QUELQUES JARDINS DE LA BIBLE

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QUELQUES JARDINS DE LA BIBLE

Lucien Jouve

Le jardin d’Eden
« L’Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l’orient, et il y plaça l’homme qu’il avait formé. Et l’Éternel Dieu fit croître du sol tout arbre agréable à voir et bon à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal » (Gen. 2. 8, 9).
« Dieu planta un jardin », cette expression suggère déjà tout le travail que Dieu déploiera pour produire et trouver du fruit dans les hommes, c’est-à-dire du plaisir en eux, le plaisir de son amour.
Ces pensées sont très nettement lisibles dans l’histoire du peuple d’Israël qui est comparé à une vigne que Dieu a aussi plantée (voir Es. 5. 1-7).
Dieu confie Éden, ce jardin merveilleux, à Adam pour le cultiver et le garder pour Lui. Ce jardin est donc à la fois symbole, cadre merveilleux et sphère de responsabilité. Tout doit contribuer au plaisir de Dieu. Or Satan ne peut supporter ce qui apporte du plaisir à Dieu et il gâte ce jardin en introduisant, dans le cœur d’Adam et d’Ève, le germe de la désobéissance et de l’indépendance vis-à-vis de Dieu. Mais Dieu n’abandonne pas la pensée du jardin, c’est-à-dire ce qui est pour le plaisir de son amour, et nous le retrouvons dans l’Apocalypse, le livre qui clôt la révélation de Dieu (Apoc. 2. 7).
Pour le moment, Adam et Ève sont chassés de ce paradis terrestre car il n’est plus pour le plaisir de Dieu. Toutefois, Dieu les revêt de peaux. Ces vêtements, qui ont nécessité un sacrifice sanglant, indiquent le travail de Dieu en salut pour l’homme.

Le jardin de l’homme
Salomon a exprimé personnellement, dans l’Ecclésiaste, la recherche du bonheur terrestre par l’homme privé de la Lumière de la Révélation. Ayant tout essayé, il peut dire : « J’ai fait de grandes choses : je me suis bâti des maisons, je me suis planté des vignes ; je me suis fait des jardins et des parcs, et j’y ai planté des arbres à fruit de toute espèce » (Ecc. 2. 4, 5).
Cette recherche se perpétue aujourd’hui sous différentes formes, mais elle exprime toujours ce sentiment ancré au plus profond de l’être humain : sa nostalgie du paradis perdu. Notre culture hédoniste en est le témoin.
Cela peut aller d’un parc d’agrément au salon du bien-être, en passant par le confort de la voiture et de la maison luxueuse. Cela peut prendre la forme de plaisirs euphorisants.
Le croyant aussi peut profiter de certains avantages terrestres avec reconnaissance, mais il sait que son bonheur n’est pas là : il use du monde comme n’en usant pas à son gré. (1 Cor. 7. 31).
Tous ces efforts de l’homme pour trouver le bonheur sur la terre, sans Dieu, sont vains. Salomon lui-même l’exprime après toutes ses recherches : « Vanité des vanités, tout est vanité ».
Le croyant est aussi en danger de considérer ce monde avec un œil peu spirituel, comme le fit Lot qui estimait la plaine du Jourdain avec Sodome et Gomorrhe semblable au « jardin de l’Éternel » (Gen. 13. 10). C’en était loin, hélas ! A Lot peut s’appliquer cette expression étrange d’Ésaïe : « Vous rougirez des jardins (c’est-à-dire des sources de joie) que vous aurez choisis… car vous serez comme… un jardin qui n’a pas d’eau » (Es. 1. 29, 30). Oui, Lot eut à rougir de son choix qui n’a pas été pour le plaisir de Dieu.

Le jardin du Bien-aimé
« Tu es un jardin clos, ma sœur, ma fiancée, une source fermée, une fontaine scellée » (Cant. 4. 12).
Contrastant avec l’Ecclésiaste, le Cantique des cantiques a été appelé le jardin des parfums. Ici, le Bien-aimé évoque, d’une façon délicatement poétique, la virginité de sa fiancée. Ce premier sens est un appel à tous les jeunes gens pour qu’ils respectent ce « jardin clos », cette source fermée, cette source scellée jusqu’à l’union du mariage.
L’apôtre Paul a-t-il ce passage devant lui quand il écrit aux Corinthiens ? En tout cas, il le spiritualise : « Je vous ai fiancés à un seul mari, pour vous présenter au Christ comme une vierge chaste » (2 Cor. 11. 2), c’est-à-dire que les affections des croyants (comme le corps de la jeune fille) doivent être gardées pour le Seigneur. « Tous les fruits exquis, nouveaux et anciens : mon bien-aimé, je les ai gardés pour toi ! » (Cant. 7. 13).
Le jardin, une image aussi du cœur de la fiancée, est plein de fruits et de senteurs : « Tes plants sont un paradis de grenadiers et de fruits exquis, de henné et de nard, de nard et de safran, de roseau odorant et de cinnamome, avec tous les arbres à encens ; de myrrhe et d’aloès, avec tous les principaux aromates » (Cant. 4. 13-14).
Quelle joie pour le Bien-aimé de venir dans un tel jardin qu’il revendique comme étant le sien : « Mon jardin » (4. 16 ; 5. 1). Que nos cœurs soient sanctifiés pour Lui procurer de la joie. Il faut parfois pour cela l’âpre vent de l’épreuve qui vient du nord ou le souffle desséchant du midi pour faire exhaler ses parfums (Cant. 4. 16 ; voir aussi Job 37. 9).

Le jardin de Gethsémané
« Ayant dit ces paroles, Jésus s’en alla avec ses disciples au-delà du torrent du Cédron, où était un jardin, dans lequel il entra, lui et ses disciples » (Jean 18. 1).
Ce jardin leur était coutumier, « car Jésus s’y était souvent assemblé avec ses disciples » (v. 2).
Mais cette fois, ce jardin est témoin d’une scène étrange : ce n’est plus, comme autrefois, « le premier homme » qui désobéit à Dieu sans combat, mais c’est « le second homme », le Fils de Dieu, qui se soumet à la volonté de son Père. Mais quel combat dans ce jardin, quelles ardentes prières, quels grands cris, quelles larmes, quelle sueur chez cet Homme prosterné ! Ce jardin de la souffrance – étrange association de mots – est aussi le jardin de l’obéissance du Fils de Dieu.
Encore ceci : Lors du procès de Jésus, un homme pose une question pénétrante à Pierre : « Ne t’ai-je pas vu, moi, dans le jardin avec lui ? » (Jean 18. 26). Cette question nous sonde aussi : Si nous pensons à la souffrance de notre Seigneur dans le jardin de Gethsémané, comment pourrions-nous rechercher ensuite la compagnie de ses ennemis ?

Le jardin de la mort
« Il y avait, au lieu où il avait été crucifié, un jardin, et dans le jardin un sépulcre neuf, dans lequel personne n’avait jamais été déposé. Il déposèrent donc Jésus là » (Jean 19. 41, 42).
« Dans le jardin, un sépulcre »… quelle étrange association de mots ! Là où tout devrait être charme, quiétude pour le corps et l’esprit, c’est la mort, un sépulcre, un corps mort dans un jardin ! C’est bien l’image de ce qu’est devenue la première création sortie belle des mains de Dieu.
Mais ce qui est extraordinaire, inouï, c’est que ce corps mort est celui du Fils de Dieu, devenu homme. Il a voulu prendre cette place où le péché avait mis l’homme, dans la mort. Mais ici, il ne sera pas dit : « Il sent déjà » (Jean 11. 39). S’il y a dysharmonie entre la pensée du jardin et la mort, il y a, dans le cas de Jésus, une corrélation merveilleuse : de ce jardin où le corps de Jésus repose inanimé, se dégage le parfum de la myrrhe et de l’aloès que Nicodème et Joseph ont apporté, le parfum du sacrifice total montant jusqu’à Dieu. Toutefois, la pierre est roulée devant le sépulcre, la défaite semble complète. Mais là encore la pensée du jardin est merveilleuse : « Grain de blé tombé en terre », qui a « la vie en lui-même », il est une semence divine semée « en déshonneur » et « en faiblesse », mais qui ressuscite en gloire et en puissance (Voir 1 Cor. 15. 43 et 2 Cor. 13. 4).
Très tôt le matin du premier jour de la semaine, comme le soleil se levait, ce jardin est témoin de la résurrection et du triomphe de Jésus. Le jardin de la mort est aussi celui de la résurrection !

Le jardin céleste et millénaire
« A celui qui vaincra, je lui donnerai de manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu » (Apoc. 2. 7)
A la fin de sa révélation, Dieu nous montre qu’il n’a pas abandonné sa pensée première, celle d’un jardin, d’un paradis, d’un lieu de délices. Maintenant ce jardin est céleste, et c’est notre Seigneur Jésus Christ qui lui donne ce caractère : « Avec moi, dans le paradis » dit-il au brigand repentant. Paul a été enlevé dans ce paradis où il a entendu des paroles ineffables (2 Cor. 12. 4).
L’arbre de vie, c’est Jésus lui-même. Il sera la récompense de celui qui, maintenant, apprécie son amour. Ce jardin céleste a sa correspondance sur la terre durant le millenium. Ici, l’arbre de vie porte douze fruits, il donne son fruit chaque mois et ses feuilles sont pour la guérison des nations (Apoc. 22. 2). C’est une appréciation renouvelée de Jésus, un plaisir abondant pour Dieu, une guérison complète pour les nations si longtemps meurtries par Satan et le péché. Tout est maintenu en fraîcheur spirituelle par la puissance de l’Esprit de Dieu, ce « fleuve d’eau vive » qui y coule librement.
Tel est cet Eden céleste et millénaire, merveilleux, à jamais hors d’atteinte du mal. D’ailleurs, l’arbre de la connaissance du bien et du mal ne s’y trouve plus. Cette question a été entièrement résolue à la croix de Golgotha et pour la gloire de Dieu. Il n’y a plus que vie et fécondité.
Le plaisir de Dieu est enfin et à jamais établi par notre Seigneur Jésus Christ avec ceux qui Lui sont unis comme son épouse. L’image de cette union dans le premier couple humain en Eden a été gâtée. La réalité ne pourra plus l’être dans « le paradis de Dieu ».

 

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