Archive pour janvier, 2019

HOMÉLIE POUR LE BAPTÊME DU SEIGNEUR ANNÉE C : « TOI, TU ES MON FILS BIEN-AIMÉ »

11 janvier, 2019

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imm Battesimofr

HOMÉLIE POUR LE BAPTÊME DU SEIGNEUR ANNÉE C : « TOI, TU ES MON FILS BIEN-AIMÉ »

Nous avons vécu dimanche dernier la fête de l’Épiphanie. Aujourd’hui avec la solennité du Baptême du Seigneur, nous célébrons une théophanie (du grec théos – Dieu et phanein – éclairer) c’est-à-dire une manifestation de Dieu, une illumination ou un éclairage sur ce qu’il fait pour nous.
I – La prédication de Jean-Baptiste
Cette scène se produit au désert où prêche Jean-Baptiste qui est celui qu’annonce le prophète Isaïe que nous avons entendu dans la première lecture lorsqu’il dit : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu ».
C’est la mission de Jean-Baptiste de préparer le chemin du Seigneur, de tracer une route pour notre Dieu qui vient sauver son Peuple en lui envoyant son Fils Bien-Aimé, que le prophète Isaïe dans ses enseignements appelle « Emmanuel » ce qui veut dire « Dieu-avec-nous » (Isaïe 7, 1). Jean-Baptiste a été consacré dès sa naissance pour cette mission de préparation du chemin du Seigneur.
Devenu adulte, il s’isole dans les déserts autour de Jérusalem qui bordent le fleuve le Jourdain. On nous le présente ailleurs dans l’évangile comme quelqu’un de détaché de lui-même tout entier à sa mission, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage vêtu de poil de chameaux avec une ceinture de cuir autour des reins (Marc 1, 6) à l’écoute des signes que Dieu lui fait. Il est bien conscient qu’il doit attendre Celui que Dieu envoie et qui n’est pas lui-même : « Il est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales ».
Le désert où il vit est le lieu de toutes les possibilités. C’est à travers le désert que Dieu a fait cheminer son Peuple pour l’amener à la Terre promise et c’est dans le désert que Jean-Baptiste appelle à la conversion. Éloignés de la vie ordinaire, les gens qui le rejoignent se laissent interpeller. Ils ne sont pas surpris de son enseignement car, comme lui, ils attendent Celui qui doit venir.
Pour vivre cette attente, un geste important leur est proposé par Jean-Baptiste : le baptême.
II – Un geste de conversion : le baptême
Le baptême de Jean consiste à inviter les gens à entrer dans l’eau du Jourdain qui est versée sur les personnes acceptant ainsi de se laisser purifier par Dieu pour rendre leur attente de Celui qui vient dégagée des égoïsmes, des orgueils et des vanités qui risquent de les enfermer dans leur satisfaction de faire partie du Peuple élu. Le baptême de Jean-Baptiste est un geste de conversion.
Jean-Baptiste en reprenant les paroles d’Isaïe invite au changement d’attitudes, à la « métanoia », à un nouveau départ : « Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! »
Ce message de conversion retentit avec force, car Jean-Baptiste dans sa vie dépouillée est l’image parfaite du juif croyant qui n’a pas d’autre attente que celle de voir l’Envoyé de son Seigneur, le Messie attendu. Vivant à une époque où Israël est sous la domination de Rome, il ne cherche pas de chef militaire ou politique. Il s’inscrit dans le message des prophètes d’Israël qui annoncent la venue d’un Messie-Serviteur qui transforme l’histoire d’Israël.
Et au moment où il donne le baptême à Jésus qui s’est mêlé simplement aux personnes présentes, le choix de Dieu retentit. Des paroles se font entendre, et un signe matériel sous la forme d’une colombe se produit.
Le voilà le Messie-Serviteur, l’Élu de Dieu.
III – La théophanie
Cet agencement du récit de saint Luc s’appelle une théophanie, une manifestation de Dieu, comme nous l’avons dit en commençant. Ce qui était un baptême parmi d’autres devient un événement qui marquera la vie de Jésus de façon indélébile. Au sortir de son baptême, il prend conscience qu’il est particulièrement aimé de Dieu. Il fait partie des personnes que Jean baptise, mais il s’en distingue par cette attention que lui porte Dieu et qu’exprime, dans le récit de saint Luc, une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie ».
Cette voix n’est pas faite de sons uniquement, elle exprime une réalité fondamentale dans la mission de Jésus. L’image de la colombe renvoie à l’Esprit Saint qui en est la source. Ainsi dans cette théophanie, Jésus sort de l’ombre car il est Celui qui doit venir, le Fils même de Dieu qu’il appellera son Père car il y a entre Dieu et lui un lien unique comme celui d’un père qui regarde son fils : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ». Cette révélation se complète dans l’affirmation qui l’accompagne « en toi, je trouve ma joie ». Cette joie c’est le débordement de l’amour de Dieu, cet amour par lequel Dieu s’aime lui-même et ce qui extérieur à lui qu’on appelle « agapè » ou « charité ». Cet « agapè » remplira totalement Jésus au point qu’il dira avant de mourir : « Il n’y a pas de plus grand amour de que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». (Jean 15, 13)
Les disciples de saint Paul avaient bien compris le sens de la mission de Jésus et le texte de la Lettre à Tite en donne un résumé saisissant en mettant notre baptême en relation avec le baptême de Jésus. Je me contenterai de relire la fin de ce passage que nous fournit la deuxième lecture ce matin et qui est on ne peut plus clair. Voici ce passage : « Lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle. »
Voilà où aboutit la mission de Jésus qui s’inaugure aujourd’hui par son baptême dans le Jourdain : « nous rendre justes par la grâce de Dieu et nous faire devenir héritiers de la vie éternelle ».

Conclusion
Dans chaque Eucharistie nous nous unissions de façon réelle à Jésus dans sa mission que nous partageons. Baptisés en Lui, avec Lui nous vivons tout entiers pour Dieu. La célébration de sa Mort et de sa Résurrection sous les signes du Pain et du Vin consacrés est une proclamation qu’il est toujours vivant. Nous en témoignons aujourd’hui, chacun et chacune à notre façon dans nos vies quotidiennes, par une foi renouvelée et agissante « jusqu’à ce qu’il vienne » comme dit saint Paul (I Corinthiens 11, 26).
Amen!

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

PAPE FRANÇOIS – Avec l’Évangile en poche – 9 janvier 2017

10 janvier, 2019

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/cotidie/2017/documents/papa-francesco-cotidie_20170109_avec-evangile-en-poche.html

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fresque de l’ancienne basilique constantinienne

PAPE FRANÇOIS – Avec l’Évangile en poche – 9 janvier 2017

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n°003 du 19 janvier 2017)

« Connaître et reconnaître Jésus, l’adorer, le suivre » : ce n’est qu’ainsi que le Seigneur sera véritablement « le centre de notre vie ». Et pour faire cela, il existe des petits gestes à la portée de tous : avoir toujours avec soi une édition de poche de l’Évangile pour pouvoir facilement le lire chaque jour, avec la récitation de brèves prières d’adoration comme le Gloria, en faisant bien attention toutefois à ne pas répéter les mots « comme des perroquets ». Telles sont les caractéristiques de la « simplicité de la vie chrétienne » : en effet, il ne sert à rien d’avoir recours à des « choses étranges ou difficiles ». Le temps liturgique que nous venons de vivre « avait au centre l’attente de Jésus puis la venue de Jésus : la naissance et les mystères de la naissance jusqu’au baptême ». Ainsi, « aujourd’hui commence un nouveau temps liturgique et l’Église nous fait voir au centre de ce commencement également Jésus : Jésus comme la première et la dernière parole du Père ». Et « cela est le centre de notre vie : Jésus Christ qui se manifeste, se fait voir, et nous sommes invités à le connaître, à le reconnaître dans la vie, dans les nombreuses circonstances de la vie ». Dans cette perspective, il est opportun de se poser une « question : le centre de ma vie est-il Jésus Christ? Quel est mon rapport avec Jésus Christ? ». « Avant tout, la première attitude est de connaître et reconnaître Jésus ; chercher comment était Jésus : est-ce que cela m’intéresse? ». Il s’agit d’« une question que nous devons tous nous poser : est-ce que cela m’intéresse de connaître Jésus ou peut-être cela m’intéresse plus de connaître le feuilleton télé ou les commérages ou les ambitions ou encore de connaître la vie des autres ? ». En somme, il faut « connaître Jésus pour pouvoir le reconnaître ». Et « pour connaître Jésus il y a la prière, l’Esprit Saint, oui » ; mais un bon système consiste à « prendre l’Évangile chaque jour » et en « lire tous les jours un passage : c’est l’unique façon de connaître Jésus », de savoir « ce qu’il a fait, ce qu’il a dit ». Il est fondamental « de lire l’histoire de Jésus : oui, l’Évangile est l’histoire de Jésus, la vie de Jésus, c’est Jésus lui-même, c’est l’Esprit Saint qui nous fait voir Jésus là ». Pour cette raison, François a voulu renouveler son conseil : « S’il vous plaît, faites cela ! Tous les jours. Cela est la semence. C’est l’Esprit Saint qui fait germer et croître la semence ». Si le premier devoir est celui de « reconnaître Jésus, connaître Jésus », le deuxième devoir est d’« adorer Jésus, c’est Dieu! ». Il faut « adorer Jésus ». Mais la vraie question est si nous adorons Jésus. « Nous pensons à deux façons d’adorer Jésus ». Il y a « la prière d’adoration en silence : “Tu es Dieu, tu es le Fils de Dieu, je t’adore” ». Cela est « adorer Jésus ». Mais ensuite, nous devons également « ôter de notre cœur les autres choses que nous “adorons”, qui nous intéressent davantage ». Il ne doit y avoir « que Dieu ». A ce propos, le Pape n’a pas manqué d’offrir une autre suggestion pratique : « Il y a une petite prière que nous récitons, le Gloria, mais souvent, nous le récitons de façon mécanique, comme des perroquets ». Au contraire, « cette prière est adoration, gloire : j’adore le Père, le Fils et le Saint-Esprit ». Voilà alors la suggestion du Pape d’« adorer, avec des petites prières, avec le silence devant la grandeur de Dieu, adorer Jésus et dire : Tu es l’unique, tu est le début et la fin et je veux rester avec toi toute la vie, toute l’éternité. Tu es l’unique ». Et ainsi également « chasser les choses qui m’empêchent d’adorer Jésus ». « Le troisième devoir que je vous suggère pour avoir Jésus au centre de notre vie est ce que nous dit l’Évangile d’aujourd’hui : suivre Jésus ». Quand le Seigneur « voit Pierre et André qui travaillaient, ils étaient pêcheurs, il leur dit : “Suivez-moi” ». Nous devons donc « suivre Jésus, les choses qu’il nous a enseignées, les choses que nous trouvons tous les jours quand nous lisons ce passage de l’Évangile ». Et demander : « Seigneur, que veux-tu que je fasse? Montre-moi le chemin ». En conclusion, François a répété que l’essentiel est de garder toujours « Jésus au centre ». Et « cela signifie connaître, reconnaître Jésus, adorer et suivre Jésus : la vie chrétienne est très simple, mais nous avons besoin de la grâce de l’Esprit Saint afin qu’il éveille en nous cette volonté de connaître Jésus, d’adorer Jésus et de suivre Jésus ».

 

LE HIBOU ET LA COLOMBE

8 janvier, 2019

http://www.abbaziamontecassino.org/abbey/index.php/briciole-spiritualita-abate-donato-montecassino/133-spiritualita-semi-briciole-montecassino-monaco-abate/466-civetta-colomba-montecassino-abate-ogliari

pellegrini cristiani entrano nel santo sepolcro

Moyen âge, les pèlerins chrétiens entrent au Saint-Sépulcre

LE HIBOU ET LA COLOMBE

(traduction Google da l’italien)

Ab. Donato Ogliari osb

Au cours des dernières décennies, en raison de la grave pollution de l’environnement, l’écosystème a subi des modifications qui ont eu des effets néfastes sur toutes les formes de vie. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles il est aujourd’hui difficile, notamment pour ceux qui ne vivent ni dans les zones rurales ni dans les zones adjacentes, de repérer des animaux qui pouvaient être vus auparavant plus facilement. L’un d’entre eux est le hibou, un oiseau de proie nocturne et solitaire au vol molletonné et à la ligne haute et aiguë. Sa présence rare a certainement contribué à diminuer la sombre réputation qui l’accompagne depuis des siècles. En fait, dans l’Antiquité, il était considéré comme un oiseau de mauvais augure, notamment parce que, dans l’imaginaire collectif, il était considéré comme un messager de la mort. Le poète latin Virgilio, par exemple,(bubo) a posé sur les maisons des mourants pour annoncer la fin imminente.
Cette sombre réputation – à laquelle s’ajoute une association présumée avec le mauvais œil – signifie que le hibou n’a pas trouvé de sympathie, même dans la sphère chrétienne. Avec le temps, et sur la base de réminiscences païennes qui y voyaient le symbole de Pallas Athéna, déesse de la sagesse et de la science, le hibou sera en mesure de gagner une place respectable même dans le symbole chrétien. Ainsi, par exemple, le fait que le hibou soit un animal nocturne a commencé à être interprété comme un symbole de la sagesse solitaire et contemplative du croyant qui tente de percer le mystère de Dieu ou du croyant appelé à traverser les épreuves avec courage et confiance. obscur qui menacent sa vie,
***
La colombe, par contre, se présente immédiatement avec un symbolisme riche et positif. Dans l’Ancien Testament, c’est le symbole de la paix (c’était une colombe après le déluge d’apporter à Noé une branche verte d’olivier: voir Genèse 8,10-12), de beauté (cf. Cantique des Cantiques 1, 15) et de disponibilité (voir Psaume 55.7). Dans les évangiles, c’est le symbole de la simplicité (voir Matthieu 10,16) et surtout de l’Esprit Saint. Comment pouvons-nous ne pas penser au baptême de Jésus dans le Jourdain, lorsque l’Esprit de Dieu s’abattit sur lui sous la forme d’une colombe (voir Matthieu 3:16)?
À partir de cette scène évangélique, l’identification par la colombe et le Saint-Esprit est devenue une partie intégrante du symbolisme chrétien et son utilisation dans les arts visuels a été très large; Pensons simplement à la représentation de la Pentecôte, dans laquelle le Saint-Esprit est dépeint comme une colombe planant au-dessus de la tête des apôtres et de la Vierge Marie réunie dans la chambre haute. Dans l’iconographie chrétienne, on rencontre donc des saints (pensons, par exemple, à saint Grégoire le Grand) représentés avec une colombe près de l’oreille, symbole d’inspiration et d’illumination venant du Saint-Esprit. Pour Origène (écrivain chrétien du troisième siècle), les yeux de « l’homme éclairé » sont comparables à ceux de la colombe, symbole de l’Esprit.
Saint Paul a souligné à plusieurs reprises le rôle fondamental que le Saint-Esprit exerce dans la vie du chrétien et de l’Église (voir Romains 8: 9,14). Être en Christ et être dans l’Esprit sont deux affirmations de contenu sensiblement identique pour l’apôtre. En fait, c’est le Saint-Esprit qui nous conduit dans la communion trinitaire par la suite du Christ, la face du Père. C’est le Saint-Esprit qui, en offrant ses dons, édifie l’Église et l’enrichit d’innombrables dons et charismes. Et c’est toujours le Saint-Esprit qui marque le chrétien avec une vraie liberté, ce qui est conçu comme une ouverture à Dieu et aux frères amoureux (Galates 5:13), cet amour qui est répandu par le même Esprit dans le cœur de la fidèles (Romains 5: 5) et qui devient la norme et la force motrice de Existence chrétienne. Le Saint-Esprit – comme le dit saint Augustin – représente pour le croyant « le pouvoir de l’amour, le mouvement ascendant qui s’oppose à la force de gravité qui tend vers le bas ».
Le hibou et la colombe, donc. Deux symboles différents, mais qui se complètent. Tandis que l’un fait appel à une sagesse perspicace et perspicace, même dans les épreuves, l’autre fait allusion à la sagesse qui vient de l’Esprit et illumine et apaise le cœur humain. La chouette et la colombe sont les symboles d’un voyage de la vie que chaque croyant et chaque homme de bonne volonté devrait faire sienne, mais en cette période de l’année, je pense plus particulièrement aux personnes impliquées dans la délicate mission éducative et à tous ces garçons et filles, les jeunes et les jeunes qui se forment dans les écoles de tous les niveaux. Sans aucun doute, un petit « hibou » et un peu de « colombe » aideraient les enseignants et les élèves à transformer même l’enseignement théorique et l’apprentissage en une « école de la vie ».« Il est pas pour l’ école , mais pour la vie» , mantiene Emplacements sa valeur.

BEAUTÉ ET SALUT – PAIN ET ROSES (2001)

7 janvier, 2019

http://www.finesettimana.org/pmwiki/index.php?n=Db.Sintesi?num=148

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snow rose

(traduction Google de l’italien)

BEAUTÉ ET SALUT – PAIN ET ROSES (2001)

résumé du rapport d’ Armido Rizzi

Verbania Pallanza, 13 janvier 2001

Aujourd’hui, l’approche de la beauté a un caractère essentiellement subjectiviste. Beaucoup pensent qu’au lieu des discours rationnels difficiles élaborés par les philosophes et les théologiens, il est nécessaire de s’appuyer, comme voie royale , sur le chemin de la beauté pour aller à Dieu, en passant par pulchritudinis . Si nous voulons parler aux jeunes, nous devons abandonner, disent-ils, la présentation objective et rationnelle de la vérité chrétienne et rompre leur affectivité en tenant compte des aspects qui, comme la beauté, peuvent parler de leur subjectivité.
Je ne crois pas que nous puissions aller à Dieu sur ce chemin. La subjectivisation actuelle des religieux, ou ne retirer à la religion que ce qui peut satisfaire et satisfaire mon besoin personnel de sens, ne conduit pas tant à Dieu qu’à soi-même. Dieu devient un moment de ma subjectivité. La découverte de la dimension religieuse se présente souvent comme un supplice, une quête existentielle et même intellectuelle fatigante. Ce n’est pas juste une gratification instantanée.
Plus qu’un voyage vers Dieu, la beauté devient un substitut (faible) de Dieu à l’ère de l’éclipse et du silence de Dieu, tout comme il y a quelques années, c’était un substitut (fort) de Dieu au militantisme, à l’engagement politique, utopie totalisante.
Dans un monde de désenchantement, le seul enchantement possible semble être la beauté dont nous pouvons de plus en plus entourer pleinement nos vies.
la beauté comme voie royale pour aller à Dieu
Dans le « Symposium » de Platon, il y a un texte bien connu qui parle de ce que l’amour est, ou plutôt eros, le désir. C’est un texte qui exprime un concept qui, baptisé, a servi de base à Luther pour toute la spiritualité chrétienne.
Dieu est vu comme une beauté, une beauté qui subsiste, et l’homme est un désir pour cette beauté. C’est un désir qui au début s’ignore et qui est activé par ce qu’il voit autour de lui (dans le Symposium, ce sont les corps des jeunes). À partir de ce point de départ, le désir est animé par des objets de plus en plus riches en beauté (du corps unique à l’universalité des corps, de l’âme aux lois …). La raison d’être de l’eros ou du désir que nous sommes doit être faite pour le point final, pour le divin en tant que beauté. Dieu, en tant que beauté, est le point terminal, la fin de ce que nous sommes.
Aristote élargira cette vision du sujet humain à tout le cosmos. Dieu, moteur immobile, attire tout pour lui.
Eros platonicien et dieu créateur
Mais le Dieu biblique n’est pas la fin d’un voyage du désir humain, le Dieu biblique est le protagoniste de la relation avec l’homme. Dieu dans la Bible n’est pas l’aimé qui fascine et attire, mais c’est l’amoureux. C’est lui qui prend l’initiative librement, c’est lui qui a créé et élu un peuple.
Les théologiens chrétiens, jusqu’à Luther, ont adopté la vision platonicienne en y introduisant la vision du Dieu créateur, du Dieu qui a librement décidé de créer et qui a créé toutes les belles choses. La philosophie platonicienne de la relation entre l’homme en tant que désir et Dieu en tant que fin et accomplissement du désir est incorporée à l’idée du Dieu créateur.
Mais cette idée de création insérée dans la vision platonicienne est extrinsèque au mouvement du voyage vers Dieu.Le fait que de belles choses soient aussi créées ne change pas la vision: ce qui bouge mon cœur, c’est la beauté des choses, pas le fait que ils sont créés. La logique reste celle platonicienne.
un désir infini
Il a ensuite été avancé que le bel être des choses coïncide avec leur création par Dieu. C’est la conception de la création en tant que participation: toutes choses participent à l’être et à la beauté de Dieu. Dans tout ce que nous savons implicitement nous connaissons Dieu et dans tout ce que nous aimons implicitement, nous aimons Dieu (Thomas d’Aquin). Et puisque mon coeur est fait pour l’infini, il ne peut pas s’arrêter à la beauté des choses. Le désir est de sa nature infinie.
Mais si nous observons nos désirs (analyse phénoménologique), rien ne nous dit que notre désir est un désir d’infini. Notre désir n’est jamais satisfait, ce qui est tout à fait autre chose d’affirmer que c’est le désir de l’infini.
La caractéristique du désir est de rester en vie par l’absence de l’objet. Lorsque l’objet est atteint, le désir s’estompe, s’use et d’autres objets sont désirés. C’est la logique du désir de vouloir de plus en plus, mais pas toujours « au-delà », vers des objets de plus en plus riches en beauté.
un dieu à la recherche de l’homme
La révélation biblique indique un axe descendant: non pas l’homme à la recherche de Dieu, mais Dieu à la recherche de l’homme. Avant tout, le Nouveau Testament qui parle d’amour est le terme agape, qui ne doit pas être confondu avec eros. Eros et agape sont des termes non irréconciliables mais irréductibles, dans le sens où la racine est soit eros, soit agape, et à la racine de l’un peut ensuite se greffer sur l’autre. Dans la vision biblique, la racine de tout est agape, l’amour avec lequel Dieu a pris la libre initiative, la décision de créer le monde et de créer l’homme et de faire alliance avec cela.
Agape n’est pas sur la corde du désir. Dieu a créé l’homme, non pas parce qu’il voulait avoir un ami fidèle (il aurait créé autre chose!), Mais pour un amour gratuit, sans autre raison que le
Le destinataire de l’agape n’est pas Dieu, mais l’homme. Et l’homme a la tâche de s’ouvrir à l’agape, de l’accueillir (c’est la foi). Dieu nous demande de nous laisser aimer plutôt que de l’aimer. Ou mieux, il nous demande aussi de l’amour, mais pour les autres, dans la logique de l’agape.
pour une esthétique biblique
La création est certainement sept fois bonne et belle. Mais les choses sont belles et bonnes d’abord en elles-mêmes, non pas parce qu’elles suscitent et comblent nos désirs, voire parce qu’elles sont bonnes et belles en elles-mêmes, elles suscitent et comblent nos désirs.
derrière la beauté des choses il y a la beauté de l’amour
Les choses créées sont belles et bonnes parce qu’elles ne trahissent pas, car à l’intérieur et derrière elles se trouve l’amour de Dieu qui les donne. Les choses sont des signes, des concrétions de l’amour de Dieu, car
il n’y a pas de lien nécessaire entre la valeur intrinsèque d’un objet-cadeau que je reçois et la valeur de l’amour de la personne qui me l’a donné, de la même manière. objet créé n’est pas une participation à la beauté de Dieu, mais un signe de son amour.
Dans le monde du désenchantement, je peux très bien épuiser mon expérience dans la réalisation du bel objet (musique, poésie, amitié, coucher de soleil, etc.). Mais à partir de cette dimension, je ne passe pas nécessairement dans une autre dimension. Si je passe à une autre dimension, religieuse ou religieuse, c’est parce que je découvre que dans cette poésie, dans cette amitié, dans ce coucher de soleil, dans tout ce que je vis, il y a un amour qui donne un sens.
Dans le Psaume 136, Dieu est loué pour toutes ses interventions: de la création à la libération d’Israël. Mais le psaume se développe pour chanter le geste de la sollicitude universelle de Dieu, qui « donne du pain à tout homme ». Le pain de table, donné et partagé, est le point d’arrivée dans la vie quotidienne, de toute la bonté et de la beauté de la création et de la libération. Dans ce psaume, nous contemplons la beauté derrière les choses intérieures.
« Réveille mon cœur, je vais réveiller l’aube », comme dit dans les psaumes 57 et 108. Comment est-il possible de réveiller l’aurore, si c’est l’aube qui nous réveille? La relation biblique avec le monde ne part pas du monde mais de Dieu: c’est la parole de Dieu qui éveille et constitue notre cœur, notre centre de décision, et c’est notre cœur, éveillé par la parole de Dieu,
importance de la louange
Chantons le monde de ce qu’il chante dans nos cœurs. Si la parole de Dieu nous est chantée, alors la louange est née. Non pas la louange de la beauté de Dieu en soi, mais la louange de la beauté de Dieu manifestée dans sa création et dans son alliance avec les humains.
La louange est la foi qui chante. (En plus de la foi qui chante, il y a aussi une foi patiente et confiante dans les moments de tourments et de désert).
un eros régénéré
Accepter l’amour de Dieu et la beauté de l’amour de Dieu n’exclut pas eros, mais le réintègre et lui donne un nouveau fondement. Le désir n’est pas annulé par la foi ou par l’amour de la solidarité avec les autres, mais est refondé, ravivé, régénéré. La foi qui loue a la capacité de garder vivante l’effervescence de l’eros, de redécouvrir chaque matin la beauté des Alpes, de réveiller l’aurore, de revenir chaque jour au don de la lumière, de partir le matin de la création et de voir des choses avec ce regard avec lequel Dieu a vu qu’elles étaient sept fois bonnes et belles. De cette façon, le désir ne s’estompe jamais.
la beauté de l’homme et le don de la loi
Même nous les humains sommes créés et nous sommes créés à l’image de Dieu, comme Dieu a conclu une alliance avec l’homme et l’a appelé, avec le don de la loi, à être son partenaire, à se tenir devant lui, à vivre « alliance.
La beauté humaine consiste à être appelée à être une image de Dieu, à accepter le don de la loi ou à vivre l’expérience éthique-religieuse (elle vient de Dieu et appelle à une obéissance libre et responsable).
La beauté des humains, ce sont ceux qui vivent selon la volonté de Dieu.
C’est la beauté des gestes sacrés: c’est la beauté de Don Puglisi qui sourit à ceux qui le tuent, c’est la beauté des gestes de Gino Strada, le chirurgien qui a mis à disposition son scalpel et ses compétences en faveur des blessés et frappé par le malheur de la guerre.
C’est la beauté de l’homme juste.
la beauté du crucifix
La beauté de Jésus est la beauté du crucifix. Ce n’est pas la beauté qui fascine et attire les foules. Le charme de Jésus n’a pas pris beaucoup de distance. Au moment critique de la passion, ils s’enfuient tous. Jésus rejette le « comme il est beau d’être ici » du moment de la Transfiguration, pour revenir à la passion et à la mort.
La beauté du crucifix est du même ordre que celle de Don Puglisi qui sourit au tueur.
D’autres fruits ont ensuite coulé de la source de la croix de Jésus.
C’est aussi le sens du film de Benigni « La vita è bella »: de la mort vient la résurrection, de la fausse pièce et du martyre du père reprend la vie de l’enfant.
pain et roses
Nous répondons au don de la création, non pas en le tenant, mais en le faisant circuler. Tout ce que nous avons reçu est une sorte de dette que nous ne devons pas payer directement à Dieu mais à Dieu en comblant les besoins de nos frères: c’est la beauté de l’amour gratuit en tant qu’amour dû.
La beauté de l’amour au quotidien devient la beauté de la fraternité, de la solidarité.
La beauté biblique des choses est de les faire devenir ce qu’elles sont: des signes concrets de l’amour de Dieu et de notre réponse à l’amour de Dieu dans la solidarité et le partage.
Ce n’est pas la même chose d’avoir et de garder les greniers pleins ou de partager avec tout le monde le pain sur la table: cacher le blé, c’est nier sa beauté ultime, ce qui est affirmé, mais le faire arriver là où il est nécessaire pour le mener à bien.
En ce sens, ce n’est pas la beauté qui sauve le monde, mais le monde sauvé par l’amour qui est la beauté.

HOMÉLIE POUR L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR OU FÊTE DES ROIS « LUMIÈRE DES NATIONS »

5 janvier, 2019

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HOMÉLIE POUR L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR OU FÊTE DES ROIS « LUMIÈRE DES NATIONS »

Solennité de l’Épiphanie du Seigneur le 6 janvier 2019 Textes: Isaïe 60-1-6, Éphésiens 3, 2-3a.5-6 et Mathieu 2, 1-12.

La fête d’aujourd’hui prolonge celle de Noël. Elle nous parle encore de la manifestation de Dieu dans le monde par la venue parmi nous de son Fils bien-aimé sous les traits d’un enfant. Trois personnages partis de loin sont venus l’adorer et lui offrir des présents. Ce sont les mages que la tradition a appelé les « Rois mages » dont saint Mathieu nous raconte la visite dans le texte de l’évangile qui vient d’être lu.
Plusieurs éléments de ce récit peuvent retenir notre attention avec profit, J’ai choisi l’étoile, le but du voyage des mages et les présents. Nous sommes nous aussi comme ces mages. Ils nous représentent bien. Commençons par l’étoile.

I – L’étoile
J’ai lu que des scientifiques ont cherché à découvrir ce qui s’était passé avec cette étoile que les mages ont vue. Il se peut disent certains que c’était le passage d’une comète qui laissait une trace visible dans le ciel. Peut-être! Toutefois, saint Mathieu donne à cette étoile un rôle bien particulier qui n’est pas une explication astronomique.
Premièrement, l’étoile des mages apparaît de façon subite et elle sort ceux qui l’observent de leur vie ordinaire. Elle est un signal qui les appelle à quelque chose de nouveau. Deuxièmement cette étoile des mages pour saint Mathieu indique le chemin à suivre pour entrer dans cette nouveauté qui apparaît sans savoir exactement où cela conduira. Et enfin, l’étoile des mages échappe à leurs regards à certains moments et elle disparaît totalement une fois qu’il sont arrivés à leur but.
Ces trois fonctions de l’étoile des mages : signal, chemin et guide s’appliquent très bien à nous aujourd’hui qui, comme les mages, cherchons à reconnaître l’action et la présence de Dieu dans nos vies.
Comme l’étoile des mages, Dieu apparait souvent de façon impromptue et subite dans nos vies. Il nous donne un signal. Et il nous mène hors des sentiers battus. Il nous provoque à sortir de nos habitudes pour aller vers des nouveautés où il nous attend. Soyons des personnes attentives aux signes de sa présence. En deuxième lieu, dans notre chemin de vie, comme les mages, nous avancerons avec confiance car notre route est remplie de la lumière de Dieu, de son amour et ainsi nous sommes conduits à la bonne destination. Troisièmement, pour nous aussi, comme il est arrivé aux mages, l’étoile de la présence de Dieu disparaîtra, se cachera parfois. Après avoir reçu des lumières, nous passerons à travers des moments de questionnement, de purification de notre foi. La présence de Dieu nous semblera disparue, puis tout à coup elle reviendra nous éclairer de nouveau. Comme les mages continuons notre chemin et soyons persévérants.

II – Le but du voyage des mages
Ce beau récit de la visite des mages, par ses détails nombreux et ses rebondissements, peut nous faire oublier que le personnage principal de ce récit ce ne sont pas les mages, mais Jésus lui-même dans sa mission pour le monde.
En effet, c’est la découverte de l’Enfant-Jésus qui qui est le but de leur voyage. Resplendit dans l’enfant qu’ils vénèrent le Sauveur du monde. Cet enfant est la lumière des nations. Tout petit à Bethléem dans les bras de sa maman il porte le poids du monde qu’il vient sauver et ramener à Dieu. Son nom Jésus veut dire « Sauveur ».
Les trois mages venus de loin symbolisent les nations qui recevront le message de Jésus qui n’est pas venu seulement pour les brebis d’Israël mais pour toutes les nations. Le salut est offert à toute personne qui croit en Jésus car, comme dit saint Paul dans la deuxième lecture tirée de sa Lettre aux Éphésiens « toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile ».
Cette universalité du salut offert à toutes les nations est ce qui est célébré lorsque nous désignons cette fête d’aujourd’hui comme une « épiphanie ». Ce terme « épiphanie » vient du grec et il veut dire briller (phainein) sur (épi). La fête de l’Épiphanie est une apparition, une révélation, une manifestation de Dieu. La Jérusalem de la première lecture est l’image de cette manifestation de Dieu qui se continue : « Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore » proclame le prophète. On comprend que cette manifestation rende ceux et celles qui la vivent remplis de joie comme dans le cas des mages qui manifestent celle-ci par leurs présents.

III – Les présents
Venons-en maintenant aux présents des mages que la tradition a retenu comme des dons précieux et qui sont d’un symbolisme très riche pour nous.
L’or. C’est ce qui, en nous, a été reçu de Dieu, c’est notre vie, nos capacités personnelles, nos talents et nos ressources. C’est tout notre être, car comme Dieu le dit à chacun et chacune d’entre nous : « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime ». (cf. Isaïe 43, 4) Nous sommes pour Dieu des personnes remplies de richesses de toutes sortes qu’il a déposées en nous de toute éternité. Voilà notre or.
L’encens. Cette image de l’encens qui parfume les lieux où il est employé et qui monte vers le ciel représente notre cœur, nos sentiments, notre amour, notre foi, notre espérance qui rayonnent autour de nous. Ceux et celles qui nous voient et nous rencontrent peuvent les percevoir et en rendre gloire à Dieu.
La myrrhe qui est une préparation qui sert à l’embaumement des corps nous rappelle que nos corps sont une demeure de Dieu, un temple de l’Esprit Saint et qu’après notre mort, ils revivront un jour dans la résurrection finale avec le Christ. Cette préparation qu’est la myrrhe est aussi un symbole de la mort de Jésus par laquelle nous sommes sauvés.

Conclusion
Comment vivre cette épiphanie que les mages ont vécue si ce n’est en faisant comme eux et… en retournant chez nous ? En effet, nos eucharisties nous invitent, après la rencontre avec le Christ à la messe, à sortir et à reprendre notre vie de tous les jours en y cherchant la présence de Jésus. Il se manifestera comme c’est arrivé pour les mages, soyons-en sûrs.
Ses manifestations ne seront pas des manifestations de gloire. Elles seront désarçonnantes. Elles se feront dans la faiblesse comme celle de l’enfant que les mages adorent. « Je suis venu, dira Jésus plus tard, pour servir. Je ne suis pas un Sauveur qui affiche sa puissance, mais je suis un Sauveur humble venant vers vous avec humilité pour tous et toutes et spécialement pour les pauvres et les petits qui m’accueillent » (cf. Mathieu 20, 28).
Que ces pensées mûrissenet en nous en ce jour de l’Épiphanie, une fête merveilleuse qui nous permet de retourner vers nos occupations remplis de la joie d’avoir rencontré le Sauveur de nos vies dans l’enfant que nous avons vénéré à Noël et que nous vénérons de nouveau avec les mages en ce jour.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

BENOÎT XVI – AUDIENCE GÉNÉRALE 27.6.2012 – Lettre aux Philippiens

2 janvier, 2019

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2012/documents/hf_ben-xvi_aud_20120627.html

imm fr e la mia prigione di san paolo - Copia

ancienne ville de Philippes, prison de Saint-Paul

BENOÎT XVI – AUDIENCE GÉNÉRALE 27.6.2012 – Lettre aux Philippiens

Salle Paul VI

Chers frères et sœurs,

Notre prière est faite, comme nous l’avons vu lors des mercredis passés, de silences et de mots, de chants et de gestes qui font participer la personne tout entière : de la bouche à l’esprit, du cœur au corps entier. C’est une caractéristique que nous retrouvons dans la prière juive, en particulier dans les Psaumes. Je voudrais aujourd’hui parler de l’un des chants ou hymnes les plus anciens de la tradition chrétienne, que saint Paul nous présente dans ce qui est, d’une certaine manière, son testament spirituel : la Lettre aux Philippiens. En effet, il s’agit d’une Lettre que l’Apôtre dicte alors qu’il est en prison, peut-être à Rome. Il sent sa mort prochaine, car il affirme que sa vie sera offerte en sacrifice (cf. Ph 2, 17).
Malgré cette situation de grave danger pour son intégrité physique, saint Paul, dans tout ce texte, exprime la joie d’être un disciple du Christ, de pouvoir aller à sa rencontre, au point de voir la mort non comme une perte, mais comme un gain. Dans le dernier chapitre de la Lettre, il y a une invitation pressante à la joie, caractéristique fondamentale de la condition du chrétien et de la prière. Saint Paul écrit : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur; laissez-moi vous le redire: soyez dans la joie » (Ph 4, 4). Mais comment peut-on se réjouir face à une condamnation à mort désormais imminente ? D’où, ou plutôt de qui, saint Paul tire-t-il la sérénité, la force, le courage d’aller à la rencontre du martyre et de l’effusion de sang ?
Nous trouvons la réponse au cœur de la Lettre aux Philippiens, dans ce que la tradition chrétienne appelle carmen Christo, le chant au Christ, ou plus communément « hymne christologique » ; un chant dans lequel toute l’attention est centrée sur les « sentiments » du Christ, c’est-à-dire sur sa façon de penser et sur son attitude concrète et vécue. Cette prière commence par une exhortation : « Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5). Ces sentiments sont présentés dans les versets qui suivent: l’amour, la générosité, l’humilité, l’obéissance à Dieu, le don de soi. Il s’agit non seulement et pas simplement de suivre l’exemple de Jésus, comme quelque chose de moral, mais de faire participer toute l’existence à sa manière de penser et d’agir. La prière doit conduire à une connaissance et à une union dans l’amour toujours plus profondes avec le Seigneur, pour pouvoir penser, agir et aimer comme Lui, en Lui et pour Lui. Exercer cela, apprendre les sentiments de Jésus, représente la voie de la vie chrétienne.
Je voudrais à présent m’arrêter brièvement sur plusieurs éléments de ce chant riche, qui résume tout l’itinéraire divin et humain du Fils de Dieu et qui englobe toute l’histoire humaine : du fait d’être dans la condition de Dieu, à l’incarnation, à la mort en croix et à l’exaltation dans la gloire du Père est également implicite le comportement d’Adam, de l’homme depuis le début. Cet hymne au Christ part de son être « en morphe tou Theou », dit le texte grec, c’est-à-dire d’être « sous la forme de Dieu », ou mieux dans la condition de Dieu. Jésus, vrai Dieu et vrai homme, ne vit pas son « être comme Dieu » pour triompher ou pour imposer sa suprématie, il ne le considère pas une possession, un privilège, un trésor à garder jalousement. Au contraire, « il se dépouilla », il se vida lui-même en assumant, dit le texte grec, la « morphe doulos », la « forme d’esclave », la réalité humaine marquée par la souffrance, par la pauvreté, par la mort; il s’est pleinement assimilé aux hommes, en dehors du péché, de manière à se comporter comme un serviteur complètement dévoué au service des autres. À cet égard, Eusèbe de Césarée — ive siècle — affirme : « Il a pris sur lui la fatigue des membres qui souffrent. Il a faites siennes nos humbles maladies. Il a souffert et pâti pour notre cause : et cela en conformité avec son grand amour pour l’humanité » (La démonstration évangélique, 10, 1, 22). Saint Paul poursuit en traçant le cadre historique dans lequel s’est réalisé cet abaissement de Jésus : « il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir » (Ph 2, 8). Le Fils de Dieu est devenu vraiment homme et il a accompli un chemin dans la complète obéissance et fidélité à la volonté du Père, jusqu’au sacrifice suprême de sa propre vie. Plus encore, l’apôtre spécifie « jusqu’à mourir et à mourir sur une croix ». Sur la croix Jésus Christ a atteint le plus haut degré de l’humiliation, car la crucifixion était la peine réservée aux esclaves et non aux personnes libres : « mors turpissima crucis », écrit Cicéron (cf. In Verrem, v, 64, 16).
Dans la Croix du Christ l’homme est racheté et l’expérience d’Adam est renversée : Adam, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, prétendit être comme Dieu par ses propres forces, se mettre à la place de Dieu, et il perdit ainsi la dignité originelle qui lui avait été donnée. Jésus, en revanche, était « dans la condition de Dieu », mais il s’est abaissé, il s’est plongé dans la condition humaine, dans la fidélité totale au Père, pour racheter l’Adam qui est en nous et redonner à l’homme la dignité qu’il avait perdue. Les Pères soulignent qu’Il s’est fait obéissant, en restituant à la nature humaine, à travers son humanité et son obéissance, ce qui avait été perdu par la désobéissance d’Adam.
Dans la prière, dans la relation avec Dieu, nous ouvrons notre esprit, notre cœur, notre volonté à l’action de l’Esprit Saint pour entrer dans cette même dynamique de vie, comme l’affirme saint Cyrille d’Alexandrie, dont nous célébrons aujourd’hui la fête : « L’œuvre de l’Esprit cherche à nous transformer par l’intermédiaire de la grâce dans la copie parfaite de son humiliation » (Lettres Festales 10, 4). La logique humaine, en revanche, recherche souvent la réalisation de soi-même dans le pouvoir, dans la domination, dans des moyens puissants. L’homme continue à vouloir construire avec ses propres forces la tour de Babel pour atteindre par lui-même la hauteur de Dieu, pour être comme Dieu. L’Incarnation et la Croix nous rappellent que la pleine réalisation se trouve dans la conformation de notre volonté humaine à celle du Père, dans le fait de se vider de notre égoïsme, pour nous remplir de l’amour, de la charité de Dieu et ainsi devenir vraiment capables d’aimer les autres. L’homme ne se trouve pas lui-même en restant enfermé en lui-même, en s’affirmant lui-même. L’homme ne se retrouve qu’en sortant de lui-même; ce n’est qu’en sortant de nous-mêmes que nous nous retrouvons. Et si Adam voulait imiter Dieu, cela n’est pas un mal en soi, mais il s’est trompé sur l’idée de Dieu. Dieu n’est pas un être qui veut uniquement la grandeur. Dieu est amour qui se donne déjà dans la Trinité, puis dans la création. Et imiter Dieu veut dire sortir de soi-même, se donner dans l’amour.
Dans la seconde partie de cet « hymne christologique » de la Lettre aux Philippiens, le sujet change ; ce n’est plus le Christ, mais Dieu le Père. Saint Paul souligne que c’est justement par l’obéissance à la volonté du Père que « Dieu l’a élevé au-dessus de tout; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms » (Ph 2, 9). Celui qui s’est profondément abaissé en prenant la condition d’esclave, est exalté, élevé au-dessus de toute chose par le Père, qui lui donne le nom de « Kyrios », « Seigneur », la suprême dignité et seigneurie. Face à ce nom nouveau, en effet, qui est le nom même de Dieu dans l’Ancien Testament, « qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : “Jésus Christ est le Seigneur”, pour la gloire de Dieu le Père » (vv. 10-11). Le Jésus qui est exalté est celui de la Dernière Cène, qui dépose ses vêtements, se ceint d’une serviette, se penche pour laver les pieds des Apôtres et leur demande: « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13, 12-14). C’est de cela qu’il est important de toujours nous souvenir dans notre prière et dans notre vie : « l’ascension à Dieu advient précisément dans la descente de l’humble service, dans la descente de l’amour, qui est l’essence de Dieu et donc la force vraiment purificatrice, qui rend l’homme capable de percevoir et de voir Dieu » (Jésus de Nazareth, 2007).
L’hymne de la Lettre aux Philippiens nous offre ici deux indications importantes pour notre prière. La première est l’invocation « Seigneur » adressée à Jésus Christ, assis à la droite du Père : il est l’unique Seigneur de notre vie, au milieu de tant de « dominateurs » qui veulent l’orienter et la guider. C’est pourquoi il est nécessaire d’avoir une échelle de valeurs où le primat revient à Dieu, pour affirmer avec saint Paul : « Je considère tout cela comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur » (Ph 3, 8). La rencontre avec le Ressuscité lui a fait comprendre qu’il est l’unique trésor pour lequel il vaille la peine de consacrer sa propre existence.
La deuxième indication est la prostration, « tous les genoux se plient » sur la terre comme aux cieux, ce qui rappelle une expression du Prophète Isaïe, où il indique l’adoration que toutes les créatures doivent à Dieu (cf. 45, 23). La génuflexion devant le Très Saint Sacrement, ou le fait de se mettre à genoux dans la prière, expriment justement l’attitude d’adoration devant Dieu, également avec le corps. D’où l’importance d’accomplir ce geste non par habitude et en hâte, mais avec une profonde conscience. Lorsque nous nous agenouillons devant le Seigneur, nous confessons notre foi en Lui, nous reconnaissons qu’il est l’unique Seigneur de notre vie.
Chers frères et sœurs, dans notre prière, fixons notre regard sur le Crucifié, arrêtons-nous plus souvent en adoration devant l’Eucharistie, pour faire entrer notre vie dans l’amour de Dieu, qui s’est abaissé avec humilité pour nous élever jusqu’à Lui. Au début de la catéchèse, nous nous sommes demandé comment saint Paul pouvait se réjouir face au risque imminent du martyre et de son effusion de sang. Cela n’est possible que parce que l’Apôtre n’a jamais éloigné son regard du Christ jusqu’à se configurer à lui dans la mort, « dans l’espoir de parvenir à ressusciter d’entre les morts » (Ph 3, 11). Comme saint François devant le crucifix, disons nous aussi: Très Haut, Dieu de gloire, illumine les ténèbres de mon cœur, donne-moi une foi droite, une espérance certaine, sens et discernement pour accomplir ta vraie et sainte volonté. Amen (cf. Prière devant le crucifix : FF [276]).

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