18E DIMANCHE DANS L’ANNÉE B – (CE « PAIN DE CHAQUE JOUR »)

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18E DIMANCHE DANS L’ANNÉE B – (CE « PAIN DE CHAQUE JOUR »)

Je me rappelle cette dame que j’ai connu. Elle ne supportait pas qu’on gaspille du pain. Son jeune frère, pendant la dernière guerre, était mort de faim dans un camp de concentration nazi. Le pain a constitué chez nous, pendant de longs siècles, la nourriture de base et ceci lui a valu de symboliser la nourriture en général et tout ce dont l’homme a besoin pour vivre. Quand on a le souvenir collectif de disettes ou que l’on voit à la télévision des millions d’hommes, de femmes et d’enfants souffrant aujourd’hui encore de malnutrition, jeter délibérément du pain semble donc s’apparenter à une cynique indécence.
Mais ce « pain de chaque jour » est, pour les chrétiens d’autant plus respecté qu’il évoque inévitablement l’initiative de Jésus au soir du Jeudi Saint. Et ce pain que Jésus donne à ses disciples à la veille de mourir en cette Pâque juive de l’an 30 à Jérusalem, il était déjà chargé de tout un poids d’histoire et d’une étonnante symbolique religieuse. C’était le pain emporté hors d’Egypte en toute hâte, de nuit, avant même qu’il ait eu le temps de lever, un pain commémoré chaque année par les galettes de pain azyme dans le rituel de la pâque juive. Nous en faisons d’ailleurs encore mémoire avec nos hosties utilisées à chaque messe.
Aujourd’hui, c’est encore à un autre épisode biblique qu’il faut nous référer pour entrer dans la méditation sur l’eucharistie que l’évangéliste Jean nous propose, depuis dimanche dernier et pendant encore trois dimanches. C’est l’épisode de la manne rapporté dans la première lecture. « Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain », dit le Seigneur à Moïse. Un pain miraculeux, qui ne doit rien au travail des hommes et tout à la bonté de Dieu, un pain qui suscite la surprise et l’étonnement : « Mann hou ? »… « Qu’est-ce que c’est ? » Telle est la manne ; telle est surtout l’eucharistie. C’est en effet cet étonnement admiratif devant ce que Dieu fait pour nous, devant ses merveilles d’hier et d’aujourd’hui, qui inspire la prière eucharistique et notamment la préface qui en est l’introduction. Cette conviction que Dieu n’a pas fini de nous surprendre, puisse-t-elle se renforcer par notre participation à l’eucharistie ! Un pain pour la route, dont on ne reçoit que la ration quotidienne et que l’on ne peut pas stocker… Encore une belle image pour l’eucharistie.
Faut-il rappeler ici que la coutume qui consiste à conserver des hosties consacrées dans le tabernacle de nos églises est née du souci de porter la Communion aux malades et de disposer ainsi d’une petite réserve. Cet aliment de vie éternelle dont Dieu nous fait le don, ce n’est pas une relique à conserver dans un coffre ou même à regarder, c’est une nourriture à manger, dimanche après dimanche, pour continuer la route… un peu comme cette autre galette de pain qu’Elie, épuisé et désespéré, trouve à son réveil: « Lève-toi et mange. Autrement le chemin sera trop long pour toi! » (1 Rois 19). Un pain pour la route… Que la grâce de Dieu en nous, qui venons communier chaque dimanche, ne soit pas vaine!
Un pain qui ne se perd pas, mais « une nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle », telle est l’eucharistie, éclipsant en cela cette manne qui ne faisait que la préfigurer. Promesse et aliment de vie éternelle, l’eucharistie du Seigneur nous situe dans le temps provisoire de l’Eglise et en attente du Royaume. Elle nous donne d’accepter sans révolte ni désespérance la mort de nos proches et la perspective de la nôtre. Elle exprime la communion de l’Eglise du ciel avec celle qui est encore en chemin. Elle nous invite à « travailler aux oeuvres de Dieu », les seules qui ne craignent pas de vieillir !

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