Archive pour le 9 juin, 2014

The Blessed Virgin Mary from the Ghent Altarpiece, circa 1432

9 juin, 2014

The Blessed Virgin Mary from the Ghent Altarpiece, circa 1432 dans images sacrée Retable_de_l%27Agneau_mystique_%283%29

http://en.wikipedia.org/wiki/Solemnity_of_Mary,_Mother_of_God

SAINT EPHREM LE SYRIEN – CONFESSIONS

9 juin, 2014

http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/index.htm

SAINT EPHREM LE SYRIEN – CONFESSIONS

(la deuxième partie sur ce site, est un texte un peu long)

INTRODUCTION

Voici le deuxième fascicule des écrits de saint Ephrem, celui qu’on appelle « la harpe de l’Esprit saint » et « la fierté des moines ».
Des siècles nous séparent de ce saint, de même que la mentalité et la culture. La langue dans laquelle il écrivait – le syriaque – diffère sensiblement de la nôtre. Tant d’autres divergences pourraient encore être énumérés. Mais que sont ces divergences en face de la foi commune qui nous unit avec notre saint? Il parlait finalement le même langage que nous, quoique dans une autre langue. Ses paroles contiennent la même vérité que le contenu de notre foi – vérité qui dépasse les époques, les pays, les cultures. Cette vérité orthodoxe, c’est-à-dire juste et irréprochable, de même que catholique, c’est-à-dire cru et vécu « par tous, toujours et partout » selon la formule célèbre de saint Vincent de Lérin.
Ce qui peut tout au plus faire obstacle à la compréhension de ces écrits, ce sont nos péchés qui nous plongent dans l’ignorance et l’indifférence et notre niveau spirituel lamentable. C’est à cela qu’il faut remédier. Alors nous saisirons le sens des ces paroles inspirées et nous goûterons leur suavité.

LIVRE PREMIER.
1. Mes frères, vous qui avez des entrailles de miséricorde, prenez compassion de moi; ce n’est pas sans raison que l’Écriture a dit: « Le frère qui est aidé par son frère est comme une ville forte et élevée (Pr 18,19). On peut le comparer, pour la puissance, à un empire qui reposerait sur des fondements inébranlables. Et ailleurs: « Confessez-vous mutuellement de vos fautes et priez les uns pour les autres, afin de mériter le salut » (Jc 5,16). Vous, les élus de Dieu, souffrez que ces paroles vous soient rappelées par un homme qui avait résolu, qui avait promis de se rendre agréable à Dieu, mais qui a indignement trompé son Créateur; puissent vos prières me délivrer des liens du péché, liens qui m’enlacent et m’étreignent de toutes parts, qu’enfin rendu à la santé, je rompe tout commerce avec le mal, car il répand la corruption dans l’âme. Hélas! dès mes premières années, je suis devenu un vase inutile et abject; et maintenant que j’entends une voix qui m’annonce l’approche du juge, je n’en suis point ému, comme si je n’avais ni crime ni offense à me reprocher. Tandis que, par mes exhortations, j’éloigne les autres de toutes les choses inutiles, je m’y abandonne moi-même sans retenue. Malheur à moi, qui suis engagé dans une voie de condamnation! Malheur à moi, qui suis tombé dans un abîme de honte! Malheur à moi, dont l’âme répond si peu aux apparences extérieures! Ah! si le Seigneur ne se hâte de verser sur moi les torrents de sa Miséricorde, je ne vois dans mes oeuvres aucun sujet d’espérer le salut. A cette heure, je parle de pudeur et je suis obsédé par des pensées impures; et tandis que mes discours font l’éloge de la pureté, jour et nuit de honteuses affections remplissent mon coeur. Quelle excuse alléguerai-je? Malheur à moi pour ce jugement que je vais subir! De la piété je ne possède que les dehors, je n’en ai ni la solidité ni la vertu. De quel front oserai-je me présenter devant le Seigneur mon Dieu, qui pénètre les secrets les plus intimes? Ainsi couvert de péchés, je tremble qu’au milieu de mes prières le feu du ciel ne tombe sur moi et ne me dévore. Une flamme envoyée de Dieu mit en cendres ceux qui avaient osé offrir au Seigneur un feu étranger dans le désert (Lv 10,1-2); que dois-je attendre, moi, chargé du poids de tant de crimes qui m’entourent et m’enveloppent tout entier? Eh quoi! dois-je désespérer de mon salut? Eh bien! j’y renonce. Mais non, c’est l’artifice dont se sert souvent notre ennemi: il nous pousse au désespoir afin de nous abattre ensuite et de nous fouler aux pieds. Je ne désespère pas de moi-même, je mets ma confiance dans la Miséricorde de Dieu et dans l’efficacité de vos prières.
2. Sans cesse adressez donc vos supplications à ce Dieu qui porte aux hommes un si ardent amour, pour que mon coeur soit délivré du joug des passions criminelles. Ce coeur brûlait de feux impurs, mes pieuses résolutions se sont évanouies, et mon esprit est tombé dans les ténèbres; je ressemble à ce chien qui retourne vers ce qu’il a vomi (Pr 26,2-3 P 2,22); ma pénitence n’est pas sincère, et dans la prière mes yeux ne versent point de larmes. Tandis que je gémis, j’essuie mon front que la honte a fait rougir, je frappe ma poitrine où s’agitent tant de passions. Gloire à Toi, qui me soutiens dans le combat! Gloire à Toi, qui me supportes avec tant de patience ! Gloire à Toi, Dieu plein de bonté! Gloire à Toi, qui as une longanimité que rien n’égale! Gloire à Toi, le Bienfaiteur des âmes et des corps! Gloire à Toi, qui fais luire le soleil sur les bons et sur les méchants, qui fais pleuvoir en faveur des justes et des injustes (Mt 5,45) ! Gloire à Toi qui nourris toutes les nations et tout le genre humain comme un seul homme; les oiseaux du ciel, les bêtes sauvages, les reptiles et les poissons comme le plus petit passereau (Mt 10,29-31 Lc 12,6 Ps 103,25); tous les êtres animés attendent de Toi que Tu leur donnes la nourriture en temps propice (Ps 144,15). Ton pouvoir est grand, Seigneur, et tes Miséricordes l’emportent sur toutes tes oeuvres. Je T’en conjure, mon Dieu, ne me repousse pas avec ceux qui Te disent: « Seigneur, Seigneur! » (Mt 7,22) et qui ne font pas ta Volonté; je Te le demande par les prières de tous ceux qui se sont rendus agréables à tes Yeux. Tu connais les passions cachées au fond de mon âme; Tu vois les plaies secrètes de mon coeur: « Guéris-moi, Seigneur, et alors seulement je serai guéri » (Jr 17,14) .
3. Unissez vos prières aux miennes, mes frères; implorez la Miséricorde d’un Dieu plein de bonté; ramenez la douceur dans une âme que ses péchés ont remplie d’aigreur et d’amertume. Vous qui êtes les branches de la vraie vigne, donnez à boire de cette source de vie à celui qui meurt de soif; vous êtes ses dignes ministres. Éclairez mon âme, vous qui êtes les enfants de la lumière; vous qui marchez dans les sentiers de la vie, ramenez dans cette voie mes pas égarés. Vous, les héritiers du royaume céleste, introduisez-moi dans cette royale demeure, comme un maître fait entrer son esclave: mon coeur est dans l’oppression. Que vos prières attirent sur moi la divine Miséricorde avant que je sois entraîné dans l’abîme avec ceux qui commettent l’iniquité. Alors, alors ce que nous avons fait dans les ténèbres et ce que nous avons fait au grand jour sera exposé à tous les regards.
4. Quelle honte, quelle confusion pour moi, lorsque ceux qui me prônent comme irréprochable me verront condamné! Abandonnant les oeuvres spirituelles, je me suis placé sous le joug des passions. Je veux instruire les autres, et je ne veux pas qu’on m’instruise. J’aspire au commandement, et je refuse l’obéissance. Je repousse les fardeaux que l’on veut m’imposer, et je les fais peser sur autrui. Je me refuse au travail, et ce qui m’occupe le plus, c’est d’y exhorter les autres. Je me réjouis des honneurs que je reçois, et je ne veux point en rendre. Je ne puis supporter une injure, et je me livre volontiers aux invectives et aux récriminations. Une marque de dédain me révolte, et j’ai pour les autres un souverain mépris. L’orgueil des autres m’indigne, et je me plais à les traiter avec hauteur. Je fuis les remontrances et j’aime à les prodiguer. Je recherche pour moi dans les hommes une pitié que je ne sens pas pour eux. Je n’aime pas les reproches et je me plais à en adresser. Je ne veux pas que l’on me condamne, et je condamne volontiers les autres. Je ne veux supporter aucune injustice et il m’arrive d’être injuste. Ceux qui parlent mal de moi, je les hais et j’aime pourtant à médire. J’écoute les autres avec impatience, et je veux qu’ils prêtent l’oreille à mes discours. Je répugne à louer les autres, et j’aime qu’on me loue, qu’on m’exalte. Je n’aime pas à être surpassé, et je m’efforce de surpasser les autres. Sage dans mes discours, mais non dans mes actions, je dis ce qu’il faudrait faire et je fais ce qu’il n’est même pas permis de dire.
5. Eh! qui ne pleurerait sur moi? Plaignez-moi, saints et justes; car j’ai été conçu dans l’iniquité (Ps 1,7). Vous qui aimez la lumière, qui haïssez les ténèbres, versez des larmes sur moi, qui me complais dans les oeuvres des ténèbres et non point dans celles de la lumière.
Vous qui êtes attachés au bien, plaignez un homme adonné au mal; vous qui êtes indulgents et miséricordieux, plaignez celui qui, après avoir obtenu son pardon, ne craint pas d’irriter de nouveau son juge. Vous qui êtes exempts de tout reproche, plaignez un malheureux plongé dans tous les crimes. Vous qui chérissez le bien, qui détestez le mal, plaignez celui qui embrasse le mal et qui s’éloigne du bien. Vous qui marchez avec zèle dans la vie religieuse, plaignez celui qui ne diffère qu’extérieurement des enfants du siècle. Vous qui n’avez d’autre ambition que de plaire à Dieu, plaignez un malheureux qui n’a d’autre soin que de rechercher les louanges des hommes; vous qui possédez une charité parfaite, plaignez celui dont l’amour n’existe qu’en paroles et qui prouve par sa conduite qu’il n’a que de la haine pour son prochain. Vous qui ne vous occupez que de vos propres affaires, plaignez celui que la curiosité porte à s’immiscer sans cesse dans les affaires d’autrui. Vous en qui fleurit la patience, et qui portez des fruits agréables au Seigneur, plaignez celui à qui manque cette vertu, et qui n’est qu’un arbre stérile. Vous qui recherchez la science et la discipline, plaignez un homme ignorant et inutile en tout. Vous qui vous approchez de Dieu avec confiance, plaignez un malheureux indigne de lever ses regards au ciel. Vous qui avez la patience de Moïse, plaignez-moi, j’ai volontairement renoncé à toute patience. Vous qui possédez la pureté de Joseph, plaignez celui qui a indignement violé les saintes lois de la chasteté. Vous qui aimez la tempérance de Daniel, plaignez-moi qui m’en suis dépouillé de plein gré. Vous en qui brille la patience de Job, pleurez-moi qui m’en suis tant éloigné. Vous qui avez embrassé la pauvreté volontaire des apôtres, plaignez celui qui est devenu totalement étranger à ce désintéressement. Vous dont toutes les pensées sont constamment dirigées vers Dieu, pleurez sur celui dont le coeur est partagé, qui est lâche, timide et méchant. Vous qui aimez une sainte tristesse, qui vous éloignez de toute joie profane, pleurez sur celui qui ne recherche que les rires, qui a la gravité en horreur. Vous qui avez conservé le temple du Seigneur pur de toute souillure, plaignez celui qui l’a rempli de l’infection du péché. Vous qui avez sans cesse présent à l’esprit le souvenir de la séparation et du voyage inévitable, plaignez celui qui n’y pense point et qui n’a nul souci de s’y préparer. Vous qui ne perdez jamais de vue le jugement qui doit suivre la mort, plaignez-moi, plaignez-moi; j’avoue que je ne l’ai point oublié, mais que ma conduite dément ce souvenir. Vous les héritiers du royaume céleste, pleurez sur moi qui suis destiné au feu de l’enfer.
6. Malheur à moi, dont tous les membres, tous les sens ont été souillés et corrompus par le péché! Déjà la mort est à ma porte, et je n’y songe point. Mes frères, je vous ai fait connaître les plaies de mon âme; je suis réduit à un déplorable état, mais ne m’accablez pas de votre mépris; demandez plutôt un médecin pour ce malade, un pasteur pour cette brebis égarée, un libérateur pour cet esclave, la vie pour celui qui est mort à la grâce, afin que j’obtienne de notre Seigneur Jésus Christ la force de m’arracher aux liens de mes péchés; qu’Il répande sur moi ses divines Faveurs et qu’Il dissipe la faiblesse de mon âme. J’ai résolu de résister avec force aux mauvaises passions; mais tandis que je lutte contre elles, l’ennemi du salut a recours à ses artifices, il énerve mon âme par les charmes de la volupté et me réduit en esclavage. Alors je cherche à retirer des flammes celui qu’elles brûlent; mais je touche si près du feu, que ma jeunesse et mon inexpérience me précipitent encore au milieu des flammes. Je cherche à sauver celui qui se noie, et par mon imprudence je disparais avec lui sous les flots. Tandis que je m’attache à guérir les passions, je ressens de nouveau leurs atteintes. Au lieu d’appliquer au mal le remède qui lui convient, je perds le temps à réprimander le malade; aveugle moi-même, n’ai-je pas la témérité de vouloir conduire des aveugles?
7. J’ai donc besoin du secours de toutes vos prières, afin que j’apprenne à connaître l’étendue de mes fautes, afin que la grâce de Dieu me protège, qu’elle dissipe les ténèbres de mon coeur, qu’elle y répande la lumière, et qu’elle remplace mon ignorance par la Science divine: « parce qu’il n’y a rien d’impossible à Dieu » (Lc 1,37). C’est Lui qui a ouvert un chemin à son peuple à travers les flots de la mer (Ex 14,29, etc.). C’est Lui qui fit tomber la manne et une multitude d’oiseaux aussi nombreux que les grains de sable semés sur le rivage des mers (Ps 77,24 Ps 77,27 Nb 11,31). C’est Lui qui du sein d’un rocher fit jaillir une source abondante, pour étancher la soif de son peuple (Ex 17,6). C’est Lui qui par sa Bonté délivra le malheureux qui était tombé entre les mains des voleurs (Ps 7,10). Que sa Bonté se laisse également toucher de compassion pour moi, qui me suis plongé dans un abîme de péchés et qui suis lié par la perversité comme par une chaîne! Je tremble de paraître devant Celui qui sonde les coeurs et les reins. Nul ne peut calmer la douleur de mon âme, si ce n’est Celui qui connaît les secrets des coeurs (Ps 43,22) .
8. Combien de fois ne me suis-je pas tracé des limites que je ne devais jamais franchir? combien de fois n’ai-je pas élevé un mur entre moi et l’iniquité, entre moi et les ennemis qui ne me laissent pas un instant de repos? Mais mon esprit ne s’est pas contenu dans les bornes qu’il avait posées, il a renversé toutes les barrières, parce qu’elles n’étaient pas appuyées sur la crainte d’un Dieu fort et puissant, et qu’elles n’avaient pas pour base une vraie et sincère pénitence: voilà pourquoi je frappe à la porte, afin qu’elle me soit ouverte. Je persiste dans la prière afin d’obtenir l’effet de mes demandes, et je le réclame, Seigneur, avec instance de ta Miséricorde. Tu me combles de biens, divin Sauveur, et c’est par des outrages que je réponds à ta Bonté. Fais éclater toute ta Patience sur ce grand pécheur. Je ne réclame pas seulement ton Indulgence pour des paroles inutiles, mais je supplie ta Bonté de me pardonner toutes les actions impies dont je me suis rendu coupable.
9. Lave-moi, Seigneur, de toutes mes offenses avant que je sois arrivé au terme de ma carrière, afin qu’à l’heure de la mort je trouve grâce devant Toi. « Car qui Te confessera dans les enfers? » (Ps 6,6). Délivre mon âme, Seigneur, de la crainte de l’avenir, et par ta Bonté et par ta Miséricorde, blanchis ma robe, fais-en disparaître toutes les souillures, afin que, malgré mon indignité, j’obtienne d’être admis dans le royaume des cieux, et que là, brillant du plus vif éclat, plongé dans d’ineffables délices, je m’écrie dans un transport de reconnaissance: « Gloire à Celui qui a retiré mon âme affligée de la gueule du lion, et qui l’a placée dans le paradis des délices! » Car c’est à Toi, Dieu très Saint, qu’appartient la gloire dans toute la suite des siècles. Amen.

PAROLE DE DIEU ET PRIÈRE CHRÉTIENNE par Jean Lévêque,

9 juin, 2014

http://j.leveque-ocd.pagesperso-orange.fr/parole.pri.htm

PAROLE DE DIEU ET PRIÈRE CHRÉTIENNE

par Jean Lévêque, carme, de la Province de Paris

Jésus-Christ plénitude de la Révélation

Seule la foi en Dieu qui s’intéresse à l’homme nous permet de saisir les Écritures comme sa parole vivante pour aujourd’hui. Seule l’adhésion à Jésus envoyé de Dieu, mis à mort et maintenant dans la gloire, nous ouvre au sens ultime et définitif des paroles que Dieu a prononcées dans l’histoire et qu’il a voulu transmettre au monde entier. Dieu, qui ne cesse d’agir (Jn 5, 17), a longuement commenté son œuvre par ceux qui la racontaient sous forme de récits imagés ou de fresques catéchétiques, par les psalmistes qui la chantaient, par les sages qui la méditaient, ou par les prophètes qui la dévoilaient aux croyants ou qui l’annonçaient pour l’avenir. Puis le Fils unique, de sa voix d’homme, a « raconté » Dieu que personne n’a jamais vu (Jn 1,15). Et désormais ce que le croyant écoute et interroge comme parole de Dieu, c’est à la fois ce récit du Fils et toute la gangue de prophéties, de souvenirs et de témoignages qui fait corps, en amont et en aval, avec l’événement « Jésus-Christ ».

La Parole de Dieu, incarnée dans une culture, déborde toute limite
et s’adresse aujourd’hui à toute personne humaine

Chaque fois que nous ouvrons les Ecritures, notre foi, même hésitante, même balbutiante, est déjà impliquée et requise. Nous lisons pour mieux croire, et déjà il nous faut croire pour lire. Pour nous, disciples du Christ, toute écoute de la Parole est compromettante, et toute fréquentation de l’Écriture nous replace devant les multiples paradoxes de la Révélation.
La parole de Dieu est à la fois d’hier et d’aujourd’hui, non seulement parce qu’aujourd’hui je m’y réfère, mais surtout parce qu’aujourd’hui encore Dieu continue de parler par ces textes qui sont porteurs de l’Esprit et de la vie (Jn 6, 63). Je dois rejoindre cette parole en son lieu et en son temps, en traversant toute une distance culturelle, mais en même temps cette parole, de par une pertinence qui est le secret de Dieu, me rejoint en mon temps et en mes lieux, pour affranchir ma pensée et éclairer mon agir.
L’Écriture est parole de Dieu en langage d’hommes, car c’est toujours un homme qui dit ce que Dieu a dit. Dieu, pour se dire à nous, utilise les richesses d’une ou deux langues humaines, mais il en assume aussi les contraintes et les limites.
L’Écriture est parole pour tous les peuples dans les mots d’un seul peuple. Le message, de soi universel, s’incarne dans une culture particulière, et pour que chaque peuple de la terre «entende annoncer dans sa langue les merveilles de Dieu (Ac 2,11), un labeur herméneutique sera nécessaire, qui est de nos jours à peine commencé.
Autre paradoxe, qui n’est pas moindre: Dieu, qui parle toujours à partir de lui-même, a confié sa parole à une communauté vivante et confessante. Le même Dieu, qui a voulu que sa parole fût écrite, a voulu, dans un même dessein, la communauté missionnaire qui la porte depuis la première heure. Il n’y a jamais eu d’Ecriture sans Église, et en ce qui concerne la nouvelle Alliance, c’est la même communauté qui a commencé à vivre du message de Jésus, en a témoigné, puis a mis par écrit ses témoignages, et ultérieurement a fixé les frontières des Ecritures où elle reconnaissait sa foi. C’est elle encore qui recueille en sa mémoire le trésor des interprétations que les peuples proposent en tout temps et en tout lieu de cette parole advenue une fois pour toutes.
Enfin le disciple du Christ, appelé à vivre personnellement de sa parole, l’accueille toujours au sein du peuple des croyants, dont il reçoit à la fois la lumière pour sa compréhension du message et l’impulsion pour sa fidélité. Le lieu privilégié pour cette écoute croyante est la liturgie de la parole, liée par Jésus lui-même à l’Eucharistie de sa dernière cène.

la Parole de Dieu, forme de sa présence,
source de lumière, de force et de liberté

Accueillie dans la foi en dépit de ces paradoxes parfois déroutants, la Parole accomplit progressivement en nous son œuvre d’engendrement des fils et des filles de Dieu (Jc 1,18; 1 P 1, 23).
L’écoute de la Parole nous apporte la certitude, sensible ou non, de la présence de Dieu. Dans sa condition terrestre, nul homme ne peut voir Dieu; mais par le fait même qu’il s’adresse à nous, Dieu atteste sa présence et son désir de réciprocité. En faisant place à sa parole à l’intime de nous-mêmes, nous nous rendons à notre tour présents à lui; et plus sa parole nous devient familière, plus notre relation à lui tend à la permanence. Comme Jésus le dit lui-même en Jn 15, 7 : lorsque ses paroles demeurent en nous, nous demeurons en lui.
La Parole, qui nous rejoint dans notre quotidien, projette sa lumière sur le dessein de Dieu, sur Dieu lui-même, et sur les chemins qu’il aime prendre pour se révéler et se donner à nous. Elle illumine notre propre cheminement vers Dieu (Ps 119,130; Ep 1, 18 ; 2 P 1, 19), sans que nous puissions retenir à volonté cette lumière, pas plus que les Hébreux au désert ne pouvaient garder la manne (Ex 16, 17-21), et souvent seule est éclairée la route d’aujourd’hui. « Ta parole est une lanterne (nër) pour mes pas », dit le Psalmiste (Ps 119, 105), et l’image prend ici tout son sens: la lanterne ne projette qu’une lueur assez pauvre; mais la merveille, avec une lanterne, c’est que la lumière avance avec celui qui la porte. De même, à l’ordinaire, la Parole n’éclaire pas loin devant; mais le croyant verra toujours assez clair pour faire dans la foi les deux pas que Dieu lui demande. Souvent aussi la lumière de la Parole laisse dans l’ombre notre route et se fixe comme obstinément sur Dieu, son Christ, et leur mystère. Nous sommes alors invités à rejoindre notre projet de croyants par le détour de l’adoration.
À la mesure même de la lumière qu’elle diffuse en nous, la Parole est source de force. Elle dit, pour aujourd’hui et pour l’eschaton, le sens de ce que nous vivons, personnellement et communautairement; elle enclôt d’avance notre survie dans la vie de Dieu et du Ressuscité; elle rappelle de mille manières l’alliance que Dieu a passée pour toujours avec les hommes, et confronte chaque jour le disciple du Christ au oui décisif de son baptême. En toute joie et toute épreuve, le croyant se découvre ainsi précédé et attendu, compris et pardonné, et il acquiert progressivement «la sagesse pour le salut» (2 Tm 3,15). Saint Paul parle, en ce sens, de la «constance» et du «réconfort» qu’apportent les Ecritures (Rm 15,4) et qui permettent d’avancer dans l’espérance.
Enfin la Parole, en nous faisant entrer dans les vues de Dieu, nous établit peu à peu dans la liberté. « Si vous demeurez dans ma parole, dit Jésus, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (Jn 8, 31s). Plus profonde encore que toute liberté politique et toute autonomie intérieure, la liberté à laquelle le Maître nous fait accéder est sa propre liberté de Fils, à l’aise pour toujours dans la maison du Père (Jn 8, 35), et le chemin pour y parvenir est l’écoute du disciple qui se laisse remodeler par la parole du Christ. Celui-ci est à lui seul toute la vérité de Dieu, tout ce que Dieu dévoile de lui-même, et le lien est direct entre l’accueil de la parole, l’accueil du Fils qui est vérité, et la nouvelle liberté du chrétien: « Si le Fils vous libère, vous serez vraiment libres » (Jn 8,36).

s’imprégner patiemment et humblement de cette Parole

Dans le concret de notre vie de croyants, l’écoute de la Parole ne connaît pas d’autre loi que la foi de l’Eglise, ni d’autre contrainte que notre respect de Dieu qui parle. Chacun entend avec son cœur et scrute avec son intelligence; chacun se libère pour l’écoute selon son désir de lumière, et le temps que nous accordons chaque jour à l’accueil de la Parole mesure souvent la gratuité de notre amour de Dieu. Le disciple chrétien se fait un devoir et une joie d’aborder la Parole avec toutes ses ressources intellectuelles et d’amener peu à peu sa culture biblique au niveau de sa culture générale.
Mais de toute façon, quel que soit le travail consenti pour une meilleure connaissance de la Parole, la prière se situe à un autre niveau. Non pas que recherche et prière soient le moins du monde antagonistes; mais après le travail qui fait parler le texte, la prière, toujours humblement, se propose de laisser Dieu parler par ce texte, ou de ressaisir pour parler à Dieu les mots que lui-même nous a donnés. «Unifie mon cœur pour qu’il révère ton Nom », demandait le Psalmiste (Ps 86, 11). Cette grâce d’intégration, Dieu l’accorde dans l’acte de la prière. L’homme, peu à peu, sans préjudice de l’intellect, laisse vivre en lui-même le cœur et le désir. Un instant son attention adhère encore au texte, pour laisser s’imprimer une image, pour recadrer une scène, suivre des yeux un personnage ou les phases de l’action. Mais souvent il n’y a rien à voir, ou le regard lui-même se recueille, et la Parole, alors, pénètre par lente imprégnation. Dans la paix que Dieu donne, la prière se fait pauvre: seuls rebondissent, de loin en loin au fond du cœur, quelques mots qui nous disent Dieu ou qui nous disent à Dieu.
À vrai dire la pauvreté requise est bien plus radicale encore, car seul l’Esprit de Dieu nous introduit dans sa parole. Jésus le souligne dans son discours d’adieux : «Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. Lorsque viendra l’Esprit de la vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière» (Jn 14, 26; 16, 13). Seul l’Esprit du Ressuscité peut rendre vivantes en nous ses paroles. Il enseigne en remémorant, et la vérité qu’il déploie pour nous au long du temps de la mission est toujours déjà dans ce que Jésus nous a dit. La prière de l’Église et notre propre prière sont portées constamment par cette anamnèse actualisante qui est l’œuvre du Paraclet : «Il me glorifiera, disait Jésus, parce qu’il recevra de ce qui est à moi et il vous l’annoncera» (Jn 16,14). Ainsi, partout dans l’Eglise où la Parole est annoncée, commentée, partagée, et dans chaque cœur où elle est accueillie, l’Esprit est à l’œuvre, glorifiant le Fils, révélant son unité indicible avec le Père. Cela passe par nous; cela se passe en nous. C’est, pour tout baptisé, le quotidien de sa vie trinitaire.