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LA SAGESSE DE SALOMON.

18 novembre, 2007

commentaire sur le livre de l’Ancien Testament de Saint Jean Chrysostome: 

LA SAGESSE DE SALOMON. 

du site: 

http://abbaye-saint-benoit.ch/saints/chrysostome/synopse/sagesse.htm  

Ce livre est appelé la Sagesse de Salomon, parce que Salomon, dit-on , écrivit aussi ce livre. Il contient l’enseignement de la justice et apprend à discerner les hommes méchants de ceux que le zèle du bien anime; il prophétise touchant le Christ. Il apprend qu’il est besoin d’un long travail et d’un vif désir pour obtenir la sagesse. Il décrit certaines parties de la nature; il s’élève contre les idoles, contre ceux qui les font, contre ceux qui mettent en elles leur espérance et qui les adorent. Hymne et actions de grâces pour toutes les choses admirables survenues aux Israélites en présence de leurs ennemis et qui furent l’aeuvre de Dieu. Tel est le contenu de tout ce livre; mais la récapitulation selon l’ordre des chapitres est celle-ci 

Au commencement, exhortation du juste à la piété et blâme infligé à l’impie blasphémateur. « N’imitez pas les antéchrists, car ils sont fils de la mort.» Ainsi, les impies en sont venus au point de crucifier le Dieu de gloire, en mettant au-dessus de lui le siècle présent. Ils ont poursuivi de même et mis à mort les Apôtres. Il arrivera que plusieurs mépriseront la loi de Dieu et que d’autres la pratiqueront. 

Dieu n’épargnera pas la multitude de ceux qui sont impies envers le Christ. Mais Dieu . veille sur un seul juste qui a mis sa confiance dans le Christ, même lorsqu’il meurt jeune 

« Ce n’est pas le long espace du temps qui fait une vieillesse vénérable. » (IV, 8.) L’impie méprise la mort de celui qui croit dans le Christ, mais celui-ci est discerné par le Christ lui-même. Les impies seront livrés à une ruine ignominieuse et ceux-là sont réservés à un jugement sévère et à la condamnation, qui auront persécuté les serviteurs du Christ, car ils verront la gloire du Christ et de ses disciples, tandis qu’eux-mêmes seront livrés au supplice.

La richesse amène à sa suite l’orgueil. Quelle est la colère de Dieu contre ceux qui se (564) sont montrés impies envers le Christ. Exhortation aux princes d’Israël pour qu’ils croient au Christ, ou plutôt exhortation aux chefs de l’Eglise catholique sur la manière de gouverner après qu’il aura quitté le monde. Quelle est la Sagesse, c’est-à-dire le Fils de Dieu. Comment le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous. Car, dit-il, j’ai souffert les mêmes choses que vous, étant homme et soumis à la loi par l’ordre de Dieu. Concernant le Christ : c’est par la sagesse de Dieu que j’ai la connaissance de toutes choses; « nous sommes entre ses mains, nous et nos discours. » (VIII, 16.) Quelle est la sagesse et comment elle est venue parmi les hommes; « elle est unique et elle peut tout, elle demeure en elle-même et elle renouvelle toutes choses. » (Ibid. XXVII. )

J’ai aimé la sagesse dès ma jeunesse, dit-il, et j’ai reçu d’elle tous les biens de la chair et de l’esprit. Ayant connu la grandeur de la sagesse, j’ai prié le Seigneur de me donner son Esprit-Saint qui me la ferait connaître. Et il m’a été envoyé de sorte qu’il m’est venu en aide dans mes oeuvres. Car, « les pensées des mortels sont sans force. » (IX, 14.)

Quelles sont les oeuvres de la sagesse. Comment elle a gardé le premier homme; de quels maux Dieu délivre ceux qui croient en lui et quels grands biens il leur accorde, ainsi qu’il arriva à Noé, Abraham , Lot, Jacob, Joseph, aux Israélites qu’il délivra des mains des Egyptiens par la main de Moïse et qu’il rassasia de l’eau sortie du rocher. Comment il envoya les guêpes à sept nations et ensuite, usant de longanimité, il leur donna le temps du repentir, enseignant par là à son peuple à se montrer miséricordieux. Contre les adorateurs des éléments, des grenouilles, des moucherons, des rats, des sauterelles, des guêpes, des serpents. Contre les adorateurs des idoles d’or ou d’argent, de bois ou de pierre. Que par le bois le salut sera accordé à ceux qui croient. De ceux qui fabriquent les idoles ou qui en font la représentation. De tous les maux qui résultent de l’idolâtrie. Des mauvaises religions et combien de maux en découlent. De la céramique et des idoles de terre cuite. De toutes les idoles qu’adorent les nations, les animaux ennemis de l’homme, les serpents, les chats et autres semblables. Que Dieu accorda un bienfait au peuple d’Israël, envoyant des cailles au lieu des grenouilles. Que contre la morsure des serpents le salut fut donné au peuple par le serpent d’airain suspendu à la croix; mais les ennemis d’Israël furent mis à mort par les serpents et parles rats. Que Dieu nourrit son peuple de la nourriture des anges, accommodée au goût de chacun et renfermant toutes les saveurs. Qu’il envoya la grêle et le tonnerre pour détruire les richesses des Egyptiens. Qu’il envoya aux Egyptiens les ténèbres palpables et les maux qui les accompagnaient, mais qu’il envoya à ses saints la lumière en Egypte et la comme de feu dans le désert. En punition de la mort des enfants hébreux, il envoya la mort aux premiers-nés des Egyptiens et il engloutit l’armée dans les ondes, et tandis que les premiers-nés étaient frappés de mort, le salut était accordé à Israël par le sang de l’agneau. Pour les justes menacés de mort dans le désert, Aaron fléchit le Seigneur en priant et offrant de l’encens; pour la mort des Egyptiens submergés dans la mer Rouge, la colère de Dieu fut sans miséricorde, et le passage du peuple s’accomplit d’une manière admirable: Que les Egyptiens soutinrent ces maux à cause de leur inhumanité envers des étrangers, de même que les habitants de Sodome. Que tous les éléments sont soumis à la volonté divine du Christ, prêts à obéir à son commandement, comme les cordes de la cithare obéissent aux doigts de celui qui tient l’instrument. Dans ces choses est toute la substance du livre de la Sagesse de Salomon, qui mérite le nom de Panarétique. 

Saint Jérôme : Explication du Psaume XLIV

15 novembre, 2007

du site: 

 

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/jerome/critique/003.htm

 

Saint Jérôme

SÉRIE II. CRITIQUE SACRÉE.

EXPLICATION DU PSAUME XLIV.

A LA VIERGE PRINCIPIA.

Vous savez, ma fille en Jésus-Christ, que l’on m’a généralement blâmé d’adresser parfois mes épîtres aux femmes, et de préférer l’instruction religieuse du sexe le plus faible à celle des hommes. Je dois donc répondre d’abord à mes détracteurs avant d’en venir à l’analyse détaillée que vous m’avez demandée. Si les hommes s’enquéraient des saintes Ecritures, je ne parlerais point aux femmes. Si Barac avait voulu marcher au combat, Debbora n’aurait pas vaincu et triomphé. Jérémie est jeté en prison; Israël, près de périr, n’a pas voulu recevoir le prophète, et une femme, Olde, lui est envoyée. Les prêtres et les pharisiens crucifient le Fils de Dieu, et Marie-Madeleine pleure au pied de la croix; elle prépare des parfums, visite le tombeau, interroge le jardinier, reconnaît le Seigneur et court annoncer aux apôtres qu’elle vient de le revoir. Ceux-ci doutent, et elle croit. Cette sainte femme est , à vrai dire, la tour de candeur, la tour du Liban élevée en face de la sacrilège Damas, qui demande la mort du Sauveur comme une expiation de sang. Sara a passé l’âge de la maternité, et Dieu prescrit en ces termes à Abraham sa déférence pour elle : « Quelque chose que te dise Sara, écoute sa voix. » Sara avait passé l’âge d’être mère, et vous, Principia, vous ne l’avez jamais été. La vierge étouffe l’instinct des sens; elle porte, en elle-même le Christ; elle possède d’avance ce dont elle doit jouir. Rébecca va interroger le Seigneur; elle obtient pour réponse cet oracle magnifique: «Deux nations sont en son sein, et deux peuples sortiront de tes entrailles pour se diviser,» Elle donna le jour à deux races ennemies; et vous, le fruit que vous concevez, que vous portez dans votre sein, que vous engendrez chaque jour, est un par sa nature, fécond par son union, multiple par sa majesté , uni dans sa trinité. Marie, soeur de Moïse, chante les victoires du Seigneur, et Rachel illustre notre Bethléem, l’ancienne Ephrata, en en faisant le berceau de sa postérité. Les filles de Salphaad sont jugées dignes de recueillir l’héritage paternel, au milieu de ceux de leur tribu. La gloire de Ruth, d’Esther, de Judith est si éclatante qu’elles ont donné leurs noms aux livres sacrés. Anne la prophétesse met au monde un fils lévite, prophète, juge, portant au front l’onction sainte, et elle le présente au temple du Seigneur. La femme de Thécua embarrasse David par sa demande; elle l’éclaire par sa parabole et l’apaise par l’exemple de Dieu. L’Ecriture rapporte qu’une autre femme pleine de prudence, voyant sa ville assiégée et battue en brèche par le général Joab à cause d’un factieux qui s’y était renfermé , harangua ses concitoyens avec tant de sagesse que, par l’autorité de sa parole, elle écarta le danger qui menaçait tout un peuple. Parlerai-je de cette reine de Saba qui vint de l’extrémité de la terre entendre la sagesse de Salomon, et qui doit, comme Dieu l’a déclaré, être la condamnation de tant Jérusalem ? Les entrailles et la voix d’Elisabeth prophétisent. Anne, fille de Phanuel, à force d’assiduité au temple, devient elle-même le temple de Dieu, et par le jeûne de tous les jours trouve le pain céleste. Les femmes accompagnent le Sauveur et lui servent leur propre nourriture ; et lui qui avec cinq pains nourrit cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, ne dédaigne pas d’accepter les aliments des saintes femmes. En parlant à la Samaritaine près du puits, il se nourrit de la conversion de la croyante et oublie le repas qui lui est préparé. Apollonius, homme apostolique et très versé dans la science des Ecritures, apprend d’Aquila et de Priscillien à connaître la vie de Jésus-Christ. Si un apôtre n’a pas rougi de recevoir linstruction d’une femme, comment pourrais-je rougir d’instruire les femmes ainsi que les hommes?

Par ce peu de traits que je viens d’esquisser j’ai voulu, ô pieuse fille, vous apprendre à ne pas vous affliger du sexe qui vous est départi, et aux hommes à ne pas s’enorgueillir de leur nom d’homme. C’est pour la condamnation de ces derniers que la vie des femmes vertueuses est célébrée dans les saintes Ecritures. Je me réjouis et me laisse aller comme à un sentiment d’enthousiasme en trouvant à Babylone un Daniel, un Azarias, un Mizaël; mais que d’anciens et de juges d’Israël brûlés dans la fournaise du roi de Babylone! que de Suzannes (ce doux nom veut dire : lys, en hébreu ) tressent pour leurs époux de blanches couronnes de chasteté, et changent elles-mêmes leurs couronnes d’épines contre la gloire du triomphe! Vous avez près de vous, dans l’étude des Ecritures et dans la sainteté du corps et de lesprit, Marcella et Asella : que l’une vous conduise, à travers les vertes prairies et les parterres émaillés des divins Livres, vers celui qui dit dans le Cantique des cantiques: «Je suis la fleur des champs et le lys des vallées; » que l’autre, fleur du Seigneur elle-même, soit digne ainsi que vous d’entendre ces paroles : « Comme le lys au milieu des épines , ma bien-aimée s’élève au-dessus des jeunes filles. »Or, puisque j’ai commencé à parler de fleurs et de lys, emblèmes de la virginité, il me semble heureux, en écrivant à une fleur du Christ, de traiter un sujet qui en est semé.En lisant le quarante-quatri

ème psaume, je trouve ce titre : Cantique ayant pour but d’instruire les fils de Corée d célébrer le bien-aimé et ceux qui doivent être changés. Le texte hébreu est ainsi conçu : Lamanasse al sosannim labue tore meschil sir Ididoth, ce que nous traduirons par : « Cantique instructif du bien-aimé aux fils de Corée, pour offrir des lys au vainqueur. » Symmaque, plus clair que de coutume, traduit : » Triomphe pour les fleurs. » Sosannim veut dire ceux qui doivent être changés;» ou bien encore « les lys et les fleurs. » Meschil signifie : instruction, ou : très instruit, sir cantique. Ididoth est l’ancien nom de Salomon, appelé depuis : le pacifique, dans un sens opposé. Quatre psaumes ont des titres qui commencent de la même manière, mais qui se terminent différemment : ce sont le quarante-quatrième, le cinquante-neuvième, le soixante-huitième et le soixante-dix-neuvième. Le second et le troisième de ces psaumes portent le nom de David, le premier et le quatrième ceux de Corée et d’Asaph. Ce n’est pas le lieu de nous étendre sur tous ces psaumes; il s’agit d’expliquer celui que nous avons commencé. Le titre de ce psaume a directement en vue ceux qui doivent être transformés à la fin des siècles, et à propos desquels lApôtre a dit : « Nous nous endormirons tous dans ce tombeau , mais nous ne serons pas tous changés. » J’insiste sur ce sens obscur pour préparer le lecteur à l’ intelligence des choses spirituelles. En effet , partout où le sens est simple et clair, à quoi bon aider lintelligence de ceux qui comprennent, et dire à celui qui a des oreilles. Entendez? Le cantique s’adresse au bien-aimé, car c’est par lui que les saints obtiendront la transformation qui leur est promise. Cette transformation peut se concevoir même pour cette vie, lorsque, dépouillant le vieil homme et revêtant lhomme nouveau, nous nous régénérons dans la science et nous approchons de l’image du Créateur; puis lorsque, à force de contempler la gloire de Dieu, nous nous transfigurons en cette même image, passant comme d’un état glorieux à un état plus glorieux encore. Il n’est pas d’instant où (homme saint ne change, en oubliant le passé et en s’élevant dans lavenir. Et à nous aussi notre être intime se renouvelle de jour en jour. Dieu lui-même, cet être immuable, qui a dit par la bouche du prophète: « Je suis Dieu et je ne change pas, » Dieu a changé de forme à cause de nous, et il a emprunté celle de son serviteur. Passant de la terre de Juda sur celle des: Philistins, dont le nom accuse les vices (ce peuple s’était enivré dans les coupes d’or de Babylone), il a été d’abord bafoué pour ce qu’ils appelaient la folie de la croix, puis accueilli à cause de l’éclat de son triomphe. bien-aimé est celui qu’Isaïe chante en ces termes : « Je chanterai pour mon ami le cantique de ma vigne; » et celui dont l’Évangile a dit : « Celui-ci est mon fils bien-aimé dans le quel jai mis toute ma complaisance; écoute sa voix. » Ce n’est plus un prophète qui chante maintenant ses louanges, mais tout le chœur des fils de Corée. Nous examinerons dans le quarante-unième psaume ce que sont ces fils de Corée, c’est-à-dire du Calvaire. Pour nous assurer que le texte du cantique est d’accord avec son titre, remarquons qu’il change de sujet à l’endroit où le prophète engage la jeune fille à abandonner son vieux père pour se rendre digne de la tendresse du roi. L’homme qui a partagé la victoire et le triomphe du Seigneur, et qui a offert à Jésus-Christ ses bonnes oeuvres unies à de nombreuses vertus, comme une couronne glorieuse et impérissable, cet homme comprendra facilement que le vainqueur est celui qui a dit: «Ayez bon courage, j’ai vaincu le monde, » et celui encore à qui s’adressent ces paroles d’un enfant : « De vous viennent la victoire, la sagesse et la gloire; vous êtes mon Seigneur et mon Dieu. »

« Mon cœur n’a pu contenir la parole heureuse. »Au lieu de ces mots, Symmaque traduit: « Mon cœur a été ému par la parole heureuse. » Cette version supposerait que le cœur du prophète a été ému par ce qu’il vient d’entendre, et que le Saint-Esprit lui révélant les mystères futurs du Christ, il éclate à son tour en louanges afin de rivaliser d’efforts pour célébrer son arrivée. La métaphore qu’emploie lEcriture (ructus) exprime l’haleine bruyante qui s’échappe d’une poitrine oppressée après un copieux festin. De même qu’elle est l’indice du plus ou moins de délicatesse des aliments, de même aussi les pensées les plus intimes se répandent en paroles, et la bouche trahit les sentiments dont le cœur est plein. Le juste alimente en quelque sorte son âme; et quand elle est nourrie des saintes Ecritures, il ne peut s’exhaler des trésors d’une belle âme que de belles et saintes paroles. Alors il s’écrie avec l’Apôtre : « Cherchez-vous la preuve que le Christ parle en moi? » Quelques commentateurs ont trouvé dans ce verset une allusion à la personne du Père, parce qu’il a tiré du fond de son être; des abîmes de son cœur le Verbe qui avait toujours été en lui, suivant cet oracle d’un autre psaume : « Je l’ai enfanté de mes entrailles avant la lumière du jour. » Le mot « entrailles » est pris ici symboliquement, car Dieu ne se compose pas de parties séparées, mais l’essence du Père et du Fils le constitue. «Le « coeur » et la « parole qui s’échappe du cœur» sont aussi des figures qui désignent le Père et le Fils. Cette interprétation est favorisée parle texte du verset suivant : « Je dédie mon ouvrage au roi, » et par ces mots : – Il dit et tout fut fait; il ordonna et tout fut créé , » c’est-à-dire que le Fils est né de la parole du Père. En effet, tout ce que le Père fait, le Fils le fait également, et ce dernier n’est que la puissance exécutive du Père qui demeure en lui.

« C’est au roi que j’adresse mon ouvrage. » Le choeur des prophètes, devant célébrer les saints mystères du Christ, craint de paraître au-dessous de son sujet, et de l’entendre dire en laissant voir sa faiblesse : « Pourquoi publies-tu mes jugements? pourquoi ta bouche annonce-t-elle mon alliance?» Il présente en conséquence son oeuvre au roi qu’il veut louer, afin que bonne il l’agrée, mauvaise il en fasse disparaître les taches, et il obéit par là au précepte divin : « Avoue tes fautes pour ta justification. Le juste est celui qui commence par s’accuser.» Dans la langue hébraïque et dans la langue latine, le mot ouvrage est synonyme de toute composition écrite. Ainsi donc le prophète, au moment de chanter les louanges de Dieu, lui dédie son cantique ou son « ouvrage, » et au lieu des muses profanes il invoque dès l’abord celui qu’il veut célébrer.

« Ma langue obéit comme la plume de l’écrivain rapide. » Au lieu de cette version, nous traduisons : « Ma langue est comme le stylet de l’écrivain rapide. » Le premier verset se trouve complété par ces mots, auxquels il faut joindre ceux-ci : Mon cœur n’a pu contenir les louanges de Dieu; je lui ai dédié mon cantique et l’ouvrage dans lequel j’ai voulu célébrer son nom. Il me faut donc apprêter ma langue comme un stylet dont se servira l’Esprit-Saint pour tracer mon oeuvre aux oreilles et aux sens de ceux qui m’écoutent. Je dois faire de ma langue en quelque sorte un instrument, et exprimer par cet instrument les pensées qui viennent de l’Esprit-Saint. Le stylet écrit sur la cire, la plume sur le papier, sur le parchemin ou sur toute autre matière propre à l’écriture : or ma langue, de même qu’un écrivain rapide, ou, pour mieux dire, de même qu’un sténographe, a, au moyen de signes abrégés, gravé dans les coeurs charnels la substance et le résumé de mon oeuvre évangélique. Si Dieu a employé pour écrire sa loi la main d’un médiateur, et si ce qui est aboli est encore glorifié, à plus forte raison ma langue servira-t-elle d’organe au Saint-Esprit pour écrire l’Evangile, qui est immortel, et pour graver rapidement dans le cœur des hommes de foi les louanges de celui pour lequel Irae e’é; crie: « Hâtez-vous d’enlever les dépouilles et d’emporter le butin. »

Vous êtes beau, entre les enfants d’Israël. » Lhébreu porte ; « Vous surpassez en beauté les enfants, d’Israël. » L’introduction est terminée; c’est ici que le récit commence. La parole est adressée au bien-aimé, au roi auquel était dédié le cantique du prophète. On se demande. d’abord comment l’emporte en beauté sur les enfants des hommes celui dont Isaïe a dit : « Nous l’avons regardé; il n’avait ni forme ni beauté, mais il était dédaigné et rejeté par les fils des hommes. C’était un homme de douleur sachant supporter sa misère, et il se cachait le visage. » On s’aperçoit aussitôt qu’il n’existe pas d’incohérence dans lEcriture. Ici ça fait le tableau d’un corps défiguré par les flagellations, les ignominies et les tortures, du gibet ; plus haut c’est l’éclat des vertus dans un corps saint et vénérable que fon a voulu dépeindre. Il ne faut pas s’imaginer que la divinité de Jésus-Christ l’emporte sur les hommes sous le rapport de la beauté, car cette divinité ne peut avoir de terme de comparaison; mais, à part les tourments de la croix, n’est-il pas plus beau que tous les hommes lhomme vierge né d’une vierge, et engendré par Dieu sans coopération humaine? Si son visage et ses yeux n’avaient pas respiré quelque chose de céleste, les apôtres ne l’auraient point aussitôt suivi, et on ne serait pas pour l’entendre, accouru avec tant d’empressement. « C’était un homme de douleur et sachant supporter sa misère. » Ces mots eux-mêmes expliquent la cause de ses souffrances. » Il se cachait le visage, c’est-à-dire que, déhouillant pour un moment sa divinité, il abandonna son corps aux mauvais traitements. Quelques scoliastes joignent ce verset au précédent, de telle sorte que ces mots: « beau entre tous les hommes » cesseraient d’avoir le Christ pour objet.

« La grâce est répandue sur vos lèvres, et pour cela Pieu vous, a béni pour l’éternité. » Dans la Vulgate au lieu de « vous a béni, » il y a : « vous a loué; » mais il faut remarquer que cette faute des copistes ne doit pas être imputée aux Septante, qui se trouvent ici d’accord aven le texte hébreu. Quel est le sens de ces mots : « Sa grâce est répandue sur vos lèvres? » L’Evangile nous lexplique : « Jésus, » y est-il dit « croissait en âge, en sagesse et en grâce devant, Dieu et devant les hommes ; » et ailleurs : « Quand il eux fini de parler, on admirait son éloquence, pleine de grâce et d’onction; » et, plus loin encore : « Il était maître de ses paroles. » Noé, Moise et les prophètes trouvèrent pendant leur vie grâce devant le Seigneur mais tout le trésor de la grâce était répandu. sur les lèvres du. Sauveur, et en peu de temps elle remplit tout l’univers; et lui s’avança comme l’époux qui sort de. la couche nuptiale. Il était descendu du ciel et il est remonté aux cieux. La Vierge Marie est saluée du nom de «pleine de grâces, » pour avoir conçu celui qui, sous son enveloppe terrestre, recèle toute la plénitude de la divinité. L’Apôtre, convaincu que la puissance de Dieu seule, et non une éloquence profane, avait pu donner à sa prédication la supériorité sur toutes les doctrines de ce monde, s’écrie : « Mes discours et ma prédication ne s’appuient pas sur les moyens, de persuasion de la sagesse humaine, mais sur la manifestation de l’esprit et de la puissance de Dieu. C’est dans cette puissance, et non dans la sagesse des hommes, que nous devons placer notre confiance. « Se reprenant lui-même d’avoir dit : « J’ai fait plus à moi seul que tous les autres,» il ajoute aussitôt: « Tout cela est du non à moi, mais à la grâce de Dieu qui est en moi, et plus loin : « La grâce de celui qui est en moi n’a pas été vaine. » Cest aussi par rapport au Sauveur que le mot « répandu » a été employé, pour exprimer le don de la grâce qui lui a été fait, suivant ce qui est écrit : « Je répandrai mon esprit sur toute chair. L’amour de Dieu est répandu dans les coeurs. » Remarquons que dans le texte il n’y a pas un mot qui ne sapplique au fils de Marie. En effet, il y est appelé « béni dans tous les siècles; » or, c’est ainsi que l’Apôtre l’a annoncé : « Il s’est humilié ; il s’est résigné à lobéissance jusqu’à la mort sur la croix ; et c’est pour cela que Dieu l’a élevé et lui a donné un nom: au-dessus de tous leu autres noms. » Humilité d’apparence, outrages de la Passion, apothéose et retour près du Père avec un titre glorieux, tout est dans ces mots. Ainsi donc, cette effusion de grâce et de bénédiction dont parle le texte n’appartient qu’à celui qui peut passer de l’abaissement au triomphe.

« Armez votre flanc de votre glaive, ô puissant roi; revêtez-vous, de votre éclat et de votre beauté. » L’hébreu porte : « Revêtez-vous de votre gloire et de votre majesté. » Je pense que vous comprenez parfaitement ce passage, et que pour combattre vous vous armez du glaive de Jésus-Christ. Sachez que la virginité a toujours larme de la pudeur pour anéantir les voluptés et pour dompter les passions. Les fables des païens eux-mêmes supposaient des armes aux vierges, leurs déesses. Pierre ceignit ses reins et se munit d’un flambeau allumé. Le mot « flanc » (femur) signifie métaphoriquement : la fécondité du mariage ; quelques exemples vont vous le démontrer. Abraham, envoyant chercher une épouse, pour son fils Isaac, dit au plus ancien serviteur de sa maison : « Place ta main sur mon flanc, et tu prendras le Seigneur à témoin de ton serment.» De là plus de doute qu’il ne dût naître un rejeton de son sang. Jacob, quittant la Mésopotamie pour entrer sur la terre promise, lutta avec un homme qui lui était apparu près du torrent de Jobac, et reçut le nom dIsraël après que le nerf de son « flanc» se fut desséché. Il dit à son fils : « Le sceptre appartiendra à Juda, et le chef naîtra de ses flancs. » Et lui-même, à son lit de mort, fait jurer à Joseph « sur son flanc » de ne pas l’ensevelir en Egypte. Nous lisons encore au livre des Juges : « Gédéon eut soixante-dix fils qui sortirent de son flanc ; » et dans le Cantique des antiques. : « C’est là le trône de Salomon. Soixante guerriers l’entourent, choisis parmi les forts d’Israël, tous armés de glaives, tous forts dans les combats. Une épée est placée sur son flanc. » C’est donc pour mortifier les appétits de la chair que le Sauveur se revêt de son éclat et de sa beauté divine, et le fils d’une vierge offre aux vierges à venir la modèle de la virginité.

«Marchez à la victoire et élevez-vous à la domination. Faites briller la vérité, la clémence et la justice. Votre droite se signalera par des merveilles. « Lhébreu porte : « Dans votre majesté montez sur votre char de triomphe. Faites briller la vérité et une justice pleine de clémence. Votre droite se signalera par des merveilles. »

Dans le texte le mot « majesté » se trouve répété deux fois; et ne croyez pas que ce soit une erreur des copistes, mais c’est une figure de rhétorique appelée épétition. De même, que dans les panégyriques lorateur interpelle d’habitude celui dont il fait l’apologie, ici le prophète appelle le Seigneur au combat, afin que, resté maître du champ de bataille et foulant aux pieds après la victoire les bataillons ennemis, il établisse son empire sur ceux qu’il a arrachés à la domination du démon, et les range à son autorité. Il pourra dire alors: « J’ai été sacré roi par lui sur sa sainte montagne. » Qui peut douter que, la « clémence. » la « vertu» et la «justice » désignent le Christ ? lui qui a dit: « Je suis la voie, la vérité, et la vie. Écoutez ma parole, car je suis doux et humbles de coeur. Dieu a fait de moi pour vous la justice, la rédemption et la sainteté même. » Ce qui a été dit pour le corps, il le faut étendre à tous les membres; une victoire de Dieu est un triomphe pour ses serviteurs; la science du maître tourne au profit des disciples. « Votre droite se signalera par des merveilles. » Ces mots doivent s’entendre des prodiges que le Christ a opérés dans lEvangile, ou de lextermination dont il a frappé ses ennemis. Il tient dans sa main «droite » le coeur du sage et dans sa main gauche le coeur de linsensé. Le Christ est assis à la « droite » du Père et lAntechrist à sa gauche. La version hébraïque diffère quant aux mots, mais ne diffère pas pour le sens.

« Vos flèches saut aiguës, ô Tout Puissant! Les peuples tomberont à vos pieds ; elles perce tout le coeur des ennemis de mon roi. » A part le mot « tout-puissant, » le texte hébreu est, conforme. Ce verset s’applique à vous, Principia, à vous qui, blessée parle trait du Seigneur, chantez avec l’épouse du Cantique des cantiques : « Je languis, blessée d’amour. » Il ne faut pas s’étonner que votre époux soit armé de traits nombreux qui, suivant lexpression du psaume cent dix-neuvième, « dévorent comme des charbons ardents; » car lui-même est la flèche du Seigneur, ainsi qu’il le déclare dans Isaïe: « Il m’a placé comme une flèche choisie. et m’a caché dans son carquois. » Cléophas et son compagnon, blessés par ces traits sur le chemin,s’écriaient : « Ne sentions-nous pas notre cœur brûler au-dedans de nous, tandis qu’il s’entretenait en marchant avec nous et qu’il nous expliquait les Ecritures? » On lit encore dans un autre endroit : « Comme des flèches dans des mains puissantes, ainsi seront les enfants des opprimés » Ces traits subjuguèrent et blessèrent l’univers entier. Ce fut aussi une « flèche » du Seigneur ce Paul qui, après avoir été lancé par son arc de Jérusalem en Illyrie, et avoir parcouru mainte contrée, se hâte d’aller vers lEspagne, et, comme une « flèche » rapide, abat aux pieds de son maître l’Orient et l’Occident. Tels que le cerf dont un épieu aigu déchire le flanc, les ennemis nombreux du Seigneur sont atteints des « flèches » brûlantes du démon; mais Dieu, de son côté, darde dans leur coeur ses, traits « dévorants comme des charbons ardents, »afin d’en calciner la corruption, et de remplacer par une flamme salutaire le feu dévastateur.

« Vous reposez, ô Dieu! sur l’éternité. Le sceptre de l’équité est le sceptre de votre empire; vous aimez la justice et vous haïssez liniquité. C’est pour cela, ô mon Dieu! que votre Dieu vous a sacré d’une onction de béatitude au-dessus de ceux qui participent à votre gloire. » Le verset commence ainsi dans le texte hébreu: « Votre trône, ô Dieu! est un trône éternel. » Faites attention qu’il s’agit ici de deux personnes : celle qui a fait « fonction » et celle qui l’a reçue de Dieu. C’est pour cela que Aquila traduit le mot hébreu éloïm par le vocatif thé au lieu du nominatif, ce que nous rendons par ces mots: « O Dieu! » de peur qu’on ne soit induit à croire que, sous le nom de «Dieu,» du « bien-aimé »et du« roi, » le Père se trouve désigné deux fois. Quoique le Père soit dans le Fils et le Fils dans le Père, quoiqu’ils se servent réciproquement de trônes, et qu’ils reposent mutuellement l’un sur l’autre, toutefois ici c’est à un roi-Dieu, à Jésus-Christ que la parole est adressée, et que l’éternelle durée de son empire est prédite. (Je me sers du mot « empire » comme synonyme de trône, suivant ces paroles : « Je placerai sur le trône un fils qui naîtra de vous. ») L’ange avait annoncé à Marie que le Seigneur placerait le fils qui naîtrait d’elle sur le trône de David son aïeul, qu’il régnerait éternellement sur la maison de Jacob, et que son royaume n’aurait pas de fin. Ne croyons pas trouver ici de contradiction avec l’épître aux Corinthiens, dans laquelle lApôtre prétend que le fils remettra le royaume à Dieu et qu’il se soumettra à lui après s’être soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout dans tout. L’Apôtre n’a pas dit en effet que le Fils remettrait le royaume au Père, abstraction faite du Fils lui-même, mais à Dieu, c’est-à-dire au Dieu qui a emprunté une enveloppe charnelle, afin que Dieu fût tout dans tout, et que le Christ, qui régnait auparavant dans le coeur de chaque fidèle par le peu de vertus qui y étaient renfermées, étendit son empire sur tous par toutes les vertus. Le sceptre est l’insigne de la royauté, comme nous l’apprend le prophète lui-même par ces mots: « Le sceptre de l’équité est le sceptre de votre empire. » Quelques-uns s’appuient encore de ce témoignage d’Isaïe : « Une branche sortira de la tige de Jessé et une fleur s’élèvera de sa racine, » pour reconnaître que c’est l’homme-Dieu que l’on investit de l’empire à cause de son amour pour la justice et de sa haine pour l’iniquité; que c’est lui que l’on proclame roi et sacré d’une « onction de béatitude au-dessus de ceux qui participent à sa gloire, » récompense en quelque sorte de cette charité et de cette aversion pour le mal. Nous avons la preuve que nous possédons le germe de l’amour et de la haine pour l’une et pour l’autre, quand nous voyons aimer l’équité et détester l’injustice par celui qui a fait de nos corps un pain dont il a offert les prémices au ciel. Aussi David s’est-il écrié « N’ai-je pas haï, Seigneur, ceux que vous haïssez? n’ai-je pas séché de douleur à leur vue? Je les ai haïs d’une haine profonde.» Dans la phrase suivante du verset : « Dieu, votre Dieu vous a sacré, » le mot « Dieu » est la première fois au vocatif, la seconde fois au nominatif. Je suis étonné qu’Aquila ait traduit par ce dernier cas au lieu du vocatif, comme il l’avait fait dans la première phrase du verset, et qu’il ait nommé à deux reprises le Dieu qui a « sacré»celui dont il est parlé plus haut. Ce passage confond Photinus; mais Arius relève la tête en citant ce témoignage de l’Evangile : «Je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. » Du moment où il voit que ce bien-aimé, ce roi armé de son glaive règne par la vérité et la douceur, et a été « sacré, » grâce à son amour de la justice et à sa haine de liniquité, « au-dessus de ceux qui participent à gloire, » de ceux dont il est écrit: « Nous participerons à la gloire du Christ si nous conservons en entier jusqu’à la fin le principe de vie,» je m’étonne qu’Arius dans ces mots : « Dieu, votre Dieu vous a sacré, » pousse la mauvaise foi jusqu’à ne reconnaître qu’une personne divine, comme si on devait entendre par là que Jésus-Christ a été sacré à raison de sa divinité, au lieu de l’être à raison de ce qu’il a été fait homme. Qu’il lise les Actes des apôtres : « Dieu », y est-il dit, « a oint de l’Esprit-Saint Jésus de Nazareth ; » qu’il lise l’Évangile : « Le Saint-Esprit descendra sur vous, et la puissance du Très-Haut vous couvrira de son ombre, et le fruit sacré que vous enfanterez sera appelé le Fils de Dieu; » qu’il entende le Seigneur lui-même s’écrier : « L’esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a donné l’onction. » Ceux qui « participent à sa gloire » sont les apôtres et les fidèles; son «onction »leur a donné leur nom, de telle sorte qu’ils ont été appelés « oints » ou « chrétiens » à cause de celui qui a été « oint, » c’est-à-dire de Jésus-Christ.

« La myrrhe, l’aloès et le cinnamome s’exhalent de vos vêtements et des palais d’ivoire où les filles des rois font vos délices et votre gloire. » L’hébreu porte : « La myrrhe, la stacté et la casia s’exhalent de vos vêtements et des palais d’ivoire où les filles des rois t’ont vos délices et votre gloire.» Dans mon préambule je vous ai dit, Principia, que j’avais voulu expliquer ce psaume parce que son titre: Pour les lys et les fleurs, me semblait pouvoir faire le sujet d’une épître à une vierge. Par la même raison qui me fait composer cet ouvrage pour vous, je vous appliquerai ce verset. Vous mortifiez votre chair dans ce monde, et tous les jours vous offrez « la myrrhe »à Jésus-Christ. Vous êtes le parfum du Christ et vous présentez au Seigneur la « stacté » et l’encens. Ceux qui connaissent la nature des plantes aromatiques prétendent que la «stacté » est la fleur de la myrrhe. Le mot suivant casia, qui se trouve souvent dans es psaumes, est appelé en grec supiz , c’est-à-dire essence distillée, ou baume plein de chaleur, propre à ranimer, à fortifier les malades usés par labus des plaisirs. Dans les textes latins gutta et stacté rendent le mot hébreu haloth. Nicodème emploie cent livres de myrrhe et d’aloès pour ensevelir le Seigneur. L’époux dit à sa bien-aimée: « La myrrhe et l’aloès se font sentir avec les plus doux parfums;» et celle-ci répond: « Mes mains distillent la myrrhe ; mes doigts en sont embaumés. » Vous aussi, Principia, arrêtez les ravages de la mort; ensevelissez-vous avec le Christ dans le baptême; soyez morte à ce monde, et, ramenant toutes vos pensées aux choses célestes, dites à votre époux: « Mes mains distillent la myrrhe ; mes doigts en sont embaumés. » La stacté, mélangée à d’autres plantes aromatiques, composait le parfum qui servait aux sacrifices et dont David a dit: « De même que le parfum répandu sur la tête d’Aaron descendit sur son visage et se répandit sur le bord de ses vêtements. » Les mages offrent de la myrrhe. Revêtir les vêtements du Christ, ce n’est pas autre chose que recueillir les mérites de sa mort et en montrer en soi-même les effets. Préparez ce vêtement pour votre époux; qu’il s’avance revêtu par vous de ce vêtement. Quand il sera tissu, Dieu fera de vous son temple; vous le comblerez d’allégresse dans son palais d’ivoire et vous chanterez ses louanges. Morte tout entière pour le siècle, vous vous mêlerez au chœur des anges; car les noms, par leur nature même, attestent que l’ivoire est un signe de vie et de mort. L’ivoire, dont son palais est recouvert, est en effet le signe de la vie et de la mort. Le verset ajoute avec raison : « Les filles des rois y font vos délices et votre gloire. » Votre époux est le roi des rois et le maître des souverains, et ces rois, faibles puissances sous un si grand roi, ce sont vos pères, ce sont ceux qui par renseignement de l’Évangile vous ont donné une seconde vie; et vous, leur fille chérie, vous glorifiez dans ses vêtements, dans ses parfums, dans son palais d’ivoire, celui à qui s’adressaient ces paroles : « La grâce est répandue sur vos lèvres. Armez-vous de votre glaive, ô Tout-Puissant ! Vos flèches sont acérées, ô Seigneur! Votre trône est éternel. » Nous traduisons « palais d’ivoire » parce que le texte grec porte apo Bareon Elephantinon. Au lieu de cette version, quelques commentateurs latins ont traduit apo Bareon par le mot gravibus, mais le mot Baris veut dire: une maison de Palestine. De nos jours encore les édifices clos de toutes parts, et construits en forme de tour, ont conservé le nom de Bareis.

« La reine, couverte d’or, est restée debout à votre droite. » La Vulgate, seule entre toutes les traductions, ajoute : « Toute brillante de couleurs variées. » L’hébreu porte : « Votre épouse, ceinte d’un diadème d’or, est restée debout à votre droite. » Nous rendons par épouse, l’hébreu segal; Aquila traduit sugroiton, ou : concubine; Symmaque et la quinte édition pallakten, ou : amante. Les Septante, Théodotien et Sexta rendent segal par : reine. Symmaque, au lieu de ces mots : « ceinte du diadème, » traduit : « ornée d’or fin, » Aquila, la quinte et la sixte édition : « Resplendissante de vives couleurs », ou « de l’or d’Ophir. » Parmi les filles des rois qui attendent les faveurs de leur époux, et charment dans son palais d’ivoire, par des parfums de toute espèce, celui dont le trône est éternel, seule et sans rivales, une belle et tendre colombe se tient à sa droite c’est !’Église catholique, fondée et profondément établie sur la pierre du Christ. L’esprit des Ecritures a remplacé la lettre; l’Église reste debout, « couverte d’or » et brillante de toutes les vertus; sa tête est ceinte du diadème, car elle est « reine » et elle règne à côté du roi. Nous pouvons regarder comme ses filles les âmes des fidèles et les chœurs des vierges. « L’or d’Ophir » est ainsi nommé à cause de sa couleur, ou de la contrée de l’Inde d’on il est tiré. Les Hébreux ont sept mots pour désigner for. Le Cantique des cantiques nous apprend aussi que l’amante ou l’épouse est celle qui, pour reposer, veut être aux côtés de son bien-aimé.

« Ecoutez, ma fille; voyez et prêtez l’oreille! Oubliez votre peuple et la maison de votre père, et le roi sera épris de votre beauté. Car c’est lui qui est votre Dieu, et les peuples l’adoreront. » L’hébreu porte . « C’est lui qui est votre Dieu, prosternez-vous devant lui. » Jusqu’ici le Saint-Esprit s’est exprimé par la bouche du prophète, qu’il compare à la plume d’un « écrivain rapide, » en adressant la parole au roi, au vainqueur, à Dieu, à l’époux. On voit ensuite le père parler à l’épouse de son fils, et l’exhorter à rejeter ses anciennes erreurs et son idolâtrie, et à prêter l’oreille à ce qui va lui être dit. Puis il l’invite à passer dans sa famille et à devenir sa fille. Il l’engage encore à se pénétrer de ce qui lui est exposé clairement, ainsi que des mystères, pour s’élever de l’intelligence des choses matérielles à celle des choses invisibles, de la connaissance des créatures à celle du Créateur, et à prêter une attention profonde pour garder dans sa mémoire les paroles qu’elle va entendre. Et après qu’elle aura vu et entendu, après qu’elle aura prêté l’oreille et qu’elle se sera complètement appliquée à comprendre et à connaître ce qui lui sera enseigné, elle devra oublier son peuple, et, semblable à Abraham quittant la Chaldée, abandonner elle-même sa patrie et sa famille. Nous savons qu’avant d’être adoptés par Dieu nous avions le démon pour père; le Sauveur a dit en effet : « Vous êtes les fils du démon. » Or, aussitôt qu’elle aura oublié son vieux père, et que, se purifiant de ses souillures, elle se sera dégagée des liens de famille et élevée au-dessus d’elle, Dieu lui déclare qu’alors elle sera digne de lamour de son fils, et que « le roi s’éprendra de sa beauté. » Ce n’est pas d’un homme ordinaire qu’elle doit être aimée, c’est de son roi et de sots seigneur. Le pouvoir seul fait, les rois et les princes; mais pour être rois et princes, ils ne sont pas d’une autre nature que ceux sur lesquels ils règnent. Ici le roi est Dieu et l’épouse doit l’adorer. Les Septante ne portent pas : «Vous ladorerez, » mais « on l’a dorera ; » c’est-à-dire : celui qui vous aimera, qui s’éprendra de votre beauté est Dieu, et il doit être adoré de tous Ce qui; nous avons dit de l’Église formée de l’union des nations, chaque fidèle doit s’en faire l’application ; que son âme renonce à ses vices, et Dieu l’adoptera pour sa fille. Hommes de foi, prêtez l’oreille, oubliez vos anciens errements, abandonnez avec l’Apôtre votre père défunt, et rendez-vous digne de lamour du roi. Car il est le Seigneur devant qui il faut fléchir le genou, et dont il faut humblement subir le joug en faisant abnégation de tout orgueil.

Demandez aux Juifs quelle est cette .jeune fille à qui parle le Seigneur: ils répondront infailliblement que c’est leur synagogue. Mais comment peut-il dire à la synagogue et à la nation israélite: « Abandonnez votre peuple et la maison paternelle?» comment Israël peut-il quitter lé peuple hébreu, et Abraham délaisser son vieux père? D’un autre côté, s’ils prétendent que ces mots expriment la vocation d’Abraham quittant la Chaldée, quel serait alors ce roi qui doit aimer la beauté d’Abraham? Assurément celui qui s’écrie : « Écoutez, ô ma fille, » n’est autre que celui dont il est dit : « Le roi sera épris de votre beauté. » Ce dernier n’est pas seulement roi, mais il est le seigneur et le roi qu’on doit adorer.

« Fille de Tyr, les grands de la terre viendront implorer vos regards en vous apportant des présents. » L’hébreu porte : « Fille du Tout-Puissant, les grands de la terre viendront implorer vos regards en vous apportant des présents. » Le mot Sor, qui se trouve plus de soixante-dix fois dans Ezéchiel, peut se rendre par : Tyr, par: fort, ou: forte, par : tribulation, par silex ou: pierre dure. Ces diverses acceptions ont égaré les commentateurs. Aquila, les Septante, Théodotien et la quinte édition traduisent Sor par: Tyr. Sexta a employé le mot Sor lui-même. Symmaque l’a traduit par krataian, c’est-à-dire: très-puissante. Quant à nous, nous appliquons cette épithète à Dieu lui-même, de sorte que nous désignons celle à qui s’adressent ces mots : « Ecoutez et voyez, ô ma fille, » sous le nom de : fille du Tout-Puissant. Ce n’est pas qu’elle ne puisse revendiquer cette qualification de toute-puissante¸ puisqu’à lexemple du Très-Haut, les grands de la terre implorent, ses regards à force de présents. Par ces «grands de la terre » on peut entendre: les hommes riches en bonnes oeuvres et en science, ou bien : les puissants aux yeux du monde, c’est-à-dire: les sages et les adeptes de la philosophie du siècle, ou bien encore, et cette interprétation est la plus probable : ceux qui étaient puissants auparavant , et qui possédaient la révélation divine, les Ecritures et les prophètes, c’est-à-dire: le peuple d’Israël. De même en effet qu’avant l’arrivée du Sauveur ceux de Tyr ou les gentils qui désiraient avec ardeur d’être prosélytes imploraient le peuple d’Israël puissant alors, et étaient introduits par lui dans le temple, de même depuis le Messie, ceux qui voudront croire, parmi cet Israël autrefois tant favorisé de la familiarité et de la protection de Dieu, viendront à la «jeune fille de Tyr» lui offriront l’hommage de leurs vertus et leur conversion en Jésus-Christ, et l’imploreront pour trouver parmi les gentils ce salut s’ils avaient perdu dans Juda.

« La fille du roi est au dedans toute éclatante de gloire; ses vêtements sont ornés de broderies et de franges d’or. » L’hébreu porte: « La fille du roi est au-dedans toute éclatante gloire; elle est revêtue de voiles d’or. » Au lieu de esothen qu’on lit dans les Septante, quelques exemplaires portent esebon, qui veut dire: pensée. Nous voyons par là que la gloire de lEglise, de cette Eglise à qui s’adressaient ces mots : « Ecoutez, ô ma fille, vous êtes la fille de Tyr, » et que l’on appelle maintenant « la fille du roi, » est toute intérieure et toute spirituelle, c’est-à-dire qu’elle vient du coeur de l’homme, et qu’elle consiste dans une circoncision mystique et non plus matérielle; ou bien encore qu’elle met toute sa confiance en Dieu, et qu’elle fait consister sa beauté plutôt dans le sens et les choses que dans l’éclat des mots. De même que le fil auquel s’attache la frange est entrelacé à une trame, et que c’est de leur solide arrangement que dépend la qualité de l’étoffe, ainsi, dans le brillant tissu dont est formée l’Eglise, la nature et les moeurs ont ajouté quelques matériaux aux diverses significations des Ecritures. La robe d’Aaron, tissue d’or, de soie, de pourpre, de lin et d’hyacinthe par la main. des femmes à qui Dieu Avait donné l’habileté dans leur art, en est la figure. Pour nous faire sentir que toute la beauté de la « fille du roi » est intérieure, celle-ci dit elle-même dans le Cantique des cantiques : « Le roi m’a fait entrer dans sa demeure la plus secrète. » Ces mots sont pour nous un précepte de prier Dieu à l’écart et du fond de nos cœurs. Le psaume neuvième a pour titre : Sur les secrets du fils. Joseph était aussi vêtu d’une robe de diverses couleurs que l’Eglise sa mère lui avait faite. La femme malade d’une perte de sang toucha le bord de la robe du Sauveur, et elle fut guérie. Les mots du texte hébraïque : « Elle est revêtue de voiles d’or, » ont la même signification que ceux qui les précèdent : « Elle est au dedans toute éclatante de gloire. » En effet, l’Eglise est comme enveloppée et recouverte par le voile des divines allégories. « L’épouse, dit Jérémie, ne peut se passer du voile qui recouvre sa poitrine et qui protège son sein, foyer de son amour et de ses pensées. »

« Les vierges seront amenées à sa suite devant le roi; ses compagnes vous seront présentées; elles seront introduites en pompe et en triomphe dans le temple du roi. » D’après les Septante, la première partie du verset célèbre encore la beauté de la jeune fille; la seconde s’adresse à l’époux et au roi. Dans le texte hébreu on continue de parler à l’épouse jusqu’à ces mots : « Vous les établirez princes sur toute la terre. » Ce texte porte : « A sa suite on conduira vers le roi les vierges parées de réseaux; ses compagnes lui seront présentées, elles seront amenées en pompe et en triomphe, et introduites dans son palais. » Le passage suivant du Cantique des cantiques : « Soixante reines, quatre-vingts concubines et des jeunes filles sans nombre habitent le palais du roi. J’en chéris une entre toutes : c’est une colombe pleine de perfection. Les jeunes filles l’ont vue et l’ont appelée bienheureuse; les reines, toutes les femmes l’ont célébrée; » ce passage, dis-je, dépeint les nombreuses nuances qui existent entre les âmes des fidèles de Jésus-Christ. L’âme sainte et accomplie est seule digne du nom de colombe et de bien-aimée; c’est la jeune fille dont il était dit plus haut : « Elle est restée debout à vos côtés, toute revêtue d’or. » Les « reines, » ce sont les âmes qui, se transportant en désirs à la fin des siècles, soupirent après les royaumes futurs; les « concubines, » celles qui ont reçu la circoncision suivant la loi, mais qui ne sont pas encore engagées dans les liens du mariage. Par les « jeunes filles » il faut entendre cette foule d’âmes qui n’ont pu voler entre les bras de l’époux, et qui sont restées encore infécondes. Je pense, Principia, que vous, ainsi que toutes celles qui conservent la virginité du corps et de l’âme, faites partie du choeur des vierges placées au premier rang à la suite de lEglise. Leurs « compagnes, » ce sont les veuves, et les femmes qui vivent avec continence dans le mariage. Toutes ensemble sont conduites en pompe et en triomphe au temple et à la demeure du roi. Au temple elles entrent prêtresses de Dieu; dans la demeure du roi et. de l’époux elles sont épouses et amantes. C’est le temple que saint Jean a vu dans l’Apocalypse et auquel aspire le prophète. « J’ai demandé, » s’écrie-t-il, « une grâce au Seigneur, et je lui demanderai encore celle d’habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie. » « J’entrerai, » dit-il ailleurs, « dans le sanctuaire admirable, je pénétrerai dans la maison de Dieu même, parmi les chants de triomphe et au milieu des cris d’allégresse qui s’élèvent dans les solennités. » Le «réseau » dont se pare l’épouse pour son époux n’est pas autre chose que les vêtements brodés dont parlent les Septante.

« A la place de vos pères, il vous est né des enfants. Vous les établirez princes sur toute la terre. » On peut supposer ici que le Père (ou , si lon veut, le Saint-Esprit et les fils de Corée ) cesse de chanter les louanges de la jeune fille, et qu’il lui adresse de nouveau la parole. Or s’il s’agit ici de « l’épouse, » et que cette épouse soit l’Eglise des nations à laquelle on vient de dire : « Oubliez votre peuple et la maison paternelle, » il faut d’abord connaître ses ancêtres pour connaître ses fils. A la place de vos pères, de ces hommes qui, suivant l’expression de Jérémie, «s’adonnèrent au culte des idoles impuissants à verser sur nous la rosée; » à la place des Platons et des autres professeurs de systèmes et d’erreurs, il vous est né des enfants dont vous avez fait vos princes et les précepteurs des nations. En d’autres termes, vous avez, ô sainte Eglise, engendré des fils qui se retourneront contre leurs pères quand de disciples vous en aurez fait des maîtres, et que vous les aurez, de l’aveu de tous, investis du sacerdoce. Si nous considérons Abraham, Isaac, Jacob et les autres patriarches comme les «pères » de l’Eglise, il nous faut regarder comme ses enfants, comme des fils nés pour la gloire de leurs pères, les apôtres, que Dieu a envoyés prêcher jusqu’à lextrémité de la terre et baptiser les fidèles au nom de la sainte Trinité. On se demandera toutefois comment l’Eglise des nations peut avoir pour « pères » Abraham, Isaac et Jacob, tandis qu’il lui est ordonné « d’oublier son peuple et la maison paternelle. « Ouvrons l’ Evangile, nous y trouvons ces paroles : « N’allez pas dire Abraham est notre père; car Dieu peut faire naître de ces pierres mêmes (c’est-à-dire du coeur endurci des gentils) des fils à Abraham. » Et plus loin : « Si Abraham était votre père, vous feriez les rouvres d’Abraham. » Mais d’un autre côté, Dieu dans la Genèse dit à Abraham: « En toi seront bénies toutes les nations. » En effet, ce patriarche s’est sauvé dans la circoncision par la foi; nous aussi nous serons sauvés si nous avons la foi et les vertus d’Abraham. On peut encore supposer que le verset est adressé au Sauveur par Dieu ou par le Saint-Esprit, et le choeur des prophètes; et voici quel en serait le sens : A la place de vos pères, c’est-à-dire de la race des Juifs qui vous a abandonné et renié, il vous est né des fils que vous avez établis princes sur toute la terre: ce. sont les apôtres et les fidèles.

« Je me souviendrai de votre nom da toutes les générations. Les peuples vous glorifieront dans le temps et dans l’éternité. » Au lieu de « vous glorifieront, » Symmaque traduit « vous loueront. » La reine que le prophète nous représente resplendissante d’or à la droite du Très-Haut et à qui il adresse ces paroles : « Abandonnez votre peuple et la maison paternelle; il vous est né à la place de vos pères des fils que vous avez établis princes sur toute la terre, » la reine, dis-je, voyant la gloire et la récompense qui l’attendent , élève sa voix vers son époux et lui jure de garder à jamais son nom dans son coeur. Sa promesse, nous la voyons accomplie. Chrétiens, elle nous a donné le nom de chrétien, nom nouveau dans lequel seront bénis tous les peuples de la terre. Ce n’est pas dans une seule génération, mais dans toutes, qu’elle doit garder ce souvenir; et par ce mot elle entend toutes les nations, ou les deux races des Juifs et des gentils. Or, comme ce serait peu que deux générations conservassent le nom. du Seigneur, tous ces peuples dont se compose l’Eglise le reconnaîtront et le glorifieront. Et vous, ô Principia, ô ma fille, quand vous vous mêlerez au choeur des vierges pour être conduite devant le roi des rois, et que vous ferez sa gloire et ses délices dans son palais d’ivoire, accordez un souvenir au vieux prêtre qui, éclairé de l’inspiration divine, vous a fait connaître le sens de ce psaume. Ecriez-vous : « Je me souviendrai de votre nom, » afin d’entendre en entier le Cantique des cantiques, dont vous aurez compris une partie, si Dieu vous accorde de longs jours sur la terre.

LE PEUPLE JUIF ET SES SAINTES ÉCRITURES DANS LA BIBLE CHRÉTIENNE – PRÉFACE

13 novembre, 2007

je mets aujourd’hui dans le Blog la préface du alors Cardinal Ratzinger au document sur la Sacrée Écriture de peuple du hébreu dans la Bible chrétienne, parce que, je retiens que soit un document très important dans la compréhension de notre foi, qui veut légères tout le link que j’ai mis report tout le teste, du site:

http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/pcb_documents/rc_con_cfaith_doc_20020212_popolo-ebraico_fr.html#

COMMISSION PONTIFICAL BIBLIQUE

LE PEUPLE JUIF
ET SES SAINTES ÉCRITURES
DANS LA BIBLE CHRÉTIENNE

Préface

La question de l’unité interne de la Bible de l’Église, qui se compose de l’Ancien et du Nouveau Testament, était un thème central dans la théologie des Pères de l’Église. Qu’il ne s’agissait pas seulement tant s’en faut d’un problème théorique, on peut, pour ainsi dire, le toucher du doigt dans le chemin spirituel de l’un des plus grands maîtres de la chrétienté, saint Augustin d’Hippone. En 373, Augustin, âgé alors de 19 ans, avait vécu une première expérience marquante de conversion. La lecture d’une œuvre de Cicéron l’Hortensius, perdu depuis avait opéré en lui une profonde transformation, qu’il décrit lui-même rétrospectivement de la façon suivante: « Vers toi, Seigneur, il orientait mes prières… Je commençais à me relever pour revenir à toi… Quelle ferveur j’avais, ô mon Dieu, quelle ferveur, pour laisser là ce qui est terrestre et m’élever vers toi » (Conf. III, 4, 7-8). Pour le jeune Africain qui, dans son enfance, avait reçu le sel qui faisait de lui un catéchumène, il était clair que se convertir à Dieu impliquait l’adhésion au Christ; sans le Christ, il ne pouvait pas trouver Dieu réellement. Il alla donc de Cicéron à la Bible et éprouva une terrible déception: dans les difficiles prescriptions légales de l’Ancien Testament, dans ses récits compliqués et parfois cruels, il n’arrivait pas à reconnaître la Sagesse, vers laquelle il voulait aller. Dans sa recherche, il rencontra des gens qui annonçaient un nouveau christianisme spirituel, un christianisme qui faisait mépriser l’Ancien Testament comme déficient spirituellement et rebutant; un christianisme dont le Christ n’avait pas besoin du témoignage des prophètes hébreux. Ces gens promettaient un christianisme de la simple et pure raison, un christianisme dans lequel le Christ était le grand illuminateur, qui conduisait les hommes à une vraie connaissance d’eux-mêmes. C’étaient les manichéens.1 La grande promesse des manich

éens se révéla trompeuse, mais le problème n’était pas résolu pour autant. Au christianisme de l’Église catholique Augustin ne put se convertir que lorsqu’il eut appris à connaître, par Ambroise, une interprétation de l’Ancien Testament qui rendait transparent le rapport de la Bible d’Israël avec le Christ et rendait ainsi visible en elle la lumière de la Sagesse recherchée. Ce qui fut alors surmonté, ce ne fut pas seulement l’obstacle extérieur de l’insatisfaisante forme littéraire de la vieille Bible latine, mais aussi et surtout l’obstacle intérieur d’un livre qui n’apparaissait plus simplement comme un document de l’histoire religieuse d’un peuple déterminé, avec tous ses errements et égarements, mais se révélait être la voix d’une Sagesse qui s’adressait à tous et venait de Dieu. Une telle lecture de la Bible d’Israël, qui, dans les cheminements historiques de celle-ci, reconnaissait par transparence le Christ et, du même coup, le Logos, la Sagesse éternelle elle-même, n’était pas seulement fondamentale pour la décision de foi d’Augustin; elle était et elle est la base de la décision de foi de l’Église dans sa totalité.

Mais est-elle vraie? Est-elle aussi, aujourd’hui encore, démontrable et tenable? Du point de vue de l’exégèse historico-critique, il semble à première vue en tout cas que tout parle en sens contraire. C’est ainsi qu’en 1920, le théologien libéral très en vue Adolf Harnack a formulé la thèse suivante: « Rejeter l’Ancien Testament au IIe siècle (allusion à Marcion) était une erreur, que la grande Église a eu raison de repousser; le conserver au XVIe siècle était une fatalité, à laquelle la Réforme ne fut pas encore capable de se soustraire; mais depuis le XIXe siècle le maintenir dans le protestantisme comme un document canonique, de valeur égale au Nouveau Testament, c’est la conséquence d’une paralysie religieuse et ecclésiale ».2 Harnack a-t-il raison? De prime abord, bien des choses semblent aller en ce sens. Si l’ex

égèse d’Ambroise a ouvert pour Augustin le chemin vers l’Église et est devenue dans son orientation de base mais dans une mesure fort variable, naturellement, pour les détails le fondement de sa foi en la parole biblique de Dieu, qui est bipartite et pourtant une, on peut cependant faire aussitôt cette objection: Ambroise avait appris cette exégèse à l’école d’Origène, qui avait été le premier à la développer méthodiquement. Mais Origène ajoute-t-on n’avait fait qu’appliquer à la Bible la méthode d’interprétation allégorique pratiquée dans le monde grec pour expliquer les écrits religieux de l’antiquité Homère, en particulier ; il avait donc, non seulement réalisé une hellénisation intrinsèquement étrangère à la parole biblique, mais il s’était servi d’une méthode qui en elle-même n’était pas fiable, parce qu’en dernière analyse, elle visait à conserver comme sacré ce qui, en réalité, constituait le témoignage d’une culture désormais non susceptible d’actualisation. Mais cela n’est pas si simple. Plus encore que sur l’exégèse d’Homère par les Grecs, Origène pouvait bâtir sur l’interprétation de l’Ancien Testament qui avait pris naissance en milieu juif, spécialement à Alexandrie avec Philon comme tête de file, et cherchait, d’une manière absolument propre, à initier à la Bible d’Israël les Grecs, qui, depuis longtemps, au delà du polythéisme, étaient à la recherche du Dieu unique, qu’ils pouvaient trouver dans la Bible. Et Origène s’est instruit auprès des rabbins. En fin de compte, il a élaboré des principes chrétiens complètement spécifiques: l’unité interne de la Bible comme règle d’interprétation, le Christ comme point focal de tous les chemins de l’Ancien Testament.3

Quelle que soit la façon dont on peut juger dans le détail l’exégèse d’Origène et d’Ambroise, son dernier fondement n’était ni l’allégorie hellénistique, ni Philon, ni les méthodes rabbiniques. A proprement parler, son fondement au delà des détails de l’interprétation était le Nouveau Testament lui même. Jésus de Nazareth a émis la prétention d’être le véritable héritier de l’Ancien Testament « l’Écriture » et d’en apporter l’authentique interprétation, une interprétation qui, assurément, n’était pas à la manière des lettrés, mais provenait de l’autorité de l’Auteur lui-même: « Il enseignait comme ayant autorité (divine) et non pas comme les scribes » (Mc 1,22). Le récit d’Emmaüs exprime de nouveau cette prétention: « En parlant de Moïse et de tous les prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24,27). Les auteurs du Nouveau Testament ont cherché à fonder cette prétention dans le détail, Matthieu avec grande insistance, mais Paul aussi bien, qui utilisait à ce propos les méthodes rabbiniques d’interprétation et tâchait de montrer que cette interprétation développée par les scribes conduisait au Christ comme clé des « Écritures ». Pour les auteurs et fondateurs du Nouveau Testament, l’Ancien Testament est tout simplement « l’Écriture »: c’est seulement ensuite que l’Église, dans son devenir, put former peu à peu un canon du Nouveau Testament, qui alors constitua pareillement une Écriture Sainte, mais toujours en ce sens qu’il présuppose comme telle la Bible d’Israël, la Bible des apôtres et de leurs disciples, qui reçoit alors seulement le nom d’Ancien Testament, et de celle-ci il fournit la clé d’interprétation. De ce point de vue, les P

ères de l’Église n’ont rien créé de nouveau en donnant une interprétation christologique de l’Ancien Testament; ils n’ont fait que développer et systématiser ce qu’il trouvaient d’abord eux-mêmes dans le Nouveau Testament. Cette synthèse fondamentale pour la foi chrétienne devait devenir problématique au moment où la conscience historique développait des règles d’interprétation à partir desquelles l’exégèse des Pères devait apparaître comme non-historique et donc objectivement indéfendable. Dans le contexte de l’humanisme et de sa nouvelle conscience historique, mais surtout dans le contexte de sa doctrine de la justification, Luther a forgé une nouvelle formule pour la relation entre les deux parties de la Bible chrétienne, une formule qui ne se base plus sur l’harmonie interne de l’Ancien et du Nouveau Testament, mais sur leur rapport essentiellement dialectique dans l’histoire existentielle du salut, l’antithèse entre Loi et Évangile. Bultmann a exprimé cette approche fondamentale d’une manière moderne en disant que l’Ancien Testament s’est accompli dans le Christ en échouant. Plus radicale est la proposition de Harnack mentionnée ci-dessus; autant que je peux voir, elle n’a guère été accueillie, mais elle était tout à fait logique à partir d’une exégèse pour laquelle les textes du passé ne peuvent avoir chacun que le sens que leurs auteurs voulaient leur donner au moment même dans leur contexte historique. Que les auteurs bibliques des siècles d’avant le Christ, qui s’expriment dans les livres de l’Ancien Testament, aient voulu se référer à l’avance au Christ et à la foi du Nouveau Testament, cela apparaît plus qu’invraisemblable à la conscience historique moderne.

En conséquence, la victoire de l’exégèse historico-critique sembla sonner l’échec de l’interprétation chrétienne de l’Ancien Testament inaugurée par le Nouveau Testament lui-même. Il ne s’agit pas ici, nous l’avons vu, d’un problème historique de détail; ce sont les fondements même du christianisme qui se trouvent mis en discussion. On comprend dès lors pourquoi personne n’a voulu se conformer à la proposition de Harnack, qui invitait à effectuer enfin maintenant pour de bon la rupture avec l’Ancien Testament que Marcion avait voulu réaliser prématurément. Ce qu’alors on laisserait subsister, notre Nouveau Testament, serait en soi vide de sens. Le Document de la Commission biblique pontificale, que cette préface introduit, déclare à ce sujet: « Sans l’Ancien Testament, le Nouveau Testament serait un livre indéchiffrable, une plante privée de ses racines et destinée à se dessécher » (no 84). A cet endroit, on peut voir la grandeur de la t

âche devant laquelle la Commission Biblique Pontificale s’est vue placée, lorsqu’elle décida d’aborder le thème de la relation entre Ancien et Nouveau Testament. S’il doit y avoir un moyen de sortir de l’impasse décrite par Harnack, il faut que ce soit en élargissant et en approfondissant le concept d’une interprétation de textes historiques qui soit défendable de nos jours en face de la vision des intellectuels libéraux et qui soit applicable en particulier au texte de la Bible reçu dans la foi comme Parole de Dieu. En cette direction, les dernières décennies ont apporté d’importantes contributions. La Commission Biblique Pontificale a présenté l’essentiel de leur apport dans son Document publié en 1993 sur « L’interprétation de la Bible dans l’Église ». La reconnaissance de la pluridimensionalité du langage humain, qui ne reste pas fixé à un unique point de l’histoire, mais a prise sur l’avenir, a été une aide permettant de mieux comprendre comment la Parole de Dieu peut se servir de la parole humaine pour conférer à une histoire en progrès un sens qui va au delà du moment présent et pourtant produit, précisément de cette façon, l’unité de l’ensemble. En partant de l’apport de ce document précédent et en se basant sur d’attentives réflexions de méthode, la Commission Biblique a examiné la relation qu’ont entre eux les divers grands ensembles thématiques des deux Testaments et elle a pu conclure que l’herméneutique chrétienne de l’Ancien Testament, qui assurément est profondément différente de celle du judaïsme, « correspond cependant à une potentialité de sens effectivement présente dans les textes » (no 64). C’est là un résultat qui me semble de grande importance pour la poursuite du dialogue, mais aussi et surtout pour le fondement de la foi chrétienne.

Dans son travail, la Commission Biblique ne pouvait pas faire abstraction de notre contexte actuel, où le choc de la Shoah a mis toute la question dans une autre lumière. Deux problèmes principaux se posent: les chrétiens peuvent-ils, après tout ce qui est arrivé, avoir encore tranquillement la prétention d’être des héritiers légitimes de la Bible d’Israël? Ont-ils le droit de continuer à proposer une interprétation chrétienne de cette Bible ou ne doivent-ils pas plutôt renoncer avec respect et humilité à une prétention qui, à la lumière de ce qui est arrivé, doit apparaître comme une usurpation? La deuxième question se rattache à la première: la façon dont le Nouveau Testament lui-même présente les Juifs et le peuple juif n’a-t-elle pas contribué à créer une hostilité contre le peuple juif, qui a fourni un appui à l’idéologie de ceux qui voulaient anéantir Israël? La Commission s’est posé ces deux questions. Il est clair qu’un rejet de l’Ancien Testament de la part des chrétiens, non seulement, comme on l’a indiqué ci-dessus, abolirait le christianisme lui-même, mais en outre ne pourrait pas favoriser la relation positive entre les chrétiens et les Juifs, car ils perdraient précisément le fondement commun. Mais ce qui doit résulter de ce qui s’est passé, c’est un nouveau respect pour l’interprétation juive de l’Ancien Testament. A ce sujet, le Document dit deux choses. D’abord, il déclare que « la lecture juive de la Bible est une lecture possible, qui se trouve en continuité avec les Saintes Écritures juives de l’époque du second Temple, une lecture analogue à la lecture chrétienne, laquelle s’est développée parallèlement » (no 22). Il ajoute que les chrétiens peuvent apprendre beaucoup de l’exégèse juive pratiquée depuis plus de 2000 ans; en retour, les chrétiens peuvent espérer que les Juifs pourront tirer profit des recherches de l’exégèse chrétienne (ibid.). Je pense que ces analyses seront de grande utilité pour la poursuite du dialogue judéo-chrétien, ainsi que pour la formation intérieure de la conscience de soi chrétienne. La question de la fa

çon dont les Juifs sont présentés dans le Nouveau Testament est traitée dans la dernière partie du Document; les textes « anti-judaïques » y sont soigneusement éclairés. Ici, je voudrais seulement souligner un aspect qui me paraît spécialement important. Le Document montre que les reproches adressés aux Juifs dans le Nouveau Testament ne sont ni plus fréquents ni plus virulents que les accusations contre Israël dans la Loi et les prophètes, donc à l’intérieur de l’Ancien Testament lui-même (no 87). Ils appartiennent au langage prophétique de l’Ancien Testament et sont donc à interpréter comme les oracles des prophètes: ils mettent en garde contre des égarements contemporains, mais ils sont toujours essentiellement temporaires et laissent aussi toujours prévoir de nouvelles possibilités de salut.

Aux membres de la Commission Biblique je voudrais exprimer gratitude et reconnaissance pour leur labeur. De leurs discussions, poursuivies patiemment pendant plusieurs années, est issu ce Document qui, j’en suis convaincu, peut offrir une aide précieuse pour l’étude d’une question centrale de la foi chrétienne ainsi que pour la recherche si importante d’une nouvelle entente entre chrétiens et Juifs.

Rome, en la fête de l’Ascension 2001

Joseph Cardinal Ratzinger

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