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EST-CE MOI OU EST-CE LE SEIGNEUR?

7 juin, 2016

http://www.bible-notes.org/article-17-est-ce-moi-ou-est-ce-le-seigneur.html

EST-CE MOI OU EST-CE LE SEIGNEUR?

«Et Moïse dit à l’Eternel: Pourquoi as-tu fait ce mal à ton serviteur? Et pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux, que tu aies mis sur moi le fardeau de tout ce peuple? Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple? Est-ce moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises: Porte-le dans ton sein, comme le nourricier porte l’enfant qui tette, jusqu’au pays que tu as promis par serment à ses pères? … Je ne puis, moi seul, porter tout ce peuple, car il est trop pesant pour moi. Et si tu agis ainsi avec moi, tue-moi donc, je te prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, et que je ne voie pas mon malheur»
(Nombres 11: 11-15).

Nous trouvons ici l’esprit de Moïse accablé sous la lourde responsabilité qui lui était confiée; il exprime la peine de son coeur dans ces paroles.
Evidemment, Moïse abandonne un poste d’honneur. Si Dieu se plaisait à faire de lui l’unique instrument pour conduire l’assemblée, Il lui conférait, en réalité, une dignité et un privilège particulièrement grands. La responsabilité était très lourde, il est vrai, mais la foi reconnaissait que Dieu était amplement suffisant pour permettre à son serviteur d’y faire face.
Cependant, ce précieux serviteur manqua d’assurance dans les ressources de Dieu. Il dit: «Je ne puis, moi seul, porter tout ce peuple, car il est trop pesant pour moi». Il ne lui était pourtant pas demandé de porter seul le peuple, car Dieu était avec lui. Il n’était que le moyen que Dieu employait. Moïse aurait aussi bien pu dire de sa verge qu’elle portait le peuple. Or, qu’était-il lui-même, sinon un simple instrument dans la main de Dieu, comme la verge dans la sienne?
C’est ainsi que les serviteurs de Dieu sont souvent défaillants. Un tel manquement est d’autant plus dangereux qu’il est revêtu d’une apparence d’humilité. Reculer devant une lourde responsabilité semble résulter de la méfiance de soi-même et d’une profonde humilité d’esprit. Mais, il faut rechercher à savoir si vraiment Dieu m’a imposé cette responsabilité. Si oui, Il m’accompagnera certainement dans l’exercice de celle-ci. Lui étant avec moi, je peux toutes choses. Avec Lui, le poids d’une montagne n’est rien; sans Lui, le poids d’une plume est accablant!
C’est une chose toute différente si un homme, dans la vanité de ses pensées, s’engage à prendre sur ses épaules un fardeau que Dieu n’a jamais eu l’intention de lui faire porter et, par conséquent, ne l’y a jamais préparé. Nous pouvons donc, certainement, nous attendre à le voir accablé sous son poids. Mais si Dieu le place sur lui, Il le qualifiera et le fortifiera pour en assumer la charge.
Ce n’est jamais le fruit de l’humilité que de quitter un poste où l’on a été établi par Dieu. Au contraire, la plus grande humilité aura son expression si l’on y reste dans une simple dépendance de Dieu. Reculer devant un service en prétendant en être incapable montre que l’on est occupé de soi-même. Dieu ne nous appelle pas au service en raison de nos capacités, mais des siennes; aussi, à moins que je ne sois rempli de pensées au sujet de moi-même ou que ma confiance en Dieu fasse défaut, les lourdes responsabilités du service ou du témoignage ne pourront être abandonnées.
Toute puissance est à Dieu: que cette puissance soit exercée par un seul agent ou soixante-dix, elle est absolument la même. Par conséquent, si un agent refuse cette dignité, c’est bien dommage pour lui! Dieu n’oblige pas un serviteur à demeurer dans une position d’honneur, s’il ne met pas sa confiance en Lui pour l’occuper. Le chemin est toujours libre pour abandonner cette dignité: ainsi en a-t-il été de Moïse. Comme il se plaignait du fardeau, celui-ci lui a été rapidement retiré, avec le grand honneur d’être admis à le porter. «Et l’Eternel dit à Moïse: assemble-moi soixante-dix des anciens d’Israël, que tu sais être les anciens du peuple et ses magistrats, et amène-les à la tente d’assignation, et ils se tiendront là avec toi. Et je descendrai, et je parlerai là avec toi, et j’ôterai de l’Esprit qui est sur toi, et je le mettrai sur eux, afin qu’ils portent avec toi le fardeau du peuple, et que tu ne le portes pas toi seul» (Nombres 11: 16-17).
Nous ne voyons pas l’introduction de puissance nouvelle. C’est le même Esprit, que ce soit en un seul ou en soixante-dix. Il n’y a ni plus de valeur ni plus de vertu dans la chair de soixante-dix hommes que dans la chair d’un seul. «C’est l’Esprit qui vivifie; la chair ne profite de rien» (Jean 6: 63). En fait de puissance, rien n’a été gagné; mais en fait de dignité, beaucoup a été perdu par ce refus de Moïse.
Un peu plus loin, au chapitre 11 des Nombres, nous trouvons Moïse qui exprime des paroles d’incrédulité attirant de la part de l’Eternel une répréhension sévère. «La main de l’Eternel est-elle devenue courte? Tu verras maintenant si ce que j’ai dit t’arrivera ou non». En comparant les versets 11 à 15 aux versets 21 et 22, nous découvrons un enseignement bien solennel: l’homme qui recule devant la responsabilité, en s’abritant derrière sa faiblesse, est en grand danger de mettre en doute la plénitude et la suffisance des ressources de Dieu.
Toute cette scène enseigne une leçon très précieuse à tout serviteur de Christ qui peut être tenté de se sentir seul ou accablé dans son travail. Que celui-là ait bien à l’esprit que le travail opéré par le Saint Esprit avec un seul instrument est aussi bon que s’Il en utilise soixante-dix. S’Il n’agit pas, soixante-dix ne valent pas plus qu’un seul! Tout cela dépend de l’énergie du Saint Esprit. Avec Lui, un seul homme peut tout faire, tout endurer, tout supporter. Sans lui, soixante dix hommes ne peuvent rien faire.
Que le serviteur solitaire se souvienne, pour la consolation et l’encouragement de son coeur abattu, que comptant sur la présence et la puissance du Saint Esprit, il n’a pas lieu de se plaindre de son fardeau ni de soupirer après un partage du travail. Si Dieu honore un homme en lui donnant beaucoup de travail à faire, qu’il se réjouisse en cela et ne murmure pas; car s’il murmure, il risquerait de perdre rapidement cet honneur. Dieu n’est pas embarrassé pour trouver des instruments. Il pourrait, des pierres, susciter des enfants à Abraham. Il peut, de ces mêmes pierres, susciter les agents nécessaires pour poursuivre son oeuvre glorieuse!
Oh, qu’un coeur prêt à son service est désirable! Un coeur patient, humble, débarrassé de lui-même, dévoué! Un coeur prêt à servir en compagnie d’autres serviteurs, prêt à servir seul. Un coeur si rempli d’amour pour Christ, qu’il trouvera sa joie à Le servir, quel que soit ce service!
C’est assurément un besoin bien actuel. Que le Saint Esprit réveille donc nos coeurs à un sentiment plus profond de la grande valeur du nom de Jésus. Que nous soyons rendus capables de répondre d’une façon plus claire, plus compète, non équivoque, à l’amour immuable de son coeur!

 

QUE DIT L’ECRITURE AU SUJET DU TRAVAIL ?

24 mai, 2016

http://www.bible-notes.org/article-356-Que-dit-l-Ecriture-au-sujet-du-travail.html

QUE DIT L’ECRITURE AU SUJET DU TRAVAIL ?

(une étude , il y a beaucoup sur la même page)

Le chrétien peut rendre un beau témoignage au Seigneur par la manière dont il accomplit ses tâches professionnelles, mais aussi par l’emploi qu’il fait de son temps libre.

Dans sa tâche professionnelle le chrétien se fait connaître comme tel en l’accomplissant avec exactitude, diligence, probité ; non par amour du lucre ou par ambition égoïste mais pour le Seigneur ; non par l’effet d’une contrainte impatiemment subie dans l’esprit de revendication jamais satisfaites qui est celui du jour, mais « comme asservi au Seigneur et non pas aux hommes » (Eph. 6 : 7). C’est là probablement le premier et le plus constant témoignage à rendre au dehors. L’activité s’y déploie pour Christ, au lieu de laisser le Seigneur à la porte du lieu de travail. Évidemment cela suppose que le métier que l’on exerce et la façon dont on l’exerce ont son approbation. En l’exerçant le fidèle « orne l’enseignement qui est de notre Dieu sauveur » (Tite 2 : 10). Cela est dit des esclaves et à plus forte raison demandé à quelqu’un de placé dans une condition plus favorable.
Le chrétien se fait connaître tout autant par la façon dont il utilise son temps libre. Le rythme accéléré de la vie présente exige détente et repos, mais combien de personnes en arrivent à être plus occupées de leurs loisirs que de leur travail habituel, et s’y montrent plus actives ! Qu’en est-il de chacun de nous ? Nous ne parlons pas ici du dimanche, car l’emploi du jour du Seigneur ne devrait soulever aucune question ; pourtant il sera bien à propos de relire Ésaïe 58 : 3, 14, qui s’applique au sabbat mais est considéré comme le « saint jour de l’Eternel » et « mon saint jour ». L’apôtre Jean fut « en Esprit, dans la journée dominicale » (Apoc. 1 : 10).
Pour lire la Parole et l’étudier, pour nous édifier mutuellement et pour évangéliser, Dieu met à notre disposition plus de temps et de facilités qu’autrefois. Que faisons-nous de nos loisirs ? À chacun de s’examiner devant le Seigneur. Les gens du présent siècle, fortunés ou non, passent – ou rêvent de passer – leurs vacances en voyages d’agrément ou dans la pratique des sports à la mode ou encore dans le désoeuvrement des plages et des stations touristiques. Suivons-nous leur comportement, dans une passive et affligeante conformité ?
Nous ne parlons pas en censeur ni en moraliste, Dieu le sait. Ni sans savoir ce que l’existence actuelle comporte de luttes et de difficultés, différentes d’une condition à l’autre, d’un âge à l’autre, de la campagne à la ville. Mais justement la « vertu » (le courage moral) que nous sommes exhortés à joindre à la foi prend ces difficultés de front ; elle lutte contre cette aspiration devenue générale à satisfaire par des moyens amplifiés la convoitise des yeux, la convoitise de la chair et l’orgueil de la vie sans y parvenir jamais. Mais ils empêchent l’activité selon Dieu. Les « épines » (soucis, richesses, voluptés de la vie…) étouffent la semence, de sorte qu’il n’y a pas « de fruit à maturité » (Luc 8 : 14). La soif des jouissances offertes par la civilisation moderne, en surenchère perpétuelle, fait plus de mal au témoignage que des persécutions. Sacrifierons-nous aux « délices du péché » la jouissance de nos « bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ », et comme Ésaü vendrions-nous pour un mets notre droit de premier-né ?
Tout cela est affaire de coeur. Nous avons besoin d’être « étreints par l’amour du Christ », comme Paul, afin de regarder comme lui toutes choses comme une perte à cause de Christ, et de juger que « si un est mort pour tous, tous donc sont morts, et qu’il est mort pour tous afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui pour eux est mort et a été ressuscité » (2 Cor. 5 : 14, 15). Que d’occasions nous laissons échapper de montrer les caractères du « service religieux pur et sans tache devant Dieu le Père », savoir l’activité de l’amour pour « visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction », et l’application à se conserver « pur du monde » (Jac. 1 : 27) ! Combien nous manquons de zèle, enfin, à « chausser nos pieds de la préparation de l’évangile de paix » (Eph. 6 : 15), pour parler du Seigneur à ceux qui n’ont pas cru ! Il n’est pas besoin pour le faire d’avoir reçu un don d’évangéliste, mais il faut aimer le Seigneur, et aimer les âmes.

« Messager évangélique » 1962 p. 253 (A. G)

LE TRAVAIL ET LA BIBLE – LE TRAVAIL, UN MANDAT DE DIEU POUR L’HOMME

24 mai, 2016

http://www.ethiquechretienne.com/le-travail-et-la-bible-le-travail-un-mandat-de-dieu-pour-l-homme-a1202245

LE TRAVAIL ET LA BIBLE – LE TRAVAIL, UN MANDAT DE DIEU POUR L’HOMME

LE TRAVAIL SELON LA BIBLE

Dans notre société sécularisée, rejetant l’héritage qu’elle tire du christianisme, baignée dans un relativisme ambiant donc dans une confusion des valeurs, nous avons besoin de références, de points d’ancrage solides pour ne pas être ballotés par tous les « vents médiatiques » et par tous les vents émotionnels. Les vents émotionnels sont ceux qui font crier « hosanna » un jour et « crucifie » le lendemain. Nos références doivent se trouver enracinées dans la Bible. 1 : 1 « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. » 1 : 25b-28 : « Dieu vit que cela était bon. 26 Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. 27 Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme. 28 Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. » 2 : 2 : « Dieu acheva au septième jour son œuvre, qu’il avait faite : et il se reposa au septième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite. » 2 : 15 : « L’éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’éden pour le cultiver et pour le garder. » 3 : 17 : « Il dit à l’homme : Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais donné cet ordre : Tu n’en mangeras point ! le sol sera maudit à cause de toi. C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie… » 3 : 19 : « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain… » De ces versets, deux perspectives bibliques du travail se dégagent : – Le travail est une bonne chose voulue par Dieu. – Le travail est une source de souffrance. Le travail est un mandat confié par Dieu à l’homme (Genèse 1 et 2) mais, à cause de la chute, le travail est devenu pénible (Genèse 3).

LE TRAVAIL : UN MANDAT DIVIN Quelques aspects  Le travail n’est pas une conséquence du péché. D’ailleurs, le premier verset de la Bible nous montre Dieu au travail et Jésus dira : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille. » (Jean 5 : 14) Le verset 28 du premier chapitre de la Genèse « … remplissez la terre, assujettissez-la ; et dominez… » est un appel pour l’homme à transformer le monde par son intelligence, son savoir-faire et son industrie. Créé à l’image de Dieu, l’homme est appelé à donner à son activité un sens créatif. Par le verset : « Et l’Éternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et pour le garder. » (Genèse 2 : 15), nous comprenons que l’homme est le gérant de la création. C’est pourquoi le monde où l’homme vit porte la marque de son activité transformatrice. (Selon « L’éthique du travail »  – Robert Sommerville – Les Editions Sator © 1989 page 30)  En donnant à l’homme, toute la richesse de la création, Dieu lui montre son amour et sa confiance. Le travail est une réponse à ce don. Malheureusement, aujourd’hui, l’homme martyrise la création.  Le travail est aussi une réponse à notre condition incarnée : notre activité n’est pas purement intérieure ; elle est aussi extérieure. Par mon corps, mon travail exprime ma personne géographiquement, en un lieu déterminé. L’homme est un être « de géographie » – l’homme n’est pas un pur esprit – et le travail est l’expression de l’homme dans son espace géographique. Dit dans des termes plus simples : par mon travail j’exprime ce que je suis sur les lieux de mon activité et j’y apporte mon empreinte.  Dès le commencement, le travail a une dimension sociale évidente : un homme seul ne peut assujettir la terre. Il doit s’associer à d’autres hommes et, par là, participer à un œuvre commune. Le travail est un facteur de socialisation, un principe de vie communautaire. On comprend que le chômage puisse être ressenti durement : avec lui est éprouvé un sentiment d’inutilité sociale. Calvin considérait que priver quelqu’un de travail était un crime. D’autres aspects : Le Créateur et la création – L’homme et son travail L’homme est créé à l’image de Dieu. Il est une personne (dans le sens le plus fort) dotée d’intelligence, de raison et de volonté libre, de liberté – l’homme n’est pas placé sur un rail ; l’arbre de la connaissance du bien et du mal en est la preuve – et conséquemment de responsabilité, responsabilité, entre autre morale, de chercher la vérité. Il est doté de quête de sens – parce qu’il est « celui qui se souvient » donc doté d’une histoire dans laquelle il s ‘inscrit –, doté, dans son cœur, « d’un vide en forme de Dieu » (Pascal)… A propos de l’histoire : un peuple qui n’a pas de souvenir est un peuple sans avenir. Songeons aux fêtes de l’ancien testament et à la Sainte Cène : « Faites ceci en mémoire de moi. » Enfin, l’homme ne peut vivre sans amour reçu et partagé. Sa dignité repose sur sa capacité de se donner, de se livrer pour l’autre, de donner sa vie pour les autres. Jésus-Christ est l’Homme Parfait. L’homme reçoit sa dignité de ce qu’il est créé à l’image de Dieu (Livre de la Genèse) et de ce que Dieu s’est fait homme en Jésus. L’homme est donc plus que tout ce qu’il crée et ce qu’il fait (productions, institutions, systèmes) : sa valeur transcende celle de son travail.

En conséquence : • Le premier fondement de la valeur du travail est l’homme lui-même. • Le travail ne peut avoir plus de dignité que celui qui l’exécute : une personne. • Le but de tout travail exécuté par l’homme, quel que puisse être ce travail, doit toujours être l’homme lui-même ou le Seigneur. • L’homme et la valeur de son travail ne se réduisent pas à la sphère économique et à la satisfaction des « besoins » matériels.

AU PLAN ETHIQUE : Nous ne pouvons pas accepter que : – le travail soit une force anonyme nécessaire à la production (il faut soustraire le travail de la condition de « marchandises ») ; – que l’homme soit traité comme un instrument, comme un facteur de production parmi d’autres (les autres étant les machines, les bâtiments, les matières premières…). Redisons-le encore : L’homme doit être traité selon la vraie dignité de son travail, c’est-à-dire comme acteur et auteur, comme but de toute production.

AU PLAN IDEOLOGIQUE : Le libéralisme est un système centré sur lui-même qui, souvent, oublie sa fin : l’homme, le service de l’homme. La « loi du marché » avec son vocabulaire – productivité, efficacité, performance, rendement, profitabilité, compétitivité… – s’élève au dessus de tout et de tous les principes éthiques : qu’en pensons-nous ? Que pensons-nous de la loi du plus fort, du plus efficace, d’une loi, celle du marché, qui s’impose comme inévitable, incontournable ? Une seule loi est « inévitable », « incontournable » : celle d’aimer Dieu et son corollaire, aimer son prochain comme soi-même. Un seul est Seigneur : Jésus-Christ. Aimer son prochain, ce n’est pas voir en lui, une « ressource humaine » qui complète les ressources financières et les matières premières ; ce n’est pas voir en lui, au final, un consommateur. L’Evangile ne nous montre pas un modèle de vie (et de travail) fondé sur la richesse et l’efficacité. Il nous montre un modèle fondé sur l’amour de Dieu et du prochain. Les injustices créés contiennent des semences de violence et donc de déstabilisation profonde à long terme : la « démocratie », en tant que système politique, est en danger quant elle n’est plus fondée sur des valeurs justes. Ajoutons encore : – « la capacité d’acheter ne peut être un critère de dignité » ; – « la dignité humaine est indépendante des conditions sociales. » On relira avec intérêt l’épître de Jacques (2 : 1-13) : « Mes frères, ne mêlez pas à des considérations de personnes votre foi en notre Seigneur de gloire, Jésus-Christ. » – La dignité humaine implique le respect et, conséquemment, la solidarité . On ne traite pas les hommes comme des animaux. (Inspiré de « Vers la justice de l’Evangile » de Pierre De Charentenay – Desclée De Brouwer © 2008 pages 86 à 88) Ce qui me touche profondément et m’exaspère, c’est que le travail, chose bonne, voulue par Dieu, soit détournée de son but premier. J’insiste : le travail ne trouve pas sa valeur dans la loi du marché ou dans l’économie. Elle se trouve dans le mandat que Dieu donne à l’homme et dans la dignité de celui qui l’accomplit : l’homme lui-même.

A PROPOS DU TRAVAIL MANUEL : Le travail des mains n’est pas méprisable, il n’est pas destiné aux esclaves des temps modernes. Jésus a consacré la plus grande partie de sa vie terrestre à son établi de charpentier. Le texte qui suit, tiré du livre de l’Exode, montre ce que nous avons déjà sans doute observé : il y a plusieurs formes d’intelligence. L’intelligence ne s’exprime pas que dans le monde de la pensée, que dans « l’intellectualisme » (influence de la pensée grecque) mais aussi dans l’habileté, dans les savoir-faire manuels. Exode 35 : 30-35 : « Et Moïse dit aux fils d’Israël : Voyez, l’Éternel a appelé par son nom Betsaléel… 31 et il l’a rempli d’esprit divin, d’habileté, d’intelligence, de savoir pour toutes sortes d’ouvrages, 32 pour faire des combinaisons, pour travailler l’or, l’argent et l’airain, 33 pour graver des pierres à enchâsser, pour sculpter le bois de manière à exécuter toute espèce de travaux d’art. 34 Il lui a accordé aussi le don d’enseigner, de même qu’à Oholiab… 35 Il les a remplis d’intelligence, pour exécuter toutes sortes de travaux de sculpture et d’art, pour broder et tisser la pourpre violette, la pourpre écarlate, le cramoisi et le lin, pour exécuter toutes sortes de travaux et pour faire des combinaisons. » Dans notre pays, l’enseignement dispensé au collège est essentiellement axé sur les savoirs intellectuels. A mon sens, c’est fort dommage : nous ne développons pas l’intelligence manuelle, les élèves non scolaires se sentent dévalorisés, ce qui explique (entre autre) la violence qu’expriment les jeunes vis à vis des écoles.

QUAND IL TRAVAILLE, L’HOMME IMITE DIEU L’activité de l’homme reflète et imite celle du Dieu créateur. « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. 9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 10 Mais le septième jour est le jour du repos de l’éternel, ton Dieu… 11 Car en six jours l’éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. » (Exode 20 : 8-10a) Dans ce texte, il y a clairement un parallèle entre les six jours de la création et les six jours de travail des humains, entre le jour de repos de Dieu et celui de l’homme. Le verset 9 du passage précité « Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. » démontre que le travail est une œuvre qui doit être accomplie. Dans le Nouveau testament, Paul écrit aux Thessaloniciens en condamnant la paresse et le désordre : 2 Th. 3 : 6-13 : « 7 Vous savez vous-mêmes comment il faut nous imiter, car nous n’avons pas vécu parmi vous dans le désordre. 8 Nous n’avons mangé gratuitement le pain de personne; mais, dans le travail et dans la peine, nous avons été nuit et jour à l’œuvre, pour n’être à charge à aucun de vous. 9 Ce n’est pas que nous n’en eussions le droit, mais nous avons voulu vous donner en nous-mêmes un modèle à imiter. 10 Car, lorsque nous étions chez vous, nous vous disions expressément : Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. 11 Nous apprenons, cependant, qu’il y en a parmi vous quelques-uns qui vivent dans le désordre, qui ne travaillent pas, mais qui s’occupent de futilités. 12 Nous invitons ces gens-là, et nous les exhortons par le Seigneur Jésus Christ, à manger leur propre pain, en travaillant paisiblement. 13 Pour vous, frères, ne vous lassez pas de faire le bien. »

REMARQUEZ LES PARALLELES : – entre « vivre dans le désordre » et « manger gratuitement le pain de quelqu’un » (verset 7) – entre « vivre dans le désordre » et « ne pas travailler » (verset 11) – entre « manger de son propre pain en travaillant paisiblement » et « ne pas se lasser de faire le bien ». (verset 13) Les Thessaloniciens, avec leur culture grecque, pensaient que le travail est un mal à éviter si possible. De plus, pensant à un retour imminent du Seigneur, ils n’accordaient aucune valeur à la vie terrestre.

QUEL EST LE SENS DU TRAVAIL ?  Faire du bien, c’est-à-dire rechercher ce qui est utile aux autres au lieu de vivre en parasite, à leurs dépens. Pensons à la condamnation de la paresse dans le livre des Proverbes.  Participer à la construction, au patrimoine de la communauté humaine, œuvrer pour le « bien commun ». Calvin parle du travail en tant qu’action en vue de l’utilité commune.  Développer la vie sociale car, par son travail, l’homme participe à une œuvre commune.  Créer des richesses, matérielles à partir des matières premières fournies par la création de Dieu et immatérielles : des services tels l’éducation, le commerce, la communication, la médecine ; des richesses personnelles mais aussi des richesses communautaires : les routes, les écoles, les hôpitaux…  Il est clair que la mentalité qui encourage l’épanouissement personnel plutôt que l’engagement social explique le recul de la « valeur travail ».

 Servir Le saviez-vous ? Le mot « Métier » vient du latin « ministerium » (service). Tout métier est un ministère, un service. En tant que service des hommes et de Dieu, le travail garde sa valeur, même accompli dans des conditions pénibles et inintéressantes. Le service grandit l’homme. Nous sommes tous à temps plein pour le Seigneur ; certains sont à temps pleins pour l’Eglise. Dans son épître aux Colossiens, Paul écrit : « Et quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par lui des actions de grâces à Dieu le Père. » (Col. 3 : 17) Qui n’a pas rêvé un jour d’être à temps plein… pour l’Eglise ? Il y a une idéalisation du service pour l’Eglise. N’oublions jamais que l’Eglise n’est pas constituée de personnes parfaites, que d’elle peuvent venir les plus grandes bénédictions et les plus grandes blessures.  Ne pas être à la charge d’autrui, ce qui serait le contraire du service. Le travail peut contribuer à l’estime de soi quand il permet de mettre en valeur et de développer nos dons. Mais une telle optique comporte des dangers : le soi autonome, l’individualisme ambiant et la volonté de réalisation de soi coupent les liens de chacun avec la communauté humaine. L’ « esprit de compétition » prend le dessus. La conséquence, c’est un retour à l’état de nature dans la violence la plus immédiate ; c’est ce que nous observons dans certains milieux professionnels. Un verset s’applique fort bien ici : Galates 5 : 15 : « Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde de ne pas être détruits les une par les autres. »

A propos du repos Faire du travail une idole, une drogue, c’est devenir « workoolic ». Le repos garde de la tentation de tout attendre du travail. Le repos est à la fois un commandement, une nécessité et un droit. Il nous rappelle que la vie ne dépend pas de notre travail mais avant tout de l’amour de Dieu. L’homme ne vit pas que pour travailler. Un équilibre entre vie professionnelle d’une part, et vie personnelle et familiale d’autre part est à trouver. « Les cimetières sont plein de gens indispensables. » (Clémenceau) « Celui qui ne se repose jamais, finit par fatiguer les autres. »

LE TRAVAIL, L’ARGENT, LE CAPITAL ET L’ECONOMIE Le travail ne doit pas être considéré « exclusivement sous le rapport de sa finalité économique » : ce serait commettre l’erreur de l’ « économisme » (selon Jean-Paul II). « L’importance exorbitante prise par le problème économique dans les préoccupations de tous est le signe d’une maladie sociale. L’économie a étouffé le reste de la société. » (Emmanuel MOUNIER) L’éducation des enfants, le travail bénévole ou le travail de la femme à la maison seraient-ils sans valeur car non rémunérés ? La valeur d’un travail se mesure-t-elle au salaire qu’il génère ? Haut salaire, forte valeur / Pas de salaire, valeur nulle ? « Un cynique est un homme qui connaît le prix de tout et la valeur de rien. » (Oscar Wilde )

Travail et capital « Le travail est antérieur au capital et indépendant de celui-ci. Le capital n’est que le fruit du travail et n’aurait jamais pu exister si le travail n’avait pas existé avant lui. Le travail est supérieur au capital et mérite de loin la plus grande considération. » (Abraham Lincoln)

J’AI PÉCHÉ CONTRE LE SEIGNEUR – L’HISTOIRE DE DAVID  » – La parabole de Natan et la réaction de David (12, 1 – 6).

23 mai, 2016

http://www.abouvet.org/ELOI/biblique162.html

Conférences bibliques 2003-2004

J’AI PÉCHÉ CONTRE LE SEIGNEUR  – L’HISTOIRE DE DAVID « 

La parabole de Natan et la réaction de David (12, 1 – 6).

Le roi David avait demandé au messager qui était venu lui rapporter l’engagement au cours duquel Urie avait trouvé la mort, de transmettre en retour à Joab des paroles rassurantes qui minimisaient son crime (v. 11,25 c) : »Que cette chose (dabar) ne paraisse pas mal à tes yeux. » Un peu plus loin (11,27 ), après la mention de la naissance du fils de Bethsabée, l’auteur emploie les mêmes mots pour dire que la chose que David avait faite parut mal aux yeux du Seigneur . Ces mots sont les derniers du chapitre 11 dans la ponctuation traditionnelle (massorétique) du texte mais ils auraient pu, mieux encore, figurer en tête du chapitre 12 car ils annoncent ce qui suit : Dieu va intervenir et punir la conduite inadmissible de David. Le Seigneur envoya Natan à David et le prophète lui raconte ce qu’on appelle la parabole de Natan mais il faut avoir conscience que l’histoire que raconte Natan n’est pas présentée par celui-ci comme une parabole mais comme une histoire vraie, un acte odieux qui mérite une intervention de la justice royale. Nous devons d’abord l’écouter ainsi, comme David l’a fait. L’histoire de Natan est un petit poème très bien construit en 4 versets.

1c Il y avait deux hommes dans une ville, 1d un riche et un pauvre. 2 Le riche avait du petit et du gros bétail, en très grand nombre. 3a Le pauvre n’avait rien si ce n’est une agnelle, une seule, petite, qu’il avait achetée. 3b Il la nourrissait et elle grandissait chez lui en même temps que ses enfants. 3c Elle mangeait de son pain, elle buvait de sa coupe, elle couchait sur son sein : 3d Elle était pour lui comme une fille. 4a Un hôte arriva chez l’homme riche, 4b et il n’eut pas le cœur de prendre sur son petit ou gros bétail pour préparer le repas du voyageur arrivé chez lui. 4c Il prit l’agnelle de l’homme pauvre et la prépara pour l’homme arrivé chez lui.

L’introduction présente les deux personnages, des voisins de la même ville : l’un est riche, l’autre pauvre. L’un a en grande quantité des brebis et des bovins, qui se reproduisent et s’accroissent, l’autre n’a qu’une petite brebis qu’il a pu se procurer après l’avoir choisie avec soin. La strophe du milieu décrit l’intimité qui règne au foyer du pauvre, nous passons de l’avoir à l’être (et le pauvre est alors le plus comblé). L’agnelle grandit en même temps que ses enfants, elle partage son pain et sa boisson, elle est comme sa fille. La brebis reçoit et le pauvre est donc celui qui donne. La scène répand une douce lumière d’amour. Nous repartons du côté du riche. Il reçoit une visite : un voyageur vient chez lui et cette arrivée de l’autre, possibilité de contact, d’intimité, de don, est répétée à trois reprises. Mais le riche se refuse à prendre sur ses biens pour partager avec son hôte. Le verbe hébreu traduit ci-dessus par  »il n’eut pas le cœur » signifie exactement épargner, avoir de la pitié : le riche s’épargna de prendre sur ses biens, il eut, si l’on peut dire, pitié de ses biens et de lui-même. Il prend l’agnelle du pauvre et la prépare pour le repas de son hôte ! La pitié pour son bien est cruauté pour le voisin. (v.5) La colère de David s’enflamma contre cet homme, fortement, et il dit à Natan : « Par la vie du Seigneur, il mérite la mort l’homme qui a fait cela. (v.6) Et de l’agnelle, il donnera compensation au quadruple, en conséquence d’avoir fait cela et pour avoir manqué de cœur. » David réagit à ce récit, une histoire réelle et vraie à ses yeux, avec violence, comme si le remords de sa propre faute le poussait à une justice intransigeante. Il prononce une condamnation à mort et une peine de réparation au quadruple parce que, dit-il en reprenant les mots de Natan, l’homme riche a manqué de cœur ou littéralement  »n’a pas épargné » le pauvre. Alors le prophète révèle à David que son récit était une parabole : « Cet homme c’est toi !  » Le riche comblé avec tout son harem de femmes, c’est lui David, lui qui pourtant enlève sans pitié au pauvre Urie son unique bien, sa petite brebis.

Le prophète prononce deux oracles de condamnation ( 12, 7 – 15) Après avoir dévoilé à David qu’il était le riche sans cœur de la parabole, le prophète Natan prononce contre lui deux oracles de condamnation correspondants à ses deux fautes : le premier concerne la mort d’Urie et va de 7b à 10a, le second vise son adultère avec Bethsabée et va de 10b à 12. Voici le premier oracle : (v.7b) Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël : C’est moi qui t’ai oint comme roi d’Israël et c’est moi qui t’ai délivré de la main de Saül. (v.8) Je t’ai donné à toi la maison de ton seigneur et les femmes de ton seigneur sur ton sein, je t’ai donné la maison d’Israël et de Juda et, si c’était trop peu, j’ajouterais pour toi ceci et cela. (v.9) Pourquoi donc as-tu méprisé la parole du Seigneur, en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Urie le Hittite tu l’as frappé de l’épée, tu as pris sa femme pour toi comme femme, et lui tu l’as tué par l’épée des fils d’Ammon. (v.10a) Et maintenant l’épée ne se détournera plus jamais de ta maison. L’oracle commence (7b) par la proclamation qui authentifie la parole du prophète : il parle au nom du Seigneur qui est aussi Dieu d’Israël, la précision est importante car l’oracle concerne David en tant que roi d’Israël. L’oracle commence par un rappel des dons du Seigneur en faveur de David.  »C’est moi » précise deux fois le Seigneur, moi qui t’ai donné l’onction puis moi qui t’ai fait échapper au pouvoir de Saül, tu es roi par mon choix et ma force. Je t’ai comblé de dons (8) : je t’ai donné les biens de ton maître Saül et j’ai mis ses femmes sur ton sein (le mot est le même que dans la parabole -elle couchait sur son sein- et rappelle l’agnelle du pauvre) et je t’ai donné les deux royaumes de Juda et d’Israël. Et j’aurais fait encore plus si tu l’avais demandé. Ce rappel des dons du Seigneur s’oppose à David qui a pris, le prédateur contre le donateur. Le verset 9 énonce l’accusation : Tu as méprisé la parole du Seigneur, tu as méprisé mon enseignement interdisant de tuer , de recourir à la violence. En agissant ainsi tu as montré ton mépris pour moi! Tu as tué Urie par l’épée, et par l’épée des Ammonites, pour cacher ta faute avec sa femme. La fin en 10a prononce le verdict : le crime commis par l’épée sera puni par l’épée. Ainsi sont annoncés les drames qui vont ensanglanter la maison de David , les morts brutales de trois de ses fils, Amnon, Absalom et Adoniah.

Le second oracle suit : (10b) En conséquence du fait que tu m’as méprisé et que tu as pris la femme d’Urie le Hittite pour qu’elle devienne ta femme, (11) Ainsi parle le Seigneur : Voici que moi je vais susciter dans ta maison le malheur : Je prendrai tes femmes sous tes yeux et je les donnerai à ton prochain qui couchera avec tes femmes sous les yeux de ce soleil. (12) Car toi tu as agi en secret , mais moi, je ferai cette chose face à tout Israël et face au soleil ! Cet oracle commence par l’accusation qui est brève (10b) : tu as montré du mépris pour moi car tu as enfreint ma parole qui interdit de prendre la femme de ton prochain et, plus généralement, tu as méprisé mes dons en voulant prendre toujours davantage, tu as commis l’adultère puis tu as fait de la femme du Hittite ta propre femme. Le premier mot de l’accusation, traduit ici par  »en conséquence », est en hébreu un mot peu fréquent (`éqèb) que David lui-même avait employé en 6b pour condamner le riche à verser une compensation pour le vol de l’agnelle. La reprise du même mot n’est pas fortuite mais relie la condamnation prononcée par David contre le riche à sa propre condamnation par le Seigneur. L’attestation que l’oracle est parole du Seigneur figure non pas en tête de l’oracle mais entre l’accusation et le verdict de condamnation (11a). Puis vient le verdict (11b-12) : tu as pris la femme d’un autre dans la nuit, je prendrai toutes tes femmes et je les donnerai à ton prochain en plein jour et tout Israël sera témoin de ton humiliation. Le découpage des versets dans la Bible hébraïque ne correspond pas à la distinction entre les deux oracles. En effet le découpage massorétique rattache à tort 10a à ce qui suit alors qu’il s’agit de la peine correspondant à la mort d’Urie rappelée précédemment. Un premier oracle concerne la faute la plus grave, l’assassinat d’Urie et la condamnation pour cette faute est prononcée en 10a : l’épée ne s’écartera plus jamais de ta maison. Le deuxième oracle commence en 10b avec le rappel de l’adultère puis il est suivi par l’énoncé de la condamnation qui est le don du harem de David à un autre. Celui qui a volé la femme de son prochain sera à son tour volé, son crime a été commis de nuit, son châtiment aura lieu à la face du soleil. Nous avons ainsi une distinction entre les deux crimes et chacun est puni d’une peine en relation avec la faute commise. Le jugement que David avait dans sa colère porté contre l’homme riche du récit de Natan comportait aussi deux peines pour les deux crimes, dans le même ordre, le crime le plus grave étant rappelé d’abord. (v.13) Alors David dit à Natan :  » J’ai péché contre le Seigneur.  » Pour comprendre ce retournement de David, Il faut revenir un peu en arrière. La parabole de Natan dénonçant clairement la conduite odieuse de l’homme riche avait vivement ému David et sa réaction indignée montrait bien que, dans le fond de sa conscience, il restait attaché au bien, à la justice. La révélation du prophète  » Cet homme, c’est toi ! » a du le frapper au cœur et, pendant que Natan prononçait les deux oracles de condamnation, il gardait à l’esprit ces mots terribles. L’aveu a été préparé par sa réaction à l’histoire de la faute du riche et on comprend mieux alors qu’il ait eu le courage de reconnaître sans détours son péché. Natan répond à l’aveu de David en annonçant deux décisions du Seigneur (on remarque que tout ce passage est sous le signe binaire : deux fautes de David, deux hommes dans la parabole, deux condamnations prononcées par David, deux oracles de condamnation contre David…). La première : (v.14) « Le Seigneur de son côté fait passer ton péché, tu ne mourras pas. » Le Seigneur pardonne ton péché. Et la condamnation que David avait lui-même porté contre l’homme riche, c’est à dire contre lui-même, est annulée, il ne mourra pas. Et Natan poursuit : « Cependant parce que tu as gravement offensé le Seigneur par cette chose, le fils qui t’es né, lui, de mort mourra. » (v.15) Et Natan s’en alla chez lui. Le Seigneur frappa l’enfant que la femme d’Urie avait enfanté à David et il tomba malade. David est épargné mais il faut qu’il éprouve lui-même la perte d’un être cher. Et j’emprunte à Philippe Gruson ce commentaire (n1) : « Un innocent meurt à la place du coupable ! Le récit est écrit du point de vue de David : le bébé et sa mère ne sont pas ici des personnes mais seulement ce à quoi David tient le plus. L’auteur voit ainsi la justice de Dieu qui « venge » la victime : David avait pris à Urie sa femme et sa propre vie; Dieu lui prend ce qu’il a de plus cher, ce bébé »

Mort d’un enfant, naissance d’un enfant (12, 16 – 25) (v.16a) Et David recherche Dieu en faveur de l’enfant. David vient de confesser son péché, le Seigneur a effacé sa faute mais l’enfant né de son adultère avec Bethsabée est frappé d’une grave maladie. Plusieurs versets vont nous décrire la conduite de David qui ne se comporte pas selon l’usage mais, au préalable, l’auteur nous fournit une clé (qu’il complètera à la fin du passage en v.22) pour nous expliquer ce que fait David : il recherche Dieu. Dieu lui a pardonné et il ose donc s’adresser à lui dans sa détresse, il prie Dieu avec les mots des psaumes, peut-être devant l’Arche d’Alliance, il demande à Dieu, à Dieu qu’il nomme de son nom de Juge : Elohim, d’annuler la sentence de mort prononcée contre son enfant. < David jeûnait strictement, et quand il rentrait chez lui pour passer la nuit, il dormait sur le sol. (v.17) Les anciens de sa maison se tenaient debout autour de lui pour le relever de terre mais il refusait et ne prenait aucune nourriture avec eux. (v.18) Il advint que l’enfant mourut au septième jour. Les serviteurs de David eurent peur de lui annoncer que l’enfant était mort , car ils se disaient: « Voici que, lorsque l’enfant était vivant, nous lui avons parlé et il n’a pas écouté notre voix, et comment lui dirions-nous que l’enfant est mort ? Il ferait un malheur !  » (v.19) Mais David vit que ses serviteurs chuchotaient entre eux et David comprit que l’enfant était mort. David dit à ses serviteurs :  » Est-ce que l’enfant est mort ?  » Ils dirent :  » Il est mort ! » (v.20) Alors David se leva de terre, se leva, se parfuma et changea ses vêtements; il entra dans la Maison du Seigneur et se prosterna, il rentra chez lui, demanda qu’on lui servit de la nourriture qu’il mangea. (v.21) Ses serviteurs lui dirent :  » Qu’est-ce que tu fais là ? Quand l’enfant était vivant tu as jeûné et pleuré et maintenant que l’enfant est mort tu te lèves et tu prends de la nourriture !  » (v.22) Il dit :  » Quand l’enfant était encore vivant , je jeûnais et pleurais, car je me disais : Qui sait ? Peut-être que le Seigneur fera grâce et l’enfant vivra ! (v.28) Mais maintenant qu’il est mort, pourquoi jeûnerais-je ? Pourrais-je le faire revenir ? C’est moi qui vais aller vers lui mais lui ne reviendra pas vers moi. » La conduite de David n’est pas conforme aux usages. Il jeûne et dort sur le sol, se conduit donc comme un père en deuil alors que son enfant est encore vivant . Ce deuil anticipé inquiète son entourage qui se demande à quelle extrémité il se livrera quand il apprendra que son fils est mort. Mais à leur grande surprise, il abandonne alors le jeûne et l’austérité. Et il explique à ses serviteurs le sens de son attitude. Il ne pratiquait pas les rites traditionnels du deuil mais il essayait de fléchir le Seigneur en le recherchant, comme nous l’a dit le verset 16a, en adoptant une conduite de conversion, comme les gens de Ninive tentant d’écarter le châtiment annoncé par Jonas au nom du Seigneur. Puis quand l’enfant est mort, la demande qu’il adressait au Seigneur devient sans objet, il va dans la Maison du Seigneur (non pas le Temple qui n’est pas encore construit mais la tente où est déposée l’Arche) et se prosterne devant le Seigneur en signe d’acceptation. La mort est passée, l’enfant ne peut retourner vers la vie. Les morts vont au shéol d’où rien ne les fera revenir, pense-t-on, et lui-même ira un jour le rejoindre. Pourquoi le récit souligne-t-il aussi fortement que la conduite de David est en dehors des normes et paraît incompréhensible, proche de la démence, à ses proches ? Notons d’abord que David ne se détourne pas de Dieu; au contraire, confiant dans la miséricorde divine, il tente d’apaiser la face de son Seigneur en modifiant son mode de vie, en se retournant vers Dieu. Puis quand, malgré ses prières, son fils meurt, il pense que rien ne le fera revenir et il accepte la décision du Seigneur en se prosternant devant lui. Son fils est allé au séjour du silence où lui, David, le rejoindra un jour. Il semble que ce récit veut nous montrer que David a changé depuis la dénonciation de Natan et l’aveu de ses fautes; il a non seulement retrouvé le chemin de la justice mais il essaie d’agir selon son moi profond, authentiquement, et non plus en conformité avec les rites sociaux et les pratiques mondaines; il cherche à vivre devant la face du Seigneur, il accepte la mort de son enfant et, tout roi qu’il est, il accepte sa condition mortelle. Nous retrouvons ici le caractère  »spontané et non conformiste » (note BJ sur 12,21) de la religion du roi David que nous avions déjà relevé quand il dansait à perdre haleine au moment de l’entrée de l’Arche à Jérusalem. (v.24) Puis David consola Bethsabée, sa femme, et il vint vers elle , il coucha avec elle et elle enfanta un fils auquel elle donna le nom de Salomon. Le Seigneur l’aima (v.25) et le fit savoir par le prophète Natan. Celui-ci le nomma Yedidya à cause du Seigneur. David avait d’abord traité Bethsabée comme une proie à prendre, il se préoccupe maintenant de ses sentiments et la console pour la mort de son enfant. Elle n’est plus appelée  »la femme d’Urie » mais a droit à son nom de Bethsabée. David n’envoie plus ses émissaires la prendre mais va lui-même vers elle. David et Bethsabée ont de nouveau un fils et sa mère lui donne le nom de Salomon : en hébreu Chelomo, un nom formé sur Chalom , la paix. Ce nom a évidemment un sens symbolique et exprime la venue de la paix et du bonheur dans le couple et dans les relations entre le couple et le Seigneur qui accepte leur union et la bénit par la naissance d’un fils. Et comme si ce n’était pas assez, Natan le prophète est envoyé au couple pour dire que leur enfant est aimé du Seigneur ce qu’il exprime en lui donnant le nom de Yedidya c’est à dire  »L’aimé du Seigneur » , nom formé de Yadid, l’aimé en hébreu, et de Yah, la forme brève de YHVH.

Prise de Rabba, capitale des Ammonites (12, 26 – 31). Ainsi que le racontait le début du chapitre 11, au printemps David avait envoyé Joab reprendre le combat contre les fils d’Ammon et faire le siège de Rabba, leur capitale. David lui-même était resté à Jérusalem. La suite du ch. 11 et le ch.12 jusqu’au v.12,25 font le récit de l’adultère de David avec Bethsabée et de ses conséquences : la mort de Urie, l’intervention de Natan, la mort d’un premier enfant puis la naissance de Salomon. La guerre contre les Ammonites était cependant présente dans le récit puisque Urie, le mari de Bethsabée, participe aux combats, revient un moment à Jérusalem puis, comme on s’en souvient, meurt au cours du siège de Rabba à la suite d’un accrochage avec l’ennemi provoqué par Joab sur l’ordre de David. La paix est revenue à la cour, comme le laisse entendre le nom pacifique de Salomon, mais à l’extérieur la guerre menée par Joab au nom d’Israël n’est pas terminée. Joab s’empare de la ville du bas, sans doute un bastion qui protégeait les sources d’eau de la ville, et invite David à venir pour conduire l’assaut de la ville d’en haut, la capitale proprement dite. David rassembla tout le peuple, partit pour Rabba, l’attaqua et s’en empara. Il prit la couronne d’or du roi et emporta un énorme butin. Les vaincus furent astreints à des travaux forcés. Puis David et tout le peuple revinrent à Jérusalem. Le Seigneur avait déjà manifesté sa bienveillance par la naissance de Salomon, il confirme qu’il est de nouveau avec Israël en donnant à son peuple, et à David qui a repris sa place à la tête des siens, cette victoire sur les Ammonites, eux qui, en insultant les ambassadeurs, avait gravement outragé le roi, Israël et le Seigneur, Dieu d’Israël.

Psaume 51 Le Psaume 51 date, selon les exégètes, de la période de l’exil au 6e siècle avant J.C., bien des siècles après la mort de David. Nous pourrions donc le lire comme une supplication collective où le  »Je » serait celui du peuple d’Israël en exil à Babylone; ou le mettre dans la bouche de Jésus priant pour ses frères pécheurs; ou revêtir nous-mêmes et dire en notre nom cette demande de pardon. Mais nous le lirons ici comme une prière de David car la tradition l’a attribué à David selon le v.1, et le v.2 ajoute qu’il fut composé quand le prophète Natan alla chez lui après que David fut allé chez Bethsabée. Comme le livre de Samuel nous dit peu de choses des sentiments de David, nous tenterons de les imaginer en lisant le Psaume 51 avec lui, comme une prière qu’il aurait adressée à Dieu après avoir reconnu ses fautes en présence de Natan. 3 Aie pitié de moi, ô Dieu, selon ta fidélité, Selon l’abondance de ta miséricorde, efface mes torts. David implore Dieu : Aie pitié de moi ! ou mieux Fais-moi grâce ! Nous connaissons bien le premier mot de la traduction latine :  »Miserere ! » qui sert souvent à nommer ce psaume de pénitence et le début de la version grecque nous est également familier par la liturgie :  »Eleison » (Kyrie, eleison !). Fais-moi grâce, dit David, conformément à ta hesed, la vertu de fidélité active que doivent mettre en œuvre les partenaires d’une alliance. Dans le second stique, David demande à Dieu d’effacer, d’annuler ses torts, ses forfaits, et se réfère cette fois à l’abondance de sa miséricorde ou compassion . Le mot hébreu ainsi traduit est rahamim, formé à partir de la racine  »rehem », ventre maternel (ce qui explique la traduction de Chouraqui, toujours très proche de l’hébreu :  »selon la multiplicité de tes matrices »), David demande donc à Dieu d’avoir pour lui les sentiments d’une mère pour ses enfants. Ce verset du psaume fait écho aux paroles que prononce Dieu quand il passe devant Moïse en proclamant son nom en Exode 34,6 : ce verset et Ps.51,3 ont en effet en commun les racines de la pitié ou de la grâce (hanan), de la fidélité (hesed), de la miséricorde (rehem) et encore le mot traduit ci-dessus par abondance (rab) : David en appelle au Seigneur en s’appuyant sur ce que Lui-même a dévoilé de Lui. 4 Lave-moi complètement de ma faute, De mon péché purifie-moi. Après la demande d’effacement (comme on efface un écrit) du v.3, deux stiques expriment ici la même supplication par de nouvelles images : celle de l’eau qui laverait la faute comme on lave un corps ou un vêtement souillé, celle de la purification (par un bain rituel par exemple) qui permettrait de rétablir le contact avec la sphère divine. Du premier stique qui évoque un lavage du corps au second qui demande une purification intérieure, il y a un approfondissement de la demande. Les paroles de David sont proches de celles que les prophètes prononcent au nom du Seigneur : ainsi Isaïe (43,25) C’est moi, moi, qui efface tes crimes ou Ézéchiel (36,25) Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés, de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai. 5 Car mes torts, je les reconnais, Et mon péché est devant moi sans cesse. David connaît son péché et en s’adressant à Dieu il le re-connaît , il le confesse. Le psaume exprime cette présence du péché  »devant moi sans cesse » car le mot  »péché » revient six fois dans les onze premiers versets du psaume et, de plus, six fois y figurent d’autres mots similaires (tort, faute, mal…). 6 Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait. Ainsi tu seras juste quand tu parleras, irréprochable quand tu jugeras. David poursuit sa confession, il n’a pas respecté les Paroles du Seigneur « Tu ne commettras pas d’adultère » et « Tu ne commettras pas de meurtre », il a donc rompu les termes de l’alliance avec Dieu et, en ce sens, le mal qu’il a fait aux autres hommes est péché contre Dieu, il se présente en coupable devant lui. Ce que pourra décider Dieu sera juste. Et David accepte en effet sans la discuter la condamnation que lui transmet Natan (II Sam. 12,14) : Puisque dans cette affaire tu as gravement outragé le Seigneur, le fils qui t’est né, lui, mourra. 7 Voici, dans la faute j’ai été enfanté, et dans le péché ma mère m’a conçu. David n’a pas d’excuse à faire valoir et, cependant, il est vrai que l’homme naît vulnérable dans un monde contaminé par le péché. L’homme est porté au mal dès le début de sa vie. Il est conçu et enfanté dans le péché. Cette impureté foncière est ici invoquée comme une circonstance atténuante (BJ) et dans le même sens Salomon dira en s’adressant à Dieu lors de la dédicace du Temple : « Quand ils pécheront contre toi – car il n’y a aucun homme qui ne pèche – …  » (I Rois 8,44 ssq). 8 Voici, tu aimes la vérité au fond de l’être Et dans le secret tu m’enseignes la sagesse. Le fond de l’être (BJ) ou les ténèbres (TOB) traduisent un mot hébreu rare qui semble désigner des parois recouvertes par un crépi. Le mot est employé par Ézéchiel pour les faux prophètes qui se contentent d’enduire de crépi les murs crevassés au lieu de les rebâtir. Dieu, lui, travaille dans les profondeurs de l’homme pour qu’il acquière la sagesse, pour qu’il comprenne qu’il est pécheur, pour le renouveler au fond de son être. 9 Ôte mon péché avec l’hysope et je serai pur , lave-moi et je serai plus blanc que neige. L’hysope est une petite plante utilisée comme goupillon en particulier dans les rites de purification des lépreux (Lévitique 14,4-6) : la faute a couvert David comme d’une lèpre mais Dieu le purifiera. Et que Dieu veuille le laver à grande eau comme il le demandait déjà au v.4 pour qu’il devienne blanc comme neige. Isaïe dit de même : Détournez-vous du mal et faites le bien, alors (1,18) si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige; l’intervention divine permettra une purification parfaite, donnera au pécheur une blancheur immaculée. 10 Fais-moi entendre l’allégresse et la joie, que dansent les os que tu as broyés. Quand Dieu accordera sa grâce, ce sera une nouvelle joyeuse, le pécheur pardonné ressentira la joie jusque dans ses os, dans les profondeurs de son être. Ce verset au vocabulaire joyeux anticipe la seconde partie du psaume (v.12-19) à laquelle il se rattache  » formant une véritable agrafe littéraire entre les deux parties (n1). 11 Cache ta face devant mes péchés Et toutes mes fautes, efface-les En d’autres termes, ne regarde pas mes péchés, détourne d’eux ton regard. Le verbe  »efface » qui figurait déjà au v.3 revient en v.11 à la fin de cette première partie. De même  »lave-moi » du v.4 a été repris au v.9 et  »purifie-moi » (v.4) répond à  »je serai pur » du v.9. Ces correspondances forment une inclusion qui marque le début et la fin de la première partie du Psaume. 12 Crée en moi un cœur pur , ô mon Dieu, Renouvelle en moi un esprit ferme. 13 Ne me chasse pas loin de ta face, Ne me reprends pas ton esprit de sainteté. 14 Rends-moi la joie de ton salut, Ranime en moi un esprit magnanime. La seconde partie du Psaume montre que la confession des péchés n’est pas enfermement sur sa misère, elle débouche sur la joie, elle est chemin de louange vers le Dieu qui sauve et qui pardonne. Elle commence par la demande d’une re-création car ainsi que le dit Job 14,4 : Qui tirera le pur de l’impur? Personne. Il faut une nouvelle création et créer appartient à Dieu. Le verbe hébreu  »bara » est le deuxième mot de la Genèse et a toujours Dieu pour sujet. Comme à la création du ciel et de la terre, l’esprit (ou le souffle) de Dieu planait sur les eaux, ainsi l’orant demande que l’esprit le re-crée. Depuis son onction David avait toujours bénéficié de la présence de l’esprit du Seigneur (I Sam. 16,13) et il implore que cet appui ne lui soit pas définitivement ôté. L’esprit est invoqué trois fois : en hébreu le mot rouah, souffle ou esprit, figure au début du second hémistiche de chacun de ces trois versets. David demande à être renouvelé par un esprit ferme, solide, stable, qui lui permette d’éviter de nouvelles errances. Il demande aussi que l’esprit de sainteté demeure sur lui et on peut rapprocher ces mots de ce que David dit lui-même (II Sam.23,2) : L’esprit du Seigneur parle par moi et sa parole est sur ma langue. David demande que l’esprit de prophétie ne lui soit pas retiré. David demande enfin un esprit magnanime, généreux, princier, qui pousse à aller de l’avant sans calculer, en se laissant conduire par l’Esprit comme dira Paul aux Galates. Je ne sais, commente L.A. Schökel (n2), si on trouvera dans tout l’AT ou le NT une épiclèse aussi belle que celle de ces trois versets. 15 Aux pécheurs j’enseignerai tes chemins, et vers toi reviendront les égarés. Le pécheur pardonné veut partager sa joie avec ses frères. Les mots pécheurs et égarés sont un rappel de la première partie, celui qui était enseigné par Dieu au v.8 devient celui qui, poussé par l’esprit, enseigne à ses frères le retour vers les chemins du Seigneur. 16 Libère-moi du sang, Dieu, Dieu qui me sauve, Que ma langue acclame ta justice. David demande-t-il à être libéré du meurtre d’Urie ? Il me semble que ce serait un retour en arrière et que David à ce stade est confiant dans le pardon divin. Rachi comprend que David demande que lui soit épargnée une mort violente, sanglante, en punition de la mort d’Urie. Cette lecture s’intègre bien dans le contexte du verset : David épargné par Dieu, libéré de la mort, pourra proclamer la justice de Dieu, justice qui ne condamne pas le pécheur mais veut qu’il vive. 17 Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange. Nous retrouvons le David qui demande le secours divin avant toute initiative et ce verset fait écho aux appels adressés à l’esprit un peu plus haut. Je ne puis dire aucun mot pour te glorifier s’il ne me vient de toi, si tu n’ouvres mes lèvres. Arminjon fait remarquer  » qu’on voit s’esquisser déjà en ce psaume le rythme qui sera celui du mystère pascal. Après l’expérience de véritable mort que fut le péché, après l’expérience de résurrection (Ils danseront les os que tu as broyés), c’est l’irrésistible proclamation aux nations du jour de la Pentecôte où sont publiées les merveilles de Dieu (Actes 1,11) 18 Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, Tu n’acceptes pas d’holocauste. 19 Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé, Tu ne repousses pas, ô Dieu, un cœur brisé et broyé. Ces versets ne sont pas une condamnation des sacrifices de bétail mais ces rites ne sont rien sans l’attitude intérieure qui doit les accompagner. Dieu ne peut aider que celui qui confesse sa faiblesse, ses insuffisances et ses fautes ainsi que l’écrit Isaïe (57,15) : Haut-placé et saint je demeure, tout en étant avec celui qui est broyé et qui en son esprit se sent abaissé, pour rendre vie à l’esprit des gens abaissés, pour rendre vie au cœur des gens broyés. Et Osée recommande de dire au Seigneur (14,3) : Tu enlèves toute faute: accepte ce qui est bon, en guise de taureaux nous t’offrirons en sacrifice les paroles de nos lèvres. Les paroles de repentir et de louange de David valent plus que tous les taureaux immolés et nous-mêmes, en reprenant ses psaumes, présentons à Dieu un sacrifice qui lui agrée.

n1 – Matthieu COLIN : Le livre des Psaumes – Cahier Évangile 92 p.17. n2 – Luis Alonso SCHOKEL : SALMOS 1992. Un excellent commentaire des psaumes, en espagnol, non traduit en français à ce jour.

V. LA PÂQUE DU CHRIST ET LA NÔTRE

10 mai, 2016

http://www.cenaclesauges.ch/diary9/88LaPaqueDuChristEtLaNotre.htm

V. LA PÂQUE DU CHRIST ET LA NÔTRE

1. PÂQUE : PASSAGE DE L’HUMANITÉ VERS DIEU
Pâque vient de l’hébreu Pessah, qui contient le sens de Passage. Passage du peuple hébreu de la servitude à la liberté, passage à travers les eaux de la mer Rouge, Passage de Jésus par la souffrance, la mort, vers la vie.
· L’Évangile de Jean présente l’œuvre de salut accomplie par Jésus Christ comme une Pâque, le Passage qu’accomplit Jésus de ce monde au Père, passage de la mort à la vie : Jn 13, 1 : « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin ». L’Heure de Jésus, c’est l’Heure de la Pâque, l’heure de l’alliance nouvelle, des noces de l’agneau.
· Une partie des épîtres de Paul présentent le salut accompli par le Christ comme le retour de l’humanité à Dieu.. L’humanité sauvée est comme un corps dont le Christ est la tête :
Col 1, 18 : « Il est la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église. Il est le Principe, le Premier-Né d’entre les morts ».
Le Christ est prémices de notre résurrection :
- 1 Co 15, 20 : « Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis » : les prémices sont les premiers fruits, ce qui anticipe et annonce le reste de la récolte.
Jésus, qui est le Nouvel Adam, récapitule, rassemble en sa personne toute l’humanité
- 1 Co 15, 22 : « De même que tous meurent en Adam, tous revivront dans le Christ »
De même qu’Adam a été principe de mort pour l’humanité, le Christ est principe de vie pour toute l’humanité
· Dans ce retour de l’humanité à Dieu, le Christ qui est la Tête retourne le premier, mais d’une certaine manière, nous retournons avec lui. La résurrection est un peu comme la naissance d’un enfant : lorsque la tête a passé, on sait que le reste du corps va suivre. Nous sommes dans le long enfantement à la vie de ressuscité : « Jusqu’à ce jour, la création gémit dans les douleurs de l’enfantement. » (Rm 8, 22).
Puisque le Christ est le Nouvel Adam (le principe de l’humanité renouvelée, recréée), il nous contient tous en lui, nous sommes déjà morts et ressuscités en lui, mais en prémices, en semence
2. RM 6 : PLONGÉS DANS LA MORT ET LA RÉSURRECTION DU CHRIST
Rm 6, 3-11 : il s’agit du plus grand exposé baptismal de tout le NT. Tout le passage est construit sur le couple Mort – Vie.
Pour bien comprendre ce texte, il faut se rappeler que le verbe baptiser vient du grec baptô, qui signifie plonger, immerger. Être baptisé c’est donc être plongé. Plongé dans la mort et la résurrection du Christ.
3. « Plongés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que nous avons été plongés »
4. « Nous avons été ensevelis avec lui dans le baptême dans la mort, afin que comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions aussi dans une vie nouvelle », afin que nous vivions aussi dans une vie de ressuscité. La plongée par immersion dans l’eau du baptême nous ensevelit dans la mort du Christ, d’où nous ressortons par la résurrection avec lui. Cette résurrection devrait se traduire par une vie nouvelle. Le baptême nous incorpore au Christ, nous fait participer à son être, à sa vie de ressuscité.
// Col 2, 12 : « Ensevelis avec lui lors du baptême, vous êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru à la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts »
V. 5. Utilise l’image de la greffe : « Car si c’est un même être (littéralement une même plante) avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable ».
Par le baptême, nous devenons un même être en croissance avec le Christ. Nous sommes comme greffés sur lui, greffés sur son Corps mystique qui est l’Église.
8. Nous appelle à vivre conformément à ce que nous sommes : « Considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus. »
CLAUDE DUCCAROZ : « Encore faut-il que nous vivions comme des… vivants, et non pas comme des condamnés à mort. Exister comme des êtres promis à l’éternité, c’est s’engager en volontaires dans toutes les batailles pour la vie, déjà en ce monde-ci. Nous ne pouvons pas laisser champ libre aux forces de mort qui gangrènent notre société. Parce qu’il y eut Pâques, parce que nous sommes les enfants de la résurrection, il nous faut lutter pour la vie sur tous ses fronts. »
· Pour résumer ce passage de la lettre aux Romains, le baptême nous plonge dans la mort et la résurrection du Christ. Il nous fait passer spirituellement avec le Christ par la mort et la résurrection. Ce passage nous introduit dans une vie nouvelle, il fait de nous un même être en croissance avec le Christ. Nous sommes comme greffés sur le Christ. Il nous invite à vivre en conformité avec ce que nous sommes.
3. LA RÉSURRECTION : DÉJÀ POUR AUJOURD’HUI
CONFÉRENCE ÉPISCOPALE FRANÇAISE : «Il semble qu’on ne demande pas d’abord au christianisme une parole sur l’au-delà, si pertinente soit-elle, dans son ordre. Si le christianisme veut se présenter comme porteur de salut, il est mis au défi, aujourd’hui, de donner sens d’abord à l’avant-mort, c’est-à-dire à toute cette période qui commence dès que la santé de quelqu’un est très sérieusement menacée, avec ce long cortège de souffrances, d’appréhensions, de luttes incertaines. Il ne suffit plus au christianisme d’être porteur d’une promesse de bonheur pour l’au-delà; ou, plutôt, cette espérance doit en quelque sorte faire la preuve de sa validité en s’enracinant dans l’immédiat, dans une possibilité de vie renouvelée, de vie sauvée, au moment même où se présente l’éventualité de la mort et où tout se trouve remis en cause: c’est là qu’on attend aujourd’hui le christianisme[MM1]».
· La résurrection n’est pas seulement pour nous une réalité future, mais une réalité déjà présente. Il est vrai qu’elle n’est pas encore pleinement accomplie en chacun jusqu’au passage par la mort corporelle. Nous sommes entre le déjà et le pas encore. Rm 6 exprimait bien ce déjà de la résurrection. Mais il se retrouve dans d’autres textes :
Col 2, 12 : « Ensevelis avec lui lors du baptême, vous êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru à la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts ». Croire en Jésus, croire en Dieu, c’est déjà être ressuscité, c’est accueillir en soi cette vie de Dieu qui ne passera pas.
Jn 5, 21 : « Celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé a la vie éternelle, il est passé de la mort à la vie ».
Jn 6, 54 : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour ». Ce passage exprime bien le déjà et le pas encore de la résurrection. La vie éternelle est déjà là, mais elle doit encore arriver à sa plénitude dans les cieux.
Le cardinal SUENENS a écrit en 1963 un texte d’inspiration johannique qui met en évidence le déjà de la résurrection : «La vie éternelle commence dès ici-bas. [...] On ne comprend rien au sens chrétien de l’existence tant qu’on ne réalise pas l’union entre ses deux phases : la phase terrestre, toute provisoire, et la phase céleste, définitive. Entre les deux, il n’y a pas de rupture : c’est la même vie divine qui commence ici-bas dans la foi et qui s’achève dans l’éclat de la vision glorieuse du ciel. A la mort, la croissance de cette vie cesse, mais son dynamisme éclate et s’épanouit au grand jour».
4. ZUNDEL : LA VIE ÉTERNELLE EST AU-DEDANS DE VOUS
Selon Zundel, la vie éternelle n’apparaît pas tant comme une consolation future rendant plus supportable la vie présente, mais comme une exigence pour aujourd’hui. Dans la pensée de Zundel, notre vie comporte deux dimensions, auxquelles correspondent deux sortes de morts:
- A sa dimension physiologique correspond la mort physique ou biologique. L’univers physique est comme le placenta de notre condition corporelle : c’est lui qui nous permet de vivre en nous procurant l’oxygène, l’eau, la nourriture, le soleil, etc.
Le corps est pour ainsi dire le cordon ombilical qui nous relie à cet univers physique. La mort n’est que la rupture de ce cordon.
- L’être humain comporte aussi une dimension spirituelle, et cette dimension spirituelle n’est pas atteinte par la mort physiologique. Par contre, l’homme peut être vivant biologiquement, et être atteint de mort spirituelle. Celle-ci consiste en une «mort-vivante de l’être», en une «absence», un vide, un non-être, une mort avant la mort, une mort avant même de vivre (cf. Mt 8, 22). Mais si nous sommes vivants spirituellement, la mort biologique n’est alors que la rupture du cordon ombilical qui nous relie à l’univers physique. Cette mort, mettant un terme à la gestation qu’est l’existence terrestre, constitue une naissance à la vie définitive, un passage du monde visible au monde invisible faisant continuer sous une forme transfigurée la vie déjà commencée ici-bas.
Selon Zundel, la vie éternelle, ou sur-vie, commence sur cette terre : nous ne serons vivants éternellement que si nous sommes réellement vivants aujourd’hui. La vie éternelle commence en ce monde, elle est au-dedans de nous, tout comme le Royaume de Dieu (Lc 17, 20-21):
«La vie éternelle: on y est déjà ou pas du tout; on y est ou on n’y sera jamais. [...] « La vie éternelle est au-dedans de vous »». «Il ne s’agit pas, en effet, de connaître le lieu où nous irons après la mort, il ne s’agit aucunement d’un après dans le temps ou dans l’espace, il s’agit d’un au-delà qui est au-dedans. Cela veut dire qu’il s’agit de vaincre la mort ici-bas, dès aujourd’hui, tellement que le vrai problème n’est pas de savoir si nous vivrons après la mort, mais si nous serons vivants avant la mort[MM2]».
Cette vie éternelle n’est pas un rallongement de notre vie biologique, elle est un au-delà de la biologie qui est en réalité un au-dedans de soi-même.
· Entrer dans la vie éternelle, c’est devenir vivants dès ici-bas, c’est vivre dans l’Esprit. Il ne s’agit pas d’attendre la vie éternelle, mais d’y entrer dès maintenant : «Il faut devenir la vie éternelle, il faut la devenir dans tout son être ».
Cette vie éternelle n’est pas un rallongement de notre vie biologique, elle est un au-delà de la biologie qui est en réalité un au-dedans de soi-même. Il s’agit d’une intériorité permettant d’être présents à une Présence en nous.
Selon Zundel, entrer dans la vie éternelle, c’est devenir vivants dès ici-bas, c’est vivre dans l’Esprit. Il ne s’agit pas d’attendre la vie éternelle, mais d’y entrer dès maintenant: «Il faut devenir la vie éternelle, il faut la devenir dans tout son être[MM3]». Devenir la vie éternelle, c’est choisir la vie et refuser la mort (Dt 30, 15-20). C’est devenir pleinement soi-même, transfigurer son existence, accepter de se faire pleinement Homme, en refusant les actes qui ne sont pas à la hauteur de sa dignité. Devenir la vie éternelle, c’est faire de son existence une symphonie d’amour, de cet amour qui est plus fort que la mort.
Si nous sommes réellement vivants ici-bas, l’être humain est déjà tout entier immergé dans l’immortalité, la mort n’est alors plus qu’un passage : «La mort elle-même, dans cette perspective, cesse d’être une contrainte puisque, tout à l’opposé, elle est simplement à la charnière du monde visible et du monde invisible, l’envol d’un être qui ne dépend plus de rien parce qu’il est tout entier porté dans l’oblation de son amour[MM4]».
· Certains saints ont leur corps qui ne s’est pas décomposé après leur mort ; on peut voir cela comme un signe de cette vie éternelle qui avait rempli tout leur être.
5. PAS ENCORE…
Mais il est vrai que nous sommes en attente d’un accomplissement. Nous attendons le jour où Dieu essuiera toute larme de nos yeux
· (Rm 6, 5) « Si c’est un même être avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable »
· Le rapport entre le Déjà et Pas encore est un peu comme le rapport entre la graine semée et l’arbre qui pousse après. Ce rapport est bien exprimé en 1 Co 15, 20-22 ; 35-49 : « Le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis (…) De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ (…) Mais dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit du blé, soit quelque autre plante. Et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier (…) Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité (…) On est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force. On est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel… Le premier homme, issu du sol, est terrestre ; le second lui vient du ciel. »
6. SOMMES-NOUS DÉJÀ NÉS ? ACTUALISER EN NOUS LE MYSTÈRE PASCAL
L’être humain peut faire de ses infirmités, maladies, échecs, il peut faire de toutes ses épreuves des étapes initiatiques, en faire une actualisation du mystère pascal Mort / Résurrection. (cf. OLIVIER CLÉMENT, Tychique 142, p. 25)
· Le terme initiation au sens large désigne les divers rites, souvent éprouvants, par lesquels un adolescent ou un postulant est soumis pour être admis dans une communauté ou un groupement. Les rites d’initiation se situent souvent aux moments clefs de l’existence humaine et signifient la mort à un état de vie ainsi que le passage ou la naissance à un nouvel état de vie meilleur (Passage de l’adolescence à l’âge adulte) Ils existent dans pratiquement toutes les religions, ainsi que toutes les cultures. Certaines cultures n’ont pas de crises, parce qu’il y a des étapes initiatiques)
Selon M. Eliade, « tous ces rituels et symbolismes du « passage » expriment une conception spécifique de l’existence humaine : une fois né, l’homme n’est pas encore achevé; il doit naître une deuxième fois, spirituellement; il devient homme complet en passant d’un état imparfait, embryonnaire, à l’état parfait d’adulte. En un mot, on peut dire que l’existence humaine arrive à la plénitude par une série de rites de passage, en somme d’initiations successives [MM5]».
Je répète : L’être humain peut faire de ses infirmités, maladies, échecs, il peut faire de toutes ses épreuves des étapes initiatiques, en faire une actualisation du mystère pascal Mort / Résurrection. Faire de chacune de ces étapes une naissance à la vie divine, à la vie de ressuscité.
· Les douleurs que nous éprouvons sont les douleurs de l’enfantement. Elles sont les signes que quelque chose est en train de se passer ; signes que quelque chose, quelqu’un est en train de naître en nous.
Je rappelle les paroles du philosophe J.-F. MALHERBE : «La vie humaine n’est-elle pas comme une grossesse? Quelque chose (quelqu’un?) vit en nous, grandit, nous bouscule, force notre étonnement [...]. Quelque chose qui, pour apparaître au grand jour, nous contracte, nous fait souffrir [...]. La souffrance de notre vie peut nous aveugler au point que nous refusons de voir ce qui tente de naître en nous [MM6]».
· Une fois nés, nous ne sommes pas encore achevés. Nous sommes appelé à naître à nous-mêmes, naître spirituellement, naître à la vie de ressuscité, « naître d’en haut » comme disait Jésus à Nicodème. Cela peut être un accouchement de toute une vie. Et Jésus est en nous « l’accoucheur de notre propre humanité » (C. Duccaroz).
7. LE SALUT (SÔTERIA)
Par sa mort et sa résurrection, le Christ nous apporte le Salut. St Paul : « Si tu affirmes de ta bouche que Jésus est le Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Jésus l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Rm 10, 9).
Pour bien saisir le sens du mot Salut, que l’on comprend souvent de manière très restrictive, il est bien de remonter aux langues d’origine de l’Écriture.
Le terme sôteria grec ne signifie pas seulement le contraire de la perdition. Être sauvé, ce n’est pas seulement ne pas être perdu. Le terme contient une certaine idée de perfection, de plénitude : le salut, c’est l’intégrité, la santé parfaite du corps et de l’âme, l’immunité de tout défaut et de toute maladie. Le salut, c’est donc la plénitude de vie. Jésus a dit : « Je suis venu pour que vous ayez la vie, et que vous l’ayez en abondance ». Le salut, c’est donc cette vie en abondance que Jésus veut nous donner.
Jésus à la Cananéenne : « Ta foi t’a sauvée » = guérison physique
Le salut, c’est l’homme vivant pleinement de la vie de Dieu, l’homme parfaite image et ressemblance de Dieu.
Il est intéressant de relever que dans l’Évangile écrit en Syriaque, qui était une langue très proche de l’araméen que parlait Jésus, le terme sauver n’existe pas : il est exprimé par le verbe vivifier.

8. SIGNIFICATION DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
Selon Tertullien, «la chair est le pivot du salut[MM7]». La foi à «résurrection de la chair» fait partie du Symbole des Apôtres, c’est que l’objet est d’importance et même essentiel. Cette foi exprimée dans le Credo se fonde sur la foi au Dieu créateur qui, s’il a façonné l’homme au premier jour, est en mesure de le recréer au dernier jour, dans toutes ses dimensions.
Pour éviter des malentendus, il est utile de rappeler la signification du terme «chair» dans l’anthropologie sémitique : la chair ne se réduit pas au corps purement biologique; elle n’est jamais considérée de façon péjorative ou méprisante, contrairement à une certaine anthropologie grecque. Le terme désigne la globalité de la personne[MM8], dans sa condition de créature, de faiblesse et de mortalité. La «résurrection de la chair» signifie ainsi la résurrection de la globalité de l’être, dans toutes ses dimensions, corporelles, psychiques et spirituelles. Elle signifie la résurrection du Moi lui-même avec toute son histoire. Cette résurrection comporte une double dimension de rupture et de continuité:
- La transformation de notre corps terrestre en corps céleste comporte une dimension de rupture radicale, une création nouvelle. Cette rupture rend en partie vaine notre tentation de projeter nos schémas terrestres dans l’au-delà. Cette dimension de rupture est fortement soulignée par St Paul en 1 Co 15, 35-57, pour éviter que la résurrection de la chair ne soit comprise de manière trop matérialiste en prenant à la lettre la prophétie d’Ezéchiel au ch. 37. Il ne s’agit pas d’un retour à un état antérieur, ce n’est pas de notre substance biologique qui est ressuscitée: il y a création nouvelle. St Paul insiste sur les différences: corps terrestre – corps céleste; corruption – incorruptibilité; faiblesse – force; corps psychique – corps spirituel; mortel – immortel.
- Mais cette création nouvelle ne se fait pas à partir de rien: elle se fonde sur notre existence terrestre. C’est là qu’intervient la dimension de continuité. La foi en la résurrection de la chair tend à valoriser le vécu historique de l’homme. Ainsi que l’exprime F. J. Nocke, «ce n’est pas uniquement le Moi tout nu de l’homme qui est sauvé à travers la mort, ce qui laisserait définitivement de côté toute son histoire terrestre, et rendrait insignifiantes toutes ses relations aux autres humains; résurrection corporelle veut dire que l’histoire d’une vie et toutes les relations faites au cours de cette histoire parviennent à leur achèvement et appartiennent définitivement à l’homme ressuscité[MM9]». Si, comme le rappelait Zundel, la vie éternelle est au-dedans de nous, si elle commence ici bas, il est plus facile de comprendre le lien entre les deux facettes de notre existence. Tout notre vécu terrestre, notre histoire sainte, nos sourires, nos larmes, nos affections, nos amitiés, parce qu’ils ont un prix inestimable à ses yeux, sont recueillis par Dieu. Rien de ce que l’homme a aimé authentiquement n’est perdu. Tout ce qui, au cours de l’existence terrestre, a contribué à constituer la «graine», est appelé à éclore de façon complètement transfigurée dans le Royaume.
Cette affirmation du Credo est aussi une valorisation du corps, et du rôle que celui-ci joue dans l’existence. Zundel exprime remarquablement la valeur celui-ci: «Notre corps, le corps humain, a une immense noblesse, il a une vocation divine, éternelle, et peut-être nous ne faisons ici que l’apprentissage de cette vie totale où l’accord sera entièrement réalisé, et où le corps vraiment ne sera plus du tout d’aucune manière gesticulation vitale, mais l’expression de la générosité et de l’amour[MM10]». Selon Zundel, le corps n’est pas seulement le cordon ombilical qui nous relie à l’univers physique, mais il est aussi le clavier de l’esprit[MM11]. Ce n’est qu’à travers notre corporéité que Dieu peut nous rejoindre. Inversement, ce n’est qu’à travers notre corporéité que peut s’exprimer aux yeux du monde la dimension spirituelle intérieure. La vie éternelle doit prendre racine dans notre corps même. Nous sommes appelés à humaniser notre corps, ou à le spiritualiser, ce qui revient au même: il ne sera vraiment humain que s’il a acquis une dimension spirituelle, s’il s’est imprégné de l’amour de Dieu[MM12]. Nous sommes invités, selon la recommandation de St Paul, à glorifier Dieu dans notre corps qui a été sauvé par le Christ et qui est temple de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6, 19-20).
Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges

RM 6, 3-10 : LE BAPTÊME : PASSAGE DE LA MORT À LA VIE AVEC LE CHRIST

3. Baptisés (plongés) dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés (plongés).
4. Nous avons donc été ensevelis avec lui dans le baptême dans la mort, afin que comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle.
5. Car si c’est un même être (plante) avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous les serons aussi par une résurrection semblable.
6. Comprenons-le, notre vieil homme a été crucifié avec lui, pour que fût réduit à l’impuissance ce corps de péché, pour que nous cessions d’être asservis au péché.
7. Car celui qui est mort est affranchi du péché.
8. Mais si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui,
9. Nous savons en effet que le Christ une fois ressuscité des morts ne meurt plus, que la mort n’exerce plus de pouvoir sur lui. 10. Sa mort fut une mort au péché, une fois pour toutes ; mais sa vie est une vie à Dieu.
11. Et vous de même, considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus.

1 CO 15, 20-22 ; 35-49 : LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

« Le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis (…)
De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ (…)
Mais dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ?
Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit du blé, soit quelque autre plante. Et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier (…)
Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité (…) On est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force. On est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel (…) Le premier homme, issu du sol, est terrestre ; le second lui vient du ciel. »

[MM1] L’homme d’aujourd’hui en face de la mort, Documents épiscopat n° 10, mai 1982, p. 3:
[MM2] « L’expérience de la mort », op. cit., p. 53.
[MM3] M. ZUNDEL, in M. DONZÉ, « Vie dans l’esprit, vie éternelle », op. cit., p. 127.
[MM4]Ibidem
[MM5] Le sacré et le profane, Paris, 1965, p. 153.
[MM6] « Souffrances humaines et absence de Dieu », in G. DURAND, J.-F. MALHERBE, Vivre avec la souffrance
[MM7] De resurrectione carnis, 8, 2.
[MM8] La signification est proche du sôma grec, dans Rm 12, 1: «offrir vos corps, vos personnes, tout votre être en hostie vivante». Voir la note h intéressante de la BJ en 1 Co 15, 44, sur la résurrection du corps.
[MM9] Eschatologie, Düsseldorf, 1982, p. 123, cité en H. KÜNG, op. cit., p. 158.
[MM10] M. ZUNDEL, in M. DONZÉ, « Vie dans l’esprit, vie éternelle », op. cit., p. 128.
[MM11] Cf. « L’expérience de la mort », op. cit., p. 55.
[MM12] [1] Un texte de Zundel sur la mort de St François, dans Croyez-vous en l’homme?, Paris, 1956, p.121-122, exprime merveilleusement cette humanisation du corps: «La mort de saint François est ici, selon le voeu d’un de ses disci­ples specchio e lume: miroir et lumière. Le consentement à la mort est, en lui, si entier et si paisible que l’on imagine difficile­ment une intégration plus parfaite. Il n’y a plus chez lui le moin­dre conflit entre la chair et l’esprit. La biologie est passée tout entière du côté de la lumière qui transparaît en elle. Elle a perdu ses limites et ses adhérences, sa pesanteur et sa gravitation égocen­trique. Elle n’est plus que l’enveloppe ténue qui rattache, à peine, à l’arbre terrestre, le fruit qui a mûri au soleil de Dieu. Il suffira d’un souffle pour que la fine pellicule se fissure et qu’il tombe en l’éternité en laquelle il s’est changé. Un dernier appel, une der­nière aspiration et tout est consommé. La dépouille qui gît mainte­nant sur la cendre, dans le crépuscule sonore dont l’alouette est le chant, respire la paix de l’offrande où la chair est dépassée. Ins­trument d’une liberté qui n’a cessé de grandir, elle a fini par s’identifier avec elle pour ne plus conspirer qu’à son accomplisse­ment. Déliée, par cet achèvement même, des déterminismes qui lui donnèrent sa figure dès le sein maternel, elle semble disponible pour une nouvelle création où elle recevra le visage de l’esprit, qui s’est dégagé d’elle pour se la mieux unir en la libérant de soi».

LA RÉSURRECTION DU CHRIST : NOTRE ESPOIR DE SALUT

10 mai, 2016

http://www.eudmtl.org/arc-wnews/wn1120007.htm

LA RÉSURRECTION DU CHRIST : NOTRE ESPOIR DE SALUT

« Or, si le Christ n’est pas ressuscité,  » enseigna Paul aux convertis,  » votre foi est une illusion, et vous êtes encore sous le poids de vos péchés  » (1 Corinthiens 15:17). La résurrection de Jésus-Christ est d’une importance capitale pour chaque chrétien, et même pour tout le monde sur cette planète. Parce que Jésus-Christ a conquis la mort, nous aussi avons la chance de revivre — de même que nos amis et notre parenté qui ont déjà succombé à ce qu’il y a de plus inévitable dans la vie : la mort. C’est pourquoi le message le plus vivifiant que l’oreille humaine puisse entendre est celui annoncé à certaines femmes dévouées, mais étonnées, se tenant juste en dehors d’un sépulcre de roc, à Jérusalem, au premier siècle :  » Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité  » (Luc 24:5-6).

Un enseignement fondamental La résurrection du Christ a toujours été considérée comme l’enseignement central des chrétiens.  » Si la résurrection n’est pas un fait historique, alors le pouvoir de la mort demeure intact et, avec lui, l’effet du péché  » (James Hastings, A Dictionary of Christ and the Gospels, Vol. 2, page 514). Michael Green, dans Man Alive (Homme vivant), est positif :  » Sans la foi en la résurrection, il n’y aurait pas du tout de christianisme.  » W. Robertson Nicolls citant un autre écrivain, l’établit clairement :  » Le tombeau vide du Christ a été le berceau de l’église  » (The Church’s One Foundation [Le fondement unique de l’Église], page 150).

Ancré dans l’histoire En mentionnant Jésus-Christ, sa vie, sa mort et sa résurrection, on va à la racine de la foi chrétienne et, ainsi, le christianisme proclame sa base en faits historiques.  » Il existe d’anciens mythes dans la littérature païenne concernant des dieux morts qui arrivèrent à une certaine forme de résurrection,  » écrit Philip Rosembaum,  » mais aucun autre écrit sacré n’entrecoupe l’histoire de l’humanité de la même manière que la Bible.  » C’est donc les faits historiques de la vie, la mort et la résurrection du Christ qui séparent la Parole de Dieu de tous les autres  » (How to Enjoy the Boring Parts of the Bible [Comment jouir des parties ennuyeuses de la Bible], page 116). Mais les récits du Nouveau Testament ont été scrutés et attaqués intensément. Au 18e siècle, le philosophe écossais, David Hume, apporta comme argument que les miracles — incluant la résurrection du Christ — violaient tous les fonctionnements connus de la loi naturelle. Dans notre siècle, le théologien Rudolph Bultmann vient à cette conclusion :  » Un fait historique qui implique une résurrection des morts est entièrement inconcevable.  » À la lumière de pareils arguments rationalistes et critiques, pas étonnant que des théories ont été imaginées pour expliquer les événements de la semaine de la crucifixion : 1) La Théorie de la défaillance : Elle est basée sur l’idée que Jésus ne serait pas réellement décédé, mais qu’il aurait feint de mourir sur la croix, puis aurait persuadé ses disciples qu’il a conquis la mort seulement pour vivre sa vie ailleurs. 2) La Théorie du vol : Cette idée suggère que les disciples, d’autres sympathisants, peut-être des voleurs ou même des ennemis du Christ auraient volé le corps. C’est le plus vieux et le plus répandu des arguments contre la résurrection du Christ. Ce sont des affirmations audacieuses, presque aussi auda-cieuses que la proclamation de la résurrection elle-même. Ce sont des poignards rhétoriques portés contre les points vitaux de la foi chrétienne. Pierre a dit :  » En effet, nous ne nous sommes pas appuyés sur des histoires habilement inventées … mais nous avons vu sa grandeur de nos propres yeux  » (2 Pierre 1:16).

Qui a raison ? Qu’en est-il de la Théorie de la défaillance ? Cette théorie insinue que Jésus-Christ aurait fomenté — pour quelque raison que ce soit — la plus énorme supercherie de l’histoire. Est-ce que Jésus, par une quelconque stratégie d’une époustouflante ruse, aurait feint la mort sur la croix ? Gardons à l’esprit que les quatre Évangiles sont la première preuve documentée de la mort du Christ, de son ensevelisse-ment et de sa résurrection. Nous avons de bonnes preuves à l’interne pour croire. Ces écrits soulignent avec emphase que l’exécution de Jésus-Christ fut un spectacle public et certifié par l’état (Marc 15:29).  » Car ce n’est pas en secret qu’ils se sont produits,  » dit Paul devant le roi Agrippa, en parlant de ces événements au plus influent des fonctionnaires juifs de son époque (Actes 26:26). Comme il avait raison. Les ennemis mortels de Jésus-Christ — l’élite dirigeante de sa nation — étaient en scène. Vigilants, ils étaient déterminés à enrayer le mouvement de Jésus (Jean 11:46-53). C’est pourquoi ils complotèrent derrière les portes closes pour amener leur plan à exécution en ris-quant leur propre standing face au peuple (Jean 7:25-52). Ce devait être le crime parfait. Ponce Pilate, chef fonctionnaire romain en scène, vérifia deux fois plutôt qu’une si le Christ était mort (Marc 15:44-45). Le témoignage de Jean 19:23 et Marc 15:39 indique qu’au moins quatre soldats romains, incluant un centurion, menè-rent l’exécution. Et vous pouvez croire que les troupes d’occupation romaine du premier siècle savaient ce qu’était un mort. Prenez ceci en considération : est-ce que les adversaires im-placables du Christ — opposants désireux d’écraser le mouve-ment chrétien naissant — auraient laissé le Christ, une fois dans leurs serres, feindre la mort ? Cela manque de logique et de consistance face à leurs motifs et au récit biblique. John Stott démolit la Théorie de la défaillance grâce au gros bon sens. Il nous demande si nous pouvons vraiment croire  » que, après la rigueur et la douleur des épreuves, de la moquerie, de la flagellation et de la crucifixion, il aurait pu vivre … dans un sépulcre de pierre, dans le froid et sans nourriture, ni soins médicaux ?  » Qu’il aurait pu suffisamment récupérer pour accomplir l’exploit surhumain de remuer le bloc de pierre obstruant l’ouverture du sépulcre … sans déranger les gardes romains ? Qu’il aurait pu apparaître aux disciples de manière à donner l’impression qu’il avait vaincu la mort ? … Pareille crédulité est plus incroyable que l’incrédulité de Thomas  » (Basic Christianity [Le christianisme de fond], page 49).

Propagande du premier siècle Le plus vieil argument avancé à l’encontre de la résurrec-tion du Christ est la théorie intrigante voulant que le corps du Christ ait été volé. C’est une proclamation pleine de significa-tion. Le coup fatal pour discréditer la résurrection de Christ eut été de produire son corps en public. Une exposition sensation-nelle de son cadavre aurait mis fin à tout  » mythe  » se développant sur la résurrection prétendue de Jésus. Les exhumations publiques se sont produites plus d’une fois dans l’histoire; pourquoi les dirigeants de la Judée du premier siècle ne l’ont-ils pas fait ? Il y avait une bonne raison à cela : Christ était ressuscité corporellement. C’est le récit évangélique qui a le plus de bon sens. N’oubliez pas que les chefs de Jérusalem  » versèrent aux soldats une forte somme d’argent  » pour faire circuler l’histoire que le corps de Jésus avait été volé par ses disciples (Matthieu 28:11-15). Encore, la Théorie du vol est indéfendable, peu importe qui croyons-nous aurait dérobé le corps. D’abord, si les gardes dormaient, comment auraient-ils pu savoir qui avait volé le corps ? Deuxièmement, la hiérarchie de Jérusalem s’était surpassée elle-même en finesse : elle avait posté une garde pour prévenir que n’arrive ce genre de chose. Comme le demande Paul Little, dans Know Why You Belie-ve (Sachez pourquoi vous croyez) :  » Quel juge vous écoute-rait si vous lui disiez que, pendant que vous dormiez, votre voisin a pénétré dans votre maison et a volé votre poste de télévision ?  » Qui sait ce qui survient quand on dort ? On rirait de ce genre de témoignage dans toutes les cours.  » Dans son livre, The Resurrection and the Life (La résurrection et la vie), George Hanson apporte le point suivant :  » La foi simple des chrétiens qui croient en la Résurrection n’est rien comparée à la crédulité des sceptiques qui sont prêts à accepter les romances les plus étranges et improbables plutôt que d’admettre le témoignage vrai des certitudes historiques.  » Toute explication, pour se montrer crédible, doit coller à tous les faits. La Théorie du vol n’y arrive pas. Le dossier à son encontre est dévastateur. L’existence même de l’église du Nouveau Testament est une preuve qu’il s’est passé quelque chose à Jérusalem, quelque chose qu’aucun adversaire ne peut expliquer. Il n’y a pas de doute que la défense pour la résurrection sonne vraie. Des érudits savant et sincères ont trimé dur pour annuler les énoncés avancés contre la mort et la résurrection de Jésus-Christ.

Question de foi Or, le christianisme est plus qu’une série d’arguments incisifs. C’est davantage qu’une liste de points de débat intellectuel qu’on peut ramener de long en large. C’est pourquoi la validité du témoignage évangélique ne demeure pas à la merci du dernier best-seller de démenti ou de la dernière trouvaille archéologique au Moyen-Orient. À la fin, le christianisme repose sur la foi, la foi fondée sur une relation vivante et continue avec Jésus-Christ, Sauveur vivant ! Thomas désirait la forme de preuve la plus forte :  » Si je ne vois pas la marque des clous dans ses mains, si je ne mets pas mon doigt à la place des clous, et si je ne mets pas la main dans son côté, je ne croirai pas  » (Jean 20:25). Thomas a vu, il a testé, et il a cru (versets 26-28). Cependant, Jésus-Christ poursuivit ce récit dramatique par ces paroles :  » Parce que tu m’as vu, tu crois ! Heureux ceux qui croiront sans avoir vu  » (verset 29). Comme l’écrit Oliver Barclay :  » Le Jésus-Christ historique fut une puissance stupéfiante dans la vie des hommes, bien des années après sa mort. Ce n’est pas tellement le fait qu’un miracle arriva … La raison première pour laquelle les disciples en parlaient autant fut que Jésus était vivant et encore avec eux  » (Reasons for Faith [Raisons de la foi], page 115). Voilà pourquoi les disciples mirent Jérusalem sens dessus dessous et influencèrent autant le monde avec leur message (Actes 17:6). Le Christ vivant a changé leur vie. Il peut faire la même chose avec vous.

COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE – Actes des apôtres 7, 55 – 60

6 mai, 2016

http://www.eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/le-dimanche-jour-du-seigneur/commentaires-de-marie-noelle-thabut/

COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT, DIMANCHE 8 MAI 2016

PREMIERE LECTURE – Actes des apôtres 7, 55 – 60

En ces jours-là, Étienne était en face de ses accusateurs. 55 Rempli de l’Esprit Saint, il fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. 56 Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » 57 Alors ils poussèrent de grands cris et se bouchèrent les oreilles. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, 58 l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. 59 Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. » 60 Puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort.

Etienne a été dénoncé exactement comme Jésus et pour les mêmes raisons ; rien d’étonnant ! Ce qui avait été scandaleux pour les ennemis de Jésus l’est tout autant pour ceux d’Etienne. Il sera donc condamné lui aussi. En attendant, il est traîné devant le Sanhédrin où le grand-prêtre l’interroge ; et Etienne répond par tout un discours sur le thème : vous croyez au projet de Dieu qui a choisi notre peuple pour préparer la venue du Messie dans le monde. Vous croyez à Abraham, vous croyez à Moïse… Pourquoi vous dérobez-vous au moment où nous entrons avec Jésus dans la dernière étape ? Il faut imaginer l’énormité de ces déclarations d’Etienne : il prétend voir le Fils de l’homme (et pour lui, il ne fait pas de doute que c’est Jésus) debout à la droite de Dieu. Or, pour des Juifs, les mots « Fils de l’homme », « debout », « à la droite de Dieu » sont des mots très forts : la preuve, d’ailleurs, c’est qu’ils signent l’arrêt de mort de celui qui ose dire des choses pareilles. Comme, quelque temps plus tôt, des affirmations du même genre ont provoqué la condamnation de Jésus. Dans l’évangile de Luc, il avait dit à ses juges : « Désormais le Fils de l’homme siégera à la droite du Dieu puissant » ; et il avait provoqué la fureur du tribunal. Et, pour tout arranger, Etienne accuse ses juges de « résister à l’Esprit Saint ». Ce qui évidemment n’est pas pour leur faire plaisir ! Nous avons eu déjà de nombreuses occasions de voir que les autorités juives de Palestine au temps de Jésus (et tout aussi bien au temps d’Etienne, ce sont les mêmes) étaient des gens très bien, soucieux de bien faire. Ils ne sont en aucun cas, conscients de « résister à l’Esprit Saint », comme dit Etienne ! Depuis des siècles, on savait que le projet de Dieu était de répandre son Esprit sur toute l’humanité. Moïse, déjà, en rêvait : non seulement il ne voulait pas garder le monopole de l’intimité avec Dieu, mais au contraire, il avait eu cette phrase qui était restée célèbre : « Si seulement tout le peuple du Seigneur devenait un peuple de prophètes sur qui le Seigneur aurait mis son esprit » (Nb 11, 26). Et les prophètes avaient confirmé que c’était bien le projet de Dieu : tous les Juifs avaient en tête la prophétie de Joël par exemple : « je répandrai mon esprit sur toute chair », ou encore celle d’Ezéchiel : « je mettrai en vous mon propre esprit ». Au chapitre précédent du livre des Actes des Apôtres, au moment du choix des diacres, dont Etienne fait partie, Luc nous a dit qu’Etienne, justement, était « un homme plein de foi et d’Esprit Saint ». Ici, Luc le répète : il dit : « Rempli d’Esprit Saint, Etienne fixa ses regards vers le ciel ; il vit la gloire de Dieu , et Jésus debout à la droite de Dieu. Il déclara : Voici que je contemple les cieux ouverts »… fixer ses regards, voir, contempler, ce sont trois mots du vocabulaire du regard. Luc nous dit indirectement que c’est la présence de l’Esprit en lui qui ouvre les yeux d’Etienne ; et alors il peut voir ce que les autres ne voient pas. Et que voit-il que les autres, ses accusateurs, ne voient pas ? Il voit « les cieux ouverts » : cela revient à dire que le salut est arrivé ; il n’y a plus de frontière, de séparation entre le ciel et la terre : l’Alliance entre Dieu et l’humanité est rétablie, le fossé entre Dieu et l’humanité est comblé. On se souvient de la phrase d’Isaïe : « Ah, si tu déchirais les cieux ! » (Is 63, 19). Jésus est debout : le Ressuscité n’est plus couché dans la mort. Le mot « debout » était très symbolique dans les premiers temps de l’Eglise : à tel point que la position « debout » est devenue la position privilégiée de la liturgie ; celui qui prie, « l’orant » est toujours représenté debout. Pour la même raison, certains évêques des premiers siècles invitaient les fidèles à rester debout pendant toute la durée de la messe du dimanche : parce que c’est le jour où nous faisons mémoire de la résurrection de Jésus.1 Jésus est « à la droite de Dieu » : on disait des rois qu’ils siégeaient à la droite de Dieu ; appliquer cette expression à Jésus, c’est donc une manière de dire qu’il est le Messie. Les juges qui entendent cette phrase dans la bouche d’Etienne ne s’y trompent pas. Dire qu’il est le « Fils de l’homme » est tout aussi grave. L’expression « Fils de l’homme » était l’un des titres du Messie. En quelques mots, Etienne vient donc de dire que Jésus, cet homme méprisé, éliminé, rejeté par les autorités religieuses est dans la gloire de Dieu. Ce qui revient à les accuser d’avoir commis non seulement une erreur judiciaire, mais pire encore, un sacrilège ! Cette vision qu’a eue Etienne de la gloire du Christ va lui donner la force d’affronter le même destin que son maître : Luc accumule les détails de ressemblance entre les derniers moments d’Etienne et ceux de Jésus. Etienne est traîné hors de la ville tout comme le Calvaire était en dehors de Jérusalem ; pendant qu’on le lapide, il prie : et spontanément il redit le même psaume que Jésus : « En tes mains, Seigneur, je remets mon esprit » (Ps 30/31) ; et enfin, il meurt en pardonnant à ses bourreaux. Jésus avait dit « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font », Etienne, au moment de mourir, dit à son tour « Seigneur, ne leur compte pas ce péché » (et c’est bien le même auteur, Luc, qui le note). Et Luc, dont on dit souvent qu’il est l’évangéliste de la miséricorde, nous montre la fécondité de ce pardon : l’un des bénéficiaires du pardon d’Etienne est Saül de Tarse, l’un des pires opposants au Christianisme naissant. Il se convertira bientôt pour devenir témoin et martyr à son tour.

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Note 1 – « L’usage de ne pas plier les genoux pendant le jour du Seigneur est un symbole de la résurrection par laquelle nous avons été libérés, grâce au Christ, des péchés et de la mort qui a été mise à mort par lui. » (Saint Irénée, Traité sur la Pâque, deuxième siècle). « C’est debout que nous faisons la prière le premier jour de la semaine, mais nous n’en savons pas tous la raison. Ce n’est pas seulement parce que, ressuscités avec le Christ et devant « chercher les choses d’en haut » (Col 3, 1), nous rappelons à notre souvenir, en nous tenant debout quand nous prions en ce jour consacré à la Résurrection, la grâce qui nous a été donnée, mais parce que ce jour-là paraît être en quelque sorte l’image du siècle à venir… » (Saint Basile, Traité du saint Esprit, quatrième siècle).

 

« JE SUIS UN DIEU JALOUX… « 

4 mai, 2016

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/899.html

« JE SUIS UN DIEU JALOUX… « 

Théologie   « Yahvé est un Dieu jaloux »…  « Tu ne prosterneras pas devant un autre dieu, / car Yhwh, Jaloux est son Nom. Il est un Dieu jaloux » (Ex 34,14). Cette formulation abrupte du premier commandement se situe à l’intérieur du petit ensemble législatif (Ex 34,11-26) intégré au récit du renouvellement d’alliance (Ex 34,10-28), de rédaction deutéronomiste, qui suit la trahison du veau d’or et la rupture d’alliance symbolisée par le bris des tables. Ex 34,14 fait partie de « ces paroles sur la base desquelles l’alliance est à nouveau conclue » (Ex 34,27). La formulation de cet interdit est incisive, comme le montre la disposition en chiasme (abcb’a') :

Yhwh (a)  / Jaloux (b)  / est son Nom (c) / un Dieu jaloux (b’) / Lui (a’) Les parties externes (a et a’) se correspondent (« Yhwh », « Lui »), ainsi que les parties médianes (b et b’) avec la reprise du mot « jaloux ». Au centre : le terme « Nom ». Ce chiasme s’accompagne de trois procédés rhétoriques qui ne sont pas sans portée théologique : d’abord la mise en relief du nom de Yhwh par le biais d’un casus pendens ; ensuite l’inversion à l’intérieur de la première proposition : le prédicat « jaloux » placé avant le sujet, « le nom » ; enfin la correspondance entre Yhwh et « Lui ». Cette écriture soignée dit assez l’importance que le rédacteur veut donner à cette déclaration divine. Arrêtons-nous d’abord au casus pendens : placé en tête, le nom divin Yhwh n’a pas de fonction grammaticale dans la phrase. Cette donnée est associée au fait que dans la première proposition, le prédicat est placé avant le sujet et qu’ainsi le terme « Nom » se trouve au milieu de la formulation. Or, dans la Bible, le Nom renvoie à la réalité de l’être même de Dieu. Il faut en conclure que le propre de Dieu est d’être » jaloux », ce que confirme la seconde proposition. La correspondance entre Yhwh et le pronom « Lui » souligne avec force cette conclusion : non seulement Yhwh s’appelle « Jaloux », mais il est réellement un Dieu jaloux. Comme, en même temps, le Nom dit la présence pour la rencontre, la déclaration divine d’Ex 34,14b retentit comme un avertissement solennel, voire comme une menace. Dans le premier commandement du décalogue, Yhwh disait déjà : « Moi, Yhwh ton Dieu, je suis un Dieu jaloux » (Dt 5,9 ; Ex 20,5). Ex 34,14 renchérit sur cette déclaration déjà quelque peu subversive : le propre de Dieu est d’être jaloux. En Ex 34, l’expression ‘él-qanna’ « Dieu jaloux », est donc rattachée, elle aussi, au premier commandement : le v. 14 vise le culte des « autres dieux » ; en Ex 34,15-16, la prostitution renvoie au service cultuel de ces mêmes dieux et, en Ex 34,17, l’interdiction des images concerne le culte des idoles. N’oublions pas cependant que le renouvellement d’alliance (Ex 34,10-28) à l’intérieur duquel ces prescriptions sont insérées a été rendu nécessaire par la rupture d’alliance, conséquence de l’érection du veau (Ex 32). Or, cette statue se veut une représentation de Yhwh : « Fête en l’honneur de Yhwh », proclame Aaron (Ex 32,5). Dans l’unité rédactionnelle d’Ex 32-34, cette image de Yhwh se trouve ainsi placée au rang des idoles païennes. Elle pervertit tellement la conception orthodoxe de Yhwh qu’elle équivaut pratiquement à une idolâtrie : la représentation a pour visée de maîtriser cette puissance imprévisible qu’est devenue Yhwh aux yeux des Israélites. C’est là « le grand péché d’Israël » (Ex 32,21.30-31), expression aussi rare que solennelle. La présentation de Dieu qu’implique la formulation d’Ex 34,14 connote donc l’intolérance de Yhwh qui ne peut supporter de rivaux et qui refuse d’être rabaissé au rang d’une divinité païenne. Il ne faut pas pour autant oublier que cette formule « Yhwh, un Dieu jaloux » résonne dans un contexte de renouvellement d’alliance qui repose sur le pardon (34,9) et sur la miséricorde (34,5-7) que Yhwh vient de révéler dans la grande théophanie du Sinaï.

 Bernard Renaud, SBEV / Éd. du Cerf, Cahier Évangile n° 149 (septembre 2009), « Un Dieu jaloux entrre colère et amour », pages 28-29.

 

LA RENCONTRE AVEC LE COSMOS

19 avril, 2016

http://www.pagesorthodoxes.net/pages-choisies/contemplation-de-dieu-dans-la-creation.htm#delvasto

LA RENCONTRE AVEC LE COSMOS

par Nicolas Berdiaev

La distinction fondamentale établie entre l’esprit et la nature, comme entre des réalités et des ordres qualitativement différents, n’implique pas la négation du cosmos, la séparation de l’homme spirituel et de la vie cosmique. Le cosmos, le monde divin, la nature divine, ne se révèlent que dans l’expérience spirituelle, dans la vie spirituelle. La rencontre avec le cosmos n’a lieu qu’en esprit, et l’homme n’est pas séparé de lui, mais lui est uni. La spiritualité concrète comporte en elle la plénitude de la vie cosmique, tous les degrés hiérarchiques du cosmos. Ce n’est que dans le monde spirituel intérieur que le cosmos est donné dans sa vie intérieure, dans sa beauté. Dans le monde naturel, l’homme isolé considère le cosmos comme lui étant extérieur, impénétrable, étranger, comme un objet pouvant être soumis à l’action technique et à l’étude des sciences mathématiques et physiques ; il voit dans le cosmos son propre asservissement aux éléments inférieurs et sensibles. La contemplation de la beauté et de l’harmonie dans la nature constitue déjà une expérience spirituelle, une pénétration dans la vie intérieure du cosmos, qui se révèle dans l’esprit. L’amour envers la nature, envers les minéraux, les végétaux, les animaux est déjà une expérience spirituelle, une victoire sur la désunion et l’ » extrincésisme « . La doctrine mystique et théosophique de la nature, telle que nous la trouvons chez Paracelse, Jacob Boehme, Fr. Baader, et en partie chez Schelling, considère la nature en esprit, comme la vie intérieure de l’esprit, comme l’insertion de la nature dans l’esprit et de l’esprit dans la nature. Le cosmos est conçu comme un certain degré de l’esprit, comme la symbolique de sa vie intérieure. La naturalisation de l’esprit chez Boehme n’est que la contrepartie de l’absorption de la nature dans l’esprit. Les éléments de la nature et du cosmos sont aussi des dimensions spirituelles de l’homme, ils sont unis dans le monde spirituel. Le microcosme et le macrocosme se révèlent, dans la vie spirituelle, non pas selon la séparation et l’ » extrincésisme « , mais dans l’unité et la pénétration réciproque. La perte du paradis par l’humanité signifie la séparation d’avec le cosmos, d’avec la nature divine, la formation d’une nature extérieure, étrangère, la dissension et l’asservissement. L’obtention du paradis est le retour du cosmos vers l’homme et de l’homme vers le cosmos. Elle ne se réalise que dans une vie spirituelle réelle, dans le Royaume de Dieu. Cette expérience commence dans l’expérience de l’amour, dans la contemplation de la beauté. La nature extérieure est l’induration de l’esprit. Or, le cosmos est la vie, et non un ensemble d’objets matériels endurcis et de substances inertes. L’ » acosmisme  » de la spiritualité abstraite est totalement étranger au christianisme, qui connaît une spiritualité concrète contenant la plénitude du monde de Dieu. Le  » monde  » pris au sens évangélique, le monde pour lequel nous devons avoir de l’inimitié, ne représente pas la création divine, le cosmos, que nous devons au contraire aimer et avec lequel nous devons être unis. Le  » monde « , la  » nature  » constituent, dans ce cas, l’engourdissement par le péché, l’induration par les passions, l’asservissement aux éléments inférieurs, la déformation du monde de Dieu et non pas le cosmos lui-même.

Extrait de Nicolas Berdiaev, Esprit et liberté, Desclée de Brouwer, 1984

JÉSUS RESSUCITÉ NOUS MONTRE LA DIVINE MISÉRICORDE – SAINT JEAN 20,19-31

12 avril, 2016

https://viechretienne.catholique.org/meditation/18699-jesus-ressucite-nous-montre-la-divine

JÉSUS RESSUCITÉ NOUS MONTRE LA DIVINE MISÉRICORDE – SAINT JEAN 20,19-31

C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. » Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

Prière d’introduction Seigneur Jésus, tu viens à moi aujourd’hui comme tu t’es rendu présent à tes apôtres le soir de ta résurrection. Tu es devant moi, mais invisible à mes yeux de chair. Je te perçois par la foi. Cette foi est un don que tu me fais, un don issu de ta compassion. Ta nouvelle vie me donne l’espérance, une sécurité définitive que rien ne peut emporter. Je t’aime. Jamais plus ni la mort ni la crainte ne nous sépareront.

Demande Seigneur, montre-moi ta pitié en me donnant à croire plus fermement.

Points de réflexion

1. La paix ! La première Fête de la Divine Miséricorde pour toute l’Eglise a été instituée par Jean-Paul II le 30 avril 2000 à l’occasion de la canonisation de Sœur Faustine. Elle est depuis célébrée tous les ans, conformément aux demandes du Seigneur : « Je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques. » (Petit Journal, § 699). Dans cet évangile, la peur règne parmi les apôtres. Ils « avaient verrouillé les portes…car ils avaient peur ». Puis, le Seigneur leur apparaît et tout est différent. Sa présence et ses paroles leur apportent la paix. Aujourd’hui encore, la paix de Jésus est le premier signe de son « inconcevable Miséricorde » envers nos cœurs inquiets.

2. Il répandit sur eux son souffle. Afin de permettre à la paix de Dieu de s’enraciner fermement dans les cœurs de ses apôtres, Jésus dit sa salutation – la « paix soit avec toi » – deux fois, la deuxième fois après leur avoir montrés ses blessures. Se rendant compte qu’ils ne sont pas capables de croire, Jésus souffle sur eux et leur donne l’Esprit Saint, l’esprit de paix. Le don de l’Esprit est le deuxième signe de la miséricorde de Jésus.

3. Saint Thomas. Thomas était absent quand Jésus est apparu aux autres apôtres. Il ne les a pas crus quand ils lui ont raconté l’apparition du Seigneur. Comment pouvait-il à croire, puisqu’il n’avait pas reçu l’Esprit Saint ? Jésus montre son amour personnel pour Thomas en lui donnant ce dont il a besoin pour croire. Ceci lui a permis de faire cette belle profession de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus vient à ma rencontre et il satisfait mes besoins personnellement. L’amour personnel de Jésus est le troisième signe de sa miséricorde. Dialogue avec le Christ Jésus miséricordieux, je te remercie du don de ta paix et d’avoir insufflé ton Esprit sur moi. Je veux vivre toujours guidé par l’Esprit Saint. Tu me donnes tout ce qu’il me faut pour croire, tu raffermis ma foi, tu es mon Seigneur et mon Dieu. Je te rends grâce pour ton infinie miséricorde envers moi. Résolution « Le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu’il ne se tournera pas vers la source de ma Miséricorde  » (Jésus à Sœur Faustine). Je tâcherai de discerner l’invitation de Dieu à maintenir mon cœur serein et paisible au milieu de mes soucis et mes inquiétudes. Je m’efforcerai à collaborer avec l’action de l’Esprit Saint pour atteindre cette paix. Pour y parvenir, je prendrai la ferme résolution de m’approcher du sacrement de la réconciliation de manière régulière désormais (une fois par mois ou une fois tous les quinze jours).

 

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