Archive pour le 3 février, 2015
THÈME 6 – LA CRÉATION
3 février, 2015http://opusdei.fr/fr-fr/article/la-creation/
THÈME 6 – LA CRÉATION
La doctrine de la Création constitue la première réponse aux interrogations fondamentales sur notre origine et notre but final
Introduction
L’importance de la vérité de la création découle de sa qualité de « fondement de tous les projets divins de salut […] commencement de l’histoire du salut, qui culmine avec le Christ » ( Compendium , 51). Autant la Bible (Gn 1, 1) que le Credo commencent par la confession de foi en un Dieu Créateur.
À la différence des autres grands mystères de notre foi (Trinité, Incarnation), la création est « la première réponse aux interrogations fondamentales de l’homme sur son origine et sur sa fin » ( Compendium , 51), que l’esprit humain se pose, et en partie y répond, comme le montre la réflexion philosophique, ainsi que les récits des origines appartenant à la culture religieuse de tant de peuples (cf. Catéchisme , 285), même si la spécificité de la notion de création n’a été saisie de fait qu’avec la révélation judéo-chrétienne.
La création est donc un mystère de foi aussi bien qu’une vérité accessible à la raison naturelle (cf. Catéchisme , 286). Cette particulière situation entre raison et foi fait de la création un bon point de départ dans la tâche de l’évangélisation et du dialogue que les chrétiens, toujours mais spécialement dans l’actualité [1] , sont appelés à mener à bien, comme jadis saint Paul à l’Aréopage d’Athènes (Ac 17, 16-34).
On distingue habituellement entre l’acte créateur de Dieu (la création active sumpta ) et la réalité créée, effet de cette action divine (la création passive sumpta ) [2] . C’est suivant ce schéma que sont exposés ci-après les principaux aspects dogmatiques de la création.
1. L’acte créateur 1.1 « La création est l’œuvre commune de la Sainte Trinité » ( Catéchisme , 292) .
La Révélation présente l’action créatrice de Dieu comme le fruit de sa toute-puissance, de sa sagesse et de son amour. Ordinairement, on attribue la création plus particulièrement au Père (cf. Compendium , 52), la rédemption au Fils et la sanctification à l’Esprit Saint. En même temps, les œuvres ad extra de la Trinité (la première d’entre elles étant la création) son communes à toutes les Personnes, et c’est pourquoi l’on peut se poser la question du rôle spécifique de chaque Personne dans la création. En effet, « chaque personne divine opère l’œuvre commune selon sa propriété personnelle » ( Catéchisme , 258). C’est là le sens de l’appropriation, également traditionnelle, des attributs essentiels de toute-puissance, sagesse et amour respectivement à l’agir créateur du Père, du Fils et de l’Esprit Saint.
Dans le Symbole de Nicée-Constantinople, nous confessons notre foi « en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre » ; « en un seul Seigneur, Jésus-Christ […] par qui tout a été fait » ; et en l’Esprit Saint « qui est Seigneur et qui donne la vie » (DH 150, liturgie de la messe). La foi chrétienne parle donc non seulement d’une création ex nihilo , à partir du néant, mais aussi d’une création faite avec l’intelligence, la sagesse de Dieu (le Logos par lequel tout a été fait (Jn 1, 3)) et d’une création ex amore (GS 19), fruit de la liberté et de l’amour qui est Dieu, l’Esprit Saint qui procède du Père et du Fils. Par conséquent, les processions éternelles des Personnes sont à la base de leur action créatrice [3] .
De même qu’il n’y a pas de contradiction entre l’unicité de Dieu et son être en trois Personnes, il n’y a pas d’opposition entre l’unicité du principe créateur et les diverses manière d’agir de chacune des Personnes.
« Créateur du ciel et de la terre »
« » Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1, 1) : trois choses sont affirmées dans ces premières paroles de l’Écriture : le Dieu éternel a posé un commencement à tout ce qui existe en dehors de lui. Lui seul est créateur (le verbe » créer » – en hébreu bara – a toujours pour sujet Dieu). La totalité de ce qui existe (exprimé par la formule » le ciel et la terre « ) dépend de Celui qui lui donne d’être » ( Catéchisme , 290).
Seul Dieu peut créer au sens propre [4] , ce qui implique produire les choses à partir du néant ( ex nihilo ) et non pas à partir de quelque chose de préexistant. Il faut pour cela une puissance active infinie, qui n’appartient qu’à Dieu (cf. Catéchisme , 296-298). Il est logique, dès lors, d’attribuer la toute-puissance créatrice au Père, étant donné qu’au sein de la Trinité, il est, selon une expression classique, fons et origo , c’est-à-dire la Personne de laquelle procèdent les deux autres, principe sans principe.
La foi chrétienne affirme que la distinction fondamentale dans la réalité est celle qu’il y a entre Dieu et ses créatures. Cela signifie une nouveauté dans les premiers siècles durant lesquels la polarité entre matière et esprit donnait lieu à des façons de voir inconciliables entre elles (matérialisme et spiritualisme, dualisme et monisme). Le christianisme rompit ces moules, surtout en affirmant que la matière aussi est, tout comme l’esprit, créée par le Dieu unique et transcendant. Plus tard, saint Thomas d’Aquin développera une métaphysique de la création, décrivant Dieu comme l’Être Subsistant ( Ipsum Esse Subsistens ). En tant que cause première, il est absolument transcendant au monde et, tout à la fois, en vertu de la participation de son être par les créatures, il est intimement présent en elles, lesquelles dépendent en tout de celui qui est la source de l’être.
« Par qui tout a été fait »
La littérature sapientielle de l’Ancien Testament présente le monde comme le fruit de la sagesse de Dieu (cf. Sg 9, 9) « Il n’est pas le produit d’une nécessité quelconque, d’un destin aveugle ou du hasard » ( Catéchisme , 295). Il possède une intelligibilité que la raison humaine, participant de la lumière de l’intelligence divine, peut capter, non sans effort et dans un esprit d’humilité et de respect envers le Créateur et son œuvre (cf. Jb 42, 3 ; cf. Catéchisme , 299). Ce développement arrive à son expression plénière dans le Nouveau Testament : en identifiant le Fils, Jésus-Christ, avec le Logos (cf. Jn 1, 1 et suiv.), il affirme que la sagesse de Dieu est une Personne, le Verbe incarné, par qui tout a été fait (Jn 1, 3). Saint Paul formule cette relation du créé avec le Christ en déclarant que toutes les choses ont été créées en lui, par lui et pour lui (Col 1, 16-17).
Il y a donc une raison créatrice à l’origine du cosmos (cf. Catéchisme , 284) [5] . Le christianisme a toujours eu une grande confiance en la capacité de la raison de connaître, et une énorme sécurité que jamais la raison (scientifique, philosophique, etc.) ne pourra aboutir à des conclusions contraires à la foi, car foi et raison ont une origine commune.
Nous savons que certains voient une incompatibilité entre, par exemple, la création et l’évolution. En réalité, une épistémologie adéquate sait distinguer les domaines propres, d’un côté, de la science naturelle, et de l’autre, de la foi. En outre, elle reconnaît la philosophie comme un élément nécessaire de médiation, car les sciences, avec leur méthode et leur objet propres, ne couvrent pas toute l’ampleur de la raison humaine ; et la foi, en ce qui concerne le monde dont nous parlent les sciences, a besoin de formuler ses assertions, dans son dialogue avec la rationalité humaine, en faisant usage de catégories philosophiques [6] .
Dès lors, il est logique que l’Église, depuis toujours, ait cherché le dialogue avec la raison : une raison consciente de son caractère créé, ne s’étant pas donné à soi-même son existence, ne disposant pas entièrement de son futur ; une raison ouverte à ce qui la transcende, à la Raison originelle, en somme. Paradoxalement, une raison repliée sur elle-même, qui croit pouvoir trouver seule la réponse à ses interrogations les plus profondes finit par affirmer que l’existence n’a pas de sens, et que le réel est inintelligible (nihilisme, irrationalisme, etc.).
« Qui est Seigneur et qui donne la vie »
« Nous croyons qu’il [le monde] procède de la volonté libre de Dieu qui a voulu faire participer les créatures à son être, sa sagesse et sa bonté : » Car c’est toi qui créas toutes choses ; tu as voulu qu’elles soient, et elles furent créées » (Ap 4, 11) […] » Le Seigneur est bonté envers tous, ses tendresses vont à toutes ses œuvres » (Ps 145, 9) » ( Catéchisme , 295). Par conséquent, « issue de la bonté divine, la création participe à cette bonté ( » Et Dieu vit que cela était bon (…) très bon » : Gn 1, 4. 10. 12. 18. 21. 31). Car la création est voulue par Dieu comme un don » ( Catéchisme , 299).
Ce caractère de bonté et de don libre permet de découvrir dans la création l’action de l’Esprit – qui « planait sur les eaux » (Gn 1, 2) – la Personne-Don dans la Trinité, l’Amour subsistant entre le Père et le Fils. L’Église confesse sa foi en l’œuvre créatrice de l’Esprit Saint, qui donne la vie et qui est source de tout bien [7] .
L’affirmation chrétienne de la liberté divine créatrice permet de surmonter les étroitesses d’autres visions qui, voyant une nécessité en Dieu, finissent par soutenir un fatalisme ou déterminisme. Il n’y a rien, ni « au-dedans » ni « au-dehors » de Dieu qui l’oblige à créer. Quel est donc le but qu’il poursuit ? Que s’est-il proposé en nous créant ?
NOTE SUR LE SITE
LA LOI DE L’AMOUR DIVIN – de saint Thomas d’Aquin
3 février, 2015http://www.vatican.va/spirit/documents/spirit_20010116_thomas-aquinas_fr.html
LA LOI DE L’AMOUR DIVIN
Des Opuscules théologiques de saint Thomas d’Aquin
« Il est bien évident que tous les hommes ne peuvent pas consacrer leur vie entière à l’étude, et c’est pourquoi le Christ a donné une loi brève, pour que tout le monde puisse la connaître et que personne ne puisse être dispensé de l’observer pour cause d’ignorance: parole abrégée que le Seigneur fera venir sur la terre. Cette loi doit être celle de tous les actes humains. Dans les activités artisanales on dit qu’un produit est bon et loyal quand il est conforme aux règles, de même toute activité humaine est droite et vertueuse quand elle est conforme à la règle de l’amour divin, mais quand elle s’éloigne de la règle de la charité elle n’est ni droite, ni bonne, ni parfaite.
Cette loi de l’amour divin produit en l’homme quatre effets grandement désirables. D’abord elle produit en lui la vie spirituelle. Il est évident que ce qui est aimé en vertu de la nature existe en celui qui aime. Celui qui demeure dans la charité de meure en Dieu, et Dieu en lui. La nature de l’amour veut encore que celui qui aime se transforme en l’être aimé: Celui qui est uni à Dieu ne fait qu’un esprit avec lui. C’est ainsi que, selon saint Augustin,“de même que l’âme est la vie du corps, ainsi Dieu est la vie de l’âme”.Ainsi encore l’âme agit vertueusement et parfaitement quand elle agit par la charité, puisque c’est par celle-ci que Dieu habite en elle. Mais sans la charité elle n’opère pas: Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quelqu’un peut bien avoir tous les charismes donnés par l’Esprit Saint, sans la charité il n’a pas la vie. Qu’il s’agisse du don des langues, du don de la foi héroïque ou de n’importe quel don comme le dôn de prophétie, sans la charité ces dons n’apportent pas la vie. Car on peut bien couvrir un cadavre d’or et de pierres précieuses, il n’en demeure pas moins un corps mort.
Le deuxième fruit de la charité, c’est l’observance des commandements divins. Saint Grégoire dit en effet que la charité n’est pas inactive. Si elle existe, elle fait de grandes choses, mais si elle n’agit pas, c’est qu’elle est absente. Nous voyons en effet celui qui aime accomplir de grands et difficiles exploits pour l’être aimé. C’est pourquoi le Seigneur dit: Celui qui m’aime gardera ma parole. Celui qui observe le commandement et la loi de l’amour divin accomplit toute la loi.
Le troisième fruit de la charité, c’est la protection qu’elle nous donne contre l’adversité. A celui qui possède la charité, l’adversité ne fait aucun mal, au contraire elle tourne à son avantage: Pour ceux qui aiment Dieu, tout contribue à leur bien, et même l’adversité et les difficultés paraissent douces à celui qui aime, comme nous le voyons clairement parmi nous.
Le quatrième fruit de la charité, c’est qu’elle conduit à la béatitude. En effet la béatitude éternelle est promise à ceux-là seulement qui possèdent la charité. Tout le reste, en l’absence de la charité, n’y suffit pas. Et il faut savoir que, s’il y a des différences dans la béatitude, elles correspondent à des différences selon la charité, et non selon aucune autre vertu. Beaucoup de saints ont mené une vie plus austère que les Apôtres, mais ceux-ci dépassent tout le monde en béatitude à cause de l’excellence de leur charité. »
Préparé par l’Université Pontificale URBANIANA,
avec la collaboration des Instituts Missionnaires