Archive pour la catégorie 'biblique'

Κύριος IησοUς Χριστός (Seigneur Jésus Christ)

20 mai, 2011

du site: 

http://codexbezae.perso.sfr.fr/comm/xristos.html

Κύριος IησοUς Χριστός 

“Seigneur Jésus Christ ” , scande le texte des Actes dans le codex Bezae Cantabrigiensis. Ce titre se retrouve sous un énoncé incomplet dans la tradition alexandrine. Quelles motivations ont pu conduire des scribes à ne pas le donner en entier ?

Le Nom « Seigneur Jésus Christ” dans les Actes des Apôtres

Absence du nom Christ

Absence du Nom Seigneur

Parole du Seigneur, Parole de Dieu

Paul et la Sanctification du Nom

Conclusion

Le Nom “Seigneur Jésus Christ” dans les Actes des Apôtres

Le titre « Seigneur Jésus Christ » est recensé dix sept fois dans les Actes selon le codex Cantabrigiensis voire une dix-huitième fois en Ac 28:31, partie lacunaire dans le codex.

Seulement quatre de ces dix-huit occurrences sont partagées par le texte Alexandrin.

L’une est la confession de foi de Pierre en Ac 11, 17 et les trois autres celle de Paul (Ac 15:26, 20:21; 28:31); là elle y est précédée du pronom “notre” devant Seigneur comme cela se retrouve dans ses lettres (cf R 5:1,11, 6:11,7:25,16:20…1 Co1:7 etc.). Ce notre était une marque toute paulinienne. Ainsi les deux Apôtres Pierre et Paul étaient affermis et confirmés dans l’Esprit Saint.

Dans les quatorze autres versets , le titre est absent du texte Alexandrin ou bien il y est présent sous une forme incomplète soit que le nom « Seigneur » soit celui de « Christ » ne figure pas.

Dans les citations qui suivent , est reporté en caractères gras le nom que n’a pas retenu la tradition Alexandrine.

2:38 : que chacun se fasse baptiser au nom du Seigneur Jésus Christ

4:33 : la résurrection du Seigneur Jésus Christ (Sinaïticus, A, D E 323…)

5,41-42: pour le Nom…Annoncer le Seigneur Jésus Christ

6:8 – A travers le Nom, Seigneur Jésus Christ (D E 33 It Cop Syh)

8:16 – ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus Christ. (D Copmae)

11:17 – Le même don qu’à nous (Pierre) qui avons cru au Seigneur Jésus Christ

11:20 – Annoncer aux Grecs le Seigneur Jésus Christ (D 618 Copmae)

13:33 – Dieu a relevé le Seigneur Jésus Christ dont il est écrit dans le Ps 1: Tu es mon fils aujourd’hui je t’ai engendré. (D 614 Syh Copmae)

14: 10 –  » Au nom du Seigneur Jésus Christ, mets-toi debout (C D E 323… Sy Cop )

15:11 – Mais par la grâce du Seigneur Jésus Christ nous croyons être sauvés

15: 26 – Ces hommes qui ont livré leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ

16:4 – Ils transmettaient avec beaucoup de liberté le Seigneur Jésus Christ (D Syh)

16:31 – crois au Seigneur Jésus Christ et tu sera sauvé (C D E 1739…Sy Copsa)

18:5 – Paul témoignait aux Juifs être le Christ Seigneur Jésus.

19:5 – ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus Christ (D 614 Syh)

20:21 – la foi en notre Seigneur Jésus Christ.

21:13 – Je suis prêt à mourir pour le nom du Seigneur Jésus Christ. (C D 614…)

28:31 – enseignant ce qui concerne le Seigneur Jésus Christ

Seigneur Jésus Christ ne serait-il qu’une formule que le rédacteur du codex Cantabrigiensis aurait glissée dans son texte pour le « christianiser »? Sinon pour quelels raisons les copistes du texte alexandrin l’auraient ils raccourcie?

I – Absence du nom “Christ” dans le texte Alexandrin

L’absence ou la présence du nom Christ dans le texte Alexandrin n’est pas fortuite ou “aléatoire”; elle correspond à une intention précise en lien avec l’évolution liturgique et sacramentelle des communautés qui, à la fin du second siècle, établissaient une distinction très nette entre le baptême et l’onction (chrismation) de l’Esprit Saint:

“Je ne prétends pas toutefois que les eaux nous mettent en possession de la plénitude de l’Esprit; mais en nous purifiant sous la vertu de l’ange, elles nous disposent à recevoir l’Esprit Saint.» (Tertullien, De Baptismo, VI).

En effet, suivant la parole de Pierre en Ac 2:38, l’Esprit Saint était donné après que les nouveaux croyants aient reçu le baptême; par l’imposition des mains qui faisait suite, leur était donné l’Esprit Saint. C’est pourquoi les fidèles baptisés, qui n’avaient pas encore reçu le don de l’Esprit Saint, n’étaient pas sensés confesser en Jésus « le Christ » mais se contentaient de confesser “le Seigneur Jésus”. (Ac 8:16, 11:20, 16:36 et 19:5). Ce n’est qu’après avoir reçu l’Esprit Saint par la prière des Apôtres, qu’ils confesseraient en lui le Christ.

Ainsi Philippe se contentait d’annoncer « Jésus » à l’eunnuque Éthiopien; aussi la confession de foi de cet eunnuque en Jésus Christ Fils de Dieu fut carrément supprimée (Ac 8:37).

Et c’est pourquoi également, au moment d’être oint de l’Esprit saint, Jésus ne pouvait pas déjà porter le titre de “Christ” (cf Ac 13:33).

Ainsi la tradition Alexandrine a supprimé le nom “Christ” dans ces diverses occurrences des Actes, pour donner un support scripturaire à la distinction opérée dans la liturgie entre le baptême et l’onction (« chrismation ») de l’Esprit Saint conférée par l’imposition des mains.

Mais cette “Christologie”, cependant, se heurte à l’enseignement même de Philippe qui , d’emblée, annonçait le Christ aux Samaritains (Ac 8:5,12) et qui selon une bonne partie des témoins scripturaires avait baptisé l’eunnuque au nom de Jésus Christ ; en outre, elle entre en contradiction avec l’enseignement même de Pierre et de Paul pour qui le baptême était donné au nom du Christ (cf: Ac 2:38, 1 Co1:17, Gal 3:27, Col 2:12).

La tradition alexandrine ne s’est pas arrêtée là; elle a suppprimé également le titre Seigneur dans plusieurs versets :

III – Absence du nom Seigneur dans le texte Alexandrin

L’ absence du nom Seigneur affecte certains des versets précédemment cités (2:38, 5:42, 6:8) mais aussi d’autres :

- Jésus, le Seigneur, debout à la droite de Dieu en 7:55 D

Dans ce verset “le Seigneur” est en apposition au nom Jésus, ce qui le met en valeur et contraste avec l’expression habituelle « le Seigneur Jésus »;

Le grec Kurios recouvre forcément ici l’hébreu Adon qui signifie maître : Jésus, le maître, qui se tient à la droite de Dieu.

Mais Kurios recouvre aussi ADONAÏ, le saint nom de Dieu qui de fait ne saurait se tenir à sa propre droite. Pour éviter toute ambiguité, la tradition Alexandrine procéda à la suppression du nom Seigneur dans le verset.

L’absence du nom Seigneur dans les autres versets ne trouve pas de justification. Par contre elle met en relief l’attention portée par le rédacteur du codex Cantabrigiensis à la “Seigneurie” de Jésus, à travers laquelle il dévoilait progressivement son identité.

La confession de foi au “Seigneur Jésus Christ”, était la confession de l’Apôtre Pierre à la Pentecôte (Ac 2:38 puis 11:17); l’auteur des Actes l’a intégrée à tous ses versets rédactionnels, selon le codex Bezae Cantabrigiensis; par contre, dans les dialogues, il a fait attention à garder les paroles mêmes des protagonistes, paroles adaptées à leur contexte particulier (Ac 18:28; 20:24,35; 19:13,17). Et par un glissement imperceptible il permettait à son lecteur de considérer Adonaï dans le Seigneur Jésus Christ. C’est ce que Paul paraît avoir initié en s’adressant aux Corinthiens avec lesquels il échangeait en Grec.

III- La parole du Seigneur, Parole de Dieu.

“La parole du Seigneur” peut s’entendre de l’enseignement donné par Jésus durant son ministère; mais elle peut aussi s’entendre des paroles mêmes de Dieu dans la Torah.

L’expression se retrouve à diverses reprises dans le codex Cantabrigiensis et le codex Alexandrinus, parfois aussi dans le codex Vaticanus mais plus rarement :

Ac 6:7 D,

8:25 D,B,C,

13:5 D,

13:44 et 48 D,A,P74,

13:49, 15:35-36, 16:32 D,A,

19:10

Elle alterne avec “la parole de Dieu” (cf Ac 4:31, 6:2, 8:14, 11:1, 12:24, 13:7, 16:6D05, 17:13, 18:11).

Cette alternance incite à considérer la parole du Seigneur et la parole de Dieu comme équivalentes; notamment en Ac 13:5 , 12, et Ac 14,3-4 , ou κυρίος recouvre le titre ADON donné à Jésus et le nom divin ADONAÏ . Par un jeu subtil s’opérait un glissement, identifiant insensiblement le Christ à Dieu. L’effet recherché par l’auteur, était le même que celui de l’épître de Jacques. Les copistes de la tradition alexandrine ont paradoxalement manifesté leurs hésitations.

III- Paul et la sanctification du Nom

Il semble qu’un tournant ait été pris par Paul en Macédoine, alors que se trouvant au contact de l’évangile écrit par Luc qui était alors son compagnon de voyage, il était davantage en mesure de disputer avec les Juifs en examinant les écritures. Il ne se contenta plus alors de dire que Jésus était le Messie, mais en annonçant le Christ Seigneur Jésus, la “Seigneurie” prenait la place centrale. Pour affirmer cette seigneurie du Christ, il serait allé jusqu’à mettre sa vie en danger pour la sanctification du Nom, ou le Kidouch ha-Chem. Sans renier la spiritualité Juive, mais au contraire en l’accueillant pleinement, il aurait alors fait un voeu temporaire de naziréat.

La prise de conscience à laquelle il avait été mené à travers les disputes intellectuelles en Macédoine puis en Achaïe avaient ouvert son champ de vision , préparant ses lettres. Alors qu’il se contentait de parler de la « Parole de Dieu », en col 1:5 il commença à mentionner la « parole du Christ »; et c’est seulement dans ses deux lettres aux Thessaloniciens qu’intervint une alternance signifiante entre la parole de Dieu et la parole du Seigneur (1Th1:8, 4:15; 2Th3:1, également 1Ti6:3).

V – Conclusion

En définitive l’expression « Seigneur Jésus Christ » pourrait bien être la formulation originelle dans les Actes des Apôtres. Elle aurait été tronquée du nom Christ dans le texte Alexandrin lorsqu’il s’agissait de marquer une différence dans la confession de foi de ceux qui n’avaient pas encore reçu l’Esprit Saint par l’imposition des mains. Elle aurait été tronquée également du nom Seigneur dans le v 7:52, une occurrence qui fait difficulté, et suite à cela, les copistes auraient été hésitants à la garder ailleurs. L’identification de Jésus au Seigneur Dieu n’est pas une théologisation tardive. Elle fut la prise de conscience de celui qui avait accompagné Jésus et rédigea le troisième évangile. Elle fut la prise de conscience progressive de Paul dont l’évolution fut minutieusement relatée par Luc son compagnon de voyage.

Identité de l’auteur du Troisième Évangile et des Actes de Apôtres.

S Chabert d’Hyères 

L’Exode (Ex) – Exode, « Schemot » en hébreu, signifie les Noms.

11 mai, 2011

du site:

http://www.ebior.org/

L’Exode (Ex)

Exode, « Schemot » en hébreu, signifie les Noms.

Ce livre commence en effet par « Voici les Noms des Israélites qui entrèrent en Égypte avec Jacob « 

L’Exode est le second livre de la Tora (ou Pentateuque = les 5 livres, appellation plus couramment utilisée aujourd’hui). Le mot grec « Exodos » se traduit par « chemin de sortie ». D’où l’idée d’une sortie, d’ un départ, et même, selon le Larousse, de l’émigration en masse d’un peuple.
L’Exode relate la sortie des Hébreux hors d’Égypte (vers 1250 av J.C.) et la longue pérégrination de quarante années qui les mena (I’Egypte en Terre Promise (Israël) à travers le désert. Plusieurs étapes de cette odyssée sont racontées également dans les livres des Nombres et le Deutéronome.
C’est un événement considérable qui devint rapidement, pour la pensée juive, le type et le gage de toutes les délivrances accomplies par Dieu en faveur de son peuple. L’Exode marque la véritable naissance du peuple de Dieu.
Signe de l’amour divin, l’Exode est, par là-même, gage de salut. Hélas, à cette sollicitude divine manifestée par de grands prodiges, Israël ne répondra souvent, – comme nous-mêmes d’ailleurs – que par l’ingratitude, sans demeurer fidèle au Seigneur son Dieu qui l’a délivré de la servitude de l’Egypte, comme lors de l’épisode du Veau d’or, par exemple.
L’Exode est le livre le plus important de tout l’Ancien Testament. Il est au Premier Testament ce que les Evangiles sont au Nouveau. Il annonce prophétiquement et préfigure ce que Jésus Christ accomplira pour l’Humanité tout entière. « Sans l’Exode, l’Evangile deviendrait incompréhensible nous disait le Père Loew.
L’Exode est composé de.4 parties qui décrivent
-  (§ 1 à 13) l’oppression des Hébreux en Egypte, la vocation de Moïse et la Révélation du Nom divin, les plaies d’Égypte et la Pâque,
- (§ 13 à 19) la délivrance d’Égypte et le début de la pérégrination des Hébreux dans le désert
-  (§ 19, 20 et 24) l’Alliance du Sinaï, la naissance d’Israël en tant que nation et le don des 10 Paroles, enfin cette partie  se subdivise elle-même en deux :
§ 20 22s Le Code de l’Alliance, les décrets qui permettent une application « en esprit et en vérité » des 10 Paroles, code et décrets toujours en vigueur aujourd’hui,
§ 25 à 40 : Les lois cultuelles, prescriptions relatives à la construction du Sanctuaire – l’Arche d’Alliance, puis le Temple de Jérusalem – et à ses ministres, le Grand prêtre et les lévites ( que Dieu a « pris » à jamais à son service ) qui assurent au Temple de Jérusalem les sacrifices quotidiens, les offices et les liturgies
L’Exode a été longtemps considéré comme l’œuvre de Moïse. Aujourd’hui, selon les exégètes, il serait plutôt le fruit d’un travail collectif des scribes mettant par écrit avec une grande fidélité les prescriptions orales de Moïse, ce aux alentours des lOe/9e siècles avant notre ère.
De l’oppression des Hébreux en Egypte à la Pâque (§ 1 à 13)
Pourquoi les Hébreux, issus des fils de Jacob (installés en Egypte avec lui, vers 1700 avant notre ère (§ l) subiront-ils pendant tant d’années – certains textes parlent de 400 ans – une telle oppression ?
La tradition juive exprimée dans le Targum nous fait connaître la raison pour laquelle le pharaon d’Egypte portait une haine si grande au peuple de Dieu qu’il entendait exterminer :
« Il aurait eu un songe étrange, porteur d’une haute signification (et l’on sait l’importance des songes pour les peuples de l’Orient) .- il aurait vu une mystérieuse balance. Sur l’un des plateaux, était posée toute la puissance de l’Egypte, la première puissance mondiale à cette époque (comme les U.S.A aujourd’hui), et sur l’autre un agneau immolé. Et l’agneau immolé pesait plus lourd que toute la puissance de l’Egypte. Le pharaon comprit alors qu’un jour, l’idolâtrie dont l’Egypte était le symbole serait vaincue par ceux qui rendent un culte à l’agneau immolé ».
Par ailleurs, le Pharaon prend conscience, en raison même de leur nombre grandissant, de la menace que les hébreux peuvent faire peser sur l’Egypte.
Car face à l’idolâtrie ambiante, les Hébreux sont restés fidèles à Dieu et à leurs coutumes. Ils ne se sont pas intégrés, assimilés au peuple égyptien ! S’ils s’étaient coulés dans le moule, ils n’auraient pas posé de problème et tout se serait certainement bien passé !
Ce faisant, ils témoignent de la première caractéristique du peuple de Dieu  
Israël est et doit rester inassimilable aux peuples païens. C’est pourquoi les idolâtres le haïssent. Il en sera de même plus tard pour l’Église.
Mais Dieu a vu la misère de son peuple. Il appelle Moïse (§3), lui révèle son Nom, son projet de salut en faveur de son peuple, lui signifie la mission qu’Il lui a confiée à lui, Moïse. et lui promet son assistance pour la mener à bien. « Va, je serai . avec toi! »

Moïse
Moïse est le prophète sans égal, « l’honneur de l’humanité ». Il est le plus grand des prophètes, l’ami de Dieu et son serviteur fidèle
« Avec les autres prophètes, je me révèle en vision ou en songe. Avec mon serviteur Moise, dira le Seigneur, je parle bouche à bouche, comme un ami parle avec son ami ». Ex 33. 
Et Moïse est le seul, avec Jésus, auquel le NT donnera le titre de médiateur (de l’Alliance). Mais alors que par la médiation de Moïse, Dieu fait Alliance avec le peuple d’Israël, par Jésus, c’est avec tous les peuples qu’Il célébrera la nouvelle et éternelle Alliance.
Au moment où commence l’Exode, Moïse est placé devant un choix redoutable : être Pharaon, ou chef du peuple élu. Un événement tragique survient qui le force à choisir.
Il commet un acte de terrorisme : il tue un égyptien, et se voit ainsi obligé de fuir, au désert, la police du Pharaon lancée à ses trousses. Apparaît alors ce premier paradoxe : le judaïsme est fondé sur deux grands pécheurs Moïse, un assassin, et son frère Aaron qui sera renégat. Le christianisme de même est fondé sur deux grands pécheurs, Pierre, renégat, et Paul, assassin.
Aussi le judéo-christianisme n’est-il certes pas une religion de l’élite, mais une religion de pécheurs sauvés et pardonnés. Car il plaît à Dieu – et c’est là sa Gloire – de prendre de grands pécheurs et d’en faire des saints.
La délivrance d’Égypte et la pérégrination des hébreux dans le désert (§ 13 à 19)
· § 1 à 15 : la délivrance d’Égypte
La délivrance d’Égypte « à main forte et à bras étendu », montre la puissance de Dieu, la grandeur de son Nom, et l’ampleur du plan (l’amour de Dieu).
Après les 10 plaies d’Egypte, les Égyptiens laisseront dans un premier temps partir les Hébreux §7 à 11. Puis ils s’en repentiront et leur donneront la chasse. Mais après avoir célébré la Pâque (§ 12), sous la conduite de Moïse, les hébreux traverseront à pied sec la Mer Rouge qui se refermera sur leurs poursuivants égyptiens.
Et cette traversée miraculeuse marque leur libération de l’esclavage (§ 14). Elle préfigure le Baptême qui nous libère du péché. Depuis, chaque jour, les juifs en rendent grâce à Dieu ! Faisons-nous de même pour le salut que nous a apporté le Christ par sa mort et sa résurrection ?
Cette première partie de l’Exode s’achève par le « Cantique de Moïse », l’un des grands chants d’action de grâce de la Bible. L’Apocalypse nous apprend que les anges le chantent depuis, sans cesse, avec le Cantique de l’Agneau dans le ciel, Ap 15, 1-5. 

b) § 16 à 18 : la marche dans le désert
Les Hébreux qui quittent l’Égypte sont une horde d’esclaves. Ils ne sont pas encore un peuple. Mais, chaque jour, grâce à la prière et l’écoute de la Parole de Dieu, sous la conduite de Moïse, pendant les 50 jours qu’ils mettent pour parvenir à l’Horeb, tel un escalier qui les conduirait vers Dieu, ils progressent devant Dieu et arriveront « sanctifiés ».
Ces 50 jours de sanctification sont la préfiguration de notre Carême, qui dure lui aussi 50 jours.
Cette nourriture terrestre qui vient du ciel symbolise la Parole de Dieu qui nourrit les âmes et plus encore – Jésus l’expliquera dans le Discours sur le Pain de Vie dans la synagogue de Caphanaüm – l’Eucharistie :
Ces dons, et particulièrement le don de la manne ont valeur de signe, signe de la présence attentive et aimante de Dieu, qui entend la plainte de son peuple, et l’exauce. Mais aussi don qui sollicite une réponse du peuple et s’accompagne de prescriptions precises : la manne doit être recueillie chaque jour, non conservée pour le lendemain. L’obéissance des hébreux à la demande du Seigneur manifestera sa foi en Dieu et sa confiance en sa Parole.
Le « temps du désert » est un temps d’épreuve pour le peuple. Mais le Seigneur lui manifestera sa présence bienfaisante et sa sollicitude par les dons de la manne, des cailles et de l’eau jaillie du Rocher, § 16 et l7.
« Vos pères ont mangé la manne au désert et sont morts, celui qui mangera de ce Pain que je lui donnerai vivra à jamais ». Jn 6, 22s.
Aussi un des objectifs de l’AFALE est-il de faire aimer cette Loi si sainte et si belle, pour qu’elle ne soit pas ressentie comme un carcan, mais comme un don : « De quel amour j’aime ta Loi, ô mon Dieu » , Psaume 118, 97. Mgr Lagrange observait lors de notre Session d’été 1996 à N.D. du Laus : « Dieu est notre créateur. Le Décalogue nous fait connaître les lois qui permettent d’épanouir notre nature humaine, comme la notice du constructeur sur le fonctionnement d’une voiture, permet d’utiliser l’automobile au mieux.  » Le Décalogue devrait être le fondement de notre société moderne et régler la vie sur la terre. Alors les promesses s’accompliraient ! 
-L’Alliance au Sinaï § 19 et 24
Ces chapitres peuvent être appelés « le cœur du cœur » de la Révélation dans l’A.T.
C’est au pied de l’Horeb – comme le Seigneur l’avait annoncé lorsqu’il appela Moïse (Ex 3) – qu’Israël va devenir un peuple en concluant l’Alliance avec le Seigneur son Dieu, son peuple, un peuple régénéré, un peuple purifié, le Peuple élu.
« Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte » promet le Seigneur à son Peuple, pour une nation consacrée à Dieu, une nation qui appartient à Dieu, où Dieu réside en Sa Sainteté (v. 6).
L’Alliance du Sinaï a ses signes, ses rites de célébration, ses clauses et ses promesses divines
- les signes
 la libération d’Egypte,
la théophanie (§ 19)
le don de la Terre promise,
- les rites
la Pâque, § 12
le Sacrifice d’Alliance, § 24
- les clauses
la fidélité à la célébration de la Pâque
la mise en pratique des 10 Paroles, de la Tora, du Code de l’Alliance, du précepte « Tu rediras à tes enfants… »
- les promesses : « Je ferai de vous un peuple de prêtres, une nation sainte », § 19   ‘Tu seras comblé de bénédictions, heureux à jamais », Dt 6, 20-25.
Après avoir été proposée par le Seigneur et acceptée par le peuple, ]’Alliance va être conclue en bonne et due forme par un sacrifice d’Alliance.
Au § 24, ce sacrifice sera célébré par un double rite
- le rite du sang cours duquel « le sang de l’Alliance » est répandu pour moitié sur le Peuple et pour moitié sur l’autel, liant ainsi à jamais Dieu et son Peuple,
le rite du repas, repas rituel, au cours duquel la victime est mangée. « Ils mangèrent et ils burent », 24,
Initialement, les chapitres 19 :  la préparation de l’Alliance et 24  : la conclusion de l’Alliance ne faisaient qu’un. Entre eux, ont été intercalés les chapitres 20 à 23 concernant Les 10 Paroles (ou Décalogue) et le Code de l’Alliance qui en constitue, comme précisé plus haut, les décrets d’application. Donnons un exemple : y apparaît le mot « réparation » parce que dans le peuple de Dieu, la vengeance ne doit plus exister, mais la volonté de « réparer » le mal que l’on a pu faire à autrui.
Les deux rites d’Alliance, le rite du sang et le rite du repas, scellent définitivement l’Alliance entre Dieu et Israël.
L’Alliance du Sinaï préfigure prophétiquement la Nouvelle et Etemelle Alliance en Jésus Christ que nous célébrons au cours du Saint Sacrifice Eucharistique de la Messe.
La célèbre « loi du talion » l’illustre parfaitement, qui dit « S’il y a accident, tu donneras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent..; », et non pas tu prendras, sens qu’on lui donne habituellement, Ex 23,23 
Le Code de l’Alliance et les lois cultuelles
Ces chapitres décrivent les prescriptions divines concernant la construction de l’Arche d’Alliance, du Temple de Jérusalem, les objets liturgiques, les rites de la consécration du Grand prêtre, les ornements liturgiques, les offrandes, la célébration des sacrifices…
Ne les déclarons pas trop vite dépassées, elles sont à l’origine des rites si riches de la Sainte Église catholique.

CONCLUSION
L’Exode commence par l’oppression des Hébreux et s’achève par l’érection et la consécration du Sanctuaire où Dieu résidera au milieu de son peuple, comme Moïse le lui a tant demandé de façon si pressante.
Mais alors les temps n’en sont pas encore venus.
Dans le désert où il pérégrine le Seigneur guide son peuple sous la forme d’une nuée lumineuse « Le Jour- la nuée lumineuse était sur la demeure , et la nuit, il y avait dedans un feu, aux yeux de toute la maison d’Israël, à toutes leurs étapes » Car Dieu l’avait promis à Moïse : « Je serai avec toi »
Tout est Révélation dans l’Exode. Tout y est Parole de Dieu. Chaque épisode, chaque verset ont une portée immense, un sens spirituel qui doit nous ravir. Et c’est un bonheur sans mélange de pouvoir l’enseigner à nos enfants pour faire naître, et nourrir leur foi.
Dans le prochain livre, Le Lévitique, nous découvrirons la véritable vocation à laquelle Dieu nous appelle à La Sainteté. « Vous serez saints, parce que Je suis saint (Lv 19 1).

Auteur : Isabelle AMI 

Introduction au Livre de l’Exode

10 mai, 2011

du site:

http://home.nordnet.fr/caparisot/html/exoddixsept.html

Introduction au Livre de l’Exode :

L’Exode est un livre fondamental à plus d’un titre. C’est par exemple dans ce livre que sont posées les fondations théologiques qui révèlent le nom de Dieu, ses attributs, son plan de rédemption, sa loi et son culte. Ce livre nous raconte également l’appel et l’oeuvre du premier médiateur (ou prophète) de l’Alliance biblique, à savoir Moïse. C’est aussi le lieu où la prêtrise telle qu’elle sera pratiquée jusqu’au temps de Jésus est définie. Il en va de même pour le rôle du prophète.
En bref, ce livre introduit tous les aspects fondamentaux qui présideront à la théologie de l’Ancien Testament, ainsi qu’à la notion d’Alliance, notion, qui, d’ailleurs, se trouve toujours au centre de la théologie chrétienne.
Du point de vue des faits historiques, l’Exode est aussi une introduction, puisqu’il relate l’événement fondateur de la libération des Hébreux, événement qui fonde et cimente l’idée de peuple hébreu.
Avec ce livre, des éléments importants nous sont fournis sur la nature (ou ‘caractère’) de Dieu. On apprend que le centre de la Révélation, c’est d’abord la présence de Dieu (cf. son nom révélé en Exode 3, 14 : YHWH = ‘Je suis celui qui est’). Ensuite, dans ce livre, Dieu se révèle comme le Seigneur de l’Histoire. Rien n’échappe à son contrôle, ni les plaies d’Egypte, ni la libération d’Israël. Par ce livre, nous pouvons sans aucun doute trouver réconfort et aide. Il est en effet rassurant de savoir que Dieu se souvient et se soucie de son peuple. Ce qu’il avait promis à Abraham, Isaac et Jacob s’accomplit, en quelque sorte, dans le livre de l’Exode.
Autre aspect central de ce livre biblique : la théologie du salut ; le terme ‘racheter’ est ainsi utilisé en Ex 6, 6 et Ex 15, 13. Mais, c’est indéniablement dans le passage de la Pâque au chapitre 12 et dans celui de la conclusion de l’Alliance au chapitre 24 que ce thème de la rédemption est le plus évident. Cette idée force du livre de l’Exode est reprise par St Paul qui verra dans la mort de l’Agneau sacrifié pour la Pâque la préfiguration du sacrifice du Christ. En fait, le sacrifice du Christ est, pour St Paul, l’accomplissement de ce sacrifice prophétique de l’Agneau pascal.
Enfin, l’Exode est le livre biblique qui pose les jalons de la morale biblique (et donc chrétienne). Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler que c’est le livre où se trouvent les 10 commandements (repris plus tard par le livre du Deutéronome) !
En conclusion, disons que ce livre occupe une place de choix dans la Bible pour les aspects fondateurs qui l’introduit, tant sur le plan des idées que sur le plan de la liturgie de l’Ancien Testament, liturgie, faut-il le rappeler, que connut Jésus et qui influença profondément les Apôtres. L’Eglise par ses fêtes et son calendrier liturgique reste encore profondément marquée par les fêtes décrites dans ce livre (ex : la Pentecôte et Pâque sont des reprises chrétiennes – bien sûr, transformées et accomplies par la vie de Jésus et l’action de l’Esprit Saint).
Le style de ce livre le rend également très intéressant, il s’y trouve un savant mélange d’exposés théologiques, moraux, rituels et cultuels, d’une part, et, d’autre part, de sections narratives haletantes et grandioses (les 10 plaies d’Egypte, le passage de la mer rouge, etc…). Ce mélange des genres loin de nuire à l’unité du livre en renforce la cohésion. C’est ainsi que très souvent les exposés théologiques sont comme illustrés, et donc, renforcés, par des éléments narratifs destinés à marquer les esprits.

Exode 17, 8-13
-Le peuple d’Israël marchait à travers le désert. Les Amalécites survinrent et l’attaquèrent à Rephidim. Moïse dit alors à Josué : « Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. »
Josué fit ce que Moïse avait dit : il livra bataille aux Amalécites. Moïse, Aaron et Hur étaient montés au sommet de la colline. Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s’assit dessus. Aaron et Hur lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse demeurèrent levées jusqu’au coucher du soleil. Et Josué triompha des Amalécites au tranchant de l’épée.

Introduction au passage commenté :
Le passage qui va être commenté se situe en Exode 17, 8-13. Il intervient très peu de temps après le passage de la mer rouge. Ce combat avec les Amalécites est un des premiers épisodes des Hébreux au désert.
Peu après, Moïse recevra la loi au mont Sinaï.
Cet épisode est donc un passage charnière entre 2 grands moments de l’Exode : la libération d’Egypte et la réception de la Loi et des 10 commandements. Il est un exemple parfait de ce qui a été dit plus haut : une section narrative spectaculaire (une bataille) illustrant un point de théologie : l’importance de la prière. Ce point est d’autant plus important qu’il se situe juste après les premiers doutes du peuple d’Israël quant à la puissance et la sollicitude de Dieu. En effet, les Hébreux avaient commencé à se plaindre des dures conditions de la liberté (i.e. la soif) au désert par rapport au confort de l’esclavage dans la vallée bien arrosée du Nil. Ces plaintes avaient conduit Dieu à intervenir miraculeusement déjà 3 fois pour rassasier les Israélites.
Une erreur à éviter :
Pour ce passage, comme pour beaucoup d’autres dans l’Ancien Testament, il faut une lecture ‘éclairée’. Il serait absurde de lire et juger ce texte à la lumière d’une lecture littérale et fondamentaliste avec des esprits du 21èmesiècle. En effet, nous avons là le type même du récit choquant au premier degré : une guerre sainte avec une cause prétendument juste (cf. aussi Jeanne d’Arc). Cette conception peut effectivement choquer nos mentalités modernes. Peut-être serait-il bon cependant de voir comment Dieu a révélé progressivement son vrai visage, en faisant patiemment l’éducation religieuse de l’humanité qu’il a prise là où elle en était. Il nous est trop facile de juger les siècles passés avec l’acquis actuel de la Révélation, tout comme l’adulte qui jugerait puérile la foi de son enfance. En tout cas, Moïse et l’enfant que nous étions avaient probablement plus foi que nous autres en la prière.
Pour avoir plus de renseignements sur la façon de lire la Bible ‘en contexte’ : consultez dans la colonne de liens à gauche la rubrique : ‘Présentation de la Bible’ et une fois sur cette page consultez la page qui traite de ‘l’approche historique’ (lien en bas de la page de ‘Présentation de la Bible’).

L’INSPIRATION, CLEF D’INTERPRÉTATION DE LA BIBLE, RAPPELLE BENOÎT XVI

6 mai, 2011

du site:

http://www.zenit.org/article-27820?l=french

L’INSPIRATION, CLEF D’INTERPRÉTATION DE LA BIBLE, RAPPELLE BENOÎT XVI

Audience à la commission biblique pontificale

ROME, Jeudi 5 mai 2011 (ZENIT.org) – On ne comprend pas l’Ecriture Sainte si l’on oublie « l’inspiration divine », souligne Benoît XVI dans son message au cardinal William J. Levada, président de la Commission biblique pontificale, et que lui-même a longtemps présidée en tant que prédécesseur du cardinal Levada comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
Le thème de l’assemblée plénière de la Commission biblique était en effet : « Inspiration et vérité de la Bible ». Mais le pape rappelle que les critères de l’inspiration et de la vérité doivent aussi être conjugués avec celui de l’unité de toute l’Ecriture.
« Un concept clef pour accueillir le texte sacré comme Parole de Dieu dans des paroles humaines, est certainement celui de l’inspiration », fait observer Benoît XVI, rappelant ainsi son exhortation apostolique « Verbum Domini », publiée le 30 septembre 2010, en la mémoire liturgique de saint Jérôme.
« En effet, une interprétation des Saintes Ecritures qui néglige ou oublie leur inspiration ne tient pas compte de leur caractéristique la plus importante et la plus précieuse », à savoir qu’elles « viennent de Dieu ».
Cette interprétation « réductrice », n’arrive pas à « accéder – et ne fait pas accéder – à la Parole de Dieu dans les paroles humaines, et perd donc le trésor inestimable que contient pour nous la Sainte Ecriture ». Et ainsi, il ne s’agit plus que de « paroles simplement humaines, même si elles peuvent être (…) des paroles d’une profondeur et d’une beauté extraordinaire ».
Benoît XVI a fait remarquer que Dieu parle aux hommes « pour se révéler lui-même et faire connaître le mystère de sa volonté », ainsi que son « projet de salut pour l’humanité ».
« L’engagement à découvrir toujours davantage la vérité des livres sacrés revient par conséquent à chercher à connaître Dieu toujours mieux et le mystère de sa volonté salvifique », a affirmé le pape.
Le pape a en outre souligné l’importance de ces deux « clefs » de lecture de la Bible : « La réflexion théologique a toujours considéré l’inspiration et la vérité comme deux concepts clefs pour une herméneutique ecclésiale des Saintes Ecritures. Cependant, on doit reconnaître la nécessité, aujourd’hui, d’un approfondissement adéquat de cette réalité, de façon à pouvoir mieux répondre aux exigences concernant l’interprétation des textes sacrés selon leur nature ».
Or, un tel critère ne suffit pas : « Dans une bonne herméneutique, il n’est pas possible d’appliquer de façon mécanique le critère de l’inspiration, ainsi que celui de la vérité absolue, en extrayant une phrase ou une expression ».
Un autre critère est nécessaire, celui de l’unité de toute l’Ecriture et de l’histoire, explique le pape : « Le niveau où il est possible de percevoir la Sainte Ecriture comme Parole de Dieu est celui de l’unité de l’histoire de Dieu, dans une totalité où les éléments s’éclairent réciproquement et s’ouvrent à la compréhension ».
Anita S. Bourdin

Louez notre Dieu, vous tous ses serviteurs, et vous qui le craignez, les petits et les grands » Ap.19,5 (septembre 2008)

15 avril, 2011

du site:

http://www.alleluia-france.com/offres/gestion/actus_251_2926-1/al-n-51-louez-notre-dieu-vous-tous-ses-serviteurs-et-vous-qui-le-craignez-les-petits-et-les-grands-ap-19-5.html

Louez notre Dieu, vous tous ses serviteurs, et vous qui le craignez, les petits et les grands » Ap.19,5

  Bonjour à tous pour cette lettre de nouvelles de SEPTEMBRE 2008

Septembre 2008 ! Commencer un groupe de louange c’est peut être la plus belle idée pour cette rentrée ! Notre souvenir de vacances le plus marquant dans nos nombreuses rencontres avec des chrétiens de partout en France fut cette réflexion qui revenait lancinante comme un refrain
: « Oh chez nous, c’est un vrai désert spirituel ! . A part deux ou trois régions, la France serait un désert spirituel ! Il y a une part de vérité évidente puisque vous le vivez. Osée a prophétisé en ce sens : « Mon épouse infidèle je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à coeur… » Osée 2, 16
La promesse de Jésus est éternelle et universelle : « Là où deux ou trois sont réunis en mon Nom, Je Suis au milieu d’eux » Jésus est là, réellement présent, et laisse déborder de son coeur l’Amour du Père. La louange est cet admirable échange avec chacune des trois personnes de la Trinité.
Cet Amour reçu lors d’un temps de louange éclaire toute une semaine, et ouvrira les cœurs à la miséricorde qui nous fera « déposer notre fardeau, et son joug deviendra léger » Mat 11, 30
Les laïcs baptisés honorent leur baptême et l’Eglise en créant un groupe de louange bénissant de tout leur coeur ; Rassembler des frères de toutes les dénominations chrétiennes : catholiques, protestants, orthodoxes, évangéliques, Juifs Messianiques, etc.. car la louange de Dieu est signe que nous sommes tous enfants du Père. Offrir ce sacrifice de louange c’est confesser le Nom de Dieu qui est au-dessus de tout Nom.
Le nombre de personnes dans un groupe n’est pas un critère de qualité, mais seulement l’Amour qui y est reçu et échangé : Dieu aime les « petits » groupes car la Volonté du Père se fait dans l’humilité. Essayer d’imaginer tous les « petits » groupes de louange, comme le vôtre,  partout en France et sachez que tous nous formons ce peuple d’adorateurs que Dieu veut pour préparer son retour en Gloire.
Plusieurs oraisons de la liturgie catholique parlent du devoir de louange. C’est une ordonnance, un décret, une loi dit le Ps 81, 6, « Car c’est une loi pour Israël, une ordonnance du Dieu de Jacob. Il en fit une règle  pour Joseph, lorsqu’il sortit d’Égypte » car alors « en un instant j’abattrai tes ennemis » Dt 6,18.
Dès lors, comme des fiancés, on se fixe des rendez-vous réguliers pour le groupe. Osez commencer à vous rassembler à deux ou trois et vous verrez que tout le reste viendra par surcroît ! Décidez d’un jour par semaine (ou plus ), d’une heure, d’un lieu fixe (une maison)  et soyez prêts à accueillir tous les frères et sœurs au Nom de l’Amour de Dieu. En toute simplicité, louez, chantez, acclamez, bondissez, dansez, criez de joie, applaudissez, bénissez Dieu à pleine voix, avec des chants, des paroles, des psaumes, .. Avec un seul cœur, une seule âme, toujours le regard tourné vers notre Seigneur présent, sans se regarder soi même, les autres ou ce monde incertain. Tob 12, 18 «  Louez Dieu dans vos cantiques tous les jours »
Une louange vécue dans la communion des cœurs fait couler l’Amour du Père sur nos vies, comble nos besoins et répand ses bienfaits (guérisons, conversions, libérations, effusions du Saint Esprit. « Heureux les amants de ton Nom, en toi ils exultent. Tu les couvres de ta faveur » Ps 5,12 – Alors faveurs et bénédictions de Dieu sont sur vous et sur tous ceux sur lesquels vous invoquez son Amour. Le silence de l’adoration sera le point d’orgue de la louange.
Un groupe de louange, aussi petit soit-il, attire la bénédiction de Dieu sur toute la terre dit la parole en Siracide 39, 22 « La bénédiction du Seigneur est comme un fleuve qui déborde ; comme un déluge elle a inondé la terre » Notre louange traverse la terre et les conséquences d’une louange commune, nous dépassent bien infiniment.« Je te rends grâce Père d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux touts petits. Mat 11, 25.
Oui, c’est le temps de l’Amour vécu entre frères autour de Jésus. L’Amour de Dieu prépare ses amants au dernier acte : le retour du Roi dans son dernier avènement. Par notre saint désir de louange et d’adoration nous hâtons la venue des noces de l’Agneau en célébrant déjà ces noces dans l’Esprit !
C’est maintenant le moment favorable, pas demain, pour commencer un groupe de louange : « Qui offre le sacrifice de louange, celui-là me rend gloire, sur le chemin qu’il prend, je lui ferai voir le salut de Dieu » Amen ! Alleluia !

Le Conseil d’Alleluia-France

1ère rencontre – Les repas dans la Bible : manger un acte sacre?

7 avril, 2011

du site:

http://www.stjosephdesepinettes.org/repas1.htm

1ère rencontre – Les repas dans la Bible

MANGER, UN ACTE SACRE ?
 
Après tout, pourquoi y a-t-il tant de moines sur les boîtes de fromage ? Pourquoi tant de vignobles portent-ils des noms de saints ? Pourquoi tant d’abbayes productrices de bières, de fromages, de liqueurs, de bonbons, de gâteaux, de chocolats et autres pâtes de fruits ? Pourquoi tant de bons religieux inventeurs d’élixirs en tous genres ? Mais aussi, pourquoi tant de mentions de repas dans l’Evangile ? La réponse paraît simple : c’est, bien sûr, parce que la nourriture est quelque chose de vital. Mais il faut aller plus loin : parce que c’est vital, parce que le boire et le manger sont, à toutes les époques, et en tous lieux, des éléments essentiels de la vie humaine, le boire et le manger sont très souvent intimement liés au sacré, et ce, dans toutes les religions.
 
Manger ensemble : le partage de la table crée entre les convives une communauté d’existence. Ce repas peut aussi avoir un caractère sacré, dans les religions païennes comme dans la Bible. Et on peut, en quelque sorte, s’asseoir à la table des démons ou à celle de Dieu : chacun réalise la communauté d’existence qu’il veut, avec Dieu ou avec les puissances d’en bas. Un exemple dans le Premier Testament de repas sacré d’alliance avec Dieu: Ex 24,7-11. Bien plus tard, on retrouvera cette notion de « repas d’alliance » dans la Cène de Jésus avec ses apôtres. A l’inverse, on trouve l’affaire du veau d’or : Ex 32,1-6.
 

ET EN FRANCE ?
 
Mais, pour l’instant, avant d’aller parcourir de plus près le monde biblique, puisque nous sommes en France, restons-y : la France qui aime tant donner des leçons au monde entier, et tout particulièrement quand il s’agit de cuisine, la France qui revendique haut et fort sa laïcité, la France qui a inventé une forme unique en son genre de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la France donc, fait beaucoup dans le religieux quand il s’agit de manger et de boire.
 
Deux exemples de menu : vous pouvez faire un repas avec, grâce à un brave chanoine dijonnais, un Kir en apéritif ( à moins que vous ne préfériez un Cardinal, c’est la même chose mais avec du vin rouge ), des coquilles saint Jacques en entrée, du saint Pierre en plat de résistance, du saint Paulin en fromage et un saint Honoré en dessert, le tout arrosé, mettons, d’un vin blanc de st Véran.
 
Autre menu possible : un verre de saint Raphaël en apéritif, du jésus en entrée, des pieds de cochon à la sainte Menehould, une salade de capucine, et du saint Nectaire ; pour le dessert, vous avez le choix entre des clémentines, fruit inventé en Algérie par un Père Blanc, frère Clément, et des fruits de la passion, ainsi nommés parce que leurs fleurs figurent de manière paraît-il impressionnante le matériel de la passion de Jésus : la couronne d’épines, les fouets de la flagellation et les trois clous de la crucifixion. Le tout arrosé de st Amour, st Emilion ou st Estèphe ou, si vous le préférez, de st Yorre.
 
Pour les jours de fête, vous pouvez ouvrir une bouteille de champagne dom Pérignon : grâces soient rendues à ce bon religieux de l’abbaye de Hautvillers qui, au temps de Louis XIV, trouva la solution pour maîtriser et bonifier la fermentation capricieuse du vin des bords de Marne.
 
Restons, si j’ose dire, en odeur de sainteté, et parlons fromages. La France, dont le Général de Gaulle disait, paraît-il : « comment voulez-vous gouverner un pays qui possède 365 sortes de fromages ? », en réalité, en possède beaucoup plus. Or, beaucoup de fromages ont leur origine et souvent encore leur lieu de production dans des abbayes, comme l’Abondance, le Tamié, le Mont-des-Cats, le Belval, le Citeaux, le Maroilles, le Port Salut, le saint Marcellin, le saint Félicien, le sainte Maure, sans compter le Munster dont le nom vient semble-t-il du mot « monastère ». Faut-il parler du Caprice des Dieux ou du Chaussée aux Moines ?
 
Côté vignoble, c’est pas mal non plus : nombre de crus de Bordeaux s’appellent saint quelque chose. Pensez aussi au saint Pourçain ou au Châteauneuf-du-Pape ( dont le nom vient de la proximité d’Avignon où la Papauté s’installa quelque temps ). Et en plus, quand le vin est bon et qu’il flatte le palais, toutes opinions religieuses confondues, tout bon Français s’exclame : «  c’est le petit Jésus en culotte de velours » ….
 
Côté bières, on pourrait faire une litanie avec les abbayes du Nord de la France et surtout de nos voisins belges : Leffe, Affligem, Chimay, etc. N’oublions pas, à tout péché miséricorde, de citer une très bonne bière qui s’appelle le « fruit défendu », dont Adam et Eve fort peu vêtus ornent l’étiquette. Pour compenser, d’autres étiquettes de bières portent d’ailleurs de très suggestifs portraits de diables.
 
Et que dire, côté liqueurs, de la Bénédictine ou de la Chartreuse ?
 
Comme on a l’esprit large, on peut même boire de l’eau : saint Yorre, saint Amand, san Pellegrino, sainte Enimie, saint Georges, sainte Marguerite, il n’y a que l’embarras du choix.
 
Côté sucreries, c’est la même chose : on trouve des nonnettes et des religieuses, mais aussi, fermons nos chastes oreilles, des pets de nonne. On trouve aussi des galettes saint Michel, ou des pains d’épice en forme de saint Nicolas, que certains enseignants du Nord de la France ont interdit dans leurs écoles au nom de la laïcité, mais ceci est une autre histoire. Il existe également des gâteaux moins connus qui s’appellent le Sacristain, le doigt de la Vierge ou le Jésuite.
 
Ou n’oubliera pas non plus de mentionner la galette des Rois, les crêpes de la Chandeleur, les cloches et les œufs de Pâques.
 
Et si avec tout cela vous avez une indigestion, pas de souci, on a de quoi vous soigner avec l’eau de mélisse des Carmes, les gouttes de l’abbé Chaupitre ou la Jouvence de l’abbé Soury.
 
Mais comme nous sommes un peuple très prévoyant, pour vous faire pardonner vos excès, vous pouvez vous adresser :
à saint Antoine, patron des charcutiers,
à saint Vincent, patron des vignerons,
à saint Amand, patron des brasseurs et cafetiers,
à saint Honoré, patron des boulangers,
à saint Pierre, patron des pécheurs et des poissonniers,
à saint Laurent, patron des rôtisseurs,
à saint Michel, patron des biscuitiers,
à saint Nicolas, patron des confiseurs, etc.
 
 
DANS LA BIBLE …
Plus sérieusement, la nourriture en général et les repas en particulier jouent un rôle prépondérant dans l’histoire humaine et donc dans l’histoire biblique. Du fruit cueilli par Adam et Eve ( dont la Bible n’a d’ailleurs jamais dit que c’était une pomme ) au repas de l’eucharistie, en passant par la manne au désert et les noces de Cana, beaucoup de moments décisifs se jouent autour d’un repas. Combien de fois ne voit-on pas Jésus partager le repas de gens très différents, de la famille de Lazare à une table de pharisien en passant par Zachée ou Lévi les publicains. Ce sera d’ailleurs un des points de friction entre Jésus et les religieux de son peuple : Mc 2,13-17, Mt 11,18-19.
Notons aussi que le récit de la multiplication des pains et du gigantesque repas qui en découle est le texte le plus fréquent des quatre Evangiles, puisqu’on en trouve pas moins de six narrations : 2 chez Matthieu, 2 chez Marc,1 chez Luc et chez Jean.
 
Nous allons donc, au fil des rencontres, essayer de mieux comprendre tout cela. Nous irons dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, en passant souvent de l’un à l’autre. Nous regarderons de près le sens de la Pâque juive pour mieux voir ce que le Nouveau Testament apporte de radicalement neuf dans l’eucharistie ; nous découvrirons quelques coutumes de repas à sens religieux à travers le monde ; et nous nous attacherons particulièrement à la messe.
 
 
LA NOURRITURE AUX TEMPS BIBLIQUES
 
Et d’abord : qu’est-ce qu’on mange ? Commençons par regarder comment les repas se passaient au quotidien dans le monde biblique.
Bien entendu, ce que je vais décrire ici est surtout vrai à partir du moment où Israël s’est sédentarisé, à partir du moment où les tribus revenant d’Egypte ont commencé à s’installer de manière un peu plus stable et un peu plus durable, autrement dit à partir du X° s. Et comme, contrairement à notre époque, en ces temps-là les choses de la vie courante évoluent assez lentement, ce sera, en gros, le quotidien que connaîtra Jésus. Avant cette sédentarisation, au temps de l’errance des tribus nomades, il faut évidemment imaginer une vie et donc une nourriture encore plus simple et fruste.
 
LA CREATION EST BONNE
 
Il faut d’abord dire que la religion juive est une religion très réaliste, très proche des réalités de la vie de chaque jour. Son point de départ est une conviction de foi : la création est bonne : et Dieu vit que cela était bon, répète le poème de la Création au livre de la Genèse. Dans toute la Bible, monte le chant d’action de grâce pour le créateur : Ps 65,10-14 ; 104,15.27-28. Les choses et les gestes les plus humbles de la vie sont sacrés parce qu’ils entrent dans le plan de Dieu. Un exemple : la Loi d’Israël exigeait de réciter une prière avant et après les repas. On demande à Dieu ce dont on a besoin : Pr 30,7-9. Les biens matériels ne sont pas méprisables, puisqu’ils viennent de Dieu, mais l’homme doit s’en souvenir. Ce que l’homme possède, il le doit à Dieu, et l’abondance matérielle doit être prise comme un signe de bénédiction de Dieu. Regardez comment Dieu récompense Job de sa fidélité dans l’épreuve : en multipliant ses biens ( Jb 42,10-15 ). Chez les prophètes, l’annonce d’un temps de paix et de joie après des temps d’épreuve, prend bien souvent des images de banquet : par exemple, chez Joël : vous mangerez à satiété, vous louerez le nom du Seigneur votre Dieu, qui a agi merveilleusement pour vous ( Jl 2,26 ) ; Ce jour-là, les montagnes dégoulineront de vin nouveau, les collines ruisselleront de lait, dans tous les ruisseaux de Juda les eaux couleront ( Jl 4,18 )
 
Mais que mangeait-on aux temps Bibliques ? Une nourriture simple, modeste. Connu depuis très longtemps au Moyen-Orient, le pain constituait l’essentiel de l’alimentation. Cela restera vrai dans beaucoup d’endroits et jusqu’à une époque récente : n’oublions pas qu’une des raisons de la prise de la Bastille en 1789 fut une augmentation telle du prix du pain que les pauvres ne pouvaient plus se nourrir. En hébreu, « manger son pain » signifiait « prendre un repas ». Il fallait donc traiter le pain avec respect : même si le pain durci servait parfois d’assiette, il était par exemple interdit de poser de la viande crue ou une cruche sur le pain, ou de placer un plat chaud à côté ; il était encore plus interdit de le jeter : on devait ramasser les miettes « à partir de la taille d’une olive ». On ne coupait pas le pain : on le rompait. Pensez aux paroles de la messe : Jésus prit du pain, et après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit ( Mt 26,26 ).
Le pain n’était pas le même pour tous : les pauvres mangeaient du pain d’orge, les riches du pain de froment, toujours broyé entre deux meules de pierre, ce travail étant souvent celui de la femme.
Les grains de blé pouvaient aussi être rôtis, et servir de garniture à la viande. Broyés un peu gros, cela donnait l’équivalent de la polenta savoyarde ou du couscous des Arabes. On en faisait aussi des gâteaux, parfumés à la menthe, ou au cumin, et même, eh oui, à la sauterelle. Existaient aussi les beignets de farine et de miel frits à la poêle, ce qui n’est pas sans rappeler certaines pâtisseries orientales d’aujourd’hui. Et l’on savait déjà faire des sortes de bonbons parfumés à la rose ou au jasmin, l’équivalent des loukoums d’aujourd’hui.
 
Au lait de vache on préférait celui de chèvre ou de brebis. Quant au miel, il avait une grande place dans l’alimentation, puisqu’il servait de sucre.
En revanche, l’œuf était quasiment inconnu : on n’en parle pas une seule fois dans l’Ancien Testament, et une fois ( dans la bouche de Jésus ) dans le Nouveau Testament.
Les légumes aussi avaient une grande place : fèves, lentilles ( qui ont rendu Esaü célèbre ! ), mais aussi les salades, les concombres, les oignons.
On mangeait peu de viande : c’était un aliment de luxe réservé aux grandes fêtes ou aux familles les plus riches. Le veau gras pour les grandes circonstances, l’agneau pour les fêtes religieuses, et plus ordinairement le chevreau, le pigeon, mais aussi la gazelle, la caille et la perdrix. Mais c’était surtout le poisson qui nourrissait le petit peuple, mangé le plus souvent grillé ou séché. Si bien que la base du menu habituel, et souvent le menu tout court, était composée de pain et de poisson. On retrouvera bien sûr cela dans les Evangiles : multiplication des pains, repas du Christ ressuscité …
 
Plus exotique pour nous, on mangeait beaucoup de sauterelles : pensez à Jean Baptiste : il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage ( Mt 3,4 ). Cuites à l’eau avec du sel, comme des crevettes, séchées ou confites dans le miel ou le vinaigre, ou bien réduites en poudre pour parfumer des galettes. Tout cela était cuisiné avec beaucoup d’épices : le sel, venant des bords de la Mer Morte, mais aussi cumin,  câpres, coriandre, safran, etc.
Le beurre étant quasiment inconnu, tout était évidemment cuisiné à l’huile d’olive, qui servait aussi en médecine.
Enfin, une grande place était donnée aux fruits : melons, grenades et dattes, figues et raisins dont Jésus parlera souvent, mais aussi les fruits secs grillés : amandes, noix, pistaches.
 
La religion contrôlait soigneusement tout cela : l’agneau devait être rôti aux ceps de vigne, et surtout il y avait des interdits alimentaires absolus : le porc bien sûr, mais aussi d’autres : Lv 11,1-23. Et les gestes les plus simples étaient aussi très réglementés : Lv 11,29-35.
Le sang étant le symbole de la vie, il était évidemment impensable de manger la chair d’un animal qui n’aurait pas été saigné : c’est la viande kasher : Lv 17,10-14.
 
Manger c’est bien, mais il faut aussi boire. On buvait de l’eau bien sûr, mais aussi du lait, ou du vinaigre plus ou moins rallongé avec de l’eau ( pensez au Christ en croix : quelqu’un courut, emplit une éponge de vinaigre, et la fixant au bout d’un roseau, il lui présenta à boire ( Mc 15,36 ). On trouvait aussi des jus de fruits plus ou moins fermentés ( il fait chaud ) et même la schechar, une sorte de bière à base de mil et d’orge, qui paraît-il n’était pas sans rappeler la cervoise chère à Obélix et à ses amis Gaulois.
 
Mais la boisson par excellence était le vin. Il était sacré puisque, sans aucun doute, c’est Dieu qui avait inspiré Noé, premier viticulteur de la Bible. Ce bon Noé fut d’ailleurs le premier ivrogne identifié de la création : Gn 9,20-27. L’Ancien Testament cite le vin 141 fois, ce vin source de joie : le vin réjouit le cœur des humains en faisant briller les visages plus que l’huile. Le pain réconforte le cœur des humains ( Ps 104,15 ). Il peut être la meilleure et la pire des choses :  Si 31,25-31. Il y a même de descriptions assez réalistes de l’alcoolisme : Pr 23,29-34. Comme on n’ignorait pas les conséquences d’une consommation excessive de vin, il était interdit aux magistrats qui allaient rendre la justice et aux prêtres en fonction : Lv 10,8-11.
La vigne était le symbole d’Israël, pensez aux paraboles de Jésus sur les vignerons. Le vin était donc lui aussi l’objet de nombreuses prescriptions rituelles.
C’était semble-t-il uniquement du vin rouge, sans doute assez épais, riche en alcool et en tanin. On le servait donc toujours mélangé avec de l’eau. Il était conservé soit dans de grandes jarres, soit dans des outres faites de peaux de chèvre tannées et fermées par une cheville de bois. Là encore, ces outres serviront à Jésus pour développer une parabole.
 
A TABLE …
On prenait volontiers les repas dehors, dans la cour qui servait à mille choses. On s’installait au moment du repas : on n’a pas retrouvé en Palestine ce qu’on a retrouvé par exemple à Pompéi, des « salles à manger » permanentes. Le peuple ne prenait souvent que deux repas par jour, un tôt le matin avant d’aller au travail, un le soir une fois le travail terminé.
Pour les repas de grande cérémonie ( noces par exemple ) les esclaves et les servantes transmettaient l’invitation, et l’habit de fête était de rigueur ( là encore, on retrouve cela dans les paraboles de Jésus ). Le maître de maison veillait à ce qu’on aie lavé les pieds des invités, lesquels devaient se laver les mains et surtout la droite, qui servait à prendre les aliments. Dans les très grands festins, l’usage était de parfumer la tête des invités de marque.
Très longtemps on a mangé assis, jamais debout, mais au temps de Jésus l’influence de la mode gréco-romaine avait introduit le repas couché sur des coussins, où on s’appuyait sur le coude gauche pour manger de la main droite : pensez aux préparatifs du dernier repas pascal de Jésus avec ses apôtres : vous trouverez à l’étage une grande pièce garnie de coussins ; faites-y les préparatifs ( Lc 22,12 ). Le Siracide explique très bien les choses : 31,12-21. Quand il y avait des invités, le maître de maison ou le maître du repas les servait lui-même : Jésus prit la bouchée qu’il avait trempée et la donna à Judas Iscariote, fils de Simon ( Jn 13,26 ). Bien entendu, la fourchette n’existait pas. En guise d’assiettes, des coupes larges en métal étamé ( jamais en terre, c’était impur ) ou de simples galettes de pain dur. Chez les gens riches, on trouvait de la vaisselle d’argent ou d’or, des cuillers d’ivoire ou de bois rare, et les romains avaient introduit l’usage de la louche.
 
Les repas des plus pauvres se composaient généralement de pain d’orge, d’olives, de sauterelles et de fruits. Les gens un peu plus aisés ajoutaient du poisson, ce qui a dû être le quotidien de Jésus. En montant encore un peu dans l’échelle sociale, on trouvait d’autres mets sur la table, par exemple du chevreau, des gâteaux et du vin.
 
C’est dans ce quotidien que Jésus, on l’a évoqué, puisera beaucoup d’images pour ses discours et paraboles.
Mais avant d’en arriver à l’Evangile, faisons à présent un long détour par le sens sacré des repas dans l’Ancien Testament.
 
 
PARCOURS  BIBLIQUE sur la NOURRITURE
 
Commençons par le commencement : tout débute au jardin d’Eden. Tout ce qui est beau et bon existe là : Gn 2,9. Mais il y a une limite : Dieu met un frein à l’appétit des hommes, au désir de tout dévorer, de tout goûter : Gn 2,16. Accepter la Parole de Dieu sur la nourriture, c’est accepter une loi qui me rappelle Sa présence : le jardin et ses fruits sont offerts à l’homme, mais dans ce jardin la Parole de Dieu, elle aussi, est vie, est nourriture. On connaît la suite de l’histoire : en mangeant du fruit défendu, en voulant dévorer ce qui appartient à Dieu, l’homme et la femme s’éloignent de leur vocation et de leur proximité avec Dieu.
 
BENIR …
Ainsi, manger n’est pas anodin, il y a une manière de manger qui respecte Dieu, et ce jardin, mais aussi ce que nous sommes. Il y a une manière de manger qui, en voulant tout absorber, apporte la souffrance et la mort. La leçon pour nous est d’apprendre à manger en bénissant Dieu, en n’oubliant pas le donateur. C’est le sens du « benedicite » avant le repas et des grâces après.
 
… PARTAGER
On peut vouloir tout accaparer, mais on  peut à l’inverser partager son pain avec d’autres, accueillir à sa table, s’asseoir à une même table. Le fait de manger ensemble entrera dans les rituels d’alliance, dans les alliances humaines comme dans l’alliance avec Dieu. Par exemple, avant de se faire un serment mutuel, Isaac et son ancien ennemi Abimélek commencent par un festin : Gn 26,26ss. Accepter de manger et de boire ensemble nous engage les uns envers les autres. Ici, le repas scelle l’alliance entre Isaac et Abimélek. Partager la table de son ancien ennemi, c’est rétablir la paix, la communion.
           

2ème rencontre – Parcours biblique sur la nourriture

27 mars, 2011

du site:

http://www.stjosephdesepinettes.org/repas2.htm

2ème rencontre – Parcours biblique sur la nourriture

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Dans le monde biblique, le repas est signe de politesse, d’hospitalité : Gn 18,1-8.
Le repas est aussi signe de réjouissance lors de la visite d’un parent : Ragouël tua un mouton du troupeau et on leur fit une réception chaleureuse. On se lava, on se baigna, et on se mit à table. Tobie dit : « frère Azarias, et si tu demandais à Ragouël de me donner Sarra ? » Ragouël surprit ces paroles et dit au jeune homme : « mange et bois, ne gâte pas ta soirée, parce que personne n’a le droit de prendre ma fille Sarra si ce n’est toi, mon frère » ( Tb 7,9-10 ). Les choses essentielles et les liens privilégiés entre les personnes vont donc se décider à la faveur d’un repas.
L’abondance est le signe de la bénédiction de Dieu : va, mange avec joie ton pain et bois de bon cœur ton vin, car Dieu a apprécié tes œuvres ( Qo 9,7 ). Mais trop de luxe peut mener au châtiment : on raconte que la reine Judith put tuer l’ennemi de son peuple, le roi Holopherne, parce que celui-ci avait trop festoyé avec ses amis : ils allèrent se coucher, fatigués par l’excès de boisson, et Judith fut laissée seule dans la tente avec Holopherne effondré sur son lit, noyé dans le vin ( Jdt 13,1-2 ) Judith saute sur l’occasion et saute aussi sur l’épée du roi : elle lui tranche la tête qu’elle ramène triomphalement à son peuple. C’est une forme biblique de féminisme ! Charmante époque …
Les sages vont donc édicter des recommandations et des règles de tempérance, de prudence. On les trouvera notamment dans le livre des Proverbes. Par exemple : le vin est moqueur, l’alcool tumultueux ; quiconque se laisse enivrer par eux ne pourra être sage ( Pr 20,1 ). Mais surtout, les sages prédisent le malheur de celui qui ne respecte pas les lois de l’hospitalité ou trahit les liens créés par la communauté de table. Exemple : Pr 23,6-8. La situation la plus cruelle est d’être trahi par celui qui mange à la même table : même l’ami sur qui je comptais, et qui partageait mon pain, a levé le talon sur moi ( Ps 41,10 ). C’est être trahi dans l’acte même qui établit la confiance. A l’autre bout de la Bible, rappelons-nous la trahison de Judas : Jn 13,21-30.
La nourriture a donc une dimension sacrée. Ce sera d’autant plus vrai lorsque les hommes ne pourront plus compter sur eux-mêmes pour se nourrir, et se tourneront vers Dieu : occasion de regarder de près le célèbre mais souvent mal compris récit de la manne.

LA MANNE
On connaît le contexte de ce célèbre épisode du Premier Testament : Le peuple qui, durant des générations, a connu la dure loi de l’esclavage, a quitté l’Egypte ; la libération a eu lieu, Dieu a sauvé son peuple.
Mais la libération n’est pas complète. On le voit bien dans la vie politique de toutes les époques, y compris la nôtre : lorsqu’un peuple sort enfin d’une dictature, il lui faut beaucoup de temps pour s’habituer à la liberté. Il va falloir au peuple hébreu ce long temps d’épreuve et de purification que va être la traversée du désert. Et la question de la nourriture, qui est dans le désert encore plus qu’ailleurs la question vitale, va être l’occasion d’une mise à l’épreuve de Dieu et de ses envoyés, Moïse et Aaron : Ex 15,22-24 ; 16,2-3 ; 17,1-3. Cela sera repris par le Ps 78,16-29. Ce qui ne change d’ailleurs pas forcément le cœur de l’homme : v.32.
Dieu va donc répondre aux récriminations par un double prodige : les cailles et le « pain du ciel », la manne. Selon leurs désirs, les hommes vont avoir de la nourriture en abondance : Ex 16,4-5. Ce pain est don de Dieu, mais il est aussi mise à l’épreuve de la confiance des hommes en Dieu. Car ce pain n’est pas donné une fois pour toutes : il est à recevoir chaque jour : Ex 16,13-21. C’est donc plus qu’une distribution gratuite de nourriture, type « restos du cœur » : c’est comme un rendez-vous de confiance et d’espérance qui a lieu chaque jour. Plus tard, le Notre Père dira : « donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour ». Pas de stock, pas de fausse sécurité, avec l’exception du jour du sabbat : Ex 16,22-30. Ce jour du sabbat remplit deux fonctions :
-         la mise à l’épreuve de la confiance,
-         mais aussi moment prévu pour donner du temps à la louange. Car ce pain fait connaître Dieu .
Devant l’étrangeté de cette nourriture ( Ex 16,31 ), la vraie question n’est pas celle de sa composition chimique : on suppose qu’il s’agit d’une sorte de pâte émise par des buissons épineux. Quant aux cailles, on pense à ces vols d’oiseaux perturbés par une tempête de sable et qui s’abattent au sol par épuisement. Mais la vraie question telle que la formuleront ceux qui écrivent ce récit, soit bien longtemps après les événements, c’est de savoir quelle est l’origine de cette nourriture, qui est celui qui la donne aux hommes : Ex 16,32.
La manière dont Dieu donne le pain, loin d’asservir ou d’humilier le  peuple, manifeste sa fidélité et sa sollicitude envers lui. Au désert, Israël est nourri par Dieu, mais autrement que ce qu’il attendait. Cela dès lors doit amener le croyant à devenir un être de désir :  c’est moi le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte. Ouvre grand la bouche, et je la remplirai ! ( Ps 81,11 )
Comment vivre dans le dénuement, c’est l’expérience du désert. Mais si la Terre Promise est bien, comme le laisse entendre le livre du Deutéronome, un pays où ruissellent le lait et le miel ( Dt 11,9 ), comme le répète à l’envi le texte biblique, un pays où tu mangeras du pain sans être rationné, où rien ne te manquera ( Dt 8,9 ), que deviendra la faim spirituelle ? La question est de toute les époques. Vous connaissez sans doute la remarque attribuée au dissident soviétique Alexandre Soljenitsyne au temps du rideau de fer : « je suis effrayé par le manque de faim spirituelle de l’Occident ». Comment garder ou retrouver cette faim spirituelle ?
Pour ce faire, il faut d’abord ne pas oublier d’où l’on vient, ce qu’on a vécu ( Dt 8,2 ). La leçon du désert, c’est de ne pas oublier le pain de la parole : Dt 8,3. La manne, donnée au jour le jour, rappelait à chaque fois la présence de Dieu. Qu’en sera-t-il, dans la conscience des hommes, de cette présence de Dieu lorsque le pain ne sera plus le pain du ciel, mais le pain qui est fruit du travail des hommes ? Ce pain sera-t-il encore perçu comme don de Dieu ? En d’autres termes, que devient la foi lorsque l’homme croit pouvoir se suffire à lui-même ?
La réponse spirituelle réside dans la fidélité de l’homme qui répond à celle de Dieu, et dans le respect de la parole de Dieu. La terre promise a des allures de paradis : Dt 8,7-9. Au milieu de cette abondance, il y a comme un clignotant : ne pas oublier l’expérience du désert. N’oublions jamais d’où nous venons si nous voulons comprendre l’aujourd’hui de nos vies. Au lieu de jalouser les autres, pensons-nous à bénir Dieu pour ce que nous avons ? N’oublions pas l’expérience du passé si nous voulons mesurer la valeur de ce que nous avons aujourd’hui. Nous rejoignons là l’intime de la réflexion biblique : comme la manne était donnée par Dieu, et comme tout bien matériel, la terre est donnée par Dieu. Se trouver rassasié, ne plus connaître la faim ni la peur du lendemain, n’est évidemment pas un mal. Cela ne devient un mal que lorsqu’on oublie à qui l’on doit toute cette richesse. Oublier, c’est refuser de bénir, de reconnaître l’action de Dieu : Dt 8,10. Il faut donc manger, mais toujours en bénissant : Dt 8,11. Ne pas oublier l’expérience du désert, sans cela le cœur peut se corrompre : Dt 8,12-18. L’expérience du désert est donc vitale, et Jésus y fera référence : Mt 4,3-4.

QUELQUES MOTS A PROPOS DE L’EAU …
Ce qui est vrai du pain, de la nourriture, est également vrai, on ne s’en étonnera pas,  de la boisson et de l’eau en particulier. C’est une évidence, l’eau est une richesse extrêmement précieuse dans ce Moyen Orient où le désert est omniprésent. Cette richesse est souvent source de conflits. On voit par exemple Moïse protéger les filles du prêtre de Madiân contre les bergers qui veulent les empêcher de ramener de l’eau pour le troupeau de leur père ( Ex 2,16-20 ). Ce geste chevaleresque, d’abord honoré par un repas, vaudra d’ailleurs à Moïse de recevoir en cadeau une des filles en question ( v. 21 ), comme quoi la vertu est parfois récompensée …
Une des raisons du conflit entre Isaac et Abimélek était la propriété des terres mais surtout des nappes d’eau qu’elles comportaient : les puits sont des lieux très importants ( pensez au puits de Jacob ). On ne dit d’ailleurs pas assez que la question de la propriété et de la maîtrise de l’eau est un des enjeux vitaux du conflit israélo-palestinien aujourd’hui.
Les Psaumes, à leur manière, développent le parallélisme entre la Parole de Dieu et l’eau qui fait vivre : Ps 42,2-3. 63,2 ; 143,6.

CHEZ LES PROPHETES : la parole de Dieu, nourriture pour l’homme
On a vu, dans le Deutéronome, le lien très fort entre le pain et la parole de Dieu. Dans la Bible, cette Parole, c’est beaucoup plus que des mots, c’est beaucoup plus qu’un livre, qu’un texte sacré. La Parole est efficace, elle agit. La Parole est l’agir de Dieu, soit par l’intermédiaire de ses porte parole ( les prophètes ) soit directement.  Dans le grand poème biblique de la création du monde, c’est la Parole qui crée : Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fut … Dieu dit … et il en fut ainsi ( Gn 1,3.6.9.11, etc ). Pensez au prologue de saint Jean : Jn 1,1-3, 9-11, 14.
On trouve donc la Parole dans des genres littéraires très différents. On va la retrouver liée à la nourriture chez les prophètes, et en particulier chez Ezékiel et Isaïe. Au désert, Israël a fait l’expérience de la manne mais aussi de la Parole de Dieu comme nourriture ( l’homme ne vit pas seulement de pain …. ). L’expérience de la Parole que l’on mange, que l’on avale, qui nourrit l’homme, sera aussi celle des prophètes. Et c’est au fond assez logique : comment dire la Parole de Dieu si on ne l’a pas d’abord ingérée, assimilée, ruminée ? Il faut faire sienne une connaissance avant de pouvoir la restituer.
Lors de sa vocation, Ezékiel entend une voix : Ez 2,1-4. Cette voix  va ajouter : Ez 2,8. Manger la Parole, c’est accepter d’être nourri et transformé par elle. Ce n’est pas nous qui la transformons, c’est elle qui nous transforme. Cette nourriture est donnée par Dieu et c’est lui qui tient en main la Parole sous forme d’un rouleau : Ez 2,9. Le contenu est solide et inquiétant : 2,10.
Faut-il manger cette Parole-là ? Ne peut-on pas en choisir une autre ? Mais non : Ez 3,1. Le prophète accepte : 3,2-3. Même si les paroles sont rudes, elles portent la douceur de Dieu : 3,3. Dès lors, au milieu de mille difficultés, Ezékiel va aller trouver le peuple d’Israël et, nourri de la Parole de Dieu, il va pouvoir la donner au peuple, quelle que soit la réponse de celui-ci. Cela me fait penser à la réponse de Bernadette Soubirous à je ne sais plus quel ecclésiastique mettant en doute l’authenticité des paroles de la Vierge à la jeune fille : « la dame ne m’a pas dit de vous le faire croire, elle m’a dit de vous le dire ».
Après Ezékiel, venons-en à un autre grand prophète : Isaïe. Le croyant biblique a conscience de l’écart, de l’abîme qui existe entre Dieu et lui : Is 55,8-9. Mais cette distance, au lieu d’écraser le croyant, l’invite à la conversion, car il se produit déjà quelque chose entre le ciel et la terre, le ciel faisant descendre l’eau bienfaisante : 55,10. L’action de l’eau est efficace, et l’auteur développe le parallèle avec la Parole de Dieu : 55,11. Cette eau de la Parole vient vivifier, irriguer l’âme assoiffée, comme disait le psalmiste tout à l’heure. Là encore, on retrouve la foi en l’efficacité de la Parole de Dieu : 55,12-13.
Isaïe va également développer un autre thème qui nous intéresse au plus haut point : celui du festin. L’espérance biblique prend souvent la forme, l’image d’un repas de fête, auquel chacun serait convié. Au peuple désespéré, comme desséché, le prophète lance comme une promesse d’invitation : 55,1-2. La seule condition est celle du désir : il faut reconnaître que l’on a faim et soif. D’ailleurs, sans appétit, sans désir, un repas est fade : quand on n’a pas le moral, même si on mange de bonnes choses, on ne leur trouve aucun goût. Il en est de même dans le désir de Dieu, de la Parole de Dieu.  Car, Isaïe insiste, le don est gratuit, comme l’était le jardin d’Eden. Il est pour tous, y compris celui qui n’a pas d’argent. Mais cette invitation divine a une contrepartie : c’est, si j’ose dire, que l’on n’avale pas n’importe quoi. Il y a des choses qui ne rassasient pas, ou pas longtemps. Ce que Dieu propose nourrit en profondeur. Pour l’obtenir, le mot revient plusieurs fois, il faut écouter : Is 55,3. C’est donc bien la Parole de Dieu qui est la nourriture que celui-ci propose aux hommes, pour leur bonheur : ouvre la bouche, moi je l’emplirai, dit Dieu ( Ps 80,11 ).

LES REPAS SACRES DANS L’ANCIEN TESTAMENT
La tentation a toujours été grande, pour le peuple d’Israël, de se compromettre avec des cultes païens censés unir l’homme aux forces divines : le peuple commença à se livrer à la débauche avec les filles de Moab. Elles invitèrent le peuple aux sacrifices de leurs dieux ; le peuple y mangea et se prosterna devant leurs dieux ( Nb 25,1-2 ) ; Ez 18,5-6.10-11.15 et 22,8-9. Tout acte religieux  comportait un repas de sacrifice : 1 S 9, 11-14, et tout repas comportant de la viande avait un caractère sacré : 1 S 14,31-35. Tout cela va d’ailleurs rendre la vie quelque peu compliquée : Lv 10,12ss.
Toujours est-il qu’un objectif essentiel du repas sacré est de confirmer une alliance entre des clans ( Gn 26,26-31, texte déjà vu la fois précédente – alliance entre Isaac et Abimélek – ; 31,44-46 et 51-54 ) ou l’alliance de Dieu avec son peuple : Ex 24,9-11 ; et la grande liturgie de l’assemblée de Sichem : Dt 27,1-8.
Le repas pris en présence de Dieu dans un lieu qui lui est destiné devient une sorte de profession de foi : Dt 12,1-7. On notera que ce repas est une fête joyeuse en présence du Seigneur : Dt 12,17-18 ; 14,23-26. Cette fête doit d’ailleurs être partagée : Dt 14,28-29.
 Autrement dit, dans l’Ancien Testament, une fois « épurés » les vestiges des religions païennes, le seul repas sacré est celui qui réunit le peuple dans le lieu choisi par Dieu pour sa présence. Par ce repas, le peuple commémore, dans l’action de grâces, les bénédictions de Dieu, le louant avec ses propres dons. Sur ce point, pour nous, chrétiens, comment ne pas penser aux paroles de l’offertoire : « tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donne ce pain ( ce vin ) fruit de la terre ( de la vigne ) et du travail des hommes : il deviendra pour nous le pain de la vie, le vin du royaume éternel ».

Commentaire : des béatitudes à Qoumrân ? (Mt 5 : le choix et le don)

8 février, 2011

du site:

http://www.bible-service.net/site/524.html

Commentaire : des béatitudes à Qoumrân ?

Mt 5 : le choix et le don

Nombreux ont été les textes de sagesse découverts dans la grotte 4 de Qoumrân. L’un d’eux, le fragment 4Q525, a livré des  »béatitudes » à la foi proches et distinctes de celles que l’évangile de Matthieu attribue à Jésus (Mt 5, 3-12).
[''Heureux celui qui…] avec un cœur pur et ne calomnie pas avec sa langue / heureux qui s’attache à ses décrets et ne s’attache pas à des voies de perversité, etc. » dit le texte de Qoumrân (trad. Émile Puech in Monde de la Bible n° 86, 1994, p. 36).  »Heureux » ! Le mot, on le sait, ouvre le Livre des psaumes.

Atteindre la sagesse
 »Heureux l’homme qui ne va pas au conseil des impies… » (Ps 1) ou bien  »Oh bonheur / Non il n’ira pas / Ce rassemblement criminel… » selon la traduction d’Olivier Cadiot. Avant d’engager le croyant sur le chemin du bonheur, le psalmiste dénonce les impasses :  » …Il ne marche pas sur la trace de ceux qui se perdent / Il n’habite pas là où habite la dérision. » Alors, alors seulement, il montre une voie (une voix ?) :  » Ma joie, je la trouve seulement dans la tora de Yhwh / Sa tora je la murmure jour et nuit ». Qoumrân a rassemblé des gens qui ont suivi cette voie, étroite ou royale comme on voudra mais honneur d’Israël :  »Heureux l’homme qui a atteint la Sagesse et marche dans la Loi du Très-Haut et applique son cœur à ses voies et s’attache à ses leçons et dans ses corrections toujours se plaît… » (4Q525, ligne 4)
Dans le Ps 1 comme à Qoumrân, le bonheur est basé sur un choix radical (refuser le parti des égarés, opter pour la Tora, la Loi, au risque de se retrouver seul au milieu d’une foule de ricaneurs). Ce choix ramène aux origines, la Loi, l’arbre et le cours d’eau évoquant irrésistiblement le jardin de la Genèse. Néanmoins, dans l’Éden tout était don, alors qu’ici le bonheur semble du à un mérite, celui d’avoir fait justement le bon choix. Or, selon Matthieu, les béatitudes lancées par Jésus sur la montagne sont en continuité et en rupture avec une telle façon de voir.
 »Doux et humble de cœur »
 »Heureux les pauvres en esprit… » (Mt 5,3) Précisons, s’il le fallait, que cette pauvreté-là n’a rien à voir avec un handicap de l’intelligence. L’expression était connue à Qoumrân et désignait les humbles, ceux qui se laissent guider par l’Esprit Saint pour observer la Loi. Les quatre premières béatitudes exaltent cette humilité en ce qu’elle est fondamentalement un manque : pauvreté, douceur (de ceux qui ne peuvent résister ou se rebeller ?), affliction ou faim (Mt 5,3-6). Or il n’y a pas de mérite à reconnaître et creuser ce manque. Le bonheur souhaité aux humbles est moins le résultat d’une rectitude morale que l’accueil d’une initiative : il vient celui qui peut combler le manque ou, pour reprendre le terme du v. 6, celui qui peut rétablir la  »justice », l’ajustement des rapports avec Dieu et le prochain. Oh bonheur ! Plus loin, le récit matthéen, comme un signe d’espoir à tous ceux qui peinent à observer la Loi, fera dire à Jésus :  »Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes… » (Mt 11,29).
Pourquoi donc alors les béatitudes suivantes, délaissant le manque, récompensent-elles l’effort : miséricorde, pureté du cœur, œuvre de paix (Mt 5,7-9) ? La réponse tient dans les deux derniers souhaits à ceux qui sont persécutés (pour la justice ou à cause de Jésus, v.10-12). L’action des humbles, comme le choix de l’homme juste du psaume 1, provoque rejet et dérision. Ce n’est pas une prédiction, c’est un constat. Mieux, c’est un ajustement du corps et de l’âme avec Jésus  »doux et humble de cœur » qui sera mis en procès et bafoué.
Couronne d’or et d’épines
En harmonie avec la finale du psaume 1, le juste de 4Q525 connaîtra sa récompense :  »[la Sagesse] posera une couronne d’or pur sur sa tête et avec des rois le fera asseoir » (ligne 9). Écho du  »sermon » sur la Montagne, le dernier grand discours de Jésus porte sur la fin des temps, en particulier sur le Jugement (Mt 25). Certains y reçoivent le Royaume. Pourquoi ? Parce qu’ils ont discerné autour d’eux des détresses, des manques et tenté d’y répondre : faim, soif, statut de l’étranger, nudité, maladie, prison. Il ne l’ont pas fait par souci de leur avenir mais par humanité, tout simplement. Doit-on dire par humilité ? Sans doute si le fait d’être pauvre en esprit rend solidaire des pauvres dans la chair. Quant au Fils de l’Homme, il dévoile qu’il s’est identifié aux malheureux ; ce n’est pas une formule rhétorique car Jésus fut arrêté, rejeté, son corps fut lacéré et mis à nu sur la croix. Paradoxe évangélique : avant d’être d’or, la couronne est d’épines (Mt 27,29).

Gérard BILLON. Article paru dans Le Monde la Bible n° 151  »Les manuscrits de la mer Morte » (Bayard-Presse, juin 2003), p. 69

commentaire sur: 1 Corinthiens 2,1-5 (5 février 2011)

5 février, 2011

du site:

http://www.bible-service.net/site/376.html

5° dimanche du Temps ordinaire (6 février 2011)

commentaire sur: 1 Corinthiens 2,1-5

Après avoir dit : « Regardez-vous, regardez donc l’Église de Dieu qui est à Corinthe » (4e dimanche du Temps ordinaire), Paul dit aujourd’hui : « Regardez donc comment l’Évangile est arrivé chez vous, ma première prédication ici. » Dans les deux cas on peut voir la puissance de Dieu à l’œuvre par des moyens humainement dérisoires, la force de l’Esprit sous des apparences de faiblesse et d’inefficacité.
D’une part, Paul souligne ici le centre de son message : Jésus Messie crucifié ; d’autre part, il souligne les moyens mis en œuvre dans l’évangélisation, l’apparence et le langage du prédicateur lui-même, « craintif et tout tremblant », comme désarmé, et sans aucun artifice rhétorique des faiseurs de discours. La puissance de l’Esprit est ainsi manifestée dans l’efficacité de la proclamation évangélique : l’adhésion à Jésus sauveur, la transformation visible de la vie des païens convertis, les multiples dons spirituels qui ont marqué la vie de la communauté. L’ensemble peut être illustré par Actes 18, 1-18 ; 1 Corinthiens 1, 6-7 et 1 Corinthiens 12 à 14 sur l’expérience de l’Esprit à Corinthe
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Grands thèmes de la théologie paulinienne : L’exemple de Philippiens 3[1]

25 janvier, 2011

j’ai choisi pour aujourd’hui, fête de la Conversion de Saint Paul Apôtre ce commentaire biblique, du site:

http://www.bible-service.net/site/1125.html  

Voyages bibliques  Conférences Croisière saint Paul 2010

Grands thèmes de la théologie paulinienne (E. Cuvillier)

L’exemple de Philippiens 3[1]

 « Non, saint Paul ne se faisait pas d’illusions ! Il se disait seulement que le christianisme avait lâché dans le monde une vérité que rien n’arrêterait plus  parce qu’elle était d’avance au plus profond des consciences et que l’homme s’était reconnu tout de suite en elle : Dieu a sauvé chacun de nous, et chacun de nous vaut le sang de Dieu. Tu peux traduire ça comme tu voudras, même en langage rationaliste — le plus bête de tous — ça te force à rapprocher des mots qui explosent au moindre contact. La société future pourra toujours essayer de s’asseoir dessus ! Ils lui mettront le feu au derrière, voila tout. »

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne, Paris, Plon, 1936, p. 46

Je propose d’aborder quelques grands thèmes de la théologie paulinienne à partir d’un texte que je considère comme particulièrement représentatif de la pensée singulière de l’apôtre, le passage de Philippiens 3. La lettre aux Philippiens est surtout connue pour l’hymne christologique du chapitre 2. Mais le chapitre 3 est un texte tout aussi important pour comprendre la théologie de Paul. Ce passage dont la dimension biographique est décisive recèle une concentration impressionnante de vocabulaire proprement paulinien ou à tout le moins régulièrement utilisé par l’apôtre : le thème de la circoncision, l’esprit opposé à la chair, la notion de glorification, l’opposition entre justice qui vient de la Loi et justice qui vient de la foi du Christ, l’expression connaître le Christ, les notions d’appel et de révélation et d’imitation, la référence à la croix du Christ… Je vous invite donc à les découvrir au fil d’une lecture commentée de ce texte très riche.

  1. L’homme en quête du sens
 Le ton du passage semble polémique. Dès le v. 2, Paul s’en prend à des personnes dénoncées comme des « chiens », des « mauvais ouvriers » et des « partisans de la mutilation ». Les termes utilisés renvoient à un arrière-plan marqué par les traditions du judaïsme. Cependant Paul vise ici non pas des croyants juifs mais bien des disciples de Jésus, membres des communautés pauliniennes. Dans le judaïsme de l’époque, les chiens désignent les païens, gens impurs (les chiens se nourrissent d’excréments). Paul renvoie ainsi le compliment à ceux qui, dans la communauté de Philippes, devaient considérer les autres croyants (c.a.d sans doute ceux qui avaient subi l’influence de Paul) comme impurs parce que n’obéissant pas ou plus à la loi de Moïse. Ces chrétiens judaïsants qui incitent les Philippiens à obéir à la loi de Moïse (ss. ent. à se faire circoncire), sont des missionnaires (le terme « ouvriers » est une métaphore pour missionnaire cf. Mt 9,37). Ils sont ici, comme en 2 Co 11,13 qualifié négativement : mauvais ouvriers (ss. ent. dans la moisson du maître). Enfin, troisième terme que la traduction que vous avez rend par « partisan de la mutilation » et que l’on pourrait aussi traduire par « incision » (katatomê), jeu de mots ironique sur le terme peritomê (circoncision); il indique encore plus clairement l’origine des adversaires : il s’agit de judéo-chrétiens qui désirent des Philippiens qu’ils s’appliquent aux prescriptions mosaïques, en particulier qu’ils se fassent circoncire.
 Que les adversaires se définissent comme des « circoncis » est manifeste par la revendication de Paul : « les circoncis c’est nous » (il reprend explicitement et volontairement leur propre prétention pour se l’attribuer dans un autre sens). Que leur démarche soit une démarche d’obéissance aux prescriptions mosaïques est manifeste par l’opposition qu’établit Paul entre se confier en Christ et se confier « en nous-mêmes » (ss. ent. pour Paul : ces gens-là se confient en eux-mêmes en prétendant obéir à la loi de Moïse).  Enfin, la preuve la plus évidente qu’il s’agit bien d’adversaires judaïsants est donnée par l’exemple de Paul lui-même qui, dans les vv.4-6 se décrit comme encore plus juif qu’eux! Paul s’oppose ainsi des chrétiens judaïsants, sans doute missionnaires itinérants, qui tentent de convaincre les Philippiens qu’il faut observer les prescriptions mosaïques, en particulier la circoncision, en vue d’obtenir une pleine participation aux promesses divines, sans compter une certaine reconnaissance sociale (le judaïsme étant religio licita).
 C’est la raison pour laquelle, au verset 3, Paul construit une opposition centre deux catégories de croyants, deux façons d’envisager la démarche religieuse : « Car les circoncis, c’est nous, qui rendons notre culte par l’Esprit de Dieu, qui plaçons notre gloire en Jésus Christ, qui ne nous confions pas en nous-mêmes (lit. en la chair) ».  « Placer sa gloire en Jésus Christ » opposé à « se confier dans la chair ». Ces expressions contiennent l’une et l’autre deux termes anthropologiques majeurs chez Paul : «se glorifier» et «chair» :
 - Le verbe kaukhaomai, « se glorifier », « mettre sa confiance en », « se confier » et ses dérivés (kaukhêma, « sujet de gloire », kaukhêsis, « action de se glorifier ») sont souvent utilisés par Paul pour exprimer l’attitude de l’homme qui cherche ce qui pourrait donner sens à sa vie, ce sur quoi il pourrait construire son existence : « Il est question ici plus radicalement encore de son existence : quelle est sa raison d’être ? Sur quoi se joue son aventure d’homme sur la terre ? De quoi peut-il se prévaloir en dernier ressort. »[2] Pour Paul tous les hommes sont en quête d’un « sujet de confiance » ou « de gloire ». La question est bien entendu de savoir en quoi ils se « glorifient » ou en quoi ils se « confient ». Or, pour Paul, certains croyants se confient dans des marques religieuses qui ne sont qu’humaines. Ils se glorifient donc dans la chair !
- Se glorifier en autre chose qu’en Christ c’est, pour Paul, se glorifier dans la « chair », c’est à dire dans l’homme et les valeurs de ce monde : c’est en effet le sens paulinien du terme « chair ». La chair n’est pas négative en soi : elle désigne chez Paul « l’être humain dans sa réalité de créature tant intellectuelle et morale que physique […] C’est la condition humaine »[3]. C’est lorsqu’elle devient le moyen par lequel l’homme tente de dire le sens, de se « justifier » par lui-même, qu’elle produit l’éloignement de Dieu ( cf. 1 Co 5,6 ; 13,3) : bref, lorsqu’elle est devient moyen d’« auto-nomie » c’est à dire prétention (et illusion) d’être à soi-même sa propre référence, de se fonder sur soi-même ou sur une réalité de ce monde. A moins que la « confiance en la chair » soit esclavage, asservissement à la loi, aux lois, que d’autres m’imposent (religieuses, philosophiques, économiques…).
- Dans tous les cas, la confiance en la chair qui rend l’homme esclave de lui-même, des autres ou du monde, s’oppose, chez Paul, à une confiance dans le Seigneur qui libère et qui fait vivre. Mettre sa confiance en Christ, c’est « s’appuyer ainsi sur quelque chose de radicalement extérieur à soi-même »[4]. A l’opposé, mettre sa confiance dans la chair c’est, dans notre texte, l’illusion qu’une identité religieuse (ici les traditions du judaïsme mais ailleurs chez Paul, les religions païennes voire même une certaine compréhension du christianisme), quelque chose qui vient de l’intérieur de nous ou du monde, permet à l’homme de trouver le sens ultime de l’existence dans ce qui n’est qu’une construction humaine. La présence de cette opposition dès le début de l’argumentation indique bien l’enjeu existentiel devant lequel se trouve tout être humain : se glorifier dans la chair ou se confier en Christ, c’est à dire construire sa vie sur soi-même et sur le monde, ou la construire à partir de quelque chose qui est extérieur à soi-même et à ce monde. Tout au long de ce chapitre Paul va développer l’opposition entre ces deux voies qui s’offrent à nous et qui construisent deux anthropologies. 

2. L’impasse de la performance religieuse
 Arrêtons-nous maintenant sur le passage autobiographique des v. 4-6. Dans ces versets, la stratégie rhétorique de Paul consiste à démasquer les adversaires auxquels il est confronté à Philippes en se plaçant dans leur logique. Le but est de montrer que, dans cette logique qui consiste à mettre sa confiance dans les réalités de ce monde (« dans la chair »), Paul n’a rien à apprendre d’eux : circoncis lui-même, israélite, de la tribu de Benjamin, hébreu, pharisien, zélé jusqu’à être persécuteur de l’Eglise, irréprochable quant à la  justice de la loi. Il y a une véritable gradation qui nous renseigne sur l’image que Paul garde de son existence pharisienne au moment où il écrit ce texte. Une image qui n’est pas négative, puisque il affirme être devenu irréprochable quant à la justice qu’on trouve dans la loi ! Paul ne se mortifie pas ici sur son passé, accablé par son péché, mais confesse être arrivé jusqu’au bout de la pratique de la justice qu’exige la loi.
 Dans la logique de la glorification dans la chair, Paul le pharisien était donc parvenu à un haut degré de performance qui le rendait supérieur à beaucoup et aurait du le satisfaire. Cependant, dans cette description qu’il nous fait de son passé, un terme indique en filigrane l’impasse tragique où conduit la « confiance » en la chair : ce Paul, juif de souche véritable, croyant zélé et performant, parfait quand à la pratique de la loi, ce Paul était un persécuteur de l’Eglise. Le paradoxe réside évidemment dans l’utilisation positive de ce terme (à la différence de 1 Co 15,9 et Ga 1,13.23) : il en fait ici un titre de gloire (un « sujet de confiance »). Ne faut-il pas y voir ici l’illustration exemplaire du tragique auquel conduit la « confiance dans la chair » :  mettre au compte du bien et du service divin ce qui est le mal par excellence, à savoir le combat contre Dieu lui-même en la personne du combat contre les disciples de Jésus.
 Mais, pourquoi Saul le pharisien persécutait-il les disciples de Jésus ? Il nous faut ici aller voir un autre témoignage de Paul, celui qu’il nous livre dans l’épître aux Galates :
« Car vous avez entendu parler de mon comportement naguère dans le judaïsme: avec quelle frénésie je persécutais l’Eglise de Dieu et je cherchais à la détruire; je faisais des progrès dans le judaïsme, surpassant la plupart de ceux de mon âge et de ma race par mon zèle débordant pour les traditions de mes pères. » (Ga 1,14-15 ; cf. Ph 3,7 ; 1 Co 15,9).

Témoignage que je vous propose de mettre en parallèle avec ce texte de Philon d’Alexandrie :
« 54 Si […] des membres de la nation délaissent le culte de l’Unique, pour cet abandon des rangs les plus importants, ceux de la piété et de la foi, ils doivent être frappés des plus sévères châtiments car ils préfèrent l’obscurité à la plus éclatante lumière, ils aveuglent un esprit capable d’une vision pénétrante. 55 Et il est légitime d’autoriser tous ceux qui sont remplis de zèle pour la vertu à appliquer ces châtiments immédiatement et sur-le-champ, sans traduire les coupables devant un tribunal, un conseil, ou une quelconque instance. Ils peuvent donner libre cours à cette haine du mal, à cet amour de Dieu qui les poussent à punir inexorablement les impies, estimant qu’en cette occurrence, ils sont tout à la fois conseillers, juges, magistrats, membres de l’assemblée, accusateurs, témoins, lois, peuple, en sorte que, rien ne leur faisant obstacle, ils peuvent sans crainte, en toute impunité, mener le combat de la foi. »
Le « zèle » pour Dieu et pour la Torah ne renvoie pas au parti zélote mais désigne des individus qui se sentent missionnés pour défendre la Loi jusques et y compris par la violence physique à l’encontre de ceux dont ils estiment qu’ils sont des blasphémateurs. Le modèle est Phinéas (Nb 25) qui tue un Israélite et sa femme madianite : éradication des juifs transgresseurs de la Loi et destruction des païens qui égarent Israël. On peut aussi penser au prophète Elie qui tue les prêtres de Baal. La notion de « zèle » doit être comprise comme une forme de violence religieuse qui a ses racines au temps des Maccabées. Elle est d’abord dirigée contre les co-religionnaires. Le Paul « pré-chrétien » appartient sans doute à une frange radicale des pharisiens qui pratique cette forme de violence religieuse. Il se comprend comme Phinéas, zélé pour la Loi jusqu’à utiliser la violence physique contre ceux dont il estime qu’ils sont blasphémateurs, idolâtres, faux-prophètes, conduisant le peuple à l’apostasie (toutes choses dont on pouvait accuser certains disciples de Jésus). Dans ce contexte, la persécution que Paul fait subir aux (judéo) chrétiens n’a pas qu’un sens moral. Elle représente probablement plus qu’une polémique dure ou un harcèlement verbal mais implique sans doute des mesures violentes pour « détruire » la foi des adversaires. Quoique nous n’ayons pas de preuves qu’il persécutait « jusqu’à la mort » (Ac 22,4) il ne faut pas sous estimer la nature violente de ces persécutions. Le texte de Philon suggère en tous les cas que des personnes commettant de sérieux « crimes » tels que l’idolâtrie, l’apostasie, le parjure, pouvaient être attaqués physiquement par des « zélotes » violents. Paul le pharisien « zélé » voyait sans doute les premiers Chrétiens (sans doute judéo-chrétiens ouverts aux païens) comme représentant un réel danger pour l’intégrité d’Israël et, pour cette raison, il essayait de les « détruire ». Sans doute n’agissait-il d’ailleurs pas uniquement de sa propre initiative mais, comme l’indique l’auteur des Actes, cherchait-il l’approbation des autorités religieuses du judaïsme de son temps (cf. Ac 9,1).
 Sans doute considérait-il comme une atteinte profonde à l’image qu’il avait de Dieu (du Dieu qu’il s’était construit à son image), le fait que dans les communautés chrétiennes d’origine païenne la loi n’était plus centrale. Sur cette question, nous faisons notre l’hypothèse de Theissen selon laquelle l’attachement de Paul le pharisien à  la loi cachait en fait un conflit inconscient avec celle-ci. Paul le pharisien ne pouvait admettre sa souffrance sous la loi. Les disciples de Jésus qu’il persécutait parce qu’ils déshonoraient la loi de ses Pères faisaient ainsi office de bouc émissaire lui renvoyant l’image négative de lui-même tout en lui permettant de la rejeter violemment[5]. Ainsi se précise le tragique paradoxe : c’est pour défendre l’honneur de son Dieu que Paul persécutait les chrétiens. Loin de le rapprocher du Dieu de Jésus-Christ, sa « perfection religieuse » l’en éloignait, pire même l’oppose à Dieu. Et le Dieu pour lequel il se battait n’était alors que la projection de son désir de perfection et de toute puissance : sa religion n’était en fait que « confiance en la chair » !

3. La foi comme nouvelle définition de l’existence
Le renversement décrit par Paul dans les v.7-9 constitue le nœud rhétorique  du passage : cette « glorification en la chair » dans laquelle Paul excellait bien plus que ses adversaires, glorification dont il avait fait le but de sa vie, il a été amené à l’abandonner  à cause du Christ. Et non seulement à l’abandonner mais à la déconsidérer : « Je considère tout cela comme ordures » (cf. v.8). Paul décrit ce qui est pour lui le passage d’un régime à un autre : régime de sa justice, celle de la loi, où il excelle, où il est parfait, accompli, au régime de la justice de Dieu qui le rencontre en Jésus-Christ et que lui, Paul, rencontre en abandonnant ses premières possessions. Régime de l’assurance de celui qui est parvenu (v.6 : « devenu irréprochable ») qui cède le pas au régime de l’espérance de celui qui est mis en marche (v. 9 : « afin que je sois trouvé »).
 La clé de ce renversement réside donc bien dans l’acceptation d’une justice extérieure à lui-même : « afin que je sois trouvé en lui, n’ayant pas une justice à moi, celle qui vient de la loi, mais la justice par la foi du Christ, la justice qui vient de Dieu, et qui s’appuie sur la foi » (v.9). Il est question ici de « la foi du Christ » traduit la plupart du temps dans nos Bibles comme un objet : la foi « en » Christ. Je propose de traduire ici foi du Christ : Paul désire être trouvé avec une justice qui lui vient par la foi du Christ, une justice, ajoute-t-il, qui s’appuie sur la foi (ss. ent. sa foi à lui, Paul). Nous avons ici un double mouvement : d’un côté la foi du Christ de l’autre la foi de l’homme . L’expression de ce double mouvement se retrouve plusieurs fois chez Paul (Rm 3,22 : « La justice de Dieu [a été manifestée] par la foi de Jésus pour ceux qui croient. » ; Ga 2,16 : « Nous avons cru en Jésus-Christ afin d’être justifié par la foi de Christ. » ; Ga 3,22 : « Afin que par la foi de Jésus Christ, la promesse fut accompli pour ceux qui croient  »).
 Mais quelle est donc cette foi de Christ ? Sans doute faut-il d’abord la comprendre comme la fidélité de Jésus à Dieu, son obéissance à la volonté de Dieu (telle par exemple qu’elle est définie dans l’hymne aux Philippiens du chapitre 2). C’est bien sur par l’obéissance du Christ que le croyant est justifié : la foi n’est pas une ici une œuvre qui, chez le chrétien, remplacerait l’obéissance de la Loi du juif. Mais peut-être cela va-t-il plus loin encore chez Paul. L’idée force est ici me semble-t-il que la foi est un mouvement, un mouvement qui va de Dieu vers l’homme en Christ (la fides Christi) et de l’homme vers Dieu (la fides hominis).  La foi vu du côté de l’homme n’est pas, chez Paul, une attitude intellectuelle (adhésion à une doctrine ou à une idée philosophique) mais elle est accueil de la Parole qui vient à la rencontre de l’homme dans le crucifié.
 Mon hypothèse est donc que ce double mouvement entre foi de Jésus  et foi de l’homme en Jésus  constitue une tentative de transcrire dans le langage une expérience fondamentale de Paul : l’idée de la foi comme rencontre existentielle entre Christ et l’individu. La foi pour Paul c’est la venue du Christ se révélant à l’homme et la réponse de l’homme répondant à cette venue du Christ, un double mouvement indissociable qui est porté au langage à travers ces expressions doubles typiques de Paul. Paul le pharisien tentait, dans une quête ascensionnelle d’atteindre un Dieu idole qui n’était que la projection de son désir de perfection et de performance le conduisant à détruire ceux qu’ils considéraient comme infidèles et impies. Il est rencontré (saisi, emploi du passif au v.12) par un Dieu qui s’abaisse vers lui en Christ : c’est un renversement total, une nouvelle définition de Dieu de lui-même et donc de l’existence qui se propose, qui s’impose à lui. 

4. Devenir ce que vous êtes en Christ
 Dernier aspect du texte que je voudrai pointer : l’être-nouveau que construit l’anthropologie paulinienne. Ce thème est développé dans les v. 10-16. Sous ce nouveau régime auquel Paul désormais appartient, il y a rencontre avec le Christ, mais il ne s’agit pas d’un aboutissement (comme l’accomplissement de la loi auquel Paul était parvenu) : il s’agit d’une mise en mouvement qui ouvre une perspective nouvelle, celle d’une marche vers la vie. L’acte premier de la révélation /rencontre avec le Christ est cependant fondamental puisque le croyant est uni à Lui dès le départ, et non au terme de sa vie de foi : ce n’est donc pas en l’homme et en ses capacités, mais dans le Christ, que se trouve la garantie d’un aboutissement[6]. Plus de certitude orgueilleuse ni d’investissement dans un faire obsessionnel (cf.v.6) —ou, à l’inverse, plus de désespoir face à ses échecs et à ses impossibilités— mais le sentiment que son existence est mise en chemin vers un accomplissement. Tout ce qui faisait ses certitudes passées est abandonné, ne reste seul que le but à atteindre, une récompense pour laquelle les efforts ne seront pas vains… mais qui reste une récompense « pour un appel reçu » (v.14), une récompense qui est en Christ. Cette marche n’est donc plus une quête ascensionnelle vers une « justice à soi », elle est réponse quotidienne à une justice extérieure qui lui est offerte gracieusement. « Devenir ce que désormais, en Christ, il est », tel pourrait être traduit le mot d’ordre de la vie chrétienne pour Paul.
 Aussi Paul peut-il inviter ses auditeurs, dans les vv. 17-21, à adopter cette nouvelle logique qui fonde son existence en Christ : « Imitez-moi » dit-il (v.17) ; expression surprenante et choquante qui explique parfois la gène que nous ressentons en lisant Paul. Il convient pourtant de la replacer dans le contexte de l’argumentation : il s’agit pour les Philippiens de se comporter comme lui, c’est à dire non pas comme Paul le pharisien mais comme Paul rencontré par le Christ et rencontrant le Christ, c’est à dire abandonnant sa propre justice par laquelle il essaie d’atteindre Dieu pour la justice de Dieu qui s’abaisse jusqu’à lui.
 La conclusion de cette longue digression autobiographique se trouve en 4,1 : « tenez-ferme dans le Seigneur ». Cette finale indique en substance que Paul a voulu décrire ici une manière d’être en Christ. L’auditeur attentif de l’Epître n’aura pas oublié que Paul, au chapitre précédent, introduisait l’hymne christologique par ces paroles : « Ayez-en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ… » Or Paul indique ici au chapitre 3 qu’il est passé lui-même par une expérience de dépouillement qui n’est pas sans rappeler celle que le Christ a choisi. Une expérience de dépouillement qui se termine, comme dans l’hymne, par une exaltation eschatologique dont Dieu seul est l’auteur (v. 11 : « afin que je parvienne, si possible à la résurrection »). 

5. Ennemis de la Croix du Christ
 Je reviens en terminant sur l’hymne aux Philippiens auquel je faisais allusion au début de mon exposé. Par la place qu’il occupe en ouverture de la section parénétique de l’épître, l’hymne transforme une simple exhortation éthique en réflexion théologique et anthropologique sur la condition croyante comme parcours d’abaissement et d’exaltation. Bien plus que de montrer le Christ en exemple à suivre, la fonction de l’hymne est « d’introduire les chrétiens dans l’événement du Christ »[7]. Il y a donc bien une sotériologie implicite à l’œuvre dans l’hymne : l’auditeur croyant y perçoit en effet un écho de l’événement pascal (« obéissant jusqu’à la mort, la mort sur la Croix »). Recevoir l’hymne suppose ainsi un changement profond de rapport à la réalité. C’est pourquoi cette « disposition » ne peut advenir que sur « révélation » de Dieu lui-même (3,15). C’est une telle « révélation » qu’a vécue Paul (cf. Ga 1,16), l’expérience de la justification par la fides christi (3,9) qui est dépouillement de soi et mise en route vers le salut (cf. 2,12-13) dans l’attente de l’exaltation finale (3,11) : la vie véritable est mise en mouvement vers un but dont Paul lui-même ignore les contours précis. « Tenir ferme » et « combattre » (1,27) c’est laisser son existence être déplacée par cette nouvelle compréhension de Dieu, de soi-même et des autres. S’il s’agit de « souffrir » pour le Christ (1,29), cette communion aux souffrances de Christ (3,10), loin d’être synonyme de repliement, décentre de soi-même et ouvre sur les autres : là réside la source de la joie véritable dont Paul fait l’expérience (cf. 2,17-18). La joie selon Philippiens vient de l’extérieur de ce monde et de sa logique, elle est expérience de l’altérité.
Or, en Philippiens 3, le  parcours de l’apôtre est présenté comme un itinéraire d’abaissement et d’élévation. Paul fait l’expérience de l’abandon d’une vie religieuse « réussie » (v. 4-7) pour être mis en mouvement vers une exaltation encore à venir (v. 8-11). À cet égard, les trois utilisations du verbe diôkô sont significatives du changement radical qui s’est opéré en lui. En 3,6 le verbe exprime la « poursuite/persécution » de l’Église : un mouvement pour la mort. En 3,12 et 14 il exprime le mouvement vers la vie : Paul « court vers le but pour obtenir le prix de l’appel d’en haut » (v. 14), c’est-à-dire vers l’exaltation. Cette exaltation finale est aussi promise à ceux qui « imiteront » Paul (3,17 ; cf. 3,20-21 qui reprend le vocabulaire de l’hymne). Le renversement qu’expérimente l’apôtre produit une mise en mouvement pour annoncer la Bonne Nouvelle et pour « obtenir le prix » (3,14). Dans la mesure où l’exaltation finale est encore espérée, on se trouve bien, ici-bas, dans une dynamique de l’inaccompli.  En Ph 3, Paul apparaît comme le type (3,17b : tupon) même du croyant à imiter (3,17a) à l’inverse de « ceux qui se conduisent en ennemis de la croix du Christ » (3,18), comme un écho inversé à l’obéissance du Christ sur la croix dont parlait l’hymne.
La « croix » du Christ : c’est le dernier « gros mot » de ce texte de Paul dont nous n’avons pas encore parlé. C’est en fait par un chemin original, et pour tout dire singulier, que Paul en vient à la conviction du caractère central de la Croix. On a coutume d’appeler cette compréhension paulinienne de la mort du Christ, « la théologie de la croix ». Contrairement à ce que l’on pense, la « théologie de la croix » n’est pas une théologie du sacrifice. Ailleurs Paul parlera du sacrifice du Christ et il se fera l’écho d’un certain nombre d’interprétations de la mort de Jésus à partir des motifs religieux de l’Ancien Testament. Les premiers chrétiens ont été confrontés à ce défi qui a été d’interpréter  quelque chose qui était visiblement un échec radical de ce en quoi ils croyaient et espéraient : que le Messie allait venir et les libérerait. Les pèlerins d’Emmaüs le disent assez bien : « nous espérions qu’il libérerait Israël » et rien ne s’est passé, sauf un échec radical, la crucifixion. Même pas comme un héros qui meurt sur un champ de bataille, les armes à la main ! mais la condamnation d’un rejeté par tous. Comment interpréter cela ? Quelque chose se passe chez les premiers chrétiens qui leur fait dire que cette mort ignominieuse, cette déréliction complète a du sens. C’est cela la Résurrection, c’est dire : Dieu est solidaire de ce crucifié. Ils vont puiser dans le trésor de l’Ancien Testament, la Torah et les Prophètes, pour tenter de donner du sens : ce sera le juste souffrant, le sacrifice expiatoire, le bouc émissaire, etc… tout le trésor dont nous sommes héritiers aujourd’hui. Et Paul, ailleurs dans ses épîtres, fait droit à ce trésor-là. Mais, dans la 1ère aux Corinthiens, il va faire véritablement un geste créateur, presque philosophique, qui fait qu’aujourd’hui encore Paul est considéré comme une figure de la pensée par des philosophes contemporains comme Alain Badiou et Giorgio Agamben (cf. orientation bibliographique) qui ne se réclament pas de la foi chrétienne et lisent Paul comme une figure de la philosophie.
  Quel geste fait Paul ? Il va chercher le signifiant même de la croix en dehors même de toute interprétation et il dit : la croix parle. Il faut faire un petit effort parce que pour nous la croix est devenue un objet religieux qui a du  sens et parce que ce sens, cela fait deux mille ans qu’on le lui donne. Le problème, c’est qu’aujourd’hui la croix est devenue un objet identitaire, dont on peut se réclamer. Or le geste fondateur de Paul, c’est de dire quelque chose d’énorme, d’inviter les croyants de Corinthe à se réclamer de quelque chose dont personne ne se réclamerait. En risquant un anachronisme, c’est comme si aujourd’hui on disait : la chaise électrique parle, la guillotine parle. Ce geste fondateur de Paul signifie trois choses fondamentales étroitement imbriquées les unes aux autres :
- La croix atteste paradoxalement la divinité et l’altérité de Dieu. Dieu se révèle totalement différent de ce que l’on attend de lui. Il est là où on ne va pas le chercher. Depuis deux mille ans, on est habitué à aller chercher Dieu à la croix, mais ce n’est plus forcément le Dieu de la croix de Paul. A cette époque-là, c’est dire : ce Dieu que les sages cherchent dans la philosophie et dont ils pensent qu’il va les libérer, ce Dieu que les juifs cherchent dans les grands évènements qui ont fait le peuple d’Israël, ce Dieu n’est pas là ou juifs et grecs le cherchent. Ce Dieu, il est solidaire du crucifié, il est le crucifié lui-même. Folie pour les grecs, scandale pour les juifs, mais sagesse paradoxale pour celui qui croit. Altérité de Dieu.
- Deuxième élément étroitement lié : contestation de la sagesse des hommes ; déclaration de leur esclavage en quelque sorte : ils croient qu’ils peuvent découvrir Dieu par leur sagesse, ils se trompent. Le Croix met les hommes en accusation. Elle affirme leur égarement, leur perdition.
- Troisième moment : pour celui qui reconnaît dans la croix la révélation de Dieu et la contestation de ses prétentions à la sagesse, alors la croix est source d’apaisement et de salut.

Conclusion
L’épître aux Philippiens est surtout connu par son hymne (Ph 2,5-11) qui constitue un témoignage exemplaire de la christologie paulinienne. Ph 3,1-4,1 constitue pour sa part le pendant indissociable de la réflexion christologique de Paul, sa réflexion anthropologique dont je souligne deux aspects :
 - Paul tire une certaine fierté de son passé pharisien. Mais c’est cette réussite là qui l’éloigne de Dieu au lieu de l’en rapprocher. De telle manière que Paul témoigne du destin tragique de l’homme séparé de Dieu (d’autant plus tragique qu’il s’agit ici d’un homme religieux). L’Evangile de la justificatio sola fide  est donc tout entier contenu dans ce passage, une justification qui entre dans une dynamique : elle n’est pas l’aboutissement mais le commencement de la vie chrétienne.
- Paul critique ceux qui, parmi les chrétiens, voudraient vivre selon une logique dont lui a du s’échapper pour découvrir le Christ. Les chrétiens de Philippes ne sont donc pas à l’abri d’une logique inverse de celle de l’Evangile ! L’Evangile opère ici une critique radicale d’une conception de l’homme qui se construit lui-même par son faire. Ce n’est donc pas le judaïsme en tant que tel qui est dénoncé par Paul, mais l’homme (juif chrétien ou païen) en tant qu’il essaie d’exister par sa propre justice. C’est parce qu’il se croyait irréprochable que Paul le pharisien ne pouvait rencontrer le Christ qui se révèle à l’homme reconnaissant son manque et sa finitude.
La tension qui traverse l’existence de Paul n’est-elle pas le propre de chaque être humain :  tiraillé entre le désir d’être à soi-même sa propre référence et l’appel de Dieu l’invitant à assumer sa finitude humaine, ses limites, ses manques ? Et pour Paul, comme pour chacun de nous, n’est-ce pas dans une reconnaissance de son incapacité à se faire lui-même un nom qu’il découvre la libération des forces de mort qui l’oppressent.
 « Qu’est-ce que l’homme pour que tu te souviennes de lui ? » demande le psalmiste au Ps 8. La réponse de Paul est ici exemplaire de ce qui fonde toute sa théologie : la mort était du côté du persécuteur de l’Eglise qui tentait, par ses propres forces, de devenir à lui-même sa propre référence en s’imaginant servir Dieu ; la vie se trouve du côté de celui qui reçoit de Dieu humblement la justification. Ne sont cependant pas décrites ici deux catégories de personnes : les chrétiens et les autres ; sont opposées deux compréhensions de l’existence humaine qui peuvent cohabiter chez le même individu. En tant qu’homme toujours tenté de me « faire un nom » je suis appelé à me laisser nommer par Dieu. En tant que chrétien je suis appelé, jour après jour, à « devenir » ce que je suis en Christ. S’il y a une éthique paulinienne, c’est ici et nulle part ailleurs qu’elle prend sa source.

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[1] L’essentiel de ce qui suit a déjà été développé dans trois contributions : Elian Cuvillier, « L’homme entre mort et vie. L’existence humaine selon Philippiens 3 », Le Supplément 187 (1993), p. 43-56 ; « Place et fonction de l’hymne aux Philippiens. Approches historique, théologique et anthropologique », dans Daniel Gerber – Pierre Keith éds., Les hymnes du Nouveau Testament et leurs fonctions. Actes du XIIe congrès de l’ACFEB (Strasbourg 2007), Paris, Cerf, 2009, p. 137-157 ; « La conversion de Paul : regards croisés », revue électronique « Cahiers d’Études du Religieux – Recherches interdisciplinaires » du Centre Interdisciplinaire d’Étude du Religieux,
http://www.msh-m.fr/article.php3?id_article=752, 2009.
[2] Michel Bouttier, La condition chrétienne selon Saint Paul, Genève, Labor et Fides, 1964, p.11.
[3] Max-Alain Chevallier, « La liberté chez Paul », in Souffle de Dieu. Le Saint-Esprit dans le Nouveau Testament. Volume III . Etudes, Paris, Beauchesne, 1991, p. 143-155, cf. p.144.
[4] Jean-François Collange, L’épître de Saint Paul aux Philippiens, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1972,  p.112.
[5] Gerd Theissen, Psychological aspects of Pauline Theology, Philadelphia, Fortress Press, 1987 (original allemand paru en 1983), cf. p. 234-243.
[6] Parlant de la compréhension de la foi que Luther développe dans son commentaire de l’épître aux Galates, Jean Ansaldi, L’articulation de la foi, de la théologie et des Écritures, Paris, Cerf, 1991, p.16 note 5 souligne : « C’est l’originalité de la réflexion luthérienne que d’avoir déplacé l’unio cum Christo  du terme d’un long trajet pour le placer au point de départ, à même la foi. »
[7] Rudolf Schnackenburg, « La christologie du Nouveau Testament », dans Mysterium Salutis. Dogmatique de l’histoire du salut, Paris, Cerf, 1974, p. 128.

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