Archive pour le 15 mai, 2020

HOMÉLIE POUR LE 6E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE A « UN AUTRE DÉFENSEUR » TEXTES : ACTES 8, 5-8.14-17, I PIERRE 3, 15-18 ET JEAN 14, 15-21.

15 mai, 2020

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Le Paraclet

HOMÉLIE POUR LE 6E DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE A « UN AUTRE DÉFENSEUR »
TEXTES : ACTES 8, 5-8.14-17, I PIERRE 3, 15-18 ET JEAN 14, 15-21.

L’image du « Défenseur » qu’utilise Jésus dans l’évangile pour parler de l’Esprit Saint fait penser aux sports comme le foot que nous appelons le soccer en Amérique du Nord ou encore le hockey. Les défenseurs ont un rôle protecteur. Ils jouent pour aider le gardien de but. Il en va un peu comme cela pour Celui que Jésus nous présente ce matin. La nouvelle traduction liturgique utilise le mot « Défenseur » qui remplace ici le mot « Paraclet » qui est une transcription du grec. Le « Défenseur » c’est le « Paraclet ».
Je voudrais ce matin avec le Catéchisme de l’Église catholique voir très simplement avec vous le sens qu’il y a pour nous dans cette désignation de l’Esprit Saint par les termes « Défenseur » ou « Paraclet ». Puis, par la suite j’en dégagerai quelques applications pour notre vie chrétienne.

I- Explications sur l’image du « Paraclet » ou « Défenseur »
Selon le Catéchisme de l’Église catholique : « Jésus, lorsqu’il annonce et promet la venue de l’Esprit Saint, il le nomme le ‘‘ Paraclet’’ », littéralement : ‘‘ celui qui est appelé auprès ’’, ad-vocatus (Jean 14, 16. 26 ; 15, 26 ; 16, 7). ‘‘ Paraclet’’ est traduit habituellement par ‘‘Consolateur ’’, Jésus étant le premier consolateur (cf. 1 Jean 2, 1). Le Seigneur lui-même appelle l’Esprit Saint ‘‘ l’Esprit de Vérité ’’ (Jean 16, 13) ». (nos 692-693). Un autre terme qui est utilisé c’est celui de  » Défenseur » qui va dans le même sens, et c’est celui que nous avons dans la nouvelle traduction liturgique des lectures à la messe le dimanche.
Ce que je retiens des rappels de l’Écriture que fait le Catéchisme de l’Église catholique, c’est que le rôle principal de l’Esprit Paraclet c’est d’assister les disciples de Jésus pour les aider à être ce qu’ils sont par grâce, de vrais fils ou de vraies filles de Dieu. Ce rôle il l’exerce particulièrement dans la prière où, comme dit saint Paul, l’Esprit vient au secours de notre faiblesse car nous ne savons pas prier comme il faut. « L’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables » écrit celui-ci Paul aux chrétiens de Rome ». (Romains 8, 26). « L’Esprit Saint, artisan des œuvres de Dieu, est le Maître de la prière » écrit le Catéchisme de l’Église catholique. (no 741)
Ce secours est bien évident lorsqu’on utilise l’image du « Défenseur ». En effet, le défenseur protège le gardien de buts . Pour ce faire, il anticipe les mouvements de l’équipe opposée ainsi que les réactions du gardien. Sa tâche n’est pas d’abord de faire écran mais c’est de se synchroniser efficacement avec le gardien de buts pour que celui-ci réalise sa tâche le mieux possible, comme le fait l’Esprit Saint en nous pour nous « synchroniser » avec la volonté de Dieu dans nos vies.

II – L’action multiforme du « Paraclet » ou « Défenseur »
Revenons à notre évangile. Ici, l’aide de l’Esprit que Jésus appelle « Paraclet » et que la traduction liturgique désigne par le mot « Défenseur » est décrite de trois façons dans le texte qu’on vient de lire.
En premier lieu, le « Paraclet » assure une présence continue dans la personne et dans la communauté : « Car il demeure auprès de vous, et il sera en vous ».
En deuxième lieu, il soutient la relation filiale dans laquelle Jésus fait entrer ses disciples : « En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi ».
Et en troisième lieu, il permet à l’amour de fleurir dans le cœur du disciple : « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui ».
Ces rois rôles du « Paraclet », du « Défenseur », en d’autres termes de l’Esprit Saint, ne prétendent pas décrire toute l’activité de l’Esprit que Jésus envoie. Son action n’est pas limitée. Saint Paul dans ses Lettres en témoigne lorsqu’il présente la diversité des charismes et des dons dans l’Église comme le fruit de la richesse du souffle de l’Esprit (cf. 1 Corinthiens 12, 4-11 et Romains 12, 6-8).
Comme le disait avec justesse le pape François à la messe du dimanche de Pentecôte le 9 mai 2013 où j’ai eu la joie de concélébrer alors que j’y participais avec plus de 200 000 membres de mouvements ecclésiaux en pèlerinage à Rome : « Seul l’Esprit-Saint ‘‘peut susciter la diversité, la pluralité, la multiplicité et, en même temps, opérer l’unité ’’ : sans lui, la diversité devient ‘‘ la division’’ et l’unité devient ‘‘ l’uniformité, l’homogénéité’’ ».

III- Applications
Les premiers chrétiens vivaient profondément l’expérience de cette aide de l’Esprit dans leurs vies et dans leurs communautés. Les deux lectures en témoignent.
Dans la première lecture tirée du livre des Actes des Apôtres, il est dit : « Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint ». Ce geste d’invocation de l’Esprit est demeuré présent dans les sacrements lors des ordinations au diaconat, au presbytérat et à l’épiscopat. On l’a redécouvert aussi dans le peuple chrétien où plusieurs groupes l’utilisent dans leurs prières et dans leurs rassemblements.
Ce geste simple de l’imposition des mains se veut une imploration de l’aide de l’Esprit, du « Défenseur », sur telle ou telle personne ou dans telles ou telles circonstances ou pour telle communauté. Ce qui est important, ce n’est pas le geste en lui-même, c’est la prière de demande de l’aide de l’Esprit. On est en plein dans ce que Jésus désire lorsqu’il nous promet une aide pour nous soutenir et nous défendre en toute occasion, une aide qui vient à notre secours, quoi qu’il en soit de nos bévues ou de nos péchés, car le « Défenseur » ou « Paraclet » est l’Esprit de Dieu, l’Amour de Dieu qui se préoccupe de nous avec sagesse et avec sollicitude.
Dans la seconde lecture, on voit un autre résultat de l’action de notre « Défenseur » ou « Paraclet », car comme le dit l’auteur de la première Lettre de Pierre : « Mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt qu’en faisant le mal. » C’est l’Esprit Saint qui nous garde sans cesse dans le bon chemin et qui donne la force d’accomplir la volonté de Dieu en faisant le bien.
Nous avons des milliers et des milliers d’exemples de disciples de Jésus qui ont, même au risque de leur vie, choisi d’aller jusqu’au bout dans ce choix d’être fidèles à la volonté de Dieu. Je pense à toutes ces personnes qui dans plusieurs pays résistent actuellement à la profanation de leur foi, demeurent fidèles à celle-ci quoi qu’il en soit des risques et des menaces autour d‘eux.
Les défis ne sont pas toujours aussi extrêmes, mais ils sont le lot de notre vie chrétienne, car des défis semblables se présentent aussi dans nos sociétés totalement sécularisées. C’est dans le quotidien de nos vies que s’inscrit la recherche de la volonté de Dieu. Cette recherche se traduit dans des gestes de toutes sortes. Elle se laisse modeler par l’action de l’Esprit Saint. Dans la partie qui se joue en nous et autour de nous, elle compte sur ce « Défenseur » ou « Paraclet » que nous avons.
Se pourrait-il que, comme les premiers chrétiens, nous soyons nous aussi confrontés à des choix difficiles où l’aide particulière de l’Esprit Saint est bien nécessaire et qu’il soit bien approprié de la demander comme le souhaite Jésus ? Pourquoi pas ?

Conclusion
Dans cette Eucharistie, nous sommes à l’écoute de Jésus dans sa Parole et dans les gestes du repas de l’Eucharistie. Ces paroles et ces gestes ne sont pas inutiles pour notre vie de tous les jours, au contraire, ils sont portés et animés par son Esprit, le « Paraclet », notre « Défenseur » que Jésus appelle aussi l’ « Esprit de vérité » (cf. Jean 16, 13 ).
Le Pain et le Vin consacrés que nous partageons sont aussi pour nous une aide bienvenue dans notre suite de Jésus. Tous les jours nous avons à découvrir où il nous attend. Demandons l’aide du « Paraclet », du « Défenseur», pour pouvoir répondre aux invitations que Jésus met dans nos esprits et dans nos cœurs.

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec