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EN RELISANT LE POÈME DU SEREVITEUR SOUFFRANT ISAÏE 52,13-53,12

27 mars, 2014

http://www.maisondelabible.catho.be/articles/autres3.htm

EN RELISANT LE POÈME DU SEREVITEUR SOUFFRANT ISAÏE 52,13-53,12

1. Le Premier Testament
2. Le fait unique du Christ
3. Les premiers chrétiens 4. Le serviteur souffrant du 4e chant d’Isaïe
5. Le Serviteur soufrant et nous
6. Retour à la case du départ

Dans un gros roman tout en suspens, Pomilio raconte l’histoire d’un officier américain, historien de métier, qui découvre dans une cure allemande abandonnée, qui lui a été dévolue comme logis pendant l’occupation, la mention de l’existence d’un cinquième évangile (1) . Et le voilà parti dans une quête passionnée à laquelle il associe ses étudiants en histoire. Quel est ce cinquième évangile ? Prenons cette question comme fil rouge de notre recherche : « Qui est le Serviteur souffrant en Isaïe 53 ? ». Pour le découvrir, acceptons de faire un détour dans les Ecritures.

1. Le Premier Testament
Revenons au Premier Testament. Il nous raconte une histoire concrète, l’histoire d’un peuple avec ses aventures, ses joies, sa religion, ses malheurs, ses erreurs, ses péchés, ses retours… Mais déjà le texte écrit que nous lisons est un premier décodage. Les auteurs y livrent déjà une première clé de lecture. Les faits sont décrits de manière à exprimer à travers eux qui est Dieu, qui est l’homme pour Lui. L’histoire sainte est donc une parabole théologale de Dieu. C’est une histoire à décoder. C’est l’histoire de « Dieu avec son peuple », « d’Israël avec Dieu ».
Allons plus loin. L’écrit est livré au lecteur, à l’auditeur, l’histoire devient parabole nouvelle. Le texte devient pour le lecteur « sa » parabole, il peut y lire aussi l’histoire-parabole de Dieu avec tous les peuples, l’histoire de Dieu avec lui-même, lecteur, auditeur.

2. Le fait unique du Christ
L’Histoire-parabole, la Bible, est livrée aux lecteurs de tous les temps. S’il est vrai que l’Histoire Sainte est l’histoire d’un peuple, elle est aussi notre histoire personnelle, celle de l’Eglise et celle de chaque peuple. Nous pouvons la comparer à une parabole extrêmement significative. Pourtant dans cette histoire, un fait unique s’est produit. Du moins les chrétiens le perçoivent-ils ainsi, à la manière de st Paul : un homme dévoile une signification plus totale de la parabole, une réalité inouïe, une réalité qui dépasse toutes les espérances germées de l’histoire-parabole : nous pouvons dire que certains passages du Premier Testament sont une parabole en premier lieu de Jésus lui-même. C’est en cela que « s’accomplissent les Ecritures ». Et lorsqu’il nous est demandé de suivre Jésus, nous réalisons un peu nous-mêmes cet accomplissement.
L’évangéliste Luc exprime cette réalité de Jésus dans les récits après la Résurrection : « Et Jésus, en commençant par Moïse et tous les prophètes, leur expliqua dans toutes les Ecritures, ce qui le concernait » (Luc 24,27). Paul de son côté nous dit : « Un voile demeure lorsqu’on lit l’Ancien Testament… Jusqu’à ce jour un voile demeure sur le cœur. C’est seulement quand on se convertit au Seigneur (Christ) que le voile tombe… » (2 Co 3,14-16). Paul ne dit pas « quand on connaît le Christ » mais « quand on se convertit au Christ ». C’est l’engagement de vie suscité par la connaissance du Christ, la rencontre du Christ, qui découvre peu à peu la vérité des Ecritures, « le mystère caché révélé maintenant aux saints apôtres et prophètes » (Eph 3,5).

3. Les premiers chrétiens
Les premiers chrétiens l’avaient bien compris, eux qui, pour découvrir la personne de Jésus, ont recouru aux textes du Premier Testament, particulièrement les psaumes et les prophètes. Des hommes, tels que Moïse et Elie (présents à la transfiguration, disent les évangélistes!), Jérémie ou l’un des prophètes, surgissent déjà dans la pensée des auditeurs de Jésus : « Qu’est-ce que les gens disent de moi ? » demande Jésus. « Il disent que tu es Elie ou Jérémie, ou l’un des prophètes… » (Mt 16,13-14). Plus encore, les psaumes, qui s’adressent à Dieu à travers les souffrances, et Isaïe, présentant le Serviteur souffrant, sont les textes les plus cités par les écrits des premiers chrétiens. Nous comprenons mieux maintenant ce que dit si souvent Matthieu: « Ainsi s’accomplit ce que dit le Seigneur par le prophète… ». Non que les prophètes aient connu par avance la vie de Jésus, comme le croient encore naïvement certains chrétiens, mais parce que leurs paroles étaient paraboles, ‘grosses’ de réalités nouvelles auxquelles elles vont donner le jour, comme la graine mise en terre ne dit encore rien clairement des fruits de l’arbre qui pourtant va germer à partir d’elle. Ce n’est pas pour rien que nombre de paraboles de l’évangile parlent de la semence! Et que tant de textes prophétiques appellent « germe » celui qu’on attend comme sauveur (Is 4,2; 61,11; Jr 23,5; 33,15; Za 3,8; 6,12) et, dans le poème du serviteur souffrant, celui-ci est annoncé comme un « surgeon qui sort d’une terre déssèchée » (Is 53,2). Le psaume 21 et Isaïe 53 sont des textes importants qui ont permis d’appréhender quelque peu le mystère de Jésus, le secret de Dieu et de son dessein d’amour. .

4. Le Serviteur souffrant du 4e chant (Isaïe 52,13-53,12)
Les paroles d’Isaïe permettent-elles vraiment ce transfert de la prophétie sur le Nouveau Testament ? Essayons de le découvrir. Le texte, appelé souvent « le chant du Serviteur souffrant » est le quatrième d’une série de poèmes, repérés au milieu du texte d’Isaïe entre les chapitres 42 et 54. Ces quatre textes ont ceci de particulier qu’ils parlent d’un mystérieux serviteur que Dieu a choisi pour une mission bien particulière.
Qui est ce serviteur ? Déjà, Israël est appelé « mon serviteur » au chapitre 41,8 : « Je t’ai choisi et non rejeté… ». Le texte est destiné à fortifier la confiance d’Israël, à l’assurer de la présence protectrice de Dieu, « Celui qui te rachète, le saint d’Israël », et lui promet le retournement de sa situation misérable. Ces promesses réconfortantes se continuent au chapitre 43,1 ss. Il s’y ajoute une mission de témoignage « mes témoins à moi, c’est vous, parole du Seigneur; mon serviteur, c’est vous que j’ai choisis » (Is 43,10).
D’autre part, en Isaïe 41,25, nous découvrons un autre serviteur de Dieu : « Du Nord, j’ai fait surgir un homme… » Il s’agit de Cyrus sans doute, comme en Isaïe 40,13 : »Qui a indiqué au Seigneur l’homme (qui réalisera) son dessein ? ». Nous retrouvons ce même serviteur en Isaïe 42,9; 46,11; 44,28; 45,1-6… Quelle est la mission de Cyrus ? Dieu lui promet « d’abaisser les nations devant lui, déboucler les ceintures des rois, ouvrir les battants des portes, Dieu lui donne trésors et richesses… à cause de son peuple ». Le prophète dit de lui « qu’il sera un oiseau de proie…  » (Is 46,11).
Tout autre est la figure d’un autre serviteur, surtout dans ces quatre poèmes (Is 42,1-7; 49,1-9; 50,4-9; 52,13-53,12). « Voici mon serviteur que je soutiens… j’ai mis mon esprit sur lui, il fera paraître le jugement parmi les nations. Il ne criera pas, il n’élèvera pas la voix… il ne brisera pas le roseau blessé… je t’ai destiné à être alliance des nations, lumière des peuples… à ouvrir les yeux des aveugles… » (Is 42,1-7). Ce serviteur reçoit une mission de justice, de guérison, une mission universelle pour toutes la nations. Pourtant il connaît des difficultés, des souffrances, il dira même: « C’est en vain que je me suis fatigué, pour du vide, du vent, que j’ai épuisé mon énergie. En fait mon droit m’attendait près du Seigneur » (Is 49,4). Il souffrira, sera persécuté (Is 50,6). Ce serviteur est un disciple, avec une mission prophétique de réconfort, de consolation : « Tu m’as ouvert l’oreille pour que j’écoute comme un disciple pour que je puisse réconforter l’épuisé… » (Is 50,4-5). Mais surtout sa mission se vit à travers le sacrifice de lui-même pour son peuple, dans sa douceur, son silence,- alors qu’il porte le péché de son peuple, – son offrande de lui-même jusqu’à être rejeté, traité comme puni de Dieu, mis à mort sans qu’on se préoccupe de son sort. Mais sa glorification contre toute attente, son intercession pour les pécheurs, en font une figure énigmatique, une parabole qui recèle un secret inconnu. Qui est le mystérieux Serviteur souffrant ? Ce serviteur ne peut pas être le conquérant Cyrus « oiseau de proie ». Est-il le portrait de Jérémie qui a souffert pour la parole de Dieu ? (Jr 20,8; 26,8.; 30,13…). Est-ce le prophète auteur de ces lignes ? Est-ce le peuple Israël tout entier ? On sait maintenant que le « Maître de Justice » de Qûmran, qui avait aussi été persécuté, disait que ces textes parlaient de lui C’est ainsi que le décrit Israël Knohl (2) , un Israélien, dans son livre « Un autre Messie ». Mais il ne semble pas que les docteurs de la Loi du temps de Jésus voyaient en ces textes des promesses prophétiques.
Comme toutes les paraboles, ces textes ne livrent leur secret qu’à ceux qui « écoutent la parole et qui la gardent » dans leur engagement vivant. Comment Jésus n’aurait-il pas entendu ces paroles comme parlant pour lui? Comment les premiers chrétiens n’auraient-ils pas décrypté le mystère du Serviteur et de Jésus l’un par l’autre? Ils le disent clairement, comme dans le récit de Philippe annonçant Jésus à l’eunuque de Candace, à partir du texte d’Isaïe 53 qu’il était en train de lire (Ac 8,26-37). Ou dans la première lettre de Pierre (1 P 2,24) ou encore par les mots qu’ils utilisent, par exemple quand Jean nous dit l »exaltation » de Jésus comme le Serviteur sera exalté (voir aussi Ro 4,25; 2 Co 5,21; Gal 3,13; Eph 2,14-18). En nous décrivant la Passion, les évangélistes font souvent allusion à ce grand poème du Serviteur souffrant ou même le citent (par exemple Mt 26,63; 27,38.60). On trouve aussi dans les évangiles d’autres citations pendant la vie de Jésus; par exemple : « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies » (Mt 8,17; Is 53,4; voir aussi Mt 12,18-21; Lc 22,37) « Il a été compté parmi les pécheurs » (Mc 15,28; Is 53,12; les références des différentes éditions des bibles actuelles nous renseigneront sur toutes les citations et les allusions). Nous trouvons dans la première lettre de Pierre un texte remarquable qui montre Jésus accomplissant la prophétie d’Isaïe et demandant aux chrétiens de suivre son exemple, d’accomplir eux aussi ce que disait le prophète : « Le Christ lui aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple afin que vous suiviez ses traces : Lui qui n’a pas commis de péché et dans la bouche duquel il ne s’est pas trouvé de tromperie, lui qui insulté ne rendait pas l’insulte, dans sa souffrance ne menaçait pas mais s’en remettait au juste Juge, lui qui, dans son corps, a porté nos péchés sur le bois, afin que morts à nos péchés nous vivions pour la justice, lui dont les meurtrissures nous ont guéris… » (1 P 2,21-24; Is 53,9…). Jésus lui-même semble bien avoir lu son destin à la lumière du poème d’Isaïe. Les annonces de la Passion, si présentes dans les évangiles, nous disent combien Jésus a senti grandir l’opposition autour de lui et s’est résolument présenté à Jérusalem pour un témoignage décisif qui, il le savait, le conduisait à la mort. Quand Jésus se reconnaît dans le Serviteur souffrant, il ne cultive pas le dolorisme. La souffrance du Serviteur lui est infligée par ceux qui le refusent, ceux qui le méprisent, le condamnent et le comptent pour rien. C’est l’amour du Serviteur, sa fidélité jusqu’à la mort, sans répondre à la violence par la violence ou la haine, qui le mène là : « S’il offre sa vie en sacrifice, il verra de longs jours et le dessein de Dieu par lui s’accomplira… Il intercédera pour les pécheurs » (Is 53,10…12). Les disciples ont refusé d’entrer dans cette perspective dangereuse et de l’accepter (voir Mc 8,31-33; 9,30-37; 10,32-45 et //); ce refus a entraîné leur fuite lors de l’arrestation de Jésus. Au moment de sa Passion, Jésus s’est donné à lui-même le nom de Serviteur : « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Lc 22,27). Luc met dans la bouche de Jésus après la résurrection: « Ne fallait-il pas que le Fils de l’Homme souffre cela pour entrer dans sa gloire » (Luc 24,26). Le mot de ‘gloire’ rappelle encore le poème d’Isaïe. La Lettre aux Philippiens contient un chant qui semble un décalque du poème d’Isaïe : « Le Christ, qui est de condition divine, n’a pas revendiqué pour lui d’être l’égal de Dieu. Mais il s’est dépouillé prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes et reconnu à son aspect comme un homme, il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné le Nom qui est au dessus de tout nom… » (Ph 2,2-9…).

5. Le Serviteur souffrant et nous
Israël porte le Christ comme une mère porte son enfant sans savoir ce qu’il deviendra. Cet enfant grandit encore en nous « jusqu’à la plénitude de la stature du Christ » (Eph 4,13), à travers nos vies, à travers l’histoire du monde. « Confessant la vérité dans l’amour, nous grandissons à tous égards vers Celui qui est la tête, Christ. Et c’est de lui que le corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent, selon une activité répartie à la mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans l’amour » (Eph 4,15-16).
Le poème du Serviteur souffrant est lu intégralement le vendredi saint. Il nous parle de Jésus, éclaire sa passion avec ce grand texte. Mais nous souvenant de la lettre de Pierre et d’autres textes semblables du Nouveau Testament, nous découvrons que la prophétie d’Isaïe devient aussi une parabole de ce qui constitue le cœur de l’être chrétien. Comme Jésus et à notre tour, nous avons à porter notre monde avec tout son mal et son espérance. Bien souvent, les chrétiens, comme le Christ, souffrent le martyre aujourd’hui encore. Mais chacun de nous est invité par Pierre à vivre à l’image du Christ tout simplement dans sa vie  » à ne pas répondre à l’insulte, à ne pas menacer, à ne pas avoir dans notre bouche de la tromperie… ». Comme Paul aussi nous le disait, nous portons en nous la croissance du corps du Christ. Il disait aussi : « Je souffre en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ » (Col 1,24). Le poème de la lettre aux Philippiens est précédé d’un encouragement de Paul à ses correspondants, leur demandant « d’avoir eux et entre eux les sentiments qui ont été ceux du Christ » (Ph 2,1-5).

Retour à la case de départ
Partant de l’interrogation de Pomilio (1) , dans l’introduction : « Quel est le cinquième évangile? », nous nous demandions qui était le Serviteur souffrant. Nous sommes mieux à même de répondre maintenant. Le Serviteur souffrant, annoncé par Isaïe, c’est tout à la fois le peuple d’Israël, le Christ, d’une manière unique, parce qu’il a pénétré mieux que n’importe qui le cœur de ce mystère de solidarité et de salut et « qu’habite en lui toute la plénitude » (Col 2,9). Mais aussi, pour leur part, chacun des Juifs ou des Chrétiens qui se confronte au texte, se laisse interpeller, « écoute la Parole et la garde dans sa vie ».
Nous aimons citer en finale un texte de Steinbeck (3) , dans son livre « Les raisins de la colère » (il s’agit d’un homme qui défendait ses frères au péril de sa vie lors d’une crise terrible aux Etats-Unis où des milliers de paysans ont été chassés de leurs terres par les grandes entreprises agricoles):
« Un homme n’a pas à soi une âme unique, mais seulement un morceau de l’âme du monde… à ce moment-là, tout n’a plus d’importance. Je serai toujours là, partout, dans l’ombre. Partout où il y aura une bagarre pour que les gens puissent avoir à manger, je serai là. Partout où il y aura une police en train de passer un type à tabac quand il défend ses frères, je serai là. Dans les cris des gens qui se mettent en colère parce qu’ils n’ont rien dans le ventre, je serai là… Le comprends-tu ? »
Le ‘service’, demandé au chrétien, n’est pas un acte de bonté qu’il consent à faire, mais une exigence de son être. Disciple du ‘Serviteur’, il devient lui-même ‘serviteur’. Le service, que la plupart d’entre nous accepte volontiers de réaliser comme des actes de partage ou de sollicitude, est avant tout une disposition intérieure, un prolongement de l’amour de Dieu. Invisiblement, cette disposition intérieure change le monde, le regard que nous portons sur lui, la source des relations que nous entretiendrons avec lui. Les divers services extérieurs que nous pouvons rendre nous sollicitent à être dans la vie de tous les jours des êtres de non-violence, fidèles jusqu’à la mort.

Marie-Philippe Schùermans

(1) M. Pomilio, Le cinquième Evangile, trad. de l’italien, prix Napoli 1975, éd. Fayard, Paris, 1977
(2) I. Knohl, L’autre Messie, éd. Albin Michel, Paris 2001
(3) J. Steinbeck, Les raisins de la colère, trad. de l’américain, éd.

DIMANCHE 12 JANVIER : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – ISAÏE 42, 1-4. 6-7

10 janvier, 2014

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 12 JANVIER : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – ISAÏE 42, 1-4. 6-7

Ainsi parle le Seigneur : 1 Voici mon serviteur que je soutiens,  mon élu en qui j’ai mis toute ma joie.  J’ai fait reposer sur lui mon esprit ;  devant les nations,  il fera paraître le jugement que j’ai prononcé. 2 Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton,  on n’entendra pas sa voix sur la place publique. 3 Il n’écrasera pas le roseau froissé ;  il n’éteindra pas la mèche qui faiblit,  il fera paraître le jugement en toute fidélité. 4 Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé,  jusqu’à ce qu’il impose mon jugement dans le pays  et que les îles lointaines  aspirent à recevoir ses instructions… 6 Moi, le SEIGNEUR, je t’ai appelé selon la justice,  je t’ai pris par la main, je t’ai mis à part,  j’ai fait de toi mon Alliance avec le peuple,  et la lumière des nations ; 7 tu ouvriras les yeux des aveugles,  tu feras sortir les captifs de leur prison,  et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres.

La difficulté de ce texte vient de sa richesse ! Comme beaucoup de prédications des prophètes, celle-ci est très touffue : beaucoup de choses sont dites en quelques phrases. Je vais essayer de décomposer le texte.  Pour commencer, visiblement, il comprend deux parties : c’est Dieu qui parle d’un bout à l’autre, mais, dans la première partie, il parle de celui qu’il appelle « son serviteur » (« Voici mon serviteur que je soutiens… »), tandis que, dans la seconde, il parle directement à son serviteur (« Moi, le SEIGNEUR, je t’ai appelé selon la justice, je t’ai pris par la main… »).  Je m’attache d’abord à la première partie : première remarque, je devrais dire premier étonnement : le mot « jugement » revient trois fois. « Mon serviteur fera paraître le jugement que j’ai prononcé… il fera paraître le jugement en toute fidélité… Il ne faiblira pas, il ne sera pas écrasé, jusqu’à ce qu’il impose mon jugement… » Or c’est peut-être là que nous allons avoir des surprises, car ce jugement, curieusement, ne ressemble pas à un verdict ; pourtant, spontanément, pour nous, le mot « jugement » est souvent évocateur de condamnation, surtout quand il s’agit du jugement de Dieu. Mais ici, il n’est pas question de condamnation, il n’est question que de douceur et de respect pour tout ce qui est fragile, « le roseau froissé », « la mèche qui faiblit » : « Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n’entendra pas sa voix sur la place publique. Il n’écrasera pas le roseau froissé ; il n’éteindra pas la mèche qui faiblit ».  Autre caractéristique de ce jugement, il concerne toute l’humanité : tout le développement sur le jugement est encadré par deux affirmations concernant les nations, c’est-à-dire l’humanité tout entière ; voici la première : « Devant les nations, il fera paraître le jugement que j’ai prononcé » et la deuxième : « Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé, jusqu’à ce que les îles lointaines aspirent à recevoir ses instructions. »  On ne peut pas mieux dire que la volonté de Dieu est une volonté de salut, de libération, et qu’elle concerne toute l’humanité. Il attend avec impatience « que les îles lointaines aspirent à recevoir ses instructions », c’est-à-dire son salut.  Tout cela veut dire qu’à l’époque où ce texte a été écrit, on avait compris deux choses : premièrement, que le jugement de Dieu n’est pas un verdict de condamnation mais une parole de salut, de libération. (Dieu est ce « juge dont nous n’avons rien à craindre » comme le dit la liturgie des funérailles). Deuxièmement, que la volonté de salut de Dieu concerne toute l’humanité. Enfin, dernier point très important, dans le cadre de cette mission, le serviteur est assuré du soutien de Dieu : « Voici mon serviteur que je soutiens… J’ai fait reposer sur lui mon esprit ».  La deuxième partie du texte reprend ces mêmes thèmes : c’est Dieu lui-même qui explique à son serviteur la mission qu’il lui confie : « Tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. » Ici, non seulement il n’est pas question de condamnation, mais le jugement est un véritable « non-lieu » ou même plus exactement une levée d’écrou ! L’image est forte : vous avez entendu le lien entre le mot « cachot » et le mot « ténèbres ». Je m’explique : les cellules des prisons de l’époque étaient dépourvues de fenêtres ; sortir de prison, c’était retrouver la lumière du jour, au point d’en être ébloui après un long temps passé dans l’obscurité.  Le caractère universel de la mission du serviteur est également bien précisé. Dieu lui dit : « J’ai fait de toi la lumière des nations ». Enfin, le soutien de Dieu est également rappelé : « Moi, le SEIGNEUR, je t’ai appelé… je t’ai pris par la main ».  Evidemment, une question se pose tout de suite : de qui parle Isaïe ? Une telle description d’un serviteur de Dieu, investi d’une mission de salut pour son peuple et pour toute l’humanité, et sur qui repose l’esprit de Dieu, c’était exactement la définition du Messie qu’on attendait en Israël. C’est lui qui devait instaurer le règne de Dieu sur la terre et apporter à tous le bonheur et la liberté. Mais Isaïe ne nous précise pas son identité. Qui est ce serviteur, investi d’une telle mission ? Nous trouverons la réponse en allant consulter la traduction que les Juifs eux-mêmes ont faite de ce passage quelques siècles plus tard, vers 250 av.J.C., lorsqu’ils ont traduit la Bible hébraïque en grec, (cette traduction que nous appelons la Septante). Voici le début de notre texte dans la Septante : « Ainsi parle le Seigneur : Voici mon serviteur, Jacob, que je soutiens, mon élu, Israël, en qui j’ai mis toute ma joie ».  Alors on comprend mieux l’intention du prophète lorsqu’il adressait cette prédication à ses contemporains : l’auteur (qu’on appelle le Deuxième Isaïe) a vécu et prêché au temps de l’Exil à Babylone donc au sixième siècle av.J.C. C’était une période particulièrement dramatique et le peuple d’Israël croyait être condamné à disparaître et n’avoir plus aucun rôle à jouer dans l’histoire. Alors le prophète Isaïe a consacré toutes ses forces à redonner courage à ses compatriotes, à tel point qu’on appelle son oeuvre « le livre de la consolation d’Israël ». Or, une bonne manière de remonter le moral des troupes consistait à leur dire : tenez bon, Dieu compte encore sur vous, le petit noyau que vous formez est appelé à être son serviteur privilégié dans son oeuvre de salut du monde.  Déjà, le prophète Michée, au huitième siècle, avait eu l’intuition que le Messie ne serait pas un individu, mais un être collectif ; désormais, avec cette prédication d’Isaïe, l’idée d’un Messie collectif s’affirme de plus en plus.  ————

 Compléments  - La lecture liturgique ajoute la première phrase : « Ainsi parle le Seigneur » probablement pour compenser la suppression du verset 5 au milieu du texte.  - Voici le verset 5 : « Ainsi parle Dieu, le Seigneur, qui crée les cieux et les déploie : il dispose la terre avec sa végétation, il donne la vie au peuple qui l’habite, et le souffle à ceux qui la parcourent. » La deuxième partie du livre d’Isaïe (celle qu’on appelle « le livret de la consolation d’Israël) est riche d’évocations superbes de la Création : c’est dans les périodes les plus difficiles que l’on développe ce thème de la puissance créatrice de Dieu et de son amour pour ses créatures : c’est le meilleur argument pour garder l’espoir. Sa puissance créatrice et sa fidélité sont le meilleur gage de notre libération. 

DIMANCHE 15 DÉCEMBRE – COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT : Isaïe 35, 1…10

13 décembre, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 15 DÉCEMBRE : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Isaïe 35, 1…10

1 Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! 2 Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse,  qu’il se couvre de fleurs des champs,  qu’il exulte et crie de joie !  La gloire du Liban lui est donnée,  la splendeur du Carmel et de Sarône.  On verra la gloire du SEIGNEUR,  la splendeur de notre Dieu.  3 Fortifiez les mains défaillantes,  affermissez les genoux qui fléchissent. 4 Dites aux gens qui s’affolent :  « Prenez courage, ne craignez pas.  Voici votre Dieu :  c’est la vengeance qui vient,  la revanche de Dieu.  Il vient lui-même  et va vous sauver. »  5 Alors s’ouvriront les yeux des aveugles  et les oreilles des sourds. 6 Alors le boiteux bondira comme un cerf  et la bouche du muet criera de joie. 10 Ils reviendront, les captifs rachetés par le SEIGNEUR,   ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie,  un bonheur sans fin illuminera leur visage ;  allégresse et joie les rejoindront,  douleur et plainte s’enfuiront.

Je commence tout de suite par le mot difficile de ce texte : au milieu de promesses magnifiques, Isaïe parle de la vengeance de Dieu. Voilà pour nous l’occasion de découvrir une fois pour toutes ce que veut dire ce mot dans la Bible ! Car Isaïe lui-même l’explique très clairement. Il prêche au sixième siècle, au moment de l’Exil à Babylone : à cette époque-là, visiblement, il y a des gens qui s’affolent, puisque le prophète dit : « Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent. Dites aux gens qui s’affolent… » Et c’est pour les rassurer qu’il annonce la vengeance de Dieu : « Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. » Et il en donne aussitôt la définition : « Votre Dieu vient lui-même et va vous sauver. » Il continue : « Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds, alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. »  Cela veut dire qu’au moment où ce texte a été écrit, l’expression « vengeance de Dieu » est non un épouvantail mais une promesse de salut. C’est donc un sens extrêmement positif du mot « vengeance » ; dans ce texte, il est bien clair que Dieu ne se venge pas des hommes, il ne prend pas sa revanche contre les hommes, mais contre le mal qui atteint l’homme, qui abîme l’homme ; sa revanche c’est la suppression du mal, c’est comme dit Isaïe « les aveugles qui voient et les sourds qui entendent, les boiteux qui bondissent et les muets qui crient de joie, les captifs qui sont libérés ». Quelle que soit l’humiliation physique ou morale que nous ayons subie, il veut nous libérer, nous relever.  Mais il faut bien dire qu’on n’a pas toujours pensé comme cela ! Le texte d’Isaïe est assez tardif dans l’histoire biblique (sixième siècle av.J.C.) ; il a fallu tout un long chemin de révélation pour en arriver là. Au début de son histoire, le peuple de la Bible imaginait un Dieu à l’image de l’homme, un Dieu qui se venge comme les humains.  Puis, au fur et à mesure de la Révélation, grâce à la prédication des prophètes, on a commencé à découvrir Dieu tel qu’il est, et non pas tel qu’on l’imaginait ; alors le mot « vengeance » est resté dans le vocabulaire mais son sens a complètement changé ; nous avons déjà vu plusieurs fois dans la Bible ce phénomène de retournement complet du sens d’un mot : c’est le cas pour le sacrifice, par exemple, et aussi pour la crainte de Dieu.  Très concrètement, quand Isaïe écrit le texte de ce dimanche, le salut auquel aspirent ses contemporains, c’est le retour au pays de tous ceux qui sont exilés à Babylone ; ils ont vécu les atrocités du siège de Jérusalem par les armées de Nabuchodonosor ; et maintenant, l’exil n’en finit pas ! Cinquante années, de quoi perdre courage. Ce n’est pas par hasard qu’Isaïe leur dit « Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : Prenez courage, ne craignez pas ». Pendant ces cinquante années, on a rêvé de ce retour, sans oser y croire. Et voilà que le prophète dit « c’est pour bientôt » : « Ils reviendront les captifs rachetés par le SEIGNEUR, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie » (verset 10).  Pour rentrer au pays, le chemin le plus direct entre Babylone et Jérusalem traverse le désert d’Arabie ; mais cette traversée du désert, Isaïe la décrit comme une véritable marche triomphale… mieux, une procession grandiose : le désert se réjouira, le pays aride exultera et criera de joie, il « jubilera » dit même le texte hébreu… Le désert sera beau… et alors là on pense à ce qui est le plus beau au monde pour un habitant de la Terre Sainte à l’époque : ce qui est le plus beau au monde, ce sont les montagnes du Liban, les collines du Carmel, la plaine côtière de Sarône ! Alors on dit : le désert sera aussi beau et luxuriant que ces trois paysages réputés pour leur beauté ! Beau comme les montagnes du Liban, beau comme les collines du Carmel, beau comme la plaine côtière de Sarône… 1  Et tout cela sera l’oeuvre de Dieu : « Il vient lui-même et va vous sauver… » ; c’est cette œuvre de salut que le prophète appelle « la gloire de Dieu ». Il dit : « On verra la gloire du SEIGNEUR, la splendeur de notre Dieu. » Et Isaïe continue : « Ils reviendront les captifs rachetés par le SEIGNEUR » ; et l’on sait que le mot « rachetés », dans la Bible, veut dire « libérés » ; tout comme le mot « rédemption » signifie « libération ».  La Loi juive prévoyait une règle qu’on appelait le « rachat » 2 : lorsqu’un débiteur était obligé de vendre sa maison ou son champ pour payer ses dettes, son plus proche parent payait le créancier à sa place et le débiteur gardait donc sa propriété (Lv 25, 25) ; si le débiteur avait été obligé de se vendre lui-même comme esclave à son créancier parce qu’il ne possédait plus rien, de la même manière son plus proche parent intervenait auprès du créancier pour libérer le débiteur, on disait qu’il le « revendiquait ». Il y avait bien un aspect financier, mais il était secondaire : ce qui comptait avant tout, c’était la libération du débiteur.  Le génie d’Isaïe a été d’appliquer ces mots à Dieu lui-même pour nous faire comprendre deux choses : premièrement, Dieu est notre plus proche parent ; deuxièmement, il veut nous libérer de tout ce qui nous emprisonne. Et c’est pourquoi nous chantons si volontiers « Alleluia » qui veut dire « Dieu nous a amenés de la servitude à la libération ».  ——————–

 Notes  1 – Le Liban est le pays voisin au Nord d’Israël, il est réputé pour ses forêts de cèdres. En Israël même, le Carmel, au Nord-Ouest, est la petite chaîne montagneuse la plus boisée du pays. Le Sharône est la plaine fertile qui borde la Méditerranée entre le Carmel et Jaffa.  2 – Le racheteur s’appelait le « Go’el » ; ce mot ne se trouve pas dans les versets lus ce dimanche, mais il apparaît au verset 9 ; (au verset 10, c’est un synonyme). Nous sommes donc bien dans ce cadre-là.

SEPTEMBRE 6: SAINT ZACHARIE – PROPHÈTE DE L’ANCIEN TESTAMENT, SAINT

6 septembre, 2013

http://nouvl.evangelisation.free.fr/zacharie_prophete.htm

SEPTEMBRE 6: SAINT ZACHARIE

PROPHÈTE DE L’ANCIEN TESTAMENT, SAINT

VIE SIÈCLE AVANT J.-C.

Le prophète Zacharie (Dieu se souvient) n’est pas à confondre avec le grand prêtre Zacharie, père de Jean le Précurseur. Zacharie est contemporain du prophète Agée. Son œuvre prophétique se compose de deux parties. Par analogie avec le prophète du livre d’Isaïe 40-55, on le nomme deutéro-Zacharie. Les huit premiers chapitres en constituent la première partie, écrite depuis octobre 520 jusqu’en novembre 518. On peut admette que c’est un rapatrié de l’Exil qui a connu cette épreuve comme le peuple. La deuxième partie fut composée par une école de prophètes, aux environ de 330-300, au début de la période grecque. Mais l’avis des exégètes divergent sur ce point. Peu importe cette question, voyons plutôt le contenu de ce recueil.
Zacharie 1-8. Le prophète, petit-fils où fils d’Iddo (1,1 et Esd. 5,1) semble avoir rédigé lui-même l’essentiel de ce livret. Il se compose de huit visions dont le récit est entrecoupé d’oracles. A la différence des prophètes d’avant l’Exil, Dieu ne communique plus directement par sa parole. Il ne dirige plus la marche des événements. Il reste éloigné de la scène de l’histoire et intervient par l’intermédiaire d’un ange ou d’un cavalier qui réalise les intentions divines. Les épreuves de l’Exil et du temps présent ouvrent la question de l’absence de Dieu : est-il encore ou non présent à son peuple ? Peu à peu les anciens exilés évolueront vers une vision davantage spirituelle de leur histoire. Après un appel à la pénitence, le prophète déploie les huit visions qui s’étalent sur une nuit, depuis le crépuscule jusqu’à l’aurore. Ces visions expriment e.a. une promesse pour tout le peuple : le salut, le règne universel du Seigneur est à la porte. Il est déjà en route même si rien ne paraît encore à ses yeux. Vient ensuite l’acte prophétique de la couronne (6,9-15). Prophète de l’espérance, Zacharie engage à l’action. Après l’Exil, le Temple, signe de la Présence et condition de l’ère messianique est à reconstruire. Zorobabel, destinataire de la couronne est le prince qui doit l’inaugurer (6,9-14). Un second personnage lui est associé, le prêtre Josué sur qui se concentrera le rôle messianique après sa disparition prématurée. Le geste du prophète manifeste à la communauté que dans la personne de ses chefs le règne messianique est à la porte. L’Epître aux Hébreux proclamera son accomplissement en Jésus. Sa maison (du Christ), c’est nous, pourvu que nous gardions l’assurance et la joyeuse fierté de l’espérance (Hb 3,6).
En anecdote vient la question du jeûne posée à Zacharie. Sa réponse est double. Est-ce une pratique qui pourrait donner bonne conscience sans engager à l’action ? Puisque le temps messianique approche, ce sont des jours de fête qu’il faut célébrer et non plus des jours de jeûne. Sans oublier la solidarité sociale, garantie du bonheur pour tous (7,1-7 et 8, 18-19).

Le deutéro-Zacharie (9-14)
D’une composition complexe cette deuxième partie forme un ensemble cohérent dont le contenu témoigne d’une fermentation religieuse et intellectuelle, conséquence du vécu historique. Des années ont passé. Le Temple a été reconstruit et le culte restauré. Zacharie plonge dans l’avenir en décrivant le royaume messianique.
Ce message comporte deux parties. Dans la première, surgit la figure du roi messie, humble, pacifique qui rassemblera tous les déportés (9,9-11). Cette délivrance de tous les ennemis sera l’œuvre de Dieu seul (10,1-11,3). Le chapitre 11 décrit une action parabolique accomplie par le prophète pour dénoncer les violences des autorités politiques du moment, la figure du bon Berger du Royaume Messianique. Le prophète ne compte plus que sur la fidélité du Seigneur, le vrai Berger de son peuple. La deuxième partie (12-14) annonce la venue du salut pour le petit reste fidèle à travers une transformation spirituelle. Mais, fait étrange, dans un premier temps, Dieu – le Berger – sera rejeté à travers la mort d’un de ses envoyés. Le sacrifice du mystérieux transpercé (12,10) deviendra source de purification, de transformation des cœurs (13,9). Le peuple recevra un esprit nouveau. L’événement messianique est aux portes. Le Seigneur réduira ses ennemis; il rassemblera le peuple dans une alliance renouvelée à laquelle seront associées les nations qui le désirent. L’humble Roi Messie, le Berger, le Transpercé, autant de figures reprises par les évangélistes pour évoquer le Seigneur Jésus, spécialement dans sa Passion. (Mt 21,4-5 ; 26,31 ;27,9-10 ; Mc 17,24 ; Jn 12,15 et 19,37).

Valère De Pryck – Sr Myriam, clarisse – Malonne

BENOÎT XVI: SAINT MOÏSE PROPHET – (4 Septembre)

3 septembre, 2013

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110601_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

SAINT MOÏSE PROPHET – (4 Septembre)

Place Saint-Pierre

Mercredi 1er juin 2011

Chers frères et sœurs,

En lisant l’Ancien Testament, une figure ressort parmi les autres: celle de Moïse, précisément comme homme de prière. Moïse, le grand prophète et «condottiere» du temps de l’Exode, a exercé sa fonction de médiateur entre Dieu et Israël en se faisant le messager, auprès du peuple, des paroles et des commandements divins, en le conduisant vers la liberté de la Terre promise, en enseignant aux juifs à vivre dans l’obéissance et dans la confiance envers Dieu au cours de leur long séjour dans le désert, mais également, et je dirais surtout, en priant. Il prie pour le pharaon lorsque Dieu, avec les plaies, tentait de convertir le cœur des Egyptiens (cf. Ex 8-10); il demande au Seigneur la guérison de sa sœur Marie frappée par la lèpre (cf. Nb 12, 9-13), il intercède pour le peuple qui s’était rebellé, effrayé par le compte-rendu des explorateurs (cf. Nb 14, 1-19), il prie quand le feu va dévorer le campement (cf. Nb 11, 1-2) et quand les serpents venimeux font un massacre (cf. Nb 21, 4-9); il s’adresse au Seigneur et réagit en protestant quand le poids de sa mission devient trop lourd (cf. Nb 11, 10-15); il voit Dieu et parle avec Lui «face à face, comme un homme parle à son ami» (cf. Ex 24, 9-17; 33, 7-23; 34, 1-10. 28-35).
Même quand le peuple, au Sinaï, demande à Aaron de faire le veau d’or, Moïse prie, en accomplissant de manière emblématique sa propre fonction d’intercesseur. L’épisode est raconté au chapitre 32 du Livre de l’Exode et possède un récit parallèle dans le Deutéronome, au chapitre 9. C’est sur cet épisode que je voudrais m’arrêter dans la catéchèse d’aujourd’hui, et en particulier sur la prière de Moïse que nous trouvons dans le récit de l’Exode. Le peuple d’Israël se trouvait au pied du Sinaï tandis que Moïse, sur le mont, attendait le don des tables de la Loi, jeûnant pendant quarante jours et quarante nuits (cf. Ex 24, 18; Dt 9, 9). Le chiffre quarante possède une valeur symbolique et signifie la totalité de l’expérience, alors qu’avec le jeûne, on indique que la vie vient de Dieu, que c’est Lui qui la soutient. L’acte de manger, en effet, implique de prendre la nourriture qui nous soutient; jeûner, en renonçant à la nourriture, acquiert donc, dans ce cas, une signification religieuse: c’est une manière pour indiquer que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de chaque parole qui sort de la bouche du Seigneur (cf. Dt 8, 3). En jeûnant, Moïse montre qu’il attend le don de la Loi divine comme source de vie: celle-ci révèle la volonté de Dieu et nourrit le cœur de l’homme, en le faisant entrer dans une alliance avec le Très-Haut, qui est source de la vie, qui est la vie elle-même.
Mais alors que le Seigneur, sur le mont, donne la Loi à Moïse, au pied de la montagne, le peuple la transgresse. Incapable de résister à l’attente et à l’absence du médiateur, les juifs demandent à Aaron: «Allons, fais-nous un dieu qui aille devant nous, car ce Moïse, l’homme qui nous a fait monter du pays d’Egypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé» (Ex 32, 1). Las d’un chemin avec un Dieu invisible, à présent que Moïse, le médiateur, a lui aussi disparu, le peuple demande une présence tangible, perceptible, du Seigneur, et il trouve dans le veau de métal fondu fait par Aaron, un dieu rendu accessible, manœuvrable, à la portée de l’homme. C’est une tentation constante sur le chemin de foi: éluder le mystère divin en construisant un dieu compréhensible, correspondant à ses propres conceptions, à ses propres projets. Ce qui se produit au Sinaï révèle toute la stupidité et la vanité illusoire de cette prétention car, comme l’affirme ironiquement le Psaume 106, «ils échangeaient ce qui était leur gloire pour l’image d’un taureau, d’un ruminant» (Ps 106, 20). C’est pourquoi le Seigneur réagit et ordonne à Moïse de descendre de la montagne, en lui révélant ce que fait son peuple et en terminant par ces mots: «Ma colère va s’enflammer. De toi en revanche je ferai une grande nation» (Ex 32, 10). Comme avec Abraham à propos de Sodome et de Gomorrhe, à présent aussi, Dieu révèle à Moïse ce qu’il entend faire, comme s’il ne voulait pas agir sans son consentement (cf. Am 3, 7). Il dit: «ma colère va s’enflammer». En réalité, ce «Ma colère va s’enflammer» est dit précisément pour que Moïse intervienne et lui demande de ne pas le faire, révélant ainsi que le désir de Dieu est toujours celui du salut. Comme pour les deux villes de l’époque d’Abraham, la punition et la destruction, à travers lesquelles s’exprime la colère de Dieu comme refus du mal, indiquent la gravité du péché commis; dans le même temps, la demande de l’intercesseur entend manifester la volonté de pardon du Seigneur. Tel est le salut de Dieu, qui implique la miséricorde, mais en même temps également la dénonciation de la vérité du péché, du mal qui existe, de sorte que le pécheur, ayant reconnu et refusé son propre mal, puisse se laisser pardonner et transformer par Dieu. La prière d’intercession rend ainsi agissante, au sein de la réalité corrompue de l’homme pécheur, la miséricorde divine, qui trouve voix dans la supplique de l’orant et qui se fait présente à travers lui là où il y a besoin de salut.
La supplique de Moïse est entièrement axée sur la fidélité et la grâce du Seigneur. Il se réfère tout d’abord à l’histoire de la rédemption que Dieu a commencée avec la sortie d’Israël d’Egypte, pour ensuite rappeler l’antique promesse donnée aux Pères. Le Seigneur a opéré le salut en libérant son peuple de l’esclavage égyptien; pourquoi alors — demande Moïse — «les Egyptiens devraient-ils dire: “c’est par méchanceté qu’il les a fait sortir, pour les faire périr dans les montagnes et les exterminer de la face de la terre”?» (Ex 32, 12). L’œuvre de salut commencée doit être complétée; si Dieu faisait périr son peuple, cela pourrait être interprété comme le signe d’une incapacité divine à mener à bien son projet de salut. Dieu ne peut pas permettre cela: Il est le Seigneur bon qui sauve, le garant de la vie, il est le Dieu de miséricorde et de pardon, de libération du péché qui tue. Et ainsi, Moïse fait appel à Dieu, à la vie intérieure de Dieu contre la sentence extérieure. Mais alors, argumente Moïse avec le Seigneur, si ses élus périssent, même s’ils sont coupables, Il pourrait apparaître incapable de vaincre le péché. Et on ne peut pas accepter cela. Moïse a fait l’expérience concrète du Dieu de salut, il a été envoyé comme médiateur de la libération divine et à présent, avec sa prière, il se fait l’interprète d’une double inquiétude, préoccupé pour le sort de son peuple, mais en même temps également préoccupé pour l’honneur que l’on doit au Seigneur, pour la vérité de son nom. En effet, l’intercesseur veut que le peuple d’Israël soit sauf, car il est le troupeau qui lui a été confié, mais également parce que dans ce salut se manifeste la véritable réalité de Dieu. L’amour des frères et l’amour de Dieu se mêlent dans la prière d’intercession, sont inséparables. Moïse, l’intercesseur, est l’homme tendu entre deux amours, qui dans la prière se superposent dans un unique désir de bien.
Moïse en appelle ensuite à la fidélité de Dieu, en lui rappelant ses promesses: «Souviens toi de tes serviteurs Abraham, Isaac et Israël, à qui tu as juré par toi-même et à qui tu as dit: “Je multiplierai votre postérité comme les étoiles du ciel, et tout ce pays dont je vous ai parlé, je le donnerai à vos descendants et il sera votre héritage à jamais”» (Ex 32, 13). Moïse rappelle l’histoire fondatrice des origines, des Pères du peuple et de leur élection, totalement gratuite, dont Dieu seul avait eu l’initiative. Ce n’est pas en raison de leurs mérites qu’ils avaient reçu la promesse, mais par le libre choix de Dieu et de son amour (cf. Dt 10, 15). Et à présent, Moïse demande que le Seigneur continue dans la fidélité son histoire d’élection et de salut, en pardonnant à son peuple. L’intercesseur ne fournit pas d’excuse pour le péché de son peuple, il ne dresse pas la liste de présumés mérites revenant à son peuple ou à lui-même, mais il fait appel à la gratuité de Dieu: un Dieu libre, totalement amour, qui ne cesse de chercher celui qui s’est éloigné, qui reste toujours fidèle à lui-même et offre au pécheur la possibilité de revenir à Lui et de devenir, avec son pardon, juste et capable de fidélité. Moïse demande à Dieu de se montrer plus fort également que le péché et que la mort, et avec sa prière, il provoque cette révélation divine. Médiateur de vie, l’intercesseur solidarise avec le peuple; désirant uniquement le salut que Dieu lui-même désire, il renonce à la perspective de devenir un nouveau peuple agréable au Seigneur. La phrase que Dieu lui avait adressée, «de toi en revanche je ferai une grande nation», n’est pas même prise en considération par l’«ami» de Dieu, qui en revanche est prêt à assumer sur lui non seulement la faute de son peuple, mais toutes ses conséquences. Lorsque, après la destruction du veau d’or, il reviendra sur le mont pour demander à nouveau le salut pour Israël, il dira au Seigneur: «Pourtant, s’il te plaisait de pardonner leur péché… Sinon, efface-moi, de grâce, du livre que tu as écrit» (v. 32). Avec la prière, désirant le désir de Dieu, l’intercesseur entre toujours plus profondément dans la connaissance du Seigneur et de sa miséricorde et il devient capable d’un amour qui arrive jusqu’au don total de soi. En Moïse, qui se trouve sur la cime du mont face à face avec Dieu et qui se fait l’intercesseur pour son peuple et s’offre lui-même — «efface-moi» —, les Pères de l’Eglise ont vu une préfiguration du Christ, qui sur la haute cime de la Croix se trouve réellement devant Dieu, non seulement comme ami mais comme Fils. Et il ne s’offre pas seulement — «efface-moi» —, mais avec son cœur transpercé, il se fait effacer, il devient, comme le dit saint Paul lui-même, péché, il porte sur lui nos péchés pour nous sauver; son intercession est non seulement solidarité, mais identification avec nous: il nous porte tous dans son corps. Et ainsi, toute son existence d’homme et de Fils est un cri au cœur de Dieu, est pardon, mais un pardon qui transforme et qui renouvelle.
Je pense que nous devons méditer cette réalité. Le Christ se trouve devant la face du Seigneur et prie pour moi. Sa prière sur la Croix est contemporaine de tous les hommes, elle m’est contemporaine: Il prie pour moi, il a souffert et il souffre pour moi, il s’est identifié avec moi en prenant notre corps et l’âme humaine. Et il nous invite à entrer dans son identité, en nous faisant un corps, un esprit avec Lui, car du haut de la cime de la Croix il a apporté non de nouvelles lois, des tables de pierre, mais il a apporté lui-même, son corps et son sang, comme nouvelle alliance. Ainsi, il nous fait devenir ses consanguins, un corps avec Lui, identifiés à Lui. Il nous invite à entrer dans cette identification; à être unis avec Lui dans notre désir d’être un corps, un esprit avec Lui. Prions le Seigneur afin que cette identification nous transforme, nous renouvelle, car le pardon est renouveau, est transformation.
Je voudrais conclure cette catéchèse avec les paroles de l’apôtre Paul aux chrétiens de Rome: «Qui accusera ceux que Dieu a choisis? Puisque c’est Dieu qui justifie. Qui pourra condamner? Puisque Jésus Christ est mort; plus encore: il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous. Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ? [...] Ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances [...] ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est Jésus Christ notre Seigneur» (Rm 8, 33-35.38.39)

NATIVITÉ DE SAINT JEAN BAPTISTE (24/6) – LECTURE DU LIVRE D’ISAÏE (49, 1-6) – première lecture de la messe du jour

24 juin, 2013

http://www.portstnicolas.org/le-chantier-naval/textes-et-commentaires-des-dimanches-et-fetes/annees-abc/article/nativite-de-saint-jean-baptiste-24-6-textes

NATIVITÉ DE SAINT JEAN BAPTISTE (24/6) : TEXTES  

LECTURE DU LIVRE D’ISAÏE (49, 1-6)

Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs ! J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a protégé par l’ombre de sa main ; il a fait de moi sa flèche préférée, il m’a serré dans son carquois. Il m’a dit : “Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai.” Et moi, je disais : “Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces.” Et pourtant, mon droit subsistait aux yeux du Seigneur, ma récompense auprès de mon Dieu. Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. Il parle ainsi : “C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d’Israël : je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre.”

Psaume 138 [139]
Je te rends grâce, ô mon Dieu, pour tant de merveilles.

Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais !
Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ;
de très loin, tu pénètres mes pensées,
tous mes chemins te sont familiers.

C’est toi qui as créé mes reins,
qui m’as tissé dans le sein de ma mère.
Je reconnais devant toi le prodige,
l’être étonnant que je suis.

Étonnantes sont tes œuvres,
toute mon âme le sait.
Mes os n’étaient pas cachés pour toi
quand j’étais façonne dans le secret.

Lecture du livre des Actes des Apôtres (13, 22-26)
Dans la synagogue d’Antioche de Pisidie, Paul disait aux Juifs : “Dieu a suscité David pour le faire roi, et il lui a rendu ce témoignage : J’ai trouvé David, fils de Jessé, c’est un homme selon mon cœur ; il accomplira toutes mes volontés. Et, comme il l’avait promis, Dieu a fait sortir de sa descendance un sauveur pour Israël : c’est Jésus, dont Jean Baptiste a préparé la venue en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d’Israël.
Au moment d’achever sa route, Jean disait : ‘Celui auquel vous pensez, ce n’est pas moi. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de lui défaire ses sandales.’ Fils de la race d’Abraham, et vous qui adorez notre Dieu, frères, c’est à nous tous que ce message de salut a été envoyé.”

Acclamation
Alléluia, Alléluia.
Réjouissons-nous de la naissance de Jean : il sera le prophète du Très-Haut, il marchera devant le Seigneur pour lui préparer le chemin.
Alléluia.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc (1, 57-66. 80)
Quand arriva le moment où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait prodigué sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle. Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant. Ils voulaient le nommer Zacharie comme son père. Mais sa mère déclara : “Non, il s’appellera Jean.” On lui répondit : “Personne dans ta famille ne porte ce nom-là !” On demandait par signes au père comment il voulait l’appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : “Son nom est Jean.” Et tout le monde en fut étonné. À l’instant même sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. La crainte saisit alors les gens du voisinage, et dans toute la montagne de Judée on racontait tous ces événements. Tous ceux qui les apprenaient en étaient frappés et disaient : “Que sera donc cet enfant ?” En effet, la main du Seigneur était avec lui.
L’enfant grandit et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu’au jour où il devait être manifesté à Israël.

SAINT PROPHÈTE ELISÉE – (14 JUIN m.o.)

13 juin, 2013

http://www.histoire-russie.fr/icone/saints_fetes/textes/elisee_prophete.html

SAINT PROPHÈTE ELISÉE

27/06 – 14/06   (14  JUIN  m.o.)

Le Saint prophète Elisée, dont le nom signifie « Dieu est salut », était fils d’un riche cultivateur d’Abel-Mehola dans la vallée du Jourdain. Un jour qu’il labourait avec douze paires de búufs, le Saint Prophète Elie  s’approcha et jeta sur lui sa mélote , signifiant par cet acte qu’il l’instituait son disciple et l’héritier de son charisme prophétique. Elisée immola deux boeufs et se servit de leur attelage pour les brûler en sacrifice au Seigneur. Puis, renonçant à tout et sans aller dire adieu aux siens, il suivit Elie et se fit son serviteur dévoué.
Quand Elie eut achevé sa mission, Elisée insista pour le suivre jusqu’au lieu où il devait être enlevé au ciel, et il demanda à son maître de lui léguer une double part de son esprit prophétique. Un char de feu apparut, et Elie monta au ciel dans un tourbillon, laissant glisser à terre son manteau. Elisée le prit et revint sur la rive du Jourdain. Il frappa les eaux en invoquant le « Dieu d’Elie », et les eaux se divisèrent d’un côté et de l’autre pour le laisser traverser à pied sec. La congrégation des Frères Prophètes vint alors se prosterner devant lui, disant : « L’esprit d’Elie s’est reposé sur Elisée ! »
Elisée accomplit son ministère prophétique pendant environ cinquante ans (850-800 av. J.C.), dans le royaume de Samarie, sous les règnes successifs de Joram, Jéhu, Joachaz et Joas. Il exhortait inlassablemient les Israélites : rois, puissants et gens du peuple, à se détourner des dieux étrangers, Baal et Astarté, pour retourner au culte du seul vrai Dieu.
Certains prophètes prêchèrent par des paroles et des visions, d’autres par leurs souffrances et leurs tribulations, Elisée, lui, comme son maître, manifesta la véracité de sa prédication par des miracles. L’Esprit de Dieu était en lui « puissance » qui renversait les lois naturelles pour témoigner de la grâce accordée à ceux qui adhèrent au vrai Dieu, et annonçait ainsi, en figure, l’úuvre du Sauveur. Le Prophète assainit par du sel les eaux d’une fontaine près de Jéricho, multiplia la réserve d’huile d’une pauvre veuve pour lui permettre de s’acquitter de ses dettes, transforma du potage amer en une soupe délicieuse pour nourrir les Frères Prophètes; et multipliant vingt pains d’orge, il nourrit plus de cent personnes. Chaque fois qu’il passait à Sumen, l’homme de Dieu était hébergé chez une femme de qualité. Un jour, le fils qu’elle avait obtenu grâce aux prières d’Elisée, vint à mourir. Elle alla en hâte rejoindre le Prophète au Mont Carmel et le supplia de venir auprès du défunt. Elisée le trouva étendu sur son propre lit et, alors que le miracle aurait pu s’accomplir par sa seule prière, il s’étendit sur l’enfant, mettant sa bouche contre sa bouche, ses yeux contre ses yeux, ses mains contre ses mains, et il lui insuffla un souffle de vie. Par cet acte, le Prophète figurait l’Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ qui est descendu du ciel, pour se proportionner à la mesure de l’homme, mort par le péché, et lui insuffler son Esprit de vie éternelle. Par la suite, Elisée engagea la même Sunamite à fuir le royaume d’Israël et à se rendre dans le pays des Philistins, afin d’échapper à une famine qui allait durer sept années.
Une autre fois, un des Frères Prophètes, qui était au travail au bord du Jourdain, laissa tomber le fer de sa hache dans le fleuve. A sa prière, Elisée prit un morceau de bois, le jeta à cet endroit et fit surgir le fer, annonçant ainsi en figure la vertu de la Croix qui relève la nature humaine déchue.
Illuminé par la grâce de Dieu, le regard d’Elisée était si pénétrant qu’il dévoilait aux rois d’Israël et à leurs alliés, les plans du roi d’Assyrie. Et chaque fois que celui-ci voulait dresser une embuscade aux Israélites, il les trouvait déjà en place et prêts au combat. Dans Samarie assiégée par les Syriens et au prise avec la famine, l’homme de Dieu annonça la prochaine délivrance au roi qui était prêt à blasphémer. Le lendemain, on découvrit que l’armée ennemie avait décampé, à la suite d’une vision terrifiante, laissant derrière elle toutes ses réserves et un immense butin.
Non content de prophétiser pour les Israélites, le Prophète Elisée exerça aussi son ministère envers les païens. Il prédit l’assassinat du roi de Damas par son officier Hazaèl et annonça à ce dernier qu’il allait prendre le pouvoir. Une autre fois, il guérit de la lèpre Naaman, le général de l’armée syrienne, en lui ordonnant d’aller se baigner dans le Jourdain, figurant ainsi le salut des païens par le Saint Baptême.
Mais la grâce de Dieu agissait aussi par lui pour châtier le péché. Des enfants insolents s’étant moqués du Prophète, il les maudit, et deux ourses sortirent du bois et déchirèrent quarante-deux d’entre eux. Comme son serviteur, Ghezi, avait voulu soutirer les présents que Naaman lui avait envoyés en signe de gratitude, il ne put échapper au regard infaillible de son maître et fut atteint de lèpre.
Par toutes ces actions d’éclats accomplies par Dieu, par l’entremise de son Prophète, le royaume d’Israël fut presque débarrassé du culte de Baal; mais les Juifs, coupables d’avoir rompu l’unité du royaume, avaient néanmoins besoin de constantes interventions divines, pour se détourner des idoles et du péché, et revenir au Culte du vrai Dieu.
Le Saint Prophète Elisée mourut dans un grand âge, après avoir prédit au roi d’Israël, qui était venu à son chevet pleurer sur sa perte, qu’il vaincrait les Syriens. Cette année-là, un mort, qui avait été jeté dans la tombe du Prophète au cours d’une attaque des Moabites, reprit vie et se dressa sur ses pieds. Cest pourquoi Sirac le Sage loue le Saint Prophète en disant : « Et jusque dans la mort son corps prophétisa » . Cette sépulture, après avoir été en grand honneur chez les Juifs, fut violée sous Julien l’Apostat (362), mais des fragments des Reliques du Prophète purent être transférés à Alexandrie et Constantinople, où une église lui était dédiée.

DIMANCHE 17 MARS : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

15 mars, 2013

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DIMANCHE 17 MARS : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Isaïe 43, 16-21
16 Ainsi parle le SEIGNEUR,
 lui qui fit une route à travers la mer,
 un sentier au milieu des eaux puissantes,
17 lui qui mit en campagne des chars et des chevaux,
 des troupes et de puissants guerriers ;
 et les voilà couchés pour ne plus se relever,
 ils se sont éteints,
 ils se sont consumés comme une mèche.
 Le Seigneur dit :
18 « Ne vous souvenez plus d’autrefois,
 ne songez plus au passé.
19 Voici que je fais un monde nouveau :
 il germe déjà, ne le voyez-vous pas ?
 Oui, je vais faire passer une route dans le désert,
 des fleuves dans les lieux arides.
20 Les bêtes sauvages me rendront gloire,
 - les chacals et les autruches –
 parce que j’aurai fait couler de l’eau dans le désert,
 des fleuves dans les lieux arides,
 pour désaltérer le peuple, mon élu.
21 Ce peuple que j’ai formé pour moi
 redira ma louange. »

Ce texte est surprenant ! A première vue, il comporte deux parties absolument contradictoires : la première partie est un rappel de la sortie d’Egypte, donc du passé ; la seconde, au contraire, recommande de faire table rase du passé… Mais peut-être pas de n’importe quel passé ? Tout est là. Je reprends ces deux parties l’une après l’autre.  
 Tout commence par la formule « Ainsi parle le SEIGNEUR », qui annonce toujours des paroles très importantes. Puis vient l’évocation de cette fameuse « route à travers la mer » : « Ainsi parle le SEIGNEUR, lui qui fit une route à travers la mer, un sentier au milieu des eaux puissantes ». C’est le miracle mémorable de la Mer des Joncs, lorsque les Hébreux s’enfuyaient d’Egypte. Dans tous les livres de la Bible, une évocation de cet ordre est un rappel de cette fameuse nuit de la libération d’Egypte (rapportée par le livre de l’Exode, au chapitre 14). Isaïe précise encore « (le SEIGNEUR), lui qui mit en campagne des chars et des chevaux, des troupes et de puissants guerriers ; et les voilà couchés pour ne plus se relever, ils se sont éteints, ils se sont consumés comme une mèche. » Ce sont les Egyptiens, bien sûr, lancés à la poursuite des fuyards. Et Dieu a fait échapper son peuple. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si Isaïe a employé le Nom « SEIGNEUR », puisque c’est ce nom-là, précisément, qui qualifie le Dieu du Sinaï, notre libérateur. 
 Voilà donc l’œuvre de Dieu dans le passé. C’est le meilleur soutien de l’espérance d’Israël pour l’avenir. Et c’est de cela qu’Isaïe va parler maintenant : « Voici que je fais un monde nouveau ». De quoi s’agit-il ici ? A qui Isaïe promet-il un monde nouveau ? Ici, nous avons besoin de nous remettre dans le contexte historique de cette prédication. Le deuxième Isaïe, celui que nous lisons aujourd’hui, vit au sixième siècle pendant l’Exil à Babylone (qui a duré de 587 à 538 av. J.C.).        
 Nous avons souvent eu l’occasion de parler de cette période qui fut une terrible épreuve. Et, franchement, on ne voyait pas bien pourquoi l’horizon s’éclaircirait ! S’ils sont déportés à Babylone, c’est parce que Nabuchodonosor, roi de Babylone, a vaincu le tout petit royaume juif dont Jérusalem est la capitale. Et pour l’instant les affaires de Nabuchodonosor marchent encore très bien ! Et puis, à supposer que l’on arrive à s’enfuir un jour… de la Babylonie à Jérusalem, il faudrait traverser le désert de Syrie qui couvre des centaines de kilomètres, et en fuyards, c’est-à-dire dans les pires conditions qui soient.
 Le prophète a donc fort à faire pour redonner le moral à ses contemporains : mais il le fait si bien qu’on appelle son livre « le livre de la Consolation d’Israël » parce que le chapitre 40 commence par cette phrase superbe : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu » ; et le seul fait de dire « votre Dieu » est un rappel de l’Alliance, une manière de dire « l’Alliance de Dieu n’est pas rompue, Dieu ne vous a pas abandonnés ». Car l’une des formulations de l’Alliance entre Dieu et son peuple était « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu » ; et chaque fois que l’on entend cette expression « mon Dieu » ou « votre Dieu », ce possessif est un rappel de l’Alliance en même temps qu’une profession de foi.
 Isaïe va donc, de toutes ses forces, raviver l’espoir chez les exilés : Dieu ne les a pas abandonnés, au contraire, il prépare déjà leur retour au pays. On ne le voit pas encore, mais c’est sûr ! Pourquoi est-ce sûr ? Parce que Dieu est fidèle à son Alliance, parce que, depuis qu’il a choisi ce peuple, il n’a cessé de le libérer, de le maintenir en vie à travers toutes les vicissitudes de son histoire.
 Ce sont ces arguments-là qu’Isaïe développe ici : Nabuchodonosor vous fait peur ? Mais Dieu a déjà fait mieux : il vous a délivrés de Pharaon ! Le désert vous fait peur ? Mais le désert du Sinaï, c’était bien pire et Dieu a protégé son peuple tout du long ! Or, vous êtes toujours le peuple de Dieu, son élu. Sous-entendu « ce que Dieu a fait pour vous une fois, il le refera ». Comme il a fait passer son peuple à travers la Mer à pied sec au moment de la sortie d’Egypte, le SEIGNEUR saura faire passer son peuple « à pied sec » à travers toutes les eaux troubles de son histoire.
 L’espérance d’Israël s’appuie toujours sur son passé : c’est le sens du mot « Mémorial » ; on fait mémoire de l’oeuvre de Dieu depuis toujours, pour découvrir que cette oeuvre de Dieu se poursuit pour nous aujourd’hui, et pour y puiser la certitude qu’elle se poursuivra demain. Passé, Présent, Avenir : Dieu est à jamais présent aux côtés de son peuple. C’est l’un des sens du Nom de Dieu « Je suis » (sous-entendu, « Je suis avec vous en toutes circonstances).
 Je reviens à notre texte : c’est précisément au cours de cette période difficile de l’Exil, au moment où on risquait de s’installer dans la désespérance, que les prophètes ont développé une nouvelle métaphore, celle du germe : « Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? » dit Isaïe ici. Dans la Bible, ce n’est pas seulement un terme de botanique : à partir de l’expérience éminemment positive d’une minuscule graine capable de devenir un grand arbre, on voit bien comment le mot « germe » a pu devenir en Israël un symbole d’espérance. Le même prophète avait déjà dit équivalemment la même chose au chapitre précédent (preuve qu’il n’était pas inutile de le répéter) : « Je vous annonce de nouveaux événements, avant qu’ils germent, je vous les laisse entendre. » (Is 42, 2). Il nous reste à apprendre aujourd’hui à déceler les germes du monde nouveau, du Royaume que Dieu est en train de construire.

DIMANCHE 10 FÉVRIER: COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE – Isaïe 6, 1…8

8 février, 2013

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DIMANCHE 10 FÉVRIER: COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Isaïe 6, 1…8

1 L’année de la mort du roi Ozias,
 je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ;
 les pans de son manteau remplissaient le Temple.
 2 Des séraphins se tenaient au-dessus de lui.
3 Ils se criaient l’un à l’autre :
 « Saint, Saint, Saint, le SEIGNEUR Dieu de l’univers.
 Toute la terre est remplie de sa gloire. »
4 Les pivots des portes se mirent à trembler
 à la voix de celui qui criait,
 et le Temple se remplissait de fumée.
5 Je dis alors :
 « Malheur à moi ! Je suis perdu,
 car je suis un homme aux lèvres impures,
 j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures ;
 et mes yeux ont vu le Roi, le SEIGNEUR de l’univers ! »
6 L’un des séraphins vola vers moi,
 tenant un charbon brûlant
 qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel.
7 Il l’approcha de ma bouche et dit :
 « Ceci a touché tes lèvres,
 et maintenant ta faute est enlevée,
 ton péché est pardonné. »
8 J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait :
 « Qui enverrai-je ?
 Qui sera notre messager ? »
 Et j’ai répondu :
 « Moi, je serai ton messager :
 envoie-moi. »

La semaine dernière, nous lisions le récit de la vocation de Jérémie, aujourd’hui, celle d’Isaïe ; deux très grands prophètes à nos yeux. Et pourtant, l’un comme l’autre avouent leur petitesse : Jérémie se sent incapable de parler, mais puisque Dieu a pris l’initiative de le choisir, c’est Dieu aussi qui l’inspirera et lui donnera la force nécessaire. Isaïe, lui, est saisi par un sentiment d’indignité ; mais là encore, puisque c’est Dieu qui l’a choisi, c’est Dieu aussi qui le purifiera.
 Jérémie était prêtre et nous ne savons pas où il a reçu l’appel de Dieu ; curieusement, c’est Isaïe qui n’était pas prêtre, qui situe sa vocation au Temple de Jérusalem : « L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ». Quand Isaïe nous dit « je vis », cela veut dire qu’il s’agit non pas d’un récit, mais d’une vision ; ne cherchons donc pas dans son évocation un déroulement logique d’événements. Les livres prophétiques sont émaillés de visions fantastiques : à nous de décoder ce langage extrêmement suggestif, même s’il surprend notre mentalité contemporaine.
 Isaïe nous dit qu’en ce qui le concerne, cela s’est passé « l’année de la mort du roi Ozias » : c’est une indication précieuse. Il est rare que nous puissions évoquer des dates avec autant de précision ; cette fois, nous le pouvons car on sait que le roi Ozias a régné à Jérusalem de 781 à 740 av J.C. Depuis la mort du roi Salomon (en 933, c’est-à-dire depuis près de deux cents ans), le royaume de David et de Salomon est divisé : il y a deux royaumes, deux rois, deux capitales : au Sud, Ozias est roi de Jérusalem, au Nord, Menahem est roi de Samarie. On sait également que Ozias était lépreux et qu’il est mort de cette maladie à Jérusalem en 740. C’est donc cette année-là qu’Isaïe a reçu sa vocation de prophète : ensuite, il a prêché pendant environ quarante ans (là on est moins précis) et il est resté dans la mémoire collective d’Israël comme un très grand prophète et en particulier le prophète de la sainteté de Dieu.1
 « Saint, Saint, Saint le SEIGNEUR, Dieu de l’univers. Toute la terre est remplie de sa gloire » : vous avez reconnu le Sanctus de nos messes. Il date donc au moins du prophète Isaïe. (Peut-être cette acclamation faisait-elle déjà partie de la liturgie au Temple de Jérusalem, mais on n’en a pas la preuve ; on a seulement retrouvé des expressions équivalentes plus anciennes en Egypte).
 Dire que Dieu est « Saint », au sens biblique, c’est dire qu’il est Tout Autre que l’homme. Dieu n’est pas à l’image de l’homme ; bien au contraire, la Bible affirme l’inverse : c’est l’homme qui est « à l’image de Dieu » ; ce n’est pas la même chose ! Cela veut dire que nous devrions rester très modestes et très prudents chaque fois que nous parlons de Dieu ! Parce que Dieu est le Tout Autre, il nous est radicalement, irrémédiablement impossible de l’imaginer tel qu’il est, nos mots humains ne peuvent jamais rendre compte de lui. 2
 La première partie de la vision d’Isaïe dit bien cette prise de conscience fondamentale ; et ce qu’il nous décrit ressemble étrangement à d’autres évocations des grandes manifestations de Dieu dans la Bible : Dieu est assis sur un trône très élevé, une fumée se répand et remplit tout l’espace, une voix tonne… elle tonne si fort que les lieux tremblent… Isaïe ne peut pas s’empêcher de penser à ce qui s’était passé pour Moïse sur la montagne du Sinaï, au moment où Dieu avait fait alliance avec son peuple et donné les tables de la Loi ; c’est le livre de l’Exode qui raconte : « Le mont Sinaï n’était que fumée, parce que le SEIGNEUR y était descendu dans le feu ; sa fumée monta, comme la fumée d’une fournaise, et toute la montagne trembla violemment. La voix du cor s’amplifia : Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du tonnerre. » (Ex 19, 18-19).
 L’homme Isaïe mesure alors sa petitesse et il ressent comme une sorte de crainte : « Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; et mes yeux ont vu le Roi, le SEIGNEUR de l’univers ! » Cette « crainte », comme découverte de notre petitesse, du fossé infranchissable qui nous sépare de Dieu si Dieu lui-même ne le comble pas, est une première étape indispensable dans notre relation à Dieu. Mais Dieu n’en reste pas là. D’ordinaire, dans la Bible, il y a toujours cette parole de la part de Dieu : « ne crains pas »… Ici, la parole n’est pas dite mais elle est remplacée par un geste très suggestif : un des séraphins, un de ceux qui, justement, proclament la sainteté de Dieu, va accomplir le geste qui purifie l’homme, qui comble le fossé, qui permet à l’homme d’entrer en relation avec Dieu : « L’un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de ma bouche… » Manière de dire que c’est Dieu qui prend l’initiative de se faire proche de l’homme ; ce fossé qui nous sépare de Dieu, c’est Dieu lui-même qui le comble.
 Quand Isaïe parlera de Dieu, plus tard, il lui arrivera souvent de l’appeler « Le Saint d’Israël » : cette expression dit bien que Dieu est le Saint, le Tout-Autre, mais aussi qu’il s’est fait proche de son peuple, puisque celui-ci peut aller jusqu’à revendiquer une relation d’appartenance (Dieu est « Le Saint d’Israël »). Cette relation qui s’instaure alors à l’initiative de Dieu peut être très profonde puisqu’ici pour Isaïe, il s’agit d’une mission de confiance : il s’agit de devenir rien moins que le porte-parole de Dieu. On dit parfois des prophètes qu’ils sont la bouche même de Dieu ; au fait, si on y réfléchit, la même expression peut désormais nous être appliquée depuis notre baptême…
 … de quoi nous laisser rêveurs !
 ———————-
 NOTES
 1 – Le livre qui porte le nom d’Isaïe comporte soixante-six chapitres : ce n’est pas l’œuvre d’un seul homme, mais un ensemble de trois recueils.
 Les chapitres 1 à 39 sont l’œuvre du prophète qui nous relate ici sa vocation ; les chapitres 40 à 55 sont l’œuvre d’un prophète qui prêchait pendant l’Exil à Babylone (au sixième siècle avant notre ère) ; les chapitres 56 à 66 rapportent la prédication d’un troisième prophète, contemporain de la période du retour de l’Exil.
 2 – La sainteté n’est pas une notion morale, ni même un attribut de Dieu, elle est sa nature même ; car l’adjectif « divin » n’existe pas en hébreu, il est remplacé par le mot « Saint » qui signifie Tout-Autre (sous-entendu Tout-Autre que l’homme), celui que nous ne pouvons jamais atteindre par nous-mêmes, celui qui nous dépasse infiniment, à tel point que nous n’avons aucune prise sur lui. Ce que le prophète Osée traduisait : « Je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis Saint. » (Os 11, 9). Pour cette raison, dans la Bible, aucun humain n’est jamais considéré comme saint, tout au plus peut-on être « sanctifié » par Dieu et, de ce fait, refléter son image, ce qui est de tout temps notre vocation ultime.
 Et, bien évidemment, nous ne pouvons pas imaginer quelqu’un qui est Tout-Autre que nous-mêmes. D’où la réaction d’effroi du prophète Isaïe : « Je ne suis qu’un homme aux lèvres impures et mes yeux ont vu le roi, le SEIGNEUR de l’univers ».

DES PROPHETES : RAPPEL DE L’HISTOIRE D’ISRAEL

29 janvier, 2013

http://www.abbaye-champagne.com/themes/enseignement/brunon/textes/prophetes/prophetes.htm#presentation

MONSEIGNEUR JEAN-BAPTISTE BRUNON

 LES PROPHÈTES

Cours donné en l’Abbaye de Champagne

PRESENTATION GENERALE

DES PROPHETES : RAPPEL DE L’HISTOIRE D’ISRAEL

Dieu a fait transparaître son plan qui s’articule autour de trois axes : le salut, l’alliance, la parole (le Verbe) : le Verbe va s’incarner et venir habiter en nous.
1 – LE SALUT
- Ce salut va être présenté comme difficile. Ce salut est rendu difficile par le péché, un péché « cuit et recuit ». Ce sera rendu par trois images : la soude, la potasse qui ne peut s’effacer (Je 2,22) ; la peau de l’Ethiopien (Je 13,23) ; la pointe du diamant qui grave profondément (Je 17,1).
C’est un péché qui colle à la peau presque jusqu’à la désespérance. Paul lui-même (Rm 7,19) reconnaît ne pas faire le bien qu’il voudrait et faire le mal qu’il ne voudrait pas.
Mais il y a une lumière dans ce désarroi possible : la promesse du Messie (Is 9,1, 5-6), un coeur nouveau (Je 24,7 ; 31,33) et une sorte de recréation inté­rieure de l’homme par le souffle de Dieu (Ez 36,26-27). Dieu reprend l’homme et le refait (Ps 51,12 : «Crée en moi un coeur nouveau»). Il en fait un homme nouveau, comme le souligne bien Paul (Ep 4,24), et Jésus : c’est une nouvelle naissance (Jn 3,3-8). – C’est un salut personnel. Paul souligne cet aspect : «Il s’est livré pour moi» (Ga 2,20).
- Ce salut est opéré par la médiation d’un peuple, d’une Eglise. Un des soucis essentiels de Dieu a été de faire un peuple en partant de tribus éparses. Le désert sera le lieu où se formera le peuple. Chaque fois que la division sur­vient, Dieu refait le peuple. Ezéchiel a deux visions (Ez 37) : les ossements desséchés et les bâtons séparés. Le Christ créera une Eglise : images du troupeau, de la vigne, du Royaume. Saint Paul sera sur la même trajectoire avec les images du corps, de la cons­truction. Il y a toujours tension entre l’aspect personnel et l’aspect communau­taire du salut. On insiste tantôt sur l’un, tantôt sur l’autre. Il y aura toujours tension entre unité et diversité, diversité et unité.
Le prophète sera le lecteur de l’histoire pour en dégager des messages livrés par Dieu à travers les événements. Il va être aussi le lecteur du présent. Il voit les obstacles à la marche du salut, il corrige, il oriente la marche du peuple. Le prophète sera également le lecteur de l’avenir : il annonce sans cesse le triomphe de Dieu et la réalité certaine du salut : le Messie. Il est donc le por­teur de l’espérance, cette espérance qui soutient la marche des hommes.
2 – L’ALLIANCE.
Le salut va se réaliser par une Alliance : Dieu est avec nous, « Emmanuel ». Dieu chemine avec les hommes (cf. Emmaüs). Dieu est fidèle pour mille géné­rations (Dt 7,9). Des images : les fiançailles (Os 2) ; le banquet de la Sagesse (Sg 8) ; la vigne et les sarments (Jn 15) ; le corps mystique (lCo 12 ; Rm 12) ; la construction sur la pierre d’angle (Ep 2,20-22).
Dieu nous redit toujours la même chose : je veux faire alliance avec toi. Le progrès de l’Alliance, véritable approfondissement à travers les infidélités, les refus, les accueils, les oui et les non.
De collective, l’Alliance devient personnelle. Au début, la solidarité des tri­bus exigeait l’Alliance collective avec Dieu. Le peuple est premier pour Dieu (Ex 19, l’Alliance au Sinaï). Cette alliance va devenir personnelle avec l’exil, ce temps de retraite favorable à la réflexion personnelle (Ez 18). D’extérieure, l’alliance va devenir intime, au coeur de l’homme. Au début, c’était l’Alliance-contrat au Sinaï avec des commandements. Puis l’alliance pénètre le coeur et saisit tout l’être : «Je mettrai ma loi au fond de leur être».
De raciale, elle va devenir universelle. Au début, c’était un peuple ghetto, farouche envers les autres. Puis peu à peu, l’alliance s’étend à tous, même les Ninivites (cf. Jonas).
Avec Jésus-Christ, la nouvelle Alliance est scellée en son Sang : l’Alliance sera intérieure («mon Royaume est au-dedans de vous») et sera universelle («Enseignez toutes les nations» Mt 28,19) et deviendra très personnelle («Il m’a aimé et s’est livré pour moi» (Ga 2,20).
Au coeur de l’Alliance, une grande certitude : Dieu est fidèle à l’homme. Dieu croit en l’homme, il aime l’homme. Il va proclamer sa fidélité et la mettre en pratique. Cf. Gn 3,21 : Dieu revêt l’homme et la femme de tuniques de peau, image de la grâce du Christ ; Juges : l’homme pèche, Dieu intervient, l’homme se repent, Dieu revient ; Psaume 78, l’hymne à la fidélité de Dieu ; Judith : Dieu est fidèle et sauve son peuple par une femme.
Dieu manifeste cette fidélité par des actes précis : le choix d’un peuple, l’envoi de son Fils, sa présence permanente par l’Eucharistie, par sa parole, par l’Eglise. «Mon Père travaille sans cesse et moi aussi» (Jn 5,17). Et les pro­phètes ? Ils sont les sauveurs de l’Alliance sans cesse menacée. Ils sont aussi les éclaireurs de l’alliance, ils vont l’approfondir. Ils en sont les précurseurs, c’est toute la préparation de l’Incarnation.
3 – LA PAROLE.
Les prophètes vont être les haut-parleurs de la Parole avant qu’elle ne s’in­carne. C’est d’abord le verbe, la parole qui rejoint l’homme. Sans parole, pas d’alliance.
Le Verbe et les patriarches : la promesse d’Alliance. «Quitte ton pays (…) tu seras père d’un grand peuple» (1900).
Le Verbe et le peuple de Dieu : c’est la réalisation de l’Alliance sur le mont Sinaï (1200).
Le Verbe et les premières ruptures de l’Alliance : ce sont les premiers pas concrets de cette Alliance, les Juges (1100).
Le Verbe et le sommet de l’Alliance : David, Salomon (1000).
La grande épreuve de l’Alliance : de 932 (le schisme) à Jésus. Les pro­phètes sont les défenseurs et les sauveurs de l’Alliance, (puis) avec les prêtres et les sages.
La Nouvelle Alliance recréée en Jésus-Christ : «le Verbe s’est fait Chair» (Jn 1,14).
Le rôle des prophètes dans cette parole : ils seront d’abord les auditeurs attentifs de la parole, (cf. la manducation du petit livre par Ezéchiel, Ez 3) ; ils seront aussi les lecteurs de la parole et des événements ; ils seront enfin les serviteurs de la parole, les porte-parole de Dieu.
Ces prophètes ont une conscience aiguë de leur mission. Cette livraison de la parole sera souvent une épreuve, de trois sortes : la servitude de la solitude ; le prophète est un séparé, qu’il le veuille ou non (Je 16) ; la servitude de la pesanteur : c’est une charge lourde, un combat à livrer auquel on désire se soustraire (Je 20,7-9) ; la servitude de la nuit intérieure : le prophète doit avan­cer coûte que coûte, sans voir vraiment clair, dans la foi (Elie, 1R 19 ; Jonas, Jon 2,4).
Toute l’histoire de l’humanité repose sur ces trois poutres maîtresses qui s’entrecroisent : la Parole, l’Alliance et le Salut.
  LE POINT DE DEPART DU PROPHETISME
C’est le schisme autour de 930, cette désunion entre les deux tribus du sud (Juda, dont Siméon absorbé, et Benjamin ; 1R 12,21) et les dix tribus du nord. La grande raison du prophétisme, c’est la division. Dans le Royaume du nord, les tribus se battront très souvent. Le Royaume de Juda restera en paix sauf avec Attali.
Les causes du schisme sont politiques : l’abus du « roi-soleil », Salomon, le « roi-façade », qui a favorisé certaines tribus, surtout Juda, et négligé les pro­vinciaux, sauf pour les rançonner. Cela a entraîné une oppression sociale et financière du peuple par suite des constructions multiples, dont le Temple. L’intolérance du roi Roboam a également été une des causes du schisme. Elles sont également religieuses : Dieu n’est plus le centre d’unité du Royaume. A cause de ses nombreuses femmes, Salomon introduit les idoles.
QUELQUES CONSÉQUENCES
L’unité politique est rompue. Des luttes fratricides vont entraîner un épui­sement qui ira jusqu’à la chute du Royaume du nord en 722 (chute de Sama­rie), puis du Royaume du sud en 587 (chute de Jérusalem).
L’unité religieuse aussi est rompue. Jérusalem n’est plus le seul centre spiri­tuel. Il se crée d’autres centres (Samarie, Bethel, Gilgal ; cf. Am 4,4). Chaque centre aura sa doctrine, ses habitudes religieuses, ce qui va entraîner de nom­breuses déviations : idolâtrie, divination, rituels divers.
L’unité sociale est rompue. La perte du sens de Dieu amène la perte du sens de l’homme. Les prophètes dénonceront les nombreuses injustices. Un fossé se creuse entre riches et pauvres.
Face à cette décadence générale, les prophètes vont réagir à contre-courant, ils seront les défenseurs à la fois des droits de Dieu et des droits de l’homme.
Note. Un peu enfermés dans leur liturgie, les prêtres seront très vite frappés par le formalisme. Leur soi-disant ouverture sur Dieu est une fermeture au monde. Ils s’installent. C’était une bonne situation, qui rapportait. Le sacerdoce est donc défaillant, bien que quelques prêtres réagissent ; ainsi Jérémie devient prophète. Les rois étaient représentants de Dieu et ont, eux aussi, failli à leur mission. Or les prêtres étaient au service du roi. Il y a eu peu de grands rois comme Josias ou Ezéchias, et les prêtres n’ont pas osé aller à contre-courant des rois. Les prêtres essaieront de reprendre le pouvoir après l’exil. Ils se res­saisiront, mais là encore ils « décrochent ». Les prêtres viennent de la tribu de Lévi. Jésus ne choisira pas ses apôtres parmi les prêtres. Il n’est pas de cette tribu. Il est au-dessus de cela, il n’est pas enfermé. Jean-Baptiste (fils de Zacharie, de la tribu de Lévi) le montre comme l’Agneau de Dieu à suivre.
  PORTRAIT GENERAL D’UN PROPHETE
  1 – LA VOCATION
C’est une initiative divine. C’est Dieu qui intervient, qui appelle.
C’est une emprise divine, une pentecôte individuelle (Je 1,4-l0). C’est une invasion de l’Esprit, d’une puissance peu commune, à laquelle il est difficile de résister (Je 20,7-10).
C’est une emprise qui respecte la personnalité du prophète : Amos restera vindicatif, Jérémie restera sensible.
C’est une emprise sur des hommes de tous milieux : Amos est un berger, Isaïe est un aristocrate, Jérémie et Ezéchiel sont des prêtres, Sophonie est de famille royale.
Cet appel se manifeste presque toujours dans une vision inaugurale qui va orienter la vie et le message du prophète.
Le prophète est un appelé, « nabi » : bouillonnant qui parle au nom de quel­qu’un (chez les musulmans, Mahomet : Al Nabi). Le prophète est l’homme de l’esprit (Os 9,7 « l’inspiré » ; Ez 3,l2 ; Elie, lR 18,12 ; 2R 2,16, enlèvement d’Elie ; Jg 3,l0 ; 6,34 ; Ez 2,2).
Note. L’Eglise ne rejette pas les phénomènes mystiques mais elle ne s’ap­puie pas sur eux pour éclairer sa route. Elle ne s’appuie que sur une chose : le Christ est mort et ressuscité. Il ne sera pas donné d’autre signe que celui de Jonas.
2 – L’ACTION DES PROPHÈTES
Ce sont des haut-parleurs de Dieu. Le prophète parle à la place de Dieu « Pro-phanaï » : Pro (à la place de, pour), phanaï (parler). Le prophète est un prédicateur plus qu’un prédisant. Il insiste sur les trois grands pôles bibliques : le Dieu vivant, exigeant, sauveur ; le sens de l’homme (rétablissement du droit des opprimés) ; le sens de l’univers, toujours en référence avec le Dieu créa­teur.
C’est d’abord un message pour le présent. Mais c’est aussi un message pour l’avenir, à court terme (ex. Jérémie et la chute de Jérusalem) et à longue échéance (le Messie). Tous ces messages du présent et de l’avenir constituent une oeuvre de préservation contre l’idolâtrie, une oeuvre d’orientation vers le Royaume messianique et une oeuvre d’intériorisation vers l’alliance du coeur. Ainsi prévoir et prédire ne sont pas vraiment l’oeuvre du prophète. Il se con­sacre avant tout à voir et à dire le projet de Dieu pour le présent.
Le prophète montre un Dieu vivant, d’où l’utilisation de nombreux anthro­pomorphismes : le visage, la bouche, les yeux, Dieu se repose, Dieu ouvre les yeux jour et nuit sur le Temple, il détourne les yeux des hypocrites (Je 18,17 ; Is 1,15). Le prophète montre aussi un Dieu exigeant, parce que saint (Is 6,3), et a un sens très poussé du péché. Il montre encore un Dieu miséricordieux. C’est déjà la Rédemption en préparation.
3 – LES MOYENS UTILISÉS
- La parole, maniée avec un sens pédagogique très poussé :
Emploi de l’affirmation catégorique (Is 1,2 ; Je 9,22).
Emploi de la répétition (Ez 13,8;21;23 ; Is 9,11 ; 10,4 16;20 ; Ba 6,14, 22 ; 28 ; 39 ; 44 ; 51 ; 56 ; 64).
Le dialogue : le prophète interroge, fait réagir (Je 2,32 ; Am 6,12).
Le goût du concret, avec l’utilisation de nombreuses images : l’eau vive (Je 2,12-13) ; le pasteur (Ez 34 ; Mi 5,3 ; Is 40).
L’art de la description et l’évocation géniale (Ma 1,6-10 ; Na 3,1-ss).
Tout cela constitue l’oracle (= message) prononcé au nom de Dieu : « oracle du Seigneur ».
- Les écrits des prophètes. Les messages oraux sont mis par écrit par les au­teurs eux-mêmes ou par des secrétaires pour s’assurer qu’on ne transformera pas les messages, pour les sceller dans la vérité (Is 8,l-2 ; 30,8 ; Je 36). Souvent, le message est mis par écrit par les disciples du prophètes sous forme de re­cueils, de résumés à la manière de nos évangiles. Ce sont souvent de simples abrégés, ordonnés, arrangés.
- Les mimes ou les actions théâtrales, sortes de chorégraphie sacrée (« audiovisuel »), le geste soulignant la parole. C’est une véritable liturgie pro­phétique, vraie parabole en acte qui permet de découvrir plus facilement le sens du message. Osée présente sa vie, Jérémie (19), la cruche brisée. Ces mimes ne sont pas de la puérilité. Pourquoi les utilise-t-on ? Pour ne pas heur­ter de front ! La lumière est tamisée.
  LES GRANDS JALONS
DE L’HISTOIRE DU PROPHETISME
Les prophètes sont groupés autour de faits historiques importants et autour de chefs de file qui vont orienter les autres prophètes. D’autre part, ils vont se compléter les uns les autres.
- Les premiers nabi : l’aurore du prophétisme, de 1200 à 900. Ce sont les prophètes qui ont orienté les premiers rois et le peuple. Ils sont groupés autour de la création du Royaume davidique en 1000. Trois principaux dominent : Moïse qui prépare, Samuel et Natan.
- Les prophètes traits d’union, 900-800. Ce sont les prophètes de la grande crise religieuse, la période célèbre des Omrides, fondateurs de Samarie (autour de 850). Deux prophètes dominent : Elie et Elisée.
- Les grands prophètes, l’âge d’or du prophétisme, de 800 à 600. Ce sont les prophètes des grandes réformes religieuses des rois Ezéchias (720) et Josias (620), répartis en deux grands groupes. Celui qui assiste à la défaite du Nord, Samarie (722), aura Isaïe pour chef de file, Amos, Osée, Michée ; celui qui verra la défaite du Sud (587) aura Jérémie pour chef de file, Sophonie, Nahum, Habaquq.
- Les prophètes « plus obscurs » jusqu’au crépuscule (600-150) ; les pro­phètes de la consolation qui visent l’exil et qui sont en exil (autour de 550) : Ezéchiel (chef de file), 2d Isaïe (ch 40-55) ; les prophètes de la restauration, au retour d’exil (500-400) : 3e Isaïe (ch 56-66, chef de file), Jonas, Joël, Aggée, Abdias, Zacharie, Malachie ; le prophète de la persécution grecque (environ 170) : Daniel.
- Le grand silence prophétique, de Daniel à Jean-Baptiste, de 150 av. J.-C. à 30 ap. J.-C.
- La nouvelle explosion du prophétisme : Zacharie, Siméon, Anne, Jean-Baptiste et Jésus.

- Le dernier écho du prophétisme : l’Apocalypse.

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