HOMÉLIES DU 2E DIMANCHE DE CARÊME, B

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transfiguration du Seigneur

HOMÉLIES DU 2E DIMANCHE DE CARÊME, B

Gn 22, 1-2. 9a, 10-13, 15-18 ; Rm 8, 31b-34 ; Mc 9, 2-10

Qui aime comme Dieu aime, risque sa vie… Nous avons peine à admettre et même à comprendre cette vérité proclamée, illustrée tout au long de la Bible, prouvée encore par la Passion du Christ et la série jamais interrompue des martyrs. Nous vénérons certes un Jésus crucifié, mais celui qui nous fait face est de bois, de plâtre ou d’argent. Un souvenir lointain et muet. Il est vrai que les disciples eux-mêmes ont mis bien du temps pour comprendre et accepter l’insoutenable affirmation du Maître : « Le Fils de l’Homme lui aussi va souffrir.. Il sera livré aux grands prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour qu’ils se moquent de lui, le flagellent, le crucifient… » (Mc 10, 33-34).
Il ne faut pas pour autant accuser Dieu. Son désir et sa volonté ne sont pas de nous faire souffrir, ni de nous sacrifier à la vengeance des méchants. C’est la logique même de l’amour de prendre les risques de la générosité et de la fidélité. C’est l’amour même qui nous entraîne irrémédiablement à lutter contre tout ce qui empêche le rayonnement de l’amour, tout ce qui le blesse, le défigure et le détruit. Un chemin exaltant, mais un chemin de combat. Un chemin de croix.
Au fond de nous-même, et bien des réactions le confirment, nous voudrions que notre foi soit récompensée par la sécurité et un bonheur sans nuages. Nous voudrions que nos « vertus », reconnues et appréciées de tous, nous assurent bonne réputation et vie sans histoire. Dieu n’a-t-il pas promis le bonheur et la paix à ceux qui croient en lui ? Une vision singulièrement courte.
Il ne faut pas confondre Dieu avec nos propres désirs. L’amour dont il aime tous les êtres humains, et qui est donc celui qu’il nous propose d’accueillir et de vivre, dépasse de loin nos petits intérêts personnels et égoïstes. Aimer Dieu, c’est aimer comme il aime, c’est-à-dire passionnément et sans limites. Et il n’est pas possible d’aimer Dieu sans aimer tous ceux qu’il aime. Nous ne pouvons pas vraiment aimer Dieu et nos frères et sœurs humains sans lutter partout et toujours pour que l’amour soit plus fort que la haine, plus fort que la violence, l’injustice, l’égoïsme, sous toutes leurs formes. Le chrétien est toujours mobilisé et doit rester en tenue de combat.
Nous préférons certes la tranquillité, l’écoute paisible de la Parole de Dieu, la prière réconfortante, les chants de louange et même la contemplation « des merveilles que fit le Seigneur… ». « Plantons ici trois tentes… ».
La foi n’est pas évasion du monde, ni retraite sur la montagne. Encore moins une fuite dans un désert qui nous protégerait du cri des affamés et des persécutés. Le Fils bien-aimé, dont on découvre la divinité et la gloire, est aussi celui qu’il faut écouter, car, dit Dieu, « j’ai mis en lui tout mon amour ». Et voilà que ce même Jésus nous fait descendre dans la plaine pour être affrontés au scandale de l’injustice et de l’orgueil, celui de la haine et des violences. C’est ici que l’amour doit triompher.
Mais il n’y a pas de victoire sans blessure, sans souffrance, sans victime. Y a-t-il des volontaires pour risquer leur vie ? C’est précisément ce que Jésus a fait, sans tenir compte de la « prudence » et surtout de la peur de ses disciples. Ils attendaient succès, applaudissements et récompense, et Jésus les entraîne dans la réprobation, l’opposition même religieuse, les conflits avec les autorités civiles et spirituelles, jusqu’à l’échec et la mise en accusation. C’est pour être passionné du même amour, c’est pour avoir renoncé à l’amour « étriqué », que dans plus d’un pays du monde « chaque jour fournit son contingent de cadavres, de paysans mutilés, d’animateurs chrétiens torturés et exécutés » (1).
Comme nous le rappelle « Entraide et Fraternitéé »(2), ces chrétiens sont de ceux « qui refusent l’exploitation et construisent la paix… ». Et nous ? « Sommes-nous prêts à descendre de la montagne, à écouter le « Fils bien-aimé », jusqu’à prendre les risques qu’il a pris ?
Chaque eucharistie nous conduit comme les apôtres avec Jésus « à l’écart », pour nous apprendre à voir, au-delà des réalités sensibles, ce Jésus qui est sauveur et libérateur, et qu’il nous faut écouter. Enrichis, éclairés, réconfortés, il nous faut ensuite retrouver le monde et suivre le Christ dans le concret de la vie quotidienne.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

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