Archive pour mai, 2015

« DIEU N’ÉCOUTE PAS LA VOIX, MAIS LE CŒUR » (SAINT CYPRIEN DE CARTHAGE)

16 mai, 2015

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« DIEU N’ÉCOUTE PAS LA VOIX, MAIS LE CŒUR » (SAINT CYPRIEN DE CARTHAGE)

« Prions, mes frères bien-aimés, comme Dieu notre maître nous a appris à le faire. (…) Lorsque nous prions, que notre voix soit réglée par la décence et le respect. Souvenons-nous que nous sommes en présence de Dieu et que nous devons plaire à ses regards divins par l’attitude de notre corps et le calme de notre parole. L’insensé pousse de grands cris; l’homme respectueux prie avec modestie. Le Seigneur nous ordonne de prier en secret, dans des lieux solitaires et reculés, même dans nos chambres. C’est là ce qui convient le mieux à la foi. Nous savons, en effet, que Dieu est présent partout , qu’il voit et entend tous ses enfants, qu’il remplit de sa majesté les retraites les plus secrètes, selon cette parole : « Je suis avec vous, ne me cherchez pas au loin » (Jér., XXIII). « Quand l’homme se cacherait au centre de la terre, dit encore le Seigneur, est-ce que je ne le verrais pas ? Est-ce que je ne remplis pas et la terre et le ciel ? Et plus loin : Les yeux du Seigneur regardent partout les bons et les méchants » (Prov., XV.). Quand nous nous réunissons pour offrir avec le prêtre le divin sacrifice, prions avec recueillement. Gardons-nous bien de jeter à tous les vents des paroles sans suite et de formuler tumultueusement une demande dont la modestie doit faire tout le prix. Dieu n’écoute pas la voix, mais le cœur. Il n’est pas nécessaire de l’avertir par des cris, puisqu’il connaît les pensées des hommes. Nous en avons une preuve dans cette parole du Seigneur ! « Que pensez-vous de mauvais dans vos cœurs ? » (Luc, XV.). Et dans l’Apocalypse : « Toutes les Églises sauront que c’est moi qui sonde les cœurs et les reins » (Ap., II). Anne, dont nous trouvons l’histoire au premier livre des Rois, se soumit à cette règle, et en cela elle fut une figure de l’Eglise. Elle n’adressait pas au Seigneur des paroles bruyantes; mais, recueillie en elle-même, elle priait silencieusement et avec modestie. Sa prière était cachée, mais sa foi manifeste; elle parlait, non avec la voix, mais avec le cœur. Elle savait bien que Dieu entend des vœux ainsi formulés; aussi, grâce à la foi qui l’animait, elle obtint l’objet de sa demande. C’est ce que nous apprend l’Écriture : « Elle parlait dans son cœur et ses lèvres remuaient; mais sa voix n’était pas entendue; et le Seigneur l’exauça » (I Reg., I). Nous lisons de même dans les psaumes : « Priez du fond du cœur, priez sur votre couche et livrez, votre âme à la componction » (Ps., IV.). L’Esprit-Saint nous donne le même précepte par la bouche de Jérémie : « C’est par la pensée que vous devez adorer le Seigneur ». Lorsque vous remplissez le devoir de la prière, mes frères bien-aimés, n’oubliez pas la conduite du Pharisien et du Publicain dans le temple. Le Publicain n’élevait pas insolemment ses regards vers le ciel, il n’agitait pas ses mains hardies; mais frappant sa poitrine, et, par cet acte, se reconnaissant pécheur, il implorait le secours de la miséricorde divine. Le Pharisien, au contraire, s’applaudissait lui-même. Aussi le Publicain fut justifié et non pas l’autre. Il fut justifié à cause de sa prière, car il ne plaçait pas l’espoir de son salut dans une confiance aveugle en son innocence, attendu que personne n’est innocent; mais il confessait humblement ses péchés, et Dieu qui pardonne toujours aux humbles, entendit sa voix (…).

Nous venons de voir, mes frères bien-aimés, d’après les saints livres, quelle doit être notre attitude dans la prière. Voyons maintenant ce que nous devons demander. « Vous prierez ainsi, nous dit Jésus-Christ: Notre père qui êtes dans les cieux, que votre nom soit sanctifié. Que votre règne arrive. Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Pardonnez-nous nos, offenses comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Ne souffrez pas que nous soyons induits en tentation; mais délivrez-nous du mal; ainsi soit-il » (Matth., VI). Avant toutes choses, le Dieu qui nous a si fortement recommandé la paix et l’unité n’a pas voulu que nos prières eussent un caractère personnel et égoïste; il n’a pas voulu, quand nous prions, que nous ne pensions qu’à nous-même. Nous ne disons pas : mon Père qui es dans les cieux, donne-moi aujourd’hui le pain dont j’ai besoin. Nous ne demandons pas seulement pour nous-mêmes le pardon de nos fautes, l’exemption de toute tentation et la délivrance du mal. Notre prière est publique et commune, et quand nous prions, nous ne pensons pas seulement à nous, mais à tout le peuple; car tout le peuple chrétien ne forme qu’un seul corps. Le Dieu qui nous a enseigné la paix la concorde et l’unité veut que notre prière embrasse tous nos frères, comme il nous a tous portés lui-même dans sou sein paternel. Ainsi prièrent les trois enfants dans la fournaise leurs voix étaient unies comme leurs cœurs. C’est ce que nous enseigne l’Écriture, en les proposant à notre imitation : « Les trois enfants, dit-elle, comme d’une seule bouche, chantaient un hymne au Seigneur et le bénissaient » (Dan., III). Et pourtant le Verbe fait homme ne leur avait pas appris à prier. Est-il donc étonnant qu’il ait exaucé leur demande, lui qui prête toujours l’oreille à la prière de l’homme simple et pacifique ? Nous voyons les apôtres et les disciples prier de la même manière, après l’ascension de Jésus-Christ. Tous, dit l’Écriture, unis par un même sentiment, persévéraient dans la prière avec les saintes femmes, avec Marie, mère de Jésus, et ses proches parents (Act., I). Nous voyons, par cette union, combien leur prière était sincère, persévérante et efficace. Dieu qui réunit dans la même maison les frères dont les sentiments sont unanimes, n’ouvre les portes de la demeure éternelle qu’à ceux dont les coeurs s’unissent dans la prière ».

De l’Oraison Dominicale, par Saint Cyprien de Carthage

Ascension du Seigneur

15 mai, 2015

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http://en.wikipedia.org/wiki/Ascension_of_Jesus

SERMON DE SAINT LÉON LE GRAND POUR L’ASCENSION

15 mai, 2015

http://www.paris.catholique.fr/sermon-de-saint-leon-le-grand-pour.html

SERMON DE SAINT LÉON LE GRAND POUR L’ASCENSION

Ce qui était visible chez notre Rédempteur est passé dans les mystères sacramentels. Et pour rendre la foi plus pure et plus ferme, la vue a été remplacée par l’enseignement : c’est à l’autorité de celui-ci que devaient obéir les cœurs des croyants, éclairés par les rayons du ciel… C’est alors que la foi mieux instruite se rapprocha, par une démarche spirituelle, du Fils égal au Père ; elle n’avait plus besoin de toucher dans le Christ cette substance corporelle par laquelle il est inférieur au Père. Le corps glorifié gardait sa nature, mais la foi des croyants était appelée à toucher, non d’une main charnelle mais d’une intelligence spirituelle, le Fils unique égal à celui qui l’engendre. »
Dans la solennité pascale, la Résurrection du Seigneur était la cause de notre joie ; de même, sa montée au ciel nous donne lieu de nous réjouir, puisque nous commémorons et vénérons comme il convient ce grand jour où notre pauvre nature, en la personne du Christ, a été élevée plus haut que toute l’aimée des cieux, plus haut que tous les chœurs des anges, plus haut que toutes les puissances du ciel, jusqu’à s’asseoir auprès de Dieu le Père. C’est sur cette disposition des œuvres divines que nous sommes fondés et construits. La grâce de Dieu devient en effet plus admirable lorsque les hommes ayant vu disparaître ce qui leur inspirait de l’adoration, leur foi n’a pas connu le doute, leur espérance n’a pas été ébranlée, leur charité ne s’est pas refroidie.
Voici en quoi consiste la force des grands esprits, telle est la lumière des âmes pleines de foi : croire sans hésitation ce que les yeux du corps ne voient pas, fixer son désir là où le regard ne parvient pas. Mais comment une telle piété pourrait-elle naître en nos cœurs, comment pourrait-on être justifié par la foi, si notre salut ne consistait qu’en des réalités offertes à nos yeux ?
Ce qui était visible chez notre Rédempteur est passé dans les mystères sacramentels. Et pour rendre la foi plus pure et plus ferme, la vue a été remplacée par l’enseignement : c’est à l’autorité de celui-ci que devaient obéir les cœurs des croyants, éclairés par les rayons du ciel.
Cette foi, augmentée par l’Ascension du Seigneur, et fortifiée par le don du Saint-Esprit, n’a redouté ni les chaînes, ni les prisons, ni l’exil, ni la morsure des bêtes, ni les supplices raffinés de cruels persécuteurs. Dans le monde entier, c’est pour cette foi que non seulement des hommes, mais des femmes et aussi de jeunes enfants et de frêles jeunes filles, ont combattu jusqu’à répandre leur sang. Cette foi a chassé des démons, écarté des maladies, ressuscité des morts.
Les saints Apôtres eux-mêmes, fortifiés par tant de miracles, instruits par tant de discours, avaient cependant été terrifiés par la cruelle passion du Seigneur et n’avaient pas admis sans hésitation la réalité de sa résurrection. Mais son Ascension leur fit accomplir de tels progrès que tout ce qui, auparavant, leur avait inspiré de la crainte, les rendait joyeux, Ils avaient dirigé leur contemplation vers la divinité de celui qui avait pris place à la droite du Père. La vue de son corps ne pouvait plus les entraver ni les empêcher de considérer, par la fine pointe de leur esprit, qu’en descendant vers nous et qu’en montant vers le Père, il ne s’était pas éloigné de ses disciples.
C’est alors, mes bien-aimés, que ce fils d’homme fut connu, de façon plus haute et plus sainte, comme le Fils de Dieu. Lorsqu’il eut fait retour dans la gloire de son Père, il commença d’une manière mystérieuse à être plus présent par sa divinité, alors qu’il était plus éloigné quant à son humanité
C’est alors que la foi mieux instruite se rapprocha, par une démarche spirituelle, du Fils égal au Père ; elle n’avait plus besoin de toucher dans le Christ cette substance corporelle par laquelle il est inférieur au Père. Le corps glorifié gardait sa nature, mais la foi des croyants était appelée à toucher, non d’une main charnelle mais d’une intelligence spirituelle, le Fils unique égal à celui qui l’engendre.

Saint Léon le Grand, pape de 440 à 461
Sermon sur l’Ascension, 2,1-4

HOMÉLIE DU 7ÈME DIMANCHE DE PÂQUES: DES TÉMOINS UNIS

15 mai, 2015

http://preparonsdimanche.puiseralasource.org/

HOMÉLIE DU 7ÈME DIMANCHE DE PÂQUES

17/05/2015

DES TÉMOINS UNIS

Jeudi dernier, nous avons fêté l’Ascension de Jésus ressuscité. C’était sa dernière apparition à ses disciples. Il disparaît à leur regard. Sa mission terrestre est terminée. C’est celle des apôtres qui commence. Ils sont envoyés dans le monde entier pour annoncer la bonne nouvelle de l’Évangile. Le message a été transmis de génération en génération. Il nous appartient de prendre le relais pour le communiquer autour de nous dans nos familles, nos villages, nos quartiers. Rien ne doit arrêter l’annonce de la Parole de Dieu. Elle est pour le monde entier.
La première lecture nous montre que ce témoignage a besoin d’une communauté organisée. Judas n’est plus là. Il faut le remplacer par un témoin de la résurrection de Jésus. Le choix de ce nouvel apôtre ne se fait pas par élection mais par appel à l’Esprit Saint. L’Église de Jésus Christ ne saurait être considérée comme un groupe humain. Sa mission est de retransmettre au nom de Dieu l’Évangile du Christ. C’est donc à l’Esprit Saint qu’il appartient de désigner Matthias. Il est toujours présent dans la vie de son Église. Il ne cesse d’éclairer notre route pour faire de nous des hommes et des femmes de foi.
La seconde lecture est extraite de la première lettre de Saint Jean. Au moment où elle est écrite, des sectes viennent semer la zizanie en proposant des interprétations fausses de Jésus. Jean intervient pour rappeler une vérité fondamentale : Pour que notre témoignage soit crédible, il nous faut être en communion avec Dieu. On ne peut pas aimer Dieu sans aimer tous nos frères. Le message de l’Évangile ne peut être transmis que par des chrétiens unis par les liens de l’amour. Il nous faut donc rejeter les rivalités, les rancunes qui sont un contre-témoignage pour l’Église. Des chrétiens divisés qui n’arrêtent pas de se critiquer les uns les autres ne peuvent être crédibles. C’est à nos gestes d’amour, de partage et de solidarité que nous serons reconnus comme disciples.
Dans l’Évangile, nous avons entendu la grande prière de Jésus au moment de passer de ce monde à son Père. Sa grande préoccupation n’est pas de savoir comment l’Église sera organisée ni comment les sacrements seront célébrés. Il sait que ce qu’ils vont mettre en place ne sera pas parfait, mais ce n’est pas cela qui le préoccupe le plus. Son grand souci, c’est qu’ils restent unis : « Qu’ils soient un comme nous-mêmes. » Comprenons bien, la grande mission des disciples du Christ, notre mission de chrétiens, c’est d’être les témoins authentiques de Dieu parmi les hommes.
Nous sommes envoyés par Jésus pour communiquer au monde l’amour qui est en Dieu. Sa grande priorité, c’est les petits, les pauvres, les exclus, tous ceux et celles qui sont rejetés à cause de leur passé. A travers nous, c’est Dieu qui est là pour leur annoncer la bonne nouvelle et leur redonner joie et espérance. Comme Jésus, nous aurons à pardonner et à témoigner de l’amour de Dieu pour le monde. Cette mission ne pourra être accomplie que par des chrétiens unis.
Pour parvenir à cette unité, il n’est pas question de chercher des compromis entre les idées des uns et des autres. Ce qui nous est demandé c’est de nous rassembler autour du Christ et de nous unir à sa prière. N’attendons pas d’être parfaits pour nous tourner vers lui. Lui-même nous invite à nous associer à sa prière pour l’unité de ses disciples. Nous connaissons bien nos fragilités, notre péché. Nous vivons dans un monde qui nous regarde vivre et qui ne pardonne pas les scandales dans l’Église. Alors, plus que jamais, nous nous unissons à la prière pour l’unité et la fidélité des siens. Nous accueillons l’amour qui est en Dieu pour qu’il transforme toute notre vie. Lui-même a prié pour que nous devenions l’amour.
Cet appel nous rejoint aujourd’hui dans un monde qui souffre de la violence. Des hommes, des femmes et des enfants y sont persécutés et massacrés à cause de leur foi au Christ. Quand ils vont à la messe, le dimanche, ils ne savent pas s’ils reviendront vivants. Mais rien ne peut les séparer de cet amour qui est en Dieu.
En ce dimanche, nous te prions Seigneur pour la réconciliation des peuples, la progression de la justice. Donne-nous force et courage pour travailler à la construction d’un monde plus juste, plus fraternel, un monde rempli de l’amour qui est en toi.
Sources : Revues Signes, Feu Nouveau, Homélies du dimanche (Mgr Léon Soulier), Guide Emmaüs des dimanches et fêtes.

Jean Compazieu, prêtre de l’Aveyron ( 17/05/2015)

Ascension of Our Lord

14 mai, 2015

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SOLENNITÉ DE L’ASCENSION – HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

14 mai, 2015

http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/homilies/1979/documents/hf_jp-ii_hom_19790524_seminari-ingl-roma.html

(Je l’espère bien faire les choses de la date de la fête, en Italie est dimanche prochain)

SOLENNITÉ DE L’ASCENSION – AUJOURD’HUI EN FRANCE ET AUX ETATS-UNIS

HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II AUX ÉTUDIANTS DES SÉMINAIRES ANGLAIS DE ROME

24 mai 1979

Chers fils et frères et amis en Jésus-Christ,

A l’occasion de cette fête de l’Ascension le Pape est heureux d’offrir le saint Sacrifice Eucharistique avec vous et pour vous. Je suis heureux de me trouver avec les étudiants et le staff du vénérable Collège Anglais l’année durant laquelle se célèbre son quatrième centenaire. Et je me sens aujourd’hui, de manière toute particulière, spirituellement proche de vous, de vos parents et familles et de tous les fidèles d’Angleterre et du Pays de Galles — de tous ceux qui sont unis dans la foi de Pierre et de Paul, dans la foi de Jésus-Christ. Les traditions de générosité et de fidélité dont la vie dans votre Collège a donné l’exemple pendant quatre cents ans sont présentes à mon cœur ce matin. Vous êtes venus offrir vos remerciements et vos prières à Dieu pour ce qu’il a, de sa grâce, accompli dans le passé et pour trouver la force d’aller de l’avant — sous la protection de la Vierge bénie — avec la ferveur de vos prédécesseurs dont un grand nombre ont donné leur vie pour la foi catholique.
J’adresse aussi cordialement un salut de bienvenue aux nouveaux prêtres du Collège Pontifical Beda. Pour vous également ceci est un moment particulier pour vous engager à poursuivre les idéaux de votre Patron, saint Bède le Vénérable que vous commémorerez demain. Je salue avec la même cordialité vos supérieurs et vos compagnons d’étude.
Avec joie et animés de nouvelles résolutions pour l’avenir, réfléchissons un moment sur le grand mystère que célèbre la liturgie d’aujourd’hui. Toute la pleine signification de 1′ Ascension du Christ est exprimée dans les lectures de la Sainte Ecriture. La richesse de ce mystère est contenue dans ces deux affirmations : « Jésus donna ses instructions… » puis « Jésus prit place… ».
Selon la Divine Providence — dans l’éternel dessein du Père — l’heure était venue pour le Christ de quitter la terre. Il allait prendre congé de ses apôtres et, avec eux, de Marie sa Mère, mais non sans leur avoir d’abord donné ses instructions. Les apôtres avaient maintenant une mission à accomplir conformément aux instructions laissées par Jésus, et ces instructions étaient à leur tour l’expression fidèle de la volonté du Père.
Ces instructions indiquaient avant tout que les apôtres devaient attendre l’Esprit Saint qui était le don du Père. Il devait être absolument clair dès le début que la source de la force des apôtres était le Saint-Esprit. C’est l’Esprit qui guide l’Eglise sur les voies de la vérité, l’Evangile doit être propagé par la puissance de Dieu et non par la sagesse ou la puissance de l’homme.
En outre, selon ces instructions, les apôtres étaient chargés de proclamer la Bonne Nouvelle dans le monde entier. Et ils devaient baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Comme Jésus, ils devaient parler clairement du Royaume de Dieu et du salut. Les apôtres devaient rendre témoignage du Christ « jusqu’aux confins de la terre ». L’ Eglise primitive comprit parfaitement ces instructions et c’est ainsi qu’elle inaugura l’ère missionnaire. Et chaque communauté savait que cette ère ne prendrait fin que le jour où le même Jésus qui était monté au ciel, serait revenu.
Les paroles de Jésus constituèrent pour l’Eglise un trésor qu’il fallait garder en dépôt et proclamer, méditer et vivre. Et, en même temps, l’Esprit Saint enracina dans l’Eglise un charisme apostolique qui avait pour objet de garder intacte cette révélation. Par ces paroles Jésus allait vivre toujours dans son Eglise : « Je suis avec vous pour toujours ». Et la communauté ecclésiale tout entière prit ainsi conscience de la nécessité de la fidélité aux instructions de Jésus, au dépôt de la foi. Cette sollicitude devait se transmettre de générations en générations — jusqu’à nos propres jours. C’est à cause de ce principe que j’ai dit récemment à vos propres Recteurs que « la première priorité pour les séminaires aujourd’hui est l’enseignement de la Parole de Dieu dans toute sa pureté et toute son intégrité. La parole de Dieu — et seulement la parole de Dieu — est à la base de tout ministère, de toute activité pastorale de toute action sacerdotale. L’autorité de la parole de Dieu a constitué la base dynamique du Concile Vatican II et Jean XXIII l’a mis en évidence dans son discours d’ouverture : ‘Le souci principal du Concile œcuménique — a-t-il dit — sera celui-ci — que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit toujours plus effectivement gardé et enseigné’ (Discours du 11 octobre 1962). Et si les séminaristes de cette génération doivent être préparés de manière adéquate à prendre en charge l’héritage et le défi de ce Concile, il faut avant tout les former à la Parole de Dieu, au ‘dépôt sacré de la doctrine chrétienne’  » (Discours du 3 mars 1979). Oui, chers fils, notre plus grand défi est d’être fidèles aux instructions du Seigneur Jésus.
Et la seconde réflexion sur la signification de l’Ascension est basée sur cette phrase : « Jésus prit sa place… ». Après avoir subi l’humiliation de sa passion, Jésus prit sa place à la droite de Dieu. Il prit sa place avec le Père éternel. Mais ainsi il pénétra dans les cieux comme notre Tête ». Et là-haut, selon l’expression de Léon le Gand « la gloire de la Tête » devint « l’espoir du corps » (cf. Sermos de Ascensione Domini). Jésus a pris pour toute l’éternité sa place comme « le premier-né parmi de nombreux frères » (Rm 8, 29). En raison de notre nature nous sommes près de Dieu dans le Christ. Et, comme homme, le Seigneur Jésus est vivant pour toute l’éternité pour intercéder près de son Père en notre faveur (cf. He 7, 25). Et en même temps, du haut de son trône de gloire, Jésus envoie à toute son Eglise un message d’espérance et une invitation à la sainteté.
Par les mérites de Jésus et grâce à son intercession près de son Père, nous sommes capables d’obtenir en lui la justice et la sainteté de vie. L’Eglise peut rencontrer des difficultés, l’Évangile peut subir des échecs, mais comme Jésus est assis à la droite du Père, l’Eglise ne sera jamais vaincue. La puissance du Christ glorifié, du Fils bien-aimé du Père éternel n’a pas de limites et surabonde pour défendre chacun de nous et nous tous dans la fidélité de notre dévouement au Royaume de Dieu et dans la générosité de notre célibat. L’efficacité de l’Ascension du Christ touche chacun de nous dans les réalités concrètes de nos vies quotidiennes. A cause de ce mystère, l’Eglise tout entière a pour vocation d’attendre « dans une joyeuse espérance la venue de notre Sauveur, Jésus-Christ ».
Chers Fils, soyez imprégnés de l’espérance qui est si fortement une part du mystère de l’Ascension de Jésus. Soyez profondément convaincus de la victoire et du triomphe du Christ sur le péché et la mort. Ayez conscience que la puissance du Christ est plus grande que notre faiblesse, plus grande que la faiblesse du monde entier. Tâchez de comprendre et de partager la joie que Marie a éprouvée en sachant que son Fils avait pris sa place près de son Père qu’il aimait infiniment. Et aujourd’hui renouvelez votre foi dans la promesse de Notre Seigneur Jésus-Christ qui est parti pour nous préparer une place, de sorte qu’il pourra revenir et nous prendre avec lui.
Voilà le mystère de l’Ascension de notre Chef. Rappelons-nous toujours : « Jésus a donné ses instructions » et ensuite « Jésus a pris sa place ».

Amen.

 

PRÉSENTATION DE L’ICÔNE DE MARIE  » BUISSON ARDENT « 

14 mai, 2015

http://iconesalain.free.fr/Presentations/39.Marie.Buisson.Ardent.Presentation.htmPRÉSENTATION DES ICÔNES

PRÉSENTATION DE L’ICÔNE DE MARIE  » BUISSON ARDENT « 

PRÉSENTATION DE L'ICÔNE DE MARIE

D’après la Bible (Exode III,2), l’Ange de l’Eternel apparût à Moïse dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson. Moïse vit que le buisson était tout en feu et que le buisson ne se consumait pas. Et Dieu révéla à Moïse son Nom : « Je suis celui qui suis ».
La tradition des Pères de l’Eglise et la liturgie orthodoxe (1) voient dans le « Buisson ardent » une image de Marie, car elle est « la créature qui brûle sans se consumer dans la flamme divine de la Sainte Trinité ». De même que le buisson en flamme ne se consumait pas, de même la Vierge a enfanté et elle est restée vierge. La vision du « Buisson ardent » est une préfiguration de l’incarnation du Verbe, le Fils de Dieu.
Le Buisson Ardent est aussi une manifestation du Dieu Triade (Dieu d’Abraham, le père des croyant, d’Isaac son fils bien-aimé et de Jacob qui lutta avec l’Ange) et la révélation de son Saint Nom « YHVH » dans le tétragramme sacré qui exprime la Ste Trinité: Yod le Père et Vav le Fils liés par les deux spirations du Hé, l’Esprit Saint. L’Esprit est circulation d’amour entre le Père et le Fils. Il est représenté par le cercle enflammé entourant la Vierge du Signe (c.à d. de l’Incarnation). La proclamation du Nom de Dieu au milieu du Buisson Ardent indique clairement que la deuxième personne de la Sainte Trinité, le Verbe, se fait chair par l’action du St. Esprit en Marie Mère de Dieu.
L’étoile à huit branches, formée de 2 carrés, représente la Gloire de Dieu, la présence du Père à travers la « Sophia », Sa Sagesse qui a deux aspects:
– un aspect christologique, masculin par le Fils incarné en Jésus nouvel Adam (le carré bleu-vert à cotés droits),
– un aspect mariologique, féminin, lié à l’Esprit Saint descendu sur Marie pour la faire Mère de Dieu (le carré rouge-pourpre à cotés courbes).
Le Père se manifeste ainsi par la présence de son Fils dans le sein de Marie et par la présence de l’Esprit Saint. Marie est la manifestation vivante et créée de l’action de l’Esprit Saint. Elle est « Pneumatophore », porteuse, temple de l’Esprit Saint. La Vierge du Signe est la plénitude de la figure de la Sagesse divine dans le monde et dans l’humanité. Marie est la créature glorifée, la Gloire de la Création.
 » La Sagesse s’est bâtie une demeure (Marie) et elle a établi sept colonnes »
(les 7 dons de l’Esprit Saint)..
Marie Buisson Ardent,
Temple du Saint Esprit,
Mère de Dieu,
Gloire de la Création,
priez pour nous, pauvres pécheurs.
Alain,
(1) Ce texte se réfère au livre du Père BOULGAKOV « Le Buisson Ardent ». – Edition  » l’Age de l’Homme »
(2) Cette icône a été bénie le 15 août 1999 , fête de l’assomption de MARIE, à l’abbaye de Sylvanès lors de la messe solennelle célébrée par le Père André GOUZE.
Structure symbolique de l’icône de Marie  » Buisson ardent « 
Cette icône est centrée sur le Christ , le Verbe de Dieu. Son centre géométrique coïncide avec le « chacra » de la gorge de Jésus, centre du carré de 28 cm (=4×7) dans lequel se trouve l’icône. Le cercle tangeant intérieurement à ce carré, de rayon multiple de 7 limite une bande circulaire de 3 cm de largeur figurant le « Buisson ardent » (flammes rouges) et la présence de l’Esprit Saint (lumière orange).
Marie représentée en « Vierge du Signe (de l’incarnation) », s’inscrit dans un cercle (orange) de 8 cm de rayon (=2×4) car elle est « couverte » par l’Esprit Saint et en elle s’incarne Jésus dans un cercle de rayon 4cm. Jésus, en vêtement de lumière , bénit des deux mains la création.
Marie est portée par la Sagesse (Sophia) de Dieu figurée par une étoile à 8 branches composée d’un quadrilatère à coté droit et d’un quadrilatère à cotés courbes comme sur l’icône de la transfiguration. 7 sommets de cette étoile sont sur un cercle de rayon 12cm (=2×6, chiffre de Marie), le 8éme sommet, décentré vers le bas (incarnation), étant sur le coté inférieur du carré symbolisant la création : la Sagesse de Dieu fait de Marie l’instrument de l’incarnation.
Le Nom de Dieu, tétragramme sacré YHVH, révélé à Moïse dans le buisson ardent, figure discrètement aux 4 sommets du quadrilatère droit : le Yod (le Père) en haut dans l’étoile sur le voile de Marie, le Vav (le Fils) en bas, les 2 Hé ( les 2 spirations du Saint Esprit) sur les sommets horizontaux. Le quadrilatère droit représente l’aspect christologique de la Sophia. Les sommets qui sont sur l’axe vertical ont pour angles 100° en haut et 80° en bas (chiffres de la perfection divine et de l’achèvement de la création). Le quadrilatère courbe,dont les cotés verticaux ont pour rayon 16 cm (=2×8 et 1+6), et les cotés horizontaux pour rayon 12 cm (=3×4 et 2×6) représente l’aspect mariologique de la Sophia. Ses diagonales perpendiculaires aux cotés du quadrilatère droit forment les mêmes angles que ces cotés. Les couleurs de ces quadrilatères confirment leur symbolique : rouge pourpre foncé pour le quadrilatère courbe comme la couleur traditionnelle du manteau de Marie, bleu-vert comme celui du Christ.
Quatre séraphins sur fond bleu de nuit portent la roue de feu qui entoure Marie sans la consumer. Des étoiles s’inscrivent dans le reste du fond bleu, attestant la présence de toute la création dont Marie est la Gloire.
Ainsi, figures géométriques, nombres et couleurs confortent par leur symbolique le sens profond de cette icône de Marie au cœur du mystère de la Saint Trinité et de l’Incarnation.

Alain : 15 août 1999,

Vitraux Angels

13 mai, 2015

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APPRENDRE À PRIER OU APPRENDRE À VIVRE? – ARMAND VEILLEUX

13 mai, 2015

http://www.scourmont.be/Armand/writings/apprendre-a-prier.htm

APPRENDRE À PRIER OU APPRENDRE À VIVRE?

ARMAND VEILLEUX

En tant que chrétiens, nous appartenons à une longue tradition spirituelle qui, se rattachant à Jésus de Nazareth, pousse ses racines dans l’expérience religieuse quatre fois millénaire du peuple d’Israël. Or cette expérience religieuse, pour particulière qu’elle fût, ne s’est pas élaborée indépendamment de celle des autres peuples du Moyen Orient, ni uniquement en réaction contre les traditions et les coutumes de ces derniers. Elle a germé dans le substrat religieux commun de l’humanité. Finalement, la grande, tradition religieuse judéo-chrétienne n’a jamais été une réalité immuable; au contraire, elle n’a cessé d’évoluer, depuis ses origines jusqu’à nos jours.
C’est pourquoi, lorsque nous voulons approfondir la prière des grands témoins bibliques, il est bon de la resituer dans le contexte plus large de l’expérience religieuse de l’humanité tout entière. Et lorsque, de nos jours, beaucoup de chrétiens ressentent un goût pour la prière et désirent apprendre ou réapprendre à prier, ce phénomène mérite d’être analysé en relation avec l’évolution du sentiment religieux et de la relation de celui-ci avec l’expérience de foi chez l’homme contemporain.

Apprendre à prier
Il n’est pas rare de nos jours d’entendre des personnes, s’adressant à un guide spirituel, se présentant à l’hôtellerie d’un monastère ou encore dans un «Centre de prière», reprendre à leur compte la demande des disciples à Jésus : «Apprends-nous à prier » .
L’insatisfaction profonde engendrée par une civilisation matérialiste et unidimensionnelle — que ce soit celle de nos sociétés capitalistes occidentales ou celle des régimes socialistes plus ouvertement athées — explique sans doute en grande partie cette soif de valeurs spirituelles. Mais cette explication est-elle suffisante? Et s’agit-il toujours d’une authentique soif de valeurs spirituelles?
Beaucoup de chrétiens ayant abandonné il y a déjà assez longtemps les formes traditionnelles de prière parce qu’elles ne leur semblaient plus répondre à leurs besoins spirituels, et ayant pratiquement cessé de prier, éprouvent un malaise assez proche d’un sentiment de culpabilité qu’ils désirent calmer en retrouvant la prière sous de nouvelles formes, à travers de nouvelles méthodes ou techniques. D’autres ressentent, au-delà de ce vide, un besoin et même un désir beaucoup plus profonds, et veulent être guidés sur les voies de l’expérience spirituelle.
On ne peut nier que ce renouveau, à quelque niveau qu’il se situe, doit être mis en relation avec un vaste réveil religieux, un vaste mouvement de résurgence du sentiment religieux qui n’est pas le propre du christianisme mais que l’on constate également dans les religions d’Asie, dans les religions traditionnelles de l’Afrique noire et dans l’Islam, par exemple. Un tel réveil religieux ne doit pas être assimilé trop rapidement à un renouveau spirituel et n’y conduit pas nécessairement. Ce peut même être le dernier sursaut d’une forme de religiosité en train de dis- paraître dans le contexte de l’apparition d’un nouvel équilibre et d’une nouvelle relation entre l’expérience de foi et son expression religieuse.

Foi et religion
S’il faut se garder de dissocier foi et religion, il est tout aussi important de ne pas les confondre. Par foi j’entends l’expérience spirituelle authentique par laquelle une personne prend contact avec son être profond, entre en relation avec Dieu qui l’habite, et devient consciente des liens qui l’unissent à Lui, au reste de l’humanité et à tout le cosmos. Quant à la religion, elle est constituée par l’ensemble des traditions, des croyances, des rituels et des règles morales qui constituent l’expression de la mémoire collective de cette expérience de foi, et par lesquels celle-ci peut être maintenue, soutenue et en quelque sorte revécue. Une collectivité peut aussi y trouver son identité et sa cohésion.
Chaque fois que l’homme, à travers l’histoire, a fait une expérience mystique ou spirituelle plus signifiante pour lui, il a senti le besoin d’en objectiver le souvenir dans une stèle, un autel ou un temple, et de revivre périodiquement cette expérience dans des rites, des sacrifices, des liturgies. Par cette activité religieuse, l’homme entre en contact avec le substrat religieux collectif qui s’exprime dans les mythes et les grands archétypes élaborés dans les diverses religions. Or, à notre époque où nous assistons à une expansion considérable du champ de la conscience dans tous les domaines, le pouvoir collectif des rites et des cultes a fortement diminué et l’on assiste à une perte de terrain du «rituel» et donc du «religieux» pris en ce sens restreint et spécifique, au bénéfice de l’expérience mystique proprement dite. L’individu perçoit beaucoup plus sa responsabilité personnelle d’exprimer son expérience de foi à travers sa vie plus qu’à travers une activité rituelle. La diminution radicale — au cours des dernières décennies — de la «pratique religieuse» au sens traditionnel est peut-être à mettre en relation avec ce développement d’une portée inouïe plus qu’avec une quelconque déchristianisation ou la progression du matérialisme athée.
Si la force d’évocation des symboles rituels collectifs du passé s’est émoussée, l’homme contemporain est devenu plus sensible à la valeur symbolique — d’une intensité parfois extrême — des réalités qu’il vit ou qui l’entourent. Le phénomène de la torture, présent dans toutes les parties du monde, est devenu pour l’homme contemporain un symbole bouleversant et éloquent de la présence active des forces du mal dans l’humanité, beaucoup plus que n’importe quel symbole «liturgique» devenu désuet et souvent incompréhensible sans explications.
Ne serions-nous pas présentement à un tournant important de l’histoire humaine où la relation entre l’expérience de foi et son expression religieuse, aussi bien que leur point de jonction, sont en train d’être redéfinis, non seulement au sein du christianisme, mais dans toutes les traditions religieuses de l’humanité? Et ne serait-ce pas là la réalisation authentique quoique malheureusement très tardive d’un aspect important du message de Jésus de Nazareth? Et si c’était bien le cas, il serait évidemment important de bien distinguer parmi les nombreux éléments du phénomène contemporain de renouveau des formes de prière, ce qui va dans la ligne de cette évolution capitale, et ce qui est réaction instinctive de conservation et de sécurisation face aux perspectives proprement angoissantes ouvertes par une telle évolution.
Dans notre effort pour acquérir une meilleure compréhension du phénomène contemporain à la lumière de la tradition, arrêtons-nous donc quelque peu à la prière de Jésus de Nazareth et des autres témoins de la tradition spirituelle au sein de laquelle il est né et a vécu.

La prière des témoins bibliques
Avec le temps, toute religion court le danger de l’extériorisation, du formalisme et du ritualisme. On continue à répéter les traditions, à réciter les formules, à pratiquer les rites; mais l’expérience de foi qui avait été à l’origine de tout ce mouvement religieux et lui donnait son sens Zone de Texte: 136 est graduellement oubliée ou s’affaiblit. Le peuple d’Israël ne sut pas échapper à ce danger, même s’il se distinguait de tous les autres peuples qui l’entouraient par son expérience d’un Dieu personnel partageant sa vie, ses guerres, ses efforts de libération, etc. C’est pourquoi les grands prophètes d’Israël mirent constamment le Peuple en garde contre cette illusion d’un culte qui serait coupé de la vie concrète, de la justice, de l’amour et de la fidélité à l’homme aussi bien qu’à Dieu.
Les psaumes nous révèlent de même une spiritualité soudée à la vie de tous les jours. Si ces belles formules de prière continuent à être utilisées encore de nos jours, après près de trois millénaires, cela ne peut s’expliquer simplement par le fait de prescriptions canoniques. Il y a en eux quelque chose qui rejoint en profondeur l’être humain de tous les temps et des diverses cultures. Ils expriment toute la gamme des sentiments religieux que l’homme peut vivre. Par-dessus tout, les psaumes sont la prière d’êtres humains vivant non seulement en communion avec Dieu, mais aussi en contact avec eux-mêmes : avec leurs désirs, leurs peurs, leur confiance, leurs sentiments de haine et d’amour, de vengeance et de pardon. Si nous sommes parfois mal à l’aise de nos jours avec certains psaumes dits imprécatoires, au point de les supprimer de notre prière chrétienne ou de les tronquer, c’est peut-être que nous avons peur d’être confrontés avec les mêmes sentiments que nous portons au fond de nos propres coeurs. Or si nous n’exorcisons pas ces peurs et ces passions en les faisant jaillir à la surface de notre conscience dans la prière, elles continueront d’empoisonner notre vie et celle des autres.
Israël ne pouvait cependant pas ne pas appartenir à son époque, même en ce qui concernait la vie religieuse. Sa religion était celle d’une époque où le rôle joué par l’inconscient collectif, les mythes, les grands symboles archétypaux était prépondérant. Israël a continué, malgré la tendance spiritualisante des psalmistes et des prophètes, à sacrifier par milliers taureaux, béliers, agneaux, etc., et se laissa même souvent tenter par le désir d’offrir des sacrifices humains. Derrière ces pratiques se trouve la conception d’un Dieu qui, pour se laisser apaiser et «gagner», exigeait des sacrifices et du sang. On y trouve aussi la conviction que certains actes faits ou subis ont en eux-mêmes, indépendamment de la liberté humaine, une valeur affectant l’existence et l’être de la personne.
Jésus de Nazareth, par sa vie comme par sa prédication, enseigne — à la suite des prophètes, mais allant bien au-delà d’eux — que l’expérience spirituelle de foi doit s’exprimer avant tout dans une vie faite de respect de l’autre, de service mutuel, de justice, d’amour. Il ne suffit pas de dire «Seigneur, Seigneur » pour entrer dans le royaume des cieux, mais il faut vivre dans la pauvreté et la pureté du coeur. L’heure est enfin venue où il ne s’agit plus d’offrir à Dieu un culte ni au Temple de Jérusalem ni sur le mont Garizim, mais en esprit et en vérité. Le «Notre Père», qui constitue la réponse de Jésus aux disciples qui lui demandent de leur apprendre à prier, n’est pas une formule de prière à répéter mais une règle de vie. Par chacune des « pétitions», le priant est renvoyé à sa responsabilité de voir à ce que, dans et par sa vie, le nom de Dieu soit sanctifié, que son règne arrive et que sa volonté soit faite. Il est aussi renvoyé à ses besoins matériels, ses conflits, ses péchés et son besoin de pardon.
Issu de la tradition religieuse d’Israël, Jésus est en pleine rupture avec elle (et aussi avec toutes les traditions religieuses antérieures) sur l’aspect proprement «religieux», c’est-à-dire l’aspect rituel et surtout sacrificiel. Son Père n’est pas un Dieu qui exige des sacrifices ni d’êtres humains, ni d’animaux, pas plus d’ailleurs que le Yahvé de l’Ancien Testament, comme le montre l’étude attentive de la réalité spirituelle en Israël. Il ne désire pas la mort, mais la vie. Jésus est venu pour que tous aient la vie en plénitude; et, paradoxalement, il est mort de mort violente pour avoir refusé et rejeté toute conception violente de Dieu et de la «religion».
Depuis des millénaires l’homme avait réussi à vivre, malgré la violence qui l’habitait, parce qu’il avait transposé cette violence dans des rites. Jésus a défait l’enveloppe de ce processus mythique. Il n’a pas été la «victime innocente» acceptant de jouer le rôle mythologique traditionnel du bouc émissaire. Il a été l’homme faisant consciemment face à son sort, acceptant lucidement quoique douloureusement la conséquence de ses actes et de ses paroles. Par sa mort violente, aucunement rituelle, il renvoie l’homme à sa propre violence, celle qu’il porte en lui depuis toujours. Ceux qui ont liquidé Jésus ont été mus par la peur de l’homme de tous les temps confronté sans voile et sans défense à tout ce qu’il porte de violence, de haine et d’instinct de destruction en son propre coeur — et incapable de supporter cette confrontation exigeante.
Jésus a mis fin à toute religion sacrificielle. Et c’est sans doute l’un des plus grands paradoxes de l’histoire du christianisme que l’on ait très tôt interprété sa mort en termes sacrificiels, transformant en interprétation théologique ce qui, dans le Nouveau Testament, n’était encore qu’un parallèle avec le monde sacrificiel de l’Ancienne Alliance !
Peut-être sommes-nous enfin arrivés aujourd’hui au point où cet aspect essentiel du message de Jésus peut se réaliser et est de fait en train de se réaliser, non seulement dans le christianisme historique, mais aussi dans les autres grandes religions de l’humanité. Grâce à un développement de la conscience humaine, qui fait sans doute partie de la marche de l’humanité vers son plérôme, beaucoup de choses qui étaient refoulées depuis des millénaires dans le subconscient collectif sont remontées au niveau du conscient, et les grands archétypes traditionnels ont perdu leur efficacité. La foi ne peut en aucun moment éviter le test de la vie concrète; moins que jamais elle ne peut aujourd’hui se réfugier dans le rite.

La prière en Esprit et en Vérité
Jésus est tout entier prière, dans son être même comme dans sa vie, parce qu’il est tout entier relation au Père, désir orienté vers le Père. Tout son être s’exprime en plénitude dans l’exclamation «Père ! » Mais en même temps, son être ne peut être dissocié de sa mission. C’est pourquoi les quelques prières que les Évangélistes mettent sur ses lèvres sont intimement liées à son œuvre de salut : « Je te rends grâce, Père, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux grands et que tu les as révélées aux tout-petits…» «Je ne te prie pas seulement pour ceux-ci, mais pour tous ceux qui, grâce à leur parole, croient en moi…»
Le Jésus au nom de qui nous prions •— en la personne de qui nous prions — n’est pas simplement un personnage historique ayant vécu il y a deux mille ans. Il est ressuscité et il transcende toutes les limites de temps et d’espace. Il nous est présent au point d’entrer dans la structure même de notre être personnel, puisqu’il est le plérôme dont nous participons tous. Par le fait qu’il a reçu le Nom, et que la plénitude de la divinité habite en lui, il est la plénitude de la conscience, la plénitude du « moi ». Dans la mesure où nous vivons consciemment, où nous sommes en contact avec notre «moi», où nous sommes «nous-mêmes» (de notre moi profond et véritable), dans la même mesure nous participons à son être, nous devenons des être de désir et de relation : nous devenons prière.
La prière de Jésus à Gethsémani, à l’instar de celle du psalmiste, mais avec immensément plus d’intensité, est celle d’un homme en contact avec lui-même, avec sa peur et son angoisse devant l’échec apparent de sa mission auprès des hommes, tout aussi bien qu’avec le sens de sa mission elle-même. Parce qu’il est ainsi «en contact», il peut vivre ces réalités déchirantes sans être brisé. Sa prière est celle d’un homme libre. Il nous enseigne à ne plus objectiver nos misères dans de quelconques boucs émissaires, mais à faire face à nos propres misères, nos propres échecs, nos propres carences d’être.
Lorsque l’homme prend existentiellement contact avec ses blessures et ses faiblesses, la conscience de ses besoins naît en lui et s’exprime spontanément en prière de demande et de supplication. Mais, sous-jacent à tous ces besoins, il y a en lui un désir plus profond qui est une aspiration radicale et transcendantale à l’Être, à la Vie, à la Plénitude. Créé à l’image de Dieu, ayant reçu en Iui-même à sa création une semence de vie divine, l’homme est né avec une capacité infinie de croissance, dont toutes les potentialités ne sont pleinement révélées qu’en Jésus, en qui cette semence de vie divine a atteint son plein épanouissement. En lui l’image de Dieu est parfaite; il est tellement homme — tellement homme tel que Dieu a appelé l’homme à être — qu’il en est Dieu. Si Jésus est tout entier «prière» parce qu’il est tout entier désir tourné vers le Père, notre vie à nous aussi devient prière, dans la mesure où nous vivons consciemment ce désir, cette aspiration à la Vie qui constitue notre être.
Ce désir n’est pas quelque chose que nous avons à susciter en nous; il nous est donné. Il est le gémissement de l’Esprit dont parle Paul au chapitre 8 de l’Épître aux Romains . «Nous ne savons pas prier, mais l’Esprit de Dieu prie en nous par des gémissements ineffables.» Et, quelques versets plus haut, Paul avait expliqué comment l’Esprit de Jésus s’unit à notre Esprit pour émettre avec lui un seul et même cri : « Abba, Père», qui est de nous et de lui à Ia fois, et par lequel nous sommes constitués et proclamés fils de Dieu. De plus, Paul met ce «cri» en relation avec le gémissement qui «travaille» toute la création, qui gémit elle aussi dans les douleurs de l’enfantement, attendant la pleine révélation de l’adoption des fils de Dieu. Nous faisons donc tous partie d’une grande prière cosmique qui s’exprime totalement et substantielle- ment en Jésus. Cette prière devient nôtre — et nous devenons prière — dans la mesure où et quand nous l’assumons consciemment en l’exprimant.
Comment l’exprimer? — On constate ici des différences non négligeables entre les diverses traditions religieuses. Devant le mystère de la divinité, l’homme religieux de la tradition judéo-chrétienne est facile- ment loquace. Il essaye de dire son Dieu, oubliant même un peu trop facilement que toutes les images qu’il utilise pour ce faire ne sont, précisément, que des images et que celles-ci deviennent des idoles dès qu’on oublie leur caractère relatif. H essaye aussi de se dire à son Dieu, de lui exprimer ses besoins, ses attentes, ses remerciements, son adoration, son amour, etc., utilisant le langage des gestes aussi bien que celui des mots. L’homme religieux des grandes traditions d’Extrême-Orient, surtout celles de l’Inde, préfère spontanément l’adoration silencieuse devant le mystère du divin. Il préfère se perdre en Dieu plutôt que de le dire ou de lui parler.
L’affaiblissement des grands archétypes traditionnels, de concert avec la crise du langage qui affecte depuis longtemps les cultures occidentales, sont pour une large part à la source de la crise de la prière que traverse l’Occident qui avait connu jusqu’ici une prière à prédominance rituelle et verbale. Cette crise très réelle ne saurait être minimisée, malgré la présence d’une authentique soif spirituelle et le développement parfois spectaculaire de certaines formes de prière.
Heureusement, notre époque se caractérise aussi par la rencontre des grandes religions du monde qui avaient vécu jusqu’ici isolées les unes des autres. Le fait que le Verbe de Dieu s’est incarné à l’intérieur d’une tradition religieuse déterminée — tout comme il s’est incarné à un point précis du temps et de l’espace — n’enlève rien à la valeur des autres traditions religieuses. De nos jours le christianisme, s’il veut être fidèle à la visée universaliste du Christ lui-même, doit savoir intégrer les formes religieuses des autres traditions spirituelles, dans l’expression de sa foi au Christ. Dans ce domaine, l’Occident chrétien a beaucoup à apprendre des traditions mystiques de l’Orient, pour arriver à épanouir ses propres racines mystiques. Et de fait, de plus en plus de chrétiens sont attirés vers la prière d’adoration silencieuse.
Dans le réveil religieux actuel, dont on ne peut que se réjouir, il est important de distinguer ce qui est orienté vers l’avenir et la vie, de ce qui est vestige du passé. Les formes de spiritualité qui développent une expérience mystique et contemplative enfouie dans le quotidien, indissociable de la recherche humaine de croissance psychologique et de maturité affective, ainsi que de la lutte pour la justice, me semblent constituer le cœur de l’Église de demain. Quant à la recrudescence du fondamentalisme religieux, au retour en force du ritualisme et au développement d’une prière verbale faisant un large appel au substrat subconscient collectif, j’y vois l’un des derniers sursauts d’une forme de religiosité en train de subir une profonde transformation. Car nous sommes bel et bien à un point charnière de l’histoire de l’humanité, à la jonction de deux grands cycles de civilisation où la relation entre expérience de foi et expression religieuse est en pleine mutation.

La prière peut-elle s’enseigner ?
Beaucoup d’Occidentaux vont en Orient ou chez des maîtres orientaux pour apprendre la méditation et la prière; beaucoup d’autres, comme je l’ai signalé au début, se présentent ici en Occident, chez des guides spirituels ou dans des Centres de prière, demandant : « Apprends- moi à prier!» Mais peut-on enseigner la prière? Si la prière la plus vraie et la plus profonde est le Souffle de l’Esprit au fond de notre coeur, un humain peut-il l’enseigner à un autre humain? Une mère enseigne-t-elle à son enfant à respirer?
Évidemment on ne respire pas avec la même facilité dans n’importe quel contexte. Si l’on enferme quelqu’un dans une caisse hermétiquement fermée, il ne pourra pas respirer longtemps. Sans aller jusqu’à un tel extrême, il est évident que toute atmosphère polluée rend la respiration difficile. Aussi, ce n’est pas en donnant aux ouvriers de l’amiante, par exemple, des leçons de bonne respiration qu’on les protégera de l’amiantose.
On rencontre parfois des personnes qui vivent des situations tout à fait fausses ou fort ambiguës dans leur vie matrimoniale, communautaire, sociale, etc., et qui veulent qu’on leur enseigne à prier, mais ne sont pas disposées à remettre en question leur vécu et à y rétablir l’harmonie. La prière ne leur est guère possible, même avec l’utilisation des méthodes les plus sophistiquées.
Apprendre à prier? — Peut-être. Apprendre à vivre surtout! Encore plus que d’apprendre à prier il s’agit d’apprendre à vivre de telle sorte que toute notre vie soit prière, qu’elle soit une présence aussi constante que possible à cette soif de vie qui est la respiration de l’Esprit de Dieu en nous. Une vie de prière, c’est une vie intégrée, une vie dont tous les éléments forment un tout harmonieux, où l’on est en harmonie avec soi-même, avec les autres, avec le cosmos, avec Dieu. L’harmonie est prière.
Apprendre à vivre c’est apprendre à croître, et pour cela apprendre à guérir ses blessures et aussi apprendre à vieillir. Comment devenir ou rester une personne de prière sans être en pleine communion avec le mouvement de la vie qui nous porte progressivement et irrévocablement vers la conclusion de notre pèlerinage terrestre? Apprendre à vieillir prend une importance spéciale dans notre société moderne contraceptive où l’on se meurt de vieillissement, mais où l’on prétend demeurer jeunes indéfiniment, refusant aux vrais jeunes le support et l’apport d’une vraie vieillesse. Et quoi de plus beau qu’un vieillard dont la vie est devenue prière?
Et finalement, apprendre à vivre — et donc à prier — c’est aussi apprendre à mourir, car la mort ne s’improvise pas. Et là encore, la leçon suprême nous vient de la prière de Jésus à Gethsémani et sur la croix. La remise totale de son être dans le déchirement d’un cri : «Je remets mon esprit entre tes mains» exprime tout son être de prière, de total abandon, d’offrande absolue et inconditionnelle. Au delà de toute les offrandes rituelles et de toutes les formules d’offrande, notre mort sera notre ultime prière. Notre vie de chaque jour doit en être une anticipation consciente.

PAPE FRANÇOIS – (FAMILLE – MARIAGE 13. (II))

13 mai, 2015

http://w2.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2015/documents/papa-francesco_20150506_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – (FAMILLE – MARIAGE 13. (II))

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 6 mai 2015

Chers frères et sœurs, bonjour !

Sur notre chemin de catéchèse sur la famille, nous abordons aujourd’hui directement la beauté du mariage chrétien. Celui-ci n’est pas simplement une cérémonie qui a lieu à l’église, avec des fleurs, des vêtements de cérémonie, des photographies… Les mariage chrétien est un sacrement qui a lieu dans l’Église, et qui fait aussi l’Église, marquant le début d’une nouvelle communauté familiale.
C’est cela que l’apôtre Paul résume dans sa célèbre expression : « Ce mystère est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église » (Ep 5, 32). Inspiré par l’Esprit Saint, Paul affirme que l’amour entre les conjoints est l’image de l’amour entre le Christ et l’Église. Une dignité impensable ! Mais en réalité, elle est inscrite dans le dessein créateur de Dieu, et avec la grâce du Christ d’innombrables couples chrétiens, malgré leurs limites, leurs péchés, l’ont réalisée !
Saint Paul, en parlant de la nouvelle vie en Christ, dit que les chrétiens — tous — sont appelés à s’aimer comme le Christ les a aimés, c’est-à-dire « soumis les uns aux autres » (Ep 5, 21), ce qui signifie au service les uns des autres. Et il introduit ici l’analogie entre le couple mari-femme et celui Christ-Église. Il est clair qu’il s’agit d’une analogie imparfaite, mais nous devons en saisir le sens spirituel qui est très élevé et révolutionnaire, et dans le même temps simple, à la portée de chaque homme et femme qui se confient à la grâce de Dieu.
Le mari — dit Paul — doit aimer sa femme « comme son propre corps » (Ep 5, 28) ; l’aimer comme le Christ « a aimé l’Église et s’est livré pour elle » (v. 25). Mais vous les maris qui êtes ici présents, comprenez-vous cela ? Aimer votre femme comme le Christ aime l’Église ? Il ne s’agit pas de plaisanteries, mais de choses sérieuses ! L’effet de ce radicalisme du dévouement demandé à l’homme, pour l’amour et la dignité de la femme, à l’exemple du Christ, doit avoir été immense, dans la communauté chrétienne elle-même.
Cette semence de la nouveauté évangélique, qui rétablit la réciprocité originelle du dévouement et du respect, a mûri lentement au cours de l’histoire, mais à la fin a prévalu.
Le sacrement du mariage est un grand acte de foi et d’amour : il témoigne du courage de croire en la beauté de l’acte créateur de Dieu et de vivre cet amour qui le pousse à aller toujours au-delà, au-delà de soi-même et aussi au-delà de sa propre famille. La vocation chrétienne à aimer sans réserve et sans mesure est ce qui, avec la grâce du Christ, se trouve également à la base du libre consentement qui constitue le mariage.
L’Église elle-même participe pleinement à l’histoire de chaque mariage chrétien: elle s’édifie par ses réussites et souffre de ses échecs. Mais nous devons nous interroger avec sérieux: acceptons-nous jusqu’au bout, nous-mêmes, en tant que croyants et que pasteurs également ce lien indissoluble de l’histoire du Christ et de l’Église avec l’histoire du mariage et de la famille humaine ? Sommes-nous disposés à prendre sérieusement cette responsabilité, c’est-à-dire que chaque mariage prend la route de l’amour que le Christ a pour l’Église ? Cela est grand !
Dans cette profondeur du mystère propre à la créature, reconnu et rétabli dans sa pureté, s’ouvre un deuxième grand horizon qui caractérise le sacrement du mariage. La décision de « se marier dans le Seigneur » contient aussi une dimension missionnaire, qui signifie avoir dans son cœur la disponibilité à devenir l’intermédiaire de la bénédiction de Dieu et de la grâce du Seigneur pour tous. En effet, les époux chrétiens participent en tant qu’époux à la mission de l’Église. Il faut du courage pour cela ! C’est pourquoi quand je salue les nouveaux époux, je dis : « Voilà les courageux », car il faut du courage pour s’aimer ainsi comme le Christ aime l’Église.
La célébration du sacrement ne peut faire abstraction de cette coresponsabilité de la vie familiale à l’égard de la grande mission d’amour de l’Église. Et ainsi, la vie de l’Église s’enrichit chaque fois de la beauté de cette alliance sponsale, de même qu’elle s’appauvrit chaque fois qu’elle est défigurée. L’Église, pour offrir à tous les dons de la foi, de l’amour et de l’espérance, a également besoin de la fidélité courageuse des époux à la grâce de leur sacrement! Le peuple de Dieu a besoin de leur chemin de foi quotidien, dans l’amour et dans l’espérance, avec toutes les joies et les difficultés que ce chemin comporte dans un mariage et dans une famille.
La route est ainsi tracée pour toujours, c’est la route de l’amour. Le Christ ne cesse de prendre soin de l’Église : il l’aime toujours, il la protège toujours, comme lui-même. Le Christ ne cesse d’ôter de son visage humain les taches et les rides de toutes sortes. Ce rayonnement de la force et de la tendresse de Dieu qui se transmet d’un couple à un autre, d’une famille à une autre, est émouvant est très beau. Saint Paul a raison : c’est vraiment un « grand mystère » ! Des hommes et des femmes, assez courageux pour porter ce trésor dans les « vases d’argile » de notre humanité, sont — ces hommes et ces femmes si courageux — une ressource universelle pour l’Église, également pour le monde entier ! Que Dieu les bénisse mille fois pour cela !

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