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PAPE FRANÇOIS – PÈRE, PARDONNE-LEUR : ILS NE SAVENT CE QU’ILS FONT » (LC 23, 34)

6 octobre, 2016

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PAPE FRANÇOIS -  PÈRE, PARDONNE-LEUR : ILS NE SAVENT CE QU’ILS FONT » (LC 23, 34)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 28 septembre 2016

Chers frères et sœurs, bonjour!

Les mots que Jésus prononce au cours de sa passion atteignent leur sommet dans le pardon. Jésus pardonne  :  «  Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Ce ne sont pas seulement des mots, car ils deviennent un acte concret dans le pardon offert au « bon larron », qui était à côté de Lui. Saint Luc raconte l’histoire de deux malfaiteurs crucifiés avec Jésus, qui s’adressent à Lui avec des attitudes opposées. Le premier l’insulte, comme tous les gens l’insultaient, comme le font les chefs du peuple, mais ce pauvre homme, poussé par le désespoir dit : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi » (Lc 23, 39). Ce cri témoigne de l’angoisse de l’homme face au mystère de la mort et de la conscience tragique que seul Dieu peut être la réponse libératrice : c’est pourquoi il est impensable que le Messie, l’envoyé de Dieu, puisse être sur la croix sans rien faire pour se sauver. Et ils ne comprenaient pas cela. Ils ne comprenaient pas le mystère du sacrifice de Jésus. En revanche, Jésus nous a sauvés en restant sur la croix. Nous savons tous qu’il n’est pas facile de « rester sur la croix », sur nos petites croix de chaque jour. Lui, sur cette grande croix, dans cette grande souffrance, est resté ainsi et là il nous a sauvés; là il nous a montré sa toute-puissance et là il nous a pardonnés. C’est là que s’accomplit son don d’amour et que jaillit pour toujours notre salut. En mourant sur la croix, innocent entre deux criminels, Il atteste que le salut de Dieu peut rejoindre chaque homme dans n’importe quelle condition, même la plus négative et douloureuse. Le salut de Dieu est pour tous, sans exception. Il est offert à tous. C’est pourquoi le jubilé est un temps de miséricorde et de grâce pour tous, bons et méchants, pour ceux qui sont en bonne santé et pour ceux qui souffrent. Rappelez-vous la parabole que raconte Jésus à propos du mariage du fils d’un puissant de la terre : quand les invités n’ont pas voulu venir, il dit à ses serviteurs : « Allez donc aux départs des chemins, et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver » (Mt 22, 9). Nous sommes tous appelés : bons et méchants. L’Église n’est pas seulement pour les bons ou ceux qui semblent bons; l’Église est pour tous, et même de préférence pour les méchants, car l’Église est miséricorde. Et ce temps de grâce et de miséricorde nous rappelle que rien ne peut séparer de l’amour du Christ! (cf. Rm 8, 39). A celui qui est cloué sur un lit d’hôpital, à celui qui vit enfermé dans une prison, à ceux qui sont pris au piège par les guerres, je dis : regardez le Crucifié; Dieu est avec vous, il reste avec vous sur la croix et il s’offre à tous comme Sauveur, à nous tous. A vous qui souffrez tant, je dis : Jésus est crucifié pour vous, pour nous, pout tous. Laissez la force de l’Évangile pénétrer dans vos cœurs et vous consoler, vous donner l’espérance et l’intime certitude que personne n’est exclu de son pardon. Mais vous pourrez me demander : « Mais dites-moi, père, celui qui a fait les choses les plus horribles pendant sa vie, a-t-il la possibilité d’être pardonné? — « Oui, oui : personne n’est exclu du pardon de Dieu. Il doit seulement s’approcher repenti de Jésus et avec le désir d’être embrassé par Lui ». Il s’agissait du premier malfaiteur. L’autre est celui qu’on appelle le « bon larron ». Ses paroles sont un modèle merveilleux de repentir, une catéchèse concentrée pour apprendre à demander pardon à Jésus. Il s’adresse tout d’abord à son compagnon : « Tu n’as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine! » (Lc 23, 40). Il souligne ainsi le point de départ du repentir : la crainte de Dieu. Mais pas la peur de Dieu, non : la crainte filiale de Dieu. Ce n’est pas la peur, mais le respect que l’on doit à Dieu, car Il est Dieu. C’est un respect filial parce qu’Il est Père. Le bon larron rappelle l’attitude fondamentale qui ouvre à la confiance en Dieu : la conscience de sa toute-puissance et de son infinie bonté. C’est ce respect confiant qui aide à faire place à Dieu et à se remettre à sa miséricorde. Ensuite, le bon larron déclare l’innocence de Jésus et confesse ouvertement sa propre faute : « Pour nous, c’est justice, nous payons nos actes; mais lui n’a rien fait de mal » (Lc 23, 41). Jésus est donc là sur la croix, pour être avec les coupables : à travers cette proximité, Il leur offre le salut. Ce qui est un scandale pour les chefs et pour le premier voleur, pour ceux qui étaient là et qui se moquaient de Jésus, est en revanche le fondement de sa foi. Et ainsi, le bon larron devient le témoin de la grâce : l’impensable s’est produit. Dieu m’a aimé à un tel point qu’il est mort sur la croix pour moi. La foi même de cet homme est le fruit de la grâce du Christ : ses yeux contemplent chez le Crucifié l’amour de Dieu pour lui, pauvre pécheur. C’est vrai, le larron était un voleur, un voleur, il avait volé toute sa vie. Mais à la fin, repenti de ce qu’il avait fait, en regardant Jésus si bon et si miséricordieux, il a réussi à voler le ciel : quel voleur habile! Le bon larron s’adresse enfin directement à Jésus, en invoquant son aide : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume » (Lc 23, 42). Il l’appelle par son nom, « Jésus », avec confiance, et ainsi il confesse ce que ce nom indique : « le Seigneur sauve ». C’est ce que signifie le nom « Jésus ». Cet homme demande à Jésus de se rappeler de lui. Que de tendresse dans cette expression, que d’humanité! C’est le besoin de l’être humain de ne pas être abandonné, que Dieu soit toujours proche de lui. De cette manière, un condamné à mort devient un modèle du chrétien qui se remet à Jésus. Un condamné à mort est un modèle pour nous, un modèle pour un homme, pour un chrétien qui se remet à Jésus; il est aussi un modèle de l’Église, qui très souvent dans la liturgie invoque le Seigneur en disant : « Rappelle-toi… Rappelle-toi de ton amour… ». Alors que le bon larron parle au futur : « Quand tu viendras avec ton royaume », la réponse de Jésus ne se fait pas attendre; il parle au présent : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » (v. 43). A l’heure de la croix, le salut du Christ atteint son sommet; et sa promesse au bon larron révèle l’accomplissement de sa mission : c’est-à-dire, sauver les pécheurs. Au début de son ministère, dans la synagogue de Nazareth, Jésus avait proclamé « la libération aux prisonniers » (Lc 4, 18); à Jéricho, dans la maison du pécheur public Zachée, il avait déclaré que « le Fils de l’homme — c’est-à-dire Lui — est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 9). Sur la croix, le dernier acte confirme la réalisation de ce dessein salvifique. Du début à la fin, il s’est révélé Miséricorde, il s’est révélé incarnation définitive et unique de l’amour du Père. Jésus est vraiment le visage de la miséricorde du Père. Et le bon larron l’a appelé par son nom : « Jésus ». C’est une brève invocation, et nous pouvons tous la prononcer de nombreuses fois au cours de la journée : « Jésus ». « Jésus », tout simplement. Faites ainsi pendant toute la journée.

COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT, HABACUC 1, 2-3 ; 2, 2-4

30 septembre, 2016

http://www.eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/le-dimanche-jour-du-seigneur/commentaires-de-marie-noelle-thabut/

COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT, DIMANCHE 2 OCTOBRE 2016

PREMIERE LECTURE – LIVRE DU PROPHÈTE HABACUC 1, 2-3 ; 2, 2-4

1,2 Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? crier vers toi : « Violence ! », sans que tu sauves ? 1,3 Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent. 2,2 Alors le Seigneur me répondit : Tu vas mettre par écrit une vision, clairement, sur des tablettes, pour qu’on puisse la lire couramment. 2,3 Car c’est encore une vision pour le temps fixé ; elle tendra vers son accomplissement, et ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard. 2,4 Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité.

Le prophète Habacuc n’est plus très à la mode aujourd’hui, mais il l’était certainement à l’époque du Nouveau Testament, puisqu’il y est cité plusieurs fois. Par exemple, la phrase de la Vierge Marie dans le Magnificat : « Je bondis de joie dans le Seigneur, j’exulte en Dieu, mon Sauveur » se trouvait déjà, des siècles auparavant, dans le livre d’Habacuc (Ha 3, 18) ; c’est de lui également que Saint Paul a retenu et cité à plusieurs reprises une phrase si importante pour lui, qui fait partie de notre lecture d’aujourd’hui : « Le juste vivra par sa fidélité » (Rm 1, 17 ; Ga 3, 11) ; ce petit livre vaut donc la peine d’être ouvert ; ce n’est qu’un tout petit livre en effet, trois chapitres seulement, d’environ vingt versets chacun, mais quelle palette de sentiments ! De la complainte à la violence, de l’appel au secours à l’exultation pure ; ses cris de détresse font penser à Job : « Combien de temps, SEIGNEUR, vais-je t’appeler au secours, et tu n’entends pas, crier contre la violence et tu ne délivres pas ! » Mais l’espérance ne le quitte jamais : quand Saint Pierre invite ses lecteurs à la patience, lui aussi reprend une expression inspirée d’Habaquq : « Non, le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse… » (2 P 3, 9). Les premiers versets ressemblent au livre de Job : « Combien de temps, SEIGNEUR, vais-je appeler sans que tu entendes ? crier vers toi : Violence ! sans que tu sauves ! » C’est un cri de détresse, d’appel au secours, devant le déchaînement de la violence ; mais aussi et surtout le cri de la détresse suprême, celle du silence de Dieu. Ce cri-là est toujours d’actualité. Et ici, comme dans le livre de Job, comme dans beaucoup de psaumes, la Bible ose dire des phrases presque impertinentes, où l’homme se permet de demander des comptes à Dieu. « Combien de temps, SEIGNEUR, vais-je t’appeler au secours, et tu n’entends pas, crier contre la violence, et tu ne délivres pas ! » La violence dont parle Habacuc ici, c’est celle de l’ennemi du moment, Babylone. Il l’appelle « Les Chaldéens », traduisez les armées de Nabuchodonosor. Nous sommes vers 600 avant Jésus-Christ : l’ennemi numéro un, il n’y a pas longtemps encore, c’étaient les Assyriens de Ninive. Mais ils ont été écrasés à leur tour par Babylone qui est désormais la puissance montante au Moyen-Orient. Depuis que le monde est monde, les mêmes horreurs de la guerre se répètent ; on les devine ici : « Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent. » Mais Habacuc ne perd pas la foi pour autant. Dans un autre verset, il ajoute : « Je guetterai ce que dira le SEIGNEUR Dieu » ; dans cette expression, il y a au moins deux choses : d’abord c’est le guet du veilleur, assuré que l’aube viendra ; c’est le thème du psaume 129/130 : « Mon âme attend le Seigneur, plus sûrement qu’un veilleur n’attend l’aurore ». Et ce verbe « attendre » veut dire attendre tout de Lui. Dans la phrase « Je guetterai ce que dira le SEIGNEUR Dieu », la première chose, c’est donc la confiance ; la deuxième chose, c’est la conscience que son interpellation est un peu osée : le prophète Habacuc a demandé des comptes à Dieu et il s’attend à être rappelé à l’ordre : « Je guetterai ce que dira le SEIGNEUR Dieu ». Or, chose intéressante, Habacuc ne se fait pas rappeler à l’ordre. La réponse de Dieu ne lui fait aucun reproche ; il l’invite seulement à la patience et à la confiance ; les heures de victoire de l’ennemi ne dureront pas toujours : « Le SEIGNEUR me répondit : Tu vas mettre par écrit une vision, clairement sur des tablettes, pour qu’on puisse la lire couramment. C’est encore une vision pour le temps fixé ; elle tendra vers son accomplissement, et ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard. » Pour l’instant, Habacuc ne décrit pas la vision elle-même, ce sera l’objet du chapitre suivant ; mais, on s’en doute déjà, il s’agit de la libération de ceux qui, actuellement, sont opprimés. Pour autant, Dieu n’a pas vraiment répondu à la question ; il n’a pas dit pourquoi, à certains moments, il semble devenu sourd à nos prières. Il a seulement réaffirmé une fois de plus qu’il ne nous abandonne jamais… Si bien que le message d’Habacuc semble bien être : dans les épreuves, même les plus terribles, la seule voie possible pour le croyant c’est de garder confiance en Dieu : accepter de ne pas comprendre, mais ne pas accuser Dieu. Toute autre attitude nous détruit : la méfiance à l’égard de Dieu ne nous fait que du mal. C’est probablement l’un des sens de la formule finale de ce texte : « Le juste vivra par sa fidélité » ou, pour le dire autrement, c’est la confiance en Dieu qui nous fait vivre ; le soupçon ou la révolte nous détruit. En revanche, il est permis de crier notre souffrance : si la Bible (dans le livre de Job, comme dans les psaumes), nous fait lire les cris de détresse et même les reproches faits à Dieu, c’est qu’un croyant a le droit de crier sa détresse, son impatience de voir cesser la violence qui l’écrase. Reprenons la dernière phrase : « Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité ». L’insolent, c’est Babylone qui s’enorgueillit de ses conquêtes et qui croit fonder sur elles une prospérité durable ; le juste, lui, sait que Dieu seul fait vivre. A ce sujet, l’exemple le plus célèbre dans l’histoire d’Israël, c’est Abraham : quand il a quitté son pays, sa famille, sur un simple appel de Dieu, il ne savait pas bien où Dieu le conduisait, vers quelle destinée. Quand, encore sur un appel de Dieu, Abraham s’apprêtait à offrir son fils unique, il ne comprenait pas, mais il a continué de faire confiance à celui qui lui a donné ce fils… Et, là encore, sa foi les a fait vivre, lui et son fils (Gn 22). Le texte biblique dit de lui « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR et cela lui fut compté comme justice » (Gn 15, 6). Dernière remarque : quand Habacuc parle de Babylone, il dit « les Chaldéens » (entre parenthèses, c’est l’Irak d’aujourd’hui) mais, souvenons-nous, Abraham lui-même était un Chaldéen… or Abraham est qualifié de « juste » par la confiance qu’il a manifestée envers Dieu alors que les Chaldéens, ses compatriotes, quelques siècles plus tard, sont traités d’insolents qui n’ont pas l’âme droite. On peut en déduire que la justice n’est pas une affaire d’origine, de race, ou de circoncision, donc de religion, mais seulement d’attitude du coeur. Nous ferions peut-être bien de nous en souvenir quand nous rencontrons des croyants d’autres religions … ? ——————————-

Compléments – « Tu vas mettre par écrit la vision, bien clairement sur des tablettes » : on écrivait sur des tablettes les textes que l’on souhaitait conserver ; on peut comprendre ici comme une insistance de Dieu : « Mes petits enfants, n’oubliez jamais ». Dieu est silencieux, mais il n’est pas absent, il reste à nos côtés – « Je guetterai ce que dira le SEIGNEUR » : Le rôle du prophète est d’être un guetteur. Ezéchiel emploie le même mot pour dire sa vocation : « Fils d’homme, je t’établis guetteur pour la maison d’Israël ; quand tu entendras une parole venant de ma bouche, tu les avertiras de ma part. » (Ez 3,17 // 33, 7).

JEAN PAUL II – PRIÈRE DU MATIN DE CELUI QUI SOUFFRE – PS 56, 2.7-11

17 septembre, 2016

http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/audiences/2001/documents/hf_jp-ii_aud_20010919.html

JEAN PAUL II – PRIÈRE DU MATIN DE CELUI QUI SOUFFRE – PS 56, 2.7-11

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 19 septembre 2001

1. Il s’agit d’une nuit de ténèbres, au cours de laquelle on perçoit la présence proche de fauves affamés. Le priant attend que l’aube paraisse, pour que la lumière puisse vaincre l’obscurité et les peurs. Tel est le cadre du Psaume 56, qui est aujourd’hui proposé à notre réflexion:  un chant nocturne qui prépare le priant à la lumière de l’aurore,  attendue  avec anxiété, afin de pouvoir louer le Seigneur dans la joie (cf. vv. 9-12). En effet, le Psaume passe de la plainte dramatique adressée à Dieu à l’espérance sereine et au remerciement joyeux, ce dernier exprimé à travers des paroles qui retentiront encore par la suite, dans un autre Psaume (cf. Ps 107, 2-6). En pratique, on assiste au passage de la peur à la joie, du cauchemar à la sérénité, de la prière à la louange. C’est une expérience fréquemment décrite dans le Psautier:  « Pour moi tu as changé le deuil en une danse, tu dénouas mon sac et me ceignis d’allégresse; aussi mon coeur te chantera sans plus se taire, Yahvé mon Dieu, je te louerai à jamais » (Ps 29, 12-13). 2. Les moments du Psaume 56, sur lequel nous méditons, sont donc au nombre de deux. Le premier concerne l’expérience de la crainte face à l’assaut du mal qui tente de frapper le juste (cf. vv. 2-7). Au centre de la scène se trouvent deux lions en position d’attaque. Cette image se transforme rapidement en symbole de guerre, décrit par des lances, des flèches, des épées. L’orant se sent assailli par une sorte d’escadron de la mort. Autour de lui se trouve un groupe de chasseurs, qui tend des pièges et creuse des fosses pour capturer sa proie. Mais cette atmosphère de tension se dissipe immédiatement. En effet, à l’ouverture (cf. v. 2) apparaît déjà le symbole protecteur des ailes divines, qui rappellent concrètement l’arche de l’alliance avec les chérubins ailés, c’est-à-dire la présence de Dieu aux côtés des fidèles dans le temple saint de Sion. 3. Le priant demande instamment que Dieu envoie ses messagers du ciel, auxquels il attribue les noms emblématiques d’ »Amour » et « Vérité » (v. 4), des qualités propres à l’amour salvifique de Dieu. C’est pourquoi, même s’il frissonne en raison du rugissement terrible des fauves et de la perfidie des persécuteurs, le fidèle demeure intérieurement serein et confiant, comme Daniel dans la fosse aux lions (cf Dn 6, 17, 25). La présence du Seigneur ne tarde pas à révéler son efficacité, à travers la punition des adversaires par eux-mêmes:  ces derniers tombent dans la fosse qu’ils avaient creusée pour le juste (cf. v. 7). Cette confiance dans la justice divine, toujours vive dans le Psautier, empêche le découragement et la soumission aux forces du mal. Tôt au tard Dieu se range aux côtés du fidèle, qui bouleverse les manoeuvres des impies en les faisant buter dans leur propres projets malfaisants. 4. Nous parvenons ainsi à la seconde partie du Psaume, celle du remerciement (cf. vv. 8-12). Un passage brille par son intensité et sa beauté:  « Mon coeur est prêt, ô Dieu, mon coeur est prêt; je veux chanter, je veux jouer pour toi! éveille-toi ma gloire; éveille-toi, harpe, cithare, que j’éveille l’aurore! » (vv. 8-9). Désormais, les ténèbres se sont dissipées:  l’aube du salut est rendue proche par le chant de l’orant. En appliquant cette image à sa propre personne, le Psalmiste traduit peut-être dans les termes de la religiosité biblique, rigoureusement monothéiste, l’usage des prêtres égyptiens ou phéniciens qui étaient chargés de « réveiller l’aurore », c’est-à-dire de faire réapparaître le soleil, considéré comme une divinité bénéfique. Il fait également allusion à l’usage de pendre et de voiler les instruments de musique en temps de deuil et d’épreuve (cf. Ps 136, 2), et de les « réveiller » au son de la fête, à l’époque de la libération et de la joie. La liturgie fait donc éclore l’espérance:  elle s’adresse à Dieu en l’invitant à s’approcher à nouveau de son peuple et à écouter sa prière. Dans le Psautier l’aube est souvent le moment où Dieu exauce un voeu, après une nuit de prière. 5. Le Psaume se termine ainsi, avec un chant de louange adressé au Seigneur, qui agit à travers ses deux grandes qualités salvifiques, déjà apparues sous des termes différents dans la première   partie  de  la  supplication  (cf. v. 4). A présent entrent en scène, presque personnifiées, la Bonté et la Fidélité divines. Elles inondent les cieux de leur présence et sont comme la lumière qui brille dans l’obscurité des épreuves et des persécutions (cf. v. 11). C’est pour cette raison que le Psaume 56 s’est transformé, dans la tradition chrétienne, en chant du réveil à la lumière et à la joie pascale, qui rayonne chez le fidèle en effaçant la peur de la mort et en ouvrant l’horizon de la gloire céleste. 6. Grégoire de Nysse découvre dans les paroles de ce Psaume une sorte de description typique de ce qui se produit dans chaque expérience humaine ouverte à la reconnaissance de la sagesse de Dieu. « Il me sauva, en effet, – s’exclame-t-il – en m’ayant fait de l’ombre avec la nuée de l’Esprit, et ceux qui m’avaient foulé aux pieds ont été humiliés » (Sur les titres des Psaumes, Rome 1994, p. 183). En se référant ensuite aux expressions qui concluent le Psaume, où il est dit:  « Ô Dieu élève-toi sur les cieux. Sur toute la terre ta gloire », il conclut:  « Dans la mesure où la gloire de Dieu s’étend sur la terre, accrue par la foi de ceux qui sont sauvés, les puissances célestes, exultant pour notre salut, élèvent un hymne à Dieu » (Ibid., p. 184).

SHALOM, EIRÉNÊ : DEUX MOTS POUR DIRE LA PAIX

22 août, 2016

http://www.garriguesetsentiers.org/2015/03/shalom-eirene-deux-mots-pour-dire-la-paix.html

SHALOM, EIRÉNÊ : DEUX MOTS POUR DIRE LA PAIX

Publié le 25 mars 2015 par Garrigues et Sentiers

Aujourd’hui, en Israël, le mot paix, shalom, emplit la vie quotidienne : au lieu de demander « Comment ça va ? » on dit « Ma shlomha ? » « Quelle est ta paix ? » Il s’agit donc de cheminer, chaque jour, en paix. Qu’est-ce que cela implique ? Dans Ecclésiaste 3,8, « il y a un temps pour la guerre et un temps pour la paix ». En raison du libre arbitre de l’homme, il est inévitable que la guerre doive arriver avant la paix. Mais n’ayons pas peur. Job (25,2) témoigne que le Seigneur « fait la paix dans ses hauteurs ». En fait, si nous sommes reliés au Seigneur, nous marchons dans la paix qu’Il a faite, dans ses hauteurs. Ainsi, la paix se trouve-t-elle après avoir mis de l’ordre dans sa vie, après s’être réconcilié avec ses ennemis, après être entré dans le silence, dans la prière Ainsi, plusieurs litanies de la liturgie orthodoxe commencent par : « En paix, prions le Seigneur ». Mais il faut être vigilant en revenant d’un état de paix ; ainsi Abshalom, le fils de David dont le nom signifie fils de la paix, voulut supplanter son père et fut un homme de violence, qui périt dans la violence. Que s’est-il passé ? Il s’était installé dans « sa » paix, son égo. Son demi-frère Salomon dont le nom signifie « sa paix », entendons la paix du Seigneur, reconnaissant que tout vient de Lui, avait demandé, plutôt que la puissance, la sagesse. C’est pourquoi il fut un homme de paix. Notre Seigneur Jésus dit : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur terre ; je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive » (Matthieu 10,34). Le glaive évoque l’épée qu’est le Verbe de Dieu ; cela nous amène au Psaume 85,11 : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ». La vérité et la paix sont d’ordre angélique tandis que l’amour et la justice sont proches de la nature humaine. Le mot amour traduit ici Hesed, qui veut dire aussi bonté. La joie vient quand l’amour et la vérité se rencontrent, et quand la paix et la justice s’embrassent (c’est-à-dire s’unissent). Ainsi la justice devient-elle une alliée de la paix : si nous pratiquons la voie de la justice, aimant l’autre autant que nous-mêmes, dépassant notre « égo », nous construisons la paix. « C’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les adultères, les débauches, les vols, les faux témoignages, les calomnies » (Matthieu 15,19-20). Cela rend l’âme malade. Le Seigneur Jésus, Lui, ayant pleinement accompli la Justice, au moment de sa passion, peut dire à ses disciples : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (Jean 14,27). Dans le monde, la paix s’acquiert en faisant des cadeaux et des concessions, ou en utilisant la force, la police, la torture morale ou physique, pour enrayer toute agitation, que se soit simple désordre, fantaisie, ou carrément révolte, révolution. Le Christ nous acquiert la paix par le don de soi – ce qui vainc totalement le diable. Pour saint Séraphin de Sarov, ermite en Russie (1759-1833), « il n’y a rien au-dessus de la paix du Christ, par laquelle sont détruits les assauts des esprits aériens et terrestres. » C’est après sa résurrection que notre Seigneur Jésus Christ confirme : « La paix soit avec vous » (Luc 24,36 ; Jean 20,21.26). « Allons dans la paix du Christ », dit le prêtre à la fin de la messe. Avons-nous vraiment abandonné le monde : nos père et mère, et notre amour-propre ? À nous, cela n’est pas possible. En Christ, cela le devient. Il faut parfois des années, mais comme l’a recommandé Saint Séraphin de Sarov : « Acquiers la paix intérieure et des âmes, par milliers, trouveront auprès de toi le salut ».

Élisabeth Hériard

BENOÎT XVI – TON RÈGNE EST UN RÈGNE ÉTERNEL PS 144, 14.17-18.21

11 juillet, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2006/documents/hf_ben-xvi_aud_20060208.html

BENOÎT XVI – TON RÈGNE EST UN RÈGNE ÉTERNEL PS 144, 14.17-18.21

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 8 février 2006

Ton règne est un règne éternel Lecture:  Ps 144, 14.17-18.21

1. Dans le sillage de la Liturgie qui le divise en deux parties, nous revenons sur le Psaume 144, un chant admirable en l’honneur du Seigneur, roi aimant et attentif à ses créatures. Nous voulons à présent méditer sur la deuxième des sections qui constituent le Psaume:  il s’agit des versets 14-21 qui reprennent le thème fondamental du premier mouvement de l’hymne. Dans celui-ci, on exaltait la piété, la tendresse, la fidélité et la bonté divine qui s’étendent à toute l’humanité, touchant chaque créature. A présent, le Psalmiste porte toute son attention sur l’amour que le Seigneur réserve de manière particulière au pauvre et au faible. La royauté divine n’est donc pas détachée et hautaine, comme cela peut parfois se produire dans l’exercice du pouvoir  humain.  Dieu  exprime   sa royauté en s’inclinant sur les créatures les plus fragiles et sans défense. 2. En effet, Il est tout d’abord un père qui « soutient tous ceux qui tombent » et qui relève ceux qui sont tombés dans la poussière de l’humiliation (cf.  v.  14). Les êtres vivants sont, en conséquence, tendus vers le Seigneur presque comme des mendiants affamés et Il offre, en père attentif, la nourriture qui leur est nécessaire pour vivre (cf. v. 15). A ce point, fleurit sur les lèvres de l’orant, la profession de foi dans les deux qualités divines par excellence:  la justice et la sainteté. « Le Seigneur est juste en toutes ses voies, saint dans toutes ses oeuvres » (v. 17). Il existe en hébreu  deux  adjectifs  typiques  pour illustrer l’alliance qui existe entre Dieu et son peuple:  saddiq et hasid. Ils expriment la justice qui veut sauver et libérer du mal et la fidélité qui est signe de la grandeur pleine d’amour du Seigneur. 3. Le Psalmiste se place du côté de ceux qui en bénéficient, qui sont définis par diverses expressions; en pratique, ce sont des termes qui constituent une représentation du véritable croyant. Celui-ci « invoque » le Seigneur dans une prière confiante, il le « cherche » dans la vie « avec un coeur sincère » (cf. v. 18), il « craint » son Dieu, respectant sa volonté et obéissant à sa parole (cf. v. 19), mais surtout il l’ »aime », assuré d’être accueilli sous le manteau de sa protection et de son intimité (cf. v. 20). La dernière parole du Psalmiste est, alors, celle par laquelle il avait ouvert son hymne:  c’est une invitation à louer et à bénir le Seigneur et son « nom », c’est-à-dire sa personne vivante et sainte qui oeuvre et apporte le salut dans le monde et dans l’histoire. Plus encore, son appel est un appel à faire en sorte qu’à la louange orante du fidèle s’associe chaque créature marquée par le don de la vie:  « Son nom très saint, que toute chair le bénisse toujours et à jamais! » (v. 21). C’est une sorte de chant éternel qui doit s’élever de la terre au ciel, c’est la célébration communautaire de l’amour universel de Dieu, source de paix, de joie et de salut. 4. Pour conclure notre réflexion, revenons sur ce doux verset qui dit:  « Il [le Seigneur] est proche de ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité » (v. 18). Cette phrase était particulièrement chère à Barsanuphe de Gaza, un ascète mort autour de la moitié du VI siècle, souvent interpellé par des moines, des ecclésiastiques et des laïcs pour la sagesse de son discernement. C’est ainsi, par exemple, qu’à un disciple qui exprimait le désir « de rechercher les causes des diverses tentations qui l’avaient assailli », Barsanuphe répondait:  « Frère Jean, ne crains rien des tentations qui sont apparues contre toi pour te mettre à l’épreuve, car le Seigneur ne te laisse pas en proie à celles-ci. Lorsque l’une de ces tentations te vient, ne prends donc pas la peine d’examiner ce dont il s’agit, mais crie le nom de Jésus:  « Jésus, aide-moi ». Et il t’écoutera car « il est proche de ceux qui l’invoquent ». Ne te décourage pas, mais cours avec ardeur et tu rejoindras l’objectif, dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Barsanuphe et Jean de Gaza, Epistolario, 39:  Collection de Textes patristiques, XCIII, Rome 1991, p. 109). Et ces paroles du Père de l’Antiquité valent également pour nous. Dans nos difficultés, problèmes et tentations, nous ne devons pas uniquement accomplir une réflexion théorique – d’où venons-nous? – mais nous devons réagir de façon positive, invoquer le Seigneur, maintenir un contact vivant avec le Seigneur. Nous devons même crier le nom de Jésus:  « Jésus, aide-moi! ». Et nous sommes certains qu’il nous écoute, parce qu’il est proche de celui qui le cherche. Ne nous décourageons pas, mais courons avec ardeur – comme le dit ce Père – et nous atteindrons nous aussi l’objectif de la vie, Jésus, le Seigneur.

COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT, DIMANCHE 10 JUILLET 2016

7 juillet, 2016

http://www.eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/le-dimanche-jour-du-seigneur/commentaires-de-marie-noelle-thabut/

COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT, DIMANCHE 10 JUILLET 2016

PREMIERE LECTURE – Livre du Deutéronome 30, 10 – 14

Moïse disait au peuple : 10 « Écoute la voix du SEIGNEUR ton Dieu, en observant ses commandements et ses décrets inscrits dans ce livre de la Loi, et reviens au SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme. 11 Car cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. 12 Elle n’est pas dans les cieux, pour que tu dises : ‘Qui montera aux cieux nous la chercher ? Qui nous la fera entendre, afin que nous la mettions en pratique ?’ 13 Elle n’est pas au-delà des mers, pour que tu dises : ‘Qui se rendra au-delà des mers nous la chercher ? Qui nous la fera entendre, fin que nous la mettions en pratique ?’ 14 Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. »

Le livre du Deutéronome se présente comme le dernier discours de Moïse, son testament spirituel en quelque sorte : mais il n’a certainement pas été écrit par Moïse lui-même puisqu’il répète à de nombreuses reprises : Moïse a dit, Moïse a fait… Et l’auteur use de beaucoup de solennité pour rappeler ce qui lui semble être l’apport majeur de Moïse : celui qui a fait sortir d’Egypte le peuple d’Israël et a conclu l’Alliance avec Dieu au Sinaï. Par cette Alliance, Dieu s’engageait à protéger son peuple tout au long de son histoire, mais réciproquement, le peuple s’engageait à toujours respecter la Loi de Dieu car il y reconnaissait le meilleur garant de sa liberté retrouvée. Mais une chose est de s’engager, une autre de respecter l’engagement. Or le peuple y a trop souvent manqué ; le royaume du Nord a fait lui-même son propre malheur, et depuis la victoire des Assyriens, il est rayé de la carte. Les habitants du royaume du Sud feraient bien d’en tirer les leçons et c’est à eux que l’auteur s’adresse ici : « Écoute la voix du SEIGNEUR ton Dieu, en observant ses commandements et ses décrets inscrits dans ce livre de la Loi ». Et pourtant il a l’air de dire que ce ne serait pas bien difficile d’observer cette Loi : elle n’est ni difficile à comprendre ni difficile à appliquer : « Cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. » Alors pourquoi les hommes, du temps de Moïse, comme du temps de l’auteur du Deutéronome, comme aujourd’hui sont-ils si rétifs à des commandements pourtant bien simples : tu ne tueras pas, tu ne mentiras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas le bien d’autrui ? A cette question, Moïse répondait : le peuple a « la nuque raide » ; à la fin de sa vie, quand il réfléchissait sur le passé, il pouvait dire : « Ce n’est pas parce que tu es juste que le SEIGNEUR te donne ce bon pays en possession, car tu es un peuple à la nuque raide. Souviens-toi, n’oublie pas que tu as irrité le SEIGNEUR ton Dieu dans le désert. Depuis le jour où tu es sorti du pays d’Egypte jusqu’à votre arrivée ici, vous avez été en révolte contre le SEIGNEUR. » (Dt 9, 6-7). Je m’arrête sur cette expression « nuque raide » : il y a une superbe image qui se cache derrière cette formule que nous disons malheureusement toujours trop vite ; il faut avoir devant les yeux un joug, cette pièce de bois qui unit deux bœufs pour labourer. L’expression « nuque raide » évoque donc un attelage, ou plus exactement une bête qui refuse de courber son cou sous l’attelage ; si une bête est rétive, on se doute bien que l’attelage est moins performant : or, justement, l’Alliance entre Dieu et son peuple était comparée à une attache, un joug d’attelage. Pour recommander l’obéissance à la Loi, Ben Sirac, par exemple, disait : « Soumettez votre nuque à son joug et que votre âme reçoive l’instruction ! » (Si 51, 26-27). Jérémie reprochant au peuple d’Israël ses manquements à la Loi disait dans le même sens : « Tu as brisé ton joug » (Jr 2, 20 ; Jr 5, 5). On comprend mieux du coup la phrase célèbre de Jésus : « Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école… Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » (Mt 11, 29-30). Cette phrase de Jésus a peut-être bien ses racines justement dans notre texte du Deutéronome : « Cette Loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. » Autrement dit, Dieu ne demande pas à son peuple des choses impossibles. Peut-être ce passage s’adresse-t-il à des croyants découragés, à l’instar des disciples qui se plaignirent un jour à Jésus en lui demandant « Qui donc peut être sauvé ? » (Mt 19, 25). On retrouve bien là, dans le Deutéronome d’abord, chez Jésus ensuite, le grand message très positif de la Bible : la Loi est à notre portée, le mal n’est pas irrémédiable ; l’humanité va vers son salut : un salut qui consiste à vivre dans l’amour de Dieu et des autres, pour le plus grand bonheur de tous. Mais, l’expérience aidant, on a appris aussi que la pratique d’une vie juste, c’est-à-dire en conformité avec ce projet de Dieu est quasi-impossible aux hommes s’ils comptent sur leurs seules forces. Et la leçon est toujours la même : Jésus répond à ses disciples : « Aux hommes c’est impossible, mais à Dieu, tout est possible. » (Mt 19, 26). Oui, à Dieu tout est possible, y compris de transformer nos nuques raides. Puisque son peuple est désespérément incapable de fidélité, c’est Dieu lui-même qui transformera son coeur : « Le SEIGNEUR ton Dieu te circoncira le coeur, pour que tu aimes le SEIGNEUR et que tu vives. » (Dt 30, 6). Par « circoncision du coeur », on entend l’adhésion de l’être tout entier à la volonté de Dieu. On a longtemps espéré que le peuple lui-même atteindrait cette qualité d’adhésion à l’Alliance « de tout son coeur, de toute son âme, de toutes ses forces » (comme dit la fameuse phrase du « Shema Israël », la grande profession de foi, Dt 6, 4) ; mais il a bien fallu se rendre à l’évidence ; et des prophètes comme Jérémie, Ezéchiel prennent acte de ce qu’il y faudra une intervention de Dieu : « Je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi. » (Jr 31, 33).

 

LÉVITIQUE 24-25 – 8. VIVRE PAR LA FOI

20 juin, 2016

http://www.aepeb.be/liege/Croire/mediter/levitique.htm

LÉVITIQUE 24-25 – 8. VIVRE PAR LA FOI

Dieu nous veut différents à cause de lui. Sa sainteté doit se refléter dans nos vies. Nous devons apprendre à compter avec lui, et sur lui. Vivre pour lui = vivre par la foi = accepter des risques. On doit laisser partir le filet de sécurité que nous tissons autour de lui en nous imaginant que nous sommes ainsi sous protection, et dépendre de lui. Lui seul est notre sécurité. Les catastrophes multiples de ces derniers temps nous montrent l’insécurité dans laquelle nous vivons. Mais en vivant par la foi, nous pouvons dormir en paix.

1. Prendre Dieu au sérieux    24.10-23 Un incident est intercalé dans le texte. Quelqu’un jure lors d’une dispute. Il “blasphéma et maudit le Nom par excellence”. Mais pourquoi s’en faire ? Cela arrive tout le temps. Un langage vulgaire est tellement banal de nos jours. Pourquoi en faire toute une tartine ? Après tout, quand on est énervé ou en colère, il ne faut pas prendre à la lettre tout ce qu’on peut dire. Donc, quand on est énervé, on peut briser tous les tabous. Tabous ? Mais y en a-t-il encore ? Dieu semble avoir un autre avis. Jurer, “prendre le Nom de Dieu en vain” prouve que Dieu est en fait absent dans nos vies, que nous ne sommes que des hypocrites. Et c’est bien pire ici que ce que dit Ja 3.9,10. La sentence reflète l’opinion de Dieu, la seule qui compte vraiment ! Et les accusateurs/témoins sont appelés à exécuter la sentence (ce qui en ferait hésiter plus qu’un avant de » passer à l’accusation !). Au fait, Dieu est-il en sécurité dans ma bouche, Mt 6.9 ? L’homme en question était à moitié étranger. Le passage suivant rappelle que la Loi est la même, et ajoute que Dieu exige une vraie justice, sans vengeance ni vendette, pensez à Gen 4.23,24, et les pratiques moyenâgeuses d’autrefois comme d’aujourd’hui encore. Nous devons prendre Dieu au sérieux dans sa sainteté et sa justice, même quand on se dispute.

2. Le risque de la foi Dieu semble aimer provoquer un comportement à risque (dîme : mais qui peut se permettre de perdre 10% de son revenu ?, sabbat : qui a du temps à perdre ainsi, on a toujours trop à faire) ! Mais en Lév 25, le goût du risque est poussé très loin : une année sabbatique, voir deux années de suite en cas de Jubilé, sans semailles ni moissons ! Une attaque frontale contre le “toujours plus” qui fait de tant de gens des esclaves. Mais est-ce seulement une règle d’agriculture ? A quoi occuper cette année différente ? Cf. Dt 31.10-13 et son accent sur les semailles et moissons d’un autre genre. Pas très réaliste ? Il faut quand même vivre ! Cf. Lév 25.18-22 : C’est la promesse de Dieu qui fait vivre. Quand on fait ce qu’il ordonne on peut faire confiance qu’il pourvoira. Voyez cela dans le don de la manne en Ex 16 et la provision double avant le sabbat. Praticable ? Non, mais la foi ne l’est pas par définition ! Cf. Néh 8.17 et 2Chr 36.21 : On ne l’a pas fait, probablement parce qu’on n’a pas voulu prendre le risque. Mais obéir à Dieu comporte toujours des risques. Et comment vous occupez-vous aux semailles et moissons spirituelles ? Quelles risques acceptons-nous pour notre foi ?

3. Libre ! Tous les 50 ans tous les compteurs remis à zéro dans cette année de la libération que fut l’année du Jubilé. Tout le monde retrouva ses terres. Les esclaves, obligés de se vendre par pauvreté, retrouvèrent la liberté. Il n’t avait donc pas de perte définitive. Cf. :23 : Dieu est le vrai Propriétaire de son pays et de son peuple. Les descendants ne seraient donc pas lésés à tout jamais par la malchance ou la mauvaise gestion de quelq’un. Le rachat par un riche parent  pouvait aussi changer la donne, et changer le sort des pauvres, :23-28, cf. Ruth et Boaz. L’accomplissement de tout cela se trouve en Jésus : Luc 4.17-21. Il est ce proche parent qui nous rachète et il introduit en sa Personne et par son oeuvre l’année de grâce dans laquelle nous vivons encore. Cela nous permet de vivre libre, et de choisir un comportement qui honore Dieu.

Le choix     par Max LucadoIl fait calme. Il est encore tôt. Mon café est bien chaud. Le ciel est encore sombre. Le monde dort encore. Un nouveau jour est sur le point de naître. Il nous enveloppera avec la levée du soleil. Le silence de l’aurore sera noyé dans le bruit de la nouvelle journée. Le calme de la solitude sera remplacé par le pas bruyant de la race humaine. Le refuge de l’aube sera envahi par les décisions à prendre et l’horaire à respecter. Les douze heures qui viennent me présenteront les demandes de ce nouveau jour. C’est donc maintenant que je dois faire mon choix. A cause de Golgotha, je peux choisir. Alors, je le fais. Je choisis l’amour … Aucune occasion ne justifie la haine; aucune injustice n’excuse l’amertume. Je choisis l’amour. Aujourd’hui, j’aimerai Dieu et j’aimerai ce qu’il aime. Je choisis la joie … J’inviterai mon Dieu à être le Dieu de toute circonstance. Je refuserai la tentation d’être cynique, l’instrument de celui qui est trop paresseux pour réfléchir. Je refuserai de voir les gens autrement que comme des êtres humains, créés par Dieu. Je refuserai de voir un problème comme autre chose qu’une occasion pour voir Dieu. Je choisis la paix … Je vivrai une vie pardonnée. Je pardonnerai pour que je puisse vivre. Je choisis la patience … Je ne ferai pas attention aux déconvenues du monde. Au lieu de maudire celui qui prend ma place, je l’inviterai à le faire. Plutôt que de me plaindre qu’il faut toujours attendre trop longtemps, je remercierai Dieu d’avoir un petit moment pour prier. Au lieu de m’énerver devant encore des choses à faire, je leur ferai face avec joie et courage. Je choisis la gentillesse … Je serai gentil avec les pauvres, car ils sont seuls. Je serai gentil avec les riches, car ils ont peur. Et je serai gentil avec ceux qui ne le sont pas, parce que c’est ainsi que Dieu a fait avec moi. Je choisis la bonté … Je préférerai avoir moins d’argent plutôt que d’être malhonnête. J’accepterai d’être oublié plutôt que de me vanter. Je confesserai avant d’accuser. Je choisis la bonté. Je choisis la fidélité … Aujourd’hui, je tiendrai mes promesses. Ceux à qui je dois quelque chose ne regretteront pas qu’ils m’aient fait confiance. Ma femme n’aura pas à douter de mon amour. Et mes enfants ne craindront jamais que leur papa ne rentrera pas. Je choisis la douceur … Rien n’est gagné par la force. Je choisis d’être doux. Si j’élève la voix, que ce soit seulement pour louer. Si je serre mes poings, que ce soit seulement pour prier. Si j’exige quelque chose, que ce soit seulement de moi-même. Je choisis le contrôle de soi … Je suis un être spirituel. Quand mon corps mourra, mon esprit s’envolera. Je refuserai de permettre à ce qui doit pourrir de dominer sur ce qui est éternel. Je serai ivre, mais de joie seulement. Je serai passionné, mais seulement pour ma foi. Je serai sous la seule influence de Dieu. Je me laisserai enseigner seulement par le Christ. Je choisis le contrôle de soi. Amour, joie, paix, patience, gentillesse, bonté, douceur et contrôle de soi. Je dédie cette journée à ces choses. Si je réussis, je rendrai grâces. Si je passe à côté, je chercherai sa grâce. Et ensuite, quand cette journée aura pris fin, je mettrai ma tête sur mon oreiller et je me reposerai.

Tiré de : When God Whispers Your Name, (Thomas Nelson, 1999) Max Lucado

La foi peut prendre des risques parce que la grâce ne fera jamais défaut. Celui qui met en Jésus une pleine confiance, jamais ne chancelle plus, complète est sa délivrance. Par la foi nous marcherons, par la foi nous triomphons par la foi mon Rédempteur nous rendra plus que vainqueurs ! Dans les jours d’adversité, quand tu sens gronder l’orage, regarde en sécurité à Christ et reprends courage ! Quand Satan veut te troubler, enlever ton espérance, ton passé te reprocher, que Christ soit ton assurance ! Par la foi, nous marcherons, en comptant sur ses promesses, par lui nous triompherons en tout temps de nos détresses !                                                                                                                                         

LES PARADOXES DE LA TERRE PROMISE

7 juin, 2016

http://www.mondedelabible.com/les-paradoxes-de-la-terre-promise/

LES PARADOXES DE LA TERRE PROMISE

Par Hélène Roquejoffre dans Archéologie, vallee du Jourdainpar Katell Berthelot historienne du judaïsme à l’époque hellénistique et romains (CNRS – Aix-Marseille Université)

La notion de Terre promise occupe une place centrale dans la pensée juive. Dans la Bible, en effet, Dieu destine la «?terre de Canaan?» aux fils de Jacob, dans la lignée d’Abraham. Pourtant, ce don, aux contours peu définis, n’a pas été sans poser de questions à ses destinataires. Comment, face aux rebondissements de son histoire, Israël a-t-il perçu et interprété la promesse divine?? Katell Berthelot, chargée de recherche au CNRS, nous introduit à l’histoire de ce long débat. La «?Terre promise?» n’existe pas. Du moins, l’expression en tant que telle n’apparaît nulle part dans les Écritures, et les appellations ô combien familières de nos jours de «?Terre sainte?» et de «?terre d’Israël?» sont rares (lire l’encadré p. 20). Bien que cette terminologie fasse défaut, la terre donnée par Dieu à Israël, désignée à l’origine comme «?terre de Canaan?», revêt une importance cruciale dans le Pentateuque et dans les livres dits «?historiques?» des Écritures. Avec la Torah, elle constitue l’un des deux piliers de l’alliance entre Dieu et son peuple. Cette terre a un statut distinct, une forme de «?sainteté?», de par le rapport particulier qu’elle entretient avec Dieu, comme le souligne Deutéronome 11,11-12?: «?Le pays dans lequel vous entrez pour en prendre possession est […] un pays dont l’Éternel, ton Dieu, prend soin [litt.?: scrute, sonde], et sur lequel l’Éternel, ton Dieu, a continuellement les yeux, du commencement à la fin de l’année.?» C’est pourquoi certaines sources rabbiniques établiront par la suite un rapport d’analogie entre la terre choisie et élue par Dieu entre toutes, et le peuple choisi et élu par Dieu entre tous. Ce passage du Deutéronome contient comme le germe de la vision essentialiste et mystique de la terre d’Israël qui se développera par la suite dans certains courants du judaïsme, en particulier au Moyen Âge, par exemple chez Juda Hallévi (Kuzari II,10-24). Cependant le concept de Terre promise ou de terre d’Israël ne se développe pas de façon linéaire dans l’histoire de la pensée juive. Au moment du retour de l’Exil et durant la période du second Temple, les textes témoignent d’une focalisation sur le Temple et sur Jérusalem, et n’évoquent que rarement la terre et la promesse faite à Abraham. À l’inverse, il semble que la perte du Temple et de Jérusalem suite aux révoltes contre Rome de 66-73 et 132-135 ap. J.-C. ait paradoxalement contribué à revaloriser la terre comme élément de la relation entre Dieu et Israël, du moins dans les sources rabbiniques de Palestine. Le judaïsme babylonien, lui, conserve à la terre son importance biblique et son rôle eschatologique, mais ne l’exalte pas à la façon des sources palestiniennes. La Terre promise se dérobe en fait le plus souvent à la possession réelle, ce qui conduit à s’interroger sur la façon dont le don de la terre à Abraham et ses descendants fut compris par les générations successives, depuis la rédaction des livres bibliques jusqu’à leurs lointaines relectures talmudiques. Le don de la terre par Dieu?: à qui?? quand?? comment?? La Bible hébraïque fait très fréquemment référence au don de la terre de Canaan à Abraham et à sa descendance. Pourtant, Abraham lui-même se désigne comme un étranger résident en Canaan (Genèse 23,4), et achète un terrain pour enterrer sa femme au prix d’une somme rondelette versée à Efrôn le Hittite. Le pays est d’ores et déjà donné par Dieu, mais pas encore effectivement possédé, car les Cananéens l’habitent encore. Genèse 15,16 explique que les descendants d’Abraham connaîtront l’exil et reviendront en terre de Canaan (sous-entendu?: pour en prendre vraiment possession) quatre générations plus tard, car «?l’iniquité des Amorites [une des peuplades de Canaan] n’est pas à son comble?». L’expression «?Terre promise?» renvoie donc au fait que le don à Abraham n’est pas immédiatement suivi de sa réalisation. De facto, la terre est davantage promise que donnée. En outre, la terre est donnée mais reste simultanément à conquérir, c’est une terre qu’il faut à la fois recevoir et prendre. Dieu annonce qu’il chassera les Cananéens devant les Israélites, mais selon d’autres textes et le récit du livre de Josué, les enfants d’Israël doivent combattre eux-mêmes pour entrer en possession de l’héritage promis. Cependant, si dans l’histoire de la pensée juive le don de la terre est perçu comme valable pour toutes les générations, le commandement de la conquête guerrière, lui, n’est pas nécessairement compris comme une obligation atemporelle?; certains sionistes religieux, au XXe ?siècle, établiront ainsi une différence nette entre l’obligation d’habiter le pays et celle de le conquérir par les armes, ne reconnaissant comme légitime que la négociation ou l’achat de terres.

Selon quelles frontières ? La question de la réalisation de la promesse et de la possession du pays pose du même coup celle des frontières. Quelles sont les limites géographiques qui permettent de considérer la promesse comme accomplie?? La Bible hébraïque contient plusieurs conceptions des frontières de la Terre promise. D’après la plus répandue, le territoire s’étend «?de Dan [au nord, au pied du mont Hermon] jusqu’à Beersheva [au sud, dans le Néguev]?», tandis que la mer Méditerranée et le Jourdain constituent les frontières occidentale et orientale (1 Samuel 3,20?; Nombres 33,50-51), laissant ainsi la rive orientale du Jourdain à l’extérieur de la Terre promise. Deux autres traditions conçoivent toutefois le territoire de manière plus étendue. La première, d’origine sacerdotale, se limite encore à la bande de terre allant de la Méditerranée au Jourdain, bornée par le torrent d’Égypte au sud?; mais la frontière nord est repoussée jusqu’à un lieu décrit comme «?l’entrée de Hamath?», au nord du Liban actuel (Nombres 34,1-12). Une autre tradition encore, que l’on peut qualifier de maximaliste et d’utopique, envisage un territoire allant du torrent d’Égypte (ou encore du Nil) jusqu’à l’Euphrate, en incluant une bonne partie du Liban et de la Syrie actuels, ainsi que la rive orientale du Jourdain (Genèse 15,18?; Deutéronome 1,7 ou 11,24). Alors qu’à partir de la chute du royaume du Nord au VIIIe?siècle, la terre habitée par les Israélites s’est généralement limitée à la Judée (selon des frontières elles-mêmes soumises à fluctuation), certains textes de la période du second Temple comme l’Apocryphe de la Genèse et le Livre des Jubilés (IIe?siècle av. J.-C.) reproduisent la vision territoriale grandiose qui fait s’étendre le pays de l’Égypte à l’Euphrate. Dans la littérature rabbinique, à l’inverse, la terre d’Israël est plutôt définie en fonction de l’application de certaines lois agricoles, et délimitée selon un tracé inédit, qui établit la limite sud à Ashqelôn et la limite nord à Akko, par exemple. Selon la halakha rabbinique (lire p. 32-37), les frontières d’Eretz Israël incluent en fait les lieux où ceux qui revinrent de Babylone étaient censés s’être installés lors de leur retour à Sion. Fait significatif, la référence en matière de délimitation territoriale ne réside plus alors dans les promesses faites aux patriarches, mais dans la mémoire du retour de l’Exil, soit l’expérience de la perte de la terre et de la restauration.

À quelles conditions ? L’historiographie biblique, de Josué à 2 Rois ou 2 Chroniques, peut être interprétée comme une tentative de rendre compte de la perte de la terre et du sanctuaire, expliquée par l’infidélité du peuple et surtout de ses dirigeants vis-à-vis de l’alliance conclue entre Dieu et Israël. Le caractère conditionnel de l’occupation de la Terre promise est donc présupposé à toutes les pages. Lors de la conquête par Josué, déjà, les Cananéens sont chassés et dépossédés à cause de leur «?iniquité?» ou de leurs «?abominations?» (Genèse 15,16?; Lévitique 18), c’est-à-dire du fait d’une culpabilité d’ordre moral-religieux. Israël est explicitement prévenu qu’un sort similaire l’attend s’il ne respecte pas les commandements de l’alliance et se livre à l’idolâtrie et aux crimes qui lui sont traditionnellement associés (meurtres, adultères, vols, parjures…), ou encore oublie la justice sociale et néglige le shabbat. Pour l’exégète israélien Moshe Weinfeld, auteur d’un ouvrage incontournable sur la promesse de la terre et l’héritage du pays de Canaan par les Israélites, ce sont précisément les implications religieuses et éthiques de la présence en Canaan qui constituent la spécificité de la relation d’Israël avec la Terre promise. Selon lui, le caractère conditionnel de l’occupation du pays serait toutefois une idée tardive, postérieure à la chute du royaume du Nord?; les plus anciennes traditions (reflétées par exemple en Genèse 13,15?; 17,8?; Exode 32,13) véhiculeraient l’idée que le pays était donné pour toujours à Israël. Sur ce point son collègue hollandais Ed Noort va même plus loin. Pour lui, l’idée de conditionnalité serait plus récente encore, et ne remonterait qu’aux auteurs deutéronomistes tardifs, post-exiliques. À partir de l’époque du second Temple, en tout cas, la vision deutéronomiste est bien enracinée?: la perte de la terre représente une éventualité très réelle dans les esprits, tout comme son corollaire, la possibilité de la restauration nationale et territoriale.

Un droit de propriété pour Israël? Si le don divin ne garantit pas la jouissance effective de la possession de la terre, établit-il en revanche un droit de propriété inaliénable pour Israël vis-à-vis des autres peuples?? Notons tout d’abord l’insistance paradoxale, dans les Écritures, sur l’origine non-autochtone des Hébreux. La terre de Canaan n’est pas présentée comme la patrie du peuple d’Israël, ni comme celle de son ancêtre Abraham. Ce dernier est en quelque sorte un exilé en Canaan, ou du moins un immigré. De droit du sol, il ne saurait être question. En outre, la liste des territoires des nations en Genèse 10 laisse entendre que les Cananéens sont légitimement établis en Canaan, ce que suggère aussi la désignation même du pays comme «?terre de Canaan?». Sur ce point, certaines sources juives de la période du second Temple proposent une relecture radicale, qui sera reprise par la suite dans la littérature rabbinique. D’après le Livre des Jubilés, lors du partage des terres entre les fils de Noé, le pays de Canaan faisait en réalité partie du lot de Shem, et devait revenir à ses descendants israélites par droit d’héritage. Canaan et ses descendants se l’approprièrent de force et encoururent la malédiction correspondante. L’insistance nouvelle sur un droit de propriété originel (anté-abrahamique?!) transmis par héritage, justifiant une conquête postérieure, s’explique probablement par le contexte hellénistique de la rédaction des Jubilés?; l’argument est en effet récurrent dans les inscriptions et les textes littéraires hellénistiques traitant de conflits territoriaux. Il est également utilisé par l’Asmonéen Simon lors du conflit avec le roi séleucide Antiochos VII à propos de certains territoires de la Judée (1?Maccabées 15,33-34). Cette juridicisation du rapport à la terre se retrouve par la suite dans plusieurs sources rabbiniques. Dans le Sifra, un commentaire du Lévitique du IIIe?siècle ap. J.-C., le peuple d’Israël reproche à Dieu de lui avoir donné une terre qui appartenait déjà à un autre peuple?; sans se démonter, Dieu rétorque qu’elle était dès l’origine la propriété d’Israël comme descendant de Shem, et que les Cananéens ne firent que servir de gardiens des lieux jusqu’à l’arrivée d’Israël… Les paradoxes attachés à la notion de Terre promise sont donc nombreux, qu’il s’agisse de l’incertitude sur la temporalité de la promesse, déjà accomplie ou encore en devenir, de la tension liée à la présence d’autres peuples dans le pays donné en héritage, ou encore du contraste entre l’affirmation du caractère inaliénable du don et la réalité des invasions étrangères et de la perte répétée de souveraineté.

 

EST-CE MOI OU EST-CE LE SEIGNEUR?

7 juin, 2016

http://www.bible-notes.org/article-17-est-ce-moi-ou-est-ce-le-seigneur.html

EST-CE MOI OU EST-CE LE SEIGNEUR?

«Et Moïse dit à l’Eternel: Pourquoi as-tu fait ce mal à ton serviteur? Et pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux, que tu aies mis sur moi le fardeau de tout ce peuple? Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple? Est-ce moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises: Porte-le dans ton sein, comme le nourricier porte l’enfant qui tette, jusqu’au pays que tu as promis par serment à ses pères? … Je ne puis, moi seul, porter tout ce peuple, car il est trop pesant pour moi. Et si tu agis ainsi avec moi, tue-moi donc, je te prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, et que je ne voie pas mon malheur»
(Nombres 11: 11-15).

Nous trouvons ici l’esprit de Moïse accablé sous la lourde responsabilité qui lui était confiée; il exprime la peine de son coeur dans ces paroles.
Evidemment, Moïse abandonne un poste d’honneur. Si Dieu se plaisait à faire de lui l’unique instrument pour conduire l’assemblée, Il lui conférait, en réalité, une dignité et un privilège particulièrement grands. La responsabilité était très lourde, il est vrai, mais la foi reconnaissait que Dieu était amplement suffisant pour permettre à son serviteur d’y faire face.
Cependant, ce précieux serviteur manqua d’assurance dans les ressources de Dieu. Il dit: «Je ne puis, moi seul, porter tout ce peuple, car il est trop pesant pour moi». Il ne lui était pourtant pas demandé de porter seul le peuple, car Dieu était avec lui. Il n’était que le moyen que Dieu employait. Moïse aurait aussi bien pu dire de sa verge qu’elle portait le peuple. Or, qu’était-il lui-même, sinon un simple instrument dans la main de Dieu, comme la verge dans la sienne?
C’est ainsi que les serviteurs de Dieu sont souvent défaillants. Un tel manquement est d’autant plus dangereux qu’il est revêtu d’une apparence d’humilité. Reculer devant une lourde responsabilité semble résulter de la méfiance de soi-même et d’une profonde humilité d’esprit. Mais, il faut rechercher à savoir si vraiment Dieu m’a imposé cette responsabilité. Si oui, Il m’accompagnera certainement dans l’exercice de celle-ci. Lui étant avec moi, je peux toutes choses. Avec Lui, le poids d’une montagne n’est rien; sans Lui, le poids d’une plume est accablant!
C’est une chose toute différente si un homme, dans la vanité de ses pensées, s’engage à prendre sur ses épaules un fardeau que Dieu n’a jamais eu l’intention de lui faire porter et, par conséquent, ne l’y a jamais préparé. Nous pouvons donc, certainement, nous attendre à le voir accablé sous son poids. Mais si Dieu le place sur lui, Il le qualifiera et le fortifiera pour en assumer la charge.
Ce n’est jamais le fruit de l’humilité que de quitter un poste où l’on a été établi par Dieu. Au contraire, la plus grande humilité aura son expression si l’on y reste dans une simple dépendance de Dieu. Reculer devant un service en prétendant en être incapable montre que l’on est occupé de soi-même. Dieu ne nous appelle pas au service en raison de nos capacités, mais des siennes; aussi, à moins que je ne sois rempli de pensées au sujet de moi-même ou que ma confiance en Dieu fasse défaut, les lourdes responsabilités du service ou du témoignage ne pourront être abandonnées.
Toute puissance est à Dieu: que cette puissance soit exercée par un seul agent ou soixante-dix, elle est absolument la même. Par conséquent, si un agent refuse cette dignité, c’est bien dommage pour lui! Dieu n’oblige pas un serviteur à demeurer dans une position d’honneur, s’il ne met pas sa confiance en Lui pour l’occuper. Le chemin est toujours libre pour abandonner cette dignité: ainsi en a-t-il été de Moïse. Comme il se plaignait du fardeau, celui-ci lui a été rapidement retiré, avec le grand honneur d’être admis à le porter. «Et l’Eternel dit à Moïse: assemble-moi soixante-dix des anciens d’Israël, que tu sais être les anciens du peuple et ses magistrats, et amène-les à la tente d’assignation, et ils se tiendront là avec toi. Et je descendrai, et je parlerai là avec toi, et j’ôterai de l’Esprit qui est sur toi, et je le mettrai sur eux, afin qu’ils portent avec toi le fardeau du peuple, et que tu ne le portes pas toi seul» (Nombres 11: 16-17).
Nous ne voyons pas l’introduction de puissance nouvelle. C’est le même Esprit, que ce soit en un seul ou en soixante-dix. Il n’y a ni plus de valeur ni plus de vertu dans la chair de soixante-dix hommes que dans la chair d’un seul. «C’est l’Esprit qui vivifie; la chair ne profite de rien» (Jean 6: 63). En fait de puissance, rien n’a été gagné; mais en fait de dignité, beaucoup a été perdu par ce refus de Moïse.
Un peu plus loin, au chapitre 11 des Nombres, nous trouvons Moïse qui exprime des paroles d’incrédulité attirant de la part de l’Eternel une répréhension sévère. «La main de l’Eternel est-elle devenue courte? Tu verras maintenant si ce que j’ai dit t’arrivera ou non». En comparant les versets 11 à 15 aux versets 21 et 22, nous découvrons un enseignement bien solennel: l’homme qui recule devant la responsabilité, en s’abritant derrière sa faiblesse, est en grand danger de mettre en doute la plénitude et la suffisance des ressources de Dieu.
Toute cette scène enseigne une leçon très précieuse à tout serviteur de Christ qui peut être tenté de se sentir seul ou accablé dans son travail. Que celui-là ait bien à l’esprit que le travail opéré par le Saint Esprit avec un seul instrument est aussi bon que s’Il en utilise soixante-dix. S’Il n’agit pas, soixante-dix ne valent pas plus qu’un seul! Tout cela dépend de l’énergie du Saint Esprit. Avec Lui, un seul homme peut tout faire, tout endurer, tout supporter. Sans lui, soixante dix hommes ne peuvent rien faire.
Que le serviteur solitaire se souvienne, pour la consolation et l’encouragement de son coeur abattu, que comptant sur la présence et la puissance du Saint Esprit, il n’a pas lieu de se plaindre de son fardeau ni de soupirer après un partage du travail. Si Dieu honore un homme en lui donnant beaucoup de travail à faire, qu’il se réjouisse en cela et ne murmure pas; car s’il murmure, il risquerait de perdre rapidement cet honneur. Dieu n’est pas embarrassé pour trouver des instruments. Il pourrait, des pierres, susciter des enfants à Abraham. Il peut, de ces mêmes pierres, susciter les agents nécessaires pour poursuivre son oeuvre glorieuse!
Oh, qu’un coeur prêt à son service est désirable! Un coeur patient, humble, débarrassé de lui-même, dévoué! Un coeur prêt à servir en compagnie d’autres serviteurs, prêt à servir seul. Un coeur si rempli d’amour pour Christ, qu’il trouvera sa joie à Le servir, quel que soit ce service!
C’est assurément un besoin bien actuel. Que le Saint Esprit réveille donc nos coeurs à un sentiment plus profond de la grande valeur du nom de Jésus. Que nous soyons rendus capables de répondre d’une façon plus claire, plus compète, non équivoque, à l’amour immuable de son coeur!

 

QUE DIT L’ECRITURE AU SUJET DU TRAVAIL ?

24 mai, 2016

http://www.bible-notes.org/article-356-Que-dit-l-Ecriture-au-sujet-du-travail.html

QUE DIT L’ECRITURE AU SUJET DU TRAVAIL ?

(une étude , il y a beaucoup sur la même page)

Le chrétien peut rendre un beau témoignage au Seigneur par la manière dont il accomplit ses tâches professionnelles, mais aussi par l’emploi qu’il fait de son temps libre.

Dans sa tâche professionnelle le chrétien se fait connaître comme tel en l’accomplissant avec exactitude, diligence, probité ; non par amour du lucre ou par ambition égoïste mais pour le Seigneur ; non par l’effet d’une contrainte impatiemment subie dans l’esprit de revendication jamais satisfaites qui est celui du jour, mais « comme asservi au Seigneur et non pas aux hommes » (Eph. 6 : 7). C’est là probablement le premier et le plus constant témoignage à rendre au dehors. L’activité s’y déploie pour Christ, au lieu de laisser le Seigneur à la porte du lieu de travail. Évidemment cela suppose que le métier que l’on exerce et la façon dont on l’exerce ont son approbation. En l’exerçant le fidèle « orne l’enseignement qui est de notre Dieu sauveur » (Tite 2 : 10). Cela est dit des esclaves et à plus forte raison demandé à quelqu’un de placé dans une condition plus favorable.
Le chrétien se fait connaître tout autant par la façon dont il utilise son temps libre. Le rythme accéléré de la vie présente exige détente et repos, mais combien de personnes en arrivent à être plus occupées de leurs loisirs que de leur travail habituel, et s’y montrent plus actives ! Qu’en est-il de chacun de nous ? Nous ne parlons pas ici du dimanche, car l’emploi du jour du Seigneur ne devrait soulever aucune question ; pourtant il sera bien à propos de relire Ésaïe 58 : 3, 14, qui s’applique au sabbat mais est considéré comme le « saint jour de l’Eternel » et « mon saint jour ». L’apôtre Jean fut « en Esprit, dans la journée dominicale » (Apoc. 1 : 10).
Pour lire la Parole et l’étudier, pour nous édifier mutuellement et pour évangéliser, Dieu met à notre disposition plus de temps et de facilités qu’autrefois. Que faisons-nous de nos loisirs ? À chacun de s’examiner devant le Seigneur. Les gens du présent siècle, fortunés ou non, passent – ou rêvent de passer – leurs vacances en voyages d’agrément ou dans la pratique des sports à la mode ou encore dans le désoeuvrement des plages et des stations touristiques. Suivons-nous leur comportement, dans une passive et affligeante conformité ?
Nous ne parlons pas en censeur ni en moraliste, Dieu le sait. Ni sans savoir ce que l’existence actuelle comporte de luttes et de difficultés, différentes d’une condition à l’autre, d’un âge à l’autre, de la campagne à la ville. Mais justement la « vertu » (le courage moral) que nous sommes exhortés à joindre à la foi prend ces difficultés de front ; elle lutte contre cette aspiration devenue générale à satisfaire par des moyens amplifiés la convoitise des yeux, la convoitise de la chair et l’orgueil de la vie sans y parvenir jamais. Mais ils empêchent l’activité selon Dieu. Les « épines » (soucis, richesses, voluptés de la vie…) étouffent la semence, de sorte qu’il n’y a pas « de fruit à maturité » (Luc 8 : 14). La soif des jouissances offertes par la civilisation moderne, en surenchère perpétuelle, fait plus de mal au témoignage que des persécutions. Sacrifierons-nous aux « délices du péché » la jouissance de nos « bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ », et comme Ésaü vendrions-nous pour un mets notre droit de premier-né ?
Tout cela est affaire de coeur. Nous avons besoin d’être « étreints par l’amour du Christ », comme Paul, afin de regarder comme lui toutes choses comme une perte à cause de Christ, et de juger que « si un est mort pour tous, tous donc sont morts, et qu’il est mort pour tous afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui pour eux est mort et a été ressuscité » (2 Cor. 5 : 14, 15). Que d’occasions nous laissons échapper de montrer les caractères du « service religieux pur et sans tache devant Dieu le Père », savoir l’activité de l’amour pour « visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction », et l’application à se conserver « pur du monde » (Jac. 1 : 27) ! Combien nous manquons de zèle, enfin, à « chausser nos pieds de la préparation de l’évangile de paix » (Eph. 6 : 15), pour parler du Seigneur à ceux qui n’ont pas cru ! Il n’est pas besoin pour le faire d’avoir reçu un don d’évangéliste, mais il faut aimer le Seigneur, et aimer les âmes.

« Messager évangélique » 1962 p. 253 (A. G)

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