Archive pour octobre, 2017

HOMÉLIE DU 28E DIMANCHE ORDINAIRE A

13 octobre, 2017

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Mt. 22, 1-14

HOMÉLIE DU 28E DIMANCHE ORDINAIRE A

Is 25, 6-9 ; Ph 4, 12-14, 19-20 ; Mt 22, 1-14

Jamais deux sans trois ! Après la parabole des deux fils, puis l’allégorie des vignerons homicides, voici un troisième récit très imagé pour nous faire comprendre à quoi ressemble le Royaume des cieux. Contrairement aux précédents, l’histoire commence ici dans la joie et les chants : caviar, homard et champagne ! Le Royaume des cieux qui nous est promis dans l’au-delà, dans la mesure où nous commençons à le bâtir dès ici-bas, est comparable à un grand banquet de noces. Des noces royales. Mais si le récit commence très bien, il se termine très mal, dans les pleurs et les grincements de dents.
Comme les deux précédentes, cette parabole est de type polémique. Elle s’adresse aux mêmes auditeurs, c’est-à-dire l’élite religieuse, les membres des familles sacerdotales, les très pieux pharisiens, et plus globalement, ceux que l’on appelle, en tous temps et dans toutes les religions, les « bien-pensants ».
Ce que Jésus leur reproche, c’est d’avoir accaparé à leur profit la Loi et le Temple, de se comporter en propriétaires de Dieu, d’avoir sacralisé la lettre et les traditions toutes humaines.
Plus largement, il est reproché au peuple saint son esprit de ghetto, de droits acquis et de privilèges, sa volonté de monopoliser le salut en refusant de le faire partager à tous les peuples de toutes races et langues.
Il lui est surtout reproché d’avoir refusé d’écouter l’enseignement, régulièrement répété par les prophètes, de revenir à l’essentiel, à l’esprit de la Loi, de s’astreindre à des examens de conscience et aux conversions qui s’imposent. Il lui est reproché non seulement d’avoir malmené les prophètes et même de s’y être opposés, mais aussi d’en avoir tué plus d’un, au nom même de la foi, de la Loi et de la fidélité à Dieu. Et Jésus fait remarquer qu’ils sont en train de le traiter exactement de la même manière.
Les paraboles tentent de leur faire comprendre aussi, non seulement que Dieu est infiniment patient, qu’ils sont certes les premiers invités, mais qu’ils ne sont pas les seuls fils et filles de Dieu, et qu’il ne suffit pas d’être circoncis selon la chair, ou d’être inscrit comme membre au club des sauvés, pour être sauvés.
S’ils s’entêtent, ils perdront tout. Et ce sont ceux et celles qu’ils considéraient comme païens, étrangers, incroyants, mal-croyants et impurs, qui prendront les premières places.
Même problème à l’époque où Matthieu s’adresse non plus à l’élite religieuse, mais aux premières communautés chrétiennes. Certains, venus du judaïsme, ont dit « oui » à la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et se sont faits baptiser. En même temps, et en contradiction flagrante avec l’Evangile, ils contestent et refusent l’accueil fait aux païens. Ce qu’ils voudraient, c’est qu’on leur impose la circoncision, les règles et coutumes traditionnelles du peuple élu.
Jésus avait brisé le ghetto, délivré l’esprit du carcan de la lettre, ouvert portes et fenêtres, offert le salut à tous. Et voici que, quelques années après sa mort et sa résurrection, des chrétiens cette fois retombent dans l’ornière, tentent de fermer les portes et refusent d’écouter ces nouveaux prophètes que sont les apôtres.
Cette tentation et ce drame sont de toutes les époques. Aujourd’hui encore, des prophètes, qui retournent aux sources de l’Evangile et à son esprit, sont malmenés, dénoncés aux autorités religieuses et même aux autorités civiles, écartés, condamnés, parfois même emprisonnés, quelquefois assassinés…
Mais il y a aussi nos refus et nos indifférences dans la vie quotidienne, au Christ qui tant de fois nous invite à purifier nos points de vue ou nos intentions, à passer de la rancune au pardon, à répondre à des appels au secours, à éclairer et à approfondir notre foi, à lutter pour la justice et la paix. Et que d’excuses toujours valables pour nous dérober : l’impératif des affaires, la nécessité de gagner davantage, les devoirs mondains, etc. Sans parler de l’opposition au prophète qui mettrait tant soit peu en cause des privilèges et des injustices de classes, les sécurités de certaines traditions religieuses et autres immobilismes rassurants. Toute invitation à la conversion, et donc au changement, nous gêne, nous heurte, et nous rend quelquefois agressifs.
Baptisés, croyants, pratiquants, souvent même engagés, nous constituons, selon les critères habituels, l’élite religieuse, avec la tentation toute naturelle de nous croire d’office du bon côté, de faire partie du bon troupeau, de bénéficier de certains privilèges et droits acquis…
Mais ce n’est pas tout. Le « oui » à l’accueil et à l’ouverture, ce n’est pas pour autant un « oui » au laxisme.
Pour entrer au banquet du Royaume, il n’y a certes point besoin de carte d’identité, ni de recommandation, et même pas de casier judiciaire vierge ou de mains propres. Une condition cependant : porter le vêtement de noces.
Un jour, à la sortie d’un office que j’avais célébré en ville, des amis m’ont invité à déjeuner à un mess d’officiers tout proche. Une heureuse et joyeuse surprise… Hélas, l’accès de la salle à manger m’a été refusé. Je portais un col roulé et la cravate était de rigueur… Explications et protestations n’ont servi à rien. Nous avons dû nous contenter d’un petit en-cas dans la salle du bar.
Mais il n’est pas ici question de cravate ou de tenue de soirée. Il s’agit de symbolisme biblique. Dépouillez-vous du vieil homme, dit Paul, et revêtez le Seigneur Jésus-Christ, l’homme nouveau : « Revêtez donc des sentiments de compassion et de bienveillance, d’humilité, de douceur et de patience. Pardonnez-vous mutuellement et, par-dessus tout, revêtez l’amour ». Nous retrouvons l’essentiel du message évangélique. Et ce vêtement n’est le monopole de personne. Un vêtement à la portée de tous, de toutes les bourses, de toutes les classes, de toutes les races, et en toutes circonstances.
Heureux les invités au repas du Seigneur ! Mais plus exactement encore : Heureux ceux et celles qui ont revêtu le vêtement de noces. Car il ne sert à rien de vivre dans la communauté de l’Evangile ou d’être dans l’Eglise de Dieu, si on trahit son esprit, si on n’adopte pas ses mœurs.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI AUX PARTICIPANTS AU CONGRÈS INTERNATIONAL SUR LA LOI MORALE NATURELLE, ORGANISÉ PAR L’UNIVERSITÉ DU LATRAN

12 octobre, 2017

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Rembrant, Saint Paul

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI AUX PARTICIPANTS AU CONGRÈS INTERNATIONAL SUR LA LOI MORALE NATURELLE,
ORGANISÉ PAR L’UNIVERSITÉ DU LATRAN

Salle Clémentine

Lundi 12 février 2007

Vénérés Frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce!
Illustres professeurs,
Mesdames et Messieurs!

C’est avec un plaisir particulier que je vous accueille au début des travaux de votre Congrès, au cours duquel vous vous consacrerez dans les prochains jours à un thème d’une grande importance pour les temps actuels, celui de la loi morale naturelle. Je remercie Mgr Rino Fisichella, Recteur magnifique de l’Université pontificale du Latran, pour les sentiments qu’il a exprimés dans l’hommage par lequel il a voulu introduire cette rencontre.
Il ne fait aucun doute que nous vivons une période de développement extraordinaire en ce qui concerne la capacité humaine de déchiffrer les règles et les structures de la matière et la domination de l’homme sur la nature, qui en découle. Nous voyons tous les grands bénéfices de ce progrès, ainsi que les menaces d’une destruction de la nature à cause de la force de nos actions. Il existe un autre danger, moins visible, mais non moins inquiétant: la méthode qui nous permet de connaître toujours plus à fond les structures rationnelles de la matière nous rend toujours moins capables de percevoir la source de cette rationalité, la Raison créatrice. La capacité de voir les lois de l’être matériel nous rend incapables de voir le message éthique contenu dans l’être, message appelé par la tradition lex naturalis, loi morale naturelle. Il s’agit d’un terme devenu aujourd’hui presque incompréhensible pour de nombreuses personnes, à cause d’un concept de nature non plus métaphysique, mais seulement empirique. Le fait que la nature, l’être même, ne soit plus transparent pour un message moral, crée un sentiment de désorientation qui rend précaires et incertains les choix de la vie quotidienne. Naturellement, l’égarement frappe en particulier les générations les plus jeunes, qui doivent dans ce contexte effectuer des choix fondamentaux pour leur vie.
C’est précisément à la lumière de ces constatations qu’apparaît dans toute son urgence la nécessité de réfléchir sur le thème de la loi naturelle, et de retrouver sa vérité commune à tous les hommes. Cette loi, qu’évoque également l’apôtre Paul (cf. Rm 2, 14-15), est inscrite dans le cœur de l’homme et elle n’est donc pas, aujourd’hui également, tout simplement inaccessible. Cette loi a comme principe premier et fondamental celui de « faire le bien et éviter le mal ». Il s’agit d’une vérité dont l’évidence s’impose immédiatement à chacun. De cette loi découlent les autres principes plus particuliers, qui règlementent le jugement éthique sur les droits et les devoirs de chacun. C’est le cas du principe du respect de la vie humaine, de sa conception jusqu’à son terme naturel, ce bien de la vie n’étant pas la propriété de l’homme, mais un don gratuit de Dieu. C’est le cas également du devoir de rechercher la vérité, présupposé nécessaire à toute maturation authentique de la personne. Une autre instance fondamentale du sujet est la liberté. En tenant compte, toutefois, du fait que la liberté humaine est toujours une liberté partagée par les autres, il est clair que l’harmonie des libertés ne peut être trouvée que dans ce qui est commun à tous: la vérité de l’être humain, le message fondamental de l’être même, la lex naturalis précisément. Et comment ne pas évoquer, d’une part, l’exigence de justice qui se manifeste dans le fait de donner unicuique suum, et, de l’autre, l’attente de solidarité qui alimente en chacun, spécialement chez les personnes en difficulté, l’espérance d’une aide de la part de ceux que le destin a favorisés? Dans ces valeurs s’expriment des normes inéluctables et coercitives qui ne dépendent pas de la volonté du législateur ni du consensus que les États peuvent y apporter. Il s’agit en effet de normes qui précèdent toute loi humaine: en tant que telles, elles n’admettent de la part de personne d’interventions pour y déroger.
La loi naturelle est la source dont jaillissent également, avec les droits fondamentaux, les impératifs éthiques qu’il est nécessaire de respecter. Dans l’éthique et la philosophie actuelle du Droit, les postulats du positivisme juridique sont largement présents. La conséquence est que la législation ne devient souvent qu’un compromis entre divers intérêts: on tente de transformer en droits des intérêts privés ou des désirs qui s’opposent aux devoirs découlant de la responsabilité sociale. Dans cette situation, il est opportun de rappeler que toute ordonnancement juridique, tant sur le plan interne qu’international, tire en ultime analyse sa légitimité de son enracinement dans la loi naturelle, dans le message éthique inscrit dans l’être humain lui-même. La loi naturelle est, en définitive, le seul rempart valable contre l’abus de pouvoir ou les pièges de la manipulation idéologique. La connaissance de cette loi inscrite dans le cœur de l’homme croît avec le développement de la conscience morale. La première préoccupation de chacun, et en particulier de ceux qui ont des responsabilités publiques, devrait donc être de promouvoir la maturation de la conscience morale. Tel est le progrès fondamental sans lequel tous les autres progrès finissent par ne pas être authentiques. La loi inscrite dans notre nature est la véritable garantie offerte à chacun pour pouvoir vivre libre et respecté dans sa dignité. Ce qui a été dit jusqu’à présent possède des applications très concrètes si l’on se réfère à la famille, c’est-à-dire à la «communauté intime de vie et d’amour dans le mariage, […] fondée et dotée de ses propres lois par le Créateur» (Const. past. Gaudium et spes, n. 48). À cet égard, le Concile Vatican II a répété de façon opportune que le mariage est une institution «que la loi divine confirme », et donc «en considération du bien des époux et des enfants aussi bien que de la société, ce lien sacré n’est pas laissé à l’arbitraire de l’homme » (ibid.). Aucune loi faite par les hommes ne peut donc renverser la norme écrite par le Créateur, sans que la société ne soit dramatiquement blessée dans ce qui constitue son fondement même. L’oublier signifierait fragiliser la famille, pénaliser les enfants et rendre précaire l’avenir de la société.
Je ressens enfin le devoir de réaffirmer que tout ce qui est réalisable sur le plan scientifique n’est pas pour autant licite sur le plan éthique. La technique, lorsqu’elle réduit l’être humain à un objet d’expérimentations, finit par abandonner le sujet faible à la volonté du plus fort. Se fier aveuglément à la technique comme unique garante de progrès, sans offrir dans le même temps un code éthique qui plonge ses racines dans cette même réalité qui est étudiée et développée, reviendrait à porter atteinte à la nature humaine, avec des conséquences dévastatrices pour tous. La contribution des hommes de science est d’une importance primordiale. Outre le progrès de nos capacités de domination sur la nature, les scientifiques doivent également contribuer à nous aider à comprendre en profondeur notre responsabilité envers l’homme et envers la nature qui lui a été confiée. Sur cette base il est possible de développer un dialogue fécond entre croyants et non-croyants, entre théologiens, philosophes, juristes et hommes de science, qui peuvent offrir également aux législateurs des éléments précieux pour la vie personnelle et sociale. Je souhaite donc que ces journées d’étude puissent non seulement conduire à une plus grande sensibilité des experts à l’égard de la loi morale naturelle, mais qu’elles encouragent également à créer les conditions pour parvenir, sur ce thème, à une conscience toujours plus forte de la valeur inaliénable que la lex naturalis possède pour un développement réel et cohérent de la vie personnelle et de l’ordre social. Avec ce vœu, je vous assure de mon souvenir dans la prière pour vous et pour votre engagement académique de recherche et de réflexion, tandis que je donne à tous avec affection ma Bénédiction apostolique.

 

PAPE FRANÇOIS – «MISSIONNAIRES D’ESPÉRANCE AUJOURD’HUI»

11 octobre, 2017

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Jesus Pantocrator

PAPE FRANÇOIS – «MISSIONNAIRES D’ESPÉRANCE AUJOURD’HUI»

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 4 octobre 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Au cours de cette catéchèse, je voudrais parler sur le thème «Missionnaires d’espérance aujourd’hui». Je suis heureux de le faire au début du mois d’octobre, qui dans l’Eglise, est consacré de façon particulière à la mission, et également en la fête de saint François d’Assise, qui a été un grand missionnaire d’espérance!
En effet, le chrétien n’est pas un prophète de malheur. Nous ne sommes pas des prophètes de malheur. L’essence de son annonce est le contraire, le contraire du malheur: c’est Jésus, mort et ressuscité par amour et que Dieu a ressuscité le matin de Pâques. Et c’est le noyau de la foi chrétienne. Si les Evangiles s’arrêtaient à la sépulture de Jésus, l’histoire de ce prophète s’ajouterait aux nombreuses biographies de personnages héroïques qui ont consacré leur vie à un idéal. L’Evangile serait alors un livre édifiant, et également consolateur, mais ce ne serait pas une annonce d’espérance.
Mais les Evangiles ne se terminent pas avec le vendredi saint, ils vont au-delà; et c’est précisément ce fragment supplémentaire qui transforme nos vies. Les disciples de Jésus étaient abattus ce samedi après la crucifixion; cette pierre roulée sur la porte du sépulcre avait également clos les trois années enthousiasmantes qu’ils avaient vécues avec le Maître de Nazareth. Il semblait que tout soit fini et certains d’entre eux, déçus et effrayés, quittaient déjà Jérusalem.
Mais Jésus ressuscite! Ce fait inattendu renverse et bouleverse l’esprit et le cœur des disciples. Parce que Jésus ne ressuscite pas uniquement pour lui-même, comme si sa renaissance était une prérogative dont être jaloux: s’il monte vers le Père, c’est parce qu’il veut que chaque homme participe à sa résurrection, et qu’elle entraîne chaque créature vers le haut. Et le jour de la Pentecôte, les disciples sont transformés par le souffle de l’Esprit Saint. Ils n’auront pas seulement une bonne nouvelle à apporter à tous, mais ils seront eux-mêmes différents d’avant, comme s’ils renaissaient à une vie nouvelle. La résurrection de Jésus nous transforme avec la force de l’Esprit Saint. Jésus est vivant, il est vivant parmi nous, il est vivant et il a cette force de transformer.
Comme il est beau de penser que l’on est annonciateurs de la résurrection de Jésus non seulement par les paroles, mais par les faits et par le témoignage de la vie! Jésus ne veut pas de disciples capables uniquement de répéter des formules apprises par cœur. Il veut des témoins: des personnes qui diffusent l’espérance avec leur façon d’accueillir, de sourire, d’aimer. Surtout d’aimer: parce que la force de la résurrection rend les chrétiens capables d’aimer même quand l’amour semble avoir égaré ses raisons. Il y a un «plus» qui habite l’existence chrétienne, et qui ne s’explique pas simplement par la force d’âme ou par un plus grand optimisme. La foi, notre espérance, n’est pas seulement un optimisme; c’est quelque chose de plus! C’est comme si les croyants étaient des personnes avec un «bout de ciel» en plus sur leur tête. Cela est beau: nous sommes des personnes avec un bout de ciel en plus sur la tête, accompagnés par une présence dont certains n’ont pas même l’intuition.
Ainsi, le devoir des chrétiens dans ce monde est celui d’ouvrir des espaces de salut, comme des cellules de régénération capables de restituer la sève à ce qui semblait perdu pour toujours. Quand le ciel est tout nuageux, celui qui sait parler du soleil est une bénédiction. Voilà, le vrai chrétien est ainsi: il ne se plaint pas et n’est pas en colère, mais il est convaincu, en vertu de la force de la résurrection, qu’aucun mal n’est infini, aucune nuit n’est sans fin, aucun homme n’est définitivement mauvais, aucune haine ne peut l’importer sur l’amour.
Certes, parfois, les disciples paieront cher cette espérance qui leur a été donnée par Jésus. Pensons aux nombreux chrétiens qui n’ont pas abandonné leur peuple, quand est venu le temps de la persécution. Ils sont restés là, où même le lendemain était incertain, où l’on ne pouvait faire aucun projet d’aucune sorte, ils sont restés en espérant en Dieu. Et pensons à nos frères, à nos sœurs du Moyen-Orient, qui apportent un témoignage d’espérance et qui offrent également leur vie pour ce témoignage. Ceux-là sont de vrais chrétiens! Ils portent le ciel dans leur cœur, ils regardent au-delà, toujours au-delà. Qui a eu la grâce d’embrasser la résurrection de Jésus peut encore espérer dans l’inespéré. Les martyrs de tout temps, avec leur fidélité au Christ, racontent que l’injustice n’est pas le dernier mot de la vie. Dans le Christ ressuscité, nous pouvons continuer d’espérer. Les hommes et les femmes qui savent «pourquoi» vivre résistent plus que les autres dans les moments de difficultés. Mais celui qui a le Christ à ses côtés ne craint véritablement plus rien. Et pour cela, les chrétiens, les vrais chrétiens, ne sont jamais des hommes faciles et accommodants. Leur douceur ne doit pas être confondue avec un sentiment d’insécurité et de soumission. Saint Paul pousse Timothée à souffrir pour l’Evangile et dit: «Car ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi» (2 Tm 1, 7). Tombés, ils se relèvent toujours.
Voilà, chers frères et sœurs, pourquoi le chrétien est un missionnaire d’espérance. Pas en vertu de son propre mérite, mais grâce à Jésus, le grain de blé qui, tombé en terre, est mort et a porté beaucoup de fruit (cf. Jn 12, 24).
Je souhaite la bienvenue aux pèlerins de langue française, en particulier au groupe du diocèse d’Avignon avec l’archevêque, Mgr Jean-Pierre Cattenoz, ainsi qu’aux pèlerins venus de France et de Suisse. En cette fête de saint François d’Assise, que le Seigneur vous donne d’être d’authentiques « missionnaires d’espérance » au milieu de vos frères et de vos sœurs ! Que Dieu vous bénisse !

 

BENOÎT XVI : LES RELATIONS AVEC LE JUDAÏSME

9 octobre, 2017

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Jerusalem, old city

BENOÎT XVI : LES RELATIONS AVEC LE JUDAÏSME

Favoriser des relations plus étroites encore

18 juillet 2008: Benoît XVI et le Rabbin Jeremy LAWRENCE à g., chef de la Grande Synagogue de Sydney, lors de la rencontre interreligieuse organisée, Sydney, Australie, Océanie.


Depuis toujours, comme théologien, le cardinal Ratzinger s’est intéressé au judaïsme. C’est donc tout naturellement que le nouveau pape s’est inscrit dans la continuité de l’œuvre si importante de son prédécesseur dans ce domaine.
Dès le surlendemain de son élection, le 22 avril 2005, le pape Benoît XVI adressait un message au Grand Rabbin de Rome dans lequel il affirmait sa ferme intention de « poursuivre le dialogue et renforcer la collaboration avec les fils et les filles du peuple juif ». Dès le mois de juin 2005, la première rencontre du nouveau pape avec les représentants d’une religion non-chrétienne sera avec une délégation de l’International Jewish Committee for Interreligious Consultations.
Cet engagement, il le réaffirmera lors de sa visite à la synagogue de Cologne en août 2005 et dans la lettre adressée au cardinal Walter Kasper le 26 octobre 2005 à l’occasion du 40e anniversaire de la Déclaration Nostra Aetate du concile Vatican II. Il y affirmait notamment que « Le dialogue entre juifs et chrétiens doit continuer à enrichir et à renforcer les liens d’amitié qui se sont développés » et, regardant vers l’avenir, il exprimait son espoir que « aussi bien dans le dialogue théologique que dans la collaboration et les contacts quotidiens, les chrétiens et les juifs donnent un témoignage toujours plus convaincant du Dieu unique et de ses commandements, de la sainteté de la vie, de la promotion de la dignité humaine, des droits de la famille et de la nécessité de construire un monde de justice, de réconciliation et de paix pour les générations futures ».
Le pape Benoît XVI, en paroles et en actes, manifeste son attention à la communauté juive
Au Vatican, Benoît XVI a reçu en septembre 2005 les deux Grands Rabbins d’Israël Shlomo Moshe Amar, et Yona Metzger et en janvier 2006 le Grand Rabbin de Rome Riccardo Di Segni. En recevant ce dernier il affirmait avec force : « L’Eglise catholique est proche de vous et est une amie. Oui, nous vous aimons, et nous ne pouvons pas ne pas vous aimer, à cause des Pères : par eux, vous nous êtes des frères très chers et préférés ».
Ariel Sharon, premier ministre d’Israël, lui avait écrit dès après son élection et l’avait invité à venir en Israël. Le président de l’Etat d’Israël Moshe Katsav lui a rendu une visite d’Etat en novembre 2005. Shimon Peres, en septembre 2007, à son tour est venu à Castel Gandolfo. Il a renouvelé l’invitation faite au pape à venir en Israël. Benoît XVI a également reçu M. Ehoud Olmert, en décembre 2006.
Lors de ses voyages à l’étranger il n’a pas manqué de poser des gestes à l’intention de la communauté juive ou de la rencontrer aussi souvent que possible.
Lors de sa sa visite à la synagogue de Cologne, il fit un important discours à la synagogue de Cologne dans lequel il invitait chacun des partenaires à poursuivre le dialogue de façon sincère et confiante permettant ainsi « de parvenir à une interprétation commune des questions historiques encore discutées et, surtout, de faire des pas en avant dans l’évaluation, du point de vue théologique, du rapport entre judaïsme et christianisme ».

Le 28 mai 2006, il s’est rendu au camp d’Auschwitz-Birkenau.
En Autriche (septembre 2007), il est allé prier quelques instants à la Juden Platz de Vienne pour rendre hommage aux victimes de la Shoah.
En chaque occasion, il ne manque pas de dénoncer et condamner toute forme d’antisémitisme.
Lors de son voyage aux Etats-Unis en juin 2008, le Saint-Père a adressé un message à la communauté juive qui fêtait Pessah (Pâque juive) et s’est rendu dans deux synagogues à Washington et New-York.
Le 12 septembre 2008, en France, Benoit XVI a reçu les représentants de la communauté juive à la nonciature apostolique. Il a rappelé à cette occasion que « Par sa nature même, l’Église catholique désire respecter l’Alliance conclue par le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ».
Lors de l’affaire Williamson, le pape réaffirme son attachement au peuple juif et sa condamnation de l’antisémitisme.
Le 21 janvier 2009, le pape signe le décret levant l’excommunication de quatre évêques ordonnés par Mgr Marcel Lefebvre en 1988, décision qui est rendue publique le 24 janvier. Entre-temps, le 22 janvier, la télévision suédoise révèle les propos négationnistes tenus par Mgr Williamson, l’un des quatre évêques, lors d’une interview enregistrée quelques semaines plus tôt.
Le mercredi suivant, 28 janvier, lors de l’audience générale, le pape explique sa décision de lever l’excommunication des évêques de la Fraternité Saint Pie X et réaffirme son attachement au peuple juif : « La Shoah doit être pour tous un avertissement. On ne saurait l’oublier, la nier ou la redimensionner, d’autant que la violence contre un seul être humain est une violence contre l’humanité entière (…) Renouvelant avec affection ma totale et indiscutable solidarité envers nos frères destinataires de la Première Alliance, j’espère que le souvenir de la Shoah pousse l’humanité à méditer sur l’imprévisible puissance du mal lorsqu’il a conquis le cœur de l’homme… La Shoah enseigne à tous, et aux jeunes en particulier, que seul une patiente poursuite de l’écoute et du dialogue, de l’amour et du pardon, peut conduire peuples, cultures et religions vers la fraternité et la paix dans la vérité » que nous attendons tous.
Le 10 mars suivant, dans sa lettre aux évêques de l’Eglise catholique sur la levée des excommunications, le Saint-Père remercie en particulier « les amis juifs qui ont aidé à dissiper rapidement le malentendu et à rétablir l’atmosphère d’amitié et de confiance, qui – comme du temps du Pape Jean-Paul II – comme aussi durant toute la période de mon pontificat a existé et, grâce à Dieu, continue à exister ».
Finalement, à l’issue d’une audience à Rome le 12 mars dernier, le rabbin David Rosen, directeur international des affaires interreligieuses du comité Juif américain (American Jewish Committee), observe qu’il n’y a « aucun compromis de la part du Saint-Siège avec l’antisémitisme et la négation de l’Holocauste, et il n’y a aucun affaiblissement de nos relations. La chose est résolue ».

HOMÉLIE 27E DIMANCHE ORDINAIRE

6 octobre, 2017

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Mt 21,33-43

HOMÉLIE 27E DIMANCHE ORDINAIRE A

Is 5, 1-7 ; Ph 4, 6-9 ; Mt 21, 33-43

Pour Jésus, la parabole est une manière d’expliquer, en termes simples et à travers des faits et des situations courantes très concrètes, des réalités souvent plus complexes ou d’ordre spirituel. Mais si les histoires sont simples et pleines de bon sens, notre capacité d’aveuglement est tellement grande qu’il nous est très souvent difficile d’en accepter la leçon ou les applications qui nous concernent directement.
Le chant de la vigne, que nous a offert Isaïe, est comme un chant d’amour que Dieu lui-même nous adresse. Tout comme la parabole de Jésus nous révèle la patience, la tendresse, la sollicitude, dont Dieu nous entoure. Non seulement en tant que personne, mais plus précisément comme communauté, comme Eglise. C’est l’aveu d’un amoureux de sa vigne. Il nous la confie pour la cultiver, l’arroser, la protéger, lui faire produire des raisins de qualité. Ce n’est pas un privilège dont nous pourrions nous gargariser, mais une mission qu’il s’agit d’accomplir.  » C’est parce que je vous aime, nous dit le Seigneur, et que j’ai pleinement confiance en vous, que je vous confie ma vigne, pour qu’elle donne des fruits de première qualité. Et même en abondance.
Or, la poésie d’Isaïe et la parabole de Jésus se terminent en tragédie. Le grand amour chanté dans la première partie, devient douloureuse lamentation dans la seconde. Un amour déçu. Le Seigneur espérait des résultats, des fruits vermeils, juteux, légèrement sucrés. Et voilà qu’ils sont acides, et donc décevants. Il attendait des primeurs, et ne trouve que fruits dégénérés. Il comptait sur l’entraide et la justice. Il n’entend que les cris des opprimés. Le précieux vignoble n’a donné que du « raisin vert ». Il n’y a plus qu’à détruire la clôture et laisser passants, bestiaux et autres animaux, piétiner le domaine lamentablement exploité.
Ce n’est pas tout. Isaïe prolonge le chant d’amour en six malédictions, qui expriment la déception du propriétaire, confronté à une gestion catastrophique et abus de biens sociaux, comme on dit aujourd’hui :
Malheur à vous, qui acquérez maison après maison et champ sur champ. Vous fréquentez les concerts de tambourins, harpes et cithares. Mais aux activités du Seigneur, on ne vous voit jamais.
Malheur à vous qui appelez le mal bien, et le bien mal, la nuit lumière, et la lumière ténèbres.
Malheur à vous qui êtes sages, avisés, intelligents, efficaces, mais seulement à vos propres yeux.
Malheur à vous qui prolongez les soirées en beuveries et qui, pour un pot de vin, acquittez le coupable ou frustrez l’innocent.
Et bien, si vous dédaignez l’enseignement du Tout Puissant, Moi je vous dis que la fleur de votre vie s’en ira comme une poussière.
La violence des reproches est à la mesure de la déception.
La parabole de Jésus n’est pas moins vigoureuse. Les fils et les filles de la maison, les choisis, les choyés, ne remplissent pas leur mission. Plus fort encore, ils maltraitent les employés du propriétaire. Et puis, c’est l’escalade. Jusqu’à l’assassinat du fils, pour tenter de capter l’héritage. En vain. Renversement de situation. La vigne sera confiée à d’autres. A ceux-là même que les premiers considéraient du haut de leur mépris. Des marginaux, des étrangers, des sans religion.
Nous préférons sans doute les louanges, les félicitations, les encouragements, aux reproches, aux douches froides, aux coups de fouet des prophètes en colère.
Mais quelles leçons en tirer aujourd’hui ? Prenons-en une :
L’amour, la bonté, la fraternité, sont justice et vérité. Mais cet amour n’est pas aveuglement et faiblesse, et cette bonté n’est pas mollesse, mais fermeté. Il ne suffit pas non plus que nous portions l’étiquette d’un label de qualité. Nous ne sommes pas dispensés de travail. Et le Père attend que nous portions du fruit. Du fruit de qualité. Le cri d’un amour déçu doit nous faire mesurer l’intensité de cet amour, nous réveiller, secouer notre torpeur. C’est une chance.
Si nous prenons la vigne dans son ensemble, la vigne de l’Eglise, celle de nos communautés locales, c’est le même problème. Ainsi, chaque eucharistie est une invitation à nous remettre en question, provoquer un examen de conscience, être convoqué à nouveau sur le chantier de la vigne, pour y réaliser mieux et davantage notre mission. La célébration sera alors réconciliation, renaissance, nouveau départ. Elle n’en sera que plus belle, plus vraie, plus joyeuse…
La vie et le dynamisme de l’Eglise dépendent aussi de nous tous.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

BENOÎT XVI – SAINT FRANÇOIS D’ASSISE (2010)

4 octobre, 2017

https://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2010/documents/hf_ben-xvi_aud_20100127.html

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BENOÎT XVI – SAINT FRANÇOIS D’ASSISE (2010)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 27 janvier 2010

Chers frères et sœurs,

Dans une récente catéchèse, j’ai déjà illustré le rôle providentiel que l’Ordre des frères mineurs et l’Ordre des frères prêcheurs, fondés respectivement par saint François d’Assise et par saint Dominique Guzman, eurent dans le renouveau de l’Eglise de leur temps. Je voudrais aujourd’hui vous présenter la figure de François, un authentique « géant » de sainteté, qui continue à fasciner de très nombreuses personnes de tous âges et de toutes religions.
« Surgit au monde un soleil ». A travers ces paroles, dans la Divine Comédie (Paradis, chant XI), le plus grand poète italien Dante Alighieri évoque la naissance de François, survenue à la fin de 1181 ou au début de 1182, à Assise. Appartenant à une riche famille – son père était marchand drapier –, François passa son adolescence et sa jeunesse dans l’insouciance, cultivant les idéaux chevaleresques de l’époque. A l’âge de vingt ans, il participa à une campagne militaire, et fut fait prisonnier. Il tomba malade et fut libéré. De retour à Assise, commença en lui un lent processus de conversion spirituelle, qui le conduisit à abandonner progressivement le style de vie mondain qu’il avait mené jusqu’alors. C’est à cette époque que remontent les célèbres épisodes de la rencontre avec le lépreux, auquel François, descendu de cheval, donna le baiser de la paix, et du message du Crucifié dans la petite église de saint Damien. Par trois fois, le Christ en croix s’anima, et lui dit: « Va, François, et répare mon église en ruine ». Ce simple événement de la parole du Seigneur entendue dans l’église de Saint-Damien renferme un symbolisme profond. Immédiatement, saint François est appelé à réparer cette petite église, mais l’état de délabrement de cet édifice est le symbole de la situation dramatique et préoccupante de l’Eglise elle-même à cette époque, avec une foi superficielle qui ne forme ni ne transforme la vie, avec un clergé peu zélé, avec un refroidissement de l’amour; une destruction intérieure de l’Eglise qui comporte également une décomposition de l’unité, avec la naissance de mouvements hérétiques. Toutefois, au centre de cette église en ruines se trouve le crucifié, et il parle: il appelle au renouveau, appelle François à un travail manuel pour réparer de façon concrète la petite église de Saint-Damien, symbole de l’appel plus profond à renouveler l’Eglise même du Christ, avec la radicalité de sa foi et l’enthousiasme de son amour pour le Christ. Cet événement qui a probablement eu lieu en 1205, fait penser à un autre événement semblable qui a eu lieu en 1207: le rêve du Pape Innocent III. Celui-ci voit en rêve que la Basilique Saint-Jean-de-Latran, l’église mère de toutes les églises, s’écroule et un religieux petit et insignifiant la soutient de ses épaules afin qu’elle ne tombe pas. Il est intéressant de noter, d’une part, que ce n’est pas le Pape qui apporte son aide afin que l’église ne s’écroule pas, mais un religieux petit et insignifiant, dans lequel le Pape reconnaît François qui lui rend visite. Innocent III était un Pape puissant, d’une grande culture théologique, et d’un grand pouvoir politique, toutefois, ce n’est pas lui qui renouvelle l’église, mais le religieux petit et insignifiant: c’est saint François, appelé par Dieu. Mais d’autre part, il est intéressant de noter que saint François ne renouvelle pas l’Eglise sans ou contre le Pape, mais seulement en communion avec lui. Les deux réalités vont de pair: le Successeur de Pierre, les évêques, l’Eglise fondée sur la succession des apôtres et le charisme nouveau que l’Esprit Saint crée en ce moment pour renouveler l’Eglise. C’est ensemble que se développe le véritable renouveau.
Retournons à la vie de saint François. Etant donné que son père Bernardone lui reprochait sa générosité exagérée envers les pauvres, François, devant l’évêque d’Assise, à travers un geste symbolique, se dépouille de ses vêtements, montrant ainsi son intention de renoncer à l’héritage paternel: comme au moment de la création, François n’a rien, mais uniquement la vie que lui a donnée Dieu, entre les mains duquel il se remet. Puis il vécut comme un ermite, jusqu’à ce que, en 1208, eut lieu un autre événement fondamental dans l’itinéraire de sa conversion. En écoutant un passage de l’Evangile de Matthieu – le discours de Jésus aux apôtres envoyés en mission –, François se sentit appelé à vivre dans la pauvreté et à se consacrer à la prédication. D’autres compagnons s’associèrent à lui, et en 1209, il se rendit à Rome, pour soumettre au Pape Innocent III le projet d’une nouvelle forme de vie chrétienne. Il reçut un accueil paternel de la part de ce grand Souverain Pontife, qui, illuminé par le Seigneur, perçut l’origine divine du mouvement suscité par François. Le Poverello d’Assise avait compris que tout charisme donné par l’Esprit Saint doit être placé au service du Corps du Christ, qui est l’Eglise; c’est pourquoi, il agit toujours en pleine communion avec l’autorité ecclésiastique. Dans la vie des saints, il n’y a pas d’opposition entre charisme prophétique et charisme de gouvernement, et si apparaissent des tensions, ils savent attendre avec patience les temps de l’Esprit Saint.
En réalité, certains historiens du XIXe siècle et même du siècle dernier ont essayé de créer derrière le François de la tradition, un soi-disant François historique, de même que l’on essaie de créer derrière le Jésus des Evangiles, un soi-disant Jésus historique. Ce François historique n’aurait pas été un homme d’Eglise, mais un homme lié immédiatement uniquement au Christ, un homme qui voulait créer un renouveau du peuple de Dieu, sans formes canoniques et sans hiérarchie. La vérité est que saint François a eu réellement une relation très directe avec Jésus et avec la Parole de Dieu, qu’il voulait suivre sine glossa, telle quelle, dans toute sa radicalité et sa vérité. Et il est aussi vrai qu’initialement, il n’avait pas l’intention de créer un Ordre avec les formes canoniques nécessaires, mais simplement, avec la parole de Dieu et la présence du Seigneur, il voulait renouveler le peuple de Dieu, le convoquer de nouveau à l’écoute de la parole et de l’obéissance verbale avec le Christ. En outre, il savait que le Christ n’est jamais « mien », mais qu’il est toujours « nôtre », que le Christ, je ne peux pas l’avoir « moi » et reconstruire « moi » contre l’Eglise, sa volonté et son enseignement, mais uniquement dans la communion de l’Eglise construite sur la succession des Apôtres qui se renouvelle également dans l’obéissance à la parole de Dieu.
Et il est également vrai qu’il n’avait pas l’intention de créer un nouvel ordre, mais uniquement de renouveler le peuple de Dieu pour le Seigneur qui vient. Mais il comprit avec souffrance et avec douleur que tout doit avoir son ordre, que le droit de l’Eglise lui aussi est nécessaire pour donner forme au renouveau et ainsi réellement il s’inscrivit de manière totale, avec le cœur, dans la communion de l’Eglise, avec le Pape et avec les évêques. Il savait toujours que le centre de l’Eglise est l’Eucharistie, où le Corps du Christ et son Sang deviennent présents. A travers le Sacerdoce, l’Eucharistie est l’Eglise. Là où le Sacerdoce, le Christ et la communion de l’Eglise vont de pair, là seul habite aussi la parole de Dieu. Le vrai François historique est le François de l’Eglise et précisément de cette manière, il parle aussi aux non-croyants, aux croyants d’autres confessions et religions.
François et ses frères, toujours plus nombreux, s’établirent à la Portioncule, ou église Sainte-Marie des Anges, lieu sacré par excellence de la spiritualité franciscaine. Claire aussi, une jeune femme d’Assise, de famille noble, se mit à l’école de François. Ainsi vit le jour le deuxième ordre franciscain, celui des Clarisses, une autre expérience destinée à produire d’insignes fruits de sainteté dans l’Eglise.
Le successeur d’Innocent III lui aussi, le Pape Honorius III, avec sa bulle Cum dilecti de 1218 soutint le développement singulier des premiers Frères mineurs, qui partaient ouvrir leurs missions dans différents pays d’Europe, et jusqu’au Maroc. En 1219, François obtint le permis d’aller s’entretenir, en Egypte, avec le sultan musulman, Melek-el-Kâmel, pour prêcher là aussi l’Evangile de Jésus. Je souhaite souligner cet épisode de la vie de saint François, qui est d’une grande actualité. A une époque où était en cours un conflit entre le christianisme et l’islam, François, qui n’était volontairement armé que de sa foi et de sa douceur personnelle, parcourut concrètement la voie du dialogue. Les chroniques nous parlent d’un accueil bienveillant et cordial reçu de la part du sultan musulman. C’est un modèle dont devraient s’inspirer aujourd’hui encore les relations entre chrétiens et musulmans: promouvoir un dialogue dans la vérité, dans le respect réciproque et dans la compréhension mutuelle (cf. Nostra Aetate, n. 3). Il semble ensuite que François ait visité la Terre Sainte, jetant ainsi une semence qui porterait beaucoup de fruits: ses fils spirituels en effet firent des Lieux où vécut Jésus un contexte privilégié de leur mission. Je pense aujourd’hui avec gratitude aux grands mérites de la Custodie franciscaine de Terre Sainte.
De retour en Italie, François remit le gouvernement de l’ordre à son vicaire, le frère Pietro Cattani, tandis que le Pape confia à la protection du cardinal Ugolino, le futur Souverain Pontife Grégoire IX, l’Ordre, qui recueillait de plus en plus d’adhésions. Pour sa part, son Fondateur, se consacrant tout entier à la prédication qu’il menait avec un grand succès, rédigea la Règle, ensuite approuvée par le Pape.
En 1224, dans l’ermitage de la Verna, François vit le Crucifié sous la forme d’un séraphin et de cette rencontre avec le séraphin crucifié, il reçut les stigmates; il devint ainsi un avec le Christ crucifié: un don qui exprime donc son intime identification avec le Seigneur.
La mort de François – son transitus – advint le soir du 3 octobre 1226, à la Portioncule. Après avoir béni ses fils spirituels, il mourut, étendu sur la terre nue. Deux années plus tard, le Pape Grégoire IX l’inscrivit dans l’album des saints. Peu de temps après, une grande basilique fut élevée en son honneur, à Assise, destination encore aujourd’hui de nombreux pèlerins, qui peuvent vénérer la tombe du saint et jouir de la vision des fresques de Giotto, le peintre qui a illustré de manière magnifique la vie de François.
Il a été dit que François représente un alter Christus, qu’il était vraiment une icône vivante du Christ. Il fut également appelé « le frère de Jésus ». En effet, tel était son idéal: être comme Jésus; contempler le Christ de l’Evangile, l’aimer intensément, en imiter les vertus. Il a en particulier voulu accorder une valeur fondamentale à la pauvreté intérieure et extérieure, en l’enseignant également à ses fils spirituels. La première béatitude du Discours de la Montagne – Bienheureux les pauvres d’esprit car le royaume des cieux leur appartient (Mt 5, 3) a trouvé une réalisation lumineuse dans la vie et dans les paroles de saint François. Chers amis, les saints sont vraiment les meilleurs interprètes de la Bible; ils incarnent dans leur vie la Parole de Dieu, ils la rendent plus que jamais attirante, si bien qu’elle nous parle concrètement. Le témoignage de François, qui a aimé la pauvreté pour suivre le Christ avec un dévouement et une liberté totale, continue à être également pour nous une invitation à cultiver la pauvreté intérieure afin de croître dans la confiance en Dieu, en unissant également un style de vie sobre et un détachement des biens matériels.
Chez François, l’amour pour le Christ s’exprima de manière particulière dans l’adoration du Très Saint Sacrement de l’Eucharistie. Dans les Sources franciscaines, on lit des expressions émouvantes, comme celle-ci: « Toute l’humanité a peur, l’univers tout entier a peur et le ciel exulte, lorsque sur l’autel, dans la main du prêtre, il y a le Christ, le Fils du Dieu vivant. O grâce merveilleuse! O fait humblement sublime, que le Seigneur de l’univers, Dieu et Fils de Dieu, s’humilie ainsi au point de se cacher pour notre salut, sous une modeste forme de pain » (François d’Assise, Ecrits, Editrice Francescane, Padoue 2002, 401).
En cette année sacerdotale, j’ai également plaisir à rappeler une recommandation adressée par François aux prêtres: « Lorsqu’ils voudront célébrer la Messe, purs de manière pure, qu’ils présentent avec respect le véritable sacrifice du Très Saint Corps et Sang de notre Seigneur Jésus Christ » (François d’Assise, Ecrits, 399). François faisait toujours preuve d’un grand respect envers les prêtres et il recommandait de toujours les respecter, même dans le cas où ils en étaient personnellement peu dignes. Il donnait comme motivation de ce profond respect le fait qu’ils avaient reçu le don de consacrer l’Eucharistie. Chers frères dans le sacerdoce, n’oublions jamais cet enseignement: la sainteté de l’Eucharistie nous demande d’être purs, de vivre de manière cohérente avec le Mystère que nous célébrons.
De l’amour pour le Christ naît l’amour envers les personnes et également envers toutes les créatures de Dieu. Voilà un autre trait caractéristique de la spiritualité de François: le sens de la fraternité universelle et l’amour pour la création, qui lui inspira le célèbre Cantique des créatures. C’est un message très actuel. Comme je l’ai rappelé dans ma récente encyclique Caritas in veritate, seul un développement qui respecte la création et qui n’endommage pas l’environnement pourra être durable (cf. nn. 48-52), et dans le Message pour la Journée mondiale de la paix de cette année, j’ai souligné que l’édification d’une paix solide est également liée au respect de la création. François nous rappelle que dans la création se déploient la sagesse et la bienveillance du Créateur. Il comprend la nature précisément comme un langage dans lequel Dieu parle avec nous, dans lequel la réalité devient transparente et où nous pouvons parler de Dieu et avec Dieu.
Chers amis, François a été un grand saint et un homme joyeux. Sa simplicité, son humilité, sa foi, son amour pour le Christ, sa bonté envers chaque homme et chaque femme l’ont rendu heureux en toute situation. En effet, entre la sainteté et la joie existe un rapport intime et indissoluble. Un écrivain français a dit qu’il n’existe qu’une tristesse au monde: celle de ne pas être saints, c’est-à-dire de ne pas être proches de Dieu. En considérant le témoignage de saint François, nous comprenons que tel est le secret du vrai bonheur: devenir saints, proches de Dieu!
Que la Vierge, tendrement aimée de François, nous obtienne ce don. Nous nous confions à Elle avec les paroles mêmes du Poverello d’Assise: « Sainte Vierge Marie, il n’existe aucune femme semblable à toi née dans le monde, fille et servante du très haut Roi et Père céleste, Mère de notre très Saint Seigneur Jésus Christ, épouse de l’Esprit Saint: prie pour nous… auprès de ton bien-aimé Fils, Seigneur et Maître » (François d’Assise, Ecrits, 163).

LA PATIENCE, LA PERSÉVÉRANCE ET LA FOI

2 octobre, 2017

https://www.enseignemoi.com/eric-elisee-kouakou/texte/la-patience-la-perseverance-et-la-foi-12402.html

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LA PATIENCE, LA PERSÉVÉRANCE ET LA FOI

Un texte de Eric-Elisée Kouakou

La patience, la persévérance et la foi sont trois vertus qui si elles abondent dans votre vie, feront de vous un homme fait, une femme faite, affermi(e) et prêt(e) à toute bonne oeuvre pour le Seigneur.
La patience, la persévérance et la foi. Voici trois vertus fondamentales dans la vie du véritable chrétien, distinctes mais indissociables l’une de l’autre.

QUE SONT-ELLES ?a
La patience, tout d’abord peut être définie comme l’attitude qui consiste à attendre calmement la réalisation d’une chose. La patience semble dans un premier temps faire allusion à une attitude paisible mais souvent on peut aussi croire qu’elle signifie « absence d’activité ».
Mais imaginez-vous un individu qui soutienne sans faiblir un lourd poids et qui le soutienne longtemps. Même si apparemment aucun geste n’est fait, il est clair qu’il y a grand effort qui est réalisé pour soutenir tout l’ensemble. Il en va de même pour la patience. Extérieurement donc on pourrait croire qu’elle consiste à ne pas agir, mais en réalité la patience est une action, l’action de retenir, l’action de soutenir, l’action de tenir le coup. La patience est donc une force et non pas une faiblesse. Lorsque Dieu nous demande d’attendre le temps de quelque chose ne croyons pas que nos actions pourraient faire mieux et plus rapidement. Car Lui seul sait pourquoi il le demande ainsi. Le chemin peut sembler plus long mais c’est le plus sûr.
La patience c’est donc attendre sans se relâcher mais tout en étant prêt pour l’heure et la circonstance du Seigneur!
La persévérance ne s’oppose pas à la patience mais la complète. Tandis que la patience semblait nous faire comprendre : attends, ne bouge pas, la persévérance elle nous dit : continue ton effort!
La persévérance c’est en réalité le fait de continuer un effort jugé difficile, le continuer malgré une opposition, malgré quelque chose de contraire censé nous faire arrêter notre effort. La persévérance est donc en rapport avec un dépassement de soi pour dépasser un obstacle qui se dresse sur notre chemin et qui légitimement devrait nous faire arrêter notre course. La persévérance permet donc un dépassement de nos limites.
On ne parle de persévérance que lorsqu’il y a effort et on ne parle d’effort que lorsqu’il y a difficulté, limite ou opposition. Ainsi la persévérance n’a de sens que par rapport à une activité contraire à la nôtre. Si Jésus te dit « persévère » c’est parce qu’il y a problème, opposition. On ne parle pas de persévérance s’il n’y a pas problème.

Actes 1 : 14
14 Tous d’un commun accord persévéraient dans la prière, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et avec les frères de Jésus.
Colossiens 4 : 2
2 Persévérez dans la prière, veillez-y avec actions de grâces.
Par exemple, ces deux versets veulent nous signifier que quoi qu’on dise prier n’est pas toujours aussi évident et facile à faire. Mais indépendamment des circonstances, il s’agit de persévérer, c’est-à-dire continuer malgré la difficulté.

C’est notamment par la persévérance qu’on obtient l’accomplissement des promesses :
Hébreux 6 : 12
12 en sorte que vous ne vous relâchiez point, et que vous imitiez ceux qui, par la foi et la persévérance, héritent des promesses.
Comme dit plus haut, la patience et la persévérance ne s’opposent pas, comme on pourrait le croire de prime abord en pensant aux notions de passivité et activité. Mais nous l’avons dit, la patience n’est pas la passivité, c’est plutôt une attente dynamique. La patience et la persévérance plutôt se complètent.
On peut persévérer tout en étant patient. Par exemple, persévérer dans un effort tout en étant patient quant à la réalisation de la pleine promesse de Dieu !
En réalité, ces deux vertus sont deux produits de la foi et c’est parce qu’on croit qu’on est patient et c’est parce qu’on croit qu’on est persévérant. C’est la foi donc qui les relie entre elles.
La foi est enfin une forme d’illumination de notre esprit et de notre coeur qui nous fait avoir une direction et une conviction fermes vers un but fixé. C’est une détermination, une confiance et une assurance vers un but fixé.
La patience, la persévérance et la foi sont trois vertus qui si elles abondent dans votre vie, feront de vous un homme fait, une femme faite, affermi(e) et prêt(e) à toute bonne oeuvre pour le Seigneur. Reliées entre elles, elles consolident et fortifient notre vie chrétienne.

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