Archive pour février, 2018

BENOÎT XVI – LE CARÊME: UN ITINÉRAIRE DE RÉFLEXION ET D’INTENSE PRIÈRE (2006)

12 février, 2018

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2006/documents/hf_ben-xvi_aud_20060301.html

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Le temps du carême

BENOÎT XVI – LE CARÊME: UN ITINÉRAIRE DE RÉFLEXION ET D’INTENSE PRIÈRE (2006)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 1er mars 2006

Chers frères et soeurs,

Aujourd’hui, avec la Liturgie du Mercredi des Cendres, commence l’itinéraire quadragésimal de quarante jours, qui nous conduira au Triduum pascal, mémoire de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur, coeur du mystère de notre salut. Il s’agit d’un temps favorable, où l’Eglise invite les chrétiens à prendre une conscience plus vive de l’oeuvre rédemptrice du Christ et à vivre plus profondément leur Baptême. En effet, en cette période liturgique, le Peuple de Dieu, depuis les premiers temps, se nourrit avec abondance de la Parole de Dieu pour se renforcer dans la foi, en reparcourant toute l’histoire de la création et de la rédemption.
De par sa durée de quarante jours, le Carême possède une force évocatrice indéniable. Il entend en effet rappeler plusieurs des événements qui ont rythmé la vie et l’histoire de l’antique Israël, en nous en reproposant également la valeur de paradigme: pensons, par exemple, aux quarante jours du déluge universel, qui aboutirent au pacte de l’alliance scellée par Dieu avec Noé, et ainsi, avec l’humanité, et aux quarante jours passés par Moïse sur le Mont Sinaï, qui furent suivis par le don des tables de la Loi. La période quadragésimale veut surtout nous inviter à revivre avec Jésus les quarante jours qu’il passa dans le désert, en priant et en jeûnant, avant d’entreprendre sa mission publique. Nous aussi, nous entreprenons aujourd’hui un chemin de réflexion et de prière avec tous les chrétiens du monde, pour nous diriger spirituellement vers le Calvaire, en méditant sur les mystères centraux de la foi. Nous nous préparerons ainsi à faire l’expérience, après le mystère de la Croix, de la joie de la Pâque de résurrection.
On accomplit aujourd’hui, dans toutes les communautés paroissiales, un geste austère et symbolique: l’imposition des cendres, et ce rite est accompagné par deux formules riches de sens, qui constituent un appel pressant à se reconnaître pécheurs et à retourner à Dieu. La première formule dit: « Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras à la poussière » (cf. Gn 3, 19). Ces paroles, tirées du livre de la Genèse, évoquent la condition humaine placée sous le signe de la précarité et de la limite, et entendent nous pousser à placer toutes nos espérances uniquement en Dieu. La deuxième formule se réfère aux paroles prononcées par Jésus au début de son ministère itinérant: « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile » (Mc 1, 15). C’est une invitation à adhérer de manière ferme et confiante à l’Evangile comme fondement du renouveau personnel et communautaire. La vie du chrétien est une vie de foi, fondée sur la Parole de Dieu et nourrie par elle. Dans les épreuves de la vie et face à chaque tentation, le secret de la victoire se trouve dans l’écoute de la Parole de vérité et dans le ferme refus du mensonge et du mal. Tel est le programme véritable et central du temps du Carême: écouter la Parole de vérité, vivre, parler et faire la vérité, refuser le mensonge qui empoisonne l’humanité et qui ouvre la porte à tous les maux. Il est donc urgent d’écouter à nouveau, au cours de ces quarante jours, l’Evangile, la Parole du Seigneur, parole de vérité, afin qu’en chaque chrétien, en chacun de nous, se renforce la conscience de la vérité qui lui est donnée, qui nous est donnée, afin que nous en vivions et en devenions le témoin. Le Carême nous invite à laisser pénétrer notre vie par la Parole de Dieu et à connaître ainsi la vérité fondamentale: qui sommes-nous, d’où venons-nous, où devons-nous aller, quel est le chemin à prendre dans la vie? Et ainsi, le temps du Carême nous offre un parcours ascétique et liturgique qui, alors qu’il nous aide à ouvrir les yeux sur notre faiblesse, nous fait ouvrir notre coeur à l’amour miséricordieux du Christ.
En nous rapprochant de Dieu, le chemin quadragésimal nous permet de poser sur frères et leurs besoins un regard nouveau. Celui qui commence à voir Dieu, à regarder le visage du Christ, contemple avec un autre regard également son frère, découvre son frère, son bien, son mal, ses nécessités. C’est pourquoi le Carême, comme écoute de la vérité, est le moment favorable pour se convertir à l’amour, car la vérité profonde, la vérité de Dieu, est dans le même temps amour. En nous convertissant à la vérité de Dieu, nous devons nécessairement nous convertir à l’amour. Un amour qui sache adopter l’attitude de compassion et de miséricorde du Seigneur, comme j’ai voulu le rappeler dans le Message pour le Carême, qui a pour thème les paroles évangéliques: « Voyant les foules, Jésus eut pitié d’elles » (Mt 9, 36). Consciente de sa mission dans le monde, l’Eglise ne cesse de proclamer l’amour miséricordieux du Christ, qui continue à tourner son regard plein d’émotion vers les hommes et les peuples de tous les temps. « Face aux terribles défis de la pauvreté d’une si grande part de l’humanité – ai-je écrit dans le Message de Carême susmentionné -, l’indifférence et le repli sur son propre égoïsme se situent dans une opposition intolérable avec le « regard du Christ ». Avec la prière, le jeûne et l’aumône, que l’Eglise propose de manière spéciale dans le temps du Carême, sont des occasions propices pour se conformer à ce « regard »", au regard du Christ, et nous voir nous-mêmes, l’humanité et les autres, avec ce regard. Dans cet esprit, nous entrons dans le climat d’austérité et de prière du Carême, qui est véritablement un climat d’amour pour nos frères.
Que ce soient des jours de réflexion et d’intense prière, au cours desquels nous nous laissons guider par la Parole de Dieu, que la liturgie nous propose en abondance. Que le Carême soit, en outre, un temps de jeûne, de pénitence et de vigilance sur nous-mêmes, persuadés que la lutte contre le péché ne finit jamais, car la tentation est une réalité de chaque jour, et la fragilité et l’illusion sont l’expérience de tous. Enfin, que le Carême soit, à travers l’aumône et les actions de bien à l’égard de nos frères, une occasion de partage sincère des dons reçus avec nos frères et d’attention aux besoins des plus pauvres et des laissés-pour-compte. Que Marie, la Mère du Rédempteur, modèle d’écoute et de fidèle adhésion à Dieu, nous accompagne dans cet itinéraire pénitentiel. Que la Très Sainte Vierge nous aide à arriver, purifiés et renouvelés dans notre coeur et notre esprit, à célébrer le grand mystère de la Pâque du Christ. Avec ces sentiments, je souhaite à tous un bon et fructueux Carême.

 

BENOÎT XVI – LE CARÊME: UN ITINÉRAIRE DE RÉFLEXION ET D’INTENSE PRIÈRE (2006)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 1er mars 2006

Chers frères et soeurs,

Aujourd’hui, avec la Liturgie du Mercredi des Cendres, commence l’itinéraire quadragésimal de quarante jours, qui nous conduira au Triduum pascal, mémoire de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur, coeur du mystère de notre salut. Il s’agit d’un temps favorable, où l’Eglise invite les chrétiens à prendre une conscience plus vive de l’oeuvre rédemptrice du Christ et à vivre plus profondément leur Baptême. En effet, en cette période liturgique, le Peuple de Dieu, depuis les premiers temps, se nourrit avec abondance de la Parole de Dieu pour se renforcer dans la foi, en reparcourant toute l’histoire de la création et de la rédemption.
De par sa durée de quarante jours, le Carême possède une force évocatrice indéniable. Il entend en effet rappeler plusieurs des événements qui ont rythmé la vie et l’histoire de l’antique Israël, en nous en reproposant également la valeur de paradigme: pensons, par exemple, aux quarante jours du déluge universel, qui aboutirent au pacte de l’alliance scellée par Dieu avec Noé, et ainsi, avec l’humanité, et aux quarante jours passés par Moïse sur le Mont Sinaï, qui furent suivis par le don des tables de la Loi. La période quadragésimale veut surtout nous inviter à revivre avec Jésus les quarante jours qu’il passa dans le désert, en priant et en jeûnant, avant d’entreprendre sa mission publique. Nous aussi, nous entreprenons aujourd’hui un chemin de réflexion et de prière avec tous les chrétiens du monde, pour nous diriger spirituellement vers le Calvaire, en méditant sur les mystères centraux de la foi. Nous nous préparerons ainsi à faire l’expérience, après le mystère de la Croix, de la joie de la Pâque de résurrection.
On accomplit aujourd’hui, dans toutes les communautés paroissiales, un geste austère et symbolique: l’imposition des cendres, et ce rite est accompagné par deux formules riches de sens, qui constituent un appel pressant à se reconnaître pécheurs et à retourner à Dieu. La première formule dit: « Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras à la poussière » (cf. Gn 3, 19). Ces paroles, tirées du livre de la Genèse, évoquent la condition humaine placée sous le signe de la précarité et de la limite, et entendent nous pousser à placer toutes nos espérances uniquement en Dieu. La deuxième formule se réfère aux paroles prononcées par Jésus au début de son ministère itinérant: « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile » (Mc 1, 15). C’est une invitation à adhérer de manière ferme et confiante à l’Evangile comme fondement du renouveau personnel et communautaire. La vie du chrétien est une vie de foi, fondée sur la Parole de Dieu et nourrie par elle. Dans les épreuves de la vie et face à chaque tentation, le secret de la victoire se trouve dans l’écoute de la Parole de vérité et dans le ferme refus du mensonge et du mal. Tel est le programme véritable et central du temps du Carême: écouter la Parole de vérité, vivre, parler et faire la vérité, refuser le mensonge qui empoisonne l’humanité et qui ouvre la porte à tous les maux. Il est donc urgent d’écouter à nouveau, au cours de ces quarante jours, l’Evangile, la Parole du Seigneur, parole de vérité, afin qu’en chaque chrétien, en chacun de nous, se renforce la conscience de la vérité qui lui est donnée, qui nous est donnée, afin que nous en vivions et en devenions le témoin. Le Carême nous invite à laisser pénétrer notre vie par la Parole de Dieu et à connaître ainsi la vérité fondamentale: qui sommes-nous, d’où venons-nous, où devons-nous aller, quel est le chemin à prendre dans la vie? Et ainsi, le temps du Carême nous offre un parcours ascétique et liturgique qui, alors qu’il nous aide à ouvrir les yeux sur notre faiblesse, nous fait ouvrir notre coeur à l’amour miséricordieux du Christ.
En nous rapprochant de Dieu, le chemin quadragésimal nous permet de poser sur frères et leurs besoins un regard nouveau. Celui qui commence à voir Dieu, à regarder le visage du Christ, contemple avec un autre regard également son frère, découvre son frère, son bien, son mal, ses nécessités. C’est pourquoi le Carême, comme écoute de la vérité, est le moment favorable pour se convertir à l’amour, car la vérité profonde, la vérité de Dieu, est dans le même temps amour. En nous convertissant à la vérité de Dieu, nous devons nécessairement nous convertir à l’amour. Un amour qui sache adopter l’attitude de compassion et de miséricorde du Seigneur, comme j’ai voulu le rappeler dans le Message pour le Carême, qui a pour thème les paroles évangéliques: « Voyant les foules, Jésus eut pitié d’elles » (Mt 9, 36). Consciente de sa mission dans le monde, l’Eglise ne cesse de proclamer l’amour miséricordieux du Christ, qui continue à tourner son regard plein d’émotion vers les hommes et les peuples de tous les temps. « Face aux terribles défis de la pauvreté d’une si grande part de l’humanité – ai-je écrit dans le Message de Carême susmentionné -, l’indifférence et le repli sur son propre égoïsme se situent dans une opposition intolérable avec le « regard du Christ ». Avec la prière, le jeûne et l’aumône, que l’Eglise propose de manière spéciale dans le temps du Carême, sont des occasions propices pour se conformer à ce « regard »", au regard du Christ, et nous voir nous-mêmes, l’humanité et les autres, avec ce regard. Dans cet esprit, nous entrons dans le climat d’austérité et de prière du Carême, qui est véritablement un climat d’amour pour nos frères.
Que ce soient des jours de réflexion et d’intense prière, au cours desquels nous nous laissons guider par la Parole de Dieu, que la liturgie nous propose en abondance. Que le Carême soit, en outre, un temps de jeûne, de pénitence et de vigilance sur nous-mêmes, persuadés que la lutte contre le péché ne finit jamais, car la tentation est une réalité de chaque jour, et la fragilité et l’illusion sont l’expérience de tous. Enfin, que le Carême soit, à travers l’aumône et les actions de bien à l’égard de nos frères, une occasion de partage sincère des dons reçus avec nos frères et d’attention aux besoins des plus pauvres et des laissés-pour-compte. Que Marie, la Mère du Rédempteur, modèle d’écoute et de fidèle adhésion à Dieu, nous accompagne dans cet itinéraire pénitentiel. Que la Très Sainte Vierge nous aide à arriver, purifiés et renouvelés dans notre coeur et notre esprit, à célébrer le grand mystère de la Pâque du Christ. Avec ces sentiments, je souhaite à tous un bon et fructueux Carême.

HOMÉLIE DU 6ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

9 février, 2018

http://preparonsdimanche.puiseralasource.org/?p=homelie&id=615

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Jésus purifie un lépreux

HOMÉLIE DU 6ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Contaminés par l’Amour

En écoutant la première lecture, nous avons pu nous poser quelques questions : pourquoi des prescriptions aussi terribles face à la lèpre ? Pourquoi être obligé de porter des vêtements déchirés et de se présenter en tant qu’impur ? Il faut savoir que cette maladie était l’un des fléaux les plus redoutés du Moyen Orient. A l’époque, on ignorait la médecine et on ne voyait que la contagion. Il n’y avait d’autre solution que l’isolement. Le malade était donc « excommunié ». Il était exclu du camp ou de la cité.
Cette maladie redoutable était comme une image du péché, non par son origine mais par ses effets, la défiguration et la contagion. Nous, chrétiens, nous savons bien que l’image de Dieu en nous est abîmée par le péché. Il provoque une défiguration bien plus grave que celle de la lèpre. Notre complicité dans le péché est pire que la contagion de cette maladie. Il se propage bien plus vite.
Mais avec Jésus, le mal n’a pas le dernier mot. Il ne craint pas de braver les interdits en touchant le lépreux. Cette liberté qu’il prend a sa source dans son amour pour Dieu et pour le prochain. C’est un amour sans frontière qui ne craint pas de bousculer les règlements. C’est ainsi qu’un jour, Jésus guérit un infirme le jour du Sabbat. Il explique à tous que le Sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. C’est dans le même esprit que saint Augustin donne ce conseil : « Aime et fais ce que tu veux. » La liberté est servante de l’amour. C’est l’amour qui la rend authentique et vraie.
Quand l’amour n’est entravé par rien ni personne, c’est lui qui devient contagieux. Et c’est ce qui arrive. Non seulement Jésus n’est pas contaminé par la lèpre mais c’est lui qui contamine le lépreux. L’humanité de Jésus est porteuse de vie divine. Elle est instrument du salut. Sa sainteté agit dans toute la race humaine. En touchant le lépreux, il met sa chair saine en contact avec la chair pourrie de l’excommunié.
Du coup, c’est cette humanité qui est contaminée par la vie, la santé et la sainteté de Dieu. La contagion est inversée. Elle a joué dans le sens contraire. C’est la santé qui met en péril la maladie, la vie qui contamine la mort. L’amour l’emporte sur la haine. Voilà une bonne nouvelle pour nous aujourd’hui. Comme ce lépreux, nous pouvons nous approcher de Jésus et le supplier : « Seigneur, prends pitié ! » Et il sera toujours là pour nous dire : « Je le veux, sois purifié. »
On a dit que Jésus semble le premier étonné en découvrant la puissance de l’amour qui l’habite. Il demande impérativement au lépreux guéri de garder le secret. Mais nous savons bien qu’un secret c’est quelque chose qu’on ne dit qu’à une personne à la fois. Au bout d’un certain temps, tout le monde finit par le connaître. Si Jésus donne cette consigne c’est parce qu’il craint l’admiration des foules. Il ne veut pas qu’on le prenne pour un faiseur de miracles. Il ne cherche pas à faire du merveilleux pour en mettre plein la vue. Sa mission première c’est de « chercher et sauver ceux qui étaient perdus. »
L’homme a donc été purifié. Sa lèpre a disparu. Il ne sera plus un exclu. Son être profond est réorienté et réhabilité. Il ne lui reste plus qu’à rencontrer le prêtre pour être réintégré dans sa communauté. Le grand message de cet Évangile c’est un appel à nous laisser toucher par cet amour infini du Christ. Devant lui, nous nous reconnaissons défigurés par le péché. Mais il ne se lasse jamais de nous accueillir et de nous pardonner. Son amour pour nous dépasse infiniment tout ce que nous pouvons imaginer.
Saint Paul a passé une partie de sa vie à persécuter les chrétiens. Mais il s’est laissé toucher par lui sur le chemin de Damas. Il s’est efforcé de l’imiter. Avec lui, la bonne nouvelle a été annoncée à tous ceux qui étaient loin de Dieu. Les païens sont introduits dans la communauté au même titre que les autres. Comme Paul et bien d’autres après lui, nous avons à réorienter notre vie vers le Christ. Le Carême qui s’annonce pour mercredi prochain nous donnera l’occasion de nous mettre en chemin et de tomber à genoux. Nous ferons nôtre cette prière : « Si tu le veux, tu peux me purifier ». Oui, que toute notre vie soit imprégnée de ton amour afin que nous puissions le communiquer à tous. Amen
Sources : revues signes, Feu Nouveau, Dimanche en Paroisse, Panorama (Évangile médité), Homélies pour l’année B (Amédée Brunot), Homélies pour l’année liturgique B (Simon Faivre)

Jean Compazieu, prêtre de l’Aveyron ( 15/02/2015)

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRAL (l’acte pénitentiel)

7 février, 2018

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Paul Gauguin: Le Christ dans le jardin des oliviers

PAPE FRANÇOIS – (l’acte pénitentiel)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi, 3 janvier 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

En reprenant les catéchèses sur la célébration eucharistique, nous prenons aujourd’hui en considération, dans le contexte des rites d’introduction, l’acte pénitentiel. Dans sa sobriété, celui-ci favorise l’attitude avec laquelle se disposer à célébrer dignement les saints mystères, c’est-à-dire en reconnaissant nos péchés devant Dieu et nos frères, en reconnaissant que nous sommes pécheurs. En effet, l’invitation du prêtre s’adresse à toute la communauté en prière, parce que nous sommes tous pécheurs. Que peut donner le Seigneur à celui qui a le cœur plein de lui-même, de son propre succès? Rien, parce que le présomptueux est incapable de recevoir le pardon, rassasié comme il l’est de sa prétendue justice. Pensons à la parabole du pharisien et du publicain, où seul le second — le publicain — revient chez lui justifié, c’est-à-dire pardonné (cf. Lc 18, 9-14). Celui qui est conscient de ses propres misères et qui baisse les yeux avec humilité, sent se poser sur lui le regard miséricordieux de Dieu. Nous savons par expérience que seul celui qui sait reconnaître ses erreurs et demander pardon reçoit la compréhension et le pardon des autres.
Ecouter en silence la voix de la conscience permet de reconnaître que nos pensées sont éloignées des pensées divines, que nos paroles et nos actions sont souvent mondaines, c’est-à-dire qu’elles ne sont guidées que par des choix contraires à l’Evangile. C’est pourquoi, au début de la Messe, nous accomplissons de manière communautaire l’acte pénitentiel à travers une formule de confession générale, prononcée à la première personne du singulier. Chacun confesse à Dieu et à ses frères d’avoir «péché, en parole, par action et par omission». Oui, aussi par omission, c’est-à-dire d’avoir négligé de faire le bien que j’aurais pu faire. Nous nous sentons souvent de braves personnes parce que — disons-nous — «je n’ai fait de mal à personne». En réalité, il ne suffit pas de ne pas faire de mal à son prochain, il faut choisir de faire le bien en saisissant les occasions pour rendre un bon témoignage du fait que nous sommes des disciples de Jésus. Il est bon de souligner que nous confessons aussi bien à Dieu qu’à nos frères que nous sommes pécheurs: cela nous aide à comprendre la dimension du péché qui, alors qu’il nous sépare de Dieu, nous divise également de nos frères et inversement. Le péché coupe: il coupe la relation avec Dieu et il coupe la relation avec nos frères, la relation dans la famille, dans la société, dans la communauté: le péché coupe toujours, il sépare, il divise.
Les mots que nous prononçons avec la bouche sont accompagnés par le geste de se frapper la poitrine, en reconnaissant que j’ai péché précisément par ma faute, et non par la faute des autres. Il arrive en effet souvent que, par peur ou par honte, nous pointions le doigt pour accuser les autres. Cela coûte d’admettre d’être coupables, mais cela nous fait du bien de le confesser avec sincérité. Confesser ses propres péchés. Je me souviens d’une anecdote, qu’un missionnaire âgé racontait, à propos d’une femme qui est allée se confesser et qui a commencé à raconter les fautes de son mari; ensuite, elle a poursuivi en racontant les fautes de sa belle-mère et ensuite les péchés de ses voisins. A un certain moment, le confesseur lui a dit: «Mais dites-moi, Madame: vous avez fini? – Très bien: vous avez fini avec les péchés des autres. Maintenant, commencez à dire les vôtres». Dire ses propres péchés!
Après la confession du péché, nous supplions la Bienheureuse Vierge Marie, les anges et les saints de prier le Seigneur pour nous. En cela aussi, la communion des saints est précieuse: c’est-à-dire que l’intercession de ces «amis et modèles de vie» (Préface du 1er novembre) nous soutient sur le chemin vers la pleine communion avec Dieu, quand le péché sera définitivement anéanti.
Outre le «Je confesse», on peut accomplir l’acte pénitentiel avec d’autres formules, par exemple: «Seigneur, accorde-nous ton pardon / Nous avons péché contre toi / Montre-nous ta miséricorde» (cf. Ps 123, 3; 85, 8; Jr 14, 20). Le dimanche, en particulier, on peut accomplir la bénédiction et l’aspersion de l’eau en mémoire du baptême (cf. Présentation générale du Missel romain, n. 51), qui efface tous les péchés. Il est aussi possible, comme partie de l’acte pénitentiel, de chanter le Kyrie eléison: avec une antique expression grecque, nous acclamons le Seigneur — Kyrios — et nous implorons sa miséricorde (ibid., n. 52).
L’Ecriture Sainte nous offre de lumineux exemples de figures «pénitentes» qui, en revenant en elle-même après avoir commis le péché, trouvent le courage d’ôter leur masque et de s’ouvrir à la grâce qui renouvelle le cœur. Pensons au roi David et aux paroles qui lui sont attribuées dans le Psaume: «Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché» (51, 3). Pensons au fils prodigue qui revient auprès de son père; ou à l’invocation du publicain: «Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis!» (Lc 18, 13). Pensons également à saint Pierre, à Zacchée, à la femme samaritaine. Se mesurer avec la fragilité de l’argile dont nous sommes façonnés est une expérience qui nous fortifie: alors qu’elle nous place en face de notre faiblesse, elle ouvre notre cœur pour invoquer la miséricorde divine qui transforme et convertit. Et c’est cela que nous accomplissons dans l’acte pénitentiel au début de la Messe.

LES ANGES ET LES DÉMONS EXISTENT PEUT-ÊTRE DEPUIS LA NAISSANCE DE LA BIBLE.

5 février, 2018

https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/1535.html

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Les anges dans la Bible

LES ANGES ET LES DÉMONS EXISTENT PEUT-ÊTRE DEPUIS LA NAISSANCE DE LA BIBLE.

Les anges et les démons existent peut-être depuis la naissance de la Bible, mais les auteurs juifs ne les ont pas toujours pratiqués avec la même constance. L’historien, en effet, signale leur vogue dans le monde juif des trois derniers siècles qui précèdent la naissance de Jésus.
Les anges tiennent peu de place dans les livres bibliques écrits avant l’exil. On y remarque tout au plus la présence épisodique de l’Ange du Seigneur. Après le retour d’exil quelque chose change dans l’usage que les Juifs font des anges. La sobriété de la période prophétique n’a plus cours; finie aussi la prépondérance incontestée de l’Ange de Yahvé. Le regard des juifs change; leur univers mental se peuple d’anges et de démons.
Auparavant, les auteurs bibliques avaient déjà recours à des anges pour dire l’intervention de Dieu dans la vie du peuple, mais dans une proportion limitée. Les grandes figures qui apportaient au peuple la parole de Dieu, c’étaient les prophètes. Pas besoin d’anges, quand la parole de Dieu est prise en charge par des hommes animés par l’esprit, courageux et conscients de tout ce que leur condition d’hommes leur permettait de faire. Ces hommes-là disaient le message de Dieu par leurs actes. Mais, selon le mot de la Bible, après l’exil, les prophètes se sont tus, comme un feu que rien n’attise plus…

Entre anges et démons, un combat cosmique
Vers les 4è-3è siècles avant Jésus-Christ, les anges viennent en Israël dans les bagages des revenants de Babylone. L’univers religieux babylonien, en effet, est riche en figures angéliques. Les sept Anges de la face du Livre de Tobie, (Tb 12, 15) qui seront repris par le Livre de l’Apocalypse (8, 2), ont leur équivalent dans le monde religieux perse.
Ces anges ne se trouvent pas seulement dans les livres bibliques. Il sont même plus nombreux dans la littérature non canonique, non reconnue par les rabbins, celle que l’on appelle aussi apocryphe. Là, surtout dans l’une de ses branches, le courant apocalyptique, les anges et les démons font partie d’un système céleste très hiérarchisé, aux fonctions déterminées (ainsi dans le Livre d’Hénoch ), et ils s’affrontent souvent dans des combats cosmiques. À l’image de ce qu’ils sont dans la culture perse où se sont développés des courants manichéens binaires, bien d’un côté, mal de l’autre, ils sont alors au service d’une représentation binaire du monde, partagés en forces du bien et en forces du mal.
Ainsi, on en trouve le souvenir de cette lutte dans le Livre de Zacharie, où anges du bien et du mal se font face : « Il (Yahvé) me fit voir Josué le grand prêtre, qui se tenait devant l’ange de Yahvé, tandis que le Satan était debout, à sa droite pour l’accuser » ( Za 3, 1).

Le Dieu unique n’est pas l’auteur du mal
Mais, si avec les malheurs de l’exil et les difficultés de la reconstruction, les Juifs ont davantage pris conscience de la violence et de la permanence du mal, ils ont spontanément adopté un parti différent de celui des Perses.
Israël, la patrie du Dieu unique ne pouvait admettre que le monde se déchire entre des dieux du mal et des dieux du bien, qui auraient chacun leurs troupes angéliques ou sataniques. C’était au sens propre du mot, inconcevable. Israël a donc buté sur une impasse : Comment admettre la réalité du mal sans en accuser le Dieu unique ? C’est cette question, lentement mûrie dans les consciences juives, qui a préparé la révélation du Christ, prêt à prendre le mal sur lui pour que Dieu ne puisse en être tenu pour responsable. C’est pour cela que dans la Bible, les anges du mal n’occupent qu’une place minime.

Une identité fissurée
Pour mieux comprendre cette prolifération d’anges, un regard sur la société juive de cette période est très éclairant. Les temps sont difficiles… Toutes les images de l’identité juive se fissurent.
Au retour d’exil, il a fallu constater la dispersion qui affectait tous les enfants d’Israël. L’incompréhension s’était installée entre ceux qui étaient restés au pays et ceux qui revenaient, volontiers moralisateurs, fiers, malgré les épreuves, d’avoir vu du pays, d’avoir vécu dans une grande ville… Certaines familles étaient restés en Babylonie, d’autres encore étaient parties en Égypte. La diaspora juive était devenue une réalité et elle mettait en péril l’identité juive : Qui sommes-nous si une seule terre ne nous contient plus ?
Par ailleurs, le territoire d’Israël s’est trouvé aux mains des Grecs, successeurs d’Alexandre, de 333 à 142 av. J.C. Ils apportaient avec eux une culture déroutante pour les Juifs. Cela a provoqué des divisions dans la société juive : Fallait-il suivre ou refuser les pratiques des Grecs?
Toutes ces divisions amènent un climat de grande insécurité qui se traduit aussi dans les comportements religieux.

Un appel au secours
Ainsi, quand le cours des choses se fait tortueux, la Parole de Dieu semble difficile à comprendre au plus grand nombre. Des forces complexes, difficiles à identifier investissent les consciences; elles paralysent la parole et l’action. Les hommes se taisent, les anges arrivent… Faut-il en conclure à l’inutilité des anges ?
La réponse n’est pas aussi simple, mais deux remarques ouvrent le débat.
Les Evangiles nous donnent la clé du bon usage. Les anges n’y occupent qu’une place relative, dans les Évangiles de l’enfance, puis auprès du tombeau vide. Ils entourent la personne de Jésus, parce que les mots des évangélistes sont faibles pour dire l’irruption de Dieu dans le monde et son éternelle présence de Ressuscité.
En second lieu, si les hommes des siècles postérieurs à l’exil ont eu recours aux anges et aux démons, ce n’est pas par un choix délibéré. C’était peut-être la seule image disponible pour dire leur affolement devant un monde qu’ils ne comprenaient plus. Alors, risquons cette remarque en forme de question : le recours excessif aux anges et aux démons n’est-il pas un appel au secours ? En somme, plus il y a d’anges, plus il serait urgent de secourir les hommes….

 

HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE ORDINAIRE B

2 février, 2018

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

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Marc 1, 29-39, Jésus guérit les démoniaques

HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE ORDINAIRE B

Jb 1-4, 6-7 ; 1 Co 9, 16-19, 22-23 ; Mc 1, 29-39

Monsieur X. était un homme heureux. Il avait tout pour l’être. Une femme charmante et exemplaire, des enfants très sains, bien élevés, généreux et même studieux.
Monsieur X. gérait des affaires en or. La famille ignorait les problèmes financiers, tout comme les ennuis de santé. Toute la maisonnée étant de surcroît très croyante et pratiquante, ce père de famille en concluait qu’ils étaient bénis de Dieu et recevaient la juste récompense de leurs vertus.
Hélas ! un jour, dans le ciel bleu, survint une tempête. Crise économique, faillite, chômage. Les comptes en rouge et les dettes accablantes. Désespérée, Madame claque la porte, les enfants s’égaillent dans la nature, les créanciers s’abattent comme des vautours sur tout ce qui est encore à prendre. Monsieur X. sombre dans la dépression et collectionne les maladies. Sa foi bascule et sa prière se transforme en cris de reproche, de doute, de colère et même de désespoir… Et cependant, tout finira par une bénédiction et une restauration.
Ce cas n’est pas unique. Chacun de nous en connaît de semblables. Celui que je viens d’évoquer est vieux de cinq siècles avant Jésus-Christ. Il s’agit d’un conte philosophique, qui reste d’actualité. C’est le « Livre de Job », cet homme qui, en définitive, « a bien parlé de Dieu ». L’ouvrage biblique consacré à Job est un livre existentiel, comme il en existe dans les autres cultures, pour répondre aux éternelles questions que pose la souffrance. Et surtout, ce problème lancinant et mystérieux de la souffrance de l’innocent et de la justice de Dieu. Une expérience humaine universelle, qui peut donc être la nôtre. Job, c’est l’être humain de tous les temps, « écrasé dans son corps, ravagé dans son âme, torturé dans son esprit », qui se demande : « Mais, qu’ai-je donc fait au Bon Dieu ? ».
Nombre de livres de nos bibliothèques racontent des expériences semblables… C’est une mère de famille qui proteste, crie sa douleur et laisse éclater sa souffrance et son désespoir, parce que sa fille a été fauchée par la maladie de Creutzfeldt-Jacob, via une hormone de croissance frelatée… C’est le Père Talec, écrivain et prédicateur français, dont le corps est devenu, dit-il, « une machine à faire mal ». Et cette maladie, longue, chronique et douloureuse, que Dieu permet et tolère, tout en restant impassible, il la ressent, dit-il, « comme une sorte de trahison ». Il va même jusqu’à bâtir son ouvrage sur la trame d’un procès à Dieu et titre son ouvrage « Dieu mis en examen » (Bayard/Centurion). Il reprend d’ailleurs à son compte les cris de Job : « Seigneur, je hurle vers toi et tu ne réponds pas. Je me tiens devant toi et ton regard me transperce. Tu t’es changé en bourreau pour moi et de ta poigne tu me brimes »(Jb 30, 20-21). Pierre Talec nous raconte sa bataille contre la maladie, le combat de la foi, le drame de l’espérance, jusqu’à la conclusion, qui est appel à la sérénité…
Il n’est pas facile de parler d’un Dieu qui sauve et d’un Christ « qui guérit toutes sortes de maladies et chasse beaucoup d’esprits mauvais », comme dit l’Evangile. En fait, il n’y a pas de réponse. Le mal est un mystère.
Ce qui est vrai aussi, c’est que Jésus n’aime pas la maladie et la souffrance, mais il est plein d’attention pour ceux qui souffrent. Il n’est pas pour autant un faiseur de miracles, dans le sens où nous l’entendons aujourd’hui. Jean les appelle toujours des signes. Ils ne sont pas à situer dans le monde du merveilleux. Ils sont avant tout des messages à traduire. Ils n’ont de sens que pour le croyant ou pour celui qui est disposé à croire. Quand Jésus va à la rencontre de ceux et celles qui souffrent, il les appelle à reconnaître que ce n’est pas lui seul qui guérit. Il y a aussi la foi qui anime ceux qui l’accueillent. « Va, ta foi t’a sauvé », redit souvent Jésus. Il prend la main, tout simplement, montrant ainsi, aux gens simples de son temps, que la maladie n’est pas une impureté rituelle, ni la punition imposée par Dieu pour payer une faute. Jésus libère de ce genre de carcan. C’est la foi qui sauve ! Le miracle est aussi en nous ! Et Jésus aujourd’hui continue encore à guérir les esprits, les cœurs et les corps. D’autant plus que l’être humain est « un », corps, âme, esprit. Il est même relié au cosmos, à la nature et à ses semblables. Un rayonnement spirituel intense, comme celui de Jésus, fait des merveilles. C’est un facteur de guérison.
Guérir, c’est aussi recréer des liens de qualité, car les bonnes relations sont guérissantes. Mais il est bon de se rappeler humblement que le Seigneur utilise aussi aujourd’hui la profession médicale et les médicaments pour guérir. Souvent, une guérison est progressive et s’accompagne d’un cheminement spirituel. Guérir, c’est aussi « assumer la maladie, se pardonner ce qui en a été la cause spirituelle, s’aimer suffisamment pour porter sur soi, et d’abord sur son corps, un nouveau regard ». La guérison de la belle-mère de Pierre n’est pas un miracle, c’est un signe. Jésus est celui qui libère, surtout les cœurs et les esprits, ce qui n’est pas sans influence sur les corps. De plus, toute guérison opérée par Jésus a une portée symbolique. Elle renvoie à une réalité cachée. La paralysie, la cécité, la surdité, la lèpre, signifient que, spirituellement, le péché nous bloque, nous rend aveugles, sourds, impurs.
Plus largement, la foi nous apprend à discerner dans la souffrance et les épreuves un sens. La souffrance peut être une école qui conduit à la guérison de l’orgueil et à une vie nouvelle, imprégnée d’humilité. Toute épreuve est une invitation pressante à sortir de soi-même, à regarder au-delà, pour s’ouvrir aux autres et à celui qui est l’Autre.
Les Job de tous les temps en témoignent. Les épreuves assumées peuvent rendre le cœur compatissant et transformer l’éprouvé lui-même en artisan de guérison. Nous avons tous, comme Jésus, à lutter « corps et âme contre le mal et la souffrance ». Et nous pouvons répéter et réinventer les paroles, les initiatives et les gestes de celui qui est toujours Bonne Nouvelle. Nous serons aussi Bonne Nouvelle… et la Parole de Dieu est toujours guérissante.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

FÊTE DE LA PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE (2011) – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

1 février, 2018

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2011/documents/hf_ben-xvi_hom_20110202_vita-consacrata.html

fr e ciottoli

Saint Syméon, Marie e le petit Jesus

CÉLÉBRATION DES VÊPRES DE LA FÊTE DE LA PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE (2011)

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique Saint-Pierre

Mardi 2 février 2011

Chers frères et sœurs!

En la fête d’aujourd’hui, nous contemplons le Seigneur Jésus que Marie et Joseph présentent au temple «pour l’offrir au Seigneur» (Lc 2, 22). Dans cette scène évangélique se révèle le mystère du Fils de la Vierge, le consacré du Père, venu au monde pour accomplir fidèlement sa volonté (He 10, 5-7). Syméon l’indique comme «lumière pour éclairer les nations païennes» (Lc 2, 32) et annonce à travers des paroles prophétiques son offrande suprême à Dieu et sa victoire finale (cf. Lc 2, 32-35). C’est la rencontre des deux Testaments, l’Ancien et le Nouveau. Jésus entre dans l’antique temple, Lui qui est le nouveau Temple de Dieu: il vient visiter son peuple, en portant à son accomplissement l’obéissance à la Loi et en inaugurant les temps ultimes du salut.
Il est intéressant d’observer de près cette entrée de l’Enfant Jésus dans la solennité du temple, dans un grand «va-et-vient» de nombreuses personnes, prises par leurs occupations: les prêtres et les lévites avec leurs tours de service, les nombreux fidèles et pèlerins, désireux de rencontrer le Dieu saint d’Israël. Mais aucun de ceux-ci ne se rend compte de rien. Jésus est un enfant comme les autres, fils premier-né de deux parents très simples. Les prêtres sont eux aussi incapables de saisir les signes de la nouvelle présence particulière du Messie et Sauveur. Seules deux personnes âgées, Syméon et Anne, découvrent la grande nouveauté. Conduits par l’Esprit Saint, ils trouvent dans cet Enfant l’accomplissement de leur longue attente et veillée. Tous les deux contemplent la lumière de Dieu, qui vient illuminer le monde, et leur regard prophétique s’ouvre à l’avenir, comme annonce du Messie: «Lumen ad revelationem gentium!» (Lc 2, 32). Dans l’attitude prophétique des deux vieillards, c’est toute l’Ancienne Alliance qui exprime la joie de la rencontre avec le Rédempteur. A la vue de l’Enfant, Syméon et Anne ont l’intuition que c’est précisément lui qui est l’Attendu.
La présentation de Jésus au temple constitue une icône éloquente du don total de sa propre vie pour ceux qui, hommes et femmes, sont appelés à reproduire dans l’Eglise et dans le monde, à travers les conseils évangéliques, «les traits caractéristiques de Jésus — vierge, pauvre et obéissant» (Exhort. apos. post-syn. Vita consecrata, n. 1). C’est pourquoi la fête d’aujourd’hui a été choisie par le vénérable Jean-Paul II pour célébrer chaque année la Journée de la vie consacrée. Dans ce contexte, j’adresse un salut cordial et reconnaissant à Mgr João Braz de Aviz, que j’ai récemment nommé préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, ainsi qu’au secrétaire et aux collaborateurs. Je salue avec affection les supérieurs généraux présents et toutes les personnes consacrées.
Je voudrais proposer trois brèves pensées pour une réflexion à l’occasion de cette fête.
La première: l’icône évangélique de la Présentation de Jésus au temple contient le symbole fondamental de la lumière; la lumière qui, en partant du Christ, rayonne sur Marie et Joseph, sur Syméon et Anne et, à travers eux, sur tous. Les Pères de l’Eglise ont relié ce rayonnement au chemin spirituel. La vie consacrée exprime ce chemin de manière particulière, comme «filocalia», amour pour la beauté divine, reflet de la bonté de Dieu (cf. ibid., n. 19). Sur le visage du Christ resplendit la lumière de cette beauté. «L’Eglise contemple le visage transfiguré du Christ, pour être fortifiée dans la foi et ne pas risquer d’être désemparée devant son visage défiguré sur la Croix [...] elle est l’Epouse devant l’Epoux, elle participe à son mystère, elle est entourée de sa lumière. Cette lumière éclaire ses fils [...] Les personnes appelées à la vie consacrée font certainement une expérience unique de la lumière qui émane du Verbe incarné. En effet, la profession des conseils évangéliques fait d’eux des signes prophétiques pour la communauté de leurs frères et pour le monde» (ibid., n. 15).
En deuxième lieu, l’icône évangélique manifeste la prophétie, don de l’Esprit Saint. Syméon et Anne, en contemplant l’Enfant Jésus, entrevoient son destin de mort et de résurrection pour le salut de toutes les nations et annoncent ce mystère comme salut universel. La vie consacrée est appelée à ce témoignage prophétique, lié à sa double attitude contemplative et active. Aux personnes consacrées, hommes et femmes, il est en effet donné de manifester le primat de Dieu, la passion pour l’Evangile pratiqué comme forme de vie et annoncé aux pauvres et aux derniers de la terre. «En vertu de ce primat, rien ne peut être préféré à l’amour personnel pour le Christ et pour les pauvres en qui il vit. [...] La véritable prophétie naît de Dieu, de l’amitié avec lui, de l’écoute attentive de sa Parole dans les diverses étapes de l’histoire» (cf. ibid., n. 84). De cette manière, la vie consacrée, dans son vécu quotidien sur les routes de l’humanité, manifeste l’Evangile et le Royaume déjà présent et à l’œuvre.
En troisième lieu, l’icône évangélique de la présentation de Jésus au temple manifeste la sagesse de Syméon et d’Anne, la sagesse d’une vie totalement consacrée à la recherche du visage de Dieu, de ses signes, de sa volonté; une vie consacrée à l’écoute et à l’annonce de sa Parole. «“Faciem tuam, Domine, requiram”: ton visage, Yahvé, je cherche (Ps 26, 8) [...] La vie consacrée est dans le monde et dans l’Eglise le signe visible de cette recherche du visage du Seigneur et des voies qui conduisent à Lui (cf. Jn 14, 8) [...] La personne consacrée témoigne donc de l’engagement, joyeux et en même temps actif, de la recherche assidue et sage de la volonté divine» (cf. Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, Instruct. Le service de l’autorité et l’obéissance. Faciem tuam, Domine, requiram [2008], I).
Chers frères et sœurs, vous êtes des auditeurs assidus de la Parole, car chaque sagesse de vie naît de la Parole du Seigneur! Soyez les scrutateurs de la Parole, à travers la lectio divina, car la vie consacrée «naît de l’écoute de la Parole de Dieu et accueille l’Evangile comme règle de vie. Vivre à la suite du Christ, chaste, pauvre et obéissant, est ainsi une “exégèse” vivante de la Parole de Dieu. L’Esprit Saint, grâce auquel la Bible a été écrite, est le même Esprit qui éclaire d’une lumière nouvelle la Parole de Dieu aux fondateurs et aux fondatrices. D’elle tout charisme est né et d’elle, toute règle veut être l’expression, en donnant vie à des itinéraires de vie chrétienne caractérisés par la radicalité évangélique» (Exhort. apos. post-syn. Verbum Domini, n. 83).
Nous vivons aujourd’hui, en particulier dans les sociétés les plus développées, une situation souvent marquée par une pluralité radicale, par une marginalisation progressive de la religion du domaine public, par un relativisme qui touche les valeurs fondamentales. Cela exige que notre témoignage chrétien soit lumineux et cohérent et que notre effort éducatif soit toujours plus attentif et généreux. Chers frères et sœurs, que votre action apostolique, en particulier, devienne un engagement de vie, qui accède, avec une passion persévérante, à la Sagesse comme vérité et comme beauté, «splendeur de la vérité ». Sachez orienter par la sagesse de votre vie, et avec confiance dans les possibilités inépuisables de la véritable éducation, l’intelligence et le cœur des hommes et des femmes de notre temps vers la «bonne vie de l’Evangile».

En ce moment, ma pensée s’adresse avec une affection particulière à toutes les personnes consacrées, hommes et femmes, dans chaque partie de la terre, et je les confie à la bienheureuse Vierge Marie:

O Marie, Mère de l’Eglise,
Je te confie toute la vie consacrée,
afin que tu obtiennes pour elle
la plénitude de la lumière divine:
qu’elle vive dans l’écoute
de la Parole de Dieu,
dans l’humilité de la sequela
de Jésus ton Fils et notre Seigneur,
dans l’accueil de la visite
de l’Esprit Saint,
dans la joie quotidienne
du magnificat,
pour que l’Eglise soit édifiée
par la sainteté de vie
de tes fils et de tes filles,
dans le commandement de l’amour.
Amen.

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