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LE SACRIFICE D’ABRAHAM: L’ÉPREUVE – GENÈSE 22, 1-19

10 juin, 2013

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LE SACRIFICE D’ABRAHAM

GENÈSE 22, 1-19

L’ÉPREUVE

Abraham est le père des croyants. Père d’une multitude, nous dit son nom. Et de fait, juifs, chrétiens, musulmans, ou croyants ne se rattachant à aucune de ces religions, comme les premiers fils d’Israël avant Moïse et David, tous, nous vivons en fils spirituels d’Abraham, que nous soyons ou non ses descendants génétiques. Nos ancêtres avaient accueilli Abraham comme père spirituel, et nous avons adhéré à leur choix, reçu leur héritage. Qu’est-ce à dire ? C’est-à-dire que nous marchons avec Dieu comme Abraham marchait avec Dieu : Sois intègre, et marche devant ma face (Genèse 17, 1). Cela veut dire aussi que nous recevons nos leçons spirituelles en lisant et en méditant la vie d’Abraham. Il est notre chef de file et nous suivons ses pas. Nous avons entendu la divinité l’appeler : Quitte ton pays, ta patrie, la maison de ton père, et va ! Va pour toi,… va vers le pays que je te ferai voir (Gen 12, 1). Aujourd’hui, alors qu’on lui demande à nouveau de partir en emmenant avec lui son fils Isaac, nous nous interrogeons sur le sens de cette épreuve, voulue par Dieu, pour Abraham mais aussi pour notre édification. Avec lui, nous voici conviés en multitude, afin d’éprouver et de faire croître notre force spirituelle, et peut-être, nous aussi, pour nous laisser détacher de notre bien le plus précieux, pour offrir en sacrifice le meilleur de ce que Dieu nous a déjà accordé.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Même s’il faut du temps pour s’en convaincre, pour lever les yeux comme Abraham au troisième jour, pour porter plus haut notre regard, plus haut que la seule lecture des faits immédiats. Cependant, nous ne négligerons rien des faits immédiats, et goûterons la simple lecture de cette page admirable. Que dit-elle ? Dieu ne veut pas de sacrifices humains ? On a beaucoup dit cela, et c’est vrai. Les sacrifices humains étaient pratique courante au temps d’Abraham, et longtemps après lui on les trouve encore en beaucoup de civilisations. Pourtant, en dépit de la nécessité pérenne de dissuader les hommes des sacrifices humains, ce n’est pas cela que Dieu nous enseigne par Abraham dans cette épreuve, c’est bien davantage. Dieu nous enseigne à vivre avec foi, en nous appuyant sans restrictions sur la parole divine.

La foi d’Abraham
Observons d’abord à quel point Abraham n’a nul besoin d’apprendre que Dieu ne veut pas de sacrifices humains. Non seulement cette pratique n’a plus cours chez les Hébreux, qui sacrifient et sacrifieront encore longtemps des animaux, mais Abraham, le premier Hébreu, sait si bien cela que son fils en a déjà reçu l’enseignement. C’est pourquoi Isaac, alors qu’il ignore tout de ce que Dieu a dit à son père, pose la question : mais où est l’agneau ? En voyant tous ces préparatifs, jusqu’au bois qu’on charge sur son dos, Isaac comprend que son père et lui sont venus adorer Élohim sur cette montagne, et Abraham le confirme en disant aux deux jeunes de rester jusqu’à son retour, après qu’il se sera prosterné avec son fils. Il ne manque rien à la préparation d’un sacrifice, si ce n’est l’agneau, en effet, la victime à offrir — l’essentiel — qu’on semble avoir oublié.
La question posée par Isaac est au cœur d’un dialogue aussi intense que bref. Et ce dialogue est enserré entre deux formules identiques, en inclusion, comme une amande dans la coque qui la contient : Et ils allaient, eux deux ensemble. Bien qu’identiques dans leur forme, bien que décrivant la marche conjointe du père et du fils dans une union que leur échange n’aura pas entamée, ces deux formules marquent une avancée majeure, dont le sens va s’éclairer avec l’analyse du dialogue.
Prenant conscience d’une grave lacune dans le sacrifice en préparation, Isaac, soudain, n’est plus en union avec son père. Il s’arrête, il ne suit plus. Son appel est un cri de détresse : « Mon père ! où es-tu ? je suis perdu ! — Me voici avec toi, tu es mon fils ». La réponse d’Abraham n’est pas de simple convenance ; il revient vers son fils, qui a besoin d’être rassuré. Car Isaac sait que son frère Ismaël, avant lui, est resté longtemps le fils de la promesse, et n’est écarté que depuis peu. Isaac est-il vraiment l’héritier qui peut marcher en confiance avec son père ? En l’appelant « mon fils », Abraham renouvelle son élection. Mais Isaac, encore, a besoin de combler un vide, et sa question surgit, très embarrassante pour Abraham. Si celui-ci révèle ce que Dieu lui a demandé, Isaac comprendra qu’il a cessé d’être l’élu, et perdant toute confiance en son père qui le trahit, cessera de le suivre. Mais s’il ne dit rien, s’il choisit d’ignorer qu’il n’a pas d’agneau, rien à offrir, quel fils pourrait encore suivre un père aussi désinvolte dans sa relation à Dieu ? Abraham est pris au piège. Va-t-il perdre son fils ? Au jour de détresse, invoque-moi ! Je te délivrerai et tu me rendras gloire. Abraham sait que la divinité lui a promis secours et protection. Est-il possible que la volonté divine soit de faire mourir Isaac ? Dieu n’a pas donné ce fils, si longtemps attendu, pour le reprendre maintenant. Quelque chose va se produire pour sortir de cette impasse. Un agneau tombera du ciel pour Isaac, le piège s’ouvrira d’une manière ou d’une autre, mais Dieu ne peut pas renier sa promesse en reprenant la vie de l’enfant. Je m’en tiens aux instructions divines et Isaac vivra. C’est Dieu qui fournira l’agneau pour l’élévation. Le moment venu, mon fils, à l’élévation.
La réponse d’Abraham est un acte de foi. Elle témoigne d’une certitude tellement confiante de recevoir des secours, qu’elle constitue un puissant appel à Dieu, une invocation qui ne saurait rester sans suite. Dieu entend. Dieu veillera à l’agneau pour l’élévation. Et Dieu a entendu. Dieu a donné l’agneau à l’élévation. Non que la prière d’Abraham ait été efficace, mais parce que sa foi n’a pas vacillé devant l’invraisemblance de la parole divine. Ce qui permet à Dieu de mettre sur ses lèvres la prière — Élohim veillera à l’agneau pour lui — qui rend Abraham juste par la foi. Le juste ne compte que sur Dieu. Le juste est exaucé. Car Dieu entend d’autant mieux sa prière que c’est lui qui la provoque. C’est ainsi que Dieu construit l’homme.

Et ils allaient, eux deux ensemble
Ils reprennent leur marche commune, et ce signe d’unité nous enseigne qu’Isaac a reçu les apaisements nécessaires. Il est revenu dans les pas d’Abraham, et bien qu’il ignore encore tout de ce que Dieu demande à son père, il a toute confiance en lui. Isaac adhère à la foi de son père : Dieu veillera à l’agneau de cette liturgie qui lui est destinée, le moment venu, à l’élévation. Et l’adhésion d’Isaac à la foi d’Abraham est si forte, qu’il va laisser son père le marquer aux liens comme on marque un agneau, le placer sur l’autel au-dessus des bois. Sa foi le soutient toujours lorsqu’il voit son père prendre et lever le couteau. Il ne proteste pas, il ne manifeste aucune crainte, il n’a aucun doute.
Nos esprits modernes en restent confondus. Le doute, c’est nous qui l’éprouvons. La foi d’Isaac ? Allons donc ! Ne voyez-vous pas plutôt un enfant sans intelligence, incapable de discerner ce que son père trame dans son dos ? Les sacrifices humains ne sont pas si loin ; Abraham n’est-il pas en train d’y revenir, découvrant tardivement qu’il a eu tort de laisser partir Ismaël ? On peut penser tout cela, oui, mais rien ne tient. Car Isaac, capable de discerner qu’il manque l’agneau du sacrifice, sait aussi que son père est un prophète (Gn 20, 7) qui parle à Dieu et comprend sa parole. Isaac sait qu’Abraham, par l’intercession de sa prière, a obtenu de Dieu la guérison d’Abimélek (20, 17). Comment pourrait-il douter de la parole d’un père aussi proche de la divinité ? C’est certain : le miracle attendu par Abraham, Isaac l’attend lui aussi.
C’est ainsi que la foi se propage, de père en fils. Seul celui qui croit en une parole divine d’apparence aussi amère, aussi absurde, et qui la suit, sans s’arrêter aux apparences, seul celui-là sera justifié, à cause de sa foi. Et sa foi, en obtenant le don accordé à l’homme juste, porte, sans même qu’il le sache, le témoignage de la miséricorde infinie de Dieu.

L’agneau et le bélier
Le miracle est venu, comme il était attendu. Pour mieux dire, le miracle est venu marquer la délivrance du père et du fils, pris au piège ensemble dans cette nasse où Dieu les avait poussés, pour que, dans la détresse, ils invoquent leur Seigneur et que leur délivrance lui rende gloire. Certains s’interrogeront sur les raisons de ce jeu cruel, dans lequel Dieu nous apparaît comme un maître de l’arbitraire, usant de son pouvoir illimité pour piéger l’homme aux seules fins de l’entendre crier au secours et de venir le délivrer. Dieu se donnant le beau rôle, en somme, pour briller, comme dit le mot grec Zeus. C’est ainsi que les apparences nous trompent, lorsqu’on s’en tient aux faits décrits sans les critiquer. Car Dieu n’est jamais arbitraire, et son action est entièrement ordonnée au bonheur de l’homme. Aussi le moment est-il venu de la critique des faits. Il nous faut maintenant rechercher la vérité de Dieu derrière ces apparences, en examinant avec attention incohérences, bizarreries, toutes les aspérités de ce récit, afin d’en éclairer la lecture et d’en découvrir la leçon profonde.
Abraham et Isaac ont demandé un agneau pour l’élévation, et voici que Dieu leur envoie un bélier. Dans la Bible, le petit troupeau se compose de brebis et de chèvres, souvent confondues, mais il n’y a jamais de confusion entre le mâle, animal de tête, bélier ou bouc (ayil presque toujours, parfois ‘atoud) et ce qui suit, les brebis ou les chèvres. Dans ce passage, la confusion est d’autant moins possible qu’il ne s’agit pas d’une brebis mais de son agneau, animal faible, à protéger, qui se situe à l’opposé du bélier dans la hiérarchie du troupeau. Il faut alors se souvenir que la Bible doit être lue comme un guide spirituel, et non comme une leçon de choses : les mots renvoient moins à des objets physiques qu’aux notions spirituelles représentées par ces objets. Ainsi le bélier (ou le bouc) est avant tout un premier, un chef de file, dont le nom ayil, de la racine oul, être fort, être en tête, désigne en effet une tête qui entraîne toute la troupe à sa suite, comme les chefs de guerre de Moab (Ex 15, 15) ou les grands du pays de Juda (2 R 24, 15, Éz 17, 13). On est conduit à se demander si ce bélier ne serait pas le vieil Abraham lui-même, chef de file si différent de l’agneau fragile Isaac, que l’Écriture appelle le jeune, ou l’enfant, et qui requiert la protection attentive dont on entoure toute vie naissante.
D’autre part, l’attitude d’Abraham découvrant ce bélier est décrite d’une façon assez surprenante. Alors qu’Abraham est attentif à la parole de l’envoyé de Yhwh qui l’interpelle depuis les cieux, il lève les yeux, dit le texte, et son regard « tombe » sur un bélier, qui loin de descendre du ciel est immobilisé au sol. N’aurait-il pas dû plutôt baisser les yeux pour voir ce bélier ? Enfin, la syntaxe de ce verset 13 introduit avec emphase l’objet que va découvrir Abraham, comme pour nous préparer à une surprise. Ce qui devrait nous paraître étrange, ce n’est donc pas le mouvement des yeux d’Abraham vers le ciel pour découvrir ce bélier, mais plutôt le bélier lui-même. Car nous attendions un agneau pour Isaac, et voici un bélier pour Abraham. Quel est donc le sens de cette expression, lever les yeux ?

Un chef de file paralysé
L’homme qui lève les yeux prend conscience de quelque chose dont il ne s’était pas encore rendu compte, et qui va le faire changer d’attitude. C’est Lot découvrant que la plaine du Jourdain est bien arrosée, et qui décide de s’y établir (Gn 13, 10) ; c’est Abraham qui aperçoit trois hommes se tenant près de lui, et qui se porte à leur rencontre (Gn 18, 2) ; ce sont les enfants d’Israël voyant les Égyptiens lancés à leur poursuite, et qui crient vers Yhwh (Ex 14, 10). Soyons certains que ce bélier, immobilisé dans un fourré, était déjà là, à portée du regard d’Abraham, qui pourtant n’avait rien vu. Mais peut-être se doutait-il de quelque chose, car Abraham, un peu plus tôt, a déjà levé les yeux (verset 4), et il a vu de loin (de façon imprécise encore), ce « lieu » où Élohim le conduit. Pressent-il alors où Dieu veut en venir ?
En écoutant l’envoyé de Yhwh qui arrête sa main, Abraham va découvrir quelque chose d’essentiel. « Je sais que, pour moi, tu n’as pas refusé ton fils, ton unique » (verset 12), lui dit l’envoyé divin. S’il est vrai qu’Abraham a bien fait cela pour Élohim, comme on le comprend d’après ce qu’il dit à son fils (“ Élohim verra à l’agneau pour lui ”), nous comprenons aussi que Dieu ne demandait pas ce sacrifice pour lui-même. Il suffit pour s’en convaincre d’observer que la précision “ pour moi ” ne figure ni dans la demande initiale (verset 2), ni surtout dans la seconde intervention de l’envoyé de Yhwh (verset 16), où sont repris les termes de la première à l’exception de “ pour moi ”. Mais alors, pourquoi cette précision figure-t-elle dans la première intervention, au verset 12 ? Parce que c’est elle qui fait savoir à Abraham que son sacrifice est agréé tel qu’il l’entendait, comme il l’avait compris, pour Élohim. Et la précision est impérative, faute de quoi Abraham, dont on arrête la main qui tient le couteau, serait fondé à croire que son sacrifice est refusé. Il est agréé, et la seconde intervention confirme pleinement l’agrément du sacrifice. Mais la première, en arrêtant la main qui tient le couteau, a pour but de faire comprendre à qui lève les yeux, que ce sacrifice était nécessaire à la montée spirituelle d’Abraham et non pas au plaisir de Dieu.
Ici commence à s’éclairer la description du « bélier ». Il est immobilisé, retardé (ahar), en panne, arrêté, nèèkhaz baçebakhe, «  prisonnier dans le buisson », empêtré dans le fourré (avec l’article défini, ce qui exclut toute référence à un fourré du paysage dont il n’a pas été fait mention : le mot est employé au sens figuré), beqarenayw « dans ses cornes », la corne étant symbole de la force spirituelle du juste. Voici donc Abraham privé des moyens d’avancer : il ne peut plus progresser dans sa montée spirituelle parce qu’il n’a plus de force. Au lieu de suivre devant elles un chef de file qui les emmène vers le ciel, les multitudes que nous sommes n’auront-elles donc à contempler qu’un père immobile, arrêté sur le bord de la route ? Pourquoi Abraham est-il en panne ? Et pourquoi doit-il offrir son fils Isaac en remède à sa fâcheuse posture ?

Amour et sacrifice
Si Dieu demande à Abraham de se détacher d’Isaac, c’est parce qu’il s’est attaché à son fils par un lien qui le tient prisonnier. Abraham aime Isaac d’un amour possessif, et la divinité le lui fait comprendre en l’appelant à l’épreuve. Dès les premiers mots, il lui est demandé de prendre son fils unique, celui qu’il aime, Isaac. Étrange façon de désigner Isaac, car ce n’est pas un fils unique, et pendant de longues années Abraham a tenu Ismaël pour son héritier, jusqu’à l’intervention divine lui annonçant que Sara serait mère. Et Abraham aime Ismaël. Apprenant qu’il sera père d’un second fils, il témoigne de son amour pour son aîné en priant Dieu qu’Ismaël vive (Gn 17, 18). Plus tard, lorsque Sara veut chasser Ismaël et sa mère, Abraham est fortement contrarié et n’accepte de satisfaire Sara qu’à la demande expresse d’Élohim, qui lui promet alors de faire d’Ismaël une grande nation (Gn 21, 13). Ces événements nous montrent qu’Abraham veut le bien d’Ismaël, ce qui est le signe d’un amour authentique. C’est ainsi que Dieu nous aime. Or, c’est à la suite de ces événements (verset 1) que Dieu dit à Abraham « Prends Isaac, ton fils unique que tu aimes ». Voilà une parole qui sonne comme un reproche immérité, et qui doit amener Abraham à s’interroger : comment donc aime-t-il Isaac ?
Dieu décrit l’amour d’Abraham pour Isaac en employant le verbe aimer ahab, dont c’est ici la première occurrence, mais dont le sens va se préciser un peu plus tard, avec le chasseur Ésaü, le fils préféré de son père Isaac : Isaac aimait Ésaü à cause du gibier dans sa bouche (Gn 25, 28). Ahab, il aime. Mais il aime d’un amour de jouissance, un amour possessif ! Ce n’est pas ainsi que Dieu aime l’homme. Dieu nous aime avec le verbe raham, d’un amour viscéral, comme une mère son enfant ; avec le verbe hanan, de sa miséricorde qui nous fait grâce ; avec le verbe hasad, qui exprime sa bonté, son désir de rendre heureux l’être aimé. C’est ainsi qu’Abraham aimait Ismaël, en désirant son bonheur. Mais aujourd’hui, si Abraham aime Isaac, c’est parce que celui-ci concrétise la promesse divine d’une nombreuse descendance. Abraham tient enfin l’héritier si longtemps attendu, l’héritier fils unique de son sang par la femme choisie. En vérité, Abraham n’aime point tant son fils que sa situation de père d’Isaac par Sara. Abraham a pris possession de sa descendance, oubliant que c’est à Dieu qu’il doit tout. Jouissant de sa possession, il s’égare, il quitte les chemins de Dieu, sans même s’en apercevoir. Le juste reçoit tout de Dieu. Il ne possède rien pour lui-même, rien ne lui est jamais acquis. C’est pourquoi Abraham doit se détacher de la possession de son fils, pour retrouver sa force spirituelle. Abraham doit sacrifier tout ce qu’il aime comme « un gibier dans sa bouche ».
Dans ce texte, le sacrifice a pris le nom d’élévation. Plus souvent, on rencontre le mot zebah (abattage d’animaux) ou encore le verbe shahat (égorger) qu’on voit ici au moment où Abraham lève le couteau. C’est en raison de leurs habitudes de sacrifices sanglants sur les animaux, que les Hébreux ne voyaient plus dans le mot ‘olah (élévation) qu’un holocauste, un sacrifice sanglant, entièrement consommé par le feu, comme Abraham est décrit prêt à le faire. Mais la racine du mot ‘olah, le verbe monter (‘alah), indique une origine spirituelle plus profonde, et la seule image d’une fumée d’holocauste montant vers le ciel ne suffit pas à rendre compte de ce verbe. Certes, l’image est juste, mais elle n’est qu’un signe qui pointe sur une réalité plus haute. On retrouvera cette réalité avec Moïse, lorsque Dieu veut faire monter son peuple d’Égypte, ce que l’Écriture exprime avec les mêmes mots que faire monter une élévation. Car ce peuple est lui aussi arrêté dans sa montée spirituelle, prisonnier de son amour des richesses, des viandes, des poissons et des oignons d’Égypte. Pour les faire monter, Dieu arrachera les fils d’Israël à leurs amours possessives, comme il arrache Abraham à son amour de jouissance d’Isaac. C’est un sacrifice. Ce sacrifice n’est pas sanglant, mais il est toujours douloureux.

« Fais-le monter en élévation »
Le deuil est à faire de ce qu’on aime d’un amour possessif, deuil des jouissances passées. C’est ce que va faire Abraham, en partant comme un pélerin. Il se lève de bon matin. Quand il faut partir il n’est pas bon d’attendre, à ressasser cent raisons de renoncer, de fuir l’appel. Abraham « selle » son « âne » (verset 3, cf. notes). Il est certainement très troublé par la demande étrange qui lui est faite. Il faut « dominer » son « trouble ». Serait-ce mal d’aimer Isaac ? Dieu ne peut pas renier sa promesse ! Va pour toi ! C’est le rappel de son envoi au commencement de son histoire, l’envoi de la promesse. Abraham « considère » ces toutes « premières années » (verset 3, idem), au début de sa marche avec Dieu, sa jeunesse spirituelle. Il en revoit les moments principaux, il « analyse » les étapes, « les points d’appui » qui ont jalonné sa « montée » vers Dieu (il fend les bois d’élévation). Allons, debout ! Il part, il suit la divinité qui le guide. Après trois jours de marche, il commence à comprendre qu’il lui faut laisser là « les troubles » exquis de ses « années passées ». Restez pour vous, ici, avec l’âne. Restez là où vous êtes ! Le passé est le passé. Car ce qui compte, maintenant, c’est de transmettre la flamme à Isaac, tout ce que Dieu a déjà donné. C’est maintenant lui, le jeune, qui aborde son itinéraire spirituel. Moi et le jeune, nous allons avancer jusque là, jusqu’au point où Dieu m’a mené à ce jour. Nous avancerons ensemble, et nous nous abaisserons devant lui, car c’est à Dieu que nous devons tout ce que nous vivons. Et Abraham expose à Isaac, et lui fait prendre en charge ces points essentiels qui structurent la montée vers Dieu (il transmet à son fils « les bois d’élévation »). Mais lui-même garde la main sur le couteau qui tranche pour détacher ce qui sera offert, et sur la flamme qui en consume le sacrifice.
Alors surgit la question d’Isaac. Que faut-il sacrifier ? Où faut-il couper, entre ce qui demeure et ce qui sera consommé par le feu ? — C’est Dieu qui voit cela, mon fils. C’est Dieu, en effet, qui désigne l’offrande, car l’homme aveuglé par son désir ne peut rien discerner. Il faut suivre la parole divine, il faut sacrifier Isaac. C’est en levant son couteau qu’Abraham rejette ses adhérences passées : il tranche son lien de possession sur Isaac. Dieu agrée l’offrande, qui monte vers le ciel. Abraham a fait monter le « bélier », c’est-à-dire lui-même, sous couvert de son fils. Le bélier paralysé est parti en fumée, Abraham est un homme nouveau. Dieu le bénit parce qu’il ne « lui » a pas refusé son fils (verset 12). Est-ce à dire que Dieu avait besoin de cet agneau pour lui-même, comme pour accomplir sa divinité ? Non, mais Abraham avait besoin de le croire pour monter, pour accomplir son humanité. Dieu prend le mauvais rôle, le rôle du ravageur, du pilleur, comme dit ce nom Él Shaddaï sous lequel il se révèle dans la Genèse. Car si Abraham ne croit pas que Dieu veuille reprendre la vie d’Isaac, jamais il ne renoncera à l’amour possessif dont il aime son fils. En suivant avec foi la parole, sans la comprendre, sans résoudre son apparente absurdité, en acceptant d’accomplir la volonté divine, Abraham, après coup, va comprendre qu’il n’a pas agi pour plaire à Dieu mais en vue de son propre bonheur. Va pour toi ! avait dit Dieu. C’est bien pour lui-même qu’il est allé à la montagne, pas pour Dieu. Ta récompense sera très grande. Seule la foi aveugle en une parole amère l’a conduit à la douceur de la paix. Comprendre est la récompense de la foi.
Abraham est devenu un homme nouveau. Il peut maintenant revisiter librement ses jeunes années, avec son fils Isaac. Abraham est retourné vers « ses jeunes ». Ils sont allés ensemble vers Béer-Sheba. Ils se sont approchés, et ensemble ont pénétré ce Puits de l’Engagement, Béer-Sheba ! Mystère de la foi qui s’engage en aveugle, sur une impossible parole. Abraham a choisi cette demeure exigeante. Abraham demeure maintenant à Béer-Sheba.
Sur la montagne, YHWH a scruté l’homme. Il a éprouvé, sondé sa capacité à devenir comme Élohim. L’homme a répondu à l’appel divin. Et Dieu l’a fait monter d’un degré vers le ciel.
L’action divine est toujours ordonnée au bonheur de l’homme. Dieu ne veut pas de sacrifice pour lui-même, mais c’est de cette manière, en obtenant de nous le sacrifice de nos adhérences, qu’il soigne notre surdité à sa parole. Tu ne veux ni offrande ni sacrifice, mais tu me creuses des oreilles. Ce que le lecteur peut découvrir aujourd’hui dans la méditation du Psaume 40, tous les hommes, qu’ils connaissent ou non le roi David et ses Psaumes, peuvent le découvrir avec Abraham. C’est pour cela qu’il est notre père dans la foi.

DIMANCHE 9 JUIN : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE – 1 Rois 17, 17-24

7 juin, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 9 JUIN : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – 1 Rois 17, 17-24
17 Le prophète Elie habitait chez une femme 
 dont le fils tomba malade ;
 le mal fut si violent que l’enfant expira.
18 Alors la femme dit à Elie :
 « Qu’est-ce que tu fais ici, homme de Dieu ? 
 Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes 
 et faire mourir mon fils ! »
19 Elie répondit :
 « Donne-moi ton fils ! » 
 Il le prit des bras de sa mère, 
 le porta dans sa chambre en haut de la maison 
 et l’étendit sur son lit.
20 Puis il invoqua le SEIGNEUR : 
 « SEIGNEUR, mon Dieu, 
 cette veuve chez qui je loge, 
 lui veux-tu du mal jusqu’à faire mourir son fils ? »
21 Par trois fois, il s’étendit sur l’enfant 
 en invoquant le SEIGNEUR : 
 « SEIGNEUR, mon Dieu, je t’en supplie, 
 rends la vie à cet enfant ! »
22 Le SEIGNEUR entendit la prière d’Elie ; 
 le souffle de l’enfant revint en lui : 
 il était vivant !
23 Elie prit alors l’enfant, 
 de sa chambre il le descendit dans la maison, 
 le remit à sa mère et dit : 
 « Regarde, ton fils est vivant ! »
24 La femme lui répondit : 
 « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, 
 et que, dans ta bouche, la parole du SEIGNEUR 
 est véridique. »

Ceci se passe à Sarepta, sur la côte méditerranéenne, là où à l’occasion d’une grande sécheresse qui sévissait en Israël, Elie a trouvé refuge auprès d’une veuve pauvre ; il avait déjà, rappelez-vous, accompli pour elle et son fils un premier miracle : tout au long de la période de famine, les maigres réserves de farine et d’huile de la famille n’avaient pas baissé et la femme avait pu se nourrir ainsi que son fils et le prophète étranger qu’elle avait accepté d’accueillir sous son toit. Mais à quoi bon multiplier la nourriture si c’est pour mourir tout de même ? Pendant que le prophète habitait chez la veuve de Sarepta, voici que son fils tombe malade et meurt. Or, dans la mentalité de l’époque, une mort prématurée était forcément considérée comme un châtiment. Si la veuve avait perdu son mari, déjà, sans nul doute, elle était coupable, même sans le savoir ; la mort de son fils venait confirmer le verdict. C’est donc tout naturellement qu’elle dit à Elie : « Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! »
 Dans sa douleur, elle emploie même une formule particulièrement dure : littéralement « Qu’y a-t-il entre toi et moi ? » Petite phrase que nous connaissons bien, puisque Jésus lui-même l’a adressée à sa mère lors des noces de Cana. La traduction donnée dans notre lecture « Qu’est-ce que tu fais ici, homme de Dieu ? » rend assez bien la révolte de la femme qui attribue à la présence d’Elie la mort de l’enfant. Cette idée que Dieu pourrait en vouloir à notre vie nous effleure parfois, peut-être ; la suite du texte prouve au contraire, que l’oeuvre de Dieu est une oeuvre de vie et de guérison. Aussi, en rendant la vie au fils de la veuve, Elie accomplit-il beaucoup plus qu’une guérison physique : il ouvre la femme à la vérité. Désormais elle saura que la mort n’est pas un châtiment ; elle saura aussi que Dieu est le Dieu de la vie. Cette païenne vient d’être libérée de ses fausses idées sur Dieu !
 L’auteur du livre des Rois, quant à lui, poursuit un projet bien précis quand, des siècles après les événements, il donne cette histoire à méditer à ses contemporains : car la veuve de Sarepta est une païenne, par hypothèse ; or elle sait reconnaître l’envoyé de Dieu et elle sait reconnaître Dieu à l’oeuvre à travers lui.
 Pendant ce temps, le peuple élu, bénéficiaire de tant de prédication prophétique depuis si longtemps, oublie son Dieu et méconnaît Elie, son prophète. Car ceci se passe, rappelez-vous, sur fond d’idolâtrie : la reine Jézabel a entraîné le peuple dans le culte des Baals ; c’est bien le monde à l’envers : le peuple élu abandonnant l’Alliance et des païens devenus capables de reconnaître le vrai Dieu. A bon entendeur salut, semble nous dire l’auteur. Il en profite pour délivrer également un autre message qui devient de plus en plus insistant au fur et à mesure que progresse la découverte des hommes de la Bible : Dieu ne réserve pas ses bienfaits au seul peuple d’Israël, toute l’humanité est appelée à en bénéficier. « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » avait dit Dieu à Abraham (Gn 12, 3). Et depuis la révélation du buisson ardent, on sait que, partout sur toute la terre, Dieu entend les cris, Dieu voit les larmes des veuves et des orphelins ; et il envoie ses prophètes pour les soulager.
 Quelques siècles plus tard, Jésus aura encore besoin de rappeler cette leçon à ses contemporains : un matin de shabbat à la synagogue de Nazareth, ils l’ont entendu affirmer : « Oui, je vous le déclare, aucun prophète ne trouve accueil dans sa patrie. En toute vérité, je vous le déclare, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d’Elie, quand le ciel fut fermé (il ne plut pas) trois ans et six mois et que survint une grande famine sur tout le pays ; pourtant ce ne fut à aucune d’entre elles qu’Elie fut envoyé, mais bien dans le pays de Sidon, à une veuve de Sarepta. » Les lecteurs du livre des Rois, les auditeurs de Jésus avaient, il faut le croire, du mal à l’admettre ! Ils ont peut-être d’autant plus de mal que cette pauvre veuve, bien humble, qui n’a bénéficié d’aucun catéchisme, se permet de leur donner la véritable définition du prophète : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que, dans ta bouche, la parole du Seigneur est véridique. » A un moment, précisément, où les prophètes n’avaient guère d’audience, le livre du Deutéronome avait justement insisté sur la gravité de ce refus d’écouter : « C’est un prophète comme toi (Moïse) que je leur susciterai du milieu de leurs frères ; je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui ordonnerai. Et si quelqu’un n’écoute pas mes paroles, celles que le prophète aura dites en mon nom, alors moi-même je lui en demanderai compte. » (Dt 18, 18-19). La méconnaissance des contemporains d’Elie, celle des contemporains de Jésus n’en apparaissent que plus clairement : Dieu parle par ses prophètes et personne ne les écoute.
 Refrain connu : Elie lui-même, dans un de ses moments de découragement, s’en plaignait à Dieu : « Je suis passionné pour le Seigneur, le Dieu des puissances : les fils d’Israël ont abandonné ton alliance, ils ont démoli tes autels et tué tes prophètes par l’épée ; je suis resté moi seul et l’on cherche à m’enlever la vie. » (1 R 19, 10).  Mais n’oublions pas qu’à cette plainte d’Elie, Dieu a répondu en lui faisant remarquer une présence qu’il avait peut-être tendance à sous-estimer : celle d’une multitude de croyants anonymes dont la foi n’avait pas chancelé. Réponse valable en tous temps : à plusieurs reprises, Jésus s’est émerveillé de la foi de ses interlocuteurs : à notre tour, il nous suffit peut-être d’ouvrir les yeux, nous ne sommes pas seuls, des croyants nous entourent.

PAR SAINT AUGUSTIN: PSAUME 7: LE SILENCE DE JÉSUS-CHRIST

5 juin, 2013

http://docteurangelique.free.fr/livresformatweb/complements/psaumessaintaugustin.htm#_Toc71884708

PAR SAINT AUGUSTIN

PSAUME 7: LE SILENCE DE JÉSUS-CHRIST

Ce psaume est le chant de l’âme arrivée à la perfection, et à qui la foi découvre les mystères de la passion inconnus aux Juifs et aux pécheurs actuels. Elle comprend la patience silencieuse de Jésus à l’égard de Judas; et pourquoi, lui qui était juste, a voulu souffrir.
PSAUME DE DAVID QU’IL CHANTA AU SEIGNEUR, POUR LES PAROLES DE CHUSI, FILS DE GÉMINI.
1. Il est facile de connaître par l’histoire du second livre des Rois, ce qui donna occasion à cette prophétie. Elle nous apprend que Chusi ami du roi David, passa dans les rangs d’Absalon révolté contre son père, afin de reconnaître ses desseins, et de rapporter à David toutes les trames que ce fils ourdissait contre lui avec Achitopel, qui avait trahi l’amitié du père, pour soutenir de tous les conseils qu’il pourrait donner, la révolte du fils. Mais dans ce psaume, il faut envisager l’histoire, moins en elle-même, que comme un voile jeté par le Prophète sur un grand mystère; levons donc ce voile (II Cor. III, 16) si nous avons passé au Christ. Cherchons d’abord quel sens peuvent avoir les noms; car on n’a pas manqué d’interprètes pour les étudier, non plus à la lettre et d’une manière charnelle, mais dans un sens figuré, et pour nous dire que Chusi signifie Silence, Gémini, la Droite, et Achitopel, la Ruine du frère; dénominations qui ramènent une seconde fois sous nos yeux ce traître Judas, figuré ainsi par Absalon dont le nom signifie Paix de son père. David, en effet, eut toujours des sentiments de paix pour ce fils au coeur plein d’artifices et de rébellion, ainsi qu’il a été dit au psaume troisième (Enarrat. in Ps. III, n.1). De même que dans 1’Evangile nous voyons Jésus-Christ donner le nom de fils à ses disciples (Matt. IX, 15), nous le voyons aussi les appeler ses frères. Après sa résurrection, le Seigneur dit en effet: « Allez, et annoncez à mes frères (Jean, XX, 17)». Saint Paul appelle Jésus-Christ le premier-né de tant de frères (Rom. VIII, 29). On peut donc désigner la ruine du disciple qui le trahit, sous le nom de ruine du frère, selon le sens que nous avons donné au nom d’Achitopel. Chusi, qui signifie Silence, désigne très-bien ce silence que Notre Seigneur opposait aux perfidies de ses ennemis, ce profond mystère qui a frappé de cécité une partie d’Israël, alors qu’ils persécutaient le Seigneur, jusqu’à ce que la multitude des nations entrât dans l’Eglise, et qu’ensuite tout Israël fût sauvé. Aussi l’Apôtre, abordant ces secrètes profondeurs, ce redoutable silence, s’écrie, comme frappé d’horreur à la vue de ces mystères: « O profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! combien sont impénétrables ses jugements; et ses voies incompréhensibles! qui connaît les desseins de Dieu, et qui est entré dans ses conseils (Rom. XI, 33, 34)? » L’Apôtre nous fait donc moins connaître ce profond silence, qu’il ne le recommande à notre admiration. C’est à la faveur de ce silence, que le Seigneur, dérobant le mystère sacré de sa passion, a fait entrer dans les vues de sa providence miséricordieuse, la ruine volontaire du frère, le crime détestable du traître, afin que la mort d’un seul homme, que se proposait le perfide Judas, devînt, par la sagesse ineffable du Sauveur, le salut de tous les hommes.
Ce psaume est donc le chant d’une âme parfaite et déjà digne de connaître le secret de Dieu. Elle chante: « Pour les paroles de Chusi », paroles de ce silence qu’elle a mérité de connaître. C’est en effet un silence et un secret pour les infidèles et les persécuteurs du Christ; pour ceux au contraire à qui Jésus-Christ a. dit: « Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, parce que le serviteur ne sait ce que fait son maître; mais je vous appellerai mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père (Jean, XV, 15) », pour (147) ces amis du Christ il n’y a plus de silence, mais les paroles du silence, ou la raison de ce mystère du Christ que Dieu leur a donné de pénétrer et de connaître. Ce silence, ou Chusi, est appelé fils de Gémini ou de la droite. Car il ne fallait pas dérober aux saints ce qu’il a fait pour eux, et pourtant « notre gauche», est-il dit, «ne doit point savoir ce que fait notre droite (Matt. VI, 3) ». L’âme parfaite, qui a compris ce secret, chante alors cette prophétie: « Pour les paroles de Chusi », ou pour la découverte de ce mystère, que Dieu, qui est la droite, lui a fait connaître par une faveur spéciale: de là vient que ce silence est appelé fils de la droite, ou Chusi, fils de Gémini.
2. « Seigneur, mon Dieu, mon espoir est en vous, sauvez-moi de tous ceux qui me persécutent, et délivrez-moi (Ps. VII, 2) ». Toute guerre, toute hostilité contre les vices est surmontée, et l’âme parfaite n’ayant plus à combattre que la jalousie du démon, s’écrie: «Sauvez-moi de tous ceux qui me persécutent, et délivrez-moi, de peur que comme un lion, il ne ravisse mon âme (Ibid. 3) ». Car saint Pierre nous dit que « le démon notre ennemi, rôde autour de nous, comme un lion rugissant, cherchant quelqu’un à dévorer (I Pierre, V, 8) ». Aussi le Prophète, après avoir dit au pluriel ! «Sauvez-moi de tous ceux qui me persécutent », reprend ensuite le singulier, en disant: « De peur qu’il ne ravisse mon âme, comme un lion », non pas: « Qu’ils ne ravissent», car il n’ignore pas l’ennemi qui reste à vaincre, le redoutable adversaire de toute âme parfaite. Et que je ne trouve ni rédempteur, ni sauveur »; c’est-à-dire, de peur qu’il ne ravisse mon âme, tandis que vous ne la rachetez et ne la sauvez point; puisqu’il nous ravit, si Dieu ne nous rachète et nous sauve.
3. Ce qui nous montre que ce langage est celui de l’âme parfaite, qui n’a plus à redouter que les piéges si artificieux du démon, c’est le verset suivant: « Seigneur mon Dieu, si j’ai fait cela (Ps VII, 4)». Qu’est-ce à dire: e Cela? s S’il ne nomme aucun péché, les voudrait-il désigner tous? Si nous rejetons une telle interprétation, rattachons alors cette expression à ce qui suit; et comme si nous demandions au Prophète ce qu’il entend par « cela, istud », il nous répondra: « Si l’iniquité est dans mes mains ». Mais il nous montre qu’il entend parler de tout péché, puisqu’il dit: « Si j’ai rendu le mal pour le mal (Ps. VII, 5) », parole qui n’est vraie que dans la bouche des parfaits. Le Seigneur nous dit en effet: « Soyez parfaits, comme votre Père du ciel, qui fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants, qui donne la pluie aux justes et aux criminels (Matt. V, 45, 48) ». Celui-là donc est parfait qui
ne rend pas le mal pour le mal. L’âme parfaite prie donc « pour les paroles de Chusi, fils de Gérnini », ou pour la connaissance de ce profond secret, de ce silence que garda Jésus-Christ pour nous sauver, dans sa bonté miséricordieuse, en souffrant avec tant de patience les perfidies de celui qui le trahissait. Comme si le Sauveur lui découvrait les raisons de ce silence et lui disait: « Pour toi, qui étais impie et pécheur, et pour laver dans mon sang tes iniquités, j’ai mis le plus grand silence, et une longanimité invincible à souffrir près de moi un traître; n’apprendras-tu pas, à mon exemple, à ne point rendre le mal pour le mal? » Cette âme, considérant et comprenant ce que le Sauveur a fait pour elle, et s’animant par son exemple à marcher vers la perfection, dit à Dieu: « Si j’ai rendu le mal pour le mal», si je n’ai point suivi dans mes actes vos saintes leçons, « que je tombe sans gloire sous les efforts de mes ennemis ». Il a raison de ne pas dire: « Si j’ai tiré vengeance du mal qu’ils me faisaient », mais bien, «qu’ils me rendaient», puisqu’on ne peut rendre que quand on a reçu quelque chose. Or, il y a plus de patience à épargner celui qui nous rend le mal pour les bienfaits qu’il a reçus de nous, que s’il voulait nous nuire, sans nous être aucunement redevable. « Si donc j’ai tiré vengeance du mal qu’ils me rendaient»; c’est-à-dire, si je ne vous ai point imité dans ce silence, ou plutôt dans cette patience dont vous avez usé à mon égard, que je tombe sans gloire sous les efforts de mes ennemi ». Il y a une vaine jactance chez l’homme qui, tout homme qu’il est, veut se venger d’un autre. Il cherche à vaincre un adversaire, et lui-même est à l’intérieur vaincu par le démon; la joie qu’il ressent d’avoir été comme invincible, lui enlève tout mérite. Le Prophète sait donc bien ce qui rend la victoire plus glorieuse, et ce que nous rendra notre Père qui voit dans le secret (Id. VI, 6). Pour ne pas tirer vengeance de ceux (147) qui lui rendent le mal, il cherche à vaincre sa colère, et non son ennemi: instruit qu’il est de ces paroles de l’Ecriture: « il y a plus de gloire à vaincre sa colère, qu’à prendre une ville (Prov. XVI, 32, suiv. les LXX.) ». Si donc «j’ai tiré vengeance de ceux qui me rendaient le mal, que je tombe sans gloire sous la main de mes ennemis (Ps. VII, 5)». Il paraît en venir à l’imprécation, qui est le plus grave des serments pour tout homme qui s’écrie: « Mort à moi si je suis coupable ». Mais autre est l’imprécation dans la bouche d’un homme qui fait serment, et autre, dans le sens d’un prophète, qui annonce les malheurs dont sera infailliblement frappé l’homme qui tire vengeance du mai qu’on lui rend, mais ne les appelle ni sur lui, ni sur d’autres par ses imprécations.
4. « Que mon ennemi poursuive mon âme, et qu’il l’atteigne Id. 6) ». Il parle une seconde fois de son ennemi au singulier, et nous montre de plus en plus celui qu’il représentait but à l’heure sous l’aspect d’un lion; cet ennemi qui poursuit l’âme et s’en rend maître, s’il parvient à la séduire. Les hommes peuvent sévir jusqu’à tuer le corps, mais cette mort extérieure ne leur assujettit point notre âme, au lieu que le diable possède les âmes qu’il atteint dans ses poursuites. « Qu’il foule ma vie sur la terre », c’est-à-dire qu’il fasse de ma vie une boue qui lui serve de pâture. Car cet ennemi n’est pas seulement appelé lion, mais encore serpent; et Dieu lui a dit: «Tu mangeras la terre», quand il disait à l’homme pécheur: « Tu es terre et tu re« tourneras dans la terre (Gen. III, 14, 19) ». « Qu’il traîne ma gloire dans la poussière »; dans cette poussière que le vent soulève de la surface de la terre (Ps. I, 4): car la vaine et puérile jactance de l’orgueilleux, n’est qu’une enflure et n’a rien de solide; c’est un nuage de poussière chassé par le vent. Le Prophète veut avec raison une gloire plus solide qui ne se réduise pas en poussière, nous qui subsiste dans la conscience et devant Dieu, qui ne souffre point la jactance. « Que celui qui se glorifie», est-il dit, « ne le fasse que dans le Seigneur (I Cor. I, 31) ». Cette stabilité se réduit en poussière quand l’homme, dédaignant le secret de la conscience, où Dieu seul nous approuve, cherche les applaudissements des hommes. De là cette autre parole de l’Ecriture: « Dieu brisera les os de ceux qui veulent plaire aux hommes (Ps. LII, 6) ». Mais celui qui connaît pour l’avoir appris ou éprouvé, dans quel ordre il fait surmonter nos vices, sait bien que celui de la vaine gloire est le seul, ou du moins le plus à craindre pour les parfaits. C’est le premier ou l’âme soit tombée, c’est le dernier qu’elle peut vaincre. « Car le commencement de tout péché, c’est l’orgueil », et « le commencement de l’orgueil chez l’homme, c’est de se séparer de Dieu (Eccli. X, 14, 15)
5. « Levez-vous, Seigneur, dans votre colère (Ps. VII, 7)». Comment cet homme que nous disions parfait, vient-il exciter Dieu à la colère? et la perfection ne serait-elle pas plutôt en celui qui dit: « Seigneur, ne leur imputez point ce crime (Act. VII, 59)?» Mais est-ce bien sur les hommes que tombe cette imprécation du Prophète, et ne serait-ce point contre le diable et contre ses anges qui ont en leur possession le pécheur et l’impie? C’est donc par un sentiment de pitié et non de colère, que l’on demande au Dieu qui justifie l’impie (Rom. IV, 5) d’arracher cette proie au démon. Car justifier l’impie c’est le taire passer de l’impiété à la justice, et changer cet héritage du démon en temple de Dieu. Et comme c’est châtier quelqu’un, que lui arracher une proie qu’il veut garder en son pouvoir, le Prophète appelle colère de Dieu, ce châtiment qu’il exerce contre le démon, eu lui arrachant ceux qu’il possède. « Levez-vous donc, Seigneur, dans votre colère ». « Levez-vous», montrez-vous, dit-il, expression figurée, mais ordinaire dans le langage humain, comme si Dieu dormait quand il nous dérobe ses desseins. « Signalez votre puissance dans les régions de mes ennemis».Le Prophète appelle région, ce qui est sous la puissance du démon, et il veut que Dieu y règne, c’est-à-dire qu’il y soit honoré et glorifié plutôt que noire ennemi, par la justification de l’impie, et ses chants de triomphe. « Levez-vous, Seigneur, mon Dieu, selon la « loi que vous avez portée (Ps. VII, 7) », c’est-à-dire, montrez-vous humble, puisque vous recommandez l’humilité; accomplissez vous-même avant nous votre précepte, afin que votre exemple détruise l’orgueil, et que nous ne soyons pas au pouvoir du démon qui souffla l’orgueil contre vos préceptes, en disant: « Mangez, et vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux (Gen. III, 5)». (148)
6. « Et l’assemblée des peuples vous environnera (Ps. VII, 8) ». Cette assemblée des peuples peut s’entendre des peuples qui ont cru, ou des peuples persécuteurs, car l’humilité de notre Sauveur a obtenu ce double effet: les persécuteurs l’ont environné parce qu’ils méprisaient cette humilité, et c’est d’eux qu’il est dit: « A quoi bon ces frémissements des nations, et ces vains complots chez les peuples (Id. II, 1)? » Ceux qui ont cru en vertu de cette humilité, l’ont environné, et ont fait dire avec, beaucoup de vérité, « qu’une partie des Juifs sont tombés dans l’aveuglement, afin que la multitude des nations entrât dans l’Eglise (Rom. XI, 25)». Et ailleurs: « Demande-moi, et je te «donnerai les nations en héritage, et jusqu’aux confins de la terre pour ta possession (Ps. II, 8)». « Et en sa faveur, remontez en haut», c’est-à-dire, en faveur de cette multitude; et nous savons que le Seigneur l’a fait par sa résurrection et son ascension. Ayant obtenu cette gloire, il a donné le Saint-Esprit qui ne pouvait descendre avant que Jésus fût glorifié, selon cette parole de l’Evangile: « Le Saint-Esprit n’était point encore descendu, parce que Jésus n’était pas encore entré dans sa gloire (Rom. XI, 25) ». Donc après s’être élevé au ciel en faveur de la multitude des peuples, il envoya l’Esprit-Saint, dont les prédicateurs de l’Evangile étaient remplis, quand, à leur tour, ils remplissaient d’églises l’univers entier.
7. Ces paroles: « Levez-vous, Seigneur, dans votre colère, planez au-dessus des régions de mes ennemis (Ps. VII, 7) », peuvent encore s’entendre ainsi: Levez-vous dans votre colère, et que mes ennemis ne vous comprennent point, alors « exaltare, soyez au-dessus», signifierait: Elevez-vous à une telle hauteur que vous soyez incompréhensible; ce qui a rapport au silence de tout à l’heure. Un autre psaume a dit à propos de cette élévation: « Il est monté au-dessus des Chérubins, et il a « pris son vol et s’est dérobé dans les ténèbres (Id. XVII, 11, 12) ». Cette élévation vous cachait à ceux que leurs crimes empêchaient de vous connaître, et qui vous ont crucifié; et voilà que l’assemblée des fidèles vous environnera. C’est à son humilité que le Seigneur doit d’être élevé; c’est-à-dire incompris. Tel serait le sens de: « Elevez-vous selon la loi que vous avez portée (Ps. VII, 7) », c’est-à-dire, dans votre humiliation apparente soyez tellement élevé que mes ennemis ne vous comprennent point. Car les pécheurs sont les ennemis du juste, et les impies de l’homme pieux. « Et les peuples vous environneront en foule (Id. 8)»; car ce qui porte à vous crucifier ceux qui ne vous connaissent pas, fera que les nations croiront en vous, et ainsi les peuples vous adoreront en foule. Mais si tel est vraiment le sens du verset suivant, il faut plutôt nous attrister à cause de l’effet que nous en ressentons dès ici-bas, que nous réjouir de l’avoir compris. Il porte, eu effet: « Et à cause d’elle remontez en haut (Ibid.)»; c’est-à-dire, à cause de ces hommes dont la foule encombre vos églises, remontez bien haut, ou cessez d’être connu. Qu’est-ce à dire: « A cause de cette foule? » sinon, parce qu’elle doit, vous offenser, et ainsi justifier cette, parole: « Pensez-vous que le Fils de l’homme, revenant sur la terre, y trouvera de la foi (Luc, XVIII, 8)? » Il est dit encore, à propos des faux prophètes ou des hérétiques: « A cause de leur iniquité, la charité se refroidira chez un grand nombre (Matt. XXIV, 12) ». Or, quand au sein de l’Eglise, ou dans la société des peuples et des nations que le nom du Christ a si complètement envahis, le crime débordera avec cette fureur que nous lui voyons en grande partie déjà, n’est-ce point alors que se fera sentir la disette de la parole, annoncée par un autre prophète (Amos, VIII, 11)? N’est-ce point à cause de cette congrégation qui, à force de crimes, éloigné de ses yeux la lumière de la vérité, que Dieu remonte en haut, de manière que la vraie foi, pure de tout alliage d’opinions perverses, ne se trouve plus nulle part, sinon dans le petit nombre dont il est dit: « bienheureux celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé (Matt. X, 22)? ». C’est donc à bon droit qu’il est dit: « Et à cause de cette assemblée, remontez en haut ». Retirez-vous dans vos secrètes profondeurs, justement à cause de cette assemblée des peuples qui portent votre nom, sans accomplir vos oeuvres.
8. Que l’on adopte la première explication, ou cette dernière, ou toute autre de valeur égale, et mémé supérieure, le Prophète n’a pas moins raison de dire que «le Seigneur juge les peuplés (Ps. VII, 9) ». Si non entend par s’élever en haut, qu’il est ressuscité pour monter (149) au ciel, on peut dire fort bien que « le Seigneur juge les peuples », puisqu’il en descendra pour juger les vivants et les morts. S’il remonte dans les hauteurs, parce que le péché fait perdre aux fidèles l’intelligence de la vérité, comme il est dit à propos de son avènement: « Pensez-vous que le Fils de l’homme venant en ce monde y trouvera de la foi (Luc, XVIII, 8)? » « Le Seigneur juge encore les peuples ». Mais quel Seigneur, sinon Jésus-Christ? « Car le Père ne juge personne; il a donné au Fils le pouvoir de juger (Jean, V, 22) ». Voyez alors comme cette âme si parfaite en sa prière, s’émeut peu du jour du jugement, et avec quelle sécurité de désir elle dit à Dieu dans sa ferveur: «Que votre règne arrive (Matt. VI, 10 », puis: « Jugez-moi, Seigneur, selon votre justice (Ps. VII, 9) ». Dans le psaume précédent, c’était un infirme qui priait, sollicitant le secours de Dieu bien plus qu’il ne faisait valoir ses propres mérites, car le Fils de Dieu est venu pour appeler à la pénitence tous les pécheurs (Luc, V; 32). Aussi disait-il: « Sauvez-moi, Seigneur, à cause de votre miséricorde (Ps. VII, 5) », et non à cause de mes mérites. Maintenant que docile à l’appel de Dieu, il a gardé les préceptes qu’il a reçus, il ose bien dire: « Jugez-moi, Seigneur, selon ma justice, et selon mon innocence d’en haut (Id. VII, 9). » La véritable innocence est de ne pas nuire, même à ses ennemis. Il peut donc demander à être jugé selon son innocence, celui qui a pu dire en toute vérité « Si j’ai tiré vengeance de celui qui me rendait le mal (Id. 5) ». Cette expression « d’en haut, super me », doit s’appliquer à sa justice aussi bien qu’à son innocence, et alors il dirait: « Jugez-moi, Seigneur, selon ma justice et selon mon innocence, justice et innocence d’en haut »; expression qui nous montre que l’âme n’a point en elle-même la justice et l’innocence, et qu’elle les reçoit de la lumière dont il plaît à Dieu de nous éclairer. Aussi dit-elle dans un autre psaume: « C’est vous, Seigneur, qui faites briller mon flambeau (Ps. XVII, 29) ». Et il est dit de Jean: « Qu’il n’était point la lumière, mais qu’il rendait témoignage à la lumière (II Jean, I, 8), qu’il était une torche enflammée et brillante (Id. V, 35) ».Cette lumière donc, à laquelle nos âmes s’illuminent comme des flambeaux, ne brille point d’un éclat d’emprunt, mais d’un éclat qui lui est propre et qui est la vérité. « Jugez-moi donc », est-il dit, « selon ma justice et selon mon innocence d’en haut », comme si la torche allumée et brillante disait: Jugez-moi selon cette splendeur d’en haut, c’est-à-dire qui n’est point moi-même, et dont je brille néanmoins, quand vous m’avez allumée.
9. « Que la malice des pécheurs se consomme (Ps. VII, 10) ». Cette consommation est ici le comble, d’après cette parole de l’Apocalypse: « Que celui qui est juste le devienne plus encore, et que l’homme souillé se souille davantage (Apoc. XXII, 11) ». L’iniquité paraît consommée dans ceux qui crucifièrent le Fils de Dieu, mais elle est plus grande chez ceux qui refusent de vivre saintement, qui haïssent les lois de la vérité, pour lesquelles a été crucifié ce même Fils de Dieu. Que la malice donc des pécheurs se consomme, dit le Prophète, qu’elle s’élève jusqu’à son comble et qu’elle appelle ainsi votre juste jugement. Toutefois, non seulement il est dit Que l’homme souillé se souille encore; mais il est dit aussi: Que le juste devienne plus juste; c’est pourquoi le Prophète poursuit en disant: « Et vous dirigerez le juste, ô Dieu qui sondez les cœurs et les reins (Ps. VII, 10) ». Mais comment le juste peut. il être dirigé, sinon d’une manière occulte? puisque les mêmes actions que les hommes admiraient dans les premiers temps du christianisme, quand les puissances du siècle mettaient les saints sous le pressoir de la persécution, ces actions, aujourd’hui que le nom chrétien est arrivé à l’apogée de sa gloire, servent à développer l’hypocrisie ou la dissimulation chez des hommes qui sont chrétiens de nom, pour plaire aux hommes plutôt qu’à Dieu? Dans cette confusion de pratiques hypocrites, comment le juste peut-il être dirigé, sinon par le Dieu qui sonde les reins et les coeurs, qui voit nos pensées, désignées ici sous l’expression de coeur, et nos plaisirs, que désignent les reins? Le Prophète a raison d’attribuer à nos reins le plaisir que nous font éprouver les biens temporels; c’est en effet la partie inférieure de l’homme, et comme le siège de cette voluptueuse et charnelle génération, qui perpétue la race humaine, et nous donne cette vie calamiteuse dont les joies sont mensongères. Donc, ce Dieu qui sonde les coeurs et voit qu’ils sont (150) où est notre trésor (Matt. VI, 21), qui sonde les reins, et voit que loin de nous arrêter au sang et à la chair (Gal. I, 16), nous mettons nos délices dans le Seigneur, ce même Dieu dirige le juste dans cette conscience même, où il est présent, où l’oeil de l’homme ne pénètre point, mais seulement l’oeil de celui qui connaît l’objet de nos pensées et de nos plaisirs. Car le but de nos soucis est le plaisir, et nul dans ses soins et dans ses pensées ne se propose que d’y parvenir. Dieu qui sonde les coeurs voit nos soucis, et il en voit le but ou le plaisir, lui qui sonde aussi nos reins; et quand il verra que nos soucis, loin de s’arrêter à la convoitise de la chair, à la convoitise des yeux, ou à l’ambition mondaine, choses qui passent comme l’ombre (I Jean, II, 16, 17), s’élèvent jusqu’aux joies éternelles que ne trouble aucune vicissitude, ce Dieu qui sonde les reins et les coeurs conduit le juste par la voie droite, Telle oeuvre que nous faisons, peut être connue des hommes, si elle consiste en paroles ou en actes extérieurs; mais notre intention en la faisant, et le but qui nous pousse à la faire, ne sont connus que de Dieu qui sonde les reins et les coeurs.
10. « J’attends un juste secours du Seigneur, qui sauve les hommes au cœur droit (Ps. VII, 11) ». La médecine a une double tâche, d’abord de guérir la maladie, ensuite de conserver la santé. C’est dans le premier but qu’un malade disait dans le psaume précédent: « Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je suis faible (Id. VI, 3) ». En vue du second but, nous trouvons dans le psaume qui nous occupe: « Si l’iniquité souille mes mains, que je tombe justement sous les efforts de mes ennemis (Id. VII, 4, 5) ». Dans le premier cas, le malade implore sa guérison, et dans le second, l’homme en santé demande à n’être point malade. L’un s’écrie donc: « Sauvez-moi dans votre miséricorde (Id. VII, 5) »; et l’autre: « Jugez-moi, Seigneur, selon ma justice ». Le premier demande le remède qui le guérira, le second le préservatif contre la maladie. Aussi le premier dit-il: Sauvez-moi, Seigneur, dans votre miséricorde, et le second: J’attends un secours juste du Seigneur, qui sauve l’homme au cœur droit. Dans l’un comme dans l’autre cas, c’est la miséricorde qui nous sauve: dans le premier, en nous faisant passer de la maladie à la santé; dans le second, en nous maintenant en santé. Il y a dans le premier un secours de miséricorde, puisqu’il n’y a nul mérite chez le pécheur qui désire seulement être justifié par la foi en celui qui justifie l’impie (Rom. IV, 5): dans le second, un secours de justice, car il est accordé à celui qui est déjà justifié. Que ce pécheur alors qui disait: Je suis infirme, dise maintenant: Sauvez-moi, Seigneur, dans votre miséricorde; et que le juste qui pouvait dire: Si j’ai tiré vengeance de ceux qui me rendaient le mal, dise maintenant: J’attends un juste jugement du Seigneur qui sauve l’homme au coeur droit. Car si Dieu nous donne le remède qui guérit notre maladie, combien plus nous donnera-t-il le moyen de conserver la santé? Car si Jésus-Christ est mort pour nous quand nous étions pécheurs, maintenant que nous sommes justifiés, nous serons, à plus forte raison, délivrés par lui de la colère du Seigneur (Id. V, 8, 9).
11. « J’attends un juste secours du Seigneur, « qui sauve l’homme au coeur droits. Le Dieu qui sonde les reins et les coeurs, donne aussi la droiture au juste; et par un juste secours il sauve ceux qui ont le coeur droit. Toutefois, il ne donne pas le salut à ceux qui ont la droiture dans le coeur et dans les reins, de la même manière qu’il sonde les reins et les coeurs. Dans le coeur, en effet, siègent les pensées: mauvaises, quand il est dépravé; bonnes, quand il est droit; mais aux reins appartiennent les plaisirs condamnables qui ont quelque chose de bas et de terrestre, tandis qu’un plaisir pur n’est plus dans les reins, mais dans le coeur. Aussi ne peut-on pas dire: La droiture des reins, comme on dit: La droiture du coeur; car où est la pensée, là aussi est la jouissance: cette droiture ne peut avoir lieu que si nous pensons aux choses divines et éternelles. Aussi le Prophète s’écriait-il: «Vous avez mis la joie dans mon coeurs, après avoir dit: « La lumière de votre face est empreinte sur nous (Ps. IV, 7) ». Ce n’est point le coeur, en effet, mais bien les reins qui trouvent une certaine jouissance dans cette joie folle et délirante que nous causent de vaines imaginations, quand les fantômes des choses temporelles, que se forme notre esprit, le bercent d’un espoir vain et passager; tous ces fantômes nous viennent d’en bas, ou des choses terrestres et charnelles. De là vient que Dieu, (151) sondant les coeurs et les reins, et voyant le coeur occupé de pensées droites, les reins sevrés de toute volupté, donne un juste secours à ce coeur droit qui sait allier à des pensées pures d’irréprochables délices. Aussi, après avoir dit dans un autre psaume: « Jusque dans la nuit mes reins m’ont tourment », le Prophète parlait du secours divin, et s’écriait: « J’avais toujours le Seigneur présent devant moi, parce qu’il est à ma droite, et je ne serai point ébranlé (Ps. XV, 7, 8) », marquant ainsi que ses reins lui ont seulement suggéré, mais non causé la volupté, qui l’eût ébranlé, s’il l’avait ressentie. Il dit donc: « Le Seigneur est à ma droite, et je ne serai point ébranlé »; puis il ajoute: « Aussi mon coeur a-t-il tressailli de joie (Id. 9) ». Les reins ont bien pu le tourmenter, mais non lui donner la joie. Ce n’est donc point dans les reins qu’il a senti la joie, mais dans ce coeur qui lui a montré que Dieu le soutiendrait contre les suggestions de ses reins.
12. « Dieu est un juge équitable, il est fort et patient (Id. VII, 12) ». Quel est ce Dieu juge, sinon le Seigneur qui juge les peuples? Il est juste, car il rendra à chacun selon ses œuvres (Matt. XVI, 27); il est fort, puisque nonobstant sa toute-puissance, il a enduré pour notre salut les persécutions des méchants; il est patient, puisqu’il n’a point livré ses bourreaux au supplice, aussitôt après sa résurrection, mais il a différé afin qu’ils pussent détester cette impiété, et se sauver; il diffère encore aujourd’hui, réservant le supplice éternel pour le dernier jugement, et chaque jour appelant les pécheurs au repentir. « Il n’appelle point chaque jour sa colère ». Cette expression: « Appeler sa colère », est plus significative que se mettre en colère, et nous la trouvons dans la version grecque (Me orge epogon); elle nous montre que cette colère, qui le porte au châtiment, n’est point en lui-même, mais dans les sentiments de ses ministres qui obéissent aux lois de la vérité: ce sont eux qui ordonnent aux ministres inférieurs, appelés anges de colère, de châtier le péché. Ceux-ci, à leur tour, éprouvent, en châtiant les hommes, la satisfaction, non de la justice, mais de la méchanceté. « Dieu donc n’appelle point chaque jour sa colère »; c’est-à-dire, ne convoque point chaque jour les ministres de ses vengeances. Maintenant, sa patience nous invite au repentir; mais au dernier jour, quand les hommes, par leur dureté et l’impénitence de leur coeur, se seront amassé un « trésor de colère pour le jour où se révélera la colère et le juste jugement de Dieu (Rom. II, 5) », alors il brandira son glaive.
13. « Si vous ne retournez à lui »,dit le Prophète, « il brandira son glaive (Ps. VII, 13) ». On peut dire de Jésus-Christ, qu’il est le glaive de Dieu, glaive à deux tranchants, framée qu’il n’a point brandie à son premier avènement, mais qu’il a tenue cachée dans le fourreau de son humilité; mais au second avènement, quand il viendra juger les vivants et les morts, les éclairs de cette framée brilleront de tout l’éclat de sa splendeur, pour illuminer les justes, et jeter les impies dans l’effroi. D’autres versions, au lieu de: « Brandira son glaive », portent: « Fera briller sa framée »: expression qui s’applique fort bien, selon moi, à cette splendeur de Jésus-Christ, au dernier avènement; car en parlant au nom de Jésus-Christ même, le psalmiste a dit ailleurs: « Seigneur, délivrez mon âme des mains de l’impie, et votre glaive des ennemis de votre puissance (Id. XVI, 13, 14) ». « Il a tendu son arc et l’a préparé ». Il ne faut point négliger ce changement de temps dans les verbes: il est dit au futur que Dieu brandira son épée»; et au passé, qu’il a tendu son arc », et le discours continue au passé.
14. « Il a mis en lui l’instrument de la mort: il a fabriqué ses flèches avec des charbons ardents (Id. VII, 14) ». Dans cet arc, je verrais volontiers les saintes Ecritures, où la force du Nouveau Testament, pareille à un nerf, a fait fléchir et a dompté la raideur de l’Ancien. Cet arc a lancé comme des flèches; les Apôtres ou les saints prédicateurs. Ces flèches que Dieu a fabriquées avec le charbon ardent, embrasent de l’amour divin ceux, qu’elles ont frappés. De quelle autre flèche serait blessée l’âme qui chante ainsi: « Conduisez-moi dans les lieux où se garde le vin, établissez-moi dans les parfums, environnez-moi de miel, parce que l’amour m’a blessée (Cant. II, 4, suiv. les LXX.)?» De quelle autre flèche peut être embrasé celui qui veut revenir à Dieu, qui quitte le chemin de l’exil, qui implore du secours, contre les langues menteuses, et s’entend dire: « Que vous donner? comment vous secourir (152) contre les langues menteuses? les flèches du vainqueur sont aiguës; ce sont des charbons ardents (Ps. CXIX, 3,4)? » c’est-à-dire, si vous en étiez atteint, vous brûleriez d’un tel amour du royaume de Dieu, que vous dédaigneriez tous ceux. qui vous résisteraient, et qui tâcheraient de vous détourner de votre dessein: vous vous ririez de leurs persécutions et vous diriez: « Qui me séparera de l’amour de Jésus-Christ? L’affliction, les angoisses, la faim, la nudité, les périls, la persécution ou le glaive? J’ai la certitude », poursuit l’Apôtre, « que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les choses présentes, ni les choses futures, ni les vertus, ni ce qu’il y a de plus haut, ni ce qu’il y a de plus profond, ni aucune autre créature, ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ Notre Seigneur (Rom. VIII, 35-39). » C’est ainsi qu’il a fabriqué ses flèches avec des charbons ardents. Car la version grecque porte: « Ses flèches sont fabriquées au moyen de charbons ardents », quand, presque toujours, nous lisons dans la version latine. « Ses flèches sont ardentes »; mais que les flèches brûlent, ou qu’elles allument le feu, ce qui leur serait impossible si elles n’étaient brûlantes, le sens est le même.
15. Le Prophète ne parle pas seulement de flèches que le Seigneur a préparées pour son arc, mais encore d’instruments de mort et l’on peut se demander, si des instruments de mort ne désigneraient point les hérétiques, car, eux aussi, s’élancent du même arc du Seigneur, ou des saintes Ecritures, non pour enflammer les âmes, de la charité, mais pour les tuer de leurs poisons ce qui n’arrive qu’à celles qui l’ont mérité par leurs crimes: et cette décision est encore l’oeuvre de la divine Providence, non qu’elle porte les hommes au péché, mais parce qu’elle dispose des pécheurs dans l’ordre de sa sagesse. Le péché leur fait lire les Ecritures avec mauvaise intention, et le sens dépravé qu’ils sont forcés d’y donner, devient le châtiment du péché, et leur mort funeste devient comme un aiguillon, qui stimule les enfants de l’Eglise catholique, les tire de l’assoupissement et leur fait comprendre les saintes Ecritures. « Il faut, en effet, qu’il y ait des hérésies », dit l’Apôtre, « afin qu’on reconnaisse ceux d’entre vous, dont la vertu est éprouvée (I Cor. XI, 19) »; c’est-à-dire, afin qu’on les reconnaisse parmi les hommes, car ils sont connus de Dieu. Ces flèches, ces instruments-de mort, ne seraient-ils point préparés pour l’extermination des infidèles, et Dieu ne les aurait-il pas faites brûlantes, ou avec des charbons ardents, afin d’embraser les fidèles? Car elle n’est point mensongère, cette parole de l’Apôtre.: « Aux uns nous sommes une odeur de vie pour la vie, et aux autres une s odeur de mort pour la mort; et qui est propre à ce ministère (II Cor. II, 16)? » Il n’est donc pas étonnant que les mêmes Apôtres soient des instruments de mort pour ceux qui les ont persécutés, et des flèches de feu pour embraser les coeurs de ceux qui ont cru.
16. Après en avoir agi de la sorte, Dieu fera voir l’équité de ce jugement, dont le Prophète nous parle de manière à nous faire comprendre que le supplice de chacun sera dans son péché, et le châtiment dans son injustice même; et à nous prémunir contre cette pensée qu’il y aurait dans ce calme profond de Dieu, dans sa lumière ineffable, un désir de punir les crimes: toutefois il les dispose avec tant de sagesse, que cette joie même que goûtait l’homme dans son péché, devient un instrument de vengeance pour le Seigneur qui châtie. Voilà, dit le Prophète, « qu’il a enfanté l’injustice (Ps. VII, 15)». Mais qu’avait-il conçu pour enfanter ainsi l’injustice? « Il avait conçu le travail (Gen. III, 17) », ce travail dont il est écrit: « Tu mangeras ton pain dans le labeur »; et ailleurs: « Venez à moi, vous tous qui travaillez, et qui êtes chargés; mon joug est doux, et mon fardeau léger (Matt. XI, 28, 30)». Car le labeur pénible ne finira point pour l’homme, tant qu’il n’aimera point ce qu’on ne pourra lui enlever malgré lui. En effet, tant que nous aimons ce qui peut nous échapper malgré notre volonté, nous subirons le travail et la peine: étroitement resserrés dans les difficultés de cette vie où chacun, pour posséder ces biens, s’efforce tantôt d’en prévenir un autre, tantôt de les extorquer au possesseur, nous ne pouvons les acquérir que par d’injustes combinaisons. Il est donc bien, il est parfaitement dans l’ordre que l’homme enfante l’injustice après avoir conçu le travail. Que peut-il enfanter, sinon ce qu’il a porté dans son sein, bien qu’il n’enfante (153) pas ce qu’il a conçu? Car le sujet à la naissance n’est plus celui de la conception: concevoir se dit d’un germe, mais c’est l’être que ce germe a formé, qui arrive à la naissance. Le travail est donc le germe de l’iniquité; et concevoir le travail, c’est concevoir le péché, ce premier péché qui nous sépare de Dieu (Eccli. X, 14). Il a donc porté l’injustice, celui qui avait conçu le travail, et « il a mis au monde l’iniquité ». Et comme l’iniquité c’est l’injustice, il a fait éclore ce qu’il avait porté. Que dit-il ensuite?
17. « Il a ouvert une fosse, il l’a creusée (Ps. VII, 16)». Ouvrir une fosse dans les affaires terrestres, aussi bien que dans la terre, c’est préparer un piége où puisse tomber celui que veut tromper l’homme injuste. Le pécheur ouvre cette fosse, quand il ouvre son âme aux suggestions des terrestres convoitises; il la creuse, quand il y donne son adhésion et s’occupe d’ourdir la fraude. Mais comment serait-il possible que l’iniquité blessât l’homme juste qu’elle attaque, avant d’avoir blessé le coeur injuste qui la commet? Un voleur, par exemple, reçoit de l’avarice une blessure, quand il cherche à endommager le bien d’autrui. Qui serait assez aveugle pour ne pas voir la distance qui sépare ces deux hommes, dont l’un subit la perte de son argent, l’autre de son innocence? « Ce dernier donc tombera dans la fosse qu’il aura creusée »; comme le psalmiste l’a dit encore ailleurs: « Le Seigneur se fait connaître dans ses jugements, et le pécheur s’est pris lui-même dans les oeuvres de ses mains (Id. IX, 17) ».
18. « Son travail pèsera sur lui, et son iniquité retombera sur sa tête (Jean, XVIII, 34) ». C’est lui qui n’a pas voulu fuir le péché; mais il s’en est rendu volontairement l’esclave, selon cette parole du Seigneur: « Tout pécheur devient l’esclave du péché ». Son péché donc sera sur lui, puisque lui-même s’est soumis au péché; dès lors qu’il n’a pu dire à Dieu, comme toute âme droite et innocente: « C’est vous qui êtes ma gloire et qui élevez ma tête (Ps. III, 4) », c’est donc lui qui sera abaissé, de manière que l’iniquité le dominera et descendra sur lui: elle sera pour lui un poids très-lourd, et l’empêchera de prendre son essor vers le repos des saints. Voilà ce qui arrive chez le pécheur, quand l’âme est esclave, et que les passions dominent.
19. « Je confesserai le Seigneur selon sa justice (Ps. III, 18) ». Cette confession n’est point l’aveu des pécheurs; car celui qui parle ainsi disait plus haut avec beaucoup de vérité: « Si vous trouvez l’iniquité dans mes mains (Id. VII, 18) ». C’est donc un témoignage rendu à la justice de Dieu; comme s’il disait: Vraiment, Seigneur, vous êtes juste, et quand vous protégez les bons de manière à les éclairer par vous-même, et quand, par votre sagesse, le pécheur trouve son châtiment dans sa propre malice, et non dans votre volonté. Cette confession élève la gloire du Seigneur bien au-dessus des blasphèmes des impies, qui veulent des excuses pour leurs crimes, et refusent de les attribuer à leur faute, c’est-à-dire qu’ils ne veulent point que la culpabilité soit coupable. Ils accusent de leurs péchés, ou la fortune ou le destin, ou le démon auquel notre Créateur a voulu que nous pussions résister, ou même une nature qui ne viendrait point de Dieu; ils s’égarent en de misérables fluctuations, plutôt que de mériter de Dieu leur pardon par un aveu sincère. Car il n’y a de pardon possible que pour celui qui dit: J’ai péché. Or, celui qui comprend que Dieu, dans sa sagesse, rend à chacune des âmes ce qu’elle a mérité, sans déroger aucunement à la beauté de l’univers, loue Dieu dans toutes ses oeuvres; et ce témoignage ne vient pas des pécheurs, mais des justes. Ce n’est point avouer des fautes que de dire au Seigneur: « Je vous confesse, Seigneur du ciel et de la terre, parce que vous avez dérobé ces mystères aux savants, pour les révéler aux petits (Matt. XI, 25)». De même, nous lisons dans l’Ecclésiastique: « Confessez le Seigneur dans toutes sas oeuvres. Et voici ce que vous direz dans vos confessions: Tous les ouvrages du Seigneur proclament sa sagesse (Eccli. XXIX, 19, 20)». Donc, cette confession dont parle ici David, consiste à comprendre, avec le secours de Dieu et une piété sincère, comment le Seigneur, qui récompense les justes, et qui châtie les méchants, par ce double effet de sa justice, maintient toute créature qu’il a faite et qu’il gouverne, dans une admirable beauté, que peu d’hommes comprennent. Il s’écrie donc: « Je confesserai le Seigneur selon sa justice », comme le ferait celui qui a compris que le Seigneur n’a point fait les ténèbres, quoiqu’il en dispose avec sagesse. Dieu dit en effet: « Que la (154) lumière soit faite, et la lumière fut (Gen. I, 3) »; mais il ne dit pas: Que les ténèbres soient, et les ténèbres furent faites; et toutefois il les a réglées, puisqu’il est dit « qu’il sépara la lumière des ténèbres, qu’il donna le nom de jour à la lumière, et celui de nuit aux ténèbres (Id. 4, 5) ». Il y a donc cette différence qu’il fit l’un et le régla; et qu’il ne fit pas l’autre, bien qu’il la réglât néanmoins. Que les ténèbres figurent le péché, c’est ce que nous apprend ce mot d’un Prophète: « Et vos ténèbres seront pour vous le soleil (Isa. LVIII, 10) »; et cette parole de saint Jean: « Celui-là est dans les ténèbres qui a de la haine contre son frère (I Jean, II, 11). »; et surtout celle-ci de saint Paul: « Dépouillons-nous des oeuvres ténébreuses, pour revêtir les armes de la lumière (Rom. XIII, 12) ». Ce n’est pas qu’il y ait une nature ténébreuse; car toute nature existe nécessairement comme nature. Mais exister, c’est le propre de la lumière, tandis que ne pas exister, est le propre des ténèbres. Donc, abandonner celui qui nous a créés pour nous incliner vers ce néant d’où nous avons été tirés, c’est nous couvrir des ténèbres du péché; ce n’est point périr tout à fait, mais descendre au dernier rang. Aussi, quand le Prophète a dit: « Je confesserai devant le Seigneur » a-t-il soin d’ajouter, pour ne point nous laisser croire à un aveu de ses fautes: « Et je chanterai le nom du Seigneur Très-Haut (Ps. VII, 18) ». Or, chanter est le propre de la joie, tandis que le repentir de nos fautes accuse la douleur.

20. On pourrait appliquer ce psaume à la personne de l’Homme-Dieu, en rapportant à notre nature infirme, qu’il avait daigné revêtir, tout ce qui est dit à notre confusion.

DIMANCHE 26 MAI : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE – Proverbes 8, 22-31

24 mai, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 26 MAI : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Proverbes 8, 22-31

Ecoutez ce que déclare la Sagesse :
22 « Le SEIGNEUR m’a faite pour lui au commencement de son action,
 avant ses oeuvres les plus anciennes.
23 Avant les siècles, j’ai été fondée,
 dès le commencement, avant l’apparition de la terre.
24 Quand les abîmes n’existaient pas encore,
 qu’il n’y avait pas encore les sources jaillissantes,
 je fus enfantée.
25 Avant que les montagnes ne soient fixées,
 avant les collines, je fus enfantée.
26 Alors que Dieu n’avait fait ni la terre, ni les champs,
 ni l’argile primitive du monde,
27 lorsqu’il affermissait les cieux, j’étais là.
 Lorsqu’il traçait l’horizon à la surface de l’abîme,
28 chargeait de puissance les nuages dans les hauteurs
 et maîtrisait les sources de l’abîme ;
29 lorsqu’il imposait à la mer ses limites,
 pour que les eaux n’en franchissent pas les rivages,
 lorsqu’il établissait les fondements de la terre,
30 j’étais à ses côtés comme un maître d’oeuvre.
 J’y trouvais mes délices jour après jour,
 jouant devant lui à tout instant,
31 jouant sur toute la terre,
 et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »

Pour les hommes de la Bible, il ne fait pas de doute que Dieu conduit le monde avec sagesse ! « Tu as fait toutes choses avec sagesse » dit le psaume 104 (103) que nous avons chanté pour la Pentecôte. C’est même tellement une évidence qu’on en arrive à écrire des discours entiers sur ce sujet. C’est le cas du texte que nous venons de lire : il s’agit d’une véritable prédication sur le thème : « Mes frères, n’engagez pas vos vies sur des fausses pistes. Dieu seul connaît ce qui est bon pour l’homme ; conformez-vous à l’ordre des choses qu’il a établi depuis les origines du monde, c’est le seul moyen d’être heureux. »
 Pour donner plus de poids à sa prédication, l’auteur fait parler la sagesse elle-même comme si elle était une personne. Mais ne nous y trompons pas : ce n’est qu’un artifice littéraire ; la preuve, c’est qu’au chapitre suivant, Dame Folie parle aussi.
 Pour l’instant donc, c’est Dame Sagesse qui se présente à nous : première remarque, elle ne parle pas d’elle toute seule… elle ne parle d’elle qu’en fonction de Dieu, comme s’ils étaient inséparables. « Le SEIGNEUR m’a faite POUR LUI au commencement de son action… Avant les siècles, j’ai été fondée (sous-entendu par Dieu)… Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée (sous-entendu par Dieu)… Lorsque Dieu établissait les fondements de la terre, j’étais là à ses côtés… » Donc entre Dieu et la Sagesse existe une relation de très forte intimité… La foi juive au Dieu unique n’a jamais envisagé un Dieu-Trinité : mais il semble bien ici, que, sans abandonner l’unicité de Dieu, elle pressent qu’au sein même du Dieu UN, il y a un mystère de dialogue et de communion.
 Deuxième remarque : « AVANT » est le mot qui revient le plus souvent dans ce passage ! « Le SEIGNEUR m’a faite AVANT ses oeuvres les plus anciennes… AVANT les siècles, j’ai été fondée … DES LE COMMENCEMENT, AVANT l’apparition de la terre. Quand les abîmes n’existaient PAS ENCORE, qu’il n’y avait PAS ENCORE les sources jaillissantes, je fus enfantée. AVANT que les montagnes ne soient fixées, AVANT les collines, je fus enfantée. Alors que Dieu n’avait fait ni la terre, ni les champs, ni l’argile primitive du monde, lorsqu’il affermissait les cieux, J’ETAIS LA … » C’est clair : le leitmotiv est bien : « J’étais là de toute éternité, AVANT toute création »… Il y a donc là une insistance très forte sur l’antériorité de celle qui se prénomme la Sagesse par rapport à toute création.
 Troisième remarque, la Sagesse joue un rôle dans la Création : « Lorsque Dieu imposait à la mer ses limites, pour que les eaux n’en franchissent pas les rivages, lorsqu’il établissait les fondements de la terre, j’étais à ses côtés, comme un maître d’oeuvre ». Pour une oeuvre si belle qu’elle engendre une véritable jubilation : « J’y trouvais mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur toute la terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. » La Sagesse est auprès de Dieu et « elle trouve ses délices » auprès de Dieu… elle est auprès de nous… et « elle trouve ses délices » auprès de nous. On entend là comme un écho du refrain de la Genèse : « Dieu vit que cela était bon » ; plus encore, au sixième jour, tout de suite après la création de l’homme qui était comme le couronnement de toute son oeuvre, « Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voilà, c’était très bon ! » (Gn 1, 31).
 Du coup, ce texte nous révèle un aspect particulier et éminemment positif de la foi d’Israël : la Sagesse éternelle a présidé à toute l’oeuvre de Création : l’insistance du texte est très forte là-dessus ; on peut en déduire deux choses : premièrement, depuis l’aube du monde, l’humanité et le cosmos baignent dans la Sagesse de Dieu. Deuxièmement, le monde créé n’est donc pas désordonné puisque la Sagesse en est le maître d’oeuvre. Cela devrait nous engager à ne jamais perdre confiance. Enfin, c’est bien la folie de la foi d’oser croire que Dieu est sans cesse présent à la vie des hommes, et plus encore qu’il trouve ses délices en notre compagnie… C’est une folie, mais le fait est là : si Dieu continue inlassablement de proposer son Alliance d’amour, c’est bien parce qu’il « trouve jour après jour ses délices avec les fils des hommes ».
 Reste une question : pourquoi ce texte nous est-il proposé pour la fête de la Trinité ? Pas une fois on n’entend parler de Trinité dans ces lignes, ni même des mots Père, Fils et Esprit.
 En ce qui concerne le Livre des Proverbes, cela n’a rien d’étonnant puisque quand il a été écrit, il n’était pas question de Trinité : non seulement, le mot n’existait pas, mais l’idée même de Trinité n’effleurait personne. Au début, pour le peuple élu, la première urgence était de s’attacher au Dieu Unique ; d’où la lutte farouche de tous les prophètes contre l’idolâtrie et le polythéisme parce que la vocation de ce peuple est précisément d’être témoin du Dieu unique ; n’oublions pas cette phrase du livre du Deutéronome : « A toi, il t’a été donné de voir, pour que tu saches que c’est le SEIGNEUR qui est Dieu ; il n’y en a pas d’autre que lui. »
 Première étape, donc, découvrir que Dieu est UN ; pas question de parler de plusieurs personnes divines ! Plus tard seulement, les croyants apprendront que ce Dieu unique n’est pas pour autant solitaire, il est Trinité. Ce mystère de la vie trinitaire n’a commencé à être deviné que dans la méditation du Nouveau Testament, après la résurrection du Christ. A ce moment-là, quand les Apôtres et les écrivains du Nouveau Testament ont commencé à entrevoir ce mystère, ils se sont mis à scruter les Ecritures et ils ont donc fait ce qu’on appelle une relecture ; et en particulier, ils ont relu les lignes que nous venons d’entendre et qui parlent de la Sagesse de Dieu et ils y ont lu en filigrane la personne du Christ.
 Saint Jean, par exemple, écrira : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu… » et vous savez combien cette expression en grec dit une communion très profonde, un dialogue d’amour ininterrompu. Le livre des Proverbes, lui, n’en était pas encore là.
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 Complément
 Irénée et Théophile d’Antioche ont identifié la Sagesse avec l’Esprit, tandis qu’Origène l’identifiait avec le Fils. C’est cette deuxième interprétation qui a finalement été retenue par la théologie.

L’ESPRIT SAINT : L’ASPECT FÉMININ DE LA DIVINITÉ

8 mai, 2013

http://www.pistissophia.org/fr/L_Esprit_Saint_/l_esprit_saint_.html

L’ESPRIT SAINT : L’ASPECT FÉMININ DE LA DIVINITÉ

Abrégé : Il y a actuellement beaucoup d’entretien « des issues féminines, » en particulier dans des contextes sociaux et politiques. Cette conscience de croissance des sujets genre-connexes n’était pas quelque chose ignorée par l’église tôt et les auteurs des textes religieux antiques. Comme nous voyons en cet article par Dr. Hurtak, la notion de la féminité a joué un rôle extrêmement important et significatif dans le système de pensée et de croyance des auteurs intertestamental.  Loin d’être les avocats patriarcaux dominateurs pendant qu’ils sont souvent dépeints, des résultats plus récents indiquent une sensibilité et une appréciation innées pour l’aspect féminin de la divinité qu’a été précédemment suspecté. Pour cette raison, cet article particulier devient une contribution signicative et perspicace à la discussion courante du rôle de la femelle dans des temps modernes.  Une fois de plus nous trouvons une histoire riche et profonde remodelant le futur même pendant qu’elle dévoile avant nos yeux.
Une nouvelle réponse à l’ »image » de l’esprit saint se dessine tranquillement en cercles savants dans le monde entier, comme résultat de nouveaux résultats en mer morte Scriptures, le petit cheval copte Hammadi et les textes intertestamental des mystiques juives ont trouvé côte à côte les écritures de l’église chrétienne tôt.  Les disciples identifient l’esprit saint comme « véhicule femelle » pour l’épanchement d’un enseignement plus élevé et d’une renaissance spirituelle. L’esprit saint joue des rôles divers dans Judeo – traditions chrétiennes : agissant dans la création, donnant la sagesse, et inspirant des prophètes de vieux testament.  Dans le nouveau testament elle est la présence de Dieu dans le monde et d’une puissance dans la naissance et la vie de Jésus.
L’esprit saint est devenu bien établi en tant qu’élément d’un circumincession, d’un associé dans la trinité avec le père et du fils après que les polémiques doctrinales de la 4ème ANNONCE en retard de siècle aient solidifié la position de l’église occidentale.  Bien que toutes les églises chrétiennes acceptent l’union de trois personnes dans une divinité, l’église orientale, en particulier les communautés du Grec, Éthiopien, Arménien, et Russe, ne solidifient pas une union forte des personnalités, mais voient les figures uniquement différenciées, mais toujours dans l’union. D’ailleurs, l’église orientale place l’esprit saint en tant que deuxième personne de la trinité avec le Christ comme troisièmement, tandis que l’église occidentale place le fils avant l’esprit saint. Dans le vieux testament et les rouleaux de mer morte l’esprit saint a été connu en tant que le Ruach ou Ruach ha Kodesh (psaume 51:11). Dans le nouveau testament comme Pneuma (Romans 8:9).  L’esprit saint n’a pas été rendu en tant que « fantôme saint » jusqu’à l’aspect de la version de roi James de 1611 protestants de la bible.  Pour la plupart, Ruach ou Pneuma ont été considérés la force ou la présence spirituelle de Dieu. La puissance de cette force peut être vue dans l’église chrétienne comme « cadeaux de l’esprit » (particulièrement dans des langues d’aujourd’hui parlant Pentecostals). L’esprit saint était également une source pour des conseils divins et comme édredon laissé dans un organe.
De même dans la pensée hébreue Ruach ha Kodesh a été considéré une voix envoyée de sur la haute pour parler au prophète.  Ainsi, dans la langue de vieux testament des prophètes, elle est l’esprit divin de la sanctification et de la créativité laissées dans un organe et est considérée en tant qu’ayant une puissance féminine. « lui » car une référence à l’esprit a été employée en théologie pour assortir le pronom pour Dieu, pourtant le ruach hébreu de mot est un nom de genre féminin. Ainsi, se rapportant à l’esprit saint en tant que « elle » a une certaine justification linguistique. Dénotant l’esprit comme principe féminin, le principe créateur de la vie, marques sentent quand vu l’aspect de trinité où le père plus l’esprit mène à la prolongation divine de Sonship divin.
L’esprit ne s’appelle pas « lui » malgré le fait que le pneuma dans le Grec est un nom neutre.  La doctrine d’église considère l’esprit saint comme une personne, pas une force comme le magnétisme.  Les écritures des pères catholiques, en fait, préservent la vision de l’esprit encapsulant l’ »peoplehood du Christ » en tant que jeune mariée ou comme « église de mère. »  Tous les deux sont des aspects féminins du divin.  Dans l’église orientale, l’esprit a été toujours considéré comme avoir une nature féminine.  Elle était la vie – porteur de la foi.  Clément d’Alexandrie déclare que « elle » est une jeune mariée laissée dans un organe. Parmi les communautés d’église orientale il n’y en a aucun plus clair au sujet de l’aspect féminin de l’esprit saint comme corpus du Copte-Gnostics. Un tel document enregistre que Jésus dit, « a néanmoins fait ma mère, l’esprit saint, me prend par un de mes poils et me porte loin à la grande montagne Tabor [ en Galilée ]. »
Le 3ème rouleau de siècle de christianisme copte mystique, les actes de Thomas, fait un exposé graphique des voyages du Thomas d’apôtre en Inde, et contient des prières appelant l’esprit saint en tant que « la mère de toute la création » et « mère compatissante, » entre d’autres titres.  Les écritures chrétiennes coptes les plus profondes lient certainement l’ »esprit de l’esprit » manifesté par le Christ à tous les croyants comme « esprit de la mère divine. » Les plus significatives sont les nouvelles découvertes de manuscrit des décennies récentes qui ont démontré que les chrétiens premiers qu’ont précédemment pensé ont considéré l’esprit saint comme la mère de Jésus.
Un texte est l’evangile de Thomas qui fait partie des textes nouvellement découverts de Hammadi de petit cheval (découverts 1945-1947).  Les la plupart se composent temps à peu près identique comme evangiles bibliques dans la 1ère et 2ème ANNONCE de siècle.  En cet evangile, Jésus déclare que ses disciples doivent détester leurs parents terrestres (comme en Luc 14:26) mais aimer le père et la mère comme le fait il, « pour ma mère (m’a donné la fausseté), mais (ma) mère vraie m’ait donné la vie. »  Dans une autre découverte de Hammadi de petit cheval, le livre secret de James, Jésus se rapporte en tant que « fils de l’esprit saint. »  Ces deux énonciations n’identifient pas l’esprit saint comme véhicule enfantant de Jésus, mais plus d’un disciple les a interprétées pour vouloir dire que l’esprit saint maternel est prévu.
Jusqu’ici en théologie traditionnelle occidentale, les voix préconisant un esprit saint féminin sont dispersées et subtiles.  Mais pour elles, c’est une vue theologically défendable et accompagnée des avantages psychologiques, sociologiques, et scientifiques d’identifier « le nouveau supernature » se développant dans de vastes changements de conscience se produisant de l’évolution humaine.
Le théologien allemand Jürgen Moltmann, un penseur bien connu dans le Protestantisme de grande ligne, dit que le « monotheism est monarchism. » Il dit que une idée traditionnelle de la puissance absolue de Dieu « fournit généralement la justification pour la domination terrestre » – - – des empereurs et des despotes de l’histoire aux 20èmes dictateurs de siècle.  Moltmann plaide pour une nouvelle appréciation des « personnes » de la trinité et du modèle de la communauté ou de famille qu’elle présente pour des relations humaines.
Selon professeur Neil Q. Hamilton à a dessiné l’école d’université de la théologie, l’evangile de John nous montre comment « l’esprit saint commence à exécuter un rôle enfantant pour nous qui est acceptation, amour et s’inquiéter sans conditions. »  Dieu nous commence alors au parent en modes de père et de mère.
Un disciple catholique, Franz Mayr, un professeur de philosophie à l’université de Portland, favorise également l’identification de l’esprit saint comme féminine. Il affirme que l’unité traditionnelle de Dieu ne devrait pas être arrosée vers le bas afin des disciples pour accepter le côté féminin de Dieu.  Mayr, qui a étudié sous le théologien allemand Karl Rahner de renommée, a indiqué qu’il est venu à sa vue pendant son étude des écritures de la rue Augustine (ANNONCE 354-430) qui ont vu qu’un nombre significatif de premiers chrétiens doit avoir accepté un aspect féminin de l’esprit saint tels que le père d’église influent de l’Afrique du nord a châtié cette vue.  La rue Augustine a réclamé que l’acceptation de l’esprit saint en tant que « mère du fils de Dieu et du épouse-époux du père » était simplement des perspectives païennes.  Mais Mayr affirme qu’augustine « a sauté au-dessus de l’aspect social et maternel de Dieu, » que Mayr pense est meilleur vu dans l’esprit saint, le Ruach divin ha Kodesh. Rue Jerome, un contemporain d’Augustine, et deux pères d’église d’une période plus tôt, cléments d’Alexandrie et d’Origen, cité de l’evangile pseudopigraphic des Hébreux, qui ont dépeint l’esprit saint comme « chiffre de mère. »
Un 14ème fresque de siècle dans un petit sud-est d’église catholique de Munich, Allemagne dépeint un esprit femelle en tant qu’élément de la trinité sainte, selon Leonard Swidler d’université de temple.  La femme et deux figures barbues la flanquant semblent être enveloppées dans un manteau simple et être associées à leurs moitiés inférieures montrant une union de vieux et nouveaux corps de naissance et de renaissance.
En conclusion, nous vivons à la fois des découvertes profondes et révélatoires de l’archéologie et des textes spirituels antiques qui indiquent le chemin au futur. On a dit que le Christ, lui-même, a les disciples féminins comme révélé dans la littérature gnostique et les résultats archéologiques récents de premiers tombeaux chrétiens en Italie. Un commencement a été fait pour reprendre « l’esprit » du Ruach trouvé dans la montagne des textes nouvellement découverts de pré-Chrétien et des textes Copte-Égyptiens de l’église tôt.  Il devient clair en examinant de nouveau les 100 premières années du christianisme qui un christianisme plus tôt était plus près « de l’esprit féminin » du vieux testament, du Ruach ou du Shekinah aimé.  Le Shekinah, distinct du Ruach, a été vu comme présence divine laissée dans un organe qui a activé la « naissance des miracles » ou art de l’auto-portrait oint.   En conséquence, la croissance du christianisme traditionnel a fait des ajustements alternatifs de la position originale de la « naissance des cadeaux » pendant que la chrétienté compromettait pour le privilège de devenir un établissement.
Les nouvelles directions des études spirituelles et scientifiques prouvent qu’il est maintenant possible que l’esprit saint, Ruach ha Kodesh, peut être aussi féminin dépeint que la présence laissée dans un organe de Dieu, le Shekinah, consolidant et apportant aux âmes de naissance pour le royaume. Perspicacités spirituelles enregistrées dans le livre de la connaissance : Les clefs d’Enoch nous rappellent soigneusement que nous sommes disposés à comprendre que juste comme le vieux testament était l’âge du père, le nouveau testament l’âge du fils, ainsi cet prochain âge où des cadeaux sont versés en avant sera l’âge de l’esprit saint.  Cependant, les clefs nous indiquent également que la trinité divine est au delà des formes anthropomorphes de mâle et de femelle.  Ici nos propres natures masculines ou féminines sont seulement des symboles de la manifestation divine et de la notre vie dans l’univers.  Et ci-dessus nous comprenons qui nous vraiment, pendant que nous mâle et femelle faisons notre propre préparation pour la renaissance de notre « Christed Overself, » sommes unifiés comme peoplehood de lumière, la « jeune mariée, » pour venir du « jeune marié » – - le Christ.

 1993 J. J. Hurtak, PhD

LA LIBERTÉ CHRÉTIENNE

8 mai, 2013

http://www.bibleenligne.com/Lectures_bibliques/Mensuel/ME/06/La%20liberte%20chretienne.htm

LA LIBERTÉ CHRÉTIENNE

Nous trouvons dans la Parole trois cas où il est question d’observer des jours (Romains 14: 5; Colossiens 2: 16; Galates 4: 10), c’est-à-dire, pour envisager les choses d’une manière plus générale, de vouloir introduire dans le christianisme des habitudes cérémonielles. Il est intéressant de comprendre ce qui a poussé les croyants en question à agir ainsi, et ensuite de faire le point chacun personnellement sur ce qui motive nos «habitudes chrétiennes», afin de ne pas être enlacés par elles et de jouir pleinement de la liberté dans laquelle nous avons été placés par Christ (Galates 5: 1).

Retour au judaïsme
Le cas des Galates est le plus sérieux des trois. Ils voulaient introduire, dans leur christianisme, la circoncision, et avec elle, l’observation de jours (Galates 6: 12). En le faisant, ils se plaçaient sur le terrain de la religion humaine et des œuvres légales. Quel mal y avait-il à reprendre les signes extérieurs du judaïsme? En leur écrivant, l’apôtre démontre que la loi fait un tout indissociable; d’ailleurs la circoncision était une condition essentielle pour faire partie du peuple de Dieu. C’est pourquoi celui qui retournait à la circoncision s’engageait sur le terrain de la loi, sur lequel Christ ne pouvait lui profiter de rien. «Le judaïsme était une religion humaine ordonnée de Dieu, et en y revenant lorsque l’ordonnance de Dieu n’était plus en vigueur, ils ne faisaient que retourner au paganisme d’où ils avaient été appelés pour avoir part avec Christ aux choses célestes» (J.N.D.). Aujourd’hui encore on s’efforce d’éveiller des sentiments religieux dans les cœurs et de couvrir la pauvreté intérieure et le manque de puissance par une apparence de piété. Tout cela a une belle apparence aux yeux des hommes, mais en réalité éloigne le cœur de Christ et nourrit le moi. «La pénétration de l’esprit légal au milieu des chrétiens ne doit pas être mise sur un autre pied qu’un manquement moral grave» (J.N.D.). L’un comme l’autre sont du levain qui contamine la pâte tout entière (cf. 1 Corinthiens 5: 6; Galates 5: 9).

Observation de jours
On retrouve aussi l’observation de jours chez les Colossiens, mais ce n’est pas dans le même état d’esprit, leur mobile est différent. Ils étaient disposés à s’assujettir à des règles, ayant égard à l’homme comme vivant dans le monde. L’apôtre leur fait comprendre que nous sommes morts avec Christ, sans user de la même sévérité qu’avec les Galates; il les suit en grâce, tout en leur indiquant le danger qu’ils courent. Si nous sommes morts avec Christ, nous devons vivre sur la terre comme ressuscités avec lui. Il n’y avait pas d’esprit légal chez les Colossiens, mais ils comprenaient mal la position chrétienne; ou du moins leur vie n’était pas en rapport avec celle-ci.
À Rome aussi, certains croyants observaient des jours et n’étaient pas libres de manger de tout. Il n’y avait pas chez eux le désir de se replacer sous la loi, mais des difficultés à se dégager d’elle. C’était un problème de conscience. L’apôtre s’adresse à ceux qui avaient complètement abandonné le paganisme et jouissaient librement de leur christianisme, pour les inviter à respecter la conscience des frères faibles.

Qu’est-ce que la liberté chrétienne?
Ces exemples pris dans la Parole nous montrent que des pratiques identiques, dans un contexte différent et avec un état d’esprit différent, ne doivent pas être mises sur un même pied.
Le légalisme détruit la liberté chrétienne: c’est le désir charnel de légiférer et de dominer sur les âmes en leur imposant des pratiques religieuses. L’apparence est sauve, mais la vraie sainteté ne peut se développer dans un tel état de choses. «Ce n’est que là où la grâce selon la pensée de Dieu est comprise, qu’il y aura un joyeux accroissement de l’homme intérieur, une transformation en l’image de Celui que nous pouvons contempler à face découverte, à la droite de Dieu» (R.B.). La liberté chrétienne ne peut donc exister qu’en dehors de l’esprit légal. Elle consiste à ne plus être obligé de faire ce qui plaît à la chair, mais à pouvoir faire ce qui caractérise le nouvel homme, ce qui est de Christ et ce par quoi Dieu est glorifié. Il s’agit d’être pénétré, par la Parole, de notre position en Christ et d’avoir une vie pratique correspondante, et non de se permettre quelque insoumission que ce soit au Seigneur et à sa Parole. Il s’agit d’être libéré de tout ce dont la conscience se ferait inutilement une obligation, et non d’accoutumer sa conscience à toutes sortes de choses qui ont leur origine en la chair.
Au lieu d’insouciance et de légèreté, la liberté conduit à la justice et à la sainteté pratiques; au lieu d’égoïsme et d’insensibilité, elle réveille un amour désintéressé par lequel la foi opère. En aucun cas la liberté ne doit être «une occasion pour la chair» (Galates 5: 13), ni «un voile pour la méchanceté» (1 Pierre 2: 16). Elle ne consiste pas à élargir le chemin, mais à le laisser tel que Christ nous l’a tracé.

Qu’est-ce qui entrave la jouissance de cette liberté?
Le christianisme nous délivre de l’observation de jours et de distinctions entre des aliments (1 Timothée 4: 4), nous rendant célestes en Christ (Colossiens 3: 1-3). Méconnaître cela, ou ne le connaître qu’intellectuellement, peut empêcher d’entrer dans une pleine liberté: on ressent le besoin de règles, qui ont bien une apparence de sagesse, mais qui, sans qu’on s’en rende compte, tendent à produire une satisfaction charnelle.
Il est possible que nous ayons reçu une éducation qui rende notre conscience portée à se faire beaucoup de scrupules dans un domaine ou dans un autre. Nous ne devons jamais agir contre elle, ce ne serait pas agir sur un principe de foi (Romains 14: 23). Toutefois elle n’est pas un guide absolu. L’apôtre s’attachait à avoir «une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes» (Actes des Apôtres 24: 16), mais, n’ayant rien sur la conscience, il n’était pas pour autant «justifié», c’est-à-dire sûr d’avoir bien fait (1 Corinthiens 4: 4). Dieu nous instruit et éclaire notre conscience par sa Parole. Lui seul peut nous libérer, par sa Parole, de tout ce dont nous nous ferions une obligation par conscience envers lui, à cause de notre ignorance. Cette absence de liberté peut en revanche dégénérer en légalisme si, au lieu d’en être progressivement dégagés, nous prescrivons aux autres, comme devoir, ce que notre conscience nous dicte.

Une conscience délicate
Il est essentiel pour notre vie chrétienne de cultiver une conscience délicate, en nous tenant sous le regard du Seigneur et en nous jugeant nous-mêmes. C’est autre chose d’avoir une conscience «cérémonielle», qui entrave la jouissance de notre liberté. Cependant, ayant une conscience en bon état, c’est-à-dire sensible, si même, par éducation, elle garde un côté cérémoniel, l’Esprit Saint nous libérera progressivement. Il est remarquable de constater, à travers les Actes des Apôtres, que Paul a eu beaucoup de mal à se dégager des rites judaïques, et qu’ensuite il a pu écrire sur la liberté chrétienne tout en exhortant à avoir beaucoup de délicatesse envers les «faibles» (Actes des Apôtres 20: 16; 21, 24).
Être consciencieux ne suffit donc pas pour jouir de la liberté chrétienne, il faut avoir «les sens exercés à discerner le bien et le mal» par une nourriture solide (Hébreux 5: 14). Connaissant ce qui glorifie le Seigneur, nous l’accomplirons avec une conscience pure, librement et joyeusement (1 Corinthiens 10: 31).

Limites de la liberté
Un problème de conscience se posait chez les Corinthiens relativement à la consommation des choses sacrifiées aux idoles. Il aurait été très simple, pour éviter qu’ils n’aillent trop loin, de leur enseigner qu’ils n’avaient pas à y toucher. Conduit par l’Esprit, écrivant sous l’inspiration divine, l’apôtre leur indique ce qu’est la vraie limite de leur liberté à cet égard.
Il fait la différence entre — d’une part acheter des viandes sacrifiées aux idoles, vendues à la boucherie (1 Corinthiens 10: 25), manger au restaurant du temple d’idoles (1 Corinthiens 8: 10), répondre à l’invitation d’un païen à participer à un repas où de telles viandes sont servies (1 Corinthiens 10: 27) — et d’autre part s’associer à la fête païenne après le sacrifice, ou au sacrifice lui-même.
En résumé, nous pouvons user des choses qui nous permettent de vivre dans la mesure où nous pouvons rendre grâce et où nous le faisons pour la gloire de Dieu.
Aujourd’hui nous constatons que, à cause de notre manque de spiritualité et de notre faiblesse, nous sommes parfois incapables de discerner et de distinguer ces différences. Faut-il, pour y pallier, limiter la liberté chrétienne de peur de tomber? Certainement pas; l’Esprit Saint demeure en nous et «lorsqu’il y a de la droiture dans l’âme, la grâce opérera toujours une séparation du mal beaucoup plus complète que ne saurait le faire un esprit légal» (R.B.).

Comment vivre collectivement dans cette liberté?
Nous aimons naturellement que les autres aient les mêmes convictions que nous, agissent selon les mêmes principes que nous. S’il s’agit d’obéir à la Parole, c’est un désir bien légitime, mais en ce qui concerne le domaine qui nous occupe, il ne doit pas en être ainsi! Combien nous avons besoin que le Saint Esprit forme nos cœurs par les exhortations de Romains 14 et 1 Corinthiens 8 afin que nous soyons conduits dans le «vrai chemin» (Esdras 8: 21)!
Résumons les exhortations que la Parole nous donne concernant la réalisation collective de la liberté chrétienne:
- Respecter la conscience du «faible» et le respecter lui-même. Se permettre d’agir contre la conscience de son frère la «blesserait» (1 Corinthiens 8: 12), et s’il était ainsi amené à agir contre elle, elle serait souillée (Tite 1: 15), puisque en faisant ainsi il n’agirait pas sur un principe de foi (Romains 14: 23). Ce serait pécher contre Christ (1 Corinthiens 8: 12), détruire «celui pour lequel Christ est mort», ne pas marcher selon l’amour (Romains 14: 15).
- Recevoir le «faible»: il ne faut pas le considérer comme étant en mauvais état, ni comme faisant partie d’une classe de frères que l’on n’estime pas beaucoup à cause de ses pratiques. Ce manque de liberté est une infirmité que l’on doit «porter» en étant prêts à renoncer à notre liberté.
- Ne pas juger le «fort», car Dieu l’a reçu. Il est si facile de porter un jugement sur les actes d’autrui; pensons qu’ils peuvent avoir été faits «ayant égard au Seigneur». Le faible pourrait empêcher les autres de jouir de la liberté, estimant que l’on blesse sa conscience, et par là imposer à tous sa pensée… aussi l’exhortation qui lui revient est-elle de ne pas juger.

Les principes du royaume de Dieu
Ces exhortations font apparaître quelques vérités bien importantes, que nous voulons souligner avant de terminer:
- «Le royaume de Dieu n’est pas manger et boire»: ces questions de liberté par rapport aux choses du monde ne concernent pas les choses spirituelles, qui sont «nos» richesses. «Toutes choses sont permises, mais toutes choses n’édifient pas» (1 Corinthiens 10: 23). Pour cette raison il devrait être très facile pour nous de renoncer à en user. Veillons de toute manière à ne pas gaspiller notre temps à ces choses permises, mais qui n’édifient pas: Que de temps à jamais perdu dans notre «civilisation de loisirs»!
- Le royaume de Dieu est «justice, et paix, et joie dans l’Esprit Saint» (Romains 14: 17). En recherchant plutôt ces choses nous réaliserons ce qui est «vraiment la vie» (1 Timothée 6: 19).
- Chacun est responsable pour lui-même devant Dieu. Si nous devons rendre compte pour nous-mêmes, marchons avec notre propre foi, avec nos propres jambes (Romains 14: 4).
- Tout ce que nous faisons doit être fait sur un principe de foi. Nous n’avons donc pas besoin d’un directeur de conscience humain; tout doit être le résultat d’exercices personnels devant Dieu. Nous ne devons pas non plus hésiter à marcher à contre-courant, si notre conscience l’exige.
Que personne ne voie dans les considérations qui précèdent une porte ouverte pour marcher dans un chemin d’indépendance et de propre volonté! Nous n’avons nullement la pensée de favoriser un tel état d’esprit qui est condamné par la Parole du Seigneur. «Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde, car de lui sont les issues de la vie» (Proverbes 4: 23). Que de questions disparaîtraient si nos cœurs étaient en bon état! Nous n’aurions pas de peine à renoncer à nos libertés ni à accepter que d’autres agissent autrement. Nous regarderions tout par rapport à la gloire du Seigneur, le légalisme n’aurait aucune place et il y aurait paix entre nous et édification mutuelle.

Marc Ruel

UNE ÉGLISE VIVANTE QUI SE CONSTITUE PEU À PEU

7 mai, 2013

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/1381.html

UNE ÉGLISE VIVANTE QUI SE CONSTITUE PEU À PEU

THÉOLOGIE

COMMENCER
À lire les Actes des Apôtres, on découvre une Église vivante qui se constitue peu à peu comme communauté…
À lire les Actes des Apôtres, on découvre une Église vivante qui se constitue peu à peu comme communauté. Non pas un groupe replié sur lui-même, fermé, mais au contraire une communauté ouverte, qui veut partager ce qu’elle a de plus précieux, qui annonce sans réserve Celui qui est au cœur de sa foi. Une communauté qui célèbre les louanges de Dieu pour ce qu’il a fait en Jésus son serviteur, une communauté qui veut vivre de l’Esprit de son Seigneur et maître, Jésus de Nazareth.

Un peuple de témoins
« Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres » nous dit Luc (Ac 2,42). Quel est donc cet enseignement des apôtres qui retient l’attention des nouveaux croyants ? C’est précisément le témoignage qu’ils rendent à Jésus, annonçant sa résurrection, son mystère pascal et le salut qui est en lui : « cet homme que vous avez livré et supprimé en le faisant crucifier par la main de impies, Dieu l’a ressuscité  en le délivrant des douleurs de la mort » (Ac 2,23-24), déclare Pierre au jour de la Pentecôte. Et les apôtres sont eux-mêmes les « témoins de la résurrection de Jésus », comme le dit Pierre au moment de l’élection de Matthias comme douzième apôtre, pour compléter le groupe défait par la trahison de Judas (Ac 1,22).
Et leur témoignage concerne Jésus, vivante Parole de Dieu, messie promis et manifesté pour la délivrance de son peuple : « C’est lui la pierre que, vous, les bâtisseurs, aviez mise au rebut et qui est devenue la pierre angulaire. Il n’y a aucun salut ailleurs qu’en lui ; car il n’y a sous le ciel aucun autre nom offert aux hommes qui soit nécessaire à notre salut », dit encore l’apôtre Pierre après la guérison de l’infirme de la Belle Porte du Temple (Ac 4,11-12).
Aujourd’hui encore, l’Église est ce peuple rassemblé par la Parole qui est le Christ. C’est le sens même du mot grec « ekklesia » qui signifie « assemblée » et que traduit notre mot « Église ». Et chaque dimanche, à l’eucharistie, nous commençons par nous rassembler pour écouter la Parole, pour entendre son message, actualisé par l’homélie d’un diacre ou d’un prêtre, qui prolonge ainsi l’enseignement des apôtres, car l’un et l’autre sont liés au ministère de l’Évêque, successeur des apôtres.
C’est ainsi que l’Église se constitue comme le peuple des témoins de Jésus, le peuple de prophètes qui répand dans le monde et pour lui la Bonne Nouvelle du ressuscité. L’Église découvre alors que, depuis le jour de la Pentecôte, elle « existe pour évangéliser » (Paul VI, Annoncer l’Évangile aux hommes de ce temps n°14, 1975). 

Un peuple de frères et de sœurs
« ils étaient assidus à la communion fraternelle », dit Luc. L’insistance de Luc est grande dans les Actes des Apôtres sur cette fraternité nouvelle qui constitue la communauté chrétienne : « Ils mettaient tout en commun » (2, 44), « ils vendaient leurs propriétés et leurs biens pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun » (2,45), « nul ne considérait comme sa propriété l’un quelconque de ses biens, ils mettaient tout en commun » (4,32).
Cette fraternité ne se fonde pas seulement dans un désir solidaire de partage, elle se fonde en Jésus lui-même. En révélant à ses disciples que Dieu est Père, son Père et leur Père (Jn 20,17), Jésus leur découvre qu’ils sont tous frères et que Dieu ne fait pas de différence entre les êtres humains (Ac 10,34). Le baptême qui plonge les croyants dans la mort et la résurrection de Jésus fait donc d’eux des fils mais aussi des frères, qui doivent vivre de l’amour même de Jésus, selon sa parole : « Je vous donne un commandement nouveau :  aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13,34-35)
L’Église du Christ ne cesse pas de vivre cette dimension du service, de la « diaconie », comme le cœur de son être. Au XXe siècle, elle a redécouvert avec le concile Vatican II la grandeur du sacerdoce commun des fidèles, qui lie tous les baptisés en un seul corps, en une seule fraternité, avant de poser les différences qui la structurent : « si donc, dans l’Église, tous ne marchent pas par le même chemin, tous, cependant, sont appelés à la sainteté et ont reçu à titre égal la foi qui introduit dans la justice de Dieu. Même si certains, par la volonté du Christ, sont institués docteurs, dispensateurs des mystères et pasteurs pour le bien des autres, cependant, quant à la dignité et à l’activité commune à tous les fidèles dans l’édification du corps du Christ, il règne entre tous une véritable égalité » (Vatican II, constitution Lumen Gentium, n°32). Cette fraternité, fondée en Jésus, le Fils qui nous fait fils avec lui, l’Église se doit de l’annoncer et la vivre dans de vraies communautés qui mettent en œuvre le sens du partage, entre ses membres mais aussi avec tous ceux qui sont démunis.

Un peuple de prêtres
« Ils étaient assidus à la fraction du pain et aux prières ». La fraction du pain dont parle St Luc, c’est le geste de Jésus devant les pèlerins d’Emmaüs, c’est le signe de reconnaissance du Ressuscité (Lc 24,35). Désormais, chaque dimanche, la communauté chrétienne célèbre le repas du Seigneur, manifestant ainsi qu’il est vivant et que c’est lui qui préside la communauté des siens. Très vite, les chrétiens, grâce à St Paul, prendront conscience qu’ils sont ensemble le corps du Christ ressuscité, animé par son Esprit.
En célébrant le repas du Seigneur, l’Église fait donc mémoire du mystère pascal de Jésus, elle offre sa vie donnée une fois pour toutes pour la réconciliation des hommes avec Dieu. Et même si les chrétiens de Jérusalem fréquentent encore assidûment le Temple pour les prières quotidiennes, le culte nouveau s’est tourné désormais vers Jésus lui-même. C’est lui, grand prêtre de l’alliance nouvelle, qui fait participer tout son peuple à son sacerdoce saint en même temps qu’il appelle certains au sacerdoce ministériel, comme prêtres, pour le service du peuple sacerdotal (Lumen Gentium, n°10). Ainsi l’Église est-elle le peuple de Dieu, un peuple de prêtres, de priants, chargé de chanter la louange du Seigneur, chargé aussi d’intercéder en faveur de tous les hommes par le nom de Jésus.
L’eucharistie, l’action de grâce de Jésus à son Père, apparaît ainsi le lieu « source » de l’Église en même temps que le « sommet de son action », selon la formule du Père Henri de Lubac. Née de l’eau et du sang qui coulent du côté ouvert de Jésus en croix (Jn 19,34), l’Église devient vraiment le corps du Christ, le corps dont Jésus Ressuscité est la tête et c’est de lui qu’elle reçoit toute sa vie, dans le pain de la Parole et dans le pain eucharistique. Nourris par cette vie, les chrétiens peuvent alors devenir eux-mêmes louange et action de grâce au Père, à la suite de Jésus et avec lui, ils peuvent s’offrir eux-mêmes en « sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu », selon la recommandation de St Paul (Rm 12, 1).
Communauté de la Parole, du partage et de la prière, peuple qui vit le témoignage, le service et la communion, telle nous apparaît l’Église au commencement de son histoire. C’est toujours à cette source du ministère de Jésus lui-même qu’elle puise aujourd’hui encore sa vie, pour annoncer aux hommes de ce temps la Bonne Nouvelle de Jésus, pour célébrer en son nom l’action de grâce de l’alliance nouvelle et éternelle, pour aimer comme il nous a aimés, pour servir comme lui.

DIMANCHE 5 MAI : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE – Actes 15, 1-2. 22-29

3 mai, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 5 MAI : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Actes 15, 1-2. 22-29
1 Certaines gens venus de Judée
 voulaient endoctriner les frères d’Antioche
 en leur disant :
 « Si vous ne recevez pas la circoncision
 selon la loi de Moïse,
 vous ne pouvez pas être sauvés. »
2 Cela provoqua un conflit et des discussions assez graves
 entre ces gens-là et Paul et Barnabé.
 Alors on décida que Paul et Barnabé,
 avec quelques autres frères,
 monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens
 pour discuter de cette question.
22 Finalement, les Apôtres et les Anciens
 décidèrent, avec toute l’Eglise,
 de choisir parmi eux
 des hommes qu’ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé.
 C’étaient des hommes
 qui avaient de l’autorité parmi les frères ;
 Jude (appelé aussi Barsabbas), et Silas.
23 Voici la lettre qu’ils leur confièrent :
 « Les Apôtres et les Anciens saluent fraternellement
 les païens convertis, leurs frères,
 qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie.
24 Nous avons appris que quelques-uns des nôtres,
 sans aucun mandat de notre part,
 sont allés tenir des propos
 qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi.
25 Nous avons décidé à l’unanimité
 de choisir des hommes que nous enverrions chez vous,
 avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul,
26 qui ont consacré leur vie
 à la cause de Notre Seigneur Jésus-Christ.
27 Nous vous envoyons donc Jude et Silas
 qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit :
28 L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé
 de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations
 que celles-ci, qui s’imposent :
29 vous abstenir de manger
 des aliments offerts aux idoles,
 du sang, ou de la viande non saignée,
 et vous abstenir des unions illégitimes.
 En évitant cela, vous agirez bien.
 Courage ! »

Nous avons déjà entendu parler de la communauté d’Antioche de Syrie dans les textes des dimanches précédents… aujourd’hui, nous la trouvons affrontée à une crise grave : on est vers l’an 50 de notre ère ; dès le début, à Antioche, il y a eu des chrétiens d’origine juive et des chrétiens d’origine païenne ; mais peu à peu, entre eux, la cohabitation est devenue de plus en plus difficile : leurs modes de vie sont trop différents. Non seulement, les chrétiens d’origine juive sont circoncis et considèrent comme des païens ceux qui ne le sont pas ; mais plus grave encore, tout les oppose dans la vie quotidienne, à cause de la multiplicité des pratiques juives auxquelles les chrétiens d’origine païenne n’ont aucune envie de s’astreindre : de nombreuses règles de purification, d’ablutions et surtout des règles très strictes concernant la nourriture.
 Et voilà qu’un jour des Chrétiens d’origine juive sont venus tout exprès de Jérusalem pour envenimer la querelle en expliquant qu’on ne doit admettre au baptême chrétien que des Juifs ; concrètement, les païens sont priés de se faire Juifs d’abord, (circoncision comprise) avant de devenir Chrétiens.
 Derrière cette querelle, il y a au moins trois enjeux : premièrement, faut-il viser l’uniformité ? Pour vivre l’unité, la communion, faut-il avoir les mêmes idées, les mêmes rites, les mêmes pratiques ?
 Le deuxième enjeu est une question de fidélité : tous ces chrétiens, de toutes origines, souhaitent rester fidèles à Jésus-Christ, c’est évident !… Mais, concrètement, en quoi consiste la fidélité à Jésus-Christ ? Jésus-Christ lui-même était juif et circoncis : cela veut-il dire que pour devenir Chrétien il faut d’abord devenir Juif comme lui ?
 Il est vrai aussi que les tout premiers Chrétiens sont tous des Juifs. Puisque les apôtres choisis par le Christ étaient tous juifs… et même, pour aller plus loin, ils étaient tous originaires de Galilée… On ne va pas restreindre l’annonce de l’Evangile aux Galiléens pour autant… c’est une évidence !
On ne va pas la restreindre aux Juifs de naissance, non plus… d’ailleurs, la question est déjà tranchée à Antioche. Certains chrétiens sont d’origine païenne, on l’a déjà vu. Mais ces chrétiens d’origine païenne, peut-être faudrait-il les initier d’abord au judaïsme pour ensuite en faire des Chrétiens ? Concrètement, cela veut dire qu’on accepterait de baptiser des païens, mais à condition qu’ils adhèrent d’abord à la religion juive et qu’ils se fassent circoncire.
 Oui, mais on peut tenir un autre raisonnement : Jésus-Christ a agi de telle manière, dans les circonstances où il se trouvait ; dans d’autres circonstances, il aurait agi différemment ; par exemple, lui qui était galiléen s’est entouré de Galiléens, mais ce n’est pas une condition pour devenir Chrétien.
 La décision prise à l’époque, à Jérusalem, nous venons de le lire, adoptera cette deuxième façon de voir : être fidèle à Jésus-Christ ne veut pas dire forcément reproduire un modèle figé. Pour le dire autrement, fidélité n’est pas répétition : quand on étudie l’histoire de l’Eglise, on est émerveillé justement de la faculté d’adaptation qu’elle a su déployer pour rester fidèle à son Seigneur à travers les fluctuations de l’histoire !
 Enfin, il y a un troisième enjeu, plus grave encore : le salut est-il donné par Dieu sans conditions, oui ou non ? « Si vous ne recevez pas la circoncision, vous ne pouvez pas être sauvés », c’est ce qu’on commence à entendre dire à Antioche : cela voudrait dire que Dieu lui-même ne peut pas sauver des non-Juifs… cela voudrait dire que c’est nous qui décidons à la place de Dieu qui peut ou ne peut pas être sauvé… cela voudrait dire enfin que la foi en Jésus-Christ ne suffit pas ? Mais pourtant Jésus lui-même a bien dit « celui qui croira et sera baptisé sera sauvé » ; il n’a pas ajouté qu’il fallait en plus être Juif pratiquant et circoncis… et puis, par définition, la grâce, c’est gratuit ! Nous ne pouvons pas ajouter par nous-mêmes des conditions à la grâce de Dieu.
 On sait la fin de l’histoire ; les Apôtres prennent une double décision : les Chrétiens d’origine juive ne doivent pas imposer la circoncision et les pratiques juives aux Chrétiens d’origine païenne ; mais de l’autre côté, les Chrétiens d’origine païenne, par respect pour leurs frères d’origine juive, s’abstiendront de ce qui pourrait troubler la vie commune, en particulier pour les repas. Il est très intéressant de remarquer qu’on n’impose à la communauté chrétienne que les règles qui permettent de maintenir la communion fraternelle. C’est certainement la meilleure manière d’être vraiment fidèle à Jésus-Christ : lui qui a dit « c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra pour mes disciples » (Jn 13, 35).
 ———————–
 Compléments
 Ces questions autour de la circoncision et des pratiques de la loi juive peuvent paraître d’un autre âge : sommes-nous vraiment concernés ?
 Oui, car la question de fond autour de la grâce est toujours d’actualité ; nous avons toujours besoin de nous réentendre dire que la grâce est gratuite : c’est le sens même de ce mot ! Cela veut dire que Dieu ne fait jamais de comptes avec nous !

LE SEPTIÈME JOUR

1 mai, 2013

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/1338.html

LE SEPTIÈME JOUR

L’Ancien Testament est traversé par une ambivalence qui rejaillit dans le Nouveau…
L’Ancien Testament est traversé par une ambivalence qui rejaillit dans le Nouveau : le travail est signe de la grandeur de l’être humain, mais il est aussi un des lieux majeurs de l’exploitation, de la domination et de l’asservissement. Dans cette tension, quelle est la place du sabbat ?
De manière générale, la Bible considère le travail comme la tâche normale de l’homme, voulue par Dieu, donc sainte et belle. Créé à l’image de Dieu, l’être humain est établi dans le jardin d’Éden « pour le cultiver et le garder » (Gn 2, 15). Travailler est même un des grands commandements divins « Tu travailleras six jours faisant tout ton ouvrage… » (Ex 20, 9). A l’inverse, parce que la création divine est comme prolongée par le travail humain, l’oisiveté et la paresse sont sévèrement blâmées. Elles éloignent de Dieu en même temps qu’elles conduisent à une misère certaine (cf. encadré).

LA DURETÉ DU TRAVAIL
Mais le travail est pénible et l’on s’interroge : s’il reflète la grandeur de l’être humain appelé à poursuivre la création divine, comment expliquer qu’il soit source de fatigues et de maux de toutes sortes ? Dans un langage qui s’apparente à celui des mythes, le deuxième récit de la création y voit une des conséquences du péché des hommes (Gn 3, 17-19). Outre le souci d’expliquer pourquoi le travail est trop souvent pénible alors que la création venant de Dieu est bonne, on perçoit ici la prise de conscience de la dure nécessité du travail pour vivre et survivre. Maintes pages de la Bible se font l’écho de ce drame qui semble toucher l’humanité dans ce qu’elle a de plus noble. C’est Job qui gémit après le « temps de corvée que le mortel vit sur terre » (Jb 7, 1ss) ou Qohélet qui considère l’importance du travail des hommes pour conclure amèrement à sa vanité (Qo 2, 22-23).
À ce constat, il faut ajouter les conditions de travail inhumaines auxquelles sont soumis les esclaves, les prisonniers de guerre, sans oublier l’exploitation dont sont victimes les plus pauvres (Jr 22, 13 ; Dt 24, 14-15). On reconnaît alors que le travail s’inscrit à l’intérieur d’institutions sociales marquées par la violence et l’injustice. S’il demande à être libéré de sa pénibilité naturelle, le travail doit donc être libéré des conditions injustes qui l’accompagnent souvent.
À cause de cela – ou à cause de l’influence de la culture grecque ? –, le travail manuel est présenté dans les derniers livres de l’Ancien Testament comme une activité subalterne. Ainsi, bien qu’il reconnaisse qu’il n’y aurait pas eu de villes à habiter s’il n’y avait pas eu d’artisans (38, 32), et que le travail manuel est nécessaire pour vivre (7, 15 etc.), Ben Sirac proclame la supériorité des scribes sur les artisans (38, 24-26).

JACQUES ET JÉSUS
De Jacques, on retiendra une terrible diatribe à l’encontre des riches qui exploitent leurs salariés (Jc 5, 4). De Jésus, on retiendra que ses paraboles sont généralement empruntées au monde du travail, qu’il s’agisse des semailles, des moissons, des vendanges ou des ouvriers attendant sur la place du village qu’on vienne les embaucher. Néanmoins, Jésus semble prendre ses distances par rapport à une certaine conception du travail : c’est l’épisode où Jésus met en garde Marthe contre le danger de l’activisme (Lc 10, 38-42) ; c’est l’invitation à ne pas faire de la nourriture ou du vêtement le seul horizon de sa vie (Lc 12, 22-32). Reste que l’on ne voit jamais Jésus travailler des ses mains, pas plus d’ailleurs que ses disciples qui abandonnent leur travail pour le suivre. C’est sans doute le signe que Jésus considère l’annonce de l’Évangile comme un  travail.

PAUL
Différemment de Jésus, Paul est fier de travailler de ses mains (1Th 2, 9 ; 1Co 4, 12), au point d’ailleurs de demander aux Thessaloniciens de l’imiter. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce choix : annoncer l’Évangile gratuitement en n’étant à la charge de personne (1Co 9, 18) ; rendre l’annonce de l’Évangile proche des réalités de ceux qui travaillent ; proposer une vision positive du travail. Dans un contexte où le travail manuel était souvent méprisé, parce que contraire à une « vie honorable », Paul voulait sans doute montrer que le travail n’est pas un signe d’esclavage ou un motif de honte mais un témoignage d’ »honnêteté » (cf.1Th 4, 11-12).
Face à des chrétiens qui prenaient prétexte des enseignements évangéliques ou de l’attente du retour du Christ pour ne rien faire, la deuxième lettre aux Thessaloniciens insistera sur la nécessité de gagner sa vie en travaillant, car « qui ne veut pas travailler ne doit pas non plus manger » (2Th 3, 6-12). C’était une manière de rappeler que l’attente du retour du Christ n’exclut pas un véritablement engagement dans le monde.

ET LE SABBAT ?
C’est un des aspects les plus étonnants de la Bible : aussi important soit-il, le travail des hommes est régulé par le sabbat et le devoir, un jour par semaine, de cesser, toute activité : « … le septième jour, c’est le sabbat du Seigneur ton Dieu » (Ex 20, 10). En s’arrêtant de travailler pour se consacrer à Dieu, les hommes se rappellent en effet qu’ils ne sont pas la mesure de toutes choses, mais seulement l’image de Celui à qui appartient l’univers et tout ce qui l’habite. En s’arrêtant, ils ne laissent pas prendre aux pièges du productivisme ou de l’efficacité. Ils reconnaissent  que leur œuvre est limitée et que le travail n’a de valeur que s’il est fécondé par la rencontre de Dieu ou que s’il est habité par la gratuité, la beauté, l’amour tout simplement. C’est plus que jamais d’actualité.

SBEV. Pierre Debergé

DIMANCHE 28 AVRIL : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – DEUXIEME LECTURE – Apocalypse 21, 1-5a

26 avril, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 28 AVRIL : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

DEUXIEME LECTURE – Apocalypse 21, 1-5a
Moi, Jean,
1 j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle,
 car le premier ciel et la première terre avaient disparu,
 et il n’y avait plus de mer.
2 Et j’ai vu descendre du ciel, d’auprès de Dieu,
 la cité sainte, la Jérusalem nouvelle,
 toute prête, comme une fiancée parée pour son époux.
3 Et j’ai entendu la voix puissante
 qui venait du Trône divin ;
 elle disait :
 « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ;
 il demeurera avec eux,
 et ils seront son peuple,
 Dieu lui-même sera avec eux.
4 Il essuiera toute larme de leurs yeux,
 et la mort n’existera plus ;
 et il n’y aura plus de pleurs, de cris, ni de tristesse ;
 car la première création aura disparu. »
5 Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara :
 « Voici que je fais toutes choses nouvelles. »

« Voici que je fais toutes choses nouvelles » : ciel nouveau, terre nouvelle, Jérusalem nouvelle ; voilà notre avenir, nous dit Saint Jean, notre « à-venir » en deux mots, ce qui vient. Finies les larmes, la mort, finis les pleurs, les cris, la tristesse… c’est du passé : premier ciel, première terre ont disparu. Autrement dit, le passé est passé, FINI. Evidemment Jean anticipe ; il nous a bien prévenus : son livre est un livre de visions, il révèle l’avenir pour donner le courage d’affronter le présent.
 Premier ciel, première terre, cela nous renvoie au récit biblique de la Création ; donc pour aborder ce passage de l’Apocalypse, il faut ouvrir le livre de la Genèse. Le premier chapitre présentait la Création, ce que l’Apocalypse appelle « la première création » comme tout entière bonne : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. » (Gn 1, 31). Et pourtant, nous faisons chaque jour l’expérience des pleurs, des cris, de la tristesse, de la mort, comme dit encore l’Apocalypse. Et c’est la suite du livre de la Genèse, le récit du fruit défendu, qui nous dit ce qui pervertit la bonté de la Création ; il nous dit que la racine de toutes nos souffrances est dans la faille qui s’est creusée entre Dieu et l’humanité : ce soupçon originel qui ruine sans merci l’Alliance proposée… soupçon qui pousse l’humanité à prendre des chemins qui ne lui réservent que des échecs.
 Tout au long de l’histoire biblique, le peuple élu s’est entendu rappeler par les prophètes dans la voie de l’Alliance : la seule voie du vrai bonheur, c’est que Dieu habite vraiment parmi nous… que nous soyons son peuple, qu’il soit notre Dieu, que l’Alliance soit restaurée sans faille, comme un dialogue d’amour, comme des fiançailles… c’est la soif d’Israël tout au long de son histoire. Et des textes prophétiques innombrables annoncent très exactement ce que l’auteur de l’Apocalypse voit désormais réalisé ; le prophète Isaïe, par exemple : « Oui, je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle… on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit… Exultez sans fin, réjouissez-vous de ce que je vais créer… Car je crée une Jérusalem de joie, un peuple d’allégresse. Je retrouverai mon allégresse en Jérusalem, ma joie en mon peuple. On n’y entendra plus de cris ni de pleurs… On n’y verra plus de nouveau-né emporté en quelques jours, ni d’homme qui ne parvienne pas au bout de sa vieillesse. » (Is 65, 17-20).
 Symboliquement, ce renouvellement de toutes choses est représenté par la disparition de la mer : Israël n’est pas un peuple de marins, c’est clair ! Rappelons-nous aussi que la Création de l’univers est réfléchie dans la Bible à partir de la création du peuple élu ; or cette naissance du peuple extirpé à l’esclavage en Egypte, a été une victoire sur la mer : Dieu a fait apparaître la terre ferme pour le passage de son peuple ; le peuple sauvé a traversé à pied sec, et les forces du mal, les forces de l’esclavage, de l’oppression ont été englouties… Plus tard, cette fois dans le Nouveau Testament, au cours de sa vie terrestre, le Fils de Dieu fait homme a manifesté sa victoire sur le mal, sur les forces de l’abîme en marchant sur la mer…
 Désormais la victoire est totale, suggère l’Apocalypse : la mer a disparu ! Et avec elle, toute forme de mal : toute forme de souffrance, de larmes, de cris, de mort. Ce que l’humanité attend, sans toujours le savoir, ce que l’univers tout entier attend, c’est l’accomplissement de ce grand projet que Dieu forme depuis la création du monde : instaurer avec l’humanité une Alliance sans ombre, un dialogue d’amour. Le thème des noces de Dieu avec l’humanité nous paraît toujours audacieux, mais il est très présent dans la Bible dès l’Ancien Testament, chez les prophètes Osée ou Isaïe, par exemple, et dans le Cantique des Cantiques. Il est présent aussi dans le Nouveau Testament, à commencer par le récit des noces de Cana, pour ne citer que lui. Et dans notre texte de l’Apocalypse, on réentend cette promesse sous deux formes : d’abord, dans l’image de la Jérusalem nouvelle, « toute prête, comme une fiancée parée pour son époux » ; et ensuite dans l’expression « Dieu avec eux » : le mot « avec » ici est très fort, il dit l’Alliance de l’amour, l’Alliance d’un couple. « Et j’ai entendu la voix puissante qui venait du Trône divin ; elle disait : Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront son peuple, Dieu lui-même sera avec eux. » Tous ceux qui, parmi nous, portent le merveilleux prénom d’Emmanuel (qui signifie littéralement « Dieu avec nous ») sont des rappels vivants des promesses de Dieu…
 Et voici que la Jérusalem nouvelle « descend d’auprès de Dieu ». Le centre de la nouvelle Création porte le nom de la ville sainte qui, depuis tant de siècles, symbolise l’attente du peuple élu : le nom même de Jérusalem signifie « Ville de la justice et de la paix »… Et, en même temps, cette nouvelle cité « descend d’auprès de Dieu », et elle est dite « nouvelle » : ce qui veut dire qu’elle n’est pas seulement oeuvre humaine. Cela signifie que le Royaume de Dieu que nous attendons et auquel nous essayons de travailler est à la fois en continuité ET en rupture avec cette terre : voilà de quoi galvaniser notre énergie ! Nous sommes invités tout simplement à collaborer avec Dieu. Notre oeuvre sur cette terre contribue au renouvellement de la Création, car l’intervention de Dieu transfigurera nos efforts.

 Complément
 On entend résonner ici les paroles de Paul : « Les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous. Car la Création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu… elle garde l’espérance, car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet : la Création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement. » (Rm 8, 19-22).

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