ABBÉ SYLVAIN (1826-1914) : UN RAYON DU CIEL SUR LE LIT D’UN MALADE

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ABBÉ SYLVAIN (1826-1914) : UN RAYON DU CIEL SUR LE LIT D’UN MALADE

Oui, oui, elle est venue du ciel, envoyée par vous, ô mon Dieu, cette clarté qui tout à coup a illuminé la couche où mes membres alanguis restaient sans mouvement, et m’a entouré de paix, de sérénité, de douce confiance. Ma pensée, à demi-flottante, essayait, à chaque instant, de monter vers Vous, s’arrêtant impuissante pour recommencer encore, comme la colombe blessée qui ne peut, qu’après bien des pauses, remonter à son nid. Il n’y avait pas la nuit autour de moi, mais il n’y avait pas la lumière ; j’entrevoyais, je ne voyais pas ! Oh ! la lumière ! la lumière ! mon âme la demandait ! Mon âme avait besoin de vous aspirer, ô mon Dieu, plus avide de Vous que ma poitrine n’était avide de l’air qui la vivifiait ! Et voilà qu’une nuit, l’ange qui me veillait laissa doucement tomber de ses lèvres ces simples paroles : Regardez le Cœur qui vous envoie la souffrance. Regardez 1′Œil qui vous voit souffrir. Regardez la Main qui vous mesure la douleur. Regardez le Modèle qui se montre souffrant plus que vous. Regardez le Résultat pour vous et pour tous de votre soumission complète. – Oh ! dites, dites encore, ma sœur ! Et elle prit un livre, et elle lut ces simples pages :

I – LE COEUR QUI VOUS ENVOIE LA SOUFFRANCE C’est le cœur de Dieu, le cœur de Jésus ! – Oh ! tout ce qui vient de ce cœur aimant, tout, n’est-il pas bon ? n’est-il pas saint, n’est-il pas enviable ? Si tu n’avais pas besoin de cette croix, non, non, Dieu ne te l’enverrait pas. Elle m’est donc bonne cette faiblesse, cette maladie, cette impuissance d’action. Et si je l’aime, et si je l’accepte, et si je l’embrasse comme un présent de l’amour de mon Dieu, oh ! comme elle me fera du bien ! Je te veux, ô maladie, je te veux, ô souffrance, je te veux, ô mort, toi qui me viens de Jésus, et qui doit m’unir à Jésus.

II – L’ŒIL QUI VOUS VOIT SOUFFRIR C’est l’œil de mon Dieu, l’œil de la souveraine intelligence, témoin perpétuel de mon martyre, la nuit comme le jour. L’œil du médecin expérimenté qui suit les progrès du mal, l’envahissement de la faiblesse, l’augmentation de la douleur, et qui, à l’heure voulue, apportera toujours la résignation et la paix. L’œil de la sagesse infinie qui ne me perd pas de vue et arrêtera la tristesse, la crainte, le trouble qui sont là, tourbillonnant autour de ma couche ! Je ne vois rien, je ne sais rien ; autour de moi, on ne voit rien, on ne sait rien ; mais Il voit tout, Lui, Il sait tout ! Courage, ô ma pauvre âme défaillante ! vois, comme il te plaint, ce regard de Jésus ! vois comme il t’aime !

III – LA MAIN QUI VOUS MESURE LA SOUFFRANCE C’est la main de mon Père.. de mon Père qui m’aime et qui souffre de me voir souffrir, et qui pourtant doit me faire souffrir. Oh ! qu’elle vienne s’appesantir sur mon pauvre corps ! qu’elle vienne opérer sur mes membres qu’un mal intérieur allait gangrener peut-être. Elle agira avec tant de délicatesse et tant de précautions, cette main bénie ! Mains de mon Jésus, clouées sur la croix, mains qui avez senti les douleurs les plus déchirantes, je me livre à vous, les yeux fermés ; taillez dans cette pauvre chair ! je sens, allez, à travers mes douleurs des frémissements de votre amour. Je sens qu’il vous tarde de me dire : Assez ! assez ! mon enfant… c’est fini.

IV – LE MODÈLE QUI SE MONTRE SOUFFRANT PLUS QUE TOI Ce modèle, c’est vous, ô mon Jésus crucifié ! Et c’est Marie votre mère et la mienne, Marie qui me le montre ! Laissez, laissez-moi mon crucifix, là, bien devant moi ! Que je ne puisse pas ouvrir les yeux sans me rencontrer face à face avec lui ; mon regard s’unissant à son regard, ma plainte s’unissant à sa plainte et cherchant à chacune de mes douleurs la place du corps de Jésus dans laquelle il a souffert la douleur que je souffre ! Laissez-moi l’entendre me dire : Moi aussi je l’ai eu ce déchirement cruel ! Courage, enfant ! Encore quelques minutes ; je suis là !

V – LE RÉSULTAT, POUR VOUS ET POUR TOUS, DE VOTRE SOUMISSION COMPLÈTE Ce résultat, c’est pour toi un accroissement d’amour, un accroissement de mérites, un accroissement de gloire ! Oh ! comme unie aux souffrances de Jésus, la souffrance expie, purifie, glorifie ! Doux purgatoire qu’un lit de douleur ! douce croix plantée près de la croix de Jésus d’où viennent tomber sur ton âme ces si émouvantes paroles : Aujourd’hui tu seras avec moi au Paradis ! Ce résultat c’est, pour ces êtres aimés qui te soignent, et qui près de toi pleurent et prie, une source comme intarissable des grâces les plus précieuses. Du lit d’un malade soumis, résigné, uni à Jésus-Christ, rayonnent comme de la croix du Calvaire, le salut, la conversion, la paix ! Mgr Sylvain, extrait de « Paillettes d’Or », Cueillettes de petits conseils pour la sanctification et le bonheur de la vie. Recueil des années 1892-1893-1894, Pages 17, 18, 19. Aubanel père, éditeur, Avignon.

 

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