix. En effet, ce n’est que si nous restons unis à Jésus, que l’année nouvelle sera bonne et heureuse.
L’engagement d’union avec le Christ est l’exemple que nous offre également saint Paul. En poursuivant les catéchèses qui lui sont consacrées, nous nous arrêtons aujourd’hui pour réfléchir sur l’un des aspects importants de sa pensée, celui qui concerne le culte que les chrétiens sont appelés à exercer. Par le passé, on aimait parler d’une tendance plutôt anti-cultuelle de l’apôtre, d’une « spiritualisation » de l’idée du culte. Aujourd’hui, on comprend mieux que Paul voit dans la Croix du Christ un tournant historique, qui transforme et renouvelle radicalement la réalité du culte. C’est en particulier dans trois textes de la Lettre aux Romains qu’apparaît cette nouvelle vision du culte.
1. Dans Rm 3, 25, après avoir parlé de la « rédemption accomplie dans le Christ Jésus », Paul continue par une formule mystérieuse pour nous et dit ceci: Dieu « l’a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi ». Avec cette expression pour nous plutôt étrange – « instrument de propitiation » – saint Paul fait allusion à ce qu’on appelle la « propitiation » du temple antique, c’est-à-dire le couvercle de l’arche de l’alliance, que l’on pensait être un point de contact entre Dieu et l’homme, un point de sa présence mystérieuse dans le monde des hommes. Le grand jour de la réconciliation – « yom kippur » -, cette « propitiation » était aspergée avec le sang d’animaux sacrifiés – un sang qui portait symboliquement les péchés de l’année écoulée au contact de Dieu, et ainsi les péchés jetés dans l’abîme de la bonté divine étaient presque absorbés par la force de Dieu, dépassés, pardonnés. La vie commençait à nouveau.
Saint Paul évoque ce rite et dit: ce rite était l’expression du désir que l’on puisse réellement mettre toutes nos fautes dans l’abîme de la miséricorde divine et les faire ainsi disparaître. Mais avec le sang des animaux, ce processus ne se réalise pas. Un contact plus réel entre faute humaine et amour divin était nécessaire. Ce contact a eu lieu dans la croix du Christ. Le Christ, vrai Fils de Dieu, qui s’est fait vrai homme, a assumé en lui toute notre faute. Il est lui-même le lieu de contact entre la misère humaine et la miséricorde divine; dans son cœur se dilue la masse triste du mal accompli par l’humanité et la vie se renouvelle.

En révélant ce changement, saint Paul nous dit: Avec la croix du Christ – l’acte suprême de l’amour divin devenu amour humain – le vieux culte comprenant des sacrifices d’animaux dans le temple de Jérusalem est terminé. Ce culte symbolique, culte de désir, est à présent remplacé par le culte réel: l’amour de Dieu incarné en Christ et porté à sa plénitude dans la mort sur la croix. Ce n’est donc pas la spiritualisation d’un culte réel, mais au contraire le culte réel, le vrai amour divin-humain remplace le culte symbolique et provisoire. La croix du Christ, son amour à travers la chair et le sang est le culte réel, qui correspond à la réalité de Dieu et de l’homme. Déjà avant la destruction extérieure du temple, selon Paul, l’ère du temple et de son culte est terminée: Paul se trouve ici en parfaite harmonie avec les paroles de Jésus, qui avait annoncé la fin du temple et annoncé un autre temple « pas fait de mains d’homme » – le temple de son corps ressuscité (cf. Mc 14, 58; Jn 2, 19sq). Cela est le premier texte.

2. Le deuxième texte dont je voudrais aujourd’hui parler se trouve dans le premier verset du chapitre 12 de la Lettre aux Romains. Nous l’avons écouté et je le répète encore: « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu: c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre ». Dans ces paroles a lieu un paradoxe apparent: alors que le sacrifice exige généralement la mort de la victime, Paul en parle en revanche en relation avec la vie du chrétien. L’expression « offrir vos personnes », étant donné le concept qui suit de sacrifice, prend la nuance cultuelle de « donner en oblation, offrir ». L’exhortation à « offrir les corps » se réfère alors à la personne tout entière; en effet, dans Rm 6, 13, il invite à « s’offrir soi-même ». Du reste, la référence explicite à la dimension physique du chrétien coïncide avec l’invitation à « glorifier Dieu dans votre corps » (cf. 1 Co 6, 20): il s’agit d’honorer Dieu dans l’existence quotidienne la plus concrète, faite de visibilité relationnelle et perceptible.

Un comportement de ce genre est qualifié par Paul de « sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu ». C’est précisément ici que nous rencontrons le terme « sacrifice ». Dans l’usage courant, ce terme fait partie d’un contexte sacré et sert à désigner l’égorgement d’un animal, dont une partie peut être brûlée en l’honneur des dieux et une autre partie peut être consommée par ceux qui font l’offrande au cours d’un banquet. Paul l’applique en revanche à la vie du chrétien. En effet, il qualifie un tel sacrifice en se servant de trois adjectifs. Le premier – « vivant » – exprime la vitalité. Le deuxième – « saint » – rappelle l’idée paulinienne d’une sainteté liée non pas à des lieux ou à des objets, mais à la personne même des chrétiens. Le troisième – « agréable à Dieu » – rappelle peut-être la fréquente expression biblique du sacrifice « en parfum d’apaisement » (cf. Lv 1, 13.17; 23, 18; 26, 31; etc.).

Immédiatement après, Paul définit ainsi cette nouvelle façon de vivre: tel est « votre culte spirituel ». Les commentateurs du texte savent bien que l’expression grecque (ten logiken latreían) n’est pas facile à traduire. La Bible latine traduit: « rationabile obsequium ». Le même mot « rationabile » apparaît dans la première prière eucharistique, le Canon romain: dans celui-ci, on prie pour que Dieu accepte cette offrande comme « rationabile ». La traduction française habituelle « culte spirituel » ne reflète pas toutes les nuances du texte grec (ni du texte latin). Quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas d’un culte moins réel, ou même uniquement métaphorique, mais d’un culte plus concret et réaliste – un culte dans lequel l’homme lui-même, dans sa totalité d’être doté de raison, devient adoration, glorification du Dieu vivant.

Cette formule paulinienne, qui revient ensuite dans la Prière eucharistique romaine, est le fruit d’un long développement de l’expérience religieuse au cours des siècles précédant le Christ. Dans cette expérience, on rencontre des développements théologiques de l’Ancien Testament et des courants de la pensée grecque. Je voudrais au moins montrer quelques éléments de ce développement. Les Prophètes et de nombreux Psaumes critiquent avec force les sacrifices sanglants du temple. Le Psaume 50 (49), dans lequel c’est Dieu qui parle, dit par exemple: « Si j’ai faim, je n’irai pas te le dire, car le monde est à moi et son contenu. Vais-je manger la chair des taureaux, le sang des boucs, vais-je le boire? Offre à Dieu un sacrifice d’action de grâces… » (vv. 12-14). Dans le même sens, le Psaume suivant, 51 (50) dit: « … Car tu ne prends aucun plaisir au sacrifice: un holocauste tu n’en veux pas. Le sacrifice à Dieu c’est un esprit brisé; d’un cœur brisé, broyé, Dieu n’a point de mépris » (vv. 18sq). Dans le Livre de Daniel, à l’époque de la nouvelle destruction du temple par le régime hellénistique (ii siècle av. j.c.), nous trouvons un nouveau pas dans la même direction. Au milieu du feu, – c’est-à-dire de la persécution, de la souffrance – Azarias prie ainsi: « Il n’est plus, en ce temps, chef, prophète ni prince, holocauste, sacrifice, oblation ni encens, lieu où te faire des offrandes et trouver grâce auprès de toi. Mais qu’une âme brisée et un esprit humilié soient agréés de toi, comme des holocaustes de béliers et de taureaux… que tel soit notre sacrifice aujourd’hui devant toi et qu’il te plaise » (Dn 3, 38sq). Dans la destruction du sanctuaire et du culte, dans cette situation de manque de tout signe de la présence de Dieu, le croyant offre comme véritable holocauste, le cœur plein de contrition – son désir de Dieu.

Nous voyons un développement important, beau, mais avec un danger. Il y a une spiritualisation, une moralisation du culte: le culte devient uniquement une chose du cœur, de l’esprit. Mais il manque le corps, il manque la communauté. On comprend par exemple que le Psaume 51 et également le Livre de Daniel, malgré la critique du culte, souhaitent le retour au temps des sacrifices. Mais il s’agit d’un temps renouvelé, d’un sacrifice renouvelé, dans une synthèse qui n’était pas encore prévisible, ou ne pouvait pas encore être pensée.

Revenons à saint Paul. Il est l’héritier de ces développements, du désir du vrai culte, dans lequel l’homme lui-même devient gloire de Dieu, adoration vivante avec tout son être. Dans ce sens, il dit aux Romains: « Offrez vos personnes en hosties vivantes… c’est là le culte spirituel » (Rm 12, 1). Paul répète ainsi ce qu’il avait déjà indiqué dans le chapitre 3: le temps des sacrifices d’animaux, des sacrifices de remplacement, est terminé. Le temps est venu du culte véritable. Mais il y a là aussi le risque d’un malentendu: on peut facilement interpréter ce nouveau culte dans un sens moralisant: en offrant notre vie, c’est nous qui faisons le vrai culte. De cette manière, le culte avec les animaux serait remplacé par le moralisme: l’homme lui-même accomplirait tout à lui seul, avec son effort moral. Et cela n’était certainement pas l’intention de saint Paul. Mais la question demeure: Comment devons-nous donc interpréter ce « culte spirituel, raisonnable »? Paul suppose toujours que nous sommes devenus « un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28), que nous sommes morts dans le baptême (cf. Rm 1) et que nous vivons à présent avec le Christ, pour le Christ, en Christ. Dans cette union – et seulement ainsi – nous pouvons devenir en Lui et avec Lui « hostie vivante », offrir le « culte vrai ». Les animaux sacrifiés auraient dû remplacer l’homme, le don de soi de l’homme, et ils ne pouvaient pas le faire. Jésus Christ, dans son don au Père et à nous, n’est pas un remplacement, mais il porte réellement en lui l’être humain, nos fautes et notre désir; il nous représente réellement, il nous assume en lui. Dans la communion avec le Christ, réalisée dans la foi et dans les sacrements, nous devenons, malgré tous nos manquements, un sacrifice vivant: le « culte vrai » s’accomplit.

Cette synthèse se trouve à la fin du Canon romain, dans lequel on prie afin que cette offrande devienne « rationabile » – que se réalise le culte spirituel. L’Eglise sait que, dans la Très Sainte Eucharistie, le don de soi du Christ, son sacrifice véritable devient présent. Mais l’Eglise prie pour que la communauté célébrante soit vraiment unie au Christ, soit transformée; elle prie, afin que nous-mêmes devenions ce que nous ne pouvons pas être avec nos forces: une offrande « rationabile » qui plaît à Dieu. Ainsi, la prière eucharistique interprète les paroles de saint Paul de manière juste. Saint Augustin a éclairci tout cela de façon merveilleuse dans le 10 livre de sa Cité de Dieu. Je ne cite que deux phrases: « Tel est le sacrifice des chrétiens: Bien qu’étant nombreux, nous ne sommes qu’un seul corps dans le Christ »… « Toute la communauté (civitas) rachetée, c’est-à-dire la congrégation et la société des saints, est offerte à Dieu à travers le Prêtre suprême qui s’est donné lui-même » (10, 6: ccl 47, 27sq).
3. Pour finir, encore une très brève parole sur le troisième texte de la Lettre aux Romains concernant le nouveau culte. Saint Paul s’exprime ainsi dans le chapitre 15: « En vertu de la grâce que Dieu m’a faite d’être un officiant (hierourgein) du Christ Jésus auprès des païens, ministre de l’Evangile de Dieu, afin que les païens deviennent une offrande agréable, sanctifiée dans l’Esprit Saint » (15, 15sq). Je ne voudrais souligner que deux aspects de ce texte merveilleux à propos de la terminologie unique dans les lettres pauliniennes. Tout d’abord, saint Paul interprète son action missionnaire parmi les peuples du monde pour construire l’Eglise universelle comme action sacerdotale. Annoncer l’Evangile pour unir les peuples dans la communion du Christ ressuscité est une action « sacerdotale ». L’apôtre de l’Evangile est un véritable prêtre, il accomplit ce qui est le centre du sacerdoce: il prépare le vrai sacrifice. Et le deuxième aspect: l’objectif de l’action missionnaire est – ainsi pouvons-nous dire – la liturgie cosmique: que les peuples unis dans le Christ, le monde, devienne comme tel gloire de Dieu, « offrande agréable, sanctifiée dans l’Esprit Saint ». Ici apparaît l’aspect dynamique, l’aspect de l’espérance dans le concept paulinien du culte: le don de soi du Christ implique la tendance à attirer chacun à la communion de son corps, d’unir le monde. Ce n’est qu’en communion avec le Christ, l’Homme-modèle, un avec Dieu, que le monde devient tel que nous le désirons tous: miroir de l’amour divin. Ce dynamisme est toujours présent dans l’Eucharistie – ce dynamisme doit inspirer et former notre vie. Et avec ce dynamisme, nous commençons la nouvelle année. Merci de votre patience.

BENOÎT XVI – (DIEU NOTRE PÈRE)

10 novembre, 2014

http://www.vatican.va/latest/sub_index/hf_ben-xvi_aud_20120620_fr.html

BENOÎT XVI – (DIEU NOTRE PÈRE)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 20 juin 2012

Chers frères et sœurs,

Notre prière est très souvent une demande d’aide dans les moments de nécessité. Et cela est aussi normal pour l’homme, car nous avons besoin d’aide, nous avons besoin des autres, nous avons besoin de Dieu. Ainsi, pour nous, il est normal de demander quelque chose de Dieu, de rechercher son aide; et nous devons garder à l’esprit que la prière que le Seigneur nous a enseignée, le « Notre Père », est une prière de requête, et avec cette prière, le Seigneur nous enseigne les priorités de notre prière, il assainit et purifie nos désirs et ainsi, il assainit et purifie notre cœur. S’il est donc normal en soi que dans la prière, nous demandions quelque chose, il ne devrait pas en être exclusivement ainsi. Il y a également un motif d’action de grâce, et si nous sommes quelque peu attentifs, nous voyons que nous recevons de Dieu beaucoup de bonnes choses : il est si bon avec nous qu’il convient, qu’il est nécessaire de rendre grâces. Et cela doit également toujours être une prière de louange : si notre cœur est ouvert, nous voyons en dépit de tous les problèmes également la beauté de sa création, la bonté qui se manifeste dans sa création. Nous devons donc non seulement demander, mais également louer et rendre grâces: ce n’est qu’ainsi que notre prière est complète.
Dans ses Lettres, saint Paul non seulement parle de la prière, mais rapporte des prières qui sont certainement également de requête, mais aussi des prières de louange et de bénédiction pour ce que Dieu a fait et continue de réaliser dans l’histoire de l’humanité.
Je voudrais aujourd’hui m’arrêter sur le premier chapitre de la Lettre aux Ephésiens, qui commence précisément par une prière, qui est un hymne de bénédiction, une expression d’action de grâce, de joie. Saint Paul bénit Dieu, Père de notre Seigneur Jésus Christ car en Lui, il nous a fait « connaître le mystère de sa volonté » (Ep 1, 9). Il existe réellement un motif de rendre grâce si Dieu nous fait connaître ce qui est caché: sa volonté avec nous et pour nous ; « le mystère de sa volonté ». « Mysterion », « Mystère » : un terme qui revient souvent dans l’Écriture Sainte et dans la liturgie. Je ne voudrais pas à présent entrer dans le domaine de la philologie, mais dans le langage commun, il indique ce qui ne peut se connaître, une réalité que nous ne pouvons pas comprendre avec notre propre intelligence. L’hymne qui ouvre la Lettre aux Éphésiens nous conduit par la main vers une signification plus profonde de ce terme et de la réalité qu’il nous indique. Pour les croyants, le « mystère » n’est pas tant l’inconnu, que la volonté miséricordieuse de Dieu, son dessein d’amour qui en Jésus Christ s’est révélé pleinement et nous offre la possibilité de « comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur, [de connaître] l’amour du Christ » (Ep 3, 18-19). Le « mystère inconnu » de Dieu est révélé et il s’agit de Dieu qui nous aime, et il nous aime depuis le début, depuis l’éternité.
Arrêtons-nous ensuite un peu sur cette prière solennelle et profonde. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ » (Ep 1, 3). Saint Paul utilise le terme « euloghein », qui est généralement la traduction du terme hébreu « barak » : il s’agit de louer, glorifier, rendre grâce à Dieu le Père comme la source des biens du salut, comme Celui qui « nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ ».
L’Apôtre rend grâce et loue, mais il réfléchit aussi sur les raisons qui poussent l’homme à cette louange, à cette action de grâce, en présentant les éléments fondamentaux du plan divin et ses étapes. Avant tout, nous devons bénir Dieu le Père parce que — ainsi écrit saint Paul — Il « nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard » (v. 4). Ce qui nous rend saints et immaculés, c’est la charité. Dieu nous a appelés à la vie, à la sainteté. Et ce choix précède même la création du monde. Depuis toujours, nous sommes dans son dessein, dans sa pensée. Avec le prophète Jérémie nous pouvons affirmer nous aussi qu’avant de nous former dans le ventre de notre mère Il nous connaissait déjà (cf. Jer 1, 5) ; en nous connaissant, il nous a aimés. La vocation à la sainteté, c’est-à-dire à la communion avec Dieu appartient au dessein éternel de ce Dieu, un dessein qui s’étend dans l’histoire et comprend tous les hommes et les femmes du monde, parce c’est un appel universel. Dieu n’exclut personne, son projet est uniquement d’amour. Saint Chrysostome affirme : « Dieu lui-même nous a faits saints, mais nous sommes appelés à rester saints. Est saint celui qui vit dans la foi » (Homélies sur la Lettre aux Ephésiens, 1, 1, 4).
Saint Paul poursuit : Dieu nous a prédestinés, nous a élus à être « pour lui des fils par Jésus Christ », à être incorporés dans son Fils unique. L’apôtre souligne la gratuité de ce merveilleux dessein de Dieu sur l’humanité. Dieu nous choisit non pas parce que nous sommes bons, mais parce que Lui est bon. Et l’Antiquité avait à propos de la bonté une expression: bonum est diffusivum sui ; le bien se communique, cela appartient à l’essence même du bien de se communiquer, de s’étendre. Et ainsi, puisque Dieu est bonté, il est communication de bonté, il veut communiquer; il crée parce qu’il veut nous communiquer sa bonté et nous rendre bons et saints.
Au centre de la prière de bénédiction, l’Apôtre illustre la manière dont se réalise le plan de salut du Père dans le Christ, dans son Fils bien-aimé. Il écrit : « [il] nous obtient par son sang la rédemption, le pardon de nos fautes. Elle est inépuisable, la grâce » (Ep 1, 7). Le sacrifice de la croix du Christ est l’événement unique et impossible à répéter par lequel le Père a montré de manière lumineuse son amour pour nous, non seulement par des mots, mais de façon concrète. Dieu est si concret, et son amour est si concret qu’il entre dans l’histoire, il se fait homme pour sentir ce qu’est vivre dans ce monde créé, et il accepte le chemin de souffrance de la passion, subissant aussi la mort. L’amour de Dieu est si concret, qu’il participe non seulement à notre être, mais à notre souffrance et notre mort. Le Sacrifice de la croix fait que nous devenons «propriété de Dieu», parce que le sang du Christ nous a rachetés de la faute, il nous lave du mal, il nous soustrait à l’esclavage du péché et de la mort. Saint Paul invite à considérer combien est profond l’amour de Dieu qui transforme l’histoire, qui a transformé sa propre vie de persécuteur des chrétiens en apôtre inlassable de l’Evangile. A nouveau résonnent les paroles rassurantes de la Lettre aux Romains : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout ?… J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur. » (Rm 8,31-32.38-39) Cette certitude — Dieu est pour nous, et aucune créature ne peut nous séparer de Lui, parce son amour est plus fort — nous devons l’inscrire dans notre être, dans notre conscience de chrétiens.
Enfin, la bénédiction divine se termine par la mention de l’Esprit Saint qui a été répandu dans nos cœurs; le Paraclet que nous avons reçu comme avance promise : « C’est la première avance — dit Paul — qu’il nous a faite sur l’héritage dont nous prendrons possession au jour de la délivrance finale, à la louange de sa gloire. » (Ep 1, 14) La rédemption n’est pas encore conclue — nous le sentons —, mais elle connaîtra son plein accomplissement quand ceux que Dieu s’est acquis seront totalement sauvés. Nous sommes encore sur le chemin de la rédemption, dont la réalité essentielle est donnée avec la mort et la résurrection de Jésus. Nous sommes en chemin vers la rédemption définitive, vers la pleine libération des fils de Dieu. Et l’Esprit Saint est la certitude que Dieu mènera à bien son dessein de salut, quand il saisira « ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ » (Ep 1, 10). Saint Jean Chrysostome commente ce point : « Dieu nous a élus pour la foi et il a imprimé en nous le sceau pour l’héritage de la gloire future. » (Homélie sur la Lettre aux Éphésiens 2, 11-14). Nous devons accepter que le chemin de la rédemption soit également notre chemin, car Dieu veut des créatures libres, qui disent librement oui ; mais c’est surtout et tout d’abord un chemin à Lui. Nous sommes entre ses mains et à présent nous sommes libres d’aller sur la route qu’Il a ouverte. Nous allons sur cette route de la rédemption, avec le Christ et nous sentons que la rédemption se réalise.
La vision que nous présente saint Paul dans cette grande prière de bénédiction nous a conduits à contempler l’action des trois Personnes de la Très Sainte Trinité : le Père, qui nous a choisis avant la création du monde, qui nous a imaginés et créés ; le Fils qui nous a rachetés à travers son sang et l’Esprit Saint, avance de notre rédemption et de la gloire future. Dans la prière constante, dans la relation quotidienne avec Dieu, nous apprenons nous aussi, comme saint Paul, à voir de manière toujours plus claire les signes de ce dessein et de cette action : dans la beauté du Créateur qui apparaît dans ses créatures (cf. Ep 3, 9), comme le chante saint François d’Assise : « Loué sois-tu mon Seigneur, avec toutes tes créatures. » (ff 263) Il est important d’être attentifs précisément maintenant, également pendant la période des vacances, à la beauté de la création et de voire transparaître dans cette beauté le visage de Dieu. Dans leur vie, les saints montrent de manière lumineuse ce que peut faire la puissance de Dieu dans la faiblesse de l’homme. Et il peut le faire également avec nous. Dans toute l’histoire du salut, dans laquelle Dieu s’est fait proche de nous et attend avec patience notre moment, comprend nos infidélités, encourage notre engagement et nous guide.
Dans la prière nous apprenons à voir les signes de ce dessein miséricordieux sur le chemin de l’Église. Ainsi, nous grandissons dans l’amour de Dieu, en ouvrant la porte afin que la Très Sainte Trinité vienne habiter en nous, illumine, réchauffe et guide notre existence. « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui » (Jn 14, 23), dit Jésus en promettant aux disciples le don de l’Esprit Saint, qui enseignera toute chose. Saint Irénée a dit une fois que dans l’Incarnation, l’Esprit Saint s’est habitué à être dans l’homme. Dans la prière nous devons nous habituer à être avec Dieu. Cela est très important, que nous apprenions à être avec Dieu, et ainsi nous voyons comme il est beau d’être avec Lui, qui est la rédemption.
Chers amis, quand la prière nourrit notre vie spirituelle nous devenons capables de conserver ce que saint Paul appelle « le mystère de la foi » dans une conscience pure (cf. 1 Tm 3, 9). La prière comme manière de « s’habituer » à être avec Dieu, engendre des hommes et des femmes animés non par l’égoïsme, par le désir de posséder, par la soif de pouvoir, mais par la gratuité, par le désir d’aimer, par la soif de servir, c’est-à-dire animés par Dieu; et ce n’est qu’ainsi qu’on peut apporter la lumière dans l’obscurité du monde.
Je voudrais conclure cette Catéchèse par l’épilogue de la Lettre aux Romains. Avec saint Paul, nous aussi nous rendons gloire à Dieu parce qu’il nous a tout dit de lui en Jésus Christ et il nous a donné le Consolateur, l’Esprit de vérité. Saint Paul écrit à la fin de la Lettre aux Romains : « Gloire à Dieu, qui a le pouvoir de vous rendre forts conformément à l’Évangile que je proclame en annonçant Jésus Christ. Oui, voilà le mystère qui est maintenant révélé : il était resté dans le silence depuis toujours, mais aujourd’hui il est manifesté. Par ordre du Dieu éternel, et grâce aux écrits des prophètes, ce mystère est porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à l’obéissance de la foi. Gloire à Dieu, le seul sage, par Jésus Christ et pour les siècles des siècles. Amen. » Merci.

PAPE FRANÇOIS – (l’Eglise est le corps du Christ!) – 22.10.14

28 octobre, 2014

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PAPE FRANÇOIS – (l’Eglise est le corps du Christ!)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 22 octobre 2014

Chers frères et sœurs, bonjour.

Lorsque l’on veut mettre en évidence que les éléments qui composent une réalité sont étroitement unis les uns aux autres et forment une seule chose, on utilise souvent l’image du corps. Depuis l’apôtre Paul, cette expression a été appliquée à l’Eglise et a été reconnue comme son trait caractéristique le plus profond et le plus beau. Aujourd’hui, alors, nous voulons nous demander: dans quel sens l’Eglise forme-t-elle un corps? Et pourquoi est-elle définie «corps du Christ»?
Dans le livre d’Ezéchiel est décrite une vision un peu particulière, impressionnante, mais capable de transmettre la confiance et l’espérance dans nos cœurs. Dieu montre au prophète une étendue d’ossements, détachés les uns des autres et desséchés. Une scène désolante… Imaginez toute une vallée pleine d’ossements. Dieu lui demande alors d’invoquer sur eux l’Esprit. A ce moment, les os se mettent à bouger, commencent à se rapprocher et à s’unir, sur eux poussent d’abord les nerfs, plus la chair, et ainsi se forme un corps, complet et plein de vie (cf. Ez 37, 1-14). Voilà, c’est cela l’Eglise! Je compte sur vous, aujourd’hui, chez vous, prenez la Bible, au chapitre 37 du prophète Ezéchiel, n’oubliez pas, et lisez-le, c’est très beau. C’est cela l’Eglise, c’est un chef d’œuvre, le chef d’œuvre de l’Esprit, qui insuffle en chacun la vie nouvelle du Ressuscité et qui nous place les uns aux côtés des autres, les uns au service et à l’aide des autres, faisant ainsi de nous tous un seul corps, édifié dans la communion et dans l’amour.
Mais l’Eglise n’est pas seulement un corps édifié dans l’Esprit: l’Eglise est le corps du Christ! Et il ne s’agit pas simplement d’une façon de dire: mais nous le sommes vraiment! C’est le grand don que nous recevons le jour de notre baptême! Dans le sacrement du baptême, en effet, le Christ nous fait siens, nous accueillant dans le cœur du mystère de la croix, le mystère suprême de son amour pour nous, pour nous faire ensuite renaître avec lui, comme nouvelles créatures. Voilà: c’est ainsi que naît l’Eglise, et c’est ainsi que l’Eglise se reconnaît corps du Christ! Le baptême constitue une véritable renaissance, qui nous régénère dans le Christ, qui fait de nous une partie de lui, et nous unit intimement entre nous, comme membres du même corps, dont il est la tête (cf. Rm 12, 5; 1 Co 12, 12-13).
Ce qui en découle, alors, est une profonde communion d’amour. Dans ce sens, il est illuminant que Paul, exhortant les maris à «aimer leurs femmes comme leur propre corps», affirme: «C’est justement ce que le Christ fait pour l’Eglise: ne sommes-nous pas les membres de son Corps?» (Ep 5, 28-30). Comme il serait beau que nous nous rappelions plus souvent ce que nous sommes, ce que le Seigneur Jésus a fait de nous: nous sommes son corps, ce corps que rien ni personne ne peut plus arracher de lui et qu’il couvre de toute sa passion et de tout son amour, précisément comme un époux avec son épouse. Cette pensée, toutefois, doit faire naître en nous le désir de correspondre au Seigneur Jésus et de partager son amour entre nous, comme membres vivants de son corps lui-même. A l’époque de Paul, la communauté de Corinthe rencontrait de nombreuses difficultés dans ce sens, vivant, comme nous aussi souvent, l’expérience des divisions, des envies, des incompréhensions et de la marginalisation. Toutes ces choses ne sont pas bonnes, parce que, au lieu d’édifier et de faire croître l’Eglise comme corps du Christ, elles la font éclater en mille morceaux, la démembrent. Et cela a lieu également de nos jours. Pensons dans les communautés chrétiennes, dans certaines paroisses, pensons dans nos quartiers à combien de divisions, combien de jalousies, comment l’on médit, combien d’envies, et d’exclusion. Et que cela entraîne-t-il? Cela nous démembre. C’est le début de la guerre. La guerre ne commence pas sur les champs de bataille: la guerre, les guerres commencent dans le cœur, avec les incompréhensions, les divisions, les envies, avec cette lutte avec les autres. La communauté de Corinthe était ainsi; eux, c’étaient des champions! L’apôtre Paul a donné aux Corinthiens certains conseils concrets qui valent également pour nous: ne pas être jaloux, mais apprécier dans nos communautés les dons et les qualités de nos frères. Les jalousies: «Celui-là a acheté une voiture», et là, je sens une jalousie; «Celui-là a gagné au loto», et une autre jalousie; «Et cet autre a beaucoup de chance dans tel domaine», et une autre jalousie encore. Tout cela démembre, fait du mal, il ne faut pas le faire! Parce qu’ainsi, les jalousies grandissent et remplissent le cœur. Un cœur jaloux est un cœur aigre, un cœur qui au lieu du sang, semble avoir du vinaigre; c’est un cœur qui n’est jamais heureux, c’est un cœur qui démembre la communauté. Mais que dois-je faire alors? Apprécier dans nos communautés les dons et les qualités des autres, de nos frères. Et lorsque je ressens de la jalousie — parce que cela arrive à tous, nous sommes tous pécheurs — je dois dire au Seigneur: «Merci, Seigneur, parce que tu as donné cela à cette personne». Apprécier les qualités, se faire proches et participer à la souffrance des derniers et des plus nécessiteux; exprimer sa gratitude à tous. Le cœur qui sait dire merci est un cœur bon, c’est un cœur noble, c’est un cœur qui est content. Je vous demande: savons-nous tous dire merci, toujours? Pas toujours, parce que l’envie, la jalousie nous freine un peu. Et, un dernier conseil que l’apôtre Paul donne aux Corinthiens et que nous aussi, nous devons nous donner les uns aux autres: ne considère personne supérieur aux autres. Combien de personnes se sentent supérieures aux autres! Nous aussi, tant de fois, nous disons comme ce pharisien de la parabole: «Je te remercie Seigneur, car je ne suis pas comme celui-là, je suis supérieur». Mais cela n’est pas beau, il ne faut jamais le faire! Et lorsque nous sommes sur le point de le faire, rappelons-nous de nos péchés, de ceux que personne ne connaît, ayons honte devant Dieu et disons: «Mais toi Seigneur, tu sais qui est supérieur, moi, je me tais». Et cela fait du bien. Et toujours, dans la charité, se considérer comme membres les uns des autres, qui vivent et se donnent au profit de tous (cf. 1 Co 12-14).
Chers frères et sœurs, comme le prophète Ezéchiel et comme l’apôtre Paul, invoquons nous aussi l’Esprit Saint, afin que sa grâce et l’abondance de ses dons nous aident à vivre véritablement comme corps du Christ, unis, comme famille, mais une famille qui est le corps du Christ, et comme signe visible et beau de l’amour du Christ.

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, notamment les jeunes confirmés du diocèse de Bayeux-Lisieux, ainsi que les personnes en situation de précarité du diocèse de Lyon. Elles sont particulièrement les bienvenues et je les assure de ma prière.
Invoquons le Saint Esprit pour que sa grâce et l’abondance de ses dons nous aident à vivre vraiment comme Corps du Christ, signe visible de son amour.

PAPE FRANÇOIS : AUDIENCE GÉNÉRALE – 17.9.14

24 septembre, 2014

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PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

MERCREDI 17 SEPTEMBRE 2014

Chers frères et sœurs, bonjour.

Cette semaine, nous continuons de parler de l’Église. Lorsque nous professons notre foi, nous affirmons que l’Église est « catholique » et « apostolique ». Mais quelle est réellement la signification de ces deux mots, de ces deux aspects caractéristiques de l’Église ? Et quelle valeur ont-ils pour les communautés chrétiennes et pour chacun de nous ?
Catholique signifie universelle. Une définition complète et claire nous est offerte par l’un des Pères de l’Église des premiers siècles, saint Cyrille de Jérusalem, lorsqu’il affirme : « L’Église est sans aucun doute dite catholique, c’est-à-dire universelle, du fait qu’elle s’est diffusée partout, d’une extrémité à l’autre de la terre ; et qu’universellement et immanquablement elle enseigne toutes les vérités qui doivent parvenir à la connaissance des hommes, tant en ce qui concerne les choses célestes que les choses terrestres » (Catéchèse XVIII, 23).
Le signe évident de la catholicité de l’Église est qu’elle parle toutes les langues. Et cela n’est autre que l’effet de la Pentecôte (cf. Ac 2, 1-13) : c’est l’Esprit Saint, en effet, qui a rendu les apôtres et l’Église tout entière capables de faire retentir à tous, jusqu’aux extrémités de la terre, la Belle Nouvelle du salut et de l’amour de Dieu. Ainsi, l’Église est née catholique, c’est-à-dire « symphonique » dès ses origines, et ne peut qu’être catholique, projetée vers l’évangélisation et la rencontre avec tous. La Parole de Dieu aujourd’hui se lit dans toutes les langues, tous disposent de l’Evangile dans leur langue, pour le lire. Et je reviens sur le même concept : il est toujours bon d’avoir avec nous un petit Évangile, pour l’emporter dans sa poche, dans son sac, et d’en lire un passage au cours de la journée. Cela nous fait du bien. L’Évangile est diffusé dans toutes les langues parce que l’Église, l’annonce de Jésus Christ Rédempteur, est dans le monde entier. C’est pourquoi on dit que l’Église est catholique, parce qu’elle est universelle.
Si l’Église est née catholique, cela veut dire qu’elle est née « en sortie », qu’elle est née missionnaire. Si les apôtres étaient restés là, au cénacle, sans sortir pour apporter l’Évangile, l’Église serait uniquement l’Église de ce peuple, de cette ville, de ce cénacle. Mais tous sont sortis pour aller dans le monde, depuis la naissance de l’Église, depuis que l’Esprit Saint est descendu sur eux. C’est pourquoi l’Église est née « en sortie », c’est-à-dire missionnaire. C’est ce que nous exprimons en la qualifiant d’apostolique, parce que l’apôtre est celui qui apporte la bonne nouvelle de la Résurrection de Jésus. Ce terme nous rappelle que l’Église, sur le fondement des apôtres et en continuité avec eux — ce sont les apôtres qui sont allés et ont fondé de nouvelles églises, qui ont constitué de nouveaux évêques et cela dans le monde entier, dans une continuité ; aujourd’hui, nous sommes tous dans la continuité de ce groupe d’apôtres qui a reçu l’Esprit Saint et qui est allé en « sortie », pour prêcher —, est envoyée pour apporter à tous les hommes cette annonce de l’Évangile, en l’accompagnant par les signes de la tendresse et de la puissance de Dieu. Cela aussi dérive de l’événement de la Pentecôte: en effet, c’est l’Esprit Saint qui surmonte toute résistance, qui vainc la tentation de se refermer sur soi-même, entre quelques élus, et de se considérer comme les uniques destinataires de la bénédiction de Dieu. Si par exemple, certains chrétiens font cela et disent : « Nous sommes les élus, nous seuls », à la fin, ils meurent. Ils meurent d’abord dans leur âme, puis ils mourront dans leur corps, parce qu’ils n’ont pas de vie, ils ne sont pas capables d’engendrer la vie, d’autres personnes, d’autres peuples: ils ne sont pas apostoliques. Et c’est précisément l’Esprit qui nous conduit vers nos frères, même ceux qui sont le plus éloignés dans tous les sens, afin qu’ils puissent partager avec nous l’amour, la paix, la joie que le Seigneur Ressuscité nous a laissés en don.
Que signifie, pour nos communautés et pour chacun de nous, faire partie d’une Église qui est catholique et apostolique ? Avant tout, cela signifie avoir à cœur le salut de toute l’humanité, ne pas se sentir indifférents ou étrangers face au destin d’un grand nombre de nos frères, mais ouverts et solidaires à leur égard. Cela signifie en outre avoir le sens de la plénitude, de la totalité, de l’harmonie de la vie chrétienne, en repoussant toujours les positions partielles, unilatérales, qui nous referment sur nous-mêmes.
Faire partie de l’Église apostolique signifie être conscients que notre foi est ancrée à l’annonce et au témoignage des apôtres de Jésus eux-mêmes — elle est ancrée là, c’est une longue chaîne qui vient de là — ; et donc se sentir toujours envoyés, se sentir mandatés, en communion avec les successeurs des apôtres, pour annoncer, le cœur plein de joie, le Christ et son amour à toute l’humanité. Et je voudrais rappeler ici la vie héroïque de nombreux, de très nombreux hommes et femmes missionnaires qui ont quitté leur patrie pour aller annoncer l’Évangile dans d’autres pays, sur d’autres continents. Un cardinal brésilien, qui travaille beaucoup en Amazonie, me disait que lorsqu’il va dans un endroit, dans un village ou dans une ville de l’Amazonie, il se rend toujours au cimetière et là, il voit les tombes de ces missionnaires, prêtres, frères, sœurs, qui sont allés prêcher l’Évangile des apôtres. Et il pense : ils peuvent être tous canonisés maintenant, ils ont tout quitté pour annoncer Jésus Christ. Rendons grâce au Seigneur parce que notre Église possède de nombreux missionnaires, a eu tant de missionnaires et en encore davantage besoin ! Rendons grâce au Seigneur pour cela. Peut-être parmi tant de jeunes, garçons et filles, qui sont ici, quelqu’un a envie de devenir missionnaire : allez-y ! C’est beau d’apporter l’Évangile de Jésus. Soyez courageux et courageuses !
Demandons alors au Seigneur de renouveler en nous le don de son Esprit, afin que chaque communauté chrétienne et que chaque baptisé soit une expression de notre sainte mère l’Église catholique et apostolique.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (10 septembre 2014)

17 septembre, 2014

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PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 10 septembre 2014

Chers frères et sœurs, bonjour.

Dans notre itinéraire de catéchèses sur l’Eglise, nous nous arrêtons sur la considération que l’Eglise est mère. La dernière fois, nous avons souligné que l’Eglise nous fait grandir et, avec la lumière et la force de la Parole de Dieu, elle nous indique la route du salut et nous défend du mal. Je voudrais aujourd’hui souligner un aspect particulier de cette question éducative de notre mère l’Eglise, c’est-à-dire la manière dont elle nous enseigne les œuvres de miséricorde.
Un bon éducateur vise à l’essentiel. Il ne se perd pas dans les détails, mais veut transmettre ce qui compte vraiment pour que le fils ou l’élève trouve le sens et la joie de vivre. C’est la vérité. Et l’essentiel, selon l’Evangile, c’est la miséricorde. L’essentiel de l’Evangile est la miséricorde. Dieu a envoyé son Fils, Dieu s’est fait homme pour nous sauver, c’est-à-dire pour nous donner sa miséricorde. Jésus le dit clairement, résumant son enseignement pour les disciples : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36). Peut-il exister un chrétien qui ne soit pas miséricordieux ? Non. Le chrétien doit nécessairement être miséricordieux, car cela est le centre de l’Evangile. Et fidèle à cet enseignement, l’Eglise ne peut que répéter la même chose à ses enfants : « Soyez miséricordieux », comme l’est le Père, et l’a été Jésus. Miséricorde.
Et l’Eglise se comporte alors comme Jésus. Elle ne fait pas de leçons théoriques sur l’amour, sur la miséricorde. Elle ne diffuse pas dans le monde une philosophie, une voie de sagesse… Bien sûr, le christianisme est aussi tout cela, mais comme conséquence, en reflet. Notre mère l’Eglise, comme Jésus, enseigne à travers l’exemple, et les paroles servent à éclairer le sens de ses gestes.
Notre mère l’Eglise nous enseigne à donner à manger et à boire à qui a faim et soif, à vêtir celui qui est nu. Et comment le fait-elle ? Elle le fait à travers l’exemple de nombreux saints et saintes qui ont fait cela de façon exemplaire ; mais elle le fait également à travers l’exemple de très nombreux pères et mères, qui enseignent à leurs enfants que ce que nous avons en trop, doit aller à ceux qui manquent du nécessaire. Il est important de savoir cela. Dans les familles chrétiennes les plus simples, la loi de l’hospitalité a toujours été sacrée : une assiette et un lit pour ceux qui en ont besoin ne manquent jamais. Une fois, une mère me racontait — dans l’autre diocèse — qu’elle voulait enseigner cela à ses enfants et elle leur disait d’aider et de donner à manger à ceux qui ont faim ; elle en avait trois. Et un jour, pendant le déjeuner, — le papa était parti travailler, elle était avec ses trois enfants, petits, de plus ou moins 7, 5 et 4 ans — et on frappe à la porte : il y avait un homme qui demandait à manger. Et la maman lui a dit : « Attends un moment ». Et après être rentrée, elle a dit à ses enfants : « Il y a là un homme qui demande à manger, que faisons-nous ? ». « Nous lui donnons, maman, nous lui donnons ! ». Chacun avait dans son assiette un beefsteak avec des frites. « Très bien — a dit la maman —, prenons la moitié de chacun de vous, et nous lui donnerons la moitié du beefsteak de chacun de vous ». « Ah non, maman, comme ça cela ne va pas ! ». « C’est ainsi, tu dois donner ce qui est à toi ». De cette façon, la maman a enseigné à ses enfants à donner à manger ce qui était à eux. Cela est un bel exemple qui m’a beaucoup aidé. « Mais je n’ai rien en plus… ». « Donne ce qui est à toi ! ». C’est ce que nous enseigne notre mère l’Eglise. Et vous, les nombreuses mamans qui êtes ici, vous savez ce que vous devez faire pour enseigner à vos enfants qu’ils partagent ce qui est à eux avec ceux qui en ont besoin.
Notre mère l’Eglise enseigne à être proche de ceux qui sont malades. Combien de saints et de saintes ont-ils servi Jésus de cette façon ! Et combien d’hommes et de femmes communs, chaque jour, mettent en pratique cette œuvre de miséricorde dans une chambre d’hôpital, ou d’une maison de repos, ou dans leur propre maison, en assistant une personne malade.
Notre mère l’Eglise enseigne à être proche de ceux qui sont en prison. « Mais père non, cela est dangereux, ce sont des personnes mauvaises ». Mais chacun de nous est capable… Ecoutez bien cela: chacun de nous est capable de faire la même chose qu’a fait cet homme ou cette femme qui est en prison. Nous avons tous la capacité de pécher et de faire la même chose, de faire des erreurs dans la vie. Il n’est pas plus mauvais que toi ou moi ! La miséricorde franchit chaque mur, chaque barrière, et te conduit toujours à chercher le visage de l’homme, de la personne. Et c’est la miséricorde qui change le cœur et la vie, qui peut régénérer une personne et lui permettre de s’insérer de manière nouvelle dans la société.
Notre mère l’Eglise enseigne à être proche de celui qui est abandonné et meurt seul. C’est ce qu’a fait la bienheureuse Teresa dans les rues de Calcutta ; c’est ce qu’a fait et font tant de chrétiens qui n’ont pas peur de serrer la main de celui qui va quitter ce monde. Et ici aussi, la miséricorde apporte la paix à celui qui part et à celui qui reste, en nous faisant sentir que Dieu est plus grand que la mort, et qu’en restant en Lui, même la dernière séparation est un « au revoir »… La bienheureuse Teresa avait bien compris cela ! On lui disait : « Mère, vous perdez votre temps ! ». Elle trouvait des personnes mourantes dans la rue, des personnes auxquelles les rats des rues commençaient à dévorer le corps, et elle les conduisait chez elle afin qu’ils meurent dans la propreté, tranquilles, entourés de caresses, en paix. Elle donnait l’« au revoir » à toutes ces personnes… Et tant d’hommes et de femmes comme elle ont fait cela. Et ils les attendent, là [il indique le ciel], à la porte, pour leur ouvrir la porte du Ciel. Aider les personnes à bien mourir, en paix.
Chers frères et sœurs, c’est ainsi que l’Eglise est mère, en enseignant à ses enfants les œuvres de miséricorde. Elle a appris cette voie de Jésus, elle a appris que cela est l’essentiel pour le salut. Il ne suffit pas d’aimer qui nous aime. Jésus dit que ce sont les païens qui le font. Il ne suffit pas de faire du bien à qui nous fait du bien. Pour changer le monde en mieux, il faut faire du bien à qui n’est pas en mesure de nous donner quelque chose en retour, comme le Père l’a fait avec nous, en nous donnant Jésus. Combien avons-nous payé pour notre rédemption ? Rien, tout a été gratuit ! Faire le bien sans attendre quelque chose en retour. C’est ainsi qu’a fait le père avec nous et nous devons faire la même chose. Fais le bien et va de l’avant !
Qu’il est beau de vivre dans l’Eglise, dans notre mère l’Eglise qui nous enseigne ces choses que nous a enseignées Jésus. Rendons grâce au Seigneur, qui nous a donné la grâce d’avoir l’Eglise comme mère, elle qui nous enseigne la voie de la miséricorde, qui est la voie de la vie. Rendons grâce au Seigneur.

 

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