LA VIE TRINITAIRE DE CHARLES DE FOUCAULD.

http://www.spiritains.org/pub/esprit/archives/art1954.htm

AU COEUR DE LA VIE TRINITAIRE

La vie trinitaire de Charles de Foucauld.

Monique Chavanne

Monique Chavanne du Comité de rédaction illustre comment une spiritualité forte, comme celle de Charles de Foucauld, est toujours marquée d’une dimension trnitaire : avec Jésus, regarder le Père dans l’Esprit.  » Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen ». Telle est la louange clamée par des milliers de chrétiens adorant ainsi les Trois Personnes de la Trinité. Ce mystère fondamental du christianisme, insondable pour l’intelligence humaine et cependant affirmé par l’Eglise, révèle la nature unique de trois Personnes bien distinctes. De leur union indissoluble jaillit un flot ininterrompu d’amour sur l’univers entier. Que les communautés humaines répondent ou non à cet amour, celui-ci s’offre inlassablement, par l’Esprit qui inspire et fortifie, par Jésus dans l’Eucharistie, par le Père qui attend ses fils prodigues. La communion des Personnes éclate dans le message de l’évangile: « Qui m’a vu a vu le Père…Je suis dans le Père et le Père est en moi (Jn 14, 10)…et moi je prierai le Père, Il vous donnera un autre Paraclet… l’Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas (Jn 14, 16-17). Ce Paraclet exprime l’amour du Père et du Fils qui les unit dans l’identité absolue de Dieu. Jésus, personne qui fut aussi de chair et de sang sans cesser d’être Dieu dans l’unité du Saint-Esprit, est le chemin de l’homme pour entrer dans la communion trinitaire. Cette voie, proposée à tous, choisie par les saints, fut ardemment suivie par Charles de Foucauld. Cet amoureux passionné de Jésus, – ne dira-t-il pas « J’ai perdu mon coeur », à propos du Christ ? – au-delà de l’image de ce coeur bien rouge, cousu sur une pauvre tunique, usera toutes ses forces à imiter son divin modèle. « Ce coeur écrit sur ma robe, il est là pour que je me souvienne de Dieu et des hommes. » Les  » trois vies » de Jésus, vie de Nazareth, vie du désert et vie publique inspireront ce disciple qui aurait voulu ajuster son âme à l’horizon divin. Il s’enfoncera peu à peu dans le mystère trinitaire, jusqu’à la mort infligée, jusqu’à l’échec apparent du témoignage. La vie de Nazareth : avec Jésus, regarder le Père, dans l’Esprit Dès le début de sa nouvelle vie de pécheur repentant, Charles de Foucauld pénètre dans la vie du Nazaréen : « … Regarder Jésus et lui tenir compagnie à son foyer de Nazareth. Avec lui regarder et adorer son Père. Mes actes sont des actes de Jésus dans la mesure où je vis de l’Esprit Saint. Mes actes sont des actes de Jésus dans la mesure où je vis de l’amour divin puisque l’Esprit Saint est l’Esprit d’Amour… » Nazareth! Cet obscur village de Galilée, aux ruelles malpropres, où Jésus vécut et grandit dans l’anonymat…Dès son retour à Dieu, ce jour d’octobre dans le confessionnal de l’abbé Huvelin en l’église St-Augustin, à Paris, Charles brûle du désir de la Terre Sainte. Il y effectue un pèlerinage en 1888-1889. La pauvreté des habitants renforce son ambition de la dernière place. Jésus, Fils de Dieu, a vécu cette vie anonyme et humble. Il veut s’y enfouir. Après sept années passées à la Trappe où il ne réalise pas entièrement ce désir d’extrême pauvreté, il obtient l’autorisation de quitter l’Ordre et frappe à la porte des Clarisses de Nazareth. Il y est engagé comme domestique : « …J’obtins du Général de l’Ordre la permission de me rendre seul à Nazareth et d’y vivre inconnu, en ouvrier, de mon travail quotidien « . Là, bien qu’il juge son existence beaucoup trop douce, il peut, selon sa vocation originale, développer sa contemplation: « … puisque j’ai l’infini bonheur, la grâce incomparable de vivre dans ce Nazareth chéri. Merci! merci! merci! Votre vie était celle du modèle des fils, vivant entre un père et une mère pauvres ouvriers… C’était la moitié de votre vie… C’était la partie visible… La partie invisible, c’était la vie en Dieu, la contemplation de tout instant… Dieu, vous viviez en Dieu  » La simplicité de la vie contemplative découverte et vécue à Nazareth séduit Charles de Foucauld. Il découvre en Jésus l’infini de Dieu. Sa méditation scrute les mystères de la vie du Christ, vrai Dieu et vrai homme dans l’unité du Saint-Esprit: « L’Incarnation, mystère d’amour et mystère d’humilité… Mon Dieu que vous êtes bon! Vous êtes incarné!… Vous avez pris pour sauver vos créatures, entre des millions et des millions de moyens, celui qui vous coûtait le plus…Vous agissez par un amour divin et avec un amour divin, produisant des actes. La Visitation. Que vous êtes bon, mon Dieu!… Vous êtes à peine dans ce monde que vous commencez à le sanctifier. Par l’Incarnation vous avez sanctifié Marie, par la Visitation vous allez sanctifier St Jean et sa famille, à Noël vous sanctifierez les bergers et les mages; à la Présentation vous sanctifierez Siméon et Anne, parmi les docteurs vous sanctifierez ceux d’entre eux qui ne repoussent pas la grâce qui sort de vous… Commençons les actes importants de notre vie par un acte d’humilité. Notre-Seigneur nous en donne l’exemple par son baptême…  » Charles met les paroles qu’il ressent dans la bouche de Jésus: « j’ai été humble en me faisant baptiser par Jean; humble en me disant partout inférieur à mon Père, ce qui était vrai selon mon humanité, moi qui pouvais aussi bien et mieux dire que j’étais son égal comme Personne divine et comme Dieu; humble en proclamant toujours que j’obéissais à mon Père, ce qui était vrai pour mon âme humaine, mais n’était pas vrai pour ma Personne qui était divine, ni pour ma nature divine  » Et Charles de noter les résolutions inspirées par sa réflexion: prière, pénitence, recueillement intérieur: « Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Ma vocation est de mener, et s’il se peut, de mener à Nazareth une vie qui soit l’image aussi fidèle que possible de la vie cachée de Notre-Seigneur. Acquérir, par la grâce divine, le détachement complet de ce qui n’est pas Dieu, la pauvreté d’esprit qui ne laisse subsister ni petites pensées, ni petits soucis, ni petites inquiétudes, ni pensées d’intérêt personnel soit matériel soit spirituel, ni petites considérations, rien de terrestre, de petit, de vain: vider entièrement l’âme et n’y laisser subsister que la seule pensée et le seul amour de Dieu… Et il ajoute cette phrase aux accents de Gethsémani:  » Me corriger de la peur que j’ai de la croix…  » A l’abbé Huvelin, le père spirituel qui a guidé son retour à Dieu, il écrit: « Ma vie intérieure est très simple: ce n’est qu’une suite de courtes communions spirituelles très répétées… cela est doux… Devant le Saint-Sacrement je ne puis guère faire longtemps oraison: mon état est étrange: tout me paraît vide, vide, creux, nul, sans mesure, excepté de me tenir aux pieds de Notre-Seigneur, et de le regarder,…et puis lorsque je suis à ses pieds, je suis sec, aride, sans un mot ni une pensée, et souvent, hélas, je finis par m’endormir « . Charles est domestique mais les religieuses lui font « la vie trop douce ». Il rêve de fonder une petite communauté, les « Ermites du Sacré-Coeur » pour laquelle il rédige une première règle dont l’austérité effraie l’abbé Huvelin:  » Votre règle est absolument impraticable ». Car cet amoureux veut brûler les étapes pour s’unir au Bien-Aimé. Bientôt il comprend dans sa prière que la vie « à » Nazareth peut se transformer, selon sa vocation particulière, et devenir la vie  » de  » Nazareth:  » Ta vie de Nazareth peut se mener partout, mène-la au lieu le plus utile pour le prochain. » Il veut, comme Jésus enfant au Temple, être aux affaires du Père qui chérit les brebis délaissées. Les Clarisses de Jérusalem, au service desquelles Frère Charles est maintenant entré, lui suggèrent alors de solliciter une ordination sacerdotale. L’abbé Huvelin encourage Charles en ce sens. Celui-ci s’y refusait par humilité. Mais l’obéissance le rassure dans cette voie royale. En outre, Charles comprend que, prêtre, il pourra amener Jésus au milieu des peuples qui ne le connaissent pas. Quelle merveilleuse mission!  » Je pourrai infiniment plus pour le prochain, par la seule offrande au Saint Sacrifice… par la seule présence du Saint-Sacrement « . Par les paroles mêmes de la messe:  » Que l’esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire…Père très saint, nous proclamons que tu es grand et que tu as créé toutes choses avec sagesse et par amour… tu nous as envoyé ton propre Fils… lui qui est mort et ressuscité pour nous, il a envoyé d’auprès de toi…l’Esprit qui poursuit son œuvre « .  » Jamais un homme n’imite plus parfaitement Notre-Seigneur que quand il offre le Saint Sacrifice ou administre les sacrements: une recherche de l’humilité qui écarterait du sacerdoce ne serait donc pas bonne car elle écarterait de l’imitation de Notre-Seigneur qui est  » la seule voie  » … rien ne glorifiant tant Dieu ici-bas que la présence et l’offrande de la Sainte Eucharistie, par le seul fait que je célébrerai la Sainte Messe … je rendrai à Dieu la plus grande gloire et ferai aux hommes le plus grand bien « . Charles est donc convaincu. Il quitte les Clarisses chez qui il était, selon ses propres termes, « comme un coq en pâte ». Il arrive, en l’été 1900, à la Trappe de Notre-Dame des Neiges où il avait été reçu dix ans plus tôt. Il y effectue la préparation au sacerdoce, est ordonné prêtre en 1901. Il entre dans le mystère d’amour qui est le secret de son âme : « Et voici que je Le tiens en mes misérables mains! Lui, se mettre entre mes mains !… » Il obtient la permission de s’établir à Béni-Abbès en 1901. Cette oasis au bord de la Saoura, dans l’Erg occidental, près de la frontière marocaine, est peuplée de gens très pauvres, souvent dépouillés par les nomades. Des soldats français y vivent en garnison, loin de tout secours religieux. Ce sont bien les brebis délaissées auxquelles Charles veut amener son Dieu. Après une accueil chaleureux, on lui construit une chapelle de briques sèches et troncs de palmiers. Il y célèbre une première messe le 1er décembre 1901, quinze ans, jour pour jour, avant sa mort : « Je suis bien ému de faire descendre Jésus en ces lieux où, probablement, il n’a jamais été corporellement. …Mes retraites du diaconat et du sacerdoce m’ont montré que cette vie de Nazareth … il fallait la mener … parmi les âmes les plus malades, les brebis les plus délaissées … là où c’est le plus parfait d’après les paroles de Jésus … le plus conforme à l’inspiration de l’Esprit Saint ». Un ermitage est construit pour fonder une Fraternité. Charles rêve d’une vie érémitique… avec des Frères autour de lui, vivant de la même vie. Etroitement uni à Dieu, il va connaître le désert, dans son coeur et sous ses pas.

La vie du désert : il ne prêche pas, il aime Voilà Charles vivant matériellement au désert. Ce désir n’est pas une volonté personnelle de confort spirituel, seul avec son Dieu. Il choisit la vie d’ermite pour y mener librement la vie d’ascèse à laquelle il se sent appelé. Un ermite d’un genre particulier, entouré de pauvres gens, d’esclaves, de malades et d’estropiés. Il va mener une vie apparemment libre mais soumise à une ascèse des plus rudes. Depuis Paris, l’abbé Huvelin, respectueux de l’Esprit, s’efforce de diriger son extraordinaire disciple sans entraver son exceptionnelle vocation. En effet, Charles entre en oraison des heures entières, veille une grande partie de la nuit, mange quelquefois, dort sur le sol, travaille des heures durant… et souhaite que d’autres viennent partager son existence. Il sera cruellement déçu de ne recevoir, de son vivant, aucun compagnon de vie. Cet ermite d’un genre particulier accueille jour et nuit ceux qui ont besoin d’aide, de médicaments, de tissus, d’aiguilles à coudre, toutes choses qu’il fait venir de France. Il ne prêche pas. Il aime. D’abord méfiants, les Touaregs reconnaîtront bientôt dans le  » marabout chrétien « , le Frère universel, brûlant d’amour, qui a entendu Jésus :  » Allez donc, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Mt. 28, 19-20). Il cherche pour le compte du Berger les brebis perdues ou isolées. Il se consacre au service du plus pauvre. Il rachète en effet plusieurs esclaves, dont un petit garçon qu’il élève et soigne comme son fils. « Il n’y a pas, je crois, de parole de l’Evangile qui ait fait sur moi une plus profonde impression et transformé davantage ma vie que celle-ci: Tout ce que vous faites à un de ces petits, c’est à Moi que vous le faites. Si on songe que ces paroles sont celles de la bouche qui a dit: ceci est mon corps, ceci est mon sang, avec quelle force on est porté à chercher et à aimer Jésus dans ces petits, ces pécheurs, ces pauvres. » Il est scandalisé de ce que la France, qui a rejeté officiellement l’esclavage, le tolère encore trop souvent par le truchement de ses officiers. Si Charles a pu pénétrer au désert grâce à la présence de l’armée française, il y a longtemps qu’il a démissionné. Il n’est pas colonisateur mais serviteur. Travailleur infatigable, il vit dans une contemplation ininterrompue :  » Réservons à la solitude, à la prière secrète, au tête-à-tête avec Dieu, les heures de la nuit, mais elles seules: tout le reste du jour, passons-le entouré de nos frères, à l’exemple de Notre-Seigneur pour l’inviter, pour obéir à son conseil, pour jouir de l’infini bonheur de sa présence invisible mais absolument certaine au milieu de nous ». Après des tournées dans le Hoggar depuis Béni-Abbès, Charles décide de s’établir définitivement à Tamanrasset en l’été 1905. Dans ce désert de pierre près du village de vingt habitations, dans une petite maison de deux mètres de haut, partie en brique pour l’église et partie hutte de paille pour dormir, manger, cuisiner et …recevoir des hôtes, il sert infatigablement son Epoux. Il vit près de l’Hostie consacrée. Il se laisse, avec quelle ardeur, configurer au Coeur de Jésus: « Cette intimité qui est l’adoration, la contemplation, l’admiration muette qui est la plus éloquente des louanges … qui renferme la plus passionnée des déclarations d’amour… action de grâces de la gloire de Dieu, de ce que Dieu est Dieu … que Dieu soit glorifié par toutes ses créatures ». Cette vie n’est pas une vie béate dans l’abandon à Dieu. Comme Jésus conduit au désert par l’Esprit et tenté par le démon, ( Mt 4, 1) Charles vit aussi des épreuves qui rappellent ces tentations. Le manque de sommeil, les marches harassantes, les longues séances de traductions, les visites aux malades, la faim, provoquent une lassitude extrême. Il manque du nécessaire, d’aliments frais, en particulier, au point de contracter un scorbut très grave. Il s’accuse de gourmandise, lui que la privation de nourriture conduit à de fréquents évanouissements. « Quand on mange peu on a besoin de peu pour vivre; ayant besoin de moins d’argent, de moins de travail, on peut donner plus de temps à la prière, à la lecture de la parole de Dieu; et en outre il reste plus d’argent pour donner aux pauvres ». Charles connaît aussi le découragement devant la tâche énorme qu’il s’est imposée:  » Je n’ai pas fait une conversion sérieuse depuis sept ans que je suis là ». Il voudrait, un peu naïvement, baptiser comme Pierre et ses compagnons au jour de Pentecôte. Mais il n’envisage pas un seul instant d’abandonner cette vie consacrée à Jésus, Fils de Dieu, ainsi qu’aux pauvres qui sont à son image. Il se donnera jusqu’au bout. Si le grain de blé ne meurt, il ne produit pas de récolte.

La Vie publique :  » Père, j’accepte tout  » Ces quinze années passées au désert constitueront sa vie missionnaire, mais également sa vie publique. Charles, que nul disciple ne s’apprête à suivre, que nulle réussite missionnaire ne cautionne, à l’image du Christ, dans une crucifiante solitude d’âme, avait, depuis longtemps, envisagé une mort violente. Il savait, comme Jésus, que la fidélité à sa mission comportait de terribles risques. Il meurt seul, assassiné, le 1er décembre 1916. Jean-Baptiste disait, parlant de Jésus:  » il vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu « . Charles, purifié par ces années d’identification, est amené, dans l’effusion de l’Esprit et du sang, à partager cette gloire trinitaire qu’il rendait à Dieu depuis de longues années. Jésus apportait la Paix de Dieu, celle qui engendre le glaive pour décapiter le péché. Le péché fut bien décapité, mais à quel prix! Charles, par sa compréhension active du sort des habitants du Sahara, « dérangeait » les partisans de la discorde. Dans l’un et l’autre cas il fut facile de corrompre le coeur de ceux qui auraient pu l’aimer. Après sa mort solitaire dix-huit familles spirituelles actives dans le monde entier, personnes consacrées ou laïcs engagés dans sa spiritualité, témoigneront de l’extraordinaire fécondité de l’échec vécu en Dieu Trinité.

Prière de Charles de Foucauld : « Mon Père, je m’abandonne à toi. Fais de moi ce qu’il te plaira. Quoi que tu fasses de moi, je te remercie. Je suis prêt à tout, J’accepte tout, pourvu que ta volonté se fasse en moi et en toutes tes créatures. Je ne désire rien d’autre, mon Dieu. Je remets mon âme entre tes mains. Je te la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je t’aime et que ce m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre entre tes mains sans mesure, avec une infinie confiance, car tu es mon Père ».

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