Archive pour la catégorie 'Approfondissement'

Débat sur les critères de la mort

11 septembre, 2008

du site: 

http://www.zenit.org/article-18736?l=french

 

 Débat sur les critères de la mort 

La « mort cérébrale » en question

 

 ROME, Lundi 8 septembre 2008 (ZENIT.org) – Le débat rebondit à propos des critères de la mort, à propos de la « mort cérébrale »

En effet, un article de L’Osservatore Romano en italien du 3 septembre 2008 (Cf. Zenit du 3 septembre 2008) a lancé un pavé dans la mare en contestant que le concept actuel de mort cérébrale suffise à déclarer la mort, rappelle « Gènéthique », la synthèse de presse de la Fondation Jérôme Lejeune (cf. Synthèse de presse du 04/09/08). Cet article qui, selon le père Federico Lombardi s.j., directeur de la salle de presse du Vatican, « ne peut être considéré comme une position du Magistère de l’Eglise », relance le débat sur la définition de la mort au moment où l’opinion en Italie est secouée par la décision du père d’Eluana Englaro (dans le coma depuis 16 ans) d’arrêter l’alimentation et l’hydratation de sa fille. 

Rappelons toutefois que l’article de l’Osservatore Romano s’émeut de la définition de la mort donnée dans le rapport d’Harvard de 1968, en raison des conséquences qu’une telle définition implique pour le donneur d’organes mais n’évoque pas les questions d’euthanasie ni le cas d’Eluana Englaro. L’enjeu est pour lui d’interroger sur la légitimité du prélèvement d’organes, non pas en tant que tel, mais tel qu’il est pratiqué aujourd’hui avec les critères actuels de la mort. Il pose au fond la question de savoir si le mort, le « donneur d’organes », est bien mort quand on lui prélève ses organes. S’appuyant sur des publications et des analyses d’experts, l’article met en doute cette « certitude ». 

Alessandro Nanni Costa, directeur du centre national des greffes en Italie s’étonne : « je n’ai pas l’impression qu’il existe en l’état actuel des études scientifiques remettant en question les principes établis dans le rapport Harvard. » De son côté le président de l’Association des anesthésistes-réanimateurs hospitaliers italiens, Vincenzo Carpino, estime qu’ « en l’absence de nouveaux critères scientifiques, la mort cérébrale est le seul élément permettant d’établir la mort d’un être humain » et qu’il est « prêt à engager le débat en cas de nouvelles précisions scientifiques. » 

Le Quotidien du Médecin rappelle ce que le rapport Harvard établit comme concept de coma irréversible : « absence de réceptivité et de réaction, électro-encéphalogramme (EEG) plat, aucune modification des résultats des tests répétés 24 heures plus tard, et exclusion d’hypothermie et de dépresseurs du SNC. » En France, la définition légale de la mort est fixée par un décret du 2 décembre 1996 portant sur le prélèvement d’organes ou de tissus. Selon ce décret, en cas d’arrêt cardiaque ou respiratoire persistant, trois critères cliniques sont nécessaires pour faire le constat de la mort : « absence totale de conscience et d’activité motrice spontanée, abolition de tous les réflexes du tronc cérébral, absence totale de ventilation spontanée. » Enfin pour confirmer le caractère irréversible de la destruction encéphalique, on effectue deux EEG à 4 heures d’intervalle qui doivent être « aréactifs », ou l’on fait une angiographie montrant l’arrêt de la circulation encéphalique. 

Le Quotidien du Médecin rapprochant ces données de l’affaire Eluana Englaro, évoque les interventions du Pr Carlo Alberto Defanti, directeur du département neurologique de l’hopital Niguarda de Milan qui soigne la jeune femme. Il y a quelques mois, celui-ci déclarait : « l’irréversibilité de la mort encéphalique n’a pas encore été démontrée », alors qu’aujourd’hui il se dit prêt à interrompre l’alimentation et l’hydratation d’Eluana Englaro, considérant que lorsque certains critères médicaux sont réunis, « le point de non-retour peut être alors constaté »

Dès lors, il est intéressant de noter les propos du procureur général de Milan qui a introduit, jeudi 31 juillet, un recours auprès de la Cour de cassation contre la décision rendue par la Cour d’appel de Milan autorisant l’arrêt de l’hydratation et de l’alimentation médicales d’Eluana Englaro. Le procureur général s’est opposé à cette décision car il a estimé que les juges « n’ont pas établi avec suffisamment d’objectivité l’irréversibilité de l’état végétatif permanent » de la jeune femme, plongée dans le coma depuis 16 ans.

La créativité artistique et musicale

5 avril, 2008

La créativité artistique et musicale

1. Quelques considérations sur l’art sacré 

N.B. Nous proposons ici, succinctement, quelques points de réflexion sur la question de l’art sacré. Pour un regard plus approfondi, vous pouvez consulter un dossier jaune intitulé « Quelques considérations sur l’art sacré« .. 

1.1 Liturgie et art sacré 

 

 Pour Sabine de Lavergne (1990: 526), qui commente ici la pensée du Père Régamey, un dominicain très impliqué dans le renouveau de l’art sacré en France durant la période d’après-guerre, la « liturgie est l’expression visible du sacré qui s’épanouit en beauté, elle est « l’art majeur » dont les arts sacrés se font les serviteurs ». Les oeuvres d’art des lieux de culte, tout comme la musique liturgique, entrent en dialogue avec ceux qui les contemplent ou l’écoutent; elles devraient leur permettre d’entrer en résonance avec les mystères chrétiens. Plus largement, c’est d’ailleurs la fonction de tout l’art sacré chrétien, qu’il soit associé ou non à la liturgie. 

1.2 La théologie de l’art sacré 

La Révélation montre Dieu, qu’on ne voit pas, présent et agissant au coeur de la vie du peuple, ici bas, dans le monde visible qui est le sien. Elle le montre allant jusqu’à fouler les mêmes chemins que l’humanité lorsqu’il s’incarne en Jésus Christ. Celui-ci est l’image parfaite de Dieu et tous sont appelés à lui ressembler.  L’art chrétien trouve son véritable fondement dans l’Incarnation. Si Dieu a pris chair, s’il a choisi de se rendre visible, alors l’être humain peut tenter d’inscrire dans des formes, des couleurs et des sons, cette rencontre vécue dans sa chair.  Et de fait, « le Dieu fait homme, visible et incarné, est devenu la matrice de l’art religieux » (Boespflug et al., 2000: 17). « Parce que le christianisme propose de se relier à l’invisible non en refusant les formes visibles, mais dans et à travers le visible, l’image peut être considérée comme un des aspects de la vérité, et être intégrée pleinement dans les pratiques de la foi (id. p. 21).   

1.3 Art et  symbole 

Dans les deux premiers cours de ce programme court d’études bibliques, nous avons abordé la question du symbole dans la Bible (vous pouvez accéder à ce dossier en cliquant ici). Nous avons vu que le symbole relie deux dimensions d’une même réalité. La partie visible, concrète et observable du symbole (appelée techniquement le « symbolisant ») permet d’intuitionner sa partie invisible, inobservable et mystérieuse (le « symbolisé »). Symbolisant et symbolisé ensemble permettent de reconstituer la réalité dans toute sa profondeur. La Bible, pour exprimer une expérience des réalités d’en haut, fait largement appel aux symboles. 

 

De son côté, l’art cherche aussi à évoquer des réalités qui nous dépassent. Pas étonnant qu’il fasse aussi appel aux symboles et qu’il ait une fonction que nous pourrions décrire comme « symbolique », puisqu’il permet à partir de productions qui font appel aux sens (on peut voir et/ou toucher les oeuvres d’art, écouter la musique sacrée) de rejoindre la dimension cachée, transcendante, de ce qui est évoquée. 

Et la compassion ? Qu’en est-il ?

25 février, 2008

du site:

http://www.culture-et-foi.com/texteliberateur/metz_compassion.htm

Et la compassion ? Qu’en est-il ?
Regarde le monde et tu comprendras !
Johann-Baptist Metz

La souffrance du monde est bien trop facilement relativisée à l’aide de la doctrine chrétienne de la Rédemption alors que Jésus est le témoin d’une tout autre vision biblique…

Les traditions bibliques concernant le discours sur Dieu et les épisodes historiques qui constituent la vie de Jésus nous renvoient à un modèle de globalisation assumée en responsabilité, auquel nul ne peut échapper. Toutefois l’universalisme de cette responsabilité est bien entendu orienté ici non pas sur le caractère universel du péché des hommes, mais sur celui de la souffrance répandue dans le monde. Le regard de Jésus ne s’est pas porté en premier sur le péché des autres, mais sur leur souffrance. Le péché était à ses yeux, ne l’oublions pas, le refus de participer à la souffrance des autres, le refus de jeter les yeux au-delà de l’horizon ténébreux d’une histoire personnelle marquée par la souffrance, il était pour lui, comme saint Augustin l’a nommé « un repli du coeur sur lui-même », un abandon au narcissisme secret qui habite toute créature. Et c’est ainsi qu’a débuté le christianisme comme communauté du souvenir qui inscrit ses récits dans l’imitation de ce Jésus historique dont le regard se porte en premier sur la souffrance d’autrui. .

C’est cette sensibilité élémentaire à la souffrance de l’autre qui caractérise la manière nouvelle dont Jésus a vécu. Cette approche de la souffrance n’a rien à voir avec le dolorisme, avec un culte morose de cette souffrance. Elle est bien plutôt, dans le refus de tout sentimentalisme, l’expression de cet amour auquel pensait Jésus lorsque se situant du reste par là pleinement dans la mouvance héritée d’Israël il parlait de l’unité indissociable de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain : l’attachement de Dieu à la souffrance est celui de l’empathie, il est, dans l’acception « politique » du terme, une mystique de la compassion. Voilà à quoi est constamment confronté un christianisme quand il retourne à ses racines. Quiconque reconnaît « Dieu » au sens où l’entend Jésus est prêt à en payer le prix au préjudice de son intérêt personnel qui s’impose dans l’immédiat et auquel le malheur de l’autre porte atteinte. Voilà ce que suggère la parabole du « bon Samaritain » par laquelle les récits concernant Jésus se sont inscrits dans la mémoire de l’humanité.Et si je souligne avec une telle insistance cette empathie qui d

écoule de l’attachement de Dieu à la souffrance, c’est à mon avis parce que le christianisme a rencontré très tôt déjà de grosses difficultés face à l’attention élémentaire réclamée par cette souffrance, qui est le propre de son message et qui est abordée ici. La question, lancinante dans les traditions bibliques, que pose la justice en faveur des innocents qui souffrent a été en effet, à la naissance d’une formulation théologique du christianisme, bien trop rapidement transformée dans son fond et dans ses formulations pour devenir celle qui concerne la Rédemption des coupables. A cette dernière question s’est offerte la réponse toute trouvée de l’action rédemptrice du Christ. La doctrine chrétienne de la Rédemption a bien trop radicalisé la question de la faute et relativisé celle de la souffrance. De la sorte la théologie a cru ôter au christianisme l’écharde que lui posait la question de la théodicée. Le problème de la souffrance a été intégré dans l’argumentation propre à la doctrine de la Rédemption. Le christianisme qui était une religion d’abord sensible à la souffrance, s’est transformé pour devenir une religion prioritairement attentive au péché. Ce n’est plus sur la souffrance des créatures qu’a porté le regard, mais sur leur péché. Mais la sensibilité qui s’attache en priorité à la souffrance de l’étranger ne s’en est-elle pas trouvée ainsi émoussée et la vision biblique de la grandeur de Dieu dans sa Justice qui, d’après Jésus, devait porter sur toute forme de faim et de soif n’en a-t-elle pas été assombrie ?

Bien sûr : mettre ainsi l’accent sur la sensibilité à la souffrance, telle qu’elle est propre au message chrétien et à son discours sur Dieu, ce n’est pas vouloir remettre en question l’importance du péché et de la faute, de l’expiation et du rachat ( et surtout pas face à cette hystérie qui prône aujourd’hui partout l’innocence dans la société) Et ce sont avant tout nous-mêmes, les chrétiens, qui sommes ici confrontés à cette question au sens où je l’ai moi-même posée explicitement dans le contexte d’un christianisme après Auschwitz. Est-ce que nous n’avons pas, au fil du temps, peut-être trop exclusivement interprété et vécu le christianisme comme une religion sensible au péché et, par voie de conséquence trop peu à la souffrance ? Est-ce que, dans l’abîme insondable des souffrances qui grèvent l’histoire humaine, nous n’avons pas relégué le cri des hommes peut-être trop rapidement et trop à la légère hors de l’annonce chrétienne de la Passion ? N’avons-nous pas classé trop vite dans le domaine qui relève « strictement du séculier » ces autres hommes qui souffrent ? Et ne sommes-nous pas ainsi devenus sourds à la prophétie dont le message nous dit que c’est justement en partant de cette histoire «séculière » de la souffrance que le Fils de l’Homme vient à nous et juge du sérieux de notre engagement à sa suite ? « Alors, ils furent saisis d’étonnement et commencèrent à lui demander », lisons-nous dans la Parabole de Jésus sur le Jugement dernier (Mat., XXV). « ‘Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir souffrir ?’ [ ... ] Et il leur répondit : ‘En vérité je vous le dis : dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’ ». Voilà quel est bel et bien ce rapport, cette union scellée mystiquement entre la Passion du Christ et les passions souffertes par les hommes ! Or il n’y a dans la langue allemande aucun terme qui exprime sans

équivoque cette sensibilité qui s’attache dans l’immédiat à la souffrance et qui évoque tout autant le premier regard de Jésus porté sur elle. C’est à peine si le mot allemand « Mitleid » (n.d.tr.: traduit le plus souvent en français par « pitié ») peut être utilisé sans mauvaise conscience. Ce terme a en tous cas une connotation trop affective, trop peu en prise sur la pratique, sur le domaine du « politique ». Il encourt le soupçon de vider les réalités sociales de leur aspect politique en les soumettant à une tendance moralisatrice, de masquer par le sentimentalisme les injustices régnantes. Et c’est pourquoi je risque d’utiliser le mot étranger « compassion » pour résumer le projet universel du christianisme à l’ère de la globalisation comme du pluralisme des religions et des cultures qui la constituent. Et par cette compassion j’entends non pas une vague « participation affective » dictée par en haut ou de l’extérieur, mais une empathie, cet accueil de la souffrance de l’autre, qui implique que l’on prenne part à sa situation et que l’on s’y soumette par devoir, dans l’acceptation consciente et l’engagement concret face à cette souffrance étrangère. Cette compassion exige au préalable que l’on soit prêt à modifier son regard, pour qu’il devienne celui auquel ne cessent de nous inviter les traditions bibliques, spécialement aussi les épisodes historiques concernant Jésus, qui nous appellent à nous placer nous-mêmes dans la perspective et à adopter les critères de jugement de ceux qui souffrent et qui sont menacés. Et à supporter ce regard au moins un peu plus longtemps que nous le permettent les réflexes spontanés que nous impose le souci de nous affirmer nous-mêmes. Cette compassion est soumise à l’impératif catégorique formulé par Hans Jonas : « Regarde le monde et tu comprendras ! ».

Dès que cette compassion intervient, c’est la « mort du Moi » évoquée dans le Nouveau Testament qui s’instaure, ce Moi, ses désirs et son intérêt présents dans l’immédiat commencent à être relativisés ils sont maintenant disposés à la « rupture » imposée par la souffrance de l’étranger. C’est alors que commence ce que l’on nomme d’un terme aussi exigeant qu’ insécurisant la « mystique ».Cette mystique de la compassion est du reste à mes yeux l’approche typiquement biblique de ce qu’est en soi la mystique, c’est-à-dire pleinement celle qui souligne le caractère relatif du Moi, l’amène à « s’abandonner ». Mais non pas à se livrer, à disparaître dans le vide informel d’un univers impersonnel, mais à pénétrer toujours plus profondément et à grandir dans une « alliance », une alliance mystique entre Dieu et les hommes. À la différence des religions d’Extrême-Orient, le Moi n’est pas mystiquement dissout dans cette alliance, mais il est sollicité moralement et dans le domaine du « politique ». Mais il l’est dans une mystique de la compassion: c’est la souffrance de Dieu qui est vécue et confirmée comme souffrance partagée, comme mystique du regard lucide sur le monde. Et je me répète : un christianisme qui retourne à ses racines est toujours confronté à elle; cette mystique de la compassion n’est pas une affaire d’ésotérisme, elle est offerte à tous, elle est exigée de chacun. Et elle concerne non seulement la sphère privée, mais aussi la vie publique dans l’ordre du « politique ».Cette mystique de la compassion est une mystique qui, par la rencontre de l’

étranger qui souffre, se trouve « reliée à la terre »; en même temps elle n’est souvent pas autre chose que l’expérience assumée de « notre souffrance imputée par nous à l’attitude de Dieu ». Non pas pour coiffer de la sorte d’une expérience religieuse les expériences douloureuses du quotidien dont le caractère « séculier » est souvent terrible, non pas pour couronner l’histoire du monde, pleine de souffrances connues de tous, par une nouvelle souffrance religieuse vécue en privé. Mais pour rassembler dans la mystique de cette souffrance que nous imputons à l’attitude de Dieu toutes les expériences abominables de nos souffrances, pour les arracher à l’abîme du désespoir et de l’oubli, et pour nous encourager à adopter de nouvelles pratiques. Ces nouvelles pratiques qui incluent intégralement la faillibilité et le besoin de conversion propres à ceux qui sont dans l’action et non pas pour insensibiliser aussitôt ce nouvel engagement publique par un romantisme religieux, loin de l’action déployée dans l’ordre du « politique », mais pour arracher à cet engagement son fondement de haine et de pure violence. Voilà ce qui me semble particulièrement important dans une situation où tous les conflits politiques de grande envergure menacent de déboucher sur des affrontements entre les cultures et les religions.

De même que la curiosité peut être prise au niveau de la pensée théorique comme la dot caractéristique léguée dans l’héritage de la Grèce, et que les conceptions républicaines de l’Etat et du Droit peuvent être considérées comme celle de Rome, de même on peut, à mon avis, voir la spécificité d’une dot dans celle que nous accorde la Bible pour l’Europe à l’époque de la globalisation et de son pluralisme des univers culturels et religieux. C’est dans cet esprit de compassion que se manifeste le christianisme par la force qui exerce son impact sur le monde et le pénètre. Il envoie les chrétiens au front des conflits sociaux et politiques dans l’univers actuel. C’est dans cet esprit que se trouve la racine qui permet de résister à un christianisme privatisé par lui-même dans le contexte pluraliste qui est le nôtre. Il définit la mystique de la compassion comme une mystique du politique. Mais, bien s

ûr, cette exigence n’apparaît-elle pas aujourd’hui comme une pastorale purement romantique ? Il se peut que cet esprit inspiré par la compassion ait pu éventuellement être vécu jadis, à des époques révolues, dans des univers marqués autrefois par la proximité, dans des sociétés urbaines et rurales archaïques, où l’on se trouvait à portée de vue des autres. Mais aujourd’hui : comment cet esprit fait-il face aux tempêtes de l’anonymat qui exclut le contact visuel et qui est le propre de la globalisation planétaire ? Face à de telles questions nous ne devrions cependant pas l’oublier : ce ne sont pas seulement la souffrance et le malheur qui habitent ce monde, le christianisme est lui aussi présent dans notre univers qui se soude, à notre porte et dans les lointains les plus reculés, ici et là, tantôt dans des minorités, tantôt en proportions plus fortes. Et ce n’est pas en vain si l’Eglise passe dans notre monde pour la plus ancienne des institutions aux dimensions globales. Elle est présente partout, à portée de voix et de vue, et n’a au fond pas besoin de recourir à une éthique abstraite, désincarnée et qui n’engage à rien.

Dans les tentatives actuelles (tout à fait méritoires) qui cherchent à formuler une éthique globale, il est souvent question d’un universalisme moral qui peut être établi sur la base d’un consensus défini comme minimum ou comme fondamental entre les religions et les civilisations; cependant, au sens strictement théologique et non seulement dans celui de la politique religieuse, une idée s’impose : une éthique globale n’est pas le résultat d’un scrutin ou d’un consensus. Quiconque désire ramener cette éthique globale à l’accord de tous oublie en effet que le consensus, cet accord obtenu de l’ensemble, peut être la conséquence, mais non le fondement et le critère d’une exigence universelle. Ce n’est pas le consensus qui fonde l’autorité attribuée à cette éthique, mais c’est l’autorité préalablement intrinsèque de cette éthique qui rend possible et qui fonde le consensus universel. Mais que serait l’autorité qui peut être aujourd’hui invoquée dans toutes les grandes religions et civilisations de l’humanité ? C’est, pour le résumer à l’extrême, l’autorité qu’imposent ceux qui souffrent, qui souffrent innocemment, victimes de l’injustice

Cette autorité exercée par ceux qui souffrent (mais non par la souffrance !) est, mesurée aux critères modernes du consensus et du discours, une autorité « de faible poids ». Elle ne peut être assurée ni par l’herméneutique ni sur le discours argumenté, car l’obéissance qu’elle exige précède l’accord et l’argumentation – et cela, comme l’exige toute considération de morale universelle.

Publik-Forum, 26 mai 2006

(Traduit de l’allemand par Jean Courtois, Lyon.)

(Traduction réalisée à partir de l’extrait légèrement abrégé d’un écrit du théologien allemand intitulé : Memoria passionis. Ein provozierendes Gedächtnis in pluralistischer Gesellschaft [ = Memoria passionis. Une commémoration qui nous provoque dans une société pluraliste ] Herder éditeur, Fribourg-en-Brisgau, 2006).

Jean Baptiste Metz, théologien allemand né en 1928 et élève de Karl Rahner, est professeur émérite de théologie fondamentale à la Faculté de théologie catholique de l’Université de Münster / Westphalie. Il est considéré comme le promoteur de la « nouvelle théologie politique », apparentée en Allemagne au « catholicisme de gauche » et représentée par l’ « École de Francfort », qui a exercé une influence profonde sur la « théologie de la libération » en Amérique Latine. Ce théologien est considéré comme l’un des plus importants et des plus influents dans le monde germanophone après le Concile de Vatican II.

 

LES ACTES DE SAINT APOLLONIUS. A ROME, VERS 183

29 janvier, 2008

 du site: 

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/martyrs/default.htm

 

LES ACTES DE SAINT APOLLONIUS. A ROME, VERS 183

 

 Apollonius, qui fut mis à mort sous Commode, appartenait à l’aristocratie romaine. Eusèbe raconte son martyre et saint Jérôme lui donne le titre de sénateur. La découverte récente des actes authentiques permet de compléter ces détails. Apollonius paraît avoir été dénoncé comme chrétien par un délateur, il fut traduit par Perennia, préfet du prétoire, devant le Sénat. Eusèbe avait induit saint Jérôme à penser qu’en cette circonstance Apollonius présenta au Sénat, pour sa défense, une apologie en règle du christianisme. Cette pièce n’a probablement jamais existé. Mais ce qui a pu donner lieu à cette imagination, c’est la longueur des discours d’Apollonius tels que nous les ont conservés les actes. Trois jours après la comparution devant le Sénat il fut interrogé par le préfet seul. Il persista dans sa confession et fut condamné à être décapité

F. C. C.(ONYBEARE), dans The Guardian, 18 juin 1893, contenant une traduction anglaise du texte arménien donné par les Méchitharistes (Venise, 1874). LE MÊME, The Armenian Apology and Acts of Apollonius and other monuments of early Christianity (1896). Apology and Acts of A., p. 29-49. Une passion grecque a été découverte et donnée par les Bollandistes : Analecta Bollandiana, t. XIV (1895), p. 284. HARNACK, dans Theolog. Literaturz., t. XX (1895), p. 590. LE MÊME, Sitzungsberichte der koen. preussischen Akademie der Wissenschaften zu Berlin (1893), p. 721-746. MOMMSEN, même recueil (1894), p. 497-503. R. SEERERG, Neue Kirchliche Zeitschrift, IV (1893), 836.872. HARDY, Christianity and the Roman government (1894), 200-208. P. ALLARD, Le Christianisme et l’Empire romain (1897), p. 63 et suiv. HILGEEFELD, Apollonius von Rom

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dans Zeitschrift f. wissensch. Theol. (1894), t. I, p. 55-91. BARDENHEWER, Patrologie (éd. all. 1894), p. 99. KRUGER, Grundriss der Wiss. Theol., p. 240. BATIFFOL, La Littérature grecque, p. 52-53. KLETTE, Der Process and die Acta S. Ap., dans les Texte und Unters., XV, a (1897). Anal. Boll. (1898), p. 234. HILGENFELD, Die Apol. d. Apoll. von Rom, dans Zt. f. wiss. Theolog., XLI (1898), p. 180-203. 

MARTYRE DU SAINT ASCÈTE APOLLONIUS 

Le Christ, qui donne toutes choses, prépare une couronne de justice aux hommes de bonne volonté qui se tiennent attachés fermement à la foi en Dieu ; quant aux élus de Dieu, ils sont appelés à lui afin que, ayant livré le bon combat avec courage, ils obtiennent la réalisation des promesses qu’un Dieu, ennemi du mensonge, a faites à ceux qui l’aiment et qui croient en lui de toute leur âme. 

L’un d’entre eux fut le saint martyr et vaillant champion du Christ, Apollonius. Il passa à Rome une existence remplie par les exercices de la piété et de l’ascèse, et, impatient de posséder le gage de sa vocation, il fut au nombre de ceux qui rendirent témoignage à Jésus-Christ ; ce qu’il fit en présence du Sénat et du préfet Terentius. Il s’exprima avec une grande hardiesse. Voici le procès-verbal de sa déposition. 

Le préfet donna ordre d’introduire Apollonius devant le Sénat, il lui dit : « Apollonius, pourquoi résistes-tu aux lois invincibles et, aux décrets des empereurs et refuses-tu de sacrifier aux dieux ? » 

Apollonius : « Parce que je suis chrétien, c’est pourquoi je crains Dieu qui a fait le ciel et la terre et je ne sacrifie pas aux faux dieux. 

Le préfet : « Tu dois te repentir de ces pensées à cause des édits des empereurs, et prêter serment par la fortune de Commode. » 

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Apollonius : « Ecoutez maintenant l’exposé de ma conduite. Celui qui regrette ses actions justes et vertueuses est impie et n’a pas d’espérance ; celui au contraire qui se repent de ses actions contraires aux lois et de ses pensées coupables et n’y retombe plus, celui-là aime Dieu et s’essaye à faire passer son expérience dans la réalité. En ce qui me concerne, je suis absolument résolu d’observer le beau et glorieux commandement de Dieu que nous a enseigné Notre-Seigneur le Christ à qui la pensée de l’homme est révélée et qui voit tout ce qui se fait en secret comme à découvert. Sans doute, il est préférable de ne pas jurer du tout, mais de vivre en toutes choses dans la paix et dans la foi. La vérité n’est-elle pas en elle-même un grand serment ? et pour la même raison il est mauvais et répréhensible de jurer par le Christ, mais le mensonge a produit les mécréants à cause desquels on a employé le serment. Je veux jurer volontairement, par le vrai Dieu, que nous aussi nous aimons l’empereur et prions pour lui. » 

Le préfet : « Approche alors, et sacrifie à Apollon, et aux autres dieux, et à l’image de l’empereur. » 

Apollonius : « Quant à changer d’idées ou à prêter serment je m’en suis expliqué. En ce qui concerne le sacrifice, les chrétiens et moi nous offrons un sacrifice non sanglant à Dieu, Maître du ciel et de la terre, et de la mer et de tout ce qui a la vie, et nous offrons ce sacrifice non pas à l’image, mais pour les personnes douées d’intelligence et de raison qui ont été choisies de Dieu pour gouverner les hommes. Voilà pourquoi, conformément aux ordres du Dieu à qui il appartient de commander, nous offrons nos prières à celui qui habite dans le ciel, au seul Dieu qui puisse gouverner la terre avec justice, tenant pour assuré que l’empereur tient de Lui ce qu’il est, et d’aucun autre, si ce n’est du Roi, du Dieu, qui tient toutes choses dans sa main. » 

Le préfet : « A coup sûr ce n’est pas pour philosopher qu’on t’a amené ici. Je te laisse un jour de répit, tu peux 

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réfléchir sur tes intérêts et choisir la vie ou la mort. » Et il le fit reconduire en prison. Trois jours après il le fit comparaître de nouveau et lui dit : 

« Eh bien ! à quoi t’es-tu décidé

A demeurer ferme dans ma religion, comme je te l’avais dit auparavant. 

Vu le décret du Sénat je te réitère de te repentir et de sacrifier aux dieux auxquels la terre entière rend hommage et offre des sacrifices ; il est préférable pour toi de vivre parmi nous plutôt que souffrir une mort avilissante. Il me semble que tu ne dois pas ignorer le décret du Sénat. 

Je sais le commandement du Dieu tout-puissant et je demeure ferme dans ma religion, je ne rends pas hommage aux idoles fabriquées de main d’homme, façonnées avec de l’or, de l’argent, ou du bois; qui ne peuvent ni voir, ni entendre, parce qu’elles sont l’ouvrage d’hommes qui ignorent le vrai service de Dieu. Mais j’ai appris à adorer le Dieu du ciel, à ne rendre hommage qu’à lui seul, qui a insufflé le souffle de la vie dans tous les hommes et qui ne cesse de départir la vie à chacun d’eux. Je n’entends pas m’avilir moi-même et me jeter dans l’abîme. Il est honteux de rendre hommage à de vils objets, c’est une action ignominieuse d’adorer en vain, et les hommes qui le font commettent le péché. Ceux qui ont inventé ces adorations étaient fous, plus fous encore que ceux qui adorent et rendent hommage. Dans leur folie, les Égyptiens adorent un oignon. Les Athéniens, jusqu’à nos jours, fabriquent et adorent une tête de boeuf en cuivre qu’ils nomment la fortune d’Athènes, et ils lui font une place en évidence près de la statue de Jupiter et d’Héraclès, à telle enseigne qu’ils lui adressent leurs prières. Et cependant cela ne vaut guère mieux que la boue séchée ou une poterie brisée. Ils ont des yeux et ils ne voient pas, ils ont des oreilles et ils n’entendent pas, ils ont des mains mais ils ne savent qu’en faire, ils ont des pieds et ils ne marchent pas ; c’est qu’apparence 

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n’est pas substance, et je pense que Socrate lui aussi se moque des Athéniens quand il jure par l’arbre populaire, par le chien et par le bois sec. 

« Les hommes, en adorant ces choses, pèchent d’abord contre eux-mêmes. De plus, ils sont coupables d’impiété envers Dieu parce qu’ils ignorent la vérité. Les Égyptiens, je reviens à eux, ont donné le nom de Dieu à l’oignon, à la truelle de bois, aux fruits des champs que nous mangeons, qui entrent dans l’estomac et que nous rejetons. Ils ont adoré cela; mais ce n’est pas tout, ils rendent hommage au poisson, à la colombe, au chien, à la pierre, au loup, dans lesquels ils adorent les fantaisies de leur imagination. Enfin, les hommes pèchent encore toutes les fois qu’ils adressent leurs hommages aux hommes, aux anges ou aux démons et les appellent leurs dieux. » 

Le préfet : « Assez philosophé, nous sommes pleins d’admiration ; maintenant Apollonius, rappelle-toi ce décret du Sénat qui ne tolère nulle part de chrétiens. » 

Apollonius : « Sans doute, mais un décret humain, fût-il du Sénat, ne prévaut pas contre un décret de Dieu. Il est bien vrai que les hommes inconséquents haïssent leurs bienfaiteurs et les font mourir, et de la sorte les hommes restent éloignés de Dieu. Mais tu n’ignores pas que Dieu a décrété la mort, après la mort le jugement pour tous les hommes, rois ou mendiants, potentats, esclaves ou hommes libres, philosophes ou ignorants. On peut mourir de deux manières. Les disciples du Christ meurent tous les jours en mortifiant leurs désirs et en se renonçant à eux-mêmes suivant ce qu’enseignent les saintes Écritures. Quant à nous, nous ne cédons pas aux mauvais désirs, nous ne jetons pas des regards impurs, pas de coups d’oeil furtifs, notre oreille se refuse à écouter le mal, de peur que nos âmes en soient souillées. Mais puisque nous observons une conduite si pure et que nous pratiquons de si saintes résolutions, nous ne trouvons rien de si ardu à mourir 

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pour le vrai Dieu, de qui vient tout ce que nous avons, par qui nous sommes tout ce que . nous sommes, pour qui nous affrontons les tortures afin d’éviter la mort éternelle. 

« Bien plus, nous ne nous offensons pas quand on confisque nos biens, parce que nous savons que, soit dans la vie, soit dans la mort, nous appartenons à Dieu. La fièvre, la jaunisse et toute autre maladie peut tuer un homme. Moi-même, je puis m’attendre à mourir de l’une d’elles. » 

Le préfet : « Tu veux mourir ? » 

Apollonius : « Mon désir est de vivre dans le Christ, mais je n’ai pas sujet de craindre la mort à cause de mon attachement à la vie. Il n’y a rien de plus désirable que la vie éternelle, source d’immortalité pour l’âme qui a mené une vie honnête. » 

Le préfet : « Je n’y comprends plus rien du tout. » 

Apollonius : « Et cependant que puis-je dire de plus ? C’est à la parole de Dieu d’illuminer le coeur comme la lumière naturelle luit devant les yeux. » 

Un philosophe qui se trouvait là dit : « Apollonius, tu te fais tort à toi-même, tu es sorti du chemin de la vérité, ce qui ne t’empêche pas de croire que tu développes de hautes vérités. » 

Apollonius : « J’ai appris à prier et non à outrager, mais la façon dont tu parles témoigne l’aveuglement du coeur, car la vérité ne semble une insulte qu’à ceux qui ont perdu le sens. » 

Le préfet : « Explique-toi. » 

Apollonius : « Le Verbe de Dieu, le Sauveur des âmes et des corps, s’est fait homme en Judée et il a pratiqué tout le bien possible; il était rempli de sagesse et enseignait une religion pure, digne des enfants des hommes et d’imposer silence au péché. Il enseignait à apaiser la colère, modérer les désirs, détruire ou contenir les appétits, chasser la mélancolie, être compatissant, accroître l’amour, repousser la vaine gloire, s’abstenir de la vengeance, n’être pas intraitable, 

118 

mépriser la mort, non pas tant par mépris que par indulgence pour ceux qui ont perdu toute loi, obéir aux lois de Dieu, honorer les princes, adorer Dieu, garder notre volonté fidèle au Dieu immortel, prévoir le jugement qui suit la mort, attendre la récompense qui suit la résurrection et que Dieu accorde à ceux qui ont vécu dans la sainteté

« Il enseignait tout ce que je viens de dire avec beaucoup de force par ses paroles et par ses actions, tous ceux à qui il avait accordé quelque bienfait lui rendaient gloire. Mais enfin il fut mis à mort, comme, avant lui, les sages et les justes l’ont été eux aussi; car il semble que les justes soient un reproche aux méchants. 

« Nous lisons dans la divine Écriture : Saisissons-nous de l’homme juste, car il est un sujet de reproche pour nous ; et un philosophe [Socrate] dit de son côté : « Le juste sera torturé, on lui crachera au visage, enfin il sera crucifié. » 

« De même que les Athéniens ont porté contre lui une injuste sentence de mort et l’ont accusé faussement pour obéir à la canaille, de même notre Sauveur fut condamné à mort par les méchants que l’envie et la malice dévoraient, suivant la parole prophétique : Il fera du bien à tous et les persuadera, par sa bonté, d’adorer Dieu le Père et Créateur de toutes choses, en qui nous aussi nous croyons et à qui nous rendons hommage, parce que nous avons été instruits de ses saints commandements que nous ignorions, ce qui rend notre erreur moins profonde ; aussi, après une vie sainte, comptons-nous recevoir la vie future. » 

Le préfet : « J’espérais que la nuit te porterait conseil. » 

Apollonius : « Et moi aussi j’espérais que la nuit te porterait conseil et que ma réponse t’ouvrirait les yeux, et que ton coeur porterait des fruits, que tu adorerais Dieu, le Créateur de toutes choses, et que tu lui offrirais tes prières sous forme de compassion, car la compassion réciproque 

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est un sacrifice non sanglant qui ne laisse pas d’être agréable à Dieu. » 

Le magistrat : « Je voudrais bien t’accorder ton pardon, mais c’est impossible, il y a ce décret du Sénat, mais c’est sans haine que je prononce ta sentence. » Et il ordonna qu’on lui coupât la tête. 

Apollonius : « Dieu soit béni pour ta sentence ! » 

Et aussitôt les bourreaux l’entraînèrent et lui coupèrent la tête. Lui n’avait pas cessé de rendre honneur au Père, au Fils et au Saint-Esprit, à qui soit la gloire pour toujours. Amen 

MATHÉMATIQUE JUIF IL PAYE LE PRIX POUR AVOIR DÉFENDU LE PAPE

19 janvier, 2008

traduction d’un interviewe à un professeur  d’origine juive de « La Sapienza »

18/01/2008, du site:
http://www.zenit.org/article-13194?l=italian
   

MATHÉMATIQUE JUIF IL PAYE LE PRIX POUR AVOIR DÉFENDU LE PAPE 

Interviewe à George Israel, professeur ordinaire à « La Sapienza » 

Paolo Centofanti 

ROME, vendredi, 18 janvier 2008 (ZENIT.org). – Défendre Benoît XVI des attaques de quel elle s’est opposée à sa visite à l’Université « la Sagesse » de Rome implique un prix à payer, affirme George Israel, professeur ordinaire de Mathématiques complémentaires prés de cette Université romaine. 

Le professeur d’origine juive est intervenu avec articule sur « l’Observateur Romain » et avec autres déclarations pour expliquer que Joseph Ratzinger a défendu Galilée dans une conférence prononcée en 1990, et incriminée de 67 professeurs (sur environ 4.500) de « la Sagesse ». 

ZÉNITH a interviewé celui partisan de dialogue entre science et foi. 

Comment évalue-il le possible donnent d’image et de crédibilité, à niveau national et international, de la polémique amorcée de manquée visite des Pontifie à l’Université « La Sapienza » ? 

Prof. Israel : Je pense qu’ils donnent soit assez sérieux. J’ai reçu des lettres d’une partie même de professeurs américains, qu’étaient interdits ; aux Etats Unis un peut trouver toutes les positions possibles et imaginables, mais cette forme ainsi virulente de refuse pas de dialogue vis-à-vis de la Papa, et ensuite seulement de le Pape, parce que « La Sapienza » a invité tous. Elle est une chose déconcertante, donc en second lieu ils me donnent d’image est très élevé. 

Donc à l’étranger la nouvelle a été répandue et connue… 

Prof. Israel : Absolument oui. Une personne qui m’a écrite, même avait écouté à la radio, ne sais pas si à des vagues courtes, un débat. Il suffit d’aller sur Internet et de se rendre compte, en regardant un peu la presse des divers Pays, de ce que la chose ait eu des répercussions très fortes. 

De son point de vue, et pour le sien contactes-tu comme professeur, pense qu’il y ait motive réel qui peut-être ont été cachés derrière quelques prétextes ? 

Prof. Israel : Je ne crois pas. Je sais qu’il y a qui a dit que tout ceci avait même comme motivation de heurte entre des groupes académiques pour la réélection du Recteur. Cependant je ne crois franchement pas. Qu’ensuite quelqu’un puisse monter ceci, est plus que probable, cependant, dans vérité, ma évaluation est que dans le monde universitaire, qui a été toujours traditionnellement lié à l’extrême gauche, en particulier au parti communiste, la fin de l’idéologie marxiste ait rendu beaucoup de « orphelins », dans un certain sens, de cette idéologie. Et dans quelque mode ils ont construit comme une sorte de théologie substitutive, comme il dit George Steiner : le scientisme et le laïcisme plus acharnés. Selon il est ceci. Maintenant on peut dire tout ce qu’on veut du communisme, cependant rappelle à un personnage comme Lucio Lombard Racine, le mathématique du parti communiste, que j’ai connu personnellement. S’il était arrivé un épisode comme ce d’aujourd’hui, je pense qu’il se serait littéralement scandalisé. Alors elle existait une attitude beaucoup divergée. Paradoxalement, vraiment l’écroulement de cette référence de l’idéologie marxiste, a produit une vide qui a été rempli avec cette idéologie de type épingle laïciste et scientiste. Il est ainsi évident, lorsque un voit dans quelle mode réagissent les personnes et les professeurs universitaires. De l’instant qui ce type de figures est largement répandu à l’université, dans elle nous trouvons une concentration extrêmement élevée de personnes qu’ils ont une vision de ce genre, beaucoup plus que pas dans le complexe de la société civile. 

Pensez-vous que l’intervention des Pontifie aurait pu miner ce type d’idéologies ? 

Prof. Israel : Non, parce qu’il est un procès extrêmement lent. Sous un certain aspect par contre pense que vu qu’il y a eu une opposition, une situation difficile de ce genre, soit été mieux. Le choix qui a été faite a été un choix très juste, c’est-à-dire de ne pas forcer la main, parce qu’il existait une attitude de ce genre, pas tant entre les étudiants. Voilà je distinguerais fortement. S’ils disaient trois choses. Entre les étudiants, le groupe qui on est opposé est une très stricte minorité, et celles-ci sont les malédiction de « La Sapienza », c’est-à-dire le fait qui existe toujours quelque groupe de forcené qui réussit à imposer sa volonté à l’immense majorité des étudiants. Je ne crois pas qu’entre les étudiants cette position soit ne dis pas majoritaire, mais même pas étendue. Entre les professeurs il est divergé. Ils ont signé seulement dans 67, mais je crois qu’ils soient beaucoup de plus ceux qui par contre ont une position de ce type. Je le dis positivement, par conscience. Ensuite il y a même très beaucoup de, qui par contre la pensent en mode différente. Et déjà je sais de recueillies de signatures, dans ces heures. Il n’y a pas doute, voilà. Il me réussit difficile estimer les pourcentages, n’en ai pas idée. Cependant il est clair que, peut-être, on divise moitié et moitié ; cependant elle n’est justement une minorité serrée, ne sont pas les 67, sont de plus. Donc face à une chose de ce genre, selon moi a été juste ne pas venir et donner même une leçon de style, en envoyant un discours qui dans quelque mode démantèle tous les prétextes qui ont été à la de base de refuse, de l’opposition à venue de le Pape. Après quoi, en second lieu le changement de cette mentalité me peut se produire seulement avec un procès très lent, de discussion, dans laquelle monstre progressivement que ces positions de type scientiste, laïciste, outrancier, sont des positions de type faux. Cependant, je répète, pour faire aller en avant ces procès il faut beaucoup de temps ; elle n’est pas une chose qui se réalise en des jours, même pas de mois ou d’un an. Il faut temps. 

Donc elle pense que soit possible à l’intérieur de l’Université publique italienne entamer en dialogue entre foi et raison ? 

Prof. Israel : Je pense sans autre de. L’avantage, ce qui de positif peut sortir de cet événement, est qu’on crée un réseau de personnes, qu’on a trouvé à partager les mêmes idées, et qu’il se connaisse. Parce que ce qui on voit dans ces circonstances je le vois même dans les leçons : il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas d’accord avec ce qui s’est produit, cependant ils ne se connaissent pas entre elles. Selon moi il faut que se crée un réseau de personnes qui soit intéressé à cette thématique et que les développements. Même pour ceci il faut un peu de temps, mais les conditions certainement il y ont. Je pense que soit une situation très difficile, mais je pense qu’en perspectif il y ait les conditions parce que meilleures la situation. Il faut avoir un peu de patience… L’Université a été toujours terrain d’idéologies plus plutôt extrémistes. En Italie, comme même dans beaucoup d’autres Pays d’Europe, il est ainsi. Pas comme aux Etats Unis, où on trouve tous les types de réalité. Celui-ci est le point. 

De son point de vue, en plus d’extrapoler de conteste-je la citation des Pontifie de la phrase de Feyerabend ou à parler du « cas » Galilée, ce qui peuvent être des états les autres erreurs ou expédient des rhétorique dans la communication ? 

Prof. Israel : Je ne sais pas si elles soient des erreurs de communication. À mon avis ils réfléchissent d’un coté une dégradation il y à culturelle, parce que qui une chose du genre et pas en honte, ou ne se en rend même pas compte (comme en certains cas j’ai constaté), est une personne qui culturellement est tombée de niveau. Dans autres cas j’ai constaté qu’il y a un acharnement viscéral qui presse sur n’importe quel chose. J’ai eu une discussion vraiment peu fait pour poste électronique avec un collègue. À la fin on a révélé sourde à n’importe quel argue, et en ne réussissant pas à répondre, m’a dit simplement que le Pape ne devait pas venir, que doit seulement demander excuse pour le reste de sa vie, et choses de ce type. Ou même en écrivant que seulement qui connaît tous les théorèmes des mathématiques il peut se permettre de parler de sciences. Que dire ? Je pense qu’il y ait une composante de hargne même extrêmement fort dans beaucoup de personnes. 

A-t-il eu des répercussions ou a subi critiques et attaques à ranger dans ces jours ? 

Prof. Israel : Je n’ai pas vu beaucoup de gens dans cette période, mais elle est l’habituelle situation. C’est-à-dire qui prend des positions comme celles que je me prends, satisfaite un prix. Il y a des personnes qu’elles ne te parlent plus, parce que, je répète, est un climat fortement factieux. 

du Père Frédéric Manns: L’arbre de Noël

10 janvier, 2008

dal sito della « Custodia Terrae Sanctae » – Jerusalem:

http://198.62.75.4/opt/xampp/custodia/?p=2791

25.12.2007 @ 17:06
L’arbre de Noël

(du Père Frédéric Manns)

LEurope est en train de devenir une société sécularisée et multiculturelle. Malgré tout les places centrales des villes sont ornées de sapins illuminés. La mémoire de lorigine religieuse des fêtes sestompe apparemment. Au-delà du folklore et de lexploitation commerciale, Noël reste une fête universelle dont les racines sont profondes : cest la fête de la naissance, de lenfant qui sommeille en chacun et aussi du mystère de la vie. Le christianisme est la religion de lincarnation dun Dieu qui ne veut pas rester étranger à sa création. Toute société a besoin de reprendre le souffle en célébrant des fêtes. Elle a besoin de gratuité si elle veut éviter luniformité mortelle.
Le pluralisme religieux s
installe partout : le mois de décembre a invité les juifs à célébrer Hanoukah et les musulmans à faire mémoire du sacrifice dAbraham. La tradition chrétienne de Noël mérite le respect, car elle a façonné en grande partie l’âme de lEurope. Toute société doit assumer son histoire. Respecter la mémoire cest respecter la pluralité
des traditions culturelles.
L
espérance chrétienne culmine à Noël : la naissance à la vie est un mystère et une merveille pleine davenir. Le christianisme est un vecteur despérance, car il invite à naître. Le Pape Benoit 16 la rappelé dans sa derniè
re encyclique.
L
espérance chrétienne sexprime par de nombreux symboles. A Noël cest larbre qui traduit de façon merveilleuse la foi chrétienne. Tout le monde sait que larbre de Noël a son origine en Allemagne, plus exactement sur la rive gauche du Rhin. Cest au seizième et dix-septième siècles quil connut son apogée. Quels furent les motifs qui poussèrent les Germains à reprendre ce symbole ? Voulaient-ils christianiser une tradition païenne – comme on le dit généralement – ou bien voulaient-ils traduire leur foi en lincarnation de Dieu ? Une enquête historique permet de conclure que larbre de Noël est une tradition chrétienne dè
s ses origines.
Au Moyen Age les chr
étiens occidentaux célébraient la fête dAdam et dEve le 24 décembre, la veille de Noël. Pour rappeler la faute des premiers parents on dressait des arbres auxquels on accrochait des pommes, puisque la version latine de la Bible voulait quEve offrit une pomme à Adam. Rappeler le péché dAdam et dEve prenait tout son sens parce que le lendemain on célébrait la nativité du fils de Dieu qui venait illuminer les ténèbres de lhumanité. Le 25 décembre on allumait des petites bougies quon avait fixées sur le même arbre. La condition de lhomme était ouverte à lespérance malgré le péché. Bien plus, l’étoile de Bethléem qui avait réjoui les mages païens fut placée au sommet de larbre. La richesse du symbole éclate : larbre du paradis qui avait signifié la mort des premiers parents est transformé en arbre de vie par la naissance de Jésus. Tout homme est appelé à se réjouir, parce que le nouvel Adam vient apporter la lumiè
re qui brille dans notre nuit.
Au dix-huiti
ème siècle la tradition de larbre illuminé se répandit dans lAllemagne du sud et sera rapidement adopté par les pays slaves. Au siècle suivant elle pénétrera en France lorsque la princesse de Mecklembourg épousa le duc dOrléans. En 1858 une grande sécheresse laissa les lorrains et alsaciens dépourvus de fruits. Cest alors quun souffleur de verre de Goetzenbruck essaya dimiter les pommes. Depuis lors nos arbres de Noël sont décoré
s de boules de verre.
La raison moderne qui n
aime pas les symboles est souvent tentée par le nihilisme. Il faut être réaliste : le climat change, nos océans sont pollués, lair devient irrespirable et notre nourriture est contaminée. Dans ces conditions le christianisme ne peut pas se replier sur lui-même. Il doit reprendre la force du message évangélique pour le proposer avec ses conséquences pratiques. Une nouvelle évangélisation devient nécessaire. Sur le sens de la vie et de la mort, sur les questions du mariage, de la justice sociale et de l’écologie le christianisme qui célèbre la naissance dun Dieu fait homme a des propositions concrètes. Il rappelle que leuthanasie nest pas permise puisque la vie est un don de Dieu et que le rapport au corps ne peut pas être dégradant, puisque le corps est appelé à devenir un Temple de lEsprit. LEglise garde un pouvoir despérance formidable qui culmine à Noël. La génération de demain si elle continue à dresser des sapins de Noël est invitée à respecter lhomme dans toutes ses dimensions et tout homme où qu
il soit.

Frédéric Manns

VATICANS l’espoir de la Papa est même pour les athées

2 décembre, 2007

(traduction par Babelfish, j’ai contrôlé toutes le mots, est une traduction difficile, mais le texte est intéressant, le site « AsiaNews » est seulement un anglais, italien et chinoise, du site (texte italien): 

http://www.asianews.it/index.php?l=it&art=10936&theme=3&size=A

  

30/11/2007 16:19 

VATICANS l’espoir de la Papa est même pour les athées 

de Bernardo Cervellera 

Avec la nouvelle encyclique, Bénit XVI demande aux chrétiens de dépasser une conception individualiste du salut et de l’être ministres d’espoir pour la société mondiale. Et il demande même aux athées d’avoir le courage de faire à « autocritique » après les faillites sociales et l’ambiguïté du progrès scientifique. Rome (AsiaNews) – Avec la nouvelle magistrale encyclique « Spe Salvi » Benoît XVI demande à tous les chrétiens de devenir « ministres d’espoir pour les autres » (n. 34). Il y a un appel à la valeur universelle de la mission, qui est quelque pieuse exhortation : les chrétiens sont appelés « à produire » espoir pour le monde dans le champ de la science, de la culture et de la politique. Le manque d’espoir de notre société contemporaine est devant les yeux de tous. Les problèmes sociaux qui serrent des entières populations – faim, maladies, droits humains – continuent à ne pas trouver de solutions pour l’inanité de beaucoup de gouvernements et d’organisations internationales ; parce qu’on préfère ne pas risquer son pouvoir et richesse ; parce qu’on préfère renforcer les armées et programmer des guerres par contre qu’œuvres de paix. La conclusion est une humanité fatiguée qui on trouve chaque jour devant les mêmes problèmes et une jeunesse toujours moins intéressées au bien commun. Ceci vaut pour l’Asie, où des jeunes chinois et des Indiens rêvent seule carrière et argent pour lui, mais il ancre de plus dans le vieil occident. « Si au progrès technicien elle ne correspond pas un progrès dans la formation étique de l’homme, dans la croissance de l’homme intérieur (cfr Ef 3.16 ; 2 Cor 4,16), alors il n’est pas un progrès, mais une menace pour l’homme et pour le monde » (n. 23). Si n’est aperçu le gouvernement vietnamien qu’après des ans d’idéologie matérialiste on rend compte d’avoir crée seulement une classe corrompu de politiciens et une jeunesse désespérée qui noie dans le sexe et dans il drogue et ne se préoccupe pas de son âgés. Et pour chercher à sauver le Pays maintenant le gouvernement demande à l’Église catholique d’instruire les jeunes, innerver de la société avec des valeurs qu’ils ont perdu. Il est presque un sorte de revanche pour le défunt Card. Van Thuan (beaucoup de fois cite dans l’encyclique), qu’il a passé 13 ans de captivité et d’isolation pendant que dans son Pays dominait l’ivresse violente et idéologiques du Viêt-Cong. La papa demande aux chrétiens de penser à l’espoir pas seulement en termes individuels, mais même sociaux et pour ceci il montre du doigt comme modèles les martyres (« personnes [ que ] on sont opposés au excessif pouvoir de l’idéologie et de ses organes politiques, et, au moyen de leurs mortes, ont rénové le monde », n. 8) et les personnes consacrées, les vierge, qui « pour amoure de Christ ont laissé tout pour porter aux hommes la foi et l’amoure de Christ, pour aider les personnes souffrantes dans le corps et dans l’âme » (n. 8). Pour rendre fructueuse le témoignage chrétien, les pontifie suggère la prière, la compassion et la consolation vers qui il souffre, mais même accepter de souffrir pour la vérité : « La vérité et la justice doivent sont au-dessus de ma commodité et intégrité physique, autrement ma même vie devient mensonge » (n. 38). Et encore, dans un autre pas, en parlant de « hypostole », c’est-à-dire « les se soustraire de quel il n’ose pas dire ouvertement et avec franchise la vérité peut-être dangereuse », ajoute : « Ceci se cacher devant les hommes pour esprit de crainte dans leurs comparaisons mène à la » perdition « (Eb 10,39) » (cfr. n. 9) Qui le chrétien doive être source d’espoir pour le monde le disaient même différents spécialistes et théologien du siècle passé (J.B. Metz, Et Bloch). Mais leur conclusion était que les chrétiens devaient à la fin soutenir l’espoir marxiste dans une société bonne du futur. Bénit XVI demande par contre aux chrétiens de fonder leur espoir en Jésus Christ « philosophe » et « bergères » de l’humanité, la présence de laquelle dans notre vie crée l’espoir « qui ne déçoit pas ». Au contraire, Bénit XVI fait de plus : il suggère au monde même, de découvrir l’espoir qui est Jésus Christ, à partir d’une « autocritique de l’ère moderne » (n. 22) qui ait le courage d’aller à fond sur les faillites des projets sociaux du XIX et de XX siècle et sur les ambiguïtés du progrès scientifique. Ainsi, pendant qu’il demande aux chrétiens de s’engager avec plus de radicalité dans le monde, il demande à la raison scientifique et à l’athée de s’ouvrir à une raison « vraiment humaine », ouverte à la foi : « la raison du pouvoir et de faire doit…. être complétée au moyen de l’ouverture de la raison aux forces salvifique de la foi, au discernement entre bien et mal. Seulement ainsi elle devient une raison vraiment humaine « (n. 23). De telle manière la papa rend « compréhensibles » au monde séculaire des termes qui semblaient « de sacristie » : l’enfer, comme la situation irrémédiable de personnes « dans lesquelles tout est devenu mensonge ; des personnes qui ont vécu par la haine et ont piétiné dans si des mêmes le amoure « (n. 45) ; le purgatoire, comme la situation dans laquelle nos compromis avec le mal est purifié et notre » saleté… brûlée dans la Passion de Christ « (n. 47) ; le jugement final, qui affirme l’existence d’une justice définitive : » la foi dans le Jugement final est avant tout et surtout espoir – cette espoir, la nécessité de laquelle s’est rendue évident vraiment dans les boulersèment des derniers siècles. Je suis auto convaincu que la question de la justice constitue argue essentiel, en tout cas argue plus de fort, en faveur de la foi dans la vie éternelle « (n. 43). 

Une vie plus forte que la mort: Le péché originel revisité

4 novembre, 2007

 du site: 

http://www.catechese.viateurs.ca/bible/vie-plus-forte-que-mort/impression.cfm

Une vie plus forte que la mort
Le p
éché originel revisité

Léonard Audet, c.s.v.
11 septembre 2007

 

Aperçu
Saint Paul insiste sur la solidarit
é que nous avons avec le Christ, celui qui conduit à la vraie vie.

Cet article vise à présenter sommairement la vision théologique de Saint Paul concernant ce que lon appelle traditionnellement le « péché originel ». Cette vision nous semble très significative et pertinente pour lhomme daujourd

hui.

Si Paul parle de la solidarité de lhumanité avec « Adam » dans ce qui conduit à la mort, ce nest que pour souligner une solidarité beaucoup plus importante, soit celle de toute lhumanité avec le Christ celui qui conduit à la vraie vie.

Mort versus Vie

« Voilà pourquoi, de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a atteint tous les hommes: d’ailleurs tous ont péché» (Rm 5,12)En tenant compte du contexte plus large dans lequel ce verset de la lettre de Saint Paul aux Romains est inséré, on peut résumer le sens du verset en quelques points que voici :

  • Une puissance de mort qui pousse l’être humain vers le mal et la haine est entrée dans le monde au début de lhumanité par la faute des premiers humains (Adam étant un personnage symbolique corporatif représentant un groupe). Cette puissance de mal affecte lhumanité toute entiè

re.

  • Ainsi, depuis le début de l’humanité, il y a une mystérieuse solidarité chez les humains qui vise à refuser la présence bienfaisante de Dieu : « et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. » (Jn 1,5)

  • Cette force du mal reçue par héritage n’est pas pour autant contraignante : elle ne produira ses effets destructeurs porteurs de mort que si l’être humain choisit des routes qui vont à l

  • encontre de ce qui fait vivre.
    Pour le chrétien, seule l’action du Christ dans sa vie peut le conduire à la véritable liberté : « Le voleur ne se présente que pour voler, pour tuer et pour perdre; moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. » (Jn 10,10)

    Une vision optimiste

    « Car si par un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a régné, à plus forte raison, par le seul Jésus Christ, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent l’abondance de la grâce et du don de la justice. » Rm 5,17

    Dans ce passage de la lettre aux Romains, Paul ne parle de la solidarité avec « Adam » dans ce qui conduit à la mort, que pour souligner une solidarité beaucoup plus importante, celle de toute l’humanité avec le Christ… celui qui conduit à la vraie vie

    .Paul est bien s

    ûr très conscient des forces de mort qui sont à l’œuvre dans lhumanité. Il nessaie pas de taire cette réalité. Cependant, son expérience personnelle, sa relation avec le Christ ressuscité lui fait comprendre que lEsprit de Dieu est une force beaucoup plus grande. Assurément, lamour et la vie vont triompher.

    Toute personne qui fait lexpérience de la vie même de Dieu, de la force du Christ, comprend par lui-même les paroles de Paul. Voilà pourquoi lespérance est compagne du chrétien.

    L’« amartia » paulinien aujourd’hui

    Pour désigner les forces néfastes à l’œuvre dans le monde, Paul leur a donné le nom d’« amartia » (terme grec) quil a dune certaine manière personnifiée. Dautres auteurs bibliques parleront plutôt de Satan, de prince de ce monde, des démons, etc. Bref, il sagit toujours des mêmes réalités mystérieuses dont on sent linfluence malfaisante mais quil est difficile didentifier clairement et de nommer.

    Pour peu que lon observe notre monde, on voit bien des signes de l’« amartia » paulinien : abus de pouvoir, haine, intolérance, intégrisme, violence, matérialisme, « je men foutisme », individualisme, égoïsme

    Comme Paul, nous sentons bien que dès notre arrivée en ce monde, nous héritons de tout un monde daliénation et de mort pour lequel nous y sommes pour rien. Certes, la génération actuelle nest pas responsable de toutes les blessures et déviations qui rongent lhumanité présente.

    À titre dexemples :

    • La transmission dun héritage de mépris conduit trop souvent des personnes de religion, culture ou race différentes à se dé

    tester mutuellement.

  • Plusieurs problèmes de délinquance puisent leur source dans le terreau infertile dune société qui a perdu ses repères et son sens de lhumain.

    Bref, plusieurs choix que nous faisons aujourdhui sont fortement colorés, conditionnés et orientés par les choix de nos prédécesseurs. Un effet dentraînement est à l’œuvre. Nous le ressentons tous. Nous touchons là une « sorte de péché originel » qui se transmet par héritage à travers lhistoire de lhumanité.

  • La Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, c’est qu’on peut s’en sortir! Nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes pas orphelins. Dieu se propose à la fois discrètement et puissamment à nos vies :

    « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelquun entend ma voix et ouvre la porte, jentrerai chez lui et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi. » (Ap 3,20)

    Tiraillé entre deux forces

    Les deux forces dont nous parle Saint Paul qui sont à l’œuvre dans lhumanité et la société, sont également présentes dans chaque être humain, pris individuellement.Au plan profond de son être, chacun de nous a sans doute déjà expérimenté l’appel ou la sollicitation de deux forces opposées :

    • Dun côté, la tentation de se refermer sur soi avec sa petite vie d’égoïsme et dauto-suffisance. Cest lenfermement. Cest la tentation du péché, au sens profond du terme. Cest lappel du « vieil homme » en nous, comme se plaisait à

    le dire saint Paul :
    « Comprenons bien ceci: notre vieil homme a été crucifié avec lui (Jésus) pour que soit détruit ce corps de péché et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. » (Rm 6,6)

  • De lautre côté, la force de Dieu en nous où lEsprit du Christ nous appelle à une vie douverture et de don. Cest ce que Paul appelle « revêtir lHomme nouveau », l’être humain appelé à la libération totale :
    « Pour vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris le Christ, si du moins c’est bien de lui que vous avez entendu parler, si c’est lui qui vous a été enseigné, conformément à la vérité qui est en Jésus : il vous faut, renonçant à votre existence passée, vous dépouiller du vieil homme qui se corrompt sous l’effet des convoitises trompeuses; il vous faut être renouvelés par la transformation spirituelle de votre intelligence et revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité. » (Ep 4,20-24)

    Discernement des esprits oblige

  • question de vie, question de mort. Il sagit de prendre la route de la vie véritable. Osons demander à lEsprit qui soffre à nous de nous éclairer et de nous fortifier sur la voie des choix porteurs de vie.

    LEsprit est capable de donner aux germes de vie déposé

    s en nous leur pleine croissance :

    « Écoutez-moi: marchez sous l’impulsion de l’Esprit et vous n’accomplirez plus ce que la chair désire. Car la chair, en ses désirs, s’oppose à l’Esprit, et l’Esprit à la chair; entre eux, c’est l’antagonisme; aussi ne faites-vous pas ce que vous voulez. Mais si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes plus soumis à la loi. » (Ga 5,16-18)

    Un héritage de vie dans le Christ

    Daprès la perspective de Rm 5,12-21, chaque être humain reçoit, du fait de sa naissance, un héritage de vie et de bien (« christique ») plus fort que lhéritage de mort (« adamique »). Cependant, la vie de Dieu ne simposant pas, et comment en serait-il ainsi puisque « Dieu est Amour » (1 Jn 4,8), l’épanouissement dun tel héritage de vie demande notre collaboration. Le Dieu libre sadresse à notre liberté afin de nous partager la vie nouvelle :

    « Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là. » (2 Co 5,17)

    Être chrétien, ce nest pas dabord porter son regard sur le futur, dans lespérance du Royaume de lau-delà, mais plutôt se laisser interpeller dès maintenant par le dynamisme de libération et de vie issu du mystère de la Pâque du Seigneur. Cest accepter en soi, par don du Père, une nouvelle possibilité dexistence, une nouvelle réalisation de son être profond où les limites de la mortalité seront finalement surmontées. Cest accepter que lEsprit du Seigneur transforme son quotidien pour le faire déboucher sur ce que Paul appelle le fruit de lEsprit : une existence marquée par lamour, la joie, la paix, la bonté, la bienveillance, la douceur, la sérénité intérieure (Ga 5,22-23).Ceux qui ont expérimenté ces biens savent quils possèdent déjà en eux lhéritage du Seigneur et que cest là un avant-goût de la vie du Royaume.

    Infirmières bulgares – Snejana Dimitrova:  »Je n’en veux à personne »Propos recueillis par Philippe Broussard

    17 octobre, 2007

    du site:

    http://www.santegidio.org/it/pdm/index.htm

    Infirmières bulgares

    Snejana Dimitrova:  »Je n’en veux à personne »Propos recueillis par Philippe Broussard

    Cette infirmière bulgare a passé plus de huit années de sa vie dans les prisons libyennes. Injustement accusée, comme quatre de ses compatriotes et un médecin d’origine palestinienne, d’avoir inoculé le virus du sida à des centaines d’enfants de Benghazi, elle publie un livre: Cauchemar. Le témoignage bouleversant d’une infirmière bulgare (Michel Lafon, en librairies le 18 octobre). Dans cet entretien exclusif accordé à L’Express, elle ne cache rien: ni les tensions avec les autres détenues ni les détails sur leur libération, en présence de Cécilia Sarkozy.

    « Vous allez publier un livre en France. N’est-ce pas douloureux d’évoquer à nouveau ces années de détention?

    Pour moi, chaque retour vers le passé est un cauchemar. En Libye, mon obsession était d’effacer les jours précédents, de regarder vers l’avant. D’ailleurs, c’est peut-être ce qui m’a permis de survivre. Or, pour faire ce livre, j’ai dû revenir sur le passé… Je l’ai vécu comme une épreuve.

    Snejana Dimitrova

    Août 1952
    Naissance
    à
    Botevgrad (Bulgarie).
    Juillet 1998
    Infirmière à
    Benghazi (Libye).
    Février 1999
    Elle est accusée, comme cinq de ses compatriotes et un médecin palestinien, d’avoir sciemment inoculé le virus du sida à
    des centaines d’enfants.
    Mai 2004
    Condamnation à mort. Recours devant la Cour suprême de Libye. Les accusés invoquent les mauvaises conditions sanitaires de l’hô
    pital.
    Décembre 2006
    Confirmation de la peine capitale. Les négociations diplomatiques et financiè
    res s’intensifient.
    Juillet 2007
    Libération. Retour en Bulgarie.

    Les autres prisonniers souhaitent engager des poursuites pour obtenir des indemnisations. Pas vous. Pourquoi?

    J’ai souffert, on m’a fait beaucoup de mal, mais il ne faut jamais répondre au mal par le mal. Sachez aussi qu’en Libye j’ai signé, comme les autres, un document dans lequel je m’engageais à ne pas déclencher de procédure. Ce document porte ma signature, et aussi celles de l’ambassadeur bulgare à Tripoli, de l’ambassadeur britannique à Tripoli, d’un représentant de l’Union européenne, Marc Pierini. Je tiendrai donc parole. Enfin, après avoir passé tant de temps dans les salles d’audience, je n’ai aucune envie d’y retourner. Je ne trouverai pas mon bonheur dans un quelconque combat contre la Libye ou qui que ce soit, mais peut-être en compagnie de mes proches. Je veux continuer et finir ma vie comme tous les êtres normaux.

    Vous avez toujours fait figure de cas particulier au sein du groupe…

    Je suis contente que les gens disent cela. De fait, j’étais un peu à part. A mes yeux, nous ne formions d’ailleurs pas un vrai groupe. On ne se connaissait pas avant cette affaire, on ne s’était pas choisies… Les seules choses qui nous liaient, c’était la douleur, la souffrance, nos origines. Autrement dit, je n’avais pas d’amie dans cette petite communauté. Pour que se crée une amitié, il faut du positif, des bonheurs communs. Dans notre cas, tout reposait sur du négatif. A un moment, il y a eu deux clans, et je n’étais ni dans l’un ni dans l’autre.

    D’où certaines tensions…

    Bien sûr. C’est classique: les gens différents ne sont pas ceux que l’on préfère. Il ne s’agissait pas d’accrochages très durs, mais de frictions liées à la vie quotidienne.

    Vous en avez souffert?

    Oui, mais je me suis efforcée d’être bien avec tout le monde. Surtout, je n’ai pas renié mes principes. Et mes principes me disaient qu’il fallait rester moi-même, quitte à m’enfermer dans ma bulle pour mieux me protéger. Avec le recul, je crois que le fait d’avoir des caractères différents nous a aidées. Parmi nous, il y avait des pessimistes, des optimistes, d’autres qui, comme moi, naviguaient entre les deux. Parfois, je tombais dans un pessimisme extrême. En même temps, je savais que Dieu ne permettrait pas la mort d’innocents.

    Est-ce vrai qu’en regardant par la fenêtre de votre cellule vous aviez l’habitude d’identifier les étoiles en leur attribuant les prénoms de vos proches?

    Ce ciel symbolisait la liberté. Je peux d’ailleurs vous indiquer très exactement le moment où je me suis sentie vraiment libre: en voyant le ciel de mon pays. En Libye, il était très bas et les étoiles étaient énormes. En Bulgarie, il est très haut et les étoiles sont toutes petites. En le regardant, j’ai compris que j’étais libre.

    Comment transmettre une histoire aussi forte?

    C’est très difficile. Je me demande si les gens peuvent comprendre. Moi-même, suis-je capable de trouver les mots et la force nécessaires? Pour l’instant, je ne pense pas avoir besoin d’un psychologue.

    Comment reprendre place dans la vie de ses proches après une si longue absence?

    L’avenir me dira ce qu’il en est, mais je garde en mémoire une phrase de mon mari, à mon retour, devant toute la famille: «Pour moi, Snejana n’a pas été absente plus de deux mois.»En voulez-vous à quelqu’un?

    L’essentiel est d’être en vie, en liberté. Je n’en veux à personne.

    Pas même à vos tortionnaires?

    J’ai une autre philosophie en ce qui les concerne: ces policiers voulaient obtenir mes aveux, mais ils n’ont rien eu. Pour moi, ce sont des malheureux. Le vainqueur, c’est moi. Oui, j’ai gagné.

    Comment?

    Peut-être grâce à ma famille, à mes parents. Mon père était militaire. Par sa dignité, sa manière d’affronter les difficultés, il a toujours été un exemple pour moi. Jusqu’en Libye.

    Il vous a aussi fallu survivre au huis clos de la vie carcérale…

    Comme j’adore les jeux vidéo, mes enfants m’en avaient envoyé un. Attention: pas un jeu d’aujourd’hui, trop compliqué, mais un jeu de logique, assez ancien. Devant l’écran, j’étais dans un autre monde, je m’imaginais à la maison. Dans le dernier endroit où nous étions détenues, à Tripoli, les journées étaient monotones: prendre un café, broder, lire ou jouer aux cartes, profiter de la promenade, téléphoner en Bulgarie… Nous avions deux chambres: d’un côté, Valia, Valentina et moi; de l’autre, Kristiana et Nassya. Rien ne nous manquait. Sauf la liberté.

    Aviez-vous des contacts avec Ashraf, le médecin palestinien?

    Il était dans la même prison, mais dans le secteur des hommes. Nous ne pouvions le voir qu’à l’occasion des audiences.

    Lui en voulez-vous de vous avoir désignée, au début de l’enquête, comme l’une des responsables de la contamination des enfants?

    Pas du tout! Ashraf a fait cela sous la torture, alors que les policiers lui soumettaient une liste de personnes qu’il ne connaissait même pas. Ensuite, il a eu le courage de venir s’excuser. Comment lui en vouloir? C’est un homme exceptionnel, que j’aime beaucoup. J’éprouverai un immense plaisir à assister à son mariage, au mois de décembre, en Bulgarie.

    Comment viviez-vous les différents rendez-vous judiciaires, quand il fallait comparaître devant tel ou tel tribunal?

    C’étaient les moments les plus terribles. Le seul fait d’en parler me donne des nausées. Je me sentais très mal parce que je savais que ce serait vide de sens. D’autant que je ne comprenais rien de ce qui se disait! C’était un cirque auquel je participais bien malgré moi.

    Aviez-vous conscience de la mobilisation internationale?

    Bien sûr. Surtout au cours des derniers mois. Tout ce qui s’est passé après notre deuxième condamnation à mort, en décembre 2006, a été comme un volcan qui allait exploser. Au même titre que le travail des politiques et des négociateurs, le soutien de l’opinion a contribué à notre libération.

    Avez-vous vraiment cru à votre condamnation à mort?

    Jamais! Jamais! Jamais!

    Vous pensiez que les Libyens bluffaient?

    Non. Je ne croyais pas à la mort parce que j’étais innocente. Je n’ai donc jamais imaginé qu’ils étaient capables de me tuer. Les dernières déclarations de hauts responsables libyens laissaient entendre que nous ne serions pas exécutés.

    Diverses personnalités étrangères sont venues vous voir en prison. Quel était votre sentiment sur ces visites?

    Je ne parlais pas, je me contentais d’écouter pour savoir s’il fallait ou non faire confiance à ces personnes. Beaucoup nous ont dit: «On va vous sortir de là.» Je suis persuadée que la plupart d’entre elles ont favorisé, à leur manière, à notre libération. Les Libyens ne précisaient pas l’identité des visiteurs attendus. Ils nous demandaient juste d’être prêts.

    Quand on vous a annoncé une visite le 12 juillet, vous avez donc découvert, en pénétrant dans la salle, qu’il s’agissait de Cécilia Sarkozy?

    Effectivement. Ce qui nous a tout de suite paru bizarre, c’est qu’il n’y avait pas de photographes, contrairement aux visites précédentes, et aucun Libyen pour assister à la rencontre, ce qui n’était jamais arrivé non plus. Quand Cécilia Sarkozy est arrivée, avec Claude Guéant et deux autres messieurs, je l’ai reconnue, parce que j’avais lu un article sur elle dans un magazine.

    Cette rencontre vous a-t-elle redonné espoir?

    Même si Mme Sarkozy s’est montrée très laconique, j’ai senti qu’il s’agissait d’une visite et d’une personne très spéciales. Elle s’exprimait en anglais, avec Kristiana, pour dire qu’elle devait se rendre à Benghazi, auprès des enfants malades, puis avoir un deuxième rendez-vous avec Kadhafi. Le fait de rencontrer le colonel deux fois en une journée était à mes yeux un signe positif. Les jours suivants ont été très intenses. Plusieurs personnes sont venues nous voir, dont Marc Pierini, un homme qui a joué un rôle crucial dans le dénouement. Tout en s’occupant de l’aide aux enfants libyens et à leurs familles, il nous a toujours soutenus.

    Que pensez-vous de la polémique sur le rôle de Cécilia Sarkozy?

    Je ne dirai qu’une chose: les Français doivent être fiers d’elle!

    Comment avez-vous vécu les dernières heures, dans la nuit du 23 au 24 juillet?

    Mes affaires étaient prêtes depuis une semaine. Plus précisément depuis le jour où le Conseil juridique suprême de Libye avait commué la peine de mort en réclusion à perpétuité. Là, nous avons toutes préparé nos bagages. Pour moi, l’issue était proche, c’était une question d’heures. Cette nuit-là, j’ai tout fait pour ne pas dormir, mais j’étais si épuisée que je me suis endormie vers 2 heures. A 4 heures, Kristiana m’a réveillée et m’a dit que le chef de la prison nous donnait trois heures pour préparer nos affaires.

    Et ensuite…

    Ce fut le début d’une belle histoire que je n’oublierai jamais. Mon bagage étant déjà prêt, j’ai bu un café dans la cuisine en écoutant la radio bulgare. J’ai senti l’excitation des journalistes et réalisé que c’était bien le moment du départ. Ensuite, Ashraf nous a rejointes, ce qui était un signe supplémentaire. Vu mon état d’euphorie, je n’ai pas de souvenirs très précis, mais j’ai entendu quelqu’un annoncer l’arrivée de l’ambassadeur français. Il n’était même plus question d’attendre trois heures. Quelqu’un a dit: «Allez, partez tout de suite!» A 5 h 45, nous sommes montés à bord de deux voitures. Nous étions tendus et silencieux. Le portail de la prison était ouvert, le jour commençait à peine à se lever. Vingt minutes après, nous sommes arrivés à l’aéroport, dans la salle réservée aux personnalités. Puis nous avons vu l’avion français, et Cécilia Sarkozy sur la passerelle. Quand nous avons marché vers l’avion, elle est descendue. Elle avait l’air fatiguée, et stressée, de même que Marc Pierini et la commissaire européenne Benita Ferrero-Waldner. J’ai été la dernière à pénétrer dans l’appareil. Mme Sarkozy a ordonné que l’avion parte et a poussé un ouf de soulagement. Ensuite, il y a eu deux moments très forts: le décollage, puis lorsque le pilote a annoncé que nous avions quitté l’espace aérien libyen. Alors, l’équipage a sorti le champagne…

    Compte tenu de cette issue heureuse, avez-vous aujourd’hui des liens d’amitié avec les autres infirmières?

    Je ne sais pas ce qu’elles en pensent. De mon côté, je vois les choses de manière positive. Ces quatre femmes ont beaucoup souffert, comme moi, et nos destins sont liés à jamais. Vous savez, cette expérience a fait de moi une autre femme: j’ai mûri, je suis plus patiente qu’avant, il m’est plus facile de pardonner.

    Maintenant que vous êtes libre, que diriez-vous aux parents des enfants de Benghazi si vous pouviez leur parler?

    Que les autorités de leur pays ont perdu huit ans et demi en nous accusant injustement au lieu de se consacrer aux enfants. En tant que mère, je comprends la douleur des familles, et je suis heureuse que les enfants soient soignés en Europe. Encore une fois, je n’en veux

    La foi en Jésus fleurit aussi dans le désert

    16 octobre, 2007

    du site:

    http://www.30giorni.it/fr/articolo.asp?id=15204

    La foi en Jésus fleurit aussi dans le désert 

     

    «Ici l’Église catholique vit de l’essentiel, de sacrements et de dévotion… Ce qui fait toujours écarquiller les yeux à mes interlocuteurs, même s’il s’agit des plus hauts dirigeants de ces pays, c’est quand je dis: “La première chose que nous faisons, nous les chrétiens, c’est de prier pour vous”». Rencontre avec Monseigneur Paul Hinder, vicaire apostolique d’Arabie 

    Interview de Paul Hinder par Giovanni Cubeddu 

    La dernière nouvelle, au niveau diplomatique, c’est l’établissement de relations officielles entre le Saint-Siège et les Émirats Arabes Unis, le 31 mai dernier. Avant les formalités, l’Église avait déjà pu expérimenter, comme ailleurs dans la péninsule arabique, la bienveillance de certains gouvernants éclairés des Émirats: dans ce cas, il y avait eu le don en novembre 2006, à Ras al-Khaimah (l’un des sept Émirats de la fédération), d’un vaste terrain pour la construction d’églises chrétiennes. La gratuité est le plus beau modèle de relation avec le pouvoir que l’Église expérimente dans le Vicariat apostolique d’Arabie, dans les lieux mêmes qui constituent le berceau de l’islam, là où a vécu le prophète Mahomet, là où il a rencontré juifs et chrétiens au cours d’épisodes de justice et de coexistence pacifique qui mériteraient une bien plus grande attention aujourd’hui, dans la Ummah et en dehors.
          Dans cette région cruciale, le Saint-Siège entretient des relations diplomatiques non seulement avec les Émirats, mais aussi avec le Bahreïn, le Koweït, le Yémen et le Qatar. On espère que le sultanat d’Oman s’ajoutera bientôt à cette liste. Le Vicariat apostolique d’Arabie – qui est le plus étendu du monde avec plus de trois millions de kilomètres carrés – comprend tous les États de la péninsule arabique (à l’exception du Koweït, où le vicaire apostolique est l’évêque Camillo Ballin, missionnaire combonien). C’est l’évêque Paul Hinder, frère mineur capucin, qui se trouve actuellement à la tête du Vicariat, poursuivant la tradition silencieuse et ardente de son Ordre d’offrir ses religieux à ces régions, devenues un point ultrasensible dans les rapports entre religions et civilisations et entre politique et économie globales, vu les gigantesques intérêts suscités par les ressources énergétiques. L’évêque Louis Lasserre, premier vicaire apostolique d’Arabie, était capucin, lui aussi. À cette époque héroïque (le Vicariat fut formellement érigé en 1889), la base logistique – et aventureuse – pour le soin des âmes était la malsaine ville d’Aden, au Yémen, dans la partie méridionale de la péninsule que les Romains connaissaient sous le nom d’“Arabia felix”; mais depuis 1973, la résidence du vicaire apostolique se trouve dans le futuriste Émirat d’Abou Dhabi.
          Bernardo Gremoli a été vicaire apostolique de 1976 à 2005 et il est lui aussi capucin. Mgr Hinder demande très souvent conseil à son prédécesseur et les échanges, ou même les visites lorsque c’est possible, sont plus que fréquents.
    C’est la même belle histoire qui continue.
         

     

     

     

     

     

          Excellence, quelle situation de l’Église avez-vous héritée de Mgr Gremoli, votre prédécesseur dans la péninsule arabique?
          PAUL HINDER: J’ai eu l’impression qu’il s’agissait d’une Église extrêmement vivante et nombreuse; or lorsqu’on arrive dans cette partie du monde pour la première fois, on ne s’attend pas à trouver cette réalité. Il y a des communautés vraiment impressionnantes là où les gouvernements ont concédé le terrain pour construire des églises, et cela me donne de la joie et du courage.
          Le problème que nous rencontrons dans presque tous les pays du Golfe est en effet celui de l’espace, car même si nous avons reçu des terrains pour construire des églises, ils ne sont déjà plus suffisants. Il s’agit, de plus, d’une gestion concrète, qui suscite parfois des discussions entre les groupes de langues et de rites différents appartenant à une même paroisse, et cela crée quelques problèmes à l’évêque, qui doit toujours se conduire de la manière la plus équitable. Or cela n’est pas toujours possible, matériellement parlant…
          C’est-à-dire?
          HINDER: Prenons par exemple le Qatar, où se trouvent plus de 50 000 Philippins, dont 85% sont catholiques. Nous sommes en train de construire pour eux une grande église, mais ils n’en ont aucune pour le moment. Il y a aussi de très nombreux Indiens au Qatar et, une fois les comptes faits, on estime que les catholiques sont entre 140 et 150 000. Jusqu’ici, on a trouvé de la place pour la liturgie dans les locaux de l’école américaine et de l’école philippine ou dans d’autres locaux qu’on loue au fur et à mesure des occasions liturgiques, mais cette dispersion ne nous aide pas à assurer le suivi pastoral d’une réalité aussi composite de fidèles, ni à la garder unie. Cette carence se fait sentir, et nous le regrettons.
          Dans certains pays du Golfe, les problèmes relatifs aux permis de construire pour les églises ont été résolus à l’amiable par les autorités islamiques. Avez-vous en revanche l’impression que l’on crée des difficultés par la suite?
          HINDER: Pour autant que je sache, aucun reproche n’est jamais venu des plus hautes autorités gouvernementales. On ne nous crée pas de problèmes et les relations sont bonnes. Mais ici aussi, le progrès se fait sentir, et il nous arrive d’éprouver le besoin pratique de saisir le bon moment pour approcher les autorités…
          Que voulez-vous dire?
          HINDER: Il y a des années, lorsque Mgr Bernardo Gremoli a commencé à se déplacer dans la péninsule arabique, le style de vie était partout conforme à la tradition bédouine, un style plus informel et plus direct que celui des bureaucraties d’aujourd’hui. Aujourd’hui, les retards dont on parle tant doivent souvent être attribués non pas à la malveillance, qui n’existe pas, mais à la vie compliquée des structures ministérielles, vie qui est de plus en plus complexe, même dans le Golfe.
          Je ne nie pas que l’on puisse de temps en temps tomber sur des groupes de fonctionnaires gouvernementaux plus rétrogrades, qui ne se rendent pas compte des changements sociaux survenus dans leur pays, ou sur d’autres qui adhèrent au contraire à une interprétation plus radicale, plus fermée. Mais ce sont des phénomènes que l’on rencontre dans toutes les administrations. Ce n’est pas une prérogative du Golfe.
          Paradoxalement, les bédouins d’autrefois étaient plus traditionalistes, mais aussi plus ouverts que leurs successeurs, plus sûrs d’eux. Ce que j’espère surtout, c’est que nous tous, musulmans ou chrétiens, nous nous rendrons toujours compte de la réalité.
          Y a-t-il des exemples significatifs en ce sens?
          HINDER: Beaucoup. Je me souviens d’une rencontre avec un sultan d’Oman, quand nous avons eu la possibilité, l’évêque anglican et moi-même, de lui parler librement, pendant plus d’une heure: il a compris et accepté tout ce que nous pensions et tout ce que nous disions. Il a été très cordial, comme d’ailleurs le ministre des Affaires religieuses d’Oman et le chef de la section du Waqf, le bureau des propriétés religieuses. Dans le sultanat d’Oman, en tant qu’évêque catholique, j’ai jusqu’ici été totalement libre de me déplacer et je dispose d’un visa prolongé avec un permis d’entrées multiples. On nous écoute et on essaie de nous aider, tout en respectant la loi qui prévoit des temps assez longs – jusqu’à deux ou trois mois – pour la délivrance des visas. Ceci crée des obstacles quand nous devons répondre rapidement à des urgences qui concernent les chrétiens. Mais les fonctionnaires gouvernementaux nous écoutent, et s’il y a une vraie nécessité, ils comprennent.

     

     

     

     


     

          D’autres rencontres?
          HINDER: Avec le conseiller pour les Affaires religieuses du président des Émirats Arabes Unis, qui était déjà un bon ami de Mgr Gremoli. C’est un homme cordial, aussi avons-nous plaisir à nous rencontrer aux rendez-vous officiels, mais nous le recevons aussi dans notre maison épiscopale pour les vœux de Noël. Moi, par ailleurs, j’ai été, en tant que vicaire apostolique, présenté aux autres autorités comme représentant du Pape. Ce sont des indices d’une certaine estime affectueuse et réciproque. Et puis, au Yémen où je vais souvent j’ai rencontré plusieurs personnalités du gouvernement, comme le ministre des Affaires étrangères ou celui de la Santé, pour discuter de l’éventualité d’ouvrir une petite clinique pour les pauvres dans une de nos maisons à Aden. Et le roi du Bahreïn ou l’émir du Qatar ne se montrent pas moins bienveillants. Puis il y a la vie administrative quotidienne, le fonctionnaire qui ne nous connaît pas et auquel il peut arriver d’appliquer le règlement de manière rigide, en allongeant les délais… alors il faut beaucoup de patience.
          Et quand on n’a plus de patience?
          HINDER: Eh bien, tout s’arrange avec encore un peu de patience [il rit, ndr]… et si on n’en a pas, on apprend à en avoir.
          Le fait qu’il existe une relation cordiale avec l’Église catholique dans certains pays du Golfe représente en soi un appel discret à un rapprochement plus étroit avec les Saoudiens.
          HINDER: Certes, même si je n’ai pas les moyens d’apprécier dans quelle mesure cet appel a été capté aujourd’hui. Là aussi, il nous faut de la patience. Malgré tout, on perçoit parfois, au-delà de notre dialogue silencieux, une certaine inquiétude entre les petits pays du Golfe et les Saoudiens eux-mêmes. Cela vient soit de l’absence de communication soit de ce qui peut arriver à Riyad sur le plan politique. Il y a une incompréhension réciproque, due aussi à des différences de mentalité, d’approche de questions brûlantes… Face à de grands problèmes, qui concernent tout le monde arabe ou l’islam, il est évident que l’unité arabe et/ou musulmane se réalise presque automatiquement. Mais dans des questions de détails, il n’en est plus ainsi. C’est exactement ce qui se passerait pour nous autres Européens.
          Le changement d’atmosphère remonte à la révolution de 1979 en Iran et surtout au 11 septembre 2001 et à la deuxième guerre du Golfe qui a suivi. À partir de cette date, le radicalisme et le scepticisme ont augmenté et la confiance a diminué dans le Golfe. Les minorités ont senti une plus grande insécurité, on se parle moins. Mais ce n’est pas vrai pour tout le monde. Il y a des exceptions…
          C’est-à-dire?
          HINDER: Ceux qui ont un minimum d’instruction ou plutôt, ceux qui arrivent à connaître personnellement des chrétiens, changent de bagage culturel et ont un regard plus positif… ils ont moins “peur” de nous. Et cela arrive aussi, sans aucun doute, aux chrétiens vis-à-vis des musulmans.
          D’après votre expérience, dans quel domaine est-il plus facile que des personnes de religion différente se rencontrent? Quel est le geste qui les rapproche le plus?
          HINDER: Pour les pays du Golfe, Le problème principal, que les autorités gouvernementales ont elles-mêmes noté, c’est que les étrangers arrivent pour travailler et qu’ils repartent au bout de quelques années. C’est la raison pour laquelle ils ne sont pas considérés comme des immigrés à intégrer mais comme de simples “expatriés”. Cela change inévitablement la nature des relations. Par exemple, l’immense majorité de ceux qui arrivent n’apprennent pas l’arabe. Prenons le Qatar: en général, l’Église se borne à prendre soin des expatriés – parmi lesquels se trouvent quelques arabes chrétiens d’autres pays, mais il s’agit d’une petite minorité dans une masse d’asiatiques. Cela a aussi une influence sur le type de coexistence, et même nos rapports avec les gens du pays se réduisent parfois à des actes bureaucratiques ou à des réceptions avec les autorités. Nous espérons qu’un dialogue continu finira par s’établir avec les imams du pays, mais il arrive parfois que ces derniers – et c’est un autre problème – ne connaissent que leur propre langue. En revanche, avec les autorités universitaires ou politiques, qui ont parfois fait des études à l’étranger, les choses sont plus faciles, parce que, par exemple, ils connaissent l’Europe.
          Alors, pour répondre à votre question, je dirais que le domaine où nous rencontrons le plus facilement les musulmans est le respect de la vie – par exemple, dans les conférences internationales, l’Église et l’islam se sont trouvés côte à côte pour condamner l’avortement – et l’amour pour la famille: en dépit de la disparité des rôles entre l’homme et la femme, le sens de la famille est très fort dans l’islam. Et nous sommes unis aussi par le désir de justice et de paix…
          Comment réagissent vos interlocuteurs devant l’actualité internationale?
          HINDER: Comme tout le monde le sait, et comme nous le savons bien, toute rencontre entre nous sera fragilisée et perdra de son authenticité tant que ne seront pas résolues l’éternelle question israélo-palestinienne et la tragédie actuelle du peuple irakien. Ce sont des plaies ouvertes dans le monde arabo-musulman. Et je constate que, dans mes rencontres officielles avec les autorités, on me demande à chaque fois, à un certain point des entretiens: «Et vous, qu’est-ce que vous faites? Quelles est la position du Pape sur la Palestine? Et sur l’Irak?». Heureusement, notre Pape a été clair sur la guerre, et la position du Saint-Siège sur Israël et sur la Palestine est crédible. Mais ces points restent les points cruciaux, et pour nous qui sommes ici, dans le Golfe, le dialogue se complique.
          Quelle est la caractéristique de la vie des communautés chrétiennes dans le Golfe?
          HINDER: Ici, l’Église catholique vit de l’essentiel, de sacrements et de dévotion. Il y a des activités caritatives, exercées parmi les membres de la communauté ou par l’intermédiaire du curé ou de l’évêque local. Mais il n’y a pas de structures, et il serait même difficile d’en avoir. Font exception quatre écoles qui appartiennent au Vicariat apostolique et quatre autres, privées, tenues par des religieuses: il s’agit pour nous d’œuvres très importantes. La plupart des élèves sont musulmans, ils forment la grande majorité si l’on considère les instituts dans leur ensemble, mais à la Rosary School à Abou Dhabi, les musulmans arrivent même à représenter 95% des élèves! Et tous ces jeunes qui ont fait leurs études chez nous sortent en général de nos écoles en ayant une idée précise de ce que sont les chrétiens. Cette école a une bonne réputation, et les cheikhs eux-mêmes se sentent libres d’y envoyer leurs enfants.

     

     

     

     

     

     

          La péninsule arabique est par excellence le lieu où se pose le problème de la liberté de religion. Mais quand un gouvernant, par exemple un émir, ami des chrétiens, écoute les débats occidentaux sur la question de la réciprocité, quelle est sa réaction?
          HINDER: D’abord, je ne dirais pas que la première intention des gouvernants du Golfe soit d’interdire la liberté aux chrétiens et la réciprocité. Non. Il peut s’agir de personnes qui ne disposent pas d’informations exactes sur les besoins réels des chrétiens dans leurs pays ou qui les sous-estiment. Je voudrais vous raconter un épisode qui concerne l’actuel sultan d’Oman. Il a raconté un jour qu’en Grande-Bretagne, lorsqu’il était étudiant, il était logé dans une famille chrétienne. Non seulement les maîtres de maison lui avaient donné une chambre, mais ils lui avaient réservé une autre pièce comme lieu de prière comme si c’était, disait-il, sa “petite mosquée”. Cette expérience l’a marqué pour la vie entière, et quand le sultan a été attaqué pour avoir destiné des terrains à la construction d’églises en Oman, il a répondu à ses détracteurs que si, même dans un pays étranger, on avait reconnu son droit à prier, les chrétiens devaient, à plus forte raison, pouvoir prier chez lui. N’y a-t-il pas là un exemple de réciprocité? Et puis, comme je le disais, il peut y avoir ça et là, dans le Golfe, des cas où sont sous estimés les besoins des chrétiens: mais là-dessus, on peut négocier.
          L’Oman n’est pas un cas isolé.
          HINDER: En effet. J’ai rencontré le prince héritier d’Abou Dhabi, qui avait lui aussi fait ses études en Europe, et nous avons parlé exactement dans les mêmes termes qu’avec le sultan d’Oman.
          Certes, on trouve aussi dans le Golfe des gens qui ne pensent pas devoir assurer la pleine liberté religieuse parce qu’ils sont des disciples convaincus de l’unique vraie religion de l’islam, et que dans ce cas, les chrétiens sont tolérés, mais ne possèdent d’autre droit que celui de devenir musulmans…
          Les chrétiens d’Oman doivent leur liberté de professer publiquement leur foi à l’expérience personnelle de leur sultan.
          HINDER: C’est vrai… C’est un épisode que le sultan ne cesse de raconter. De même, il est intéressant de rappeler que lorsque celui-ci a entendu certains imams prêcher de manière grossière et excessivement radicale et qu’il a su qu’ils étaient venus à dessein d’Égypte, il les a fait raccompagner à la frontière parce qu’il ne voulait pas que ce faux islam prenne racine dans les mosquées de son pays.
          Un pas de plus a été fait dans les Émirats Arabes Unis, où il a été établi que là où cela serait nécessaire, un contrôle serait exercé sur la prédication du vendredi pour éviter des infiltrations. Et si l’imam n’accepte pas de soumettre à une lecture préalable le texte de ce qu’il dira aux fidèles à la mosquée, il ne lui reste qu’à s’en tenir aux textes officiels prédisposés par le Ministère des Affaires religieuses. Vous voyez, moi, comme évêque chrétien, je finis par être plus libre que les imams! Car personne n’est jamais venu me demander de corriger mes homélies…
          La question du radicalisme d’exportation est délicate dans le Golfe.
          HINDER: Lorsque, il y a des années, les Frères musulmans se sont transférés de l’Égypte à d’autres pays, ils ont été accueillis à bras ouverts. On n’était pas conscient de ce que recélait leur mouvement. Mais l’idylle n’a pas duré longtemps, et certains États arabes ont réagi soit par un contrôle serré, soit par l’expulsion.
          De votre point de vue, qu’est-ce qui aidera le plus la communauté catholique dans les pays du Golfe à être mieux comprise et donc à disposer de plus grands espaces de liberté, là où c’est nécessaire?
          HINDER: Il suffit que nous nous fassions comprendre à la mentalité de ces peuples, en faisant trois choses.
          La première?
          HINDER: La plus facile, celle qui fait toujours écarquiller les yeux à mes interlocuteurs, même s’il s’agit des plus hautes dirigeants des ces pays, c’est quand je dis: «La première chose que nous faisons, nous les chrétiens, c’est de prier pour vous». Dans nos messes, chaque jour de fête, nous intercédons pour ceux qui gouvernent le pays et pour le bien-être du peuple qui nous accueille. Cette règle est toujours appliquée et elle reste valable, même si les chrétiens ont subi ou subissent des injustices.
          La deuxième?
          HINDER: J’essaie toujours de rappeler à mon interlocuteur que la richesse de ces pays se réalise aussi grâce au pauvre travail manuel des immigrés, des expatriés, qui sont présents dans chacun des innombrables chantiers ouverts dans le Golfe et qui, pour une part, sont chrétiens. Et alors l’Église, en prenant soin de son mieux de ces personnes, apporte tout simplement sa contribution au développement du pays ou, si l’on veut, à la consolidation de l’ordre social et civil. Le bien-être du pays et du peuple qui nous accueille tient à cœur à l’Église.
          La troisième? 
         

    HINDER: Nous respectons les lois du pays, et nous demandons que les autres en fassent autant.

     


     

     

     

     

          Les communautés chrétiennes sont jugées par ceux qui les accueillent en fonction de leur comportement dans la vie quotidienne. Mais comment sont-elles jugées par leur évêque?
          HINDER: À la messe in cœna Domini à Abou Dhabi, il y avait au minimum 15 000 fidèles. La messe a été célébrée en plein air. Si vous aviez pu entendre ce silence, si vous aviez pu voir avec quelle attention ces gens suivaient la messe! Et c’était la même chose la nuit de Pâques. Des images comme cela, on ne peut en trouver que place Saint-Pierre, peut-être, et encore, avec moins de dévotion… parce que là-bas, la place est plus vaste et les gens sont disséminés. Et puis ici, je vois tellement de dévotion, une dévotion qui n’est pas seulement l’expression de la religiosité des immigrés indiens ou philippins ou d’autres pays asiatiques, mais qui met en évidence la bonne bataille de la foi, le désir vital de l’approfondir. «Mon Père, j’ai plus de foi ici que dans mon pays», m’a dit plus d’une personne. C’est peut-être parce qu’ici on est particulièrement exposé, en tant que chrétien, dans des nations qui ne sont pas chrétiennes. Mais… voyez le résultat. Je vais vous raconter l’histoire de l’Européen qui avait perdu la foi…
          Je vous en prie.
          HINDER: Dans son pays d’origine, on a la possibilité de donner officiellement sa démission de sa communauté religieuse d’appartenance – dans son cas, la religion catholique – un acte valide y compris dans les relations officielles entre l’État et l’Église. Et donc, il y a un certain temps, je reçois la lettre d’un homme qui n’était plus “officiellement” catholique. Il travaille dans un pays de notre Vicariat où la liberté de culte n’existe pas. En dépit de toutes les difficultés qu’il allait rencontrer dans ce pays ou, qui sait… peut-être même à cause de ces difficultés, il m’a dit: «Je veux retourner dans l’Église». Ici, dans le Golfe, pour une série de raisons, on se trouve chaque jour devant la possibilité d’abandonner sa propre foi ou de la retrouver pour ne plus jamais l’abandonner.
          Excellence, vous décrivez un lieu où tout pasteur voudrait se trouver.
          HINDER: Ce qui me vient à l’esprit, c’est de dire qu’ici, les gens aiment leur évêque plus que dans d’autres pays occidentaux… et quand je pense que je n’avais pas demandé à venir ici! 

     

     

     

     

     

     

         

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