Archive pour juillet, 2014

BENOÎT XVI: SALUT À LA VILLE SAINTE DE JÉRUSALEM – Ps 121, 1-3.5.8-9

23 juillet, 2014

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2005/documents/hf_ben-xvi_aud_20051012_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 12 octobre 2005

SALUT À LA VILLE SAINTE DE JÉRUSALEM

Lecture: Ps 121, 1-3.5.8-9

1. Le Cantique que nous venons d’entendre et de goûter comme prière est l’un des plus beaux et des plus passionnés Cantiques des Ascensions. Il s’agit du Psaume 121, une célébration vivante et intense à Jérusalem, la Ville Sainte vers laquelle montent les pèlerins.
En effet, dès l’ouverture se fondent ensemble deux moments vécus par le fidèle: celui du jour où il accueillit l’invitation à « aller à la maison de Yahvé » (v. 1) et celui de l’arrivée joyeuse aux « portes » de Jérusalem (cf. v. 2); à présent, les pieds foulent finalement cette terre sainte et aimée. C’est précisément alors que les lèvres s’ouvrent en un chant festif en l’honneur de Sion, considérée dans sa plus profonde signification spirituelle.
2. « Ville où tout ensemble fait corps » (v. 3), symbole de sécurité et de stabilité, Jérusalem est le coeur de l’unité des douze tribus d’Israël, qui convergent vers elle comme centre de leur foi et de leur culte. C’est là, en effet, qu’elles montent « pour rendre grâce au nom de Yahvé » (v. 4), dans le lieu que la « loi d’Israël » (Dt 12, 13-14; 16, 16) a établi comme l’unique sanctuaire légitime et parfait.
A Jérusalem, il y a une autre réalité importante, elle aussi signe de la présence de Dieu en Israël: ce sont « les sièges de la maison de David » (cf. Ps 121, 5), c’est-à-dire que la dynastie de David gouverne, étant l’expression de l’action divine dans l’histoire, qui devait déboucher sur le Messie (2 Sm 7, 8-16).
3. Les « sièges de la maison de David » sont appelés dans le même temps « sièges du jugement » (cf. Ps 121, 55), car le roi était également le juge suprême. Ainsi Jérusalem, capitale politique, était également le siège judiciaire le plus élevé, où se résolvaient en dernière instance les controverses: voilà pourquoi, en sortant de Sion, les pèlerins juifs retournaient dans leurs villages en étant plus justes et pacifiés.
Le Psaume a ainsi tracé un portrait idéal de la Ville Sainte dans sa fonction religieuse et sociale, montrant que la religion biblique n’est ni abstraite, ni intimiste, mais qu’elle est ferment de justice et de solidarité. A la communion avec Dieu suit nécessairement celle des frères entre eux.
4. Nous arrivons à présent à l’invocation finale (cf. vv. 6-9). Celle-ci est entièrement rythmée par la parole hébraïque shalom, « paix », traditionnellement considérée à la base du nom même de la Ville Sainte Jerushalajim, interprétée comme « ville de la paix ».
Comme on le sait, shalom fait allusion à la paix messianique, qui rassemble en elle joie, prospérité, bien et abondance. Dans l’adieu final que le pèlerin adresse au temple, à la « maison du Seigneur notre Dieu », le « bien » s’ajoute même à la paix: « je prie pour ton bonheur » (v. 9). On a ainsi, sous une forme anticipée, le salut franciscain: « Paix et bien! ». Nous sommes tous un peu franciscains dans l’âme. C’est un souhait de bénédiction sur les fidèles qui aiment la Ville Sainte, sur sa réalité physique de murs et de palais dans lesquels bat la vie d’un peuple, sur tous les frères et les amis. De cette façon Jérusalem deviendra un foyer d’harmonie et de paix.
5. Nous concluons notre méditation sur le Psaume 121 par une idée de réflexion inspirée par les Pères de l’Eglise, pour lesquels la Jérusalem antique était le signe d’une autre Jérusalem, elle aussi, « construite comme une ville où tout ensemble fait corps ». Cette ville – rappelle saint Grégoire le Grand dans ses Homélies sur Ezéchiel – « a déjà ici un grand édifice dans les coutumes des saints. Dans un édifice, une pierre soutient l’autre, car l’on pose une pierre sur l’autre, et celui qui soutient un autre est à son tour soutenu par un autre. Il en est ainsi, précisément ainsi, dans la sainte Eglise où chacun soutient et est soutenu. Les plus proches se soutiennent mutuellement, et grâce à eux s’élève ainsi l’édifice de la charité. Voilà pourquoi Paul avertit, en disant: « Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la Loi du Christ » (Ga 6, 2). Soulignant la force de cette loi, il dit: « La charité est donc la Loi dans sa plénitude » (Rm 13, 10). En effet, si je ne m’efforce pas de vous accepter tels que vous êtes, et que vous ne vous engagez pas à m’accepter tel que je suis, l’édifice de la charité ne peut pas s’élever entre nous, qui sommes pourtant liés par un amour réciproque et patient ». Et pour compléter l’image, il ne faut pas oublier qu’il « y a un fondement qui supporte tout le poids de la construction et il s’agit de notre Rédempteur, qui seul tolère dans leur ensemble nos comportements à tous. L’Apôtre dit de lui: « De fondement, en effet, nul n’en peut poser d’autre que celui qui s’y trouve, c’est-à-dire Jésus Christ » (1 Co 3, 11). Le fondement porte les pierres et n’est pas porté par les pierres; c’est-à-dire que notre Rédempteur porte le poids de toutes nos fautes, mais en lui il n’y a eu aucune faute à tolérer » (2, 1, 5: Oeuvres de Grégoire le Grand, III/2, Rome 1993, pp. 27.29).
Et ainsi, le grand Pape saint Grégoire nous dit ce que signifie le Psaume concrètement pour notre vie de tous les jours. Il nous dit que nous devons être dans l’Eglise d’aujourd’hui une véritable Jérusalem, c’est-à-dire un lieu de paix, « nous portant les uns les autres », tels que nous sommes; « nous portant ensemble », dans la certitude joyeuse que le Seigneur « nous porte tous ». Et ainsi, l’Eglise croît comme une véritable Jérusalem, un lieu de paix. Mais nous voulons également prier pour la ville de Jérusalem, afin qu’elle soit toujours plus un lieu de rencontre entre les religions et les peuples, qu’elle soit réellement un lieu de paix.

*

Jésus et les enfants, pour les enfants

22 juillet, 2014

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DE L’ESPACE POUR LES PIEDS

22 juillet, 2014

http://www.bertrandouellet.com/index/DossierSignes/Signes06.html

Chronique « Signes de foi », no 6

Revue Vivre en Église, février 2003

DE L’ESPACE POUR LES PIEDS

Non, je ne parlerai pas aujourd’hui de la publicité d’un nouveau modèle de voiture promettant plus d’espace pour les jambes. Mais plutôt d’un de mes psaumes préférés, celui qui dans la liturgie porte le numéro 30.
C’est à la fois un psaume de confiance et un cri de détresse: « En toi, Seigneur, j’ai mon refuge… Ma forteresse et mon roc, c’est toi…Tu m’arraches au filet qu’ils m’ont tendu, oui c’est toi mon abri… Entre tes mains, je remets mon esprit…  » Mais aussi: « Ma vie s’achève dans les larmes… Je suis la risée de mes adversaires… On m’ignore comme un mort oublié… De tous côtés c’est l’épouvante… »
À la fois supplication dans la détresse et confiance inébranlable en Dieu. On peut autant y deviner toute la souffrance du monde qu’y entendre l’acte de foi qui empêche de sombrer dans le désespoir.
Mais quel lien y a-t-il, me direz-vous, avec l’espace pour les pieds?
Eh bien! ces mots se trouvent bel et bien dans le texte original mais sont apparemment disparus de notre version liturgique. Alors quand je m’en suis rendu compte, j’ai décidé de faire enquête.
Le texte en question est la deuxième partie du verset 9. Dans l’original, en hébreu, il y a trois « mots ». Le premier peut se traduire: « tu as fait se tenir debout »; le deuxième, « dans un vaste lieu »; le troisième, « mes pieds » ou « mes pas ».
J’ai comparé 25 traductions (*). La plus littérale que j’ai lue est: « tu as fait que mes pieds se tiennent en un vaste lieu ». Mais j’ai trouvé aussi des choses comme « sur un large chemin, tu affermis mes pas » et « tu daignes, mes pas, voir à leur liberté ». Une version nous envoie même en orbite avec « tu diriges mes pas dans l’espace »! La TOB, elle, a opté pour « tu m’as remis sur pied, tu m’as donné du large ».
Quant à la version liturgique, on y sent un effort particulier pour tenir compte de l’ensemble du psaume. En effet, quand le psalmiste parle de grand espace pour les pieds ou les pas, c’est en réponse à l’appel au secours du juste persécuté, poursuivi, cerné par ses ennemis. Si le Seigneur lui donne de l’espace « pour les pieds », ce n’est pas pour son confort ou pour le mettre à l’aise, c’est pour lui permettre de marcher vers son salut, pour le sauver en lui ouvrant la voie vers la liberté!
Or, en français, il y a un mot pour dire « espace pour les pas », « espace pour passer »: c’est tout simplement « passage ». Donner de l’espace pour les pas, c’est ouvrir un passage. D’où la belle traduction liturgique: Devant moi, tu as ouvert un passage.
Dieu dégage et ouvre la voie pour qu’on puisse se mettre en marche, en toute liberté. On pressent, déjà, l’appel de Jésus, le Sauveur qui dit: « Viens et suis-moi. »
Qui prie avec ce psaume ainsi traduit n’attendra pas une intervention de Dieu qui ferait disparaître comme par enchantement les obstacles, les tentations, les adversaires ou les croix. Devant moi, tu as ouvert un passage est déjà, d’une certaine façon, une profession de foi pascale.

Bertrand Ouellet

Février 2003

LE DIEU ÉTERNEL REMPLIT TOUT L’ESPACE ET SE SUFFIT À LUI-MÊME

22 juillet, 2014

http://oratoiredulouvre.fr/predications/dieu-remplit-tout-l-espace.php

LE DIEU ÉTERNEL REMPLIT TOUT L’ESPACE ET SE SUFFIT À LUI-MÊME

Culte à l’Oratoire du Louvre,

par le pasteur Florence Taubmann

J’ai eu, il n’y a pas très longtemps, une longue conversation avec une personne .
qui me parla de problèmes au sein de sa famille. Elle essayait d’apaiser des conflits difficiles mais elle avait le sentiment d’être impuissante.
Je lui fis remarquer qu’en fait elle jouait un rôle bien plus important et positif qu’elle ne le pensait ….et qu’il fallait sans doute du temps. Du temps pour que son travail porte ses fruits.
Et je lui dis alors :  » J’ai l’impression que ce que vous faîtes est comme un travail de réparation ; vous êtes au milieu de la réparation et pour l’instant cela ne peut encore rien donner …mais c’est certainement la seule chose que vous puissiez faire. « 
Et je lui racontai que cela me faisait penser à une notion importante de la pensée juive et qui est le  » tikun « , la réparation du monde. Et je lui expliquais ce qu’est le  » tikun « 
Cette notion vient d’Isaac Louria un cabaliste du 16ème siècle et elle est liée à la vision cabaliste de la création du monde.
Au commencement le monde ne peut pas exister, car il n’y a pas de place pour lui. Le Dieu éternel remplit tout l’espace et se suffit à lui-même.
Quand il décide de créer quelque chose en dehors de lui-même, il lui faut faire de la place pour cette création, et donc se rétracter en lui-même.
Cette rétractation pour créer le monde, on l’appelle le tsimtsum. Dieu ne remplit plus le tout, il s’exile en lui-même pour laisser place à la création. (Analogie de l’ascenseur.)
Ensuite, de ce Dieu qui s’est retiré émane une lumière qui, dans l’espace laissé vide, est destiné à prendre forme d’émanations divines ou  » sefirot « . Mais un accident a lieu, l’accident originel qui fait que les choses ne se passent pas comme elle le devraient.
Une des explications de cet accident est que la lumière divine est si forte et si intense que les vases divins destinés à la recevoir se brisent. C’est ce qu’on appelle la chevirah,  » la brisure des vases  » et la lumière divine revient donc à son point de départ, laissant derrière elle une création imparfaite, et donc habitée par le mal.
Ce qui me semble important dans cette vision allégorique, c’est que cette chevirah, cette part d’échec dans la création, n’incombe pas à Adam et Eve, Il leur est antérieur, il fait partie du processus de création lui-même.
Et à partir de là, l’homme, et donc Adam et Eve en premier lieu, reçoivent vocation de réparer les dommages causés par la chevirah. Ils reçoivent vocation de réparer le monde, et cette réparation du monde participe prépare l’œuvre de rédemption. Elle est tournée vers l’avenir et donne à l’humain une immense responsabilité en même temps qu’une responsabilité à sa mesure.
Il ne s’agit pas de changer le monde, ou de changer de monde, mais d’habiter celui-ci et de le corriger dans ce qu’il a d’injuste et de cruel, de réparer ses blessures, ses infirmités, ses maladies.
Quand j’eus fini d’expliquer cela à mon interlocutrice, elle eut un grand sourire et me dit :
 » C’est drôle que vous me parliez de cela, de la réparation, car moi-même je suis réparatrice « 
Et comme je la regardai étonnée elle ajouta :
-  » Oui c’est mon métier. Je ne répare pas des vases brisés, mais des tissus anciens. Je retisse les fils rompus ou abimés. Et pour tout dire encore plus qu’un métier, c’est pour moi un mode de vie. Cela correspond vraiment à ce que je suis, à ma nature profonde. « 
Et comme j’étais émerveillée de la coïncidence, elle me parla de son travail qui, me dit-elle, consiste à faire passer, à transmettre, des œuvres du passé vers l’avenir.  » Et si je travaille bien me dit-elle, mon ouvrage ne doit pas se voir. C’est pourquoi je travaille souvent sur l’envers…J’ai ma méthode …
Ce travail de réparation, attentif, soigné, rigoureux, humble, invisible …vous imaginez toutes les pensées qu’il a pu suscitées en moi.
Et si je vous raconté tout cela, c’est pour vous monter combien les rencontres de la vie nous donnent souvent un nouveau regard sur les choses, et peut-être une nouvelle manière d’entendre l’Evangile.
Et cela va donc éclairer ma lecture de me permettre de l’Evangile que j’ai retenu pour aujourd’hui.
1) l’homme est né aveugle.
Sa cécité a une double force symbolique.
Par rapport au thème de la lumière, très présent dans la Bible, et central dans l’Evangile de Jean.
Au chapitre précédent Jésus s’est adressé à la foule par ces mots :
 » Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit aura la lumière de la vie et ne marchera plus jamais dans les ténèbres.  »
Les guérisons d’aveugles ont par conséquent un sens très fort dans les Evangiles, et a fortiori dans l’Evangile de Jean. Et elles se présentent comme l’accomplissement de paroles prophétiques annonçant les temps messianiques.
Ceux qui étaient dans les ténèbres sont désormais dans la lumière.
Et donc ces guérisons correspondent à des pièces à conviction. Les temps sont venus, puisque cet homme Jésus guérit les aveugles ….comme ailleurs il fait marcher les boiteux, il relève les morts.
Il est bien celui qui devait venir.
Mais ce n’est pas tout. Il se trouve que cet aveugle de l’Evangile de Jean nous est présenté comme aveugle de naissance.
Et la précision est d’importance.
Elle renvoie à la question de l’origine, elle renvoie à la question d’un mal avant la vie.
C’est à la fois la question de Job et plus que la question de Job.
Job s’interrogeait sur le malheur qui lui arrivait. Il avait été heureux, béni, comblé. Et il perdait tout.
Mais cet homme, lui, a toujours été aveugle. Il est né ainsi. Pourquoi ?
Qu’est-ce que cela veut dire ?
2) Les disciples de Jésus posent la même question que les amis de Job.
A notre échelle humaine, le mal, la souffrance, l’infirmité semblent toujours nous renvoyer à la question de l’innocence ou de la culpabilité.
Les amis de Job lui disaient :  » Si un tel malheur t’atteint, c’est que tu as fait du mal, c’est que tu as péché, toi ou tes enfants. « 
Les disciples de Jésus lui demandent :  » Pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce à cause de son propre péché ou du péché de ses parents ?  » Autrement dit est-il puni du péché de ses parents ou sa cécité est-elle le signe qu’il était pécheur dès l’origine ?
Aujourd’hui nous ne voulons plus entrer dans cette logique rétributive qui explique le mal et la souffrance par le péché, qu’il s’agisse du péché personnel ou du péché originel.
Elle nous semble absurde et nous révolte.
Mais nous sommes également révoltés par la gratuité et l’absurdité de la souffrance.
Nos questions ne sont peut-être plus les mêmes. Car nous bénéficions aujourd’hui de beaucoup d’explications scientifiques.
Mais au-delà, ne sommes-nous pas toujours à la recherche d’une autre réponse ? D’une réponse métaphysique ? D’une réponse théologique ? En tant que pasteurs nous sommes toujours autant interrogés sur ces questions :
Pourquoi le mal ?
Pourquoi cet homme est-il né aveugle ?
C’est là que la vision cabaliste, que j’expliquais tout à l’heure, peut nous éclairer et nous libérer.
Car elle ne fait pas peser la responsabilité du mal sur l’homme, elle n’évoque pas la  » chute  » d’Adam et Eve pour expliquer la souffrance du monde.
Mais elle propose de lire le mal, la souffrance, l’imperfection des êtres et des choses de ce monde comme inhérents à la création elle-même.
Avec l’image des vases brisés par la trop forte lumière divine, le secret du mal est enfoui dans l’origine. Il ne nous est pas accessible. Nous ne pouvons pas y porter nos regards.
Cette explication est particulièrement éloquente dans le cas qui nous occupe. Car s’il ne s’agit pas d’un vase brisé par l’intensité de la lumière divine, il s’agit d’un homme aveugle …peut-être aveuglé pour la même raison.
Cette interprétation est bien sûr symbolique, mais elle nous fait sortir de la question de la culpabilité. Elle nous en libère.
Et de ce fait elle nous oriente vers une nouvelle responsabilité. Cette responsabilité, je vous propose de l’appeler la réparation du monde.
3) Que fait Jésus sinon réparer le monde ?
D’abord dans la manière dont il répond à ses disciples, Jésus corrige, répare leur vision de l’homme et de Dieu. Non cet homme aveugle n’a pas péché, ni ses parents…non Dieu n’est pas un Dieu qui punirait l’homme dans son corps ou dans sa vie.
Quand les disciples interrogent Jésus sur la cause du mal, sur son origine, il leur répond par un objectif. Il leur répond par une proposition d’avenir.
 » Tout cela c’est pour que les oeuvres de Dieu soient manifestées en lui.  » Et il les invite à accomplir les œuvres de Dieu tant qu’il fait jour.
Accomplir les œuvres de Dieu ? Quel programme ! En sommes-nous capables ? Voilà qui a de quoi nous effrayer…
Mais Jésus joint le geste à la parole. En le regardant agir on apprend en quoi consistent les œuvres de Dieu.
Et là il s’agit justement d’une œuvre de réparation.
En regardant Jésus agir, on a un enseignement à la fois très simple et très fort.
D’abord de quoi se sert-il ?
De sa propre salive et de la terre qui est à ses pieds.
La salive provient du même lieu que la parole, c’est-à-dire la bouche. Elle représente l’intimité vivante. Dans le monde animal elle peut avoir des effets thérapeutiques. On voit parfois des animaux lécher leurs plaies.
Et la terre représente la poussière du sol, l’humus, c’est-à-dire ce dont nous sommes faits, notre origine, et ce vers quoi nous retournerons.  » Poussière tu redeviendras poussière.
Mais les psaumes de création associent toujours l’infiniment petit à l’infiniment grand … les étoiles sont évoquées en même temps que l’herbe des champs… et le début de la vie comme la fin de la vie.
Dans la boue que fait Jésus à partir de sa salive et de la poussière, on peut donc voir le symbole du principe de vie de la naissance à la mort, et même le principe de la création:
La salive de Jésus anime la poussière du sol en se mélangeant à elle. Il en fait ressortir les principes actifs.
Le geste de Jésus qui est de frotter les yeux de l’aveugle avec cette boue consiste à communiquer ce principe de vie à ces yeux qui sont morts. Mais dans un premier temps la boue enténèbre davantage le regard.
Il faut l’ordre de Jésus et que l’aveugle se lave lui-même le visage pour qu’il retrouve la vue et naisse à la lumière.
Cette guérison accomplie par Jésus peut être comprise comme une véritable réparation. Elle en a le côté matériel et physique. Contrairement à ce qui se passe pour d’autres signes, d’autres miracles, ici Jésus agit concrètement.
Cette réparation peut donc devenir très parlante pour nous, en nous renvoyant concrètement à nos expériences de vie, à nos rencontres, à notre responsabilité dans le tikun, dans la réparation du monde.
Tout à l’heure j’évoquais cette personne qui répare les tissus anciens, en leur redonnant vie et leur permettant de passer à la postérité. Cette personne qui, au sein de sa propre famille, essaie finalement d’exercer le même office : retisser les fils cassés, usés ou abîmés, des relations entre les êtres.
Je crois que chacun d’entre nous a, au sens propre comme au figuré, sinon un champ de ruines à restaurer, du moins un vase brisé à recoller, ou des fils à renouer, des situations à refaçonner pour les rendre plus vivables …
Je crois que chacun d’entre nous, s’il accepte de mettre ses lunettes de réparateur, peut trouver des chantiers à la mesure de ses possibilités, et des occasions qui se présentent à lui.
Et nous pouvons garder comme exemple pour nous inspirer aussi bien cette femme avec ses tissus que Jésus avec la boue réparatrice qu’il crée à partir de sa salive et de la poussière du sol.
Dans un cas comme dans l’autre cela veut dire qu’il n’y a pas de réparation sans un don venu de notre intimité, sans une implication profondément personnelle. Et cela veut dire aussi qu’en même temps la réalité la plus proche
nous offre la matière nécessaire au travail de réparation.
Car cette réparation n’est pas d’une ambition démesurée , comme serait l’ambition de changer le monde, ou de changer de monde…
Cette réparation ne relève pas du rêve ou de l’illusion.
C’est le travail, c’est la responsabilité de tout ouvrier du royaume qui d’abord rend grâce pour cette vie, trouve ce monde beau et bon à vivre, tout en voyant avec lucidité ce qui est juste et ce qui est injuste, ce qui est beau et ce qui est laid, ce qui doit être encouragé, ce qui doit remplacé.
Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, la modestie apparente de ce projet ne signifie pas qu’il ne soit pas enthousiasmant.
Elle signifie simplement que rien n’est dérisoire dans ce que nous faisons pour notre prochain et pour le monde.
Toute action, tout geste, toute parole qui procède de la justice et de la miséricorde participe à la réparation de ce monde.
C’est par nos efforts quotidiens, efforts personnels et efforts communs,
que nous répondons de la grâce de Dieu, que nous en témoignons, et que nous luttons le mieux contre le fatalisme.
Dieu a besoin de nous. Il nous confie la responsabilité d’entretenir, de réparer et de transmettre sa création à ceux qui nous suivront.
Rendons lui grâce pour ce qu’il nous donne la force de faire.
Car un travail extrêmement joyeux.
Amen

 

Holy Spirit, San Marco, Venice

21 juillet, 2014

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http://iconreader.wordpress.com/2013/05/18/an-icon-for-whitsun-pentecost-mosaic-of-san-marco/

LA PRÉSENCE DE L’ESPRIT-SAINT par Saint Séraphim de Sarov

21 juillet, 2014

http://www.pagesorthodoxes.net/foi-orthodoxe/esprit-saint-prieres.htm

LA PRÉSENCE DE L’ESPRIT-SAINT

par Saint Séraphim de Sarov

Extraits de « L’entretien avec Motovilov »

Comment alors, demandai-je au Père Séraphim, pourrais-je reconnaître en moi la présence de la grâce du Saint-Esprit ?
C’est fort simple, répondit-il. Dieu dit : Tout est simple pour celui qui acquiert la Sagesse (Pr 14,6). Notre malheur, c’est que nous ne la recherchons pas, cette Sagesse divine qui, n’étant pas de ce monde, n’est pas présomptueuse. Pleine d’amour pour Dieu et pour le prochain, elle façonne l’homme pour son salut. C’est en parlant de cette Sagesse que le Seigneur a dit : « Dieu veut que tous soient sauvés et parviennent à la Sagesse de la vérité » (1 Tm 2,4). A ses Apôtres qui manquaient de cette Sagesse, il dit : Combien vous manquez de Sagesse ! N’avez-vous pas lu les Écritures ? (Lc 24,25-27). Et l’Évangile dit qu’il « leur ouvrit l’intelligence afin qu’ils puissent comprendre les Écritures. » Ayant acquis cette Sagesse, les Apôtres savaient toujours si, oui ou non, l’Esprit de Dieu était avec eux et, remplis de cet Esprit, affirmaient que leur oeuvre était sainte et agréable à Dieu. C’est pourquoi, dans leurs Épîtres, ils pouvaient écrire : Il a plu au Saint-Esprit et à nous… (Ac 15,28), et c’est seulement persuadés qu’ils étaient de sa présence sensible, qu’ils envoyaient leurs messages. Alors, ami de Dieu, vous voyez comme c’est simple ?
Je répondis : Quand même, je ne comprends pas comment je peux être absolument sûr de me trouver dans l’Esprit-Saint ? Comment puis-je moi-même déceler en moi sa manifestation ?
Le Père Séraphim répondit : Je vous ai déjà dit que c’était très simple et je vous ai expliqué en détail comment les hommes se trouvaient dans l’Esprit-Saint et comment il fallait comprendre sa manifestation en nous… Que vous faut-il encore ?
– Il me faut, répondis-je, le comprendre vraiment bien…
Alors le Père Séraphim me prit par les épaules et les serrant très fort dit : Nous sommes tous les deux, toi et moi, en la plénitude de l’Esprit-Saint. Pourquoi ne me regardes-tu pas ?
– Je ne peux pas, Père, vous regarder. Des foudres jaillissent de vos yeux. Votre visage est devenu plus lumineux que le soleil. J’ai mal aux yeux…
Le Père Séraphim dit : N’ayez pas peur, ami de Dieu. Vous êtes devenu aussi lumineux que moi. Vous aussi vous êtes à présent dans la plénitude du Saint-Esprit, autrement vous n’auriez pas pu me voir.
Inclinant sa tête vers moi, il me dit à l’oreille : Remerciez le Seigneur de nous avoir accordé cette grâce indicible. Vous avez vu – je n’ai même pas fait le signe de la croix. Dans mon coeur, en pensée seulement, j’ai prié : « Seigneur, rends-le digne de voir clairement, avec les yeux de la chair, la descente de l’Esprit-Saint, comme à tes serviteurs élus lorsque tu daignas leur apparaître dans la magnificence de ta gloire ! » Et immédiatement Dieu exauça l’humble prière du misérable Séraphim. Comment ne pas le remercier pour ce don extraordinaire qu’à tous les deux il nous accorde ? Ce n’est même pas toujours aux grands ermites que Dieu manifeste ainsi Sa grâce. Comme une mère aimante, cette grâce a daigné consoler votre coeur désolé, à la prière de la Mère de Dieu elle-même… Mais pourquoi même regardez-vous pas dans les yeux ? Osez me regarder sans crainte ; Dieu est avec nous.
Après ces paroles, je levai les yeux sur son visage et une peur plus grande encore s’empara de moi. Imaginez-vous au milieu du soleil, dans l’éclat le plus fort de ses rayons de midi, le visage d’un homme qui vous parle. Vous voyez le mouvement de ses lèvres, l’expression changeante de ses yeux, vous entendez le son de sa voix, vous sentez la pression de ses mains sur vos épaules, mais en même temps vous n’apercevez ni ses mains, ni son corps, ni le vôtre, rien qu’une étincelante lumière se propageant tout autour, à une distance de plusieurs mètres, éclairant la neige qui recouvrait la prairie et tombait sur le grand starets et sur moi-même…

Extrait de l’Entretien avec Motovilov,
Irina Goraïnoff, Séraphim de Sarov, DDB, 1979.

DISCOURS PRONONCÉ PAR LE CHEF INDIEN SEATTLE DEVANT L’ASSEMBLÉE DES TRIBUS D’AMÉRIQUE DU NORD EN 1854

21 juillet, 2014

http://www.gallican.org/indiens.htm

DISCOURS PRONONCÉ PAR LE CHEF INDIEN SEATTLE DEVANT L’ASSEMBLÉE DES TRIBUS D’AMÉRIQUE DU NORD EN 1854

Nous vous proposons de découvrir un texte qui vous étonnera peut-être quant à son origine, il s’agit du discours prononcé par le chef indien Seattle devant l’Assemblée des tribus d’Amérique du Nord en 1854. L’auteur nous a ému par son âme de croyant, sa dignité, son respect de la Création en tant que don de Dieu fait à l’être humain.
En le lisant ayez à l’esprit la parole prononcée par Jésus à propos du centurion romain adorateur des idoles: « Je n’ai jamais vu une si grande Foi dans tout Israël! » (Luc 7,9) …
 » Peut-être sommes-nous frères ? « 
« Idées et action », n°113 – 1976/6. Bulletin de la Campagne mondiale contre la faim-action pour le développement, FAO, Rome.
On peut admirer dans le discours du chef Seattle à la fois un sens et un souci écologique… inconnus à l’époque, mais si actuels aujourd’hui.
« Le Grand Chef de Washington nous a fait part de son désir d’acheter notre terre.
« Le Grand Chef nous a fait part de son amitié et de ses sentiments bienveillants. Il est très généreux, car nous savons bien qu’il n’a pas grand besoin de notre amitié en retour.
« Cependant, nous allons considérer votre offre, car nous savons que si nous ne vendons pas, l’homme blanc va venir avec ses fusils et va prendre notre terre.
« Mais peut-on acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? Etrange idée pour nous !
« Si nous ne sommes pas propriétaires de la fraîcheur de l’air, ni du miroitement de l’eau, comment pouvez-vous nous l’acheter ?
« Le moindre recoin de cette terre est sacré pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque grève sablonneuse, chaque écharpe de brume dans le bois noir, chaque clairière, le bourdonnement des insectes, tout cela est sacré dans la mémoire et la vie de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres porte les souvenirs de l’homme rouge.
« Les morts des hommes blancs, lorsqu’ils se promènent au milieu des étoiles, oublient leur terre natale. Nos morts n’oublient jamais la beauté de cette terre, car elle est la mère de l’homme rouge; nous faisons partie de cette terre comme elle fait partie de nous.
« Les fleurs parfumées sont nos soeurs, le cerf, le cheval, le grand aigle sont nos frères; les crêtes des montagnes, les sucs des prairies, le corps chaud du poney, et l’homme lui-même, tous appartiennent à la même famille.
« Ainsi, lorsqu’il nous demande d’acheter notre terre, le Grand Chef de Washington exige beaucoup de nous.
« Le Grand Chef nous a assuré qu’il nous en réserverait un coin, où nous pourrions vivre confortablement, nous et nos enfants, et qu’il serait notre père, et nous ses enfants.
« Nous allons donc considérer votre offre d’acheter notre terre, mais cela ne sera pas facile, car cette terre, pour nous, est sacrée.
« L’eau étincelante des ruisseaux et des fleuves n’est pas de l’eau seulement ; elle est le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir qu’elle est sacrée, et vous devrez l’enseigner à vos enfants, et leur apprendre que chaque reflet spectral de l’eau claire des lacs raconte le passé et les souvenirs de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père.
« Les fleuves sont nos frères; ils étanchent notre soif. Les fleuves portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir que les fleuves sont nos frères et les vôtres, et l’enseigner à vos enfants, et vous devrez dorénavant leur témoigner la bonté que vous auriez pour un frère.
« L’homme rouge a toujours reculé devant l’homme blanc, comme la brume des montagnes s’enfuit devant le soleil levant. Mais les cendres de nos pères sont sacrées. Leurs tombes sont une terre sainte; ainsi, ces collines, ces arbres, ce coin de terre sont sacrés à nos yeux. Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos pensées. Pour lui, un lopin de terre en vaut un autre, car il est l’étranger qui vient de nuit piller la terre selon ses besoins. Le sol n’est pas son frère, mais son ennemi, et quand il l’a conquis, il poursuit sa route. Il laisse derrière lui les tombes de ses pères et ne s’en soucie pas.
« Vous devez enseigner à vos enfants que la terre, sous leurs pieds, est faite des cendres de nos grands-parents. Afin qu’ils la respectent, dites à vos enfants que la terre est riche de la vie de notre peuple. Apprenez à vos enfants ce que nous apprenons à nos enfants, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. Lorsque les hommes crachent sur la terre, ils crachent sur eux-mêmes.
« Nous le savons: la terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre. Nous le savons : toutes choses sont liées comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses sont liées.
« Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. L’homme n’a pas tissé la toile de la vie, il n’est qu’un fil de tissu. Tout ce qu’il fait à la toile, il le fait à lui-même.
« Mais nous allons considérer votre offre d’aller dans la réserve que vous destinez à mon peuple. Nous vivrons à l’écart et en paix. Qu’importe où nous passerons le reste de nos jours. Nos enfants ont vu leurs pères humiliés dans la défaite. Nos guerriers ont connu la honte ; après la défaite, ils coulent des jours oisifs et souillent leur corps de nourritures douces et de boissons fortes. Qu’importe où nous passerons le reste de nos jours ? Ils ne sont plus nombreux. Encore quelques heures, quelques hivers, et il ne restera plus aucun des enfants des grandes tribus qui vivaient autrefois sur cette terre, ou qui errent encore dans les bois, par petits groupes; aucun ne sera là pour pleurer sur les tombes d’un peuple autrefois aussi puissant, aussi plein d’espérance que le vôtre. Mais pourquoi pleurer sur la fin de mon peuple ? Les tribus sont faites d’hommes, pas davantage. Les hommes viennent et s’en vont, comme les vagues de la mer.
« Même l’homme blanc, dont le Dieu marche avec lui et lui parle comme un ami avec son ami, ne peut échapper à la destinée commune. Peut-être sommes-nous frères malgré tout; nous verrons. Mais nous savons une chose que l’homme blanc découvrira peut-être un jour: notre Dieu est le même Dieu. Vous avez beau penser aujourd’hui que vous le possédez comme vous aimeriez posséder notre terre, vous ne le pouvez pas. Il est le Dieu des hommes, et sa compassion est la même pour l’homme rouge et pour l’homme blanc.
« La terre est précieuse à ses yeux, et qui porte atteinte à la terre couvre son créateur de mépris. Les blancs passeront, eux aussi, et peut-être avant les autres tribus. Continuez à souiller votre lit, et une belle nuit, vous étoufferez dans vos propres déchets.
« Mais dans votre perte, vous brillerez de feux éclatants, allumés par la puissance du Dieu qui vous a amenés dans ce pays, et qui, dans un dessein connu de lui, vous a donné pouvoir sur cette terre et sur l’homme rouge. Cette destinée est pour nous un mystère; nous ne comprenons pas, lorsque tous les buffles sont massacrés, les chevaux sauvages domptés, lorsque les recoins secrets des forêts sont lourds de l’odeur d’hommes nombreux, l’aspect des collines mûres pour la moisson est abîmé par les câbles parlants.
« Où est le fourré ? Disparu. Où est l’aigle? Il n’est plus. Qu’est-ce que dire adieu au poney agile et à la chasse ? C’est finir de vivre et se mettre à survivre.
« Ainsi donc, nous allons considérer votre offre d’acheter notre terre. Et si nous acceptons, ce sera pour être bien sûrs de recevoir la réserve que vous nous avez promise. Là, peut-être, nous pourrons finir les brèves journées qui nous restent à vivre selon nos désirs. Et lorsque le dernier homme rouge aura disparu de cette terre, et que son souvenir ne sera plus que l’ombre d’un nuage glissant sur la prairie, ces rives et ces forêts abriteront encore les esprits de mon peuple. Car ils aiment cette terre comme le nouveau-né aime le battement du coeur de sa mère. Ainsi, si nous vous vendons notre terre, aimez-la comme nous l’avons aimée. Prenez soin d’elle comme nous en avons pris soins.
« Gardez en mémoire le souvenir de ce pays, tel qu’il est au moment où vous le prenez. Et de toute votre force, de toute votre pensée, de tout votre coeur, préservez-le pour vos enfants et aimez-le comme Dieu vous aime tous.
« Nous savons une chose: notre Dieu est le même Dieu. Il aime cette terre. L’homme blanc lui-même ne peut pas échapper a la destinée commune. Peut-être sommes-nous frères, nous verrons.

Note du Gallican:
La pensée du chef indien est en tous points remarquable. Nous sommes loin, en lisant ce texte, de l’image caricaturale du sauvage sans âme et sans conscience. Sa pensée témoigne d’une sagesse et d’une intelligence éclairées par l’Esprit-Saint. Comme l’a enseigné le Sauveur: « L’Esprit souffle où il veut » (Jean 3,8).
Il est remarquable de constater que cet homme n’a pas de haine contre ceux qui ont violé sa terre et humilié son peuple, juste un immense dépit devant un état d’esprit et des actes de saccage qu’il ne comprend pas. Il ne connaissait pas l’histoire de Caïn et Abel mais son expérience de la rencontre entre l’homme rouge et l’homme blanc ne fut pas, à l’évidence, celle de la découverte d’une nouvelle fraternité…
Loin de porter l’Evangile et ses valeurs de paix, d’amour et de tolérance, les baptisés du Christ venus d’Europe et d’ailleurs oublièrent les promesses de leur baptême et de leur foi; ils semèrent la souffrance et la mort. Le sang du Christ crucifié coula de nouveau. Le génocide indien avait commencé.

 

Les trois paraboles de Matthieu, Très Riches Heures del duca di Berry (Museo Condé, Chantilly)

18 juillet, 2014

Les trois paraboles de Matthieu,  Très Riches Heures del duca di Berry (Museo Condé, Chantilly)  dans images sacrée duberry

http://www.sancristoforo.org/site/tre-parabole-dal-vangelo-secondo-matteo-mt-13-24-43.html

COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 20 JUILLET – 1ÈRE LECTURE, PSAUME

18 juillet, 2014

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut/

COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT, 20 JUILLET

1ÈRE LECTURE – PSAUME

PREMIERE LECTURE – Livre de la Sagesse 12, 13. 16 – 19

13 Il n’y a pas de Dieu en dehors de toi, Seigneur,
toi qui prends soin de toute chose, et montres ainsi
que tes jugements ne sont pas injustes.
16 Ta force est à l’origine de ta justice,
et ta domination sur toute chose
te rend patient envers toute chose.
17 Il montre sa force,
l’homme dont la puissance est discutée,
et ceux qui la bravent sciemment, il les réprime.
18 Tandis que toi, Seigneur, qui disposes de la force,
tu juges avec indulgence,
tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement,
car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance.
19 Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple
que le juste doit être humain,
et tu as pénétré tes fils d’une belle espérance :
à ceux qui ont péché tu accordes la conversion.

Le « Livre de la Sagesse » a été écrit en grec par un juif d’Alexandrie, donc sur le sol grec, dans les toutes dernières décades avant la venue du Christ ; pourtant, comme tous les auteurs bibliques, l’auteur de ce livre veut transmettre à ses lecteurs la foi juive reçue de la tradition des pères ; mais la difficulté réside dans le fait que ses lecteurs sont insérés dans la culture grecque, ou plutôt ils en sont imprégnés. Or dans le monde grec, ce qu’on admire le plus, c’est l’intelligence, et en particulier la philosophie ; le mot même « philosophie » veut dire « l’amour de la sagesse » : ce sont tous les efforts de l’intelligence humaine pour atteindre les secrets de la connaissance. Or pour les juifs il ne fait pas de doute que Dieu seul les connaît : l’auteur du livre biblique de la sagesse, je devrais dire le prédicateur, va donc dire haut et fort à ses contemporains que la vraie sagesse, les secrets de la connaissance, Dieu seul les possède. Il a compris déjà ce que Jésus dira quelques dizaines d’années plus tard, à savoir que les secrets de Dieu ne sont pas à la portée des sages et des savants mais des humbles. Je fais allusion ici à cette phrase de Jésus que nous avons entendue récemment dans l’évangile de Matthieu (c’était au quatorzième dimanche) : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » (Mt 11, 25).
Dans le passage que nous lisons aujourd’hui, il médite sur deux thèmes majeurs de la foi juive : la puissance de Dieu et la bonté de Dieu ; je commence par cette dernière, car l’auteur y insiste particulièrement. Je reprends ses termes ; d’après lui, Dieu « prend soin de toute chose », il est « patient envers toute chose », il « juge avec indulgence », il « nous gouverne avec beaucoup de ménagement », et enfin « à ceux qui ont péché il accorde la conversion ». dans toutes ces affirmations, nous reconnaissons bien les acquis de la foi juive au terme de l’histoire biblique.
En même temps, le Dieu d’Israël est tout-puissant, cela ne fait aucun doute : « Il n’y a pas de Dieu en dehors de toi, Seigneur »… « Il domine sur toute chose »… « Il dispose de la force »… « Il n’a qu’à vouloir pour exercer sa puissance ».
Mais ce qui est particulièrement intéressant dans le texte d’aujourd’hui, c’est que l’auteur fait un lien entre la bonté de Dieu et sa puissance : pour lui, c’est une évidence : si Dieu est aussi indulgent avec les hommes, c’est parce qu’il est tout-puissant : « Ta maîtrise sur tous te fait user de clémence envers tous. » Ici il compare la puissance de Dieu et la volonté de puissance des hommes ; parce qu’ils ne possèdent pas la force en eux-mêmes, les hommes éprouvent le besoin d’en faire étalage : « Il fait montre de sa force, celui dont le pouvoir est mis en doute ». Dans la vie courante, il nous arrive de rencontrer ce qu’on appelle des « petits chefs » : ils prennent des airs importants, précisément parce que leur pouvoir est limité. Dieu au contraire qui dispose de la puissance infinie ne montre que douceur et patience : « Il montre sa force, l’homme dont la puissance est discutée… Tandis que toi, Seigneur, qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance. »
Cette découverte d’un Dieu à la fois tout-puissant et bon est un acquis magnifique de la religion juive et il a fallu des siècles de pédagogie de Dieu pour en arriver là ; ce regard sur Dieu ne nous est absolument pas spontané : il semble même que le mystère d’un Dieu d’amour soit irrémédiablement inaccessible à notre intelligence. « Vos pensées ne sont pas mes pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins – oracle du Seigneur. C’est que les cieux sont hauts par rapport à la terre ; ainsi mes chemins sont hauts, par rapport à vos chemins, et mes pensées par rapport à vos pensées. » (Is 55, 8).
Mais grâce à la Révélation patiente de Dieu par l’intermédiaire de ses prophètes, indiscutablement, au long des siècles, le regard des croyants sur Dieu s’est peu à peu transformé : on a appris que Dieu est tendresse et douceur et pardon. Ici, par exemple, nous avons entendu : « A ceux qui ont péché tu accordes la conversion. » On a appris également que sa puissance n’est pas tapageuse, qu’elle est celle, invincible, mais discrète du véritable amour. C’est bien la même découverte qu’avait faite le grand prophète Elie à l’Horeb : le Dieu tout-puissant n’est pas dans l’ouragan ni dans le feu, ni dans le tremblement de terre, mais dans le murmure de la brise légère.
Et ce n’est pas fini : notre texte de ce dimanche va encore plus loin ; car toute découverte du mystère de Dieu entraîne des exigences nouvelles pour l’homme si celui-ci prend au sérieux sa ressemblance avec Dieu. Du coup, et c’est le deuxième aspect de la foi d’Israël, le regard sur l’homme change, et avec le regard, l’idéal humain change : si Dieu n’est qu’amour et tendresse et s’il nous a créés à son image, la conséquence ne se fait pas attendre : il nous faut abandonner peu à peu toute idée de violence et de puissance. On en a l’écho dans notre texte d’aujourd’hui : « Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain. »
Jésus, à son tour, s’inscrivait bien dans la même ligne quand il disait à ses disciples : « Les chefs des nations les dominent en maîtres et les grands les tiennent sous leur pouvoir et les grands sous leur domination. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous. » (Mt 20, 25-26). Pourquoi ? Parce que notre vocation est de ressembler chaque jour davantage à Celui qui « use de clémence envers tous. »
————————-
Compléments
Pseudépigraphie
Les usages littéraires des temps bibliques n’étaient pas les nôtres : on n’hésitait pas à attribuer au grand roi Salomon, réputé pour son amour de la sagesse un livre écrit quelque 900 ans après sa mort par un auteur anonyme. Dans la Bible grecque, le livre dont nos lisons un extrait ce dimanche est intitulé « Livre de la Sagesse de Salomon » mais il ne doit rien au grand roi, sinon la reconnaissance que l’on doit à celui qui introduisit à la cour de Jérusalem ce souci de la recherche philosophique qu’il tenait probablement des Egyptiens. (L’une de ses épouses était une princesse égyptienne).
Les livres « deutérocanoniques »
Parce qu’il a été écrit tardivement, et en grec, à Alexandrie (en Egypte), le livre de la Sagesse fait partie des livres qu’on appelle « deutérocanoniques ».
Lorsqu’à la fin du premier siècle de notre ère, les Juifs de Palestine ont souhaité fixer définitivement la liste des livres destinés à figurer dans la Bible, ils ont basé leur choix sur trois critères : le contenu du livre (sa conformité à la foi d’Israël), la langue de composition du livre (l’hébreu exclusivement) et le lieu de composition (la terre d’Israël exclusivement).
Le livre de la Sagesse (ainsi que quelques autres) ne répond pas aux deux derniers critères, puisqu’écrit en grec (et non en hébreu) à Alexandrie, en Egypte (et non sur la terre d’Israël). Il ne fait donc pas partie de la liste officielle hébraïque. En revanche, la communauté juive de langue grecque (qui comprenait toutes les communautés juives du bassin méditerranéen hors Palestine) l’a inscrit dans sa liste en plus des livres reconnus dans la liste hébraïque. Ce sont les livres de cette seconde liste que l’on appelle « deutérocanoniques » (en grec « deutero » = deux ; « canon » = règle).
Liste des livres deutérocanoniques :
Esther (partie grecque) ; Judith ; Tobit ; 1 et 2 Maccabées ; Sagesse ; Siracide ; Baruch ; lettre de Jérémie.

PSAUME – 85 ( 86 ) , 5-6, 9-10, 15-16a

5 Toi qui es bon et qui pardonnes,
plein d’amour pour ceux qui t’appellent,
6 écoute ma prière, Seigneur,
entends ma voix qui te supplie.

9 Toutes les nations que tu as faites
viendront se prosterner devant toi,
10 car tu es grand et tu fais des merveilles,
toi Dieu, le seul.

15 Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié,
lent à la colère, plein d’amour et de vérité,
16 regarde vers moi,
prends pitié de moi.

La première lecture de ce dimanche est extraite du livre de la Sagesse : l’auteur s’émerveille à la fois de la grandeur et de la tendresse de Dieu ; et il dit que l’une explique l’autre : si Dieu est indulgent avec l’homme, c’est précisément parce qu’il est tout-puissant. « Toi, Seigneur, qui disposes de la force, tu juges avec indulgence… Ta domination sur toute chose te rend patient envers toute chose. »
On retrouve bien ce double accent dans le psaume d’aujourd’hui : la première et la troisième strophes que nous avons entendues développent le thème de l’indulgence, la deuxième strophe dit la grandeur de Dieu. Je les reprends partiellement : première strophe sur l’indulgence de Dieu : « Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d’amour pour ceux qui t’appellent », troisième strophe sur le même ton : « Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » ; deuxième strophe sur la grandeur de Dieu : « Tu es grand et tu fais des merveilles, toi Dieu, le seul. »
Je les reprends maintenant une à une. Je commence par la troisième qui évoque d’emblée pour nous une phrase célèbre : « Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité, regarde vers moi, prends pitié de moi. » La première phrase de cette strophe est l’une des grandes révélations de Dieu à Moïse au Sinaï. Je vous la rappelle : « Le Seigneur passa devant Moïse et proclama : Le Seigneur, le Seigneur, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté. » (Ex 34, 6). Or cette révélation de la miséricorde de Dieu intervenait au meilleur moment qui soit : c’était immédiatement après l’épisode du veau d’or ! Moïse est entré dans une grande colère et a jeté par terre les tables de la Loi que Dieu venait de lui donner. C’est donc le signe de l’Alliance qui était détruit par Moïse lui-même, après que l’alliance elle-même ait été profanée par le peuple qui s’était fabriqué une idole, le veau en or.
Dieu, lui, ne renie pas l’Alliance pour autant, il dit à Moïse : taille deux nouvelles plaques de pierre qui seront les tables de la Loi. J’écrirai sur ces nouvelles tables les mêmes paroles que sur les premières tables. Voilà bien une preuve de sa miséricorde. Et c’est à ce moment précis qu’il dit à Moïse cette phrase : « Le Seigneur, le Seigneur, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté. »
Et comment Moïse a-t-il réagi ? Il a pris Dieu au mot, si j’ose dire : « Aussitôt, Moïse s’agenouilla à terre et se prosterna. Et il dit : « Si vraiment j’ai trouvé grâce à tes yeux, ô Seigneur, que le SEIGNEUR marche au milieu de nous ; c’est un peuple à la nuque raide que celui-ci, mais tu pardonneras notre faute et notre péché, et tu feras de nous un peuple qui t’appartienne. »
L’auteur de notre psaume réagit exactement comme Moïse : il rappelle la miséricorde de Dieu et il le prend au mot, c’est-à-dire qu’il le supplie : « Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité, regarde vers moi, prends pitié de moi. » Au fond, dans toutes nos prières, nous faisons la même chose, nous prenons Dieu au mot. Nous nous souvenons de son projet de bonheur, de son dessein bienveillant pour l’humanité et nous le supplions de hâter son accomplissement. (voir la deuxième lecture de ce dimnche : Rm 8, 26-27). Nous retrouvons exactement le même mouvement dans la première strophe que nous lisons aujourd’hui : le rappel de la miséricorde de Dieu précède et encourage la prière : « Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d’amour pour ceux qui t’appellent, écoute ma prière, Seigneur, entends ma voix qui te supplie. »
Vous allez voir que le parallèle entre notre psaume et le livre de l’Exode continue : jusqu’ici nous avons lu dans le livre de l’Exode la révélation de Dieu et la réponse de Moïse. Dieu dit qu’il est miséricordieux et bienveillant et Moïse répond : « tu nous pardonneras » ; je lis maintenant la phrase suivante de Dieu : « je vais conclure une alliance. Devant tout ton peuple, je vais réaliser des merveilles, telles qu’il n’en fut créé nulle part sur la terre, ni dans aucune nation. » En écho la deuxième strophe de notre psaume chante : « Tu es grand et tu fais des merveilles, toi Dieu, le seul ». On peut penser que l’auteur du psaume connaissait bien le livre de l’Exode puisqu’il reprend exactement le même vocabulaire.
Mais l’autre verset de cette même strophe nous offre une nouveauté par rapport au livre de l’Exode : parce qu’il est probablement plus tardif, le psaume aborde un autre aspect de la foi juive : au cours de l’exil à Babylone, on a mieux pris conscience de l’universalisme du projet de Dieu et on a compris que toutes les nations sont appelées à le connaître. Or comment se convertiront-elles ? En découvrant l’oeuvre de Dieu en faveur de son peuple. C’est une découverte tardive mais magnifique de la foi juive. Le peuple juif ne prétend pas convertir les autres peuples, mais il réalise que l’oeuvre de Dieu en sa faveur devient le moyen de la conversion des autres peuples : s’ils ouvrent les yeux, ils sont amenés à reconnaître le Dieu d’Israël comme le sauveur et ils se tournent vers lui, condition nécessaire et suffisante pour être sauvés à leur tour.
Je vous lis cette strophe et je terminerai par elle : « Toutes les nations que tu as faites viendront se prosterner devant toi, car tu es grand et tu fais des merveilles, toi Dieu, le seul. »

 

HOMÉLIE – MESSE – 16E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

18 juillet, 2014

http://www.homelies.fr/homelie,,3899.html

16E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

DIMANCHE 20 JUILLET 2014

FAMILLE DE SAINT JOSEPH JUILLET 2014

HOMÉLIE – MESSE

Après la parabole du semeur que nous avons entendue la semaine dernière, la liturgie nous permet aujourd’hui de continuer notre progression dans le discours parabolique de Jésus chez saint Matthieu. Ce sont trois nouvelles paraboles qui nous sont présentées : le bon grain et l’ivraie, le grain de sénevé, le levain dans la pâte.
Nous savons que le but des paraboles est de nous faire entrer dans la connaissance des mystères du Royaume, connaissance qui ne désigne pas une plus grande évidence intellectuelle du Royaume mais une perception intérieure de sa présence active dans le monde.
En ce sens, que nous apportent les paraboles de ce dimanche ? Que nous révèlent-elles sur l’action du Royaume dans chacune de nos vies ?
« Il en est du Royaume des Cieux comme d’un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, son ennemi est venu, il a semé à son tour l’ivraie, au beau milieu du blé et il s’en est allé ».
Là où le Royaume est l’œuvre, le démon pointe son nez et entre en action. N’oublions pas qu’il y a deux manières de faire l’œuvre du démon : trop en parler si bien qu’on ne pense plus qu’à lui en oubliant que Dieu est le centre de notre vie, mais aussi croire qu’il n’existe pas, qu’il n’agit pas si bien qu’on lui laisse les mains libres pour semer l’ivraie dans notre champ : « pendant que les gens dormaient ».
La parabole nous montre qu’il entre alors en action à deux niveaux. Tout d’abord, directement. Il sème de l’ivraie au milieu du bon grain et crée la confusion entre ce qui est bon et ce qui est mauvais. Face à cette situation de confusion, les directives de Jésus sont claires : « Laissez-les pousser ensemble, de peur qu’en enlevant l’ivraie vous n’arrachiez le bon grain ». Le bon grain et l’ivraie en herbe se ressemblent tellement que nous risquerions de nous méprendre : ce qui apparaît comme de l’ivraie dans les premiers signes de sa manifestation, pourrait bien porter du bon fruit au terme de sa croissance.
En tout cas, l’ivraie est tellement imbriquée dans le bon grain, qu’en voulant enlever l’un, on arracherait l’autre. Jésus nous met ainsi en garde contre la deuxième manière dont le démon peut nous tenter après avoir jeté la confusion entre le bon grain et l’ivraie. Induire dans notre cœur l’illusion de croire que nous pouvons nous-mêmes, à la lumière de notre propre intelligence, discerner de façon définitive ce qui est bon de ce qui est mauvais, c’est-à-dire que nous pouvons être juge de nos frères et de nous-mêmes, que nous pouvons être juges de la moisson c’est-à-dire de l’œuvre de Dieu dans les cœurs, autrement dit, que nous pouvons juger Dieu puisque entre Dieu et son œuvre c’est tout un.
Le piège ici n’est pas de prétendre juger entre le bien et le mal. Certes, nous sommes appelés à cheminer dans le clair-obscur d’un mélange d’ombre et de lumière qui nous atteint tous jusqu’au cœur de nos vies. Mais cela ne signifie en rien que nous pourrions négliger la distinction entre le bien et le mal : l’ivraie n’est pas du bon grain, et le bon grain ne saurait se confondre avec l’ivraie. Le bien et le mal s’imposent à tous dans les mêmes termes et avec la même exigence et ne sont relatifs en rien aux conditions subjectives de chacun.
En fait, le véritable piège est de prétendre juger du bien et du mal de notre point de vue purement humain, c’est-à-dire d’une façon définitive et clôturante à un instant donné, sans rémission aucune, enfermant l’autre ou soi-même dans sa faute sans possibilité aucune de changer. Autrement dit, en faisant l’impasse totale sur la miséricorde divine qui agit dans la durée et n’enferme jamais personne dans les actes qu’il a posés à un moment donné de sa vie.
La divine patience est sans conteste un des aspects les plus déconcertants de la miséricorde : « Ta force est l’origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te rend patient envers toute chose. […] Toi Seigneur, qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance » (Cf. 1ère lecture). Le Seigneur croit en nous, il espère en nous : « Par ton exemple, tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain, et tu as pénétré tes fils d’une belle espérance : à ceux qui ont péché, tu accordes la conversion » (Cf. 1ère lecture). Dieu nous aime non pas malgré notre malice et notre aveuglement, mais à cause d’eux, c’est-à-dire : en proportion de notre misère. Certes, l’ivraie n’entrera pas dans le Royaume, mais ce n’est qu’à la moisson, c’est-à-dire quand le bon grain sera définitivement à l’abri, qu’elle sera arrachée et brûlée. Car ce n’est qu’au terme d’une vie qu’on peut en faire le bilan et encore : pas à la lumière de nos critères humains (Dans l’explication de la parabole, Jésus précise bien que ce ne sont pas les serviteurs qui moissonnent mais les Anges de Dieu), mais à la lumière de ce que l’Esprit seul peut révéler, lui qui connaît le fond des cœurs (Cf. 2ème lecture).
Laissons donc le temps et la grâce faire leur œuvre. La graine du Royaume, minuscule aux yeux des hommes, à vrai dire à peine perceptible – qu’y a-t-il donc de changé depuis la venue du Christ ? – pousse dans le secret des cœurs. Mystérieusement, le levain du Royaume se diffuse dans la pâte humaine et la travaille au plus profond. Même si nous ne percevons pas de changement spectaculaire, il fait pourtant insensiblement lever la pâte.
Voilà le lieu de notre combat : la foi en l’action cachée du Royaume dans la durée. Ne laissons pas ici sommeiller notre foi. Pendant ce sommeil risquerait fort bien d’intervenir le Malin. Notre manière de contribuer à l’avènement du Royaume c’est précisément de rester vigilant dans cette foi.
« Seigneur Jésus Christ, dans l’attente de ta venue glorieuse qui initiera la moisson, fortifie notre foi et notre espérance en ta miséricorde à l’œuvre dans les cœurs. Que nous nous efforcions ainsi de promouvoir au cœur de notre monde la croissance du bon grain afin d’être jugés dignes d’être intégrés dans le Pain Eucharistique de ton Royaume : ton Corps Seigneur Jésus. »

Frère Elie

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