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COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT – Livre d’Ezekiel 17, 22 – 24

12 juin, 2015

http://www.eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/le-dimanche-jour-du-seigneur/commentaires-de-marie-noelle-thabut/

COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT, 14 JUIN 2015

PREMIERE LECTURE – Livre d’Ezekiel 17, 22 – 24

22 Ainsi parle le SEIGNEUR Dieu :
A la cime du grand cèdre,
je prendrai une tige ;
au sommet de sa ramure,
j’en cueillerai une toute jeune,
et je la planterai moi-même
sur une montagne très élevée.
23 Sur la haute montagne d’Israël je la planterai.
Elle portera des rameaux, et portera du fruit,
elle deviendra un cèdre magnifique.
En dessous d’elle habiteront tous les passereaux,
et toutes sortes d’oiseaux
à l’ombre de ses branches ils habiteront.
24 Alors tous les arbres des champs sauront
que Je suis le SEIGNEUR :
je renverse l’arbre élevé
et relève l’arbre renversé,
je fais sécher l’arbre vert
et reverdir l’arbre sec.
Je suis le SEIGNEUR, j’ai parlé,
et je le ferai.

UNE PARABOLE D’ESPERANCE
Pour comprendre la parabole d’Ezéchiel, il faut se rappeler le contexte historique dans lequel parle le prophète : en 597, Nabuchodonosor, roi de Babylone, s’est emparé de Jérusalem ; il a déporté le roi et une partie des habitants (parmi eux, Ezéchiel). Dix ans plus tard, en 587, nouvelle vague, cette fois, Jérusalem est complètement détruite et pillée, une nouvelle partie de ses habitants déportés à leur tour à Babylone.
Le peuple juif semble avoir tout perdu : sa terre, signe concret de la bénédiction de Dieu, son roi, médiateur entre Dieu et le peuple, son Temple, lieu de la Présence divine. D’où la question qui, désormais, taraude tous les coeurs : Dieu aurait-il abandonné son peuple ? C’est, au sens propre du terme, la « question de confiance ».
Le miracle de la foi, justement, c’est qu’au sein même de l’épreuve, elle se purifie et s’approfondit : c’est exactement ce qui s’est passé pour Israël. L’exil à Babylone a été l’occasion d’un sursaut extraordinaire de la foi juive ; Ezéchiel est l’un des artisans de ce sursaut : avant la catastrophe, il avait alerté le peuple sur les conséquences désastreuses et inévitables de sa conduite. Il avait multiplié les menaces, dans l’espoir d’obtenir une conversion. Désormais, la catastrophe étant survenue, il se consacre à relever l’espoir défaillant. A ce peuple humilié, en exil, il apporte une parole d’espérance. Cette parabole du cèdre que nous lisons aujourd’hui en est une.
Pourquoi un cèdre, d’abord ? Parce que le cèdre était le symbole de la dynastie royale. Ezéchiel prend l’image du cèdre pour parler du roi, comme La Fontaine prenait celle du lion. Le roi en exil est comme un cèdre renversé (on emploie bien en français l’expression « renverser un roi »), il est comme un arbre desséché… Mais Dieu va prélever une tige tendre du vieil arbre et le replanter lui-même.
« Sur la haute montagne d’Israël, je la planterai » : la « haute montagne d’Israël », c’est évidemment Jérusalem ; topographiquement, ce n’est pas la plus haute montagne du pays, mais c’est d’une autre élévation qu’il est question ! Cette phrase annonce donc deux choses : le retour au pays et la restauration du royaume de Jérusalem.
Et la petite bouture deviendra un cèdre magnifique. Tellement vaste que tous les passereaux du monde viendront y faire leur nid, toutes sortes d’oiseaux habiteront à l’ombre de ses branches. « Tous les arbres des champs sauront que je suis le SEIGNEUR ». « Tous les arbres des champs », c’est-à-dire le monde entier, même les païens, ceux qui n’ont rien à voir avec le cèdre de la royauté. Quant à l’expression « ils sauront que Je suis le SEIGNEUR », nous l’avons déjà rencontrée ; elle signifie « Je suis le SEIGNEUR, il n’y en a pas d’autre ». Thème très fréquent chez les prophètes, dans le cadre de leur lutte contre l’idolâtrie. La suite du texte va dans le même sens : quand un prophète insiste sur la puissance de Dieu, c’est toujours pour marquer le contraste avec les idoles qui, elles, sont incapables du moindre geste, de la moindre action.

RIEN N’EST IMPOSSIBLE A DIEU
« Je suis le SEIGNEUR, je renverse l’arbre élevé, je relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert, et reverdir l’arbre sec. » Il ne s’agit pas du tout de présenter Dieu comme jouant pour son plaisir avec la création, au gré de quelque caprice… ce qui serait, tout compte fait, très inquiétant ; au contraire, c’est une manière de nous rassurer, du style « rien n’est impossible à Dieu ». Vous, les croyants, ne vous laissez pas impressionner par qui que ce soit, ou quoi que ce soit, faites confiance, tout est dans la main de Dieu.
« Je suis le SEIGNEUR, j’ai parlé et je le ferai » : cela veut dire au moins deux choses : d’abord, bien sûr, dans le même sens que tout ce que je viens de dire, la puissance de Dieu, l’efficacité de sa Parole.
Le poème de la Création, au premier chapitre de la Genèse, qui a été écrit sensiblement à la même époque, répète comme un refrain : « Dieu dit… et il en fut ainsi ».
Ensuite, il y a certainement là, pour le peuple juif, un rappel de ce que l’on pourrait appeler la grande promesse, ou la grande espérance ; ce qu’Ezéchiel dit là, c’est quelque chose comme « c’est vrai, apparemment, tout est perdu ; mais n’oubliez jamais que Dieu est fidèle à ses promesses ; donc, quelles que soient les apparences, la promesse faite au roi David est toujours valable. »
Je l’ai dit et je le ferai, cela revient à dire « J’ai promis, donc je tiendrai ».
Cette promesse faite à David, par le prophète Natan, quatre cents ans plus tôt, annonçait un roi idéal né de sa descendance. On la trouve au deuxième livre de Samuel : « Lorsque tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j’élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de toi-même, et j’établirai fermement sa royauté… Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils… Ta maison et ta royauté seront à jamais stables, ton trône à jamais affermi. » (2 S 7, 12… 17).
Cette promesse répercutée de siècle en siècle par les prophètes a nourri l’espérance d’Israël aux heures les plus sombres. La parabole du cèdre, chez Ezéchiel, en est la reprise imagée. Au moment où le peuple dépositaire de la promesse expérimente cruellement son impuissance, l’insistance du prophète sur l’oeuvre de Dieu et de Dieu seul, est la meilleure source de confiance.

BENOÎT XVI – (PATRIARCHE JACOB, RÉCIT DE LA LUTTE AVEC DIEU AU GUÉ DU YABBOQ)

18 mai, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110525.html

BENOÎT XVI – (PATRIARCHE JACOB, RÉCIT DE LA LUTTE AVEC DIEU AU GUÉ DU YABBOQ)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 25 mai 2011

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, je voudrais réfléchir avec vous sur un texte du Livre de la Genèse, qui rapporte un épisode assez particulier de l’histoire du patriarche Jacob. C’est un passage qui n’est pas facile à interpréter, mais qui est important pour notre vie de foi et de prière; il s’agit du récit de la lutte avec Dieu au gué du Yabboq, dont nous avons entendu un passage.
Comme vous vous en souviendrez, Jacob avait soustrait à son jumeau Esaü son droit d’aînesse en échange d’un plat de lentilles et avait ensuite soutiré par la ruse la bénédiction de son père Isaac, désormais très âgé, en profitant de sa cécité. Fuyant la colère d’Esaü, il s’était réfugié chez un parent, Laban; il s’était marié, était devenu riche et s’en retournait à présent dans sa terre natale, prêt à affronter son frère après avoir prudemment pris certaines précautions. Mais, lorsque tout est prêt pour cette rencontre, après avoir fait traverser à ceux qui l’accompagnaient le gué du torrent qui délimitait le territoire d’Esaü, Jacob, demeuré seul, est soudain agressé par un inconnu avec lequel il lutte toute une nuit. Ce combat corps à corps — que nous trouvons dans le chapitre 32 du Livre de la Genèse — devient précisément pour lui une expérience particulière de Dieu.
La nuit est le temps favorable pour agir de façon cachée, et donc, pour Jacob, le meilleur moment pour entrer dans le territoire de son frère sans être vu et sans doute dans l’illusion de prendre Esaü par surprise. Mais c’est au contraire lui qui est surpris par une attaque soudaine, à laquelle il n’était pas préparé. Il avait joué d’astuce pour tenter d’échapper à une situation dangereuse, il pensait réussir à tout contrôler, et il doit en revanche affronter à présent une lutte mystérieuse qui le surprend seul et sans lui donner la possibilité d’organiser une défense adéquate. Sans défense, dans la nuit, le patriarche Jacob lutte contre quelqu’un. Le texte ne spécifie pas l’identité de l’agresseur; il utilise un terme hébreu qui indique «un homme» de façon générique, «un, quelqu’un»; il s’agit donc d’une définition vague, indéterminée, qui maintient volontairement l’attaquant dans le mystère. Il fait nuit, Jacob ne réussit pas à distinguer son adversaire et pour le lecteur, pour nous, il demeure inconnu; quelqu’un s’oppose au patriarche et cela est l’unique élément sûr fourni par le narrateur. Ce n’est qu’à la fin, lorsque la lutte sera désormais terminée et que ce «quelqu’un» aura disparu, que Jacob le nommera et pourra dire qu’il a lutté avec Dieu.
L’épisode se déroule donc dans l’obscurité et il est difficile de percevoir non seulement l’identité de l’agresseur de Jacob, mais également le déroulement de la lutte. En lisant le passage, il est difficile d’établir qui des deux adversaires réussit à avoir le dessus; les verbes utilisés sont souvent sans sujet explicite, et les actions se déroulent de façon presque contradictoire, de sorte que lorsque l’on croit que l’un des deux a l’avantage, l’action successive contredit immédiatement les faits et présente l’autre comme le vainqueur. Au début, en effet, Jacob semble être le plus fort, et l’adversaire — dit le texte — «ne le maîtrisait pas» (v. 26); et pourtant, il frappe Jacob à l’emboîture de la hanche, provoquant son déboîtement. On devrait alors penser que Jacob est sur le point de succomber, mais c’est l’autre au contraire qui lui demande de le lâcher; et le patriarche refuse, en imposant une condition: «Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni» (v. 27). Celui qui par la ruse avait dérobé son frère de la bénédiction due à l’aîné, la prétend à présent de l’inconnu, dont il commence sans doute à entrevoir les traits divins, mais sans pouvoir encore vraiment le reconnaître.
Son rival, qui semble retenu et donc vaincu par Jacob, au lieu de céder à la demande du patriarche, lui demande son nom: «Quel est ton nom». Et le patriarche répond: «Jacob» (v. 28). Ici, la lutte prend un tournant important. Connaître le nom de quelqu’un, en effet, implique une sorte de pouvoir sur la personne, car le nom, dans la mentalité biblique, contient la réalité la plus profonde de l’individu, en dévoile le secret et le destin. Connaître le nom veut dire alors connaître la vérité de l’autre et cela permet de pouvoir le dominer. Lorsque, à la demande de l’inconnu, Jacob révèle donc son nom, il se place entre les mains de son adversaire, c’est une façon de capituler, de se remettre totalement à l’autre.
Mais dans le geste de se rendre, Jacob résulte paradoxalement aussi vainqueur, car il reçoit un nom nouveau, en même temps que la reconnaissance de sa victoire de la part de son adversaire, qui lui dit: «On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes et tu l’as emporté» (v. 29). «Jacob» était un nom qui rappelait l’origine problématique du patriarche; en hébreu, en effet, il rappelle le terme «talon», et renvoie le lecteur au moment de la naissance de Jacob, lorsque, sortant du sein maternel, il tenait par la main le talon de son frère jumeau (cf. Gn 25, 26), presque en préfigurant l’acte de passer en premier, au détriment de son frère, qu’il aurait effectué à l’âge adulte; mais le nom de Jacob rappelle également le verbe «tromper, supplanter». Eh bien, à présent, dans la lutte, le patriarche révèle à son opposant, dans le geste de se remettre et de se rendre, sa propre réalité d’imposteur, qui supplante; mais l’autre, qui est Dieu, transforme cette réalité négative en positive: Jacob l’imposteur devient Israël, un nom nouveau lui est donné qui marque une nouvelle identité. Mais ici aussi, le récit conserve une duplicité voulue, car la signification la plus probable du nom Israël est «Dieu est fort, Dieu triomphe».
Jacob a donc prévalu, il a vaincu — c’est l’adversaire lui-même qui l’affirme — mais sa nouvelle identité, reçue de l’adversaire, affirme et témoigne de la victoire de Dieu. Et lorsque Jacob demandera, à son tour, son nom à son adversaire, celui-ci refusera de le lui dire, mais il se révélera dans un geste sans équivoque, en lui donnant la bénédiction. Cette bénédiction que le patriarche avait demandée au début de la lutte lui est à présent accordée. Et ce n’est pas la bénédiction obtenue par la tromperie, mais celle donnée gratuitement par Dieu, que Jacob peut recevoir car il est désormais seul, sans protection, sans astuces ni tromperies, il se remet sans défense, il accepte de se rendre et confesse la vérité sur lui-même. Ainsi, au terme de la lutte, ayant reçu la bénédiction, le patriarche peut finalement reconnaître l’autre, le Dieu de la bénédiction: «car — dit-il — j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve» (v. 31), et il peut à présent traverser le gué, porteur d’un nom nouveau mais «vaincu» par Dieu et marqué pour toujours, boiteux à la suite de la blessure reçue.
Les explications que l’exégèse biblique peut donner à ce passage sont multiples; les chercheurs reconnaissent en particulier dans celui-ci des intentions et des composantes littéraires de différents genres, ainsi que des références à certains récits populaires. Mais lorsque ces éléments sont repris par les auteurs sacrés et inclus dans le récit biblique, ils changent de signification et le texte s’ouvre à des dimensions plus vastes. L’épisode de la lutte au Yabboq se présente ainsi au croyant comme un texte paradigmatique dans lequel le peuple d’Israël parle de sa propre origine et définit les traits d’une relation particulière entre Dieu et l’homme. C’est pourquoi, comme cela est également affirmé dans le Catéchisme de l’Eglise catholique, «la tradition spirituelle de l’Eglise a retenu de ce récit le symbole de la prière comme combat de la foi et victoire de la persévérance» (n. 2573). Le texte biblique nous parle de la longue nuit de la recherche de Dieu, de la lutte pour en connaître le nom et en voir le visage; c’est la nuit de la prière qui avec ténacité et persévérance demande à Dieu la bénédiction et un nouveau nom, une nouvelle réalité fruit de conversion et de pardon.
La nuit de Jacob au gué du Yabboq devient ainsi pour le croyant le point de référence pour comprendre la relation avec Dieu qui, dans la prière, trouve sa plus haute expression. La prière demande confiance, proximité, presque un corps à corps symbolique, non avec un Dieu adversaire et ennemi, mais avec un Seigneur bénissant qui reste toujours mystérieux, qui apparaît inaccessible. C’est pourquoi l’auteur sacré utilise le symbole de la lutte, qui implique force d’âme, persévérance, ténacité pour parvenir à ce que l’on désire. Et si l’objet du désir est la relation avec Dieu, sa bénédiction et son amour, alors la lutte ne pourra qu’atteindre son sommet dans le don de soi-même à Dieu, dans la reconnaissance de sa propre faiblesse, qui l’emporte précisément lorsqu’on en arrive à se remettre entre les mains miséricordieuses de Dieu.
Chers frères et sœurs, toute notre vie est comme cette longue nuit de lutte et de prière, qu’il faut passer dans le désir et dans la demande d’une bénédiction de Dieu qui ne peut pas être arrachée ou gagnée en comptant sur nos forces, mais qui doit être reçue avec humilité de Lui, comme don gratuit qui permet, enfin, de reconnaître le visage du Seigneur. Et quand cela se produit, toute notre réalité change, nous recevons un nouveau nom et la bénédiction de Dieu. Mais encore davantage: Jacob, qui reçoit un nom nouveau, devient Israël, il donne également un nom nouveau au lieu où il a lutté avec Dieu, où il l’a prié, il le renomme Penuel, qui signifie «Visage de Dieu». Avec ce nom, il reconnaît ce lieu comblé de la présence du Seigneur, il rend cette terre sacrée en y imprimant presque la mémoire de cette mystérieuse rencontre avec Dieu. Celui qui se laisse bénir par Dieu, qui s’abandonne à Lui, qui se laisse transformer par Lui, rend le monde béni. Que le Seigneur nous aide à combattre la bonne bataille de la foi (cf 1 Tm 6, 12; 2 Tm 4, 7) et à demander, dans notre prière, sa bénédiction, pour qu’il nous renouvelle dans l’attente de voir son Visage. Merci.

EN RELISANT LE POÈME DU SERVITEUR SOUFFRANT – ISAÏE 52,13-53,12

30 mars, 2015

http://www.maisondelabible.catho.be/articles/autres3.htm

EN RELISANT LE POÈME DU SERVITEUR SOUFFRANT – ISAÏE 52,13-53,12

1. Le Premier Testament
2. Le fait unique du Christ
3. Les premiers chrétiens
4. Le serviteur souffrant du 4e chant d’Isaïe
5. Le Serviteur soufrant et nous
6. Retour à la case du départ

Dans un gros roman tout en suspens, Pomilio raconte l’histoire d’un officier américain, historien de métier, qui découvre dans une cure allemande abandonnée, qui lui a été dévolue comme logis pendant l’occupation, la mention de l’existence d’un cinquième évangile (1) . Et le voilà parti dans une quête passionnée à laquelle il associe ses étudiants en histoire. Quel est ce cinquième évangile ? Prenons cette question comme fil rouge de notre recherche : « Qui est le Serviteur souffrant en Isaïe 53 ? ». Pour le découvrir, acceptons de faire un détour dans les Ecritures.

1. Le Premier Testament
Revenons au Premier Testament. Il nous raconte une histoire concrète, l’histoire d’un peuple avec ses aventures, ses joies, sa religion, ses malheurs, ses erreurs, ses péchés, ses retours… Mais déjà le texte écrit que nous lisons est un premier décodage. Les auteurs y livrent déjà une première clé de lecture. Les faits sont décrits de manière à exprimer à travers eux qui est Dieu, qui est l’homme pour Lui. L’histoire sainte est donc une parabole théologale de Dieu. C’est une histoire à décoder. C’est l’histoire de « Dieu avec son peuple », « d’Israël avec Dieu ».
Allons plus loin. L’écrit est livré au lecteur, à l’auditeur, l’histoire devient parabole nouvelle. Le texte devient pour le lecteur « sa » parabole, il peut y lire aussi l’histoire-parabole de Dieu avec tous les peuples, l’histoire de Dieu avec lui-même, lecteur, auditeur.

2. Le fait unique du Christ
L’Histoire-parabole, la Bible, est livrée aux lecteurs de tous les temps. S’il est vrai que l’Histoire Sainte est l’histoire d’un peuple, elle est aussi notre histoire personnelle, celle de l’Eglise et celle de chaque peuple. Nous pouvons la comparer à une parabole extrêmement significative. Pourtant dans cette histoire, un fait unique s’est produit. Du moins les chrétiens le perçoivent-ils ainsi, à la manière de st Paul : un homme dévoile une signification plus totale de la parabole, une réalité inouïe, une réalité qui dépasse toutes les espérances germées de l’histoire-parabole : nous pouvons dire que certains passages du Premier Testament sont une parabole en premier lieu de Jésus lui-même. C’est en cela que « s’accomplissent les Ecritures ». Et lorsqu’il nous est demandé de suivre Jésus, nous réalisons un peu nous-mêmes cet accomplissement.
L’évangéliste Luc exprime cette réalité de Jésus dans les récits après la Résurrection : « Et Jésus, en commençant par Moïse et tous les prophètes, leur expliqua dans toutes les Ecritures, ce qui le concernait » (Luc 24,27). Paul de son côté nous dit : « Un voile demeure lorsqu’on lit l’Ancien Testament… Jusqu’à ce jour un voile demeure sur le cœur. C’est seulement quand on se convertit au Seigneur (Christ) que le voile tombe… » (2 Co 3,14-16). Paul ne dit pas « quand on connaît le Christ » mais « quand on se convertit au Christ ». C’est l’engagement de vie suscité par la connaissance du Christ, la rencontre du Christ, qui découvre peu à peu la vérité des Ecritures, « le mystère caché révélé maintenant aux saints apôtres et prophètes » (Eph 3,5).

3. Les premiers chrétiens
Les premiers chrétiens l’avaient bien compris, eux qui, pour découvrir la personne de Jésus, ont recouru aux textes du Premier Testament, particulièrement les psaumes et les prophètes. Des hommes, tels que Moïse et Elie (présents à la transfiguration, disent les évangélistes!), Jérémie ou l’un des prophètes, surgissent déjà dans la pensée des auditeurs de Jésus : « Qu’est-ce que les gens disent de moi ? » demande Jésus. « Il disent que tu es Elie ou Jérémie, ou l’un des prophètes… » (Mt 16,13-14). Plus encore, les psaumes, qui s’adressent à Dieu à travers les souffrances, et Isaïe, présentant le Serviteur souffrant, sont les textes les plus cités par les écrits des premiers chrétiens. Nous comprenons mieux maintenant ce que dit si souvent Matthieu: « Ainsi s’accomplit ce que dit le Seigneur par le prophète… ». Non que les prophètes aient connu par avance la vie de Jésus, comme le croient encore naïvement certains chrétiens, mais parce que leurs paroles étaient paraboles, ‘grosses’ de réalités nouvelles auxquelles elles vont donner le jour, comme la graine mise en terre ne dit encore rien clairement des fruits de l’arbre qui pourtant va germer à partir d’elle. Ce n’est pas pour rien que nombre de paraboles de l’évangile parlent de la semence! Et que tant de textes prophétiques appellent « germe » celui qu’on attend comme sauveur (Is 4,2; 61,11; Jr 23,5; 33,15; Za 3,8; 6,12) et, dans le poème du serviteur souffrant, celui-ci est annoncé comme un « surgeon qui sort d’une terre déssèchée » (Is 53,2). Le psaume 21 et Isaïe 53 sont des textes importants qui ont permis d’appréhender quelque peu le mystère de Jésus, le secret de Dieu et de son dessein d’amour. .

4. Le Serviteur souffrant du 4e chant (Isaïe 52,13-53,12)
Les paroles d’Isaïe permettent-elles vraiment ce transfert de la prophétie sur le Nouveau Testament ? Essayons de le découvrir. Le texte, appelé souvent « le chant du Serviteur souffrant » est le quatrième d’une série de poèmes, repérés au milieu du texte d’Isaïe entre les chapitres 42 et 54. Ces quatre textes ont ceci de particulier qu’ils parlent d’un mystérieux serviteur que Dieu a choisi pour une mission bien particulière.
Qui est ce serviteur ? Déjà, Israël est appelé « mon serviteur » au chapitre 41,8 : « Je t’ai choisi et non rejeté… ». Le texte est destiné à fortifier la confiance d’Israël, à l’assurer de la présence protectrice de Dieu, « Celui qui te rachète, le saint d’Israël », et lui promet le retournement de sa situation misérable. Ces promesses réconfortantes se continuent au chapitre 43,1 ss. Il s’y ajoute une mission de témoignage « mes témoins à moi, c’est vous, parole du Seigneur; mon serviteur, c’est vous que j’ai choisis » (Is 43,10).
D’autre part, en Isaïe 41,25, nous découvrons un autre serviteur de Dieu : « Du Nord, j’ai fait surgir un homme… » Il s’agit de Cyrus sans doute, comme en Isaïe 40,13 : »Qui a indiqué au Seigneur l’homme (qui réalisera) son dessein ? ». Nous retrouvons ce même serviteur en Isaïe 42,9; 46,11; 44,28; 45,1-6… Quelle est la mission de Cyrus ? Dieu lui promet « d’abaisser les nations devant lui, déboucler les ceintures des rois, ouvrir les battants des portes, Dieu lui donne trésors et richesses… à cause de son peuple ». Le prophète dit de lui « qu’il sera un oiseau de proie…  » (Is 46,11).
Tout autre est la figure d’un autre serviteur, surtout dans ces quatre poèmes (Is 42,1-7; 49,1-9; 50,4-9; 52,13-53,12). « Voici mon serviteur que je soutiens… j’ai mis mon esprit sur lui, il fera paraître le jugement parmi les nations. Il ne criera pas, il n’élèvera pas la voix… il ne brisera pas le roseau blessé… je t’ai destiné à être alliance des nations, lumière des peuples… à ouvrir les yeux des aveugles… » (Is 42,1-7). Ce serviteur reçoit une mission de justice, de guérison, une mission universelle pour toutes la nations. Pourtant il connaît des difficultés, des souffrances, il dira même: « C’est en vain que je me suis fatigué, pour du vide, du vent, que j’ai épuisé mon énergie. En fait mon droit m’attendait près du Seigneur » (Is 49,4). Il souffrira, sera persécuté (Is 50,6). Ce serviteur est un disciple, avec une mission prophétique de réconfort, de consolation : « Tu m’as ouvert l’oreille pour que j’écoute comme un disciple pour que je puisse réconforter l’épuisé… » (Is 50,4-5). Mais surtout sa mission se vit à travers le sacrifice de lui-même pour son peuple, dans sa douceur, son silence,- alors qu’il porte le péché de son peuple, – son offrande de lui-même jusqu’à être rejeté, traité comme puni de Dieu, mis à mort sans qu’on se préoccupe de son sort. Mais sa glorification contre toute attente, son intercession pour les pécheurs, en font une figure énigmatique, une parabole qui recèle un secret inconnu. Qui est le mystérieux Serviteur souffrant ? Ce serviteur ne peut pas être le conquérant Cyrus « oiseau de proie ». Est-il le portrait de Jérémie qui a souffert pour la parole de Dieu ? (Jr 20,8; 26,8.; 30,13…). Est-ce le prophète auteur de ces lignes ? Est-ce le peuple Israël tout entier ? On sait maintenant que le « Maître de Justice » de Qûmran, qui avait aussi été persécuté, disait que ces textes parlaient de lui C’est ainsi que le décrit Israël Knohl (2) , un Israélien, dans son livre « Un autre Messie ». Mais il ne semble pas que les docteurs de la Loi du temps de Jésus voyaient en ces textes des promesses prophétiques.
Comme toutes les paraboles, ces textes ne livrent leur secret qu’à ceux qui « écoutent la parole et qui la gardent » dans leur engagement vivant. Comment Jésus n’aurait-il pas entendu ces paroles comme parlant pour lui? Comment les premiers chrétiens n’auraient-ils pas décrypté le mystère du Serviteur et de Jésus l’un par l’autre? Ils le disent clairement, comme dans le récit de Philippe annonçant Jésus à l’eunuque de Candace, à partir du texte d’Isaïe 53 qu’il était en train de lire (Ac 8,26-37). Ou dans la première lettre de Pierre (1 P 2,24) ou encore par les mots qu’ils utilisent, par exemple quand Jean nous dit l »exaltation » de Jésus comme le Serviteur sera exalté (voir aussi Ro 4,25; 2 Co 5,21; Gal 3,13; Eph 2,14-18). En nous décrivant la Passion, les évangélistes font souvent allusion à ce grand poème du Serviteur souffrant ou même le citent (par exemple Mt 26,63; 27,38.60). On trouve aussi dans les évangiles d’autres citations pendant la vie de Jésus; par exemple : « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies » (Mt 8,17; Is 53,4; voir aussi Mt 12,18-21; Lc 22,37) « Il a été compté parmi les pécheurs » (Mc 15,28; Is 53,12; les références des différentes éditions des bibles actuelles nous renseigneront sur toutes les citations et les allusions). Nous trouvons dans la première lettre de Pierre un texte remarquable qui montre Jésus accomplissant la prophétie d’Isaïe et demandant aux chrétiens de suivre son exemple, d’accomplir eux aussi ce que disait le prophète : « Le Christ lui aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple afin que vous suiviez ses traces : Lui qui n’a pas commis de péché et dans la bouche duquel il ne s’est pas trouvé de tromperie, lui qui insulté ne rendait pas l’insulte, dans sa souffrance ne menaçait pas mais s’en remettait au juste Juge, lui qui, dans son corps, a porté nos péchés sur le bois, afin que morts à nos péchés nous vivions pour la justice, lui dont les meurtrissures nous ont guéris… » (1 P 2,21-24; Is 53,9…). Jésus lui-même semble bien avoir lu son destin à la lumière du poème d’Isaïe. Les annonces de la Passion, si présentes dans les évangiles, nous disent combien Jésus a senti grandir l’opposition autour de lui et s’est résolument présenté à Jérusalem pour un témoignage décisif qui, il le savait, le conduisait à la mort. Quand Jésus se reconnaît dans le Serviteur souffrant, il ne cultive pas le dolorisme. La souffrance du Serviteur lui est infligée par ceux qui le refusent, ceux qui le méprisent, le condamnent et le comptent pour rien. C’est l’amour du Serviteur, sa fidélité jusqu’à la mort, sans répondre à la violence par la violence ou la haine, qui le mène là : « S’il offre sa vie en sacrifice, il verra de longs jours et le dessein de Dieu par lui s’accomplira… Il intercédera pour les pécheurs » (Is 53,10…12). Les disciples ont refusé d’entrer dans cette perspective dangereuse et de l’accepter (voir Mc 8,31-33; 9,30-37; 10,32-45 et //); ce refus a entraîné leur fuite lors de l’arrestation de Jésus. Au moment de sa Passion, Jésus s’est donné à lui-même le nom de Serviteur : « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Lc 22,27). Luc met dans la bouche de Jésus après la résurrection: « Ne fallait-il pas que le Fils de l’Homme souffre cela pour entrer dans sa gloire » (Luc 24,26). Le mot de ‘gloire’ rappelle encore le poème d’Isaïe. La Lettre aux Philippiens contient un chant qui semble un décalque du poème d’Isaïe : « Le Christ, qui est de condition divine, n’a pas revendiqué pour lui d’être l’égal de Dieu. Mais il s’est dépouillé prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes et reconnu à son aspect comme un homme, il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné le Nom qui est au dessus de tout nom… » (Ph 2,2-9…).

5. Le Serviteur souffrant et nous
Israël porte le Christ comme une mère porte son enfant sans savoir ce qu’il deviendra. Cet enfant grandit encore en nous « jusqu’à la plénitude de la stature du Christ » (Eph 4,13), à travers nos vies, à travers l’histoire du monde. « Confessant la vérité dans l’amour, nous grandissons à tous égards vers Celui qui est la tête, Christ. Et c’est de lui que le corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent, selon une activité répartie à la mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans l’amour » (Eph 4,15-16).
Le poème du Serviteur souffrant est lu intégralement le vendredi saint. Il nous parle de Jésus, éclaire sa passion avec ce grand texte. Mais nous souvenant de la lettre de Pierre et d’autres textes semblables du Nouveau Testament, nous découvrons que la prophétie d’Isaïe devient aussi une parabole de ce qui constitue le cœur de l’être chrétien. Comme Jésus et à notre tour, nous avons à porter notre monde avec tout son mal et son espérance. Bien souvent, les chrétiens, comme le Christ, souffrent le martyre aujourd’hui encore. Mais chacun de nous est invité par Pierre à vivre à l’image du Christ tout simplement dans sa vie  » à ne pas répondre à l’insulte, à ne pas menacer, à ne pas avoir dans notre bouche de la tromperie… ». Comme Paul aussi nous le disait, nous portons en nous la croissance du corps du Christ. Il disait aussi : « Je souffre en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ » (Col 1,24). Le poème de la lettre aux Philippiens est précédé d’un encouragement de Paul à ses correspondants, leur demandant « d’avoir eux et entre eux les sentiments qui ont été ceux du Christ » (Ph 2,1-5).

Retour à la case de départ
Partant de l’interrogation de Pomilio (1) , dans l’introduction : « Quel est le cinquième évangile? », nous nous demandions qui était le Serviteur souffrant. Nous sommes mieux à même de répondre maintenant. Le Serviteur souffrant, annoncé par Isaïe, c’est tout à la fois le peuple d’Israël, le Christ, d’une manière unique, parce qu’il a pénétré mieux que n’importe qui le cœur de ce mystère de solidarité et de salut et « qu’habite en lui toute la plénitude » (Col 2,9). Mais aussi, pour leur part, chacun des Juifs ou des Chrétiens qui se confronte au texte, se laisse interpeller, « écoute la Parole et la garde dans sa vie ».

Nous aimons citer en finale un texte de Steinbeck (3) , dans son livre « Les raisins de la colère » (il s’agit d’un homme qui défendait ses frères au péril de sa vie lors d’une crise terrible aux Etats-Unis où des milliers de paysans ont été chassés de leurs terres par les grandes entreprises agricoles):
« Un homme n’a pas à soi une âme unique, mais seulement un morceau de l’âme du monde… à ce moment-là, tout n’a plus d’importance. Je serai toujours là, partout, dans l’ombre. Partout où il y aura une bagarre pour que les gens puissent avoir à manger, je serai là. Partout où il y aura une police en train de passer un type à tabac quand il défend ses frères, je serai là. Dans les cris des gens qui se mettent en colère parce qu’ils n’ont rien dans le ventre, je serai là… Le comprends-tu ? »

Le ‘service’, demandé au chrétien, n’est pas un acte de bonté qu’il consent à faire, mais une exigence de son être. Disciple du ‘Serviteur’, il devient lui-même ‘serviteur’. Le service, que la plupart d’entre nous accepte volontiers de réaliser comme des actes de partage ou de sollicitude, est avant tout une disposition intérieure, un prolongement de l’amour de Dieu. Invisiblement, cette disposition intérieure change le monde, le regard que nous portons sur lui, la source des relations que nous entretiendrons avec lui. Les divers services extérieurs que nous pouvons rendre nous sollicitent à être dans la vie de tous les jours des êtres de non-violence, fidèles jusqu’à la mort.

Marie-Philippe Schùermans

(1) M. Pomilio, Le cinquième Evangile, trad. de l’italien, prix Napoli 1975, éd. Fayard, Paris, 1977
(2) I. Knohl, L’autre Messie, éd. Albin Michel, Paris 2001
(3) J. Steinbeck, Les raisins de la colère, trad. de l’américain, éd.

L’ ARCHE DE NOE – ETUDE

25 mars, 2015

http://prof-themes.blogspot.it/2009/04/l-arche-de-noe.html

(les tresors du Judaisme, par le site)

L’ ARCHE DE NOE

ETUDE

Rabbi Moshé de Kovrin explique ainsi le verset :
« Entre dans l’arche » par « entre dans les mots, ceux de la Torah et de la Tefila ».
 » Fais-toi une arche en bois résineux, tu la feras en roseaux et tu l’enduiras de bitume en dedans et en dehors. Voici comment tu la feras : trois cents coudées pour la longueur de l’arche, cinquante coudées pour sa largeur, trente coudées pour sa hauteur. Tu feras à l’arche un toit et tu l’achèveras une coudée plus haute, tu placeras l’entrée de l’arche sur le côté et tu feras un premier, un second et un troisième étages. »
 » Entre dans l’arche, toi et toute ta famille, car je t’ai vu seul juste à mes yeux parmi cette génération. De tous les animaux purs, tu prendras sept paires, le mâle et sa femelle; des animaux qui ne sont pas purs, tu prendras un couple, le mâle et sa femelle et aussi des oiseaux du ciel, sept paires, le mâle et sa femelle, pour perpétuer la race sur toute la terre. Car encore sept jours et je ferai pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits et j’effacerai de la surface du sol tous les êtres que j’ai faits. » Genese
Noé peut-il nous servir de modèle ?
Voici les chroniques de Noé : Noé était un homme juste et parfait dans sa génération” (Genèse 6, 9).
“Dans sa génération” mais dans les autres générations, comme celles d’Avraham, Moïse et David, il ne compte pour rien…(Zohar I, 60a)
Lorsque la Torah met l’accent sur le fait que Noé était un homme juste dans sa génération, ce n’est pas pour diminuer sa grandeur. Au contraire, à son époque, quand le monde était dans son enfance spirituelle, ses actions représentaient l’apogée du potentiel humain. La Torah vient plutôt nous dire qu’après les progrès accomplis par Avraham, Moïse et David, nous ne devons pas considérer Noé comme notre modèle : dans un monde qui a mûri jusqu’à dépasser la morale utilitaire de son enfance, la droiture de Noé ne compte plus.

Alain Goldmann – Grand Rabbin
« Certes, je ferai en cela comme pour les eaux de NOE : de même que j’ai juré que le déluge de NOE ne désolerait plus terre, ainsi je jure de ne plus m’irriter contre toi. » ( ISAÏE LIV, 9 ). Ainsi, pour sceller la dernière alliance avec son peuple, D.ieu évoque la première, qui fut conclue avec l’humanité naissante. (voir Genèse XI, 9). Selon RADAK, nos Sages voient dans le texte repris par notre Haphtara, une preuve du pardon définitif, car l’exil dans lequel nous nous trouvons encore, fut pour ISRAËL ce que le déluge fut pour l’humanité.
Cette nouvelle alliance sera plus durable que la NATURE qui nous semble immuable. Il est dit : « Que les montagnes chancellent, que les collines s’ébranlent, ma tendresse pour toi ne chancellera pas, ni mon alliance de paix ne sera ébranlée, dit Celui qui t’aime, l’Eternel. » (verset 10).
Par ces termes, nous prenons connaissance des promesses messianiques selon lesquelles ISRAËL n’aura plus rien à craindre. Il deviendra intouchable, inattaquable. « Que si l’on se mettait contre toi, ce serait sans mon aveu ; quiconque se mettra contre toi succombera sur ton sol. » ( verset 15). Ces paroles de consolation et d’espoir nous permettent de mieux comprendre le caractère miraculeux de toutes les victoires remportées par l’Etat ISRAËL lors de toutes les attaques dont il fut l’objet depuis son indépendance.
Nous pouvons considérer comme le pensent de nombreux maîtres, que nous avons là le signe intangible de la préparation à la période messianique. Viendra un jour enfin où le mépris des peuples changera en vénération, car ils auront reconnu la vérité seule et éternelle dont le peuple juif dans son ensemble était depuis toujours le gardien. Elle nous paraît très forte cette autre affirmation du prophète ISAÏE disant : « Tout instrument forgé contre toi sera impuissant, toute langue qui se dressera contre toi pour t’accuser sera convaincue d’injustice » (verset 17). N’est-ce pas en fin de compte, ce qui s’est produit lors du Concile VATICAN II ? Celui-ci a en effet reconnu dans la déclaration NOSTRA AETATE publiée il y a quarante ans, que les Juifs ne pouvaient accusés d’être déicides, accusation dont nous avons tant soufferts durant des millénaires.

Tradition rabbinique sur wiki
L’histoire de Noé et de l’arche fit l’objet de nombreux embellissements dans la littérature rabbinique juive tardive. En premier lieu, le fait que Noé n’ait pas jugé utile de prévenir ses contemporains du danger qui les guettait a été largement interprété comme une limite de sa supposée rectitude – peut-être cet homme ne semblait-il juste que par contraste avec une génération particulièrement corrompue ? D’après une autre tradition, il aurait en réalité répandu l’avertissement divin, et planté des cèdres près de cent vingt ans avant le Déluge pour que les pécheurs aient le temps de prendre conscience de leurs fautes et de s’amender. Afin de protéger Noé et sa famille des malfaisants qui les raillaient et les malmenaient, Dieu aurait également placé des lions et d’autres animaux féroces à l’entrée de l’arche. Selon un midrash, c’est à Dieu ou aux anges que l’on doit d’avoir réuni les animaux autour de l’arche, avec leur nourriture. Étant donné que jamais encore ne s’était fait sentir le besoin de distinguer les animaux impurs des animaux purs, ces derniers se firent connaître en s’agenouillant devant Noé lorsqu’ils entraient dans l’arche. Une autre source affirme que c’est l’arche elle-même qui a distingué le pur de l’impur, en admettant en son sein sept couples des premiers et seulement deux des seconds.

Quand vient l’arc-en-ciel
De quoi est-il le signe ?
La Torah enseigne (Gen. 9, 13-15) que c’est après le déluge qu’apparut l’arc-en-ciel. D.ieu le créa en signe d’alliance avec les hommes, promettant qu’Il ne détruirait plus le monde par un tel cataclysme. Quel est donc le lien particulier entre l’apparition de l’arc-en-ciel et le fait qu’un nouveau déluge soit exclu ?
Avant le déluge, les nuages étaient si matériels et grossiers que les rayons du soleil ne parvenaient pas à s’y réfléchir. L’arc-en-ciel était donc impossible. Le déluge eut pour effet de raffiner les éléments constitutifs du monde, permettant ainsi à l’arc-en-ciel de surgir.
L’arc-en-ciel étant donc le signe d’un certain raffinement du monde, il l’est également de la Délivrance. C’est ainsi que le Zohar affirme : « Si tu vois un arc-en-ciel aux couleurs lumineuses, attends la venue de Machia’h ». Car, alors le monde aura atteint un nouveau degré de raffinement et sera digne de cette nouvelle époque.

- Les 7 lois noa’hides.
Adam a reçu six mitsvoth :
1. Ne pas pratiquer l’idolâtrie.
2. Respecter le nom de D-ieu, c’est-à-dire l’interdiction de le profaner, de maudir le nom de D-ieu.
3. Ne pas commettre l’inceste, et s’éloigner de toute relation interdite.
4. Ne pas tuer.
5. Ne pas voler.
6. Avoir des juges, des tribunaux.
Et Noé, reçut une nouvelle mitvsa :
7. Celle de ne pas manger le membre d’un animal encore vivant.
Rambam, Loi sur les rois, 9, 1.

Tout celui qui prend sur lui ces lois et qui fait attention de les accomplir fait parti des justes du monde, il aura droit au monde futur. Idem, 6, 11.
Le judaïsme n’est pas un peuple missionnaire, et ne fait pas de prosélytisme. Il ne considère pas que tous doivent vivre de la même manière, ni que le principe de l’universalité qu’il reconnaît comme un des fondements du monothéisme devrait obliger les autres à s’y conformer. Au contraire, il affirme que chacun peut avoir une place méritante en accomplissant ce qui lui est demandé à son propre niveau.

7 commandements pour toutes les nations du monde, 613 pour Israël.

COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 15 MARS 2015 – (2 Ch 36, 14-16.19-23)

13 mars, 2015

http://www.eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/le-dimanche-jour-du-seigneur/commentaires-de-marie-noelle-thabut/

COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 15 MARS 2015

PREMIERE LECTURE – deuxième livre des Chroniques (2 Ch 36, 14-16.19-23)

Sous le règne de Sédécias,
14 tous les chefs des prêtres et le peuple
multipliaient les infidélités,
en imitant toutes les abominations des nations païennes,
et ils profanaient la Maison que le SEIGNEUR avait consacrée à Jérusalem.
15 Le Dieu de leurs pères,
sans attendre et sans se lasser,
leur envoyait des messagers,
car il avait pitié de son peuple et de sa Demeure.
16 Mais eux tournaient en dérision les envoyés de Dieu,
méprisaient ses paroles,
et se moquaient de ses prophètes ;
finalement, il n’y eut plus de remède
à la fureur grandissante du SEIGNEUR contre son peuple.
19 Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu,
détruisirent le rempart de Jérusalem,
incendièrent tous ses palais,
et réduisirent à rien tous leurs objets précieux.
20 Nabuchodonosor déporta à Babylone
ceux qui avaient échappé au massacre ;
ils devinrent les esclaves du roi et de ses fils
jusqu’au temps de la domination des Perses.
21 Ainsi s’accomplit la parole du SEIGNEUR
proclamée par Jérémie :
« La terre sera dévastée et elle se reposera
durant soixante-dix ans,
jusqu’à ce qu’elle ait compensé par ce repos
tous les sabbats profanés. »
22 Or, la première année du règne de Cyrus, roi de Perse,
pour que soit accomplie la parole du SEIGNEUR proclamée par Jérémie,
le SEIGNEUR inspira Cyrus, roi de Perse.
Et celui-ci fit publier dans tout son royaume,
- et même consigner par écrit- :
23 « Ainsi parle Cyrus, roi de Perse :
Le SEIGNEUR, le Dieu du ciel,
m’a donné tous les royaumes de la terre ;
et il m’a chargé de lui bâtir une Maison
à Jérusalem, en Juda.
Quiconque parmi vous fait partie de son peuple,
que le SEIGNEUR son Dieu soit avec lui,
et qu’il monte à Jérusalem ! »

ENTETEMENT DES HOMMES ET PATIENCE DE DIEU
Dès 598, le roi de Babylone, Nabuchodonosor est le maître à Jérusalem ; il pille et saccage le Temple ;
il nomme et destitue les rois ; et pour mater les mauvaises volontés, il opère déjà une déportation massive ; le deuxième livre des Rois (chapitre 24) raconte qu’il déporta tout Jérusalem, tous les chefs, tous les gens riches, soit dix mille déportés, tous les artisans du métal, les serruriers, et bien sûr, les militaires si bien qu’il ne resta que les petites gens du pays.
Il met en place à Jérusalem le roi Sédécias qui régnera de 598 à 587 av.J.C. Mais Sédécias n’est pas plus docile que les autres, ni à Dieu, ni à ses prophètes, ni au souverain du moment, Nabuchodonosor. En 587, celui-ci fait pour la deuxième fois le siège de Jérusalem et écrase la révolte de Sédécias. Le siège dura plus de dix-huit mois et acheva la destruction de Jérusalem. La presque totalité du peuple fut déportée. Généralement, c’est à partir de 587 que l’on décompte la durée de l’Exil à Babylone. Un Exil qui durera jusqu’à ce que Nabuchodonosor soit à son tour écrasé par la nouvelle puissance montante au Moyen-Orient, l’Iran qu’on appelle encore la Perse, à l’époque.
La politique de Cyrus, roi de Perse, va faire l’affaire des habitants de Jérusalem : systématiquement, il renvoie dans leur pays d’origine toutes les populations déplacées ; la population juive en bénéficie tout comme les autres. C’est tellement inespéré qu’on verra là la main de Dieu !
« La première année de Cyrus, roi de Perse, pour que soit accomplie la parole proclamée par Jérémie, le SEIGNEUR inspira Cyrus, roi de Perse. Et celui-ci fit publier dans tout son royaume, et même consigner par écrit : Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le SEIGNEUR, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir un temple à Jérusalem, en Judée. Tous ceux qui font partie de son peuple, que le SEIGNEUR leur Dieu soit avec eux, et qu’ils montent à Jérusalem! »
Mais qu’avait donc dit Jérémie ? Il avait tout simplement joué son rôle de prophète : rappelant sans cesse la loi de Dieu et menaçant le peuple des pires châtiments, s’il ne se convertissait pas ! A son grand désespoir, les événements lui avaient donné raison.
Pour l’auteur des Chroniques, tout cela est clair : Dieu a patienté, patienté ; il a mis son peuple en garde, comme on avertit quelqu’un au bord du précipice ; mais ni le peuple ni le roi n’ont rien voulu entendre : « Tous les chefs des prêtres et le peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les pratiques sacrilèges et ils profanaient le Temple de Jérusalem consacré par le SEIGNEUR ».
En lisant Jérémie, on s’aperçoit que le reproche le plus grave qu’il adresse à son peuple, c’est d’avoir complètement défiguré la religion de l’Alliance : non seulement, on ne respecte plus le sabbat, mais surtout on retombe dans l’idolâtrie, et dans ce qu’elle a de pire à l’époque, les sacrifices humains. Les commandements envers Dieu sont abandonnés… les commandements envers les autres sont abandonnés.
Dieu, lui, n’oubliait pas son Alliance : il était toujours « Le Dieu de leurs pères » : depuis le temps des patriarches, Abraham, Isaac, Jacob… « Sans attendre et sans se lasser, il envoyait ses messagers » ; ce n’est pas pour défendre ses propres intérêts que Dieu rappelle sans cesse les commandements, par l’intermédiaire de ses prophètes ; Jérémie a cette parole extraordinaire : « Est-ce bien moi qu’ils offensent ? dit Dieu ; n’est-ce pas plutôt eux-mêmes ? Et ils devraient en rougir. » (Jr 7, 19). Ce qu’il veut dire par là, c’est que le peuple libéré par Dieu se fait lui-même esclave de faux dieux et retombe dans des pratiques indignes d’hommes libres. « Ils m’abandonnent, moi, la source d’eau vive, dit Dieu, pour se creuser des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau » (Jr 2, 13).

QUAND LES HOMMES FONT LEUR PROPRE MALHEUR
Mais on sait comment ils ont traité les prophètes. « Ils tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles et se moquaient de ses prophètes. » Alors est arrivé ce qui devait arriver : le Dieu fidèle à sa Parole avait promis le bonheur si on obéissait aux commandements, et le malheur si on désobéissait ; sa fidélité à cette Parole exigeait qu’il finisse par sévir. « Finalement, il n’y eut plus de remède à la colère grandissante du SEIGNEUR contre son peuple. »
Nous sommes surpris qu’un texte biblique, relativement tardif, parle encore de « colère » de Dieu, comme si Dieu pouvait, comme nous, se laisser aller à des emportements ; mais c’est le contexte historique qui exige ce genre de discours : le danger de l’idolâtrie est encore présent, visiblement. Pour imposer la foi au Dieu unique, il n’y a pas d’autre moyen que de lui imputer la responsabilité de tous les événements : aussi bien la catastrophe de l’Exil que, ensuite, le retour permis par Cyrus. A cette étape de la réflexion théologique, on pense forcément : s’il n’est pas le Maître de tout, c’est qu’il y a d’autres dieux. Plus tard, au fur et à mesure qu’on progressera dans la Révélation, on découvrira que tous nos sentiments humains de colère et de vengeance sont totalement étrangers à Dieu, le Tout-Autre, car il n’y a en lui qu’une réalité, l’Amour.
En attendant, l’auteur du livre des Chroniques a déjà trouvé le moyen d’affirmer deux choses capitales de la foi : premièrement, Dieu reste toujours « le Dieu des pères » quelle que soit l’infidélité de son peuple et il fera tout pour l’empêcher de tomber dans le précipice. Deuxièmement, quand le peuple est dans le précipice, il trouvera le moyen de l’en sortir, car rien n’est impossible à Dieu.
———————————————–

Compléments
« Soixante-dix ans » (verset 21) : voici un bon exemple de l’utilisation des chiffres dans la Bible ; les premiers départs à Babylone ont lieu en 598 av.J.C. L’édit de Cyrus autorisant le peuple à rentrer à Jérusalem date de 538. L’Exil aura donc duré au maximum soixante ans, et pour le plus grand nombre, il n’aura même duré que cinquante ans. Que signifie donc ce chiffre de soixante-dix ans qui n’est pas vérifié historiquement ? La citation que l’auteur attribue à Jérémie est en fait empruntée à deux livres de la Bible, celui de Jérémie et le Lévitique (Jr 25, 11 ; Jr 29, 10 ; Lv 26, 34-35). Jérémie parle effectivement de soixante-dix ans, mais seulement dans le sens de la longue durée : soixante-dix ans, c’est à peu près la durée de la vie humaine : le psaume 89/90, verset 10, dit explicitement : « soixante-dix ans, c’est la durée de notre vie, quatre-vingt si elle est vigoureuse ».
Le Lévitique n’emploie pas l’expression soixante-dix ans, mais il donne à l’Exil le sens de réparation pour tous les sabbats profanés. Il faut se rappeler ce qu’était l’année sabbatique : tous les sept ans, la terre elle-même devait être au repos, on ne devait pas la cultiver (du moins telle était la Loi). Mais, tout comme le sabbat hebdomadaire, le sabbat de la terre a été maintes fois violé. L’Exil sera alors pour la Terre Promise comme un sabbat forcé.
L’auteur du Livre des Chroniques fait donc le lien entre la durée de soixante-dix ans dont parle Jérémie et l’idée de compensation des sabbats. Rapprochement d’autant plus parlant que soixante-dix, c’est dix fois sept, un multiple d’années sabbatiques.
Par ailleurs, très probablement, pour lui, cette durée de soixante-dix ans correspond à une durée précise : 585 – 515 av.J.C., c’est-à-dire celle de l’interruption du culte : le Temple de Jérusalem n’a été reconstruit qu’en 515 par Zorobabel. Pour lui, la privation du Temple et du culte est encore plus grave, encore plus douloureuse que l’Exil en terre ennemie. Ces relectures successives ne se contredisent pas, mais enrichissent la compréhension. Il nous faut apprendre à lire entre les lignes.
De même qu’on a interprété l’Exil comme une punition, on interprète le retour d’Exil comme un retour en grâce ; on sait mieux aujourd’hui que la grâce, la faveur de Dieu ne nous ont jamais quittés.

MÉDITATIONS DANS LE CANTIQUE « JE L’AI CHERCHÉ, ET JE NE L’AI POINT TROUVÉ. » ÉCRIT PAR SA SAINTETE CHENOUDA III

10 mars, 2015

http://www.coptipedia.com/ancien-testament/meditations-dans-le-cantique-l-je-lai-cherche-et-je-ne-lai-point-trouve-r.html

MÉDITATIONS DANS LE CANTIQUE « JE L’AI CHERCHÉ, ET JE NE L’AI POINT TROUVÉ. »

ÉCRIT PAR SA SAINTETE CHENOUDA III

A été donnée dans la Grande Cathédrale nouvelle de Saint Marc
Au monastère d’Anba Rouès
Sa Sainteté Pape Chenouda III
Dans sa cellule au Monastère de Syrian
Novembre 1971
+

Au Nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit. Un Seul Dieu. Amen
Texte du mot comme il a été dit par le vénérable Sa Sainteté Pape Chenouda III : « Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé. »

Méditations dans la parole de l’épouse du Cantique : « Sur ma couche, pendant les nuits, j’ai cherché celui que mon coeur aime ; Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé. » (Cantique des Cantiques 3 :1)

1. Pendant les nuits :
Je vous ai beaucoup parlé du Cantique des Cantiques. Mais j’espère vous parler de nouvelles idées dans le sujet de cette conférence.
Sur ma couche, pendant les nuits, j’ai cherché celui que mon coeur aime ; je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé.
« Pendant les nuits » a deux sens. Ou bien pendant la nuit, c’est-à-dire vraiment la nuit, le contraire du jour. C’est-à-dire le soir. Ou bien pendant la nuit, c’est-à-dire pendant le noir, dans le péché, dans la confusion, dans la fatigue spirituelle où je suis.
« Sur ma couche » veut dire dans ma paresse, dans mon manquement, dans mon sommeil, dans mon éloignement de Dieu.
Sur ma couche, pendant les nuits, j’ai cherché celui que mon coeur aime ; je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé. Celle qui parle est une personne noire, pécheresse et ignorante. Elle dit : « Je suis noire,… filles de Jérusalem… » Noire et belle ! (Cantique 1 :5)
Et elle est ignorante ! Elle n’est pas du peuple de Dieu. Une âme noire, et une âme ignorante, et une âme paresseuse ! Car elle est endormie sur sa couche, et car elle n’a pas ouvert au Seigneur. Alors, Il s’est en allé, et a disparu (Cantique 5 :6). Une âme qui vit dans le stade de la renonciation. Le Seigneur a renoncé à elle !
Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé. Plusieurs cherchent Dieu et le trouvent, car Il a dit : « Cherchez, et vous trouverez » (Matthieu 7 :7) En fait, c’est Dieu qui les cherche, pas eux qui Le cherchent. Et Il dit : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. » (Apocalypse 3 :20)
Mais, celle-là, c’est elle qui cherche, et ne trouve pas ! Pourquoi ?

2. Sur ma couche :
La renonciation arrive pour deux raisons : ou bien à cause de la personne elle-même, ou bien à cause de la sagesse de l’intérêt divin dans son économie. Peut-être la personne, dans son comportement personnel, dans son entêtement, dans son éloignement de Dieu, dans sa persistance à commettre le péché, dans son refus du travail de la grâce en elle, dans son manque de se livrer au Saint Esprit et son manque d’écouter l’appel de Dieu et l’appel de sa propre conscience, arrive au stade de la renonciation. Alors, Dieu renonce à elle. Et, peut-être, Dieu renonce à une autre personne à cause de l’orgueil ! Cette personne marche dans la voie de la vertu et de la Sainteté, et son coeur s’élève parfois à cause de cette vertu. Elle croit qu’elle est arrivée à ce degré ! Le Seigneur renonce donc à elle pour qu’elle connaisse sa propre faiblesse.
C’est-à-dire que tous ceux à qui le Seigneur renonce ne sont pas tous des personnes méchantes. Il y a des gens qui sont bien, mais, à cause de leur vertu… à cause de leur vertu, leurs coeurs se sont élevés ! Alors, le Seigneur a renoncé à eux pour qu’ils sentent leur faiblesse. Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé !
Voyez ce qu’elle dit : « Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé ; je l’ai appelé, et il ne m’a point répondu. (Cantique 5 :6) Je me lèverai, et je ferai le tour de la ville, dans les rues et sur les places ; Je chercherai celui que mon coeur aime… » (Cantique 3 :2) pour la deuxième fois ! « Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont rencontrée : Avez-vous vu celui que mon coeur aime ? » pour la troisième fois ! « A peine les avais-je dépassés, que j’ai trouvé celui que mon coeur aime. » pour la quatrième fois ! Dans quatre versets, à chaque instant, elle dit « Celui que mon coeur aime » !
Cette âme paresseuse, pécheresse, qui est sur sa couche, non pas à la place où elle L’adore, malgré son éloignement du Seigneur, elle L’aime toujours !
Malgré son éloignement du Seigneur, elle L’aime toujours ! ! Toutes les fautes qui se trouvent en elle n’empêchent pas qu’elle aime le Seigneur ! L’amour est là… comme base ! Comme le dit Paul l’Apôtre : « J’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. » ! (Romains 7 :18)
Moi, je T’aime du fond de mon coeur, Seigneur, mais je commets le péché par faiblesse, ou par habitude car je m’y suis habitué, ou à cause d’une offense, pas parce que je ne T’aime pas. Je veux arriver à Toi mais il y a des obstacles que je ne peux contrôler, et qui m’empêchent d’arriver. « Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime » (Jean 21 :17) Je dors, c’est vrai, mais je T’aime. Je commets des péchés, c’est vrai, mais je T’aime ! Prie pour que le Seigneur te donne de prier la prière pure. Prie pendant les nuits, sur ta couche. Sur ma couche, pendant les nuits, j’ai cherché celui que mon coeur aime !
Si ceux qui Te cherchent, Seigneur, étaient les Saints seulement, nous serions tous perdus ! Nous avons cette espérance, car les pécheurs aussi Te cherchent. Nous avons cette espérance car le publicain et le pharisien aussi Te cherchent (Luc 18 :10) Tous Te cherchent ! (Ecoutez le sermon de sa Sainteté : « Le Dieu de Tous ») Sur ma couche, pendant les nuits, j’ai cherché celui que mon coeur aime.
Il est très beau de sentir que le Seigneur est au milieu de la nuit, qu’Il a créé des étoiles et des planètes qui donnent de la lumière, qui donnent de la lumière dans ces ténèbres ! Car tu es dans la nuit… le temps des ténèbres du péché, et il y a encore quelques lumières qui t’entourent : Tu aimes toujours le Seigneur et tu le cherches toujours ! Bien que tu es en chute et bien que tu es pécheur !

3. J’ai cherché celui que mon coeur aime :
Pendant les nuits, et sur ma couche, j’ai cherché ! Et non seulement j’ai cherché ! Mais j’ai cherché celui que mon coeur aime ! Le Seigneur dit : « Il est vrai que cette personne vit dans la nuit, vit dans les ténèbres. Elle vit pas comme vivent les enfants de la lumière ou les enfants du jour. Et, elle est sur sa couche, ni réveillée ni marchant ! Mais il suffit qu’elle cherche, il suffit qu’elle aime ! Il suffit qu’elle cherche et il suffit qu’elle aime !
Sur ma couche, pendant les nuits, j’ai cherché celui que mon coeur aime.
Moi, Seigneur, je veux être avec Toi à chaque instant. Dans le péché, je veux être avec Toi, et dans la vertu, je veux être avec Toi. Le péché, peut-être, détruit des choses pratiques dans ma vie, mais il ne détruit pas des émotions au fond de moi envers Toi.
Comme un fils à qui son père dit : « Ne sors pas, et ne vas pas faire cela. » Et il sort, et le fait. Mais, il aime toujours son père ! Et, il regrette.. et vient lui dire : « Mon père, je suis allé faire cela, mais je t’aime toujours ! Ça ne veut pas dire que je ne t’aime pas »
Pendant les nuits.. sur ma couche… peut être comprise comme étant la nuit en son vrai sens. La nuit dans son calme, dans son éloignement du bruit, dans le fait que la personne s’assied seule avec Dieu pendant la nuit. Salomon dit : « J’ai cherché celui que mon coeur aime . » Dans la foule du jour… dans les problèmes du jour… dans les rencontres des gens.. dans les rencontres nombreuses au travail… dans le tourbillon… j’étais perdu… je ne faisais pas attention à moi-même. Mais pendant la nuit, sur ma couche, je me suis trouvé seul de nouveau avec Dieu, pour chercher celui que mon coeur aime.
Pour cela, Christ dit : « …entre dans ta chambre » (« Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense. Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret. » (Matthieu 6 :6) ) Ta chambre veut dire ta couche. Que dit le quatrième Psaume ? « Parlez en vos coeurs sur votre couche, puis taisez-vous. » (Psaume 4 :5) Ce sont les pensées qui traversent ton coeur pendant le jour. Quand tu te trouves seul avec le Seigneur, dans ta chambre, cherche celui que ton coeur aime, pendant ce moment.
Pendant les nuits… sur ma couche…
Entre nous, Seigneur, la nuit est un beau moyen pour que je Te cherche. Je secoue la poussière du jour de sur moi, et je délivre mes mains et mes pieds des chaines du jour. Et je me trouve seul avec Toi, dans la nuit. « Levez les mains vers le sanctuaire et bénissez le Seigneur. » (Prière du Milieu de la Nuit. Le Premier Service.)
Pendant les nuits… sur ma couche… j’ai cherché celui que mon coeur aime.
Je ne vous dirai pas à l’Eglise, ni au monastère, ni dans les lieux d’adoration… Mais, dans la nuit ! Sur la couche !
Ne méprisez pas ceux qui ne vont pas à l’Eglise. Peut-être ils cherchent Dieu sur leur couche, et, pendant la nuit, ils cherchent celui que leurs coeurs aiment.
Nous mesurons les gens par les mesures apparentes. Mais nous ne savons pas.
Nos jugements sont sur l’apparence. Nous croyons que celui qui entre dans sa chambre s’endort. Mais, peut-être en entrant dans sa chambre, et sur sa couche, il cherche celui que son coeur aime. « Et [son] Père, qui voit dans le secret, le [lui] rendra. » (Matthieu 6 :6)
4. Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé ; je l’ai appelé, et il ne m’a point répondu !
Mais elle dit : « Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé. » !
Je Te cherche, Seigneur, et Tu ne m’entends pas ! Je T’appelle et Tu ne me réponds pas !
Il y a une grande barrière entre nous !
Il y a Ta parole effrayante : « Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux ; Quand vous multipliez les prières, je n’écoute pas : Vos mains sont pleines de sang. » (Esaïe 1 :15)
Il y a des barrières entre moi et Toi !
J’ai perdu l’ancien amour entre nous…
J’ai perdu la familiarité profonde qui nous liait ensemble…
J’ai trahi ton trône !
Pour cela, je ne sens pas de la familiarité. Je parle… pas comme avant !
Avant, je te parlais avec amour, et je te parlais avec familiarité. Et je te parlais en sentant l’émotion entre moi et Toi. Je te parlais avec de la chaleur !
Maintenant, je parle.. et je sens que mes mots n’entrent pas chez Toi. Je sens que mes mots ne s’élèvent pas à Ton ciel !
Je sens qu’il y a de longs milles entre moi et Toi… et des barrières énormes ! Je T’appelle et Tu ne m’entends pas… Je Te cherche et je ne Te trouve pas… Je Te demande et Tu ne réponds pas… comme si je n’étais pas Ton fils ! et comme siTu n’étais pas mon Dieu ! Pourquoi donc cette renonciation ? !
Seigneur, je veux me réconcilier avec Toi… Je veux dissiper ce brouillard, et cesser cette dispute et retourner à l’amour ancien. Je veux Te demander pardon, réparer la relation entre nous, et concilier Ton coeur envers moi… Je veux que nous soyons comme nous étions avant, quand Tu me paraissait dans le jardin d’Eden (Genèse 2 :15), et je Te rencontrais, et je Te parlais… avant que le serpent ne vienne entre nous, et avant que je ne mange du fruit… et que je sente une barrière !

La vierge du Cantique était mieux que notre père Adam !
Adam, quand il a péché, il n’a pas appelé Dieu. Et, il s’est caché derrière un arbre. (Genèse 3 :8) et il a disparu de devant la face de Dieu ! Mais elle, bien qu’il y a une dispute elle échange la parole !
La chose qui fait souffrir le plus est qu’il y ait une querelle et un vide… puis viennent la dispute, l’éloignement, et le problème s’agrandit ! Mais quand il y a une querelle entre nous, mais nous nous parlons encore les uns aux autres, et nous avons des conversations, le problème peut être corrigé.
Pour cette vierge, il y a de la mésentente entre elle et le Seigneur, mais ils se parlent toujours !
Pas seulement se parlent-ils !
Il y a de la parole, de l’examen, de la sortie, des courses, des efforts pour la rencontre ! Et, je suis sortie « chercher » celui que mon coeur aime. J’ai cherché dans les rues, sur les places, dans le monde entier ! J’ai demandé aux gens… Il y a là des efforts !
Il peut se trouver une personne qui est en dispute avec Dieu et qui ne fait pas d’efforts pour son propre salut ! Elle ne parle pas à Dieu, ni ne se réconcilie avec Lui ! Et elle ne Le cherche pas ! Et si Dieu renonce à elle, elle renonce aussi à Dieu ! Et, ainsi, la relation est rompue !
Mais cette vierge n’est pas de ce type de gens ! Il est vrai, Dieu, que je suis dans un stade de renonciation, et je T’ai cherché et je ne T’ai pas trouvé. Et je T’ai appelé et Tu n’as pas répondu. Mais, pourtant, je Te chercherai… Je demanderai aux gens s’ils T’ont vu… J’essayerai de rendre la relation comme elle était.
Si une dispute arrive entre Toi et le Seigneur, ne met jamais une fin au sujet et ne perds pas la relation ! Et ne dis pas « Puisque le Seigneur ne m’aime pas, voilà, moi aussi, puisque le Seigneur n’exauce pas mes prières, je n’irai ni à l’Eglise, ni à la confession, ni nulle part ! » et ainsi, tu perds la relation… Non !
Même si tu sens que Dieu renonce à toi, ne renonce pas, toi, à Dieu…
Dis-Lui : « Seigneur, écoute… que je Te dise quelque chose : Si Toi, Tu renonces à moi, Tu ne perdras rien. (« Toi, Tu n’as pas besoin que je sois ton serviteur. Mais c’est moi qui a besoin que tu sois mon Seigneur. » Messe Grégoirienne) Si Tu renonces à moi, Tu ne perdras rien. »
Qui suis-je, un parmi des millions de millions !
Si Toi, Tu renonçais à moi, Tu ne perdrais rien.
Mais, si moi, je renonce à Toi, je serai complètement perdu. Si je renonce à Toi, je serai complètement perdu !
Moi, la seule chose qui me garde en vie est ma relation avec Toi. Rien de plus. Tout ce qui me garde en vie est ma relation avec Toi !
Tu es tout pour moi ! Tu es la vie (Jean 14 :6), l’existance, le début, ma destinée, et Tu es l’alpha et l’oméga (Apocalypse 1 :8) Tu es tout en tous (1 Corinthiens 15 :28, Colossiens 3 :11) Si je Te quitte, ce serait ma fin.
Si Tu renonçais à moi, je courrai après Toi dans les rues, et dans les places, dans les ruelles et dans les allées… J’irai Te chercher dans les pays, les villes et les villages… Il est impossible que je reste loin de Toi !
Sans Toi, moi, je ne peux rien faire (« Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez pas non plus, si vous ne demeurez pas en moi… car sans moi vous ne pouvez rien faire. » Jean 15 :5)… Sans Toi, moi je ne peux rien faire.
Tu es tout en tous pour moi…
Il faut que je cours après Toi… Il faut que je Te cherche… Il faut que je demande aux gens… Et, si Tu es fâché de moi, je me réconcilierai avec Toi… Et, si Tu es fâché de moi, je Te demanderai pardon. Je ne m’enfuirai jamais de Toi.
Comme Paul l’Apôtre l’a dit : « Car en lui nous avons la vie, le mouvement, et l’être. » (Actes de nos Pères les Apôtres 17 :28) En Lui, nous avons la vie, l’être, le mouvement. Et il a dit : « Car Christ est ma vie, et mourir m’est un gain. » (Philippiens 1 :21)
Même si mon âme est endormie, et même si elle est dans la nuit, sur sa couche… elle ne T’oublie pas, et ne Te quitte pas…
Seigneur, c’est une période temporaire, provisoire… où le coeur n’a pas changé. Mais, seulement il a été atteint d’une maladie légère, dont il sera guéri… C’est seulement une offense légère dont il se débarassera… C’est seulement des ténèbres légères et il s’illuminera… Ne la compte pas être mon caractère pour toute la vie… Considère-la une période de temps… une période de temps temporaire, ensuite nous nous réconcilierons.
Pendant les nuits… sur ma couche… j’ai cherché celui que mon coeur aime…
Que veut dire « celui que mon coeur aime » ? !
Seigneur, il est vrai que j’ai vécu la vie du monde… et il est vrai que j’ai eu envie des choses qui s’y trouvent… la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie (1 Jean 2 :16)… Mais toutes ces choses sont liées au plaisir, non à l’amour. Des choses liées au plaisir, non à l’amour !
Et le plaisir est inhabituel et superficiel… Mais l’amour est profond… profond à l’intérieur du coeur, dans ses profondeurs.
Le monde, pour moi, était un plaisir… et la chair était un plaisir… et l’orgueil était un plaisir… et le péché était un plaisir… mais ils n’étaient pas de l’amour ! Cet amour est à Toi seul. « Tu aimeras l’Eternel, ton Dieu, de tout ton coeur. » (Deutéronome 6 :5) Tout le coeur est à Toi… Ne crois jamais, Seigneur, que ma convoitise est de l’amour… ou que mon plaisir est de l’amour… ou que ma jouissance… ma jouissance du monde est de l’amour…
Ce sont tous des imprudences… des imprudences temporaires… des plaisirs et des jouissances… mais pas de l’amour.
L’amour est à Toi seul… Je cherche « celui que mon coeur aime. »
Au milieu des ténèbres… au milieu de la nuit… je compare… Qu’ai-je gagné du monde ? ! Rien ! Je cherche les carouges (Luc 15 :16)… mais je ne les trouve pas ! Je me lèverai maintenant, et je chercherai celui que mon coeur aime…
5. Je me lèverai, et je ferai le tour de la ville, dans les rues et sur les places :
Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé…
Je l’ai appelé, et il ne m’a point répondu !
Je suis venu après que l’occasion est passée !
Mais elle est passée… cela veut-il dire qu’elle est passée pour toujours ? !
Non… pas comme cela…
Je ne L’ai point trouvé, c’est-à-dire que je ne Le trouverai plus, et à jamais ? !
on ! Impossible !
Si c’était ainsi, il serait mieux si je ne vivais plus !
Je ne L’ai point trouvé… c’est-à-dire que je ne L’ai point trouvé maintenant… Mais je Le trouverai après cela… après quelque temps…
Je ne Le trouve point aujourd’hui… Mais, je Le trouverai demain.. après demain… l’année prochaine.
De ce qui est beau dans cette épouse est qu’elle ne se désespère pas du tout !
Elel ne se désespère pas… Elle ne se désespère pas.. du tout !
Je ne L’ai point trouvé ! Cela ne fait rien… Je Le chercherai…
Je ne sens pas la spiritualité maintenant… Cela ne fait rien… je persévèrerai… « par votre persévérance vous sauverez vos âmes. » (Luc 21 :19) Je le trouverai plutard… Je ne suis pas incliné à la prière, ou à la lecture de la Bible… Pourtant, je ne me désespèrerai pas… Cette inclination viendra plutard… Je n’ai pas de désir pour le Seigneur… ni pour l’Eglise, ni pour ce qui est spirituel, ni pour ce monde entier ! Ni pour la communion, ni pour la confession… Cela ne fait rien… Ce désir viendra après quelque temps… Je ne dirai pas : puisque je L’ai cherché et je ne L’ai point trouvé, le Seigneur n’est pas là, et c’est fini !
Non… Le Seigneur est là (Devise du Pape qu’il a répeté plusieurs fois dans les temps de détresse, pour rassurer son peuple). Il est là, et, encore, Il est là…
Je ne Le trouve pas maintenant… Cela ne fait rien ; Je Le trouverai après quelque temps.
Je passerai dans les rues, sur la route, et je ne Le trouverai pas ! Mais, je Le trouverai après quelque temps…
Je demanderai à son propos les gardes qui font la ronde dans la ville, et ils ne me diront rien ! Mais ils me diront après quelque temps…
Mais Le quitterai-je ? Non !
Ne te désespère jamais… quoique la période de renonciation soit longue… Quoique la période de renonciation soit longue, ne te désespère pas… Si tu cherche Dieu et tu ne Le trouve pas, ne te désespère pas… Tu le trouveras surement après quelque temps.
Cette renonciation de Dieu était à cause de Sa sagesse… Cette vièrge était endormie sur sa couche, et elle avait sommeil… et elle disait : « Je l’ai cherché et je ne l’ai point trouvé » ! S’Il lui avait paru quand elle était sur sa couche, elle serait devenue gâtée, et elle dirait : Je dors mais je me réjouis de Toi. Et ce serait tout… Mais, sur la couche, elle ne L’a point trouvé… Elle dit alors : « Je me lèverai, et je ferai le tour de la ville, dans les rues et sur les places… Je chercherai celui que mon coeur aime…
La renonciation l’a fait bouger, se lever et sortir… et aller dans les rues, sur les routes, et aller sur les places, et demander… bouger et chercher elle-même.

6. L’amour Travailleur :
Souvent, quand le Seigneur nous donne plusieurs degrés de la grâce, et la grâce devient abondante, nous devenons gâtés ! Nous commençons alors à penser que le Seigneur doit tout faire, et nous ne faisons rien du tout ! Nous disons : la grâce suffit… la grâce suffit !
Nous disons : Seigneur, je veux être pur… mais il ne faut pas que je travaille pour devenir pur. Donne-moi cette pureté par Ta grâce ! Et nous disons :Seigneur, je veux prier, mais je n’en ai pas envie… Donne-moi de prier par Ta grâce ! Je veux vivre une vie spirituelle… mais je ne la vit pas à présent… Donne-moi cette vie par Ta grâce ! « Ils se sont gratuitement justifiés par sa grâce. » (Romains 3 :24) !
Mais, mon bien-aimé, travaille donc !
Je le cherche sur ma couche, pendant la nuit…
Non… Si cette grâce t’apprendra la paresse, dit le Seigneur, je te laisserai un peu. Si cette grâce t’apprendra la paresse, et tu t’étendras sur ton dos, tes yeux regardant le ciel ! cela n’aura aucun bénéfice pour toi… Le Seigneur te laisse alors… Tu Le cherches et tu ne Le trouve pas…
Qu’est-ce qui arrive, Seigneur ? !
Il te dit alors : Tu veux de la grâce seulement ? ! Tu veux le Saint Esprit seulement ? ! Mais il y a « La communion du Saint-Esprit » (2 Corinthiens 13 :13) La communion avec le Saint-Esprit dans le travail. Mais t’endormiras-tu sur ta couche ! pendant la nuit ! et diras-tu « Je l’ai cherché et je ne l’ai point trouvé » ? !
Mon bien-aimé, lève-toi, et bouge !
Travaille !
Lève-toi et travaille. Lève-toi et sois en communion avec l’Esprit. Lève-toi et sois en communion avec la grâce. Lève-toi et mets ta main dans la main du Seigneur, et dit : « Car nous sommes ouvriers avec Dieu » (1 Corinthiens 3 :9) comme Paul et Silas l’ont dit… nous sommes ouvriers avec Dieu !
Lève-toi et travaille… Lève-toi et marche sur les places, marche sur les routes et cherche le Seigneur… Et, en fait, cette renonciation a donné à l’épouse une poussée spirituelle ! Elle lui a donné du mouvement… Elle lui a donné de la dynamique ! Elle a commencé à bouger, à travailler… Elle a commencé à sentir un danger ! L’amour n’est jamais d’un seul côté, ou ce ne serait point de l’amour ! Il faut que ce soit de l’amour réciproque.
Le Seigneur t’aime et t’envoie Sa grâce et Son Esprit Saint… Et toi, tu bouges toi aussi, et tu L’aimes, et tu travailles de ton côté… Mais si tu dis : pendant la nuit… sur ma couche… je l’ai cherché, il faut que tu travailles ! Ta couche ne te rendra jamais aucun bénéfice ! Lève-toi… Bonjour. « Levez-vous, ô fils de la lumière, pour louer le Seigneur des Puissances afin qu’Il nous accorde le salut de nos âmes. » (Prière du Milieu de la Nuit. Le Premier Service… et l’hymne)
Tu dis : je ne me lèverai pas… Je resterai reposé et je Le chercherai sur ma couche ! Que tu es gâté ! Travaille avec l’Esprit… « Il faut que je fasse, tandis qu’il est jour, les oeuvres… » (Jean 9 :4) Voyez ce que la Bible dit : « Marchez, pendant que vous avez la lumière, afin que les ténèbres ne vous surprennent point. » (Jean 12 :35)
Tu dirais peut-être : « J’attendrai le noir, et je Le chercherai pendant la nuit, sur ma couche » ! Tu ne peux pas associer les ténèbres et la lumière. « Qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres ? » (2 Corinthiens 6 :14)
Je me lèverai, et je ferai le tour de la ville, dans les rues et sur les places… Je cherchai celui que mon coeur aime… Je ne Le chercherai pas seulement sur ma couche, la nuit ! Je Le chercherai par les efforts, en courant, par la lutte, par le travail, par la fatigue et le travail dur, par la sueur et les larmes… Je chercherai celui que mon coeur aime… Je bougerai… Je travaillerai… Je sentirai le danger dans la situation où je suis… le danger de la situation où je suis… le besoin de travailler pour le salut de l’âme…
Es-Tu fâché, Seigneur ? ! « Je n’entrerai pas dans la tente où j’habite, Je ne monterai pas sur le lit où je repose, Je ne donnerai ni sommeil à mes yeux, ni assoupissement à mes paupières, Jusqu’à ce que j’aie trouvé un lieu pour l’Eternel, Une demeure pour le puissant de Jacob. » (Psaume 132… Aussi, l’Eglise Copte Orthodoxe a mis ce Psaume parmi les Psaumes de la prière de Complies)
Voici comment il faut faire ! Mais entrer dans ma couche, et dire : sur ma couche, pendant les nuits, j’ai cherché celui que mon coeur aime.. ce serait de « l’amour qui n’est pas travailleur » ! Dieu veut « un amour travailleur » L’amour travailleur, qui travaille et exprime son amour par le travail spirituel.
Plusieurs d’entre nous vivent dans « l’envie spirituel », et non pas dans « le travail spirituel » ! Ce n’est qu’un « envie d’être avec Dieu » ! « Des émotions pures » ! Seigneur, je t’aime… Je sais que Tu m’aimes mais « Si vous m’aimez, gardez mes commandements. » (Jean 14 :15) Le Seigneur dit : « Gardez mes commandements ».. . Celui qui M’aime vraiment, M’exprime son amour. Son amour est « un amour pratique ». Voilà, nous nous suffisons de cela.

COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 25 JANVIER – JONAS 3, 1-5. 10

23 janvier, 2015

http://www.eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/le-dimanche-jour-du-seigneur/commentaires-de-marie-noelle-thabut/

COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 25 JANVIER

PREMIERE LECTURE – JONAS 3, 1-5. 10

1 La parole du SEIGNEUR fut adressée de nouveau à Jonas :
2 « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne,
proclame le message que je te donne sur elle. »
3 Jonas se leva et partit pour Ninive,
selon la parole du SEIGNEUR.
Or, Ninive était une ville extraordinairement grande :
il fallait trois jours pour la traverser.
4 Jonas la parcourut une journée à peine
en proclamant :
« Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! »
5 Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu.
Ils annoncèrent un jeûne,
et tous, du plus grand au plus petit,
se vêtirent de toile à sac.
10 En voyant leur réaction,
et comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise,
Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés.

Le livre de Jonas est très court : il doit faire quatre pages, tout au plus. Il a été écrit très tard vers le quatrième ou troisième siècle av.J.C. Il prétend raconter une histoire qui serait arrivée à un prophète du nom de Jonas, cinq cents ans auparavant ; mais en réalité c’est une fable, un conte plein d’humour mais surtout de leçons pour ses contemporains et pour nous. Encore faut-il savoir lire entre les lignes.
Voici le conte : il était une fois, en Israël, un petit prophète plein de bon sens qui s’appelait Jonas. Dieu lui dit : Il ne suffit pas que tu cherches à convertir mon peuple dans ton pays minuscule. Je t’envoie en mission à Ninive (sur les cartes d’aujourd’hui, les ruines de Ninive sont tout près de Mossul au nord de l’Irak actuel). Jonas aurait bien voulu obéir à Dieu, mais le bon sens a parlé, plus fort que Dieu lui-même ; car Ninive à l’époque, (au huitième siècle), c’était l’ennemi juré, déjà, la capitale de l’empire le plus dangereux pour Israël, une grande ville très puissante et assoiffée de conquêtes. Un empire païen, bien sûr, et chez qui un petit prédicateur juif ne pouvait que risquer inutilement sa vie. Quand on voit comme il est dur, déjà, d’essayer de convertir Israël… non vraiment c’est trop demander… mission impossible… courir des risques, se fatiguer pour son propre peuple, passe encore… mais pour ces païens !… Et puis, Ninive était une très grande ville ! Il fallait trois jours pour la traverser sans s’arrêter. Que serait-ce s’il fallait s’arrêter pour prêcher à chaque coin de rue…
Jonas fait donc la sourde oreille et embarque sur la Méditerranée, à Jaffa (près de l’actuelle Tel Aviv), sur un bateau à destination de Tarsis (autant dire l’autre bout du monde, vers l’ouest… c’est-à-dire le plus loin possible de Ninive qui, elle, est plein Est, au bord du Tigre). Le voilà tranquille, mais pas pour longtemps. Pendant que Jonas dort à fond de cale dans le bateau, la tempête se lève… et comme il est un homme de son époque, il ne peut pas s’empêcher de penser que sa désobéissance y est pour quelque chose… et comme il est un honnête homme, quand même, il avoue à ses compagnons qu’il a mécontenté le ciel. Bien sûr, les matelots n’ont plus qu’une idée en tête : se débarrasser de Jonas pour apaiser les éléments et prier ce Dieu inconnu que Jonas a mis en colère… On jette le prophète à la mer.
Mais Dieu n’abandonne pas Jonas et dépêche un gros poisson qui l’avale pour le mettre à l’abri. Bien au chaud dans le ventre du poisson Jonas prie… et, bien sûr, cela le convertit. Si bien que quand le poisson le recrache sur la terre ferme, trois jours plus tard, Dieu n’a plus qu’un mot à dire… et Jonas part pour Ninive, cette fois sans discuter. Et le miracle se produit… La ville était immense, il fallait au moins trois jours pour la parcourir ; eh bien, en moins d’une journée, du plus petit jusqu’au plus grand, tous les Ninivites sont convertis. Même les animaux font pénitence !
Seulement voilà, il n’en restait plus qu’un à convertir (et c’est tout le sel de ce petit livre !)… c’était Jonas lui-même… Jonas n’était pas du tout content… à son idée, la justice aurait voulu que Dieu exerce sa colère contre ces païens, ces pécheurs. Et Jonas, écoeuré, va s’installer à l’écart de la ville. Mais on est en plein été, il étouffe au grand soleil. Alors Dieu, qui ne l’oublie décidément pas, fait pousser un arbuste (on dit que c’est un ricin) au-dessus de sa tête pour le protéger. Jonas va déjà mieux… pas pour longtemps. Le lendemain, Dieu s’en mêle encore et le ricin crève. Alors là, Jonas est vraiment en colère… Et Dieu l’attendait là. Il lui dit : « Quelle histoire pour un arbre qui crève à peine poussé !… Mais ces Ninivites qui allaient se perdre… tu ne crois pas que cela aurait été plus grave ? Ils sont mes enfants tout de même ! »
Ce conte apparemment léger est en fait plein de leçons : d’abord, et c’est la pointe du récit, c’est d’ailleurs pour cela qu’il nous est proposé ce dimanche, « Dieu aime tous les hommes » et il n’attend qu’un geste d’eux pour leur pardonner ; c’est le sens de la dernière phrase de la lecture liturgique : « En voyant leur réaction, et comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise, Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés ». Il n’attendait que cela : les menaces du prophète « Encore quarante jours et Ninive sera détruite » étaient un cri d’alarme ; quand la fable de Jonas a été écrite, l’Ancien Testament savait déjà très bien qu’on n’est jamais définitivement condamné, que Dieu pardonne toujours ; encore faut-il que nos oreilles et nos coeurs soient ouverts à sa parole de pardon.
Deuxième leçon : Dieu est le Dieu de l’univers ; on peut le prier partout, bien au-delà des frontières d’Israël, sur un bateau et même jusque dans le ventre d’un poisson. La présence de Dieu n’est pas limitée à un lieu, un pays, un parti, ou une religion…
Troisième leçon : ceux que nous considérons comme des païens ou des pécheurs sont souvent plus prêts que nous à écouter la Parole ;
Jésus dira bien « les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume ». Sur ce thème, l’auteur du livre de Jonas, visiblement, se plaît à en rajouter, comme on dit : sur le bateau, déjà, on voit les matelots prier avec ferveur et offrir un sacrifice d’action de grâce. Quant aux Ninivites, leur conversion totale et instantanée est un défi à tout effort pastoral. « Jonas parcourut la ville une journée à peine… Aussitôt les gens de Ninive crurent en Dieu ». Quand Jésus parlait plus tard du « signe de Jonas », il rappelait le séjour de Jonas pendant trois jours dans le ventre du poisson, mais surtout il posait une question à ses contemporains : sauraient-ils voir dans le Fils de l’Homme le « signe » que les Ninivites ont su voir en Jonas ?
Quatrième leçon : cette fable a été inventée, après l’Exil à Babylone, à une époque où les prophètes voulaient rappeler que Dieu veut sauver l’humanité tout entière et pas seulement le peuple élu ; un peu comme dans une famille, il faut faire comprendre à l’aîné qu’il n’est pas fils unique. Nos prophètes à nous pourraient nous en dire autant.
Cinquième leçon : la petite histoire du ricin est une véritable pédagogie ; manière de faire comprendre à Jonas « tu n’es pas un bon prophète si tu n’aimes pas comme moi tous les hommes ».
Décidément, Dieu est plus grand que notre coeur !
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Compléments
« Maintenant, Seigneur, prends ma vie car mieux vaut pour moi mourir que vivre ! » Le cri de désespoir de Jonas (4, 3) ressemble à celui d’Elie (1 R 19, 4).
La conversion de Ninive contraste avec le refus de conversion des habitants de Jérusalem au temps de Jérémie : « Ni le roi, ni aucun de ses serviteurs, à entendre toutes ces paroles, ne furent effrayés et ne déchirèrent leurs vêtements » (Jr 36, 24).

 

PROPHÈTES DE MALHEUR, PROPHÈTES DE BONHEUR

22 janvier, 2015

http://www.interbible.org/interBible/ecritures/exploration/2015/exp_150120.html

PROPHÈTES DE MALHEUR, PROPHÈTES DE BONHEUR

(Source : par Pierre Gilbert, adaptation de Yves Guillemette, ptre, Parabole, janvier-février 1998).

Un Dieu courroucé dont la colère ne connaît aucune limite. Voilà le portrait scandaleux qui se dégage d’un premier contact avec les livres prophétiques de l’Ancien Testament. Cependant, affirmer que YHWH annonce le malheur n’est pas tout dire. Le lecteur attentif constatera que les livres prophétiques attribuent également à Dieu des promesses de salut. Malgré cela, certains problèmes demeurent. Par exemple, les prophètes juxtaposent des promesses de délivrance et des paroles de malheur sans expliquer ni comment, ni pourquoi leur discours change aussi abruptement. Les prophètes nous décrivent-ils un Dieu schizophrène qui, ayant aimé son peuple un jour, se déclare prêt à le détruire le lendemain? Bien naïf celui qui serait tenté de ne voir en ce Dieu des prophètes qu’un personnage capricieux et immoral.
Encore, faut-il que ce lecteur soit averti. En effet, il serait périlleux d’interpréter les textes bibliques sans tenir compte de leur contexte littéraire, historique et culturel. Il s’ensuivrait de graves malentendus sur le caractère des jugements attestés chez les prophètes. L’annonce du malheur (la malédiction) est également attestée à l’extérieur d’Israël. Chez les autres peuples du Proche-Orient ancien, la malédiction joue un double rôle: elle met en garde contre certaines actions et elle annonce la mort de quiconque transgresse l’interdit. Toute perspective pédagogique en est absente. Dès qu’on enfreint les prescriptions, on devient l’objet d’un jugement irrévocable.
Dans leur recours à la malédiction, les prophètes reflètent, à bien des égards, les pratiques du Proche-Orient ancien. Tout d’abord, ils n’en font jamais un usage aléatoire. Le jugement découle toujours de la transgression d’une prescription. Les prophètes annoncent le jugement pour deux raisons fondamentales: l’injustice et l’idolâtrie. Si la malédiction prophétique suivait exactement le modèle répandu chez les peuples voisins d’Israël, nous serions en présence de l’annonce exclusive du malheur. Cependant, ce n’est pas le cas! Dans les livres prophétiques, l’objectif ultime du jugement semble être le rétablissement plutôt que la destruction du peuple. Malgré la sévérité des paroles de malheur énoncées, le salut du peuple constitue la préoccupation première des prophètes.
Pour qu’Israël puisse survivre en tant que peuple de Dieu à l’époque des prophètes, une conversion radicale s’impose. Les prophètes ont recours à différents moyens, dont la malédiction, pour susciter un tel changement. Dans les textes prophétiques, la malédiction a un double but: alors que les ­jugements sur l’avenir sont dissuasifs, on attribue une fonction pédagogique aux malheurs anciens. À ce titre, Amos 4, 4-12 est particulièrement révélateur. Dans les versets 6 à 11, Amos évoque une série de catastrophes qui ont frappé Israël dans le passé. Ces malheurs sont le résultat de l’infidélité du peuple envers YHWH. Mais le texte est clair : si Dieu prononce ces jugements, ce n’est pas pour anéantir le peuple, mais pour lui rappeler son infidélité. L’expression mais vous n’êtes pas revenus jusqu’à moi (vv. 6.8.9.10.11) reprise cinq fois dans ce passage exprime cette intention rédemptrice de Dieu.
Cependant, le texte biblique ne se limite pas à noter les jugements du passé. Le prophète en constate l’échec et évoque l’assurance d’une rencontre ultime entre YHWH et son peuple. Cet affrontement laisse planer la menace d’une destruction finale et irrévocable : Prépare-toi à rencontrer ton Dieu, Israël (v. 12). Le prophète pressent ce point de non-retour; tout n’est pas que rhétorique et pédagogie. Si le peuple refuse de retourner à YHWH, malgré les avertissements et les jugements, Israël sera anéanti.
Cette tension entre l’annonce de malheurs et la promesse de salut attestée dans le texte prophétique n’est-elle pas à l’image de Dieu lui-même? YHWH est déchiré entre le désir profond de sauver son peuple et la nécessité d’agir pour le discipliner. Dieu est comme un médecin qui doit traiter une personne atteinte du cancer; plus la maladie est grave, plus le traitement risque de perturber voire de tuer le patient.
L’annonce du malheur chez les prophètes, c’est beaucoup plus que l’expression de la colère de Dieu. C’est avant tout l’expression de sa souffrance. Le Dieu de l’Ancien Testament est un Dieu dont la préoccupation rédemptrice oriente l’action. Le salut de l’homme et de la femme est au cœur de son projet. Cependant, malgré son désir intense de relation avec l’être humain, Dieu ne s’impose pas au cœur de l’homme. Il emploie tous le moyens possibles pour amener l’humanité a`se tourner vers lui, mais son appel demeure une invitation. La liberté, cette image de Dieu au plus profond de notre être, nous permet d’accueillir ou de rejeter cette invitation.

VIOLENCE, JUSTICE ET PAIX DANS L’ANCIEN TESTAMENT (juin 1999)

12 janvier, 2015

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/989.html

VIOLENCE, JUSTICE ET PAIX DANS L’ANCIEN TESTAMENT (juin 1999)

Théologie

Beaucoup de chrétiens se méfient de l’Ancien Testament car le Dieu qu’il nous présente, pensent-ils, est violent, guerrier, parfois cruel…
Beaucoup de chrétiens se méfient de l’Ancien Testament. Le Dieu de l’Ancien Testament, pensent-ils, est violent, guerrier, parfois cruel, alors que le Nouveau Testament nous donnerait à connaître, à travers la vie et le message de Jésus-Christ, un Dieu d’amour, un Dieu doux et miséricordieux, patient et compréhensif. Mon but, dans ces quelques pages, ne sera pas de recenser l’ensemble des passages bibliques, de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui mériteraient d’être relus et scrutés en fonction de l’image de Dieu qu’ils paraissent nous proposer. Il ressortirait sans doute d’une telle enquête que le Dieu de l’Ancien Testament est moins monolithique qu’on l’imagine parfois et que le Nouveau Testament recèle, lui aussi, quelques pages dont la violence a de quoi interroger le lecteur. Il s’agira pour moi ici, plus simplement, de tenter de poser quelques jalons historiques et de voir dans quelle mesure les différents langages que nous rencontrons dans l’Ancien Testament sur l’exercice du pouvoir de Dieu — et donc, sur la manifestation de sa violence — ne trouvent pas un éclairage nouveau si on cherche à les situer dans leur contexte historique. La démarche historique permet une prise de distance qui à son tour se révèle libératrice et ouvre la voie, parfois, à une réappropriation théologique du texte.

1. Paix diffuse, violence larvée
La dispute, le conflit, la rivalité, la lutte au corps-à-corps, même les affrontements entre groupes humains, existent depuis qu’il y a des hommes. La guerre, en revanche, n’a été possible qu’à partir du moment où il y a eu des États (même embryonnaires) capables de les organiser et de mettre sur pied des armées. La paix, par conséquent, en tant qu’idéal conceptualisable, présuppose l’expérience de la guerre et, donc, l’État.
La littérature biblique certes ne remonte pas à une époque qui précéderait l’émergence des royaumes d’Israël et de Juda, mais cela ne l’empêche pas de mettre en scène, dans les récits patriarcaux de la Genèse, un univers dont l’État est encore absent, une société purement clanique qui ne connaît pas encore la guerre. Les légendes du cycle de Jacob, par exemple, se souviennent d’un mode d’existence — préétatique ou para-étatique — où les conflits se règlent par la ruse plutôt que par la violence et où les arrangements, souvent extorqués plutôt que consentis, ont le pas sur le droit.
Qu’en est-il de Dieu dans ces récits ? Bien que, pour les concepteurs du canon biblique tel que nous le connaissons, le Dieu de Jacob est le même que le Créateur de l’univers confessé en Gn 1, on devine que dans l’univers des récits patriarcaux, le dieu protecteur du clan n’est encore ni unique ni tout-puissant. En Gn 31,53, ce sont bien deux dieux différents, le dieu de chaque clan, qui garantissent le traité entre Jacob et Laban. Le Dieu de l’Israël jacobien a donc des «collègues» qui sont responsables d’autres groupes ou d’autres nations. C’est, là aussi, ce que nous révèle Dt 32,8-9 dans sa version probablement primitive :
«(8) Quand le Très-Haut (« Elyon) donna les nations en fiefs, quand il partagea les êtres humains, il fixa le territoire des peuples d’après le nombre des fils de El (TM : «fils d’Israël», à l’origine certainement benei El oubenei Elim : El Elyon partage le territoire habité selon le nombre de ses fils, afin que chacun de ces fils de Dieu ait un peuple),
(9) la part de Yhwh, ce fut Jacob, le territoire de son fief, ce fut Israël» (TM : «car la part de Yhwh, c’est son peuple, et Jacob est le patrimoine qui lui revient»).
En même temps, nous voyons, dans le cycle de Jacob, le Dieu du clan être identifié au dieu El vénéré, sous des noms de culte différents, à Béthel (Gn 31,13; 35,7), à Sichem (Gn 33,20) ou à Penuel (Gn 32,31). Les dieux nationaux peuvent donc être perçus à la fois comme des puissances tutélaires rivales (dans la mesure où leurs protégés le sont) et comme des émanations du grand El (qui apparaît à Ugarit comme le père des dieux et le créateur du ciel et de la terre).
Dans cet univers-là, la violence des dieux trouve donc sa limite dans le partage raisonnable de leurs zones d’influence parmi les hommes, tout comme la violence des hommes doit déboucher finalement sur un partage à l’amiable des terres habitables. Même dans le contexte théologique plus classique, celui du Dieu national guerrier, le partage des zones d’influence entre dieux nationaux reste sous-entendu. Lorsque Jephté s’adresse au chef des Ammonites, il lui dit :
«… (23) Et maintenant que Yhwh, Dieu d’Israël, a dépossédé les Amorites devant son peuple Israël, toi, tu voudrais le déposséder ? (24) Ne possèdes-tu pas ce que Kemosh, ton Dieu, te fait posséder ? Et tout ce que Yhwh, notre Dieu, a mis en notre possession, ne le posséderions-nous pas ?» (Jg 11,23-24).
Le Dieu tribal ou national peut certes se manifester aussi par des signes accompagnateurs «cosmiques», comme dans le Cantique de Débora (Jg 5,4-5.20-21), mais la paix n’est pas orchestrée par un Dieu suprême : elle résulte plutôt d’un processus d’autorégulation où les forces des groupes divers et de leurs dieux se retrouvent en équilibre.

2. Paix centralisée, violence instrumentalisée
Avec l’avènement de la royauté, de l’État fort, et surtout de l’État impérial, nous découvrons une vision de l’ordre pacifique à la fois beaucoup plus ambitieuse, plus élaborée dans son discours, et surtout plus centralisée, une vision de la paix telle qu’elle est incarnée et défendue par cet État. Tout au long de leur histoire, l’Égypte aussi bien que la Mésopotamie nous en fournissent des attestations nombreuses. Toutes relèvent de ce que l’on peut appeler l’idéologie royale.
En Égypte, le roi, fils de Re et incarnation du dieu Horus, est le garant de la maat, de l’ordre cosmique. Selon cette idéologie, le règne du Pharaon a des effets bénéfiques non seulement pour l’administration de son royaume au sens étroit — exercice de la justice, protection des faibles contre les puissants, tranquillité des villes et des campagnes — mais aussi pour la sécurité extérieure : bédouins asiatiques, envahisseurs libyens ou nubiens, animaux sauvages sont maintenus bien à l’écart des frontières — ainsi que pour la prospérité économique et même le maintien des cycles naturels : crues du Nil, abondance des récoltes, etc. Le conte prophétique de Neferty (une prophétie fictive annonçant en fait le règne d’Amenemhet Ier [env. 1991-1962 av. J.-C.]) nous brosse, par la voie de la négative, un tableau saisissant de cette idéologie.
26) (…) Les cours d’eau de l’Égypte seront à sec (…) (31) (…) Toute bonne chose s’en ira, la terre de misère s’étendra (32) à cause de ces nourritures des Bédouins Asiatiques qui seront à travers la terre. Les ennemis (33) adviendront à l’est; les Asiatiques descendront vers l’Égypte. La forteresse sera trop étroite (…) (34) On grimpera à l’échelle dans la nuit, on pénétrera dans les forteresses, on chassera l’ensommeillé, (35) (…). Les animaux du désert boiront aux rivières (36) de l’Égypte, ils se rafraîchiront à leurs rives car on ne les chassera plus. (…) (43) (…) L’homme sera inerte, se détournant (44) quand l’un tue l’autre. Je te montre le fils comme un ennemi, le frère comme un adversaire, un homme (45) qui tue son père. (… …).
C’est un roi (58) qui surgira pour le sud : Amen, juste-de-voix, est son nom. Il est le fils d’une femme du premier nome du sud (…) (61) (…) Le fils d’un homme (62) fera son renom pour toujours et à jamais. Ceux qui en sont venus au mal et ceux qui ont conçu la révolte, (63) ils auront baissé le ton de leurs paroles en raison de la terreur qu’il inspire. Les Asiatiques tomberont sous ses coups (64), les Libyens tomberont par sa flamme, les ennemis par sa fureur, les révoltés de sa (65) crainte. (…) (68) (…). La maat reviendra à sa place, (69) le mal étant repoussé à l’extérieur. (…)» (cité d’après la traduction de D. Devauchelle, in Prophéties et oracles. II. en Egypte et en Grèce, Suppl. au cah.év. 89, Paris, Le Cerf, 1994, p.10-13).
Des textes finalement assez comparables nous proviennent de la royauté sumérienne (cf. par exemple l’hymne royal de Lipitishtar de Isin (19e s. av. J.-C. dans A. Falkenstein, W. von Soden, Sumerische und Akkadische Hymnen und Gebete, Zurich, Stuttgart, Artemis, 1953, p. 126-130) : le roi Lipitishtar, comme il l’évoque dans son hymne à lui-même, permet à la nature de s’épanouir, au temple de prospérer, à la guerre d’anéantir l’ennemi, à l’administration d’exceller et au droit de s’imposer partout.
En Égypte comme en Mésopotamie, la paix est perçue comme un état étroitement associé à la justice : elle est avec la justice l’expression de l’ordre cosmique dont le Dieu est le créateur et le roi le garant. Mais le propre de l’ordre cosmique, c’est que le cosmos y est compris comme une sorte de capsule d’ordre au sein du chaos infini, comme une zone habitable cernée de toutes parts par les déserts et les océans, donc comme une nacelle protégée (mais par définition fragile) perdue dans les immensités du chaos. (Telle sera également l’image suggérée par Gn 1).
Dans cette perspective, la paix est toujours une paix de forteresse, une paix qui doit se défendre contre tous ses ennemis. En théorie, la prétention à l’extension de cette paix est universelle, mais en fait, chaque puissance sait bien jusqu’où s’étend son pouvoir concret. Telle sera la pax aegyptiaca, la pax assyriaca ou la pax romana, elle se présentera à ses bénéficiaires comme une sorte de cloche ou de parapluie : chacun a intérêt à s’y abriter, car à l’extérieur la guerre est impitoyable et la lutte éternelle.
Ce qui est assez étonnant, c’est que le petit royaume de Juda — pour le royaume d’Israël, le royaume du nord, nous manquons d’informations — a assumé la même idéologie royale, la même conception de l’ordre cosmique, toutefois en en situant le centre non à Thèbes ou à Assur, mais à Jérusalem. Les Psaumes royaux, notamment les Ps 2 (versets 7-9), 72 et 110 (versets 1. 5s.) ou encore le Ps 76, montrent bien que le roi de Jérusalem revendique, lui aussi, une souveraineté universelle : tous les rois de la terre lui doivent soumission ou allégeance, même si cela devait paraître un peu prétentieux. Comme en Égypte ou en Mésopotamie, on peut observer cependant de grandes variations quant au sort qui est réservé, dans la théorie, à ces rois étrangers. Dans les versions belliqueuses (Merenptah, Lipitishtar, Ps 2,9; 110,5-6; Joël 4,9-21), les rois sont écrasés et anéantis. Dans les versions plus sereines — par exemple, dans les scènes de présentation du tribut de tous les peuples de la terre à Akhénaton — les rois étrangers et leurs nations se soumettent volontairement et dans l’allégresse, et, dans nombre de passages bibliques (cf. par exemple Ps 22,28-30; 68,29-32; 76,9-13; Es 2,2-5; Mi 4,1-5), les rois et leurs nations se prosternent devant le Dieu d’Israël et se rendent en pèlerinage à Jérusalem. Mais toujours la paix se fait-elle au bénéfice du centre : Jérusalem, Assur, Thèbes se considèrent comme le centre du monde.
Une remarque encore : il n’y a pas que les ennemis de l’extérieur, les rois des nations, qui menacent l’ordre cosmique, il y a aussi les animaux sauvages. Ceux-ci restent, dans de nombreux textes, associés aux forces du chaos et sont considérés comme une menace pour la paix des hommes. C’est pourquoi, dans l’idéologie royale, la chasse tout comme la guerre fait partie des obligations et des prérogatives du roi (même si dans les faits, la chasse deviendra très rapidement une opération de prestige plus que de nécessité : en Assyrie, il faudra importer les lions pour que les rois puissent encore se livrer à leur chasse). Mais ce thème — en tout cas sur le plan métaphorique — reste important dans la littérature biblique. Là aussi, les bêtes sauvages sont soit écartées ou supprimées (Ez 34,25), soit — dans une perspective utopique et eschatologique — totalement pacifiées (Es 11,6-9; 65,25). Selon Os 2,20 (passage probablement secondaire), l’établissement du pouvoir de Yhwh sera si total que les animaux sauvages et les ennemis humains ne pourront plus nuire et que les armes de guerre et de chasse seront supprimées en même temps.
Il se pose toutefois, pour l’application au contexte israélite/judéen du concept de la paix cosmique, un problème majeur : ce concept n’a de sens que si le dieu qui le garantit est sinon le Dieu créateur, du moins le souverain du ciel et de la terre. Or, on a aujourd’hui quelques raisons de penser que le dieu national d’Israël, Yhwh, n’a été confessé explicitement comme Créateur du ciel et de la terre qu’à partir du milieu ou de la fin du VIIe siècle av. J.-C., probablement à partir du règne de Josias.
Donc, la présence dans la pensée judéenne d’un concept de paix à la fois universel et centré sur Yhwh et son temple à Jérusalem est une surprise, presque une anomalie : les contemporains et voisins de Juda en tout cas pouvaient y voir un signe de prétention et de démesure. Alors, comment expliquer l’apparition, dans le contexte judéen, d’une théologie et d’une cosmologie réservée normalement aux «grandes puissances» ?
Il faut se rendre compte, d’abord, comment cette vision s’exprime dans les récits de la conquête du pays de Canaan par Israël. En Ex 34,11-13, Yhwh annonce à Moïse qu’il va chasser devant Israël tous les anciens habitants du pays, puis il lui interdit de conclure des alliances avec eux et leur ordonne de renverser leurs autels et autres installations cultuelles. En Dt 20,10-14, Moïse donne aux Israélites les instructions sur la manière dont ils auront à traiter les villes du pays dans lequel ils s’apprêtent à entrer. Celles qui ouvriront leurs portes aux envahisseurs seront simplement astreintes à la corvée et à la servitude. Les villes qui résistent seront assiégées, leurs hommes tués et les femmes et enfants réduits en esclavage. Puis viennent, aux versets 15-18, une clause aggravante : seules les villes éloignées du nouvel habitat d’Israël subiront le sort qui vient d’être décrit. La population des autres villes, c’est-à-dire des villes proches, devra être entièrement exterminée. Enfin, dans le récit de la conquête lui-même, nous trouvons le bilan est tiré en Jos 11,16-20 : «(16) Ainsi Josué prit tout ce pays : la Montagne, tout le Néguev, tout le pays du Goshèn, le Bas-Pays, la Araba, la montagne d’Israël et son bas-pays. (17) Depuis le mont Halaq qui se dresse vers Séïr jusqu’à Baal-Gad dans la vallée du Liban sous le mont Hermon, et il s’empara de tous leurs rois, les frappa et les mit à mort. (18) Pendant de nombreux jours, Josué fit la guerre à tous ces rois. (19) Pas une seule ville ne fit la paix avec les fils d’Israël, à l’exception des Hivvites qui habitent Gabaon; toutes les autres furent prises par les armes. (20) En effet, Yhwh avait décidé d’endurcir leur coeur à engager la guerre avec Israël afin de les vouer à l’interdit en sorte qu’il ne leur soit pas fait grâce et qu’on puisse les exterminer comme l’avait prescrit Yhwh à Moïse.»
Tous ces passages n’appartiennent pas à la même rédaction, mais tous traduisent la même perspective de base. Nous avons là une version extrême du concept centralisé de paix : à l’intérieur, un peuple homogène astreint à une allégeance sans faille à son Dieu, et à l’extérieur, l’éjection, l’esclavage ou la mort de tous les autres !
L’école théologique et littéraire à laquelle nous devons cet idéal et cette compréhension de l’histoire d’Israël est appelée par l’exégèse historico-critique «l’école deutéronomiste»: «deutéronomiste» parce que c’est dans le livre du Deutéronome que l’on retrouve les principes de base de cette école. On doit à ce cercle une oeuvre historiographique qui comprend les livres allant du Deutéronome au 2e livre des Rois et qui retrace l’histoire d’Israël depuis la veille de l’entrée en Canaan jusqu’à la chute des royaumes d’Israël et de Juda.
Avant de s’interroger sur le contexte historique dans lequel une telle perspective de l’histoire a pu se développer, il faut d’abord insister sur le fait que — d’après les recherches concordantes de ces quatre ou cinq dernières décennies, tant sur le plan archéologique et épigraphique que sur celui de la critique historique des textes bibliques — la présentation des origines d’Israël dans les livres du Deutéronome et de Josué se révèle fictive de A à Z. Le Blitzkrieg de Josué, le bain de sang, le «nettoyage ethnique», tout est inventé ! En réalité, les tribus israélites qui se sont formées dans la partie montagneuse de la Palestine centrale ne doivent nullement leur présence dans le pays à une invasion guerrière, ni même à une infiltration plus diffuse de groupes en provenance de Syrie ou d’Égypte. Pour l’essentiel, même si certains groupuscules ont pu venir s’y adjoindre de l’extérieur, nous sommes en présence, très simplement, d’une population rurale autochtone et composite qui, au début du Fer I (12e/11e s.), développe l’habitat des montagnes, prend conscience de son autonomie et finit par s’organiser politiquement sur le mode clanique et tribal.
Mais si les événements rapportés par ces récits ne sont pas historiques, si donc ces récits ne sont qu’un montage idéologique, cela ne risque-t-il pas d’aggraver plutôt que d’atténuer le jugement sévère que nous serons tentés de porter sur ces textes et sur ceux qui les ont produits ? Comment expliquer une dérive aussi redoutable ?
Le contexte historique dont il faut prendre conscience, le voici : Le système de petits États syro-palestiniens dont faisaient partie Israël et Juda et au sein duquel les dieux et leurs peuples se considéraient comme des frères (même si cela ne les empêchaient pas de se livrer des guerres incessantes), ce système fut sérieusement ébranlé — et même aboli — lorsque surgit, dans la deuxième moitié du VIIIe siècle, l’impérialisme assyrien. Ces petits États, qui avaient nourri l’illusion de leur indépendance alors qu’ils restaient, nominalement, dans la zone d’influence égyptienne, furent soudainement et brutalement transformés en royaumes vassaux des Assyriens, voire en provinces assyriennes. Le roi d’Assyrie se considérait comme le vicaire terrestre du dieu Assur, et il se sentait appelé à transformer les habitants du monde entier en «sujets de la Cité du dieu Assur». L’impérialisme assyrien s’approchait des États et des cités du Proche-Orient avec exactement les mêmes revendications que celles que nous trouvons dans les lois de la guerre de Dt 20 : «la capitulation ou la mort !» La terre entière devait être soumise au dieu Assur.
Le langage, les mises en scène et l’idéologie de la littérature deutéronomiste de l’Ancien Testament ne sont donc qu’une adaptation à Yhwh, une assimilation israélite du mode de penser assyrien. Pour s’opposer au militarisme totalitaire et brutal de l’Assyrie, les deutéronomistes acceptent de militariser et de brutaliser leurs propres tradition religieuses, (… un peu comme la théologie barthienne, pour s’opposer au totalitarisme nazi se fait l’avocat, dans l’interprétation de son propre patrimoine traditionnel, d’un transcendantalisme autoritaire). On peut aujourd’hui reconstruire avec un certain degré de probabilité les phases historiques de ce mouvement de pensée. Les «deutéronomistes», auteurs du Deutéronome, se situent d’abord dans la lignée du prophétisme du VIIIe siècle (qui était un mouvement d’opposition et d’exclusivisme religieux, cf. surtout Amos et Osée) : ils représentent un courant anti-assyrien, et ce sont eux qui vont instaurer le modèle de «l’alliance», c’est-à-dire du traité de vassalité imposé par les Assyriens, à la religion d’Israël. Le vrai suzerain d’Israël, martèleront-ils, n’est pas Assur mais Yhwh. La seule allégeance légitime pour Israël ne va pas au conquérant assyrien mais à Yhwh, le Dieu d’Israël.
Un peu plus tard, lorsque sous le règne de Josias (640-609), l’empire assyrien commence à s’affaiblir avant de s’effondrer complètement, le mouvement deutéronomiste sort de l’underground, entre à la cour et devient la doctrine officielle. La fameuse réforme de Josias en 622, qui centralise le culte à Jérusalem et qui officialise le Deutéronome, en est la manifestation visible. Dans ce contexte, on écrit l’histoire des origines d’Israël. On fait de l’exode et de l’alliance avec Yhwh par la médiation de Moïse l’événement clef de cette histoire et on représente l’entrée d’Israël en Canaan à la lumière des invasions assyriennes : un rouleau compresseur qui fait table rase. Josué n’est rien d’autre qu’une projection dans le passé de Josias lui-même, qui s’efforce d’ailleurs (mais avec moins de succès que son modèle) de reprendre les territoires de l’ancien royaume d’Israël.
Cette perspective triomphaliste, curieusement, se maintient, et même se radicalise encore, lorsqu’à nouveau la constellation internationale change du tout au tout. Josias a profité du vide passager créé par l’effondrement de l’Assyrie, mais il est capturé par les Égyptiens en 609 et mis à mort. Bientôt, les Néobabyloniens ont pris le relais des Assyriens, et c’est Nébukadnezzar qui en, 597, puis en 587, assiège puis détruit Jérusalem, entraînant l’élite judéenne dans ce qu’on appelle l’exil à Babylone. Les deutéronomistes, cette fois, accentuent la perspective du jugement : Si Israël et Juda ont sombré, cela n’est pas dû à une quelconque faiblesse de leur Dieu — au contraire, le livre de Josué sert maintenant à démontrer que le pays a été donné à Israël dans toute son extension, vidé de ses anciens habitants, quasi «clefs-en-mains», et que c’est Israël qui n’a pas été à la hauteur de sa tâche, se laissant toujours à nouveau gagner par l’infidélité à Yhwh. La chute des royaumes d’Israël et de Juda est donc vue comme un juste châtiment infligé par Yhwh à son peuple. Reste en suspens la seule question de savoir si ce châtiment est définitif — s’il représente en quelque sorte le dernier mot de l’histoire — ou non.
L’historiographie deutéronomiste proprement dite s’arrête en 562 (cf. 2 R 25,27-30), mais les héritiers de cette tradition littéraire et de cette forme de pensée vont gérer leur patrimoine jusqu’à la fin de la période biblique, et à certains égards, me semble-t-il, jusqu’à nos jours, tant dans le christianisme que dans le judaïsme. Au moment où se constituera, à l’époque perse, la Tora canonique du judaïsme naissant, ils veilleront à ce que leur tradition occupe, dans le nouvel ensemble une place de choix.

3. Paix universelle, violence conjurée
Heureusement, dirais-je — enfin, c’est là mon sentiment personnel — le courant deutéronomiste n’est pas le seul à se faire entendre dans la tradition biblique sur les origines d’Israël. Une autre voix, capitale et qui, en façonnant un certain nombre de récits-clef de la Tora, notamment dans le livre de la Genèse, va contribuer à l’universalisation du canon biblique, est la voix de l’auteur dit «sacerdotal» (désigné «P» par les biblistes) et de son école. Nous lui devons en particulier le récit de la création du monde en Gn 1, une des versions du récit du Déluge en Gn 6-9, le récit de l’alliance avec Abraham en Gn 17 ainsi que le baes de cette grande législation sacerdotale (*Ex 25 à Nb 10), qui place au centre la fondation du Tabernacle et qui conçoit la pratique rituelle comme une sorte de sacrement permettant à l’homme pécheur — le juif mais à travers lui, l’humanité entière — de subsister devant le Dieu très-saint.
L’école sacerdotale doit avoir elle aussi des antécédents qui remontent à l’époque préexilique, mais pour l’essentiel elle s’épanouit à partir de l’exil. L’auteur des textes de la Genèse est certainement une personnalité de la fin de l’exil. Cette période coïncide avec l’émergence de l’empire perse, période qui inaugure ce que l’on serait tenté d’appeler une ère de modernité. Cyrus entre à Babylone en 539, salué presque en libérateur (y compris par le Deutéroésaïe). Les Perses n’ont pas eu à conquérir leur empire: ils en ont hérité. Aussi leur attitude à l’égard des peuples de cet empire va-t-elle être à l’opposé de celle des Assyriens. Alors que les Assyriens tentaient par tous les moyens — par exemple, par des déportations massives — de dissoudre, d’assimiler, d’égaliser ou d’homogénéiser les peuples conquis et de les soumettre tous à Assur, les Perses, au contraire, ont vu leur intérêt dans la tolérance des particularités et des diversités. Leur dieu suprême, Ahuramazda, s’accommodait fort bien de la pluralité des cultures et des religions. Comme l’a montré H.-P. Frei en 1984, ils ont même favorisé, dans les diverses parties de leur empire, la fixation et la canonisation des lois et des traditions, en invitant les autorités locales à leur fournir une «version officielle» (Cf. P. Frei, K. Koch, Reichsidee und Reichsorganisation im Perserreich. Zweite, bearbeitete und stark erweiterte Auflage, OBO 55, Fribourg et Göttingen, Universitätsverlag, 1996, 1re édition: 1984). Ainsi en Lydie, en Égypte et … en Israël. On peut penser, en effet, que l’édition de la Tora, la rédaction normative du Pentateuque, n’est pas due simplement, comme on l’a pensé depuis deux cents ans, à une succession arbitraire de rédactions maladroites, mais qu’elle est le résultat d’une négociation intense entre les différents courants juifs, les partis présents étant fermement invités par les Perses à se mettre d’accord et à leur fournir une «copie» unique. L’AT lui-même en garde le souvenir, puisqu’il nous apprend que le grand «rédacteur» de la Tora, le juif Esdras, était un fonctionnaire perse, délégué à cette fin à Jérusalem (Esd 7; Ne 8). Il est évident que la tolérance des Perses avait des limites: ce qui aurait risqué de déstabiliser l’empire ou la coexistence de ses ethnies n’aurait pas passé la censure (encore que la sagesse politique perse pût aussi avoir consisté à intégrer la voix de l’opposition plutôt que de la supprimer), mais tout ce qui était particularisme, coutume ancestrale, loi religieuse était systématiquement favorisé. Depuis une dizaine d’années, on a donc appris à lire la Tora comme un formidable «match» entre deux grands courants opposés, le courant deutéronomiste et le courant sacerdotal.
L’auteur sacerdotal est un homme de l’empire perse. Il est aux antipodes du courant deutéronomiste, et il va introduire une vision de Dieu, d’Israël et de l’humanité qui se défera de toute agressivité guerrière et qui optera pour ce qui apparaît comme une sorte de pacifisme réaliste. Cette perspective, dont on n’a, me semble-t-il, pas encore mesuré l’originalité et la radicalité, j’aimerais ici et pour conclure en esquisser quelques éléments :
Dans l’histoire sacerdotale, qui va de la création de l’univers (Gn 1) à la mort de Moïse (Dt 34), aucune guerre n’est rapportée. Il n’est pas dit comment les Israélites entrent dans le pays. Apparemment, la terre de Canaan est restée vide jusqu’à l’arrivée des Israélites, et ce pays leur échoit sans guerre. Mais les Israélites ne sont pas les seuls habitants du pays. Car l’auteur sacerdotal renoue aussi avec la pensée généalogique de la période tribale. Pour cet auteur, deux ancêtres sont importants : Noé (Gn 9-10), qui est l’ancêtre de toute l’humanité, et Abraham (Gn 17) qui est l’ancêtre non seulement des Juifs mais aussi de tous les peuples voisins de Palestine et du Levant (notamment les Édomites et les Ismaélites), et c’est avec ces deux ancêtres, et avec eux seuls, que Dieu conclut une alliance. Israël partage avec tous les descendants d’Abraham la promesse du pays de Canaan. La particularité d’Israël n’est pas niée, mais elle est vue dans une perspective qu’on pourrait appeler sacerdotale : Israël est le gardien du Temple, il est le prêtre de l’humanité. Mais pour le reste, la perspective est résolument internationaliste et interethnique.
Si l’auteur sacerdotal exclut la guerre de ses récits, il propose toutefois une réflexion très subtile sur la violence, et donc sur la guerre, et donc sur la paix et la justice. En effet, le monde, dont il raconte la création en Gn 1, est un monde «bon» et même «très bon» (Gn 1,31). Les habitants de la terre, c’est-à-dire les animaux terrestres et les hommes, se partagent le même habitat mais n’entrent pas en conflit, car leur nourriture n’est pas la même : graines et fruits pour les hommes, herbes et verdure pour les animaux. Ni les hommes ni les animaux ne sont carnivores. C’est donc la paix et non la violence qui a été inscrite dans l’ordre de la création. Évidemment, il n’a pas échappé à notre auteur que cette vision idéale des choses était démentie par la réalité empirique. Mais il n’y a pas chez lui un récit de la «chute». Simplement, il constate, au début de l’histoire du déluge, que «toute chaire est corrompue et que la terre s’est remplie de violence» (Gn 6,11s.). C’est donc la violence qui est le mal par excellence. Mais qui en est responsable ? «Toute chair», c’est-à-dire les hommes et les animaux dans leur ensemble. Le problème n’est donc pas celui d’une culpabilité individuelle de tel ou tel individu ou groupe, d’humains ou d’animaux. On pourrait dire que le problème est structurel, et cela nous fait rejoindre la manière dont le problème est abordé dans certains mythes mésopotamiens. Dans l’épopée d’Atrahasis par exemple, c’est parce que les hommes, devenus prolifiques, font trop de bruit et l’empêchent de dormir que le dieu Enlil décide de les affamer, de les faire mourir de maladie et, finalement, de les noyer sous les eaux du Déluge. Derrière le «bruit» comme derrière la «violence» se profile le spectre de la surpopulation humaine et animale : il y a trop d’hommes, il y a trop d’animaux, ils font trop de bruit, et ils sont trop violents. Et c’est cette surpopulation, devenue «ingérable», qui précipite la catastrophe. Il faut faire table rase, recommencer à zéro. Mais la catastrophe ne résout rien.
«Faire la guerre pour mettre fin à toutes les guerres», c’est la tentation de toujours, et c’est la logique qui conduit au Déluge. Le Déluge survient, mais il n’arrange rien. Selon l’un de nos deux narrateurs (probablement un glossateur de P), Dieu dit : «Je ne recommencerai plus à maudire le sol à cause de l’homme, car le produit du coeur de l’homme est le mal, dès sa jeunesse. Plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme je l’ai fait!» (Gn 8,21). La motivation pour ne plus envoyer de Déluge est exactement la même que celle qui avait justifié son déclenchement (6,5). Dieu a compris que les hommes d’après le Déluge ne sont pas meilleurs que les hommes d’avant. Et si le Déluge est désormais écarté, c’est parce que sa valeur pédagogique s’est révélée nulle. Il y a, en revanche, une certaine pédagogie de Dieu : Dieu fait l’expérience de ce qui «marche» et de ce qui ne «marche» pas dans le traitement des hommes.
Dès le moment où les solutions radicales ont échoué, on comprend mieux les enjeux du récit de la «reconstruction» postdiluvienne, telle qu’elle est envisagée par le narrateur sacerdotal. Dans ce récit, en Gn 9,1-17, Dieu établit une alliance avec Noé, et on ne s’étonnera pas que celle-ci tourne entièrement autour de la question de la violence et de son endiguement. La violence, non seulement entre hommes, mais aussi entre humains et animaux, ne peut plus être ni ignorée ni définitivement extirpée, et c’est pourquoi il s’agit maintenant de mettre en place des garde-fous afin que la vie des hommes et des animaux ne soit pas engloutie par la violence qu’elle ne cesse d’engendrer. La prolifération et la fécondité des hommes est maintenue (9,1), mais celui qui verse le sang en sera tenu pour responsable : «De votre sang, qui est votre propre vie, je demanderai des comptes à toute bête et j’en demanderai compte à l’homme : à chacun je demanderai compte de la vie de son frère.» (9,5). Et afin de bien montrer que les solutions radicales («venger sept fois», «exterminer et recommencer») sont désormais bannies, Dieu lui-même va donner l’exemple. L’arc-en-ciel, qui en est le signe visible, doit rappeler – aux hommes comme à Dieu lui-même – que Dieu a suspendu son arc dans les nuages (Gn 9,13-16), c’est-à-dire que l’arc – qui est l’arme de guerre, de chasse et d’extermination par excellence – a été rangé au râtelier. Dieu lui-même proclame qu’il ne contribuera plus au cycle de la violence. Et que cela se sache !
Pacifisme réaliste, avons-nous dit à propos de cet auteur. Dans les récits sacerdotaux du début de la Genèse, la réflexion sur les origines de la violence est, on le voit, étroitement associée à la réflexion sur les origines de l’humanité. Ce narrateur — mais cela peut être dit aussi des autres voix qui s’expriment en Gn 1-11 — savent fort bien que si l’avenir de l’humanité est menacé, c’est avant tout par la violence. Pourtant leurs récits ne suggèrent ni l’angélisme ni l’indignation automatique. La violence, pour eux, a bien quelque chose d’endémique. La condition humaine est telle que la violence est toujours là, un peu comme la bête tapie derrière la porte de Caïn, prête à bondir. Mais l’homme n’est pas pour autant dégagé de sa responsabilité vis-à-vis d’elle. C’est à l’homme qu’il appartient de dominer la violence, c’est-à-dire de l’apprivoiser, de l’endiguer, de la domestiquer comme on le ferait d’une bête sauvage : d’imaginer donc des structures dans lesquelles cette violence pourrait se faire moins menaçante ou de concevoir des stratégies qui pourraient la rendre moins dévorante.
Nous voici arrivés au terme d’un périple qui, en nous conduisant de l’Israël clanique et tribal au judaïsme naissant de l’empire perse, en passant par le royaume de Josias repensé à la lumière de la confrontation avec l’Assyrie, nous a permis de repérer trois conceptions différentes de la puissance et de la violence du Dieu d’Israël.
Le premier modèle, à la fois archaïque et moderne, part d’un monde pluripolaire et d’une humanité où les peuples sont à la fois collègues et rivaux et où leurs dieux eux-mêmes doivent coexister à l’intérieur d’un ordre cosmique diffus et se partager leurs zones d’influence. Ce qui compte là, c’est le bon sens mais aussi l’astuce, la décence mais aussi une certaine débrouillardise.
Le deuxième modèle nous introduit à une conception centralisée du monde et de l’ordre cosmique. La paix y est commandée et imposée par un pouvoir central, que ce soit par la persuasion ou par la force. A l’extérieur de cet ordre, il n’est point de salut. Ce modèle peut trouver des expressions sereines (souvent utopistes ou eschatologiques) ou alors, extrêmement agressives.
Le troisième modèle transcende les deux modèles précédents tout en valorisant certains de leurs aspects. En redécouvrant d’une part les vertus du système généalogique, en maintenant d’autre part le postulat d’un Dieu créateur unique, il propose une vision étonnamment universaliste et pacifique de la paix et de la justice. La violence est perçue comme un ferment de destruction extrêmement dangereux : Dieu et les hommes s’allient pour l’endiguer et pour conjurer la menace qu’elle représente pour l’un et les autres.

 

COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 7 DÉCEMBRE – Isaïe 40, 1-5. 9-11

5 décembre, 2014

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COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 7 DÉCEMBRE

PREMIERE LECTURE – Isaïe 40, 1-5. 9-11

1 Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu.
2 Parlez au coeur de Jérusalem.
Proclamez que son service est accompli,
que son crime est expié,
qu’elle a reçu de la main du SEIGNEUR
le double pour toutes ses fautes.
3 Une voix proclame :
« Dans le désert, préparez le chemin du SEIGNEUR ;
tracez droit, dans les terres arides,
une route pour notre Dieu.
4 Que tout ravin soit comblé,
toute montagne et toute colline abaissées !
Que les escarpements se changent en plaine
et les sommets en large vallée !
5 Alors se révélera la gloire du SEIGNEUR,
et tout être de chair verra que la bouche du SEIGNEUR a parlé. »
9 Monte sur une haute montagne,
toi qui portes la bonne nouvelle à Sion.
Elève la voix avec force,
toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem.
Elève la voix, ne crains pas.
Dis aux villes de Juda :
« Voici votre Dieu ! »
10 Voici le SEIGNEUR Dieu !
Il vient avec puissance ;
son bras lui soumet tout.
Voici le fruit de son travail avec lui,
et devant lui, son ouvrage.
11 Comme un berger, il fait paître son troupeau :
son bras rassemble les agneaux,
il les porte sur son coeur,
il mène les brebis qui allaitent.

« CONSOLEZ, CONSOLEZ MON PEUPLE »
C’est ici que commence l’un des plus beaux passages du Livre d’Isaïe ; on l’appelle le « Livret de la Consolation d’Israël » car ses premiers mots sont « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu ». Cette phrase, à elle toute seule, est déjà une Bonne Nouvelle extraordinaire, presque inespérée, pour qui sait l’entendre ! Car les expressions « mon peuple »… « votre Dieu » sont le rappel de l’Alliance.
Or c’était la grande question des exilés. Pendant l’Exil à Babylone, c’est-à-dire entre 587 et 538 avant J.C. on pouvait se le demander : Dieu n’aurait-il pas abandonné son peuple, n’aurait-il pas renoncé à son Alliance…? Il pourrait bien s’être enfin lassé des infidélités répétées à tous les niveaux. Tout l’objectif de ce Livret de la Consolation d’Isaïe est de dire qu’il n’en est rien. Dieu affirme encore « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu », ce qui était la devise ou plutôt l’idéal de l’Alliance.
Je prends tout simplement le texte dans l’ordre : « Parlez au coeur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli » dit Isaïe ; cela veut dire que la servitude à Babylone est finie ; c’est donc une annonce de la libération et du retour à Jérusalem.
« Que son crime est expié et qu’elle a reçu de la main du SEIGNEUR le double pour toutes ses fautes. » D’après la loi d’Israël, un voleur devait restituer le double des biens qu’il avait volés (par exemple deux bêtes pour une). Parler au passé de cette double punition, c’était donc une manière imagée de dire que la libération approchait puisque la peine était déjà purgée.
Ce que le prophète, ici, appelle les « fautes » de Jérusalem, son « crime », ce sont tous les manquements à l’Alliance, les cultes idolâtres, les manquements au sabbat et aux autres prescriptions de la Loi, et surtout les nombreux manquements à la justice et, plus grave encore que tout le reste, le mépris des pauvres. Le peuple juif a toujours considéré l’Exil comme la conséquence de toutes ces infidélités. Car, à l’époque on pensait encore que Dieu nous punit de nos fautes.

LE RETOUR DE L’EXIL COMME UN NOUVEL EXODE
« Une voix proclame » : nulle part, l’auteur de ce « Livret de la Consolation d’Israël » ne nous dit qui il est ; il se présente comme « la voix qui crie de la part de Dieu » ; nous l’appelons traditionnellement le « deuxième Isaïe ».
« Une voix proclame » : Dans le désert, préparez le chemin du SEIGNEUR ». Déjà une fois dans l’histoire d’Israël, Dieu a préparé dans le désert le chemin qui menait son peuple de l’esclavage à la liberté : traduisez de l’Egypte à la Terre promise ; eh bien, nous dit le prophète, puisque le Seigneur a su jadis arracher son peuple à l’oppression égyptienne, il saura aujourd’hui, de la même manière, l’arracher à l’oppression babylonienne.
« Tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine et les sommets en large vallée ! » C’était l’un des plaisirs du vainqueur que d’astreindre les vaincus à faire d’énormes travaux de terrassement pour préparer une voie triomphale pour le retour du roi victorieux. Il y a pire : une fois par an, à Babylone, on célébrait la grande fête du dieu Mardouk, et, à cette occasion, les esclaves juifs devaient faire ces travaux de terrassement : combler les ravins… abaisser les collines et même les montagnes, de simples chemins tortueux faire d’amples avenues… pour préparer la voie triomphale par laquelle devait passer le cortège, roi et statues de l’idole en tête !
Pour ces Juifs croyants, c’était l’humiliation suprême et le déchirement intérieur. Alors Isaïe, chargé de leur annoncer la fin prochaine de leur esclavage à Babylone et le retour au pays leur dit : cette fois, c’est dans le désert qui sépare Babylone de Jérusalem que vous tracerez un chemin… Et ce ne sera pas pour une idole païenne, ce sera pour vous et votre Dieu en tête !
« Alors se révélera la gloire du SEIGNEUR, et tout être de chair verra que la bouche du SEIGNEUR a parlé » : on pourrait traduire « Dieu sera enfin reconnu comme Dieu et tous verront que Dieu a tenu ses promesses. »
« Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Elève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. » Au passage, vous avez remarqué le parallélisme de ces deux phrases : parallélisme parfait qui a simplement pour but de porter l’accent sur cette Bonne Nouvelle adressée à Sion ou Jérusalem, c’est la même chose : il s’agit évidemment du peuple et non de la ville. Le contenu de cette Bonne Nouvelle suit immédiatement : « Voici votre Dieu ! Voici le SEIGNEUR Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. »
« Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son coeur, il mène les brebis qui allaitent. » Nous retrouvons ici chez Isaïe l’image chère à un autre prophète de la même époque, Ezéchiel.
Ce texte, dans son ensemble, résonnait donc comme une extraordinaire nouvelle aux oreilles des contemporains d’Isaïe, au sixième siècle av.J.C. Et voilà que cinq ou six cents ans plus tard, lorsque Jean-Baptiste a vu Jésus de Nazareth s’approcher du Jourdain et demander le Baptême, il a entendu résonner en lui ces paroles d’Isaïe et il a été rempli d’une évidence aveuglante : le voilà celui qui rassemble définitivement le troupeau du Père… Le voilà celui qui va transformer les chemins tortueux des hommes en chemins de lumière… Le voilà celui qui vient redonner au peuple de Dieu sa dignité… Le voilà celui en qui se révèle la gloire (c’est-à-dire la présence) du SEIGNEUR. Fini le temps des prophètes, désormais Dieu lui-même est parmi nous !

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