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COMMENTAIRE D’EUSÈBE DE CESARÉE SUR ISAÏE

4 décembre, 2011

du site:

http://aelf.org/office-lectures

COMMENTAIRE D’EUSÈBE DE CESARÉE SUR ISAÏE

L’avènement au désert. La Bonne
Nouvelle sur la montagne.

Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits les sentiers de notre Dieu. Cette parole montre clairement que les événements prophétisés ne se produiront pas à Jérusalem, mais au désert ; c’est là que la gloire du Seigneur apparaîtra et que toute chair aura connaissance du salut de Dieu. Et c’est ce qui s’est accompli réellement et littéralement lorsque Jean Baptiste proclama dans le désert du Jourdain que le salut de Dieu se manifesterait, car c’est là que le salut de Dieu est apparu. En effet, le Christ avec sa gloire s’est fait connaître à tous : lorsqu’il eut été baptisé, le Saint-Esprit descendit sur lui sous la forme d’une colombe et y demeura ; et la voix du Père lui rendit témoignage : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le.

Le prophète parlait ainsi parce que Dieu devait résider dans le désert, qui est inaccessible au monde. Toutes les nations païennes étaient désertées par la connaissance de Dieu, et toutes étaient inaccessibles aux justes et aux prophètes de Dieu.

C’est pour cela que cette voix ordonne de préparer le chemin au Verbe de Dieu et de rendre unie la route inaccessible et raboteuse afin que notre Dieu, en venant résider chez nous, puisse y avancer. ~

Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Ces paroles s’accordent tout à fait avec le sens de celles qui ont précédé, et elles ont raison de mentionner les évangélistes, les porteurs de la Bonne Nouvelle, car elles annoncent aux hommes la Bonne Nouvelle de l’avènement de Dieu, après avoir parlé de la voix qui crie dans le désert. En effet la parole concernant les évangélistes du Sauveur vient à la suite de la prophétie concernant Jean Baptiste.

Qui donc est cette Sion, sinon très certainement celle que les anciens appelaient Jérusalem ? En effet, c’était bien une montagne, comme le montre cette affirmation de l’Écriture : La montagne de Sion où tu fis ta demeure ; et l’Apôtre : Vous êtes venus vers la montagne de Sion. N’est-ce pas une façon de parler qui désigne le groupe des Apôtres, choisis dans le peuple ancien, dans le peuple de la circoncision ?

Telle est en effet Sion ou Jérusalem, qui a reçu en héritage le salut de Dieu et qui, elle-même, est située sur la hauteur, sur la montagne même de Dieu, c’est-à-dire sur le Verbe, son Fils unique : il lui ordonne de monter sur la haute montagne pour annoncer la bonne nouvelle du salut. Or, quel est celui qui annonce la bonne nouvelle, sinon le groupe des évangélistes ? Et qu’est-ce qu’évangéliser ? C’est proclamer à tous les hommes et, avant tous, aux cités de Juda, l’avènement du Christ sur la terre.

Saisis de joie, vous demandez :
Quel sera cet enfant ?
C’est lui le messager de la première espérance.
Accueillez-le de la part du Seigneur :
Il vient tracer le chemin de l’Epoux
et préluder au chant des Noces.

R/ Béni soit le Dieu fidèle,
il vient nous donner son amour.

Il se souvient de l’Alliance sainte,
jadis annoncée par les prophètes.

Il nous suscite une force de salut
dans la maison de David son serviteur
.

La résurrection dans l’Ancien Testament

19 novembre, 2011

du site:

http://vivrecestlechrist.hautetfort.com/archive/2011/02/08/la-resurrection-dans-l-ancien-testament.html

La résurrection dans l’Ancien Testament

Les plus anciennes, et les seules preuves incontestées en faveur de la résurrection des morts dans tout l’Ancien Testament de langue hébraïque datent du 2 ème siècle (environ 165-164 av. J.-C.) de l’époque de la résistance à l’hellénisation, que le Séleucide Antiochius IV Epiphane essayait d’imposer aux Juifs (interdiction du culte juif, adoration du dieu de l’Empire, Zeus Olympien, et même de l’Empereur dans le Temple). On sait que cette rigoureuse politique d’hellénisation d’Antochius provoqua bientôt, sous la conduite des Maccabées, la révolte du peuple qui finalement s’acheva par la victoire du judaïsme.
Dans cette crise de l’époque des Maccabées, l’auteur d’apocalypse avait, pour mettre en garde et pour interpréter les signes des temps, pris la place des prophètes des VIII eme – VI eme siècles, époque de la crise également. Tel fut le livre de Daniel, dans lequel la prédication apocalyptique, après plusieurs essais chez les prophètes, atteignit sa pleine dimension. De nos jours, on ne devrait plus mettre en doute que le Livre de Daniel, vu sa langue, sa théologie (angéologie tardive) et sa composition sans unité , n’est en aucune façon le fait d’un visionnaire à la cour babylonienne du VI ème siècle, mais plutôt celui d’un auteur du II ème siècle, justement du temps d’Antochius IV Epiphane. En ce qui concerne la résurrection, il se [123] trouve au dernier chapitre de ce Livre de Daniel (originellement de caractère apocalyptique) un passage qui a été vraisemblablement influencé par des idées perses :  » En ce temps se lèvera Michel, le grand prince qui se tient auprès des enfants de ton peuple. Ce sera un temps d’angoisse tel qu’il n’y en aura pas eu jusqu’alors depuis que nation existe. En ce temps-là ton peuple échappera : tous ceux qui se trouveront inscrits dans le Livre. Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les,  autres pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle. Les doctes resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui ont enseigné la justice à un grand nombre, comme les étoiles, pour toute l’éternité.  » (Dan 12, 1-3)
Il ne fait pas de doute que, en ces temps de persécution – pour l’auteur du Livre de Daniel justement, temps de détresse avant la fin des temps, où hommes, femmes et enfants ont été cruellement persécutés en raison de leur attachement à la Loi -, le vieux problème de la juste rétribution se soit posé avec beaucoup plus d’acuité que pour les générations antérieures, du temps des Ptolémées et de Qohélet. Devant la fidélité de tant de martyrs à leur foi – placés devant l’alternative du reniement ou de la mort -, on devait à plus forte raison se demander : l’injustice se répare t-elle seulement en cette vie ? Quel peut être le sens de la mort des martyrs, quand ceux qui sont fidèles à leur foi n’obtiennent plus de récompense ni en cette vie-ci (ils sont déjà morts), ni dans une autre vie (qui n’est qu’une existence fantomatique) ? Où donc est Dieu avec sa justice ? La réponse de l’auteur d’apocalypse est la suivante : à ce temps de détresse succèdera le temps de la fin, où Israël sera sauvé, et – voilà la nouveauté – où les morts ressusciteront : les témoins de leur foi et leurs persécuteurs. Car les morts, qui ont dormi au « pays de la poussière » , se réveilleront et reviendront à la vie en tant que personnes humaines complètes (et non pas seulement en tant qu’âmes) dans cette vie d’ici-bas qui désormais durera éternellement, sans fin : pour les sages, sous forme d’une vie éternelle ; pour les autres, sous forme d’un éternel opprobre – même si cela n’est pas précisé.
Hors de la Bible hébraïque, dans l’ Ancien Testament grec (des Septante), on trouve d’autres témoignages de cette espérance en la [224] résurrection si tardivement apparue, en particulier dans le  Second Livre des Martyrs d’Israël qui contient les plus anciens récits de martyres juifs, modèles des Actes de martyres dans l’Eglise. Et précisément dans le célèbre septième chapitre (…)
A la différence du Livre de Daniel, il n’est manifestement pas question d’une résurrection « eschatologique », d’une [125] résurrection terrestre à la fin des temps, mais – peut-être parce que l’attente prochaine de Daniel n’avait pas été comblée par le récent passé – d’une résurrection transcendante, d’une résurrection céleste d’avant le temps : on pense là à une admission ou à une élévation au ciel après la mort – idée qui, beaucoup plus tard, devait avoir une importance capitale dans la foi en Jésus de Nazareth et en sa résurrection.   (…)
Cependant, l’argumentation en faveur de la résurrection atteint son point culminant avec les deux discours de la mère qui est présentée davantage comme philosophe que comme mère (…) [126] A la différence de ce qui se passe chez les Egyptiens, où la momie doit rester absolument intacte pour la vie éternelle, la mutilation corporelle et l’anéantissement physique eux-mêmes ne constituent pas des limites pour le Dieu d’Israël. Ces textes de l’Ancien Testament le montrent : la croyance à la résurrection des morts est une conséquence de la foi au Créateur. (…) Pour l’Ancien Testament, en effet, ce n’est pas en raison de son essence spirituelle et de son caractère divin qu’une âme humaine survit, mais c’est plutôt l’homme tout entier qui est ressuscité par l’action de Dieu : par le miracle d’une nouvelle création dont la raison est la fidélité de Dieu à sa créature. (…)
[128] Nous ne pouvons oublier qu’une part non négligeable des Juifs, fidèles à la Loi, n’acceptaient pas alors la croyance en la résurrection et ne l’acceptent pas encore aujourd’hui. Contrairement au second Livre des Martyrs d’Israël, le premier ne dit mot d’une résurrection des morts ; les héros, que sont les Maccabées, ne récoltent de leur mort prématurée que la gloire et l’honneur et ils continuent de « vivre » uniquement dans le souvenir du peuple. Au temps de Jésus de Nazareth encore, un siècle et demi plus tard, et tout à fait dans le même sens, le groupe des Sadducéens refuse l’idée de résurrection.

Le Christ, Roi de l’univers (20 novembre 2011) – (Biblique)

19 novembre, 2011

du site:

http://www.bible-service.net/site/436.html

Le Christ, Roi de l’univers (20 novembre 2011)

Le Christ-Roi, c’est le Fils de l’homme qui revient en gloire pour juger tous les hommes. Il est présenté comme un Roi qui sépare ses sujets, comme on sépare les brebis des chèvres, selon un seul critère : ce qu’ils auront fait ou pas aux “ petits ” (évangile). Le prophète Ézékiel, comme le psaume 22 avaient déjà utilisé cette image de la brebis qui est veillée par le berger (première lecture). Paul, lui, évoque également la fin des temps comme une récapitulation de tout le créé, dans le Christ (deuxième lecture).

• Ézékiel 34,11-12.15-17
Le prophète Ézéchiel, pour expliquer la sollicitude de Dieu pour son peuple, utilise l’image parlante du berger, le bon Pasteur veillant sur ses brebis. Or, lorsque Ézéchiel parlait ainsi, la royauté en Israël était déchue et le peuple était soumis à la déportation, loin de sa terre, se croyant abandonné par son Seigneur. 
Non, ce n’est pas vrai, répond Ézékiel. Même si la réalité semble dire le contraire, Dieu n’a pas abandonné son peuple. Bien au contraire, il est comme un berger qui veille avec beaucoup de tendresse sur ses brebis, qui les protège de tout danger, qui va les chercher lorsqu’elles se sont égarées dans le brouillard ou l’obscurité, qui les fait paître là ou la nourriture est abondante, qui soigne celles qui sont blessées, etc. Nous avons donc déjà dans l’Ancien Testament, quelques siècles avant Jésus, une description allégorique de Dieu comme Bon Pasteur, image que les chrétiens reprendront pour décrire Jésus, le Bon berger, qui veille sur ses brebis, et qui n’hésite pas à laisser le troupeau pour aller chercher celle qui s’est égarée. Jésus témoignera d’un Dieu plein de tendresse à l’égard de ses enfants, non seulement par son enseignement, mais aussi dans sa vie même.

• Psaume 22
À la suite du prophète Ézékiel, le psalmiste utilise l’image du berger pour décrire ce que Dieu réalise pour l’homme. Les images sont rafraîchissantes, apaisantes. Si nous regardons comment Dieu agit envers l’homme, nous relevons d’abord 7 actions : il est mon berger, il me fait reposer, il me mène vers les eaux tranquilles, il me fait revivre, il me conduit par de justes chemins, il est avec moi, son bâton me guide et me rassure. Voilà pour le berger, puis il y a un changement d’image. De berger, le Seigneur est comparé à un hôte. Là encore, deux actions : il prépare la table pour moi, il répand le parfum sur ma tête. Neuf attitudes de Dieu envers l’homme que je suis, pour prendre soin de moi. Et pourquoi fait-il tout cela ? Gratuitement, simplement “ pour l’honneur de son nom ”.

• 1 Corinthiens 15,20-26.28
Le chapitre 15 de la lettre aux Corinthiens est un long développement de Paul sur la résurrection, sur la résurrection du Christ, gage de la nôtre.
Paul insiste beaucoup pour faire admettre à des Grecs que « si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus, alors, n’est pas ressuscité. » (15,16).
Paul continue ici en s’appuyant sur cette affirmation : le Christ est bien ressuscité. Il est ainsi le premier de l’humanité nouvelle, nouvel Adam. Le pouvoir que le Père lui a donné est un pouvoir royal, celui de constituer un peuple et de marcher à sa tête. Mais au lieu d’être un pouvoir conquis, c’est un pouvoir donné, un pouvoir absolu donné par le Père à son Fils, au nom de l’obéissance du Fils et de son sacrifice. La croix est vraiment le trône du Christ comme Roi. Le royaume nouveau du Christ c’est la plénitude de l’union dans l’amour du Père : « Tout en tous ».

• Matthieu 25,31-46
Ce texte, qu’on appelle improprement “ Le jugement dernier ” est précédé, dans l’Évangile de Matthieu, de plusieurs textes consacrés à expliquer comment se passera, pour ceux qui ont suivi Jésus, la rencontre définitive avec Jésus et son Père : par exemple la parabole dite des vierges sages ou des vierges folles, la parabole des talents des talents. Le texte d’aujourd’hui parle de la rencontre finale avec Jésus de tous ceux qui ne l’ont pas connu ici-bas, pour quelque raison que ce soit.  En effet, Jésus parle du moment où seront rassemblées devant lui “ toutes les nations ” ;  et, dans l’Évangile, l’expression “ les nations ” désigne toujours les nations païennes.
Parmi ces nations, Jésus établira deux groupes.  À sa droite, c’est-à-dire à la place d’honneur, il placera les brebis et à sa gauche, les chèvres.  Dans toute l’antiquité, en en particulier dans la Bible, la brebis est le symbole de la vertu :  non agressive, sans défense, soumise, elle a toujours besoin de soins et d’attention.  Dans le premier Testament, la relation affectueuse entre le berger et sa brebis est constamment utilisée comme image de la relation entre Dieu et son Peuple (cf. première lecture et psaume).  La chèvre, par opposition, est agressive, maussade, combative, désobéissante.
Jésus, dans cet évangile distingue deux groupes parmi les païens qui ne l’ont pas connu ici-bas et qui n’ont pas eu l’occasion de connaître sa Révélation dans la Bible. Parmi eux, les uns hériteront le royaume des cieux et les autres iront au châtiment éternel.  La différence ne sera pas fondée sur leur attitude à l’égard de Dieu, mais sur leur attitude à l’égard du prochain.  Jésus s’identifie sans cesse à ces “ petits ”. 

La Genèse : l’exploitation de la terre ou le développement durable?

25 octobre, 2011

du site:

http://www.interbible.org/interBible/source/lampe/2008/lampe_081024.html

La Genèse : l’exploitation de la terre ou le développement durable?

« Dominez la terre, soumettez les animaux. » Est-ce que la Bible invite les humains à polluer et exploiter les ressources de la terre?  (Vincent)
Cette question reprend le texte de la création du livre de la Genèse. Est-ce qu’il incite à l’exploitation ou au développement durable? Tout dépend de la traduction et de l’interprétation de deux verbes hébreux : kabash (dominer) et radah (soumettre).
« Dieu les bénit (Adam et Ève) en leur disant : Soyez féconds et prolifiques remplissez la terre et dominez-la ; soumettez les poissons dans la mer, des oiseaux dans le ciel et de tous les animaux qui se meuvent sur la terre. » (Gn 1,28)
     Ce texte décrit la mission que le Créateur donne aux premiers humain : avoir des enfants, dominer la terre et être maître des animaux. Est-ce que Dieu justifie l’exploitation de la terre par les humains comme le sous-entend la question de Vincent?

Dominer la terre
     Le verbe kabash (dominer) est employé 14 fois dans la Bible. On le retrouve dans un contexte de violence ou de lutte comme lors de la conquête de la terre promise (Jos 18,1). Dans ce contexte, ce mot ne signifie pas la destruction, mais plutôt enlever les obstacles pour que le peuple puisse vivre paisiblement sur cette terre. De la même façon, son usage dans le récit de création n’implique pas la destruction, mais demande aux humains de faire de cette création un endroit paisible pour l’humanité. Le verbe kabash (dominer) décrit aussi la responsabilité du roi envers les nations qu’il domine (2 S 8,11). Or la fonction du roi décrite dans la Bible demande une attitude de service et de respect des autres.

Soumettre les animaux
     Le verbe radah (soumettre) apparaît 22 fois dans la Bible. Dans notre cas, il fait référence à la relation entre les humains et les animaux, mais les autres fois, il est employé pour décrire les relations entre humains. La plupart du temps, c’est le roi qui est désigné comme maître par ce verbe (1 R 5,4 ou Ps 72,8). Le roi ne devait pas exploiter les autres et abuser de son autorité. Je crois qu’il faudrait trouver un autre mot pour mieux traduire radah que les mots français « soumettre », « commander » ou « être le maître de ». En anglais, certains biblistes vont traduire ce passage par le mot « steward » (intendant, gardien) qui se dit d’une personne responsable d’un service. Ainsi traduit, on met l’emphase sur la responsabilité que Dieu donne aux humains de s’occuper de la terre et des animaux, et non sur un pouvoir d’exploiter. Nous sommes donc appelés à devenir des gardiens de la création.
     Les premiers chapitres de la Genèse montrent bien comment l’humain a pris la mission de Dieu de dominer la terre et les animaux au sérieux. Rapidement, ils se déplacent, prennent possession de la terre et développent ces ressources. Déjà, les enfants d’Adam et Ève cultivaient le sol (Caïn) et élevaient des animaux (Abel). Ce développement ne se fera pas sans problèmes. Si bien que quelques chapitres plus loin, Dieu doit tout effacer avec le déluge.

Quel sorte de maître sommes-nous?
     Dans notre relation à la terre et aux animaux, est-ce qu’on se comporte comme des dictateurs égocentriques où seul le profit compte? Ou, pouvons-nous devenir des intendants responsables de la création que Dieu nous donne? Chacun doit répondre par ces actes à cette question.
     Lorsqu’il crée, Dieu vit que cela était très bon. Pourtant, aujourd’hui lorsqu’on regarde l’état de la pollution causé par les humains, plusieurs pourrait dire qu’il est de moins en moins bon.
     Le récit de la Genèse affirme que nous sommes à l’image de Dieu. C’est donc à nous de poursuivre son action créatrice pour que le monde soit beau et bon. Notre mission est de s’occuper du développement durable de la terre et non dans être les exploiteurs. Nous devons devenir les gardiens de la création.

Les dix commandements: Généralités sur les dix commandements

4 octobre, 2011

du site:

http://www.info-bible.org/textes/dix-commandements.htm

Les dix commandements

Généralités sur les dix commandements

Les dix commandements occupent une place centrale dans l’ancien testament. Ils résument la loi de Dieu. Ils sont donnés in extenso à deux reprises: en Exode 20 et Deutéronomme 5
Les prophètes ont sans cesse appelé le peuple juif à revenir à ces commandements.
Jésus a commenté, à la manière d’un rabbin juif, les 10 commandements (évangile selon Matthieu chapitre 5). Les dix commandements sont cités à de nombreuses reprises dans le Nouveau Testament ce qui montre bien qu’ils gardent toute leur actualité pour nous.
Synthèse des 10 commandements
Les 4 premiers commandements sont relatifs à notre relation à Dieu, les 6 suivants à notre relation au prochain. Jésus, interrogé par un rabbin sur ce qu’il pensait être le plus important commandement de la loi, lui répond:
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… Voici le premier et grand commandement.
Et le second lui est semblable: tu aimeras ton prochain comme toi même.
Ce premier grand commandement résume les 4 premiers commandements (1ère table de la loi relative aux devoirs envers Dieu), le second quant à lui résume les 6 suivants (2è table de la loi relative aux devoirs envers le prochain).
L’amour ne commet pas de tort et va plus loin que l’interdit (le commandement).
Première table de la loi relative à Dieu
Tu n’auras pas d’autre dieu que moi.
Tu ne te feras pas d’idole ni de représentation quelconque de ce qui se trouve en haut dans le ciel, ici-bas sur la terre, ou dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant de telles idoles et tu ne leur rendras pas de culte, car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu qui ne tolère aucun rival : je punis les fils pour la faute de leur père, jusqu’à la troisième, voire la quatrième génération de ceux qui me haïssent. Mais j’agis avec amour jusqu’à la millième génération envers ceux qui m’aiment et qui obéissent à mes commandements.
Tu n’utiliseras pas le nom de l’Éternel ton Dieu pour tromper (ou de manière abusive), car l’Éternel ne laisse pas impuni celui qui utilise son nom pour tromper.
Pense à observer le jour du repos (ou sabbat) et fais-en un jour consacré à l’Éternel. Tu travailleras six jours pour faire tout ce que tu as à faire. Mais le septième jour est le jour du repos consacré à l’Éternel, ton Dieu ; tu ne feras aucun travail ce jour-là, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi ; car en six jours, l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui s’y trouve, mais le septième jour, il s’est reposé. C’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et en a fait un jour qui lui est consacré.
Seconde table de la loi relative au prochain
Honore ton père et ta mère afin de jouir d’une longue vie dans le pays que l’Éternel ton Dieu te donne
Tu ne commettras pas de meurtre
Tu ne commettras pas d’adultère
Tu ne commettras pas de vol
Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, tu ne convoiteras ni sa femme, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni rien qui lui appartienne.
Tu n’auras pas d’autre dieu que moi
Nos passions peuvent devenir des « Dieux » qui entrent en concurrence dans nos vies avec Dieu (métier, télévision, hobby, jeux vidéos,..) On appelle communément les stars du show-biz ou du sport des « idoles », le terme est éloquent.
La question est posée quant au culte catholique de la Vierge et des Saints, ne risquent ils pas de prendre la place de Dieu et faire de l’ombre à Jésus-Christ?
Tu ne te feras pas d’idole ni de représentation
Les juifs et les protestants appliquent ce commandement de façon stricte et refusent de reporter la dévotion sur des images, crucifix ou statues. L’art pictoral n’est pas interdit chez les protestants mais il n’y a pas de vénération des images (pas de cierges, génuflexion, contemplation).
Tu n’utiliseras pas le nom de l’Éternel ton Dieu en vain
Sont visés les serments trompeurs, les jurons et blasphèmes, la simonie (commerce des choses saintes). Les juifs appliquent ce commandement de façon stricte et évitent complètement de prononcer le nom propre de Dieu YHWH (Yahweh=Jéhovah=l’Eternel) et lui substituent le terme Adonaï (Seigneur).
Pense à observer le jour du repos
Le Sabbat est une institution rituelle qui consacrait l’alliance toute particulière faite entre Dieu et le peuple hébreu.
Dans la Torah il y a aussi les sabbats des jours fériés et fêtes (Pâques, Pentecôte, …) mais aussi une année sabbatique tous les 7 ans (pour laisser souffler la terre) et une année de jubilée tous les 50 ans (=7×7+1) pour redistribuer le capital.
Les chrétiens spiritualisent la compréhension du « Sabbat ». Le repos c’est aussi entrer dans la grâce et le pardon que Dieu offre.
Ceci dit il ne faut pas rejeter la sagesse qu’il y a à respecter ces temps de repos: le travail du Dimanche a des effets insidieux destructurants pour la société et la famille, idem pour l’abandon du caractère férié du lundi de Pentecôte.
Pour les 6 commandements suivants: attendre un peu, merci!

Commentaire de Gn 18

19 septembre, 2011

du site:

http://www.bible-service.net/site/506.html

Commentaire de Gn 18

Les Églises d’Orient ont donné à Gn 18 le titre de  »Philoxénie d’Abraham », autrement dit l’amour de l’étranger. C’est bien d’amour qu’il s’agit lorsqu’Abraham prend soin du corps de ses hôtes – Dieu sans qu’il le sache – et lorsque, presque au même moment, dans le corps de Sara s’annonce l’enfant inespéré…
Le récit de Gn 18, 1-15, disent les historiens, fut composé en plusieurs étapes. Dans une version ancienne, l’intrigue a du porter sur l’hospitalité du patriarche. Mais le texte actuel, mis en forme au 6e ou 5e av. J.-C., pendant ou après l’exil, est devenue une scène d’Annonciation.
Quand Dieu prend corps
 » Je vais faire de toi une grande nation  » (Gn 12, 2), la promesse du Seigneur à Abram devait se jouer d’un obstacle, une douleur : la stérilité de Saraï. Longuement, le récit a exploré diverses pistes : l’héritier sera-t-il Lot, Ismaël ou le fidèle intendant ? Il a navigué au milieu des dangers : Saraï chez Pharaon, Lot préférant la richesse de Sodome, Agar servante-maîtresse… Puis le Seigneur a scellé son alliance avec Abram : nouveaux noms (Abraham, Sara), nouveau rite (la circoncision). Alors seulement, quand ne reste plus que la longue attente, Dieu prend corps et apparaît.
Le corps donné à Dieu par les peintres d’icônes est celui… des anges ! Andreï Roublev, au début du 15e siècle, en a figuré trois, aux couleurs transparentes, évocation douce et lumineuse de la Trinité. Cette splendeur ne doit pas masquer la lettre du récit biblique où c’est incognito, comme de simples  »hommes », que se présente le Seigneur. Seul le lecteur, dès le début, est informé de leur identité. L’un des ressorts de l’intrigue est donc la question : Abraham va-t-il reconnaître ses visiteurs et comment ? Or Dieu se contente d’acquiescer au vieillard qui se démène (d’après Gn 17, 24, il a 99 ans !). Il le laisse préparer un repas et – cas unique dans la Bible – il mange ce qui lui est offert avec tant d’humanité.
Le jour et la nuit
Lorsqu’enfin le Seigneur parle, c’est pour s’inquiéter de Sara. À moins que la question soit de pure forme, le lecteur s’étonne, habitué à considérer Dieu comme omniscient : d’ailleurs celui-ci n’ignore pas le nom et la stérilité de Sara ! Le ressort de l’intrigue se déplace : Abraham n’a pas reconnu Dieu, mais Sara, comment va-t-elle réagir devant ces gens qui la connaissent si bien et qui promettent l’inouï ? Peu à peu, un dialogue s’instaure, aux modalités complexes : rire intérieur de la femme, mais perçu à l’extérieur (!), question par Abraham interposé ( »Pourquoi ce rire de Sara ?… »), promesse réaffirmée, dialogue resserré du Seigneur et de Sara qui émerge enfin, tremblante, au statut de partenaire, dans une relation  »je-tu » :  »Si, tu as ri ». Elle est dans la tente, mais c’est comme si Dieu la tirait hors de l’ombre de son mari, en plein soleil. Elle existe. Elle va donner le jour.
Sans se faire reconnaître, le Seigneur a permis à Abraham de montrer beaucoup d’amour et Sara, qui se dit  »usée », est rendue capable d’en déployer davantage. Le corps d’Isaac s’annonce, fruit de la promesse divine, fruit aussi d’un amour humain au-delà de l’acte d’amour.
L’histoire est belle. Trop ? Elle se détache sur fond d’effondrements :  »un hurlement est monté de Sodome et de Gomorrhe » (Gn 18, 20) La  »philoxénie » d’Abraham contre la  »xénophobie » des villes où Lot a choisi de prospérer. Ici, sous l’arbre, en plein jour, on lave les pieds des voyageurs et on leur prépare un repas (18, 1-8). Là, dans la ville, la nuit, on cherche à les violer en fracassant les portes (19, 1-10) : la violence se retourne alors sur les violents,  »pluie de soufre et de feu » et disparition de tout  »jusqu’à la flore » ( 19, 24-25).
Salve d’avenir
Dans la Bible, récits de vocation et récits d’annonciation sont des formes littéraires apparentées : dans une situation grave, le Seigneur – ou son messager – apparaît à son élu(e) et l’interpelle : celui-ci (celle-ci) prend peur ou résiste, puis, devant l’insistance divine, accepte la mission. La  »vocation » d’Abram, en Gn 12, 1-5, ne correspond qu’imparfaitement à ce schéma tant est concise la narration. Avec l’accueil, par Abraham, de l’autre-étranger et, par Sara, de l’autre-enfant (dépositaire de la mission de bénédiction universelle), elle se déploie. Et Isaïe, pendant l’exil, va souligner que c’est bien d’un homme et d’une femme, ensemble, que le peuple de Dieu est issu :  »regardez le rocher où je vous ai sculptés et le creux dans le puits dont je vous ai extraits, regardez Abraham votre père, Sara qui accoucha de vous… » (Is 51, 1-2).  »Devant l’effondrement des preuves, le poète répond par une salve d’avenir » disait René Char. L’histoire d’Abraham et de Sara est une salve d’avenir.

Gérard BILLON. Article paru dans Le Monde la Bible n° 140  »Abraham, patriarche de trois religions » (Bayard-Presse, janv.-fév. 2002), p. 72

N.B. : sur ce récit célèbre, on méditera l’icône de Roublev. On relira aussi les 3 pages que Paul Beauchamp a consacrées à “ Abraham : la vie, la mort ” dans son ouvrage Cinquante Portraits Bibliques, Le Seuil 2000, p. 25-27

Liberté d’expression et interprétation biblique

16 septembre, 2011

du site:

http://www.culture-et-foi.com/texteliberateur/van_meenen.htm

Liberté d’expression et interprétation biblique

Bernard Van Meenen

Quelle est l’autorité de la Bible ? Quels sont ses champs d’application ? Comment l’autorité ecclésiastique se sert-elle de la Bible, et à quelles fins ? La Bible est-elle le ressort de la soumission à l’autorité de l’Église, ou de la contestation de celle-ci ?
On sait que de telles questions ne sont pas neuves. Il suffit de songer à Luther et à la Réforme du 16e siècle, conflit qui tourna autour du statut et de l’autorité de l’Écriture dans l’Église, et qui vit l’émergence de l’autonomie du sujet individuel dans l’interprétation des textes. Plus près de nous, on pensera également à la crise moderniste qui, au seuil du 20e siècle, signa l’acte de divorce entre, d’une part, la conception dogmatique et normative de l’interprétation de la Bible par le Magistère catholique, et d’autre part l’autonomie de la recherche critique – philologique et historique d’abord, relayée ensuite par les autres sciences humaines –, appliquée aux textes bibliques. Un siècle plus tard, les traces de ce divorce demeurent plus que sensibles, si l’on en juge par les crispations périodiques qui se manifestent autour d’enjeux ecclésiaux, éthiques ou politiques et qui renvoient, de près ou de loin, à un conflit entre interprétations de la Bible et  conceptions de son autorité. La question des ministères, celle de l’ordination des femmes, les débats sur la peine de mort, les relations entre juifs et chrétiens, la défense de la liberté religieuse, l’ouverture des magasins le dimanche, en constituent autant de symptômes toujours actuels.
En près de dix-huit siècles d’histoire du christianisme, que la Bible ait servi à justifier ou à combattre à peu près tout et son contraire, il n’est que banal de l’affirmer. C’est la même Bible qui a revêtu de son autorité la pratique de l’esclavage, et qui est supposée aujourd’hui fournir son appui à la défense des Droits humains. L’Écriture, tenue pour la parole de Dieu, serait-elle un nez de cire ? … Mais après tout, pourquoi le christianisme échapperait-il au tropisme en vigueur dans toutes les grandes religions, consistant en ce besoin de recourir à des textes supposés spirituellement inspirés ou divinement révélés, pour étayer une doctrine ou des convictions, justifier une pratique, revendiquer une expérience, lesquelles peuvent, au fil du temps, s’avérer irrecevables, contradictoires ou obsolètes ?
C’est ce besoin, et les formes de recours aux textes qui en découlent, qu’il convient, me semble-t-il, d’interroger, en commençant par un petit détour historique.
En 1670, en Hollande, un ouvrage anonyme est publié sous le titre : Traité théologico-politique. Son auteur est le philosophe Spinoza (1632-1677), et les accusations d’« athéisme » qui courent déjà à son sujet l’incitent à la prudence au moment de publier l’ouvrage, car la censure n’est pas loin. Le Traité a un objectif clair, exposé dès son sous-titre : « Où l’on montre que la liberté de philosopher n’est pas nuisible à la piété, ni à la paix et à la sécurité de l’État ». Comprenons que Spinoza compte montrer que la liberté de penser et d’exprimer publiquement ce qu’on pense, même si c’est faux, ne représente pas une menace pour la pratique d’une religion (la piété), ni pour la paix civile, garantie par l’État. Le philosophe ne comprend donc pas son traité comme une machine de guerre « anti-religieuse ». Pour lui au contraire, la « piété » a tout à gagner, dans le registre qui est le sien, à ne pas considérer la liberté de philosopher comme une menace, et l’on peut donner à cette liberté les arguments montrant qu’elle n’en est pas une.
Le problème, évidemment, c’est que les autorités religieuses – principalement chrétiennes, pour Spinoza – ne l’entendent pas de cette oreille et, surtout, qu’elles se servent de la Bible pour faire obstacle à cette liberté. Il faut donc démontrer que tel n’est pas le propos de l’Écriture, ce à quoi Spinoza s’emploie en écrivant son traité, qui jette ainsi les bases de ce qui deviendra l’exégèse biblique moderne. Le Traité théologico-politique opère la déconstruction des pouvoirs imputés à la Bible, dès lors qu’on entend s’en servir pour intervenir dans le champ de la liberté de pensée et d’expression. Spinoza montre que les textes de l’Écriture, marqués par des circonstances historiques et des genres littéraires contingents – comme c’est le cas de toute littérature –, ne comportent ni contenus, ni normes, ni efficience en ce qui regarde l’exercice de la raison et l’organisation de la société. En revanche, dit-il, dans tous les livres bibliques, et dans l’Écriture entière, il y a bien une Parole qui se donne à entendre et à vivre : celle qui commande la pratique de la justice et de la charité. Tel est, pour Spinoza, l’invariant biblique. Si l’Écriture a un « pouvoir », il n’est authentifié que par la relation au prochain, dans la pratique juste et charitable :
« Une conduite juste et charitable peut sans doute être aussi une conséquence du raisonnement philosophique, mais la particularité de la parole de Dieu est qu’elle l’enseigne sans raisonnement, par l’expérience ou par le rappel enflammé qu’en font les prophètes. Dès lors, peu importe que l’on puisse ou non reconstituer le détail de ce qu’ils ont voulu dire, ou les épisodes obscurs de l’histoire racontée ; ce qui compte est le message essentiel dont l’histoire fournit autant d’exemples : la conduite envers le prochain. La piété consiste donc, pour chacun, à recevoir ce message et à le rendre vraisemblable pour lui-même, c’est-à-dire à l’adapter à sa propre complexion. Rien dans un tel message ne s’oppose à la liberté de philosopher ; au contraire, qui veut interdire cette liberté empêche par là même chacun d’adapter le message à sa propre complexion, donc s’oppose à la piété ».[1]
Ce détour historique ne me paraît pas inutile. Il rappelle qu’au moment où « théologie » et « politique » empruntent en Occident la voie qui conduira à les séparer, cela commence par la soustraction de la Bible, non seulement à des enjeux de pouvoir, mais aussi à la concurrence entre eux. Que Spinoza se soit efforcé de montrer que la Bible n’est pas faite pour cela, pas plus que la raison n’est faite pour détruire la Parole de Dieu, cela me paraît une leçon qui, aujourd’hui encore, reste digne d’attention. En effet, le besoin de manier des textes bibliques dans des luttes d’influence et des conflits de pouvoir ne semble pas avoir disparu, ni dans l’espace public, ni dans les rapports intra-ecclésiaux. Ici, l’autorité de Dieu ou celle de Jésus sont invoquées, par textes interposés, aussi bien par les tenants du Magistère que par ceux qui le contestent. L’on dira d’un côté que « l’Église, soumise à la Parole de Dieu, ne se considère pas autorisée à … » – pour reprendre la formule consacrée – et, de l’autre côté, l’on renverra à l’attitude de Jésus en tant qu’opposant aux autorités religieuses de son temps. Que les positions en présence soient clairement énoncées n’est pas en cause : l’Église ne peut être privée de sa liberté d’expression, pas plus que ceux et celles de ses membres qui s’y trouvent en dissentiment avec le point de vue dit « officiel ». Mais la question est de savoir quel usage on fait de la Bible en pareil cas, et si elle reste ou non un enjeu et un levier d’influence ou de pouvoir, quels qu’ils soient.
L’affaire se complique encore quand le champ d’opposition s’étend à l’espace public démocratique : en principe, celui-ci a des règles de débat qui ne relèvent pas d’une argumentation appuyée sur des textes religieux. Cela n’appelle pas l’illusion de croire que les parties prenantes à un tel débat seraient « neutres » : chacun-e y est toujours déjà engagé-e avec sa « complexion » propre, comme dirait Spinoza, complexion qui peut résulter d’une conviction et d’un engagement religieux. Mais en démocratie, pareil débat suppose justement que chacun-e puisse prendre en compte les limites dans lesquelles son argumentation est recevable par les autres, et même consentir à ce que son propre point de vue évolue au fil de la confrontation avec les autres points de vue exposés. Certes, c’est bien là le plus difficile, tant il est peu naturel de limiter – individuellement ou collectivement – son influence et son pouvoir, s’ils sont engagés dans un débat. En démocratie, ce processus, et l’exigence qu’il comporte, sont sans fin. Mais là encore, le recours à des textes, sous forme d’appui ou de justification, peut s’avérer un trompe-l’œil, car l’« autorité » que représente un texte biblique pour les uns est dénuée de toute pertinence pour les autres. Inévitablement, et au nom même de la liberté d’expression, cela conduira à dresser les unes contre les autres des « autorités » de recours (la Bible, la loi, les Droits humains, etc), en invoquant pour chacune un poids susceptible in fine de l’emporter sur les autres. On quitte alors le terrain de l’argumentation, pour entrer sur celui des passions « théologiques » et « politiques », lesquelles sont en principe ce que la démocratie a pour vertu de limiter[2].
Mais ne voit-on pas actuellement tant des autorités religieuses que politiques franchir allègrement ces limites ? Pour rester dans le cadre européen du catholicisme, maintes prises de position récentes du Cardinal-Archevêque de Cologne, ainsi que « l’affaire Buttiglione » , n’en donnent-elles pas des exemples typiques, incluant le recours à la Bible pour imposer des vues et des conduites supposées indiscutables ? Effectivement, et il y a lieu de s’en inquiéter autant que d’y résister. Or pour cela, il n’est pas nécessaire d’imiter ceux à qui l’on résiste. Je veux dire par là qu’on peut résister sans le besoin de recourir à des textes comme ceux de la Bible pour soutenir ou justifier sa position. Le champ de la liberté d’expression est précisément assez large en démocratie pour qu’on puisse y argumenter sans qu’il soit nécessaire de faire entrer ces textes dans un rapport d’influence ou de pouvoir. En démocratie ? Soit. Mais dans l’Église ? Le raisonnement est le même : résister aux dénis de liberté d’expression et aux abus d’autorité, sans imiter les auteurs de déni ou d’abus, c’est-à-dire sans soumettre des textes à un impératif d’utilité au service d’une influence ou d’un pouvoir. Plus l’Écriture se trouve soumise à un tel impératif, moins est libre la Parole qui s’y donne à entendre et à mettre en pratique. On peut donc garder les yeux bien ouverts sur les enjeux d’un conflit d’interprétation des textes et sur le rapport de forces qui y est impliqué, tout en renonçant à en faire un usage mimétique de celui qu’en fait « l’autorité ». En ce sens, résister à ce qui menace ou dénie la liberté d’expression, cela appelle une rupture : non pas avec le fait de lire et d’interpréter les textes, mais avec tout usage qui, d’une manière ou d’une autre, porte la trace d’un désir de les « faire valoir » à l’appui d’une influence ou d’un pouvoir. Aucun texte n’a, en lui-même, le pouvoir de se défendre contre les mésusages qu’on peut en faire, ni celui de s’exhiber comme devant emporter la conviction. Mais moins l’on use des textes bibliques comme de ce qui serait utile à faire rendre des armes, quelles qu’elles soient, plus on s’aperçoit qu’en réalité, ce sont les textes qui nous désarment. La lecture et l’interprétation des textes bibliques ressemblent à une sorte de résistance désarmée.
Il serait cependant présomptueux de penser que cette rupture dont je parle serait accomplie une fois pour toutes, comme si quiconque – exégètes y compris – pouvait se convaincre d’en avoir fini, et définitivement, avec ce nœud conflictuel séculaire qui attache la Bible, l’autorité et la liberté. Par exemple, lors de la première diffusion sur Arte de la série d’émissions de Mordillat et Prieur sur Les origines du christianisme, des réactions se sont aussitôt exprimées, tant du côté savant que du côté hiérarchique, pour y dénoncer une « manipulation », ou pour mettre en garde contre « le danger » que cette série ferait courir à la foi chrétienne. Or ces émissions, dont le sujet n’est pas précisément de ceux qui dominent la scène télévisée, relevaient incontestablement de la liberté d’expression. Et leurs auteurs se sont longuement expliqué, toujours clairement, sur leur parcours, leur méthode, leurs intentions, leurs options de montage, etc. Mais s’il est une chose que la série mettait très bien en lumière, c’est l’absence de « vérité exégétique »  irrévocable. Devant l’épineux dossier des origines du christianisme, l’on réalisait que toute question se présente comme discutée, sujette à des réponses diverses, contrastées, toujours plus au conditionnel que péremptoires. Paradoxalement, le « savoir » de l’exégèse, fragmenté et en débat, laissait ainsi transparaître l’ambivalence du « pouvoir » qu’on lui impute parfois : les textes n’étant pas nécessairement ce qu’on croit qu’ils sont, les lire et les comprendre requiert un travail de dépouillement, de décapage des préjugés, de confrontation à la différence, de remise en question des acquis. Un travail que je dirais volontiers analogue au travail même de la foi. Cela, personne n’a le « pouvoir » de l’accomplir seul-e, ni de l’imposer, pas plus les exégètes que d’autres. Ce dont les lectures contemporaines de la Bible dispensent le moins, c’est de la liberté de croire, et d’y articuler une pensée capable d’entrer en débat et en argumentation avec d’autres convictions.
Ainsi l’histoire emprunte-t-elle comme d’étranges détours : plus de trois siècles après Spinoza, du chemin reste à faire aujourd’hui pour montrer et laisser entendre qu’il y a des manières de lire et d’interpréter les textes bibliques qui, loin de nuire à la liberté de penser, l’élargissent et lui donnent des moyens d’expression. 

NOTES
[1] Pierre-François MOREAU, Spinoza et le spinozisme, coll. Que sais-je ?, n° 1422, Paris, P.U.F., 2003, p. 65. Ce petit livre est l’une des meilleures introductions à l’œuvre et à la pensée du philosophe, et comporte les indications bibliographiques essentielles.
[2] Limiter, et non pas faire disparaître ou abolir, ce qui serait une illusion. La démocratie reste un rapport de forces, ce qui mobilise toujours des passions. On peut ajouter que, dans des cas critiques, l’objection de conscience reste toujours valide : c’est une manière de poser une limite qu’on se refuse à franchir, et qui peut être fondée aussi bien en raison qu’en référence à une conviction de foi. Les deux ne s’excluent d’ailleurs pas.

Textes bibliques commentés (Taizè)

6 septembre, 2011

du site:

http://www.taize.fr/fr_article170.html?date=2010-06-01

Textes bibliques commentés

Ces courtes méditations bibliques sont proposées pour soutenir une recherche de Dieu au cœur de la vie quotidienne. Il s’agit de prendre un moment pour lire en silence le texte biblique suggéré, accompagné du bref commentaire et des questions. On peut se réunir ensuite en petits groupes de trois à dix personnes chez l’un ou l’autre des participants pour un bref partage de ce que chacun a découvert, avec éventuellement un temps de prière.

2010 juin

Psaume 42 : Soif de Dieu

Comme une biche soupire après des courants d’eau,
Ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu !
Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant :
Quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ?
Mes larmes sont ma nourriture jour et nuit,
Pendant qu’on me dit sans cesse :
Où est ton Dieu ?
Je me rappelle avec effusion de coeur
Quand je marchais entouré de la foule,
Et que je m’avançais à sa tête vers la maison de Dieu,
Au milieu des cris de joie et des actions de grâces
D’une multitude en fête.
Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu au dedans de moi ?
Espère en Dieu, car je le louerai encore ;
Il est mon salut et mon Dieu.
Mon âme est abattue au dedans de moi :
Aussi c’est à toi que je pense, depuis le pays du Jourdain,
Depuis l’Hermon, depuis la montagne de Mitsear.
Un flot appelle un autre flot au bruit de tes ondées ;
Toutes tes vagues et tous tes flots passent sur moi.
Le jour, le Seigneur m’accorde sa grâce ;
La nuit, je chante ses louanges,
J’adresse une prière au Dieu de ma vie.
Je dis à Dieu, mon rocher :
Pourquoi m’oublies-tu ?
Pourquoi dois-je marcher dans la tristesse,
Sous l’oppression de l’ennemi ?
Mes os se brisent quand mes persécuteurs m’outragent,
En me disant sans cesse : Où est ton Dieu ?
Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu au dedans de moi ?
Espère en Dieu, car je le louerai encore ;
Il est mon salut et mon Dieu.
(Psaume 42)

Quand le psalmiste dit que son « âme » a soif de Dieu, il n’imagine pas une soif purement spirituelle ou intellectuelle. Le mot « âme » suggère plutôt que la soif provient du fond de son être et s’empare de tout ce qu’il y a de plus vital en lui. Pour qui éprouve cette soif, vivre sans Dieu n’est pas vivre, car sur cette terre la vie n’est pleine pour lui que dans une louange de Dieu.
Dans ce psaume s’exprime un exilé qui se trouve loin du lieu où se rassemble le peuple de Dieu, loin du Temple où les fidèles vont rencontrer Dieu et voir sa face. C’est le souvenir des célébrations communes qui alimente sa soif (v. 5). Celle-ci est donc intimement liée à l’expérience de tous ceux qui ont, eux aussi, cherché Dieu et l’ont chanté.
Le langage de ce psaume peut-il devenir aussi le mien ? Ou est-il trop fort pour moi qui connais Dieu si peu ? Car en réalité, de quoi ai-je soif sur cette terre ? Même si j’ai connu pas mal d’épreuves, j’ai de la peine à croire que je suis en exil ici-bas.
Cependant, je ne peux pas nier que dans chacune des réalités dont je peux avoir soif (un grand amour, un ordre social plus juste, etc.), je suis renvoyé inévitablement à une réalité encore autre, plus durable. Car tout ce que je peux ardemment désirer ne va jamais pouvoir étancher ma soif. Le fond de mon être appelle toujours en fin de compte une communion qui ne puisse plus faire défaut, une communion tout à fait indéfectible, une joie qui soit au-delà de toute joie (Psaume 43,4).
Ce psaume peut orienter ainsi ma prière. Mais que recommande-t-il pour le temps présent où tout paraît aride ?
Le psalmiste s’exhorte lui-même : « Espère en Dieu » (v. 6, 12). On peut traduire ainsi : « Attends Dieu ». Accepte que ta vraie soif reste ouverte. Ne la comble pas en répondant à des désirs qui sont à portée de main. Comme dit Jérémie, ne remplace pas la source d’eau vive par « des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau » (2,13). Une vie humaine est belle quand elle reste jusqu’au bout comme une attente ouverte que Dieu seul peut combler.
« Attends Dieu, mon âme. Je le louerai encore. » (v. 6) Voilà l’orientation. Le jour vient où je pourrai le chanter à nouveau. C’est donc vers la louange que je continue à diriger ma vie. Et en attendant, j’ai confiance : Dieu ne manquera pas d’ordonner à sa grâce d’être auprès de moi tout au long du jour, tandis que durant la nuit un chant venant de lui me portera comme une prière (v. 9).
 De quoi ai-je soif (pour ma vie personnelle, pour le monde, pour l’Église) ? Certains désirs sont-ils plus importants que d’autres ? Lesquels ?
 Que signifie pour moi l’expression « soif de Dieu » ? Comment peut-on désirer une réalité invisible et intangible ?

Jesus dans l’Ancien Testament

2 septembre, 2011

du site:

http://www.lueur.org/textes/jesus-ancien-testament.html

Jesus dans l’Ancien Testament

Luc Bernicot

« Existant en forme de Dieu, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme une proie à arracher, mais il s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes, et il a paru comme un vrai homme, …. »
(Philippiens 2:6-7)

« Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. »
(Colossiens 1:16-17)

Tous les chrétiens croient en la naissance surnaturelle de Jésus-Christ de la Vierge Marie, en sa mort sur la croix et en sa résurrection des morts. Mais tous ont-ils bien conscience que la conception de Jésus dans le ventre de Marie n’a rien de commun avec la conception de chacun d’entre nous? Nous sommes en effet tous des créations, alors que Jésus est le Créateur. Jésus n’a pas été créé neuf mois avant sa naissance, mais il existait depuis l’éternité, et a toujours été à la source de toute chose; sa conception dans le ventre de Marie était une incarnation du Fils de Dieu dans une chair humaine, mais en aucun cas la création d’un être nouveau. Jésus a simplement accepté de suivre pendant son séjour sur terre l’ensemble du cheminement d’un être humain ordinaire, de la conception à la mort.
Puisque Jésus était déjà à l’œuvre dans l’univers avant de venir sur la terre, nous pourrions nous attendre à ce que l’Ancien Testament parle de Lui; en fait l’Ancien Testament parle constamment de Jésus-Christ, qui se manifestait avec Dieu le Père et avec le Saint-Esprit. Même si les hommes et les femmes de l’Ancien Testament n’avaient pas eu une révélation claire de qui est Jésus, nous pouvons aujourd’hui discerner, à la lumière du Nouveau Testament, de très nombreux passages de l’Ancien Testament qui parlent de Lui. Les prophètes qui ont écrit l’Ancien Testament étaient inspirés par le Saint-Esprit, et n’ont pas toujours compris la puissance de la révélation qu’ils transmettaient. La Nouvelle Alliance nous permet de mieux comprendre la réalité de la présence de Jésus-Christ dans les textes de l’Ancienne Alliance.
Nous allons étudier 3 passages de l’Ancien Testament dans lesquels la présence de Jésus est merveilleusement discernable aujourd’hui.

1 – La création de l’univers
« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. … Dieu dit: Que la lumière soit … Dieu dit: Qu’il y ait une étendue entre les eaux, … Dieu dit: Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. … Dieu dit: Qu’il y ait des luminaires dans l’étendue du ciel, pour séparer le jour d’avec la nuit; … Dieu dit: Que les eaux produisent en abondance des animaux vivants, et que des oiseaux volent sur la terre … Dieu dit: Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce, du bétail, des reptiles et des animaux terrestres, selon leur espèce. … Puis Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, … »
(Genèse 1)
Ces versets, que nous trouvons dans le premier chapitre de la Genèse, sont expliqués par ceux du premier chapitre de l’Evangile de Jean: « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. … Et la Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. » (Jean 1:1-3; 14) Le Nouveau Testament (Jean) explique l’Ancien (Genèse). Chaque fois que Dieu parlait (Dieu dit: …), c’était Jésus qui était à l’œuvre, puisque Jésus est la parole de Dieu. Jésus-Christ était présent à la création de l’univers, Il est à l’origine de cette création et cette création est pour Lui. (Colossiens 1:16)

2 – La Sagesse
« [Moi, la sagesse,] j’ai été établie depuis l’éternité, dès le commencement, avant l’origine de la terre. … Lorsqu’Il [l’Eternel] disposa les cieux, j’étais là; lorsqu’Il traça un cercle à la surface de l’abîme, lorsqu’Il fixa les nuages en haut, et que les sources de l’abîme jaillirent avec force, lorsqu’Il donna une limite à la mer, pour que les eaux n’en franchissent pas les bords, lorsqu’Il posa les fondements de la terre, j’étais à l’œuvre auprès de Lui, et je faisais tous les jours Ses délices, jouant sans cesse en Sa présence, jouant sur le globe de Sa terre, et trouvant mon bonheur parmi les fils de l’homme. »
(Proverbes 8:23; 27-31)
Dans ce passage écrit par le roi Salomon, la Sagesse s’exprime comme une personne, et nous notons deux informations importantes qui nous sont données à son propos:
- la Sagesse fait tous les jours les délices de Dieu
- la Sagesse trouve son bonheur parmi les humains
Comment ne pas reconnaître en cette Sagesse personnifiée le Seigneur Jésus? Il faut lire l’ensemble du discours de la Sagesse (Proverbes 8:1 à 9:12) pour avoir une vision complète de la puissante révélation qui a été donnée à Salomon; il est même question du pain et du vin (9:5), c’est à dire du corps et du sang de Jésus!
Juste après, dans un court passage (Proverbes 9: 13-18), la folie, opposée à la sagesse, s’exprime à son tour; il est aisé d’y reconnaître la voix du diable.
3 – Abraham
« Alors l’ange de l’Eternel l’appela des cieux, et dit, Abraham! Abraham! Et il répondit: Me voici! L’ange dit: N’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes; et Abraham alla prendre le bélier, et l’offrit en holocauste à la place de son fils. »
(Genèse 22:11-13)
Vous connaissez bien ce récit qui montre la foi d’Abraham mise à l’épreuve et Abraham vainqueur de cette épreuve. Sa foi était tellement grande qu’il pensait que Dieu ressusciterait Isaac (lire Hébreux 11:17-19). Ce texte parle bien-sûr de Jésus. Abraham allait sacrifier son fils unique, et ces évènements prophétiques annonçaient le sacrifice du Fils unique de Dieu, qui allait arriver plusieurs siècles plus tard. Abraham n’a peut-être pas eu la même connaissance de Jésus-Christ que celle au bénéfice de laquelle nous sommes aujourd’hui, mais, on peut tout de même penser qu’Abraham a eu, dès ce moment, une révélation de la compréhension de l’évènement prophétique qu’il a vécu, et donc une révélation de Jésus. En effet, Jésus lui-même a déclaré: « Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour, et il l’a vu, et il s’est réjoui. » (Jean 8:56)
Nous avons donc présenté trois passages de l’Ancien Testament qui parlent de Jésus, mais en réalité ceux-ci sont innombrables. Nous voudrions vous encourager à lire l’Ancien Testament et à rechercher ces trésors cachés, les textes qui parlent de Jésus, alors que Celui-ci ne s’était pas encore montré dans le monde.

L’espérance dans l’épreuve (Rm 5,5; Ep 1,18-20) (fr. Jean Lévêque, ocd)

30 août, 2011

du site:

http://j.leveque-ocd.pagesperso-orange.fr/elpis.htm

L’espérance dans l’épreuve (Rm 5,5; Ep 1,18-20)

 Pour introduire la deuxième année préparatoire au grand Jubilé de la rédemption, année « spécialement consacrée à l’Esprit Saint et à sa présence sanctificatrice à l’intérieur de la communauté des disciples du Christ », le pape Jean-Paul II écrivait: « Il importera de redécouvrir l’Esprit comme Celui qui construit le Royaume au cours de l’histoire et prépare sa pleine manifestation en Jésus Christ, en animant les hommes de l’intérieur et en faisant croître dans la vie des hommes les germes du salut définitif qui adviendra à la fin des temps. Dans cette perspective eschatologique, les croyants seront appelés à redécouvrir la vertu théologale de l’espérance, dont ils ont ¢naguère entendu l’annonce dans la Parole de vérité, l’Évangile’ (Col 1,5) »( A l’approche du troisième millénaire, 44.46).
Pour mieux replacer le vécu de nos communautés sur cet axe d’un effort proposé à l’Église tout entière, méditons un court verset de saint Paul (Rm 5,5) qui unit étroitement les deux thèmes de l’Esprit et de l’espérance. 
Saint Paul commence (v.1-4) par nous resituer dans notre existence réelle de croyants: 

1          Ayant donc été justifiés par la foi,
            nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ;
2          par lui nous avons accès à cette grâce où nous sommes établis,          
                    et nous mettons notre fierté dans l’espérance de la gloire de Dieu.
3          Ce n’est pas tout: nous mettons aussi notre fierté dans les tribulations,
            sachant que la tribulation produit la constance,
4          la constance la vertu-éprouvée,
            la vertu-éprouvée l’espérance.                      
Ainsi déjà nous avons été justifiés: en réponse à notre foi, Dieu a fait de nous des justes, des croyants a-justés maintenant à son plan d’amour. Déjà nous sommes en paix avec Dieu, par notre Seigneur Jésus Christ: nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils (v.10). Déjà nous sommes établis dans la grâce, dans la faveur et l’amitié de Dieu; et déjà nous pouvons espérer la vie future, le salut final: nous sommes sauvés par la vie du Fils (v.10) et promis à la gloire de Dieu (v.2b).
Mais l’aujourd’hui du  chrétien et de la communauté est fait également de « tribulations », c’est-à-dire de détresses, d’afflictions, et d’épreuves apostoliques. Dans l’Ancien Testament, le mot thlipsis, traduit ici par « tribulation », « désigne surtout les tribulations du peuple et des hommes pieux. Ainsi, dans les Psaumes, il vise les malheurs du juste (Ps 37,19; 50,15). Dans le judaïsme, les détresses sont un signe de la fin des temps (l’ère messianique ne s’instaure qu’après les douleurs de l’enfantement), la tribulation doit encore venir. Pour les chrétiens, elle est venue, l’ère eschatologique est déjà là: dans le Nouveau Testament, et spécialement chez Paul, le mot jour un grand rôle. La condition des fidèles, et surtout des apôtres, est de connaître la tribulation (cf. Ac 11,19; 17,5s; 2 Co 1,4s; Ph 4,14). C’est même une condition à laquelle les missionnaires et les fidèles ne peuvent échapper (Jn 16,33; Ac 14,22; 1 Th 3,3). À la tribulation s’attache, dans le Nouveau Testament, une note eschatologique perceptible en plusieurs textes (Mt 24,9-28; Ap 1,9; 7,14). Paul veut dire (ici en Rm 5) que le croyant ne met son orgueil ni dans les détresses considérées en elles-mêmes, ni dans les efforts qu’il ferait pour les surmonter; il place toute son assurance dans la grâce de Dieu qui se déploie précisément dans la faiblesse de l’homme (2 Co 12,9s) » (TOB 461c). 
Notre espérance de la gloire de Dieu est donc à vivre dans la tribulation. Mais nous ne sommes pas sans appui: parce que nous sommes justifiés, réconciliés, admis à la gloire de Dieu, nous avons droit à une vraie fierté, dont saint Paul parle à trois reprises dans ce passage de Rm 5:
- au verset 11, il s’agira de notre « fierté en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ »;
- au verset 2b, Paul se montre plus précis, et parle de « notre fierté dans l’espérance de la gloire de Dieu ». C’est la fierté qui regarde l’avenir.
- au verset 3a, l’expression est paradoxale: il s’agit de notre fierté dans les tribulations. C’est la fierté pour aujourd’hui.
Dans la pensée de Paul, c’est donc bien notre fierté en Dieu qui doit demeurer au milieu des tribulations. Nous ne pouvons être fiers de nous, car par nous-mêmes, nous sommes « sans force » (v.6) pour assumer les détresses; mais nous nous appuyons sur la grâce et la faveur de Dieu, sur sa puissance qui se déploiera dans notre faiblesse (2 Co 12,9s), sur l’espérance que Dieu donne et la certitude de rejoindre sa gloire.

Nous découvrons alors un chemin qui va de la tribulation à l’espérance. 
Notre foi, certes, se heurte à des contradictions, à des incompréhensions, à des handicaps. Le fossé se creuse parfois douloureusement entre ce que nous attendons et ce que nous devons affronter, entre ce que nous serons et notre condition actuelle. Mais selon Paul nous allons déjà de succès en succès. La première victoire du cro­yant, dans l’épreuve, sera la constance (hypomonè) : la force à souffrir, le courage pour tenir le choc; et la seconde sera une victoire sur l’usure, la dokimè, c’est-à-dire un test réussi dans la durée, une « vertu-éprouvée ». Et ces deux victoires au cœur de l’épreuve sont déjà la mise en œuvre de l’espérance, parce que tout au long de ce combat le croyant se voit contraint d’en appeler à la fidélité de Dieu. 
Ainsi, c’est la même espérance chrétienne qui attend de Dieu la gloire pour l’au-delà et qui oriente l’aujourd’hui vers Dieu qui promet et qui tient ses promesses. Nous touchons là l’un des paradoxes du salut dans le Christ: le salut final, sous sa forme eschatologique, demeure objet d’espérance (Rm 8,24), mais il est sans cesse anticipé dans l’aujourd’hui du chrétien justifié. Notre foi chrétienne anticipe la gloire; la gloire illumine pour nous la vie quotidienne.
Notre espérance n’est donc pas détruite, mais renforcée par la tribulation. Elle se traduit déjà, dans l’aujourd’hui, par la constance; elle se « teste » au long de notre vie concrète.
Cette espérance, courageuse et victorieuse, ne saurait tromper ni mener à l’échec. Elle ne nous laissera jamais devant Dieu sans assurance; nul n’aura jamais à en rougir.
Pourquoi ne peut-elle décevoir? La réponse de Paul est surprenante:
v.5  « parce que l’amour de Dieu a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ». 

L’amour a été versé et demeure versé (ekkechutai): c’est le résultat durable d’une action passée. Mais qu’est-ce que Paul entend ici par « l’amour de Dieu »?
On pourrait comprendre: l’amour que nous avons pour Dieu. En ce cas l’Esprit Saint nous donne d’aimer Dieu; il atteste en nous que notre amour pour Dieu n’est pas vain. Puisque nous pouvons aimer Dieu, cela nous garantit l’espérance que nous mettons en lui.
Mais là n’est pas le vrai sens. En réalité Paul veut dire: « l’amour que Dieu a pour nous a été répandu dans nos cœurs ». Cela est déjà vrai au niveau de l’expérience intime: l’Esprit Saint fait grandir en nous la certitude que nous sommes aimés de Dieu, et cela rend notre espérance plus assurée: cet amour que Dieu nous porte garantit la fidélité à ses promesses. Cependant la phrase de Paul se vérifie également à un niveau plus fondamental, celui de la présence directe de l’Esprit Saint, antérieurement à notre certitude et indépendamment de la conscience que nous en prenons. En nous donnant le Saint-Esprit, selon le dessein de son amour, Dieu déjà commence d’accom­plir sa promesse. En l’Esprit qui nous habite, nous tenons déjà l’objet de notre espérance autant qu’il peut se faire ici-bas, et nous anticipons la possession de la gloire. En l’Esprit qui nous a été donné, notre espérance est déjà certaine; l’Esprit Saint garantit lui-même en nous l’amour que Dieu nous porte et la promesse qu’il nous fait. 
L’Esprit Saint est donc un acompte sur la vie éternelle, comme Paul le dira en Ep 1,14: « Vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit promis, l’Esprit Saint, ces arrhes de notre héritage ».
Notre raison d’espérer, c’est que le Dieu d’amour agit déjà en nous par son Esprit; et à l’amour de Dieu, ainsi attesté et garanti par la présence active de l’Esprit Saint, « rien ne pourra jamais nous arracher » (Rm 8,35.39). 
Cet amour que Dieu nous porte, l’Esprit Saint l’a versé « dans notre cœur ». 
Le cœur (hb: leb; grec: kardia) est le terme le plus riche et le plus souple dont disposent l’Ancien Testament et l’ensemble de la Bible pour décrire l’intériorité de l’homme et spécialement du croyant. Le cœur se présente comme le concept le plus synthétique pour désigner le sujet de l’expérience spirituelle, et celui qui met le mieux en relief la prédominance de la volonté dans la psychologie biblique. À la fois conscience et mémoire, intuition et énergie, force de permanence et tension vers le but, à la fois réceptif, puisqu’il est le point de résonance de tous les affects, et créatif, puisqu’en lui les impressions et les idées se muent en décisions et en projets, le cœur est le tout de l’homme intérieur et le lieu privilégié du risque de la foi. 
L’amour de Dieu pour nous saisit donc l’homme au plus intime de son être, au plus profond de son intelligen­ce, de sa volonté et de son affectivité, en ce centre qui n’est accessible qu’à Dieu et son Esprit (Rm 8,27). Dès lors cette agapè que Dieu nous porte va être pour nous objet de connaissance, d’expérience intérieure, d’attachement volontaire; et c’est toujours à cet amour de Dieu qu’il nous faut revenir pour trouver de nouveau, en pleine tribulation, la racine et la garantie de notre espérance, ainsi que nos raisons d’avancer vers la gloire promise.

Ces intuitions pauliniennes peuvent enrichir et illuminer comme de l’intérieur nos réflexions touchant le présent et l’avenir de  nos communautés. 

1.    Il n’y a pas d’espérance véritable qui ne pointe, en définitive, vers la gloire de Dieu que nous aurons en partage. Toute espérance pour la prière, la mission ou la vie quotidienne de nos communautés est à replacer fidèlement sur l’horizon de la gloire, car cette gloire est le projet ultime de Dieu pour tous les hommes. L’horizon de la gloire, c’est celui que scrutent tous les croyants; et notre espérance carmélitaine n’est jamais séparable de l’espérance du Corps du Christ tout entier. « Nous mettons notre fierté dans l’espérance de la gloire de Dieu ». 
2.    Les tribulations de nos communautés non seulement trouvent leur sens face à l’horizon de la gloire, mais sont très concrètement, pour nous, une invitation à l’espérance. Les épreuves appellent une confiance mise en Dieu seul. Chacune de nos détresses devient un point d’impact de la puissance de Dieu, qui se déploie dans notre faiblesse. « Nous mettons notre fierté également dans les tribulations ». 
3.    L’espérance de la gloire, loin de démobiliser les communautés, ranime les forces de chaque sœur pour préparer et hâter l’avènement définitif du Règne de Dieu; et cela prend place au quotidien dans le cœur de chacune et dans la communauté porteuse du charisme thérésien. L’Esprit Saint, animant de l’intérieur chaque sœur et chaque communauté, fait croître jour après jour « les germes du salut définitif qui adviendra à la fin des temps ». 
4.    Nous avons à réagir, personnellement et communautairement, contre les impressions négatives d’échec, d’illusion ou de déception. « L’espérance ne déçoit pas », elle ne trompe pas, ne débouche pas sur la tristesse ou sur la démission. Il nous faut donc consentir cette ascèse de la mémoire que saint Jean de la Croix met en rapport avec l’espérance, afin de ne rien laisser entrer en nous et dans l’espace communautaire qui puisse entamer la joie de servir et de louer. « Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, montera la garde à l’entrée de nos cœurs et de nos pensées dans le Christ Jésus » (Ph 4,7).
5.    Pour revenir à des perspectives d’espérance, pour replacer tout notre vécu et tous nos projets sur l’horizon de la victoire et de la réussite de Dieu, il faut nous offrir à l’action de l’Esprit qui verse dans nos cœurs l’amour que Dieu nous porte en Jésus Christ. Toutes nos initiatives de dialogue et de charité constructive rejoindront alors l’amour de Dieu en acte dans nos vies et dans nos communautés. Et l’Esprit Saint sera lui-même le garant de notre espérance communautaire comme il est déjà le lien vivant entre les sœurs.

² Partons maintenant, pour compléter notre méditation, d’un deuxième texte paulinien, l’épître aux Éphésiens 1,17-19.
« Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donner un esprit de sagesse et de révélation qui vus le fasse vraiment connaître! Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel » (littéralement: « quelle est l’espérance de votre appel, l’espérance liée à votre appel »), quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force ».
Cette insistance sur une pénétration personnelle dans le mystère de Dieu est typique des dernières épîtres de Paul. Au début de son ministère, dans ses grandes épîtres, il réclamait de ses disciples la foi; mais cette foi était, à ses yeux, un engagement global de la personne envers le Christ. Dans les épîtres de la captivité, Paul se soucie davantage de la compréhension toujours nouvelle que chaque disciple doit avoir de Dieu et de son œuvre de salut; et cette entrée dans le mystère et le projet de Dieu se réalise grâce à une révélation: le Père de a gloire illumine lui-même les yeux de notre cœur.                                                                                                                                 

² Partons maintenant, pour compléter notre méditation, d’un deuxième texte paulinien:

l’épître aux Ephésiens 1,18s.
« Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la Gloire, vous donner un esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître! Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel » (littéralement: « quelle est l’espérance de votre appel, l’espérance liée à votre appel »), quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force ».
Cette insistance sur une pénétration personnelle dans le mystère de Dieu est typique des dernières épîtres de Paul. Au début de son ministère, dans ses grandes épîtres, il réclamait de ses disciples la foi; mais cette foi était, à ses yeux, un engagement global de la personne envers le Christ. Dans les épîtres de la captivité, Paul se soucie davantage de la compréhen-sion toujours nouvelle que chaque disciple doit avoir de Dieu et de son œuvre de salut; et cette entrée dans le mystère et le projet de Dieu se réalise grâce à une révélation: le Père de la gloire illumine lui-même les yeux de notre cœur.
Le Dieu qui a dit au début du monde: « Que du sein des ténèbres brille la lumière » est celui qui a brillé dans nos cœurs, expliquait Paul en 2 Co 4,6; et cette lumière de Dieu en nous révèle « la gloire de Dieu qui est sur la face du Christ ». D’après notre texte d’Ephésiens 1,18s, cette même lumière de Dieu qui illumine les yeux de notre cœur nous découvre trois choses:

- l’espérance qui nous est offerte,
- les trésors de gloire qui nous attendent,
- la puissance que Dieu a déployée en la personne du Christ.

Et les trois sont liées: l’objet à espérer, ce sont les trésors de gloire, et ces trésors de gloire nous viennent par la vigueur de la force de Dieu qui a ressuscité le Christ d’entre les morts.
Touchant l’espérance au quotidien, il faut souligner le lien que Paul établit entre l’espérance et l’appel du Seigneur. Quand les yeux de notre cœur sont illuminés, nous découvrons « quelle est l’espérance de notre appel », et donc qu’une espérance vivante s’enracine dans notre vocation, que l’espérance nous renvoie toujours à notre vocation, et que notre vocation nous ren-voie toujours à l’espérance.
Ailleurs, dans le texte majeur de Rm 5,5, Paul affirmait à l’instant: « L’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs  par le Saint-Esprit qui nous a été donné ».
Ces textes de Paul, en prise directe sur le mystère de la vie chrétienne éclairent à la fois notre espérance personnelle et notre espérance ecclésiale ou communautaire.
Au niveau personnel, chacun est habité par un grand nombre d’espoirs à court et moyen termes: l’espoir de réussir telle tâche, de se voir confier telle réalisation, l’espoir d’occuper telle place dans l’estime ou l’affection des autres, ou de faire reconnaître ou prévaloir des convictions très chères. Mais ces espoirs sont souvent déçus, contrariés par les circonstances, gênés ou réduits à néant par les projets des autres.
L’espérance, elle, n’amène jamais de déception,
-  parce qu’elle ne vise pas la réalisation d’un projet humain, mais l’accomplissement du projet de Dieu sur l’homme: la gloire, et pas moins que la gloire;
    – parce qu’elle s’appuie, non pas sur les forces ou l’habileté des hommes, mais sur la puissance de Dieu, celle qu’il a déployée et qu’il déploie sans cesse en Jésus Christ,
     -  parce qu’elle grandit en nous en même temps que l’amour et accompagne la présence de l’Esprit,
     -   parce qu’elle s’enracine en nous aussi profond que l’appel reçu de Dieu, celui du baptême et celui du Carmel.
D’où vient, alors, que nous nous lassons d’espérer? Souvent, c’est parce que nous nous trompons d’espérance: nous espérons parce que nous avons des raisons humaines de faire confiance à l’avenir: nous voyons déjà des chemins, des moyens, des assurances. Mais « voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer » (Rm 8,24). La véritable espérance est espérance en Dieu, en la force et en l’amour du Dieu fidèle. Espérer, c’est « attendre avec constance » ce qui viendra de Dieu, même si Dieu le fait advenir à travers nos efforts de pensée et d’ac­tion.
Quand nous sommes déroutés, déçus ou désabusés, c’est souvent que notre espérance n’est plus de niveau avec notre foi et notre amour, et qu’elle est retombée au niveau de l’espoir. Ce n’est plus alors l’espérance « ouverte par notre appel », ce ne sont plus « les yeux illuminés du cœur  » qui regardent l’avenir, ce n’est plus « la vigueur de la force de Dieu  » que nous laissons agir, et notre cœur guette d’autres richesses que « les trésors de gloire » enclos dans l’héritage de Dieu.
Le jour où, avec une joie venue d’en haut, nous avons répondu à l’appel, nous avons fait nôtre le projet de Dieu sur le monde, nous avons pris résolument la route de la gloire, qui ici-bas est la route de l’amour, et ce jour-là est née au creux de nous-mêmes une espérance très forte et très douce, celle-là même que Jésus nous propose de nouveau à chacune de nos conversions, à chacun de nos fiat, quand il vient « illuminer les yeux de notre cœur ».
En ce tournant du IIIème millénaire, nos communautés, comme l’Église tout entière, sont acculées à l’es­pérance. L’ampleur des problèmes est telle, si grand est le déséquilibre entre les besoins de l’évangélisation planétaire et les moyens disponibles, en hommes et en savoir, en techniques et en argent, que nous sommes contraints de nous tourner vers le Père de la gloire et vers « la puissance qu’il veut déployer en la personne du Christ ».
La rareté des vocations, qui touche de plein fouet tous nos diocèses, désécurise aussi nos monastères, et l’unique appui que nous ayons pour notre espérance est la consigne de Jésus: « Priez le maître de la moisson ». Dans beaucoup de secteurs d’activité ou de rayonnement, les communautés doivent restreindre les dispositifs et demander davantage encore à des moniales surchargées, et l’insécurité d’une grande partie du monde actuel s’insinue dans les cloîtres et dans les cœurs.
Mais les communautés, spécialement les communautés de contemplatives, doivent être exemplaires dans cette insécurité comme elles le sont pour la prière: elles doivent se situer résolument et joyeusement aux avant-postes de l’espérance. Plus que jamais, face aux mutations rapides de notre monde, les communautés doivent chanter l’espérance, célébrer l’espérance, offrir à Dieu, en même temps que le sacrifice de louange, l’holocauste de l’espérance. Cela passe, bien sûr, par l’attitude théologale de chacune, par une ascèse de la mémoire qui refuse les ruminations moroses, par une fidélité sans cesse renouvelée à la joie de Jésus, par le refus de s’installer ou d’alourdir la marche des autres. Mais le réflexe d’espérance doit marquer tout aussi profondément la dynamique communautaire, les tentatives de concertation, de planification, les efforts d’ouverture au réel et de conversion des cœurs.
Tous les grands moments de la vie communautaire doivent être des moments d’espérance où les sœurs s’ouvrent ensemble à la gloire en authentifiant leur chemin d’amour fraternel, où elles laissent Dieu illuminer les yeux de leur cœur, où elles s’offrent ensemble à la puissance du Ressuscité pour construire ensemble un temple spirituel, une maison de prière accueillante au monde que Dieu aime.
Les grandes fêtes liturgiques, les temps de retraite, les célébrations carmélitaines sont autant de jalons précieux pour une communauté qui se veut, au cœur de l’Église, croyante, aimante et espérante. Mais chaque sursaut de courage, dans le quotidien de la  communauté,  peut et doit constituer un grand moment d’espérance.
Une espérance enracinée dans une action de grâces, car ce que vous avez déjà réalisé ensemble, grâce à l’amour que l’Esprit a répandu dans vos cœurs  a du prix aux yeux de Dieu, même si vous l’avez vécu pauvrement, avec un mélange de joies et de souffrances. C’est l’espérance qui vous a réunies; c’est l’espérance qui vous tiendra unies, en vous appelant à vous dépasser toutes. Ne cédez pas à la lassitude, ne regrettez pas d’avoir choisi l’Exode; ne laissez aucun accès à la tristesse, car Dieu aime celles qui donnent avec joie.
Cet acte d’espérance, même à votre insu, trouvera son écho dans tout l’Ordre. Tous les monastères ne sont pas appelés à vivre les mêmes sacrifices, mais tous sont conviés à une confiance courageuse devant l’avenir, et tous sont concernés directement par ce qui se vit et se cherche dans les communautés amies.
Pour chacune de vous, l’espérance s’enracine dans la rencontre de Jésus. A chacune il a parlé au cœur, à chacune il a montré le chemin de sa gloire, avec chacune il a fait alliance. Vous lui avez répondu avec le meilleur de vous-mêmes, ce meilleur qui n’apparaît pas toujours au regard des compagnes, mais qui reste gravé dans la mémoire du Seigneur. Pour mieux vivre l’Évangile, vous avez mis en commun votre amour de Jésus, vous avez noué en gerbe tous vos désirs missionnaires: continuez à marcher « sans vous laisser détourner de l’espérance », « toujours prêtes à rendre raison de l’espérance qui est en vous » et qui a grandi encore à la faveur de votre projet fraternel.
Au jour de votre engagement, vous avez fait un grand acte de confiance, qui portait la marque de l’Esprit de Dieu, et c’est ce même Esprit Saint qui continue à vivifier votre recherche commune, car lui seul peut vous donner force et lumière pour accueillir et être accueillie. La part qui vous revient, c’est de garder les réflexes spirituels des premiers jours. Il vous faut gar-der un cœur de pauvre, ouvert à la lumière qui vient de Dieu, au désir de Dieu, au plaisir de Dieu; il vous faut garder les mains ouvertes, pour recevoir le don de Dieu et pour donner, au nom de Jésus, le sourire, la paix et la joie; il vous faut chaque jour « choisir la vie » (Dt 30,19), choisir l’Exode et le passage pascal avec Jésus.
Vous poursuivez ensemble votre marche vers les eaux du salut, sur une route que chaque jour l’Esprit Saint vient ouvrir. Inlassablement vous tournez votre regard vers l’horizon de l’espérance, et vous vous aidez les unes les autres à mettre en Dieu toute votre assurance. Faites ensemble au Seigneur une totale confiance, pour aujourd’hui et pour demain, et remettez en-semble le passé à sa miséricorde, car chacune de vous, dans ce passé commun, a mis déjà beaucoup d’amour.
« Quel que soit le point déjà atteint, écrivait saint Paul, marchons toujours dans la même ligne » (Ph 3,16). C’est cette route de l’humilité, de la confiance, qu’il vous faut suivre ensemble, à l’exemple des saints et des saintes de votre Ordre.
« Réjouissez-vous dans le Seigneur, oui, réjouissez-vous. Que votre bienveillance rayonne et soit connue de tous. Le Seigneur est proche. N’entretenez aucun souci; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs  et vos pensées, dans le Christ Jésus » (Ph 4,4-7).

fr. Jean Lévêque, ocd                                     

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