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BENOÎT XVI: SAINT MOÏSE PROPHET – (4 Septembre)

3 septembre, 2013

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110601_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

SAINT MOÏSE PROPHET – (4 Septembre)

Place Saint-Pierre

Mercredi 1er juin 2011

Chers frères et sœurs,

En lisant l’Ancien Testament, une figure ressort parmi les autres: celle de Moïse, précisément comme homme de prière. Moïse, le grand prophète et «condottiere» du temps de l’Exode, a exercé sa fonction de médiateur entre Dieu et Israël en se faisant le messager, auprès du peuple, des paroles et des commandements divins, en le conduisant vers la liberté de la Terre promise, en enseignant aux juifs à vivre dans l’obéissance et dans la confiance envers Dieu au cours de leur long séjour dans le désert, mais également, et je dirais surtout, en priant. Il prie pour le pharaon lorsque Dieu, avec les plaies, tentait de convertir le cœur des Egyptiens (cf. Ex 8-10); il demande au Seigneur la guérison de sa sœur Marie frappée par la lèpre (cf. Nb 12, 9-13), il intercède pour le peuple qui s’était rebellé, effrayé par le compte-rendu des explorateurs (cf. Nb 14, 1-19), il prie quand le feu va dévorer le campement (cf. Nb 11, 1-2) et quand les serpents venimeux font un massacre (cf. Nb 21, 4-9); il s’adresse au Seigneur et réagit en protestant quand le poids de sa mission devient trop lourd (cf. Nb 11, 10-15); il voit Dieu et parle avec Lui «face à face, comme un homme parle à son ami» (cf. Ex 24, 9-17; 33, 7-23; 34, 1-10. 28-35).
Même quand le peuple, au Sinaï, demande à Aaron de faire le veau d’or, Moïse prie, en accomplissant de manière emblématique sa propre fonction d’intercesseur. L’épisode est raconté au chapitre 32 du Livre de l’Exode et possède un récit parallèle dans le Deutéronome, au chapitre 9. C’est sur cet épisode que je voudrais m’arrêter dans la catéchèse d’aujourd’hui, et en particulier sur la prière de Moïse que nous trouvons dans le récit de l’Exode. Le peuple d’Israël se trouvait au pied du Sinaï tandis que Moïse, sur le mont, attendait le don des tables de la Loi, jeûnant pendant quarante jours et quarante nuits (cf. Ex 24, 18; Dt 9, 9). Le chiffre quarante possède une valeur symbolique et signifie la totalité de l’expérience, alors qu’avec le jeûne, on indique que la vie vient de Dieu, que c’est Lui qui la soutient. L’acte de manger, en effet, implique de prendre la nourriture qui nous soutient; jeûner, en renonçant à la nourriture, acquiert donc, dans ce cas, une signification religieuse: c’est une manière pour indiquer que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de chaque parole qui sort de la bouche du Seigneur (cf. Dt 8, 3). En jeûnant, Moïse montre qu’il attend le don de la Loi divine comme source de vie: celle-ci révèle la volonté de Dieu et nourrit le cœur de l’homme, en le faisant entrer dans une alliance avec le Très-Haut, qui est source de la vie, qui est la vie elle-même.
Mais alors que le Seigneur, sur le mont, donne la Loi à Moïse, au pied de la montagne, le peuple la transgresse. Incapable de résister à l’attente et à l’absence du médiateur, les juifs demandent à Aaron: «Allons, fais-nous un dieu qui aille devant nous, car ce Moïse, l’homme qui nous a fait monter du pays d’Egypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé» (Ex 32, 1). Las d’un chemin avec un Dieu invisible, à présent que Moïse, le médiateur, a lui aussi disparu, le peuple demande une présence tangible, perceptible, du Seigneur, et il trouve dans le veau de métal fondu fait par Aaron, un dieu rendu accessible, manœuvrable, à la portée de l’homme. C’est une tentation constante sur le chemin de foi: éluder le mystère divin en construisant un dieu compréhensible, correspondant à ses propres conceptions, à ses propres projets. Ce qui se produit au Sinaï révèle toute la stupidité et la vanité illusoire de cette prétention car, comme l’affirme ironiquement le Psaume 106, «ils échangeaient ce qui était leur gloire pour l’image d’un taureau, d’un ruminant» (Ps 106, 20). C’est pourquoi le Seigneur réagit et ordonne à Moïse de descendre de la montagne, en lui révélant ce que fait son peuple et en terminant par ces mots: «Ma colère va s’enflammer. De toi en revanche je ferai une grande nation» (Ex 32, 10). Comme avec Abraham à propos de Sodome et de Gomorrhe, à présent aussi, Dieu révèle à Moïse ce qu’il entend faire, comme s’il ne voulait pas agir sans son consentement (cf. Am 3, 7). Il dit: «ma colère va s’enflammer». En réalité, ce «Ma colère va s’enflammer» est dit précisément pour que Moïse intervienne et lui demande de ne pas le faire, révélant ainsi que le désir de Dieu est toujours celui du salut. Comme pour les deux villes de l’époque d’Abraham, la punition et la destruction, à travers lesquelles s’exprime la colère de Dieu comme refus du mal, indiquent la gravité du péché commis; dans le même temps, la demande de l’intercesseur entend manifester la volonté de pardon du Seigneur. Tel est le salut de Dieu, qui implique la miséricorde, mais en même temps également la dénonciation de la vérité du péché, du mal qui existe, de sorte que le pécheur, ayant reconnu et refusé son propre mal, puisse se laisser pardonner et transformer par Dieu. La prière d’intercession rend ainsi agissante, au sein de la réalité corrompue de l’homme pécheur, la miséricorde divine, qui trouve voix dans la supplique de l’orant et qui se fait présente à travers lui là où il y a besoin de salut.
La supplique de Moïse est entièrement axée sur la fidélité et la grâce du Seigneur. Il se réfère tout d’abord à l’histoire de la rédemption que Dieu a commencée avec la sortie d’Israël d’Egypte, pour ensuite rappeler l’antique promesse donnée aux Pères. Le Seigneur a opéré le salut en libérant son peuple de l’esclavage égyptien; pourquoi alors — demande Moïse — «les Egyptiens devraient-ils dire: “c’est par méchanceté qu’il les a fait sortir, pour les faire périr dans les montagnes et les exterminer de la face de la terre”?» (Ex 32, 12). L’œuvre de salut commencée doit être complétée; si Dieu faisait périr son peuple, cela pourrait être interprété comme le signe d’une incapacité divine à mener à bien son projet de salut. Dieu ne peut pas permettre cela: Il est le Seigneur bon qui sauve, le garant de la vie, il est le Dieu de miséricorde et de pardon, de libération du péché qui tue. Et ainsi, Moïse fait appel à Dieu, à la vie intérieure de Dieu contre la sentence extérieure. Mais alors, argumente Moïse avec le Seigneur, si ses élus périssent, même s’ils sont coupables, Il pourrait apparaître incapable de vaincre le péché. Et on ne peut pas accepter cela. Moïse a fait l’expérience concrète du Dieu de salut, il a été envoyé comme médiateur de la libération divine et à présent, avec sa prière, il se fait l’interprète d’une double inquiétude, préoccupé pour le sort de son peuple, mais en même temps également préoccupé pour l’honneur que l’on doit au Seigneur, pour la vérité de son nom. En effet, l’intercesseur veut que le peuple d’Israël soit sauf, car il est le troupeau qui lui a été confié, mais également parce que dans ce salut se manifeste la véritable réalité de Dieu. L’amour des frères et l’amour de Dieu se mêlent dans la prière d’intercession, sont inséparables. Moïse, l’intercesseur, est l’homme tendu entre deux amours, qui dans la prière se superposent dans un unique désir de bien.
Moïse en appelle ensuite à la fidélité de Dieu, en lui rappelant ses promesses: «Souviens toi de tes serviteurs Abraham, Isaac et Israël, à qui tu as juré par toi-même et à qui tu as dit: “Je multiplierai votre postérité comme les étoiles du ciel, et tout ce pays dont je vous ai parlé, je le donnerai à vos descendants et il sera votre héritage à jamais”» (Ex 32, 13). Moïse rappelle l’histoire fondatrice des origines, des Pères du peuple et de leur élection, totalement gratuite, dont Dieu seul avait eu l’initiative. Ce n’est pas en raison de leurs mérites qu’ils avaient reçu la promesse, mais par le libre choix de Dieu et de son amour (cf. Dt 10, 15). Et à présent, Moïse demande que le Seigneur continue dans la fidélité son histoire d’élection et de salut, en pardonnant à son peuple. L’intercesseur ne fournit pas d’excuse pour le péché de son peuple, il ne dresse pas la liste de présumés mérites revenant à son peuple ou à lui-même, mais il fait appel à la gratuité de Dieu: un Dieu libre, totalement amour, qui ne cesse de chercher celui qui s’est éloigné, qui reste toujours fidèle à lui-même et offre au pécheur la possibilité de revenir à Lui et de devenir, avec son pardon, juste et capable de fidélité. Moïse demande à Dieu de se montrer plus fort également que le péché et que la mort, et avec sa prière, il provoque cette révélation divine. Médiateur de vie, l’intercesseur solidarise avec le peuple; désirant uniquement le salut que Dieu lui-même désire, il renonce à la perspective de devenir un nouveau peuple agréable au Seigneur. La phrase que Dieu lui avait adressée, «de toi en revanche je ferai une grande nation», n’est pas même prise en considération par l’«ami» de Dieu, qui en revanche est prêt à assumer sur lui non seulement la faute de son peuple, mais toutes ses conséquences. Lorsque, après la destruction du veau d’or, il reviendra sur le mont pour demander à nouveau le salut pour Israël, il dira au Seigneur: «Pourtant, s’il te plaisait de pardonner leur péché… Sinon, efface-moi, de grâce, du livre que tu as écrit» (v. 32). Avec la prière, désirant le désir de Dieu, l’intercesseur entre toujours plus profondément dans la connaissance du Seigneur et de sa miséricorde et il devient capable d’un amour qui arrive jusqu’au don total de soi. En Moïse, qui se trouve sur la cime du mont face à face avec Dieu et qui se fait l’intercesseur pour son peuple et s’offre lui-même — «efface-moi» —, les Pères de l’Eglise ont vu une préfiguration du Christ, qui sur la haute cime de la Croix se trouve réellement devant Dieu, non seulement comme ami mais comme Fils. Et il ne s’offre pas seulement — «efface-moi» —, mais avec son cœur transpercé, il se fait effacer, il devient, comme le dit saint Paul lui-même, péché, il porte sur lui nos péchés pour nous sauver; son intercession est non seulement solidarité, mais identification avec nous: il nous porte tous dans son corps. Et ainsi, toute son existence d’homme et de Fils est un cri au cœur de Dieu, est pardon, mais un pardon qui transforme et qui renouvelle.
Je pense que nous devons méditer cette réalité. Le Christ se trouve devant la face du Seigneur et prie pour moi. Sa prière sur la Croix est contemporaine de tous les hommes, elle m’est contemporaine: Il prie pour moi, il a souffert et il souffre pour moi, il s’est identifié avec moi en prenant notre corps et l’âme humaine. Et il nous invite à entrer dans son identité, en nous faisant un corps, un esprit avec Lui, car du haut de la cime de la Croix il a apporté non de nouvelles lois, des tables de pierre, mais il a apporté lui-même, son corps et son sang, comme nouvelle alliance. Ainsi, il nous fait devenir ses consanguins, un corps avec Lui, identifiés à Lui. Il nous invite à entrer dans cette identification; à être unis avec Lui dans notre désir d’être un corps, un esprit avec Lui. Prions le Seigneur afin que cette identification nous transforme, nous renouvelle, car le pardon est renouveau, est transformation.
Je voudrais conclure cette catéchèse avec les paroles de l’apôtre Paul aux chrétiens de Rome: «Qui accusera ceux que Dieu a choisis? Puisque c’est Dieu qui justifie. Qui pourra condamner? Puisque Jésus Christ est mort; plus encore: il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous. Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ? [...] Ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances [...] ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est Jésus Christ notre Seigneur» (Rm 8, 33-35.38.39)

DIMANCHE 25 AOÛT – DEUXIEME LECTURE : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

23 août, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 25 AOÛT : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

DEUXIEME LECTURE – Hébreux 12, 5-7. 11-13

Frères,
5 n’oubliez pas cette parole de réconfort, 
 qui vous est adressée comme à des fils : 
 Mon fils, ne néglige pas les leçons du Seigneur, 
 ne te décourage pas quand il te fait des reproches.
6 Quand le Seigneur aime quelqu’un,
 il lui donne de bonnes leçons ; 
 il corrige tous ceux qu’il reconnaît comme ses fils.
7 Ce que vous endurez est une leçon. 
 Dieu se comporte envers vous comme envers des fils ; 
 et quel est le fils auquel son père ne donne pas des leçons ?
11 Quand on vient de recevoir une leçon, 
 on ne se sent pas joyeux, mais plutôt triste. 
 Par contre, quand on s’est repris grâce à la leçon, 
 plus tard, on trouve la paix et l’on devient juste.
12 C’est pourquoi il est écrit : 
 Redonnez de la vigueur aux mains défaillantes 
 et aux genoux qui fléchissent.
13 Et : Nivelez la piste pour y marcher. 
 Ainsi, celui qui boite ne se tordra pas le pied ; 
 bien plus, il sera guéri.

On sait, d’après les chapitres précédents de cette lettre que les destinataires ont déjà beaucoup souffert pour leur foi : « Souvenez-vous de vos débuts : à peine aviez-vous reçu la lumière (le Baptême) que vous avez enduré un lourd et douloureux combat : ici donnés en spectacle sous les injures et les persécutions ; là, devenus solidaires de ceux qui subissaient de tels traitements. Et, en effet, vous avez pris part à la souffrance des prisonniers et vous avez accepté avec joie la spoliation de vos biens, vous sachant en possession d’une fortune meilleure et durable. » (He 10, 32-34).
 L’auteur de la lettre aux Hébreux cherche donc à redonner du courage à ces premiers Chrétiens qui traversent une période de persécution ; ici, il le dit clairement : « Frères, n’oubliez pas cette parole de réconfort. » Et, pour les réconforter, que fait-il ? Ce que fait tout croyant, de son temps : il se replonge dans les paroles de l’Ancien Testament. Il se rappelle, entre autres ce que disait le prophète Isaïe à ses compatriotes dans une période terrible, celle de l’Exil à Babylone : « Redonnez de la vigueur aux mains défaillantes et aux genoux qui fléchissent ». Et tout le monde connaissait la suite : la promesse du salut, d’abord, c’est-à-dire bien concrètement du retour au pays, et ensuite, l’accomplissement de cette promesse, c’est-à-dire ce retour précisément. En citant le grand prophète de l’Exil, l’auteur de la lettre aux Hébreux veut probablement suggérer ici que les Chrétiens en butte à la persécution sont eux aussi, de quelque manière en exil.
 Deuxième manière de réconforter ses frères, le prédicateur aborde le délicat problème de la souffrance. Non pas pour la justifier, ni pour l’expliquer, mais pour les inviter à lui donner un sens. La Bible a toujours soutenu que la souffrance est un mal, mais qu’elle peut devenir un chemin : parce qu’elle est une épreuve pour la foi, elle peut faire grandir la foi. Le croyant sait que quoi qu’il arrive, Dieu est silencieux, peut-être, mais il n’est ni sourd ni indifférent ; au contraire, il accompagne chacun de nos pas sur ce dur chemin. De ce mal, nous pouvons sortir grandis, avec l’aide de Dieu. C’est dans ce sens-là que l’on peut comprendre, je crois, la phrase : « Ce que vous endurez est une leçon. » Et là, notre auteur s’inspire d’un autre livre de la Bible, le livre des Proverbes : « Ne rejette pas, mon fils, l’éducation du SEIGNEUR, et ne te lasse pas de ses avis. Car le SEIGNEUR réprimande celui qu’il aime tout comme un père (réprimande) le fils qu’il chérit. » (Pr 3, 11-12).
 Pour les premiers Chrétiens, ce thème était familier car ils connaissaient bien le livre du Deutéronome qui comparait Dieu à un pédagogue qui accompagne au jour le jour la croissance de ceux qu’il éduque : « Tu te souviendras de toute la route que le SEIGNEUR ton Dieu t’a fait parcourir depuis quarante ans dans le désert, afin de te mettre dans la pauvreté ; ainsi il t’éprouvait pour connaître ce qu’il y avait dans ton coeur et savoir si tu allais, oui ou non, observer ses commandements. Il t’a mis dans la pauvreté, il t’a fait avoir faim et il t’a donné à manger la manne que ni toi ni tes pères ne connaissiez, pour te faire reconnaître que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais qu’il vit de tout ce qui sort de la bouche du SEIGNEUR … et tu reconnais, à la réflexion, que le SEIGNEUR ton Dieu faisait ton éducation comme un homme fait celle de son fils. » (Dt 8, 2-5).
 Lorsqu’elle est vécue ainsi dans la confiance en Dieu, notre souffrance peut devenir pour ceux qui nous regardent un lieu de témoignage de notre espérance et de la paix intérieure que donne l’Esprit. La première lettre de Pierre est très éclairante à ce sujet : il compare la persécution à la fournaise d’un orfèvre : « Il faut que, pour un peu de temps, vous soyez affligés par diverses épreuves, afin que la valeur éprouvée de votre foi – beaucoup plus précieuse que l’or périssable qui pourtant est éprouvé par le feu – provoque louange, gloire et honneur lors de la révélation de Jésus-Christ. » (1 P 1, 6-7). Un peu plus loin, il en déduit : « Bien-aimés, ne trouvez pas étrange d’être dans la fournaise de l’épreuve, comme s’il vous arrivait quelque chose d’anormal. Mais, dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse. » (1 P 4, 12-13).
 La souffrance peut donc devenir une école ; celle où nous apprenons à vivre dans l’Esprit, quoi qu’il arrive ; c’est Pierre qui dit : « Si l’on vous outrage pour le nom du Christ, heureux êtes-vous, car l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu repose sur vous. » (1 P 4, 14). Et Paul, qui sait, lui aussi, de quoi il parle, dit dans la lettre aux Romains : « La détresse produit la persévérance, la persévérance la fidélité éprouvée, la fidélité éprouvée l’espérance ; et l’espérance ne trompe pas, car l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm 5, 3-4). Encore une fois, ce n’est pas la souffrance en elle-même qui est bonne ou qui serait voulue par Dieu ; mais elle fait partie de notre condition humaine : Dieu nous confie l’honneur et la responsabilité du témoignage de la foi ; si la persécution fait partie, malheureusement, du parcours chrétien, ce n’est pas que Dieu l’ait voulu, c’est le fait des hommes. Quand Jésus dit « Il faut que le Fils de l’homme souffre », il ne s’agit évidemment pas d’une exigence de Dieu, mais de la triste réalité de l’opposition des hommes. Comme disait Paul aux premières communautés d’Asie Mineure, elles aussi en butte à la persécution : « Il nous faut passer par beaucoup de détresses pour entrer dans le Royaume de Dieu. » (Ac 14, 22).

L’ÉCOLE DE DIEU ET LA SAGESSE D’EN HAUT

19 août, 2013

http://www.bibleenligne.com/Lectures_bibliques/Mensuel/ME/08/aout.htm

L’ÉCOLE DE DIEU ET LA SAGESSE D’EN HAUT

D’APRÈS UNE MÉDITATION

«Qui est sage et intelligent parmi vous? Que par une bonne conduite il montre ses œuvres avec la douceur de la sagesse… Mais la sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite paisible, modérée, traitable, pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité, sans hypocrisie» (Jacques 3: 13, 17).
«Si quelqu’un de vous manque de sagesse, qu’il demande à Dieu qui donne à tous libéralement». «Tout ce qui nous est donné de bon et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières» (Jacques 1: 5, 17).
Dans l’épître de Jacques, nous apprenons comment les deux mondes, celui d’en haut et celui d’en bas, sont mis en opposition. Il s’agit de savoir quel monde nous privilégions dans notre vie quotidienne. Nous allons étudier ensemble sept points en rapport avec les passages cités.

1. L’école de Dieu
Le premier point est celui-ci: en tant que chrétiens, nous sommes à l’école de Dieu. Apprécions-nous ce privilège? Nous lisons dans Jacques 1: 2: «Estimez-le comme une parfaite joie, mes frères, quand vous serez en butte à diverses tentations». Sommes-nous contents lorsque des difficultés, des épreuves ou des souffrances nous atteignent? Nous pouvons l’être, car elles font partie du plan de Dieu à notre égard. On ne serait pas surpris d’entendre quelqu’un dire: Je n’aime pas être à l’école de Dieu, à cause des souffrances qu’elle comporte. Mais cette appréciation changerait si on comprenait que Dieu utilise les épreuves dans notre intérêt. Voici un verset remarquable qui correspond à cette pensée: «Nous savons que toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu» (Romains 8: 28). Même si ce n’est pas le but que recherchent ceux qui agissent dans ces choses, Dieu permet qu’elles travaillent toutes pour le bien de ceux qui l’aiment.
Dieu, dans son école, a un but en vue, et l’instruction constitue le moyen de nous amener à ce but. Cela implique:
- l’enseignement, pour amener l’élève à faire des progrès;
- la discipline, afin de le former;
- les récompenses, pour un travail qui a été bien accompli.
Tous ces aspects de l’instruction sont utilisés afin de former un disciple bien équilibré, mûr et bien informé, qui connaîtra tous les principes et sera préparé pour mettre en pratique ce qui lui a été enseigné.
L’école de Dieu est destinée à ceux qui aiment Dieu. Cette affirmation peut sembler étrange, spécialement quand on a envie d’agir à sa tête; cependant, le croyant est toujours à l’école de Dieu et doit s’y soumettre. Vous souvenez-vous de ce que nous lisons au sujet de la bride et du mors dans le Psaume 32? Ce Psaume nous parle de la discipline comme faisant partie de l’école de Dieu. Encourageons-nous à étudier ce qu’on pourrait appeler les psaumes de sagesse, dont le Psaume 32 est le premier. A l’école de Dieu nous débutons en première année, pour progresser ensuite vers les autres années. Nous ne commençons pas au niveau de la dixième année! C’est ainsi que le Psaume 32 présente des sujets très fondamentaux, comme le pardon des péchés. On peut dire qu’une personne entre à l’école de Dieu dès le moment de son salut.
Nous aimerions signaler un autre point en rapport avec ce sujet. Dans Ésaïe 55: 8, nous lisons: «Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies». A l’école de Dieu, nous devons non seulement apprendre certaines choses, mais nous devons aussi en «désapprendre» d’autres, parce que nous sommes entrés dans cette école avec nos propres idées. Dieu parle de ses pensées comme étant différentes des nôtres, et supérieures aux nôtres. C’est ce qu’une personne découvre à l’école de Dieu.
L’école de Dieu implique aussi la discipline. Peut-être n’aimons-nous pas trop ce mot, parce que dans notre esprit il a une connotation négative. Mais en réalité, la discipline est positive; elle a comme but de nous attirer. Dans certaines langues comme l’allemand et le néerlandais, la racine du mot discipline exprime la pensée d’attirer. En fait, la discipline consiste à nous attirer vers le Père des lumières, vers le Seigneur de gloire, vers la sagesse d’en haut, vers le Seigneur qui est le Maître de tout. Voilà ce qu’est le principe de discipline de Dieu. Cependant si nous suivons notre propre voie, Dieu devra parfois user envers nous de sévérité afin de nous débarrasser de ce qui nous entrave. Il doit nous arrêter, parfois nous contraindre, même s’il n’aime pas le faire. Le principe de Dieu est d’attirer; mais, à certains moments, il doit nous corriger ou nous punir. C’est ce qu’on appelle son gouvernement.
Un seul, celui dont Ésaïe 50 nous parle comme étant disciple à l’école de Dieu, n’a jamais eu besoin de correction. Il était un vrai Fils, un vrai disciple à l’école de Dieu; cependant, il n’a jamais eu besoin d’être discipliné. Combien il est merveilleux, à la différence de vous et moi qui avons besoin de correction. Nous sommes sous la discipline divine. D’une part, cela signifie que nous sommes des disciples, des imitateurs du Seigneur Jésus, et que nous sommes attirés vers une personne divine. D’autre part, cela implique l’idée de correction lorsque c’est nécessaire. En Hébreux 12, nous voyons que Dieu châtie ou discipline celui qu’il aime. La discipline sera appliquée par la main de Celui qui nous aime; elle fait partie de l’école de Dieu.

2. La sagesse et la formation des disciples à l’école de Dieu
La sagesse constitue le deuxième point. Au chapitre 28 de son livre, Job nous parle de la sagesse de Dieu qui peut être apprise. Il conclut ainsi: «La crainte du Seigneur, c’est là la sagesse, et se retirer du mal est l’intelligence».
En Jacques, il est beaucoup question de la sagesse. Premièrement, au chapitre 1 (verset 5), nous lisons que nous avons besoin de sagesse, et que nous pouvons sans hésitation aller à Dieu, car il donne libéralement. Si nous demandons la sagesse à notre Père, il nous la donnera sans nous faire de reproches. Les ressources de Dieu ne sont-elles pas illimitées?
Maintenant, qu’est-ce que la sagesse? Comme nous le découvrons dans le livre des Proverbes, c’est la connaissance mise en pratique de la bonne manière et au moment opportun. Avoir une certaine compréhension des principes de Dieu, c’est déjà d’un grand prix. Mais combien plus de mettre en pratique les pensées de Dieu! Cela exige une vraie dépendance, se traduisant par une vie de prière. C’est pourquoi nous devons aller vers le Seigneur et lui demander de la sagesse afin de savoir que faire dans chaque cas particulier, et au bon moment. Voilà ce qu’est la sagesse. Le sermon sur la montagne, en Matthieu 5 à 7, peut être placé à côté de l’épître de Jacques. Le Seigneur y donne beaucoup de directives à ses disciples. En les considérant de près, nous pouvons voir combien les enseignements du Seigneur sont pratiques. On peut lire aussi les livres des Proverbes et des Psaumes. Dans ces livres sur la sagesse, nous apprenons des choses très pratiques.
Ce dont Jacques veut nous entretenir, c’est la sagesse d’en haut. Bien entendu il parle de ce que nous voyons réalisé dans la vie du Seigneur Jésus.
Nous pouvons rattacher à cette sagesse le besoin des disciples d’être formés. La condition de disciple est une façon de vivre qui répond pratiquement à la sagesse de Dieu. A l’école de Dieu, il y a des apprentis et des élèves qui mettent ces enseignements en pratique en imitant le Seigneur Jésus. Un disciple est toujours en même temps un apprenti. Ceci nous amène au troisième point.

3. Qui enseigne à l’école de Dieu?
C’est notre Seigneur bien-aimé! Mais souvenons-nous que durant sa vie sur la terre il a été continuellement à l’écoute de son Père, «comme ceux qu’on enseigne» (Ésaïe 50: 4).
Après une période de formation plus ou moins longue, il peut nous arriver de penser que nous avons appris suffisamment de choses. Alors, nous commençons à compter sur nous-mêmes, plutôt que d’écouter la voix de Dieu. De même, nous pensons être capables d’indiquer aux autres ce qu’ils ont à faire en oubliant que nous-mêmes, à l’école de Dieu, nous sommes constamment des apprentis. Nous continuerons notre apprentissage, même à l’âge de quatre-vingts ou quatre-vingt-dix ans; à l’école de Dieu, nous apprendrons sans cesse de nouvelles leçons. Nous ne finirons jamais d’apprendre et, jusqu’à notre enlèvement, nous serons toujours des apprentis ayant à mettre en pratique ce que nous avons appris. L’accord entre l’écoute et la pratique nous ouvre des portes pour enseigner les autres; en effet, grâce à cette méthode d’apprentissage de nos leçons, nous pouvons communiquer avec les autres. C’est ainsi que le Seigneur pourra nous utiliser.
Un autre verset nous vient à l’esprit. Lorsque le Seigneur dit: «Venez à moi» (Matthieu 11: 28), pensons-nous qu’il s’agit seulement du message de l’évangile? Nous sommes tous tenus de répondre au Seigneur lorsqu’il nous invite: «Venez à moi»; et cela dans toute situation où nous pourrions nous trouver. Il est si important de retenir cette pensée! Jésus nous a dit de venir à lui pour recevoir tout ce dont nous avons besoin. Il faut aller à lui avec tous nos fardeaux; or même les enfants et les jeunes gens ont parfois des fardeaux très lourds.
Le Maître ajoute quelque chose à cette invitation. Il dit: «Prenez mon joug sur vous». Sommes-nous disposés à prendre son joug sur nos épaules? Pour cela, il faut nous identifier à un Maître qui est rejeté dans ce monde! Il faut nous souvenir à chaque moment que nous sommes associés à un Seigneur rejeté (voir le contexte de Matthieu 11 et 12). Mais quelle bénédiction lorsque nous prenons son joug!
Que signifie prendre son joug? Tout comme Christ était soumis à la volonté de Dieu, nous devons aussi être soumis à cette volonté. Il ne faut pas penser que cette soumission soit exigée de certaines personnes seulement: c’est le devoir de tous les croyants. Nous apprenons cette vérité à l’école de Dieu. Nous avons de grands privilèges, et de ce fait de grandes responsabilités. De plus, c’est là que nous rencontrons un compagnon merveilleux, celui même qui dit: «Prenez mon joug sur vous». Ceci laisse supposer qu’il porte ce joug avec nous; il est un vrai compagnon. C’est lorsque nous sommes soumis à la volonté de Dieu que Jésus nous dit: tu es mon frère et ma sœur et ma mère. C’est à celui qui fait la volonté de Dieu et qui prend ce joug sur lui que le Maître dit: tu es mon ami.
Quelles sont les normes à l’école de Dieu? Il suffit au disciple qu’il soit comme son maître; il suffit que l’esclave soit comme son seigneur. Cette mesure est-elle trop élevée? C’est ce que notre Seigneur et Maître a en vue pour ses disciples (Matthieu 10: 24).
Puis il ajoute: «Apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de cœur» (11: 29). La soumission et la douceur sont donc la seule bonne attitude. Sommes-nous par exemple facilement offensés? Nous pouvons nous offenser devant un frère ou une sœur qui dit quelque chose qui n’est pas tout à fait correct, ou bien nous pouvons faire quelque chose qui offense quelqu’un d’autre. Cette attitude n’est pas de la douceur, car cette dernière n’offense pas ni ne s’offense. C’est ce que nous apprenons à l’école de Dieu en compagnie de ce merveilleux Compagnon et Maître.

4. Le Maître est notre modèle
Le Seigneur Jésus ne nous dit pas seulement ce que nous devons faire. Il est ce que nous devons être; il est ce qu’il dit. Il le déclare en Jean 8: 25. Ainsi, il est l’expression vivante de ses enseignements. A cet égard, nous ne répondons pas toujours à son attente. En Jacques 1, nous sommes exhortés à ne pas seulement écouter la parole, mais aussi à la mettre en pratique. Hélas! nous écoutons plus volontiers que nous ne mettons en pratique. Le Seigneur Jésus a mis en pratique les choses qu’il a enseignées; et il nous enseigne d’une manière qui nous donne envie de le suivre. C’est ainsi qu’il est notre modèle.
Nous aimons relier cela avec Jacques 3: 11, où il est fait mention de la fontaine d’eau. C’est lorsque nous recherchons la compagnie du Seigneur Jésus, la véritable source, que nous pouvons être comme ces fontaines qui font jaillir de l’eau douce. C’est lorsque nous savons tirer des leçons de son exemple. Jacques utilise aussi l’image d’un arbre produisant des fruits. C’est lorsque nous demeurons en sa compagnie que nous produisons les bons fruits. Le Psaume 1 et Jérémie 17 nous montrent cela en termes admirables.

5. Progrès et maturité d’esprit
Le travail de Jacques consistait à aider ses frères dans leur croissance vers la maturité spirituelle. Un grand nombre de nos problèmes viennent du fait que nous manquons de maturité spirituelle. Peut-être avons-nous acquis une bonne connaissance intellectuelle, mais nous ne l’avons pas mise en pratique. Ceci constitue une forme d’immaturité; de même, les contestations, les combats et les critiques sont toutes des formes d’immaturité spirituelle. Notre divin Maître doit alors poursuivre notre formation dans une autre classe de son école.
Jacques oppose un monde à un autre monde:
- Premièrement, quant aux origines. Nous appartenons soit au monde de Dieu, au Père des lumières, au Seigneur de gloire, et à la sagesse d’en haut, soit au monde de Satan en tant que sujets.
- En second lieu, dans les manifestations pratiques. D’un côté pureté, douceur, modération, miséricorde, impartialité, droiture; de l’autre jalousie, amertume, querelle, mensonge.
- En troisième lieu, dans les résultats quant à la croissance spirituelle et à la maturité.
La croissance implique des étapes douloureuses. Quelques passages nous aideront à comprendre le processus de purification nécessaire. En Malachie 3, nous voyons le Seigneur assis en tant qu’affineur d’or ou d’argent; il veut purifier les métaux précieux, en retirer les éléments impurs, jusqu’à ce qu’il puisse voir son propre visage se réfléchir dans l’or ou l’argent.
C’est ce qui se produit à l’école de Dieu. Le Seigneur s’y occupe de nous, afin de nous aider à croître. Ensuite, il doit enlever les obstacles, de même que les éléments impurs qui sont mélangés avec le métal précieux. La période d’épreuve et de purification fait partie de l’école de Dieu.
L’épreuve mentionnée dans Jacques 1 nous montre que c’est du bon matériel qui est traité, mais qu’en même temps c’est un exercice douloureux, puisque les éléments impurs doivent être retirés. Par exemple, l’entêtement et l’arrogance doivent être jugés. Pour cela, une attitude de vraie repentance est nécessaire. Le Seigneur lui-même retire graduellement ces éléments négatifs; il le fait avec une sagesse et un soin divins, n’oubliant jamais le but qu’il a en vue: notre croissance.
Ce travail d’affinage et de purification est nécessaire pour notre croissance, et les épreuves et les tribulations sont les moyens que Dieu utilise pour cela.
Bien que ces épreuves ne soient pas agréables, leur résultat a une grande valeur. Le Seigneur ne sera pas satisfait tant que ce but glorieux ne sera pas atteint. C’est ainsi qu’il nous mène vers la maturité.

6. Christ reproduit dans la vie des siens
Nous voici au sixième point, à savoir le résultat final du processus de formation et de purification. L’objectif visé n’est pas seulement la croissance en elle-même — ce qui est très important — mais surtout que le Christ lui-même soit reproduit en nous. Le Seigneur veut se manifester lui-même en vous et en moi. Il est rejeté dans ce monde, mais il désire utiliser les croyants pour l’y manifester. C’est ainsi que nous pourrons être ses témoins et ses disciples. Nous manifesterons sa personne et la sagesse d’en haut dans ses merveilleux aspects. Les sept aspects de la sagesse d’en haut (3: 17) sont opposés à ceux de la sagesse diabolique (versets 15, 16). En les comparant, nous pouvons discerner des origines différentes, des actions différentes et des résultats différents. Le but final que Dieu, le Père des lumières, se propose pour nous, c’est que son caractère soit reproduit en vous et en moi. Vous vous dites chrétien? Bien! Dieu dit: Je veux voir Christ en toi, rien d’autre. C’est cette ressemblance que le Saint Esprit opère (voir Galates 5: 22; Philippiens 4: 8). Il produira ces fruits: Christ en vous et en moi. Il y aura des résultats envers Dieu, envers les hommes, et aussi un changement envers soi-même.

7. Qui est sage?
Pourquoi la sagesse est-elle si importante? Tandis que nous arrivons au terme de la dispensation actuelle, Dieu se cherche des hommes sages pour cette période finale. Mentionnons le cas de Daniel et de ses amis, qui furent sages à une époque de grands changements et d’épreuves. Pensons également au résidu juif futur: il aura acquis une sagesse spéciale à l’école de Dieu. Mais actuellement, c’est à nous d’apprendre la sagesse à cette école. Considérons ici quatre passages:
«Qui est sage prendra garde à ces choses, et comprendra les bontés de l’Éternel» (Psaumes 107: 43). Dans ce psaume, la sagesse est basée sur la rédemption, et elle s’acquiert par la soumission aux voies de Dieu.
«Qui est l’homme sage? qu’il comprenne cela» (Jérémie 9: 12). Il s’agit de comprendre les relations de Dieu avec son propre peuple qu’il juge. Le prophète était non seulement bien enseigné, mais aussi soumis aux pensées de Dieu.
«Qui est sage? il comprendra ces choses; et intelligent? il les connaîtra; car les voies de l’Éternel sont droites, et les justes y marcheront» (Osée 14: 9). Qui prendra ces choses à cœur?
«Qui est sage et intelligent parmi vous?» (Jacques 3: 13). Ces versets nous situent à la fin de l’économie juive (avant la destruction du temple). C’est une illustration de la dispensation actuelle.
Tandis que nous arrivons à la fin de la période chrétienne, beaucoup de sagesse est nécessaire afin de connaître les voies de Dieu et de marcher dans ses sentiers. Il en sera de même de ceux qui auront à subir la grande tribulation: «Ici est la sagesse» (Apocalypse 13: 18).
Jacques encourage ses lecteurs à bien connaître la sagesse de Dieu; elle est indispensable à ceux qui vivent actuellement. Les situations sont variées et les problèmes deviennent de plus en plus difficiles. Souvent nous ne savons plus que faire. Alors, qui est sage parmi nous? Apprenons à l’école de Dieu. Nous vivons dans une période très sombre, mais plus nous étudierons à l’école de Dieu, plus nous ressemblerons à notre Seigneur, et mieux nous brillerons pour lui.
Le Père des lumières désire que nous brillions comme des lumières. Aujourd’hui plus que jamais il est important de fixer notre attention sur le Seigneur. Il est le Soleil. Puissions-nous refléter sa lumière dans la sombre nuit où nous vivons! Qu’il nous aide à le réaliser!

Alfred E. Bouter

DIMANCHE 18 AOÛT : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE – JÉRÉMIE 38, 4 – 6. 8 – 10

16 août, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 18 AOÛT : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – JÉRÉMIE 38, 4 – 6. 8 – 10

Pendant le siège de Jérusalem, 
 les chefs qui tenaient Jérémie en prison
4 dirent au roi Sédécias :
 « Que cet homme soit mis à mort : 
 en parlant comme il le fait, 
 il démoralise tout ce qui reste de combattants dans la ville, 
 et toute la population. 
 Ce n’est pas le bonheur de la population qu’il cherche, 
 mais son malheur. »
5 Le roi répondit :
 « Il est déjà entre vos mains, 
 et le roi ne peut rien contre vous ! »
6 Alors ils se saisirent de Jérémie 
 et le jetèrent dans la citerne du prince Melkias, 
 dans la cour de la prison.
 On le descendit avec des cordes. 
 Dans cette citerne, il n’y avait pas d’eau, mais de la boue, 
 et Jérémie s’enfonça dans la boue.
8 Un officier du palais, l’Ethiopien Ebed-Mélek, 
 vint trouver le roi :
 9 « Mon Seigneur le roi, ce qu’ils ont fait au prophète Jérémie, 
 c’est mal ! 
 Ils l’ont jeté dans la citerne, 
 il va y mourir de faim ! »
10 Alors le roi donna cet ordre à l’Ethiopien Ebed-Mélek :
 « Prends trois hommes avec toi, 
 et retire de la citerne le prophète Jérémie
 avant qu’il ne meure. »

Le nom de Jérémie a donné naissance au mot « jérémiades ». Mais ce serait une erreur de penser que ce prophète a passé son temps à geindre et à se lamenter. En revanche, il est vrai qu’il a été conduit souvent à crier grâce sous l’accumulation des épreuves. Dieu sait s’il en a connues ! Le proverbe « Nul n’est prophète en son pays s’applique particulièrement à lui ». On trouve parfois sous sa plume des expressions de découragement absolu : « Quel malheur, ma mère, que tu m’aies enfanté, moi qui suis, pour tout le pays, l’homme contesté et contredit… Pourquoi ma douleur est-elle devenue permanente, ma blessure incurable ? (15, 10… 18) ou encore : « Maudit le jour où je fus enfanté ! Le jour où ma mère m’enfanta, qu’il ne devienne pas béni ! … Pourquoi donc suis-je sorti du sein, pour connaître peine et affliction, pour être chaque jour miné par la honte ? » (20, 14). Devant les échecs répétés de sa mission et les maux dont il est victime, il se pose de graves questions et il va jusqu’à demander des comptes à Dieu dont il juge la conduite étonnante sinon injuste : « Toi, SEIGNEUR, tu es juste ! Mais je veux quand même plaider contre toi. Oui, je voudrais discuter avec toi de quelques cas. Pourquoi les démarches des coupables réussissent-elles ? Pourquoi les traîtres perfides sont-ils tous à l’aise ? Tu les plantes, ils s’enracinent et vont jusqu’à porter du fruit ! » (12, 1-2).
 En lisant le livre de Jérémie on se rend compte qu’il avait de bonnes raisons de se poser de telles questions et de se lamenter : on voit apparaître chapitre après chapitre les complots de ses adversaires, les pièges qu’ils lui tendent, les menaces qu’ils profèrent et qu’ils mettent cruellement à exécution : « J’entends les propos menaçants de la foule – c’est partout l’épouvante : Dénoncez-le ! – Oui, nous le dénoncerons ! » Tous mes intimes guettent mes défaillances : « Peut-être se laissera-t-il tromper dans sa naïveté, et nous arriverons à nos fins, nous prendrons notre revanche. » (20, 10) « Allons mettre au point nos projets contre Jérémie… allons le démolir en le diffamant, ne prêtons aucune attention à ses paroles. » (18, 18). Dans son village natal, Anatoth, il a entendu les menaces de mort : « Ne prophétise pas au nom du SEIGNEUR, sinon tu mourras de notre main. » (11, 21), ainsi que les avertissements de quelques amis bienveillants : « Même tes frères, les membres de ta famille, oui, eux-mêmes te trahissent, oui, eux-mêmes convoquent dans ton dos des tas de gens. Ne te fie pas à eux quand ils te parlent gentiment. » (12, 6).
 Dans le passage que la liturgie nous offre ce dimanche, nous sommes devant l’un des malheurs de Jérémie, un épisode typique de sa vie où apparaissent la plupart des arguments de ses adversaires et des méchancetés que nous venons d’évoquer : « Que cet homme soit mis à mort : en parlant comme il le fait, il démoralise tout ce qui reste de combattants dans la ville et toute la population. Ce n’est pas le bonheur de la population qu’il cherche, mais son malheur. » … « Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne du prince Melkias, dans la cour de la prison. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne, il n’y avait pas d’eau, mais de la boue et Jérémie s’enfonça dans la boue. » On ne peut pas être plus réaliste dans la description de la persécution que Jérémie a dû subir.
 Mais Dieu n’abandonne pas son prophète ; il tient la promesse qu’il lui avait faite dès le jour de sa vocation, de le soutenir envers et contre tous. Il s’agissait vraiment d’une alliance entre Dieu et lui : « Le SEIGNEUR m’adressa la parole et me dit : Avant même de te former dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les peuples. Lève-toi, tu prononceras contre eux tout ce que je t’ordonnerai. Ne tremble pas devant eux, sinon, c’est moi qui te ferai trembler devant eux. Moi, je fais de toi aujourd’hui une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze, pour faire face à tout le pays, aux rois de Juda et à ses chefs, à ses prêtres et à tout le peuple. Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer. Parole du SEIGNEUR. » (1, 4-5. 17-19). Et un jour où Jérémie était particulièrement découragé, Dieu lui avait confirmé sa mission et avait réitéré sa promesse de le soutenir : « Je te délivre de la main des méchants, je t’arrache à la poigne des violents. » (15, 21).
 Aujourd’hui l’instrument de cette délivrance va être un étranger, un Ethiopien nommé Ebed-Mélek. Ce n’est pas la première fois que la Bible nous donne en exemple des étrangers plus respectueux de Dieu et de ses prophètes que les membres du peuple élu ! Il a le courage d’intervenir auprès du roi : « Mon Seigneur le roi, ce qu’ils ont fait au prophète Jérémie c’est mal ! Ils l’ont jeté dans la citerne, il va y mourir de faim ! ». Son intervention est efficace : le roi lui donne l’autorisation de sauver Jérémie. Quand Jésus racontera plus tard la parabole du Bon Samaritain peut-être pensait-il à cet Ethiopien venu au secours du prophète. Plus d’un point rapproche les deux hommes. Cela saute aux yeux si on lit dans la Bible le récit jusqu’au bout ; voici les versets 11, 12 et 13 qui ne nous sont pas donnés dans le texte liturgique : l’auteur accumule volontairement les détails qui mettent en valeur la délicatesse du païen qui vient au secours du prophète, prenant mille précautions pour ne pas risquer de le blesser au cours de la remontée ! « Ebed-Mélek prit les hommes avec lui, se rendit au palais, ramassa sous le trésor de vieux chiffons et les fit parvenir à Jérémie dans la citerne au moyen de cordes. Ebed-Mélek, l’Ethiopien, dit à Jérémie : Mets-toi les vieux chiffons au dessous des aisselles, sur les cordes. Jérémie le fit. Ils hissèrent donc Jérémie avec les cordes et le firent remonter de la citerne. » Peut-on trouver une charité fraternelle plus délicate ?
 Une fois de plus, nous voici confrontés à la question cruciale, celle qui a déchiré tant de témoins de Dieu : pourquoi la Bonne Nouvelle est-elle si mal accueillie ? Pourquoi nul n’est-il prophète en son pays ? Probablement parce que l’annonce de l’amour de Dieu pour les hommes se double d’une exigence, celle d’aimer à notre tour.
 ———————-

 Complément
 Les plaintes de Job (au chapitre 3) sont étonnamment semblables à celles de Jérémie ; l’auteur du livre de Job s’est probablement inspiré des cris de Jérémie qui était considéré comme l’exemple même du juste persécuté.

FRATERNITE SACERDOTALE INTERNATIONALE – POUR LE RESPECT DE L’ANIMAL

12 août, 2013

http://animal-respect-catholique.org/bible.htm

FRATERNITE SACERDOTALE INTERNATIONALE – POUR LE RESPECT DE L’ANIMAL

RICHESSES DE LA BIBLE

(images sur le site)

 Qoh 3,19 : Car le sort des fils d’Adam, c’est le sort de la bête, c’est un sort identique : telle la mort de celle-ci, telle la mort de ceux-là, ils ont un souffle identique : la supériorité de l’homme sur la bête est nulle, car tout est vanité.
Dn 8,20 : Le bélier à deux cornes que tu as vu : ce sont les rois de Médie et de Perse.
Gn 9,9 –11 : « Je vais établir mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : oiseaux, bestiaux, toutes les bêtes sauvages qui sont avec vous, bref tout ce qui est sorti de l’arche avec vous : aucune chair ne sera plus exterminée par les eaux du Déluge, il n’y aura plus de Déluge pour ravager la terre. »
Gn 1,20-30 : Dieu dit : « Que les eaux grouillent de bestioles vivantes et que l’oiseau vole au-dessus de la terre face au firmament du ciel. » Dieu créa les grands monstres marins, tous les êtres vivants et remuants selon leur espèce, dont grouillèrent les eaux , et tout oiseau ailé selon son espèce. dieu vit que cela était bon. Dieu les bénit en disant : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez les eaux dans les mers, et que l’oiseau prolifère sur la terre ! » Il y eut un soir, il y eut un matin : cinquième jour.
Dieu dit : « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, petites bêtes , et bêtes sauvages selon leur espèce ! »

Le paradis terrestre
Il en fut ainsi. Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce et toutes les petites bêtes du sol selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.
Dieu le Père
Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance et qu’il soumette les poisons de la mer , les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre ! »
Dieu créa l’homme à son image,
à l’image de Dieu, il le créa ;
mâle et femelle, il les créa.
Dieu les bénit et Dieu leur dit : « Soyez féconds et prolifiques , remplissez la terre et dominez-là. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ! »
Dieu dit : « Voici, je vous donne toute herbe qui porte sa semence sur toute la surface de la terre et tout arbre dont le fruit porte sa semence ; ce sera votre nourriture.
A toute bête de la terre, à tout oiseau du ciel, à tout ce qui remue sur la terre et qui a souffle de vie, je donne pour nourriture toute herbe mûrissante. » Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour.
Gn 2,15-22 : « Le SEIGNEUR Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour cultiver le sol et le garder. Le SEIGNEUR Dieu prescrivit à l’homme : « Tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais, car du jour où tu en mangeras, tu devras mourir. »

Adam et Eve au paradis
Le SEIGNEUR Dieu dit : « Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. Je veux faire une aide qui lui soit accordée. » Le SEIGNEUR Dieu modela
du sol toute bête des champs et tout oiseau du ciel qu’il amena à l’homme pour voir comment il les désignerait. Tout ce que désigna l’homme avait pour nom « être vivant » ; l’homme désigna par leur nom tout bétail, tout oiseau du ciel et toute bête des champs, mais pour lui-même, l’homme ne trouva pas l’aide qui lui soit accordée. Le SEIGNEUR Dieu fit tomber l’homme dans une torpeur l’homme qui s’endormit ; il prit l’une de ses côtes et referma les chairs à sa place. Le SEIGNEUR Dieu transforma la côte qu’il avait prise à l’homme en une femme qu’il lui amena. »
Gn 6 ,18-22 : J’établirai mon alliance avec toi.
« Entre dans l’arche, toi, et avec toi, tes fils, ta femme, et les femmes de tes fils.
De tout être vivant, de toute chair, tu introduiras un couple dans l’arche pour les faire survivre avec toi ; qu’il y ait un mâle et une femelle ! De chaque espèce d’oiseaux, de chaque espèce de bestiaux, de chaque espèce de petites bêtes du sol, un couple de chaque espèce viendra à toit pour survivre. Et toi, prends de tout ce qui se mange et fais-en une réserve ; ce sera ta nourriture et la leur.
C’est ce que fit Noé : il fit exactement ce que Dieu lui avait prescrit. 

 Es 1, 2-3 : « Ecoutez, cieux ! Terre, prête l’oreille !
C’est le Seigneur qui parle :
J’ai fait grandir des fils, je les ai élevés,
eux, ils se sont révoltés contre moi.
un bœuf connaît son propriétaire
et un âne la mangeoire chez son maître :
Israël ne connaît pas,
mon peuple ne comprend pas.

Ps 104 , 21-28 : Les lions rugissent après leur proie
et réclament à Dieu leur nourriture.
Au lever du soleil, ils se retirent,
se couchent dans leurs tanières ,
et l’homme s’en va à son travail
à ses cultures jusqu’au soir.

Que tes œuvres sont nombreuses, SEIGNEUR !
Tu les as toutes faites avec sagesse,
la terre est remplie de tes créatures.

Voici la mer, grande et vaste de tous côtés ,
ou remuent, innombrables,
des animaux petits et grands.
Là vont et viennent les bateaux,
et le Léviathan que tu as formé pour jouer avec lui.

Tous comptent sur toi
pour leur donner en temps voulu la nourriture :
tu donnes, ils ramassent ;
tu ouvres ta main, ils se rassasient.

1 Daniel 8-20 : « Or Daniel prit à cœur de ne pas se souiller avec le menu du roi et le vin de sa boisson. Il fit une requête au prévôt du personnel pour n’avoir pas à se souiller, et Dieu accorda à Daniel la grâce et faveur devant le prévôt du personnel. Le prévôt du personnel dit à Daniel : « Je crains, que Monseigneur le Roi, qui a fixé votre nourriture et votre boisson, ne vous voie des visages plus abattus que ceux des garçons de votre âge, et que vous ne me rendiez coupable au prix de ma tête envers le roi.» Daniel dit au garde que le chef du personnel avait charge de Daniel, Hananya, Mishaël et Azarya. : « Mets donc tes serviteurs à l’épreuve pendant dix jours. Qu’on nous donne des légumes à manger et de l’eau à boire. Puis tu regarderas notre mine et la mine de ces garçons qui mangent au menu du roi ; et selon ce que tu verras, agis envers tes serviteurs ! » Au terme des dix jours, on vit qu’ils avaient meilleure mine et plus d’embonpoint que tous les garçons qui menaient au menu du roi. Le garde enlevait donc leur menu et le vin qu’ils avaient à boire, et il leur donnait des légumes. Or à ces quatre garçons, Dieu donna la science et il les instruisit en toute littérature et sagesse. Quant à Daniel, il comprenait toute vision et tous songes. Au terme des dix jours fixés par le roi pour les lui amener, le prévôt du personnel les emmena en présence de Nabuchodonosor. le roi parla avec eux, et parmi tous il ne s’en trouva pas comme Daniel Hananya, Mishaël et Azarya. Ils se tinrent donc en présence du roi ; et en toute affaire de sagesse et de discernement dont le roi s’enquit auprès d’eux, il les trouva dix fois supérieurs à tous les magiciens et conjureurs qu’il y avait dans tout son royaume.

DIMANCHE 4 AOÛT : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE ET DEUXIEME LECTURE

2 août, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 4 AOÛT : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Ecclésiaste 1, 2 ; 2, 21-23
1, 2 Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, 
 vanité des vanités, tout est vanité !
2, 21 Un homme s’est donné de la peine ; 
 il était avisé, il s’y connaissait, il a réussi. 
 Et voilà qu’il doit laisser son bien 
 à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine. 
 Cela aussi est vanité, c’est un scandale.
22 En effet, que reste-t-il à l’homme 
 de toute la peine et de tous les calculs 
 pour lesquels il se fatigue sous le soleil ?
23 Tous les jours sont autant de souffrances, 
 ses occupations sont autant de tourments ; 
 même la nuit, son coeur n’a pas de repos. 
 Cela encore est vanité.

Quand nous lisons le livre de l’Ecclésiaste, nous courons toujours un risque, celui de nous tromper de registre. Car, quelles que soient les apparences, l’auteur, Qohéleth n’est pas un philosophe, c’est un prédicateur. Il est vrai que son livre est classé dans la catégorie des « livres de sagesse ». Mais, ne nous y trompons pas, les livres bibliques dits de sagesse ne sont pas des essais philosophiques à la manière des païens ou des agnostiques ; ce sont d’abord et avant tout des livres de croyants écrits par des croyants pour des croyants, des catéchismes en somme.
 « Vanité des vanités, tout est vanité » : ce sont les premiers mots de notre texte d’aujourd’hui, mais aussi les premiers mots du livre de l’Ecclésiaste et aussi peut-être ce qui le résume le mieux. Le mot « vanité », ici, n’a pas de connotation morale ; une traduction plus littérale serait « Buée de buées » : quelque chose d’évanescent ; qui peut se vanter de retenir une buée entre ses doigts ? Une autre expression, à peu près synonyme, que l’auteur affectionne est « poursuite de vent ». Traduisez : tout sur terre, tout ce à quoi nous dédions nos pensées, nos rêves, nos forces, nos activités, notre temps, tout n’est qu’éphémère, provisoire, passager. Tout ? Oui, tout… ou presque. Tout, sauf une seule chose au monde. Laquelle ? L’auteur laisse planer le suspense très longtemps. A la fin de son livre, seulement à la fin, il dira quelle est la seule chose importante au monde : la recherche de Dieu, évidemment. Quand l’auteur livre enfin son secret, on comprend alors qu’il ne nous a pas délivré une méditation philosophique désabusée, mais en réalité une prédication musclée dite à mots couverts.
 En attendant, il décrit de mille et une manières les multiples activités des hommes, comme autant d’efforts en fin de compte inutiles, poursuite de vent, efforts dérisoires pour retenir des buées entre nos doigts. Pour appuyer son propos, il a choisi de faire parler l’un des grands de ce monde, le roi Salomon en personne ; probablement parce qu’il lui paraît bien représentatif : homme de désir, homme de pouvoir, homme couronné de gloire, mais d’une gloire sans lendemain. Car la vie de Salomon a connu plusieurs périodes très différentes : avant son accession au trône, nous ne savons rien de lui sinon son féroce appétit pour arriver au pouvoir. Une fois roi, il fut dans un premier temps admirable de sagesse et d’humilité ; en revanche, à la fin de sa vie, il tomba dans de grandes erreurs : l’idolâtrie et le goût de la richesse reprirent le dessus.
 Notre auteur, Qohéleth trouve évidemment ici grande matière à méditation et dans son livre, il fait parler Salomon comme s’il faisait le bilan de son règne. Règne de puissance et de richesse (Jésus peut parler de lui en disant « Salomon dans toute sa gloire ») : sa sagesse et ses grands travaux ont subjugué les puissants et les sages de son temps ; il a profité de tous les plaisirs de la vie ; mais chacun sait aussi l’échec final de son règne : Roboam, son fils, s’avère incapable de mener une sage politique, le royaume se déchire, pire, l’idolâtrie reprend le dessus. En peu d’années, la gloire de Salomon a disparu et notre auteur peut écrire en pensant à lui : « Un homme s’est donné de la peine ; il était avisé, il s’y connaissait, il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine… Que reste-t-il ??? »
 Et c’est le grand roi Salomon qui parle ! Celui que beaucoup ont envié. Finalement, insinue Qohéleth, il n’y avait pas de quoi : « Moi, je déteste tout le travail que j’ai fait sous le soleil et que j’abandonnerai à l’homme qui me succédera. Qui sait s’il sera sage ou insensé ? » (Qo 2, 18-19). Lorsque Qohéleth médite ainsi sur l’histoire de Salomon, il sait trop bien qu’effectivement, Roboam, le fils de Salomon, et son successeur sur le trône de Jérusalem, manqua terriblement de sagesse. Et c’est de là que vint le schisme qui devait diviser à tout jamais le royaume de David.
 C’est à la lumière de cette expérience que Qohéleth regarde la vie sur cette terre : « Tout n’est que vanité ». Plusieurs psaumes disaient d’ailleurs des choses semblables : « L’homme, ses jours sont comme l’herbe, il fleurit comme la fleur des champs : que le vent passe, elle n’est plus, et la place où elle était l’a oubliée. » (Ps 103, 15-16). Devant cet apparent pessimisme, on peut se demander, et on ne serait pas les premiers, pourquoi Qohéleth a été retenu dans le canon des Ecritures ? En réalité, il y a, sous cette apparente désespérance, un véritable langage de foi : Dieu est notre Créateur, lui seul connaît tous les mystères ; toute recherche de bonheur en dehors de Lui est vaine ; lui seul détient les clés de la vraie sagesse et, en définitive, même si nous ne comprenons pas les mystères de l’existence, nous savons que tout est don de Dieu. A travers le pessimisme apparent de Qohéleth, apparaissent donc des rais de lumière : la foi en Dieu est sous-jacente, l’horizon n’est pas bouché. Et la seule vraie valeur au monde, celle qui ne décevra pas, c’est la foi, justement, ou la Sagesse, qui est abandon dans les mains de Dieu : « Les justes, les sages et leurs travaux sont dans les mains de Dieu. » (Qo 9, 1). « Dieu donne à l’homme qui lui plaît sagesse, science et joie. » (Qo 2, 26). Et, bien sûr, la morale de l’histoire, c’est qu’il faut pratiquer les commandements de Dieu, c’est le seul chemin du bonheur : « Celui qui observe le commandement ne connaîtra rien de mauvais. » (Qo 8, 5).
 Pour finir, le fin mot de la sagesse, la vraie, celle que Dieu seul peut donner, c’est l’humilité : celle qui consiste à vivre tout simplement notre vie, telle qu’elle est, toute petite en définitive, comme un cadeau de Dieu : « Tout homme qui mange et boit et goûte au bonheur en tout son travail, c’est là un don de Dieu. » (Qo 3, 13). Au fond, en se mettant à la place de Salomon, supposé faire le bilan de sa vie, c’est Qohéleth lui-même qui va jusqu’au bout de la Sagesse, là où Salomon aurait dû aller.

DEUXIEME LECTURE – Colossiens 3, 1 – 5. 9 – 11
Frères,
1 vous êtes ressuscités avec le Christ. 
 Recherchez donc les réalités d’en haut : 
 c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu.
2 Tendez vers les réalités d’en haut, 
 et non pas vers celles de la terre.
3 En effet, vous êtes morts avec le Christ, 
 et votre vie reste cachée avec lui en Dieu.
4 Quand paraîtra le Christ, votre vie, 
 alors vous aussi, 
 vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.
5 Faites donc mourir en vous 
 ce qui appartient encore à la terre : 
 débauche, impureté, passions, désirs mauvais, 
 et cet appétit de jouissance qui est un culte rendu aux idoles.
9 Plus de mensonge entre vous ; 
 débarrassez-vous des agissements
 de l’homme ancien qui est en vous,
10 et revêtez l’homme nouveau, 
 celui que le Créateur refait toujours neuf à son image, 
 pour le conduire à la vraie connaissance.
11 Alors, 
 il n’y a plus de Grec et de Juif, 
 d’Israélite et de païen, 
 il n’y a pas de barbare, de sauvage, d’esclave, d’homme libre, 
 il n’y a que le Christ : 
 en tous, il est tout.

Première remarque : Paul fait une distinction entre ce qu’il appelle « les réalités d’en haut » et « celles de la terre ». Il ne s’agit pas de choses d’en-haut ou d’en-bas, il veut dire par là qu’il y a deux manières de vivre : il y a les comportements inspirés par l’Esprit Saint et ceux qui ne sont pas inspirés par lui. Ce qu’il appelle les « réalités d’en-haut », c’est la bienveillance, l’humilité, la douceur, la patience, le pardon mutuel… Tout cela c’est la manière de vivre selon l’Esprit ; c’est ou ce devrait toujours être le comportement des baptisés. Ce qu’il appelle les réalités terrestres, c’est la débauche, l’impureté, la passion, la cupidité, la convoitise… Evidemment, toutes ces manières-là ne sont pas inspirées par l’Esprit Saint.
 Deuxième remarque : lorsqu’il nous dit « vous êtes ressuscités », c’est de notre baptême qu’il parle. C’est pour cela qu’il fait un lien précis entre notre baptême et notre manière de vivre : « Vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut ».
 Troisième remarque : il parle au présent pour dire « vous êtes ressuscités » ; trois lignes plus bas, en revanche, il dira « vous êtes morts »… Nous nous sentons bien vivants, pourtant, c’est-à-dire pas encore morts… et encore moins ressuscités ! Il faut donc croire que les mots n’ont pas le même sens pour lui que pour nous ! Et là, nous reconnaissons bien la théologie de Paul. Car, pour lui, depuis la Résurrection du Christ, plus rien n’est comme avant.
 Etre des ressuscités, c’est précisément être nés à une nouvelle manière de vivre, une vie selon l’Esprit, ce qu’il appelle les réalités d’en-haut. Un « Chrétien », normalement, c’est quelqu’un qui est transformé, et qui vit à la manière du Christ : il l’appelle un « homme nouveau ». En nous voyant vivre et en voyant vivre nos communautés, on devrait pouvoir dire : il y a un avant et un après le Baptême. Notre vie quotidienne n’est pas changée, mais depuis la Résurrection du Christ et notre baptême, il y a une manière nouvelle de vivre notre réalité quotidienne : un comportement à la manière du Christ.
 Pour autant, on est bien loin d’un mépris de ce que nous, nous appelons les choses de la terre ; au contraire, Paul dit à peine plus loin, dans cette même lettre : « Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père. » Pour le dire autrement, Dieu nous a confié les réalités de notre vie quotidienne, ce n’est pas pour que nous les méprisions !
 Encore une fois, il ne s’agit pas de vivre une autre vie que la vie ordinaire, mais de vivre autrement la vie ordinaire. C’est ce monde-ci qui est promis au Royaume, il ne s’agit donc pas de le mépriser mais de le vivre déjà comme la semence du Royaume. Et ce Royaume, quel est-il ? Il est ce lieu où tous les hommes sont frères ; comme disait Paul dans la lettre aux Galates : « En Jésus Christ, vous êtes tous fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni Juif ni païen, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. » (Ga 3, 26-28).
 Nous venons d’entendre des termes presque identiques dans la lettre aux Colossiens (notre lecture de ce dimanche) : « Il n’y a plus de Grec et de Juif, d’Israélite et de païen, il n’y a pas de barbare, de sauvage, d’esclave, d’homme libre, il n’y a que le Christ : en tous, il est tout. »
 Si Paul a senti la nécessité de reproduire presque à l’identique un passage entier de la lettre aux Galates c’est que la communauté de Colosses avait probablement encore les mêmes problèmes que les Galates. Or ces problèmes des Galates, nous les connaissons bien : en particulier, il y a la grande question qui a empoisonné les premières communautés chrétiennes : lorsque des non-Juifs ont voulu devenir chrétiens, Paul, qui était pourtant d’origine juive, n’a pas jugé utile de leur imposer les coutumes juives, coutumes alimentaires, coutumes de purification et surtout la circoncision. Chez les Galates, comme plus tard, chez les Colossiens, il y avait donc dans les communautés chrétiennes, des baptisés circoncis et d’autres qui ne l’étaient pas. Or des prédicateurs, Juifs d’origine, eux aussi, sont venus et ont soutenu publiquement la thèse contraire : quand des non-Juifs deviennent chrétiens, il ne suffit pas de les baptiser, il faut d’abord en faire des Juifs par la circoncision.
 La réponse de Paul aux Galates, la réponse de l’auteur de la lettre aux Colossiens sont identiques : le baptême fait de vous des frères, aucune des distinctions précédentes entre vous ne compte plus ; entre Chrétiens, tout ostracisme est déplacé, j’aurais dû dire dépassé. Traduisez « Vous êtes tous des baptisés » ; vous êtes des fidèles du Christ, c’est cela seul qui compte. Voilà votre dignité : même s’il subsiste dans la société civile des différences de rôle entre hommes et femmes, même si dans l’Eglise les mêmes responsabilités ne vous sont pas confiées, au regard de la foi, vous êtes avant tout des baptisés. « Il n’y a plus ni esclave ni homme libre » : là encore, cela ne veut pas dire que Paul préconise la révolution ; mais quel que soit le rang social des uns et des autres, vous aurez pour tous la même considération car tous vous êtes des baptisés. Vous ne regarderez pas avec moins de respect et de déférence celui qui vous paraît moins haut placé sur l’échelle sociale : il me semble que la recommandation vaut bien encore pour nous aujourd’hui !
 —————————

 Complément
 - Certains exégètes pensent que cette lettre dite de Paul aux Colossiens n’est peut-être pas de Paul ; lequel n’est d’ailleurs jamais allé à Colosses : c’est Epaphras, un disciple de Paul qui a fondé cette communauté. Selon un procédé tout-à-fait admis et courant au premier siècle (et qu’on appelle la pseudépigraphie), on suppose (mais ce n’est qu’une hypothèse) qu’un disciple de Paul très proche de sa pensée se serait adressé aux Colossiens sous le couvert de l’autorité de l’apôtre parce que l’heure était grave. Si l’hypothèse est la bonne, on ne s’étonne pas de retrouver dans cet écrit des phrases textuellement empruntées à Paul et d’autres qui montrent comment la méditation théologique continuait à se développer dans les communautés chrétiennes : Jésus avait bien dit : « L’Esprit vous mènera vers la vérité tout entière. » Et, au cours des dimanches précédents, nous avons eu déjà l’occasion de signaler des développements théologiques que l’on ne retrouve pas encore dans les oeuvres de Paul lui-même.

PREMIERE LECTURE – GENÈSE 18, 20-32

27 juillet, 2013

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Dimanche 28 juillet : commentaires de Marie Noëlle Thabut

PREMIERE LECTURE – GENÈSE 18, 20-32

Les trois visiteurs d’Abraham allaient partir pour Sodome.

20 Le SEIGNEUR dit : 
 « Comme elle est grande,
 la clameur qui monte de Sodome et de Gomorrhe ! 
o Et leur faute, comme elle est lurde !
21 Je veux descendre pour voir 
 si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à moi. 
 Si c’est faux, je le reconnaîtrai. »
22 Les deux hommes se dirigèrent vers Sodome, 
 tandis qu’Abraham demeurait devant le SEIGNEUR.
23 Il s’avança et dit : 
 « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le pécheur ?
24 Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville.
 Vas-tu vraiment les faire périr ? 
 Est-ce que tu ne pardonneras pas
 à cause des cinquante justes qui sont dans la ville ?
25 Quelle horreur, si tu faisais une chose pareille ! 
 Faire mourir le juste avec le pécheur, 
 traiter le juste de la même manière que le pécheur, 
 quelle horreur ! 
 Celui qui juge toute la terre 
 va-t-il rendre une sentence contraire à la justice ? »
26 Le SEIGNEUR répondit : 
 « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, 
 à cause d’eux je pardonnerai à toute la ville. »
27 Abraham reprit : 
 « Oserai-je parler encore à mon Seigneur, 
 moi qui suis poussière et cendre ?
28 Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : 
 pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? »
 Il répondit : 
 « Non, je ne la détruirai pas, 
 si j’en trouve quarante-cinq. »
29 Abraham insista : 
 « Peut-être en trouvera-t-on seulement quarante ? » 
 Le SEIGNEUR répondit : 
 « Pour quarante, 
 je ne le ferai pas. »
30 Abraham dit :
 « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, 
 si j’ose parler encore : 
 peut-être y en aura-t-il seulement trente ? » 
 Il répondit : 
 « Si j’en trouve trente, 
 je ne le ferai pas. »
31 Abraham dit alors :
 « Oserai-je parler encore à mon Seigneur ? 
 Peut-être en trouvera-t-on seulement vingt ? » 
 Il répondit : « Pour vingt, je ne détruirai pas. »
32 Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : 
 je ne parlerai plus qu’une fois. 
 Peut-être en trouvera-t-on seulement dix ? » 
 Et le SEIGNEUR répondit :
 « Pour dix, je ne détruirai pas la ville de Sodome. »

Ce texte marque un grand pas en avant dans l’idée que les hommes se font de leur relation à Dieu : c’est la première fois que l’on ose imaginer qu’un homme puisse intervenir dans les projets de Dieu. Malheureusement, la lecture liturgique ne nous fait pas entendre les versets précédents, là où l’on voit Dieu, parlant tout seul, se dire à lui-même : « Maintenant que j’ai fait alliance avec Abraham, il est mon ami, je ne vais pas lui cacher mes projets. » Manière de nous dire que Dieu prend très au sérieux cette alliance ! Voici ce passage : « Les hommes se levèrent de là et portèrent leur regard sur Sodome ; Abraham marchait avec eux pour prendre congé. Le SEIGNEUR dit : Vais-je cacher à Abraham ce que je fais ? Abraham doit devenir une nation grande et puissante en qui seront bénies toutes les nations de la terre, car j’ai voulu le connaître… » Et c’est là que commence ce que l’on pourrait appeler « le plus beau marchandage de l’histoire ». Abraham armé de tout son courage intercédant auprès de ses visiteurs pour tenter de sauver Sodome et Gomorrhe d’un châtiment pourtant bien mérité : « SEIGNEUR, si tu trouvais seulement cinquante justes dans cette ville, tu ne la détruirais pas quand même ? Sinon, que dirait-on de toi ? Ce n’est pas moi qui vais t’apprendre la justice ! Et si tu n’en trouvais que quarante-cinq, que quarante, que trente, que vingt, que dix ?… »
 Quelle audace ! Et pourtant, apparemment, Dieu accepte que l’homme se pose en interlocuteur : pas un instant, le Seigneur ne semble s’impatienter ; au contraire, il répond à chaque fois ce qu’Abraham attendait de lui. Peut-être même apprécie-t-il qu’Abraham ait une si haute idée de sa justice ; au passage, d’ailleurs, on peut noter que ce texte a été rédigé à une époque où l’on a le sens de la responsabilité individuelle : puisque Abraham serait scandalisé que des justes soient punis en même temps que les pécheurs et à cause d’eux ; nous sommes loin de l’époque où une famille entière était supprimée à cause de la faute d’un seul. Or, la grande découverte de la responsabilité individuelle date du prophète Ezéchiel et de l’Exil à Babylone, donc au sixième siècle. On peut en déduire une hypothèse concernant la composition du chapitre que nous lisons ici : comme pour la lecture de dimanche dernier, nous sommes certainement en présence d’un texte rédigé assez tardivement, à partir de récits beaucoup plus anciens peut-être, mais dont la mise en forme orale ou écrite n’était pas définitive.
 Dieu aime plus encore probablement que l’homme se pose en intercesseur pour ses frères ; nous l’avons déjà vu un autre dimanche à propos de Moïse (Ex 32) : après l’apostasie du peuple au pied du Sinaï, se fabriquant un « veau d’or » pour l’adorer, aussitôt après avoir juré de ne plus jamais suivre des idoles, Moïse était intervenu pour supplier Dieu de pardonner ; et, bien sûr, Dieu qui n’attendait que cela, si l’on ose dire, s’était empressé de pardonner. Moïse intervenait pour le peuple dont il était responsable ; Abraham, lui, intercède pour des païens, ce qui est logique, après tout, puisqu’il est porteur d’une bénédiction au profit de « toutes les familles de la terre ». Belle leçon sur la prière, là encore ; et il est intéressant qu’elle nous soit proposée le jour où l’évangile de Luc nous rapporte l’enseignement de Jésus sur la prière, à commencer par le Notre Père, la prière « plurielle » par excellence : puisque nous ne disons pas « Mon Père », mais « Notre Père ».. Nous sommes invités, visiblement, à élargir notre prière à la dimension de l’humanité tout entière.
 « Peut-être en trouvera-t-on seulement dix ? » (Ce fut la dernière tentative d’Abraham.) « Et le SEIGNEUR répondit : Pour dix, je ne détruirai pas la ville de Sodome. » Ce texte est un grand pas en avant, disais-je, une étape importante dans la découverte de Dieu, mais ce n’est qu’une étape, car il se situe encore dans une logique de comptabilité : sur le thème combien faudra-t-il de justes pour gagner le pardon des pécheurs ? Il restera à franchir le dernier pas théologique : découvrir qu’avec Dieu, il n’est jamais question d’un quelconque paiement ! Sa justice n’a rien à voir avec une balance dont les deux plateaux doivent être rigoureusement équilibrés ! C’est très exactement ce que Saint Paul essaiera de nous faire comprendre dans le passage de la lettre aux Colossiens que nous lisons ce dimanche.

DIMANCHE 21 JUILLET : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE – Genèse 18, 1 – 10a

19 juillet, 2013

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DIMANCHE 21 JUILLET : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Genèse 18, 1 – 10a


1 Au chêne de Mambré, le SEIGNEUR apparut à Abraham 
 qui était assis à l’entrée de la tente. 
 C’était l’heure la plus chaude du jour.
2 Abraham leva les yeux, 
 il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. 
 Aussitôt, il courut à leur rencontre, 
 se prosterna jusqu’à terre et dit :
3 « Seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, 
 ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur.
 4 On va vous apporter un peu d’eau, 
 vous vous laverez les pieds, 
  et vous vous étendrez sous cet arbre.
 5 Je vais chercher du pain 
 et vous reprendrez des forces avant d’aller plus loin, 
 puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! » 
 Ils répondirent : 
 « C’est bien. Fais ce que tu as dit. »
6 Abraham se hâta d’aller trouver Sara dans sa tente, 
 et il lui dit : 
 « Prends vite trois grandes mesures de farine, 
 pétris la pâte et fais des galettes. »
7 Puis Abraham courut au troupeau, 
 il prit un veau gras et tendre, 
 et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer.
8 Il prit du fromage blanc, du lait, 
 le veau qu’on avait apprêté, 
 et les déposa devant eux ; 
 il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, 
 pendant qu’ils mangeaient.
 9  Ils lui demandèrent : 
 « Où est Sara, ta femme ? » 
 il répondit :
 « Elle est à l’intérieur de la tente. »
10 Le voyageur reprit : 
 « Je reviendrai chez toi dans un an, 
 et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. »

Mambré est un habitant du pays de Canaan qui, à plusieurs reprises, a offert l’hospitalité à Abraham dans son bois de chênes (près de l’actuelle ville d’Hébron). On sait que, pour les Cananéens, les chênes étaient des arbres sacrés ; le récit que nous venons de lire rapporte une apparition de Dieu à Abraham alors qu’il avait établi son campement à l’ombre d’un chêne dans le bois qui appartenait à Mambré ; mais à vrai dire, ce n’est pas la première fois que Dieu parle à Abraham. Depuis le chapitre 12, le livre de la Genèse nous raconte les apparitions répétées et les promesses de Dieu à Abraham. Mais, pour l’instant, rien ne s’est passé ; Abraham et Sara vont mourir sans enfant.
 Car on dit souvent que Dieu a choisi un peuple… En fait, non, Dieu a d’abord choisi un homme, et un homme sans enfants de surcroît. Et c’est à cet homme privé d’avenir (à vues humaines tout au moins) que Dieu a fait une promesse inouïe : « Je ferai de toi une grande nation… En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12, 2-3). A ce vieillard stérile, Dieu a dit « Compte les étoiles si tu le peux… Telle sera ta descendance. » Sur cette seule promesse, apparemment irréalisable, Abram a accepté de jouer toute sa vie. Abraham ne doutait pas que Dieu honorerait sa promesse mais il ne connaissait que trop le fait qui lui opposait un obstacle majeur : lui et Sara étaient stériles ! Ou, du moins, il pouvait le croire, puisqu’à soixante quinze et soixante cinq ans, ils étaient sans enfant.
 Alors il avait imaginé des solutions : Dieu m’a promis une postérité, mais, après tout, mon serviteur est comme mon fils. « SEIGNEUR Dieu, que me donneras-tu ? Je m’en vais sans enfant, et l’héritier de ma maison, c’est Eliézer de Damas. » (Gn 15, 2). Mais Dieu avait refusé : « Ce n’est pas lui qui héritera de toi, mais c’est celui qui sortira de tes entrailles qui héritera de toi. » (Gn 15, 4). Quelques années plus tard, quand Dieu reparla de cette naissance, Abraham ne put pas s’empêcher d’abord d’en rire (Gn 17, 17) ; puis il imagina une autre solution : ce pourrait être mon vrai fils, cette fois, Ismaël, celui que j’ai eu de mon union (autorisée par Sara) avec Agar : « Un enfant naîtrait-il à un homme de cent ans ? Sara, avec ses quatre-vingt-dix ans pourrait-elle enfanter ?… Puisse Ismaël vivre en ta présence ! » Cette fois encore Dieu refusa : « Mais non ! Ta femme Sara va t’enfanter un fils et tu lui donneras le nom d’Isaac. » (Gn 17, 19). La Promesse est la Promesse.
 Le texte que nous lisons ce dimanche suppose toute cette histoire d’Alliance déjà longue (vingt-cinq ans, si l’on en croit la Bible). L’événement se passe près du chêne de Mambré. Trois hommes apparurent à Abraham et acceptèrent son l’hospitalité : arrêtons-nous là. Contrairement aux apparences, l’importance de ce texte n’est pas cette hospitalité si généreusement offerte par Abraham ! Rien de plus banal, à cette époque-là, dans cette civilisation-là, même si c’est exemplaire !
 Le message de l’auteur de ce texte, ce qui suscite son admiration, et du coup, l’envie de l’écrire pour le léguer aux générations futures est bien plus haut ! L’inouï vient de se produire : pour la première fois de l’histoire de l’humanité, Dieu en personne s’est invité chez un homme ! Car il ne fait de doute pour personne que les trois illustres visiteurs symbolisent Dieu ; la lecture de ce texte est pour nous un peu difficile, car on ne comprend pas très bien s’il y a un ou plusieurs visiteurs : « Abraham leva les yeux, il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui… il dit : Seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux… On va vous apporter un peu d’eau, vous vous laverez les pieds… vous reprendrez des forces… Ils lui demandèrent : Où est Sara, ta femme ? Le voyageur reprit : Je reviendrai chez toi dans un an… ». En fait, notre auteur écrit longtemps après les faits sur la base de plusieurs récits d’origines diverses. De tous ces récits, il ne fait qu’un seul, en harmonisant au mieux les formulations. Comme il veut éviter toute apparence de polythéisme, il prend bien soin de rappeler à plusieurs reprises que Dieu est unique. N’y cherchons donc pas trop vite une représentation de la Trinité ; l’auteur de ce texte ne pouvait la concevoir encore ; ce qui est sûr, c’est que Abraham a reconnu sans hésiter, dans ces trois visiteurs, la présence divine.
 Dieu, donc, puisque c’est lui, à n’en pas douter, Dieu s’est invité chez Abraham, et pour lui dire quoi ? Pour lui confirmer le projet inespéré qu’il formait pour lui : l’an prochain, à pareille époque, Sara, la vieille Sara, aura un fils, et de ce fils naîtra un peuple qui sera l’instrument des bienfaits de Dieu : « Je reviendrai chez toi dans un an, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. » Sara qui avait écouté aux portes n’a pas pu s’empêcher de rire : ils étaient si vieux tous les deux ! Alors le voyageur a répondu cette phrase que nous ne devrions jamais oublier : « Y a-t-il une chose trop prodigieuse pour le SEIGNEUR ? » (Gn 18, 14). Et l’impossible, à vues humaines, s’est produit : Isaac est né, premier maillon de la descendance promise, innombrable comme les étoiles dans le ciel.

DEUXIEME LECTURE – Colossiens 1, 24 – 28
Frères,
24 je trouve la joie dans les souffrances 
 que je supporte pour vous, 
 car ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ, 
 je l’accomplis dans ma propre chair, 
 pour son corps qui est l’Eglise.
25 De cette Eglise je suis devenu ministre, 
 et la charge que Dieu m’a confiée, 
 c’est d’accomplir pour vous sa parole,
26 le mystère qui était caché depuis toujours 
 à toutes les générations, 
 mais qui maintenant a été manifesté 
 aux membres de son peuple saint.
27 Car Dieu a bien voulu leur faire connaître 
 en quoi consiste, au milieu des nations païennes, 
 la gloire sans prix de ce mystère : 
 le Christ est au milieu de vous, 
 lui, l’espérance de la gloire !
28 Ce Christ, nous l’annonçons : 
 nous avertissons tout homme, 
 nous instruisons tout homme avec sagesse 
 afin d’amener tout homme à sa perfection dans le Christ.

La première phrase de ce texte est redoutable ! « Ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l’accomplis dans ma propre chair » : comment entendre cette phrase ? Resterait-il donc des souffrances à subir par le Christ ou par nous, pour faire bonne mesure, en quelque sorte ? Apparemment, il reste des souffrances à subir, puisque Paul le dit, mais ce n’est pas « pour faire bonne mesure ». Cela ne découle pas d’une exigence de Dieu ! C’est une nécessité malheureusement due à la dureté de cœur des hommes !
 Ce qui reste à souffrir, ce sont les difficultés, les oppositions, voire les persécutions que rencontre toute entreprise d’évangélisation. Jésus lui-même l’a dit clairement à plusieurs reprises, avant et après sa propre passion et sa Résurrection ; à ses apôtres, il avait dit : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, le troisième jour, il ressuscite. » (Lc 9, 22) ; et après sa Résurrection, il l’expliqua aux disciples d’Emmaüs : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26). Et ce qui fut le sort du maître sera celui de ses disciples ; là encore, il les a bien prévenus : « On vous livrera aux tribunaux et aux synagogues, vous serez roués de coups, vous comparaîtrez devant des gouverneurs et des rois à cause de moi : ils auront là un témoignage. Car il faut d’abord que l’évangile soit proclamé à toutes les nations. » (Mc 13, 9-10). Nous voilà prévenus : tant que la tâche n’est pas terminée, il faudra encore se donner de la peine et traverser bien des difficultés, voire des persécutions. Cela bien concrètement, dans notre propre chair.
 Il n’est évidemment pas question d’imaginer que cela résulterait d’un décret de Dieu, avide de voir souffrir ses enfants, et comptable de leurs larmes ; une telle supposition défigure le Dieu de tendresse et de pitié que Moïse lui-même avait déjà découvert. La réponse tient en deux points : premièrement, pour l’oeuvre d’évangélisation, Dieu sollicite des collaborateurs ; il n’agit pas sans nous ; deuxièmement, le monde refuse d’entendre la Parole, pour ne pas avoir à changer de conduite ; alors il s’oppose de toutes ses forces à la propagation de la Bonne Nouvelle. Cela peut aller jusqu’à persécuter et supprimer les témoins gênants de la Parole. C’est exactement ce que vit Paul, emprisonné pour avoir trop parlé de Jésus de Nazareth.1 Et dans ses lettres aux jeunes communautés chrétiennes, il encourage à plusieurs reprises ses interlocuteurs à accepter à leur tour la persécution inévitable : « Que personne ne soit ébranlé au milieu des épreuves présentes, car vous savez bien que nous y sommes destinés. » (1 Thes 3, 3). Et Pierre en fait autant « Résistez, fermes dans la foi, sachant que les mêmes souffrances sont réservées à vos frères dans le monde. » (1 P 5, 9-10).
 Il n’est donc pas question de baisser les bras : « Ce Christ, nous l’annonçons, dit Paul, (sous-entendu, envers et contre tout), nous avertissons tout homme, nous instruisons tout homme avec sagesse afin d’amener tout homme à sa perfection dans le Christ. » Celui-ci a commencé, il nous reste à achever l’oeuvre d’annonce. C’est bien ainsi que, dans la lettre aux Romains, Paul envisage son ministère : « La grâce que Dieu m’a donnée est d’être un officiant de Jésus-Christ auprès des païens, consacré au ministère de l’Evangile de Dieu, afin que les païens deviennent une offrande qui, sanctifiée par l’Esprit Saint, soit agréable à Dieu. » (Rm 15, 15-16).
 Ainsi grandit peu à peu l’Eglise, Corps du Christ ; par rapport à la première lettre aux Corinthiens (1 Co 12), la vision de Paul s’est encore élargie : dans la lettre aux Corinthiens, Paul employait déjà l’image du corps, mais seulement pour parler de l’articulation des membres entre eux, dans chaque Eglise locale ; ici, il envisage l’Eglise universelle, grand corps, dont le Christ est la tête. Elle est cette part de l’humanité qui reconnaît la primauté du Christ sur tout le cosmos dont parlait l’hymne des versets précédents : « Le Christ est l’image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature, car c’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles : tout est créé par lui et pour lui. Il est avant tous les êtres, et tout subsiste en lui. Il est aussi la tête du corps, c’est-à-dire de l’Eglise. » (Col 1, 15-18).2
 Ce mystère du projet de Dieu a été révélé aux chrétiens, il est leur source intarissable de joie et d’espérance : « Le Christ est au milieu de vous, lui, l’espérance de la gloire ! » (verset 27). Et c’est l’émerveillement de cette présence du Christ au milieu d’eux qui transforme les croyants en témoins. Dans la deuxième lettre aux Corinthiens, Paul peut dire : « De même que les souffrances du Christ abondent pour nous, de même, par le Christ, abonde aussi notre consolation. » (2 Co 1, 5). Et dans la lettre aux Philippiens : « Dieu vous a fait la grâce à l’égard du Christ, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui. » (Phi 1, 29). Ici, il avait commencé par affirmer : « Je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous, car ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l’accomplis dans ma propre chair, pour son corps qui est l’Eglise. »

DIMANCHE 14 JUILLET, COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT : PREMIERE ET DEUXIEME LECTURE

12 juillet, 2013

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DIMANCHE 14 JUILLET : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – DEUTÉRONOME 30, 10 – 14

Moïse disait au peuple d’Israël :
10 « Ecoute la voix du SEIGNEUR ton Dieu, 
 en observant ses ordres et ses commandements 
 inscrits dans ce livre de la Loi ;
 reviens au SEIGNEUR ton Dieu, 
 de tout ton coeur et de toute ton âme.
11 Car cette Loi que je te prescris aujourd’hui 
 n’est pas au-dessus de tes forces 
 ni hors de ton atteinte.
 12 Elle n’est pas dans les cieux, pour que tu dises : 
 Qui montera aux cieux 
 nous la chercher et nous la faire entendre, 
 afin que nous la mettions en pratique ?
13 Elle n’est pas au-delà des mers, pour que tu dises :
 Qui se rendra au-delà des mers 
 nous la chercher et nous la faire entendre, 
 afin que nous la mettions en pratique ?
14 Elle est tout près de toi, cette Parole, 
 elle est dans ta bouche et dans ton coeur 
 afin que tu la mettes en pratique. »

Le livre du Deutéronome se présente comme le dernier discours de Moïse, son testament spirituel en quelque sorte : il n’a pas été écrit par Moïse lui-même puisqu’il répète à de nombreuses reprises : Moïse a dit, Moïse a fait… Mais l’auteur use de beaucoup de solennité pour résumer ce qui lui semble être l’apport majeur de Moïse. Jusqu’ici, chaque fois que nous lisions le Deutéronome, nous avons rencontré une très grande insistance sur la fidélité à la pratique des commandements ; nous la retrouverons ici.
 Evidemment, si l’auteur du Deutéronome ne craint pas de se répéter, c’est parce que le peuple y a trop souvent manqué ; le royaume du Nord a fait lui-même son propre malheur, et depuis la victoire des Assyriens, il est rayé de la carte. Les habitants du royaume du Sud feraient bien d’en tirer les leçons et c’est à eux que l’auteur s’adresse ici : « Vous veillerez à agir comme vous l’a ordonné le SEIGNEUR votre Dieu, sans vous écarter ni à droite ni à gauche. Vous marcherez toujours sur le chemin que le SEIGNEUR votre Dieu vous a prescrit, afin que vous restiez en vie, que vous soyez heureux et que vous prolongiez vos jours dans le pays dont vous allez prendre possession. » (Dt 5, 32-33). Autrement dit, c’est une affaire de vie ou de mort : l’expression « afin que tu vives » revient souvent dans ce livre ; doublée souvent de la formule « afin que tu sois heureux ». Par exemple : « Tu écouteras, Israël, et tu veilleras à mettre les commandements en pratique : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l’a promis le SEIGNEUR, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel. » (Dt 6, 3).
 Malheureusement, le peuple avait « la nuque raide » comme disait Moïse ; à la fin de sa vie, quand il réfléchissait sur le passé, il pouvait dire : « Ce n’est pas parce que tu es juste que le SEIGNEUR te donne ce bon pays en possession, car tu es un peuple à la nuque raide. Souviens-toi, n’oublie pas que tu as irrité le SEIGNEUR ton Dieu dans le désert. Depuis le jour où tu es sorti du pays d’Egypte jusqu’à votre arrivée ici, vous avez été en révolte contre le SEIGNEUR. » (Dt 9, 6-7).
 Je m’arrête sur cette expression « nuque raide » : il y a une superbe image qui se cache derrière ces formules que nous disons malheureusement toujours trop vite ; il faut avoir devant les yeux un joug, cette pièce de bois qui unit deux bœufs pour labourer. L’expression « nuque raide » évoque donc un attelage, ou plus exactement une bête qui refuse de courber son cou sous l’attelage ; si une bête est rétive, on se doute bien que l’attelage est moins performant : or, justement, l’Alliance entre Dieu et son peuple était comparée à une attache, un joug d’attelage. Pour recommander l’obéissance à la Loi, Ben Sirac, par exemple, disait : « Soumettez votre nuque à son joug et que votre âme reçoive l’instruction ! » (Si 51, 26-27). Jérémie reprochant au peuple d’Israël ses manquements à la Loi disait dans le même sens : « Tu as brisé ton joug » (Jr 2, 20 ; Jr 5, 5). On comprend mieux du coup la phrase célèbre de Jésus : « Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école… Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » (Mt 11, 29-30).
 Cette phrase de Jésus a peut-être bien ses racines justement dans notre texte du Deutéronome : « Cette Loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. » Autrement dit, Dieu ne demande pas à son peuple des choses impossibles. Peut-être ce passage s’adresse-t-il à des croyants découragés, à l’instar des disciples qui se plaignirent un jour à Jésus en lui demandant « Qui donc peut être sauvé ? » (Mt 19, 25).
 On retrouve bien là, dans le Deutéronome d’abord, chez Jésus ensuite, le grand message très positif de la Bible : la Loi est à notre portée, le mal n’est pas irrémédiable ; l’humanité va vers son salut : un salut qui consiste à vivre dans l’amour de Dieu et des autres, pour le plus grand bonheur de tous. Mais, l’expérience aidant, on a appris aussi que la pratique d’une vie juste, c’est-à-dire en conformité avec ce projet de Dieu est quasi-impossible aux hommes s’ils comptent sur leurs seules forces. Et la leçon est toujours la même : Jésus répond à ses disciples : « Aux hommes c’est impossible, mais à Dieu, tout est possible. » (Mt 19, 26).
 Oui, à Dieu tout est possible, y compris de transformer nos nuques raides. Puisque son peuple est désespérément incapable de fidélité, c’est Dieu lui-même qui transformera son coeur : « Le SEIGNEUR ton Dieu te circoncira le coeur, pour que tu aimes le SEIGNEUR et que tu vives. » (Dt 30, 6). Par « circoncision du coeur », on entend l’adhésion de l’être tout entier à la volonté de Dieu. On a longtemps espéré que le peuple lui-même atteindrait cette qualité d’adhésion à l’Alliance « de tout son coeur, de toute son âme, de toutes ses forces » (comme dit la fameuse phrase du « Shema Israël », la grande profession de foi, Dt 6, 4) ; mais il a bien fallu se rendre à l’évidence ; et des prophètes comme Jérémie, Ezéchiel prennent acte de ce qu’il y faudra une intervention de Dieu : « Je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi. » (Jr 31, 33).

DEUXIEME LECTURE – COLOSSIENS 1, 15 – 20

15 Le Christ est l’image du Dieu invisible,
 le premier-né par rapport à toute créature,
16 car c’est en lui que tout a été créé
 dans les cieux et sur la terre,
 les êtres visibles
 et les puissances invisibles : 
 tout est créé par lui et pour lui.
17 Il est avant tous les êtres, 
 et tout subsiste en lui.
18 Il est aussi la tête du corps,
 c’est-à-dire de l’Eglise.
 Il est le commencement,
 le premier-né d’entre les morts,
 puisqu’il devait avoir en tout la primauté.
19 Car Dieu a voulu que dans le Christ,
 toute chose ait son accomplissement total.
20 Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui,
 sur la terre et dans les cieux,
 en faisant la paix par le sang de sa croix.

Je commence par la dernière phrase qui est peut-être pour nous la plus difficile : « Dieu a voulu tout réconcilier par le Christ et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. » Paul ici compare la mort du Christ à un sacrifice comme on en offrait habituellement au Temple de Jérusalem. Il existait en particulier des sacrifices qu’on appelait « sacrifices de paix ».
 Paul sait bien que ceux qui ont condamné Jésus n’avaient aucunement l’intention d’offrir un sacrifice : tout d’abord parce que les sacrifices humains n’existaient plus en Israël depuis fort longtemps ; ensuite parce que Jésus a été condamné à mort comme un malfaiteur et exécuté hors de la ville de Jérusalem. Mais il contemple une chose inouïe : dans sa grâce, Dieu a transformé l’horrible passion infligée à son fils par les hommes en œuvre de paix ! On pourrait lire « Dieu a bien voulu tout réconcilier par le Christ et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. » Pour le dire autrement, c’est la haine des hommes qui tue le Christ, mais, par un mystérieux retournement, parce que Dieu accomplit cette oeuvre de grâce, ce paroxysme de haine des hommes est transformé en un instrument de réconciliation, de pacification.
 Et pourquoi sommes-nous réconciliés ? Parce qu’enfin, nous connaissons Dieu tel qu’il est vraiment, pur amour et pardon, bien loin du Dieu punisseur que nous imaginons parfois. Et cette découverte peut transformer nos coeurs de pierre en coeurs de chair (pour reprendre l’expression d’Ezéchiel) si nous laissons l’Esprit du Christ envahir nos coeurs. Dans cette lettre aux Colossiens, nous lisons la même méditation que développe également saint Jean et qui est inspirée par Zacharie. De la part de Dieu, le prophète annonçait : « En ce jour-là, je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit qui fera naître en eux bonté et supplication. Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé… ils pleureront sur lui. » (Za 2, 10). En d’autres termes, c’est Dieu qui nous inspire de contempler la croix et, de cette contemplation, peut naître notre conversion, notre réconciliation.
 Paul nous invite donc à cette même contemplation : en levant les yeux vers le transpercé (comme dit Zacharie) nous découvrons en Jésus l’homme juste par excellence, l’homme parfait, tel que Dieu l’a voulu. Dans le projet créateur de Dieu, l’homme est créé à son image et à sa ressemblance ; la vocation de tout homme, c’est donc d’être l’image de Dieu. Or le Christ est l’exemplaire parfait, si l’on ose dire, il est véritablement l’homme à l’image de Dieu : en contemplant le Christ, nous contemplons l’homme, tel que Dieu l’a voulu. « Il est l’image du Dieu invisible », dit Paul. « Voici l’homme » (Ecce homo) dit Pilate à la foule, sans se douter de la profondeur de cette déclaration !
 Et c’est pour cela que Paul peut parler d’accomplissement : « Dieu a voulu que dans le Christ, toute chose ait son accomplissement total. » Je reprends le début du texte : « Le Christ est l’image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature, car c’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles : tout est créé par lui et pour lui. »
 Mais Paul va plus loin : en Jésus, nous contemplons également Dieu lui-même : dans l’expression « image du Dieu invisible » appliquée à Jésus-Christ, il ne faudrait pas minimiser le mot « image » : il faut l’entendre au sens fort ; en Jésus-Christ, Dieu se donne à voir ; ou pour le dire autrement, Jésus est la visibilité du Père : « Qui m’a vu a vu le Père » dira-t-il lui-même dans l’évangile de Jean (Jn 14, 9). Un peu plus bas dans cette même lettre aux Colossiens, Paul dit encore : « En Christ habite toute la plénitude de la divinité » (Col 2, 9). Il réunit donc en lui la plénitude de la créature et la plénitude de Dieu : il est à la fois homme et Dieu. En contemplant le Christ, nous contemplons l’homme… en contemplant le Christ, nous contemplons Dieu.
 Reste un verset, très court, mais capital : « Il est aussi la tête du corps, c’est-à-dire de l’Eglise. Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, puisqu’il devait avoir en tout la primauté. » C’est peut-être le texte le plus clair du Nouveau Testament pour nous dire que nous sommes le Corps du Christ. Il est la tête d’un grand corps dont nous sommes les membres. Dans la lettre aux Romains (Rm 12, 4-5) et la première lettre aux Corinthiens (1 Co 12, 12), Paul avait déjà dit que nous sommes tous les membres d’un même corps. Ici, il précise plus clairement : « Le Christ est la tête du corps qui est l’Eglise ». (Il développe la même idée dans la lettre aux Ephésiens : Ep 1, 22 ; 4, 15 ; 5, 23).
 Evidemment, il dépend de nous que ce Corps grandisse harmonieusement. A nous de jouer, donc, maintenant, si j’ose dire : la Nouvelle Alliance inaugurée en Jésus-Christ s’offre à la liberté des hommes ; pour nous, baptisés, elle est (ou elle devrait être) un sujet sans cesse renouvelé d’émerveillement et d’action de grâce ; un peu plus haut, l’auteur commençait sa contemplation par : « Rendez grâce à Dieu le Père qui vous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière, à l’héritage du peuple saint ». Il s’adressait à ceux qu’il appelle « les saints », c’est-à-dire les baptisés. L’Eglise, par vocation, c’est le lieu où l’on rend grâce à Dieu. Ne nous étonnons pas que notre réunion hebdomadaire s’appelle « Eucharistie » (littéralement en grec « action de grâce »).

LA GRÂCE DANS LE JUDAÏSME : APRÈS ‘HEN, ‘HESED, L’AMOUR GRACIEUX

8 juillet, 2013

http://coirault-neuburger.blog.lemonde.fr/2013/07/02/la-grace-dans-le-judaisme-apres-hen-hesed-lamour-gracieux/

LA GRÂCE DANS LE JUDAÏSME : APRÈS ‘HEN, ‘HESED, L’AMOUR GRACIEUX

02 JUILLET 2013

‘hesed : un mot d’amour qui, comme ‘hen, peut parfois être traduit par « grâce ». C’est l’un des treize attributs dits de « miséricorde », et dans la Cabale c’est l’une des Séphirot, la première à ne plus être associée directement à la connaissance pour être associée à l’action. D’ailleurs très souvent dans la Bible on dit : « Fais-nous la grâce » : « asinou ‘hesed » (Samuel et  Juges). C’est cet amour qui préside dit-on au premier jour de la Création, à l’impulsion initiale. C’est aussi l’amour de la paix comme plénitude, dans les Psaumes (62,13) où il eset associé à « techalem ». Rabbi Simlai dans le Talmud dit que la Torah commence et finit par le ‘hesed, et effectivement, dans le dernier des Proverbes dit de la « femme vaillante », que nous récitons chaque Chabbat, il est question d’une « torat ‘hesed », un enseignement d’amour gracieux.
Très souvent dans la Bible ‘hesed est associé à ce que Dieu est en tant que vérité, « émet » : l’expression est « ‘hesed véémet » (surtout dans les Psaumes, mais aussi en Josué 2, 14). Cela va avec l’idée que la vérité est favorable à l’homme. La vérité n’est pas dure à entendre, dans sa perfection divine : elle fait du bien à l’âme car elle ne ressemble pas à la médisance, au souci de se faire valoir aux dépens des autres. Elle a un côté imprévisible, comme la grâce, en ce que, comme elle, elle est inconditionnelle, même si, comme on le voit parfois dans la Bible, et dans l’enseignement des sages, faire preuve de ‘hesed avec autrui peut entraîner le ‘hesed divin à notre égard (Chroniques 1, 19,2).
Une autre interprétation de l’association ‘hesed véémet se dégage du commentaire de Rachi sur Genèse 47,29 : Jacob implore Joseph de ne pas l’enterrer en Egypte : il lui demande de « faire » « ‘hesed véémet » : il y a là un modèle d’amour gracieux : celui envers les morts, qui n’attend évidemment rien en retour puisqu’ils sont morts. Il y a donc un véritable amour gracieux, un amour désintéressé « béémet », « en vérité », voilà ce qu’est ce ‘hesed qui préside à la création, ce qui n’empêche pas la volonté divine de faire une création sage (‘hokhma) et savante (bina). Cet amour n’est pas inconciliable avec la justice : le Psaume 101,1 dit par exemple : « ‘hesed oumichpat », « amour gracieux et justice du juge ». Jonas, lui, croit que Dieu a trop voulu faire passer le ‘hesed avant l’exécution du jugement prophétique. En réalité, les deux vont ensemble, la prophétie est aussi un acte de ‘hesed.
On connaît la phrase centrale de Michée 6,8 : « On t’a raconté, Adam, ce qui est bien et ce que l’Eternel recherche de ta part : que tu fasses la justice (michpat), et l’amour de la grâce(ahavat ‘hesed), et que tu marches humblement avec ton Dieu. » ‘hesed est au centre, et l’homme doit « faire » l’amour de cette attitude gracieuse en même temps qu’il « fait » la justice.
‘hesed est une vertu associée à Abraham, le premier des patriarches, qui se mit en route le premier par amour pour Dieu.

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