« L’IMMENSE NUIT DES ORIGINES »

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(cette interprétation ne concerne pas l’année C, qui commence précisément avec l’Avent, mais il semble très agréable!)

« L’IMMENSE NUIT DES ORIGINES »

 Un certain regard En ce dimanche qui précède Noël, j’ai présent à l’esprit un film que des millions de Français ont vu et qui a beaucoup fait parler de lui : « Des Hommes et des dieux ». Je considère que cette oeuvre qui met en scène les moines de Tibhirrine est une merveilleuse entrée en matière pour vivre ces journées où le mystère de la Parole qui prend chair s’impose à nos consciences chrétiennes. Après quelques événements cruels qui manifestent la présence des terroristes dans la région, on voit la communauté cistercienne perdue au milieu des populations musulmanes de l’Atlas, célébrer Noël et chanter « Voici la nuit, l’immense nuit des origines ». Avant les événements tragiques de l’enlèvement des moines, Frère Christian, le Prieur, fait une sorte de catéchèse aux moines qui l’entourent. En termes très denses, il évoque le travail de l’Esprit ; Il discerne, en chacun des épisodes qui tissent la trame des journées, une naissance où s’actualise, jour après jour, la venue dans l’histoire du Verbe qui un jour s’est manifesté sur le visage de Jésus, Fils de Marie, Fils de Dieu.

Sortir du sommeil Il me semble que l’Evangile que nous venons d’entendre justifie cette vision de l’histoire. Le texte de Matthieu en évoquant le personnage de Joseph, nous renvoie au tout début de la Bible. « Voici quelle fut l’origine de Jésus-Christ ». Le mot grec qu’on traduit par « origine » est précisément celui qui sert de titre au premier livre du Pentateuque : « Genesis ». On connaît par coeur ces premières pages où l’on voit la parole à l’oeuvre. La lumière et la nuit, le ciel et la terre les jours qui se succèdent sont le fruit de la Parole de Dieu ; « Il dit et cela fut ». A travers des couches textuelles diverses, le rédacteur final a eu le génie de conduire ce récit poétique des origines du cosmos par un récit de la création de l’homme et de la femme. On y voit Adam plongé dans un profond sommeil dont il ne sort que pour faire face à celle avec qui se conclura la première alliance ; ce vis-à-vis était nécessaire pour que la parole surgisse entre les visages et fasse naître l’humanité. La parole qui avait fait surgir la vie est venue s’incruster pour forger les relations humaines. L’évangéliste, peut-être, se souvient de cette Genèse, de cette origine, lorsqu’il nous fait le récit que nous avons entendu. Joseph tient très peu de place dans l’Evangile. Il réapparaîtra dans le texte de Matthieu après la naissance de l’enfant, lorsqu’il s’agira de sauver l’enfant de la sauvagerie d’Hérode. Dans les deux cas, on le voit sortir de la nuit et du sommeil pour affronter la réalité de l’histoire. Comme Adam entre dans le langage au sortir du sommeil, Joseph sort du rêve pour permettre que la Parole qui vient d’en-haut entre dans la communauté humaine. Le Verbe, la Parole éternellement auprès du Père, non seulement s’insère au coeur des propos échangés, mais il prend chair en Marie. Cette conception biologique ne suffit pas ; nous ne sommes pas seulement des êtres de chair et de sang. L’incarnation, telle que nous en recevons l’annonce en ces jours de Noël, suppose que celui qui va naître à Bethléem ait un nom. En parallèle à l’Annonce faite à Marie en St Luc, Matthieu place cette annonciation de Joseph ; elle est indispensable pour que celui qui sillonnera les routes de Galilée et de Judée soit reconnu, sollicité, appelé au secours par tous les accablés. « Quand Joseph se réveilla, il prit chez lui son épouse » L’origine de Jésus se produit dans cette alliance grâce à laquelle l’enfant engendré en Marie recevra un nom : « tu lui donneras le nom de Jésus ».

Sortir de la nuit Voici la nuit, l’immense nuit des origines. Voici la nuit d’où sort l’humanité lorsqu’Adam sort du sommeil pour entrer dans le langage. Voici la nuit d’où sort Joseph pour faire entrer Jésus dans les échanges et trouver place dans la société palestinienne. Voici une autre nuit encore qui se profile à l’horizon de cette naissance : la nuit de Pâques où la Parole sortira du tombeau à l’aube d’une semaine nouvelle. « Tout cela arriva, nous dit l’Evangile en se référant au texte d’Isaïe, pour que s’accomplît la parole du Seigneur : la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu avec nous ». Tel est bien le mystère de Noël ; La parole a pris chair et elle vient jusqu’à nous, par-delà les millénaires. Dieu est « avec nous » inséparable des liens que nous pouvons nouer au cours de notre existence. Il est inséparable des liens qui composent une communauté religieuse. Il est inséparable des liens qui composent l’assemblée eucharistique que nous formons. Lorsque nous sommes ainsi réunis pour faire corps – pour faire le Corps du Christ – nous avons à prendre conscience que le point de départ de la vie humaine se déplace. Il vient d’Adam jusqu’à Jésus ; il vient de Jésus jusqu’à nous. Dieu prend corps de notre chair pour se manifester au monde. La fête de Noël est l’occasion de se retrouver, de renouer les liens entre parents ou entre amis ; elle réchauffe les coeurs. Elle prend place au plus noir de l’année, au moment où la brièveté des jours atteint son comble. La joie humaine que nous recevons et que nous donnons malgré les difficultés de la vie ; la lumière que nous verrons revenir à partir de ce solstice d’hiver, sont des signes. En nous tournant les uns vers les autres, en ouvrant notre intelligence et notre coeur aux dimensions de l’univers que Jésus vient rejoindre, nous sortons de la nuit, de l’immense nuit des origines et nous annonçons que, quel que soit notre âge, la vie est devant nous. Tout commence aujourd’hui quand on garde en mémoire ce que fut l’origine de Jésus-Christ.

Michel Jondot

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