Archive pour la catégorie 'biblique'

Gros plan sur… le scandale de la croix

8 avril, 2010

du site:

http://www.bible-service.net/site/554.html

Gros plan sur… le scandale de la croix

Il a fallu plusieurs années aux Chrétiens pour proclamer, sans gêne, leur foi en un  » Messie crucifié  ». Il a fallu plus d’un siècle après l’abolition du châtiment par Constantin (vers 320) avant d’oser le représenter sans répugnance.

Les Lettres de Paul permettent de savoir le contenu de la foi chrétienne dans les années 40-60 et les débats qui s’y mènent. Au fil de son discours, il arrive à Paul de faire appel au  » kérygme  » selon des formulations polies par l’usage :  »Il est mort pour les péchés » (1 Co 15,3),  »Il s’est livré pour nos péchés » (Ga 1,4). Rarement on trouve une formule aussi crue que Ph 2,6-11  »…S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix !  » . Là, une quinzaine d’années après les faits, est affirmé ce qui aurait du être un obstacle à la prédication du salut de Dieu en Jésus le Christ : la crucifixion du Messie.
 
Un supplice infamant 

La crucifixion fait alors partie de l’arsenal répressif de la justice romaine à côté du carcan, du pal ou de la potence. Cicéron, dans une de ses plaidoiries (vers 71 av. J.-C.), en parle comme du  » supplice le plus cruel et le plus infâmant qu’on inflige à des esclaves  » . D’après Flavius Josèphe, on l’employait aussi pour les  » bandits  », fomenteurs de troubles et instigateurs de révolte.

Selon la loi romaine, une fois le jugement rendu, le condamné est d’abord flagellé (nerfs de bœufs, lanières de cuir ou bien cordes avec bouts de métal ou d’os) en vue de l’affaiblir. Déshabillé, on le charge alors soit du patibulum (barre transversale), soit de la croix entière. Il traverser la ville, en prenant les rues les plus fréquentées, sous les huées de la foule et les coups des soldats. Il sort de la ville et là, dans un endroit visible (carrefour, hauteur), l’homme est fixé (cordes, clous) et la croix dressée (à moins que le patibulum ne soit assemblé à un poteau déjà fiché en terre). Puis on affiche le titulus, pancarte qui indique l’identité et le motif de condamnation. La mort prend plusieurs heures. L’usage du crurifragium (fracture des jambes) a pour but de diminuer la longueur de l’agonie. Sauf en Judée, les cadavres restaient exposés jusqu’à décomposition.

Selon Sénèque (fin 1er siècle), les croix n’étaient pas toutes du même modèle. Celle de Jésus était-elle en forme de T ou à quatre branches ? A-t-il été chargé ou non d’un patibulum que Simon de Cyrène aurait porté à sa place ? A-t-il été cloué (et dans ce cas, ce ne peut être dans les paumes, mais aux poignets, dans les os du carpe) ? Les récits évangéliques restent muets. Ils se contentent d’un très sobre :  » ils le crucifièrent  ».
 
Le Messie devenue malédiction 

Si Jésus avait été lapidé – châtiment possible, selon la Loi juive – sa mort l’aurait rangé du côté des prophètes. Or la pendaison ou la crucifixion – dans l’un et l’autre cas, le corps est exposé sur un bout de bois – est un supplice ignoble condamné par la Torah :  »Si un homme, coupable d’un crime capital, a été mis à mort, et que tu l’aies pendu à un arbre, son cadavre ne pourra être laissé de nuit sur l’arbre ; tu l’enterreras le jour même, car un pendu est une malédiction de Dieu et tu ne souilleras pas la terre que le Seigneur ton Dieu te donne en héritage. » Dt 21,22-23

Dans une culture où la Torah (Loi) est normative, Dt 21,22-23 a du être utilisé pour combattre la messianité de Jésus. Paul va affronter le problème en utilisant justement les méandres de la Torah, qu’il cite abondamment. En gros, si le Christ a accepté une mort de maudit, c’est pour nous délivrer d’une malédiction antécédente, celle qui vient de la difficulté à pratiquer la Loi. Aux Galates, il fera observer d’abord que la pratique de la Loi fait encourir une malédiction pour peu qu’on s’en écarte. Puis il remarquera ensuite que, selon la Loi elle-même, c’est la foi qui rend juste. Et il conclura :  » Le Christ nous a rachetés de cette malédiction de la Loi en devenant lui-même malédiction pour nous car il est écrit : ‘Maudit soit quiconque pend au gibet’, afin que la bénédiction d’Abraham passe aux païens dans le Christ Jésus et que par la foi nous recevions l’Esprit de la promesse. » (Ga 3,10-14) C’est ainsi que, pour Paul, la mort de tous a été vaincue par la mort d’un seul.

Vingt ou trente ans après les lettres de Paul, la crucifixion est racontée dans les évangiles. Les récit sont un effort d’intelligence de la mort scandaleuse du Messie. Or, pour la comprendre, Matthieu, Marc, Luc et Jean vont faire comme Paul : ils vont puiser dans les Écritures, puisque celles-ci consignent les repères pour vivre et croire.
 
Les Écritures pour lire un scandale 

Aucun récit ne rapporte les faits dans leur brutalité (de ce point de vue, les films sont plus évocateurs) mais chacun propose des pistes pour en comprendre le sens. Prenons un tout petit exemple, l’arrivée sur le Golgotha, tel que le raconte Mt 27,33-35.

Nous n’avons aucun détail sur le patibulum, l’assemblage ou l’érection de la croix, les clous, les cordes, le sang, la présence (ou non) d’une foule etc. Mieux, les quelques faits sélectionnés (arrivée, refus de boire, crucifixion — un seul petit mot pour un ensemble de gestes à la fois techniques et violents) sont reliés à ce qui semblent des détails : le vin mêlé de fiel et les vêtements tirés au sort. Ces détails sont vraisemblablement historiques. On sait par exemple que l’on donnait à boire aux suppliciés du vin mêlé de myrrhe, ce qui a un effet anesthésiant (voir Marc 15,23).

Or Matthieu parle de vin  » mêlé de fiel  ». Ce léger brouillage invite à ne pas en rester à la reconnaissance d’une drogue. Il s’agit d’une allusion au Ps 69,22. Quand au partage de vêtements, il est en écho à Ps 22,19. Remis dans leur contexte originel, ces mots décrivent la foi d’un homme persécuté qui exprime à Dieu sa confiance. Par ce tissage scripturaire, Matthieu ouvre à son lecteur deux pistes.

D’abord, lire la scène qui suit avec cette clé possible : Jésus crucifié se place-t-il dans la lignée des justes persécutés et confiants ?

Ensuite, réfléchir sur l’acte même d’écrire :  » au-delà de l’émotion qui peut vous traverser, cherchez donc les raisons de ce que je raconte. Pour moi, elles ne sont pas uniquement dans le jeu des pouvoirs et des volontés humaines, elles prennent place dans une vaste histoire, commencée il y a longtemps et dont nos pères nous ont laissé la mémoire. Elles prennent place dans un projet divin.  »
 
Gérard BILLON, Service Biblique catholique Evangile et Vie

Hosanna ! Connaissez-vous ce mot ? (pour la dimanche de Rameaux)

27 mars, 2010

du site:

http://www.info-bible.org/perrier/hosanna.htm

Hosanna

Hosanna ! Connaissez-vous ce mot ?

Peut-être que quelques-uns d’entres vous se souviendront que ce mot est un mot propre à la Bible et qu’il rappelle particulièrement une fête : celle des Rameaux ! C’est dans les Evangile que nous en trouvons le récit. Un récit inoubliable pour les disciples. Jésus, monté sur un ânon, chemine en route vers Jérusalem. Les gens de la foule qui se pressent pour le voir passer, se mettent à étendre leurs vêtements sur le chemin ; d’autres coupent des branches d’arbres et en jonchent la route. Toute une cohorte fait aussi route avec lui. Ceux qui le précédent et ceux qui le suivent crient :  » Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna dans les lieux très hauts !  » (1).

Cette acclamation de la foule en fête nous rappelle quelle était la vraie mission de Jésus, celle pour laquelle Il était venu habiter parmi les hommes. Matthieu, Marc et Jean, rapportent cet événement de la vie du Christ qui précéda la Pâque. C’est cet événement que la tradition chrétienne appelle encore aujourd’hui : « Jour des Rameaux ».

A l’origine, chez les hébreux, le mot « hosanna » avait le sens d’une supplique :  » sauve maintenant  » ; ou encore :  » sauve, nous t’en prions  » ! C’est bien le sens qu’il faudrait lui donner pour cette circonstance particulière. Car Jésus est bien venu  » pour chercher et sauver ce qui était perdu  » (2). Toutefois, le contexte des Evangiles montre que le mot avait quelque peu évolué. Il était alors utilisé beaucoup plus comme une exclamation de joie, ce que nous faisons encore aujourd’hui dans bien des communautés chrétiennes, lorsque nous chantons certains refrains qui emploient ce mot  » Hosanna « . En effet, Jésus est bien le Roi qui mérite d’être acclamé par son peuple, dans l’attente du Royaume éternel de gloire dont Il sera le chef suprême (3).

En voyant Jésus revenir à Jérusalem, la foule exprimait ainsi sa joie débordante. C’était sa façon de lui dire, de manière spectaculaire, qu’Il était le bienvenu et qu’on espérait qu’il allait prendre le pouvoir, chasser l’envahisseur Romain et régner, comme David, sur tout Israël. La foule certes se trompait ; mais elle était certainement sincère en le faisant.

Le récit biblique a son importance car il confirme l’un des multiples liens existant entre le Nouveau et l’Ancien Testament. Matthieu le souligne particulièrement en disant :  » Ceci arriva afin que s’accomplit ce qui avait été annoncé par le prophète… » (4). On retrouve, dans ces quelques versets relatant cette journée mémorable (1), pas moins de 11 références, directes ou indirectes, à des textes prophétiques de l’Ancien Testament (5). Ainsi en est-il tout au long des textes qui nous rapportent la vie terrestre de Jésus-Christ. Nous y découvrons l’accomplissement de nombreuses paroles prophétiques le concernant, puisque tout avait bien été annoncé d’avance par Dieu, au moyen de ses prophètes.

La venue du Fils de Dieu dans le monde n’a pas été accidentelle. Elle avait été prévue et voulue par Dieu. L’apôtre Paul le précise en écrivant : « Lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils … » (6). « Christ, au temps marqué, est mort pour des impies… » (7).

En matière de prophétie, certains détails peuvent avoir leur importance. Ils nous aident à mieux étayer notre foi. La logique humaine aurait-elle pu imaginer un Roi monté sur un ânon pour entrer triomphalement dans la capitale de son Royaume ? Pourtant, Dieu avait annoncé cet événement insolite par la bouche du prophète Zacharie, près de cinq siècles avant qu’il ne se réalise … à la lettre.

Tout au long des Evangiles une même constatation s’impose : Jésus parle, agit « …afin que s’accomplit ce qui avait été annoncé par le prophète… » Quelles raisons aurions-nous de douter de la Parole de Dieu ? Beaucoup d’évidences semblables à celle de cette histoire d’ânon nous confirment que tout s’est accompli selon les desseins mêmes de Dieu. Tout nous pousse donc à Lui faire confiance, à croire toujours plus en Lui. Avec l’apôtre, ayons cette foi solide qui peut affirmer sans réserve :  » Dieu a accompli de la sorte ce qu’Il avait annoncé d’avance par la bouche de tous ses prophètes… » (8).

La description que fait Matthieu de ce jour des Rameaux est intéressante pour d’autres raisons. En effet, l’évangéliste précise :  » Les disciples allèrent et firent ce que Jésus leur avait ordonné  » (9). Saluons ici leur obéissance. Grâce à elle, la foule pouvait suivre en direct l’accomplissement d’une promesse faite par Dieu bien longtemps à l’avance. N’était ce pas aussi pour cette raison qu’elle criait :  » Hosanna, au Fils de David ! Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur !  » Pourtant, nous le savons, quelques jours après cette même foule vociférait :  » crucifie-le !  » Comment expliquer un changement d’opinion et de comportement aussi rapide ?

Les disciples avaient obéi à l’ordre de leur Maître, participant ainsi eux-mêmes à l’accomplissement de la prophétie. Ils n’avaient pourtant pas encore compris qui était vraiment Jésus. Pas plus que la foule qui ne voyait en Lui qu’un libérateur politico-socio-religieux, capable de soulever le peuple pour chasser de Palestine l’envahisseur romain. Et les disciple nourrissaient aussi cette espérance ; espérance qui n’était qu’une illusion humaine ! Or, la foule n’était pas interressée par un Messie promis venu simplement sauver les hommes de leurs péchés… En fait, les choses n’ont guère changé, encore aujourd’hui.

Cette ferveur religieuse, le jour des Rameaux, ne fut que de courte durée. Elle céda vite le pas aux pulsions incontrôlées de la nature humaine qui poussent les êtres humains à faire tout le contraire de ce qu’ils espèrent ; au point de crier  » crucifie-le « , après avoir chanté des  » hosannas  » à en perdre haleine.

Quelle contradiction ! N’était-ce pas aussi pour cette même raison qu’à Gethsémané les disciples eux-mêmes abandonnèrent leur Maître ? Mais l’événement, là encore, avait été annoncé par les prophètes (10) .

Mais comment pouvons-nous, nous-mêmes, échapper à une telle contradiction ; sinon en acceptant sans condition la divine et souveraine inspiration de l’ensemble des textes bibliques ? En affirmant : Il est écrit ; je le crois ! La vraie foi en Dieu, c’est la confiance. Si nous adhérons sans restriction à la révélation biblique, elle nous donnera l’assurance et la force pour surmonter nos doute et résister au diable. Avec la foi, la soumission à la Parole de Dieu nous conduit toujours plus loin sur le chemin de la vérité, de la bénédiction et de la vie éternelle. Car Pâques fait suite aux Rameaux ! Avec Jésus ressuscité, tout a pu changer pour les disciples ; et tout peut changer pour nous aussi.

Une dernière remarque : c’est ce même jour des Rameaux que Jésus entra dans le Temple de Jérusalem pour en chasser tous les vendeurs, changeurs et acheteurs qui faisaient leur commerce sous couvert de la religion. En accomplissant là encore la prophétie, Jésus dit :  » Il est écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs  » (11). En tant que chrétiens nous sommes le Temple du Saint-Esprit (12). En ce jour des Rameaux Jésus rappelle à ses disciples et à la foule qui l’entoure que le Temple de Dieu a été construit pour être saint. C’est ce que, nous aussi, nous sommes appelés à être : un temple saint pour le Seigneur ; une maison de prière et non une caverne de voleurs. S’il n’en est pas ainsi, le Saint-Esprit ne peut nous remplir de sa présence bienfaisante. Il ne peut pas non plus accomplir son ministère d’intercession en nous (13).

Le temple de notre corps est-il propre, ou abrite-t-il quelque commerce impur ? Faudrait-il que Jésus y entre avec un fouet, comme dans le Temple de Jérusalem, pour faire le grand nettoyage ? Cela ne sera pas nécessaire si nous nous approchons sans tarder du Seigneur, avec humilité, dans la repentance, afin d’être purifié et de prendre les décisions nécessaires qui permettront un véritable changement dans nos coeurs et dans nos vies. L’enseignement semble clair : il n’y a pas de vie chrétienne victorieuse sans purification et sanctification.

Amis auditeurs, veillons ! Les marchands du Temple, même s’ils ont été chassés au début de notre vie chrétienne, sont parfois bien prompts à se réinstaller. Revenons donc constamment au pied de la croix du Christ, là où nous sommes assurés du pardon et de la victoire.  » Ayant donc de telles promesses, bien­aimés, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, en achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu  » (14).

Références Bibliques :

- 1) lire Mat. 21 : 1 à 17 – 2) Luc 19 : 10 – 3) cf. Ap. 11 : 15 – 4) Mat. 21 : 4
- 5) 11 références : v.5 = Zach. 9:9 ; v.8 = Ps. 42:5 ; v.9 = Ps. 118:25-26 et Ps. 148:1 v.12 = Mal. 3:1 et Ps. 69:10 ; v.13 = Es. 56:7 et Jér. 7:11 ; v.14 = Es. 35:5-6 ; v.15 = Es. 12:4-6 ; v.16 = Ps. 8:3).
- 6) Gal. 4 :4 – 7) Rom. 5 : 6 – 8) Act. 3 : 18 – 9) Mat. 21 : 6
- 10) lire Mat. 26 : 31, 54 à 56 – 11) Mat. 21 : 13
- 12) 1 Cor. 3 : 16 et 17 ; 6 : 19 et 20 – 13) Rom. 8 : 26 et 27 – 14) 2 Cor. 7 : 1.

Dimanche des rameaux et de la Passion (28 mars 2010) (biblique)

26 mars, 2010

du site:

http://www.bible-service.net/site/378.html

Dimanche des rameaux et de la Passion (28 mars 2010)

C’est le dimanche de l’entrée dans la Semaine Sainte, la grande semaine qui célèbre le cœur de la foi chrétienne. Les croyants sont invités à se laisser porter par la Parole de Dieu et la liturgie qui en découle. Mais nous ne sommes pas simplement spectateurs, car l’itinéraire de Jésus pose la question de notre fidélité : de la joie bruyante de ce jour, jusqu’à la Passion que Jésus vivra seul.

La Parole de Dieu de ce dimanche des rameaux nous fait toucher les deux extrêmes de cette semaine, dans une même célébration, et nous rappelle la fragilité et l’inconstance de notre foi : la distance temporelle est courte entre la célébration triomphale de l’entrée de Jésus-Messie à Jérusalem (début de la liturgie, au moment de la bénédiction des Rameaux), et son rejet, son abandon au jour du Vendredi Saint (Lecture de la Passion selon St Luc). La Parole est aussi une nourriture, une contemplation (avec l’hymne aux Philippiens et le psaume) pour traverser ces événements avec le Christ.

Liturgie des Rameaux :

         • Luc 19,28-40

Le périple de Jésus s’achève. Parti de Galilée, il a marché sur la route, vers Jérusalem, ne comptant pas les détours pour annoncer l’Evangile. Le moment est arrivé, la course touche à son but. En tête du groupe des croyants, descendant par le Mont des Oliviers (d’où doit arriver le Messie), il entre dans la ville sainte. Il est accueilli par “ toute la foule des disciples ” qui crie sa joie, en étendant à terre des manteaux (mais sans agiter de rameaux, dans cet évangile de Luc). Cet événement rappelle l’investiture du roi Salomon, racontée dans le 1° Livre des Rois. Oui, Jésus est Roi (comme le nommera l’écriteau surmontant la croix), mais un roi sans armée, sans gloire. Il est monté sur un âne, marquant par-là que sa gloire n’est pas dans la puissance. L’entrée de Jésus à Jérusalem accomplit la prophétie de Zacharie, qui annonçait l’arrivée d’un roi pacifique dans la ville. Mais pour l’heure, même ses proches, tout à la joie de la fin de leur périple, n’imaginent pas ce qui va arriver, parce qu’ils n’ont pas saisi encore que la messianité de Jésus n’est pas de type guerrière. C’est bien la mort et la résurrection qui vont être la clé de compréhension de la foi.

Messe de la Passion

          • Isaïe 50,4-7

Les “ chants du Serviteur ” sont des passages très connus du livre du prophète Isaïe. Ils montrent un mystérieux serviteur, qui est un personnage fidèle au Seigneur, qui fait tout pour respecter et vivre la parole de Dieu, quoi qu’il puisse lui en coûter. Il s’en remet totalement à Dieu, et devient son porte-parole silencieux. Ce passage est le troisième chant du Serviteur. La tension est forte. Ce juste va être l’innocente victime de l’injustice et de l’oppression violente. Ce qui lui arrive est injuste. Et pour la première fois apparaît l’idée que le porte-parole de Dieu accepte sa souffrance, car il sait qu’il est innocent des crimes dont on l’accuse, et il sait que Dieu est du côté de ceux qui le servent fidèlement.

Isaïe 50 décrit ce qu’a vécu ce Serviteur : il est frappé, on se moque de lui, on crache sur lui. Les premiers chrétiens, encore sous le choc d’un Messie qui meurt sur une croix, alors qu’ils attendaient un envoyé guerrier, conquérant, ont scruté les Ecritures pour tenter de comprendre cette tragédie. Les prophètes, et notamment le prophète Isaïe, ont donné des mots pour comprendre ce qui était arrivé. Ces chrétiens ont vu dans la figure du Serviteur souffrant, la figure de Jésus, un modèle de confiance envers Dieu.
      
         • Psaume 21

Les strophes que nous lisons en cette fête des Rameaux font partie du psaume que Jésus a commencé à prier alors qu’il était pendu sur la croix. Psaume de déréliction extrême de celui qui se croit seul pour affronter sa destinée : “ Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ” Les versets lus vont dans le même sens. Il s’agit d’un dialogue entre “ moi ” (le psalmiste, mais aussi tout croyant), et “ Dieu ”. Mais c’est un dialogue difficile, balbutié dans une grande souffrance par celui qui prie et qui se sent abandonné de tous, même de Dieu. Et pourtant, il lui parle, pense qu’une solution de salut est possible. La deuxième partie du psaume s’ouvre parc cette parole joyeuse du psalmiste : “ Tu m’a répondu ”. Le psalmiste n’est plus isolé, perdu dans sa douleur, dans le non-sens de ce qui lui arrive. Le Seigneur l’entend et le délivre.

L’évangéliste Luc met dans la bouche de Jésus en croix les premiers mots de ce psaume. Si Jésus a connu l’angoisse liée à la souffrance et à la mort, comme tout homme, il a gardé sa confiance en son Père. N’oublions jamais le mouvement en deux parties de ce psaume, lorsque nous le lisons.

         • Luc 22,14– 23,56

Le récit de la Passion est celui de l’évangéliste de l’année, c’est-à-dire Luc. Si les évangiles diffèrent dans leur contenu pendant le ministère public de Jésus, ils se rejoignent pour les récits de la passion. Pourquoi ? Parce que ces événements (passion-mort-résurrection) constituent le cœur de la foi chrétienne, les évangélistes ont pris moins de liberté avec eux ; et aussi sans doute parce que ces récits ont vraisemblablement été mis par écrit assez vite, pour en garder une mémoire la plus fidèle possible. Cependant, chaque évangéliste rapporte ces événements avec sa sensibilité propre. Quel pourrait être le “ fil rouge ” du récit de Luc ? Sa volonté de montrer que Jésus vit ses derniers jours tragiques avec une certaine paix. Son chemin vers la vie nouvelle est empreint de sérénité, de pardon. Inutile de chercher dans ce récit la flagellation et le couronnement d’épines. L’évangéliste ne s’attarde pas à décrire les souffrances physiques de Jésus. Ce qu’il veut, pour achever la première partie de son œuvre, c’est témoigner comment la miséricorde de Dieu va connaître son sommet dans ces jours tragiques. Ce n’est pas pour rien que l’évangile de Luc est appelé l’évangile de la miséricorde. Paix, pardon, amour miséricordieux Voilà ce qui se dessine derrière le visage douloureux de Jésus.

Quelques exemples :

La paix profonde de Jésus apparaît tout d’abord dans la description de la dernière Cène et de l’atmosphère très intime de ce repas : “ J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous… ” La même paix est présente dans la façon dont il exprime le fait qu’il sait que l’un d’entre eux le livrera : “ La main de celui qui me livre est là, à côté de moi sur la table… ” Et lorsqu’une dispute surgit entre les disciples pour savoir lequel d’entre eux est le plus grand, il les réprimande, mais avec beaucoup de paix et d’affection.

Pour Luc, la paix de Jésus ne signifie cependant pas qu’il ignore le questionnement et le doute.  Au contraire, il vit une très rude agonie, spirituellement comme physiquement.  Mais en cela aussi il est plein de paix : “ Que ce soit ta volonté et non la mienne ”.

Son dialogue avec Pilate et ses accusateurs est lui aussi empreint de paix – une paix digne et solennelle.  Au sanhédrin qui lui demande : “ Tu es donc le Fils de Dieu ? ”, il répond : “ C’est vous qui le dites. ” À Pilate qui lui demande : “ Es-tu le roi de Juifs ? ”, il répond de même : “ C’est toi qui le dis. ”  Et au larron près de lui sur la croix il promet : “ Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ”.  Mais, par-dessus tout, sa dernière Parole, pleine de sérénité malgré sa profonde douleur : “ Père, entre tes mains je remets mon esprit ”.

Cette paix et ce pardon ne font que mettre en valeur la passion destructrice de ceux qui son dérangés par son message et son attitude. Ils semblent dominer, mais ils ne seront pas vainqueurs. Ce grand récit de la passion laisse entrevoir le sens profond de ce que les disciples vont vivre au cours de cette grande semaine, et qui éclatera dans la nuit de Pâques.

Avant la Bible (Lectures)

10 mars, 2010

du site:

http://www.sobicain.org/ense02FR.htm#_Toc27454900

Avant la Bible (Lectures)

Durant de longs siècles la Bible a été “le” livre, du peuple Juif d’abord, de l’Église ensuite. La foi n’était pas seulement une affaire individuelle. Il ne s’agissait pas seulement de connaître des lois de Dieu qui nous mènent au bonheur et à la récompense éternelle ; toute la Bible tournait autour d’une alliance de Dieu avec l’humanité. Il y avait eu un départ, des étapes, et il y avait au terme la récapitula­tion de notre race dans le Christ, et l’intégration du monde créé dans le mystère de Dieu. La Bible était donc une histoire, et elle voulait être l’histoire de l’humanité. Elle n’était pas seulement le livre des paroles de Dieu, mais elle était une des bases de la culture.

Pourtant, c’est un fait, toute l’histoire biblique a été écrite en l’espace de quelques siècles en un petit coin du monde. Même si ce lieu était, comme nous le dirons, un secteur très privilégié, les auteurs bi­bliques ne pouvaient voir de leur fenêtre qu’un tout petit morceau de l’espace et du temps. Sortis de leur histoire particulière, ils ne pouvaient plus se fier qu’à des on-dit et à des traditions anciennes.

Pour eux il ne faisait pas de doute que Dieu avait tout créé “au commencement”, c’est-à-dire, si l’on s’en tenait à quelques données brutes de la Genèse, il y a près de 6 000 ans. Il ne faisait pas de doute non plus que le monde habité ne s’étendait pas beaucoup plus loin que l’Europe et le Moyen Orient, et que l’humanité dans son ensemble avait reçu l’annonce de l’Évangile, même si des régions entières, comme les pays “maures”, c’est-à-dire islamiques, avaient abandonné la foi. Au 13 ème siècle, Saint Thomas d’Aquin affirmait que si par hasard quelqu’un restait encore dans l’ignorance du message chrétien, quelqu’un par exemple qui aurait toujours vécu au fond d’une grande forêt, Dieu ne manque­rait pas de lui envoyer un ange pour lui faire connaître sa parole.

C’est seulement au dix-huitième siècle que la science commença à ébranler ces certitudes. D’abord, la notion du temps. Un premier pas fut la découverte des temps énormes qu’il avait fallu pour la for­mation du globe, et des innombrables espèces animales et végétales qui avaient disparu de la terre après l’avoir couverte. On passa vite des 6 000 années traditionnelles aux millions puis aux milliards d’années.

Une seconde étape affecta beaucoup plus profondément la vision du monde, et ce fut l’intuition d’abord, puis des preuves toujours plus nombreuses d’une véritable histoire des êtres vivants. Il ne suffisait plus de classifier les espèces vivantes ou disparues selon leurs ressemblances ou différences, le tableau se transformait peu à peu en un arbre généalogique. On voyait se dessiner des troncs com­muns, des ramifications, et les formes ou les articulations étaient plus ou moins comparables selon que le cousinage était plus ou moins lointain.

Chose étrange, cette découverte qui cadrait avec les intuitions de certains des Pères de l’Église, fut regardée par l’ensemble du monde chrétien comme une dangereuse menace pour la foi. Une des rai­sons en était la philosophie — il serait mieux de dire la ”foi” — rationaliste ou antireligieuse de nom­breux scientifiques des deux siècles écoulés. Il leur suffisait d’avoir expliqué quelques mécanismes en jeu dans les toutes petites évolutions pour affirmer que toutes les inventions et merveilles de la nature pouvaient s’expliquer de même, et, bien plus, pour affirmer que tous les mécanismes étaient venus par hasard à partir de rien.

Mais aussi, comme les chrétiens étaient habitués à penser en termes de vérités immuables, ce qui était valable pour les dogmes de la foi, il leur semblait que Dieu devait avoir soumis de même le monde céleste et terrestre à des lois immuables : les astres devraient se contenter de tourner en rond (une orbite elliptique était déjà une grande tolérance) et les êtres vivants ne pouvaient que se reproduire toujours semblables. Et il a fallu attendre le deuxième quart du vingtième siècle pour qu’on dépasse enfin l’opposition entre une science antireligieuse dans ses prétentions, et une foi qui voulait ignorer les faits.

Où voulons-nous en venir ? Tout simplement à ceci. La vision d’un monde en évolution s’accorde très bien avec la conception chrétienne du temps et des “âges” de l’histoire. Si nous étudions les lettres de Paul, nous verrons que pour lui toute l’histoire humaine est une pédagogie de Dieu de laquelle émerge le vrai Adam. Contrairement à l’image si répandue d’un Adam Tarzan qui, au début des temps, était aussi beau et fort qu’on le voit sur la fresque de Michel-Ange, mais ensuite était tombé de son piédestal, saint Irénée de Lyon, après Paul, voyait toute l’histoire dirigée par la pédagogie de Dieu vers un accomplissement de la race, ou de la communauté humaine.

Si l’on entrait dans ces perspectives, il n’était plus difficile de penser que toute la création s’était faite dans le temps. Le “big bang”, quelle extraordinaire approche d’un départ du temps créé, un temps qui part de l’éternité et qui retourne à l’éternité ! Vingt milliards d’années pour l’expansion des mil­lions de galaxies, chacune avec leurs milliers ou millions de soleils. Et quelque part, des planètes. Combien ? Mystère. Combien habitées ? Plus mystérieux encore. Mais là aussi la foi a ses intuitions. Toute la Bible met en relief la liberté, la gratuité des gestes de Dieu. Un Dieu qui aime tous les hom­mes et les conduit tous vers lui, qu’ils le connaissent ou non, mais qui aussi sait choisir qui il veut pour lui donner ce qu’il ne donnera pas à d’autres. Et le fait que Dieu ait créé des millions de galaxies ne l’empêchera pas, s’il le veut, de ne choisir qu’une d’entre elles pour y mettre, quelque part dans un petit coin, cette race des “homo habilis” que la Parole de Dieu a choisie comme son point d’atterrissage dans la création.

L’homme n’est donc pas arrivé par hasard. Ce n’est pas un singe qui, par suite de quelques muta­tions chromosomiques tout à fait imprévisibles, s’est réveillé un jour capable de comprendre ; il y au­rait pas mal à dire sur ces fameux hasards qui, au dire de certains, auraient fait qu’un jour une race de singes et de guenons laisserait la place à quelques grands musiciens et à pas mal de jolies filles. Il a fallu bien des générations, bien des maillons, et beaucoup d’humbles ancêtres que peut-être Dieu déjà connaissait et aimait comme il nous aime, mais le modèle et le but étaient là avant eux, et c’était le Christ.

Ici nous voudrions rappeler en quelques lignes les grandes étapes qui ont précédé la formation du peuple de la Bible.

Le Psaume 50, dit Miserere, dans la liturgie

19 février, 2010

du site:

http://www.theolarge.fr/spip.php?article125

Le Psaume 50, dit Miserere, dans la liturgie

10 octobre 2009| Frédérique Poulet

Un commentaire liturgique et théologique du Psaume 50.

Cet article reprend le texte d’une intervention à un colloque Art et miséricorde de Pentecôte 2009.

Nous venons d’écouter le Miserere, l´une des prières les plus célèbres du Psautier, le psaume pénitentiel et de miséricorde le plus intense et le plus répété dans la liturgie, un psaume qui est conjointement le chant du pécheur et le chant de la miséricorde de Dieu, la méditation la plus profonde sur le péché, la faute et sur la grâce, l’action de grâces pour son pardon.

Les psaumes ont été intégrés dans la liturgie chrétienne depuis l’époque de Jésus et des apôtres. Formé à l’école de la prière juive, Jésus a prié les psaumes (Mt 26,30 ; Mc 14,26). De même saint Paul invitait les premières communautés à prier ainsi :

« Chantez à Dieu de tout votre cœur avec reconnaissance, par des Psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés. Et quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant par lui grâces au Dieu Père ! » (Col 3,16b-17)

Ce que l’on retrouve d’ailleurs dans le livre des Actes :

À ce récit, d’un seul élan, ils élevèrent la voix vers Dieu et dirent : « Maître, c’est toi qui as fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve ; c’est toi qui as dit par l’Esprit Saint et par la bouche de notre père David, ton serviteur : Pourquoi cette arrogance chez les nations, ces vains projets chez les peuples ? Les rois de la terre se sont mis en campagne et les magistrats se sont rassemblés de concert contre le Seigneur et contre son Oint. Oui vraiment, ils se sont rassemblés dans cette ville contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, Hérode et Ponce Pilate avec les nations païennes et les peuples d’Israël, pour accomplir tout ce que, dans ta puissance et ta sagesse, tu avais déterminé par avance..À présent donc, Seigneur, considère leurs menaces et, afin de permettre à tes serviteurs d’annoncer ta parole en toute assurance, étends la main pour opérer des guérisons, signes et prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus. » Ac 4,24-30

Très vite les psaumes vont être intégrés dans la liturgie telle que nous la connaissons, c’est-à-dire en réponse aux lectures. On en a trace dès 210 chez Tertullien et ensuite de façon plus structurée et systématique dans les écrits de la fin du IVe siècle et ce dans plusieurs lieux. C’est donc une pratique commune à plusieurs Églises.

Dans des contextes précis, les psaumes étaient choisis en fonction de leur correspondance avec l’objet de la célébration, par exemple l’heure de la prière « Seigneur ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange » Ps 50 ou le thème des lectures et des fêtes.

 La conversion, la miséricorde : un don de la fraternité
La tradition hébraïque a placé le Psaume sur les lèvres de David, invité d’abord à reconnaître son péché puis à la conversion et à la pénitence par le prophète Nathan (2 S 11-12), (vendredi et samedi de la 3e semaine du temps ordinaire). En effet, comme l’indiquent les deux premiers versets du psaume, le prophète Nathan fait connaître son péché à David : « Du maître de chant. Psaume. De David. Quand Natân le prophète vint à lui parce qu’il était allé vers Bethsabée. » (Ps 50, 1-2).Cette première mention du psaume et le lien que fait la liturgie avec lui est intéressante et nous renseigne sur une première dimension de la miséricorde. Elle nous dit d’emblée, et c’est très important, que la conversion, la miséricorde n’est pas une expérience exclusivement personnelle. Elle manifeste qu’elle est de l’ordre de la responsabilité prophétique. Pour ceux qui ont été baptisés parmi nous, lors de notre baptême, nous avons été oints du saint Chrême et à ce moment là le prêtre a prononcé ces paroles rituelles « Désormais …tu es membre du Corps du Christ et participes à sa dignité de prêtre, prophète et roi » [1] Parce que membre du Corps du Christ chacun a vocation prophétique à devenir le frère au sens évangélique du terme. Être un frère prophétique, c’est être celui qui sait prendre le chemin du cœur du frère non pas pour le condamner, ce n’est pas ce que fait le prophète Nathan avec David, mais pour être celui qui éclaire, qui trouve le chemin vers le cœur du frère, qui lui ouvre les yeux et le cœur et l’empêche de s’enfermer dans son péché et dans sa faute. C’est une dimension importante de l’expérience de la miséricorde, elle est à la fois très personnelle, le psaume 50 est un psaume en je « pitié pour moi, ma faute est toujours devant moi, ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait, etc. » et en même temps ce cri vers Dieu, cette reconnaissance de la faute, cette prière surgit parce qu’un frère (médiation dans l’ordre spirituel) a su trouver le chemin du cœur. Il est en ce sens important de regarder dans le tableau le nombre important de fois où le psaume 50 est pris durant le temps du carême. Or qu’est-ce que le carême ? C’est un temps de conversion à la fois communautaire et personnel. Ainsi Durant le temps où l’Église est appelée à traduire par une vie de conversion ce qu’elle a reçu au baptême, durant le temps de la grande convocation de tout le peuple de Dieu, pour qu’il se laisse purifier et sanctifier par son Sauveur et Seigneur, durant ce temps on chante, plus qu’en tout autre temps liturgique, le psaume 50.

Il s’agit de la première dimension de la miséricorde, elle est un don de la fraternité et de la communauté. Un chemin ouvert dans le cœur par la présence du frère. Le ps 50 est d’ailleurs en ce sens chargé de thèmes prophétiques qui vont nous éclairer sur sa nature. Il s’agit d’un psaume qui est une réponse à une invitation à la conversion, invitation qui est d’ordre prophétique. C’est là le rôle des deux premiers versets, mais aussi selon Patrick Faure [2] que je cite, du psaume 49 qui précède et qui forme avec le psaume 50 un diptyque.

On peut aussi noter, d’ailleurs dans le psaume des thèmes prophétiques tels que celui de l’alliance nouvelle, renouvelée et raffermie (Jr 31,31) lu lors du 5e dimanche de carême B, et du jeudi de la 18e semaine du temps ordinaire, du cœur nouveau et de l’Esprit de Dieu communiqué à l’homme qui se tourne vers Dieu cf. Ez 36 (Vigile Pascale et jeudi de la 20e semaine du temps ordinaire).

 La miséricorde un don qui est fait à chacun
Comment entrer dans ce mouvement de miséricorde auquel chacun est appelé ? Je dirais simplement qu’il suffit de se laisser guider par le psaume, d’entrer dans le chant du psaume, de devenir psaume. Chanter dans la liturgie le psaume 50 c’est faire sien le mouvement de la miséricorde. Un mouvement qui comporte trois temps. Nous avons donc vu le premier et ensuite, de manière habituelle, on divise le psaume 50 en deux parties et une conclusion. Les versets 3 à 11 (« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour… ») puis 12-19 (« Crée en moi un cœur pur… »)et enfin la conclusion, v. 20-21 (« Accorde à Sion le bonheur… »).

Il y a tout d´abord la reconnaissance du péché et de son emprise sur celui qui chante le psaume. (cf. v. 3-11), L’homme se trouve dans la condition de pécheur, et ce depuis le début de son existence. Même si le psaume est pris après le récit de la genèse et la manducation du fruit de l’arbre du jardin lors du premier dimanche de carême de l’année A on ne peut y voir, dit Jean Paul II lui-même commentant ce psaume, une « formulation explicite de la doctrine du péché originel, telle qu´elle a été définie par la théologie chrétienne  ». Toutefois, ajoute-t-il, il ne fait aucun doute qu´elle y correspond : elle exprime en effet la dimension profonde de la faiblesse de l´homme qui se trouve dans la condition de pécheur, solidaire dès sa naissance d’un monde marqué par le mal. « Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère ».( v.7) Il ne faut pas voir ici une vision négative de l’homme mais bien plutôt une saine reconnaissance de sa faiblesse. Le Psaume apparaît dans cette première partie comme une ouverture à la lumière de Dieu, à son amour et une offrande à son regard de miséricorde. Le psaume s’adresse à Dieu, » Pitié pour moi mon Dieu dans ton amour, selon ta grande miséricorde efface mon péché » (v. 3) Ce n’est pas l’homme pécheur qui fait une introspection, c’est l’ouverture à la lumière qui permet de nommer le péché, péché qui malheureusement touche l’homme mais et c’est absolument capital, péché dont il se sait déjà libérable. C’est d’ailleurs cela le sens de la pénitence, se tourner, se convertir, se tourner vers Celui qui peut sauver. C’est d’ailleurs le sens de nombreuses lectures auxquelles le Ps 50 répond. Le livre de Joël au chapitre 2 (Mercredi des cendres), Jonas au chapitre 3 (Mercredi de la 1ère semaine de carême) Le livre d’Osée au chapitre 14 (vendredi de la 14e semaine du temps ordinaire) le livre d’Ézéchiel au chapitre 18 (Samedi de la 19e semaine du temps ordinaire), c’est la démarche de l’ensemble du carême qui est largement balisé, depuis le mercredi des cendres jusqu’à la vigile pascale par ce psaume. C’est renoncer à tout ce qui entraîne vers la mort en se tournant vers celui qui peut sauver de la mort du péché. Car, et c’est là la réalité, le péché est un désastre pour un Dieu qui a créé l’homme à son image et qui aime sa créature de tout son être, de toutes ses entrailles de miséricorde. En fait le péché est une aberration autant pour Dieu que pour la créature, et d’ailleurs la première mention du péché dans le psaume c’est le terme hébreu hata ??? qui signifie littéralement « manquer la cible », pécher, commettre une faute. Ce terme apparaît ainsi au moins en 6 versets (4b, 5b, 6a, 7b, 9a, 11a). Le deuxième terme hébreu est awon ??? qui renvoie à l´image d’iniquité, de ce qui est tordu, courbé. Le péché est donc une déviation tortueuse, il est l´inversion, la distorsion, la déformation du bien et du mal Le troisième mot avec lequel le Psalmiste parle du péché est peshá .??? Il exprime le refus de dépendance de Dieu et de son projet pour l´histoire humaine. Comme le dit Matthieu Collin [3] la première partie du psaume 50 joue donc avec le vocabulaire du péché. Comme nous venons de le voir, on a un grand nombre de désignations du péché. Et l’on pourrait croire qu’il s’agit là seulement d’un psaume de reconnaissance du péché, un psaume axé sur le péché alors que nous parlons aujourd’hui de miséricorde. Ce pourrait être le cas si nous ne faisions pas mention d’un verset central dans cette première partie. Il s’agit du verset 6b. Nous allons donc le reprendre et voir comment il s’inscrit dans le psaume. On a un psaume dont toute la première partie est assez intimiste. Il suffit de relever le nombre de fois ou on a je, moi, etc. bref, la première personne du singulier. Mais ce je, ce moi, n’est pas tout seul, il se tourne vers un Tu qu’il appelle et dont il a déjà expérimenté l’amour. C’est là tout le mouvement de la miséricorde.

 On ne peut se reconnaître pécheur que face à un Dieu qui nous aime
Jean Vanier aime à dire qu’on ne peut se montrer vulnérable que devant des gens qui vous aiment. Et c’est aussi vrai dans la vie liturgique. Faire siennes les paroles du psaume nécessite d’avoir déjà rencontré Dieu, qui devient dès le premier verset » Mon Dieu » et un Dieu qui aime, dont on a fait l’expérience de l’amour. On ne peut demander pardon et reconnaître sa faute qu’à la lumière de l’amour et c’est pourquoi dans la liturgie on ne commence pas par le psaume dans la liturgie de la Parole. Il s’agit toujours de ce qu’on appelle un psaume responsorial. Dieu aime, il est toujours à l’initiative de l’Alliance et c’est pourquoi sa Parole est toujours première, elle invite à la conversion et le psaume est réponse, deuxième mouvement, réponse à une Parole de Celui qui propose une alliance ou de renouveler une alliance ou qui montre la rupture d’Alliance car Dieu aime même quand il y a rupture d’alliance, il fait miséricorde. Et ce Dieu qui aime, ne cesse de renouveler son alliance comme le rappelle le verset 3. Dans ce verset on retrouve d’ailleurs, comme le fait remarquer Patrick Faure, trois termes. « pitié, amour fidèle, miséricorde  » qui sont ceux du livre de l’Exode au chapitre 34 (le veau d’or 24e dimanche du temps ordinaire). Face à la rupture d’alliance, face au péché d’idolâtrie Dieu aime avec pitié, amour fidèle et miséricorde. Et ce Dieu qui est miséricorde est aussi un Dieu qui montre sa justice (v5.6a) qui juge et montre sa victoire v.6b. Et c’est là le thème central de cette première partie. Que veut donc dire cette justice, finalement ce psaume est-il bien adapté et les liturgistes ont-ils fait le bon choix en le retenant comme psaume de miséricorde ? N’est-on pas plutôt dans une optique de faute et de jugement ? Il faut se poser la question et on ne peut l’éluder. Car, pour bien comprendre ce qu’est la miséricorde il faut aussi comprendre ce que veut dire un Dieu qui montre sa justice, ce qu’est la justice de Dieu. Cela ne signifie pas que Dieu est un juge impartial et neutre au-dessus des parties en procès mais un juge atteint par le péché « contre Toi et Toi seul » et qui ne demande qu’à justifier.

 Le Dieu, juge de justice, c’est celui qui restaure dans la dignité
Le Dieu, juge de justice, c’est celui qui permet à sa créature d’être justifié au sens théologique du terme, celui qui restaure dans la dignité, qui restaure selon l’ordre de la grâce et redonne possibilité de vivre l’alliance. C’est là le sens de la justice et de la référence à un Dieu de justice. Dieu justifie, donne sa grâce et son pardon au pécheur qui l’implore. C’est pour cela que l’on a cette mention de la justice de Dieu au verset central de la première partie du psaume. C’est là le message central de cette partie du psaume. C’est Dieu qui ne peut s’arrêter au péché, parce que, quand il pèche, l’homme n’est pas ajusté à Dieu. La justice de Dieu n’est pas à opposer à sa miséricorde. La miséricorde divine est juste. Justifier pour Dieu c’est redonner vie, faire miséricorde restaurer dans l’ordre de la grâce, ce n’est pas pointer un manquement à la loi (d’ailleurs dans la liturgie, le psaume 50 n’est jamais chanté après un texte du deutéronome ou du lévitique par exemple). D’ailleurs le v.5 le confirme, le psalmiste dit « ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait »… mais on n’en sait pas plus, il ne nomme pas tel ou tel manquement. Celui à qui Dieu fait miséricorde retrouve la joie des sauvés, la joie de ceux qui ont lavés, plongés dans l’amour. Et dans cette perspective il est tout à fait logique de trouver ce psaume pour encadrer la démarche du carême, préparation à l’alliance nouvelle, à la purification et à la restauration de la créature (marquée par le péché originel) par son créateur qui est tout amour. On retrouve bien ici le choix du psaume 50 pour répondre à la proclamation de Genèse 2 lors du premier dimanche du carême année A. Dieu ne peut abandonner sa créature qui crie devant lui et reconnaît sa pauvreté. Le psaume 50 est un psaume qui se joue entre purification et recréation. Pas l’un sans l’autre.

 Faire l’expérience de la miséricorde, c’est être renouvelé, recréé
Faire l’expérience de la miséricorde et c’est ce que nous apprend ce psaume, ce n’est pas seulement être purifié de ses péchés, c’est être purifié dans un mouvement qui recrée, qui renouvelle, qui ajuste au projet de Dieu. La miséricorde redonne vie. L’usage liturgique du psaume 50 nous apprend que faire miséricorde c’est guérir la vie. C’est d’ailleurs le sens de l’emploi de ce psaume pour répondre à la prière de Moïse face à Myriam touchée par la lèpre (mardi de la 18e semaine du temps ordinaire) « mon Dieu je t’en prie guéris-la ». Car le péché est une lèpre qui ronge la vie et on en retrouve une allusion très claire au v.9 puisque, comme l’explique M. Mannati, [4] on parle de purification avec l’hysope et qu’il était d’usage d’asperger les lépreux avec une branche d’hysope pour leur purification rituelle (Lv14). On peut aussi aisément faire le lien entre la blancheur de la neige (v.9) et le manteau blanc dont étaient revêtus les catéchumènes, car le baptême purifie et justifie pour la vie » Que cette eau reçoive de l’Esprit Saint la grâce de ton Fils unique, afin que l’homme, créé à ta ressemblance et lavé par le baptême des souillures qui déforment cette image puisse renaître de l’eau et de l’Esprit pour la vie nouvelle d’enfant de Dieu » [5]. Pour résumer cette première partie du psaume si l´homme confesse son péché, la justice salvifique de Dieu est prête à le purifier radicalement et à lui redonner vie.

 La miséricorde ou le voyage dans « la région lumineuse de la grâce »
Il nous faut maintenant entrer dans la deuxième partie et considérer le deuxième mouvement de la miséricorde, entrer dans « la région lumineuse de la grâce » (v. 12-19) comme le disait Jean-Paul II commentant ce psaume. En effet, à travers la reconnaissance de son péché, s´ouvre pour l´orant un horizon de lumière, dans lequel Dieu est à l´œuvre. Le Seigneur n´agit pas seulement négativement, en éliminant le péché, mais il recrée l´humanité pécheresse à travers son Esprit vivifiant : l’Esprit dans l’Église est celui qui vivifie, qui « donne la vie » dit le symbole des apôtres. On trouve trois mentions de l’Esprit au début de cette deuxième partie du psaume (v.12b, 13b, 14b). De lui même l’homme ne peut pas passer du péché à la grâce, seul Dieu, par son Esprit, peut transformer le cœur blessé par le péché en cœur vivant. il donne à l´homme un “cœur” « nouveau et pur » ( Cf. Ez 18,samedi 19e semaine du temps ordinaire). Il faut noter que la mention de l’Esprit Saint (v.13b) est extrêmement rare dans l’Ancien Testament. On ne la trouve que deux fois, ici et en Is 63,10-14 [6]. Ainsi de même que l’Esprit a fait sortir Moïse et son peuple de la terre d’esclavage, de même l’Esprit accompagne celui qui prie le psaume dans sa marche, dans sa sortie de l’esclavage du péché, de la violence (au verset 16 on fait mention du sang) vers le domaine de la vie selon l’ordre de la grâce. Origène parle à ce propos d´une thérapie divine, que le Seigneur accomplit à travers sa parole et à travers l´œuvre de guérison du Christ . Aux versets 16 et 17 le psalmiste ne se contente plus de reconnaître la justice de Dieu de la même façon qu’au verset.6 car le mot justice est alors associé au mot louange. Par l’Esprit Saint la justice est devenue efficace dans la vie de celui qui chante le psaume, qui prie le psaume. Il est en train de faire l’expérience de la miséricorde, il se laisse recréer. C’est pourquoi il ne craint pas d’offrir son cœur brisé et broyé à Dieu, à la force de l’Esprit Saint.( v.19) Il entre dans le mouvement de miséricorde qu’on retrouve par exemple en Ézéchiel au chapitre 18 (samedi de la 19e semaine du temps ordinaire) « Rejetez tous vos péchés, faites vous un cœur nouveau et un esprit nouveau ». C’est là le seul sacrifice qui plaît à Dieu (cf. Os 6,1-6 samedi de la 3e semaine de carême). Les derniers versets, sans doute rajoutés après l’exil, montrent, comme nous l’avions vu au départ, que la miséricorde n’est pas seulement une expérience personnelle mais un enrichissement de toute la communauté, de toute l’Église « Relève les murs de Jérusalem » (v.20) En accueillant la miséricorde, le cœur brisé devient cœur renouvelé, ferment d’unité et d’amour dans l’Église. Par ces deux versets, l’expérience vécue prend une portée communautaire. L’oracle Ézéchiel au chapitre 36 (jeudi 20e semaine du temps ordinaire) reprend d’ailleurs la même logique. Le prophète parle d’abord de la recréation personnelle (cœur nouveau, esprit nouveau) et ensuite étend cela à toute la ville.

 La miséricorde : une dynamique de recréation
Le regard d´ensemble posé sur ce texte liturgique donne de découvrir le processus de la miséricorde. Il s’agit d’un dynamisme de recréation qui offre un cœur brisé à l’amour blessé de Dieu qui fait toutes choses nouvelles quand passe le vent de l’Esprit. Il n’a pas été retenu par la liturgie pour la Pentecôte, on peut quelquefois le regretter car il mentionne l’Esprit Saint mais peu importe il permet de découvrir par expérience le cœur miséricordieux de Dieu, c’est là son rôle essentiel. Et quand l’art se joint au texte, comme dans le Miserere d’Allegri, alors il suffit de se laisser porter, d’ouvrir son cœur qui devient miséricordieux. Chanter le psaume c’est entrer dans la joie de la miséricorde éprouvée par le cœur pur.

Pour terminer un texte de Saint Isaac le Syrien (7e siècle) qui nous rappelle l’enjeu de ce chant du psaume 50

« Quand l’homme reconnaît-il que son cœur atteint la pureté ? … qu’est-ce- que cette pureté ? En peu de mots, c’est la miséricorde du cœur à l’égard de l’univers entier. Et qu’est- ce que la miséricorde du cœur, c’est la flamme qui l’embrase pour toute la création…pour tout être créé. Quand il songe à eux ou quand il les regarde, l’homme sent ses yeux s’emplir des larmes d’une profonde, d’une intense pitié qui lui étreint le cœur et le rend incapable de tolérer, d’entendre, de voir le moindre tort ou la moindre affliction endurée par une créature. C’est pourquoi la prière accompagnée de larmes s’étend à toute heure aussi bien sur les êtres dépourvus de parole que sur les ennemis de la vérité, ou sur ceux qui lui nuisent, pour qu’ils soient gardés et purifiés. Une compassion immense et sans mesure naît dans le cœur de l’homme, à l’image de Dieu. » [7]

[1] Rituel du baptême des petits enfants, Paris, Mame/Tardy, 1984, (RR98) RF n° 140.
[2] Patrick Faure, Des chemins s’ouvrent dans leurs cœurs. Étude et méditation des Psaumes, Parole et silence, 2007, p.66.
[3] Matthieu Collin, Comme un murmure de cithare. Introduction aux psaumes, DDB, 2008.
[4] M. Mannati, le Psaume 50 est-il un Rib, Sem 23 (1973) p.27-50.
[5] Rituel du baptême des petits enfants, Bénédiction de l’eau à la veillée pascale et hors du temps pascal RR 91 ( RF 132)
[6] Dans ce récit d’Isaïe, l’hagiographe fait une relecture de l’Exode au cours de laquelle l’Esprit Saint guide Moïse pour conduire Israël.
[7] Isaac le Syrien, Discours ascétique, §81 (trad. AELF, 1974), p.656.

LES ENSEIGNEMENTS DE JÉSUS SUR LE JEÛNE

18 février, 2010

du site:

http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/jeuner.htm

LES ENSEIGNEMENTS DE JÉSUS SUR LE JEÛNE

L’enseignement de Jésus concernant le jeûne est très important pour nous assurer que nos efforts de jeûne porteront fruit. Car le jeûne n’est pas sans danger ; il peut devenir lui-même occasion de chute et, plutôt que d’être un moyen de s’approcher de Dieu, le jeûne peut même nous en éloigner.

Les juifs pratiquaient le jeûne comme ascèse personnelle et collective, comme nous l’apprennent l’Ancien et le Nouveau Testament. Dans le Nouveau Testament, nous voyons que les disciples de Jean le Baptiste, ainsi que ceux des Pharisiens, jeûnaient et que Jésus lui-même, avant d’entreprendre sa vie publique a jeûné pendant quarante jours. À la suite de ce jeûne il a été tenté par Satan (Mt 4, 1-11; Lc 4, 1-13). Voilà donc la première leçon à retenir des récits évangéliques concernant le jeûne : Jésus nous enseigne l’importance du jeûne par l’exemple de son propre jeûne avant de commencer sa vie publique. Ce n’est pas par hasard que la première tentation de Jésus concerne justement la nourriture, car le Malin cherche à éprouver Jésus là où il perçoit un point faible, là où Jésus a volontairement affaibli son corps humain ; l’Évangile nous dit qu’après avoir jeûné pendant quarante jours, Jésus « eut faim ». Et le Tentateur suggère à Jésus de combler sa faim en exerçant son pouvoir divin de changer des pierres en pain. La réplique de Jésus pour écarter la tentation est tirée du Deutéronome : Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Dt 8, 3).

Ici, le « pain » ne signifie pas seulement la nourriture dont l’homme a besoin pour la vie de son corps, mais plutôt tout ce qui « nourrit » les sens, tout ce qui convient au corps. Dans son sens plus large le « pain » est également tout ce qui est créé, toute créature, tout ce qui nourrit l’affectivité et l’intellect de l’homme. Bref, tout ce qui n’est pas Dieu lui-même. Ainsi que le corps de l’homme se nourrit d’aliments physiques pour survivre, l’esprit de l’homme, créé à l’image de Dieu, se nourrit de la parole de Dieu, donc de Dieu lui-même. Pour accéder à toute la noblesse de sa nature humaine créée à l’image et faite à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26), l’homme a besoin de la nourriture spirituelle que constitue la parole de Dieu.

La réponse de Jésus à Satan dénonce le mensonge du Malin, que l’homme peut se nourrir des créatures, qu’il peut trouver la vie éternelle pour laquelle il a été créé ailleurs qu’en Dieu lui-même. C’est le même mensonge que le Tentateur proféra à Adam : Vous ne mourrez pas ! Dieu le sait : le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux qui connaissent ce qui est bon ou mauvais (Gn 3, 5). Alors qu’Adam, le premier homme, a mangé du fruit interdit à l’invitation du Malin, espérant ainsi trouver la vie éternelle sans Dieu, et qu’il a entraîné la chute de l’humanité, le Christ, le nouvel Adam, refoule le mensonge du Malin et expie la faute d’Adam, rétablissant l’humanité sur la bonne voie, celle voulue par Dieu depuis toute éternité : que l’homme trouve sa nourriture en Dieu lui-même, devenant véritablement « enfant de Dieu », partageant la vie divine.

Les circonstances du jeûne de Jésus nous aident également à comprendre le sens spirituel du jeûne. Le jeûne de Jésus eut lieu « au désert », c’est-à-dire dans un lieu aride, solitaire, éloigné des villes et des hommes, là où il n’y a que peu de végétation et d’eau. Aujourd’hui, on dirait qu’il y a peu de « distractions » – ce qui nous « distrait » de Dieu. C’est ainsi que doit être le « lieu » de notre jeûne, loin des « distractions », nous permettant d’entrer dans le « désert », à la fois le désert physique, ne serait-ce que notre chambre, et le désert spirituel, celui de notre cœur, afin de nous préparer à la rencontre avec Dieu : le désert est le lieu où je suis seul avec Dieu.

Le désert est aussi le lieu de la tentation : le moment le plus propice à la rencontre avec Dieu est aussi le moment où le Malin cherche à nous faire chuter, car il sait que c’est au désert que nous avons la possibilité de rejoindre la grâce divine. Si Jésus a été tenté suite à son jeûne, comment pensons-nous nous échapper de la tentation ? Le jeûne, la privation des plaisirs des sens, est accompagné de tentations, non seulement celle d’abandonner le jeûne, mais d’autres encore – il ne faut pas oublier que Jésus subit deux autres tentations après celle du pain.

Si donc le jeûne entraîne de tels risques, comment pouvons-nous nous préparer pour la lutte inévitable ? Jésus nous donne une réponse dans le texte de l’Évangile de Marc : Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière et le jeûne (Mc 9, 25-29). Jésus nous enseigne ici à associer la prière au jeûne, si nous voulons expulser les « esprits impurs » qui cherchent à s’installer en nous. Nous acquérons les bénéfices du jeûne seulement si le jeûne est complété par la prière, un effort de prière supplémentaire pendant la période du jeûne – se nourrir en Dieu, s’unir à lui par la prière. L’effort ascétique, la maîtrise de soi, de ses « passions » comme diraient les Pères du désert, doit être associé à la prière ; les deux sont essentiels pour le progrès spirituel.

Le deuxième texte de l’Évangile de Matthieu (Mt 6, 16-18), qui fait partie du Sermon sur la Montagne, est une mise en garde concernant une des tentations accompagnant le jeûne. Le jeûne n’est pas un but en soi et de nos jours on pratique le jeûne pour toute sorte de raisons qui ne relèvent pas du domaine spirituel. Le jeûne peut devenir lui-même une occasion de chute. Jésus souligne en particulier le risque de vaine gloire en faisant allusion à ceux qui s’assurent que leur jeûne soit remarqué par les hommes. Notre jeûne doit être un acte devant Dieu et non devant les hommes, pas même nos confrères dans la foi. Celui qui jeûne se place devant Dieu, son jeûne est une offrande à Dieu, et non aux hommes.

Dans le texte de l’Évangile de Luc (Lc 5, 33-35), les Pharisiens essaient d’embarrasser Jésus en lui reprochant que ses disciples ne jeûnent pas, alors que ceux de Jean le Baptiste et des Pharisiens jeûnent souvent. Sans répondre directement, Jésus demande s’il est approprié que les compagnons de l’époux jeûnent pendant que l’époux est avec eux – c’est-à-dire à l’occasion du mariage proche. La réponse qui s’impose est « non », le jeûne n’est pas approprié à ce moment-là, mais, comme l’indique Jésus en disant qu’ils jeûneront lorsque l’époux ne sera plus avec eux. L’époux c’est Jésus lui-même, et pendant qu’il est avec ses disciples, ils sont nourris et rassasiés par sa présence ; ils les comble du pain de vie de sa parole. Quand l’époux leur aura été enlevé, alors ils jeûneront en ces jours-là. Le jeûne n’a de sens que pour celui qui sait ce qui est la nourriture ou y aspire de tout son être, et qui, dans la privation, souffre de l’absence de ce qui le rassasie.

Donc il y a des moments pour jeûner, et des moments pour ne pas jeûner – quand l’époux est avec nous. L’année liturgique étant un rappel de la vie de Jésus, de la Mère de Dieu et des saints, l’Église orthodoxe indique certains jours et certaines périodes pour le jeûne, quand nous sommes dans l’attente de l’Époux, et certaines périodes où le jeûne n’est pas indiqué – quand « l’Époux est avec nous », surtout les jours des grandes fêtes liturgiques, même chaque dimanche, le jour de la Résurrection du Christ. Même pendant le Grand Carême, le jeûne n’est pas total tous les jours, car il y un allégement du jeûne les samedis et dimanches.

L’enseignement le plus important à retenir est peut-être la nécessité d’associer la prière au jeûne, la prière afin de pouvoir accomplir l’effort nécessaire, mais encore plus important, la prière en tant que rapprochement de Dieu – le jeûne nous présente la possibilité de nous unir d’avantage à Dieu par la prière : « La prière est une conversation de l’intelligence avec Dieu » (Évagre le Pontique, Chapitres sur la prière, 3).

De la loi de Dieu et les préceptes des hommes, Saint Marc 7, 1-13 (méditation)

8 février, 2010

du site:

http://viechretienne.catholique.org/meditation/28806-de-la-loi-de-dieu-et-les-preceptes-des

Les méditations

De la loi de Dieu et les préceptes des hommes

Saint Marc 7, 1-13

Les pharisiens et quelques scribes étaient venus de Jérusalem. Ils se réunissent autour de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leurs repas avec des mains impures, c’est-à-dire, non lavées. Or, les pharisiens, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, fidèles à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de cruches et de plats. Alors les pharisiens et les scribes demandent à Jésus : -Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas sans s’être lavé les mains ? Jésus leur répond : « Isaïe a fait une bonne prophétie sur vous, hypocrites, dans ce passage d’écriture : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. Il est inutile, le culte qu’ils me rendent ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. » Il leur disait encore : « Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour observer votre tradition. En effet, Moïse a dit : Honore ton père et ta mère. Et encore : Celui qui maudit son père ou sa mère sera mis à mort. Et vous, vous dites : Supposons qu’un homme déclare à son père ou à sa mère : Les ressources qui m’auraient permis de t’aider sont corbane, c’est-à-dire offrande sacrée. Vous l’autorisez à ne plus rien faire pour son père ou pour sa mère, et vous annulez la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. Et vous faites beaucoup de choses du même genre. »

Prière d’introduction Seigneur, je te rends grâce de m’avoir donné l’Évangile qui me permet de te connaître, de connaître la vérité et d’avoir un guide sûr, pour ma vie sur terre. Je te remercie de me prévenir des attitudes et des dispositions qui pourraient devenir des tentations pour moi. Aide-moi à écouter avec une oreille attentive et donne-moi la volonté d’agir selon ta loi. Je t’aime pour ta bonté et ta miséricorde : je me remets entre tes mains.

Demande Seigneur, aide-moi à te servir sincèrement, avec authenticité, en vérité et par amour.

Points de réflexion
1. Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. Jésus Christ n’en reste pas à la signification matérielle des commandements mais il nous renvoie à leur signification spirituelle et à leur accomplissement, grâce auquel l’homme s’élève. Les commandements nous sont donnés pour que l’homme atteigne Dieu, et non pour qu’il s’en éloigne. Trop souvent, des soi-disant disciples donnent l’impression de vivre chrétiennement, tout en acceptant des désirs impurs ou des convoitises dans leur cœur. De telles dispositions donnent à l’homme orgueilleux une certaine sécurité à court terme, mais ce sera toujours illusoire car sa pensée n’est pas enracinée dans la vérité. Jésus appelle ses disciples à l’authenticité. Est-ce que d’une manière ou d’une autre je rends hommage à Dieu avec mes lèvres, mais mon cœur reste partagé ? Est-ce que mes actions reflètent un amour sans partage pour la loi de Dieu ?

2. Le culte qu’ils me rendent est inutile. Le dur reproche que Jésus fait aux pharisiens met en évidence comment l’homme peut arriver à la déformation de la conscience par l’orgueil. La loi que Dieu a donnée à Moïse prescrit d’honorer ses parents et elle établit des peines graves pour ceux qui insultent ou médisent. Les pharisiens, pourtant, en arrivent à une contradiction avec la loi. Ils avaient établi une règle qui affirmait que, si quelqu’un avait déclaré que ses biens soutiendraient le temple, il ne pouvait s’en servir pour aider ses parents, sans commettre une faute envers le temple. La contradiction est flagrante. Ces pharisiens honorent Dieu avec les lèvres mais leur cœur est loin de Lui. Comment puis-je m’assurer que ma prière soit vraie, que je m’adresse à Notre Seigneur avec mon cœur ?

3. Vous annulez la parole de Dieu. Jésus souffre de voir l’aveuglement des autorités religieuses de l’époque. Or, cet aveuglement est le fruit de l’orgueil. C’est le plus subtil et le plus meurtrier des sept péchés capitaux. Il est présent partout et il se glisse subrepticement dans nos vies de bien des manières. Il y a ceux, par exemple, qui refusent de voir la volonté de Dieu dans les supérieurs légitimes. Pour certains, le Pape est relégué au rôle de simple consultant que l’on écoutera si, et seulement si, ce qu’il dit leur plaît. Il y a ceux qui choisissent parmi les enseignements du Magistère ceux qui leur convient et ceux qu’ils rejettent. Mais lorsque nous agissons ainsi, nous oublions que Jésus Christ est présent et actif dans l ’Eglise ; nous mettons en doute sa parole. Par notre orgueil, nous nous référons à notre propre « magistère », en refusant, tout comme les pharisiens, de voir la vérité.

Dialogue avec le Christ Jésus Christ, Fils du Père Eternel, tu as établi l’Eglise sur le roc de Pierre et tu lui as promis ton assistance divine jusqu’à la fin des temps. Fais-moi grandir en foi et en humilité afin de toujours accepter de tout mon cœur les enseignements de ma mère, l’Eglise. Donne-moi la grâce de comprendre que tes commandements ne sont pas de simples interdits érigés pour te plaire mais plutôt le moyen de me rapprocher de toi et d’entendre ta parole dans mon cœur.

Résolution Aujourd’hui, je ferai mon examen de conscience en me référant au no. 226 du Catéchisme : « la foi en Dieu l’Unique nous amène à user de tout ce qui n’est pas Lui dans la mesure où cela nous rapproche de Lui, et à nous en détacher dans la mesure où cela nous détourne de Lui » et pour m’aider à me corriger comme nécessaire je prierai : « Mon Seigneur et mon Dieu, prends-moi tout ce qui m’éloigne de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui me rapproche de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, détache-moi de moi-même pour me donner tout à Toi » (S. Nicolas de Flüe)

commentaire biblique à le lecture du dimanche 7 février

6 février, 2010

du site:

http://www.bible-service.net/site/376.html

5° dimanche du Temps ordinaire (7 février 2010)

• Isaïe 6,1-8

Un autre récit de vocation prophétique après celui de Jérémie dimanche dernier. Pas d’objection de sa part, comme Jérémie, qui faisait valoir sa jeunesse, son absence d’autorité. À la question du Seigneur dans une vision :  » Qui enverrai-je ? « , Isaïe répond immédiatement :  » Moi, je serai ton messager, envoie-moi !  » Arrêtons-nous un moment sur la vision grandiose, qui a pour but essentiel, à l’instar des récits mythologiques des civilisations environnantes, de décrire la grandeur et la puissance infinie de Dieu. Il est le roi qui siège au-dessus de tout, entouré d’une cour céleste qui chante sans fin sa louange. Ce récit de la vocation d’Isaïe a inspiré des images du livre de l’Apocalypse, ainsi que la liturgie catholique qui a repris le chant des personnages célestes pour louer Dieu : le trisagion (Saint, saint, saint….). Mais ce Dieu majestueux n’a qu’un souci, c’est celui de se communiquer aux hommes. Il envoie pour cela des messagers, qui ont d’abord été les prophètes, puis son propre fils. Mais cela ne s’est pas arrêté là. Après la résurrection, ce sont d’autres messagers qui ont porté la Bonne nouvelle jusqu’à nous : les disciples. Les chrétiens, par leur baptême sont faits prophètes.

         • Psaume 137

Psaume de louange, le psaume 137 se tourne vers la sainteté et la gloire de Dieu, une gloire qui dépasse Israël, puisque tous les rois de la terre le chanteront. Comme pour le prophète Isaïe, chacun est invité non seulement à louer la gloire du Seigneur, mais à poursuivre l’action du Seigneur qui est avec nous. Le psalmiste a sans doute connu dans sa vie le salut, il peut ainsi consolider sa confiance dans l’avenir, puisque celui-ci est sous le regard du Seigneur :  » le jour où tu répondis à mon appel…  » Dieu aussi répond aux appels de l’homme.

1 Corinthiens 15,1-11

Ce texte fondateur, sans doute la plus ancienne confession de foi, nous plonge au cœur de l’Évangile et de notre foi. La foi chrétienne n’est pas une spéculation humaine, mais une tradition reçue. Elle repose sur des faits ponctuels : mort, sépulture, résurrection, apparition. La résurrection, elle, déborde l’Histoire dans laquelle elle s’inscrit : Christ est vivant à jamais. Il inaugure un régime nouveau dont témoigneront les apôtres auxquels il se manifeste.

Il faut bien saisir la double fonction de ce passage. Il fonde la réflexion de Paul sur la résurrection des chrétiens, dont nous suivrons le développement les trois prochains dimanches. Il fonde aussi l’apostolat de Paul et, par là, rejoint le thème majeur de ce dimanche.

         • Luc 5,1-11

Un récit d’appel de disciples. Luc construit son récit de manière très adroite. Jésus est au bord du lac, pressé par la foule qui vient l’écouter. C’est pour cette raison qu’il remarque deux barques amarrées. Il embarque avec Simon, et continue d’abord son enseignement. Puis il s’éloigne, en donnant un ordre à Simon :  » Avance au large ! « ,  bien que Simon soit revenu bredouille de la pêche de la nuit. Mais il obéit. Une manière de montrer qu’il fait confiance à une parole dont il a déjà expérimenté l’efficacité, avec la guérison par Jésus de sa belle-mère. Il ne regrettera pas d’avoir obéi à la parole de Jésus, lui le pécheur professionnel qui aurait pu douter de la pertinence de l’ordre de Jésus. Résultat : comme les prophètes Isaïe et Jérémie, les premiers appelés sont saisis de stupeur devant la puissance de Jésus, qui remplit leurs filets alors qu’eux ont peiné toute la nuit sans rien prendre. Cette action miraculeuse de Jésus est le signe que l’engagement à la suite de jésus pour proclamer sa parole portera des fruits, transformera les hommes : de pêcheurs de poissons, ils deviendront pêcheurs d’hommes. Simon-Pierre deviendra même le porte-parole du groupe des apôtres, ayant vaincu ses peurs et ses réticences. Cet évangile montre bien que chacun est responsable de transmettre ce qu’il a reçu. À l’instar des prophètes, les pécheurs appelés quittent tout pour suivre Jésus, en s’appuyant bien sûr sur le signe de la pêche miraculeuse, mais surtout sur une parole à transmettre, dont ils ont fait l’expérience de la puissance.

L’Ancien Testament, Parole d’hommes, Parole de Dieu

11 janvier, 2010

du site:

http://www.bible-service.net/site/749.html

L’Ancien Testament, Parole d’hommes, Parole de Dieu

Voici l’introduction et la conclusion de cette remarquable petite présentation de l’Ancien Testament…

Introduction

L’Ancien Testament, articulé avec un  » Nouveau  » Testament, fait partie de toute Bible chrétienne. Cet ensemble constitue le livre le plus diffusé sur notre planète. Il est aujourd’hui traduit intégralement en plus de quatre cents langues, en morceaux choisis en plus de deux mille.
Si l’Ancien Testament demeure un best-seller, beaucoup d’entre nous ne le connaissent pas ou peu. S’il nous est arrivé de l’ouvrir, de le feuilleter, nous avons été rapidement découragés par cet énorme monument fait de multiples livres – pas toujours placés dans le même ordre – où se succèdent, pêle-mêle, semble-t-il, légendes, récits historiques, recueils de lois, prières, proverbes, que sais-je encore
Nous avons probablement aussi été choqués par des passages qui présentent un Dieu violent et vengeur, prenant plaisir à massacrer des populations entières ou à punir sévèrement la moindre incartade à son égard. Pourquoi alors revenir à ces vieilles histoires dont la signification est obscure et qui paraissent si éloignées de la Bonne Nouvelle du Dieu d’amour révélé par Jésus-Christ ?
Les pages qui suivent essaieront de regarder comment ces textes ont été écrits, rassemblés, organisés, par qui, dans quels mondes. Une deuxième partie de notre réflexion tentera de comprendre pourquoi et comment des gens, des croyants, les considèrent comme un livre unique et irremplaçable qu’ils désignent comme  » Parole de Dieu « . […]

Conclusion

Dans sa complexité et sa diversité, et en raison même de cette complexité et de cette diversité, l’Ancien Testament est une œuvre passionnante et fascinante pour tous les hommes d’aujourd’hui, qu’ils soient croyants, (en recherche ou convaincus), indifférents ou athées.

1) Une œuvre littéraire prodigieuse

De son premier à son dernier mot, l’Ancien Testament est une œuvre humaine dépendante des lois inhérentes à la langue et à l’écriture des textes dans l’Antiquité.
Durant près d’un millénaire, des générations de rédacteurs, demeurés anonymes, se sont succédées pour trouver les chemins de son écriture en conjuguant respect des textes reçus et créativité imposée par des situations nouvelles. Consciemment ou inconsciemment, ils ont utilisé le patrimoine culturel de leur époque et ont subi de multiples influences littéraires. Ce sont leurs héritiers qui ont pris la décision de délimiter ses contours et son contenu pour en faire une œuvre close.
Le résultat est prodigieux ! L’Ancien Testament est reconnu comme une œuvre unique dans la littérature mondiale. Certes, nous pouvons nous contenter de sélectionner les séquences les plus poétiques (hymnes, Cantique des cantiques), ou les plus romanesques (histoire de Jacob ou de David). Si nous sommes chrétiens, nous sommes peut-être tentés de ne retenir que les séquences réputées annoncer la venue de Jésus-Christ. Dans les deux cas, nous faisons un Ancien Testament à notre convenance et nous passons à côté de sa valeur littéraire unique.
Dans chacun de ses livres, il associe des genres littéraires différents en nous faisant passer du récit à la poésie, des textes de lois aux discours… Il nous fait errer dans les méandres des réécritures et des réinterprétations. Pourtant, cette profusion d’éditions qui se chevauchent entre elles n’aboutit pas à la cacophonie. Dans sa diversité et sa totalité, l’Ancien Testament est polyphonique. C’est en se forçant d’entendre chanter ensemble les multiples voix qui le composent qu’on en découvre la richesse et la puissance. On pourrait également le comparer à une symphonie. Chaque instrument y joue sa petite partie de partition qui semble, parfois, bien médiocre ; et pourtant, associé avec les autres, il participe à la beauté et l’harmonie de l’œuvre.

2) Une œuvre confessée Parole de Dieu

Les chrétiens des premiers siècles ont fait de ce livre le premier tome de leur Bible. Pour cette raison, ils l’ont appelé  » Ancien Testament « . L’adjectif  » ancien  » risque de faire croire qu’il est dépassé ou une simple préface au véritable écrit chrétien qui serait le  » Nouveau Testament « . Il n’en est rien. Tous les deux sont  » Parole de Dieu  » pour les chrétiens. Il faudrait donc mieux parler de deux Testaments, l’un ne fonctionnant pas sans l’autre. Le second accomplit le premier en annonçant qu’en Jésus-Christ les temps nouveaux sont arrivés. Le premier témoigne des multiples chemins, souvent chaotiques et sinueux, qu’empruntent les hommes pour accéder à la rencontre du vrai Dieu.
De cette maturation progressive, souvent douloureuse et même parfois tragique pour des croyants qui avaient mis leur confiance dans la perception qu’ils avaient de leur relation à Dieu, tous les livres de la Bible témoignent. Puisse leur lecture donner à ceux et celles qui sont affrontés à des mutations analogues l’audace de poursuivre les chemins qu’ils ont déjà balisés et d’oser balbutier des discours nouveaux qui conjuguent mémoire de la tradition reçue avec les changements profonds de la société !

Ps 2 :  »Tu es mon fils » et commentaire biblique

7 janvier, 2010

du site:

http://www.bible-service.net/site/392.html

Ps 2 :  »Tu es mon fils »

Ps 2,1 Pourquoi ce tumulte des peuples
ce complot stérile des nations ?
2 Les rois de la terre s’insurgent,
les grands conspirent entre eux
contre le Seigneur et son messie
3  »Faisons sauter nos chaînes et rejetons ces entraves ! »
4 Celui qui règne dans les cieux s’en amuse,
le Seigneur les tourne en ridicule;
5 puis il leur parle avec fureur,
et sa colère les épouvante :
6  »C’est moi qui ai sacré mon roi
sur Sion, ma sainte montagne.
7 Je proclame le décret du Seigneur : Il m’a dit :
 »Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.
8 Demande, et je te donne les nations en héritage,
toute la terre pour domaine.
9 Tu les détruiras avec un sceptre de fer,
tu les briseras comme un vase d’argile. »
10 Maintenant, rois, sachez comprendre ;
instruisez-vous, juges de la terre :
11 servez le Seigneur avec crainte,
célébrez-le, adorez-le en tremblant ;
12 qu’il se fâche, et vous êtes perdus,
un rien, et sa colère s’enflamme !

Commentaire de Ps 2

Ps 2 :  »Tu es mon fils »

Les psaumes royaux évoquent, de façon poétique, les différentes phases ou l’une des phases de la cérémonie d’intronisation du nouveau roi. Cette célébration d’intronisation comportait deux moment principaux : l’un au Temple, l’autre au palais.

La célébration
Au Temple, le roi recevait l’onction royale donnée par un prêtre, puis un prophète lui remettait le  »protocole royal », petit rouleau où était écrite la mission que Dieu lui donnait. Le peuple poussait alors l’acclamation :  »Untel est roi ! » et on partait en cortège au palais. Là, on remettait au roi ses insignes, on lui présentait son armée et les dignitaires. Le roi faisait peut-être alors une sorte de  »discours du trône » et parfois un prophète prononçait une prière.

Les psaumes royaux contenus dans le psautier se réfèrent à l’une ou l’autre partie de cette célébration.  »Les Ps 2 et 101, dans des styles différents, sont le discours du trône. Le Ps 21 correspond à l’accueil du roi par le prêtre à son arrivée au Temple. Les Ps 45 et 110 se déroulent dans la salle du trône. Le Ps 72 est la prière en forme d’oracle prononcé par le prophète cultuel. Le Ps 89, très difficile, évoque, entre autres choses, le cortège allant du Temple au palais. » (M. Mannati, in Cahiers Évangile n° 13)

Il est difficile de dater le Ps 2. Il peut être très ancien, mais a probablement été relu après l’exil, à une époque où il n’y a plus de roi. A ce dernier stade, il célèbre d’abord le roi de l’avenir auquel pensait Isaïe et tel que la tradition postérieure l’a magnifié. Dans ce cas, des images comme celles du v.8 ne seraient pas de simples formules hyperboliques, mais le signe que ce Roi attendu est vraiment le Seigneur de l’univers.

Le roi, fils de Dieu
 »Tu es mon fils… » (v. 7). Qu’est-ce à dire ? Dans la Bible l’expression  »Fils de Dieu » désigne soit des anges (Job 1,6 ; 38,7), soit le peuple d’Israël (Os 11,1), soit les justes qui mettent leur confiance dans le Seigneur (Sg 2,18). Elle désigne surtout le roi qui devient, selon la théologie d’Israël, un fils adoptif de Dieu. On se souvient la célèbre prophétie de Nathan dans laquelle Dieu s’engageait envers David et sa descendance :  »Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils » (2 S 7,14). Dans le Ps 2, psaume d’investiture, le roi puis le prophète du Temple de Jérusalem s’expriment pour souligner la grandeur redoutable du fils sur qui repose la force de Dieu. Le ton est un peu grandiloquent, le fils en question n’est après tout que le souverain d’un tout petit royaume coincé entre de gigantesques empires. Mais il est grand aux yeux des croyants.

Le Messie
Mais que se passe-t-il quand les rois disparaissent, quand les empires assyriens et néo-babyloniens balayent comme fétus de paille les royaumes du Nord et du Sud ? Que signifie alors le Psaume 2 dans la bouche du croyant ? Pourquoi continuer à le chanter alors qu’il n’y a plus de rois ? La figure du  »fils » évoque maintenant un personnage nouveau, non plus le roi réel d’Israël et de Juda, mais le roi espéré dans un avenir plus ou moins proche. Petit à petit une conviction s’impose chez les croyants : Dieu enverra un roi-messie pour établir son règne sur la terre. Le Ps 2, mais aussi d’autres psaumes (Ps 18, 20, 110, etc.), portent en eux cette espérance, l’attente du Messie, fils de Dieu.

1...2728293031...37