HOMÉLIE POUR LE 5E DIMANCHE DU CARÊME ANNÉE A « SEIGNEUR, SI TU AVAIS ÉTÉ ICI… »

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Van Gogh

Van Gogh, Résurrection de Lazare

HOMÉLIE POUR LE 5E DIMANCHE DU CARÊME ANNÉE A « SEIGNEUR, SI TU AVAIS ÉTÉ ICI… »

Textes: Ezéchiel 37, 12-14, Romains 8, 8-11 et Jean 11, 1-45.

Le récit de la résurrection de Lazare est un des récits les plus spectaculaires de l’évangile avec celui de la tempête apaisée par Jésus (cf. Marc 4, 35- 41, Mathieu 8, 23-27, Luc 8, 22-25). Ces deux récits poursuivent le même but à savoir nous montrer que pour Jésus notre Seigneur et notre Sauveur les limites habituelles n’existent pas. La puissance de la grâce de Dieu qu’il apporte a monde franchit tous les obstacles. Il n’y a plus de barrières si la foi est au rendez-vous.
Voilà sommairement dit le message qu’on peut retenir de l’évangile de ce dimanche. Mais prenons le temps d’y regarder de plus près, si vous le voulez bien, car le récit de la résurrection de Lazare comporte pour nous aujourd,hui un enseignement très adapté à nos communautés chrétiennes.

I – Trop tard
Sans entrer dans les détails de ce récit, je retiens un point qui m’a frappé et qui est repris par divers auteurs aujourd’hui comme le Père Martin Werlen, ancien abbé d’Einsiedeln en Suisse (référence à la fin). Ce que j’ai retenu c’est que Jésus arrive trop tard sur les lieux. Marthe ne se gêne pas pour le lui faire remarquer : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » De son côté, Jésus ne se presse pas pour entrer en action : « Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : ‘‘Revenons en Judée’’. »
Cette mise en scène du récit n’est pas anodine. Elle nous fait penser au premier miracle de Jésus à Cana où Marie lui fait remarquer qu’il n’y a plus de vin… trop tard pour les invités qui en redemandent (cf. Jean 2, 8-10).
Ce thème du « trop tard » parcourt plusieurs récits des évangiles et il est riche d’enseignement pour nous. Dans tous le cas, il est associé à une démarche de foi dans le Dieu de l’impossible comme Jésus le dit a ses disciples incrédules : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. » (Marc 10, 27)
Tout est possible pour Dieu.

II – Une foi sans retenue
Le retard de Jésus à se rendre à Béthanie alors qu’on lui a annoncé la maladie de son ami Lazare prépare une venue qui sera l’occasion d’un message essentiel dans la vie des disciples. C’est dans la conversation avec Marthe qu’il ressort le mieux.
Celle-ci est peinée de la disparition de son frère et elle le dit simplement à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Et la conversation continue pour se terminer par une profession de foi de Marthe : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »
Nous y sommes. Dans cette réponse de Marthe nous avons une profession de foi absolue où elle s’en remet totalement à Dieu et reconnait en Jésus son Envoyé. Elle ne met aucune limite à sa foi. Elle ne pose pas de questions. Elle fait confiance à une personne. Cette personne est Jésus qu’on voit tout ému et qui pleure. Ses liens humains sont bien réels, mais il porte en lui la puissance de Dieu. C’est ainsi qu’il la manifestera pour ressusciter Lazare.
Pour Dieu, il n’est jamais trop tard.

III – Application
Ces quelques mots ont cherché dans ce récit un message adapté à notre Église aujourd’hui. Celui-ci touche surtout les Églises qui sont en perte de vitesse. On a l’habitude de dire qu’il est minuit moins cinq pour ces Églises et qu’il faut au plus vite se mettre à l’œuvre. Ce qu’on fait en inventant des moyens de rassemblement nouveaux, des techniques de leadership, des suivis bien planifiés etc. et pourtant le temps passe. Rien ne permet de l’arrêter.
N’est-on pas plutôt dans la situation où Jésus se retrouve avec Lazare ? Il est trop tard. Il n’est plus minuit moins cinq, mais minuit et cinq. C’est dans cette situation que le Dieu de l’impossible se révèle. Ce qui paraît mort, ne l’est pas vraiment, ce qui est passé n’est pas disparu, ce qui a rassemblé n’est pas mort. Ce qui manque c’est la foi en l’action toujours vivante du Dieu de l’impossible. C’est lorsque tout semble perdu, lorsqu’il est trop tard du point de vue de nos regards humains que la grâce de Dieu éclate sans retenue. Le prophète Ézéchiel nous le rappelle dans la première lecture : « Quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ».
Cet abandon confiant n’est pas du défaitisme. Il nous met sur la bonne voie, celle de la foi qui, non seulement s’exprime dans des rites ou des instituions, mais dans une relation personnelle avec celui en qui on met sa confiance. Cette relation personnelle se vivra en nous faisant sortir de nos étroitesses et de nos projets à courte vue. Cette relation personnelle sera une relation d’amour, de confiance et d’abandon. C’est une relation qui fait vivre comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture : « Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous ».
Jésus a vécu profondément un abandon total à Dieu toute sa vie et ici devant le tombeau de Lazare de façon exceptionnelle la réponse de Dieu éclate devant tout le monde lorsque Lazare sort du tombeau. L’abandon total de Jésus se terminera sur la croix, mais alors que c’est trop tard pour la plupart de ses disciples, le matin de Pâques la situation est retournée. Il est ressuscité. Il a franchi les limites de la mort et il est vivant pour nous sauver.
Pourquoi ne pourrait-il pas aujourd’hui faire la même chose avec nos communautés chrétiennes, particulièrement celles qui sont démunies et appauvries de toutes sortes façons?

Conclusion
Ce récit de la résurrection de Lazare nous provoque à un surplus de foi dans une époque où se manifeste l’incroyance sous toutes ses formes et où même les personnes croyantes se laissent séduire par l’air ambiant.
Associons-nous de façon spéciale ce matin aux personnes qui se préparent au baptême, les catéchumènes. Normalement, elle serairent baptisées la Nuit de Pâques mais à cause de a crise du coronavirus qui a chamboulé leur préparation et qui limite les rassemblements, il en sera autrement cette année. L’évangile de la résurrection de Lazare préfigure ce que sera le baptême pour elles : le passage de la mort à la vie.
Pour elles comme pour nous, le « trop tard » nous permet d’aller avec confiance vers le Dieu qui peut tout. Le « minuit et cinq » se transforme en une résurrection semblable à celle de Lazare. C’est Lui, Jésus, Roi et le Maître, qui décide de relever ce qui est mort et de le transformer en vie éternelle.
Entrons avec joie dans ce monde de la vie en plénitude qui est commencée en nous par le baptême.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

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