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Mise au point : Qu’est-ce que la sagesse ?

3 janvier, 2010

aujourd’hui nous, en Italie, célébrons le deuxième dimanche après Noël, la première lecture est du livre du Siracide, c’est pourquoi je mets ce commentaire, du site:

http://www.bible-service.net/site/210.html

Mise au point : Qu’est-ce que la sagesse ?

La sagesse est avant tout un art de vivre, une façon de concevoir l’existence individuelle, familiale et sociale.

La sagesse est populaire : l’expérience des anciens, transmise par les générations, est souvent condensée en phrases sentencieuses, dictons ou proverbes. Mais elle est aussi savante : elle suppose une certaine habitude de manier les idées; elle s’apprend dans les écoles et elle est souvent le fait de personnages importants (courtisans, par exemple), des scribes, plus que des travailleurs manuels.
 
Un art universel 

C’est peut-être ce qui frappe le plus quand on aborde cette littérature : elle ne connaît pas de frontières. On a retrouvé bien des écrits de sagesse en Égypte comme en Mésopotamie. Les thèmes abordés – les grandes questions humaines – se retrouvent en ces différentes civilisations comme en Israël. On y traite du problème de la mort, de la souffrance, de la sanction, de l’amour, mais aussi des humbles réalités quotidiennes, de l’éducation des enfants, des qualités pour réussir dans la vie…
 
La sagesse en Israël 

Comme chez les autres civilisations, la sagesse a du naître avec le peuple. Mais, au sein d’Israël, certains se révèlent particulièrement comme des sages, sans doute à cause de l’éducation qu’ils ont reçue.
Selon le livre des Juges, Abimélek réussit à s’imposer, pendant quelque temps, comme roi à Sichem (vers 1100 av. J.-C. ?). Un sage, Yotam, met alors ses compatriotes en garde contre toutes les injustices qui risquent d’être le fait des rois ; il le fait par une fable mettant en scène des arbres qui élisent comme roi… un buisson d’épines ! (Jg 9,7-20). C’est peut-être un des plus vieux exemples de la sagesse israélite.
Salomon (972-933 av. J.-C.) a laissé une grande réputation de sage. Selon la Bible (légendaire sur ce point ?), il aurait été en contact avec la cour égyptienne, ayant épousé une fille du pharaon, et il a certainement dû former des sages pour ses transactions commerciales avec les royaumes voisins. Un certain nombre de proverbes (dans le livre portant ce nom) lui sont attribués. Sa réputation était si grande que l’auteur du livre de la Sagesse, vers 50 avant J.-C., mettra son œuvre sous son patronage.
Durant toute l’époque royale, il y eut des sages. Un certain nombre de proverbes ont pu être composés a cette époque. Mais il reste que le grand moment de la sagesse se situe après le retour d’exil, de la fin du 6e siècle au 1er siècle av. J.-C. L’enseignement des sages d’Israël est d’emblée universel, reprenant les mêmes thèmes que leurs voisins. Mais si leur enseignement repose sur l’expérience, il se fonde avant tout sur leur foi en Dieu, maître de Sagesse.
 
Prophétisme et sagesse : deux voies vers Dieu 

En simplifiant un peu, on pourrait voir dans le prophétisme et la sagesse deux voies différentes pour découvrir Dieu et, pour le chrétien, deux modes d’approche de l’Incarnation.
Chez les prophètes, la Parole de Dieu se présente, d’emblée, comme venant de Dieu. Moïse nous est présenté comme recevant cette Parole sur la montagne, au milieu des tonnerres. La Parole de Dieu s’empare des prophètes, elle les violente, ils ne peuvent lui résister (cf. Jr 20,7-9). En langage imagé, on pourrait parler d’un mouvement descendant. La Parole de Dieu descend du ciel; elle vient sur terre, parmi les hommes.
Pour les sages, la parole, la sagesse sont très clairement, au départ, parole d’hommes, sagesse très humaine. Le mouvement est ici ascendant : on comprendra peu à peu que cette sagesse qui est nôtre est aussi et d’abord Sagesse de Dieu, Quelqu’un partageant le trône de Dieu. Si nous sommes sages, c’est que Dieu a déposé un petit grain de  »sagesse » à notre naissance :  »le commencement de la sagesse, c’est la crainte du Seigneur, pour les fidèles, elle a été créée avec eux dès le sein maternel » (Si 1,14). Ce sont donc tout l’effort humain, toute l’expérience des hommes, toute leur science qui se révèlent être venus de Dieu.
Pour le Nouveau Testament, présenter Jésus comme Parole, Verbe de Dieu, c’est insister sur son origine divine; cet être divin est vraiment devenu l’un d’entre nous. Le présenter comme Sagesse de Dieu, c’est peut-être d’abord nous montrer que toute la vie humaine est assumée en lui pour être divinisée.

La Sagesse dans l’Ancien Testament

3 janvier, 2010

aujourd’hui nous, en Italie, célébrons le deuxième dimanche après Noël, la première lecture est du livre du Siracide, c’est pourquoi je mets ce commentaire, du site:

http://www.mariedenazareth.com/13345.0.html

La Sagesse dans l’Ancien Testament

Le mot Sagesse signifie d’abord « saveur, goût, » mais aussi « savoir-vivre » qui donne justement une bonne saveur à la vie…
La sagesse grecque est en quête du bonheur. A l’époque de l’expansion de l’empire grec (Alexandre le grand – 333), la religion biblique s’est ouverte à la perspective de la sagesse grecque, une sorte de synthèse se fait entre cette sagesse et la Torah de Mo?se. (Rappelons que la Torah est tout à la fois histoire, direction, mœurs, la Torah est pédagogue et mène à la vie tandis que le temple est le lieu de la rémission des péchés).
Depuis le second Isa?e, l’origine du monde et de son « temps » comprend dans la pensée « sage » de Dieu le temps où se révèleront sa Parole et le lieu de sa présence au monde (le Temple). 

Une conception différente de la temporalité

Certes, la Sagesse grecque se veut intemporelle tandis que le temps de l’Histoire Sainte biblique est le seul milieu où l’homme peut accéder à la compréhension de l’action de la pensée intemporelle de Dieu ; ainsi la prophétie biblique s’inscrit-elle dans l’histoire.
Au moment de la rencontre avec la Sagesse grecque, le Siracide (écrit à Jérusalem entre 200 et 175) affirme que cette Torah de Moïse, prééxistante au monde, doit être le révélateur de ce qui doit être identifié à la Sagesse grecque éternelle ; elle prend  sa place :
« La Sagesse fait son propre éloge (…) Tout cela n’est autre que le livre de l’alliance du Dieu Très-Haut, la Loi promulguée par Moïse, laissée en héritage aux assemblées de Jacob. » (Sirac 24,1.23).
La Torah est la Sagesse présente auprès de Dieu lors de la création, prenant ses délices parmi les hommes, et les invitant à l’écouter (Pr 8, 22-32).
Jusqu’ici on avait surtout approfondi la révélation de la parole de Dieu dans les événements de l’histoire sainte. Dans le contact avec les grecs, les Hébreux ont du approfondir la révélation en puissance avant la création de l’univers et justifiant la recherche d’une harmonie cosmique.
Et l’on fait la synthèse entre la Création et l’Histoire, entre la recherche du bonheur présent et l’écoute du projet d’avenir de Dieu, de sa Torah qui donne le sens.
Cela dit, on lit aussi dans le livre de la Sagesse toute l’opposition entre la sagesse du monde « impie » et celle des croyants :
« Car ils disent entre eux, dans leur faux calculs : (…) courte et triste et notre vie, usons des créatures avec l’ardeur de la jeunesse… opprimons le juste qui est pauvre… car ce qui est faible s’avère inutile. (…) tendons des pièges au juste… car son genre de vie ne ressemble pas aux nôtres et ses sentiers sont tout différents et … il se vante d’avoir Dieu pour Père…» (Sg 2,1 -20) 
La Sagesse impie a peur de la faiblesse tandis que la Bible sait que Dieu regarde le pauvre. 

Différence et dialogue existent aussi sur le terrain philosophique

Le philosophe grec Parménide accéda à l’intuition de l’être et fut ébloui par cette perception globale et spirituelle mais qui éclipsait pour lui le monde ambiant.
Platon concevait un monde des Idées, prototype et modèle immobile des réalités sensibles de notre monde multiple et changeant. Aristote médita sur l’Etre suprême, son unité source du multiple et du mouvement. Mais cet Etre serait-il solitaire et égoïste ?
Sans doute l’une des raisons qui empêchèrent Aristote de définir Dieu comme une personne est ce narcissisme de l’Un. Les philosophes stoïciens, avaient trouvé une demi-solution à ce scandale : Dieu présent à sa création, exerçait une Providence quasi paternelle à l’égard du monde. Mais cette découverte entraîna les stoïciens vers le monisme (c.a.d. une confusion de Dieu et du monde)…
Les livres bibliques (Sg 14,3 ; Dn 6,18 ; 2 M 4,6) précisent cette notion de Providence comme une belle expression synthétique de ce qu’enseignait déjà la Bible. Mais dans la Bible l’approche de l’Unité de Dieu est moins abstraite que chez les Grecs ; elle est ouverte à l’avenir de la Révélation trinitaire car dans la Bible Dieu créateur dit ‘nous’ et non ‘je’ :
« faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. » (Gn 1,27);
Dieu apparaît à Abraham sous l’apparence de trois visiteurs dont le texte parle en alternant le singulier et le pluriel (Gn, 18,9.13) ; et la Bible adopta le mot Élohim pour désigner Dieu, c’est un pluriel qu’une logique abstraite aurait dû récuser…
Cette ouverture au mystère propre de Dieu préparait la pensée hébraïque à aller plus loin. Dans les livres sapientiaux Dieu « engendre » sa propre Sagesse (Pr. 8,9), profère sa Parole (Si 24) manifeste son esprit [1]. « [La Sagesse] est un miroir sans tache de l’activité de Dieu, l’image de sa bonté » (Sg 7,26). 
La Sagesse, mise en rapport immédiat avec la gloire divine, n’est en aucune manière un foyer indépendant, elle se rattache par tout elle-même à sa source lumineuse et irradiante, elle en est le pur reflet, le miroir, elle est l’image de ses vertus.
De manière générale, la Sagesse d’Israël résonne d’une manière différente de celle des Nations [2] : elle est centrée sur le Dieu vivant et non pas seulement sur l’homme. En Israël, la Sagesse et la prophétie iront de pair : par exemple, le livre de la Sagesse a une forte dimension eschatologique : le début du livre traite de l’immortalité que la manne préfigure (Sg 1-6) et la fin du livre relit l’Exode comme une création nouvelle (Sg 19,18-21).
Daniel, qui est un sage [3] possède la compréhension des desseins divins (Dn 5 et suivant). Au premier siècle de notre ère, la sagesse juive et la prophétie tendent à se rejoindre.
La sagesse verse dans l’apocalyptique, et la prophétie se coule dans la sagesse [4]. Dans l’Evangile, Jésus se présente comme la nouvelle Torah et la nouvelle Sagesse, ce qui signifie donc qu’il est préexistant à la création du monde. 
La tradition de l’Eglise saluera en Marie le trône de la Sagesse. 

__________

[1] Cf. René LAURENTIN, Dieu notre Père, Fayard, 1998., p. 33-37.
[2] C. LARCHER, Etudes sur le livre de la Sagesse, ed. Gabalda, Paris, 1969, Ibid., p. 386-388
[3] Dn 1, 4.17.20 ; 2,12.13.18
[4] Cf. Charles PERROT, Christ et Seigneur des premiers chrétiens. Descléee 1997. p.189-190

1° dimanche de l’Avent (29 novembre 2009)

28 novembre, 2009

du site:

http://www.bible-service.net/site/376.html

1° dimanche de l’Avent (29 novembre 2009)

Les différents textes de ce premier dimanche de l’Avent mettent l’accent sur la venue du Seigneur. Cette venue est annoncée de différentes manières :

– dans un langage apocalyptique dans l’évangile, qu’il s’agit de comprendre dans son sens étymologique de  » dévoilement « , de révélation du projet de Dieu.
– dans le langage d’une promesse de bonheur chez le prophète Jérémie : le Seigneur va accomplir tout ce qu’il a promis dans sa justice
– dans le langage de la conversion du cœur chez Paul, pour que nous osions croire que la sainteté est possible et déjà vécue.
En bref, la venue annoncée du Seigneur bouleverse la vie de chacun et du peuple, provoque des changements dès maintenant, renforce l’espérance.

Jérémie 33, 14-16

Jérémie parle dans une époque troublée pour le peuple d’Israël. Le grand Royaume du Nord a été écrasé par les Assyriens un siècle plus tôt, et la ville de David, Jérusalem, est immédiatement menacée par les Babyloniens. C’est donc l’existence même du peuple de l’Alliance qui est en jeu. L’heure n’est plus aux vaines alliances terrestres. Il s’agit de faire confiance au Seigneur, qui a fait alliance avec son peuple pour toujours. La preuve ? Le Seigneur va susciter un nouveau David, qui pratiquera enfin la justice. Une justice non pas à comprendre dans un sens juridique, mais dans le sens d’un ordre juste, cosmique voulu par Dieu dès l’origine – le contraire du chaos. Mais Jérémie va plus loin : ce n’est pas seulement un nouveau David qu’il faut espérer, mais une nouvelle alliance, une nouvelle Jérusalem qui aura pour nom :  » Le-Seigneur-est-notre-justice « . Ainsi, même si la Jérusalem terrestre est détruite par les babyloniens, l’espérance n’est pas morte.

 Psaume 24

C’est la prière d’un homme qui a confiance dans son Seigneur, malgré les difficultés qui l’entourent (et qui n’apparaissent pas dans la partie choisie par la liturgie). Il ne sait plus où il en est, et il demande au Seigneur de le guider, de lui faire connaître le chemin qu’il doit suivre. Il est intéressant de noter que le psalmiste demande au Seigneur l’impulsion :  » Fais-moi connaître… Dirige-moi…  » La venue du Seigneur ne démobilise pas le croyant ; au contraire, celui-ci ne doit pas rester passif. Connaître les voies du Seigneur, marcher sur ses chemins est une nécessité pour l’accueillir qui vient déjà…

Thessaloniciens 3,12 – 4,2

L’apôtre a été fort inquiet pour la jeune communauté de Thessalonique : il la savait en butte à des persécutions pour lesquelles il la jugeait bien mal armée. Le voilà rassuré ; Timothée l’a rejoint à Corinthe, porteur d’excellentes nouvelles.

On peut déjà noter cette manière, qui sera constante chez Paul, de ne jamais appeler ses correspondants à l’effort moral ou spirituel sans leur avoir d’abord rappelé, dans l’action de grâce, le don que Dieu leur a fait : « Devenez ce que vous êtes », leur dit-il. C’est bien ce qu’exprime le mot « saint » ; loin d’évoquer une perfection laborieusement acquise, il rappelle la « consécration » déjà reçue : vous avez été sanctifiés, alors vivez saintement ; il s’agit moins de faire que d’accueillir, de correspondre.
Enfin ce don et cet accueil sont ordonnés au Jour du Seigneur ; c’est la perspective qui domine toute la lettre, mais aussi la vision qu’a Paul de la vie chrétienne. Car c’est à la Parousie que sera pleinement manifestée la seigneurie du Christ et du même coup l’être chrétien déjà reçu au milieu même des tribulations (Romains 8, 18-19.

Luc 21, 25…36

Pour décrire la venue du Christ, Luc utilise un langage assez répandu à son époque, mais qui apparaît obscur aujourd’hui : le langage apocalyptique. Quand on pense  » apocalypse « , viennent à l’esprit des images terrifiantes de destructions, de flammes, de mort. Pensons à un film sur la guerre du Vietnam,  » Apocalypse now « , ou encore à une expression comme   » apocalypse nucléaire « . Or, pour comprendre le langage biblique de l’apocalypse, que Luc utilise, il faut avoir en tête cette conviction fondamentale : l’histoire a un sens parce que Dieu en est le maître. Elle n’est donc pas absurde, ne tourne pas en rond, ne va pas vers sa destruction, mais vers son accomplissement. L’apocalypse, c’est donc le dévoilement du sens de l’histoire, qui est caché derrière les événements. Notre histoire humaine va vers un but : l’avènement définitif du Royaume de Dieu, où il n’y aura plus ni guerre, ni souffrance, ni mort. Mais cela ne se fera pas sans mal, comme toute naissance.

L’évangéliste commence par évoquer des bouleversements cosmiques : des signes dans le soleil, la lune, les étoiles, mais aussi fracas de la mer, puissances des cieux ébranlées. Tous ces motifs de grande peur chez les hommes sont des signes qui renvoient à une autre réalité : celle du Dieu maître de l’histoire qui fait advenir son Royaume. C’est tout autre chose que l’apocalypse qui est une destruction vide de sens, qui ne renvoie à rien, sinon à l’absurde, à la négation de l’histoire.

Le croyant ne doit donc pas fixer son attention sur les bouleversements cosmiques en tant que tels, mais sur ce qu’ils donnent à comprendre : c’est Dieu qui fait signe. C’est le moment de la victoire de Dieu sur tout ce qui est cause de souffrance et de mort.

Et le signe par excellence que cela arrive, c’est la vision du Fils de l’Homme sur les nuées. L’évangéliste à travers ces images terribles, encourage en fait les croyants à tenir bon dans les épreuves inévitables : persécutions, divisions dans les familles ; à ne pas douter de la valeur de l’histoire présente, même si elle est sombre, car elle ouvre sur la victoire de Dieu. Le langage apocalyptique est un langage d’espérance. Il invite le lecteur croyant à être attentif aux signes de la venue de Dieu et à se redresser, à relever la tête. Dieu est le maître des temps et de l’histoire.

32° dimanche du Temps ordinaire (8 novembre 2009) (commentaire biblique)

7 novembre, 2009

du site:

http://www.bible-service.net/site/433.html

32° dimanche du Temps ordinaire (8 novembre 2009)

• 1 Rois 17,10-16

Sous l’influence de sa femme Jézabel, Akhab, roi d’Israël se détourne du vrai Dieu pour adorer les Baals, des divinités de la nature à qui l’on attribue le pouvoir de faire la pluie et le beau temps. Le prophète Élie annonce au roi que les Baals sont de faux dieux et que le Dieu d’Israël est le seul vrai Dieu. C’est lui qui fait pleuvoir ou bien fait luire le soleil. Il annonce au roi qu’il n’y aura plus ni rosée ni pluie sur le pays car Dieu veut montrer l’inutilité des fausses divinités de la nature. Après cette prédiction, le prophète est obligé de fuir la colère du roi et il se réfugie à l’étranger, à Sarepta, ville de l’actuel Liban. 

Le prophète y rencontre une veuve qui est dans une situation désespérée. Au nom du Seigneur, il reproduit pour elle, le miracle de la manne. De même que Dieu a nourri autrefois son peuple pendant la traversée du désert en lui envoyant la manne, de même il nourrit maintenant cette femme qui a su partager avec un étranger le peu de pain qui lui restait.

 • Psaume 145

Le psaume ouvre sur une béatitude. Heureux le croyant, qui met toute sa confiance dans le Seigneur. Celui-ci est le Dieu de Jacob qui a fait alliance avec le peuple choisi et il est le Dieu de la création, c’est-à-dire le Dieu de tous les hommes. Le Seigneur a une tendresse particulière pour les plus pauvres. Les membres de son peuple se doivent d’imiter son comportement. Alors le règne de Dieu deviendra effectif, toujours et partout.

• Hébreux 9,24-28

On remarquera que la méditation est basée sur le mystère pascal dans toutes ses dimensions. L’action du Christ est pleinement efficace parce qu’il est entré dans le ciel d’où il peut intercéder et sauver. Mais l’entrée au ciel de Jésus est indissolublement et nécessairement liée à son sacrifice. L’événement est situé au temps de l’accomplissement ; le terme utilisé a une forte résonance eschatologique (cf. Matthieu 13,39.40.49; 24,3; 28,20). Deux aspects sont particulièrement mis en relief. Le sacrifice du Christ a d’abord un caractère unique ; le terme « une fois pour toutes », dont l’épître aux Hébreux fait le plus large usage dans le Nouveau Testament, revient trois fois dans notre texte. De plus, on désigne l’effet avec différents mots : le pardon des péchés.

Dans le contexte de cette fin d’année liturgique, on sera sensible à la mention de la deuxième venue de Jésus « pour le salut de ceux qui l’attendent ».

 » Le Seigneur soutient la veuve et l’orphelin « , dit le psaume. C’est le cas dans l’histoire d’Élie. Ce grand prophète renouvelle pour une veuve de son époque le miracle de la manne. Par contre, la défense de la veuve et de l’orphelin n’est pas le premier souci des scribes qui paradent en belles robes dans le Temple à l’époque de Jésus. Jésus souligne par contre le geste d’une pauvre veuve qui met dans le tronc tout ce qu’elle a pour vivre.

Le Christ donne sa vie pour nous, dit la lettre aux Hébreux. Il est le salut de ceux qui l’attendent.

 • Marc 12,38-44

Entouré de ses disciples, Jésus observe ce qui se passe sur l’esplanade du Temple. Il remarque ainsi les scribes, ces théologiens et interprètes de la Loi de Moïse, qui se pavanent dans leurs belles robes. Fiers de leur savoir, ils sont loin de mettre en pratique ce qu’ils enseignent. Ils ne prient pas le Seigneur, mais ils affectent seulement de le faire, dit Jésus. Dans l’évangile de Marc, ces scribes sont les adversaires de Jésus de bout en bout. Présents dès les premières controverses en Galilée, ils s’opposent régulièrement à Jésus et ils viennent narguer Jésus jusqu’aux pieds de la croix.

Jésus observe des riches qui déposent ostensiblement de fortes sommes dans le tronc. Quand une grosse somme est versée, on sonne de la trompette pour que les fidèles du Temple reconnaissent, admirent et imitent éventuellement le généreux donateur. Dans l’évangile de Luc, Joseph et Marie étaient venus présenter Jésus enfant dans le Temple et ils ont offert un couple de tourterelles. Les trompettes n’ont pas dû sonner pour eux !

En total contraste avec les scribes aux belles robes et les riches donateurs, une pauvre veuve verse de la menue monnaie dans le tronc. Jésus remarque le geste de la veuve et le signale à ses disciples. On peut interpréter de deux manières différentes les paroles de Jésus. On peut d’abord y voir une mise en valeur de la générosité de la veuve. En effet celle-ci ne fait pas semblant de donner. Proportionnellement à ses revenus, elle donne beaucoup plus que les autres. Elle donne même tout ce qu’elle a jusqu’à mettre en péril sa propre vie. Elle n’a plus rien pour vivre, dit Jésus.

Jésus donne-t-il cette pauvre veuve en modèle ? Ce n’est pas sûr. On peut remarquer en effet que Jésus ne dit pas qu’il faut l’imiter. Est-il d’accord à ce que qu’un(e) pauvre se dépouille de ses maigres bien en faveur d’un Temple qu’il vient de traiter peu de temps auparavant de  » caverne de bandits  » ? Est-ce à la veuve de saigner aux quatre veines pour un bâtiment splendide certes, que les apôtres vont admirer immédiatement après cette scène, mais dont Jésus déclarera qu’il n’en restera pas pierre sur pierre ? Est-ce à la veuve d’entretenir ceux qui se promènent dans le Temple en robes solennelles ? Ne faudrait-il pas que cela soit le contraire ?

Loin d’être une simple invitation à la générosité, ces paroles de Jésus, prononcées quelques jours avant sa passion, sont une sévère critique des institutions sclérosées et des pratiques de façade. Jésus condamne ces façons d’agir. Il ne condamne pas la veuve, dont la générosité est bien réelle, mais l’évangile laisse entendre que cette générosité mériterait de s’exercer en faveur d’une meilleure cause.       

La vigne dans la culture biblique

6 novembre, 2009

du site:

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La vigne dans la culture biblique

La Bible mentionne pour la première fois le vin et la viticulture dans le livre de la Genèse. A l’époque des Patriarches, le vin était une boisson bien connue. La Palestine est même vantée comme un Pays producteur de vin, son climat se prêtant fort bien à la culture de la vigne.

La culture de la vigne, plus que toutes les autres, dépend à la fois du travail attentif et ingénieux de l’homme et du rythme des saisons. Terre viticole, la Palestine apprend aux hommes à apprécier les fruits de la terre et à mettre tout son cœur dans le travail.

Le mot « vigne » revient 176 fois dans la Bible : c’est dire son importance symbolique. Voici quelques versets importants de la Bible qui ont la vigne pour objet

Signe de joie et de paix

La Bible attribue à Noé l’invention de la culture de la vigne sur la terre que Dieu a promis de ne plus maudire.

« Noé, le cultivateur, commença de planter la vigne.  » Genèse 9, 20

La vigne est alors signe de bénédiction, faisant partie des promesses de Dieu pendant l’Exode : il promet et offre une terre riche en vignes.

« Mais Yahve ton Dieu te conduit vers un heureux pays, pays de cours d’eau, de sources qui sourdent de l’abîme dans les vallées comme dans les montagnes, pays de froment et d’orge, de vigne, de figuiers et de grenadiers, pays d’oliviers, d’huile et de miel, pays où le pain ne te sera pas mesuré et où tu ne manqueras de rien, pays où il y a des pierres de fer et d’où tu extrairas, dans la montagne, le bronze. » Deutéronome 8, 7-9

L’homme mauvais est privé de la bénédiction divine symbolisée par la vigne. Voler les biens d’un homme est un péché, mais le tuer pour prendre sa vigne est le comble de l’horreur. Ainsi, le roi Achab, dans l’épisode de la vigne de Nabot (1R 21, 1-16) prend injustement la vigne d’un de ses sujets qu’il assassine : son châtiment sera cruel et infamant.

« Ces vignes délicieuses que vous avez plantées, vous n’en boirez pas le vin. Car je sais combien nombreux sont vos crimes, énormes vos péchés, oppresseurs du juste, extorqueurs de rançons, vous qui, à la Porte, déboutez les pauvres. » Amos 5, 11-12

Sous un bon roi, chacun vit en paix et se repose sous sa treille. La vigne, avec ses larges feuilles offre une ombre propice au repos.

« Juda et Israël habitèrent en sécurité chacun sous sa vigne et sous son figuier, depuis Dan jusqu’à Bersabée, pendant toute la vie de Salomon. » 1er livre des Rois 5, 5

La restauration d’Israël va de pair avec la surabondance de la fécondité du pays.

« Voici venir des jours – oracle de Yahvé – où se suivront de près laboureur et moissonneur, celui qui foule les raisins et celui qui répand la semence. Les montagnes suinteront de jus de raisin, toutes les collines deviendront liquides. Je rétablirai mon peuple Israël ; ils rebâtiront les villes dévastées et les habiteront, ils planteront des vignes et en boiront le vin, ils cultiveront des jardins et en mangeront les fruits. » Amos 9, 13-14

La vigne est image de la Sagesse.

« Je suis comme une vigne aux pampres gracieux, et mes fleurs sont des produits de gloire et de richesse. » Siracide 24, 17

La vigne est aussi un symbole de fécondité de l’homme qui craint Dieu, par l’image de l’épouse féconde du juste.

« Ton épouse : une vigne fructueuse au fort de ta maison. Tes fils : des plants d’olivier à l’entour de la table. » Psaume 128, 3

La vigne qui bourgeonne symbolise l’espoir des époux qui dans le Cantique des Cantiques chantent le mystère de l’amour.

« Viens, mon bien-aimé, allons aux champs ! Nous passerons la nuit dans les villages, dès le matin nous irons aux vignobles. Nous verrons si la vigne bourgeonne, si ses pampres fleurissent, si les grenadiers sont en fleur. Alors je te ferai le don de mes amours. » Cantique 7, 12-13

Israël, vigne de Dieu

La vigne, signe de bénédiction devient le symbole d’Israël. Sa fécondité était d’origine divine, et sa stérilité est causée par l’abandon spirituel du peuple élu, qui s’est détourné de Dieu pour des idoles..

« Israël était une vigne luxuriante, qui donnait bien son fruit. Plus son fruit se multipliait, plus il a multiplié les autels ; plus son pays devenait riche, plus riches il a fait les stèles. » Osée 10, 1

Le prophète Isaïe parle clairement : cette vigne de Dieu, c’est Israël et Juda que Dieu voyait comme plans choisis. Les fruits attendus, innocence et sérénité sont en fait sang qui coule et cri d’horreur.

« Que je chante à mon bien-aimé le chant de mon ami pour sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne, sur un coteau fertile. Il la bêcha, il l’épierra, il y planta du raisin vermeil. Au milieu il bâtit une tour, il y creusa même un pressoir. Il attendait de beaux raisins : elle donna des raisins sauvages. Et maintenant, habitants de Jérusalem et gens de Juda, soyez juges entre moi et ma vigne. Que pouvais-je encore faire pour ma vigne que je n’aie fait ? Pourquoi espérais-je avoir de beaux raisins, et a-t-elle donné des raisins sauvages ? Et maintenant, que je vous apprenne ce que je vais faire à ma vigne ! En ôter la haie pour qu’on vienne la brouter, en briser la clôture pour qu’on la piétine ; j’en ferai un maquis : elle ne sera ni taillée ni sarclée, ronces et épines y croîtront, j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. Eh bien ! la vigne de Yahvé Sabaot, c’est la maison d’Israël, et l’homme de Juda, c’est son plant de choix. » Isaïe 5, 1-7

Le psaume 80 est une prière pour la restauration d’Israël. L’image de la vigne plantée par Dieu mais chatiée exprime la gloire, l’épreuve, mais aussi l’espérance du Peuple de Dieu en un possible Salut.

« Il était une vigne : tu l’arraches d’Égypte, tu chasses des nations pour la planter ; devant elle tu fais place nette, elle prend racine et remplit le pays. Les montagnes étaient couvertes de son ombre, et de ses pampres les cèdres de Dieu ; elle étendait ses sarments jusqu’à la mer et du côté du Fleuve ses rejetons. Pourquoi as-tu rompu ses clôtures, et tout passant du chemin la grappille, le sanglier des forêts la ravage et la bête des champs la dévore ? Dieu Sabaot, reviens enfin, observe des cieux et vois, visite cette vigne : protège-la, celle que ta droite a plantée. » Psaume 80, 9-17

Le prophète Ezéchiel propose également trois allégories de la vigne : Ez 15 2.6 ; 19, 10-14 ; 17, 9

La vigne dans le Nouveau Testament

Les trois Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) racontent la parabole des vignerons homicides.
Les vignerons (peuple d’Israël) sont responsables de l’avenir de l’Alliance. Après les appels lancés par les prophètes (les serviteurs), Dieu envoi son Fils, témoin de son amour, que les hommes n’écouteront pas non plus.
Le nouveau peuple annoncé par Matthieu en fin de parabole, c’est l’Église.

« Ecoutez une autre parabole. Un homme était propriétaire, et il planta une vigne ; il l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour ; puis il la loua à des vignerons et partit en voyage. Quand approcha le moment des fruits, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour en recevoir les fruits. Mais les vignerons se saisirent de ses serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre, en lapidèrent un troisième. De nouveau il envoya d’autres serviteurs, plus nombreux que les premiers, et ils les traitèrent de même. Finalement il leur envoya son fils, en se disant : Ils respecteront mon fils. Mais les vignerons, en voyant le fils, se dirent par-devers eux : Celui-ci est l’héritier : venez ! tuons-le, que nous ayons son héritage. Et, le saisissant, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Lors donc que viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons-là ? » Ils lui disent : « Il fera misérablement périr ces misérables, et il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en livreront les fruits en leur temps. » Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu’avaient rejetée les bâtisseurs c’est elle qui est devenue pierre de faîte ; c’est là l’œuvre du Seigneur et elle est admirable à nos yeux ? Aussi, je vous le dis : le Royaume de Dieu vous sera retiré pour être confié à un peuple qui lui fera produire ses fruits. » Matthieu 21, 33-43

Le chapitre 15 de Jean commence par la grande allégorie de la vigne.
Jésus porte du fruit en donnant sa vie, suprême preuve d’amour.
Il est la Vigne et nous sommes les sarments : il est le Corps et nous sommes les membres.
La vigne véritable, c’est Jésus, mais c’est aussi son Église.
Le mystère de la vraie vigne exprime donc l’union féconde et la joie qui demeure, parfaite et éternelle, entre le Christ et son Église.

« Je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai fait entendre. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. » Jean 15 1-6

La joie du pardon. Une lecture du Psaume 31 (32)

2 novembre, 2009

du site:

http://www.spiritualite2000.com/page-1852.php

La joie du pardon. Une lecture du Psaume 31 (32)

Jean Duhaime

Nos relations avec les autres et avec Dieu nous conduisent parfois dans des situations qui nous paraissent sans issue. En proie au désespoir, nous cherchons quelqu’un ou quelque chose à qui nous raccrocher. Le Psaume 31 (32) nous fait entrer dans une expérience semblable.

LE THÈME DU PSAUME ET SA STRUCTURE

La personne mise en scène dans ce psaume manifeste publiquement sa joie d’être délivrée d’une grande souffrance. L’épreuve dont elle est sortie a été pour elle une occasion de s’interroger sur sa propre conduite et de faire une démarche de réconciliation avec Dieu. Dans la première partie du psaume (v. 1-5), le fidèle proclame d’abord le bonheur des personnes délivrées de leurs fautes. Puis il décrit son propre malheur et l’expérience qu’il a faite du pardon de Dieu. Dans la deuxième partie (v. 6-11), il affirme sa certitude que Dieu le conduit sur la bonne voie et il invite les cœurs droits à se réjouir avec lui.

L’EXPÉRIENCE DE SOUFFRANCE

Pour parler de sa souffrance, le psalmiste dit que ses os « se consumaient à rugir tout le jour » (traduction de la Bible de Jérusalem) et que son cœur était comme un champ brûlé par le soleil et la chaleur torride de l’été (v. 3-4). Ces expressions suggèrent un mal d’une forte intensité, une sorte de feu intérieur qui épuise les forces, ne laisse aucun répit et arrache des plaintes d’animal blessé. Rien ne permet de savoir s’il s’agit d’une douleur physique ou d’une souffrance psychologique. Le psaume résiste à tout diagnostic médical précis ; chacun de nous, dans ses moments de souffrance ou d’angoisse, peut s’y reconnaître.

LE SENS DONNÉ À LA SOUFFRANCE

Comme n’importe qui le ferait dans pareille situation, le psalmiste cherche la cause de son mal afin d’en sortir. Dans la mentalité et la culture de son temps, le bonheur comme le malheur viennent de Dieu. Pour employer les mots du psaume, la « main » de Dieu pèse sur lui « le jour et la nuit ». Pourquoi ? Le psalmiste évoque une faute, un tort, un péché qu’il aurait commis et qu’il aurait tenté de dissimuler, espérant peut-être que Dieu ne s’en apercevrait pas. Cette attitude fait penser à la réaction du premier couple humain après sa désobéissance (Genèse 3, 8-10). Le psaume ne donne pas d’autre détail qui permettrait d’identifier la nature des péchés ; il pourrait s’agir des miens ou des vôtres, aussi bien que de ceux du psalmiste. Pour Dieu, la maladie et la souffrance ne sont pas des façons de punir un coupable, même si le psaume dit plus loin : « Pour le méchant, douleurs sans nombre. » (v. 10) Pour qui sait la décoder, la souffrance peut être une invitation à la réconciliation, à faire le point sur sa relation avec Dieu et, en quelque sorte, à la purifier.

RÉACTION DEVANT LA SOUFFRANCE

Ayant ainsi compris son malheur, le psalmiste se décide à « jouer franc jeu » avec Dieu. Plutôt que de s’enfoncer indéfiniment dans la souffrance, il préfère courir le risque de reconnaître ses torts. Il fait alors une autre expérience, celle du pardon libérateur accordé par Dieu. Dieu peut acquitter et tourner la page définitivement. Il tient des comptes mais efface les dettes dans ses rapports avec les humains. Comme le fils perdu et retrouvé de la parabole de Jésus (Luc 15, 11-32), le psalmiste découvre la tendresse et l’affection de Dieu qui sera désormais son refuge au milieu de l’angoisse (v. 6). Dieu lui montre un chemin vers le bonheur (v. 8).

POUR AUJOURD’HUI

Encore aujourd’hui, beaucoup de gens interprètent la maladie ou la souffrance à la manière du psalmiste, comme un avertissement de Dieu ou une punition pour les péchés. Jésus, lui, refusait cette interprétation. Quand on lui demande : « Pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? », il répond sans hésiter : « Ni lui, ni ses parents. » (Jean 9, 2-3)

Le langage du Psaume 31 n’a cependant rien perdu de sa pertinence car il peut rejoindre des situations que nous vivons régulièrement dans nos relations avec Dieu ou avec les êtres qui nous entourent. Il nous arrive parfois de prononcer des paroles ou de poser des gestes qui peuvent faire très mal à l’autre, sans toujours le vouloir. La tentation est forte, alors, de nous enfermer dans le silence et de couper les ponts. Les situations ambiguës, qui n’ont pas été réglées, peuvent devenir des boulets à traîner jour et nuit, comme un cancer qui ronge les os. L’exemple du psalmiste nous invite, dans une telle situation, à oser faire le premier pas vers l’autre, à tenter une démarche de clarification et de réconciliation.

Et s’il nous arrive d’être en position de victime – ce qui est ici paradoxalement la position de Dieu –, ce psaume nous propose, chaque fois que cela est possible, de mettre tout en œuvre pour que la vérité soit faite et que les torts soient réparés. Mais pas de vérité sans pardon : un pardon sincère, qui libère, qui ouvre des chemins d’humanité et qui rende la joie à nouveau possible. Dans le « Notre Père », nous demandons à Dieu de nous pardonner nos offenses « comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Ce psaume nous invite à apprendre de Dieu lui-même ce qu’est un pardon authentique : un pardon qui délivre vraiment du mal aussi bien la victime que l’offenseur.

Saint Alphonse-Marie de Liguori: « La sagesse de ce siècle est folie devant Dieu » (1 Corinthiens 3, 19)

30 octobre, 2009

du site:

http://www.santorosario.net/francais/preparation/20.htm

FOLIE DU PÉCHEUR

Saint Alphonse-Marie de Liguori

« La sagesse de ce siècle est folie devant Dieu » (1 Corinthiens 3, 19)

PREMIER POINT

Le vénérable Jean d’Avila aurait voulu ouvrir dans le monde deux prisons: une pour renfermer ceux qui ne croient pas, et l’autre, ceux qui croient et qui vivent dans le péché, loin de Dieu; et, ajoutait-il, c’est une prison de fous qui convient à ces derniers. Les malheureux! Ils en viennent dans les excès de leur misère et de leur infortune, à se regarder comme des sages et prudents, eux les plus vains et les plus insensés de tous les hommes! Et pour comble de désolation, « leur nombre, dit l’Ecclésiaste, est infini » (Ecclésiaste 1, 15). Leur folie, c’est pour celui-ci les honneurs, pour celui-là les plaisirs, pour un autre les misérables biens de la terre; avec cela, ils ont l’audace de traiter de folie la conduite des Saints qui foulent aux pieds les avantages de ce monde pour conquérir le salut éternel et Dieu, le vrai Bien. Ainsi, c’est folie à leurs yeux que d’embrasser les mépris et de pardonner les injures; folie encore de se priver des plaisirs des sens pour s’adonner à la mortification; folie de renoncer aux honneurs et richesses, folie d’aimer la solitude, la vie humble et cachée. Hélas! Ils ne veulent pas entendre la parole du Seigneur, proclamant leur sagesse une vraie folie: « La sagesse de ce siècle est folie devant Dieu » (1 Corinthiens 3, 19).

Ah! Un jour viendra bien où ils confesseront hautement leur folie. Mais quand? Alors qu’il n’y aura plus de remède. « Insensés que nous étions, s’écrieront-ils dans leur désespoir, nous estimions leur vie une folie et leur fin sans honneur » (Sagesse 5, 4). Mais, nous le voyons à présent, la folie n’était pas de leur côté. « Car voilà qu’ils sont comptés parmi les fils de Dieu et que leur sort est au milieu des saints » (Sagesse 5, 5). Éternelle sera leur gloire et leur bonheur n’aura jamais de fin. Pour nous, nous voici relégués parmi les esclaves de Satan, condamnés à brûler durant toute l’éternité dans cet abîme de tourments. « Nous avons donc erré hors du chemin de la vérité et la lumière de la justice n’a pas lui sur nous » (Sagesse 5, 6). Oui, nous avons voulu fermer les yeux à la lumière de Dieu et nous nous sommes égarés. Hélas! Pour comble d’infortune, notre erreur est sans remède et jamais nous n’en reviendrons tant que Dieu sera Dieu.

Quelle folie donc de perdre la grâce de Dieu, et cela pour un vil intérêt, pour un peu de fumée, pour un plaisir qui passe si vite! Que ne fait pas un sujet pour gagner les bonnes grâces de son prince? Et voilà que, pour une misérable satisfaction, on va perdre le souverain Bien, Dieu lui-même, perdre le ciel, perdre encore la paix ici-bas en livrant son âme au péché qui la déchirera de continuels remords et se condamner ainsi de gaieté de coeur à un malheur éternel! Prendriez-vous ce plaisir défendu, s’il fallait en retour avoir une main brûlée ou seulement passer une année dans un obscur cachot? Commettriez-vous ce péché, s’il devait vous en coûter cent écus? Et vous croyez, vous savez qu’en péchant vous perdez le ciel et Dieu et que vous vous condamnez pour toujours à l’enfer; et néanmoins vous péchez!

DEUXIÈME POINT

Pauvres pécheurs! Ils se fatiguent, ils s’épuisent pour acquérir les sciences mondaines, c’est-à-dire l’art d’amasser les biens de cette vie qui doit sitôt finir; et les biens de l’autre vie, de celle qui ne finira jamais, ils les regardent avec indifférence. Que dis-je? Ils en viennent, dans leur stupidité, à perdre le sens commun et à se rendre semblables aux animaux sans raison. En effet, à la façon des brutes, ils vivent sans considérer ce qui est bien et ce qui est mal; mais n’ayant d’autre loi que l’instinct brutal de leurs sens, ils s’attachent à ce qui flatte leur chair pour le moment et ils ne songent aucunement à ce qu’ils perdent et à la ruine éternelle qu’ils se préparent. Évidemment ce n’est pas là se conduire en homme, mais comme un animal sans raison, ainsi que l’explique saint Jean Chrysostome. « A nos yeux, dit-il, un homme, c’est celui qui conserve intact le trait distinctif de l’homme. Or ce trait n’est autre que la raison. » Être homme, c’est être raisonnable et par conséquent c’est agir, non suivant l’attrait des sens, mais d’après la raison. Si Dieu donnait la raison à un animal et que celui-ci dans sa conduite s’inspirât des lumières de la raison, on dirait de cet animal qu’il agit en homme; par contre, on doit donc dire qu’un homme se conduit en animal, quand il refuse d’écouter sa raison pour obéir aux sens.

« Plût à Dieu qu’ils fussent sages, qu’ils comprissent et qu’ils songeassent à leur fins dernières » (Deutéronome 32, 29)! L’homme prudent et qui se conduit selon les règles de la raison se préoccupe de l’avenir, c’est-à-dire de ce qui l’attend au terme de ses jours; il a donc devant les yeux la mort, le jugement et ce qui doit les suivre: le ciel ou l’enfer. Oh! Qu’un paysan, qui se sauve, l’emporte en sagesse sur un monarque qui se damne! « Mieux vaut un enfant pauvre et sage qu’un roi vieux et insensé qui ne sait pas prévoir pour l’avenir » (Ecclésiaste 4, 13). O Dieu! Ne regarderait-on pas comme un insensé celui qui s’exposerait à perdre toute sa fortune pour gagner sur-le-champ une pièce de monnaie? Et celui qui pour un plaisir d’un instant perd son âme et l’expose à une perte éternelle, on ne devra pas le regarder comme un insensé! Ce qui cause la ruine et la damnation de tant d’âmes, c’est qu’elles ont uniquement en vue les biens et les maux de la vie présente, sans songer aux biens et maux éternels.

Assurément Dieu ne nous a pas placés ici-bas, pour que nous nous procurions richesses, honneurs, plaisirs des sens, mais bien que nous méritions la vie éternelle. « Vous avez pour fin, dit l’Apôtre, la vie éternelle » (Romains 6, 22). Par conséquent, parvenir à cette fin, telle doit être notre unique sollicitude. « Car une seule chose est nécessaire » (Luc 10, 42). Or c’est surtout cette fin que les pécheurs mettent de côté: ils ne pensent qu’au présent, ils s’acheminent vers la mort, ils se trouvent à la veille d’entrer dans l’éternité, sans même savoir où ils vont. « Que diriez-vous, dit saint Augustin, d’un pilote à qui l’on demanderait où il va, et qui répondrait: Je n’en sais rien? Est-ce que tout le monde ne dirait pas de cet homme qu’il conduit le navire à sa perte, à un naufrage assuré? Ainsi, conclut le saint Docteur, en est-il de celui qui court hors du vrai chemin. » Et ainsi en est-il des sages du monde. Ils savent bien s’enrichir, se divertir, s’avancer dans les honneurs; mais ils ne savent pas sauver leur âme. Ce fut un sage que le mauvais riche, si habile à grossir ses trésors; « mais il mourut et fut enseveli dans l’enfer » (Luc 16, 22). Ce fut un sage qu’Alexandre le Grand, étendant son sceptre sur tant de royaumes; mais, à quelques années de là, il mourait et se damnait pour toujours. Ce fut un sage que Henri VIII, assez heureux pour se maintenir sur le trône, malgré sa révolte contre l’Église; mais à la fin il vit lui-même que c’en était fait pour son âme et il s’écriait: « Nous avons tout perdu! » Aussi, que de malheureux gémissent et s’écrient maintenant en enfer: « De quoi nous ont servi l’orgueil et l’ostentation des richesses? Toutes ces choses ont passé comme une ombre » (Sagesse 5, 8); et de toutes ces choses, ainsi évanouies, il ne nous reste que des larmes et des peines éternelles.

« Devant l’homme est la vie ou la mort… Ce qui lui plaira, lui sera donné » (Ecclésiaste 15, 18). Oui, chrétien, mon frère, devant vous sont placées en ce moment la vie et la mort; renoncer aux plaisirs défendus, c’est mériter la vie éternelle; vous accorder ces plaisirs, c’est encourir la mort éternelle. Qu’en dites-vous? Que choisissez-vous? Ah! Choisissez en homme et non pas en être sans raison, choisissez en chrétien qui a la foi et qui dit: « Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il perd son âme » (Matthieu 16, 26)?

TROISIÈME POINT

Comprenons-le bien, les vrais sages sont ceux qui savent acquérir la grâce de Dieu et mériter le ciel. Prions donc continuellement le Seigneur qu’il nous donne la science des saints. Car il la donne à ceux qui lui en font la demande. « Dieu lui a donné la science des saints, dit le livre de la Sagesse » (Sagesse 10, 10). Oh! La belle science que de savoir aimer Dieu et sauver son âme, c’est-à-dire de prendre le chemin du salut éternel et les moyens d’y parvenir! De toutes les études la plus nécessaire c’est celle qui nous apprend à sauver notre âme. En vain aurions-nous toutes les autres connaissances, si nous ne savons pas faire notre salut, tout ne nous servira de rien et éternellement nous serons malheureux. Au contraire, si nous savons aimer Dieu, encore que nous fussions ignorants en tout le reste, éternellement nous serons heureux. O mon Dieu, dit saint Augustin, bienheureux celui qui vous connaît, ignorât-il toutes les autres choses. Un jour le frère Gilles disait à saint Bonaventure : Que vous êtes heureux, Père Bonaventure, de savoir tant de choses. Moi, pauvre ignorant, je ne sais rien. Aussi vous pouvez devenir plus saint que moi. — Écoutez, mon frère, lui répondit le saint, si une pauvre vieille femme, toute ignorante, sait aimer Dieu plus que moi, elle sera plus sainte que moi. — Sur quoi le frère Gilles se mit à crier de toutes ses forces: Écoutez, vieille femme, écoutez: si vous aimez Dieu, vous pouvez devenir plus sainte que le Père Bonaventure.

« Les ignorants se lèvent, dit saint Augustin, et ils ravissent le ciel ». Que de pauvres gens se sauvent, qui ne savent pas lire, mais qui savent aimer Dieu! Et combien de savants du monde, qui se damnent misérablement! Ce ne sont pas ceux-ci, mais les autres qu’il faut tenir pour de vrais savants. Oh! Quel savant qu’un saint Pascal, un saint Félix, capucin, un saint Jean de Dieu, si étranger pourtant aux sciences humaines! Quels savants encore que tous ces hommes qui, renonçant au monde, sont allés s’enfermer dans les cloîtres ou vivre dans les déserts, un saint Benoît, un saint François d’Assise, un saint Louis de Toulouse, qui renonça à un trône! Quels savants que ces innombrables martyrs, ces légions de vierges, qui refusèrent les plus brillantes alliances, afin d’aller à la mort pour Jésus Christ! Les mondains eux-mêmes le reconnaissent bien. Aussi ne manquent-ils pas de dire, en voyant une personne se donner à Dieu: Elle est heureuse, celle-là! Elle comprend bien les choses et elle sauve son âme. Bref, ceux qui quittent les biens de ce monde pour se vouer au service de Dieu, ne les appelle-t-on pas des hommes désabusés? Par conséquent, ceux qui abandonnent Dieu pour les biens du monde, que sont-ils, sinon des dupes?

Vous, mon frère, desquels voulez-vous être? Pour éclairer votre choix, saint Jean Chrysostome vous conseille de vous rendre dans un cimetière. « Allons, dit-il, auprès des tombeaux ». L’excellente école en effet qu’un cimetière pour connaître la vanité des biens de ce monde et pour apprendre la science des saints! Dites-moi, ajoute saint Jean Chrysostome, pouvez-vous y discerner encore celui qui a été prince, noble, savant? Pour moi, je n’aperçois rien que de la pourriture, des ossements et des vers. Tout se réduit donc à une vaine apparence, un rêve, une ombre fugitive. Oui, toutes les choses de ce monde passeront vite comme une pièce de théâtre, toutes s’évanouiront comme un songe et une ombre. Mais, pour devenir un vrai sage, il ne suffit pas, mon frère, de connaître l’importance de votre fin, il faut encore prendre les moyens de l’atteindre. Tous voudraient se sauver et se sanctifier, mais, faute d’en prendre les moyens, combien ne se sanctifient pas et se damnent! Il faut fuir les occasions dangereuses, fréquenter les sacrements, faire oraison, et, avant tout, graver profondément dans son coeur ces maximes du saint Évangile: « Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il perd son âme » (Matthieu 16, 26)! « Celui qui aime son âme, la perdra » (Jean 12, 25), c’est-à-dire qu’il faut même sacrifier sa vie pour le salut de son âme. « Celui qui veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même » (Matthieu 16, 24). Pour suivre Jésus Christ nous devons refuser à l’amour-propre les satisfactions qu’il réclame. La vie est dans sa volonté, c’est-à-dire, votre salut consiste à faire la volonté de Dieu. Il importe que nous ayons sans cesse devant les yeux ces maximes et autres semblables.

Pourquoi Dieu est-il nommé différemment selon les traductions de la Bible ?

30 octobre, 2009

du site:

http://www.la-bible.net/forumpage.php?id=14

Pourquoi Dieu est-il nommé différemment selon les traductions de la Bible ?

Réponse :

Le nom propre du Dieu d’Israël est YHWH. Soit quatre consonnes en hébreu. Jusque vers le 7e ou 8e siècle de notre ère, le texte hébreu de la Bible était seulement composé de consonnes. Par respect pour Dieu, la piété juive interdisait de prononcer le nom YHWH : le lecteur effleurait des yeux le mot YHWH et prononçait un autre nom : « Adonaï ». Quand, au huitième siècle, les Massorètes élaborent le système de vocalisation, par adjonction de points et de traits, ils portent donc sur ces quatre lettres, les voyelles du mot « Adonaï ».

André Chouraqui, dans sa traduction, pour aider le lecteur français à saisir cette façon de lire, a créé le graphisme ci-dessous :

Dans la traduction grecque de la Bible hébraïque (la Septante), réalisée à partir du 3ème siècle avant notre ère, le nom YHWH est rendu par kyrios, ce qui signifie « le Seigneur ». Or c’est dans la Septante que lisaient les premiers chrétiens et la majeure partie des citations de l’Ancien Testament dans le Nouveau Testament en sont extraites. Certaines argumentations, notamment chez Paul en Romains 10, ne peuvent se comprendre que si on a déjà pris l’habitude de nommer Dieu « le Seigneur ».

Les solutions adoptées dans les traductions françaises

Dès l’origine (depuis la Bible d’Olivétan publiée en 1535), les Bibles protestantes traduisent YHWH par « l’Éternel ». Cette solution a été également retenue par la traduction du grand rabbin Zadoc Kahn, à la fin du 19e siècle.

Les traductions catholiques réalisée d’après la Vulgate (traduction latine de Saint Jérôme) utilisaient « le Seigneur ». Quand à la fin du siècle dernier, les exégètes catholiques sont autorisés à traduire d’après l’hébreu, ils ont cherché à transcrire le nom divin YHWH. Cela donna le fameux « Jéhovah », dans la première traduction catholique à partir de l’hébreu, celle du chanoine Crampon. En effet, lorsqu’on lit les consonnes YHWH avec les voyelles du mot Adonaï, on obtient « JéHoVaH », ce qui constitue une lecture aberrante à laquelle certains mouvements religieux sont pourtant très attachés. Aujourd’hui, des versions catholiques comme la Bible de Jérusalem ou la Bible du chanoine Osty ont opté pour « Yahvé ». La traduction non confessionnelle de La Pléiade porte « Iahvé ».

Les traductions les plus récentes éditées ou coéditées par la Société biblique française (TOB, Français courant, Parole de Vie et Nouvelle Bible Segond) se refusent et à traduire et à transcrire ces quatre lettres et, selon l’usage de la lecture hébraïque et de la Septante, remplacent YHWH par « le Seigneur ». C’est également la solution adoptée dans la Bible catholique de Maredsous.

La transcription Yahvé se heurte à trois inconvénients :

 Ce terme n’a guère d’écho dans la sensibilité religieuse. On ne prie pas Yahvé, on n’utilise pas ce terme dans la liturgie.

 Cette prononciation est très incertaine. Des spécialistes pensent aujourd’hui que l’on devrait plutôt prononcer Yahou.

 Elle ne fait pas cas de la traduction juive, qui est de ne pas chercher à prononcer le nom de Dieu, ni de l’usage de la Septante et du Nouveau Testament.

La traduction « l’Éternel » comporte également trois inconvénients :

 Elle n’est plus guère usitée dans la prière ou les liturgies récentes des Églises issues de la Réforme.

 Une traduction de YHWH n’est instructive que dans un texte qui joue explicitement sur un sens possible de ce nom, ce qui est le cas presque uniquement dans l’épisode du buisson ardent (Ex 3.14ss). YHWH est avant tout un nom propre qui désigne une personne avant de renseigner sur ses attributs. On peut objecter que, dans la mentalité hébraïque, on attachait beaucoup d’attention au sens des noms propres. C’est vrai, cependant personne n’aurait l’idée de traduire systématiquement le nom Esaü par « Velu » ou celui de Jacob par « Talon », alors même que la Bible explique pourquoi ils reçoivent leur nom. Quand Dieu donne de nouveaux noms en fonction d’une vocation qu’il adresse, et qu’Abram devient Abraham, Saraï devient Sara, ce n’est pas pour autant que ces noms sont traduits. C’est le rôle des notes d’expliquer leur signification quand elle est utile à la compréhension du texte.

 La traduction « l’Éternel » risque de renvoyer le lecteur ou l’auditeur à un concept philosophique plus tributaire de la pensée grecque que de la mentalité biblique. Le texte biblique cherche plus à démontrer la présence de Dieu dans l’histoire des hommes que de signifier une intemporalité que la notion risque d’évoquer.

Le remplacement de YHWH par « le Seigneur » a plusieurs avantages :

 il ne heurte aucune sensibilité,
 il correspond à l’usage culturel,
 il est susceptible, à terme, de faire l’unanimité.

C’est pourquoi nous pensons à l’Alliance biblique que cette façon de rendre le nom divin représente la solution la plus acceptable. Dans les traductions de l’Alliance biblique, pour signaler que « le Seigneur » traduit le nom YHWH, on a pris le parti d’écrire ce mot en petites majuscules : « le SEIGNEUR ».

Christian Bonnet
Alliance biblique française

Psaume 130: « J’ai crié vers vous, Seigneur. Seigneur, exaucez ma prière. » v. 1. (commentaire de Jean Chrysostome)

28 octobre, 2009

du site:

http://www.croixsens.net/sermons/psaume130.php

PSAUME 130

(commentaire de Jean Chrysostome)

« J’ai crié vers vous, Seigneur. Seigneur, exaucez ma prière. » v. 1.

1. Que signifie cette expression : « Des profondeurs ? » C’est-à-dire, ce n’est pas seulement de ma bouche, ce n’est pas seulement de ma langue que sortent mes paroles, tandis que mon âme est errante, mais c’est du plus intime de mon coeur, c’est avec toute l’ardeur, tout le zèle dont je suis capable, c’est des profondeurs mêmes de mon âme. Voilà ce que produit la tribulation dans une âme, elle ébranle le coeur jusque dans ses fondements, et lui inspire une prière pleine d’une vive componction qui est nécessairement exaucée. De telles prières ont une grande puissance, car elles ne peuvent être ni abattues ni agitées, quand même le démon déploierait toute sa violence pour les attaquer. Voyez un arbre vigoureux qui a poussé de profondes racines dans la terre, et qui en embrasse tous les replis, il résiste à toute l’impétuosité des vents. Si au contraire, il ne tient qu’à la surface du sol, le moindre vent qui vient à souffler, l’ébranle, le déracine et le jette à terre. Ainsi les prières qui partent du coeur et qui ont dans l’âme des racines profondes, demeurent fermes, inébranlables et ne fléchissent jamais malgré la multitude des pensées qui viennent les assaillir, malgré toutes les attaqués du démon. Celles au contraire qui ne sortent que de la bouche et des lèvres, et ne viennent point du fond du coeur, ne peuvent monter jusqu’à Dieu, affaiblies qu’elles sont par la tiédeur de celui qui prie de la sorte. En effet, le moindre bruit, la moindre agitation suffit pour le troubler, pour le détourner de sa prière. La bouche fait entendre des sons, mais le coeur est vide, et l’esprit est absent. Ce n’est point ainsi que priaient les saints, leur prière était si fervente qu’elle allait jusqu’à plier leur corps tout entier. C’est ainsi que le bienheureux prophète Élie cherche d’abord la solitude pour prier, puis ayant mis son visage entre ses genoux, le coeur embrasé d’une grande ferveur, il adressait sa prière à Dieu. (Ill Roi 18,43). Voulez-vous le voir maintenant prier debout ? Considérez-le s’étendant, s’élevant jusqu’au ciel, d’où il fait descendre le feu sur la terre. (Ibid., 36-38). De même encore, lorsqu’il voulut ressusciter le fils de la veuve, il s’étendit tout entier sur l’enfant pour le rendre à la vie. Il ne priait pas comme nous, avec ennui et dégoût, mais avec attention, mais avec ferveur. (III Roi 17,19,22). Mais pourquoi citer ici l’exemple d’Elie et des saints ? j’ai vu des femmes dont le mari était en voyage, ou l’enfant malade, adresser à Dieu leurs prières du fond du coeur, et verser des larmes si abondantes qu’elles obtenaient ce qu’elles demandaient. Or, si ces femmes prient avec tant de ferveur pour un mari absent, pour un enfant malade, ne sommes-nous pas impardonnables de rester froids et indifférents, lorsque notre âme est plongée dans la mort ?

Aussi, qu’arrive-t-il ? C’est que nos prières restent sans effet. Considérez comme Anne priait du fond du coeur, quels torrents de larmes elle versait, et comme sa prière la transportait hors d’elle-même. (I Roi 1,10-11). Celui qui prie de la sorte, avant même d’avoir obtenu ce qu’il demande, recueille les plus grands avantages de sa prière; il impose silence à toutes les passions de son âme, apaise la colère, bannit l’envie, éteint la convoitise, affaiblit l’amour des biens de cette vie, établit son coeur dans un calme parfait et s’élève même jusqu’au ciel. De même que la pluie rend plus souple la terre desséchée qu’elle arrose; de même encore que le feu amollit la dureté du fer, ainsi une prière fervente assouplit et attendrit un coeur plus énergiquement que le feu, plus profondément que la pluie. Notre âme est molle et flexible, mais semblable à l’Ister dont les eaux durcissent sous l’influence de la gelée; notre âme aussi, sous la triste influence du péché et de la tiédeur, s’endurcit à l’égal de la pierre. Nous avons donc besoin d’une grande chaleur pour amollir cette dureté. C’est ce que produit surtout la prière. Lors donc que vous voulez prier, ne vous proposez pas seulement d’obtenir ce que vous demandez, mais faites en sorte que la prière rende votre âme meilleure; car c’est là aussi un des effets de la prière. Celui qui la fait dans ces conditions, devient supérieur à toutes les choses de la vie, son âme prend des ailes, sa pensée s’élève, sans qu’aucune passion soit capable de l’arrêter.

« Des profondeurs de mon âme, j’ai crié vers Toi, Seigneur. » Remarquez, ici deux choses : le prophète a crié vers Dieu, et il a crié du fond de son âme. Ce cri n’est pas le son de la voix, mais la disposition du coeur. « Seigneur, exaucez ma prière. » Recevons aussi ces deux leçons : premièrement que notre prière, pour être exaucée de Dieu, exige nécessairement nos efforts personnels. Aussi c’est après avoir dit : « J’ai crié vers Toi du fond de mon âme, » qu’il ajoute : « Exaucez la voix de ma prière; » secondement, qu’une prière attentive et fervente, pleine des larmes de la componction, a sur Dieu une puissance toute particulière pour en obtenir ce qu’elle demande. En effet, il ajoute : « Seigneur, exaucez ma voix, » comme un homme qui vient d’accomplir une oeuvre extraordinaire, et qui a fait tout ce qui dépendait de lui. « Que tes oreilles soient attentives à ma voix suppliante. » (Ibid., 2). Le prophète se sert de l’expression figurée d’oreilles, pour exprimer le pouvoir que Dieu a de nous entendre; de même aussi, cette voix suppliante n’indique ni les efforts de l’esprit, ni le cris extérieur de la voix, mais la vive affection du coeur. « Si Tu tiens compte, Seigneur, nos iniquités, qui pourra, grand Dieu, subsister ? » (Ibid., 3). Le psalmiste détruit ici ce prétexte que plusieurs pourraient alléguer : Je ne suis qu’un pécheur, mes iniquités sont innombrables, je ne puis m’approcher de Dieu, Le prier, L’invoquer. « Seigneur, si Tu examine nos iniquités, répond-il, qui pourra, grand Dieu, subsister ? » Qui pourra ? C’est-à-dire, personne ne pourra; car si Dieu nous demande un compte sévère de ce que nous avons fait, il n’y a personne qui puisse jamais trouver grâce et miséricorde devant Lui.

2. Si je vous parle de la sorte, ce n’est point pour favoriser la tiédeur, mais pour consoler ceux qui tombent dans le désespoir. « Car qui peut se glorifier d’avoir an coeur pur, et qui peut dire avec confiance : je suis exempt de péchés ? » (Pro 20,9). Et pourquoi parler ici des autres hommes ? Prenons un saint Paul 1ui-même, et demandons-lui un compte exact de toute sa vie, il ne pourrait y résister. Il avait lu les prophètes, comme un observateur zélé de la loi de ses pères, il avait vu les prodiges qui s’accomplissaient sous ses yeux, et cependant il ne cessait de persécuter les chrétiens. Il ne s’arrêta dans cette voie qu’après cette vision merveilleuse dont Dieu le favorisa et cette voix terrible qu’il lui fit entendre. Jusque-là il continua de répandre partout le trouble et le désordre, et cependant Dieu oublie toute cette conduite coupable, Il l’appelle, et le juge digne de ses grâces les plus abondantes.

Que dirons-nous encore de Pierre le chef des apôtres ? Après les prodiges et les miracles sans nombre dont il avait été témoin, après tant d’enseignements et d’avertissements qu’il avait reçus, ne fut-il pas convaincu d’avoir fait une chute des plus graves ? Et Dieu daigna aussi oublier ce crime et il établit Pierre à la tête des autres apôtres. Voilà pourquoi Il lui parle en ces termes : « Simon, Simon, voilà que Satan a désiré vous passer au crible comme le froment. Et moi, j’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas. » (Luc. 22,31-32). Et après ces prodiges de grâce, si Dieu venait juger les hommes sans indulgence et sans miséricorde et leur demander un compte sévère de leurs actions, Il trouverait tous les hommes coupables sans exemption. C’est ce qui faisait dire à saint Paul : « La conscience ne me reproche rien, mais je ne suis pas justifié pour cela. » « Si tu examine les iniquités, Seigneur, Seigneur. » Cette répétition n’est pas l’effet du hasard, c’est l’expression d’une âme frappée d’admiration et d’étonnement devant l’excès de la Miséricorde de Dieu, l’étendue de sa Grandeur, l’océan sans bornes de sa Bonté. « Qui pourra subsister ? » Il ne dit pas : Qui pourra échapper ? mais : « Qui pourra subsister ? » C’est-à-dire, qu’on ne pourra même soutenir la Présence de Dieu. « Auprès de Toi est le pardon.  » (lbid., 4). Que signifient ces paroles : « Auprès de Toi est le pardon ? » Ce ne sera point au nom de nos mérites, mais en vertu de ta Bonté qu’il nous sera donné d’échapper au châtiment. Ta Miséricorde seule, peut nous faire éviter la justice. Si Tu nous la refuse, c’est en vain que nous comptons sur nos bonnes oeuvres pour nous soustraire à ta Colère.

3. C’est ce que Dieu nous enseigne lorsqu’Il nous dit par son prophète : « C’est Moi qui efface vos iniquités. » (Is 43,26). C’est mon oeuvre, l’oeuvre de ma Bouté, de ma Miséricorde. Vos mérites ne suffiraient jamais pour vous arracher au supplice, si Je n’usais à votre égard de miséricorde, et il ajoute : « C’est Moi qui vous soutient. » (Is 46).  » A cause de ton Nom, je T’ai attendu, Seigneur. Mon âme s’est soutenue par ta parole. Mon âme a espéré au Seigneur.  » (Ibid., 5). Une autre version porte : « A cause de ta loi.  » Une autre : « Afin que ta parole soit connue. » Or, voici l’explication de ces paroles : C’est en ta Miséricorde, c’est en ton Nom, c’est en ta loi que j’espère, pour arriver au salut. Si je n’avais pour appui que mes lèvres, il y a longtemps que le désespoir aurait fait place à l’espérance. Mais je considère ta loi, je me rappelle ta parole, et l’espérance rentre dans mon coeur. Quelle est cette parole ? Une parole de miséricorde; n’est-ce pas lui qui a dit en effet : « Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes Pensées sont au-dessus de vos pensées, et mes Voies au-dessus de vos voies ? » (Is 55,9). Et dans un autre endroit : « Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant sa Miséricorde s’affermit sur ceux qui Le craignent. » (Ps 102,11). Et encore : « Autant le couchant est éloigné de l’aurore, autant Il a éloigné de nous nos iniquités. » (Ibid., 12). C’est-à-dire, je n’ai pas sauvé seulement ceux dont les lèvres étaient irréprochables, mais J’ai aussi fait grâce aux pécheurs, et au milieu de tous vos crimes, J’ai fait éclater ma puissante Protection et ma Sollicitude paternelle. Un autre interprète a traduit : « C’est afin que tu te rends redoutable, que j’ai attendu le Seigneur.  » A qui redoutable ? A mes ennemis, à ceux qui me tendent des pièges, et m’ont juré une haine mortelle. Que signifient encore ces paroles : « A cause de ton Nom ? » Je suis pécheur, il est vrai, et mon âme est pleine de misères innombrables; cependant, j’étais persuadé, que pour sauver ton Nom de la profanation, Tu ne nous laisseras point périr. C’est ce que bien Lui-même nous déclare dans Ézéchiel : « Ce n’est point pour vous que Je le fais, mais c’est pour mon Nom, afin qu’il ne soit point profané parmi les nations. » (Ez 26,22). C’est-à-dire, nous ne sommes pas dignes d’être sauvés, nos lèvres ne peuvent nous donner aucune espérance, mais c’est en ton Nom que nous mettons notre confiance, et c’est la seule espérance de salut qui nous est laissée. Une autre version porte : « A cause de la crainte, j’ai attendu le Seigneur.  » Un autre : « A cause de la loi, mon âme a espéré en ta parole. » Suivant une autre version : « Mon âme a attendu sa parole. » Suivant une autre : « Mon âme a espéré, et j’ai attendu sa parole. » C’est-à-dire, ses promesses, ses déclarations réitérées de bonté et de miséricorde, ont été pour mon âme comme une ancre sacrée; et je n’ai point désespéré de mon salut,

« Que depuis la pointe du jour jusqu’à la nuit, Israël espère au Seigneur, » (Ibid., 6), c’est-à-dire, toute la vie qui est figurée par le jour et la nuit. En effet, le moyen le plus assuré pour arriver au salut, est d’avoir les yeux constamment fixés sur Dieu, et de rester attaché à cette espérance malgré tant de circonstances fâcheuses qui peuvent nous jeter dans le désespoir. Dieu est un rempart indestructible, une forteresse ineprenable, une tour inattaquable. Lors même donc que par suite des événements vous seriez menacé de la mort, d’un danger sérieux, d’une ruine complète, ne cessez point d’espérer en Dieu, et d’attendre de Lui votre salut. Tout Lui est aisé et facile, et Il saura bien vous ménager une issue au milieu des dangers les plus inextricables. Ce n’est donc point seulement au temps de la prospérité que vous devez attendre la Protection divine, mais surtout lorsque vous avez à lutter contre la fureur des flots et la violence de la tempête, et que vous êtes menacé des derniers dangers. C’est le moment que Dieu choisit de préférence pour faire éclater sa Puissance. Le prophète nous engage donc ici à espérer constamment en Dieu, dans tout le cours de notre vie.

« Car dans le Seigneur est la miséricorde et une abondante rédemption. » (Ibid., 7). « C’est Lui qui rachètera Israël de toutes ses iniquités. » Que signifient ces paroles : « Dans le Seigneur est la miséricorde ? » C’est-à-dire, il y a en Dieu un trésor, une source de miséricorde qui ne cessent de jaillir sur les hommes, Or, à la miséricorde se trouve jointe la rédemption, et non pas une rédemption ordinaire, mais une rédemption abondante, et un océan immense d’amour. Quand bien même nos péchés nous auraient gravement compromis, ne nous laissons aller ni au découragement, ni au désespoir. Lorsqu’un tribunal est présidé par la clémence et la miséricorde, le juge n’exige pas un compte aussi rigoureux des crimes qui ont été commis, parce que l’inclination qui le porte à pardonner lui fait fermer les yeux sur une multitude de fautes. Telle est la conduite de Dieu, dont l’inclination et la propension naturelles sont de faire miséricorde et de pardonner. « C’est Lui qui rachètera Israël de toutes ses iniquités.· Si telle est la Nature de Dieu, et si la grandeur de sa Miséricorde doit s’étendre partout, il est évident qu’Il sauvera son peuple, et qu’Il le délivrera non seulement du châtiment, mais de ses péchés. Puisque nous sommes instruits de ces vérités, persévérons dans la prière, et ne cessons jamais de prier, que nous soyons exaucés ou non. Dieu est le maître de nous accorder ce que nous Lui demandons, mais Il est aussi le Maître de nous l’accorder quand Il le veut, et Il sait parfaitement quel est le moment favorable. Ne cessons donc de prier Dieu, de L’invoquer en nous confiant dans sa Bonté, dans son Amour. Ne désespérons jamais de notre salut, mais travaillons à l’assurer par nos oeuvres. Dieu alors ne nous fera point défaut, car il y a en Lui une miséricorde ineffable et une bonté infinie.

Puissions-nous tous en ressentir les heureux effets, par la grâce et la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ à qui soit la gloire avec le Père et le saint Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.

- Jean Chrysostome

La lettre aux Hébreux. Jésus-Christ, médiateur d’une nouvelle alliance

14 octobre, 2009

du site:

http://www.esprit-et-vie.com/article.php3?id_article=296

La lettre aux Hébreux. Jésus-Christ, médiateur d’une nouvelle alliance

P. Édouard Cothenet

Paris, Éd. Desclée, coll. « Jésus et Jésus-Christ », n° 84, 2002. – 236 p., 18 €.

Esprit & Vie n°76 / février 2003 – 2e quinzaine, p. 21-22.

Dans une brève préface, Mgr Joseph DORÉ, archevêque de Strasbourg, situe le livre dans l’ensemble de la collection Jésus et Jésus-Christ qu’il a fondée et qu’il dirige toujours. Seule des écrits du Nouveau Testament à décerner le titre de prêtre à Jésus, l’épître aux Hébreux développe une christologie originale, mettant en valeur la médiation unique opérée par le Christ entre Dieu et les hommes.

Nul ne pouvait mieux écrire ce livre que le P. A. VANHOYE, professeur à l’Institut biblique de Rome, qui, depuis sa thèse sur La structure littéraire de l’épître aux Hébreux (1963), a multiplié les études sur ce texte trop méconnu, les unes fort savantes, d’autres destinées à un large public. Citons notamment le Cahier Évangile, n°19 « Le message de l’épître aux Hébreux », puis le commentaire pastoral dans le volume collectif « Les dernières Épîtres. Hébreux-Jacques-Pierre-Jean-Jude [1] ». Pour des lecteurs peu familiers avec l’épître ou plutôt le sermon aux Hébreux, la lecture préliminaire de l’un ou l’autre de ces textes facilitera la compréhension du nouvel ouvrage où l’auteur se situe strictement dans l’axe d’une « christologie sacerdotale », fondant le salut chrétien sur la méditation de l’offrande unique que le Christ a faite de sa personne pour chacun de ses frères les hommes. S’appuyant sur une analyse précise de l’enchaînement des textes et de la valeur propre des mots, la démonstration est rigoureuse, et pourtant accessible à un assez large public, grâce à la grande clarté du style. L’auteur maîtrise si bien son sujet que tout semble couler de source. De-ci, de-là quelques notes situent la thèse par rapport à d’autres explications.

Relevons quelques points saillants.

Le titre de médiateur (mesitès), rare dans le Nouveau Testament [2], est appliqué trois fois au Christ dans l’épître aux Hébreux, dans des passages clefs (He 8, 6 ; 9, 15 ; 12, 24). L’idée de la médiation, elle, est au centre de tout le sermon, comme le montre A. VANHOYE en suivant pas à pas la construction savante du texte, à partir du préambule qui situe le Christ comme Fils, par rapport à Dieu et qui laisse entrevoir sa situation par rapport aux hommes. Quel est donc le nom que le Christ reçoit en héritage (He 1, 4) ? La suite nous montrera qu’il s’agit du titre de « grand-prêtre » (He 2, 17), dont le sermon, par touches successives, développe toute l’ampleur de signification.

La première fonction du grand-prêtre est celle de l’enseignement : c’est à ce titre que le Christ est « l’apôtre de notre confession de foi » (He 3, 1), « digne de foi » (pistos, He 3, 2). Soulignons l’importance de cet acquis : par opposition aux théologiens qui voyaient dans He 5, 1 (offrir des sacrifices pour le péché) la définition du sacerdoce en soi – ce qui permettait de légitimer les ordinations ad missam – l’épître aux Hébreux conduit à une définition beaucoup plus large du sacerdoce.

Pour être médiateur, le Christ a dû participer à la condition humaine, dans toute sa faiblesse (chair et sang en He 2, 14). De ce fait, loin d’être séparé comme les prêtres de l’ancienne alliance, il s’est fait en tout semblable à ses frères, hormis le péché, et sa disposition fondamentale est celle de la compassion. À la conception rituelle du sacrifice, s’oppose la dimension existentielle. C’est sa propre personne que le Christ offre à son Père, dans la soumission douloureuse de l’agonie (He 5, 7-10).

Les chapitres 8 à 10 établissent un parallèle entre les sacrifices du Jour des expiations (Yôm kippur, Lv 16) et le sacrifice pascal du Christ. On aurait attendu quelques précisions sur la liturgie juive, non pas telle qu’elle était pratiquée (Hébreux parle de la Tente et non du Temple), mais telle que la conçoit l’épître aux Hébreux, d’une manière analogue à celle de Philon. Pour sa part, A. VANHOYE consacre toute son attention à la doctrine théologique de l’auteur qui n’isole pas la Passion de la glorification du Christ et voit l’achèvement du sacrifice dans l’intercession que le Christ glorifié exerce pour ses frères les hommes (He 7, 25-28).

Deux questions reçoivent un large développement : « la tente plus grande et plus parfaite » (He 9, 11) ne désigne pas le ciel, mais « le corps du Christ ressuscité, nouveau lieu saint qui mène à Dieu » (la relation entre la nouvelle Alliance et la première). Contre toute édulcoration des textes, A. VANHOYE maintient la spécificité de la nouvelle Alliance qui, à la différence de Jr 31 cité in extenso, allie la nouveauté de l’alliance avec la nouveauté du culte. On ne peut donc « concevoir la nouvelle alliance fondée sur l’oblation du Christ comme une simple restauration de l’alliance du Sinaï » (p. 188).

L’ouvrage est consacré au sacerdoce du Christ et laisse de côté les passages d’exhortation. Puis-je relever une discordance dans un sermon par ailleurs si construit ? Comment se fait-il qu’un auteur qui souligne si fort la compassion du Christ se montre à ce point sévère contre les fidèles tombés dans le péché grave (He 10, 26 s.), passage qui inspirera la théorie des péchés irrémissibles ? Certes, il faut faire la part du genre oratoire. La difficulté n’en subsiste pas moins et se retrouve aujourd’hui encore dans la discipline pénitentielle de l’Église.

Merci au P. VANHOYE pour ce profond exposé qui montre si bien qu’on ne peut éclairer la nature du salut chrétien sans référence à la première Alliance, mais en même temps sans une vision claire du mystère du Christ dans sa double relation à Dieu et à ses frères les hommes. L’unité entre les deux grands commandements n’est-elle pas fondée en définitive sur la personne même du Christ ? Telle est la conclusion ultime qui vient à l’esprit en refermant ce beau livre.

[1] Paru chez Bayard Éditions/Centurion, Paris, 1997 (en collaboration avec É. Cothenet et M. Morgen pour les autres épîtres).

[2] Citons ce texte d’une hymne ancienne, contenue en 1 Tm 2, 5 : « Il n’y a qu’un seul Dieu, un seul médiateur aussi entre Dieu et les hommes, un homme : Christ Jésus, qui s’est donné en rançon pour tous. » Seule autre occurrence : Ga 3, 19 s.

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