Archive pour mai, 2015

Holy Trinity

12 mai, 2015

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UN AUTRE VIENDRA, Archimandrite Lev Gillet,

12 mai, 2015

http://www.pagesorthodoxes.net/saints/lev-gillet/lev-gillet-meditations.htm

UN AUTRE VIENDRA

Archimandrite Lev Gillet,

Abraham dit à Dieu : « Ô ! qu’Ismaël
vive devant ta face ! « (Genèse 17, 18).

L’Ancien Testament décrit plusieurs « contestations » entre Dieu et tel ou tel patriarche, ou tel et tel prophète. C’est ici le cas. Abraham et sa femme Sara sont presque centenaires. Ils sont riches, heureux, Abraham a eu d’Agar un fils, Ismaël, et Dieu a conclu avec eux une alliance. Et voici qu’une parole divine vient troubler leur paix. El Schaddaï, Dieu, apparaît à Abraham. Il lui annonce que Sara aura un fils, Isaac, et qu’avec celui-ci sera établie une nouvelle et perpétuelle alliance. Pourquoi bouleverser ainsi l’ordre des choses ? Tout allait si bien ! Abraham fait à Dieu une réponse aussi évasive (et secrètement négative) que déférente. Sans aucune allusion à Isaac, il s’exclame : « Ô ! qu’Ismaël vive devant ta face ! » – Mais Dieu déclare : « Non… En faveur d’Ismaël, je t’ai entendu : je le bénis, je le ferai croître extrêmement et je ferai de lui un grand peuple. Mais mon alliance, je l’établirai avec Isaac » (cf. Gn 17,20-21).

Il ne s’agit pas de commenter ici cet épisode du point de vue historique, encore moins d’en faire une application aux antagonismes présents entre certains descendants d’Ismaël et certains descendants d’Isaac. Essayons plutôt de dégager du récit biblique une signification actuelle, éternelle – et, pour chacun de nous, personnelle.

Il y a, dans la vie de chaque homme, un Isaac et un Ismaël. Ismaël, c’est notre situation telle qu’elle se présente aujourd’hui. C’est notre existence devant les hommes et devant Dieu, existence peut-être heureuse ou peut-être pénible, peut-être louable ou peut-être blâmable, mais enfin – pour la plupart – tolérable et non sans quelque espérance. Mais voici que Dieu intervient (et peut-être maintes fois) comme un explosif, un briseur d’équilibre, un semeur d’incertitude et d’anxiété. Il nous annonce que cela ne va pas continuer et qu’il nous donnera un enfant indésiré, inattendu, avec lequel il fera de grandes choses. Cet Isaac, c’est quelque nouvelle exigence divine, un changement de programme, un appel à un dépassement variable selon chaque personne, mais d’apparence pénible et même insensée. Notre première réaction est une dérobade. Ah, Seigneur, tout était si bien avec Ismaël ! Pourquoi Ismaël ne pourrait-il pas durer ? Je ne suis plus d’un âge où l’on puisse recommencer, avec ce problématique Isaac. Ah, Seigneur, qu’Ismaël vive devant toi !

Dieu nous répond résolument : « Non ». Il a béni notre Ismaël et tout ce qui était bon dans la vie qui a été la nôtre. Mais, ce qu’il demande de nous maintenant, c’est que nous acceptions – et chaque jour – une vie nouvelle, des tâches nouvelles, la catastrophe et la révolution intérieures, la venue de l’enfant (et, après Isaac, l’enfant de Bethléem). Recevons Isaac. Disons à Dieu : Oui, Seigneur, béni sois-tu pour Ismaël, mais qu’Isaac soit en moi le bienvenu ! Que désormais vive devant toi celui que tu veux que je devienne !

Le Messager orthodoxe, No 42-43, 1968.

VIVRE L’IMPOSSIBLE HUMAIN DANS LA FOI AU FILS DE DIEU – SAINT MAXIME LE CONFESSEUR

12 mai, 2015

http://www.patristique.org/Vivre-l-impossible-humain-dans-la-foi-au-Fils-de-Dieu.html

VIVRE L’IMPOSSIBLE HUMAIN DANS LA FOI AU FILS DE DIEU

UNE LECTURE DU LIBER ASCETICUS DE SAINT MAXIME LE CONFESSEUR

PAR VÉRONIQUE DUPONT

Le commandement de l’amour des ennemis invite le chrétien à imiter le Christ jusqu’à devenir Dieu en lui. Ce n’est pas là une obligation qui serait imposée de l’extérieur à l’homme, mais une exigence de l’amour qui suscite la liberté. Tel est l’enseignement que Véronique Dupont nous invite à découvrir dans sa lecture du « Liber asceticus » de Maxime le Confesseur.
La théologie monastique de Maxime le Confesseur est indissociable du milieu politique et ecclésial dans lequel il a été plongé. En effet, Maxime vient au monde en 580, c’est-à-dire au seuil de ce terrible VIIe siècle qui verra la montée foudroyante de l’Islam, la dislocation de la chrétienté orientale et le rétrécissement de l’empire byzantin. Dans ce contexte de violence, qui n’est pas sans rapport avec notre époque, Maxime fut le champion de la foi catholique, témoignant envers l’Église d’une fidélité sans faille. Sa pensée théologique prit pour lui la forme du Christ, maître et Seigneur et le conduisit jusqu’au martyre dans l’abandon de tous sinon de son fidèle disciple Anastase.
Le Liber asceticus [1] fut rédigé dans les dernières années de la vie de Maxime [2]. Ce dialogue est un chef d’œuvre de la théologie monastique. Un dialogue, avec questions et réponses. Il semble que ce soit un genre littéraire dont Maxime fut coutumier, ainsi que d’autres auteurs de sa région culturelle et de son époque. Les Questions à Thalassios [3] et les Ambigua [4] sont aussi des réponses à des questions posées. Grégoire le Grand, qui a vécu à Constantinople comme apocrisiaire du pape un demi-siècle plus tôt, procède de la même manière pour écrire la vie de Benoît et d’une pléiade de saints d’Italie [5].
« Père, dis-moi une Parole : Comment être sauvé ? » Telle est la question classique d’un disciple à son père spirituel dans la tradition monastique des premiers siècles chrétiens. Au lieu d’interroger de la sorte son père spirituel, un jeune moine demande à Maxime : « Quel a été le but de l’Incarnation du Seigneur [6] ? ». Maxime ne se dérobe pas à la question du jeune moine. Il lui répond sérieusement, clairement, concrètement avec envergure et profondeur. Et pour répondre il brosse une grande synthèse théologique du salut offert par le Christ.
L’homme, créé par Dieu, placé dans le paradis, a transgressé le commandement et, par voie de conséquence, il est devenu mortel, sujet à la corruption et à la mort. Il a sombré dans les ténèbres et le désespoir.
« À cause de son trop grand amour » (Ep 2, 4), le Fils monogène de Dieu est venu illuminer l’homme et s’est fait homme pour le libérer de la mort en lui donnant la vie qu’il est lui-même. Comment a-t-il réalisé cela ? Par sa vie même, non pas par des discours. Il a pris l’homme exactement là où il était tombé en transgressant le commandement divin ; il l’a relevé, non pas de force mais en lui montrant que l’enjeu mort/vie est une question de liberté : transgresser le commandement conduit à la mort ; garder le commandement donne la vie. Mais quel est ce commandement et comment vivre ce rude combat ? Le Christ, Dieu fait homme, a gardé le commandement ; il nous a offert une manière de vivre divine ; il nous a « laissé un modèle pour que nous marchions sur ses traces » (1 P 2, 21) et, pour que, devenus fils dans le Fils, nous demeurions en son amour (Jn 15, 9) [7].
D’emblée Maxime met en lumière « Celui qui nous a fait passer des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 2, 9). La compréhension de la christologie de Maxime dans ce traité nous semble nécessaire pour bien saisir ensuite les enjeux de l’anthropologie monastique qui en est issue.

1. La Christologie du Liber AsceticusMême si Maxime ne présente pas, à proprement parler, un traité de christologie, ce bref ouvrage est un condensé, un concentré de la christologie qui s’est cherchée pendant les sept premiers siècles et dont la formulation s’est précisée et fixée au concile de Chalcédoine (451). Si la christologie de Maxime est chalcédonienne, il l’expose cependant avec beaucoup de liberté et dans une référence constante à l’Écriture. Le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous diviniser, nous déifier, nous répète Maxime. On retrouve là la célèbre affirmation de saint Irénée [8]. Autrement dit le Fils de Dieu est pleinement Dieu et pleinement homme [9].
Le Christ est Dieu
Il est le Monogène de Dieu. En Occident, nous sommes plus familiarisés avec l’expression « Fils unique ». Ces deux expressions recouvrent la même réalité : le Verbe est Fils unique de Dieu de toute éternité. Il est Dieu par nature ; il a reçu l’Esprit Saint, consubstantiel à lui-même ; il est source de vie et d’immortalité. Autrement dit, il est Dieu, totalement, par nature, par substance, par lien de filiation [10].
Le Verbe s’est fait homme
Il nous a illuminés en acceptant devenir homme (cf. Lc 1,79 ; Phi 2, 6-7) [11]. Il a pris chair de la Vierge Marie par l’Esprit saint (cf. Lc 1, 35). Il est né d’une femme et s’est fait sujet de la Loi afin qu’en observant le commandement il puisse détourner l’ancienne malédiction qui pesait sur Adam : « Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale » (Ga 4, 4-5) [12]. Maxime ne cherche pas à utiliser l’Écriture pour justifier son propos, sa réponse ; il transmet la Parole de Dieu, sans l’altérer et c’est ainsi qu’il trouve la réponse appropriée [13].
Le Christ est sujet de la loi : il est soumis à la loi. Il doit obéir, il va obéir. Il va vivre le commandement jusqu’au bout et son obéissance nous sauve de la désobéissance commise par Adam et dont nous avons « hérité ». À qui obéit le Dieu fait homme ? À son Père. Comment ? En gardant le commandement. Quel commandement ? Celui de l’Amour. Et cela le conduit jusqu’à la mort pour la vie [14].
Est-on bien sûr que cet homme est Dieu ? Oui, son Père lui a rendu témoignage à son baptême (cf. Mt 3, 13-17) et il a reçu « l’Esprit Saint venu du ciel, consubstantiel à lui-même [15]. »
Le Verbe vainqueur du mal
Pour obéir au commandement de l’amour, le Christ dut livrer un rude combat spirituel : il a été tenté par le démon dans le désert (cf. Mt 4, 1-11) mais il en est sorti vainqueur et a « ordonné au démon de se retirer [16] ». La triple tentation du Seigneur est le modèle de la lutte pour l’observation du commandement de la charité, l’unique commandement. Ce n’est pas uniquement pendant quarante jours au désert que le Seigneur combat, mais toute sa vie : « Il combat jusqu’à la mort pour garder le commandement de l’amour », il remporte la victoire complète sur le démon et nous en fait bénéficier [17].
Comment combat-il ? En se soumettant aux souffrances infligées par les scribes et les pharisiens [18]. En effet, à travers eux, le Seigneur combat l’instigateur de leurs actes, le Satan [19]. Il témoigne à ces scribes et pharisiens toutes les formes de l’amour. Il aime inlassablement. Il sait que les pharisiens et les juifs agissent par ignorance et ont été trompés par le démon. Il est donc rempli de compassion envers ceux qui se sont laissés duper ; c’est pourquoi, lorsqu’il meurt sur la croix, il supplie : « Père, pardonne-leur… » (Lc 23, 34). Il supporte patiemment la souffrance, endure les blasphèmes, les coups, etc. En échange de la haine, il donne l’amour. Par sa bonté il expulse le père du mal.
Il se laisse vaincre volontairement. Il est crucifié dans sa faiblesse (cf. 2 Co 13, 4 ; Rm 1, 4) et par le moyen de cette faiblesse, il tue la mort (cf. He 2, 14), il triomphe du démon sur la croix, il remporte la victoire complète sur lui. Il vainc celui qui comptait le vaincre et avait arraché le monde à sa domination. Il est le nouvel Adam qui restaure le premier Adam. Il obtient la résurrection à notre profit : il nous fait bénéficier de sa victoire sur le démon [20]. Il nous fait devenir Dieu par grâce. Grâce à lui, par lui, en lui, « lui qui par nature est Dieu et Maître [21] ». Par son exemple il nous enseigne les voies de la vie qu’il est lui-même [22]. Il est complètement homme par sa nature, par sa vie, par sa mort et, par sa résurrection, il est le premier de nous tous à monter au ciel. Suivons-le en gardant le commandement, c’est-à-dire en demeurant dans son amour (cf. Jn 15, 9).
« Cette profession de foi christologique de Maxime fonde son enseignement ascétique » écrit le Père Dalmais [23]. Contrairement à l’ascèse monastique traditionnelle principalement issue du courant évagrien, qui est anthropocentrique, l’ascèse de Maxime est christocentrique.
Le Liber asceticus est bâti, fondé, sur l’articulation : Transgression du commandement / Garde du commandement. Le Verbe de Dieu s’est fait homme pour nous offrir une manière de vivre divine : il a gardé le commandement [24]. « L’homme créé par Dieu à l’origine et placé dans le paradis, transgressa le commandement et devint sujet à la corruption et à la mort [25] ». Il conviendrait de creuser la théologie de la création et du péché dans les œuvres du Confesseur, mais ce n’est pas directement notre propos. Néanmoins, essayons brièvement de comprendre ce que veut dire Maxime dans cette première phrase qui est la clé, l’enjeu de toute la théologie qui s’ensuit.
Dans d’autres textes [26], on perçoit que pour notre auteur la condition paradisiaque de l’homme a été réelle, même si elle a duré un temps très court, et que l’homme n’a pas été créé par Dieu dans l’état où il se trouve actuellement. Adam a transgressé le commandement.

2. L’anthropologie du Liber Asceticus
Comment vit cet homme qui transgresse le commandement ?
Avec le péché d’Adam, « la vérité a disparu parmi les fils des hommes » (Ps 11, 2). L’être humain est entré dans le royaume du mensonge. Qu’est-ce que cela signifie ? Il a sombré dans l’impureté, c’est-à-dire dans ce qui ne vient pas de Dieu. La multiplicité, la duplicité, les divisions de toutes sortes, sont la conséquence du péché de l’homme. En assumant une nature humaine, le Verbe ramène tous les éléments dispersés à l’unité.
Cet homme est égoïste, ami de l’argent, orgueilleux, vaniteux, gonflé de suffisance, hautain, fanfaron, diffamateur, hypocrite, irréfléchi, sans cœur, méchant, cruel, traître, implacable, fourbe, calomniateur, coléreux, rancunier, railleur, emporté, haïssant ses frères, gourmand, aimant le plaisir, follement attaché aux choses matérielles, inconstant, insouciant, plein d’acédie, plein de malice, trahissant toutes les vertus. Il est devenu la demeure des esprits mauvais et non plus celle du Saint-Esprit. Rempli de souillure, il est devenu une maison de trafic, un repaire de brigands au lieu d’une maison de prière (cf. Mt 21, 12-13), une nation pécheresse au lieu d’une nation sainte (cf. 1 P 2, 9), une mauvaise graine au lieu d’une semence sainte. Il est tombé si bas parce qu’il a abandonné les commandements du Seigneur. Il était fils de Dieu, il est devenu fils de l’enfer, fils perverti. Il appelle Dieu son père, mais c’est une comédie. Il a transgressé le commandement du Seigneur [27]. « Cet homme, c’est toi » (2 S 12, 7).
Dans cette énumération nous repérons nombre de vices qui s’engendrent les uns les autres. Cependant Maxime ne les présente pas comme une chaîne de vices comme l’ont fait Évagre [28], le Pseudo-Macaire [29] et tant d’autres. Il les énumère pêle-mêle parce que tout cela pousse en nous si nous n’y veillons pas. La Sainte Écriture met en garde contre chacun de ces vices.
Nous vivons avec le bon grain et l’ivraie. Ne manquons-nous pas de cohérence ? La foi ne suffit pas, les œuvres sont nécessaires. Regardons ceux qui ont vraiment cru dans le Christ : ils l’ont fait pleinement demeurer en eux-mêmes. Comment ? En observant ses commandements. Ainsi, en vérité, ce n’est plus eux qui vivent, mais le Christ qui vit en eux (cf. Ga 2, 20). Ils vivent en supportant tout pour le Christ en vue du salut de tous et ceci est très important, essentiel : dans la tradition monastique antérieure, le disciple demandait à son Père spirituel comment être sauvé, ici, dans ce texte plus tardif mais issu de la même tradition monastique, le moine vit, donne sa vie, pour le salut universel [30].
Garder le commandement du Seigneur
Quel est donc le commandement du Seigneur ? Tous les commandements de l’Écritures se résument en un seul : « Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toutes tes forces et de tout ton esprit, et tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 36-40). Textes du Deutéronome 6, 5 et du Lévitique 19, 18, repris par Jésus en Matthieu 22, 37 et 39. C’est le commandement de l’amour : « Voici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12). C’est la manière dont nous vivons cet impératif de l’amour du prochain qui prouve notre amour pour Dieu. Il n’y a donc bien qu’un unique commandement et non pas deux dont le premier dispenserait de l’amour fraternel. Cet amour unique, unifiant, accomplit tous les autres commandements : « la charité ne fait point de tort au prochain, la charité est donc la loi dans sa plénitude » (Ro 13, 10) [31].
Mais il convient de résoudre une question préalable à cet unique amour : après l’énumération de tous les actes et réactions du vieil homme immergé dans les choses matérielles, profitant de tout ce qui passe, doit-on dire que les choses de ce monde sont mauvaises ? Et qu’est-ce que les choses de ce monde ? Ce sont : la nourriture, l’argent, les possessions, les louanges, et le reste, à savoir tout ce qui existe ! Mais, dira-t-on, Dieu a créé ces choses, c’est dire qu’elles ne sont pas mauvaises et que l’on peut lui plaire en en usant bien : « Tout est à vous, mais vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu » (1 Co 3, 23). Là où cela devient une habitude mauvaise, un vice, c’est lorsque nous préférons ces choses matérielles, profanes, au commandement de l’amour. En effet, lorsque nous sommes attachés à ces choses, nous luttons contre les hommes au lieu de les aimer. C’est pour cela que le Christ demande à celui qui veut le suivre et garder son commandement, de renoncer à tout ce qu’il possède [32] .
Après avoir entendu cela, le frère fondit en larmes : « Je n’ai plus aucun espoir de salut. Que faire ? Le maître lui répondit : pour les hommes c’est impossible mais pour Dieu tout est possible (Mt 19, 26) [33]. Maxime nous livre alors un petit traité scripturaire de la componction [34]. Que faire donc ? Suivre l’itinéraire proposé par le psaume 94 : allons en présence du Seigneur, adorons-le, prosternons-nous, pleurons. Apprenons de toute l’Écriture ce qu’est la crainte de Dieu et convertissons-nous. Comment ? En pleurant nos péchés, en abandonnant nos vices, en purifiant nos cœurs, en en bannissant tous les esprits mauvais et impurs qui y rodent, en ne vivant plus dans la duplicité mais en nous laissant recréer pour devenir simples, unifiés, aimons-nous les uns les autres, appelons frères ceux qui nous haïssent, pardonnons-nous mutuellement puisque nous sommes en bute aux attaques du même ennemi, ce qu’on oublie trop souvent et on fait alors de nos frères, de nos sœurs, des ennemis au lieu de nous allier, de nous soutenir pour combattre ensemble l’ennemi. Excitons-nous les uns les autres dans un émulation de charité et de bonnes œuvres (He 10, 24). Et si la jalousie nous atteint, ne devenons pas féroces [35] ; par notre humilité, guérissons-nous les uns les autres. Ne désespérons pas de la miséricorde de Dieu. Nous obtiendrons le pardon de nos péchés en pardonnant à nos frères car la miséricorde de Dieu est cachée dans la miséricorde envers le prochain : Pardonnez-vous et il vous sera pardonné (Mt 6, 14). Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde (Mt 5, 7) etc. C’est la mesure avec laquelle vous mesurez qui servira pour vous mesurer (Mt 7, 2).
Ainsi, le Seigneur nous a donné le moyen de nous sauver, de nous laisser sauver par lui. Mais ce salut n’échappe pas au pouvoir de notre volonté : il s’agit d’aimer, de donner, de pardonner. Cela nécessite le combat spirituel inévitable en vie chrétienne [36].
Le combat spirituel
L’apôtre Paul recommande à tous ceux qui soutiennent la guerre contre les esprits invisibles de revêtir la cuirasse de la justice, le casque de l’espérance, de prendre le bouclier de la foi et le glaive de l’esprit. Ainsi équipé on pourra éteindre les traits enflammés du mauvais. Ainsi on fait du pugilat sans frapper dans le vide (cf. Ep 6, 11-17) [37].
Paul combat en usant de la faiblesse de son propre corps pour mettre en fuite les esprits mauvais : « C’est lorsque que je suis faible que je suis fort » (2 Co 12, 10). Par la faiblesse il remporte la victoire sur les démons qui excitent les désirs charnels : la nourriture, la luxure, l’argent, c’est-à-dire tout ce qui est de l’ordre de l’avoir. Mais il est des démons qui nous font la guerre pour exciter la haine et dont le dessein est de faire transgresser le commandement de l’amour. Pour les en empêcher, il faut lutter en triomphant du mal par le bien, à l’imitation du Sauveur [38].
Les armes de notre combat ne sont point charnelles, elles sont spirituelles et ont le pouvoir de renverser des forteresses (2 Co 10, 4). Si, au lieu de mener ce combat nous sommes négligents ou paresseux et laissons les plaisirs charnels obscurcir notre esprit, nous faisons la guerre non aux démons mais à nous-mêmes et à nos frères. Nous nous mettons ainsi au service des démons au lieu de les combattre. Tandis que si je mène le bon combat, mon frère, je le sais, combat aussi. Alors, au lieu de combattre contre mon frère, je l’aide dans son combat. Je comprends que si je suis tenté, mon frère aussi est tenté et alors je lui pardonne. C’est ainsi que je résiste au Tentateur qui veut m’amener à haïr celui qui est tenté. De la sorte nous nous guérissons mutuellement [39].
La démonologie de Maxime est sotériologique. Le diable est l’anxieux, le haineux ; il a fait tomber l’homme dans ses pièges et depuis il a barre sur lui pour le livrer à la puissance de la mort. L’action du démon est au premier plan : comme il a tenté le Christ, il nous tente. Ne nous laissons pas vaincre ; utilisons deux remèdes efficaces : l’absence de soucis – la quiétude – pour ce qui est terrestre et l’application incessante à l’Écriture Sainte. Cette lutte corps à corps contre les démons se fait par la nepsis, la veille [40].
Imiter le Christ
Dans ce grand combat, le moine acquiert vertus et force, et Maxime propose pour cela un enchaînement des vertus [41] :
La crainte de Dieu engendre la sobriété. Devenir sobre, c’est détruire les pensées et toute puissance qui se dresse contre l’amour de Dieu. Nous faisons toute pensée captive pour l’amener à obéir au Christ (2 Co 10, 5). On fait le vide de tout ce qui n’est pas Dieu. Si tu appliques diligemment ton esprit à Dieu, tu auras la sobriété [42].
Mais comment s’appliquer continuellement à Dieu ? En pratiquant la charité, la continence, la prière. Ces trois vertus renferment toutes les autres [43]. La charité va dompter la colère par la miséricorde ; en faisant du bien, en étant patient avec le prochain et avec soi-même, en supportant tout ce qui nous incombe [44]. Maxime ne fait pas la théorie de la patience ; il dit comment être patient. Il nous offre véritablement un traité de vie baptismale, monastique et angélique.
Être patient, c’est tout supporter, c’est soutenir jusqu’au bout la tentation, c’est ne pas céder par surprise à la colère ; autrement dit, sans « surprise », il n’est même pas envisageable de se mettre en colère. C’est ne pas être soupçonneux, ni laisser échapper un seul mot sous le coup de l’émotion et n’avoir aucune pensée indigne d’un homme qui craint Dieu (cf. Si 23, 2) [45]. Être patient, c’est « estimer être soi-même la cause de l’épreuve que l’on subit » [46]. En effet, beaucoup de choses nous arrivent pour notre formation, pour nous rappeler nos péchés passés, pour nous faire sortir de notre négligence, et pour prévenir les fautes futures. Autrement dit, beaucoup de choses nous arrivent pour nous éviter de sombrer dans des maux plus grands. Alors supportons les avec patience. Devenu patient et, de ce fait, plus lucide sur soi-même, on n’accuse plus les autres, on se tourne vers Dieu qui pardonne et on accepte de bon cœur la correction (cf. He 12, 11) [47].
Être continent, c’est ne s’accorder que ce qui est nécessaire pour vivre et donc retrancher tout ce qui est in-utile et cause seulement du plaisir. La continence, pour Maxime, est synonyme de tempérance, laquelle tempérance éteint la concupiscence [48].
Le combat du moine s’exerce surtout contre les « pensées ». Nos pensées se rapportent naturellement aux objets extérieurs. Quand notre esprit s’attarde parmi ces objets, il s’emplit de pensées qui s’y rapportent. Au contraire la prière, le souvenir de Dieu, retire l’esprit de toute autre pensée et alors, s’entretenant avec Dieu, notre esprit devient déiforme. Il épouse Dieu, peut-on dire. À ce moment là, il demande à Dieu ce qui est convenable et il est toujours exaucé. En unissant notre esprit à Dieu, sans défaillance, on parvient peu à peu à briser nos attaches passionnées aux choses matérielles. Voilà pourquoi il faut prier sans cesse (Lc 18, 1 ; 1 Th 5, 17) [49]. Mais comment prier sans cesse ? L’Écriture ne demande rien d’impossible et pourtant il faut bien constater qu’on se disperse pendant la psalmodie et les divers services sur une multitude de pensées et d’images : ce sont les distractions desquelles peuvent naître bien des mauvaises pensées. La prière continuelle, c’est conserver son esprit attaché à Dieu avec beaucoup d’amour et de révérence. « Moi, je suis toujours avec toi » (Ps 72, 23). C’est être toujours ancré en Dieu par l’espérance ; c’est toujours puiser en lui force et courage en tout ce que nous avons à entreprendre ou supporter. « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? » (Ro 8, 35). C’est cela prier sans cesse ; c’est s’accrocher à l’espérance en Dieu, c’est tout vivre avec le Christ, c’est n’en être jamais séparé [50].
De la prière continuelle jaillit la joie parfaite, incessante, et la joie parfaite est le signe que la charité divine habite en nous [51]. Mais pour y parvenir, il reste une vraie question qu’ose poser ce frère honnête et désireux de marcher dans la voie du commandement de Dieu, question cruciale et douloureuse, question vitale, ou plutôt question dont la réponse, avec l’engagement qu’elle suppose, est vitale : « Comment aimer un homme qui me hait ? » [52]. Un homme qui m’a en aversion, qui m’envie, me lance des injures, me tend des pièges et essaie de me duper ? L’aimer est contre nature et semble impossible parce que par nature on se détourne, du fait des souffrances subies, de celui qui les cause.
La réponse de Maxime est abrupte et sans compromis possible. Les bêtes féroces [53] ne peuvent aimer les êtres qui les font souffrir, mais nous sommes créés à l’image de Dieu, il nous a été donné de connaître Dieu, nous avons reçu sa loi, alors il nous est possible de ne pas se détourner de ceux qui nous font souffrir et qui nous haïssent. C’est cela et cela seulement qui est spécifiquement chrétien [54]. « Aimez vos ennemis » (Mt 5, 44). Le Seigneur ne commande pas l’impossible, c’est donc que c’est possible. Il châtie le transgresseur. S’il châtie, c’est parce qu’il est possible de ne pas transgresser. Alors pourquoi est-ce si difficile d’aimer celui qui nous hait ? Parce que nous sommes pris par les choses matérielles. Et même ceux qui nous aiment, nous nous opposons à eux à cause des choses matérielles. Aimer un frère qui me hait, qui m’a en aversion et machine de quelque manière contre moi, c’est impossible si l’on n’a pas vraiment compris le but de l’incarnation du Sauveur ; mais on le peut si on l’a compris et si on y conforme notre vie avec ferveur [55].
« Oubliant tout ce qui est en arrière, tendus de tout notre être vers ce qui est en avant… » (Phi 3, 8), dénouons tous les liens de méchanceté qui entravent notre cœur, défaisons l’écheveau de nos contestations et de nos rancunes, empressons-nous de faire du bien à notre prochain de tout notre être, alors la Gloire de Dieu sera sans cesse avec nous. Donnons-nous tout entiers au Seigneur afin de le recevoir lui, tout entier ; devenons des dieux par sa grâce car c’est pour cela qu’il s’est fait homme, lui qui par nature est Dieu et maître. Obéissons-lui et il nous vengera sans peine de nos ennemis (Ps 80, 14). Aimons tous les hommes mais ne plaçons notre confiance en aucun, car le Seigneur nous garde. Aucun ennemi ne peut rien contre nous. Laissons-nous conduire par l’Esprit (cf. Ga 5, 16), veillons et soyons sobres (1 P 5, 8), rejetons le sommeil de la paresse, et devenons les émules des saints athlètes du Sauveur. Imitons leur combat, imitons leur course infatigable, imitons leur ardeur enflammée, imitons leur persévérance dans la continence, imitons leur sainteté dans la chasteté, imitons leur endurante patience, imitons la tendresse de leur compassion imitons leur douceur imperturbable, imitons la faveur de leur zèle, imitons leur amour sans feinte, imitons leur grandeur dans l’humilité, imitons leur simplicité dans la pauvreté, imitons leur force, imitons leur bonté, imitons leur pondération [56].
« Courons vers le ciel où nous aurons une cité permanente (cf. He 13, 14 et Phi 3, 20), jouissons de la fontaine de vie, joignons-nous au chœur des anges, et avec les archanges chantons des hymnes à Notre Seigneur Jésus-Christ à qui soit la gloire et la puissance, ainsi qu’au Père et à l’Esprit Saint, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, Amen [57] ! »
3. Conclusion
Se tourner vers le Christ, marcher humblement avec le Christ et avec nos frères, préférer le Christ à tout ce qui est de la terre, aimer nos ennemis, vivre l’impossible humain dans la foi au Fils de Dieu, imiter le Christ jusqu’à devenir Dieu en lui, parvenir à la vie éternelle, est-ce là autre chose qu’un programme de vie chrétienne toute pure ? Dans ce texte, nous n’avons rien remarqué de spécifiquement monastique, tout simplement parce que la vie monastique, c’est la vie chrétienne dans toute sa pureté, sa radicalité.
Dans ce traité, comme à travers les Centuries sur la charité [58], Maxime se situe dans la droite ligne de Basile, du Pseudo-Macaire et de Grégoire de Nysse. Benoît, dans sa culture latine, ne trace pas une autre route.
Ayant séjourné récemment en Terre Sainte, j’ai été confrontée de plein fouet à la douloureuse situation des peuples d’Israël et de Palestine séparés par le mur de l’échec, de la peur, de la haine, signe visible des murs invisibles et parfois plus solides que le béton et dépourvus de check points, que nous dressons dans nos cœurs pour nous protéger de « l’autre », du frère ennemi, pour éviter les conflits. Dans cette situation révoltante et incompréhensible, des moines et des moniales cénobites et ermites errants « dans les déserts, dans les montagnes, les cavernes et les antres de la terre » (cf. He 11, 38) intercèdent et chantent à temps et à contre temps la louange du Christ Seigneur et vainqueur dans le mystère de vies broyées par la souffrance. À la suite du Confesseur, qui fut l’un d’eux [59], tous s’exercent au pardon des ennemis. Par leur vie donnée, le cœur de Dieu bat au centre de cette Terre Sainte, sa terre d’élection. Ils vivent le mystère de la charité.

NOTES SUR LE SITE

La Mère de Dieu

10 mai, 2015

La Mère de Dieu dans images sacrée 48c642df5a2761d9aaae5c6eb98288d2

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CHAPITRE 1: LA SAINTE VIERGE NOTRE MÈRE

10 mai, 2015

http://www.copticchurch.ch/a-propos-de-nous/la-sainte-vierge-marie

(est un long article, je ne mets pas tout dans le post, mais si vous allez sur le site vous verrez qui est très agréable, aussi le chapitre II)

CHAPITRE 1: LA SAINTE VIERGE NOTRE MÈRE

Aucune femme au monde n’a été l’objet de tant de prophéties dans l’Ancien Testament et n’a joui d’un si grand intérêt dans la Bible comme la Sainte Vierge Marie. L’Ancien Testament nous offre bien des symboles la concernant, et le Nouveau Testament présente sa biographie, le Magnificat et le miracle opéré par son intercession.
Nombreux sont les hymnes de glorification et les méditations sur la Sainte Vierge enregistrés dans les ouvrages des Pères, et glorieux sont les titres que l’Eglise lui donne et qu’elle puise dans l’Ecriture Sainte.
Elle est notre mère à tous, Notre Dame, la fierté de notre race, la Reine qui se tient à la droite du Roi, la Vierge toujours vierge, la chaste, la pleine de grâces, la Sainte Marie, la Mère puissante qui vient à notre secours, la miséricordieuse, la Mère de la Lumière, de la miséricorde et du salut, la vraie vigne.
L’Eglise l’élève au dessus du rang des archanges, en lui disant dans ses louanges et ses hymnes :
« Vous vous êtes élevée, Marie, au dessus des Chérubins, et vous avez transcendé les Séraphins. »
C’est Marie qui a été élevée au temple, qui a men, dès son enfance, une vie de prière et de méditation, devenant ainsi le vase sacré choisi par Dieu pour y venir habiter.
De nombreuses générations ont attendu la naissance de cette Vierge afin que, par elle, soit réalisée « la plénitude du temps ».
C’est elle qui a éliminé la honte causée par le péché d’Eve et qui a sauvé la réputation de la femme après la chute. Elle est la Mère de Dieu, la Vierge toujours vierge.
Elle est la Vierge qui, durant l’enfance du Christ, est venue dans notre pays et y a vécu pendant des années au cours desquelles elle a sanctifié et béni notre territoire.
C’est elle qui fait des miracles innombrables que nous commémorons par des fêtes organisées dans les lieux où ils ont été opérés.
La Sainte Vierge ne nous est pas étrangère ; son amour a été profondément enraciné dans le cœur des coptes, émanant de la doctrine et affermi par l’expérience personnelle.
Qu’il est grand l’honneur accordé à notre pays par sa visite dans le passé et par son apparition sur les coupoles de son église à Zeitoun depuis de nombreuses années.
Aucune femme dans le christianisme n’a été l’objet de tant d’amour de la part des fidèles comme la Sainte Vierge Marie.
En Egypte, la plupart des églises célèbrent sa fête, et dans le rite, nombreux sont les louanges, les cantiques, les hymnes de glorification, les chants et les doxologies qui lui sont consacrés, surtout au cours du mois de Kiahk (durant le jeune de l’Avant). Nos frères catholiques lui consacrent un entier dénommé le mois de Marie.
Plusieurs monastères en Egypte portent le nom de la Sainte Vierge, tel le Monastère dit de la Sainte Vierge pour les paramos, le Monastère dit des syriens, le monastère de la Sainte Vierge nommé « Al Moharrak », autrement dit, le quart des monastères actuels, comme il y a aussi un couvent de religieuses en son nom de Haret Zoueila au Caire ; et nombreux sont les monastères et les écoles érigés en son nom en Occident.

I. Les Eglises les plus anciennes portant le nom de la Sainte Vierge
L’église la plus ancienne édifiée en son nom durant l’ère apostolique est celle de Philippes, la plus ancienne en Egypte date de l’époque du pape copte Thaoné, le seizième patriarche (en l’an 274 ap. J.C.)
Une des églises les plus célèbres édifiés au nom de la Sainte Vierge est celle du monastère appelé « Al Moharrak », consacrée à l’époque du patriarche Théophile (23eme patriarche), au début du cinquième siècle (le 6 du mois copte Hator), de même que les églises qui ont été construites dans les lieux qu’elle a visités en Egypte.
Il y a aussi en Occident deux églises coptes orthodoxe au nom de « la Vierge de Zeitoun », l’une en France et l’autre à Vienne.
II. Grandeur de la Sainte Vierge
La grandeur de la Sainte Vierge a été décrétée par le Saint Concile Œcuménique d’Ephèse, réuni en l’an 431 ap. J.C. et auquel ont assisté deux cents évêques venus de diverses parties du monde. Ce concile a établi l’introduction du credo dans lequel nous disons : « Nous vous vénérons, ô Mère de la Vraie Lumière, et nous vous glorifions, ô Vierge Sainte et Mère de Dieu, parce que Vous avez donné naissance pour nous au Sauveur du monde, Qui est venu et a sauvé nos âmes. »
Sur quels fondements le Concile Œcuménique a-t-il établi cette introduction ? En voici les causes :
La Vierge : c’est la sainte qui a été et sera toujours béatifiée par les générations, tel que le signale le Magnificat :
« Oui désormais toutes les générations me diront bienheureuse »
L’Eglise la dénomme la Reine, comme le signale le psaume :
« La Reine est à votre droite »
C’est pourquoi d’ailleurs plusieurs artistes, en dessinant l’icône de la Sainte Vierge, mettent une couronne sur sa tête et la placent à la droite de Notre Seigneur Jésus Christ.
Sa vénération est soulignée par le salut que lui a fait l’ange Gabriel en lui disant : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi … car tu as trouvé grâce auprès de Dieu » ; cela signifie qu’elle a trouvé une grâce spéciale auprès de Dieu, comme le témoigne aussi Sainte Elizabeth qui « poussa un grand cri et dit : ‘Bénie es tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! ».
Devant la grandeur de la Sainte Vierge, sainte Elizabeth ressentit sa propre médiocrité. Quoiqu’elle savait que sont propre fils « sera grand devant le Seigneur, (qu’) il sera rempli de l’Esprit Saint dès le sein de sa mère et (qu’) il marchera devant Lui avec l’esprit et la puissance d’Elie », elle fut envahit par le sentiment de son indignité et s’écria :
« Comment m’est il donné que vienne à moi la Mère de mon Seigneur ? »
L’un des arguments les plus évidents de la grandeur de la Sainte Vierge et de sa dignité auprès de Dieu est qu’Elizabeth « fut remplie d’Esprit Saint », et l’enfant tressaillit d’allégresse » dans son sein des qu’ « elle eut entendu la salutation de Marie ». La révélation divine dit à ce propos :
« Et il advint, dès qu’Elizabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein et Elizabeth fut remplie d’Esprit Saint ».
C’est vraiment là une grandeur inouïe que la seule salutation de la Sainte Vierge remplisse Elizabeth de l’Esprit Saint. De quel saint peut on en dire autant ? Mais voici le témoignage d’Elizabeth : « Car, vois tu, dès l’instant où ta salutation a frappé mon oreille, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein. »
Quand Elizabeth a été remplie de l’Esprit Saint, elle a acquis le don de la prophétie et de la révélation.
Ainsi a-t-elle su que la Sainte Vierge était la Mère de son Seigneur ; que celle-ci avait « cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur » ; elle a compris que le tressaillement de l’enfant en son sein était dû à l’allégresse qu’il ressentit en présence de l’Enfant Divin qui se trouvait dans le sein de la Sainte Vierge, aussi s’est elle écriée : « Béni (est) le Fruit de ton sein ».
La grandeur de la Sainte Vierge se révèle par le fait que le Bon Dieu l’ait choisie parmi toutes les femmes du monde…
Elle est la seule femme que l’Economie Divine a attendue des milliers d’années et qu’elle trouva méritant ce grand honneur que l’ange Gabriel a révélé en disant : « l’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre c’est pourquoi l’Etre Saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu ».
Par sa grandeur, la Saint Vierge s’élève au dessus de toutes les femmes.
Voilà pourquoi la Révélation divine a dit d’elle :
« Nombres de femmes ont accompli des exploits, mais toi, tu les surpasses toutes ! ».
C’est peut être dans ce texte de la Bible que l’Eglise a puisé cette louange à la Sainte Vierge : « Toutes sortes de dignité ont été accordées à bon nombre de femmes, mais aucune d’elle n’a joui de la dignité qui vous a été accordée. »
Cette Vierge sainte était dans la pensée et l’économie de Dieu dès le commencement.
Quand Dieu a promis le salut à nos Premiers Parents, il leur a dit que le « lignage » de la femme « écrasera la tête du serpent ». Cette femme, c’est la Sainte Vierge, et son lignage, c’est le Christ Qui a écrasé la tête du serpent sur la croix.

III. Une vie entourée de miracles
Les miracles dans la vie de la Sainte Vierge commencent bien avant sa naissance et se poursuivirent même après sa mort.
1. Sa conception a eu lieu par miracle d’un père et d’une mère stériles, et elle a été annoncée à ses parents par un ange.
2. Ses fiançailles ont eu lieu par un miracle divin qui a choisi le fiancé qui prendra soin d’elle.
3. La conception du Christ dans son sein a eu lieu par un miracle, car elle était vierge et elle l’est demeurée même après l’enfantement.
4. Lors de sa visite à Sainte Elizabeth, lorsque celle-ci a entendu son salut, l’enfant « a tressailli d’allégresse » en son sein, et elle fut remplie « d’Esprit Saint ».
5. D’innombrables miracles se sont produits lors de sa visite en Egypte, entre autres la chute des idoles.
6. Le premier miracle accompli par Notre Seigneur Jésus Christ en Cana de Galilée a eu lieu grâce à son intercession.
7. Le miracle de la fonte du fer qui a sauvé la vie de l’Apôtre Matthias a eu lieu grâce à sa prière.
8. A sa mort, Le Christ Lui-même est venu recevoir son esprit.
9. Dieu a puni les Juifs qui ont essayé d’outrager son corps après sa mort.
10. L’ascension de son corps au ciel a eu lieu par un miracle.
11. Les innombrables miracles qui se sont produits par son intercession dans diverses parties du monde ont été enregistrés dans bien des ouvrages.
12. Son apparition dans divers endroits, et surtout celle qui a eu lieu sur les coupoles de son église à Zeitoun et celle de Papadoublo à Choubrah, banlieue du Caire, son autant de miracles.
Ceux si se poursuivent partout dans le monde, et se poursuivront toujours, en témoignage de la dignité de cette sainte.

IV. Le jeune dit de la Sainte Vierge

San Pacomio

8 mai, 2015

San Pacomio dans images sacrée

http://www.taringa.net/posts/info/16891549/Santos-monjes-padres-del-desierto—Siglos-III-al-VI.html

SAINT PACÔME LE GRAND – 9 MAI

8 mai, 2015

http://nominis.cef.fr/contenus/saint/1127/Saint-Pacome-le-Grand.html

SAINT PACÔME LE GRAND – 9 MAI

Fondateur du cénobitisme chrétien (✝ 346)

A 20 ans, l’égyptien Pacôme est enrôlé de force dans l’armée romaine. A Thèbes, alors qu’il se morfond dans une caserne où on l’a enfermé avec les autres conscrits récalcitrants, des chrétiens charitables viennent les visiter et leur apportent de quoi manger.
Une fois libéré, Pacôme se fait baptiser. Il se met au service des pauvres et des malades, puis obéit à l’appel de la solitude en se faisant ermite pendant sept ans.
Saint PacômeUn jour qu’il se trouve à Tabennesi dans le désert, une voix mystérieuse lui dit: « Pacôme, reste ici, bâtis un monastère. »
Une autre fois, un ange lui dit: « Pacôme, voici la volonté de Dieu: servir le genre humain et le réconcilier avec Dieu. »
Pacôme a compris: on ne se sauve pas tout seul. Il bâtit un monastère pour aider d’autres hommes à trouver Dieu. Les disciples y viendront petit à petit.
Ce premier essai de vie commune est un échec: on n’improvise pas une communauté. Pacôme en tirera la leçon et rédigera un règlement strict: « la Règle de saint Pacôme ». Il devient ainsi le père du monachisme communautaire ou cénobitique.
Le grand saint Athanase d’Alexandrie veut le faire prêtre. Par humilité, il refuse. Il continue à fonder et à multiplier les monastères chez les coptes de la Haute-Égypte.
Il mourut lors d’une épidémie qui frappa les couvents égyptiens en 346.
Saint Pacôme est fêté le 15 mai par les Eglises d’Orient.
Illustration: icône byzantine – Saint Pacôme recevant d’un ange la règle de son ordre.
En Thébaïde, l’an 347 ou 348, saint Pacôme, abbé. Soldat encore païen, témoin de la charité chrétienne envers les recrues de l’armée détenues, il en fut ému, se convertit à la vie chrétienne, reçut de l’anachorète Palémon l’habit monastique et, sept années plus tard, sur un avertissement divin, il édifia un grand nombre de monastères pour accueillir des frères, et écrivit une célèbre Règle des moines.

Martyrologe romain

HOMÉLIE DU 6ÈME DIMANCHE DE PÂQUES : « AIMEZ »

8 mai, 2015

http://preparonsdimanche.puiseralasource.org/

HOMÉLIE DU 6ÈME DIMANCHE DE PÂQUES

10/05/2015

Les lectures du jour »

AIMEZ »

Les lectures bibliques de ce dimanche se résument en un mot : « AIMEZ ». C’est un commandement que nous trouvons tout au long de la Bible. Mais le livre des Actes des Apôtres (1ère lecture) nous rappelle que ce n’est pas gagné, même chez les chrétiens. Pour les juifs convertis au Christ, tout soldat romain était un ennemi national. Tout étranger était exclu de la plénitude de l’Alliance. Il était interdit à tout juif pieux de fréquenter la maison des païens. Les premiers chrétiens partageaient cette façon de voir. L’expansion de l’Évangile devait se traduire dans un premier temps par le rassemblement des douze tribus d’Israël.
Mais l’Esprit Saint fait voler en éclat cette barrière. Pierre doit intégrer dans la communauté des croyants un païen converti. L’Évangile de Jésus Christ est pour tous, même pour ceux qui sont très loin. C’est très important pour nous qui avons toujours tendance à juger ceux qui ne sont pas de notre bord. Il y a des paroles méprisantes et blessantes qui sont un obstacle à l’annonce de l’Évangile. Nous oublions que ces personnes ont la première place dans le cœur de Dieu. Elles sont son bien le plus précieux. En les rejetant, c’est contre Dieu que nous péchons.
La lettre de saint Jean (2ème lecture) insiste fortement sur le grand commandement de l’amour : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres puisque l’amour vient de Dieu ». C’est important pour nous d’entendre cet appel, surtout quand on est confronté aux divisions et aux disputes qui empoisonnent la vie chrétienne. L’amour du frère s’enracine dans l’amour dont Dieu nous aime. Il faut le dire et le redire : Dieu nous a aimés, il a aimé le monde pour que nous vivions de la vie divine. Il s’est offert en sacrifice pour le pardon des péchés. Il attend de nous une réponse qui soit à la mesure de son amour pour nous.
L’Évangile nous rappelle les paroles de Jésus au joie du Jeudi Saint : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. » Ces paroles sont le testament qu’il nous a laissé la veille de sa mort. Elles s’adressent aux apôtres mais aussi à chacun de nous aujourd’hui. Ce sont ses dernières volontés. Elles nous révèlent ce qu’il y a de plus profond en lui, ce qu’il nous confie de réaliser.
Jésus tient à préciser que c’est un commandement nouveau. Ce qui est nouveau, ce n’est pas l’amour. Ce commandement de l’amour existait dans l’Ancien Testament, bien avant la venue de Jésus : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Avec l’Évangile de ce jour, nous faisons un pas de plus : « Aimez-vous les uns les autres COMME je vous ai aimés. » L’amour que nous devons avoir les uns pour les autres nous vient du Père par Jésus. Ce qui est premier, c’est cette affirmation : Dieu est amour. Cet amour, ce n’est pas une simple qualité de Dieu. C’est tout son être qui est amour.
Quant à nous, nous ne sommes pas l’amour, mais nous avons en nous celui qui est l’Amour. C’est pour cette raison que saint Jean écrit : « celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. » On ne peut pas vivre sans cet amour qui est en Dieu Père, Fils et Esprit Saint. Et cet amour qui vient de Dieu, nous ne pouvons le vivre qu’en passant par les autres.
Il nous appartient d’en tirer toutes les conséquences dans nos familles, nos villages, nos quartiers. Quand un chrétien va visiter une personne malade ou un prisonnier, c’est toujours au nom de cet amour qui est en Dieu. Il en est de même quand nous partageons avec les plus pauvres, ceux qui ont tout perdu. C’est toujours une réponse à Jésus qui nous commande de nous aimer les uns les autres. Aimer nous fait ressembler à Dieu.
Bien sûr, quand nous parlons d’amour, il faut éviter les contrefaçons. Nous le savons bien : le verbe aimer comporte des nuances qui vont du sublime au sordide. L’amour vrai trouve sa source en Dieu. Il fait sans cesse le premier pas vers nous. C’est la croix du Christ qui nous le révèle. Elle nous le montre livrant son corps et versant son sang pour nous et pour la multitude. C’est ce don de Dieu qui nous rassemble chaque dimanche à la messe. Nous accueillons celui qui est l’Amour pour le porter aux autres.
Seigneur, toi qui es l’Amour, nous te prions les uns pour les autres et pour notre monde. Rassemble-nous tous dans la paix de ton amour. Amen

Sources : revues Signes et Feu Nouveau – Lectures bibliques d’un vieux prêtre de Montpellier (anonyme) – Guide Emmaüs des dimanches et fêtes (JP. Bagot) – Ta Parole est ma joie (Joseph Proux)

Jean Compazieu, prêtre de l’Aveyron ( 10/05/2015)

Crucifixion, 1209, fresco, Studenica Monastery, Serbia.

7 mai, 2015

Crucifixion, 1209, fresco, Studenica Monastery, Serbia. dans images sacrée thecrucifixionstudenica

http://wonder.oca.org/2011/09/15/iconography-and-pornography-two-competing-worldviews/

JEAN-PAUL Ier AUDIENCE GÉNÉRALE 1978

7 mai, 2015

http://w2.vatican.va/content/john-paul-i/fr/audiences/documents/hf_jp-i_aud_27091978.html

JEAN-PAUL Ier

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 27 septembre 1978

« Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, par-dessus toute chose. Vous, Bien infini, notre bonheur éternel et, par amour pour Vous, j’aime mon prochain comme moi-même et je pardonne les offenses reçues, ô Seigneur, que je vous aime toujours plus ! ».
C’est une prière très connue, entrelacée de phrases bibliques. C’est ma maman qui me l’a apprise. Encore maintenant, je la récite plusieurs fois par jour, et je vais tenter de vous l’expliquer, mot par mot, comme le ferait un catéchiste de paroisse. Nous en sommes à la troisième « lampe de sanctification » du Pape Jean XXIII : la charité. J’aime. A la Faculté de philosophie, le professeur me disait : Tu connais le campanile de St-Marc ? Oui ? Cela signifie qu’il a, de quelque manière, pénétré dans ton esprit : physiquement il est resté où il était, mais dans ton for intérieur il a imprimé comme son image intellectuelle. Toi, d’autre part, tu aimes le Campanile de Saint-Marc ? Cela signifie que, de l’intérieur, cette image te pousse, t’incline, pour ainsi dire te porte, te fait aller avec l’esprit vers le campanile qui est à l’extérieur. En somme, aimer signifie voyager, courir avec le cœur vers l’objet aimé. « L’Imitation de Jésus-Christ nous dit : qui aime « currit, volat, laetatur », court, vole, jubile (I.III, c. V, n. 4). Aimer Dieu, c’est donc voyager vers Dieu, avec le cœur. Un voyage merveilleux. Enfant, je m’extasiais devant les voyages décrits par Jules Verne (Vingt mille lieux sous les mers ; De la terre à la lune ; Le tour du monde en quatre-vingts jours, etc). Mais les voyages de l’amour envers Dieu sont infiniment plus intéressants. On les lit dans la vie des Saints. Par exemple, Saint Vincent de Paul, dont nous célébrons la fête aujourd’hui, est un géant de la charité : il a aimé Dieu mieux encore qu’un père et une mère. Il a été lui-même un père pour les prisonniers, les malades, les orphelins et les pauvres. Saint Pierre Claver, se consacrant tout à Dieu, signait comme suit : Pierre, esclave des nègres pour toujours. Le Voyage comporte également des sacrifices, mais ceci ne doit pas nous arrêter. Jésus est en croix : tu veux l’embrasser ? tu ne peux faire moins que de te pencher sur la croix et te laisser piquer par quelqu’épine de la couronne qui se trouve sur la tête du Seigneur (cf. St François de Sales, Œuvres, Annecy T. XXI, p. 153). Tu ne peux pas faire piètre figure comme le bon Saint Pierre qui savait bien crier « Vive Jésus » sur le Mont Thabor, là où régnait la joie, mais qui ne s’est même pas laissé voir aux côtés de Jésus, sur le Mont-Calvaire, où il y avait le risque et la douleur (cf. Fr. de Sales, Œuvres, T. XV, p. 140). L’amour pour Dieu est également un voyage mystérieux c’est-à-dire que je ne me mets pas en route, si Dieu ne prend pas d’abord l’initiative. « Nul ne peut venir à moi — a dit Jésus — si le Père ne l’attire (Jn 6, 44). Saint Augustin se demandait : mais alors, la liberté humaine ? c’est que Dieu, qui a voulu et édifié cette liberté, sait, Lui, comment la respecter, tout en amenant les cœurs au point qu’il a envisagé : parum est voluntate, etiam voluptate traheris ; Dieu ne t’attire pas seulement de la manière que tu voudrais, mais même de manière que tu savoures d’être attiré (Augustinus, In Jo. Evang. Tr., 26, 4). De tout mon cœur je souligne ici le terme « tout ». Dans la politique le totalitarisme est déplorable. Mais dans la religion, par contre, notre totalitarisme à l’égard de Dieu va très bien. Il est écrit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur , de toute ton âme, de toutes tes forces. Ces préceptes qu’aujourd’hui je te donne, tiens les fermes dans ton cœur ; tu les répéteras à tes fils ; tu en parleras quand tu seras assis chez toi, quand tu iras par les chemins, quand tu te coucheras et quand tu te tèveras. Tu les attacheras comme un signe sur ta main et ils serviront de fronteau entre tes yeux ; tu les inscriras sur le seuil de ta maison et sur les portes » (Deut 6, 5-9). Ce « tout » répété et soumis à la pratique avec tant d’insistance est vraiment l’étendard du christianisme maximum. Et c’est juste : Dieu est trop grand, il mérite trop de nous pour que nous puissions lui jeter, comme à un pauvre Lazzare quelques miettes de notre temps et de notre cœur. Dieu est un bien infini et il sera notre félicité éternelle : l’argent, les plaisirs, les succès de ce monde, comparés à Lui, sont à peine, des fragments de bien, de fugages moments de bonheur. Il ne serait pas sage de donner beaucoup de nous à ces choses et peu de nous à Jésus. Par-dessus toute chose. On en vient maintenant à une confrontation directe entre Dieu et l’homme, entre Dieu et le monde. Il ne serait pas juste de dire : « Ou Dieu ou l’homme ». On doit aimer et Dieu, et l’homme, ce dernier, toutefois, jamais plus que Dieu ou contre Dieu ou autant que Dieu. En d’autres mots : si l’amour de Dieu doit prévaloir, il n’est pas cependant, exclusif. La Bible déclare au sujet de Jacob qu’il est un saint (Dn 3) et qu’il est aimé de Dieu (Ma 1, 2; Rm 9, 13), elle le montre engagé dans sept années de labeur pour conquérir Rachel, pour en faire son épouse ; « et elles lui semblèrent seulement quelques journées, ces années, si grand était son amour pour elle » (Gn 29, 20). François de Sales nous offre quelque commentaire à cet égard : « Jacob, écrit-il, aimait Rachel de toutes ses forces, et de toutes ses forces, il aimait Dieu ; mais, pour autant, il n’aimait pas Rachel comme il aimait Dieu, ni Dieu comme il aimait Rachel. Il aimait Dieu comme son Dieu, pardessus toute chose et plus que lui-même ; il aimait Rachel comme son épouse, par-dessus toutes les autres femmes et comme lui-même. Il aimait Dieu d’un amour absolument et souverainement suprême et Rachel d’un amour marital suprême ; de ces amours, il n’en est pas un qui soit contraire à l’autre parce que celui pour Rachel ne viole pas la suprématie de l’amour pour Dieu » (Œuvr T. V, p. 175). Et par amour pour Vous, j’aime mon prochain. Nous sommes en présence ici de deux amours qui sont des « frères jumeaux » et inséparables. Certaines personnes, il est facile de les aimer ; pour d’autres, c’est difficile ; elles nous sont peu sympathiques, elles nous ont offensés, ou fait du mal ; ce n’est que si j’aime Dieu vraiment, sérieusement, que je parviendrai à les aimer en tant que fils de Dieu, et parce que Celui-ci me le demande. Jésus a également établi la manière d’aimer le prochain : pas seulement avec sentiment, mais avec les faits. Voici comment, a-t-il dit : Je vous demanderai : J’avais faim dans la personne de mes frères les plus humbles, m’avez-vous donné à manger ? M’avez-vous rendu visite, quand j’étais malade ? (cf. Mt 25, 34 et sv.).
Le catéchisme traduit ces paroles de la Bible et d’autres dans la double liste des sept œuvres de miséricorde et des sept œuvres spirituelles. La liste n’est pas complète, et elle a besoin d’être remise à jour. Par exemple, pour les affamés, il n’est plus seulement question aujourd’hui de tel ou tel individu ; il s’agit de peuples entiers.
Nous nous souvenons tous des nobles déclarations du Pape Paul VI : « Les peuples de la faim interpellent aujourd’hui, de manière dramatique, les peuples de l’opulence. L’Eglise tressaille devant ce cri d’angoisse et appelle chacun à répondre avec amour à son propre frère (Populorum Progressio, n. 3). A ce point-là, à la charité vient s’ajouter la justice, car — disait encore Paul VI — « la propriété privée ne constitue pas un droit inconditionnel et absolu pour quiconque. Personne n’est autorisé à réserver à son usage exclusif ce qui dépasse ses besoins, alors que d’autres manquent du nécessaire » (Populorum Progressio, n. 22). Par conséquent, « toute course exténuante aux armements, devient un intolérable scandale » (Populorum Progressio, n. 53).
A la lumière de ces vigoureuses expressions, on voit combien nous sommes, individus et peuples, encore bien loin d’aimer autrui « comme nous mêmes », ce qui est le commandement de Jésus.
Un autre commandement : « Je pardonne les offenses que j’ai reçues ». Il semble presque que le Seigneur donne la préséance au pardon sur le culte : « Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si tu te souviens d’un grief que ton frère a contre toi, laisse-là ton offrande devant l’autel, et vas d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et présente ton offrande » (Mt 5, 23).
Les dernières paroles de la prière sont : Seigneur, que je vous aime de plus en plus. Il s’agit ici également de l’obéissance à un commandement de Dieu qui, dans notre cœur, a mis la soif du progrès. Des palafittes, des cavernes et des premières cabanes, nous sommes passés aux maisons, aux palais, aux gratte-ciel ; des voyages à pied, à dos de mulet, ou de chameaux, aux carosses, aux trains, aux avions. Et l’on désire progresser encore, avoir des moyens toujours plus rapides, rejoindre des objectifs toujours plus éloignés. Mais — nous l’avons vu — aimer Dieu, cela aussi est un voyage : Dieu veut qu’il soit toujours plus intense, plus parfait. Il a dit à tous les siens : « Vous êtes la lumière du monde, le sel de la terre » (Mt 5, 8) ; « soyez parfaits comme est parfait votre Père céleste » (Mt 5, 48).
Cela signifie aimer Dieu, non pas un peu, mais beaucoup, ne pas s’arrêter là où on est arrivé mais, avec Son aide, progresser dans l’amour.

Avec la bénédiction apostolique.

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