Archive pour la catégorie 'biblique'

Luc raconte Paul : Aux portes de Damas

29 janvier, 2009

du site:

http://www.bible-service.net/site/495.html

Commentaire : Luc raconte Paul

Aux portes de Damas

Le récit autobiographique de Paul dans la lettre aux Galates est assez elliptique et fortement théologique. En racontant le parcours de Paul, l’auteur des Actes des Apôtres donne plus de détails. Mais, nouvelle étrangeté : la conversion de Paul est si importante qu’elle est racontée trois fois… de manière différente !

Dans le livre des Actes des Apôtres il y a trois récits de la conversion de Paul. Le premier (Ac 9) est fait par le narrateur, les deux autres (Ac 22 et 26) par Paul lui-même. Ces trois récits relatent la même intervention de Dieu sur le chemin de Damas, mais comportent un certain nombre de divergences. Que disent ces trois récits ? Leur répétition montre tout d’abord l’importance que l’auteur accorde à la conversion de Paul. Leurs divergences sont autant de clins d’œil adressés au lecteur et d’invitations à en chercher le sens. Avec son génie de conteur, Luc nous invite à entrer progressivement dans le mystère de la conversion de Paul.

À l’approche de Damas

Le premier récit de conversion (Ac 9) relate l’aller-retour de Saul (le nom de Paul au début du récit) de Jérusalem à Damas. Mandaté par le grand prêtre, Saul arrive devant Damas en persécuteur sanguinaire. Mais, aux portes de la ville le Seigneur l’attend. Le lieu a une certaine importance. Il est en effet un endroit symbolique, un lieu de passage mais aussi de jugement. Les rois grecs, quand ils visitaient leur royaume, s’arrêtaient aux portes des villes pour écouter les doléances de leurs sujets et leur rendre justice. Ce n’est pas pour rien que, dans l’œuvre de Luc, beaucoup de choses se passent aux portes des villes. Jésus ressuscite un jeune homme aux portes de Naïn, il guérit un aveugle aux portes de Jéricho, il pleure sur Jérusalem à l’approche de la ville…

L’épisode de la porte de Damas est bien une scène de jugement. Saul en effet rencontre le Seigneur, qui est à la fois le juge et la victime et qui lui demande des comptes. L’interrogatoire est bref et la sentence immédiate. Elle révèle la vraie nature du persécuteur : il est aveugle. Cependant elle n’écrase pas le condamné. Elle le relève au contraire et lui indique le chemin de la conversion. Saul doit faire confiance à une communauté :  »On te dira ce que tu dois faire ». Les témoins de la scène ne voient personne mais entendent la voix. Saul, lui, a-t-il vu le ressuscité ? Pour le moment nous ne le savons pas.

Terrassé par le Seigneur et aveuglé par sa lumière, Saul entre maintenant dans la ville, conduit par la main de ses compagnons. Il en sortira ballotté dans un panier le long des remparts de la ville.

Il est l’instrument choisi

La deuxième intervention divine se passe chez un disciple de Jésus, Ananie, à qui le Seigneur communique son projet sur Saul :  »Cet homme est l’instrument que je me suis choisi pour répondre de mon Nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites. » Nous lecteurs, nous assistons à cette scène et nous savons maintenant à quoi Saul est destiné. Mais comment Saul va-t-il le savoir ? Par Ananie, en principe, qui devrait logiquement lui communiquer le message divin. Mais Ananie ne le fait pas.

Observons bien ce qui se passe. Ananie va trouver Saul dans la maison de Judas. Il lui impose les mains et le guérit, mais il ne transmet pas le message reçu. Nous sommes donc dans une situation étrange : les lecteurs savent quelque chose que le héros principal de cette histoire ignore. Cet effet littéraire n’est pas gratuit. Il montre que Saul n’est pas une simple marionnette entre les mains de Dieu. Ce dernier a un projet sur Saul, mais il ne lui impose pas. Il lui laisse du temps pour qu’il le découvre par lui-même.

Il a vu le Seigneur

Saul se rend maintenant à Jérusalem. Il quitte le groupe de disciples qui l’ont accueilli pour la première fois pour rencontrer le groupe des apôtres. Une boucle est bouclée. Paul est revenu à son point de départ, mais il ne fréquente plus les mêmes personnes. De l’entourage du grand prêtre, il est passé dans le cercle des chrétiens.

Quand il se présente à Jérusalem Barnabas dit aux apôtres que Saul  »a vu le Seigneur qui lui a parlé ». Le narrateur de cette histoire s’efface donc devant un membre de la communauté chrétienne et lui laisse le soin d’interpréter l’événement du chemin de Damas et de révéler aux apôtres, et aussi à nous les lecteurs, que Saul a bien vu le Seigneur ressuscité. Les apparitions du Seigneur ne sont pas d’abord un fait observable par un historien. Ils sont d’abord l’objet d’un témoignage de croyant.

Mettez-moi Saul à part pour une œuvre

Au chapitre 13 des Actes, Saul est à Antioche. L’Esprit Saint demande à la communauté de le mettre à part, avec Barnabé, pour  »une œuvre » qu’il ne définit pas. Nous avons le même phénomène littéraire que plus haut. Nous, lecteurs, savons à quoi Saul est destiné, mais Saul ne le sait toujours pas. Il va donc de synagogue en synagogue annoncer Jésus ressuscité. Devant l’opposition des Juifs, il décide de se tourner vers les païens. Apparemment il a décidé cela par lui-même, en accord avec Barnabas. Il a enfin découvert ce à quoi il était destiné. L’Esprit Saint lui a laissé le temps. Au retour de mission il rend compte à la communauté de  »l’œuvre » qu’il vient d’accomplir :  »Ouvrir aux païens les portes de la foi » (Ac 14,27).

Sous la forme du récit Luc vient de nous montrer comment Dieu avait un projet sur Paul mais n’a pas tiré les ficelles. Il l’a laissé trouver par lui-même son chemin. Initiative humaine et plan de Dieu peuvent faire bon ménage.

Deuxième récit de conversion

Le deuxième récit de conversion (Ac 22) est fait par Paul lui-même dans le Temple de Jérusalem. Devant la foule juive, il raconte les événements du chemin de Damas. À part quelques variantes secondaires, Paul reprend les mêmes éléments que nous avons déjà entendus. Mais il apporte deux précisions. Ananie d’abord transmet le message à Paul qui doit être témoin du Christ  »devant tous les hommes », donc également devant les païens. Et Paul raconte ensuite qu’il a eu une vision dans le Temple de Jérusalem au cours de laquelle le Seigneur lui a dit :  »Va, c’est au loin, vers les nations païennes, que je vais, moi, t’envoyer . »

Le lecteur apprend donc par la bouche de Paul des choses qu’il ne savait pas. Ainsi Paul n’a pas décidé par lui-même de passer aux païens. Il a été encouragé par le Seigneur en personne. Et cette vision s’est déroulée au Temple. On remarque la portée symbolique de ce lieu.

Troisième récit de conversion

Alors qu’il est en captivité à Césarée, la ville païenne, Paul raconte une troisième fois sa conversion. Ses interlocuteurs sont des descendants d’Hérode le Grand ainsi que le gouverneur romain Festus. Il y a de nouvelles variantes. Cette fois-ci il n’est plus question de la cécité temporaire de Paul ni du rôle d’Ananie. Plus question non plus de l’extase du Temple. Mais Paul parle de la rencontre avec le Nom de Jésus. Paul qui combattait ce Nom par tous les moyens l’a rencontré sur sa route, en travers de son chemin. Le Seigneur a parlé à Paul et lui dit :
 »Je t’ai destiné à être serviteur et témoin de la vision où tu viens de me voir ….Je t’envoie vers le peuple et les nations païennes pour leur ouvrir les yeux, les détourner des ténèbres vers la lumière… afin qu’ils reçoivent le pardon des péchés et une part d’héritage avec les sanctifiés, par la foi en moi » (Ac 26,14-18).

Maintenant tout est dit. Le narrateur du livre des Actes des Apôtres a laissé Paul faire lui-même le bilan de sa vie. La conversion et la vocation de l’ancien persécuteur forment un tout. Appartenant tout entier au Christ, il témoigne devant les Juifs et les païens. Ce que le Seigneur a annoncé à Ananie s’est accompli :  »Cet homme est un instrument que je me suis choisi pour répondre de mon nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites » (Ac 9,15).

dans le désert – biblique

28 janvier, 2009

dal sito:

http://www.bible-service.net/site/588.html

Note : dans le désert

Les gens de la Bible n’aiment ni la mer ni le désert. La mer, peuplée de monstres effrayants, est le lieu où sombrent les bateaux. Le désert est « le pays des steppes et des pièges, pays de la sécheresse et de l’ombre mortelle, pays où nul ne passe, où personne ne réside » (Jérémie 2,6). La mer et le désert servent pourtant de cadre à tous les commencements.

Commencements
Commencement de l’humanité tout d’abord. Dans le premier récit de création du livre de la Genèse, la vie devient possible à partir du moment où Dieu dompte les eaux, leur fixe une place et permet à la terre ferme d’émerger.

Dans un deuxième récit, Dieu modèle un humain dans un endroit désertique, avec un peu de terre glaise et de l’eau. Commencement du peuple de Dieu ensuite. Dans le désert, Dieu révèle son Nom à Moïse et lui confie la mission de libérer le peuple opprimé en Égypte. Après le passage de la mer, cette libération devient effective.

Lieu de création d’Adam et du peuple d’Israël, le désert n’est pourtant pas un endroit où il fait bon demeurer. Dès qu’il a modelé et animé Adam, le Seigneur Dieu le transporte dans le jardin qu’il a créé pour lui. Jardin verdoyant, baigné par quatre fleuves et rempli d’arbres aux fruits délicieux. De même, dès qu’il a fait naître son peuple en lui faisant passer la mer à pied sec, Dieu l’emmène à travers le désert vers « une terre où ruisselle le lait et le miel ».

Marche initiatique
Cette traversée du désert, longue et éprouvante, est une marche initiatique. Dans ce milieu sans eau ni nourriture, infesté de serpents venimeux, la foule, libérée de la servitude, se constitue petit à petit en peuple.

Les Hébreux font l’expérience de la nécessaire solidarité du peuple et de l’indispensable protection de Dieu. S’en sortir tous ensemble ou bien mourir ensemble. Être tous logés à la même enseigne. Ne rien posséder en propre. Mais surtout, être guidés et défendus par Dieu. Sans lui, ils ne peuvent pas survivre ni atteindre la terre promise.

Au jour le jour, le Seigneur donne la nourriture à son peuple sous la forme de la manne, ce pain mystérieux tombé du ciel. Il les protège des ennemis et des « serpents brûlants ». Dans le désert également, au Sinaï, le Seigneur fait alliance avec son peuple et lui donne sa Loi. Dieu dévoile ainsi son vrai visage : il est un Dieu libérateur et sauveur. Et Israël découvre sa vocation : adorer le Seigneur, et lui seul, et témoigner parmi les nations de sa grandeur et de son amour.

Fragilités
Dans le désert, le peuple découvre aussi sa propre fragilité. Dans ce milieu inhospitalier, il a vite fait de regretter les marmites de viande et les oignons d’Égypte. Là-bas, il y avait l’oppression, mais ici il y a le manque de tout. Pendant toute la traversée du désert, « les murmures », voire les révoltes, contre le Seigneur et contre Moïse sont continus. Cette génération indocile et Moïse lui-même meurent dans le désert. Mais Dieu ne renonce pas à son projet. Sous la conduite de Josué, la génération suivante traverse le Jourdain et entre en terre promise.

Quand la communauté chrétienne, toujours fragile, raconte Jésus, elle s’appuie sur ces belles pages bibliques.

C’est ainsi que Jean Baptiste paraît dans le désert et accomplit la prophétie d’Isaïe : « À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur ». (Mc 1,3-4)

Pendant quarante jours, rappel des quarante ans d’errance du peuple, Jésus affronte le désert et ses dangers. Contrairement à la génération des pères, il sort victorieux de l’épreuve. Il ne reproduit pas le miracle de la manne à son profit, il ne vend pas son âme au diable pour avoir le pouvoir, il ne succombe pas à la tentation du spectaculaire (Lc 4,1-13).

Dans un endroit désert, Jésus renouvelle le miracle de la manne en multipliant le pain pour la foule qui le suit, mais en annonçant un autre pain : « Au désert, vos pères ont tous mangé de la manne, et ils sont morts ; mais ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange ne pourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement » (Jn 6,49-51)

Joseph Stricher, Service Biblique Catholique Evangile et Vie

célébrer les heures: Comprends-tu vraiment ce que tu lis ? » Lire l’Ancien Testament aujourd’hui

26 janvier, 2009

du site:

http://www.spiritualite2000.com/page-1876.php

CÉLÉBRER LES HEURES
du Mai 2008

« Comprends-tu vraiment ce que tu lis ? » Lire l’Ancien Testament aujourd’hui
Danielle Jodoin


Il est légitime de se demander, comme chrétiens et chrétiennes, si la lecture de l’Ancien Testament est encore nécessaire. Pourquoi lire ces récits si peu édifiants ? Comment justifier le comportement des deux filles de Lot, neveu d’Abraham, le père des croyants, qui saoulent leur père pour obtenir de lui une descendance (Genèse 19, 30-38) ? Comment accepter que le roi David, choisi par Dieu, ordonne le meurtre d’Urie, le mari de Bethsabée (2 Samuel 11, 1-17) ? Et pourquoi Dieu ne réagit-il pas à la ruse malhonnête de Jacob et de sa mère Rébecca qui a permis de détourner la bénédiction d’Isaac (Genèse 27, 1-29) ?

Comme chrétiens, n’est-il pas difficile parfois de reprendre les psaumes et les cantiques bibliques pour en faire sa prière ? Comment comprendre un Dieu qui frappe les ennemis à la mâchoire et qui brise les dents des méchants (Psaume 3, 8) ? Comment peut-on proclamer ce cantique biblique qui met ces mots dans la bouche de Dieu : « Je les ai foulés dans ma colère, je les ai piétinés dans ma fureur. Leur jus a giclé sur mes habits, taché tous mes vêtements. » (Isaïe 63, 1-5, AT 31) Dieu est-il « tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité » (Exode 34, 6) ou est-il un Dieu vengeur? : « C’est un Dieu jaloux et vengeur que Yahvé ! Il se venge, Yahvé, il est riche en colère ! Il se venge, Yahvé, de ses adversaires, il garde rancune à ses ennemis. » (Nahoum 1, 2, traduction de la Bible de Jérusalem)

HISTOIRES À ÉLIMINER OU HISTOIRE DE L’HUMANITÉ ?
L’Ancien Testament intimide, indispose ou indiffère. À cause de sa diversité et des difficultés de lecture qu’il présente, certains en abandonnent la lecture au profit du seul Nouveau Testament. Ce refus de la violence de l’Ancien Testament n’est-il pas révélateur du refus de la violence qui nous habite ? L’Ancien Testament n’est-il pas le miroir de notre humanité ?

L’Ancien Testament est constitué de récits d’hommes et de femmes qui ont tenté de servir Dieu au gré de leur obéissance et de leurs infidélités, de leur loyauté et de leurs trahisons, de leur amour et de leur haine. L’Ancien Testament parle de nous : l’être humain se retrouve dans la foi d’Abraham (Genèse 15, 6), dans les passions du roi David (2 Samuel 11, 2-5), dans le sentiment d’indignité de Jérémie (Jérémie 1, 6), dans la détresse de Job (Job 3, 11-23). Au-delà des crimes et des trahisons vétérotestamentaires, il y a toujours ce Dieu qui veut bénir et se faire proche de son peuple, malgré une certaine violence apparente. Le lecteur de l’Ancien Testament doit être capable de nuances, pour déceler le symbolique et le métaphorique des récits épiques.

L’Ancien Testament est aussi l’histoire de l’être humain qui tente de dire Dieu. On y retrouve, en certains passages, une théologie de la rétribution : Dieu bénit les justes et châtie les impies. Mais Jésus est venu raffiner la compréhension humaine de Dieu. Le Dieu de Jésus Christ, qui est le même que dans l’Ancien Testament, est un Père miséricordieux (Luc 15, 11-32). C’est la façon de parler de lui qui est différente.

UN GUIDE POUR COMPRENDRE LE NOUVEAU TESTAMENT ?
Négliger l’Ancien Testament signifie se priver d’une multitude de références qui aident à mieux comprendre le Nouveau Testament. La venue de Jésus s’inscrit dans l’histoire du salut d’Israël. Les apôtres et les disciples de Jésus attendaient un Messie qui les délivrerait du joug de l’occupation. Mais Jésus est mort en croix, une malédiction de Dieu aux yeux des Juifs (Deutéronome 21, 23 ; Galates 3, 13). Pour trouver réponse à ce qui leur arrivait, les premiers chrétiens ont puisé dans les Écritures ; ils y ont reconnu le Christ.

Osons l’admettre : notre non familiarité avec les textes de l’Ancien Testament se double de notre difficulté à l’interpréter. On ne sait que dire de ces textes ; alors, on les ignore. Éliminer les récits compromettants de l’Ancien Testament résoudrait-il toutes les difficultés? Je ne le crois pas. Alors que, par crainte et par malaise, on se prive de lire l’Ancien Testament, une plus grande familiarité avec lui pourrait permettre une meilleure compréhension du Nouveau Testament. Comme dans l’épisode de Philippe et de l’eunuque éthiopien (Actes 8, 26-35), l’Ancien Testament ne pourrait-il pas devenir un guide dans notre lecture du Nouveau ? Pour que l’Ancien Testament devienne ce guide de lecture, il faut d’abord oser le lire, préférablement avec d’autres, tout comme l’Éthiopien qui comprend mieux avec Philippe. Ainsi nos lectures s’éclaireront mutuellement.

Les diverses saveurs du Nouveau Testament ne se dévoilent pleinement qu’en ayant goûté à l’« aigre-doux » de l’Ancien Testament. Comment comprendre le deuxième acte d’une pièce de théâtre si on a manqué la première partie ? Le premier acte n’est pas complet sans le deuxième acte, tout comme le deuxième acte ne se comprend pas sans le premier. Ancien et Nouveau Testament sont les deux actes d’une même histoire : l’histoire de l’humanité qui cherche à reconnaître le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Jésus dans leur vie.

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1. Isaac, en accordant la bénédiction à Jacob, lui lègue ses droits. Jacob devient le successeur légitime d’Isaac, alors que ce droit revenait au fils aîné, Ésaü.

2. Un condamné, qu’il soit pendu à un arbre (Deutéronome) ou crucifié sur une croix, était une malédiction de Dieu.

La Lettre aux Hébreux

13 janvier, 2009

du site:

http://www.interbible.org/interBible/ecritures/bfc/introductions/nt_introductions/i_hebreux.htm

La Lettre aux Hébreux
 

Quiconque lit attentivement ce texte a l’impression de se trouver devant une prédication ou un discours plutôt que devant une lettre à proprement parler. Certes, les tout derniers versets du chapitre 13, avec les salutations qu’ils contiennent, font penser à la conclusion d’une lettre. Mais le début ne comporte aucun renseignement sur l’auteur ou les destinataires de cet écrit. Il est possible, mais non certain, que cette « lettre » ait été envoyée d’Italie (13.24). Elle s’adresse en tout cas à des chrétiens exposés à l’impopularité et à une opposition croissante, au point que ceux-ci sont tentés d’abandonner la foi chrétienne. L’auteur les encourage à demeurer fermes dans cette foi, en leur démontrant la supériorité de la personne et de l’oeuvre du Christ pour tout ce qui touche au salut.

     Dès le début, la lettre affirme que Dieu s’est révélé définitivement à nous en la personne de son Fils Jésus-Christ (1.1-3). On peut distinguer deux parties principales dans cet exposé entrecoupé d’appels pressants: – La première partie (1.4-10.18) met en évidence la grandeur suprême du Christ: il est non seulement supérieur aux prophètes (1.1-3), mais encore aux anges (1.4-2.18), à Moïse et à Josué (3.1-4.13); en tant que grand-prêtre unique de la nouvelle alliance, il est supérieur aux grands-prêtres de l’ancienne alliance (4.14-7.28); son sacrifice accompli une fois pour toutes est supérieur aux nombreux sacrifices de l’ancien Israël (8.1-10.18). – La deuxième partie (10.19-13.19) encourage d’abord les auditeurs à persévérer dans la foi (10.19-39). C’est là qu’on trouve le célèbre passage sur l’exemple des croyants de l’Ancien Testament (chap. 11), puis l’invitation à garder les regards fixés sur Jésus-Christ, pour supporter l’opposition comme lui (12.1-11). Après quelques dernières recommandations et des avertissements (12.12-13.19), l’auteur achève par une bénédiction et des salutations (13.20-25).

     Pour aider ses lecteurs à surmonter leur découragement, l’auteur ne se contente pas de paroles réconfortantes. Il évoque avec réalisme la difficile condition des chrétiens dans le monde et précise le but de l’oeuvre du Christ: par sa mort, il a rendu possible ce qu’aucun sacrifice ne pouvait accomplir. Les lecteurs sont invités alors à prendre place dans la grande foule des témoins de Jésus-Christ, l’auteur d’un salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent.

Le Baptême du Seigneur – 11 janvier 2009

10 janvier, 2009

du site:

http://www.predication.org/imprim-article.php3?id_article=1712

Le Baptême du Seigneur – 11 janvier 2009

Devillers Raymond

Mc 1:7-11

Depuis plus de 5 siècles Israël avait perdu son indépendance, depuis plus de 90 ans les Romains occupaient le pays. Mais les Ecritures entretenaient une espérance inébranlable : en dépit de son long silence, Dieu n’avait pas abandonné son peuple, il interviendrait et le sauverait par la venue de son Messie. Quand ?….Et quel salut ?…. Soudain, en l’an 28 de notre calendrier ( Jésus doit avoir 33 ans ), la nouvelle se répand : un prophète a surgi et il annonce la venue du Royaume de Dieu. Jésus de Nazareth décide de répondre à l’appel et il prend la route du sud, vers la Judée. Sait-il que Dieu l’y attend pour bouleverser sa vie et lui donner sa mission ?…

Jean-Baptiste proclamait dans le désert :  » Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Et je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales. Moi je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint ». Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain.

Les quatre évangélistes prennent bien soin de souligner la distance abyssale qui sépare Jésus de Jean et des anciens prophètes. Même si Jésus a un itinéraire semblable au leur (prédication, refus, mort violente), même si effectivement il fut baptisé par Jean, son statut est infiniment supérieur. Les prophètes ne peuvent qu’exhorter, prévenir, menacer, conférer des rites : tout cela est bien, important, mais absolument impuissant à changer le cœur de l’homme. Trop de chrétiens, aujourd’hui encore, réduisent Jésus à un prédicateur, son message à un enseignement, ses rites à une sacralisation des tournants de la vie (naissance, mariage, mort). En rester à ce niveau c’est tuer l’Evangile. Comme saint Paul le criera, une loi ne peut jamais être une bonne nouvelle.

Marc ne raconte pas l’acte du baptême (enlever son vêtement, descendre dans l’eau) : l’essentiel, c’est la suite. Jésus va faire une expérience tout à fait personnelle, unique : Dieu se révèle à lui, le nomme, lui confère sa mission.

Et aussitôt, montant hors de l’eau, il vit les cieux déchirés et l’Esprit, comme une colombe descendant vers lui ; et une voix hors des cieux :  » Toi, tu es mon fils, le bien-aimé, en toi je me complais » ( traduction plus littérale que le texte de la liturgie)

Marc écrit ceci dans les années 70 quand les chrétiens, après Pâques, ont découvert l’identité de Jésus et qu’ils entrent en Eglise grâce au baptême. Donc il raconte la scène pour en montrer la gloire et en s’inspirant des Ecritures, notamment d’ Isaïe 63. Après la catastrophe de 587 avant notre ère (destruction du temple, déportation du peuple), un prophète évoquait les anciennes merveilles de Dieu quand il fit monter de la mer le pasteur de son troupeau et mit en lui son Esprit Saint ( il s’agit de Moïse lors de l’exode d’Egypte). Mais à présent, parmi les ruines et du fond de la détresse immense, le prophète suppliait et en appelait à une nouvelle intervention divine :  » Regarde et vois depuis le ciel…Notre Père, c’est Toi…notre rédempteur…Pourquoi nous laisses-tu errer ?…Reviens !..Ah si tu déchirais les cieux et si tu descendais pour faire connaître ton Nom… » ( Isaïe 63, 19)

Cri extraordinaire ! L’expérience du terrible échec a convaincu que ni Moïse ni les Prophètes ne suffisent à garder le peuple fidèle à son Dieu. Serait-il possible que Dieu lui-même vienne, surgisse, « descende » parmi nous ?…. Et Marc répond : Oui le vœu s’est réalisé : Dieu a exaucé cette folle prière grâce à la descente de Jésus chez nous !

L’EXPERIENCE SPIRITUELLE DE JESUS BAPTISÉ

Chaque expression de Marc est à commenter car tout s’éclaire à la lumière des Ecritures que Jésus « accomplit ». Il y a Vision et Audition :

Les cieux fermés se déchirent : l’expression symbolique signifie que le péché avait rompu le lien avec Dieu, il y avait comme un mur entre Dieu et son peuple pécheur. Aujourd’hui avec Jésus, la communication est rétablie ! Seul ce lien « vertical » rend possible l’harmonie des relations « horizontales » entre nous et entre les peuples.

L’Esprit de Dieu ( son Souffle, sa Puissance) se remet à souffler et descend sur Jésus pour demeurer sur lui. Là est la différence absolue avec le baptême de Jean qui n’est qu’un rite de purification. Jésus est OINT par l’Esprit : « Dieu a conféré à Jésus l’Onction d’Esprit Saint et de Puissance » ( Ac 10, 38) « Comme une colombe » : cette image a de multiples significations :

1) A la création, on disait que l’Esprit planait sur les eaux (Genèse 1, 2) : le baptême est donc plus qu’une ablution, qu’une purification. Il est une NOUVELLE CREATION. 2) A la fin du déluge, la colombe était revenue avec un rameau d’olivier. En Jésus, l’eau du baptême noie toutes nos fautes et l’Esprit nous apporte le pardon et la Paix. 3) Dans le Cantique des Cantiques ( chant d’amour conjugal entre Dieu et son peuple), le Roi appelle sa fiancée « ma colombe »(5, 6 ; 6, 9). Puisque la colombe symbolise Israël, cela signifie que Jésus est l’Israël fidèle, aimé : il prend sur lui le destin de son peuple, il assume ses frères, il le porte avec ses faiblesses, ses péchés…

« Tu es mon fils » : le psaume 2 décrit l’intronisation royale. Dieu déclare au nouveau roi, qui vient d’être oint, qu’il l’adopte comme son fils, son délégué, son représentant. Certes Jésus était né « Fils de Dieu » (diront Matthieu et Luc) mais ici il est institué ROI ; sa mission d’inaugurer le Royaume de Dieu sur terre va commencer. Tout l’évangile peu à peu montrera que Jésus n’est pas un « homme adopté » mais qu’il est vraiment FILS de Dieu car au-delà du rite d’eau, il a reçu l’Esprit, il a été OINT d’Esprit Saint ( Ac 10 = 2ème lecture) « Bien-aimé » : dans la célèbre scène du sacrifice d’Abraham (Genèse 22), Isaac est ainsi nommé. Donc Jésus sera le Fils portant le bois (de la croix) et conduit au mont du Golgotha. Les hommes tueront le bien-aimé de Dieu mais Dieu le leur rendra par la résurrection. Le baptême voue au sacrifice.

« En toi j’ai mis mon bon plaisir » : c’est ainsi que Dieu présente son « serviteur » qui fera paraître le jugement de Dieu sur toutes les nations du monde et qui agira de façon très douce, sans violence : « Il ne criera pas, il ne brisera pas le roseau ployé »( Isaïe 42). Jésus sera ce serviteur fidèle qui réalisera le salut du monde entier par une conduite non-violente et même en donnant sa vie (Isaïe 53).

LE BAPTEME CHRETIEN

Dès le début, après Pâques, l’entrée dans l’Eglise s’effectue par le rite du baptême qui se substitue à la circoncision. (cf. Actes des Apôtres). Il se fait « au nom du Christ » c’est-à-dire qu’il relie à Lui, qu’il assimile à lui. Saint Paul, qui a été baptisé, en soulignera l’importance capitale en ces mots à méditer en ce jour : « Nous avons été tous baptisés dans un seul Esprit pour être un seul Corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres » (1 Corinthiens 12, 13) – « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; ni esclave ni homme libre ; l’homme et la femme. Car vous n’êtes qu’UN en Jésus Christ  » ( Galates 3, 27)  » Nous avons été baptisés dans la mort de Jésus Christ ; nous avons été ensevelis avec lui afin que – comme le Christ est ressuscité des morts – nous menions une vie nouvelle…..Morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui  » ( Romains 6)

Donc en ce jour, 1) nous contemplons notre Seigneur qui descend au cœur de notre humanité pour la laver de ses péchés et la recréer par la Vie divine dans l’Esprit. 2) Nous reprenons conscience de notre dignité : le baptême est une re-naissance dans l’Esprit. Par lui nous devenons ENFANTS DE DIEU, nous avons le privilège de pouvoir prier : « NOTRE PERE ». Et nous formons un peuple, une communauté. En Christ nous sommes UN. Le baptême n’est en rien un rite privé : il est de soi agrégation à une Eglise unique. 3) Enfin le baptême nous envoie en mission : porter cette Révélation au monde entier. Comment les baptisés peuvent-ils ré-évangéliser l’Europe ?…

Le Notre Père dans les Évangiles, les trois premières demandes

9 janvier, 2009

du site:

http://www.bible-service.net/site/633.html

Le Notre Père dans les Évangiles

Les trois premières demandes

Avant même d’examiner ces trois premières demandes selon la particularité qui caractérise chacune d’entre elles, il faut souligner le point suivant : elles ont Dieu pour objet. C’est dire que les disciples doivent d’abord être préoccupés du  » Royaume de Dieu et de sa justice ; tout le reste leur sera donné par surcroît  » (Mt 6,33) et fera l’objet de la seconde série de demandes. Prier le  » Notre Père  » équivaut donc à donner la première place à Dieu et à son Royaume !

Que ton Nom soit sanctifié ! Dans l’A.T., le nom est la personne. On ne peut donc invoquer à tort le Nom de Dieu (Ex 20,7), car il est saint (Is 57,15). La sainteté de Dieu est au cœur du message biblique :  » Saint, saint, saint est le Seigneur Sabaoth  » (Is 6,3). Cette sainteté de Dieu se communique :  » Vous serez saints parce que moi je suis saint  » (Lv 11,45). Dieu est cependant le seul Saint, à tel point que  » Saint est son Nom  » (cf. Lc 1,49). Il revient donc à Israël de  » sanctifier  » le Nom de Dieu : le peuple  » sanctifiera mon Nom, il sanctifiera le Saint d’Israël  » (Is 29,23). Cependant, Dieu seul peut véritablement sanctifier son propre Nom, car personne ne peut le rendre saint :  » Je sanctifierai mon grand Nom qui a été profané parmi les nations au milieu desquelles vous l’avez profané. Et les nations sauront que je suis Yahvé – oracle du Seigneur Dieu – quand je me sanctifierai à votre sujet sous leurs yeux  » (Ez 36,23-24).

Selon ce dernier texte, Dieu seul peut se sanctifier lui-même, c’est-à-dire, d’après le sens le plus obvie, manifester sa sainteté et la faire reconnaître par toutes les nations païennes. Or, en Ez 20,41 (cf. Is 29,23), Dieu dit :  » Je serai sanctifié par vous au milieu des nations  ». Que signifie donc la première demande du Pater ? Qu’il revient aux disciples de sanctifier le Nom de Dieu ? Ou que Dieu lui-même doit sanctifier son propre Nom ? Pour répondre à cette question, faisons trois observations. Les deux premières sont d’ordre grammatical et relatives au verbe  » sanctifier  ». Il est utilisé au passif sans que soit exprimé le complément d’agent. On admet volontiers dans les cas semblables que cette manière de faire permet de désigner l’action de Dieu sans le nommer ; c’est le procédé du  » passif divin  ». La deuxième remarque porte sur le mode et le temps : le verbe est à l’impératif aoriste et désigne donc une action ponctuelle. La troisième porte sur le lien entre cette première demande et celle qui la suit, relative à la venue du Règne, dont Dieu seul peut être le maître : par analogie, on peut dire que Dieu seul peut être le sujet de sa propre sanctification et que sa manifestation plénière aux nations (sa  » sanctification  ») n’apparaîtra qu’à la fin des temps, lorsqu’il fera advenir son Règne.

 » Fais-toi reconnaître comme Dieu  », a d’abord traduit la TOB. Puis :  » Fais connaître à tous qui tu es  ». Si ces deux traductions de Mt 6,9b sont littéralement éloignées du texte, elles sont cependant fidèles à l’esprit de la demande, qu’il faut qualifier d’eschatologique. Reconnaître que Dieu seul peut sanctifier son Nom, c’est-à-dire manifester qui il est, n’est pas inciter les disciples à demeurer passifs ; c’est les inviter à reconnaître l’initiative gratuite et absolue de Dieu dans le don qu’il fait de lui-même. Dieu seul peut dire qui il est et révéler son mystère, lequel ne sera dévoilé pleinement qu’à la fin des temps.

Que ton Règne vienne ! L’annonce de la proximité du Règne de Dieu — le mot grec  » basileia  » est aussi traduit par royaume ou par royauté — est au centre de la prédication de Jésus (Mt 4,17.23). Celui-ci apprend maintenant à ses disciples à demander au Père de faire advenir ce Règne :  » Fais venir ton Règne  », traduit la TOB. Comme la précédente, cette demande est au passif (impossible ici à rendre littéralement en français) et à l’impératif aoriste, ce qui lui donne un accent nettement eschatologique. À l’appui de cette option, on peut encore faire valoir que c’est la seule fois où, dans Matthieu, le verbe  » venir  » est appliqué au Règne ; en Mc 9,1; 11,10, ce même verbe en lien avec le Règne a un sens eschatologique. Mais, dans ces conditions, comment Matthieu peut-il à la fois affirmer que  » le Règne de Dieu s’est approché  » (cf. Mt 4,17) et demander aux disciples de prier qu’il vienne ? La contradiction n’est qu’apparente : le Règne de Dieu s’est approché en Jésus, qui a donné des signes de sa proximité. Lui-même invite donc les disciples à prier le Père de faire venir définitivement ce Règne. La venue du Règne correspondra avec l’événement du Fils de l’homme. C’est aussi le sens de la prière :  » Marana tha !  » (1 Co 16,22; Ap 22,20). L’annonce du Règne de Dieu étant au cœur du message de Jésus et l’attente de son retour étant l’objet de l’espérance des disciples, on peut dire que la demande de la venue du Règne est au cœur de la prière chrétienne. C’est d’ailleurs le demande centrale de la première partie du  » Pater  ».

Que ta volonté soit faite ! Comme les deux verbes qui le précèdent, celui utilisé ici est à l’impératif aoriste ( » genèthètô  »). Or, ce verbe ginomai est relativement peu employé sous cette forme en Matthieu : cinq fois en tout (8,13; 9,29; 15,28; 26,42). Dans tous les cas, il renvoie à une action ponctuelle.  » Ô femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne comme tu veux !  », dit Jésus à la Cananéenne (15,28). Cet exemple est au demeurant très instructif, puisque, comme dans la troisième demande du  » Pater  », le verbe est mis en relation avec la volonté : ce que veut la femme, en l’occurrence la guérison de sa fille, arrive de manière soudaine et ponctuelle. Quel est donc le sens du mot  » volonté  » dans la demande :  » Que ta volonté soit faite ?  » Le terme revient cinq fois dans le premier évangile, toujours pour dire la volonté du Père (7,21; 12,50; 18,14; 21,31; 26,42 ; cf. 21,31).  » Il ne suffit pas de me dire : ‘Seigneur, Seigneur !’ pour entrer dans le Royaume des cieux ; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux  » (7,21). Si ce  » logion  » exprime de manière négative la volonté de Dieu, il n’en est pas moins intéressant dans notre perspective puisqu’il établit un lien entre volonté du Père et le Royaume des cieux : ce sont ceux qui auront fait la volonté du Père qui entreront dans le Royaume ( » basileia  ») des cieux. Dès lors, un lien est créé entre la deuxième demande ( » Que ton Règne (basileia) vienne !  ») et la troisième ( » Que ta volonté soit faite !  ») : la réalisation de la volonté de Dieu sera parfaitement accomplie le jour de la venue du Règne, c’est-à-dire lors de la manifestation du Christ. Cela dit, les hommes ont bien sûr à  » faire la volonté  » de Dieu, comme Matthieu aime à le répéter (Mt 5,17-20; 6,33, 7,21.24-27, 21,30…). Mais cette coïncidence parfaite entre l’accomplissement de la volonté de Dieu et sa réalisation parfaite par l’humanité n’arrivera qu’au dernier jour.

La volonté de Dieu est ainsi de faire advenir son Règne et on aurait tort de la réduire à une décision arbitraire, à laquelle il faudrait se soumettre avec fatalisme, selon une mauvaise interprétation de la prière de Jésus à Gethsémani :  » Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite !  » (Mt 26,42). On a parfois utilisé ce dernier texte pour démontrer que, la formule étant exactement la même dans les deux cas, elle ne pouvait en conséquence avoir un sens eschatologique dans la troisième demande du Pater. Mais c’est oublier que l’épisode de Gethsémani a pour perspective  » l’heure  » de Jésus, qui n’est rien d’autre que l’heure décisive de la Passion, l’heure dernière, celle qui ouvre les derniers temps. On est bien dans l’un et l’autre cas dans une perspective eschatologique.

Comme au ciel (ainsi) aussi sur (la) terre. Selon une interprétation suggérée par Origène, cette expression ne concerne pas seulement la troisième requête mais l’ensemble des trois demandes. Cette hypothèse mérite d’autant plus d’être prise en considération que, comme nous l’avons déjà suggéré, les trois premières demandes forment une unique prière : on demande à Dieu de faire venir son Règne. À l ‘appui de cette hypothèse, on peut d’ailleurs faire valoir que, contrairement aux trois dernières demandes qui sont reliées par la conjonction  » et  » ( » kai  »), les trois premières sont seulement juxtaposées : elles expriment de trois manières différentes une unique prière.

Que signifie dans cette perspective :  » comme au ciel (ainsi) aussi sur (la) terre ?  » Dans la Bible, l’expression ciel/terre désigne la totalité (cf. Gn 1,1; Mt 16,19)). Le ciel représente symboliquement le lieu où la volonté de Dieu est pleinement accomplie, le lieu sur lequel il règne sans partage et où il est pleinement reconnu comme Père. Nous demandons donc au Père que la terre soit, à l’image du ciel, le lieu de la souveraineté de Dieu. Dans cette perspective, l’expression est évidemment à comprendre, elle aussi, dans le cadre eschatologique des trois premières demandes : ce n’est qu’au jour de la manifestation plénière de Dieu que la terre sera  » comme le ciel  » !

 » Notre Père (qui es) dans les cieux, comme au ciel (ainsi) aussi sur (la) terre !  » Tel pourrait être le résumé de la première partie du  » Pater  » : Notre Père, fais la terre comme le ciel ! Ce souhait ne se réalisera qu’au jour où Dieu règnera tout en tous.

© Jean-François Baudoz,
La Prière du Seigneur (Mt 6, 9-16 ; Lc 11, 2-4)
Supplément au Cahier Evangile n° 132 (pages 10-13)

Paul, une vie donnée (biblique)

9 janvier, 2009

du site:

http://www.bible-service.net/site/556.html

Paul, une vie donnée

Il ne fait aucun doute que la rencontre du Christ sur la route de Damas a bouleversé la vie de Paul. À travers le Christ qu’il persécutait, et qui s’offrait à lui, Paul a découvert, en effet, le vrai visage du Dieu qu’il avait toujours cherché. En se reconnaissant aimé et sauvé par celui-là même qu’il persécutait, il a fait, comme nul autre, l’expérience de la grâce de Dieu.

De cette expérience découleront l’attachement de Paul à la personne du Christ et un changement radical de vie. Lui, le pharisien zélé et persécuteur de la foi chrétienne, il abandonnera ses certitudes et ses quêtes passées pour saisir Celui qui l’a un jour saisi : Jésus le Christ. Car rien d’autre ne comptera plus désormais pour lui (cf. Ph 3,8-9). Parce qu’il a été rejoint sur sa route par l’amour rédempteur de Dieu (Ga 2,20), il a découvert que tout ce qu’il considérait jusqu’alors comme des avantages (naissance dans le peuple de la promesse, appartenance au courant pharisien, connaissance et observances des préceptes de la Loi, etc ), tout cela n’était rien au regard de la connaissance de Jésus-Christ mort et ressuscité. Alors qu’il courait après un salut incertain, à la mesure de ses efforts et de son orgueil, il a compris que la Loi de Moïse ne pouvait plus être la référence première de son existence. Il a aussi compris que Dieu, en ressuscitant Jésus, avait eu raison de l’usage que l’on faisait de la Loi. Bref, le Dieu dont il a fait l’expérience sur le chemin de Damas n’est plus le Dieu de la Loi, mais le Dieu du Crucifié.

Ce renversement de l’image de Dieu éclaire la compréhension que Paul aura désormais de la croix comme un des lieux majeurs de la Révélation divine (1 Co 1,18-31). A la lumière de la croix, Paul saisira, en effet, que la toute-puissance de Dieu se donne à voir dans la fragilité la plus extrême. Mieux, il comprendra que, loin d’être tyrannique et solitaire, Dieu se fait solidaire de chaque être humain, en l’accueillant et en l’aimant pour lui-même, indépendamment de ses mérites ou de son péché, de son appartenance ethnique ou de son sexe, de son rôle dans la société ou dans la communauté religieuse.

Comme nous le verrons, située au cœur de l’Évangile proclamé Paul, cette découverte peut expliquer le fait que Paul se soit efforcé de mener ensemble travail missionnaire et travail manuel, ainsi que la manière dont il affrontera les échecs et les épreuves liés à son apostolat.

Renversé sur le chemin de Damas

De tous les événements de sa vie mouvementée, Paul ne retiendra comme fondamental que celui de sa rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas.

Sur les circonstances précises de cette rencontre avec le Christ, Paul, à la différence de Luc (cf. Ac 9, 22 et 26), est très discret. Il évoque en 1 Co 15,8-10 une apparition personnelle du Ressuscité, mais il n’en fait le récit que dans la seule lettre aux Galates. Paul envoie cette lettre vers l’an 56 ou 57. Il vient d’apprendre que les Galates, peuplade d’Asie Mineure, ont délaissé l’Évangile qu’il leur avait annoncé et qu’ils sont retournés à leurs pratiques passées. Pire, poussés par des judaïsants, ils semblent mettre en cause son autorité apostolique. Devant la gravité da la situation, Paul écrit. Il raconte comment, sur le chemin de Damas, de pharisien-persécuteur de l’Église, il est devenu apôtre du Christ :  » Vous avez entendu parler de mon Comportement naguère dans le judaïsme, avec quelle frénésie, je persécutais l’Église de Dieu, surpassant la plupart de ceux de mon âge et de ma race par mon zèle débordant pour les traditions de mes pères. Mais, lorsque Celui qui m’a mis à part depuis le sein de ma mère et m’a appelé par sa grâce, a jugé bon de révéler en moi son Fils afin que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, loin de reCourir à aucun Conseil humain ou de monter à Jérusalem auprès de ceux qui étaient apôtres avant moi, je suis parti pour l’Arabie…  » (Ga 1,13-17).

 » Il a jugé bon de révéler en moi son Fils  »

Un mot est à souligner : révéler. Plus que celui de conversion, il résume bien la nature profonde de la rencontre de Paul avec le Christ : c’est une révélation émanant du libre choix de Dieu. Pour lui,  »Dieu a ôté le voile qui l’empêchait de voir sa gloire sur le visage du Christ Jésus » (P.Bony). Il lui a donné de comprendre que celui qu’il persécutait n’était pas, comme il le croyait, maudit de Dieu, mais qu’il était son Fils, un Fils parfaitement obéissant qu’il a élevé au rang de Seigneur de l’univers (Ph 2,8-11).

En rencontrant le Christ sur le chemin de Damas, Paul s’est vu révéler le sens profond de la croix comme lieu de l’amour extrême de Dieu et manifestation de sa toute-puissance. Dans cette rencontre avec Celui qui  »l’avait aimé et s’était livré pour lui » (Ga 2,20), il a compris que la Loi de Moïse ne pouvait pas lui donner le salut auquel il aspirait de toute son énergie. Il a pris conscience de la vacuité de tout ce qu’il recherchait jusqu’alors :  » Toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme une perte à cause du Christ. » (Ph 3,7). Enfin, parce qu’il lui a été révélé que la Passion était l’expression parfaite de l’amour du Christ pour son Père et pour l’humanité, c’est en elle qu’il a décidé de ne jamais cesser de le chercher :  » J’ai décidé de ne rien savoir parmi vous sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié  » (1 Co 2,2 cf. Ga 2,20).

 » Afin que je l’annonce parmi les païens  »

À la grâce de la révélation sur le chemin de Damas s’en ajoute une seconde : celle de l’ annonce. Paul lui-même le reconnaît : par sa grâce, Dieu l’a mis à part dès le sein de sa mère pour l’envoyer annoncer son Fils (Ga 1,16). S’il est devenu croyant et apôtre, Paul le doit donc à la pure et gratuite initiative de Dieu qui lui a révélé son Fils et l’a appelé à témoigner, lui, l’ » avorton  » (1 Co 15,8). La mission qui lui a été confiée n’est liée ni à sa décision personnelle, ni à une quelconque initiative humaine, et encore moins à sa formation ou à son comportement. Elle est un don gratuit de Dieu. De ce don, Paul ne cessera de s’émerveiller :  » Car je suis le plus petit des apôtres, moi qui ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. Mais ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu, et sa grâce à mon égard n’a pas été vaine. Au contraire, j’ai travaillé plus qu’eux tous : non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi  » (1 Co 15,9-10).

Une fois encore, il faut noter l’insistance de Paul sur la grâce, trois fois nommée dans ces deux versets. Car cette expérience fondatrice de la grâce divine totalement imméritée est à l’origine de la manière dont Paul percevra son ministère apostolique : il est un don de Dieu dans lequel la puissance divine – celle-là même qui avait ressuscité Jésus-Christ – s’est déployée, lui communiquant une force qui le rend désormais capable de toutes les audaces. Toute sa vie, Paul sera traversé par cette tension entre la grandeur de la mission qui lui a été confiée et sa faiblesse qu’il ne cesse d’expérimenter, entre le trésor précieux qu’il a reçu et le  » vase d’argile  » qu’il est (2 Co 4,7).

Cette tension, comme il l’écrira souvent, lui évitera de s’enorgueillir. Elle le conduira à creuser le mystère de la puissance de Dieu qui donne toute sa mesure dans la faiblesse reconnue de ses ministres :  » Mais il m’a déclaré : ‘Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse’. Aussi mettrai-je mon orgueil bien plus dans mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ  » (2 Co 12,9).

Pierre Debergé, Cahier Évangile n° 126 (décembre 2003) pages 8-10

Père Frédéric Manns: Bethléem – Réflexions

2 janvier, 2009

du site:

http://198.62.75.5/www1/ofm/sites/TSbtmanns2.html

Bethléem – Réflexions

Frédéric Manns, ofm

« Maison du pain » : telle serait selon Jérôme l’étymologie populaire du terme Bethléem. Dans un village ignoré, loin des agitations impériales de la forteresse romaine située non loin de là et connue sous le nom de l’Hérodion, paraît un enfant qui dans la fragilité de sa venue met un terme à l’attente inquiète d’Israël. Sur la tige de Jessé une fleur vient d’éclore.
 
Jésus n’est pas l’homme divin que la mythologie grecque célébrait dans sa quête de sagesse. Il n’est pas non plus le symbole de l’humanité exaltée au point de devenir Dieu. Il est Dieu qui se fait homme. Le scandale chrétien est l’humanisation de Dieu, sa kénose, son humilité.
 
Le message d’un Dieu qui s’humilie est déjà contenu dans les évangiles de l’enfance. Tandis que l’Evangile de Marc s’ouvre sur la proclamation du Règne de Dieu, Matthieu et Luc ont senti le besoin d’insister sur le mystère de l’Incarnation de Dieu. Le Dieu qui se fait homme vient accomplir les Ecritures d’Israël: « Si tu pouvais déchirer les cieux et descendre ». Un Dieu qui partage la condition de l’homme, qui souffre avec son peuple, qui intervient pour le libérer, voilà une nouveauté surprenante, mais déjà annoncée par les Ecritures.
 
La Bible avait célébré l’efficacité de la Parole qui fut l’instrument de la création du monde. « Par sa Parole les cieux ont été faits ». Cette parole n’était autre que la Sagesse de Dieu. Ben Sira est arrivé à cette conclusion après de longues méditations. Le Nouveau Testament qui accomplit l’Ancien Testament en le dépassant, affirme dans le Prologue de l’Evangile de Jean: « Le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous ». La Parole devient une personne en qui la gloire de Dieu se manifeste. Bethléem, la cité du roi David, accueille ce message révélé aux petits et non pas aux sages. La Sagesse a dressé sa tente au milieu des hommes. Dieu se révèle comme l’Emmanuel, un Dieu avec les hommes.
 
Les Pères de l’Eglise frappés par une telle nouveauté ont commenté bien des fois cet événement. Une bonne nouvelle de cette envergure ne peut être que chantée, car elle réjouit le coeur. Elle ouvre les portes à une espérance illimitée. Irénée de Lyon, héritier de la tradition johannique, célèbre la nouveauté absolue de l’incarnation. Dieu fait toutes choses nouvelles. La naissance du Verbe fait craquer l’écorce de vétusté du monde. Tout ce qui est vieux et usé recule devant la naissance de Jésus. Celui qui vient de Dieu apporte avec lui toute la nouveauté. « Cieux nouveaux, terre nouvelle », avait annoncé le prophète Isaïe. C’est dire que la naissance de l’enfant de Bethléem a une dimension cosmique. Toute la création attend la libération, puisqu’elle a été soumise au péché.
 
En s’incarnant la Parole de Dieu se fait ce que nous sommes pour que nous devenions ce qu’elle est. La terre est transformée en cieux au moment de l’incarnation par celui qui devient le « laboureur de Dieu », selon l’expression de Clément d’Alexandrie. Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu, répéteront les Pères de l’Eglise. Il s’est fait pauvre pour nous enrichir. Il s’est fait petit pour nous permettre de grandir.
 
L’incarnation du Fils de Dieu signifie la vocation de l’homme à être divinisé. Fils de Dieu, nous le sommes réellement, affirme Saint Jean dans sa première lettre. Reconnaître cette dignité, c’est renoncer à proclamer l’absurdité du monde. La condition humaine a été tellement ennoblie qu’une étincelle divine resplendit en chaque créature. L’Esprit de Dieu qui a couvert Marie de son ombre est encore capable de répéter le même miracle.
 
Les maîtres spirituels, en méditant le mystère du Verbe incarné, ont souvent parlé du Verbe abrégé. La parole longue de l’Ancien Testament qui a inspiré les prophètes s’abrège dans l’enfant qui naît à Bethléem. Et cette parole demande à naître dans le coeur des croyants. Saint François en conclura que le prédicateur doit faire une parole brève, puisque le Christ est la parole brève du Père, celle qui résume la Loi et les Prophètes. Le Christ, parole brève, résume son enseignement en un seul commandement: celui de l’amour. Il suffit que le prédicateur centre son homélie sur ce thème fondateur.
 
Noël évoque une triple naissance: la naissance du Fils unique engendré par le Père céleste dans l’essence divine, celle qui s’accomplit à Bethléem par une mère qui dans sa fécondité garde l’absolue pureté; et celle par laquelle Dieu naît chez ceux qui l’accueillent. C’est dire que la symphonie de Noël reste inachevée tant que le coeur des croyants reste fermé.
 
La Parole qui s’incarne demande de bannir tout ce qui est désincarné, rétréci et étriqué. Elle n’est plus simplement objet d’étude et d’approfondissements intellectuels. Etant devenue une personne, elle exige adoration, contemplation et respect. Plonger dans ce mystère c’est dilater son coeur et son regard pour éviter de se recroqueviller dans un repli frileux devant les possibilités étonnantes de notre monde.
 
Rappeler l’incarnation en tête des Evangiles c’est redire l’originalité de la pensée chrétienne. Le Fils de Dieu qui partage la condition de l’homme est l’Adam nouveau, celui qui réalise pleinement la vocation de l’homme. Il est la Sagesse de Dieu annoncée dans l’Ancien Testament qui établit sa demeure parmi les hommes. Il est l’Emmanuel qui souffre et se réjouit avec l’humanité et la ramène vers le Père. A partir de Noël tout s’achemine sous la poussée de l’amour vers la Face du Père. Le temps est déjà enveloppé par l’éternité, parce que l’éternité s’est engagée dans le temps. La nuit du monde se transforme progressivement en clarté.
 
Le Fils de Dieu lorsqu’il devient fils de la terre se laisse contenir en un point de l’espace et du temps. Bien plus il se laisse conditionner par une langue et une culture. En réalité, c’est lui qui contient l’univers. Il ne veut pas s’approprier à travers son corps le monde comme une proie, mais il le fait corps d’unité, chair cosmique et eucharistique. En lui le monde devient corporéité spirituelle, il est vivifié par l’Esprit.
 
Le judaïsme et l’Islam refusent l’incarnation du Fils de Dieu en raison de la transcendance de Dieu. Un Dieu ne peut se mêler à sa créature qu’au risque de perdre sa divinité, affirment-ils. Le christianisme proclame que Dieu aime les hommes au point de devenir homme. L’incarnation n’est pas une humiliation de la raison de l’homme, mais la reconnaissance de la vraie dignité de l’homme. Elle est la finalité de la création : tout a été créé pour lui, affirme saint Paul. Origène, dans son Commentaire de l’Evangile de Matthieu 14,7 rappelait que le corps du Christ n’est pas quelque chose à côté de l’Eglise qui est son corps. Dieu ne les a pas unis comme deux, mais en une seule chair, défendant que l’homme sépare l’Eglise et Dieu. D’une façon invisible le mystère de l’incarnation se prolonge dans l’Eglise.
 
La vie que Dieu a communiquée est une irradiation de son amour trinitaire. Le but de l’incarnation du Fils de Dieu a été de rendre possible la communion avec Dieu et entre les hommes. Un Dieu qui ne serait pas Trinité ne serait ni amour ni partage. Or ce partage commence à Noël et signifie le salut.
 
Faire étape à Bethléem, c’est pour Jean Paul II fêter la rencontre du Christ eucharistique qui est la maison du pain de vie. C’est aussi préparer l’humanité pour le retour du retour en gloire du Fils de Dieu.
 
Non loin de là au camp palestinien de Deheishe le pape en saluant les réfugiés qui depuis la guerre de 1948 connaissent une situation de précarité rend hommage à la dignité de tout homme. C’est une même logique qui le pousse à vénérer l’enfant de la crèche et le pauvre sans défense. Les réfugiés du monde entier connaissent une condition difficile qui fut celle de la sainte famille lorsqu’elle dut fuir en Egypte pour échapper à la colère d’Hérode. Il est urgent pour les chrétiens de déchiffrer les signes d’un autre monde qui commence à germer dans le nôtre.

L’enfant, les bergers et les anges

30 décembre, 2008

Au fil du texte de Lc 2, du site:

http://www.bible-service.net/site/533.html

L’enfant, les bergers et les anges

Voici donc le récit de la naissance de Jésus. La naissance elle-même occupe peu de place dans le texte. Elle est évoquée en un seul verset : Marie accouche d’un bébé, l’emmaillote et le couche dans une mangeoire. C’est tout.

Extrême sobriété, pas un mot de trop. Rien de spectaculaire : une mère et son bébé. On aimerait en savoir un peu plus. Où sont les autres personnages ? Où est Joseph ? Que fait-il ? L’auteur ne s’y intéresse pas. Il est pressé de nous emmener ailleurs, là où se déroule l’essentiel de son récit.

La scène principale se passe en effet dans un lieu indéterminé, mais à quelque distance de l’endroit qui a vu naître Jésus. Comme dans un théâtre, la scène s’éclaire d’une lumière venue d’en haut.

L’ange du Seigneur

Un Ange du Seigneur apparaît à des bergers. L’apparition de l’Ange du Seigneur n’est pas une nouveauté dans la Bible. Tout se déroule en effet selon un schéma classique : l’Ange du Seigneur arrive subitement, sa venue suscite le trouble, le messager divin annonce la naissance d’un enfant et il donne un signe. Luc connaît bien la Bible et les interventions de l’Ange du Seigneur.

Dans l’évangile de Luc c’est la troisième apparition de l’Ange du Seigneur. Il s’est déjà adressé à Zacharie, dans le Temple de Jérusalem, et à Marie dans sa maison de Nazareth. Dans les deux cas il s’agissait de Gabriel celui qui, dans le livre de Daniel, annonçait la venue du temps du salut. Ici, l’Ange du Seigneur n’est pas nommé pas plus que les destinataires du message. Ce sont des bergers anonymes.

L’enfant est pour vous

Le récit comporte une nouveauté. Tout ne se déroule pas selon le schéma convenu. L’annonce de la naissance, cette fois-ci, n’est pas destinée à de futurs parents, mais à des tiers. « Il ‘vous’ est né », dit l’Ange. Dieu donne cet enfant aux bergers, mais également à tout un peuple qui sera comblé de joie à l’annonce de la bonne nouvelle.

L’enfant, par ailleurs, n’est plus à venir, il est déjà là : « Il vous est né aujourd’hui », dit l’Ange. Nous entendons pour la première fois ce mot si important dans l’évangile de Luc que nous retrouverons lors du baptême de Jésus, lors de sa prédication inaugurale à Nazareth, lors de sa visite à Zachée et sur la croix, adressée à un des deux bandits : le mot « aujourd’hui ». Le temps du salut n’est plus à venir. Il est là, inauguré par la naissance de Jésus.

Les titres royaux

Le messager divin attribue maintenant l’enfant qui vient de naître une surabondance de titre royaux. Il est Christ, Seigneur et Sauveur.

Christ : c’est la traduction grecque du mot « Messie » qui désigne le roi attendu par le peuple juif issu de la descendance de David. Jésus justement est né dans le même village que David, à Béthléem.

Seigneur : autre terme royal utilisé pour désigner l’empereur. Mais c’est aussi le terme utilisé par la Bible grecque pour désigner Dieu.

Sauveur : encore un titre royal ou impérial. Les potentats de l’époque aimaient s’attribuer ce titre. Ils voulaient qu’on les appelle « bienfaiteurs » ou « sauveurs » de leur peuple. C’est également le mot que le livre des Juges emploie pour désigner les personnages providentiels que Dieu envoyait pour sauver son peuple en péril. C’est enfin un des mots qui désigne Dieu lui-même. Marie l’a employé dans son Magnificat : « Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit s’est rempli d’allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur. »

Le hérault du roi

Dans le récit de Luc, l’Ange du Seigneur apparaît comme un hérault qui parcourt le royaume pour énumérer les titres d’un l’enfant royal destiné à monter sur le trône. Le texte n’indique pas le lieu où apparaît l’Ange. Il précise seulement que c’est « dans le même pays », celui de Marie et de Joseph, le descendant de David. Il s’adresse à la population du pays, qui attend un roi envoyé par Dieu. Ce roi vient de naître. Les bergers, qui font partie des basses classes de la société, sont les premiers à en être avertis. C’est normal, le roi vient plus particulièrement pour eux. Plus tard le Seigneur Jésus dira : « Heureux, vous les pauvres : le Royaume de Dieu est à vous. » et également : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout petits. »

Une intrigue qui se noue

Le lecteur de l’évangile est intrigué par cette déclaration solennelle. Que signifient tous ces titres ? Comment l’enfant va-t-il régner ? À la manière de César Auguste et de son représentant Quirinius que le texte vient d’évoquer ? À la manière du roi David, ancêtre de Joseph ? Comment va-t-il monter sur le trône ?

D’une façon plus pratique, le lecteur se demande comment les bergers vont trouver l’enfant. L’Ange du Seigneur ne répond à aucune de ces questions, mais, comme dans tous les autres récits d’annonces de naissances, il donne un signe. Il parle d’un enfant couché dans une crèche. Le signe donné par l’Ange est ambigu. Il semble en totale contradiction avec le message qui vient d’être donné. Comment la pauvreté et la faiblesse de l’enfant peuvent-elles être des signes royaux ?

Placé au début de l’évangile, ce message angélique joue un grand rôle. Il intrigue et invite à lire la suite du texte. Quelle va être la destinée de cet enfant royal couché dans une mangeoire ? La lecture de l’évangile, et plus particulièrement le récit de la longue marche de Jésus vers Jérusalem permettra petit à petit de comprendre le paradoxe. Mais le sens ultime de la royauté de Jésus ne pourra être comprise qu’après sa mort et sa résurrection.

Le choeur de l’armée céleste

Le récit continue avec l’arrivée d’un groupe nombreux qui occupe tout l’espace : l’armée céleste . Son rôle est semblable à celui d’un choeur dans un théâtre antique qui intervient à la fin d’une scène pour en tirer la leçon. L’armée céleste chante la louange de Dieu et la paix pour « les hommes de bienveillance ». Nouvelle expression ambiguë. De quelle bienveillance s’agit-il ? De celle des hommes ou de celle de Dieu ? S’agit-il des hommes de bonne volonté (selon les traductions anciennes) ou des hommes objets de la bonne volonté de Dieu (selon les traductions récentes) ? Pour formuler les choses différemment : Qu’est-ce qui est premier : la bonne disposition du coeur des hommes pour accueillir le salut de Dieu ou l’amour gratuit de Dieu pour les hommes ? Autres questions : de quels hommes s’agit-il ? Du peuple élu, objet de la promesse ou de tous les hommes de la terre ? Et enfin : en quoi consiste cette paix ? Est-elle intérieure ou extérieure, pour aujourd’hui ou pour demain ?

La suite de l’évangile apportera progressivement des réponses à ces questions. Comme le message de l’Ange du Seigneur, le chant de l’armée céleste s’adresse au lecteur pour susciter son intérêt. Il formule les questions essentielles, celles que la communauté chrétienne des origines se pose, celles qui continuent à se poser à notre foi.

Les nouveaux « anges »

Quand les anges sont partis, les bergers, qui jusqu’à présent semblaient figés comme des santons, s’animent à leur tour. Ils s’encouragent mutuellement et vont voir ce qui vient de s’accomplir. Ils y vont en hâte et annoncent ce qui leur a été révélé. Ceux qui les entendent sont étonnés. Nous retrouverons ce même étonnement chez Pierre, à la fin de l’évangile, quand, au matin de Pâque, les femmes lui transmettront le message des anges.

Les bergers maintenant s’en retournent pleins de joie. Ils ont pu constater que les paroles de Dieu se réalisaient. Ils sont devenus des « anges » à leur tour, c’est-à-dire des messagers et des célébrants. Comme l’Ange du Seigneur, ils ont annoncé un message de bonheur. Comme l’armée céleste, ils chantent maintenant les louanges de Dieu. Ils préfigurent le rôle de la communauté chrétienne chargée d’annoncer à tous les hommes la bienveillance de Dieu qui s’exerce par le Seigneur Jésus, notre seul Sauveur.

Joseph STRICHER

1er dimanche de l’Avent, commentaire biblique (30 novembre 2008)

1 décembre, 2008

du site:

http://www.bible-service.net/site/436.html

1er dimanche de l’Avent (30 novembre 2008)

Au début de ce temps de l’Avent, différentes voix de la première Alliance invitent le Seigneur à se pencher sur son peuple et à venir le sauver. Reviens, pour l’amour de tes serviteurs et des tribus qui t’appartiennent, dit le prophète Isaïe. Réveille ta vaillance et viens nous sauver, chante le psaume.

Les textes du Nouveau Testament font écho à ces demandes. Le Seigneur est déjà venu, dit Paul : La venue du Seigneur s’est réalisée en notre Seigneur Jésus-Christ. Il reviendra à la fin des temps, complète l’évangile de Marc. L’essentiel est d’être prêt à l’accueillir ; Veillez donc car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra.
 
   
Isaïe 63,16… 64,7
   

D’une grande beauté en ce qui concerne la forme, d’une grande spiritualité en ce qui concerne le fond, cet oracle est la supplication d’un peuple qui s’adresse à Dieu comme à son père : Reviens pour l’amour de tes serviteurs et des tribus qui t’appartiennent, ô Dieu, notre Père et notre Sauveur. La force et la véhémence de cette demande viennent de la situation désespérée du peuple. La déportation à Babylone est terminée. Suite à l’édit de Cyrus de 537 av. J.C., un premier groupe de déportés est rentré à la maison. Cris de joie, fêtes et danses. Et puis déception. Ceux qui rentrent se heurtent à ceux qui sont restés et qui ne veulent plus restituer les terres aux anciens propriétaires. Il n’y a pas assez d’argent ni assez de volonté commune pour redresser les remparts et pour reconstruire le Temple. Dieu ne peut pas être indifférent à tout cela, pense le prophète. Il se tourne vers Dieu et lui demande d’intervenir. Reviens, Seigneur, déchire les cieux et viens nous visiter !

Le prophète tient un langage de vérité. Inutile de se voiler la face et de plaider non coupable. Ce qui nous arrive, on l’a mérité, dit-il. Le peuple s’est souillé par ses trop nombreux péchés. Il est comme une plante flétrie. C’est lui qui doit se convertir et non pas Dieu. Encore faut-il qu’il se remette entre les mains de Dieu et se laisse remodeler par lui.

Avec la naissance de Jésus, la prophétie d’Isaïe s’accomplit. Les cieux se déchirent et Dieu vient à la rencontre des hommes. Avec son fils Jésus, il manifeste qu’il est Père pour tous les hommes. Relevons la belle image du Dieu potier qui rappelle les premières pages de la Bible et la création d’Adam.
 
   
Psaume 70
   

Le psaume prolonge le texte d’Isaïe et introduit au temps de l’Avent. Le peuple de Dieu se tourne vers le Seigneur et se place sous sa protection. Il se compare lui-même à un troupeau, à une vigne, à un fils préféré. Il n’invoque pas ses mérites, mais, reconnaît ses fautes. Il s’est éloigné de Dieu, mais il ne le fera plus. C’est promis. Le troupeau, la vigne, le fils doivent leur vie, leur protection et leur prospérité à leur Berger, de leur Vigneron, de leur Père.

À Noël, Dieu exauce cette prière. Il écoute son peuple, revient vers lui et vient même habiter au milieu de lui en la personne de son Fils bien-aimé Jésus-Christ.

l Corinthiens 1,3-9
   

La communauté de Corinthe est une communauté chrétienne type, comblée des dons de Dieu : les richesses de la Parole et de la connaissance. Aucun don spirituel ne lui manque. Qu’en fera-t-elle ? La suite de l’épître amènera à poser cette question. Pour l’instant, comme entrée en matière, l’apôtre se contente de dire à ses nouveaux chrétiens qu’ils ont tout ce qu’il faut pour tenir car Dieu est fidèle ; et le “ car ”, ici, est important : la fidélité des chrétiens n’est pas une vertu à acquérir à la force des poignets, elle s’enracine dans la fidélité première de Dieu. 
   
Marc 13,33-37
   

Ce texte est tiré d’un discours apocalyptique de Jésus. Dans ce genre de littérature, on attend la fin des temps et la venue du “ jour du Seigneur ”. Dieu reviendra mettre de l’ordre sur la terre, punir les méchants et récompensera les bons. C’est un jour redoutable où se manifestera “ la colère ” de Dieu. Dans notre liturgie d’avant le Concile, on avait mis ce thème en valeur. “ Jour de colère que ce jour-là ”, chantions-nous dans la messe des défunts. Mais cette lecture des textes bibliques était abusive. Trop fondamentaliste, elle prenait le texte à la lettre et en faussait quelque peu le sens. Jésus ne joue pas sur les sentiments de peur. Il ne profère aucune menace, mais il appelle à la vigilance. Il n’invite pas à spéculer sur la date du retour du Seigneur, mais de se comporter de telle manière que l’on soit toujours prêt à accueillir le Seigneur quand il reviendra.

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