Archive pour la catégorie 'biblique'

Textes bibliques commentés (Taizè)

6 septembre, 2011

du site:

http://www.taize.fr/fr_article170.html?date=2010-06-01

Textes bibliques commentés

Ces courtes méditations bibliques sont proposées pour soutenir une recherche de Dieu au cœur de la vie quotidienne. Il s’agit de prendre un moment pour lire en silence le texte biblique suggéré, accompagné du bref commentaire et des questions. On peut se réunir ensuite en petits groupes de trois à dix personnes chez l’un ou l’autre des participants pour un bref partage de ce que chacun a découvert, avec éventuellement un temps de prière.

2010 juin

Psaume 42 : Soif de Dieu

Comme une biche soupire après des courants d’eau,
Ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu !
Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant :
Quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ?
Mes larmes sont ma nourriture jour et nuit,
Pendant qu’on me dit sans cesse :
Où est ton Dieu ?
Je me rappelle avec effusion de coeur
Quand je marchais entouré de la foule,
Et que je m’avançais à sa tête vers la maison de Dieu,
Au milieu des cris de joie et des actions de grâces
D’une multitude en fête.
Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu au dedans de moi ?
Espère en Dieu, car je le louerai encore ;
Il est mon salut et mon Dieu.
Mon âme est abattue au dedans de moi :
Aussi c’est à toi que je pense, depuis le pays du Jourdain,
Depuis l’Hermon, depuis la montagne de Mitsear.
Un flot appelle un autre flot au bruit de tes ondées ;
Toutes tes vagues et tous tes flots passent sur moi.
Le jour, le Seigneur m’accorde sa grâce ;
La nuit, je chante ses louanges,
J’adresse une prière au Dieu de ma vie.
Je dis à Dieu, mon rocher :
Pourquoi m’oublies-tu ?
Pourquoi dois-je marcher dans la tristesse,
Sous l’oppression de l’ennemi ?
Mes os se brisent quand mes persécuteurs m’outragent,
En me disant sans cesse : Où est ton Dieu ?
Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu au dedans de moi ?
Espère en Dieu, car je le louerai encore ;
Il est mon salut et mon Dieu.
(Psaume 42)

Quand le psalmiste dit que son « âme » a soif de Dieu, il n’imagine pas une soif purement spirituelle ou intellectuelle. Le mot « âme » suggère plutôt que la soif provient du fond de son être et s’empare de tout ce qu’il y a de plus vital en lui. Pour qui éprouve cette soif, vivre sans Dieu n’est pas vivre, car sur cette terre la vie n’est pleine pour lui que dans une louange de Dieu.
Dans ce psaume s’exprime un exilé qui se trouve loin du lieu où se rassemble le peuple de Dieu, loin du Temple où les fidèles vont rencontrer Dieu et voir sa face. C’est le souvenir des célébrations communes qui alimente sa soif (v. 5). Celle-ci est donc intimement liée à l’expérience de tous ceux qui ont, eux aussi, cherché Dieu et l’ont chanté.
Le langage de ce psaume peut-il devenir aussi le mien ? Ou est-il trop fort pour moi qui connais Dieu si peu ? Car en réalité, de quoi ai-je soif sur cette terre ? Même si j’ai connu pas mal d’épreuves, j’ai de la peine à croire que je suis en exil ici-bas.
Cependant, je ne peux pas nier que dans chacune des réalités dont je peux avoir soif (un grand amour, un ordre social plus juste, etc.), je suis renvoyé inévitablement à une réalité encore autre, plus durable. Car tout ce que je peux ardemment désirer ne va jamais pouvoir étancher ma soif. Le fond de mon être appelle toujours en fin de compte une communion qui ne puisse plus faire défaut, une communion tout à fait indéfectible, une joie qui soit au-delà de toute joie (Psaume 43,4).
Ce psaume peut orienter ainsi ma prière. Mais que recommande-t-il pour le temps présent où tout paraît aride ?
Le psalmiste s’exhorte lui-même : « Espère en Dieu » (v. 6, 12). On peut traduire ainsi : « Attends Dieu ». Accepte que ta vraie soif reste ouverte. Ne la comble pas en répondant à des désirs qui sont à portée de main. Comme dit Jérémie, ne remplace pas la source d’eau vive par « des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau » (2,13). Une vie humaine est belle quand elle reste jusqu’au bout comme une attente ouverte que Dieu seul peut combler.
« Attends Dieu, mon âme. Je le louerai encore. » (v. 6) Voilà l’orientation. Le jour vient où je pourrai le chanter à nouveau. C’est donc vers la louange que je continue à diriger ma vie. Et en attendant, j’ai confiance : Dieu ne manquera pas d’ordonner à sa grâce d’être auprès de moi tout au long du jour, tandis que durant la nuit un chant venant de lui me portera comme une prière (v. 9).
 De quoi ai-je soif (pour ma vie personnelle, pour le monde, pour l’Église) ? Certains désirs sont-ils plus importants que d’autres ? Lesquels ?
 Que signifie pour moi l’expression « soif de Dieu » ? Comment peut-on désirer une réalité invisible et intangible ?

Jesus dans l’Ancien Testament

2 septembre, 2011

du site:

http://www.lueur.org/textes/jesus-ancien-testament.html

Jesus dans l’Ancien Testament

Luc Bernicot

« Existant en forme de Dieu, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme une proie à arracher, mais il s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes, et il a paru comme un vrai homme, …. »
(Philippiens 2:6-7)

« Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. »
(Colossiens 1:16-17)

Tous les chrétiens croient en la naissance surnaturelle de Jésus-Christ de la Vierge Marie, en sa mort sur la croix et en sa résurrection des morts. Mais tous ont-ils bien conscience que la conception de Jésus dans le ventre de Marie n’a rien de commun avec la conception de chacun d’entre nous? Nous sommes en effet tous des créations, alors que Jésus est le Créateur. Jésus n’a pas été créé neuf mois avant sa naissance, mais il existait depuis l’éternité, et a toujours été à la source de toute chose; sa conception dans le ventre de Marie était une incarnation du Fils de Dieu dans une chair humaine, mais en aucun cas la création d’un être nouveau. Jésus a simplement accepté de suivre pendant son séjour sur terre l’ensemble du cheminement d’un être humain ordinaire, de la conception à la mort.
Puisque Jésus était déjà à l’œuvre dans l’univers avant de venir sur la terre, nous pourrions nous attendre à ce que l’Ancien Testament parle de Lui; en fait l’Ancien Testament parle constamment de Jésus-Christ, qui se manifestait avec Dieu le Père et avec le Saint-Esprit. Même si les hommes et les femmes de l’Ancien Testament n’avaient pas eu une révélation claire de qui est Jésus, nous pouvons aujourd’hui discerner, à la lumière du Nouveau Testament, de très nombreux passages de l’Ancien Testament qui parlent de Lui. Les prophètes qui ont écrit l’Ancien Testament étaient inspirés par le Saint-Esprit, et n’ont pas toujours compris la puissance de la révélation qu’ils transmettaient. La Nouvelle Alliance nous permet de mieux comprendre la réalité de la présence de Jésus-Christ dans les textes de l’Ancienne Alliance.
Nous allons étudier 3 passages de l’Ancien Testament dans lesquels la présence de Jésus est merveilleusement discernable aujourd’hui.

1 – La création de l’univers
« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. … Dieu dit: Que la lumière soit … Dieu dit: Qu’il y ait une étendue entre les eaux, … Dieu dit: Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. … Dieu dit: Qu’il y ait des luminaires dans l’étendue du ciel, pour séparer le jour d’avec la nuit; … Dieu dit: Que les eaux produisent en abondance des animaux vivants, et que des oiseaux volent sur la terre … Dieu dit: Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce, du bétail, des reptiles et des animaux terrestres, selon leur espèce. … Puis Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, … »
(Genèse 1)
Ces versets, que nous trouvons dans le premier chapitre de la Genèse, sont expliqués par ceux du premier chapitre de l’Evangile de Jean: « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. … Et la Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. » (Jean 1:1-3; 14) Le Nouveau Testament (Jean) explique l’Ancien (Genèse). Chaque fois que Dieu parlait (Dieu dit: …), c’était Jésus qui était à l’œuvre, puisque Jésus est la parole de Dieu. Jésus-Christ était présent à la création de l’univers, Il est à l’origine de cette création et cette création est pour Lui. (Colossiens 1:16)

2 – La Sagesse
« [Moi, la sagesse,] j’ai été établie depuis l’éternité, dès le commencement, avant l’origine de la terre. … Lorsqu’Il [l’Eternel] disposa les cieux, j’étais là; lorsqu’Il traça un cercle à la surface de l’abîme, lorsqu’Il fixa les nuages en haut, et que les sources de l’abîme jaillirent avec force, lorsqu’Il donna une limite à la mer, pour que les eaux n’en franchissent pas les bords, lorsqu’Il posa les fondements de la terre, j’étais à l’œuvre auprès de Lui, et je faisais tous les jours Ses délices, jouant sans cesse en Sa présence, jouant sur le globe de Sa terre, et trouvant mon bonheur parmi les fils de l’homme. »
(Proverbes 8:23; 27-31)
Dans ce passage écrit par le roi Salomon, la Sagesse s’exprime comme une personne, et nous notons deux informations importantes qui nous sont données à son propos:
- la Sagesse fait tous les jours les délices de Dieu
- la Sagesse trouve son bonheur parmi les humains
Comment ne pas reconnaître en cette Sagesse personnifiée le Seigneur Jésus? Il faut lire l’ensemble du discours de la Sagesse (Proverbes 8:1 à 9:12) pour avoir une vision complète de la puissante révélation qui a été donnée à Salomon; il est même question du pain et du vin (9:5), c’est à dire du corps et du sang de Jésus!
Juste après, dans un court passage (Proverbes 9: 13-18), la folie, opposée à la sagesse, s’exprime à son tour; il est aisé d’y reconnaître la voix du diable.
3 – Abraham
« Alors l’ange de l’Eternel l’appela des cieux, et dit, Abraham! Abraham! Et il répondit: Me voici! L’ange dit: N’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes; et Abraham alla prendre le bélier, et l’offrit en holocauste à la place de son fils. »
(Genèse 22:11-13)
Vous connaissez bien ce récit qui montre la foi d’Abraham mise à l’épreuve et Abraham vainqueur de cette épreuve. Sa foi était tellement grande qu’il pensait que Dieu ressusciterait Isaac (lire Hébreux 11:17-19). Ce texte parle bien-sûr de Jésus. Abraham allait sacrifier son fils unique, et ces évènements prophétiques annonçaient le sacrifice du Fils unique de Dieu, qui allait arriver plusieurs siècles plus tard. Abraham n’a peut-être pas eu la même connaissance de Jésus-Christ que celle au bénéfice de laquelle nous sommes aujourd’hui, mais, on peut tout de même penser qu’Abraham a eu, dès ce moment, une révélation de la compréhension de l’évènement prophétique qu’il a vécu, et donc une révélation de Jésus. En effet, Jésus lui-même a déclaré: « Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour, et il l’a vu, et il s’est réjoui. » (Jean 8:56)
Nous avons donc présenté trois passages de l’Ancien Testament qui parlent de Jésus, mais en réalité ceux-ci sont innombrables. Nous voudrions vous encourager à lire l’Ancien Testament et à rechercher ces trésors cachés, les textes qui parlent de Jésus, alors que Celui-ci ne s’était pas encore montré dans le monde.

L’espérance dans l’épreuve (Rm 5,5; Ep 1,18-20) (fr. Jean Lévêque, ocd)

30 août, 2011

du site:

http://j.leveque-ocd.pagesperso-orange.fr/elpis.htm

L’espérance dans l’épreuve (Rm 5,5; Ep 1,18-20)

 Pour introduire la deuxième année préparatoire au grand Jubilé de la rédemption, année « spécialement consacrée à l’Esprit Saint et à sa présence sanctificatrice à l’intérieur de la communauté des disciples du Christ », le pape Jean-Paul II écrivait: « Il importera de redécouvrir l’Esprit comme Celui qui construit le Royaume au cours de l’histoire et prépare sa pleine manifestation en Jésus Christ, en animant les hommes de l’intérieur et en faisant croître dans la vie des hommes les germes du salut définitif qui adviendra à la fin des temps. Dans cette perspective eschatologique, les croyants seront appelés à redécouvrir la vertu théologale de l’espérance, dont ils ont ¢naguère entendu l’annonce dans la Parole de vérité, l’Évangile’ (Col 1,5) »( A l’approche du troisième millénaire, 44.46).
Pour mieux replacer le vécu de nos communautés sur cet axe d’un effort proposé à l’Église tout entière, méditons un court verset de saint Paul (Rm 5,5) qui unit étroitement les deux thèmes de l’Esprit et de l’espérance. 
Saint Paul commence (v.1-4) par nous resituer dans notre existence réelle de croyants: 

1          Ayant donc été justifiés par la foi,
            nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ;
2          par lui nous avons accès à cette grâce où nous sommes établis,          
                    et nous mettons notre fierté dans l’espérance de la gloire de Dieu.
3          Ce n’est pas tout: nous mettons aussi notre fierté dans les tribulations,
            sachant que la tribulation produit la constance,
4          la constance la vertu-éprouvée,
            la vertu-éprouvée l’espérance.                      
Ainsi déjà nous avons été justifiés: en réponse à notre foi, Dieu a fait de nous des justes, des croyants a-justés maintenant à son plan d’amour. Déjà nous sommes en paix avec Dieu, par notre Seigneur Jésus Christ: nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils (v.10). Déjà nous sommes établis dans la grâce, dans la faveur et l’amitié de Dieu; et déjà nous pouvons espérer la vie future, le salut final: nous sommes sauvés par la vie du Fils (v.10) et promis à la gloire de Dieu (v.2b).
Mais l’aujourd’hui du  chrétien et de la communauté est fait également de « tribulations », c’est-à-dire de détresses, d’afflictions, et d’épreuves apostoliques. Dans l’Ancien Testament, le mot thlipsis, traduit ici par « tribulation », « désigne surtout les tribulations du peuple et des hommes pieux. Ainsi, dans les Psaumes, il vise les malheurs du juste (Ps 37,19; 50,15). Dans le judaïsme, les détresses sont un signe de la fin des temps (l’ère messianique ne s’instaure qu’après les douleurs de l’enfantement), la tribulation doit encore venir. Pour les chrétiens, elle est venue, l’ère eschatologique est déjà là: dans le Nouveau Testament, et spécialement chez Paul, le mot jour un grand rôle. La condition des fidèles, et surtout des apôtres, est de connaître la tribulation (cf. Ac 11,19; 17,5s; 2 Co 1,4s; Ph 4,14). C’est même une condition à laquelle les missionnaires et les fidèles ne peuvent échapper (Jn 16,33; Ac 14,22; 1 Th 3,3). À la tribulation s’attache, dans le Nouveau Testament, une note eschatologique perceptible en plusieurs textes (Mt 24,9-28; Ap 1,9; 7,14). Paul veut dire (ici en Rm 5) que le croyant ne met son orgueil ni dans les détresses considérées en elles-mêmes, ni dans les efforts qu’il ferait pour les surmonter; il place toute son assurance dans la grâce de Dieu qui se déploie précisément dans la faiblesse de l’homme (2 Co 12,9s) » (TOB 461c). 
Notre espérance de la gloire de Dieu est donc à vivre dans la tribulation. Mais nous ne sommes pas sans appui: parce que nous sommes justifiés, réconciliés, admis à la gloire de Dieu, nous avons droit à une vraie fierté, dont saint Paul parle à trois reprises dans ce passage de Rm 5:
- au verset 11, il s’agira de notre « fierté en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ »;
- au verset 2b, Paul se montre plus précis, et parle de « notre fierté dans l’espérance de la gloire de Dieu ». C’est la fierté qui regarde l’avenir.
- au verset 3a, l’expression est paradoxale: il s’agit de notre fierté dans les tribulations. C’est la fierté pour aujourd’hui.
Dans la pensée de Paul, c’est donc bien notre fierté en Dieu qui doit demeurer au milieu des tribulations. Nous ne pouvons être fiers de nous, car par nous-mêmes, nous sommes « sans force » (v.6) pour assumer les détresses; mais nous nous appuyons sur la grâce et la faveur de Dieu, sur sa puissance qui se déploiera dans notre faiblesse (2 Co 12,9s), sur l’espérance que Dieu donne et la certitude de rejoindre sa gloire.

Nous découvrons alors un chemin qui va de la tribulation à l’espérance. 
Notre foi, certes, se heurte à des contradictions, à des incompréhensions, à des handicaps. Le fossé se creuse parfois douloureusement entre ce que nous attendons et ce que nous devons affronter, entre ce que nous serons et notre condition actuelle. Mais selon Paul nous allons déjà de succès en succès. La première victoire du cro­yant, dans l’épreuve, sera la constance (hypomonè) : la force à souffrir, le courage pour tenir le choc; et la seconde sera une victoire sur l’usure, la dokimè, c’est-à-dire un test réussi dans la durée, une « vertu-éprouvée ». Et ces deux victoires au cœur de l’épreuve sont déjà la mise en œuvre de l’espérance, parce que tout au long de ce combat le croyant se voit contraint d’en appeler à la fidélité de Dieu. 
Ainsi, c’est la même espérance chrétienne qui attend de Dieu la gloire pour l’au-delà et qui oriente l’aujourd’hui vers Dieu qui promet et qui tient ses promesses. Nous touchons là l’un des paradoxes du salut dans le Christ: le salut final, sous sa forme eschatologique, demeure objet d’espérance (Rm 8,24), mais il est sans cesse anticipé dans l’aujourd’hui du chrétien justifié. Notre foi chrétienne anticipe la gloire; la gloire illumine pour nous la vie quotidienne.
Notre espérance n’est donc pas détruite, mais renforcée par la tribulation. Elle se traduit déjà, dans l’aujourd’hui, par la constance; elle se « teste » au long de notre vie concrète.
Cette espérance, courageuse et victorieuse, ne saurait tromper ni mener à l’échec. Elle ne nous laissera jamais devant Dieu sans assurance; nul n’aura jamais à en rougir.
Pourquoi ne peut-elle décevoir? La réponse de Paul est surprenante:
v.5  « parce que l’amour de Dieu a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ». 

L’amour a été versé et demeure versé (ekkechutai): c’est le résultat durable d’une action passée. Mais qu’est-ce que Paul entend ici par « l’amour de Dieu »?
On pourrait comprendre: l’amour que nous avons pour Dieu. En ce cas l’Esprit Saint nous donne d’aimer Dieu; il atteste en nous que notre amour pour Dieu n’est pas vain. Puisque nous pouvons aimer Dieu, cela nous garantit l’espérance que nous mettons en lui.
Mais là n’est pas le vrai sens. En réalité Paul veut dire: « l’amour que Dieu a pour nous a été répandu dans nos cœurs ». Cela est déjà vrai au niveau de l’expérience intime: l’Esprit Saint fait grandir en nous la certitude que nous sommes aimés de Dieu, et cela rend notre espérance plus assurée: cet amour que Dieu nous porte garantit la fidélité à ses promesses. Cependant la phrase de Paul se vérifie également à un niveau plus fondamental, celui de la présence directe de l’Esprit Saint, antérieurement à notre certitude et indépendamment de la conscience que nous en prenons. En nous donnant le Saint-Esprit, selon le dessein de son amour, Dieu déjà commence d’accom­plir sa promesse. En l’Esprit qui nous habite, nous tenons déjà l’objet de notre espérance autant qu’il peut se faire ici-bas, et nous anticipons la possession de la gloire. En l’Esprit qui nous a été donné, notre espérance est déjà certaine; l’Esprit Saint garantit lui-même en nous l’amour que Dieu nous porte et la promesse qu’il nous fait. 
L’Esprit Saint est donc un acompte sur la vie éternelle, comme Paul le dira en Ep 1,14: « Vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit promis, l’Esprit Saint, ces arrhes de notre héritage ».
Notre raison d’espérer, c’est que le Dieu d’amour agit déjà en nous par son Esprit; et à l’amour de Dieu, ainsi attesté et garanti par la présence active de l’Esprit Saint, « rien ne pourra jamais nous arracher » (Rm 8,35.39). 
Cet amour que Dieu nous porte, l’Esprit Saint l’a versé « dans notre cœur ». 
Le cœur (hb: leb; grec: kardia) est le terme le plus riche et le plus souple dont disposent l’Ancien Testament et l’ensemble de la Bible pour décrire l’intériorité de l’homme et spécialement du croyant. Le cœur se présente comme le concept le plus synthétique pour désigner le sujet de l’expérience spirituelle, et celui qui met le mieux en relief la prédominance de la volonté dans la psychologie biblique. À la fois conscience et mémoire, intuition et énergie, force de permanence et tension vers le but, à la fois réceptif, puisqu’il est le point de résonance de tous les affects, et créatif, puisqu’en lui les impressions et les idées se muent en décisions et en projets, le cœur est le tout de l’homme intérieur et le lieu privilégié du risque de la foi. 
L’amour de Dieu pour nous saisit donc l’homme au plus intime de son être, au plus profond de son intelligen­ce, de sa volonté et de son affectivité, en ce centre qui n’est accessible qu’à Dieu et son Esprit (Rm 8,27). Dès lors cette agapè que Dieu nous porte va être pour nous objet de connaissance, d’expérience intérieure, d’attachement volontaire; et c’est toujours à cet amour de Dieu qu’il nous faut revenir pour trouver de nouveau, en pleine tribulation, la racine et la garantie de notre espérance, ainsi que nos raisons d’avancer vers la gloire promise.

Ces intuitions pauliniennes peuvent enrichir et illuminer comme de l’intérieur nos réflexions touchant le présent et l’avenir de  nos communautés. 

1.    Il n’y a pas d’espérance véritable qui ne pointe, en définitive, vers la gloire de Dieu que nous aurons en partage. Toute espérance pour la prière, la mission ou la vie quotidienne de nos communautés est à replacer fidèlement sur l’horizon de la gloire, car cette gloire est le projet ultime de Dieu pour tous les hommes. L’horizon de la gloire, c’est celui que scrutent tous les croyants; et notre espérance carmélitaine n’est jamais séparable de l’espérance du Corps du Christ tout entier. « Nous mettons notre fierté dans l’espérance de la gloire de Dieu ». 
2.    Les tribulations de nos communautés non seulement trouvent leur sens face à l’horizon de la gloire, mais sont très concrètement, pour nous, une invitation à l’espérance. Les épreuves appellent une confiance mise en Dieu seul. Chacune de nos détresses devient un point d’impact de la puissance de Dieu, qui se déploie dans notre faiblesse. « Nous mettons notre fierté également dans les tribulations ». 
3.    L’espérance de la gloire, loin de démobiliser les communautés, ranime les forces de chaque sœur pour préparer et hâter l’avènement définitif du Règne de Dieu; et cela prend place au quotidien dans le cœur de chacune et dans la communauté porteuse du charisme thérésien. L’Esprit Saint, animant de l’intérieur chaque sœur et chaque communauté, fait croître jour après jour « les germes du salut définitif qui adviendra à la fin des temps ». 
4.    Nous avons à réagir, personnellement et communautairement, contre les impressions négatives d’échec, d’illusion ou de déception. « L’espérance ne déçoit pas », elle ne trompe pas, ne débouche pas sur la tristesse ou sur la démission. Il nous faut donc consentir cette ascèse de la mémoire que saint Jean de la Croix met en rapport avec l’espérance, afin de ne rien laisser entrer en nous et dans l’espace communautaire qui puisse entamer la joie de servir et de louer. « Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, montera la garde à l’entrée de nos cœurs et de nos pensées dans le Christ Jésus » (Ph 4,7).
5.    Pour revenir à des perspectives d’espérance, pour replacer tout notre vécu et tous nos projets sur l’horizon de la victoire et de la réussite de Dieu, il faut nous offrir à l’action de l’Esprit qui verse dans nos cœurs l’amour que Dieu nous porte en Jésus Christ. Toutes nos initiatives de dialogue et de charité constructive rejoindront alors l’amour de Dieu en acte dans nos vies et dans nos communautés. Et l’Esprit Saint sera lui-même le garant de notre espérance communautaire comme il est déjà le lien vivant entre les sœurs.

² Partons maintenant, pour compléter notre méditation, d’un deuxième texte paulinien, l’épître aux Éphésiens 1,17-19.
« Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donner un esprit de sagesse et de révélation qui vus le fasse vraiment connaître! Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel » (littéralement: « quelle est l’espérance de votre appel, l’espérance liée à votre appel »), quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force ».
Cette insistance sur une pénétration personnelle dans le mystère de Dieu est typique des dernières épîtres de Paul. Au début de son ministère, dans ses grandes épîtres, il réclamait de ses disciples la foi; mais cette foi était, à ses yeux, un engagement global de la personne envers le Christ. Dans les épîtres de la captivité, Paul se soucie davantage de la compréhension toujours nouvelle que chaque disciple doit avoir de Dieu et de son œuvre de salut; et cette entrée dans le mystère et le projet de Dieu se réalise grâce à une révélation: le Père de a gloire illumine lui-même les yeux de notre cœur.                                                                                                                                 

² Partons maintenant, pour compléter notre méditation, d’un deuxième texte paulinien:

l’épître aux Ephésiens 1,18s.
« Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la Gloire, vous donner un esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître! Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel » (littéralement: « quelle est l’espérance de votre appel, l’espérance liée à votre appel »), quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force ».
Cette insistance sur une pénétration personnelle dans le mystère de Dieu est typique des dernières épîtres de Paul. Au début de son ministère, dans ses grandes épîtres, il réclamait de ses disciples la foi; mais cette foi était, à ses yeux, un engagement global de la personne envers le Christ. Dans les épîtres de la captivité, Paul se soucie davantage de la compréhen-sion toujours nouvelle que chaque disciple doit avoir de Dieu et de son œuvre de salut; et cette entrée dans le mystère et le projet de Dieu se réalise grâce à une révélation: le Père de la gloire illumine lui-même les yeux de notre cœur.
Le Dieu qui a dit au début du monde: « Que du sein des ténèbres brille la lumière » est celui qui a brillé dans nos cœurs, expliquait Paul en 2 Co 4,6; et cette lumière de Dieu en nous révèle « la gloire de Dieu qui est sur la face du Christ ». D’après notre texte d’Ephésiens 1,18s, cette même lumière de Dieu qui illumine les yeux de notre cœur nous découvre trois choses:

- l’espérance qui nous est offerte,
- les trésors de gloire qui nous attendent,
- la puissance que Dieu a déployée en la personne du Christ.

Et les trois sont liées: l’objet à espérer, ce sont les trésors de gloire, et ces trésors de gloire nous viennent par la vigueur de la force de Dieu qui a ressuscité le Christ d’entre les morts.
Touchant l’espérance au quotidien, il faut souligner le lien que Paul établit entre l’espérance et l’appel du Seigneur. Quand les yeux de notre cœur sont illuminés, nous découvrons « quelle est l’espérance de notre appel », et donc qu’une espérance vivante s’enracine dans notre vocation, que l’espérance nous renvoie toujours à notre vocation, et que notre vocation nous ren-voie toujours à l’espérance.
Ailleurs, dans le texte majeur de Rm 5,5, Paul affirmait à l’instant: « L’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs  par le Saint-Esprit qui nous a été donné ».
Ces textes de Paul, en prise directe sur le mystère de la vie chrétienne éclairent à la fois notre espérance personnelle et notre espérance ecclésiale ou communautaire.
Au niveau personnel, chacun est habité par un grand nombre d’espoirs à court et moyen termes: l’espoir de réussir telle tâche, de se voir confier telle réalisation, l’espoir d’occuper telle place dans l’estime ou l’affection des autres, ou de faire reconnaître ou prévaloir des convictions très chères. Mais ces espoirs sont souvent déçus, contrariés par les circonstances, gênés ou réduits à néant par les projets des autres.
L’espérance, elle, n’amène jamais de déception,
-  parce qu’elle ne vise pas la réalisation d’un projet humain, mais l’accomplissement du projet de Dieu sur l’homme: la gloire, et pas moins que la gloire;
    – parce qu’elle s’appuie, non pas sur les forces ou l’habileté des hommes, mais sur la puissance de Dieu, celle qu’il a déployée et qu’il déploie sans cesse en Jésus Christ,
     -  parce qu’elle grandit en nous en même temps que l’amour et accompagne la présence de l’Esprit,
     -   parce qu’elle s’enracine en nous aussi profond que l’appel reçu de Dieu, celui du baptême et celui du Carmel.
D’où vient, alors, que nous nous lassons d’espérer? Souvent, c’est parce que nous nous trompons d’espérance: nous espérons parce que nous avons des raisons humaines de faire confiance à l’avenir: nous voyons déjà des chemins, des moyens, des assurances. Mais « voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer » (Rm 8,24). La véritable espérance est espérance en Dieu, en la force et en l’amour du Dieu fidèle. Espérer, c’est « attendre avec constance » ce qui viendra de Dieu, même si Dieu le fait advenir à travers nos efforts de pensée et d’ac­tion.
Quand nous sommes déroutés, déçus ou désabusés, c’est souvent que notre espérance n’est plus de niveau avec notre foi et notre amour, et qu’elle est retombée au niveau de l’espoir. Ce n’est plus alors l’espérance « ouverte par notre appel », ce ne sont plus « les yeux illuminés du cœur  » qui regardent l’avenir, ce n’est plus « la vigueur de la force de Dieu  » que nous laissons agir, et notre cœur guette d’autres richesses que « les trésors de gloire » enclos dans l’héritage de Dieu.
Le jour où, avec une joie venue d’en haut, nous avons répondu à l’appel, nous avons fait nôtre le projet de Dieu sur le monde, nous avons pris résolument la route de la gloire, qui ici-bas est la route de l’amour, et ce jour-là est née au creux de nous-mêmes une espérance très forte et très douce, celle-là même que Jésus nous propose de nouveau à chacune de nos conversions, à chacun de nos fiat, quand il vient « illuminer les yeux de notre cœur ».
En ce tournant du IIIème millénaire, nos communautés, comme l’Église tout entière, sont acculées à l’es­pérance. L’ampleur des problèmes est telle, si grand est le déséquilibre entre les besoins de l’évangélisation planétaire et les moyens disponibles, en hommes et en savoir, en techniques et en argent, que nous sommes contraints de nous tourner vers le Père de la gloire et vers « la puissance qu’il veut déployer en la personne du Christ ».
La rareté des vocations, qui touche de plein fouet tous nos diocèses, désécurise aussi nos monastères, et l’unique appui que nous ayons pour notre espérance est la consigne de Jésus: « Priez le maître de la moisson ». Dans beaucoup de secteurs d’activité ou de rayonnement, les communautés doivent restreindre les dispositifs et demander davantage encore à des moniales surchargées, et l’insécurité d’une grande partie du monde actuel s’insinue dans les cloîtres et dans les cœurs.
Mais les communautés, spécialement les communautés de contemplatives, doivent être exemplaires dans cette insécurité comme elles le sont pour la prière: elles doivent se situer résolument et joyeusement aux avant-postes de l’espérance. Plus que jamais, face aux mutations rapides de notre monde, les communautés doivent chanter l’espérance, célébrer l’espérance, offrir à Dieu, en même temps que le sacrifice de louange, l’holocauste de l’espérance. Cela passe, bien sûr, par l’attitude théologale de chacune, par une ascèse de la mémoire qui refuse les ruminations moroses, par une fidélité sans cesse renouvelée à la joie de Jésus, par le refus de s’installer ou d’alourdir la marche des autres. Mais le réflexe d’espérance doit marquer tout aussi profondément la dynamique communautaire, les tentatives de concertation, de planification, les efforts d’ouverture au réel et de conversion des cœurs.
Tous les grands moments de la vie communautaire doivent être des moments d’espérance où les sœurs s’ouvrent ensemble à la gloire en authentifiant leur chemin d’amour fraternel, où elles laissent Dieu illuminer les yeux de leur cœur, où elles s’offrent ensemble à la puissance du Ressuscité pour construire ensemble un temple spirituel, une maison de prière accueillante au monde que Dieu aime.
Les grandes fêtes liturgiques, les temps de retraite, les célébrations carmélitaines sont autant de jalons précieux pour une communauté qui se veut, au cœur de l’Église, croyante, aimante et espérante. Mais chaque sursaut de courage, dans le quotidien de la  communauté,  peut et doit constituer un grand moment d’espérance.
Une espérance enracinée dans une action de grâces, car ce que vous avez déjà réalisé ensemble, grâce à l’amour que l’Esprit a répandu dans vos cœurs  a du prix aux yeux de Dieu, même si vous l’avez vécu pauvrement, avec un mélange de joies et de souffrances. C’est l’espérance qui vous a réunies; c’est l’espérance qui vous tiendra unies, en vous appelant à vous dépasser toutes. Ne cédez pas à la lassitude, ne regrettez pas d’avoir choisi l’Exode; ne laissez aucun accès à la tristesse, car Dieu aime celles qui donnent avec joie.
Cet acte d’espérance, même à votre insu, trouvera son écho dans tout l’Ordre. Tous les monastères ne sont pas appelés à vivre les mêmes sacrifices, mais tous sont conviés à une confiance courageuse devant l’avenir, et tous sont concernés directement par ce qui se vit et se cherche dans les communautés amies.
Pour chacune de vous, l’espérance s’enracine dans la rencontre de Jésus. A chacune il a parlé au cœur, à chacune il a montré le chemin de sa gloire, avec chacune il a fait alliance. Vous lui avez répondu avec le meilleur de vous-mêmes, ce meilleur qui n’apparaît pas toujours au regard des compagnes, mais qui reste gravé dans la mémoire du Seigneur. Pour mieux vivre l’Évangile, vous avez mis en commun votre amour de Jésus, vous avez noué en gerbe tous vos désirs missionnaires: continuez à marcher « sans vous laisser détourner de l’espérance », « toujours prêtes à rendre raison de l’espérance qui est en vous » et qui a grandi encore à la faveur de votre projet fraternel.
Au jour de votre engagement, vous avez fait un grand acte de confiance, qui portait la marque de l’Esprit de Dieu, et c’est ce même Esprit Saint qui continue à vivifier votre recherche commune, car lui seul peut vous donner force et lumière pour accueillir et être accueillie. La part qui vous revient, c’est de garder les réflexes spirituels des premiers jours. Il vous faut gar-der un cœur de pauvre, ouvert à la lumière qui vient de Dieu, au désir de Dieu, au plaisir de Dieu; il vous faut garder les mains ouvertes, pour recevoir le don de Dieu et pour donner, au nom de Jésus, le sourire, la paix et la joie; il vous faut chaque jour « choisir la vie » (Dt 30,19), choisir l’Exode et le passage pascal avec Jésus.
Vous poursuivez ensemble votre marche vers les eaux du salut, sur une route que chaque jour l’Esprit Saint vient ouvrir. Inlassablement vous tournez votre regard vers l’horizon de l’espérance, et vous vous aidez les unes les autres à mettre en Dieu toute votre assurance. Faites ensemble au Seigneur une totale confiance, pour aujourd’hui et pour demain, et remettez en-semble le passé à sa miséricorde, car chacune de vous, dans ce passé commun, a mis déjà beaucoup d’amour.
« Quel que soit le point déjà atteint, écrivait saint Paul, marchons toujours dans la même ligne » (Ph 3,16). C’est cette route de l’humilité, de la confiance, qu’il vous faut suivre ensemble, à l’exemple des saints et des saintes de votre Ordre.
« Réjouissez-vous dans le Seigneur, oui, réjouissez-vous. Que votre bienveillance rayonne et soit connue de tous. Le Seigneur est proche. N’entretenez aucun souci; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs  et vos pensées, dans le Christ Jésus » (Ph 4,4-7).

fr. Jean Lévêque, ocd                                     

PREMIERE LECTURE – Isaïe 55, 1-3 (commentaires de Marie Noëlle Thabut)

3 août, 2011

du site:

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut-p.html

Dimanche 31 juillet 2011: commentaires de Marie Noëlle Thabut

PREMIERE LECTURE – Isaïe 55, 1-3

1 Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau !
 Même si vous n’avez pas d’argent,
 venez acheter et consommer,
 venez acheter du vin et du lait
 sans argent et sans rien payer.
2 Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas,
 vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ?
 Ecoutez-moi donc : mangez de bonnes choses,
 régalez-vous de viandes savoureuses !
 3 Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Ecoutez et vous vivrez.
 Je ferai avec vous une alliance éternelle,
 qui confirmera ma bienveillance envers David.

Voici la fin du deuxième livre d’Isaïe, tout entier tourné vers la fin de l’Exil et le retour vers le pays de la promesse : d’où le titre général de ce « livre de la consolation d’Israël » ; le chapitre 54 réitérait l’annonce du retour tant attendu ; le chapitre 55, le nôtre, précise bien dans quel esprit on doit rentrer. Rien de neuf donc dans tout cela, mais la répétition des thèmes majeurs de l’Alliance qu’on n’aurait jamais dû oublier, et qu’il est urgent d’assimiler si l’on ne veut pas revivre les mêmes cruelles expériences : quatre thèmes majeurs : je les prends dans l’ordre de notre texte :

 Premier thème, la gratuité des dons de Dieu « venez acheter sans rien payer »,
 Deuxième thème, la lutte contre l’idolâtrie,
 Troisième thème, l’écoute (ou la confiance, c’est la même chose) : « Prêtez l’oreille, venez à moi, écoutez et vous vivrez. »
 Quatrième thème : la fidélité de Dieu à son Alliance « Je ferai avec vous une alliance éternelle qui confirmera ma bienveillance envers David ».

 Le plus difficile à entendre, peut-être, pour nos oreilles humaines, c’est le premier thème, la gratuité des dons de Dieu, or c’est précisément l’insistance majeure de ce chapitre 55. Nous nous obstinons toujours à parler de mérites et de dignité à regagner pour paraître devant Dieu, alors que le propre de la miséricorde est d’aimer se pencher sur les petits et les pécheurs. Dans les versets suivants, Isaïe force encore le trait, il insiste : « Car vos pensées ne sont pas mes pensées, dit Dieu… »
 Combien de fois les philosophes ont-ils reproché aux religions d’inventer un Dieu à notre image! C’est Voltaire qui disait : « Dieu a fait l’homme à son image et l’homme le lui a bien rendu ». Et il avait raison en ce qui concerne les autres religions : c’est-à-dire que, spontanément (sans la Révélation biblique), nous imaginons un Dieu qui nous ressemble curieusement, qui éprouve les mêmes sentiments que nous : nous parlons de son amour, de sa justice, de sa colère, de son pardon sur le modèle de ce que nous vivons ; un amour limité et exclusif… une justice en forme de balance… une colère faite de frustration et de ressentiment… un pardon mesuré et conditionnel …
 Et même pour nous, les héritiers de la Bible, qui avons des siècles de Révélation derrière nous, si j’ose dire, ce n’est pas encore acquis. Et les paroles du deuxième livre d’Isaïe ne sont pas de trop pour nous le redire. Les images qu’il emploie sont celles de l’opulence : « Mangez de bonnes choses, régalez-vous de viandes savoureuses ! » N’oublions pas qu’elles sont adressées à des exilés réduits aux travaux forcés à Babylone, pour qui des images de banquets ressemblent à des rêves irréalisables. Et cette profusion de bonnes choses est totalement gratuite, ce qui est plus invraisemblable encore, à vues humaines : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer. » Voilà les images que le prophète a choisies pour faire comprendre à ses contemporains la générosité du Dieu d’Israël. Si j’osais, je dirais « Au supermarché de Dieu, tout est toujours gratuit » !
 Généralement, quand on tient ce genre de propos, il se trouve toujours quelqu’un pour dire « si nous n’avons pas besoin de gagner des mérites, alors nous allons nous conduire n’importe comment … » Je ne le crois pas du tout ; le jour où nous serons vraiment convaincus, et donc éblouis de l’amour de Dieu, alors notre coeur changera et nous commencerons à lui ressembler : le feu prendra et nous entrerons petit à petit dans le registre de la gratuité.
 Notre Eglise a une tâche redoutable, il me semble : elle est une institution humaine, elle vit dans une société bâtie sur le commerce plus que sur le service ; et c’est au coeur même de cette société qu’elle doit faire germer le royaume de la gratuité. Il nous est interdit au nom de l’évangile et même au nom des prophètes de l’Ancien Testament de nous comporter comme une entreprise… Chaque fois que nous quittons le registre de la gratuité dans nos paroles ou dans nos actes, nous sommes loin des chemins de Dieu, pour reprendre le vocabulaire d’Isaïe. Notre mission de baptisés, c’est de témoigner au milieu des hommes non pas d’un AILLEURS, mais d’un AUTREMENT.
 Le deuxième thème, à peine esquissé, mais bien présent, c’est la lutte contre l’idolâtrie : « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? » C’est-à-dire : ne cherchez pas ailleurs de faux bonheurs. On sait que la tentation d’idolâtrie n’était pas morte encore chez les exilés : pour la bonne raison que les dieux de leurs vainqueurs semblaient plus efficaces ! Cette deuxième partie du livre d’Isaïe, qui renferme les prédications du temps de l’Exil lutte vigoureusement contre cette tentation sans cesse renaissante. Dieu seul détient les clés de notre bonheur et de notre liberté et, avec lui, tout est donné. Il suffit de lui faire confiance.
 Et c’est le troisième thème : « Prêtez l’oreille, venez à moi, écoutez et vous vivrez. » Nous qui prêtons l’oreille si volontiers à tant de publicités commerciales, (c’est-à-dire intéressées, dictées par le souci du profit), comment se fait-il que cette publicité-là, celle d’Isaïe, au nom de Dieu, frappée au coin de la gratuité ne nous « accroche » pas plus, si j’ose dire. Justement peut-être parce qu’il s’agit de gratuité et que cela nous est étranger. Le chemin de la gratuité est bien au-dessus de nos chemins de calcul et de donnant-donnant. Pourquoi ne pas admettre une fois pour toutes que nous sommes sans argent (je veux dire sans titres à faire valoir) devant Dieu et qu’il n’attend de nous qu’un coeur offert, une « oreille ouverte », comme dit la Bible. « Ecoutez, c’est-à-dire faites-moi confiance, attachez-vous à moi et vous vivrez », dit Isaïe.
 Enfin, le quatrième thème de ce texte, et bien dans la ligne des deux autres, c’est la fidélité de Dieu à son Alliance « Je ferai avec vous une alliance éternelle qui confirmera ma bienveillance envers David ». C’est encore l’une des grandes lignes de force des prédications du deuxième Isaïe : exilés, on craignait d’être abandonnés de Dieu à tout jamais. On avait tant de fois manqué aux commandements dans le passé, Dieu ne s’était-il pas lassé de son peuple ? Non, bien sûr. Puisque son amour est totalement gratuit et sans conditions, le début de ce texte nous l’a rappelé, il ne remet jamais en cause son Alliance. Au contraire, il la renouvelle à chaque instant : l’allusion à David confirme l’enracinement lointain et la durée indéfectible de cette Alliance.
 C’est un rappel des promesses faites jadis à David par le prophète Natan (2 S 7). Depuis ces lointains débuts de la royauté en Israël, on sait que sa dynastie fera naître un jour celui qu’on appelle le Messie et qui apportera définitivement la liberté et la paix à son peuple. Pendant l’Exil à Babylone, ces lointaines promesses pourraient paraître caduques, raison de plus pour que le prophète les rappelle.  

Les parfums du sanctuaire

27 juillet, 2011

du site:

http://jesus-mon-sauveur.forum-actif.net/t1061-les-parfums-dans-l-ancien-testament

Les parfums du sanctuaire

source : bibliquest.org

Le parfum du nom de Jésus est merveilleux ; il est une odeur de vie pour ceux qui sont pour la vie. Il peut être comme un encens qui brûle dans le lieu saint sur un autel d’or ; sa fumée peut s’échapper d’un encensoir d’or.
Il peut être une huile odoriférante répandue sur le sanctuaire et sur les adorateurs : il est toujours un parfum composé selon l’art du parfumeur. C’est ce parfum qui monte sans cesse dans les narines de notre Dieu comme une odeur agréable, et qui réjouit aussi nos cœurs lorsque nous nous approchons de Celui dont le nom est un parfum répandu, ou lorsque nous entrons, par la foi, dans le sanctuaire.
Dieu veuille que nous connaissions mieux les glorieuses réalités que les divers parfums mentionnés dans les Écritures nous dévoilent, afin que nous répandions en tous lieux la bonne odeur de Christ et que, comme de vrais sacrificateurs, nous fassions sans cesse monter devant Dieu le parfum de ce nom qui réjouit son cœur. C’est ce qui nous engage à publier ces lignes et à attirer l’attention des saints sur la signification des divers parfums.
Notre désir, en le faisant, est d’occuper les cœurs de l’excellence de Celui qui remplit les cieux et la terre de sa gloire. Ne négligeons pas la lecture et la méditation des choses contenues dans l’ancienne dispensation, nous en éprouverions une perte. Il est évident que de grandes difficultés se présentent lorsque nous désirons entrer dans ces choses, et que ces difficultés en ont arrêté plusieurs.
Il y a aussi un autre danger qui nous guette en voulant pénétrer dans ces glorieux mystères. C’est celui d’y mettre quelque chose de nos propres pensées ou ce qui vient de la sagesse de l’homme. N’oublions pas que Dieu cache ces choses aux sages et aux intelligents, mais qu’il les révèle aux petits enfants.
Souvent il a été dit et répété que la Parole s’interprète elle-même et que c’est en elle qu’il faut chercher la réponse aux questions qui se posent en la lisant. Nous pourrions ajouter que si Dieu se sert d’une image pour nous faire comprendre ses pensées, nous avons à considérer l’objet dont cette image nous parle pour nous instruire. Par exemple : un agneau immolé, ou une brebis tondue, pour ne citer que ces deux exemples parmi la multitude des images dont la Parole est remplie. Que le Seigneur veuille user de miséricorde envers nous et nous garder dans ses pensées.
Les parfums dont nous parlent les Écritures sont au nombre de douze. En faire une étude détaillée dépasserait de beaucoup la place dont nous disposons dans les colonnes de notre petite publication. Du reste, dans ces choses, nous sommes en présence de l’infini comme dans tout ce qui est de Dieu ; nous nous bornerons à donner quelques renseignements qui pourront aider les saints à mieux comprendre ce que sont ces parfums, et répondront à plusieurs demandes qui nous ont été faites à ce sujet.
Tous les parfums, sans exception, nous parlent de Christ : de ce qu’il est pour Dieu et aussi pour le cœur de ceux pour lesquels il est une odeur de vie pour la vie.

Romains 8, 18-27 : La Création en attente

16 juillet, 2011

du site:

http://www.taize.fr/fr_article170.html?date=2008-03-01

Romains 8, 18-27 : La Création en attente

J’estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous. Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise à la vanité, non de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise, avec l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière gémit et souffre les douleurs de l’enfantement. Et ce n’est pas elle seulement ; mais nous aussi, qui avons les prémices de l’Esprit, nous aussi nous gémissons en nous-mêmes, en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps. Car c’est en espérance que nous sommes sauvés. Or, l’espérance qu’on voit n’est plus espérance : ce qu’on voit, peut-on l’espérer encore ? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance.
De même aussi l’Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ; et celui qui sonde les coeurs connaît quelle est la pensée de l’Esprit, parce que c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints. (Romains 8, 18-27)

Dans ce texte, saint Paul nous dépeint une image de la création en attente de sa libération : elle est en train de « gémir ». Cette description d’un univers blessé, entravé dans son fonctionnement, semble bien rejoindre la réalité du monde tel que nous le connaissons : que de misères et d’injustices, de désirs inassouvis, de richesses gaspillées, de fausses pistes…
Mais le message de l’apôtre va bien au-delà de la simple constatation d’une situation malheureuse. C’est en fait une bonne nouvelle, car l’aspiration de la création est décrite en termes de douleurs d’enfantement. Pour ceux qui savent déchiffrer le langage de Dieu, les gémissements sont porteurs d’espérance.
Plus important encore, ce texte nous renseigne sur la place des croyants dans cet univers, de ceux qui vivent de l’Esprit de Dieu. Loin de les sortir d’un monde marqué par l’insatisfaction, la présence en eux de l’Esprit les fait vivre davantage en solidarité avec le reste du créé. Leurs soupirs, la voix de l’Esprit en eux, se confond avec ceux de la création en attente. Plus encore, ces gémissements sont prière, l’expression d’un dialogue à l’intérieur même de Dieu. Dès lors, pourquoi s’inquiéter de ne pas savoir prier convenablement ? Par son Fils et son Esprit, Dieu s’est identifié avec sa création à un point tel que le cri du cœur meurtri de la créature se transforme en moteur de sa libération. Nos pauvres balbutiements deviennent le langage de Dieu. Notre soif de plénitude traduit une espérance authentique, qui ne peut être déçue (Romains 5, 5).
 Est-ce que l’espérance joue un rôle dans ma vie ? Quelles réalités me permettant d’espérer est-ce que je vois autour de moi ?

 Dans quelle mesure ma foi me rend plus solidaire des souffrances de la famille humaine, des « gémissements de la création » ?

 En quoi les paroles de saint Paul à la fin du texte m’aident à comprendre la prière chrétienne ?

Ougarit, patrie de l’alphabet

8 juillet, 2011

du site:

http://v.i.v.free.fr/pvkto/nv-kto-27-10-2004.html

Ougarit, patrie de l’alphabet

Source : La Croix

27-10-2004

Le Musée des beaux-arts de Lyon organise la première grande exposition sur le royaume cananéen d’Ougarit, inventeur du premier alphabet

Bien sûr, il y a «Pharaon», que présente actuellement l’Institut du monde arabe à Paris. «Pharaon» ou la puissance évocatrice d’une civilisation devenue une intarissable machine à rêves. Moins spectaculaire, sans doute, l’exposition de Lyon ne mérite pas moins d’attention. Davantage, peut-être, puisque, pour la première fois au monde, le royaume d’Ougarit, peu connu du grand public et cependant contemporain de l’Égypte pharaonique (1 300 av. J.-C.), révèle, en une exceptionnelle monographie, ses mystères et ses richesses. Et parmi elles, une invention de taille : le premier alphabet de l’humanité. Un abécédaire d’une trentaine de lettres, très proche de l’arabe classique, d’où dérivent, par l’intermédiaire du phénicien, les alphabets grec puis latin.
L’histoire contemporaine d’Ougarit commence en 1929 par le coup de pioche d’un paysan qui met au jour une tombe datant de la fin de l’âge de bronze ; nous sommes dans la baie de Minet El-Beida, non loin de la ville de Lataqié, capitale du pays alaouite, située en bord de mer, au nord du pays. Au pied d’une chaîne de montagnes, la plaine côtière qui s’étire jusqu’à la frontière avec la Turquie, est l’unique et courte bande d’accès à la mer de la Syrie.
Elle est aussi l’un des endroits les plus fertiles du pays ; et si la riche forêt antique aux essences rares a pratiquement disparu, les champs d’oliviers, les orangeraies et les cultures maraîchères témoignent aujourd’hui d’une luxuriance propre aux régions méditerranéennes lorsqu’elles sont irriguées. Le site, somptueux, stratégiquement sensible depuis des millénaires (il est au carrefour des influences égyptiennes, mésopotamiennes et hittites) est aussi propice à l’homme qui s’y est installé voici plus de 8 000 ans et ne l’a jamais quitté.
Lors de la découverte de la tombe, la Syrie est sous protectorat français. Le gouverneur y dépêche un archéologue, Claude Schaeffer, qui prend la responsabilité du chantier jusqu’en 1949. Celui-ci décide de fouiller un tell (une colline artificielle) de 28 mètres de haut et de 27 hectares, situé à un kilomètre à l’intérieur des terres. Ce tell de Ras Shamra (la colline au fenouil) se révèle d’une prodigalité inouïe : dans ce qui fut la capitale du royaume, les archéologues découvrent un immense palais royal, des temples, des quartiers d’habitations dans un état de conservation souvent excellent ainsi que des tombes – généralement sous les maisons –, qui livrent leurs trésors de vaisselles, de bijoux, d’outils… et des plaquettes d’argile sur lesquelles fut gravé le premier alphabet. Une de ces découvertes essentielles qui mettent aussitôt en émoi la communauté des scientifiques.
Ces tablettes ont éclairé d’un jour nouveau les textes bibliques
Déchiffrée à l’orée du XIXe siècle, l’écriture cunéiforme des Sumériens (l’akkadien) est connue pour être la langue internationale du Levant antique ; support essentiel des échanges et de la communication, elle subit des transformations locales. Mais c’est à Ougarit qu’elle bénéficia de l’invention la plus originale : les scribes ougaritains mirent au point un nouveau système d’écriture, lequel, sur la base d’un alphabet de 30 lettres, permet de rédiger toutes sortes de textes, des récits mythologiques à la simple comptabilité marchande, en passant par la rédaction de contrats de location de navires…
Mais surtout, la découverte des tablettes d’argile d’Ougarit éclaira d’un jour nouveau les premiers textes bibliques. Pour décrypter ces tablettes cunéiformes rédigées en ougaritique, les épigraphes eurent recours à l’hébreu de la Bible. Et ce qu’ils traduisirent résonna d’un formidable écho… La proximité mythologique – les divinités d’Ougarit, en particulier Baal et El sont très présents dans la Bible – mais aussi, les affinités linguistiques et phraséologiques incontestables offrirent aux exégètes de nouvelles et passionnantes pistes d’étude.
C’est l’ensemble de ce patrimoine, remarquablement exploité depuis soixante-quinze ans par une mission devenue franco-syrienne en 1998, que le Musée des beaux-arts présente à travers 350 œuvres (dont 190 en provenance des musées de Damas, Alep, Lataquié et Tartous, les autres venant essentiellement du Louvre). La scénographie, sobre, suit une démarche thématique : le roi et son royaume, l’artisanat et le commerce, le culte et les croyances, la cité… Deux maquettes réalisées pour l’exposition, celle du temple de Baal et de la Maison aux tablettes littéraires, rendent plus sensible le niveau de sophistication de cette civilisation du Levant où la notion d’urbanisme et de bien commun apparaît déjà, en particulier à travers les systèmes élaborés de circulation d’eau.
L’essentiel, bien évidemment, réside dans la beauté des œuvres rassemblées et façonnées voici près de 4 000 ans. Ce bol en or repoussé, finement décoré de scènes de chasse et d’animaux chimériques ; cet étonnant joueur de cymbales sculpté dans un ivoire d’hippopotame ; ces délicates figurines en bronze ; cette stèle du dieu Baal doté de ses attributs protecteurs (Baal est le dieu des marins, des éleveurs et des paysans). La finesse d’exécution illustre le réel raffinement d’une culture fascinante par la variété des influences qui s’expriment : figurines égyptiennes, poteries mycéniennes, sculptures mésopotamiennes…
Peut-être les connaisseurs regretteront-ils l’absence de quelques pièces majeures de la civilisation d’Ougarit, en particulier cette inoubliable tête de prince en ivoire, restée à Damas en raison de sa trop grande fragilité. Mais la diversité est là, témoignant d’une société marchande polyglotte et cultivée. Le royaume d’Ougarit, qui disparaît mystérieusement au XIIe siècle av. J.-C. sous les coups des «peuples de la mer», sut intégrer les influences des puissants voisins en ayant la force d’être lui-même porteur d’une culture nouvelle. À l’heure d’une mondialisation rapide et redoutée, ce n’est pas le moindre des intérêts de cette exposition.

Geneviève WELCOMME, à Lataqié (Syrie) et Lyon

Aux origines de l’alphabet, le royaume d’Ougarit. Musée des beaux-arts de Lyon, jusqu’au 17 janvier 2005.
Rens. : 04.72.10.17.40.

Le Pentateuque, l’histoire et nous

4 juillet, 2011

du site:

http://www.bible-service.net/site/936.html

Le Pentateuque, l’histoire et nous

En reconnaissance de son enseignement à l’Institut catholique de Paris, de ses dix années de présence à la Commission biblique pontificale et de son travail pour la révision du Pentateuque de la TOB, ses pairs ont offert au professeur Jacques Briend dix-huit études réunies sous le titre L’identité dans l’Écriture (Le Cerf, 2009). La première s’intitule « La naissance du Pentateuque et la construction d’une identité en débat » (p. 21-43) ; elle est due à Thomas Römer, professeur à Lausanne et au Collège de France. Je voudrais ici la présenter et, ensuite, faire part de quelques réflexions.

Histoire d’un texte
Comment se représenter l’histoire du Pentateuque, la Torah des Juifs ? Quand, pourquoi et par qui a-t-il été écrit ?

Au commencement, c’est-à-dire au début du Ier millénaire avant notre ère, existaient deux petits États voisins, Juda et Israël, au milieu de plusieurs autres de taille semblable : les villes philistines au sud-ouest, les villes phéniciennes au nord, Ammon et Moab de l’autre côté du Jourdain. Ces deux petits royaumes, qui rendent un culte à Yahvé (le Seigneur) – peut-être pas à lui seul –, nous sont connus grâce à la Bible, mais aussi par les annales d’Assyrie et de Babylonie ainsi que par l’archéologie.
Les deux événements fondateurs qui vont déclencher tout un processus d’écriture et une prise de conscience identitaire, datent de 722 et de 587 av. J.-C., à savoir l’annexion du royaume d’Israël par l’empire assyrien et, plus tard, la destruction de Jérusalem par les Babyloniens. Il y avait deux issues possibles pour ceux qui les ont vécus : ou bien se soumettre et perdre leur identité en se fondant dans les empires vainqueurs ; ou bien réagir : qui sont-ils, ceux qui nous dominent ? Et nous, qui sommes-nous ?

La crise de 722
En 722, Israël (= le royaume du nord) a cessé d’exister. Mais des réfugiés emportent avec eux leur nom, leurs traditions et leurs questions dans le sud, à Jérusalem : la propagande assyrienne a-t-elle raison ? Leurs dieux sont-ils plus forts que notre Yahvé ? Profitant de l’affaiblissement de l’empire assyrien qui permet au royaume de Juda de retrouver une certaine autonomie, les conseillers du roi Josias (qui règne de 640 à 609) vont construire la nouvelle identité de Juda/Israël comme une contre-histoire opposée à l’idéologie assyrienne.
Par exemple, Moïse va être exalté comme un fondateur plus remarquable que le légendaire Sargon qui, tout bébé, aurait été déposé dans un fleuve et sauvé des eaux avant de devenir conquérant. Autre exemple : le pouvoir assyrien imposait aux peuples soumis des traités d’alliance très inégaux. Les scribes d’Israël vont rétorquer qu’ils ne connaissent pas d’autre alliance que celle imposée par Yahvé. En 672, le roi Assarhaddon disait à ses vassaux à propos de son fils et successeur : « Tu aimeras Assurbanipal, le grand prince héritier, fils d’Assarhaddon, roi d’Assyrie, comme toi-même. » En contraste, le commandement du Deutéronome résonne comme un défi : « Écoute, Israël ! Yahvé notre Dieu est Yahvé unique. Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur… » (Dt 6,4-5).
Ainsi s’affirme une identité. Qui sommes-nous ? Un petit peuple peut-être, mais qui avait déjà eu l’occasion d’affronter une puissance impériale, l’Égypte, qui avait été libéré grâce à un leader magnifique, Moïse, et qui avait conquis un domaine. Ce peuple n’a de comptes à rendre qu’à son Dieu ! Voilà, résumée à gros traits, la réponse de ce milieu qu’on appelle « deutéronomique » : à la force de l’Assyrie, on rêve d’opposer la force de Yahvé !
Dans les campagnes, les choses sont vues autrement. L’identité y est affaire de généalogie plus que de politique. Autour d’Hébron, on était « fils d’Abraham » ; plus au sud, on l’était d’Isaac et, dans le nord, de Jacob. Après 722, c’est peut-être « à l’encontre du centralisme jérusalémite des scribes de Josias et de la vision militariste de l’installation d’Israël dans son pays » (p. 29) qu’on rassemble quelques histoires sur Abraham. Là, « Yahvé promet et donne le pays à l’ancêtre et à sa descendance sans que ce don implique l’expulsion des autres peuples habitant dans le même pays » (ibid.). Les éventuelles querelles de voisinage se règlent à l’amiable, entre des groupes qui sont d’ailleurs souvent des « cousins ». Grâce à toutes les nuances des relations généalogiques, « la figure d’Abraham permet la construction d’une identité ouverte, en lien avec des groupes voisins » (p. 30).

La crise de 587
Avec la ruine de Jérusalem et l’exil des cadres du pays de Juda, toute la construction identitaire des scribes de Josias s’effondre. Plus de roi, ni de temple, ni de pays : Yahvé semble vaincu par le pouvoir babylonien.
D’autres scribes vont réagir en élaborant « une grande histoire qui raconte l’histoire d’Israël et de Juda depuis Moïse jusqu’à la destruction de Jérusalem » (p. 31). Leur but : montrer que la catastrophe n’est pas due à la faiblesse de Yahvé ; au contraire, il a montré sa force en se servant de Babylone pour sanctionner son peuple infidèle à l’alliance (cf. 2 R 24,20) ! Désormais, l’exil fait partie de l’identité israélite, avec la possibilité du culte dans les maisons (cf. Dt 6,9 : chaque maison est sacralisée), avec la place centrale accordée au livre de la Torah, avec aussi l’espoir d’un retour éventuel, car la sortie d’Égypte peut se répéter.
Mais l’importance du rôle joué par les exilés ne doit pas faire oublier que plus des trois quarts de la population sont restés sur place. Ces gens ne sont pas livrés à eux-mêmes car Babylone a chargé un haut fonctionnaire, Guedalias, de réorganiser le pays (Jr 40–41 ; 2 R 25,22-26) ; il fut assassiné, mais son administration n’a pas disparu. Le récit élaboré par les exilés ne les concerne pas : ils sont toujours chez eux, dans le pays d’Abraham et de sa descendance. La figure du patriarche ancêtre va alors acquérir une dimension nationale ; les histoires d’Abraham, d’Isaac et de Jacob vont être réunies par le thème de la filiation « pour souligner l’unité d’Israël et de Juda » (p. 34).
Là encore, deux modèles identitaires s’opposent : l’» exodique » et le généalogique.

À l’époque perse
Sans le travail de synthèse réalisé par les prêtres de Jérusalem après que le temple a été rebâti avec la permission des autorités perses (à partir de 520), il est probable qu’on ne parlerait plus de Moïse ni d’Abraham. Le milieu « sacerdotal » va articuler les récits patriarcaux et l’épopée de l’exode en inventant « l’idée d’une succession d’époques dans la révélation divine » (p. 35). De ce fait, elle met en place « un discours identitaire inclusif qui cherche à définir la place et le rôle d’Israël au milieu de tous les peuples » (p. 36). Il y a le temps des origines (d’Adam à Noé), celui des patriarches (Abraham et ses descendants) et celui de la révélation à Moïse. Sous des noms différents (Élohim, El-Shaddaï, Yahvé), c’est le même Dieu que l’humanité entière adore.
Dans leur synthèse, les prêtres donnent même à Abraham un profil « exodique » puisqu’ils le font sortir d’Our en Chaldée, annonçant de loin la sortie d’Égypte et le retour des exilés. « Le grand exploit du milieu sacerdotal est d’avoir pu penser ensemble deux types d’identité, et d’avoir pu donner à Israël une identité qui dit à la fois sa spécificité tout en rendant le peuple solidaire de l’ensemble de l’humanité » (p. 37).
Le Pentateuque est maintenant prêt pour la publication. Son élaboration est le fruit de l’alliance entre les prêtres du temple et le milieu « laïc » des scribes deutéronomistes, les uns et les autres étant réservés par rapport à une certaine mouvance prophétique qui rêve de restaurer la dynastie de David et l’indépendance politique (cf. la fin d’Isaïe, Aggée, Zacharie) ; ils acceptent de vivre dans le cadre tolérant de l’empire perse.
On accueille des textes qui expriment des choix théologiques différents. Ainsi, à la fin de la Genèse, l’histoire de Joseph « offre une identité à la diaspora égyptienne » déjà importante à l’époque perse. « Joseph devient l’ancêtre d’un judaïsme de la diaspora qui cherche l’intégration et une vie paisible dans le pays d’accueil » (p. 39).
Autre débat : le document fondateur doit-il compter six livres plutôt que cinq, c’est-à-dire inclure ce qui concerne Josué ? Pour parler clair, les récits de la conquête font-ils partie de l’identité juive ? Ou bien la promesse du pays doit-elle rester une question ouverte, avec un Pentateuque s’achevant sur la mort de Moïse hors de la terre promise ? En choisissant finalement de placer la coupure fondatrice à cet endroit, les éditeurs de la Torah opéraient un « décloisonnement géographique : peu importe le lieu de sa vie ou le lieu de sa mort, l’essentiel est de vivre et de mourir conformément à la volonté divine » (p. 42).
T. Römer conclut : « La cohabitation, dans le même document fondateur, de plusieurs compréhensions de l’origine, est encore aujourd’hui le meilleur remède contre tout discours intégriste. Tout en soulignant la nécessité de pouvoir dire son identité et sa spécificité face aux autres, la Torah appelle au dialogue et à la tolérance » (p. 43).

Réflexions
La contribution de T. Römer est une synthèse équilibrée de nombreuses études. Elle donne de la formation du Pentateuque une vision qui s’éloigne beaucoup de ce que l’on appelait il y a peu la « théorie documentaire ».
Tous ceux qui étudient la Bible apprennent que le Pentateuque n’a pas été écrit d’un seul jet par un auteur unique mais qu’il a été composé à partir de plusieurs sources d’époques différentes. Depuis la fin du XIXe s., le modèle de composition dû au savant A. Wellhausen s’était imposée sous le nom de « théorie documentaire ». Sous le texte actuel, il identifiait quatre « documents » : yahviste, élohiste, deutéronomique et sacerdotal.
Or, depuis une bonne trentaine d’années, ce consensus a été bousculé[2]. Lorsque, à la fin des années 1960, nous travaillions à la TOB, nous ne nous doutions pas que le sol commençait à trembler sous nos pieds et chacun peut constater que, en 1975 et en 1988, les introductions et les notes du Pentateuque s’inspiraient sans problème de la théorie documentaire. À la fin des années 1990, une petite équipe œcuménique, qui comprenait Jacques Briend et Thomas Römer, a repris les choses à plat. En 2003 est sorti un volume intitulé Le Pentateuque. Les cinq livres de La Loi qui faisait clairement le point. L’édition actuelle (2004) de la TOB intègre ce Pentateuque révisé.

Le travail des spécialistes
C’est l’occasion de parler de la recherche, de son rôle, des conditions dans lesquelles elle s’exerce. Il ne saurait en effet s’agir d’une aventure individuelle. C’est un travail collectif, qui implique non seulement des personnes, mais des institutions (universités, instituts divers, congrès, revues spécialisées, éditeurs, etc.) et un budget. C’est aussi un travail sur le long terme. Sans Spinoza et Richard Simon au XVIIe s., sans Astruc au XVIIIe s., Wellhausen n’aurait rien eu à proposer à la fin du XIXe s. Et sans sa « théorie documentaire », les recherches actuelles n’auraient pas vu le jour, puisque c’est en vérifiant sans cesse si la théorie est capable de rendre compte de tous les faits (archéologiques, historiques, littéraires…) que de nouvelles questions surgissent.
En ce qui concerne la rigueur « scientifique », les orientalistes – et par certains côtés l’étude de la Bible est une branche de l’orientalisme – n’ont rien à envier aux praticiens des sciences dites « dures » (physique, chimie, biologie, astronomie, etc.). Comme eux, ils collectent les faits, les mettent en rapport, essaient des modèles qui puissent fournir une explication globale, ne serait-ce que pour un temps. On peut remettre en question ces modèles explicatifs, mais on ne saurait revenir en arrière, c’est-à-dire à ce moment naïf précritique où on ne se posait pas encore de questions.
Les lecteurs croyants de la Bible ont-ils réalisé quel bouleversement fécond a été provoqué par le déchiffrement des anciennes langues de l’Orient ? Autour de nos écrits fondateurs, autrefois protégés par leur splendide isolement, tant de gens ont retrouvé la parole, dont ni saint Augustin, ni Bossuet ne soupçonnaient l’existence. Cela ne peut pas être anodin. Avec ce simple outil qu’était la lunette astronomique, Galilée a découvert un ciel qui échappait aux yeux de son corps. De la même façon, l’égyptologie, l’assyriologie et les autres branches du savoir nous ont introduits dans un Orient que la culture classique, héritière de Rome, d’Athènes et de Jérusalem, ne pouvait pas nous présenter.

Qui nous parle ? Et de qui ?
Pour répondre à cette question, comparons les deux états d’une note de la TOB, la note n sur Gn 12,1, avant et après la révision.

• Première édition (1975) :
Ce départ pour un pays inconnu est à l’origine de la grande « maison » ou famille qu’Abraham, appelé par la tradition tant juive que chrétienne le « Père des croyants », va fonder. Autour du patriarche va se reconstituer, au cours d’une longue histoire, l’unité de l’humanité brisée par la faute des hommes dont l’épisode de la tour de Babel fut une des illustrations. – Cette marche d’Abraham d’Our en Chaldée, c.-à-d. du sud de la Mésopotamie vers le nord, à Harrân, puis dans la région de l’ouest, pourrait se situer au IIe millénaire av. J.-C., probablement dans sa première partie, lors de divers mouvements de populations dans le Croissant fertile.

• Après révision (2004) :
Ce départ pour un pays inconnu est à l’origine de la grande « maison » ou famille qu’Abraham va fonder. Autour du patriarche, l’humanité dispersée à la suite de l’épisode de Babel (Gn 11) va pouvoir se rassembler à nouveau. Gn 12 est en effet construit comme une « réponse » à Gn 11: en Abraham, Dieu prévoit un nouveau départ pour toute l’humanité. – La marche d’Abraham du sud de la Mésopotamie vers le nord, à Harrân, puis vers la Palestine, a souvent été interprétée comme reflétant des mouvements de populations au deuxième millénaire. – Il est tout aussi possible de voir dans cette marche du patriarche une allusion au chemin qu’emprunteront les Juifs exilés à Babylone.
Le début de chaque note est d’ordre « théologique », c’est-à-dire qu’il souligne le rôle du départ d’Abraham dans le projet narratif de la Genèse, et donc dans les intentions divines que le texte veut dévoiler. D’une édition à l’autre, les retouches sont surtout rédactionnelles.
La deuxième partie est d’ordre « historique » et répond à la question : cette migration a-t-elle vraiment eu lieu, et quand ? La première édition donnait une réponse prudente, mais plutôt positive : les historiens ont repéré divers mouvements de populations dans le Croissant fertile ; la migration d’Abraham pourrait être un d’entre eux. L’édition révisée maintient cette donnée, mais elle en change la rédaction de façon significative. Non plus : cela « pourrait se situer… », mais : cette marche a « souvent été interprétée… » Le passé composé a ici tout son poids et sous-entend : on l’a souvent interprétée ainsi, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Et on ajoute une troisième donnée, absente de la première édition, qui nous transporte à plus de mille ans de distance. Nous ne sommes plus vers 1700, mais vers 530 av. J.-C. Qui va émigrer en réalité ? Non plus l’ancêtre, mais ses descendants, l’auteur de la Genèse faisant allusion au retour d’exil.
Qui parle ? Non plus une antique tradition, transmise de génération en génération on ne sait trop comment, mais un responsable de la communauté du second temple qui encourage ses compatriotes en leur donnant Abraham en exemple.
De qui parle-t-il ? Non pas vraiment de l’ancêtre lui-même, mais de tous ceux « qui sont remontés de la captivité », et dont les noms sont recensés en Esdras 2 ou Néhémie 7.

Une révolution copernicienne
Il y a là une véritable révolution copernicienne, c’est-à-dire la prise de conscience que les apparences (par ex. le soleil tourne autour de la terre) ne sont pas la réalité. Celui qui est concerné par l’émigration depuis Our en Chaldée, ce n’est pas celui qu’apparemment le texte désigne.
On dira : mais de quel droit un auteur tardif a-t-il décidé de transformer l’antique patriarche d’Hébron en Chaldéen migrateur ?

Tout simplement :
– du même droit que celui des Juifs de l’époque hellénistique qui, agacés par l’omniprésence des statues grecques dans les cités, imaginèrent que le jeune Abraham avait brisé les idoles de son père ; la scène n’a pas trouvé place dans le Pentateuque car celui-ci était achevé, mais par le « midrash » et plus tard par le Coran, elle est devenue parfaitement canonique dans le judaïsme et dans l’islam ;
– du même droit que celui de saint Paul qui fit de la figure d’Abraham le prototype de sa théologie du salut par la foi plutôt que par les œuvres (Ga 4)
– bref, du droit que possède tout maître de maison de tirer de son trésor du neuf et du vieux, pour reprendre l’expression de Jésus (Mt 13,52).
On dira encore : Mais pourquoi ne pas en rester tout simplement au langage des apparences ? Même après Copernic et Galilée, on continue de dire : le soleil se lève et se couche !
Heureusement, en effet, le langage des apparences conserve toute sa validité dans la communication habituelle. Cependant, si quelqu’un veut travailler dans l’industrie spatiale (gérer des satellites, préparer le futur voyage vers Mars), il vaut mieux qu’il fasse ses calculs en fonction du mouvement réel du soleil et des planètes.
Or, si le texte biblique, avec toute sa tradition interprétative multiconfessionnelle, continue de susciter et de nourrir la foi de multitudes d’hommes et d’irriguer les cultures les plus diverses, on doit bien constater aussi que, autour de lui et en partie à cause de lui, des situations conflictuelles sont embrouillées, voire bloquées. Je pense aux relations entre tous ceux qui se disent héritiers d’Abraham. Je pense aussi et surtout à l’interminable conflit palestinien. Dans des situations de crise, remonter à l’origine est souvent une opération de salut public.
Les historiens ne prétendent certes pas régler les problèmes d’un coup de baguette magique. Mais ils peuvent déminer le terrain, aider le public à prendre du recul, montrer combien il est vain et dangereux de brandir des arguments sacrés et de faire de Dieu un acteur du conflit. Resterait alors une querelle entre hommes, dont le règlement serait remis à la sagesse des hommes, s’ils le veulent bien.

Et l’histoire ?
On dira enfin : Mais alors, que reste-t-il d’historique ?
Si on entend par cette question : « Les récits sur Abraham, Moïse, David, Salomon racontent-ils ce qui s’est passé effectivement ? », la réponse est évidemment non.
En revanche, la recherche contemporaine montre une Torah beaucoup mieux enracinée dans l’histoire réelle. Un peuple entre dans l’histoire par l’écriture, la sienne ou celle des autres. De ce point de vue, les royaumes d’Israël et de Juda sont parfaitement « historiques » ; leurs propres annales ont servi à l’écriture de nombreuses pages bibliques et elles se croisent avec celles de leurs puissants voisins. Achab, Jéhu, Achaz, Ézéchias, etc. sont nommés dans la Bible et dans les annales assyriennes, et les dates correspondent. Concernant Abraham, il ne faut jamais oublier l’histoire des écrivains bibliques qui se devine entre les lignes. En racontant Abraham, ils ont frayé un passage qui, après des siècles, reste ouvert à qui veut bien l’emprunter. Leur anonymat ne les rend pas moins réels ; peut-être les fait-il plus fraternels..

Jean-Louis Déclais, exégète (Oran, Algérie)

L’alliance et la famille au travers de l’Ancien Testament

2 juillet, 2011

du site:

http://larevuereformee.net/articlerr/n220/lalliance-et-la-famille-au-travers-de-lancien-testament

L’alliance et la famille au travers de l’Ancien Testament

Ronald BERGEY*

I. Alliance et famille
La « famille », dans l’Ancien Testament, est une « maison » (bayit) et « fonder une famille » se dit « construire une maison » (banâh bayit; Dt 25:9; Né 7:4)1. Une maison est aussi solide que ses fondations. La famille n’échappe pas à cette règle. La famille vétérotestamentaire est fondée solidement sur l’alliance établie par Dieu entre lui et son peuple. Dans la relation d’alliance, la famille est revêtue de son caractère particulier, ce qui permet de dégager son rôle primordial au sein d’Israël.
Dans la liste habituelle des mandats législatifs créationnels en Genèse 1 et 2, les première et septième ordonnances vont de pair2. Les deux se rapportent à la famille. La position de ces ordonnances, au début du canon des Ecritures, indique la prééminence de la famille au sein de la société3. Elle en est la pierre angulaire.
La première ordonnance, le premier des 613 commandements, a trait à la procréation: « …Soyez féconds, multipliez-vous… » (Gn 1:28) Cet ordre est donné à l’humanité (‘adam), créée bisexuée, « mâle et femelle » (zakar ûneqébâh 1:27)4. Ceci montre que la vie humaine doit normalement se transformer en vie de famille. La bénédiction divine, qui précède ce mandat (« Dieu les bénit et Dieu leur dit… »), dote ce couple de la capacité de la réaliser. Le reste de la Genèse en est la preuve. Ce livre, depuis les récits de la création jusqu’à la fin des histoires des Pères fondateurs du peuple de Dieu, est divisé en dix tôlédôt, à savoir dix sections introduites par « voici des engendrements… » ou, plus couramment, « voici la postérité de… ». Il s’agit de la métamorphose continue de l’humanité, mâle et femelle, en parents d’enfants.
La septième et dernière ordonnance créationnelle postule que: « …l’homme (‘îsh) quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme (‘ishâh), et ils deviendront une seule chair. » (2:24) En réalité, cette septième ordonnance aurait pu être la première puisqu’elle suit l’exclamation d’Adam à l’instant même où la femme se trouve à ses côtés: « C’est l’os de mes os, la chair de ma chair… » (2:23)5 Ce mandat reflète une société déjà bien développée et organisée en famille. Il stipule sa permanence et son évolution à partir de la vie conjugale, de l’union de l’homme et de la femme, voire l’union physique par laquelle les deux deviennent une seule chair (basar ‘ehad)6. Les première et septième ordonnances font un ensemble puisque c’est par cette union que la bénédiction divine de fécondité se concrétise.
Ces deux mandats posent les fondements de la famille et la revêtent de son caractère allianciel. Ces prescriptions elles-mêmes ainsi que la bénédiction qui précède l’une d’elles sont des éléments constitutifs, entre autres en Genèse 1 et 2, d’une alliance7. Puis, dans tous les codes légaux de l’alliance mosaïque, elles font l’objet de législation régissant la vie conjugale et familiale8. La mise en pratique de ces lois amène sur la famille et sur la terre les bénédictions divines rattachées à l’alliance; la famille croît et les récoltes abondantes la font vivre (Lv 26:4-5, 9-13; Dt 28:4-5, 9-10). La bénédiction la plus tangible et désirée, mis à part une longue vie sur la terre, est celle d’une famille nombreuse (Lv 26:9; Dt 28:4; Ps 127:3; 128).
Ce caractère allianciel de la famille est appuyé par ailleurs: le mariage, le début de la vie familiale, est qualifié « alliance ». Malachie, qui commente la « seule [chair] » de Genèse 2:24, parle de « la femme de ton alliance »9. En Ezéchiel 16:8, le Seigneur dépeint les débuts de son rapport d’alliance avec son peuple en langage de mariage: « J’étendis sur toi le pan de mon manteau, je couvris ta nudité, je te fis un serment, je contractais une alliance avec toi… et tu fus à moi. »10 Les expressions « étendre le pan d’un manteau sur » et « couvrir la nudité » évoquent les coutumes du mariage. L’expression « être à » quelqu’un signifie « être l’épouse de » ou « se marier avec » (Dt 21:13). Ce mariage est scellé par un serment, une alliance faite par l’époux, le Seigneur, avec son épouse, le peuple11. En Proverbes 2:17, l’infidélité aux liens conjugaux constitue la rupture d’une alliance divine: « La femme qui abandonne l’ami de sa jeunesse oublie l’alliance de son Dieu. »
Enfin, deux mots clefs de la septième ordonnance s’appliquent aux rapports d’alliance. Il s’agit des deux termes aux sens opposés dans l’expression « l’homme quittera (‘azab) son père et sa mère et s’attachera (dabaq) à sa femme ». « Quitter » signifie rompre le rapport d’alliance (Jr 1:16; Os 4:10; Pr 2:17; cf. Es 62:4) tandis que « s’attacher » se réfère à la fidélité à l’union d’alliance du peuple avec le Seigneur12.

II. Alliance, famille et paternité
Si le portrait familial se trouve dans le cadre d’une alliance, la question qui se pose est la suivante: quel rôle joue la famille, à cet égard, au sein de la nation d’Israël? Pour cerner ce rôle, il faut comprendre quelle est la place de la famille dans la structure sociale de parenté. Cette structure s’organise à trois niveaux: tribu, clan et famille13.
La tribu (shebet ou matteh)14 est le niveau de parenté le plus étendu des trois. Elle constitue la charpente de la société israélite et de sa division territoriale. Les douze tribus et leurs territoires portent les noms des descendants d’Israël.
Le clan (mishpahâh) est l’échelon intermédiaire de parenté entre la tribu et la famille. Les clans se composent d’un nombre assez large de familles. Comme pour la tribu, les caractères fondamentaux du clan relèvent de la parenté et de l’identité territoriale15. La lignée de parenté est garantie par l’endogamie, c’est-à-dire le mariage à l’intérieur du clan pour préserver le système de tenure de la terre (Nb 36:1-12).
La « maison » (bayit) ou la « maison du père » (bêt-ab; ou « maison paternelle ») constitue le niveau de parenté fondamental (Gn 12:1; 24:38, 40; Ex 6:14; Nb 1:2; Jg 9:1; 1 Ch 2:55). Même s’il s’agit d’une famille élargie, elle correspond au plus proche, à ce que nous appelons la « famille ». R. de Vaux précise que « la famille se compose de ceux qu’unissent à la fois la communauté de sang et la communauté d’habitation »16. C’est le maillon fort ou faible dans la chaîne sociale de parenté. Il s’agit du lieu privilégié où la conjugalité et la parentalité se conjuguent.
C.J.H. Wright a clairement démontré que la famille, la bêt-ab, comme élément fondamental de parenté, est le pivot autour duquel s’articule le rapport d’alliance entre Dieu et Israël17. Ces trois composantes de la communauté de parenté, tribu, clan et famille, sont inextricablement liées, non seulement par le sang et par l’habitation, mais aussi par la nature du fonctionnement de l’alliance. Un exemple mettra en lumière ce point.
Après la défaite d’Israël à Aï, à cause de la désobéissance d’une seule personne, la chasse à l’homme pour trouver le coupable s’est petit à petit rétrécie. Selon les instructions du Seigneur, l’enquête devait commencer par une tribu (shebet), passer par un clan (mishpahäh) pour être réduite à une famille (« maison, bayit)18. D’abord, la tribu de Juda a été désignée, puis le clan de Zérah et, enfin, la maison de Zabdi. A l’intérieur de cette dernière se trouvait le coupable, Akân (Jos 7:16-18).
L’acte de ce membre d’une famille a eu des conséquences énormes pour les clans et les tribus, voire pour tout Israël. Il ne s’agissait pas seulement de leur défaite. Plus grave encore, le rapport d’alliance risquait d’être rompu si le mal au sein d’une famille n’était pas extirpé. Le Seigneur dit: « Israël a péché: ainsi ils ont enfreint l’alliance que je leur avais prescrite… » (7:11) Le texte ne dit pas: « Akân a péché; il a transgressé l’alliance que j’ai prescrite. » L’acte d’un membre d’une famille avait des répercussions au niveau de l’alliance pour tous les échelons de parenté, pour tout Israël. Il est clair qu’en termes d’incident, il s’agit d’un cas particulier. Mais, en réalité, il est question d’une norme qui est à l’œuvre et régit la vie sociale, dans le cadre de l’alliance, à partir d’une famille.
Qu’il s’agisse d’un principe directeur est d’autant plus évident au cinquième commandement du Décalogue: « Honore ton père et ta mère… » (Ex 20:12; Dt 5:16) La position de ce commandement est significative. Cette prescription relative à l’autorité parentale et à l’obéissance de l’enfant envers ses parents est au premier rang du second tableau de la loi. Il s’agit du fondement des cinq autres commandements ayant trait à l’éthique sociale: la proscription du meurtre, de l’adultère, du vol, du faux témoignage et de la convoitise (Ex 20:13-17; Dt 5:17-21). Sa prééminence explique aussi pourquoi l’honneur dû aux parents fait l’objet d’un nombre de stipulations civiles (Ex 20:12; 21:15, 17; Dt 14:1-2; 21:18-21; 27:16), d’admonestations prophétiques (Es 1:2; Am 2:7; Mal 1:6; 3:24) et d’exhortations sapientielles (Pr 20:20; 30:11, 17).
Dans un cas extrême, la peine capitale est prescrite pour le fils indocile et rebelle qui n’écoute pas ses parents (Ex 21:15, 17; Lv 20:9; Dt 21:18-21) aussi bien que pour l’adultère, la violation du septième commandement (Lv 20:10; Dt 22:22). Cette sanction s’explique en partie par le fait que, d’un côté, le rejet de l’autorité parentale constitue une rupture entre l’enfant et ses parents et, de l’autre, l’adultère constitue une rupture de la vie conjugale. L’un ou l’autre brise la famille de l’intérieur. L’alliance est rompue en son sein.
Mais la sévérité de cette peine s’explique mieux par le fait que cette fracture ne menace pas seulement la famille, mais aussi la nation entière. Pourquoi? Comme dans l’incident d’Akân, ce mal au sein d’une famille enfreint l’alliance établie avec tout Israël. Voilà quelle est la raison de cette sanction si sévère. Comme la rébellion d’un enfant, l’exécution de cette peine a des conséquences à l’échelle nationale: « Tu extirperas ainsi le mal du milieu de toi, afin que tout Israël apprenne et soit dans la crainte. »19 Evidemment, l’objet principal de cette menace ne réside pas dans son exécution, mais dans son effet dissuasif.
Vu le rôle charnière de la famille dans les relations d’alliance, le cinquième commandement et cette peine ont comme but sa préservation. La mise en relation de la famille avec la législation, accompagnée de menaces et de promesses, la protège de toute dislocation au sein de la société. Comme le dit Wright, l’Ancien Testament montre « un souci profond de protéger la famille… de l’intérieur de la perturbation de son autorité domestique et du mépris de son intégrité sexuelle ». Il ajoute: « Toute atteinte contre la stabilité de la famille menaçait par là même la relation d’alliance de la nation avec Dieu. »20 Si les fondements sont ébranlés, tout l’édifice social s’écroulera.

III. Alliance, famille, paternité et médiation
Quelle est la spécificité du rôle de la famille au sein du peuple de Dieu? Wright répond à cette question: « La famille revêt une importance charnière dans la médiation du rapport d’alliance. La continuité de ce rapport dépend en grande partie des fonctions didactiques et catéchétiques des têtes des maisons. »21
L’alliance a été établie par Dieu pour régir la vie de son peuple. Régir les relations entre membres de l’alliance requiert des médiateurs, car vivre en communauté, comme le montre l’histoire du peuple de l’alliance, n’est pas une affaire simple. C’est pourquoi Dieu a suscité entre lui et son peuple des médiateurs, des oints, prophètes, prêtres et rois.
Le rôle de ces médiateurs est le maintien des relations des membres de l’alliance. Dans une société organisée en plusieurs niveaux de paternité, Dieu a, dans un premier temps, confié cette mission à la famille. Ce service de médiation fonctionne, d’abord, au sein de la famille. Pourtant ce ministère ne se limite pas là. La famille constitue le premier maillon dans la chaîne de médiation suscitée par Dieu entre lui et son peuple entier. Puisque Dieu a suscité d’autres médiateurs de l’alliance, quelle est la nature du rôle de médiation confié à la famille?
Elle a trait à la médiation sacerdotale. Il faut préciser, pourtant, qu’il y a une différence fondamentale entre ce sacerdoce, que nous qualifions de familial, et la médiation du sacerdoce classique. Pour ce dernier, la médiation a lieu dans le contexte du culte. Les prêtres ont une mission religieuse, mission accomplie dans le cadre des institutions. La parole de Dieu, rattachée aux actes cultuels, est institutionnellement liée22. Ainsi, les prêtres exercent leurs ministères de médiation de façon ponctuelle et localisée, notamment aux fêtes sacrées de pèlerinage au sanctuaire (Dt 31:9-13; Né  23.
Alors, comment combler le fossé, d’un côté, entre le foyer et le sanctuaire et, de l’autre, entre le quotidien et l’année ponctuée par les fêtes, si ce n’est par l’intermédiaire de la famille où ce rôle de médiation est joué au foyer tous les jours. Nous examinerons brièvement les ministères sacerdotaux de médiation en parallèle avec les rôles spécifiques au sein de la famille.
Le ministère primordial de la médiation sacerdotale est l’enseignement de la Parole. Ce service didactique a été confié aux prêtres (Dt 33:10; 17:11; 2 Ch 15:3; 17:9; Esd 7:6, 10; Né 8). Or, il est également à l’œuvre dans la famille, car le père et la mère l’exercent aussi: « …mes paroles… vous les enseignerez à vos fils et vous leur en parlerez… dans ta maison… » (Dt 11:18-19; cf. Ex 13:8s; Dt 6:6-7; 8:5; Pr 1:8; 31:1) L’accent, dans ce passage et d’autres, est mis sur le quotidien: « …Tu inculqueras [ces paroles] à tes fils et tu en parleras quand tu seras dans ta maison… quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. » Dt 6:6-7; 11:19) Il s’agit de la formation permanente, sur place, ce qui ne faisait pas partie du cursus des prêtres.
Le second ministère sacerdotal principal de médiation est sacramental. Les sacrements illustrent les actions divines. Les prêtres président aux rites et aux liturgies lors des fêtes et aux sacrifices du peuple (Dt 25:1; 33:10; 1 Ch 23:31). Tout comme le prêtre, le père, lui aussi, exerce un ministère sacramental. Comme l’explique Wright: « Certains actes cultuels essentiels tels la circoncision, la Pâque et le rachat des fils aînés se pratiquaient au sein de la famille. »24 Le père a à répondre, à la maison, aux questions posées par les enfants quant à la signification des choses rituellement symbolisées. J.A. Soggin a étudié cinq passages de questions et réponses25. Il les qualifie de « catéchétiques » en raison de la récurrence de la formule: « Lorsque vos fils vous demanderont: que signifie ce rite? Vous répondrez… » (Ex 12:26s; 13:14s; Dt 6:20-24; Jos 4:6-7; 4:21-23) Le père préside à ces rites qui mettent en lumière les œuvres divines. Il offre des sacrifices pour ses enfants (Jb 1:5; cf. Gn 22; 31:54; 46:1). Il conduit toute sa famille au pèlerinage (1 S 1:3s)26.
Les prêtres figurent dans une collection de lois relatives aux autorités civiles et religieuses (Dt 16:18-18:22)27. La médiation sacerdotale comprend le pouvoir de prononcer des jugements (Dt 17:8-13; 21:5; cf. Ez 44:23s). Cette même autorité est investie au sein de la famille. Elle est résumée dans le cinquième commandement. Ce commandement est au cœur de toutes les lois relatives au respect des autorités médiatrices. Le respect quotidien envers les parents se traduit en respect pour toutes les autorités, les autorités civiles, juges et rois, ou les autorités religieuses, prêtres et prophètes.
Les parents n’ont pas seulement le droit de correction, mais aussi de jugement. Comme nous l’avons vu, de sévères sanctions renforcent le respect des parents. La rébellion juvénile est un acte passible de la peine capitale. Les parents qui se trouvaient dans la situation tragique de ne plus pouvoir contrôler leur enfant qu’ils s’étaient efforcés de corriger avaient à décider de son sort malheureux et à l’amener au lieu du jugement. La même sanction décidée au fils rebelle s’applique à celui qui refuse d’agir en conformité avec le jugement du prêtre: « L’homme qui agira avec audace sans écouter le prêtre…, cet homme mourra. » (Dt 17:12) Non seulement la peine, mais aussi l’expression concernant l’effet sur Israël de l’exécution de l’homme audacieux renvoient au cas de l’enfant rebelle: « Tu extirperas ainsi le mal du milieu d’Israël. Tout le peuple l’apprendra, sera dans la crainte et n’aura plus tant d’audace. » (Dt 17:13; cf. 21:21) Ce rapprochement de l’autorité sacerdotale et de l’autorité parentale est voulu.
La médiation est couronnée par la bénédiction. Dieu, auteur de l’alliance, a béni son œuvre de création. Il a béni le couple, mâle et femelle, pour le doter de la fécondité et du pouvoir de gérer le monde créé28. L’objet ultime de la médiation sacerdotale est la bénédiction divine. Elle est transmise. Comme médiateurs, les prêtres prononçaient la bénédiction divine sur le peuple pour faire germer la grâce divine semée par leurs services29..
Pour faire croître la connaissance du Seigneur chez ses enfants, le père prononce sur eux la bénédiction divine (Gn 27:48-49; 28:1, 3-4; 48:15s; 49:1s). Sa bénédiction couronne tous les autres ministères parentaux. Transmise à l’enfant qui honore son père et sa mère, la bénédiction amène une vie longue et heureuse: « …afin que tes jours se prolongent et que tu sois heureux… » (Ex 20:12; Dt 5:16) Cette même bénédiction est promise aux parents qui transmettent la foi: « Pour que vos jours et les jours de vos fils sur la terre… durent aussi longtemps que le ciel sera au-dessus de la terre. » (Dt 11:21) Comme le montre la promesse au cœur de l’alliance abrahamique, la famille bénie est une source de bénédiction physique et spirituelle pour tous les clans (mishpahôt) de la terre (Gn 12:2-3). C’est la bénédiction, par la médiation suscitée entre Dieu et Israël, qui permet au peuple de l’alliance de réaliser la plénitude de la vie jusqu’à la vie éternelle (Ps 133:3; Ga 3:8-9, 13-14).
Par l’instrumentalité de ces ministères d’ordre sacerdotal – parole et sacrement, autorité et bénédiction -, la famille exerce son rôle de médiation de l’alliance au sein d’Israël. Loin de circonvenir ou de concurrencer la médiation des prêtres, Dieu l’a suscitée, de façon complémentaire, au sein de la famille, fondement et pilier de la société, où tous les jours tous les ministères sont exercés. C’est ainsi que la connaissance de l’alliance, avec ses servitudes et ses privilèges, est transmise d’une génération à l’autre. La famille qui exerce ses responsabilités construit solidement sa maison sur les fondations de l’alliance. Elle se protège et est protégée des bouleversements pouvant venir aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur. Les enfants apprennent de leurs parents l’autorité et les limites de la liberté. De leurs frères et sœurs, ils apprennent la justice et l’injustice. C’est ainsi que la famille pose, en même temps, les fondements pour l’édifice social entier. Cet édifice s’avère aussi solide que ses fondements.
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* R. Bergey est professeur d’Ancien Testament et d’hébreu à la Faculté libre de théologie réformée d’Aix-en-Provence.
1 R. de Vaux, Les institutions de l’Ancien Testament, I, 5e éd. (Paris: Cerf, 1989), 39. Sur la famille voir H.W. Wolff, Anthropologie de l’Ancien Testament (Genève: Labor & Fides, 1974), 155-161; 188-189; W.C. Kaiser, Towards Old Testament Ethics (Grand Rapids: Zondervan, 1983), 152-163; P. Wells, « The Family Crisis in a Christian Perspective », Evangel (1996), 23-28.
2 J. Murray dresse la liste suivante: procréation, remplissage de la terre, sujétion de la terre, domination sur les créatures, travail, sabbat et mariage (Gn 1:27-28; 2:2-3, 15, 24), Principles of Conduct (Grand Rapids: Eerdmans, 1957), 27-44.
3 V.P. Hamilton, « Marriage (OT and ANE) », The Anchor Bible Dictionary, vol. 4 (1992), 559-569 (560).
4 Ce couplet signifie « mâle et femelle » (TOB) et non pas « homme et femme » (Col); cf. 2:22.
5 L’expression « os de mes os » signifie appartenance familiale; cf. Gn 29:14; 37:27; Jg 9:2; 2 S 5:1; 19:12-13; 1 Ch 11:1; G. von Rad, Genesis (Philadelphie: Westminster, 1961), 82.
6 La chair, dans certains contextes, désigne l’organe de procréation mâle ou femelle; cf. Lv 15:1-2, 7, 13, 16, 19. « La sexualité trouve son sens en traduisant dans la chair l’unité des deux êtres que Dieu appelle à s’entraider dans l’amour mutuel. » « Mariage », Vocabulaire de théologie biblique, sous dir. X. Léon-Dufour, 6e éd., (Paris: Cerf, 1988), 710.
7 Les autres éléments constitutifs sont: la promesse de la vie éternelle (2:9; 3:22, 24), la menace de la mort (2:17) et les peines (3:16-19, 22-29), le signe du Sabbat (2:3; cf. Ex 31:17), le rite sanglant (3:21) et le nom Yahvé Elohim, nom par excellence du Dieu de l’alliance (2:4-3:42; cf. Ex 3:14-15). Osée parle d’une alliance avec Adam (6:7) et Jérémie de celle conclue avec la création (33:20-25; cf. 31:35s).
8 Le cinquième commandement mis à part, ces lois s’adressent aux cas difficiles tels les droits de la femme mariée plus aimée (Dt 21:10-14; 15-17), l’enfant rebelle (Ex 21:15-17; Dt 21:18-21), la femme soupçonnée d’infidélité (Dt 22:13-21), l’adultère (Dt 22:22), la femme répudiée (Dt 24:1-4). Elles légifèrent sur le dysfonctionnement ou la pathologie d’un foyer. La loi, sans la préconiser, reconnaît juridiquement la bigamie (Dt 21:15-17). En Lévitique 20 se trouve une liste de mariages et de rapports sexuels interdits. Ces lois sur la famille sont peu nombreuses par rapport à d’autres codes légaux du Proche-Orient ancien; voir les lois de Hammourabi, §127-195, et les lois assyriennes, tablette A, §1-59, dans J.A. Pritchard, éd., Ancien Near Eastern Texts (Princeton: Princeton University Press, 1969), 171-175; 180-185.
9 Ml 2:14; cf. 15-16. Pour Malachie, la gravité de la trahison de l’alliance de mariage relève de la rupture d’ »une seule (‘echad [chair]) », chair ou union par laquelle le Seigneur attendait une descendance pieuse (2:15).
10 Le verbe traduit « contracter » est en hébreu « entrer » (bô’), verbe inhabituel pour établir une alliance. Or son usage, comme c’est souvent le cas, peut avoir des connotations sexuelles (cf. Gn 6:4; 16:2; 30:3; 38:8-9; Dt 22:13).
11 Dans une loi proscrivant le mariage d’un fils avec sa mère, il est dit: « Nul ne prendra [en mariage] la femme de son père et ne découvrira le pan du manteau de son père. » (Dt 23:1) Booz exerce son droit du lévirat, et en signe de promesse de mariage, il couvre Ruth du pan de son manteau (Rt 3:9).
12 Dt 10:20; 11:22; 13:5; Jos 23:8; 1 R 3:1. Chez les rois, s’allier par mariage se dit « se marier avec » (Hith. du hatan; 1 R 3:1; 2 Ch 18:1).
13 De Vaux, op. cit., 22, 39-40. Le dénombrement des Israélites (Nb 1) et le relevé des prêtres (Nb 4) ont été faits selon la tribu, le clan et la famille
14 « …deux noms d’emploi équivalent et qui désignent aussi le bâton de commandement et le sceptre royal: la tribu groupe tous ceux qui obéissent au même chef. » Ibid, 22.
15 Voir les listes des recensements en Nb 1 et 26 où sont rapportés les noms des clans constituant les subdivisions principales des tribus et les listes des frontières des divisions de la terre en Josué 13 à 19, où l’allocation de ces terres se faisait « selon les clans » (p. ex. Jos 13:15; cf. Nb 33:54).
16 De Vaux, op. cit., 39. Selon le Petit Robert, la famille, au sens restreint, comprend « les personnes apparentées vivant sous le même toit » et, dans un sens plus étroit, « le père, la mère et les enfants ». Même si « maison » et « famille » correspondent, il y a une différence fondamentale. La maison de l’AT est une famille élargie. Elle est composée de tous les descendants d’un ancêtre vivant, la tête de cette maison (ro’sh-bêt-’ab). Cette maison comprend le père, sa femme, ses fils et leurs femmes, ses petits-enfants et leurs femmes et tous les fils ou filles non mariés. « A la famille appartiennent également les serviteurs, les résidants étrangers ou gérîm et les apatrides, veuves ou orphelins, qui vivent sous la protection du chef de famille. » Ibid Une veuve ou une femme divorcée retourne à la maison du père (Nb 30:10). Les filles mariées quittent cette maison pour devenir membres de la maison de leurs maris (Nb 30:4-6; 7-9). Puisqu’on se mariait jeune, la maison pouvait comprendre trois générations, plusieurs familles nucléaires de deux générations et de 50 à 100 personnes, sans compter les autres personnes ne faisant pas partie de la communauté de sang. La famille de Noé comprend sa femme, ses fils et les femmes de ses fils (Gn 7:1, 7). Celle de Jacob a trois générations (Gn 46:8-26).
17 C.J.H. Wright, « The Israelite Household and the Decalogue », TynBul 30 (1979), 101-124; idem, Vous serez mon peuple (Méry-sur-Oise: Sator, 1989), 233-236; idem, « Family », The Anchor Bible Dictionary, vol. 2 (1992), 761-769.
18 Pour d’autres usages de ces termes, voir les cas de Gédéon (Jg 6:11, 15, 27, 30s; 8:20), Mika (Jg 18:14, 19, 28s) et Saül (1 S 9:21; 10:20s).
19 L’expression « tu extirperas ainsi le mal du milieu de toi » est appliquée en 1 Co 5:13 à un cas d’adultère.
20 C.JH. Wright, « The Israelite Household and the Decalogue », 104-105; 123; idem, Vous serez mon peuple, 234.
21 Ibid., 104.
22 Cf. Cl. Westermann, Théologie de l’Ancien Testament (Genève: Labor & Fides, éd. française, 1985).
23 Un parallèle est établi par la nature héréditaire du sacerdoce; le fils succède au père et dans la prêtrise et dans le foyer.
24 C.J.H. Wright, Vous serez mon peuple, 234.
25 J.A. Soggin, « Cultic-Aetiological Legends and Catechesis in the Hexateuque », VT 10 (1960), 341-347.
26 « …Bâtir une maison, ce n’est pas seulement édifier ses murs, c’est fonder un foyer, engendrer une descendance et lui transmettre [la foi]… » « Maison », Vocabulaire de théologie biblique, 694-698 (694). Cf. aussi HA. Hoffner, « bayith », TDOT II, §VI, 133-135.
27 En effet, la mention du roi (Dt 17:14s) vient après celle du juge (16:18s). Ce dernier reflète la situation institutionnellement plus primitive.
28 Comme précisé plus haut, le fruit de cette bénédiction, dans la Genèse, est la longue lignée de tôlédôt, listes de la postérité de l’humanité, tracées depuis la création jusqu’aux familles des pères de la nation d’Israël. Or, dans le reste du Pentateuque, les tôlédôt se poursuivent jusqu’à la généalogie de Moïse et Aaron, ce dernier étant l’archétype de la médiation sacerdotale (Ex 6:16; Nb 3:1; cf. Nb 1). En Exode 6:16-20, les tôlédôt commencent par la tribu (Lévi; v. 16), passent par le clan (Qehath; v. 18) et finissent par la maison du père (Amrân; v. 20).

Zacharie Prophète: qu’est-ce qu’un prophète ?

1 juillet, 2011

du site:

http://introbible.free.fr/p2za.html

ZACHARIE PROPHÈTE

 Fiche technique: qu’est-ce qu’un prophète ?
 
CONTEXTE PLAN THEMES TEXTE

 Le contexte historique
    Le livre de Zacharie se présente aujourd’hui sous la forme d’un unique livre de 14 chapitres, mais en fait il s’agit de la compilation sous un même nom de deux ouvrages bien distincts. De même que pour le livre d’Isaïe, on parlera:
du premier Zacharie: ch. 1-8
du second Zacharie: ch. 9-14
    Seul le premier ouvrage est attribué au prophète nommé Zacharie, le second est l’oeuvre d’un anonyme qui a été secondairement rattaché à la première collection. De très nombreuses différences caractérisent les deux parties, tant dans le style que dans les thèmes traités. Le second Zacharie appartient pratiquement à la littérature apocalyptique et se rapproche par certains aspects des apocalypses d’Isaïe.  
 
Le premier Zacharie (1-8)
Comme pour le livre d’Aggée, les oracles du premier Zacharie sont datés avec précision. Le premier date d’octobre 520 et le dernier de novembre 518. Zacharie est donc le strict contemporain d’Aggée, et évolue dans le même contexte: celui du retour d’exil. 
 
Le second Zacharie (9-14)
La question de la datation du deutéro-Zacharie est beaucoup plus épineuse. Pratiquement toutes les dates, du 8ème(!) au 2ème siècle ont été proposées. Il est sûr que le Temple est en état de fonctionnement. Pour les auteurs anciens, le deutéro-Zacharie était volontiers un prophète pré-exilique. Pour les commentaires contemporains, il s’agit d’un prophète post-exilique tardif. Divers travaux ont proposé la datation du deutéro-Zacharie à l’époque hellénistique, avec probablement un certain nombre d’allusions à Alexandre le Grand. Les études les plus complexes laissent à penser qu’il y aurait eu dans ces chapitres la combinaison de plusieurs ouvrages de dates différentes. 
En fait, il est sûr que le deutéro-Zacharie s’inspire des prophètes antérieurs et constitue en fait une sorte d’anthologie de textes choisis. Il est difficile de le dater avec beaucoup plus de précision et on peut en rester à la large fourchette 500-200.

 Plan
Le premier Zacharie
I- Appel à la conversion (1,1-6)
II- Série de huit visions

Les cavaliers (1,7-15) et ajout de deux oracles (1,16-17)
Les cornes et les forgerons (2,1-4)
L’arpenteur (2,5-9) et deux appels aux exilés (2,10-17)
Le vêtement du grand-prêtre Josué (3,1-10)
Le chandelier et les deux oliviers (4,1-14)
Le rouleau volant (5,1-4)
La femme dans la mesure (5,5-11)
Les chars (6,1-8)
III- Josué couronné (6,9-15)
IV- Appendices sur le jeûne est le salut messianique (7-8) 

Le deuxième Zacharie
La nouvelle terre (9,1-8)
Le messie (9,9-10)
La restauration d’Israël (9,11-17)
Le Seigneur dispensateur de la pluie et le thème de l’idolâtrie (10,1-3)
Perpective de retour pour Israël (10,3-11,3)
Les deux pasteurs (11,4-17)
Restauration de Jérusalem (12,1-8)
La lamentation sur le transpercé (12,9-14)
La purification du pays (13,1-6)
Le pasteur frappé et le troupeau éprouvé (13,7-9)
Le combat de la fin des temps (14,1-21)
 Grands axes de la prophétie
I- Le premier Zacharie
    Le prophète entend réagir à la grande déception qui a suivi le retour d’exil, surtout lorsque le jugement final annoncé par Aggée n’est pas advenu aussi vite qu’on le pensait. Par ses différentes visions, le prophète assure son auditoire que les temps nouveaux sont proches. Le jugement va finir par s’abattre sur Babylone. Une ère nouvelle, marquée par la fin de la domination des nations, est sur le point de commencer.
    Comme Aggée, Zacharie appelle à la reconstruction du Temple. Mais il élargit ses perspectives à la restauration de toute la ville de Jérusalem. Dans cette ville, une communauté nouvelle va voir le jour. L’exil a joué un rôle de purification, même si la conversion de tous reste encore à réaliser. Zacharie juge sévèrement ceux qui ne font pas bon accueil aux exilés revenus en Juda. En refusant de leur restituer leurs biens, ils vont attirer sur eux un terrible jugement (5,1-4).

II- Le second Zacharie
    Le message principal du livre est l’annonce de l’achèvement messianique eschatologique. Le souci moral des prophètes antérieurs n’est pas déterminant. Le deutéro-Zacharie se projette plus loin dans le temps. Il annonce ce qui va arriver, mais ne s’intéresse pas beaucoup à la manière de faire évoluer la situation de son temps. Cela explique le très petit nombre d’allusions à des événements historiques précis et les difficultés de datation qui en résultent.
    Le messianisme du deutéro-Zacharie est eschatologique. La venue du messie marque l’entrée dans le temps de la fin. Mais le rôle du messie reste très limité. C’est le Seigneur qui accomplit tout: il réduit les ennemis à l’impuissance, assure le retour des dispersés et la réunification du peuple divisé. Le rétablissement du peuple sur sa terre et dans son intégrité est la première étape, mais ensuite, c’est l’intégration des païens qui marque l’achèvement du projet de Dieu sur toute la création. Mais cet universalisme reste exclusivement centré sur Jérusalem. Les païens sont en fait invités à devenir Juifs, à adopter la loi juive.
    Le dessein de salut de Dieu passe cependant par une figure mystérieuse, à la fois roi pacifique, bon pasteur et transpercé. L’action de ce messie est essentiellement interne: sa présence et sa destinée doivent entraîner une conversion du peuple. Mais c’est le Seigneur qui se charge du reste du monde.
    La postérité de ce livre est évidente dans le Nouveau Testament. Les évangélistes se réfèrent volontiers à Zacharie pour éclairer la passion du Christ. Mais Zacharie sert également de base à plusieurs textes de l’Apocalypse qui décrivent l’oeuvre du Messie une fois arrivée à son terme. Zacharie, comme d’autres prophètes post-exiliques, prépare l’émergence de la littérature apocalyptique.

 Des textes représentatifs
Pour le premier Zacharie: la vision du jugement de Josué (3,1-10)
Za 3,1 Il me fit voir Josué, le grand prêtre, qui se tenait devant l’ange de Yahvé, tandis que le Satan était debout à sa droite pour l’accuser. 2 L’ange de Yahvé dit au Satan : Que Yahvé te réprime, Satan; que Yahvé te réprime, lui qui a fait choix de Jérusalem. Celui-ci n’est-il pas un tison tiré du feu ? 3 Or Josué était vêtu d’habits sales lorsqu’il se tenait devant l’ange. 4 Prenant la parole, celui-ci parla en ces termes à ceux qui se tenaient devant lui : Enlevez-lui ses habits sales et revêtez-le d’habits somptueux; et lui dit : Vois, j’ai enlevé de dessus toi ton iniquité. 5 mettez sur sa tête une tiare propre. On mit sur sa tête une tiare propre et on le revêtit d’habits propres. L’ange de Yahvé se tenait debout 6 Puis l’ange de Yahvé fit cette déclaration à Josué : 7 Ainsi parle Yahvé Sabaot. Si tu marches dans mes voies et gardes mes observances, tu gouverneras ma maison, tu garderas mes parvis et je te donnerai accès parmi ceux qui se tiennent ici. 8 Écoute donc, Josué, grand prêtre, toi et tes compagnons qui siègent devant toi – car ils sont des hommes de présage – : Voici que je vais introduire mon serviteur Germe , 9 Car voici la pierre que je place devant Josué; sur cette unique pierre, il y a sept yeux; voici que je vais graver moi-même son inscription, oracle de Yahvé Sabaot. » Et j’écarterai l’iniquité de ce pays, en un seul jour. 10 Ce jour-là – oracle de Yahvé Sabaot – vous vous inviterez l’un l’autre sous la vigne et sous le figuier.
Pour le deutéro-Zacharie: la lamentation sur le transpercé (12,9-14)
Za 12,9 Il arrivera en ce jour-là que je chercherai à détruire toutes les nations qui viendront contre Jérusalem. 10 Mais je répandrai sur la maison de David et sur l’habitant de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication, et ils regarderont vers moi. Celui qu’ils ont transpercé, ils se lamenteront sur lui comme on se lamente sur un fils unique; ils le pleureront 11 En ce jour-là grandira la lamentation dans Jérusalem, comme la lamentation de Hadad Rimmôn, dans la plaine de Megiddôn. 12 Et il se lamentera, le pays, clan par clan. Le clan de la maison de David à part, avec leurs femmes à part. Le clan de la maison de Natân à part, avec leurs femmes à part. 13 Le clan de la maison de Lévi à part, avec leurs femmes à part. Le clan de la maison de Shiméï à part, avec leurs femmes à part. 14 Et tous les clans, ceux qui restent, clan par clan à part, avec leurs femmes à part.

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