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COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 11 JANVIER – BAPTÊME DU SEIGNEUR – ISAÏE 55, 1 – 11

9 janvier, 2015

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COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 11 JANVIER – BAPTÊME DU SEIGNEUR – ISAÏE 55, 1 – 11

PREMIERE LECTURE – LIVRE DU PROPHÈTE ISAÏE 55, 1 – 11

Ainsi parle le Seigneur :
1 Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau !
Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer,
venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer.
2 Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas,
vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ?
Ecoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses,
vous vous régalerez de viandes savoureuses !
3 Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Ecoutez, et vous vivrez.
Je m’engagerai avec vous par une alliance éternelle :
ce sont les bienfaits garantis à David.
4 Lui, j’en ai fait un témoin pour les peuples,
pour les peuples, un guide et un chef.
5 Toi, tu appelleras une nation inconnue de toi ;
une nation qui ne te connaît pas accourra vers toi,
à cause du SEIGNEUR ton Dieu,
à cause du Saint d’Israël, car il fait ta splendeur.
6 Cherchez le SEIGNEUR tant qu’il se laisse trouver ;
invoquez-le tant qu’il est proche.
7 Que le méchant abandonne son chemin,
et l’homme perfide, ses pensées !
Qu’il revienne vers le SEIGNEUR, qui lui montrera sa miséricorde,
vers notre Dieu, qui est riche en pardon.
8 Car mes pensées ne sont pas vos pensées,
et vos chemins ne sont pas mes chemins,
- oracle du SEIGNEUR.
9 Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre,
autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins,
et mes pensées, au-dessus de vos pensées.
10 La pluie et la neige qui descendent des cieux
n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre,
sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer,
donnant la semence au semeur
et le pain à celui qui doit manger ;
11 ainsi ma parole, qui sort de ma bouche,
ne me reviendra pas sans résultat,
sans avoir fait ce qui me plaît,
sans avoir accompli sa mission.

UNE ETONNANTE REVELATION
Vous avez entendu au milieu de ce texte la petite phrase « oracle du SEIGNEUR ». Quand un prophète l’emploie, c’est toujours pour signaler une révélation importante ou difficile à accepter : une sorte de précaution, en somme. De quoi s’agit-il ici ?
« Mes pensées ne sont pas vos pensées, dit Dieu… Vos chemins ne sont pas mes chemins »… et l’image utilisée par Isaïe est forte : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » Il est bien vrai que les cieux sont hauts par rapport à la terre. Eh bien les pensées de Dieu sont aussi loin des nôtres, paraît-il !
Si je comprends bien, pour nous ajuster aux pensées de Dieu, il va falloir opérer une véritable révolution de nos pensées spontanées. Pour nous y préparer, Isaïe a commencé par un petit discours un peu surprenant : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer ». C’est un discours sur la gratuité. Le prophète, ici, cherche à nous faire comprendre que notre relation avec Dieu n’est pas de l’ordre du commerce, du calcul, du donnant-donnant ; et il continue : « Que le méchant abandonne son chemin, que l’homme pervers abandonne ses pensées ! Qu’il revienne vers le SEIGNEUR, qui aura pitié de lui, vers notre Dieu, qui est riche en pardon. CAR mes pensées ne sont pas vos pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins ». Ce petit mot « Car » nous dit en quoi consiste cette si grande distance qui nous sépare de Dieu, qui sépare nos pensées de ses pensées : Lui, il a pitié, Lui, il est riche en pardon.
Au fond, cela ne devrait pas nous étonner, puisque, comme dit Saint Jean, Dieu est Amour ; et donc, Il est sur le registre de la gratuité, on dit « la grâce ».
CHANGER DE REGISTRE
Nous, nous sommes parfois sur le registre du calcul, du donnant-donnant. Nous voulons que les bons soient récompensés et les méchants punis. Nous calculons nos mérites et ceux des autres à notre égard ; nous disons « je ne mérite pas » le pardon de Dieu, ou celui qui m’a offensé ne « mérite » ni mon pardon ni celui de Dieu ; sans nous apercevoir qu’en disant cela, c’est comme si nous calculions à la place de Dieu !
Dieu, lui, ne demande à personne de mériter quoi que ce soit ! « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes », comme dit Jésus dans le sermon sur la montagne (Mt 5, 45). Nous parlons de « gagner » notre ciel, Lui, nous propose de vivre une relation d’amour, donc gratuite par définition.
Et c’est pour cela qu’Isaïe insiste tellement dans le début de ce texte sur la gratuité : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer. »
Et voilà la révolution de la pensée qui nous est demandée : Isaïe nous invite à emprunter à notre tour ce chemin-là, ces pensées-là, de gratuité, de pitié, de pardon. Pourquoi ne pas admettre une fois pour toutes que nous sommes sans argent (je veux dire sans titres à faire valoir) devant Dieu et qu’il n’attend de nous qu’un coeur offert, une « oreille ouverte » : « Ecoutez et vous vivrez », dit Isaïe.
Vous allez peut-être me dire : « si nous n’avons pas besoin de gagner des mérites, alors nous allons nous conduire n’importe comment … » Je ne le crois pas du tout ; le jour où nous serons vraiment convaincus, et donc éblouis de l’amour de Dieu, alors notre coeur changera et nous commencerons à lui ressembler : le feu prendra et nous entrerons petit à petit dans le registre de la gratuité.
Notre Eglise a une tâche redoutable, il me semble : elle est une institution humaine, elle vit dans une société bâtie sur le commerce plus que sur le service ; et c’est au coeur même de cette société qu’elle doit faire germer le royaume de la gratuité. Notre mission de baptisés, c’est de témoigner au milieu des hommes non pas d’un AILLEURS, mais d’un AUTREMENT.
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Complément
« Cherchez le SEIGNEUR tant qu’il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu’il est proche » : là, malheureusement, notre traduction risque de nous induire en erreur ; la conjonction traduite ici par « tant que » veut dire également « puisque » ; il faut comprendre « Cherchez le SEIGNEUR puisqu’il se laisse trouver. Invoquez-le puisqu’il est proche. » Et rien d’autre ne nous est demandé parce qu’avec Lui, tout est gratuit. Seulement, voilà, nos chemins sont si éloignés des siens que nous risquons de faire un contresens ; pourtant, il n’existe pas de temps où Dieu ne se laisserait pas trouver, il n’existe pas de temps où Dieu ne serait pas proche !

LECTURE SAINTE DE ISAÏE 9,1-6. : UNE LUMIÈRE A RESPLENDI

23 décembre, 2014

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UNE LUMIÈRE A RESPLENDI

LECTURE SAINTE DE ISAÏE 9,1-6.

Regarder – méditer – prier : nous respectons les trois temps de la « lectio divina » ou lecture sainte afin que méditation et prière, pour ceux et celles qui le souhaitent, s’appuient sur une écoute attentive du texte biblique.
De par son usage liturgique dans la nuit de Noël, il est difficile de lire le poème d’Isaïe 9,1-6 sans l’appliquer immédiatement à Jésus. Essayons cependant de le relire d’un œil neuf en nous laissant étonner.

Regarder
1– Strophe par strophe, repérons les verbes. À quel temps sont-ils conjugués ? Passé, présent, futur… Un mouvement se dégage du texte. Lequel ?
2 – Regardons les personnages. Si le personnage central semble être « l’enfant » royal, il n’est pas pour autant le personnage principal. À qui le poète parle-t-il aux v. 2 et 3 (il le nomme à la fin du v. 6) ?
- Qu’a-t-il fait dans le passé ? Que fait-il aujourd’hui ? Que fera-t-il demain ?
- Observons comment le poète parle parfois de lui et parfois à lui.
Quels sont les autres personnages, singuliers ou collectifs, nommés ou évoqués ? Repérons ce qui change pour chacun d’eux. On peut s’aider :
- des oppositions d’images, des temps des verbes,
- de la manifestation des sentiments.

Qu’apprenons-nous sur « l’enfant » ?
- Par qui est-il donné ? À qui ?
- Qu’attend le peuple de lui ? (Regardons les verbes au futur qui expriment cette attente).
- Essayons de comprendre les titres extraordinaires qui lui sont attribués.
3 – Ce poème chante une figure royale. Que percevons-nous du rôle du roi ? (Rôle à l’extérieur vis-à-vis des autres nations; rôle à l’intérieur vis-à-vis du peuple; rôle vis-à-vis de Dieu).
Dans l’histoire, cela a-t-il été mis en pratique ? Feuilletons le 2e livre des Rois et relevons l’opinion de son auteur sur les rois d’Israël et de Juda. D’après ce que nous savons de son identité, le « Prince de la Paix » célébré par Isaïe a-t-il accompli sa mission ?

Méditer
Le vieux monde, attaché aux ténèbres, est un monde de violence. De l’Égypte à Madiân et à l’Assyrie, les coups de bâton pleuvent, les cultures sont pillées, les soldats versent le sang. Dans le peuple de Dieu lui-même il arrive au frère de haïr son frère.

« Un pauvre crie et le Seigneur entend » dit un psaume. Quelqu’un a dû crier puisque l’amour brûlant du Seigneur a répondu. Il s’est choisi un homme pour que s’étendent la justice et le droit, la paix et la fraternité. Pour cette action, cet avenir ouvert, cette lumière qui se lève, il faut le louer. Le Seigneur n’a pas fini de nous étonner.
À cet homme maintenant de devenir ce qu’il est. Sa mission est tout entière dans ses noms de règne. La parole du prophète la lui rappelle. Or cette parole ne peut pas échouer. Si le roi a pu décevoir nous savons que, plus tard, Jésus – le fils unique de Dieu – ne décevra pas. En tuant la haine sur la Croix, il devient notre paix définitive.

Prier
Nous te remercions, Père, Toi qui nous as donné ton fils. Il est mort sur la Croix, brisant le mur de la haine. Tu l’as ressuscité et exalté par ta droite comme Prince et Sauveur. Permets que nous soyons des membres actifs de ton royaume. Que le droit et la justice règnent sur cette terre ! Que la bonne nouvelle de ton salut soit annoncé à tous les hommes !

C’est toi, Seigneur, qui nous as choisis
Tu nous appelles tes amis
Fais de nous les témoins de ton amour.

 

COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 7 DÉCEMBRE – Isaïe 40, 1-5. 9-11

5 décembre, 2014

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COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 7 DÉCEMBRE

PREMIERE LECTURE – Isaïe 40, 1-5. 9-11

1 Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu.
2 Parlez au coeur de Jérusalem.
Proclamez que son service est accompli,
que son crime est expié,
qu’elle a reçu de la main du SEIGNEUR
le double pour toutes ses fautes.
3 Une voix proclame :
« Dans le désert, préparez le chemin du SEIGNEUR ;
tracez droit, dans les terres arides,
une route pour notre Dieu.
4 Que tout ravin soit comblé,
toute montagne et toute colline abaissées !
Que les escarpements se changent en plaine
et les sommets en large vallée !
5 Alors se révélera la gloire du SEIGNEUR,
et tout être de chair verra que la bouche du SEIGNEUR a parlé. »
9 Monte sur une haute montagne,
toi qui portes la bonne nouvelle à Sion.
Elève la voix avec force,
toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem.
Elève la voix, ne crains pas.
Dis aux villes de Juda :
« Voici votre Dieu ! »
10 Voici le SEIGNEUR Dieu !
Il vient avec puissance ;
son bras lui soumet tout.
Voici le fruit de son travail avec lui,
et devant lui, son ouvrage.
11 Comme un berger, il fait paître son troupeau :
son bras rassemble les agneaux,
il les porte sur son coeur,
il mène les brebis qui allaitent.

« CONSOLEZ, CONSOLEZ MON PEUPLE »
C’est ici que commence l’un des plus beaux passages du Livre d’Isaïe ; on l’appelle le « Livret de la Consolation d’Israël » car ses premiers mots sont « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu ». Cette phrase, à elle toute seule, est déjà une Bonne Nouvelle extraordinaire, presque inespérée, pour qui sait l’entendre ! Car les expressions « mon peuple »… « votre Dieu » sont le rappel de l’Alliance.
Or c’était la grande question des exilés. Pendant l’Exil à Babylone, c’est-à-dire entre 587 et 538 avant J.C. on pouvait se le demander : Dieu n’aurait-il pas abandonné son peuple, n’aurait-il pas renoncé à son Alliance…? Il pourrait bien s’être enfin lassé des infidélités répétées à tous les niveaux. Tout l’objectif de ce Livret de la Consolation d’Isaïe est de dire qu’il n’en est rien. Dieu affirme encore « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu », ce qui était la devise ou plutôt l’idéal de l’Alliance.
Je prends tout simplement le texte dans l’ordre : « Parlez au coeur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli » dit Isaïe ; cela veut dire que la servitude à Babylone est finie ; c’est donc une annonce de la libération et du retour à Jérusalem.
« Que son crime est expié et qu’elle a reçu de la main du SEIGNEUR le double pour toutes ses fautes. » D’après la loi d’Israël, un voleur devait restituer le double des biens qu’il avait volés (par exemple deux bêtes pour une). Parler au passé de cette double punition, c’était donc une manière imagée de dire que la libération approchait puisque la peine était déjà purgée.
Ce que le prophète, ici, appelle les « fautes » de Jérusalem, son « crime », ce sont tous les manquements à l’Alliance, les cultes idolâtres, les manquements au sabbat et aux autres prescriptions de la Loi, et surtout les nombreux manquements à la justice et, plus grave encore que tout le reste, le mépris des pauvres. Le peuple juif a toujours considéré l’Exil comme la conséquence de toutes ces infidélités. Car, à l’époque on pensait encore que Dieu nous punit de nos fautes.

LE RETOUR DE L’EXIL COMME UN NOUVEL EXODE
« Une voix proclame » : nulle part, l’auteur de ce « Livret de la Consolation d’Israël » ne nous dit qui il est ; il se présente comme « la voix qui crie de la part de Dieu » ; nous l’appelons traditionnellement le « deuxième Isaïe ».
« Une voix proclame » : Dans le désert, préparez le chemin du SEIGNEUR ». Déjà une fois dans l’histoire d’Israël, Dieu a préparé dans le désert le chemin qui menait son peuple de l’esclavage à la liberté : traduisez de l’Egypte à la Terre promise ; eh bien, nous dit le prophète, puisque le Seigneur a su jadis arracher son peuple à l’oppression égyptienne, il saura aujourd’hui, de la même manière, l’arracher à l’oppression babylonienne.
« Tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine et les sommets en large vallée ! » C’était l’un des plaisirs du vainqueur que d’astreindre les vaincus à faire d’énormes travaux de terrassement pour préparer une voie triomphale pour le retour du roi victorieux. Il y a pire : une fois par an, à Babylone, on célébrait la grande fête du dieu Mardouk, et, à cette occasion, les esclaves juifs devaient faire ces travaux de terrassement : combler les ravins… abaisser les collines et même les montagnes, de simples chemins tortueux faire d’amples avenues… pour préparer la voie triomphale par laquelle devait passer le cortège, roi et statues de l’idole en tête !
Pour ces Juifs croyants, c’était l’humiliation suprême et le déchirement intérieur. Alors Isaïe, chargé de leur annoncer la fin prochaine de leur esclavage à Babylone et le retour au pays leur dit : cette fois, c’est dans le désert qui sépare Babylone de Jérusalem que vous tracerez un chemin… Et ce ne sera pas pour une idole païenne, ce sera pour vous et votre Dieu en tête !
« Alors se révélera la gloire du SEIGNEUR, et tout être de chair verra que la bouche du SEIGNEUR a parlé » : on pourrait traduire « Dieu sera enfin reconnu comme Dieu et tous verront que Dieu a tenu ses promesses. »
« Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Elève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. » Au passage, vous avez remarqué le parallélisme de ces deux phrases : parallélisme parfait qui a simplement pour but de porter l’accent sur cette Bonne Nouvelle adressée à Sion ou Jérusalem, c’est la même chose : il s’agit évidemment du peuple et non de la ville. Le contenu de cette Bonne Nouvelle suit immédiatement : « Voici votre Dieu ! Voici le SEIGNEUR Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. »
« Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son coeur, il mène les brebis qui allaitent. » Nous retrouvons ici chez Isaïe l’image chère à un autre prophète de la même époque, Ezéchiel.
Ce texte, dans son ensemble, résonnait donc comme une extraordinaire nouvelle aux oreilles des contemporains d’Isaïe, au sixième siècle av.J.C. Et voilà que cinq ou six cents ans plus tard, lorsque Jean-Baptiste a vu Jésus de Nazareth s’approcher du Jourdain et demander le Baptême, il a entendu résonner en lui ces paroles d’Isaïe et il a été rempli d’une évidence aveuglante : le voilà celui qui rassemble définitivement le troupeau du Père… Le voilà celui qui va transformer les chemins tortueux des hommes en chemins de lumière… Le voilà celui qui vient redonner au peuple de Dieu sa dignité… Le voilà celui en qui se révèle la gloire (c’est-à-dire la présence) du SEIGNEUR. Fini le temps des prophètes, désormais Dieu lui-même est parmi nous !

« MIS À PART DÈS LE SEIN DE MA MÈRE  » (JÉRÉMIE ET PAUL)

25 octobre, 2014

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« MIS À PART DÈS LE SEIN DE MA MÈRE  » (JÉRÉMIE ET PAUL)

Théologie

Choisis par Dieu pour une mission divine, Jérémie et Paul sont « mis à part dès le sein maternel » : pour quels enjeux ?
Parmi les personnages bibliques choisis par Dieu pour une mission divine, Jérémie et Paul sont  » mis à part dès le sein maternel ». Si l’expression n’est pas utilisée pour Samson, Jean-Baptiste ou Jésus, les parallèles sont pourtant nombreux. Quels sont les enjeux de cette mise à part ? Comment éclaire-t-elle la mission donnée à l’élu ? Et quelle liberté réserve-t-elle à l’appelé ?
L’expression « mis à part » (ou « consacré » selon les traductions), signifie « choisi parmi un groupe pour être institué dans une mission ». Elle sous-entend une délimitation, une définition et une séparation. Dans l’Ancien Testament, elle qualifie la distinction entre le pur et l’impur, entre le profane et le sacré. Elle désigne également la mission confiée au peuple élu (Cf. Lv 20,26).

• Le choix de Dieu
La mise à part s’inscrit dans le mouvement de l’appel de Dieu. Pour Jérémie, Paul, Samson ou Jean-Baptiste, choisis dès le sein de leur mère, l’initiative du choix revient à Dieu de manière absolue. La perception d’un Dieu qui façonne sa créature dans le sein maternel, qui en connaît d’emblée toute l’existence (Cf. Ps 139), est placée ici au cœur de la vocation. Cette tradition est complétée dans le Psaume 51 (50) où l’élu de Dieu se reconnaît pécheur dès le sein de sa mère, et donc déjà placé sous le regard de Dieu. On peut parler d’une « prédestination » de la part de Dieu qui raisonne comme un appel à orienter et engager toute sa vie sur la voie qu’il nous ouvre.
La mise à part est liée aussitôt à une mission. C’est là son fondement et son but. Jérémie est mis à part dès le sein maternel car Dieu « fait (de lui) un prophète pour les nations « . De même, Paul est mis à part pour voir se révéler le Fils et l’annoncer aux païens. Jean-Baptiste, lui, reçoit la mission d’être prophète du Très-Haut, de marcher devant, sous le regard du Seigneur, et de préparer ses chemins (Lc 1,16.76).

• La réponse de l’élu
Pour accomplir sa mission, l’élu est supposé avoir une vie intime avec le Seigneur, une connaissance particulière. L’assurance de la présence du Seigneur avec lui ou de l’Esprit en lui, le rendra fidèle à sa mission. Sa fidélité ne lui vient pas d’une qualité personnelle qu’il détiendrait mais de sa capacité à accueillir la grâce de Dieu. Ainsi Jérémie se considère trop jeune ou incapable d’assumer sa mission au point de maudire le jour de sa naissance. Mais le Seigneur lui confirme son choix à plusieurs reprises pour lui ôter ses doutes. L’élu devient comme l’instrument du Seigneur.
La consécration réduirait-elle la liberté de l’élu, puisque sa mise à part a lieu dès le sein de sa mère ? Le Seigneur appelle et suscite une réponse de l’élu. Celui-ci accepte d’accueillir sa grâce, son Esprit, devenir son mandataire et rester fidèle en dépit de l’adversité rencontrée. Les réticences de Jérémie à l’encontre de l’appel divin montrent qu’entre Dieu et son envoyé, s’instaure un dialogue. La liberté de l’élu se situe non pas du côté de l’appel, mais du côté de sa réponse et de son consentement à faire la volonté de Dieu. L’appelé ne connaît pas d’emblée la mission qui lui est confiée. Il la découvrira progressivement, se laissera modeler par elle, et aura à l’accepter librement (ou y renoncer) à chaque instant. Elle s’inscrit dans le dessein de Dieu, lequel échappe à l’élu. C’est dans ce oui à la volonté de Dieu que se dit la liberté de l’appelé.
Jésus accomplit pleinement cette adhésion libre à la volonté du Père. Sa mise à part et sa mission sont exprimées dès l’Annonciation : le fruit du sein de Marie est saint et béni, recevra le nom de Jésus, sera grand et appelé fils du Très-Haut, recevra le trône de David son père et régnera pour toujours (Lc 1,31-32). Sa conception mystérieuse par l’action de l’Esprit Saint manifeste la volonté de Dieu. Sa mission accueillie et assumée, Jésus la vivra dans la connaissance intime du Père. Il priera pour la partager avec ceux que le Père lui a donnés et qu’il lui demande de consacrer alors (Jn 17). Mis à part et consacré pour la mission, Jésus vient accomplir et donner sens à toute vocation.

Christophe RAIMBAULT.

COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – ISAÏE 25, 6-9

11 octobre, 2014

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COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 12 OCTOBRE

PREMIERE LECTURE – ISAÏE 25, 6-9

Ce jour-là,
6 le SEIGNEUR, Dieu de l’univers,
préparera pour tous les peuples, sur sa montagne,
un festin de viandes grasses et de vins capiteux,
un festin de viandes succulentes et de vins décantés.
7 Il enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples
et le linceul qui couvrait toutes les nations.
8 Il détruira la mort pour toujours.
Le SEIGNEUR essuiera les larmes sur tous les visages,
et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple ;
c’est lui qui l’a promis.
9 Et ce jour-là, on dira :
« Voici notre Dieu,
en lui nous espérions, et il nous a sauvés ;
c’est lui le SEIGNEUR, en lui nous espérions ;
exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! »

Un festin
Un festin : c’est l’image que le prophète Isaïe a choisie pour décrire l’aboutissement du projet de Dieu. Ce projet, nous le savons bien, c’est une humanité enfin unie, enfin pacifiée : s’asseoir à la même table, partager le même repas, faire la fête ensemble, c’est bien une image de paix. « Ce jour-là, le SEIGNEUR, Dieu de l’univers, préparera pour tous les peuples sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés ».
Bien sûr, cette évocation est d’ordre poétique, symbolique : Isaïe ne cherche pas à décrire de façon réaliste ce qui se passera concrètement. Il veut nous dire « finies les guerres, les souffrances, les injustices », et il écrit « tous les peuples seront à la fête ». Et si ce chapitre a été écrit, comme on le croit, pendant ou après l’Exil à Babylone, on comprend que le rêve de fête se traduise par des images d’opulence.
On ne sait pas exactement quand ce texte a pu être écrit, mais il est clair que c’est dans une période difficile ! Si le prophète juge utile de proclamer « En ce jour-là, on dira « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, il nous a sauvés », il faut se dire qu’il cherche à remonter le moral de ses compatriotes ! Et il faut traduire : « Allez mes frères, dites-vous que dans quelque temps, vous ne regretterez pas d’avoir fait confiance… et je vais vous dire la fin de l’histoire : nous marchons lentement mais sûrement vers le jour de la paix définitive ; vous allez pouvoir redresser la tête ».
Un festin pour tous les peuples
Je note que les promesses du salut ne sont pas réservées au seul peuple d’Israël : le festin préparé sur la montagne est pour tous les peuples : « Ce jour-là, le SEIGNEUR, Dieu de l’univers, préparera pour tous les peuples sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Il enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples. » Cette prise de conscience de l’universalisme du projet de Dieu a été tardive en Israël, mais ici c’est très clair.

C’est lui qui l’a promis
Et la seule vraie bonne raison d’y croire, c’est qu’il s’agit d’une promesse de Dieu : « c’est lui qui l’a promis », dit Isaïe. La voilà la phrase centrale du texte, pour le prophète, celle qui justifie son optimisme à toute épreuve. Le prophète est quelqu’un qui sait, qui a expérimenté l’oeuvre incessante de Dieu pour libérer son peuple. On ne peut pas être prophète (ou simplement témoin de la foi) si on n’a pas, d’une manière ou d’une autre, fait l’expérience personnelle ou collective de l’oeuvre de Dieu.
Or le peuple d’Israël prend bien soin de ressourcer perpétuellement sa foi dans la mémoire de l’oeuvre de Dieu. Et c’est parce qu’il ne l’oublie jamais qu’il peut traverser les heures d’épreuve. Comme Dieu a libéré son peuple des chaînes de l’Egypte, il continue au long des siècles à le libérer ; or les pires chaînes de l’homme, c’est l’incapacité à vivre en paix, à pratiquer la justice, à demeurer dans l’Alliance de Dieu. Si Dieu pousse son oeuvre jusqu’au bout (et Isaïe ne doute pas qu’il le fera), viendra le jour où tous les peuples vivront en paix et dans la fidélité à l’Alliance. Car « c’est lui (le SEIGNEUR) qui l’a promis »…

Il détruira la mort pour toujours
Reste une phrase difficile : « Il détruira la mort pour toujours » ; difficile… précisément parce qu’elle semble trop claire ! « Il détruira la mort pour toujours » : quand nous lisons cette phrase aujourd’hui, nous sommes tentés de la lire à la lumière de notre foi chrétienne du vingt-et-unième siècle et donc de prêter au prophète des pensées qui n’étaient pas les siennes. Dieu seul sait, évidemment, ce qu’Isaïe avait dans la tête, mais très certainement ce n’est pas encore ici une affirmation de la Résurrection au sens chrétien du terme ; le peuple d’Israël a peu à peu découvert, dès avant le Christ, la foi en la résurrection de la chair, mais très tardivement, bien après que le livre d’Isaïe ait été définitivement mis par écrit.
De quelle mort parle Isaïe ? Parle-t-il de mort physique ou de mort spirituelle ? De mort individuelle ou de mort collective, c’est-à-dire la disparition du peuple d’Israël ?
Pour l’homme de la Bible, la mort biologique individuelle fait partie de l’horizon ; elle est prévue, inéluctable, mais pas triste quand elle intervient normalement au soir d’une longue vie comblée. Pour l’individu, la seule mort que l’on craint c’est la disparition prématurée d’êtres jeunes ou la mort brutale, à la guerre par exemple. Isaïe évoque peut-être cela ici. Cela voudrait dire alors : il n’y aura plus jamais de mort brutale ou de mort prématurée. Le troisième Isaïe dit exactement cela.
Peut-être pense-t-il également à la mort spirituelle, car, parfois dans la Bible, on parle de mort et de vie dans un sens qui n’est pas biologique : pour le croyant de cette époque-là, vivre pleinement, c’est vivre sur la terre en Alliance avec Dieu (aujourd’hui on dirait en communion avec Dieu). Et ce qui est appelé mort, c’est la rupture d’Alliance avec Dieu. Et donc, ce qu’Isaïe entrevoit, c’est le Jour où on vivra en paix avec Dieu et avec soi-même ; les forces de mort seront détruites, la haine, l’injustice, la guerre.
Troisième hypothèse, peut-être Isaïe, ici, ne parle-t-il pas d’abord des individus, il parle du peuple dont la déchéance présente ressemble à une mort programmée. Grâce à sa foi dans les promesses de Dieu, Isaïe sait que ce peuple renaîtra.
Depuis la Résurrection du Christ, en tout cas, la mort biologique a changé de visage. Il ne nous est pas interdit de penser : « Isaïe ne croyait pas si bien dire ! »
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Compléments à Isaïe 25
- Ce texte fait partie de ce qu’on appelle « L’Apocalypse d’Isaïe » (chap. 24-27). Quatre chapitres qui sont comme une vision de la fin du monde. Par avance, le prophète nous « dévoile » (c’est le sens du mot Apocalypse) les événements de la fin de l’histoire. D’ailleurs le chapitre 25, dont est tiré le passage d’aujourd’hui commence par une action de grâce : « SEIGNEUR, tu es mon Dieu, je t’exalte et je célèbre ton Nom, car tu as réalisé des projets merveilleux, conçus depuis longtemps, constants et immuables (25, 1). Là, le prophète parle au passé, comme si nous étions déjà parvenus à la fin de l’histoire et, comme s’il se retournait en arrière, il dit « Tu as réalisé des projets merveilleux, conçus depuis longtemps, constants et immuables ».
- « Il enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples » (verset 7) : le voile qui est traduit ici « voile de deuil » pourrait se traduire également le « voile d’ignorance » (celui qui empêche de voir et de comprendre). cf Is 29, 10-12 ; 2 Co 3, 12-18.
- « Sur sa montagne » : l’expression désigne Jérusalem. Puisqu’il n’entrevoit pas encore d’horizon autre que terrestre, on ne s’étonne pas qu’Isaïe situe l’avenir à Jérusalem, puisque c’est le lieu de la Présence de Dieu au milieu de son peuple. 

COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 28 SEPTEMBRE – Ezéchiel 18, 25 – 28

26 septembre, 2014

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COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 28 SEPTEMBRE

PREMIERE LECTURE – Ezéchiel 18, 25 – 28

Parole du SEIGNEUR tout-puissant
Je ne désire pas la mort du méchant,
25 et pourtant vous dites :
« La conduite du SEIGNEUR est étrange. »
Ecoutez donc, fils d’Israël :
est-ce ma conduite qui est étrange ?
N’est-ce pas plutôt la vôtre ?
26 Si le juste se détourne de sa justice,
se pervertit, et meurt dans cet état,
c’est à cause de sa perversité qu’il mourra.
27 Mais si le méchant se détourne de sa méchanceté
pour pratiquer le droit et la justice,
il sauvera sa vie.
28 Parce qu’il a ouvert les yeux,
parce qu’il s’est détourné de ses fautes,
il ne mourra pas, il vivra.

Pour comprendre cette prédication d’Ezéchiel, il faut se rappeler le contexte : Ezéchiel fait partie des habitants de Jérusalem déportés à Babylone par les armées de Nabuchodonosor, en 597 av.J.C. C’est la catastrophe : on a vécu toutes les atrocités d’une guerre, et maintenant, à Babylone, loin du pays, la fameuse Terre Promise, qui devait ruisseler de lait et de miel, disait-on… loin de Jérusalem détruite, loin du Temple saccagé, la population décimée, on a tout perdu.
La tentation est grande de se révolter contre Dieu ; les exilés se plaignent et disent « La conduite du SEIGNEUR est étrange », ce qui signifie en clair : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu pour mériter une telle punition ? »
Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?
Car, à l’époque, on est convaincu qu’il y a un lien entre notre comportement bon ou mauvais et les événements de notre vie, heureux ou malheureux. Les bons sont toujours récompensés, les méchants sont toujours punis. Donc, s’il nous arrive un malheur, c’est parce que nous avons commis une faute.
Or cette génération dans la tourmente n’est pas pire que les précédentes. Et elle a quand même bien l’impression qu’elle paie tout le poids du passé, les fautes accumulées des générations précédentes, comme si le vase de la colère de Dieu avait tout d’un coup débordé. Et on se met à répandre le dicton : « Les pères ont mangé du raisin vert et les dents des fils en ont été agacées » (Ez 18, 2). Traduisez : notre génération paie pour toutes celles qui l’ont précédée.
Voilà dans quel contexte Ezéchiel prend la parole. Et il nous offre ici toute une méditation sur la justice de Dieu.
Qu’est-ce que la justice de Dieu ?
Cette question de la justice de Dieu a habité la réflexion du peuple d’Israël tout au long de son histoire. Et la réponse a varié au cours du temps. La prédication d’Ezéchiel que nous lisons aujourd’hui se situe donc à un moment précis de ce long cheminement. Et elle va constituer une étape importante dans ce déroulement.
Comme tous ses contemporains, Ezéchiel raisonne dans une logique de récompense / punition, ce que l’on appelle « la logique de rétribution ». Et sur ce point précis, il n’apporte rien de neuf. Toute faute reçoit un châtiment : telle est, croit-on, la justice de Dieu.
En revanche, il apporte du nouveau au sujet de ce fameux dicton sur les raisins verts. « Les pères ont mangé du raisin vert et les dents des fils en ont été agacées » (Ez 18, 2). C’est-à-dire que notre génération paie pour toutes celles qui l’ont précédée.
Personne n’est jamais puni pour la faute d’un autre
La nouveauté apportée par Ezéchiel consiste à dire : le dicton sur les raisins verts est faux. On ne paie pas les fautes de ceux qui nous ont précédés. Au contraire, chacun est rétribué pour sa propre conduite. Quelques lignes avant le texte d’aujourd’hui, Dieu a fait dire par son prophète : « Par ma vie, dit Dieu, vous ne répéterez plus ce dicton en Israël ». Et Ezéchiel développe tout un raisonnement pour bien préciser que la justice est individuelle et non pas collective.
« Si le méchant se détourne de sa méchanceté, s’il se met à pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu’il a ouvert les yeux, parce qu’il s’est détourné de ses fautes, il ne mourra pas, il vivra ». Donc personne n’est jamais puni pour la faute d’un autre.
Une étape mais seulement une étape
C’est évidemment une étape très importante dans la découverte de la justice de Dieu, mais ce n’est qu’une étape. Plus tard, en particulier avec le livre de Job (dans la partie centrale du livre), on reconnaîtra que la justice de Dieu n’est pas une affaire de rétribution : qu’il n’y a pas de mesure automatique entre nos actions, bonnes ou mauvaises, et ce qui nous arrive de bon ou de mauvais… que les bons ne sont pas forcément récompensés et les méchants punis. On découvrira qu’on ne paie jamais rien, ni pour d’autres, ni pour soi-même… parce que Dieu ne punit jamais.
Plus tard encore, on découvrira que Dieu n’est pas la cause directe de tout ce qui nous arrive. Pour l’instant, avec Ezéchiel, on cesse d’accuser Dieu de nous faire payer les fautes de nos parents. C’est déjà un grand pas.
Un avenir est toujours possible
Ce texte d’Ezéchiel nous apporte une autre bonne nouvelle : un avenir est toujours possible ; rien n’est jamais définitivement joué. Cette leçon-là est capitale !… Pour nous encore aujourd’hui, d’ailleurs. Car effectivement, tant qu’on croit que tout est joué d’avance, on est tenté de s’abandonner au désespoir ; or Ezéchiel, comme tout bon prophète, n’a pas de pire ennemi que le découragement. C’est pourquoi il faut prendre au sérieux cette phrase : « Si le méchant se détourne de sa méchanceté, s’il se met à pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu’il a ouvert les yeux, parce qu’il s’est détourné de ses fautes, il ne mourra pas, il vivra ». Il est toujours temps de changer de conduite ou de chemin, pour reprendre une image biblique. Se convertir, étymologiquement, en hébreu, cela veut dire « faire demi-tour ».
Il est toujours temps de se convertir
Au passage, Ezéchiel lance donc un vibrant appel à la conversion. Et, tout compte fait, c’est bien simple, puisque le prophète juge notre conversion à notre conduite à l’égard des autres : d’après lui, pour le méchant, se détourner de sa méchanceté, c’est se mettre à pratiquer le droit et la justice.
Et le sort des justes ?
« Si le juste se détourne de sa justice… il mourra à cause de sa perversité. » Mais cela ne doit pas nous inquiéter, aucun de nous n’est concerné, car aucun de nous n’oserait se prétendre juste !
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Compléments au texte d’Ezéchiel
- Entre nous, il faut bien reconnaître que, même aujourd’hui, au vingt-et-unième siècle, cette phrase « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu pour mériter une telle punition ? » nous vient spontanément à la bouche quand le malheur nous arrive. On se rappelle l’histoire de l’aveugle-né chez Saint Jean : en le voyant, les disciples de Jésus lui ont posé la question classique : « Qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? » (Jn 9), en d’autres termes « A qui la faute ? ».
- Vie et mort en langage biblique : le texte d’Ezéchiel peut se lire à un deuxième niveau, si on se souvient que, pour les prophètes, quand ils parlent de vie ou de mort, ils parlent de vie spirituelle et de mort spirituelle.
Dans ce chapitre 18, Ezéchiel parle beaucoup de vie et de mort. Mais il vise autre chose que la vie et la mort physiques. Les exilés, d’ailleurs, parlaient de leur exil comme d’une situation de mort ; ils disaient : « Nos révoltes et nos péchés sont sur nous, nous pourrissons à cause d’eux, comment pourrons-nous vivre ? » (Ez 33, 11). A leurs yeux, privés de tout ce qui faisait leur vie et en particulier la pratique de leur foi, l’exil était une situation de non-vie, une espèce de mort larvée… Ezéchiel ne leur promet pas tout de suite le retour, mais il leur dit : « La vraie vie, c’est l’intimité avec Dieu » et cela, c’est possible partout. « Convertissez-vous et vivez ! » Cela veut dire que, même dans le malheur, vivre au plein sens du terme, c’est-à-dire en union avec Dieu, est toujours possible.

PREMIERE LECTURE – JÉRÉMIE 20, 7 – 9 – MARIE NOËLLE THABUT, 31 AOÛT

29 août, 2014

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COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 31 AOÛT

PREMIERE LECTURE – JÉRÉMIE 20, 7 – 9

7 SEIGNEUR, tu as voulu me séduire, et je me suis laissé séduire ;
tu m’as fait subir ta puissance,
et tu l’as emporté.
A longueur de journée je suis en butte à la raillerie,
tout le monde se moque de moi.
8 Chaque fois que j’ai à dire la Parole,
je dois crier,
je dois proclamer :
« Violence et pillage ! »
A longueur de journée, la parole du SEIGNEUR
attire sur moi l’injure et la moquerie.
9 Je me disais : « Je ne penserai plus à lui,
je ne parlerai plus en son nom. »
Mais il y avait en moi comme un feu dévorant,
au plus profond de mon être.
Je m’épuisais à le maîtriser,
sans y réussir.

Jérémie nous décrit ici l’expérience spirituelle de persécution et de déchirement intérieur qu’il a vécue toute sa vie ; et il n’est pas le seul ; de nombreux autres prophètes et, plus tard, Jésus lui-même, ont affronté de telles situations 1.
Revenons à Jérémie, je vous rappelle le contexte de sa prédication : il a exercé son ministère pendant les quarante années qui ont précédé le désastre de Jérusalem en 587 av.J.C. et la déportation à Babylone. Quarante années de décadence spirituelle, et son ministère, précisément, consistait à prédire la catastrophe : pas pour le plaisir de jouer les oiseaux de mauvais augure, évidemment, mais au contraire dans l’espoir d’obtenir in extremis la conversion du roi et du peuple.
Il ne néglige rien pour alerter ses contemporains, s’il est encore temps ; mais eux-mêmes ne négligent rien non plus pour faire taire cet empêcheur de danser en rond. C’est dans ce contexte très polémique et donc très angoissant pour lui que sont nées ces confidences dont nous venons de lire un extrait, ce que nous appelons ses « confessions » ; malheureusement, le mot « jérémiades », qui vient de là, bien sûr, est devenu péjoratif, ce qui est tout à fait injuste ; car les confessions de Jérémie sont magnifiques, pleines de douleur, c’est vrai, mais plus encore pleines de foi et de passion pour la cause de son Dieu.
Dans le texte d’aujourd’hui, par exemple, il nous livre le débat intérieur qui se joue au plus profond de lui : écartelé entre l’appel de Dieu qui le pousse à parler, et la sagesse humaine qui le pousse à se taire : « Je me disais : Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. Mais il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m’épuisais à le maîtriser, sans y réussir. » Mais abandonner la partie serait abandonner ses concitoyens à leur triste sort et tromper la confiance de Dieu.
On voit bien pourquoi ce texte nous est proposé ce dimanche où nous entendrons l’évangile de la confession de Pierre à Césarée. Quand Jésus avait demandé à ses disciples « Pour vous, qui suis-je ? » Pierre avait su répondre que Jésus était bien le Messie attendu ; mais aussitôt, Jésus avait dévoilé à ses disciples le sort qui l’attendait : la Passion, la croix, la mort, la résurrection ; je vous rappelle ce passage de l’évangile de saint Matthieu : « Pierre avait dit à Jésus : Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. A partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. » Pierre, évidemment, s’était récrié : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. » Mais Jésus l’avait traité de Satan et avait prévenu ses disciples qu’ils ne seraient pas mieux traités que leur maître : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la gardera. »
Et il avait expliqué pourquoi : les pensées de Dieu ne sont pas celles des hommes, comme disait Isaïe ; un véritable prophète est donc inévitablement dérangeant pour les idées à la mode ; le feu dévorant de la parole de Dieu invitant à la conversion n’est pas fait pour plaire : « A longueur de journée je suis en butte à la raillerie, tout le monde se moque de moi » avoue Jérémie, et il ne cache pas qu’il lui arrive d’avoir peur. Il lui arrive d’entendre les gens parler dans son dos et comploter pour l’éliminer : « J’entends les propos menaçants de la foule » (Jr 20, 10).
Le prophète est d’autant plus dérangeant qu’on n’arrive pas à s’en débarrasser : car s’il est vraiment l’envoyé du Seigneur, celui-ci lui donne la force de continuer malgré toutes les persécutions ; si bien qu’il n’y a pas moyen de le faire taire. On comprend bien pourquoi la persécution est inévitable.
Par exemple, les versets qui précèdent notre lecture d’aujourd’hui nous décrivent un épisode particulièrement difficile de la vie du prophète : Jérémie avait tellement cassé les oreilles de tout le monde dans le Temple avec tous ses reproches que le prêtre Pashehour l’avait fait attacher au pilori la tête en bas, sur la place publique ; le lendemain, quand Pashehour en personne est venu le détacher, pensant que cette rude punition l’avait enfin calmé, Jérémie avait repris de plus belle et s’en était pris carrément à Pashehour lui-même.
Et pourtant, ces confessions de Jérémie, empreintes de douleur, sont en même temps un aveu de la passion dévorante qui le brûle et, finalement, illumine sa vie : « SEIGNEUR, tu as voulu me séduire, et je me suis laissé séduire ; tu m’as fait subir ta puissance, et tu l’as emporté. » Il se plaint, oui, mais il ne donnerait pas sa place à un autre. « Il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. »
Ce feu dévorant fait évidemment penser à la phrase du psaume 68 : « Le zèle de ta maison me dévorera », qui exprime bien la persécution endurée par tous les prophètes ; pour commencer, ce fut le cas du peuple d’Israël lui-même, investi d’une mission prophétique au service des nations. Tout au long de son histoire, il a cherché à rester fidèle à sa mission et cela lui valut par moments de terribles persécutions.
Puis ce fut le cas de tous les prophètes, les uns après les autres, parmi lesquels Jérémie ; et, bien sûr, les premiers chrétiens ont relu la vie de Jésus de la même manière. Comme Jérémie, Jésus a finalement été réduit au silence. Mais rien ne peut faire taire la Parole de Dieu : le Christ est ressuscité ; et désormais nous savons qu’un jour viendra où les hommes écouteront la Parole et y trouveront enfin leur lumière. Qui accepte de perdre sa vie la sauvera, la sienne et celle des autres.
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Note
On lit un texte tout à fait semblable de Jérémie dans la liturgie du douzième dimanche ordinaire de l’année A : Jr 20, 10-13.
Compléments
« Le zèle de ta maison me dévorera » : Saint Jean, lui, a appliqué cette phrase à Jésus ; comme Jérémie, il a prêché à Jérusalem, et comme lui, il a été amené à déplaire ; et comme lui encore, il a risqué sa vie pour continuer à annoncer à temps et à contre-temps la parole qui aurait pu sauver ses contemporains, si seulement ils avaient bien voulu l’écouter. L’épisode que Jean a choisi pour évoquer la parole de ce psaume, c’est ce que l’on appelle la « purification du temple », c’est-à-dire le jour où Jésus a chassé les vendeurs du Temple de Jérusalem. Ce jour-là, d’ailleurs, Jésus citait une phrase de Jérémie : « Cette Maison sur laquelle mon nom a été proclamé, (dit Dieu, traduisez le temple), la prenez-vous pour une caverne de bandits ? » (Jr 7, 11).

 

IS 40, 1-11 : LA CONSOLATION D’ISRAËL

24 juillet, 2014

http://www.cenaclesauges.ch/diary9/39Is40.htm

IS 40, 1-11 : LA CONSOLATION D’ISRAËL

1. CONSOLEZ, CONSOLEZ mon peuple, dit votre Dieu.
2. Parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui
que son temps de service est accompli, que sa faute est payée,
qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour tous ses péchés.

3. Une voix crie :
« Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur,
dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu.
4. Que toute vallée soit comblée, toutes montages et collines abaissées,
que les lieux accidentés se changent en plaine,
et les escarpements en large vallée ;
5. alors la gloire du Seigneur se révélera, et toute chair d’un coup la verra,
car la bouche du Seigneur a parlé. »

6. Une voix dit : « Crie », et je dis : « Que crierai-je ? »
- « Toute chair est comme l’herbe,
sa consistance est comme la fleur des champs.
7. L’herbe se dessèche, la fleur des champs se fane,
quand le souffle du Seigneur passe sur elles.
Oui, le peuple c’est de l’herbe.
8. L’herbe se dessèche, la fleur se fane,
mais la Parole de notre Dieu demeure éternellement. »

9. Monte sur une haute montagne, toi qui apportes la BONNE NOUVELLE à Sion ;
élève et force la voix, toi qui apportes la BONNE NOUVELLE à Jérusalem ;
élève la voix, ne crains pas, dis aux villes de Juda :
« Voici votre Dieu,
10. voici le Seigneur Dieu qui vient avec puissance,
et son bras assure sa souveraineté ;
voici qu’il porte avec lui sa récompense, et son salaire devant lui.
11. Tel un BERGER il fait paître son troupeau,
de son bras il rassemble les agneaux, il les porte sur son sein,
il conduit doucement les brebis qui allaitent. »

0. INTRODUCTION
· Le livre d’Isaïe est considéré parfois comme le 5ème Évangile. C’est d’ailleurs le livre le plus cité dans le NT (TOB 743). C’est le livre prophétique où les annonces des temps messianiques sont les plus fortes et les plus abondantes.
· On distingue usuellement trois parties dans le livre d’Isaïe :
- 1-39 : écrite avant l’exil à Babylone
- 40-55 : Livre de la consolation d’Israël, écrit pendant l’exil
- 56-66 : écrite après l’exil
1. CONTEXTE HISTORIQUE
- Ch. 40-55 : Le deuxième Isaïe appelé Le livre de la consolation d’Isaïe. La consolation y est en effet le thème principal.
· Le deuxième Isaïe : est 200 ans postérieurs au 1er Isaïe. Jérusalem a été prise et détruite ; le peuple hébreu a été déporté (586) et est captif à Babylone. Trente ans après le début de cet exil, Cyrus devient le roi des Perses. Ses options politiques, ses victoires successives laissent entrevoir qu’une libération pourrait être possible. Il sera en fait l’instrument de Dieu pour la délivrance du peuple.
· Le prophète a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus II, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’acte de libération en 538 (BJ, p. 1078). Le contexte de ce Livre de la consolation est donc les 12 dernières années d’exil, durant lesquelles l’espérance d’une libération commençait à apparaître. Le prophète annonce que le Seigneur va libérer son peuple.
· L’exil va durer 49 ans, sept semaines d’années (= année de jubilé, année de grâce). Entre les premiers signes d’espoir, en 550, et la libération effective, vers 538, 12 longues années vont s’écouler.
Il faut signaler que la libération a été opérée par Cyrus, un « Messie païen » !
· Contexte des déportations: d’une cruauté inimaginable ; cf. les déportations dans les camps de concentration, durant la dernière guerre mondiale. L’exil était moins rude, mais néanmoins douloureux (éloignement du temple ; cf. Ps 136-137)
2. MESSAGE DU LIVRE DE LA CONSOLATION (BJ 1079)
· La consolation y est évidemment le thème principal. Les images utilisés par le prophète pour décrire la libération et la consolation qui en découle sont extrêmement fortes. Elles vont bien au-delà de la libération opérée par Cyrus (du moins dans les textes qui suivent); elles laissent entrevoir la réalisation définitive du dessein de Dieu, son règne universel de justice et de paix.
- Annonce d’un Nouvel Exode, une nouvelle délivrance
- Annonce d’un complet renouveau, d’une nouvelle création. Thème du Dieu créateur lié à celui du Dieu sauveur.
- Textes eschatologiques : distinction entre deux temps : celui des choses passées et celui des choses à venir, d’un nouvel ordre : un seuil qualitatif.
3. STRUCTURE ET THÈMES PRINCIPAUX
Ces 11 premiers versets du 2ème livre d’Isaïe constituent une sorte de Prologue à plusieurs voix qui crient :
- v. 1-2 : voix d’un MESSAGER aux membres du peuple ; consolation, pardon
- v. 3-5 : voix d’un autre MESSAGER ; annonce d’un Nouvel exode
- v. 6-8 : voix encore d’autres MESSAGER, comme en dialogue : la fragilité la finitude humaine opposée à l’éternité de Dieu
- v. 9-11 : voix d’une MESSAGÈRE de Jérusalem : Puissance et douceur de Dieu, Berger d’Israël
1. « Consolez, consolez ! »
· Ce verbe a donné son titre au 2ème livre d’Isaïe, appelé Livre de la consolation. Le terme reviendra 16 fois dans cette partie d’Isaïe. C’est donc le thème principal du 2ème Isaïe.
· Le temps du verbe hébreu (inaccompli, iqutol) signifie un acte qui commence, dure ou se répète. Il s’agit donc d’une consolation qui commence et qui va durer.
· La consolation exprime ici bien plus que de « bonnes paroles et des manifestations de douceur destinées à faire oublier les misères de la vie. Le Seigneur vient réellement mettre fin à la servitude et à l’exil. Pour le Seigneur, consoler le peuple, c’est déjà proclamer la fin de sa captivité (cf. CE 20, p. 45-46)
· Cette consolation, dans le contexte du 2ème Isaïe signifie même plus que la délivrance du malheur et du mal : elle apporte aussi le reflet de la clarté, de la splendeur, de la gloire de Dieu (Cf. TOB, p. 739). Pour le Seigneur, consoler les membres du peuple, c’est leur communiquer réellement sa splendeur divine.
2. Parler au cœur :
A trois reprises dans la Bible en lien avec le verbe réconforter (Gn 50, 21 ;Rt 2,13). En hébreu, parler au cœur ne s’adresse pas seulement au sentiment, mais aussi à la raison et à la volonté (cf. le cœur dans la culture sémitique)
// Os 2, 16 : « C’est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur ». Cette parole était adressée au peuple d’Israël infidèle à Dieu, que le prophète Osée compare à une épouse infidèle.
Le désert (cf. v. 3) est le lieu du premier amour, le lieu de l’alliance entre Dieu et son peuple, le lieu considéré comme un idéal perdu. Et il y a toujours eu pour les justes d’Israël l’espoir d’un Nouvel Exode.
· Sa faute est payée… double punition pour tous ses péchés :
// Is 61, 7 « Au lieu de votre honte, vous aurez double part… aussi recevrez-vous un double héritage » : à la double punition correspond le double héritage.
Problème de Dieu qui punit : Est similaire au problème de Dieu qui provoque le malheur. Cf. Is 45, 7 « Je fais le bonheur et je crée le malheur ». Ce problème découle d’une philosophie et d’une théologie qui ne distinguent pas encore les causes premières et les causes secondes (la nature, l’être humain ; ex.) : si Dieu est créateur de tout l’univers, et est à l’origine de tout, si rien n’échappe à son pouvoir, on pensait alors qu’il était la cause directe de toute chose, du bonheur ainsi que de toutes les catastrophes et calamités qui nous arrivent.
Or, Dieu ne veut pas directement tous les malheurs qui se produisent : certes, ils n’échappent pas à son pouvoir ; Dieu les intègre dans sa providence, c’est-à-dire dans un projet ou un plan d’ensemble plus large. Il les accepte indirectement pour respecter la liberté de l’homme et les lois de la nature. Mais il ne les provoque pas directement.
Ce qu’il faut retenir de ce verset c’est qu’il veut exprimer le pardon de Dieu, et la fin de son épreuve.
3-5. Une voix crie : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur …»
· Des textes babyloniens parlent en termes analogue des voies triomphales préparées pour le dieu ou le roi victorieux.
· « C’est ici la route sur laquelle Yahvé conduira son peuple à travers le désert en nouvel Exode. » (BIBLE DE JÉRUSALEM, p. 1130, note h). Dieu y est aussi le berger de son peuple (v. 11). L’Exode est ici en arrière fond ; il sera explicité plus loin.
· Le terme Exode (exodos) désigne l’action de sortir, le chemin de sortie. Dans le langage biblique, il signifie la sortie du peuple captif en Égypte, et son chemin à travers le désert en vue de la terre promise, avec tous les signes et prodiges accomplis par Dieu.
· Pour Israël, l’Exode est un événement fondamental, fondateur, auquel sans cesse les textes bibliques se réfèrent. L’exode est le prototype et le gage de toutes les délivrances opérées par Dieu envers son peuple
· Or, le prophète dit que le plus merveilleux n’est pas dans le passé, mais il est dans l’avenir. Non seulement il y aura un Nouvel Exode, mais il sera tellement beau que l’on oubliera l’ancien ; les prodiges de la sortie d’Égypte seront éclipsés. (VOCABULAIRE DE THEOLOGIE BIBLIQUE 422 ; 423 ; CAHIER D’EVANGILE 20 p. 41-42)
· Le thème du Nouvel Exode est très important dans le 2ème Isaïe.
- Cahier d’Évangile 20 : « LE DEUXIÈME ISAÏE. Le prophète du nouvel Exode »,
- (Cf. Is 41, 17-20).
- Un texte fondamental : Is 43, 16-21, intitulé dans la Bible de Jérusalem : Les prodiges du Nouvel Exode
Le désert :
Dans la bible, le désert est présenté de deux manières différentes :
· Comme un lieu de malédiction : c’est un lieu aride, infertile, l’eau et la nourriture y sont rares, presque pas de végétation, la vie y est très difficile. C ‘est un lieu de combat et de tentation. C’est en quelque sorte un lieu de chaos et de malédiction (le lieu des démons ; cf. tentations du Christ).
Mais c’est aussi un lieu où on ne vit plus que de l’essentiel (cf. Bédouins : éviter tout geste inutile), où l’on est ramené à l’essentiel ; un lieu qui fait ressortir la futilité des choses auxquelles on accorde parfois tant de prix dans la vie de tous les jours.
Le lieu de la rencontre avec Dieu, lieu de naissance :
Et c’est peut-être pour cela que Dieu a voulu que son peuple naisse au désert. L’événement de l’exode va en fait transformer la symbolique précédente en la positivant : « Si le désert conserve toujours son caractère de lieu désolé, il évoque avant tout une époque de l’histoire sainte : la naissance du peuple de Dieu. » (VOCABULAIRE DE THÉOLOGIE BIBLIQUE, p. 261) C’est le lieu des fiançailles de Dieu avec son peuple, un lieu de solitude, loin des futilités du monde, un lieu de ressourcement, le lieu où Dieu peut parler au cœur de l’homme.
Pourtant, Israël n’est pas appelé à rester au désert, il est appelé à la terre promise. Le désert n’est qu’un lieu transitoire de préparation, de naissance.
· Certains textes du Livre de la consolation présentent les temps messianiques comme la transformation du désert en paradis. Le désert serait ainsi le lieu où doit venir le Messie (cf. VOCABULAIRE DE THÉOLOGIE BIBLIQUE, p. 264 ; Ap 12)
· NT : Dans le NT, cette voix qui crie dans le désert est comprise comme celle de Jean Baptiste (Mt 3, 3). L’Évangile veut ainsi affirmer que c’est Jésus qui entraîne son peuple dans ce Nouvel Exode, Jésus qui est le nouveau Moïse à la tête de ce peuple ; et même plus, Jésus est Dieu lui-même qui guide ce peuple comme un berger son troupeau.
· De fait, dans l’Évangile de Mt, Jésus revit le chemin accompli par Israël, il récapitule l’histoire d’Israël. Temps en Égypte (Mt 1, 14 ; Os 11, 1 : « D’Égypte j’ai appelé mon fils ». Jésus reste au désert pendant 40 jours, comme jadis Israël pendant 40 ans. Il y connaît les 3 tentations auxquelles Israël a succombé, mais que Jésus surmonte victorieusement. Puis il retourne en Galilée, ce pays ruisselant de lait et de miel, qui était la terre promise par Dieu au peuple hébreu.
« Jésus se présente comme celui qui accomplit en sa personne les dons merveilleux de jadis » (VOCABULAIRE DE THÉOLOGIE BIBLIQUE, p. 265), lors de l’Exode : il est la source d’eau vive (Cf. Moïse), le vrai pain du ciel (Cf. manne), la lumière qui conduit l’humanité (cf. nuée lumineuse) ; il est la loi nouvelle, inscrite dans le cœur de l’homme (cf. Mont Sinaï)
· Ap 12 : la femme qui crie dans les douleurs de l’enfantement, et qui s’enfuit au désert pour être protégée ; si cette femme symbolise l’Église, celle-ci est appelée à vivre cachée au désert jusqu’au retour du Christ, qui mettra fin à la puissance de Satan. Et l’Église, c’est chacun de nous…
· On pourrait dire que le désert est comme un passage obligé, pour la naissance à la vie d’enfant de Dieu. Le désert est le lieu de notre Exode.
4. Que toute vallée soit comblée….
· Dans le sens des textes babyloniens, il s’agit réellement d’une préparation du terrain pour le roi victorieux, nécessaire vu l’état des chemins dans le désert. Encore plus nécessaire si c’est pour Dieu lui-même.
· Le NT, en Mt 3, 3, interprétera ces paroles en un sens spirituel , et ce sens nous concerne tous : le chemin d’accès à notre terre est caillouteux, cahoteux, encombré, sinueux, embrouillé…
5. Alors la gloire du Seigneur se révélera…
· Le mot hébreu traduit par gloire signifie originellement le poids. « Ici, Dieu va faire sentir le poids de son intervention en délivrant Israël » (TOB, p. 830 note v)
La gloire, la puissance du Seigneur se révélera comme au temps de l’Exode, par des signes et des prodiges éclatants. « D’un coup » exprime le caractère subit de cette venue.
Les v. 6-8 :
· Ces versets font le contraste entre la fragilité, la finitude humaine, et l’éternité, l’immuabilité de Dieu ; ils affirment la certitude dans la réalisation de la parole de Dieu. Cette partie s’insère d’ailleurs entre deux parties qui soulignent la gloire, la puissance de Dieu.
Is 55, 10-11 : « De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer… ainsi la parole qui sort de ma bouche… ne revient pas vers moi sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission »
· Au fil des années d’exil, le doute s’est insinué dans la réalisation des promesses de Dieu. Au plan psychologique, nous fonctionnons en grande partie par mode de projections. Dieu affirme qu’il est au-delà de tout ce que nous pouvons penser ou imaginer, au-delà de tout ce que nous avons pu expérimenter dans notre vie.
9-11. Annonce la venue de Dieu parmi nous, au milieu de nous :
9. toi qui apportes la bonne nouvelle à Sion : Littéralement : « Messagère de la bonne nouvelle pour Sion » ; traduit dans la bible grecque des Septante : euangélistès, c’est-à-dire évangéliste. L’évangéliste est le messager de la bonne nouvelle. Cf. Is 61, 1 – Lc 4, 17ss
· Les versets 9-11 allient à la fois des termes qui expriment la puissance et l’autorité, et des termes qui expriment la douceur.
En fait, l’image du berger elle-même contient ces deux dimensions : « Le pasteur est à la fois un chef et un compagnon. C’est un homme fort, capable de défendre son troupeau contre les bêtes sauvages. » (VOCABULAIRE DE THÉOLOGIE BIBLIQUE, p. 917) Cf. David : 1 S 17, 34-35 : « Quand ton serviteur faisait paître les brebis de ton père, et que venait un lion ou un ours qui enlevait une brebis du troupeau, je le poursuivais, je le frappais et j’arrachais celle-ci de sa gueule. Et s’il se dressait contre moi, je le saisissais par les poils du menton, et je le frappais à mort. ». Jésus…
Mais c’est aussi un homme doux, délicat, qui prend soin de ses brebis, qui s’adapte à leur situation, à leurs fragilités, à leurs infirmités et maladies : Ez 34, 11-16 : « Voici que j’aurai soin moi-même de mon troupeau et je m’en occuperai… C’est moi qui ferai paître mes brebis et c’est moi qui les ferai reposer, oracle du Seigneur Dieu. Je chercherai celle qui est perdue, je ramènerai celle qui est égarée, je panserai celle qui est blessée, je fortifierai celle qui est malade. »
Le thème du berger est extrêmement fréquent dans la Bible : et c’est normal parce que le peuple hébreu à son origine était un peuple de bergers.
- Abraham, Isaac et Jacob étaient berger et avaient d’immenses troupeaux.
- Moïse était berger, et c’est lorsqu’il gardait les troupeaux de Jéthro que Dieu lui est apparu et lui a confié la mission de faire sortir son peuple d’Egypte.
- David était berger, et Dieu l’a tiré de derrière les parcs à moutons pour être le roi d’Israël.
- Le Seigneur lui-même est le berger de son peuple, qui le conduit avec douceur et justice. Les relations entre Dieu et son peuple sont comme une parabole du bon berger (cf. Ez 34, 11-16)
- Jésus se présentera comme le bon berger qui aime ses brebis (Jn 10). Si les mauvais bergers s’enfuient lorsqu’ils voient venir le loup, Jésus par contre dit qu’il va jusqu’à donner sa vie pour ses brebis. Il est le bon berger qui part à la recherche de sa brebis perdue, qui la porte sur ses épaules et la ramène dans son bercail
(Lc 15, 4-5).
4. SYNTHÈSE, INTERPRÉTATION
· Cet oracle est une parole de consolation, d’espérance pour un peuple depuis 40 ans dans la détresse de l’exil et de la servitude, un peuple qui a de la peine à croire à sa délivrance. C’est une parole qui s’adresse à nous, dans toutes nos détresses, tous nos exils, toutes nos servitudes, nos situations où il ne semble plus y avoir d’issue possible, où Dieu semble nous abandonner, ne pas intervenir.
· C’est une parole dit ce qu’elle va faire, mais aussi qui fait ce qu’elle dit. Une parole qui va s’accomplir avec certitude : « L’herbe sèche, la fleur se fane, mais la parole du Seigneur demeure éternellement ».
· C’est une parole qui annonce la venue du Seigneur et un Nouvel Exode (plus grand que le premier), qui annonce la manifestation de la gloire et de la puissance de Dieu.
· C’est au désert que Dieu viendra pour ce Nouvel exode, et c’est donc au désert qu’il faut l’accueillir.
· Le chemin doit être préparé pour sa venue (dans notre cœur). Une absence ou un manque de préparation n’empêchera pas le Seigneur de venir, mais nous risquons de passer à côté de sa venue (cf. Jésus).
· C’est le Seigneur lui-même qui dirigera ce nouvel exode, comme un berger son troupeau. Il le conduira à la fois avec autorité, force et douceur.
· Ce Berger est pour les chrétiens Jésus Christ, l’Emmanuel, Dieu avec nous, celui qui vient chercher sa brebis perdue, qui la défend contre les bêtes sauvages, et qui la prend sur ses épaules pour la ramener dans son bercail.
· Si le premier Exode faisait sortir d’Égypte pour conduire en terre promise, le Nouvel Exode vise à nous libérer de nos servitudes intérieures, de notre Exode, pour nous donner la liberté des enfants de Dieu, pour nous faire entrer dans le Royaume de Dieu. Exil, Exode en ce monde.
· Pour nous Chrétiens, la gloire de Dieu est apparue sur cette terre la nuit de Noël, lors de la venue du Christ parmi nous. Sa résurrection a été une épiphanie, une manifestation de la gloire divine. Mais nous attendons encore son extension dans notre vie, dans notre histoire. Nous préparons le chemin pour cette extension. Et nous attendons sa pleine manifestation à la fin des temps.
= hâter le jour de sa venue : préparer le chemin du Seigneur.
IS 40, 1-11 : PISTES D’APPROPRIATION
– Quelles sont les situations de ma vie où j’ai le sentiment d’avoir « payé au double », d’avoir trop souffert. Les situations où il me semble qu’il n’y a plus d’issue possible ?
- Quelles sont mes attentes, mes espoirs, mes déceptions peut-être, par rapport à ces situations ?
- Comment résonnent en moi ces paroles de consolation et d’espérance, cette Bonne Nouvelle d’un nouvel Exode (Exodus = sortie) ? Dans quel sens est-ce que je les reçois ?
- En quoi ai-je besoin de préparer le terrain pour la venue (ou le retour) du Seigneur Jésus ? Quels sont les obstacles, peut-être même les impossibilités ?
- Que signifie pour moi accueillir le Seigneur au désert ? Est-ce que les paroles de cette prophétie peuvent m’aider à traverser le désert que je vis peut-être actuellement ? Ai-je des plages de désert à ménager dans ma vie ?
- Méditer sur le thème du Bon Berger, Jésus, l’Emmanuel, qui vient au milieu nous pour chercher sa brebis perdue, blessée ou malade, et me porter sur ses épaules.

Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges

 

ELIE, LE PROPHÈTE SOLITAIRE

12 juin, 2014

 

http://www.promesses.org/arts/118p2-7f.html

ELIE, LE PROPHÈTE SOLITAIRE

(1Rois, première lecture de ces jours)

Daniel Arnold

Le prophète Elie a exercé son ministère prophétique sous le règne de deux rois d’Israël, Achab et Ahazia, entre 873 et 852 av. J.-C.. Cette période était marquée par une grande infidélité envers l’Eternel. Achab, à la suite de son mariage avec la fille du roi des Sidoniens, avait établi officiellement le culte de Baal dans le royaume du nord et l’auteur de 1-2 Rois nous dit que ce roi fit plus encore que tous les rois d’Israël qui avaient été avant lui, pour irriter l’Eternel, le Dieu d’Israël (I Rois 16:33). Quant à Jézabel, sa femme, elle s’efforçait d’éliminer tous les prophètes de l’Eternel. Dans un tel contexte, le ministère d’un prophète devenait extrêmement difficile. Pourchassé par le pouvoir politique rebelle au message divin, Elie a dû sans cesse fuir et vivre en exil. Ainsi, son ministère est marqué par une grande solitude. Cependant, il serait faux de croire que l’isolement d’Elie tient seulement aux circonstances. Son ministère particulier, sa place dans le plan rédempteur divin, même certains aspects littéraires des textes, tout souligne le destin solitaire d’Elie.

Seul du début à la fin Dès les premières paroles de jugement prononcées contre Achab, Dieu conseille à Elie de s’éloigner du monarque et d’aller se réfugier à l’est du pays, de l’autre côté du Jourdain (région administrative plus éloignée de la capitale), pour vivre dans le torrent de Kerith où ses seuls compagnons sont des corbeaux qui viennent lui apporter sa subsistance quotidienne matin et soir (1 Rois 17.1-6). Quand l’eau du torrent tarit, Dieu le dirige à l’étranger, au nord d’Israël. Pour la première et la seule fois de son ministère, Elie peut séjourner avec des êtres humains, mais sa famille d’accueil est limitée à deux personnes: une veuve et son fils. La femme semble elle-même isolée de la société puisque, sans ressources, elle ne peut compter sur l’aide de personne. Par la suite, l’intervention divine, rendant farine et huile inépuisables, permet aux trois personnes de vivre en autarcie (1 Rois 17.13-16). Après trois ans de sécheresse et de fuite, Abdias, le serviteur d’Achab, reconnaît le caractère insaisissable d’Elie: Lorsque je t’aurai quitté, l’ esprit de l’Eternel te transportera je ne sais où (1 Rois 18:12). Sur le mont Carmel, quand Elie se présente enfin en public, ce n’est que pour souligner son isolement: Elie dit au peuple: Je suis resté seul des prophètes de l’Eternel, et il y a quatre cent cinquante prophètes de Baal (1 Rois 18:22). Tout de suite après la confrontation victorieuse contre les faux prophètes, Elie se retire au sommet du Carmel pour prier l’Eternel d’envoyer la pluie. Un seul homme est autorisé à l’accompagner, son serviteur, non pour être associé à l’intercession, mais pour servir d’observateur. A sept reprises, Elie le renvoie loin de lui et lui demande de regagner son poste. Comme pour mieux souligner le thème de la solitude, le dialogue se limite aux expressions les plus réduites: le serviteur adresse seulement deux mots à Elie pour lui dire que rien n’a changé dans le ciel (littéralement il dit: non rien) et Elie lui répond par un seul mot: retourne (1 Rois 18.41-44). Quand il faut accompagner Achab à Jizreél (sans doute pour encourager ou contrôle des réformes du roi), Elie refuse de monter sur le char d’Achab et préfère courir devant le roi du Carmel à Jizreél (20 à 40 kilomètres) sous une pluie torrentielle. Puisque le roi n’a pas encore manifesté de repentir, le prophète évite tout signe de rapprochement avec lui (1 Rois 18.44-46). Le séjour dans la cité d’Achab est des plus courts (moins de vingt-quatre heures). Devant les menaces de la reine Jézabel, Elie doit fuir, une fois de plus, pour sauver sa vie ( 1 Rois 19.1-3). Découragé par la passivité d’Achab à mener des réformes et l’inefficacité de l’ouvre du Carmel, Elie se retire à l’extrémité sud du pays, dans le désert. Son unique compagnon de voyage est renvoyé et Elie, déprimé et plus seul que jamais, demande la mort. L’ange de l’Eternel fait deux courtes apparitions pour nourrir le prophète et lui indiquer la suite des opérations (1 Rois 19.5-8). La nourriture divine rappelle la farine et l’huile de la veuve, non dans son caractère inépuisable, mais par les forces illimitées données au prophète le rendant à nouveau autonome et indépendant de toute aide humaine. Seul sur le mont Horeb ( appelé aussi mont Sinaï), Elie rencontre Dieu un peu comme Moïse l’avait fait quelque six cents ans plus tôt. Le grand législateur s’était aussi trouvé tout seul pour un face à face avec l’Eternel (le peuple était resté en bas de la montagne et n’osait même pas s’en approcher sous peine de mort: Ex 19.12). Elie exprime, à deux reprises, son désespoir et sa solitude: Les enfants d’Israël ont tué par l’épée tes prophètes; je suis resté, moi seul, et ils cherchent à m’ôter la vie (I Rois 19:10, 14). Bien que Dieu encourage le prophète en lui annonçant la mission de trois hommes qui poursuivront son ministère de jugement, il faut noter que deux d’entre eux seront des rois et non des compagnons (l’un étant non seulement étranger, mais encore monarque d’un pays en guerre contre Israël). Quant à Elisée, il est présenté comme successeur d’Elie plutôt que compagnon (1 Rois 19.16). De plus dès l’onction reçue, Elisée demande l’autorisation de se retirer pour rejoindre une dernière fois sa famille, laissant Elie seul une fois de plus (1 Rois 19.20). Elie est absent des deux chapitres qui concernent des conflits militaires avec les Syriens (1 Rois 20; 22) comme pour mieux souligner que le prophète de la solitude ne pouvait s’engager avec le peuple et l’armée. En lieu et place, interviennent des prophètes anonymes (1 Rois 20) et Michée, fils de Yimla (1 Rois 22.8; à ne pas confondre avec Michée de Morécheth contemporain d’Ezéchias et auteur du livre canonique). Lorsue Josaphat, roi de Juda, désire consulter l’Eternel avant de partir en campagne militaire, Achab semble avoir oublié jusqu’à l’existence d’Elie, puisqu’il répond que le seul prophète disponible est Michée (1 Rois 22.8). Avant son ascension au ciel, Elie fait encore deux courtes apparitions pour annoncer une parole de jugement à Achab (1 Rois 21.17-29), puis, après la mort de ce dernier, à Joram, son fils et successeur (2 Rois 1.3-4). Dans les deux cas, le contact avec le roi et les hommes est limité au minimum. Achab est rencontré à l’improviste, en privé, dans le champ de Naboth. Quant à Joram, il ne voit même pas le prophète, mais reçoit une simple parole de condamnation par l’intermédiaire de ses serviteurs. Elie les rencontre à l’extérieur de la ville (ils sont en chemin pour consulter le dieu d’Ekron) sans même se donner la peine de s’identifier et ce n’est que grâce à ses habits (et peut-être aussi à la nature du message) que le roi peut reconnaître l’auteur de la déclaration (2 Rois 1.7-8). Quand Joram veut arrêter Elie, celui-ci peut, pour une fois, être trouvé (à trois reprises même: 2 Rois 1.9-15). Cependant, le prophète reste plus inabordable que jamais. Les deux premiers groupes de soldats ne peuvent s’approcher qu’à portée de voix, puis devant leurs intentions meurtrières (c’est la seule manière de comprendre les paroles de malédiction prononcées par le prophète acculé vraisemblablement à la légitime défense ), ils sont tués. Le troisième groupe échappe au jugement, car son chef aborde le prophète avec crainte et respect. Encouragé par l’Eternel, Elie accepte, alors, d’accompagner ce responsable, mais le voyage en commun est conté en quelques mots comme pour mieux souligner la brièveté du contact (Elie se leva et descendit avec lui vers le roi). Arrivé sur place, Elie se contente de répéter simplement son message de condamnation. Dans le dernier récit, quand Elie va être enlevé au ciel, le prophète exprime immédiatement son désir d’être laissé seul (2 Rois 2.1-6). A trois reprises, il renvoie Elisée loin de lui, mais à trois reprises ce dernier reste attaché à son maître. Les fils des prophètes de Béthel et de Jéricho, bien que connaissant le départ imminent d’Elie, ne lui adressent aucune parole. Par contre, ils dialoguent avec Elisée au sujet d’Elie. Après l’ascension de ce dernier, ces mêmes hommes cherchent en vain son corps. Ainsi Elie, mal connu dans ses origines (l’auteur n’a jamais indiqué le nom de son père), insaisissable pendant son ministère, disparaît sans laisser la moindre trace. Finalement, à la vie solitaire d’Elie, s’ajoute la vie insolite du prophète. Elie n’est pas seulement un homme isolé de ses contemporains, mais aussi un être hors du commun. La résurrection du fils de la veuve (1 Rois 17.21-22) n’est répétée qu’une fois sous l’ancienne alliance (résurrection du fils de la Sunamite par Elisée: 2 Rois 4.34-35). Le châtiment divin frappant par le feu céleste les ennemis du prophète (2 Rois 1.10,12) est exceptionnel, voire unique; seuls la terre qui avale les ennemis de Moïse (Nomb 16.28-32) ou les ours qui déchirent les adolescents méprisant Elisée (2 Rois 2.24) s’en rapprochent. La démonstration publique du mont Carmel soulignant la puissance de l’Eternel et l’incompétence totale de l’idole Baal est incomparable. Finalement, l’expérience de l’ascension n’est partagée que par un autre homme dont on ne sait pratiquement rien (Hénoc: Gen 5.24). Elie est vraiment un homme à part qui a vécu en marge de la société.

Une influence considérable Paradoxalement à l’isolement d:Elie, le prophète a marqué profondément l’histoire des hommes. Peu d’individus ont eu un tel impact. L’auteur des Rois consacre une section importante à son ministère (un huitième de 1-2 Rois) et trois livres du Nouveau Testament le mentionnent en rapport avec l’aide accordée à une étrangère (Luc 4.25-26), la persévérance dans la prière (Jac 5.17) et la solitude du prophète (Rom 11.2- 4). Bien qu’étant unique en son genre, Elie laisse un exemple valable pour tous les hommes, car il était un homme de la même nature que nous (Jac 5.17). Sa ténacité dans l’intercession doit servir d’exemple à tous les fidèles. Même son départ unique de ce monde n’est sans doute qu’un avant goût de l’enlèvement de l’Eglise (1 Thes 4.13-17). Mais c’est surtout l’annonce de son retour (prophétisé par Mal 3.23 ou 4.5) qui a marqué le plus les hommes, alimentant les conversations des foules et nourrissant l’espoir des âmes pieuses. Ainsi, à l’époque néo-testamentaire, malgré les siècles écoulés, l’attente restait vive. Jésus a été pris (à tort Jean 1.21) pour Elie (Marc 6.15; 8.28) et lors de la crucifixion, le retour d’Elie est même évoqué par des moqueurs (Marc 15.35-36). Même après la rédaction du Nouveau Testament, le retour d’Elie stimule encore des débats théologiques. Jean-Baptiste a-t-il accompli la prophétie de Malachie ? Partiellement (c.-à.-d. de manière non littérale ), cela est indéniable (Luc 1.17; Mat 11.14; 17.10-12). Faut-il s’en contenter ou attendre un retour en chair et en os avant l’avènement du Messie (cf. Apoc 11.3-6)? Les avis sont partagés. Comme il sied au prophète insaisissable, le mystère risque fort de planer jusqu’aux temps de la fin. Si Elie a laissé une marque que les siècles n’ont pu effacer, ses contemporains ont aussi pu voir directement les fruits de son ministère, non durant sa vie, mais juste après son départ. L’enlèvement d’Elie suit de peu un changement de règne en Israël. Joram succède à son frère Ahazia dont la mort avait été prophétisée par Elie (2 Rois 1.17). Le nouveau monarque se distance rapidement de la politique de son frère et de son père. Il purifie le pays du culte de Baal (2 Rois 3.1) et, sans retourner totalement vers l’Eternel, il réforme néanmoins sensiblement le pays, accueillant notamment les prophètes de l’Eternel. Ainsi, durant son règne et celui de ses successeurs immédiats, les prophètes (et Elisée en particulier) se promènent librement dans le pays. Ils ne doivent plus vivre dans la crainte perpétuelle d’une arrestation (voire d’une exécution) arbitraire. Cette attitude favorable des rois à l’égard des prophètes peut certainement être attribuée au ministère d’exhortation et de jugement exercé par Elie. Bien que tardivement, ce dernier a fini par être écouté. Finalement, la présence d’Elie aux côtés de Moïse sur le mont de la Transfiguration est sans doute la marque la plus claire de son rôle fondamental (Mat 17.3-4). Les deux parties du canon hébreu sont représentées: la loi et les prophètes. Moïse est, bien sûr, le grand législateur qui a posé le fondement de tout le judaïsme, alors qu’Elie représente tous les prophètes. Ce choix d’Elie comme représentant des prophètes peut surprendre au premier abord, car il n’est ni le premier prophète, ni le dernier, ni celui qui a fait le plus de miracles ou formulé les prophéties les plus remarquables. A-t-il été choisi parce qu’il a été enlevé au ciel? Ne serait-ce pas plutôt dans son caractère de prophète solitaire (si intimement lié à sa personne) que se trouve la raison du choix? Un prophète doit représenter Dieu auprès des hommes. Sa fonction première consiste à reprendre et exhorter des pécheurs. Ce ministère, par sa nature même, est souvent impopulaire et la liste des prophètes rejetés par leurs contemporains est longue et inclut des hommes aussi renommés que Jérémie et Ezéchiel. Elie, par son ministère fidèle vécu dans la solitude et dans le rejet de ses contemporains, est le type même du prophète de l’Eternel. Son choix à côté de Moïse pour honorer le Messie marquerait, alors, la récompense divine pour un ministère des plus ingrats. Celui qui cherchera à sauver sa vie la perdra, et celui qui la perdra la retrouvera (Luc 17:33). La vie d’Elie et les paroles du Christ nous exhortent à chercher d’abord l’honneur de Dieu plutôt que celui des hommes. Pour plaire à son Seigneur, le fidèle doit être prêt à tout. Le rejet de la société, la solitude, l’isolement total sont difficiles à vivre. Comme des voyageurs et des étrangers sur terre, parfois victorieux, parfois incompris des plus proches, moqués, fouettés, enchaînés, torturés, isolés, oubliés, rejetés, excommuniés, errants dans leur pays ou dans les déserts (cf. Héb 11.35-38), le fidèle ne cherche pas son bonheur dans cette vie, mais attend la résurrection des morts et le royaume de Dieu pour vivre dans la félicité et le bonheur éternel.

DIMANCHE 6 AVRIL : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – Ezékiel 37, 12-14; Romains 8, 8-11

4 avril, 2014

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 6 AVRIL : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE ET DEUXIEME LECTURE – Ezékiel 37, 12-14; Romains 8, 8-11

PREMIERE LECTURE – Ezékiel 37, 12-14
12 Ainsi parle le SEIGNEUR Dieu.
Je vais ouvrir vos tombeaux
et je vous en ferai sortir
ô mon peuple,
et je vous ramènerai sur la terre d’Israël.
13 Vous saurez que je suis le SEIGNEUR,
quand j’ouvrirai vos tombeaux
et vous en ferai sortir,
ô mon peuple !
14 Je mettrai en vous mon esprit,
et vous vivrez ;
je vous installerai sur votre terre,
et vous saurez que je suis le SEIGNEUR :
je l’ai dit,
et je le ferai.
– Parole du SEIGNEUR.

Ce texte est très court mais on voit bien qu’il forme une entité : il est encadré par deux expressions similaires ; au début « Ainsi parle le SEIGNEUR Dieu », à la fin « Parole du SEIGNEUR ». Un cadre qui a évidemment pour but de solenniser ce qui est encadré. Chaque fois qu’un prophète juge utile de repréciser qu’il parle de la part du Seigneur, c’est parce que son message est particulièrement important et difficile à entendre.
Le message d’aujourd’hui, c’est donc ce qui est encadré : c’est une promesse répétée deux fois et adressée au peuple de Dieu, puisque Dieu dit « ô mon peuple » ; les deux fois, la promesse porte sur deux points : premièrement « je vais ouvrir vos tombeaux », deuxièmement « je vous ramènerai sur la terre d’Israël », ou « Je vous installerai sur votre terre », ce qui revient au même. Ces expressions nous permettent de situer le contexte historique : le peuple est en exil à Babylone, réduit à la merci des Babyloniens, il est anéanti (au vrai sens du terme, réduit à néant), comme mort, c’est pourquoi Dieu parle de tombeaux.
Et donc l’expression « je vais ouvrir vos tombeaux » signifie que Dieu va relever son peuple. Si vous avez la curiosité de vous reporter à votre Bible, au chapitre 37 d’Ezékiel, vous verrez que notre petit texte d’aujourd’hui fait suite à une vision du prophète qu’on appelle « la vision des ossements desséchés » et il en donne l’explication. Je vous rappelle cette vision : le prophète voit une immense armée morte, gisant dans la poussière ; et Dieu lui dit : tes frères sont tellement désespérés dans leur Exil qu’ils se disent morts, finis… eh bien, moi, Dieu, je les relèverai.
Et toute cette vision et son explication que nous avons lue aujourd’hui, évoquent cette captivité du peuple exilé et son relèvement par Dieu. Car, pour le prophète Ezékiel, c’est une certitude : le peuple ne peut pas être éliminé parce que Dieu lui a promis une Alliance éternelle que rien ne pourra détruire ; donc, quelles que soient les défaites, les brisures, les épreuves, on sait que le peuple survivra et qu’il retrouvera sa terre, parce qu’elle fait partie de la promesse. « Je vais ouvrir vos tombeaux, ô mon peuple, je vous ramènerai sur la terre d’Israël » : au fond ces phrases n’ont rien d’étonnant : depuis toujours, le peuple d’Israël sait que son Dieu est fidèle ; et l’expression « Vous saurez que je suis le SEIGNEUR » dit justement que c’est à sa fidélité à ses promesses que l’on reconnaît le vrai Dieu.
Mais pourquoi répéter deux fois à peu près les mêmes choses ? A dire vrai, la deuxième promesse ne se contente pas de répéter la première, elle l’amplifie : elle redit bien « J’ouvrirai vos tombeaux et je vous en ferai sortir, ô mon peuple ! Je vous installerai sur votre terre, et vous saurez que je suis le SEIGNEUR » et tout cela au fond c’est le retour à l’état antérieur avant le désastre de l’exil à Babylone ; mais dans cette deuxième promesse, il y a autre chose, il y a beaucoup plus, il y a du neuf, du jamais vu : « Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez » ; c’est la nouvelle Alliance qui est dite là : désormais la loi d’amour sera inscrite non plus sur des tables de pierre, mais dans les coeurs. Ou pour reprendre une autre formule d’Ezékiel, les coeurs humains ne seront plus de pierre mais de chair.
Ici, donc, il n’y a pas d’hésitation possible, la répétition de la formule « ô mon peuple » montre clairement que ces deux promesses annoncent un sursaut, une restauration du peuple. Il n’est pas question ici d’une résurrection individuelle : pas plus qu’aucun des prophètes de son époque, Ezéchiel n’envisage encore une chose pareille. En fait, le peuple d’Israël n’a découvert la foi en la Résurrection qu’au deuxième siècle av.J.C. Jusque-là, on affirmait que les morts descendent au « Shéol » ; un lieu sombre dont on ne sait rien ; mais aussi curieux que cela nous paraisse aujourd’hui, c’est un sujet dont on se préoccupait peu. Car la mort individuelle n’atteint pas l’avenir du peuple ; or, pendant bien longtemps, c’est l’avenir du peuple, et lui seul, qui comptait. Quand quelqu’un mourait, on disait qu’il était « couché avec ses pères », mais on n’envisageait pas de survie possible ; en revanche la survie du peuple a toujours été une certitude puisque le peuple est porteur des promesses de Dieu. On peut dire que, pendant des siècles, on s’est intéressé au lendemain du peuple et non à celui de l’individu.
Pour croire en la Résurrection individuelle, il faut combiner deux éléments :
D’abord s’intéresser au sort de l’individu : ce qui n’était pas le cas au début de l’histoire biblique : l’intérêt pour le sort de l’individu est une conquête, un progrès tardif. Ensuite, un deuxième élément est indispensable pour que naisse la foi en la Résurrection : il faut croire en un Dieu qui ne vous abandonne pas à la mort.
Cette certitude que Dieu n’abandonne jamais l’homme n’est pas née d’un coup ; elle s’est développée au rythme des événements concrets de l’histoire du peuple élu. L’expérience historique de l’Alliance est ce qui nourrit la foi d’Israël. Or l’expérience d’Israël est celle d’un Dieu qui libère l’homme, qui veut l’homme libre de toute servitude, qui intervient sans cesse pour le libérer ; un Dieu fidèle qui ne se reprend jamais. C’est cette foi qui guide toutes les découvertes d’Israël ; elle en est le moteur.
Cinq siècles après Ezékiel, vers 165 av.J.C., ces deux éléments conjugués, foi en un Dieu qui libère sans cesse l’homme, découverte de la valeur de toute personne humaine, ont abouti à la foi en la résurrection individuelle ; au terme de cette double évolution, il est apparu évident que Dieu libèrera l’individu de l’esclavage le plus terrible, définitif de la mort. Cette découverte est si tardive dans le peuple juif qu’au temps du Christ, cette foi n’était pas encore partagée par tout le monde puisqu’on désignait les Sadducéens par cette précision « ceux qui ne croient pas à la résurrection ».
Il n’est bien sûr pas interdit de penser que la prophétie d’Ezéchiel dépassait sa propre pensée sans le savoir lui-même ; l’Esprit de Dieu parlait par sa bouche et maintenant nous pouvons penser « Ezéchiel ne savait pas si bien dire ».

DEUXIEME LECTURE – Romains 8, 8-11
Frères,
8 sous l’emprise de la chair, on ne peut pas plaire à Dieu.
9 Or vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair,
mais sous l’emprise de l’Esprit,
puisque l’Esprit de Dieu habite en vous.
Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas.
10 Mais si le Christ est en vous,
votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché,
l’Esprit est votre vie, parce que vous êtes devenus des justes.
11 Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts
habite en vous,
celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts
donnera aussi la vie à vos corps mortels
par son Esprit qui habite en vous.

« Je mettrai mon esprit en vous et vous vivrez » annonçait le prophète Ezéchiel (dans notre première lecture) ; désormais, depuis notre baptême, nous dit Paul, c’est chose faite. Il emploie une expression imagée : « L’Esprit de Dieu habite en vous ». La prenant au pied de la lettre, un commentateur de ce passage parle de « changement de propriétaire ». Nous sommes devenus des maisons de l’Esprit : c’est lui qui commande désormais.
Il serait intéressant de se demander, dans tous les secteurs de notre vie, personnelle et communautaire, qui est aux postes de commande, qui est le maître de maison chez nous, ou si vous préférez, quel est notre objectif, qu’est-ce qui nous « fait courir », comme on dit. D’après Paul, il n’y a pas trente-six solutions : ou bien nous sommes sous l’emprise de l’Esprit, c’est-à-dire que nous nous laissons guider par l’Esprit, ou bien nous ne nous laissons pas inspirer par l’Esprit et c’est ce qu’il appelle « être sous l’emprise de la chair ». Etre sous l’emprise de l’Esprit, on voit bien ce que cela veut dire, il suffit de remplacer le mot Esprit par le mot Amour. Et dans la lettre aux Galates, Paul explique ce que sont les fruits de l’Esprit ; « joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi », en un mot l’amour décliné selon toutes les circonstances concrètes de nos vies.
J’ai bien dit les « circonstances concrètes » : pour Paul la vie selon l’Esprit ne veut pas dire la tête dans les nuages ; Paul est l’héritier de toute la tradition des prophètes : or tous affirment que notre relation à Dieu se vérifie dans la qualité de notre relation aux autres ; et dans les chants du serviteur, Isaïe affirme très fermement que vivre selon l’Esprit de Dieu, c’est aimer et servir nos frères. Et les prophètes ont toujours des mots très durs pour ceux qui croient plaire à Dieu par des cérémonies magnifiques pendant que des pauvres meurent de faim ou de chagrin à leur porte.
Une fois définie la vie selon l’Esprit, ce qui veut dire tout simplement la vie selon l’amour, on déduit très facilement ce que Paul entend par vie selon la chair : c’est le contraire, c’est-à-dire l’indifférence ou la haine ; pour le dire autrement, l’amour c’est le décentrement de soi, la vie sous l’emprise de la chair, c’est le centrement sur soi. Ma question de tout-à-l’heure « Qui commande ici ? « se transforme alors en « Qui est le centre de notre monde ? »
Il est clair que sous l’emprise de la chair, dans ce sens-là, c’est-à-dire centré sur soi, on ne peut pas être en harmonie avec Dieu, accordé à Dieu qui n’est qu’amour. « Sous l’emprise de la chair, on ne peut pas plaire à Dieu » dit Paul.
Au contraire, le Christ est le Fils bien-aimé en qui Dieu se complaît, c’est-à-dire qu’il est en harmonie parfaite avec Dieu précisément parce que le Christ n’est lui aussi qu’amour. Dans ce sens le récit des Tentations, que nous avons lu pour le premier dimanche de carême, était saisissant : c’est au chapitre 4 de Matthieu. Il nous montre Jésus centré uniquement sur Dieu et sur la Parole de Dieu. Il refuse résolument de se centrer sur sa faim ni même sur les besoins de sa mission de Messie :
Première tentation : après quarante jours de jeûne, Jésus a faim… la tentation n’est pas là, bien sûr. Avoir faim au bout de quarante jours de jeûne, c’est normal, c’est même plutôt bon signe ! La tentation, c’est d’exiger de Dieu un miracle pour son bénéfice personnel, c’est de se prendre pour le centre du monde, si j’ose dire. « Ordonne à ces pierres de devenir des pains » lui susurre le tentateur, le diviseur. Jésus préfère mettre la Parole au centre du monde et de sa vie « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Le fruit de l’Esprit, c’est la maîtrise de soi, la patience, dit Paul.
Deuxième tentation : « Jette-toi du haut du Temple, Dieu sera bien obligé de te protéger » ; réponse de Jésus : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu ». Le fruit de l’Esprit, c’est la confiance en Dieu.
Troisième Tentation : « Détourne-toi de Dieu, prosterne-toi devant moi, tu seras le maître des royaumes de la terre » ; mais Jésus est complètement centré sur son Père et non sur ce qu’il pourrait obtenir pour lui : « Le Seigneur ton Dieu tu adoreras, c’est à lui seul que tu rendras un culte ». Le fruit de l’Esprit qui les résume tous, c’est l’amour, dit encore Paul.
Si ce texte des tentations nous est proposé chaque année en début de Carême, c’est parce que le temps du Carême est justement une entreprise de décentrement de nous-mêmes pour nous centrer sur les autres et sur Dieu.
Un peu plus loin dans cette même lettre aux Romains, Paul dit que l’Esprit de Dieu fait de nous des fils, c’est lui qui nous pousse à appeler Dieu-Père ; j’ai envie de dire « tel Père, tel fils ». Ce qui en nous est amour vient de Dieu, c’est notre héritage de fils. « L’Esprit est votre vie » dit encore Paul. Traduisez « l’amour est votre vie » ; d’ailleurs, nous savons tous d’expérience que seul l’amour est créateur.
Tandis que ce qui n’est pas amour ne vient pas de Dieu et parce que cela ne vient pas de Dieu, c’est voué à la mort. La très bonne nouvelle de ce texte d’aujourd’hui, c’est que tout ce qui en nous est amour vient de Dieu et donc ne peut mourir. Comme dit Paul, « Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous ».

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