DE L’ESPACE POUR LES PIEDS

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Chronique « Signes de foi », no 6

Revue Vivre en Église, février 2003

DE L’ESPACE POUR LES PIEDS

Non, je ne parlerai pas aujourd’hui de la publicité d’un nouveau modèle de voiture promettant plus d’espace pour les jambes. Mais plutôt d’un de mes psaumes préférés, celui qui dans la liturgie porte le numéro 30.
C’est à la fois un psaume de confiance et un cri de détresse: « En toi, Seigneur, j’ai mon refuge… Ma forteresse et mon roc, c’est toi…Tu m’arraches au filet qu’ils m’ont tendu, oui c’est toi mon abri… Entre tes mains, je remets mon esprit…  » Mais aussi: « Ma vie s’achève dans les larmes… Je suis la risée de mes adversaires… On m’ignore comme un mort oublié… De tous côtés c’est l’épouvante… »
À la fois supplication dans la détresse et confiance inébranlable en Dieu. On peut autant y deviner toute la souffrance du monde qu’y entendre l’acte de foi qui empêche de sombrer dans le désespoir.
Mais quel lien y a-t-il, me direz-vous, avec l’espace pour les pieds?
Eh bien! ces mots se trouvent bel et bien dans le texte original mais sont apparemment disparus de notre version liturgique. Alors quand je m’en suis rendu compte, j’ai décidé de faire enquête.
Le texte en question est la deuxième partie du verset 9. Dans l’original, en hébreu, il y a trois « mots ». Le premier peut se traduire: « tu as fait se tenir debout »; le deuxième, « dans un vaste lieu »; le troisième, « mes pieds » ou « mes pas ».
J’ai comparé 25 traductions (*). La plus littérale que j’ai lue est: « tu as fait que mes pieds se tiennent en un vaste lieu ». Mais j’ai trouvé aussi des choses comme « sur un large chemin, tu affermis mes pas » et « tu daignes, mes pas, voir à leur liberté ». Une version nous envoie même en orbite avec « tu diriges mes pas dans l’espace »! La TOB, elle, a opté pour « tu m’as remis sur pied, tu m’as donné du large ».
Quant à la version liturgique, on y sent un effort particulier pour tenir compte de l’ensemble du psaume. En effet, quand le psalmiste parle de grand espace pour les pieds ou les pas, c’est en réponse à l’appel au secours du juste persécuté, poursuivi, cerné par ses ennemis. Si le Seigneur lui donne de l’espace « pour les pieds », ce n’est pas pour son confort ou pour le mettre à l’aise, c’est pour lui permettre de marcher vers son salut, pour le sauver en lui ouvrant la voie vers la liberté!
Or, en français, il y a un mot pour dire « espace pour les pas », « espace pour passer »: c’est tout simplement « passage ». Donner de l’espace pour les pas, c’est ouvrir un passage. D’où la belle traduction liturgique: Devant moi, tu as ouvert un passage.
Dieu dégage et ouvre la voie pour qu’on puisse se mettre en marche, en toute liberté. On pressent, déjà, l’appel de Jésus, le Sauveur qui dit: « Viens et suis-moi. »
Qui prie avec ce psaume ainsi traduit n’attendra pas une intervention de Dieu qui ferait disparaître comme par enchantement les obstacles, les tentations, les adversaires ou les croix. Devant moi, tu as ouvert un passage est déjà, d’une certaine façon, une profession de foi pascale.

Bertrand Ouellet

Février 2003

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