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SAINT JEAN CHRYSOSTOME: LES APÔTRES BARNABÉ ET PAUL (ACTES XIV, 13-14.16)

12 mai, 2010

du site:

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/chrysostome/actes/actes31.htm

SAINT JEAN CHRYSOSTOME

HOMÉLIE XXXI. LES APÔTRES BARNABÉ ET PAUL, AYANT ENTENDU CELA, DÈCHIRÈRENT LEURS VÈTEMÉNTS, ET S’AVANÇANT AU MILIEU DE LA FOULE , ILS CRIÈRENT : — « AMIS, QUE FAITES-VOUS? NOUS NE SOMMES QUE DES HOMMES FAIBLES COMME VOUS ET NOUS VOUS AVERTISSONS DE QUITTER CES ILLUSIONS POUR VUS CONVERTIR AU DIEU VIVANT QUI A FAIT LE CIEL, LA TERRE ET LA MER, ET TOUT CE QU’ILS CONTIENNENT ». (CHAP. XIV, VERS. 13, 14, JUSQU’AU VERS. 26.)

ANALYSE. 1 et 2. Courage de saint Paul.

3 et 4. Que la tribulation a de grands avantages. — Comment l’on doit supporter les injures. — Portrait de l’homme en colère qui nous montre toute la laideur de cette hideuse passion.

1. Voyez quelle véhémence montrent partout les apôtres ! Ils déchirent leurs vêtements, ils s’élancent, ils crient: tout ce que l’enthousiasme des esprits faisait pour eux, ils le repoussent et en témoignent leur affliction. En effet, t’eût été pour eux un véritable deuil, une douleur inconsolable, d’être regardés comme des dieux et de fortifier l’idolâtrie qu’ils venaient renverser. Sans doute c’était un piège du démon. Mais ils en ont horreur; et que font-ils? « Nous ne sommes », disent-ils, «que des hommes faibles comme vous ». Ils détruisent le mal dès son origine; ils ne disent pas seulement: « Nous sommes des hommes », mais: « des hommes comme vous ». Pour ne pas être honorés comme des dieux, remarquez ce qu’ils ajoutent: « Nous vous avertissons de quitter ces illusions pour vous convertir au Dieu vivant qui a fait le ciel, la terre et la mer et tout ce qu’ils contiennent ». (Ps. CXLV, 6.) Observez qu’ils ne s’arrêtent pas à citer les prophètes ni à dire pourquoi le Créateur a laissé les gentils à eux-mêmes. « Dans les siècles passés, il a laissé marcher toutes les nations dans leurs voies (15) ». Il dit qu’il l’a permis, mais il ne dit pas encore pourquoi, et, pour aller au plus pressé, il ne prononce même pas le nom du Christ. « Néanmoins, il n’a point cessé de se manifester, en répandant sur nous des bienfaits célestes , en nous envoyant les pluies et les saisons favorables aux récoltes, nous donnant une nourriture abondante et remplissant nos coeurs de joie (16) ». Il ne cherche pas à aggraver leur fauté, mais il les engage à rie servir que Dieu. En effet, les apôtres savaient que, s’il faut s’efforcer de parler de Dieu d’une manière digne de lui, il est encore plus important d’être utile à ceux qui écoutent. Voyez comme il dissimule le blâme qu’ils méritent. En effet, il aurait pu leur reprocher de jouir de tant de biens sans connaître celui qui les leur prodiguait: cependant il ne le dit pas ouvertement, il le donne seulement à entendre. « C’est du ciel », dit-il, « que Dieu nous envoie les pluies ». David avait parlé de même: « L’abondance du froment, du vin et de l’huile a multiplié le peuple » (Ps. IV , 8) ; souvent, en parlant de la création, il revient sur ce sujet. Jérémie célèbre d’abord la Création , puis le bienfait providentiel des pluies ». (Jér. V, 24) D’après ces autorités, les apôtres ajoutent: « Dieu nous remplit de largesses et de joie ». C’est-à-dire, qu’il nourrit les hommes avec abondance, au lieu de leur donner le strict nécessaire. « Mais ils eurent beau parler, à peine purent-ils empêcher que le peuple ne leur sacrifiât (17) ». Voilà ce qu’il y eut de plus admirable chez eux : ils ne songèrent qu’à les détourner de leur folie.

« Plusieurs Juifs arrivèrent d’Antioche et d’Icone et gagnèrent le peuple; ils (153) lapidèrent Paul et le traînèrent hors de la ville , croyant qu’il était mort (18) ». Voilà l’œuvre du démon ! Les Juifs agissaient ainsi , non-seulement dans les villes , mais aussi dans les campagnes, et montraient autant d’ardeur à ruiner la prédication que les apôtres en mettaient à l’affermir. « Ils gagnèrent le peuple ; ils lapidèrent Paul et le traînèrent hors de la ville, croyant qu’il était mort». On reconnaît ici l’accomplissement de cette parole « Ma grâce te suffit, car ma force se montre tout entière dans la faiblesse »(II Cor. XII; 9); cela était plus grand que de guérir un boiteux. Les gentils les avaient regardés comme des dieux; mais, après avoir gagné le peuple , les Juifs le traînèrent hors de la ville. Si quelques habitants avaient admiré les apôtres , ïl est probable que tous n’avaient pas été du même avis: aussi vous voyez que, dans cette même ville où on les avait ainsi admirés, ils souffrent de cruels traitements. Pourquoi Dieu l’avait-il permis? c’est ce que Paul nous explique lui-même en disant: « Il ne faut pas que personne m’estime au-dessus de ce qu’il voit en moi, ou de ce qu’il entend dire de moi ». (II Cor. XII, 6.)

« Les disciples s’étant amassés autour de « lui, il se leva et rentra dans la ville (19) ». — Voyez quelle ardeur! voyez quel zèle fervent et enflammé ! Il revient dans la ville pour faire voir que, s’il la quittait, c’était pour répandre la parole de Dieu et pour éviter d’irriter personne. Cela faisait aux apôtres plus d’honneur que des miracles, et. eux-mêmes en étaient plus heureux. Car on ne dit pas qu’ils fussent satisfaits d’opérer des miracles , mais plutôt d’être jugés dignes de se voir méprisés pour la gloire du Seigneur; c’est ce qu’ils avaient appris par ces paroles du Christ: « Ne vous réjouissez pas parce que les démons vous sont soumis » (Luc , X, 20) ; leur véritable joie était de souffrir pour le Christ. Aussi revenaient-ils dans toutes les villes où ils avaient couru quelque danger. « Le lendemain , il partit avec Barnabé pour aller à Derbe. Après avoir annoncé l’Evangile dans cette ville et instruit plusieurs personnes , ils revinrent à Lystre, à Icone et à Antioche (20), fortifiant le courage des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi , et leur montrant qu’il faut passer par bien des tribulations pour a entrer dans le royaume de Dieu (21) ».

2. Tels étaient leurs discours et leurs enseignements. « Ils fortifiaient le courage des disciples », leur inspirant ainsi la constance et l’union, et les engageant à fuir toute occasion de péché. Grâce à l’accord qui s’établit entre les apôtres et leurs disciples, les uns parvinrent du premier coup aux prédications les plus persuasives, et les autres à comprendre la nécessité des souffrances et de la fermeté, ainsi qu’à rechercher moins les miracles que les épreuves. Aussi Paul disait-il: « Subissant les mêmes combats que j’ai soutenus, comme vous l’avez vu et entendu dire ». (Phil. I, 30.) Ils essuyaient de fréquentes persécutions ; partout ils étaient combattus, attaqués, lapidés. Aussi voyez quelles étaient leurs exhortations, et comme ils enseignaient à préférer les tribulations à toute chose. Voici encore une autre consolation qui leur était réservée : « Traversant la Pisidie, ils vinrent en Pamphylie, et ayant annoncé la parole du Seigneur à Perge, ils descendirent. à Attalie (23, 24) ». Car, pour ne pas laisser leurs disciples -se décourager en voyant ce que souffraient ceux qu’ils avaient d’abord regardés comme des dieux, ils vinrent près d’eux et les exhortèrent. Remarquez-le bien : Paul va d’abord à Derbe, pour laisser à la fureur populaire le temps de s’apaiser; puis il revient à Lyslre, à Icone et à Antioche, s’éloignant devant la. colère et revenant près du peuple apaisé. Vous voyez que la conduite des apôtres était dirigée non-seulement par la grâce divine, mais aussi par leur activité personnelle. « De là ils firent voile jusqu’à Antioche, d’où ils avaient été envoyés à la grâce de Dieu pour faire l’oeuvre qu’ils avaient accomplie (25) ». Pourquoi reviennent-ils à Antioche? Pour annoncer ce qu’ils avaient fait. Du reste la Providence dévoilait ainsi une grande oeuvre; c’est qu’il ne fallait pas craindre d’instruire les gentils. Voilà ce qu’ils viennent annoncer, pour que tout. le monde puisse le savoir. La Providence permet en même temps l’arrivée à Antioche de ceux qui s’opposaient à cette communication avec les gentils ;.mais les apôtres; partis de Jérusalem avec tant de courage, y reviennent avec une égale confiance; en même temps ils font preuve de soumission. En effet, s’ils avaient montré de l’indépendance en s’adressant aux gentils sans en.avoir reçu la mission, ils prouvent aussi leur obéissance en rendant compte de leurs travaux ; leur conduite n’est pas suspecte d’orgueil. C’était d’Antioche « qu’ils (154) avaient été envoyés à la grâce de Dieu » le Saint-Esprit l’avait ordonné, mais ce qui vient du Saint-Esprit vient aussi du Fils, car le Fils et le Saint-Esprit ont une même puissance et une même nature. « Après y être arrivés et avoir convoqué l’Eglise, ils racontèrent quelles grandes choses Dieu avait faites par eux, et comment il avait ouvert aux gentils la porte de la foi (26). Et ils demeurèrent là assez longtemps avec les disciples (27) » ; ils avaient raison, car c’était une grande ville qui avait besoin de docteurs.

Mais revenons à ce qui, précède. Ils avaient fait impression sur le peuple, en déchirant leurs habits, comme l’avait fait Josué, fils de Navé, quand son peuple fut vaincu. Ne croyez pas que cela fut indigne d’eux, ou inconvenant de leur part ; il n’en fallait pas moins- pour apaiser cet emportement, et pour éteindre cet incendie. Puisqu’ils ont dû avoir recours à de pareils moyens, nous ne devons reculer devant rien. Puisqu’ils ont à peine réussi de cette manière à convaincre le peuple, sans cela, que serait-il arrivé? S’ils avaient agi différemment, ils auraient passé pour des orgueilleux qui ne recherchent, que la gloire. Réfléchissez à la sage modération du langage des apôtres, ainsi étonnés et stupéfaits, quand il fallait réprimander le peuple. Il fut surtout retenu par ces paroles : « Nous sommes des hommes faibles comme vous, et nous vous avertissons de quitter ces illusions pour vous convertir à Dieu ». Cela voulait dire : nous ne sommes que des hommes, mais nous valons mieux que vos dieux, car ceux-là sont morts. Vous voyez que non-seulement ils indiquent les erreurs, mais ils enseignent la vérité ; tout cela, sans parler de choses invisibles. « Dieu », dit-il, « a fait le ciel et la terre et tout ce qui s’y trouve ». Il prend les siècles à témoin de ses paroles. O Juifs insensés ! Ils ont eu l’audace de séduire un peuple qui honorait ainsi les apôtres et de lapider Paul. Ils l’ont traîné hors de la ville, peut-être parce qu’ils le craignaient encore ! « Les apôtres prièrent en jeûnant, pour recommander leurs disciples au Seigneur». Cela montre qu’il faut jeûner dans les tentations. Ils ne parlent pas de ce qu’ils ont fait, mais de ce que Dieu a fait par eux; ils en parlent aussi simplement que de leurs épreuves. Ils n’étaient. pas conduits par le hasard, ni par le désir de se reposer, tuais par la providence du Saint-Esprit, afin d’affermir la prédication chez les gentils. Et pourquoi, direz-vous, n’ont-ils pas fait. de prêtres à Chypre ni à Samarie? Parce que Samarie était près des premiers apôtres, et Chypre près d’Antioche, où. la parole divine se multipliait; ils allaient où leur secours était le plus nécessaire, surtout pour les gentils qui lavaient besoin de tout apprendre. Ils arrivèrent pour enseigner, parce que le Saint-Esprit leur avait imposé cette mission. Admirez l’ardeur de Paul ! Il ne délibère pas pour savoir s’il doit parler aux gentils, mais il leur parle sans hésiter. Aussi disait-il : « Je n’ai pas pris conseil de la chair et du sang ». (Galat. 1, 16.)

3. En réalité, la tribulation est un grand bien et un bonheur pour une âme forte et courageuse. Combien ont été ainsi conduits vers la foi divine et ont brillé d’un éclat incomparable ? Aussi faut-il toujours avoir un grand zèle, une adresse parfaite et une âme préparée à la mort; car pour aller au royaume des cieux, il n’y a pas d’autre chemin que ce. lui de la croix. Ainsi ne nous flattons point. On ne peint supporter les fatigues de la guerre si l’on recherche les plaisirs, l’argent, si l’on montre de la bassesse ou de la lâcheté : à plus forte raison dans cette guerre ! Ne pensez-vous pas que c’est la plus terrible de toutes? « Il ne s’agit pas de combattre contre des hommes de sang et de chair ». (Eph. VI, 12.) L’ennemi vous poursuit aux repas, à la promenade, aux bains. Il ne vous fait trêve que pendant votre sommeil ; même alors il vous attaque souvent en vous envoyant des pensées impures et des songes voluptueux. Et nous, comme si l’objet de ces attaques ne valait pas la peine d’être défendu, nous ne montrons ni tempérance, ni vigilance, nous ne songeons point à la multitude des puissances qui nous menacent, nous ne réfléchissons pas que notre indifférence même est déjà une défaite, et au milieu de pareils dangers nous vivons comme dans les délices de la paix. Croyez-moi , ces périls sont aujourd’hui plus grands que ceux auxquels Paul a été en butte. On lui lançait des pierres; maintenant on lance des paroles qui font plus de mal que des pierres. Que faut-il faire alors? Ce qu’il a fait lui-même. Il n’eut point de haine pour ses ennemis, mais il rentra dans la ville hors de laquelle ils l’avaient traîné , afin de répandre ses bénédictions sur ceux qui l’avaient ainsi maltraité. De même, si vous avez à supporter un homme grossier et insolent, (155) vous pourrez dire avec raison que vous aussi avez été lapidé ! Et ne dites point : je n’ai fait de mal à personne ! Quel mal Paul avait-il fait pour être lapidé? Il leur annonçait le royaume des cieux, il les détournait de l’erreur, il les ramenait à Dieu; tout cela méritait des couronnes , des applaudissements , des bienfaits sans nombre, et non des pierres cependant, voilà comment il fut récompensé ! Quelle victoire est plus brillante? « Ils l’ont traîné », dit l’Ecriture : Vous aussi l’on vous a traîné, mais ne vous irritez pas et annoncez la parole de Dieu avec douceur. On vous a injurié? Taisez-vous, ou même, si vous le pouvez, répondez par des bénédictions, et, tout en annonçant la parole de Dieu, vous aurez en même temps enseigné la douceur et la bonté. Je sais que bien des personnes supportent plus facilement les blessures que les outrages, les plaies du corps que celles de l’âme; ruais ne nous affligeons pas et soulageons ceux qui s’affligent. Ne voyez-vous pas que les lutteurs, la tête meurtrie, les dents cassées, supportent leurs douleurs avec constance ? Pour vous il n’est pas besoin de grincer des dents ni de mordre. Songez à Notre-Seigneur et vous vous rappellerez les remèdes dont il dispose. Songez à Paul. Réfléchissez que vous, qui avez été frappé, vous êtes vainqueur, tandis que celui qui a frappé est vaincu ; cette pensée suffit pour tout guérir. On vous attaque; ne vous laissez pas entraîner , et vous avez fait votre devoir : demeurez ferme , et l’ennemi perd sa force. C’est une grande consolation de souffrir pour le Christ : autrement, vous ne prêchez pas le langage de la foi, mais celui de la sagesse humaine. Mais, direz-vous, plus je montrerai de douceur, plus l’on me persécutera. Ainsi, vous vous plaignez de ce qui doit augmenter votre récompense ? Mais , direz-vous, c’est un homme intraitable. Vous dites cela pour excuser votre faiblesse , car il sera bien plus intraitable , si vous vous vengez de lui. Si Dieu avait prévu que la vengeance pût rendre les méchants plus traitables, il vous aurait dit au contraire : Venge-toi. Mais il sait ce qui convient le mieux.

Ne faites pas de lois opposées à celles de Dieu; obéissez-lui. Vous ne valez pas mieux que Celui qui nous a créés. Il a dit : Supporte les injures ; et vous dites : Je rends les injures à celui qui me les fait, afin de le rendre plus traitable. Vous êtes donc plus sage que Dieu? Toutes ces paroles proviennent de la passion, de la dureté, de l’insolence, et sont contraires à la loi de Dieu. Ne faut-il pas lui obéir, quelque dommage que l’on souffre ? Quand Dieu a donné un ordre, nous ne devons jamais y contredire . « Une réponse soumise apaise la colère ». (Prov. XV, 4.) Mais il faut qu’elle soit soumise, bien loin d’être arrogante. Ce qui est bon pour l’un, l’est aussi pour l’autre; au contraire, si celui que vous voulez conduire au bien vous fait du mal; il s’en fait encore plus à lui-même. « Médecin; guéris-toi toi-même ». (Luc, IV, 23.)  Il a dit du mal de moi. — Faites son éloge. — II m’a injurié. — Parlez-lui poliment. — Il a cherché à me nuire. — Faites-lui du bien. Que votre conduite soit l’opposé de la sienne, pourvu que vous songiez à son salut et que vous ne cherchiez pas à vous venger. Mais, direz-vous, après avoir souvent profité de ma patience, il est devenu pire qu’il n’était. — C’est son affaire, ce n’est pas la vôtre. Voulez-vous savoir ce que Dieu a souffert ? On a renversé ses autels, on a tué ses prophètes, et il a tout supporté; ne pouvait-il pas faire tomber la foudre? Puis, après qu’il eut envoyé ses prophètes et qu’on les eut tués, il envoya son Fils lui-même. Ainsi, plus l’impiété se déchaînait, plus il multipliait ses bienfaits. Vous, de même, si vous rencontrez un homme emporté, soyez le premier à lui céder; son caractère a besoin, plus qu’un autre, d’être traité avec douceur. Plus l’offense est grossière, plus_ elle réclame de bonté de notre part : un malade a besoin qu’on lui passe tout; il en est de même pour l’homme en colère. Quand une bête s’emporte, tout le monde la fuit ; il en est de même pour l’homme en fureur. Ne croyez, pas que ce soit là une marque de respect : est-ce que nous rendons hommage aux bêtes féroces et aux fous, quand nous les évitons? Pas le moins du monde; c’est plutôt une marque de mépris et d’injure; ou plutôt, il n’y a ni mépris, ni injure, mais pitié et bonté. Ne voyez-vous pas que les matelots, quand le vent s’élève, carguent les voiles pour que le navire ne s’engloutisse point; ne voyez-vous pas que le cavalier, dont le cheval s’emporte, le laisse aller au lieu de l’arrêter, de peur que la force ne lui manque tout à coup?

4. Agissez de même. La colère est un feu, une flamme ardente qui ne demande qu’à tout dévorer ; ne lui donnez pas d’aliments, et (156) bientôt tous les ravages s’arrêteront. La colère n’a pas de force par elle-même, si mien ne la nourrit. Autrement, rien ne peut vous excuser. Cet homme a perdu la raison, il ne sait plus ce qu’il fait : vous qui le voyez, qui appréciez ce spectacle et qui n’en devenez pas plus sage quelle indulgence méritez-vous ? Celui qui, arrivant dans un festin, verrait dès le vestibule les inconvenances d’un homme. ivre, puis ensuite tomberait aussi dans le même état, ne serait-il pas bien moins pardonnable après cet exemple? Ici il en est de même. Ne croyons pas nous excuser, en disant : Je n’ai pas commencé. Ce qui nous accuse, c’est justement que la vue de notre adversaire ne nous a pas rendus plus sages. C’est comme si un meurtrier disait : D’autres ont frappé avant moi. Il en est d’autant plus coupable, s’il a vu commettre des assassinats, et s’il n’a pas eu horreur d’en commettre lui-même.

Après avoir vu un homme abattu et épuisé par l’ivresse, vomir, rouler des yeux hagards, souiller la table et faire fuir ses voisins, si vous tombez dans le même état, n’en serez-vous pas plus coupable? Tel est aussi l’homme en colère: plus que celui qui.vomit il a les veines gonflées, les yeux enflammés, le coeur agité : il vomit des paroles plus impures que les déjections de l’ivrogne et qui ne sont pas mieux digérées, car sa rage ne lé permet pas. De même.que chez l’un l’excès de liquide soulève l’estomac et en fait tout sortir; de .même chez l’autre, une ardeur excessive soulève l’âme et ne lui permet pas de cacher ce qu’il faudrait taire : ce qui est bon ou mauvais à dire s’échappe pêle-mêle et le salit plus que ceux qui l’entendent. Fuyons donc.las gens en colère aussi bien que ceux qui vomissent. Que faut-il faire alors? Jeter de la cendre sur le vomissement et appeler tout bas les chiens pour qu’ils le mangent. Je, sais que je vous dégoûte, mais je voudrais que vous vous fussiez dégoûtés en le voyant et que vous n’eussiez pas envie d’en rire. L’homme qui injurie est plus immonde que « le chien qui revient à son vomissement » . Je ne ferais pas cette comparaison s’il ne vomissait qu’une fois, mais puisqu’il rejette encore les mêmes infamies, il semble qu’il les ait avalées de nouveau. Qu’y a-t-il de plus abominable, de plus impur que cette bouche qui avale de pareilles choses? Est-ce la nature qui l’y engage? non sans doute, rien n’est plus contraire à la nature.

Pourquoi cela? Parce qu’il n’est pas conforme, mais opposé à notre nature, d’injurier sans raison : ce n’est plus le langage d’un homme, mais celui d’une bête ou d’un fou. C’est une maladie qui répugne autant à notre nature qu’une maladie du corps. Or, si notre nature est obligée de supporter ce qui lui est contraire, elle se détruit peu à peu, tandis qu’elle subsiste si tout lui est conforme. J’aimerais mieux, me trouver à table près de quelqu’un qui mangerait de la boue. que. près d’un homme qui parlerait ainsi. Né voyez-vous pas les pourceaux manger des excréments? On peut dire que ces gens-là en font autant. Quoi de, plus dégoûtant que leurs paroles injurieuses? Ils n’ont garde dé prononcer un mot honnête et convenable, mais ils font et ils disent tout ce qu’il y a de honteux et d’indécent : ce qu’il y a de pis, c’est que le déshonneur qu’ils veulent jeter sur les autres rejaillit sur eux, et cette intention même prouve «ils se déshonorent. Je laisse de côté les calomnies : mais supposons qu’une courtisane célèbre ou. tout autre personnage trop connu se dispute avec quelqu’un, et qu’on échange des injures mutuelles. De quel côté viennent les paroles offensantes? On ne dit au premier que ce qui est su de tout le monde, et il n’en est pas de même pour le second : par conséquent, la réputation de l’un n’a rien à en craindre et celle de l’autre en souffre, beaucoup. Supposez. encore qu’un homme ait commis des fautes cachées :connues seulement d’un homme grossier qui, après avoir gardé quelque temps le silence, finit par l’injurier; eh bien ! l’offense- retombe plutôt sur l’offenseur. Comment cela ? Il a divulgué une mauvaise action, et donné en même temps une mauvaise opinion de sa véracité : s’il y a eu un meurtre de commis, lui dira-t-on, il fallait tout dire. Aussi tout le monde se détourne de lui avec horreur comme si ce n’était pas un homme; mais une bête sauvage et cruelle; on est moins indulgent pour lui que pour celui qu’il accuse. Nous ressentons moins d’éloignement pour ceux qui ont des infirmités que pour celui qui les dévoile quand on voudrait les dissimuler. Celui-là n’offense pas seulement la personne dont il parle , cette offense rejaillit sur lui-même ainsi que sur l’humanité : il a blessé ceux qui l’écoutaient, il n’a donc fait que du mal. Paul dit à ce sujet : .« Que vos discours soient bons et (157) édifiants, afin d’inspirer la piété à ceux qui vous écoutent ». (Eph. IV, 29.) Veillons à ce que notre langue ne dise que du bien, afin qu’on nous recherche et qu’on nous aime. Cependant, on est arrivé à cet excès de perversité, que bien des gens se glorifient de ce dont ils devraient rougir. Il y en a qui vous menacent ainsi : Prenez garde à ce que je dirai de vous. Ce sont là des paroles dignes d’une femme, et encore d’une vieille ivre et ignoble, d’une coureuse de rues, d’une entremetteuse. Il n’y a rien de plus honteux que ces paroles, et de plus indigne d’un homme; il semble réduit à la faiblesse d’une femme, s’il met sa force dans sa langue et son orgueil dans les injures, comme les histrions des foires, les baladins, les parasites et les flatteurs. Celui qui se vante d’un pareil talent ressemble plus à un pourceau qu’à un homme. Vous devriez vous cacher, vous. devriez, si quelqu’un raconte ce que vous avez dit, rougir devant ce cruel témoignage de votre lâcheté; loin de là, vous répétez partout vos propos injurieux. Songez que vous ne pouvez rien contre ceux que vous attaquez ainsi.

Aussi, je vous en conjure, en pensant à cette perversité dont bien des gens se glorifient, cherchons à amender, à corriger cette extravagance; écartons de notre ville ces réunions où l’injure a tant de part, veillons sur notre langage et évitons toute mauvaise parole, afin que nous puissions, purifiés de nos péchés, nous concilier la bienveillance d’en-haut et mériter la clémence de Dieu, par la grâce et la pitié de son Fils unique, auquel, ainsi qu’au Père et au Saint-Esprit, gloire, puissance et honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

6° dimanche de Pâques (9 mai 2010) (biblique)

8 mai, 2010

du site:

http://www.bible-service.net/site/375.html

6° dimanche de Pâques (9 mai 2010)

La Bonne Nouvelle se répand. Il faudra résoudre le conflit entre les Apôtres et les Juifs de Judée (1° lecture), mais les portes de l’Eglise s’ouvrent largement aux païens. Ainsi, plus besoin de circoncision, ni plus besoin de Temple, puisque c’est Dieu lui-même qui appelle tous les hommes à venir dans son Temple saint, la Jérusalem céleste (2° lecture). Le psaume rassemble ces paroles d’espérance en invitant tous les peuples à louer le Seigneur. Enfin, l’Evangile abonde dans ce sens, en affirmant que le Christ et le Père habiteront en tout homme qui les aimera et restera fidèle à leur parole (Evangile)

• Actes 15,1…29

Au départ de la décision importante qui émerge à la fin de notre passage, on trouve une question conflictuelle dont l’origine vient des nombreux païens qui se convertissent au christianisme : faut-il, pour devenir chrétien, passer d’abord par le judaïsme, et donc par la circoncision ? Des frères de l’Eglise de Judée, berceau du christianisme naissant, ont leur réponse : “ sans aucun doute ! ” Derrière ces points de vue, on sent une tension entre les communautés. Qui va résoudre ce problème ? Les Apôtres et les Anciens de Jérusalem, Paul et Barnabé étant les représentants de l’Eglise d’Antioche. La résolution de ce conflit passe par l’autorité. Premier argument : les frères de Judée qui sont à la source du conflit ne disposaient d’aucun mandat. Ensuite, il y a un éloge appuyé de Paul et Barnabé, “ qui ont consacré leur vie à la cause de notre Seigneur… ”. Puis vient la décision, qui aura autorité, puisque l’Esprit Saint y a été mêlé : Non, il n’est pas nécessaire de devenir Juif pour être chrétien. Et même si elle est assortie de quelques obligations, elle ouvre les portes de l’Evangile au monde païen. La Bonne nouvelle va pouvoir s’étendre “ jusqu’aux extrémités de la terre ”. La résolution de ce conflit est venue d’une Assemblée réunie, de l’écoute d’avis autorisés, et du recours à l’Esprit Saint.

• Psaume 66

Il est rare que Dieu rie ou sourie. C’est le cas dans ce psaume qui invite à la louange du Seigneur. Si au départ cette louange semble avoir pour cause l’abondance des biens reçus du Seigneur pour vivre, le psalmiste a bien compris que l’attention affectueuse de Dieu pour les hommes embrasse des horizons plus vastes que cela. La bénédiction du Seigneur fait certes produire des fruits sur la terre, mais elle touche également les hommes de tous pays, de toute race et de toute culture, bref la terre entière. Tout est dans la main du Seigneur, lui qui conduit peuples et nations.

Apocalypse 21,10…23

Regardons ensemble cette belle image qui nous permet d’une part de mieux comprendre la deuxième lecture, et d’autre part rend impossible une dichotomie entre l’Ancien et le Nouveau Testament : la nouvelle Jérusalem est percée de portes, et ces portes sont les noms des 12 patriarches de la première Alliance ; passer par la première alliance, connaître la Loi et les prophètes est un itinéraire non facultatif pour arriver à la cité sainte. Cependant il y a deux « mais » : il n’y a plus de Temple, centre nerveux et religieux essentiel de l’ancien Israël ; et surtout les véritables fondations ne sont plus les tribus, mais les Apôtres. La circoncision cesse d’être la fondation ou le pilier de la nouvelle communauté chrétienne.

• Jean 14,23-29

Les propos qu’on lit dans l’Evangile de Jean ce dimanche sont la réponse de Jésus à la question d’un des apôtres, Jude : “ Seigneur, pour quelle raison vas-tu te manifester à nous, et non pas au monde ? Cette question amène Jésus à préciser les conditions de sa venue avec le Père, et leur présence à tous deux auprès des disciples. C’est simple, finalement : il suffit d’accueillir sa Parole et de la garder. Ainsi, les disciples seront unis à lui et au père, rassemblés par l’amour qui les unit.

Dans un deuxième développement, l’évangéliste parle du départ de Jésus vers le Père. Et celui-ci, en échange, enverra l’Esprit (le Paraclet), le Défenseur. Voilà une conviction de foi forte : Jésus, une fois parti, ne laissera pas ses disciples seuls. Plus encore, c’est cet Esprit qui fera se souvenir les disciples de tout ce que Jésus leur a dit. Ils comprendront par conséquent le sens des événements autour de la mort et de la résurrection.

Nous sommes toujours, dans l’évangile de Jean, dans le discours testamentaire de Jésus. Ces discours, habituellement, se terminaient par une parole de paix. Ici, Jésus en fait don. Mais c’est sa paix à lui, la paix des derniers temps, cette paix qui fera suite aux grands bouleversements produits par la venue définitive du Royaume de Dieu.

4° dimanche de Pâques (25 avril 2010), commentaire biblique pour Actes 13, 14…52

24 avril, 2010

du site:

http://www.bible-service.net/site/433.html

4° dimanche de Pâques (25 avril 2010)

COMMENTAIRE BIBLIQUE POUR  ACTES 13,14…52

Au cours de son premier voyage en compagnie de Barnabé, Paul arrive à Antioche de Pisidie, au cœur de l’actuelle Turquie. Comme tout juif pratiquant, il se rend à la synagogue le jour du sabbat. En signe d’accueil, on lui donne la parole. Parcourant à grands pas l’histoire de l’Alliance, il affirme : Nous vous annonçons cette Bonne Nouvelle : la promesse que Dieu a faite à nos pères, il l’a entièrement accomplie pour nous, leurs enfants, en ressuscitant Jésus (v. 32-33 ; ce passage précède celui qui est proposé aujourd’hui par le lectionnaire).

Son discours a du succès auprès des juifs, des convertis au judaïsme et des païens. Tous sont rassemblés le sabbat suivant pour écouter Paul. Certains juifs voient alors d’un très mauvais œil l’afflux des païens. Ils montent une cabale contre les Apôtres dans laquelle ils entraînent des notables et des dames influentes (petit détail qui sonne juste quand on se rappelle que Luc est l’écrivain le plus féministe du Nouveau Testament).

C’est dans ce contexte qu’il faut entendre la déclaration de Paul : Nous nous tournons vers les païens. Placée exactement au milieu du livre des Actes des Apôtres, cette phrase annonce le nouveau terrain d’activité apostolique. Il ne s’agit pas d’un rejet du judaïsme, mais d’une continuité de fond qui est rupture avec les réflexes exclusivistes. Pour preuve, le texte du prophète Isaïe (appelé ici commandement) cité par Paul. L’expression lumière des nations y désigne le peuple d’Israël choisi par Dieu pour que le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre (Is 49,6). Jésus le Christ d’une part et, de l’autre, la communauté qui se réclame de lui accomplissent cette vocation, quitte à être persécutés par ceux qui n’entrent pas dans le projet divin et qui veulent accaparer pour eux-mêmes un salut destiné à tous.

• Psaume 99

La première strophe, par sa tonalité universaliste, prolonge à la fois le texte d’Isaïe interprété par Paul et la joie des nouveaux disciples. La deuxième célèbre le Dieu de l’Alliance considéré implicitement comme un berger dont la troisième énumère les qualités.

dimanche de Pâques (18 avril 2010) (biblique)

17 avril, 2010

du site:

http://www.bible-service.net/site/378.html

dimanche de Pâques (18 avril 2010)

« Le filet plein de gros poissons ». Cent cinquante trois, cela représente la totalité des espèces connues de l’époque. Ainsi Jésus vise à rassembler toute l’humanité. Contemplons aujourd’hui comme un phénomène unique et mystérieux, la diversité et l’universalité de l’Église de Jésus, hommes et femmes arrachés aux « abîmes », invités à fraterniser sous la conduite du bon Pasteur.

• Apocalypse 5,11-14

Apparition d’un nouveau personnage, l’Agneau qui devient la figure dominante de l’Apocalypse. Il est présenté sous deux traits : « debout » en Ressuscité et « comme immolé », portant les traces de son passage par la mort. L’acclamation des anges est centrée sur l’Agneau immolé, prenant le relais des Vivants qui représentent la Création, et des Anciens qui symbolisent le peuple de Dieu. Les sept attributs énoncés signifient la plénitude du pouvoir de l’Agneau.

Liturgie puissante qui convie l’ensemble de la création à célébrer la victoire du Christ.

• Jean 21,1-19

Le chapitre 21 comprend trois épisodes : la manifestation de Jésus au lac, le colloque entre Jésus et Pierre, la confrontation de Pierre et Jean. Ce chapitre est un ajout. Il a un contenu ecclésial, probablement l’œuvre d’anciens qui ont recueilli, après la mort de Jean, des éléments de la tradition johannique. Pierre occupe le centre du chapitre. C’est la vie de l’Église qui est au cœur des débats, sa structuration.

• Versets 1-14 : manifestation de Jésus près du lac. Dans l’épreuve (nuit de pêche stérile) le Seigneur se fait proche. Ils sont sept, dont deux anonymes. Le premier est Simon ; c’est un indice de l’importance de Pierre. Au bout de la nuit la persévérance est récompensée, le Seigneur « se tenait là », il y était déjà, peut-être même dans la nuit : c’est le sens du verbe grec. Jésus se manifeste par deux signes à méditer : Jésus récompense, par une pêche abondante, la constance de celui qui suit ses instructions. Jésus se manifeste aux siens avec son habituelle bonté.

• Versets 14-19 : le colloque entre Jésus et Pierre. Triple question de Jésus et triple mission. La charge pastorale que Jésus donne à Pierre se fonde sur un rapport d’intimité filiale, sur la confiance. Les caractéristiques du bon Pasteur sont maintenant appliquées à Pierre : l’Église a Pierre pour pasteur. Cette charge de pasteur est fondée sur l’amour et la capacité de donner sa vie.

Une Parole pour aujourd’hui

Nous pouvons développer le thème de la proximité du Seigneur. Nous connaissons des « nuits » longues et pénibles, le travail pesant et sans résultat. Mais le Seigneur se tient là, sur le rivage. Ouvrons les yeux, recevons ses instructions. Il agit en ami, avec bonté, avec générosité, tout comme à Cana au début.

Avec le texte des Actes et l’Évangile on peut chercher à déterminer quelle est la condition fondamentale du disciple : le disciple est un envoyé, il est témoin de la Bonne nouvelle, il prolonge le ministère de Jésus par l’amour et le service.

La mission s’enracine dans une relation personnelle de confiance avec le Seigneur. C’est le sens du dialogue de Jésus et Pierre : « M’aimes-tu ? » La mission n’est pas de l’ordre d’un activisme, d’un contrat mais d’un rayonnement et d’une émanation. Paul utilisera des termes comme ambassadeur, bonne odeur du Christ, temples de l’Esprit.

dimanche de Pâques (11 avril 2010)

10 avril, 2010

du site:

http://www.bible-service.net/site/377.html

dimanche de Pâques (11 avril 2010)

Les textes de ce jour sont denses et riches. Ce qui domine, c’est la nouvelle présence, plus tangible encore et universelle, du Christ. Présence au sein des communautés, des malades et handicapés, auprès des Églises persécutées, auprès des Apôtres réunis dans le cénacle verrouillé, présence auprès de Thomas le sceptique. Présence par la paix, la joie, le pardon, la bonté… Quelle trouée dans les miasmes de notre vie marquée par l’individualisme et l’intérêt.

• Apocalypse 1,9…19

Livre déroutant que l’Apocalypse, avec ses images étranges. Livre pour temps de crise, qui veut donner un réconfort aux chrétiens plongés dans les tribulations (les grandes persécutions au temps de Néron). Livre pour aujourd’hui car de nos jours aussi, la foi des chrétiens est mise à rude épreuve.

Mais les épreuves n’empêchent pas Jean de célébrer « le jour du Seigneur », et c’est un dimanche que Jean bénéficie d’une parole, d’une vision et d’une révélation. Une parole qui annonce une vision, vision de l’Éternel : « Je suis celui qui suis. » (Exode 3, 14) Les chandeliers figurent les Églises. Superbe image qui lie le Christ à son Église.

• Jean 20,19-31

Il s’agit, en ce chapitre 20, de récits de la Résurrection. La Résurrection, chez Jean, est vue à travers des rencontres : Madeleine, Pierre, Jean, Thomas.

• Versets 19-23 : Jésus et les Apôtres. Synthèse de plusieurs thèmes : la paix, la mission, l’Esprit, le pardon. Nous les lisons non comme une narration historique de ce que Jésus a fait, mais comme un récit qui veut nous présenter les diverses façons dont Jésus vient et demeure dans son Église. Jésus manifeste sa présence par le don de la paix et de la joie. Il souffla sur eux : rappel du geste créateur de Dieu sur Adam.

• Versets 24-29 : Jésus et Thomas. Il n’est pas facile de voir les signes de la présence de Dieu dans le monde. Certains voient tout de suite (affectifs) ; il y a les intuitifs ; il y a les hommes lents et massifs ; mais il y a aussi les sceptiques à qui la compréhension n’est pas fermée. À tous, Jésus se révèle avec amour, à chacun selon sa nature : l’épisode met en relief la bonté de Jésus qui recherche la manière adaptée pour Thomas.

         Une Parole pour aujourd’hui

 Trois pistes possibles et complémentaires, s’appuyant harmonieusement sur les trois lectures.

• Les Actes évoquent ce peuple divers « sous la colonnade de Salomon », intéressé, à l’écoute. Cela évoque ces masses d’aujourd’hui, elles aussi intéressées par le propos spirituel, fatiguées de la consommation et du virtuel. Cette humanité reste peut-être disposée à se laisser toucher par « l’ombre » de Jésus : humble mission de l’Église.

• Des chrétiens sont encore persécutés. Leur espérance est dans une invisible communion. Mais évoquons quelques grands problèmes et nous verrons que le chant d’espérance de l’Apocalypse est une mélodie pour aujourd’hui : la famille et les législations qui la concernent, un dangereux économisme dans la gestion du monde, la drogue chez les jeunes générations, etc…

• Le Christ ne vient pas à notre place régler nos questions et nos problèmes. Il se fait présent au milieu de nous et en nous, comme une puissance de paix, de joie, de pardon. Investis de cette présence et de cette puissance, « le fardeau devient léger.

Gros plan sur… le scandale de la croix

8 avril, 2010

du site:

http://www.bible-service.net/site/554.html

Gros plan sur… le scandale de la croix

Il a fallu plusieurs années aux Chrétiens pour proclamer, sans gêne, leur foi en un  » Messie crucifié  ». Il a fallu plus d’un siècle après l’abolition du châtiment par Constantin (vers 320) avant d’oser le représenter sans répugnance.

Les Lettres de Paul permettent de savoir le contenu de la foi chrétienne dans les années 40-60 et les débats qui s’y mènent. Au fil de son discours, il arrive à Paul de faire appel au  » kérygme  » selon des formulations polies par l’usage :  »Il est mort pour les péchés » (1 Co 15,3),  »Il s’est livré pour nos péchés » (Ga 1,4). Rarement on trouve une formule aussi crue que Ph 2,6-11  »…S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix !  » . Là, une quinzaine d’années après les faits, est affirmé ce qui aurait du être un obstacle à la prédication du salut de Dieu en Jésus le Christ : la crucifixion du Messie.
 
Un supplice infamant 

La crucifixion fait alors partie de l’arsenal répressif de la justice romaine à côté du carcan, du pal ou de la potence. Cicéron, dans une de ses plaidoiries (vers 71 av. J.-C.), en parle comme du  » supplice le plus cruel et le plus infâmant qu’on inflige à des esclaves  » . D’après Flavius Josèphe, on l’employait aussi pour les  » bandits  », fomenteurs de troubles et instigateurs de révolte.

Selon la loi romaine, une fois le jugement rendu, le condamné est d’abord flagellé (nerfs de bœufs, lanières de cuir ou bien cordes avec bouts de métal ou d’os) en vue de l’affaiblir. Déshabillé, on le charge alors soit du patibulum (barre transversale), soit de la croix entière. Il traverser la ville, en prenant les rues les plus fréquentées, sous les huées de la foule et les coups des soldats. Il sort de la ville et là, dans un endroit visible (carrefour, hauteur), l’homme est fixé (cordes, clous) et la croix dressée (à moins que le patibulum ne soit assemblé à un poteau déjà fiché en terre). Puis on affiche le titulus, pancarte qui indique l’identité et le motif de condamnation. La mort prend plusieurs heures. L’usage du crurifragium (fracture des jambes) a pour but de diminuer la longueur de l’agonie. Sauf en Judée, les cadavres restaient exposés jusqu’à décomposition.

Selon Sénèque (fin 1er siècle), les croix n’étaient pas toutes du même modèle. Celle de Jésus était-elle en forme de T ou à quatre branches ? A-t-il été chargé ou non d’un patibulum que Simon de Cyrène aurait porté à sa place ? A-t-il été cloué (et dans ce cas, ce ne peut être dans les paumes, mais aux poignets, dans les os du carpe) ? Les récits évangéliques restent muets. Ils se contentent d’un très sobre :  » ils le crucifièrent  ».
 
Le Messie devenue malédiction 

Si Jésus avait été lapidé – châtiment possible, selon la Loi juive – sa mort l’aurait rangé du côté des prophètes. Or la pendaison ou la crucifixion – dans l’un et l’autre cas, le corps est exposé sur un bout de bois – est un supplice ignoble condamné par la Torah :  »Si un homme, coupable d’un crime capital, a été mis à mort, et que tu l’aies pendu à un arbre, son cadavre ne pourra être laissé de nuit sur l’arbre ; tu l’enterreras le jour même, car un pendu est une malédiction de Dieu et tu ne souilleras pas la terre que le Seigneur ton Dieu te donne en héritage. » Dt 21,22-23

Dans une culture où la Torah (Loi) est normative, Dt 21,22-23 a du être utilisé pour combattre la messianité de Jésus. Paul va affronter le problème en utilisant justement les méandres de la Torah, qu’il cite abondamment. En gros, si le Christ a accepté une mort de maudit, c’est pour nous délivrer d’une malédiction antécédente, celle qui vient de la difficulté à pratiquer la Loi. Aux Galates, il fera observer d’abord que la pratique de la Loi fait encourir une malédiction pour peu qu’on s’en écarte. Puis il remarquera ensuite que, selon la Loi elle-même, c’est la foi qui rend juste. Et il conclura :  » Le Christ nous a rachetés de cette malédiction de la Loi en devenant lui-même malédiction pour nous car il est écrit : ‘Maudit soit quiconque pend au gibet’, afin que la bénédiction d’Abraham passe aux païens dans le Christ Jésus et que par la foi nous recevions l’Esprit de la promesse. » (Ga 3,10-14) C’est ainsi que, pour Paul, la mort de tous a été vaincue par la mort d’un seul.

Vingt ou trente ans après les lettres de Paul, la crucifixion est racontée dans les évangiles. Les récit sont un effort d’intelligence de la mort scandaleuse du Messie. Or, pour la comprendre, Matthieu, Marc, Luc et Jean vont faire comme Paul : ils vont puiser dans les Écritures, puisque celles-ci consignent les repères pour vivre et croire.
 
Les Écritures pour lire un scandale 

Aucun récit ne rapporte les faits dans leur brutalité (de ce point de vue, les films sont plus évocateurs) mais chacun propose des pistes pour en comprendre le sens. Prenons un tout petit exemple, l’arrivée sur le Golgotha, tel que le raconte Mt 27,33-35.

Nous n’avons aucun détail sur le patibulum, l’assemblage ou l’érection de la croix, les clous, les cordes, le sang, la présence (ou non) d’une foule etc. Mieux, les quelques faits sélectionnés (arrivée, refus de boire, crucifixion — un seul petit mot pour un ensemble de gestes à la fois techniques et violents) sont reliés à ce qui semblent des détails : le vin mêlé de fiel et les vêtements tirés au sort. Ces détails sont vraisemblablement historiques. On sait par exemple que l’on donnait à boire aux suppliciés du vin mêlé de myrrhe, ce qui a un effet anesthésiant (voir Marc 15,23).

Or Matthieu parle de vin  » mêlé de fiel  ». Ce léger brouillage invite à ne pas en rester à la reconnaissance d’une drogue. Il s’agit d’une allusion au Ps 69,22. Quand au partage de vêtements, il est en écho à Ps 22,19. Remis dans leur contexte originel, ces mots décrivent la foi d’un homme persécuté qui exprime à Dieu sa confiance. Par ce tissage scripturaire, Matthieu ouvre à son lecteur deux pistes.

D’abord, lire la scène qui suit avec cette clé possible : Jésus crucifié se place-t-il dans la lignée des justes persécutés et confiants ?

Ensuite, réfléchir sur l’acte même d’écrire :  » au-delà de l’émotion qui peut vous traverser, cherchez donc les raisons de ce que je raconte. Pour moi, elles ne sont pas uniquement dans le jeu des pouvoirs et des volontés humaines, elles prennent place dans une vaste histoire, commencée il y a longtemps et dont nos pères nous ont laissé la mémoire. Elles prennent place dans un projet divin.  »
 
Gérard BILLON, Service Biblique catholique Evangile et Vie

Hosanna ! Connaissez-vous ce mot ? (pour la dimanche de Rameaux)

27 mars, 2010

du site:

http://www.info-bible.org/perrier/hosanna.htm

Hosanna

Hosanna ! Connaissez-vous ce mot ?

Peut-être que quelques-uns d’entres vous se souviendront que ce mot est un mot propre à la Bible et qu’il rappelle particulièrement une fête : celle des Rameaux ! C’est dans les Evangile que nous en trouvons le récit. Un récit inoubliable pour les disciples. Jésus, monté sur un ânon, chemine en route vers Jérusalem. Les gens de la foule qui se pressent pour le voir passer, se mettent à étendre leurs vêtements sur le chemin ; d’autres coupent des branches d’arbres et en jonchent la route. Toute une cohorte fait aussi route avec lui. Ceux qui le précédent et ceux qui le suivent crient :  » Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna dans les lieux très hauts !  » (1).

Cette acclamation de la foule en fête nous rappelle quelle était la vraie mission de Jésus, celle pour laquelle Il était venu habiter parmi les hommes. Matthieu, Marc et Jean, rapportent cet événement de la vie du Christ qui précéda la Pâque. C’est cet événement que la tradition chrétienne appelle encore aujourd’hui : « Jour des Rameaux ».

A l’origine, chez les hébreux, le mot « hosanna » avait le sens d’une supplique :  » sauve maintenant  » ; ou encore :  » sauve, nous t’en prions  » ! C’est bien le sens qu’il faudrait lui donner pour cette circonstance particulière. Car Jésus est bien venu  » pour chercher et sauver ce qui était perdu  » (2). Toutefois, le contexte des Evangiles montre que le mot avait quelque peu évolué. Il était alors utilisé beaucoup plus comme une exclamation de joie, ce que nous faisons encore aujourd’hui dans bien des communautés chrétiennes, lorsque nous chantons certains refrains qui emploient ce mot  » Hosanna « . En effet, Jésus est bien le Roi qui mérite d’être acclamé par son peuple, dans l’attente du Royaume éternel de gloire dont Il sera le chef suprême (3).

En voyant Jésus revenir à Jérusalem, la foule exprimait ainsi sa joie débordante. C’était sa façon de lui dire, de manière spectaculaire, qu’Il était le bienvenu et qu’on espérait qu’il allait prendre le pouvoir, chasser l’envahisseur Romain et régner, comme David, sur tout Israël. La foule certes se trompait ; mais elle était certainement sincère en le faisant.

Le récit biblique a son importance car il confirme l’un des multiples liens existant entre le Nouveau et l’Ancien Testament. Matthieu le souligne particulièrement en disant :  » Ceci arriva afin que s’accomplit ce qui avait été annoncé par le prophète… » (4). On retrouve, dans ces quelques versets relatant cette journée mémorable (1), pas moins de 11 références, directes ou indirectes, à des textes prophétiques de l’Ancien Testament (5). Ainsi en est-il tout au long des textes qui nous rapportent la vie terrestre de Jésus-Christ. Nous y découvrons l’accomplissement de nombreuses paroles prophétiques le concernant, puisque tout avait bien été annoncé d’avance par Dieu, au moyen de ses prophètes.

La venue du Fils de Dieu dans le monde n’a pas été accidentelle. Elle avait été prévue et voulue par Dieu. L’apôtre Paul le précise en écrivant : « Lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils … » (6). « Christ, au temps marqué, est mort pour des impies… » (7).

En matière de prophétie, certains détails peuvent avoir leur importance. Ils nous aident à mieux étayer notre foi. La logique humaine aurait-elle pu imaginer un Roi monté sur un ânon pour entrer triomphalement dans la capitale de son Royaume ? Pourtant, Dieu avait annoncé cet événement insolite par la bouche du prophète Zacharie, près de cinq siècles avant qu’il ne se réalise … à la lettre.

Tout au long des Evangiles une même constatation s’impose : Jésus parle, agit « …afin que s’accomplit ce qui avait été annoncé par le prophète… » Quelles raisons aurions-nous de douter de la Parole de Dieu ? Beaucoup d’évidences semblables à celle de cette histoire d’ânon nous confirment que tout s’est accompli selon les desseins mêmes de Dieu. Tout nous pousse donc à Lui faire confiance, à croire toujours plus en Lui. Avec l’apôtre, ayons cette foi solide qui peut affirmer sans réserve :  » Dieu a accompli de la sorte ce qu’Il avait annoncé d’avance par la bouche de tous ses prophètes… » (8).

La description que fait Matthieu de ce jour des Rameaux est intéressante pour d’autres raisons. En effet, l’évangéliste précise :  » Les disciples allèrent et firent ce que Jésus leur avait ordonné  » (9). Saluons ici leur obéissance. Grâce à elle, la foule pouvait suivre en direct l’accomplissement d’une promesse faite par Dieu bien longtemps à l’avance. N’était ce pas aussi pour cette raison qu’elle criait :  » Hosanna, au Fils de David ! Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur !  » Pourtant, nous le savons, quelques jours après cette même foule vociférait :  » crucifie-le !  » Comment expliquer un changement d’opinion et de comportement aussi rapide ?

Les disciples avaient obéi à l’ordre de leur Maître, participant ainsi eux-mêmes à l’accomplissement de la prophétie. Ils n’avaient pourtant pas encore compris qui était vraiment Jésus. Pas plus que la foule qui ne voyait en Lui qu’un libérateur politico-socio-religieux, capable de soulever le peuple pour chasser de Palestine l’envahisseur romain. Et les disciple nourrissaient aussi cette espérance ; espérance qui n’était qu’une illusion humaine ! Or, la foule n’était pas interressée par un Messie promis venu simplement sauver les hommes de leurs péchés… En fait, les choses n’ont guère changé, encore aujourd’hui.

Cette ferveur religieuse, le jour des Rameaux, ne fut que de courte durée. Elle céda vite le pas aux pulsions incontrôlées de la nature humaine qui poussent les êtres humains à faire tout le contraire de ce qu’ils espèrent ; au point de crier  » crucifie-le « , après avoir chanté des  » hosannas  » à en perdre haleine.

Quelle contradiction ! N’était-ce pas aussi pour cette même raison qu’à Gethsémané les disciples eux-mêmes abandonnèrent leur Maître ? Mais l’événement, là encore, avait été annoncé par les prophètes (10) .

Mais comment pouvons-nous, nous-mêmes, échapper à une telle contradiction ; sinon en acceptant sans condition la divine et souveraine inspiration de l’ensemble des textes bibliques ? En affirmant : Il est écrit ; je le crois ! La vraie foi en Dieu, c’est la confiance. Si nous adhérons sans restriction à la révélation biblique, elle nous donnera l’assurance et la force pour surmonter nos doute et résister au diable. Avec la foi, la soumission à la Parole de Dieu nous conduit toujours plus loin sur le chemin de la vérité, de la bénédiction et de la vie éternelle. Car Pâques fait suite aux Rameaux ! Avec Jésus ressuscité, tout a pu changer pour les disciples ; et tout peut changer pour nous aussi.

Une dernière remarque : c’est ce même jour des Rameaux que Jésus entra dans le Temple de Jérusalem pour en chasser tous les vendeurs, changeurs et acheteurs qui faisaient leur commerce sous couvert de la religion. En accomplissant là encore la prophétie, Jésus dit :  » Il est écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs  » (11). En tant que chrétiens nous sommes le Temple du Saint-Esprit (12). En ce jour des Rameaux Jésus rappelle à ses disciples et à la foule qui l’entoure que le Temple de Dieu a été construit pour être saint. C’est ce que, nous aussi, nous sommes appelés à être : un temple saint pour le Seigneur ; une maison de prière et non une caverne de voleurs. S’il n’en est pas ainsi, le Saint-Esprit ne peut nous remplir de sa présence bienfaisante. Il ne peut pas non plus accomplir son ministère d’intercession en nous (13).

Le temple de notre corps est-il propre, ou abrite-t-il quelque commerce impur ? Faudrait-il que Jésus y entre avec un fouet, comme dans le Temple de Jérusalem, pour faire le grand nettoyage ? Cela ne sera pas nécessaire si nous nous approchons sans tarder du Seigneur, avec humilité, dans la repentance, afin d’être purifié et de prendre les décisions nécessaires qui permettront un véritable changement dans nos coeurs et dans nos vies. L’enseignement semble clair : il n’y a pas de vie chrétienne victorieuse sans purification et sanctification.

Amis auditeurs, veillons ! Les marchands du Temple, même s’ils ont été chassés au début de notre vie chrétienne, sont parfois bien prompts à se réinstaller. Revenons donc constamment au pied de la croix du Christ, là où nous sommes assurés du pardon et de la victoire.  » Ayant donc de telles promesses, bien­aimés, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, en achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu  » (14).

Références Bibliques :

- 1) lire Mat. 21 : 1 à 17 – 2) Luc 19 : 10 – 3) cf. Ap. 11 : 15 – 4) Mat. 21 : 4
- 5) 11 références : v.5 = Zach. 9:9 ; v.8 = Ps. 42:5 ; v.9 = Ps. 118:25-26 et Ps. 148:1 v.12 = Mal. 3:1 et Ps. 69:10 ; v.13 = Es. 56:7 et Jér. 7:11 ; v.14 = Es. 35:5-6 ; v.15 = Es. 12:4-6 ; v.16 = Ps. 8:3).
- 6) Gal. 4 :4 – 7) Rom. 5 : 6 – 8) Act. 3 : 18 – 9) Mat. 21 : 6
- 10) lire Mat. 26 : 31, 54 à 56 – 11) Mat. 21 : 13
- 12) 1 Cor. 3 : 16 et 17 ; 6 : 19 et 20 – 13) Rom. 8 : 26 et 27 – 14) 2 Cor. 7 : 1.

Dimanche des rameaux et de la Passion (28 mars 2010) (biblique)

26 mars, 2010

du site:

http://www.bible-service.net/site/378.html

Dimanche des rameaux et de la Passion (28 mars 2010)

C’est le dimanche de l’entrée dans la Semaine Sainte, la grande semaine qui célèbre le cœur de la foi chrétienne. Les croyants sont invités à se laisser porter par la Parole de Dieu et la liturgie qui en découle. Mais nous ne sommes pas simplement spectateurs, car l’itinéraire de Jésus pose la question de notre fidélité : de la joie bruyante de ce jour, jusqu’à la Passion que Jésus vivra seul.

La Parole de Dieu de ce dimanche des rameaux nous fait toucher les deux extrêmes de cette semaine, dans une même célébration, et nous rappelle la fragilité et l’inconstance de notre foi : la distance temporelle est courte entre la célébration triomphale de l’entrée de Jésus-Messie à Jérusalem (début de la liturgie, au moment de la bénédiction des Rameaux), et son rejet, son abandon au jour du Vendredi Saint (Lecture de la Passion selon St Luc). La Parole est aussi une nourriture, une contemplation (avec l’hymne aux Philippiens et le psaume) pour traverser ces événements avec le Christ.

Liturgie des Rameaux :

         • Luc 19,28-40

Le périple de Jésus s’achève. Parti de Galilée, il a marché sur la route, vers Jérusalem, ne comptant pas les détours pour annoncer l’Evangile. Le moment est arrivé, la course touche à son but. En tête du groupe des croyants, descendant par le Mont des Oliviers (d’où doit arriver le Messie), il entre dans la ville sainte. Il est accueilli par “ toute la foule des disciples ” qui crie sa joie, en étendant à terre des manteaux (mais sans agiter de rameaux, dans cet évangile de Luc). Cet événement rappelle l’investiture du roi Salomon, racontée dans le 1° Livre des Rois. Oui, Jésus est Roi (comme le nommera l’écriteau surmontant la croix), mais un roi sans armée, sans gloire. Il est monté sur un âne, marquant par-là que sa gloire n’est pas dans la puissance. L’entrée de Jésus à Jérusalem accomplit la prophétie de Zacharie, qui annonçait l’arrivée d’un roi pacifique dans la ville. Mais pour l’heure, même ses proches, tout à la joie de la fin de leur périple, n’imaginent pas ce qui va arriver, parce qu’ils n’ont pas saisi encore que la messianité de Jésus n’est pas de type guerrière. C’est bien la mort et la résurrection qui vont être la clé de compréhension de la foi.

Messe de la Passion

          • Isaïe 50,4-7

Les “ chants du Serviteur ” sont des passages très connus du livre du prophète Isaïe. Ils montrent un mystérieux serviteur, qui est un personnage fidèle au Seigneur, qui fait tout pour respecter et vivre la parole de Dieu, quoi qu’il puisse lui en coûter. Il s’en remet totalement à Dieu, et devient son porte-parole silencieux. Ce passage est le troisième chant du Serviteur. La tension est forte. Ce juste va être l’innocente victime de l’injustice et de l’oppression violente. Ce qui lui arrive est injuste. Et pour la première fois apparaît l’idée que le porte-parole de Dieu accepte sa souffrance, car il sait qu’il est innocent des crimes dont on l’accuse, et il sait que Dieu est du côté de ceux qui le servent fidèlement.

Isaïe 50 décrit ce qu’a vécu ce Serviteur : il est frappé, on se moque de lui, on crache sur lui. Les premiers chrétiens, encore sous le choc d’un Messie qui meurt sur une croix, alors qu’ils attendaient un envoyé guerrier, conquérant, ont scruté les Ecritures pour tenter de comprendre cette tragédie. Les prophètes, et notamment le prophète Isaïe, ont donné des mots pour comprendre ce qui était arrivé. Ces chrétiens ont vu dans la figure du Serviteur souffrant, la figure de Jésus, un modèle de confiance envers Dieu.
      
         • Psaume 21

Les strophes que nous lisons en cette fête des Rameaux font partie du psaume que Jésus a commencé à prier alors qu’il était pendu sur la croix. Psaume de déréliction extrême de celui qui se croit seul pour affronter sa destinée : “ Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ” Les versets lus vont dans le même sens. Il s’agit d’un dialogue entre “ moi ” (le psalmiste, mais aussi tout croyant), et “ Dieu ”. Mais c’est un dialogue difficile, balbutié dans une grande souffrance par celui qui prie et qui se sent abandonné de tous, même de Dieu. Et pourtant, il lui parle, pense qu’une solution de salut est possible. La deuxième partie du psaume s’ouvre parc cette parole joyeuse du psalmiste : “ Tu m’a répondu ”. Le psalmiste n’est plus isolé, perdu dans sa douleur, dans le non-sens de ce qui lui arrive. Le Seigneur l’entend et le délivre.

L’évangéliste Luc met dans la bouche de Jésus en croix les premiers mots de ce psaume. Si Jésus a connu l’angoisse liée à la souffrance et à la mort, comme tout homme, il a gardé sa confiance en son Père. N’oublions jamais le mouvement en deux parties de ce psaume, lorsque nous le lisons.

         • Luc 22,14– 23,56

Le récit de la Passion est celui de l’évangéliste de l’année, c’est-à-dire Luc. Si les évangiles diffèrent dans leur contenu pendant le ministère public de Jésus, ils se rejoignent pour les récits de la passion. Pourquoi ? Parce que ces événements (passion-mort-résurrection) constituent le cœur de la foi chrétienne, les évangélistes ont pris moins de liberté avec eux ; et aussi sans doute parce que ces récits ont vraisemblablement été mis par écrit assez vite, pour en garder une mémoire la plus fidèle possible. Cependant, chaque évangéliste rapporte ces événements avec sa sensibilité propre. Quel pourrait être le “ fil rouge ” du récit de Luc ? Sa volonté de montrer que Jésus vit ses derniers jours tragiques avec une certaine paix. Son chemin vers la vie nouvelle est empreint de sérénité, de pardon. Inutile de chercher dans ce récit la flagellation et le couronnement d’épines. L’évangéliste ne s’attarde pas à décrire les souffrances physiques de Jésus. Ce qu’il veut, pour achever la première partie de son œuvre, c’est témoigner comment la miséricorde de Dieu va connaître son sommet dans ces jours tragiques. Ce n’est pas pour rien que l’évangile de Luc est appelé l’évangile de la miséricorde. Paix, pardon, amour miséricordieux Voilà ce qui se dessine derrière le visage douloureux de Jésus.

Quelques exemples :

La paix profonde de Jésus apparaît tout d’abord dans la description de la dernière Cène et de l’atmosphère très intime de ce repas : “ J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous… ” La même paix est présente dans la façon dont il exprime le fait qu’il sait que l’un d’entre eux le livrera : “ La main de celui qui me livre est là, à côté de moi sur la table… ” Et lorsqu’une dispute surgit entre les disciples pour savoir lequel d’entre eux est le plus grand, il les réprimande, mais avec beaucoup de paix et d’affection.

Pour Luc, la paix de Jésus ne signifie cependant pas qu’il ignore le questionnement et le doute.  Au contraire, il vit une très rude agonie, spirituellement comme physiquement.  Mais en cela aussi il est plein de paix : “ Que ce soit ta volonté et non la mienne ”.

Son dialogue avec Pilate et ses accusateurs est lui aussi empreint de paix – une paix digne et solennelle.  Au sanhédrin qui lui demande : “ Tu es donc le Fils de Dieu ? ”, il répond : “ C’est vous qui le dites. ” À Pilate qui lui demande : “ Es-tu le roi de Juifs ? ”, il répond de même : “ C’est toi qui le dis. ”  Et au larron près de lui sur la croix il promet : “ Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ”.  Mais, par-dessus tout, sa dernière Parole, pleine de sérénité malgré sa profonde douleur : “ Père, entre tes mains je remets mon esprit ”.

Cette paix et ce pardon ne font que mettre en valeur la passion destructrice de ceux qui son dérangés par son message et son attitude. Ils semblent dominer, mais ils ne seront pas vainqueurs. Ce grand récit de la passion laisse entrevoir le sens profond de ce que les disciples vont vivre au cours de cette grande semaine, et qui éclatera dans la nuit de Pâques.

Avant la Bible (Lectures)

10 mars, 2010

du site:

http://www.sobicain.org/ense02FR.htm#_Toc27454900

Avant la Bible (Lectures)

Durant de longs siècles la Bible a été “le” livre, du peuple Juif d’abord, de l’Église ensuite. La foi n’était pas seulement une affaire individuelle. Il ne s’agissait pas seulement de connaître des lois de Dieu qui nous mènent au bonheur et à la récompense éternelle ; toute la Bible tournait autour d’une alliance de Dieu avec l’humanité. Il y avait eu un départ, des étapes, et il y avait au terme la récapitula­tion de notre race dans le Christ, et l’intégration du monde créé dans le mystère de Dieu. La Bible était donc une histoire, et elle voulait être l’histoire de l’humanité. Elle n’était pas seulement le livre des paroles de Dieu, mais elle était une des bases de la culture.

Pourtant, c’est un fait, toute l’histoire biblique a été écrite en l’espace de quelques siècles en un petit coin du monde. Même si ce lieu était, comme nous le dirons, un secteur très privilégié, les auteurs bi­bliques ne pouvaient voir de leur fenêtre qu’un tout petit morceau de l’espace et du temps. Sortis de leur histoire particulière, ils ne pouvaient plus se fier qu’à des on-dit et à des traditions anciennes.

Pour eux il ne faisait pas de doute que Dieu avait tout créé “au commencement”, c’est-à-dire, si l’on s’en tenait à quelques données brutes de la Genèse, il y a près de 6 000 ans. Il ne faisait pas de doute non plus que le monde habité ne s’étendait pas beaucoup plus loin que l’Europe et le Moyen Orient, et que l’humanité dans son ensemble avait reçu l’annonce de l’Évangile, même si des régions entières, comme les pays “maures”, c’est-à-dire islamiques, avaient abandonné la foi. Au 13 ème siècle, Saint Thomas d’Aquin affirmait que si par hasard quelqu’un restait encore dans l’ignorance du message chrétien, quelqu’un par exemple qui aurait toujours vécu au fond d’une grande forêt, Dieu ne manque­rait pas de lui envoyer un ange pour lui faire connaître sa parole.

C’est seulement au dix-huitième siècle que la science commença à ébranler ces certitudes. D’abord, la notion du temps. Un premier pas fut la découverte des temps énormes qu’il avait fallu pour la for­mation du globe, et des innombrables espèces animales et végétales qui avaient disparu de la terre après l’avoir couverte. On passa vite des 6 000 années traditionnelles aux millions puis aux milliards d’années.

Une seconde étape affecta beaucoup plus profondément la vision du monde, et ce fut l’intuition d’abord, puis des preuves toujours plus nombreuses d’une véritable histoire des êtres vivants. Il ne suffisait plus de classifier les espèces vivantes ou disparues selon leurs ressemblances ou différences, le tableau se transformait peu à peu en un arbre généalogique. On voyait se dessiner des troncs com­muns, des ramifications, et les formes ou les articulations étaient plus ou moins comparables selon que le cousinage était plus ou moins lointain.

Chose étrange, cette découverte qui cadrait avec les intuitions de certains des Pères de l’Église, fut regardée par l’ensemble du monde chrétien comme une dangereuse menace pour la foi. Une des rai­sons en était la philosophie — il serait mieux de dire la ”foi” — rationaliste ou antireligieuse de nom­breux scientifiques des deux siècles écoulés. Il leur suffisait d’avoir expliqué quelques mécanismes en jeu dans les toutes petites évolutions pour affirmer que toutes les inventions et merveilles de la nature pouvaient s’expliquer de même, et, bien plus, pour affirmer que tous les mécanismes étaient venus par hasard à partir de rien.

Mais aussi, comme les chrétiens étaient habitués à penser en termes de vérités immuables, ce qui était valable pour les dogmes de la foi, il leur semblait que Dieu devait avoir soumis de même le monde céleste et terrestre à des lois immuables : les astres devraient se contenter de tourner en rond (une orbite elliptique était déjà une grande tolérance) et les êtres vivants ne pouvaient que se reproduire toujours semblables. Et il a fallu attendre le deuxième quart du vingtième siècle pour qu’on dépasse enfin l’opposition entre une science antireligieuse dans ses prétentions, et une foi qui voulait ignorer les faits.

Où voulons-nous en venir ? Tout simplement à ceci. La vision d’un monde en évolution s’accorde très bien avec la conception chrétienne du temps et des “âges” de l’histoire. Si nous étudions les lettres de Paul, nous verrons que pour lui toute l’histoire humaine est une pédagogie de Dieu de laquelle émerge le vrai Adam. Contrairement à l’image si répandue d’un Adam Tarzan qui, au début des temps, était aussi beau et fort qu’on le voit sur la fresque de Michel-Ange, mais ensuite était tombé de son piédestal, saint Irénée de Lyon, après Paul, voyait toute l’histoire dirigée par la pédagogie de Dieu vers un accomplissement de la race, ou de la communauté humaine.

Si l’on entrait dans ces perspectives, il n’était plus difficile de penser que toute la création s’était faite dans le temps. Le “big bang”, quelle extraordinaire approche d’un départ du temps créé, un temps qui part de l’éternité et qui retourne à l’éternité ! Vingt milliards d’années pour l’expansion des mil­lions de galaxies, chacune avec leurs milliers ou millions de soleils. Et quelque part, des planètes. Combien ? Mystère. Combien habitées ? Plus mystérieux encore. Mais là aussi la foi a ses intuitions. Toute la Bible met en relief la liberté, la gratuité des gestes de Dieu. Un Dieu qui aime tous les hom­mes et les conduit tous vers lui, qu’ils le connaissent ou non, mais qui aussi sait choisir qui il veut pour lui donner ce qu’il ne donnera pas à d’autres. Et le fait que Dieu ait créé des millions de galaxies ne l’empêchera pas, s’il le veut, de ne choisir qu’une d’entre elles pour y mettre, quelque part dans un petit coin, cette race des “homo habilis” que la Parole de Dieu a choisie comme son point d’atterrissage dans la création.

L’homme n’est donc pas arrivé par hasard. Ce n’est pas un singe qui, par suite de quelques muta­tions chromosomiques tout à fait imprévisibles, s’est réveillé un jour capable de comprendre ; il y au­rait pas mal à dire sur ces fameux hasards qui, au dire de certains, auraient fait qu’un jour une race de singes et de guenons laisserait la place à quelques grands musiciens et à pas mal de jolies filles. Il a fallu bien des générations, bien des maillons, et beaucoup d’humbles ancêtres que peut-être Dieu déjà connaissait et aimait comme il nous aime, mais le modèle et le but étaient là avant eux, et c’était le Christ.

Ici nous voudrions rappeler en quelques lignes les grandes étapes qui ont précédé la formation du peuple de la Bible.

Le Psaume 50, dit Miserere, dans la liturgie

19 février, 2010

du site:

http://www.theolarge.fr/spip.php?article125

Le Psaume 50, dit Miserere, dans la liturgie

10 octobre 2009| Frédérique Poulet

Un commentaire liturgique et théologique du Psaume 50.

Cet article reprend le texte d’une intervention à un colloque Art et miséricorde de Pentecôte 2009.

Nous venons d’écouter le Miserere, l´une des prières les plus célèbres du Psautier, le psaume pénitentiel et de miséricorde le plus intense et le plus répété dans la liturgie, un psaume qui est conjointement le chant du pécheur et le chant de la miséricorde de Dieu, la méditation la plus profonde sur le péché, la faute et sur la grâce, l’action de grâces pour son pardon.

Les psaumes ont été intégrés dans la liturgie chrétienne depuis l’époque de Jésus et des apôtres. Formé à l’école de la prière juive, Jésus a prié les psaumes (Mt 26,30 ; Mc 14,26). De même saint Paul invitait les premières communautés à prier ainsi :

« Chantez à Dieu de tout votre cœur avec reconnaissance, par des Psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés. Et quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant par lui grâces au Dieu Père ! » (Col 3,16b-17)

Ce que l’on retrouve d’ailleurs dans le livre des Actes :

À ce récit, d’un seul élan, ils élevèrent la voix vers Dieu et dirent : « Maître, c’est toi qui as fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve ; c’est toi qui as dit par l’Esprit Saint et par la bouche de notre père David, ton serviteur : Pourquoi cette arrogance chez les nations, ces vains projets chez les peuples ? Les rois de la terre se sont mis en campagne et les magistrats se sont rassemblés de concert contre le Seigneur et contre son Oint. Oui vraiment, ils se sont rassemblés dans cette ville contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, Hérode et Ponce Pilate avec les nations païennes et les peuples d’Israël, pour accomplir tout ce que, dans ta puissance et ta sagesse, tu avais déterminé par avance..À présent donc, Seigneur, considère leurs menaces et, afin de permettre à tes serviteurs d’annoncer ta parole en toute assurance, étends la main pour opérer des guérisons, signes et prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus. » Ac 4,24-30

Très vite les psaumes vont être intégrés dans la liturgie telle que nous la connaissons, c’est-à-dire en réponse aux lectures. On en a trace dès 210 chez Tertullien et ensuite de façon plus structurée et systématique dans les écrits de la fin du IVe siècle et ce dans plusieurs lieux. C’est donc une pratique commune à plusieurs Églises.

Dans des contextes précis, les psaumes étaient choisis en fonction de leur correspondance avec l’objet de la célébration, par exemple l’heure de la prière « Seigneur ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange » Ps 50 ou le thème des lectures et des fêtes.

 La conversion, la miséricorde : un don de la fraternité
La tradition hébraïque a placé le Psaume sur les lèvres de David, invité d’abord à reconnaître son péché puis à la conversion et à la pénitence par le prophète Nathan (2 S 11-12), (vendredi et samedi de la 3e semaine du temps ordinaire). En effet, comme l’indiquent les deux premiers versets du psaume, le prophète Nathan fait connaître son péché à David : « Du maître de chant. Psaume. De David. Quand Natân le prophète vint à lui parce qu’il était allé vers Bethsabée. » (Ps 50, 1-2).Cette première mention du psaume et le lien que fait la liturgie avec lui est intéressante et nous renseigne sur une première dimension de la miséricorde. Elle nous dit d’emblée, et c’est très important, que la conversion, la miséricorde n’est pas une expérience exclusivement personnelle. Elle manifeste qu’elle est de l’ordre de la responsabilité prophétique. Pour ceux qui ont été baptisés parmi nous, lors de notre baptême, nous avons été oints du saint Chrême et à ce moment là le prêtre a prononcé ces paroles rituelles « Désormais …tu es membre du Corps du Christ et participes à sa dignité de prêtre, prophète et roi » [1] Parce que membre du Corps du Christ chacun a vocation prophétique à devenir le frère au sens évangélique du terme. Être un frère prophétique, c’est être celui qui sait prendre le chemin du cœur du frère non pas pour le condamner, ce n’est pas ce que fait le prophète Nathan avec David, mais pour être celui qui éclaire, qui trouve le chemin vers le cœur du frère, qui lui ouvre les yeux et le cœur et l’empêche de s’enfermer dans son péché et dans sa faute. C’est une dimension importante de l’expérience de la miséricorde, elle est à la fois très personnelle, le psaume 50 est un psaume en je « pitié pour moi, ma faute est toujours devant moi, ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait, etc. » et en même temps ce cri vers Dieu, cette reconnaissance de la faute, cette prière surgit parce qu’un frère (médiation dans l’ordre spirituel) a su trouver le chemin du cœur. Il est en ce sens important de regarder dans le tableau le nombre important de fois où le psaume 50 est pris durant le temps du carême. Or qu’est-ce que le carême ? C’est un temps de conversion à la fois communautaire et personnel. Ainsi Durant le temps où l’Église est appelée à traduire par une vie de conversion ce qu’elle a reçu au baptême, durant le temps de la grande convocation de tout le peuple de Dieu, pour qu’il se laisse purifier et sanctifier par son Sauveur et Seigneur, durant ce temps on chante, plus qu’en tout autre temps liturgique, le psaume 50.

Il s’agit de la première dimension de la miséricorde, elle est un don de la fraternité et de la communauté. Un chemin ouvert dans le cœur par la présence du frère. Le ps 50 est d’ailleurs en ce sens chargé de thèmes prophétiques qui vont nous éclairer sur sa nature. Il s’agit d’un psaume qui est une réponse à une invitation à la conversion, invitation qui est d’ordre prophétique. C’est là le rôle des deux premiers versets, mais aussi selon Patrick Faure [2] que je cite, du psaume 49 qui précède et qui forme avec le psaume 50 un diptyque.

On peut aussi noter, d’ailleurs dans le psaume des thèmes prophétiques tels que celui de l’alliance nouvelle, renouvelée et raffermie (Jr 31,31) lu lors du 5e dimanche de carême B, et du jeudi de la 18e semaine du temps ordinaire, du cœur nouveau et de l’Esprit de Dieu communiqué à l’homme qui se tourne vers Dieu cf. Ez 36 (Vigile Pascale et jeudi de la 20e semaine du temps ordinaire).

 La miséricorde un don qui est fait à chacun
Comment entrer dans ce mouvement de miséricorde auquel chacun est appelé ? Je dirais simplement qu’il suffit de se laisser guider par le psaume, d’entrer dans le chant du psaume, de devenir psaume. Chanter dans la liturgie le psaume 50 c’est faire sien le mouvement de la miséricorde. Un mouvement qui comporte trois temps. Nous avons donc vu le premier et ensuite, de manière habituelle, on divise le psaume 50 en deux parties et une conclusion. Les versets 3 à 11 (« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour… ») puis 12-19 (« Crée en moi un cœur pur… »)et enfin la conclusion, v. 20-21 (« Accorde à Sion le bonheur… »).

Il y a tout d´abord la reconnaissance du péché et de son emprise sur celui qui chante le psaume. (cf. v. 3-11), L’homme se trouve dans la condition de pécheur, et ce depuis le début de son existence. Même si le psaume est pris après le récit de la genèse et la manducation du fruit de l’arbre du jardin lors du premier dimanche de carême de l’année A on ne peut y voir, dit Jean Paul II lui-même commentant ce psaume, une « formulation explicite de la doctrine du péché originel, telle qu´elle a été définie par la théologie chrétienne  ». Toutefois, ajoute-t-il, il ne fait aucun doute qu´elle y correspond : elle exprime en effet la dimension profonde de la faiblesse de l´homme qui se trouve dans la condition de pécheur, solidaire dès sa naissance d’un monde marqué par le mal. « Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère ».( v.7) Il ne faut pas voir ici une vision négative de l’homme mais bien plutôt une saine reconnaissance de sa faiblesse. Le Psaume apparaît dans cette première partie comme une ouverture à la lumière de Dieu, à son amour et une offrande à son regard de miséricorde. Le psaume s’adresse à Dieu, » Pitié pour moi mon Dieu dans ton amour, selon ta grande miséricorde efface mon péché » (v. 3) Ce n’est pas l’homme pécheur qui fait une introspection, c’est l’ouverture à la lumière qui permet de nommer le péché, péché qui malheureusement touche l’homme mais et c’est absolument capital, péché dont il se sait déjà libérable. C’est d’ailleurs cela le sens de la pénitence, se tourner, se convertir, se tourner vers Celui qui peut sauver. C’est d’ailleurs le sens de nombreuses lectures auxquelles le Ps 50 répond. Le livre de Joël au chapitre 2 (Mercredi des cendres), Jonas au chapitre 3 (Mercredi de la 1ère semaine de carême) Le livre d’Osée au chapitre 14 (vendredi de la 14e semaine du temps ordinaire) le livre d’Ézéchiel au chapitre 18 (Samedi de la 19e semaine du temps ordinaire), c’est la démarche de l’ensemble du carême qui est largement balisé, depuis le mercredi des cendres jusqu’à la vigile pascale par ce psaume. C’est renoncer à tout ce qui entraîne vers la mort en se tournant vers celui qui peut sauver de la mort du péché. Car, et c’est là la réalité, le péché est un désastre pour un Dieu qui a créé l’homme à son image et qui aime sa créature de tout son être, de toutes ses entrailles de miséricorde. En fait le péché est une aberration autant pour Dieu que pour la créature, et d’ailleurs la première mention du péché dans le psaume c’est le terme hébreu hata ??? qui signifie littéralement « manquer la cible », pécher, commettre une faute. Ce terme apparaît ainsi au moins en 6 versets (4b, 5b, 6a, 7b, 9a, 11a). Le deuxième terme hébreu est awon ??? qui renvoie à l´image d’iniquité, de ce qui est tordu, courbé. Le péché est donc une déviation tortueuse, il est l´inversion, la distorsion, la déformation du bien et du mal Le troisième mot avec lequel le Psalmiste parle du péché est peshá .??? Il exprime le refus de dépendance de Dieu et de son projet pour l´histoire humaine. Comme le dit Matthieu Collin [3] la première partie du psaume 50 joue donc avec le vocabulaire du péché. Comme nous venons de le voir, on a un grand nombre de désignations du péché. Et l’on pourrait croire qu’il s’agit là seulement d’un psaume de reconnaissance du péché, un psaume axé sur le péché alors que nous parlons aujourd’hui de miséricorde. Ce pourrait être le cas si nous ne faisions pas mention d’un verset central dans cette première partie. Il s’agit du verset 6b. Nous allons donc le reprendre et voir comment il s’inscrit dans le psaume. On a un psaume dont toute la première partie est assez intimiste. Il suffit de relever le nombre de fois ou on a je, moi, etc. bref, la première personne du singulier. Mais ce je, ce moi, n’est pas tout seul, il se tourne vers un Tu qu’il appelle et dont il a déjà expérimenté l’amour. C’est là tout le mouvement de la miséricorde.

 On ne peut se reconnaître pécheur que face à un Dieu qui nous aime
Jean Vanier aime à dire qu’on ne peut se montrer vulnérable que devant des gens qui vous aiment. Et c’est aussi vrai dans la vie liturgique. Faire siennes les paroles du psaume nécessite d’avoir déjà rencontré Dieu, qui devient dès le premier verset » Mon Dieu » et un Dieu qui aime, dont on a fait l’expérience de l’amour. On ne peut demander pardon et reconnaître sa faute qu’à la lumière de l’amour et c’est pourquoi dans la liturgie on ne commence pas par le psaume dans la liturgie de la Parole. Il s’agit toujours de ce qu’on appelle un psaume responsorial. Dieu aime, il est toujours à l’initiative de l’Alliance et c’est pourquoi sa Parole est toujours première, elle invite à la conversion et le psaume est réponse, deuxième mouvement, réponse à une Parole de Celui qui propose une alliance ou de renouveler une alliance ou qui montre la rupture d’Alliance car Dieu aime même quand il y a rupture d’alliance, il fait miséricorde. Et ce Dieu qui aime, ne cesse de renouveler son alliance comme le rappelle le verset 3. Dans ce verset on retrouve d’ailleurs, comme le fait remarquer Patrick Faure, trois termes. « pitié, amour fidèle, miséricorde  » qui sont ceux du livre de l’Exode au chapitre 34 (le veau d’or 24e dimanche du temps ordinaire). Face à la rupture d’alliance, face au péché d’idolâtrie Dieu aime avec pitié, amour fidèle et miséricorde. Et ce Dieu qui est miséricorde est aussi un Dieu qui montre sa justice (v5.6a) qui juge et montre sa victoire v.6b. Et c’est là le thème central de cette première partie. Que veut donc dire cette justice, finalement ce psaume est-il bien adapté et les liturgistes ont-ils fait le bon choix en le retenant comme psaume de miséricorde ? N’est-on pas plutôt dans une optique de faute et de jugement ? Il faut se poser la question et on ne peut l’éluder. Car, pour bien comprendre ce qu’est la miséricorde il faut aussi comprendre ce que veut dire un Dieu qui montre sa justice, ce qu’est la justice de Dieu. Cela ne signifie pas que Dieu est un juge impartial et neutre au-dessus des parties en procès mais un juge atteint par le péché « contre Toi et Toi seul » et qui ne demande qu’à justifier.

 Le Dieu, juge de justice, c’est celui qui restaure dans la dignité
Le Dieu, juge de justice, c’est celui qui permet à sa créature d’être justifié au sens théologique du terme, celui qui restaure dans la dignité, qui restaure selon l’ordre de la grâce et redonne possibilité de vivre l’alliance. C’est là le sens de la justice et de la référence à un Dieu de justice. Dieu justifie, donne sa grâce et son pardon au pécheur qui l’implore. C’est pour cela que l’on a cette mention de la justice de Dieu au verset central de la première partie du psaume. C’est là le message central de cette partie du psaume. C’est Dieu qui ne peut s’arrêter au péché, parce que, quand il pèche, l’homme n’est pas ajusté à Dieu. La justice de Dieu n’est pas à opposer à sa miséricorde. La miséricorde divine est juste. Justifier pour Dieu c’est redonner vie, faire miséricorde restaurer dans l’ordre de la grâce, ce n’est pas pointer un manquement à la loi (d’ailleurs dans la liturgie, le psaume 50 n’est jamais chanté après un texte du deutéronome ou du lévitique par exemple). D’ailleurs le v.5 le confirme, le psalmiste dit « ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait »… mais on n’en sait pas plus, il ne nomme pas tel ou tel manquement. Celui à qui Dieu fait miséricorde retrouve la joie des sauvés, la joie de ceux qui ont lavés, plongés dans l’amour. Et dans cette perspective il est tout à fait logique de trouver ce psaume pour encadrer la démarche du carême, préparation à l’alliance nouvelle, à la purification et à la restauration de la créature (marquée par le péché originel) par son créateur qui est tout amour. On retrouve bien ici le choix du psaume 50 pour répondre à la proclamation de Genèse 2 lors du premier dimanche du carême année A. Dieu ne peut abandonner sa créature qui crie devant lui et reconnaît sa pauvreté. Le psaume 50 est un psaume qui se joue entre purification et recréation. Pas l’un sans l’autre.

 Faire l’expérience de la miséricorde, c’est être renouvelé, recréé
Faire l’expérience de la miséricorde et c’est ce que nous apprend ce psaume, ce n’est pas seulement être purifié de ses péchés, c’est être purifié dans un mouvement qui recrée, qui renouvelle, qui ajuste au projet de Dieu. La miséricorde redonne vie. L’usage liturgique du psaume 50 nous apprend que faire miséricorde c’est guérir la vie. C’est d’ailleurs le sens de l’emploi de ce psaume pour répondre à la prière de Moïse face à Myriam touchée par la lèpre (mardi de la 18e semaine du temps ordinaire) « mon Dieu je t’en prie guéris-la ». Car le péché est une lèpre qui ronge la vie et on en retrouve une allusion très claire au v.9 puisque, comme l’explique M. Mannati, [4] on parle de purification avec l’hysope et qu’il était d’usage d’asperger les lépreux avec une branche d’hysope pour leur purification rituelle (Lv14). On peut aussi aisément faire le lien entre la blancheur de la neige (v.9) et le manteau blanc dont étaient revêtus les catéchumènes, car le baptême purifie et justifie pour la vie » Que cette eau reçoive de l’Esprit Saint la grâce de ton Fils unique, afin que l’homme, créé à ta ressemblance et lavé par le baptême des souillures qui déforment cette image puisse renaître de l’eau et de l’Esprit pour la vie nouvelle d’enfant de Dieu » [5]. Pour résumer cette première partie du psaume si l´homme confesse son péché, la justice salvifique de Dieu est prête à le purifier radicalement et à lui redonner vie.

 La miséricorde ou le voyage dans « la région lumineuse de la grâce »
Il nous faut maintenant entrer dans la deuxième partie et considérer le deuxième mouvement de la miséricorde, entrer dans « la région lumineuse de la grâce » (v. 12-19) comme le disait Jean-Paul II commentant ce psaume. En effet, à travers la reconnaissance de son péché, s´ouvre pour l´orant un horizon de lumière, dans lequel Dieu est à l´œuvre. Le Seigneur n´agit pas seulement négativement, en éliminant le péché, mais il recrée l´humanité pécheresse à travers son Esprit vivifiant : l’Esprit dans l’Église est celui qui vivifie, qui « donne la vie » dit le symbole des apôtres. On trouve trois mentions de l’Esprit au début de cette deuxième partie du psaume (v.12b, 13b, 14b). De lui même l’homme ne peut pas passer du péché à la grâce, seul Dieu, par son Esprit, peut transformer le cœur blessé par le péché en cœur vivant. il donne à l´homme un “cœur” « nouveau et pur » ( Cf. Ez 18,samedi 19e semaine du temps ordinaire). Il faut noter que la mention de l’Esprit Saint (v.13b) est extrêmement rare dans l’Ancien Testament. On ne la trouve que deux fois, ici et en Is 63,10-14 [6]. Ainsi de même que l’Esprit a fait sortir Moïse et son peuple de la terre d’esclavage, de même l’Esprit accompagne celui qui prie le psaume dans sa marche, dans sa sortie de l’esclavage du péché, de la violence (au verset 16 on fait mention du sang) vers le domaine de la vie selon l’ordre de la grâce. Origène parle à ce propos d´une thérapie divine, que le Seigneur accomplit à travers sa parole et à travers l´œuvre de guérison du Christ . Aux versets 16 et 17 le psalmiste ne se contente plus de reconnaître la justice de Dieu de la même façon qu’au verset.6 car le mot justice est alors associé au mot louange. Par l’Esprit Saint la justice est devenue efficace dans la vie de celui qui chante le psaume, qui prie le psaume. Il est en train de faire l’expérience de la miséricorde, il se laisse recréer. C’est pourquoi il ne craint pas d’offrir son cœur brisé et broyé à Dieu, à la force de l’Esprit Saint.( v.19) Il entre dans le mouvement de miséricorde qu’on retrouve par exemple en Ézéchiel au chapitre 18 (samedi de la 19e semaine du temps ordinaire) « Rejetez tous vos péchés, faites vous un cœur nouveau et un esprit nouveau ». C’est là le seul sacrifice qui plaît à Dieu (cf. Os 6,1-6 samedi de la 3e semaine de carême). Les derniers versets, sans doute rajoutés après l’exil, montrent, comme nous l’avions vu au départ, que la miséricorde n’est pas seulement une expérience personnelle mais un enrichissement de toute la communauté, de toute l’Église « Relève les murs de Jérusalem » (v.20) En accueillant la miséricorde, le cœur brisé devient cœur renouvelé, ferment d’unité et d’amour dans l’Église. Par ces deux versets, l’expérience vécue prend une portée communautaire. L’oracle Ézéchiel au chapitre 36 (jeudi 20e semaine du temps ordinaire) reprend d’ailleurs la même logique. Le prophète parle d’abord de la recréation personnelle (cœur nouveau, esprit nouveau) et ensuite étend cela à toute la ville.

 La miséricorde : une dynamique de recréation
Le regard d´ensemble posé sur ce texte liturgique donne de découvrir le processus de la miséricorde. Il s’agit d’un dynamisme de recréation qui offre un cœur brisé à l’amour blessé de Dieu qui fait toutes choses nouvelles quand passe le vent de l’Esprit. Il n’a pas été retenu par la liturgie pour la Pentecôte, on peut quelquefois le regretter car il mentionne l’Esprit Saint mais peu importe il permet de découvrir par expérience le cœur miséricordieux de Dieu, c’est là son rôle essentiel. Et quand l’art se joint au texte, comme dans le Miserere d’Allegri, alors il suffit de se laisser porter, d’ouvrir son cœur qui devient miséricordieux. Chanter le psaume c’est entrer dans la joie de la miséricorde éprouvée par le cœur pur.

Pour terminer un texte de Saint Isaac le Syrien (7e siècle) qui nous rappelle l’enjeu de ce chant du psaume 50

« Quand l’homme reconnaît-il que son cœur atteint la pureté ? … qu’est-ce- que cette pureté ? En peu de mots, c’est la miséricorde du cœur à l’égard de l’univers entier. Et qu’est- ce que la miséricorde du cœur, c’est la flamme qui l’embrase pour toute la création…pour tout être créé. Quand il songe à eux ou quand il les regarde, l’homme sent ses yeux s’emplir des larmes d’une profonde, d’une intense pitié qui lui étreint le cœur et le rend incapable de tolérer, d’entendre, de voir le moindre tort ou la moindre affliction endurée par une créature. C’est pourquoi la prière accompagnée de larmes s’étend à toute heure aussi bien sur les êtres dépourvus de parole que sur les ennemis de la vérité, ou sur ceux qui lui nuisent, pour qu’ils soient gardés et purifiés. Une compassion immense et sans mesure naît dans le cœur de l’homme, à l’image de Dieu. » [7]

[1] Rituel du baptême des petits enfants, Paris, Mame/Tardy, 1984, (RR98) RF n° 140.
[2] Patrick Faure, Des chemins s’ouvrent dans leurs cœurs. Étude et méditation des Psaumes, Parole et silence, 2007, p.66.
[3] Matthieu Collin, Comme un murmure de cithare. Introduction aux psaumes, DDB, 2008.
[4] M. Mannati, le Psaume 50 est-il un Rib, Sem 23 (1973) p.27-50.
[5] Rituel du baptême des petits enfants, Bénédiction de l’eau à la veillée pascale et hors du temps pascal RR 91 ( RF 132)
[6] Dans ce récit d’Isaïe, l’hagiographe fait une relecture de l’Exode au cours de laquelle l’Esprit Saint guide Moïse pour conduire Israël.
[7] Isaac le Syrien, Discours ascétique, §81 (trad. AELF, 1974), p.656.

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