Archive pour février, 2014

LA PENTECÔTE SUR LE MONT ATHOS – par Sandro Magister

10 février, 2014

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1337041?fr=y

LA PENTECÔTE SUR LE MONT ATHOS

Voyage sur la montagne sainte de l’Eglise orthodoxe. Accompli et raconté pour la première fois en 1997. C’est-à-dire maintenant, cette année. Parce que, sur le Mont Athos, le temps de la terre ne fait qu’un avec l’aujourd’hui éternel du ciel

par Sandro Magister

MONT ATHOS – Arrêtez vos montres, lorsque vous verrez le sommet du Mont Athos émerger des brumes de la mer Egée. Là-bas en effet, on vit dans un autre temps. On a conservé le calendrier julien, en retard de 13 jours par rapport au calendrier latin qui a envahi le reste du monde. Les heures ne se comptent pas à partir de minuit mais du coucher du soleil. Et ce n’est pas sous le soleil de midi, mais dans l’obscurité de la nuit que le Mont Athos vit et palpite le plus. De chants, de lumières, de mystères. Le Mont Athos est une vraie terre sainte, qui inspire la crainte de Dieu. Il n’est pas fait pour tout le monde. En tout cas pas pour les femmes, qui forment déjà une bonne moitié de l’humanité. La dernière pèlerine autorisée y a mis le pied il y a seize siècles. Elle s’appelait Galla Placidia et a donné son nom à une église de Ravenne aux mosaïques bleu et or. Etre la fille du grand Théodose, empereur chrétien de Rome et Constantinople, ne lui a servi à rien. Elle était entrée dans un monastère du Mont Athos mais une icône de la Vierge lui ordonna: arrête-toi! Et la Vierge la somma de quitter la montagne qui, depuis lors, allait être interdite aux femmes. Depuis le XIe siècle – dit-on – même les animaux femelles – vaches, chèvres, lapines – n’osent plus gravir impunément la montagne sainte.

OURANOUPOLIS Ouranoupolis – la cité du ciel – est le dernier village grec avant la limite sacrée. Ce poste frontière est très spécial. Des panneaux en tôle émaillée vous avertissent jusqu’au dernier moment que vous ne vous en sortirez pas indemne si vous êtes une femme déguisée en homme ou si l’on découvre que vous n’avez pas les permis requis. La sainte épistasie – le gouvernement des moines – vous enverra vers un tribunal en Grèce, ce dernier étant toujours très sévère sur la défense de l’extraterritorialité du Mont Athos et des lois de cette théocratie autonome, inscrites dans la constitution grecque et reconnues sur le plan international. Des moines en sueur, vêtus d’une soutane et d’un couvre-chef cylindrique, contrôlent la foule de visiteurs à la recherche d’un laissez-passer. Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, dit l’Evangile. Et rares sont les visas d’entrée marqués chaque matin du sceau de la Vierge. Celui qui reçoit enfin le “parchemin“ qui autorise la visite se dirige sans tarder vers le quai d’embarquement. En effet, on n’entre au Mont Athos que par voie maritime, au moyen d’embarcations baptisées de noms de saints. Le débarquement se fait dans un petit port situé au milieu de la péninsule et dénommé Daphné, comme la nymphe d’Apollon. De là, on peut apercevoir le lointain Mont Olympe quand le vent se lève, mais mieux vaut l’oublier. Un vieil autobus ventru, couleur terre jusque sur ses fenêtres, se traîne le long de la route qui monte en direction de Kariès, centre administratif du Mont Athos et siège de la sainte épistasie.

KARIÈS Kariès abrite la gendarmerie et quelques ruelles. Des boutiques proposent des graines d’épeautre, des icônes, des grains d’encens et des soutanes de moines. On y trouve aussi le terminus de l’autobus et un restaurant. Et puis une cabine téléphonique, dont on pressent que c’est la première et la dernière. Karies est un village étrange, inhabité. Les quelques hommes qu’on y voit ne sont là que pour peu de temps: moines itinérants, gendarmes, ouvriers journaliers, voyageurs égarés. A partir de là, le parcours se fera à pied. Des heures de marche sur des routes non goudronnées, sans ombre, dans des nuages de poussière impalpable comme du cacao. Ou bien dans des camionnettes louées par un autre de ces étranges Grecs qui sont là provisoirement. Ou encore en sautant au passage d’une des jeeps dont disposent les monastères les plus modernes. En tout cas, vous allez souffrir. L’Athos est réservé aux caractères bien trempés et ascétiques. Vous êtes immédiatement mis à l’épreuve. A chaque jour de visite son chemin de croix: poussière, cailloux, précipices. Sur votre précieux permis, en effet, il est écrit que vous ne pouvez pas vous arrêter plus d’une nuit dans un monastère. Entre eux, des heures de marche. On n’échappera pas au pèlerinage.

LA GRANDE LAURE Mais lorsque vous arrivez, épuisés, dans l’un des vingt grands monastères, vous êtes au paradis. La Grande Laure – le premier des vingt dans l’ordre hiérarchique – vous accueille entre ses murs suspendus entre ciel et terre, à la pointe de la péninsule, juste au pied de la montagne sainte. Un jeune moine apparaît, qui vous retire votre permis et votre passeport. Il réapparait, tel l’ange de l’Apocalypse, après une demi-heure d’attente silencieuse, et vous tend un verre d’eau fraiche, vous propose un doigt de liqueur anisée, un morceau de fruit confit et un café à la turque, épicé. C’est le signe que vous êtes admis parmi les invités. On vous attribue un lit dans une chambre pour six aux murs plusieurs fois centenaires ainsi que des draps fraîchement lavés et un essuie-main. Dès lors, vous vivrez comme les moines. Ou bien vous ferez comme il vous plaira. Les monastères du Mont Athos ne sont pas comme ceux de l’Occident, des citadelles closes de murs où chaque mouvement, chaque mot sont soumis à des règles collectives. Sur le Mont Athos, il y a de tout pour tout le monde. L’ermite solitaire sur son rocher en surplomb, qui reçoit de temps en temps de la nourriture au moyen d’un panier. Les anachorètes retirés dans leurs masures perdues entre genêts et arbousiers, à flanc de montagne. Les itinérants, toujours en déplacement et toujours agités. Les cénobites solennels qui vivent en communauté sous la direction d’un abbé, que l’on appelle ici higoumène. Les monastères villages où chaque moine vit un peu à son rythme. La Grande Laure compte parmi ces derniers. Ses murailles renferment des places, des ruelles, des églises, des pergolas, des fontaines, des moulins. Les cellules forment un bloc, comme dans une kasbah orientale. Les murs crépis sont d’un bleu soutenu, tandis que le rouge est la couleur sacrée des églises. Quand retentit l’appel à la prière, lancé par des cloches qui font entendre sept sons différents et par les planches de bois que l’on martèle, les moines se dirigent vers le catholicon, l’église centrale. Mais si quelqu’un souhaite prier ou manger seul, rien ne lui interdit de rester dans sa cellule. Cela vaut aussi pour le visiteur, à ceci près que ce dernier ne dispose que de peu d’alternatives. A l’heure des vêpres, il accourt, impatient. A l’heure de la prière de la nuit, il essaie, vite ramené en arrière par le sommeil. A l’heure de la liturgie du matin, il essaie encore, vaguement étourdi. Ou enivré? Il y a un parfum d’Orient, de Byzance, à la Grande Laure. Il y a un arôme de cyprès et d’encens, une fragrance de cire d’abeille, de reliques, d’antiquités mystérieusement proches. Car les moines du Mont Athos ne souffrent pas du temps. Ils y parlent de leurs saints. De saint Athanase qui a planté deux cyprès au centre de la Lavra. Qui a construit le catholicon avec une force herculéenne. Qui a modelé le monachisme athonite. Comme s’il n’était pas mort en l’an mil mais tout juste hier, comme s’ils l’avaient rencontré en personne il y a peu de temps. Des saints, des siècles, des empires, des cités terrestres et célestes, tout semble flotter et couler sans aucune distance. Au centre de la nef, les trésors du monastère sont offerts à la vénération du visiteur: coffrets en or et en argent, sertis de saphirs et de rubis, contenant la ceinture de la Vierge, le crâne de saint Basile le Grand, la main droite de saint Jean Chrysostome. La lumière du couchant les éclaire, les fait vibrer. Tout comme s’éclairent les fresques de Théophane, maître de l’école crétoise du début du XVIe siècle, les majoliques bleues sur les murs, les nacres de l’iconostase, du lutrin, de la chaire. Après les vêpres, on sort du catholicon en procession pour entrer dans le réfectoire, situé de l’autre côté de la place. Edifié comme une église, il contient lui aussi des fresques du grand Théophane. C’est la même liturgie qui continue. L’higoumène prend place au centre de l’abside. Depuis le pupitre, un moine lit – il chante presque – des histoires de saints. On mange de la nourriture bénite, des soupes et des légumes dans de la vaisselle ancienne en fer. Les jours de fête, l’on boit du vin de couleur ambrée sur d’épaisses tables en marbre sculptées en forme de corolle, qui reposent elles-mêmes sur des piliers en marbre. Elles sont vieilles de mille ans mais rappellent les dolmens de la préhistoire. La sortie se fait aussi en procession. Un moine tend à chacun du pain béni, qu’un autre encense avec tant d’art que l’on en garde longtemps le parfum dans la bouche.

VATOPÉDI Dans la hiérarchie des vingt monastères, celui de Vatopédi suit la Grande Laure. Il domine la mer parmi de douces collines qui rappellent vaguement la Toscane. C’est ici, dit-on, qu’Arcadius, fils de Théodose, aborda lors d’un naufrage. C’est aussi de là que sa sœur Galla Placidia dut repartir vers le large, devenant ainsi la première femme à qui l’accès au Mont Athos ait été refusé. Autant la Laure est rustique, autant Vatopédi est raffiné. Trop, même, à certains moments de son histoire passée: opulent et décadent. Il y a quelques années encore, il hébergeait des moines sodomites, déshonneur du Mont Athos. Puis un énergique coup de balai a été donné par une poignée de moines rigoristes venus de Chypre, qui ont banni ces réprouvés et imposé la règle cénobitique. Aujourd’hui Vatopédi est à nouveau l’un des monastères les plus florissants. Il accueille de jeunes novices, dont certains viennent de la lointaine Amérique où leurs parents, orthodoxes, avaient émigré. Vatopédi est l’aristocratie du Mont Athos. Comme le dit solennellement l’higoumène Ephrem, à la barbe cuivrée, aux yeux clairs et à la voix mélodieuse: « Le Mont Athos est unique. C’est le seul état monastique dans le monde ». Mais si c’est une cité céleste sur terre, alors tout doit y être sublime. Par exemple les liturgies: à Vatopédi elles le sont vraiment. Spécialement lors des grandes fêtes: Pâques, Epiphanie, Pentecôte. Le pèlerin doit renoncer au sommeil et ne manquer, pour rien au monde, ses merveilleux offices de nuit. L’église en elle-même est très suggestive: elle est en forme de croix grecque, comme toutes les église du Mont Athos, et décorée de fresques merveilleuses par les maîtres macédoniens du XIVe siècle, avec une iconostase éblouissante d’ors et d’icônes. Mais c’est le chant qui donne vie à tout: un chant à plusieurs voix, un chant mâle, sans instruments, que l’on entend sans interruption pendant sept ou dix heures d’affilée parce que plus la fête est importante, plus elle se prolonge tard dans la nuit, un chant tantôt puissant, tantôt murmuré, comme une marée qui monte et descend. Il y a deux chœurs pour guider le chant: deux groupes de moines, réunis chacun dans une partie du transept autour d’un lutrin à colonne. Le maître de chœur entonne la strophe et le chœur en saisit le motif et le fait fleurir en mélodies et en accords. Quand le maître de chœur traverse la nef à pas rapides pour aller du premier chœur au second, son manteau léger à petits plis se gonfle et forme deux ailes majestueuses. Il paraît voler, comme les notes. Et puis il y a les lumières. Le monastère a l’électricité, mais pas l’église. Ici les seules lumières sont des flammes: des myriades de petits cierges. Les allumer, les éteindre, les déplacer fait aussi partie du rite. Dans chaque catholicon du Mont Athos, un lustre en forme de couronne royale pend de la coupole centrale, par de longues chaînes. Sa circonférence est égale à celle de la coupole. La couronne, de cuivre, de bronze ou de laiton brillants, est ornée alternativement de cierges et d’icônes. On y pend des œufs géants qui symbolisent la résurrection. Le lustre descend si bas qu’on l’effleure presque, juste devant l’iconostase qui délimite le saint des saints. D’autres lustres fastueux et dorés descendent des voûtes des bras du transept. Lors des liturgies solennelles, il y a le moment où on allume toutes les lumières: celles des lustres et celles de la couronne centrale; puis on fait osciller fortement les premiers, tandis que l’on fait tourner la grande couronne sur son axe. Cette danse des lumières dure au moins une heure, avant de s’apaiser peu à peu. La palpitation des mille petites flammes, le scintillement des ors, le cliquetis des métaux, le changement de couleur des icônes, l’onde sonore du chœur qui accompagne ces galaxies d’étoiles dont la rotation rappelle celle des sphères célestes, tout cela fait étinceler la véritable essence du Mont Athos: le fait qu’il est tourné vers les mystères surnaturels. Aujourd’hui, quelles liturgies occidentales, catholiques, sont capables d’initier à de tels mystères et d’enflammer les cœurs simples à propos de choses célestes? Joseph Ratzinger, hier comme cardinal et aujourd’hui comme pape, a raison de détecter dans la vulgarisation de la liturgie le point faible du catholicisme actuel. Au Mont Athos, le diagnostic est encore plus radical: à force d’humaniser Dieu, les Eglises d’Occident le font disparaître. « Notre Dieu n’est pas celui de la scolastique occidentale », affirme Gheorghios, higoumène du monastère athonite de Grigoríu. « Un Dieu qui ne déifie pas l’homme ne peut avoir aucun intérêt, qu’il existe ou non. C’est dans ce christianisme fonctionnel, accessoire, que l’on trouve la plupart des causes de la vague d’athéisme que connaît l’Occident ». Vassilios, higoumène de l’autre monastère d’Ivíron, lui fait écho: « Pour les Occidentaux, c’est l’action qui prime et ils nous demandent comment nous pouvons rester pendant tant d’heures à l’église sans rien faire. Je réponds: que fait l’embryon dans le sein de sa mère? Rien, mais comme il est dans le ventre de sa mère, il se développe et grandit. C’est pareil pour le moine. Il garde le lieu saint dans lequel il se trouve et ce même lieu le garde et le façonne. Le miracle, c’est que nous sommes en train d’entrer au paradis, ici et maintenant. Nous sommes au cœur de la communion des saints ».

SIMONOS PETRA Simonos Petra est un autre des monastères qui sont à la tête de la renaissance athonite. Il se dresse sur un éperon rocheux, entre le sommet du Mont Athos et la mer, avec des terrasses à pic sur le précipice. Elisée, l’higoumène, revient tout juste d’un voyage dans les monastères de France. Il apprécie Solesmes, rempart du chant grégorien. Mais il juge l’Eglise occidentale trop « prisonnière d’un système », trop « institutionnelle ». Le Mont Athos est au contraire – selon lui – le lieu des esprits libres, des grands charismatiques. Au Mont Athos « le logos épouse la praxis », la parole épouse les faits. « Le moine doit montrer que les vérités sont des réalités. Vivre l’Evangile de manière parfaite. Voilà pourquoi la présence du moine est si essentielle pour le monde. Saint Jean Climaque écrivait: les anges sont lumière pour les moines, les moines sont lumière pour les hommes ». Simonos Petra fait école, y compris hors des limites du Mont Athos. Il est à l’origine d’un monastère de moniales – elles sont à peu près 80 – au cœur de la péninsule de Chalcidique, puis d’un autre près de la frontière gréco-bulgare. Et il a créé trois autres noyaux monastiques jusqu’en France. C’est un monastère cultivé, doté d’une riche bibliothèque. En pleine nuit, ses 80 moines, avant l’office qui précède l’aube, veillent en cellule pendant trois à cinq heures, lisant et méditant les livres des Pères. Le Mont Athos ne dort pas. Son temps est entièrement consacré aux sphères angéliques. Même les visiteurs les plus blasés ont du mal à en partir. A Daphné, on reprend le ferry. Le grondement cadencé des moteurs vous remet à l’heure de la vie ordinaire. La jeune grecque qui, la première, vous sert le café à Ouranoupolis, vous fait l’effet d’une apparition. Elle a la fulgurante beauté d’une Victoire de Samothrace. __________

Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Prophètes

7 février, 2014

Prophètes dans images sacrée Profeti.001

http://www.lezionidireligione.it/joomla2/index.php?option=com_content&view=article&id=22:3-i-profeti&catid=118&Itemid=172

METTRE MON ORGUEIL DANS MES FAIBLESSES

7 février, 2014

http://www.notredamedevie.org/p-marie-eugene/actualite/archives/article/mettre-mon-orgueil-dans-mes?lang=fr

METTRE MON ORGUEIL DANS MES FAIBLESSES

8 JUILLET 2012

En sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, sa pauvreté, sa petitesse, ont pu être déformées, parce que c’est une jeune fille, parce que c’est une enfant. En saint Paul, ce n’est pas possible de les déformer, parce que c’est un homme, parce que c’est un homme vigoureux, puissant à tous points de vue. Et nous retrouvons les mêmes dispositions.
Saint Paul dira : « C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis ». On a quelque peine à le croire de l’apôtre saint Paul, qui a tellement travaillé. Et comme il l’a dit lui-même, il aurait tellement de motifs de se glorifier. Et j’ai fait ceci, et j’ai fait cela… Mais je me garderai bien d’étaler toutes mes richesses, tout ce que j’ai fait. Tout cela, c’est de la balayure, ce n’est rien du tout devant Dieu. Je ne veux connaître qu’une chose, c’est le Christ, et le Christ crucifié. Je n’ai qu’un droit, je n’ai qu’une richesse : mon infirmité et ma faiblesse. Et s’il le faut, puisqu’il faut que je me glorifie, je vais me glorifier de mon infirmité. C’est la même parole que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.
Ils s’expriment différemment, parce qu’ils ont vécu la même vérité, mais d’une façon très différente, chacun avec son tempérament : l’apôtre saint Paul avec sa force et la vigueur qu’il y a chez lui, avec aussi une pointe de mélancolie, mais c’est la même vérité. « Eh oui ! Je me glorifierai de mes infirmités, parce que ma force, je la trouve dans ma faiblesse que j’offre à la miséricorde de Dieu ». C’est le même mouvement.
Pour faire croître notre confiance jusqu’à l’audace, pour attirer la miséricorde, pour espérer sa joie, il importe de changer nos dispositions intérieures.
« Et nous-mêmes, quand nous sentons en nous la faiblesse et la pauvreté, physique, matérielle, intellectuelle et surtout spirituelle, cessons de nous lamenter à son sujet. Elle est notre richesse .Mais peut-être faut-il changer nos dispositions, et pour cela, cesser de s’en lamenter, faire comme l’apôtre, s’en glorifier et l’aimer, s’appuyer sur elle pour l’offrir, l’exposer au soleil de Dieu, et surtout à cette puissance d’expansion de Dieu. Voilà la vérité méconnue. Nous ne connaissons pas suffisamment le don de Dieu. » (P.Marie-Eugène – 30/05/58)

Extrait de « la joie de la miséricorde » p102-103

DIMANCHE 9 FÉVRIER : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – Isaïe 58, 7 – 10

7 février, 2014

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 9 FÉVRIER : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Isaïe 58, 7 – 10

7 Partage ton pain avec celui qui a faim,
recueille chez toi le malheureux sans abri,
couvre celui que tu verras sans vêtement,
ne te dérobe pas à ton semblable.
8 Alors ta lumière jaillira comme l’aurore,
et tes forces reviendront rapidement.
Ta justice marchera devant toi,
et la gloire du SEIGNEUR t’accompagnera.
9 Alors, si tu appelles, le SEIGNEUR répondra ;
si tu cries, il dira : « Me voici. »
Si tu fais disparaître de ton pays
le joug, le geste de menace, la parole malfaisante,
10 si tu donnes de bon coeur à celui qui a faim,
et si tu combles les désirs du malheureux,
ta lumière se lèvera dans les ténèbres
et ton obscurité sera comme la lumière de midi.

A première vue, on pourrait prendre ce texte pour une belle leçon de morale et ce ne serait déjà pas si mal ! Mais, en fait, il s’agit de bien autre chose : je vous rappelle le contexte ; nous sommes à la fin du sixième siècle avant J.C. ; le retour d’Exil est chose faite, mais il reste encore bien des séquelles de cette période terrible ; puisque, un peu plus bas, le même prophète parle des « dévastations du passé » et des ruines à relever.
La pratique religieuse s’est remise en place à Jérusalem et, de bonne foi, on s’efforce de plaire à Dieu. Mais notre prophète est ici chargé de délivrer un message un peu délicat : oui, vous voulez plaire à Dieu, c’est une affaire entendue, seulement voilà : le culte qui plaît à Dieu n’est pas ce que vous croyez ; et le prophète leur adresse de lourds reproches : vous cherchez à vous faire bien voir de Dieu par des jeûnes spectaculaires parce que vous voulez vous attirer ses bonnes grâces, mais pendant ce temps vous n’êtes que disputes, querelles, brutalités, appât du gain.
Voici ce que dit Isaïe, quelques lignes avant notre texte d’aujourd’hui : « Le jour de votre jeûne, vous savez (quand même) tomber sur une bonne affaire, et tous vos gens de peine, vous les brutalisez ! Vous jeûnez tout en cherchant querelle et dispute, et en frappant du poing méchamment ! Vous ne jeûnez pas comme il convient en un jour où vous voulez faire entendre là-haut votre voix. Doit-il être comme cela le jeûne que je préfère, le jour où l’homme s’humilie ? S’agit-il de courber la tête comme un jonc, d’étaler en litière sac et cendre ? Est-ce pour cela que tu proclames un jeûne ? » (58, 4-5).
Cela nous vaut l’un des textes les plus percutants de l’Ancien Testament ! Dommage que nous ne le lisions pas plus souvent ! Car il bouscule nos idées sur Dieu et sur la religion : nous avons là la réponse à l’une de nos grandes questions : « Qu’est-ce que Dieu attend de nous ? » Et, en fait de réponse, on ne peut pas être plus clair !
En quelques lignes, tout est dit ; mais comme toujours, quand un texte est très dense, on peut se dire qu’il a été longuement travaillé : c’est bien le cas ici, pour ce passage d’Isaïe. Car ces quelques lignes sont l’aboutissement de toute l’oeuvre des prophètes. Depuis des siècles, en Israël, et pas seulement depuis l’Exil, depuis Abraham, c’est-à-dire à peu près 1850 ans av. J.C., on cherche à faire ce qui plaît à Dieu. On a tout essayé : les sacrifices humains, d’abord, mais Dieu a tout de suite fait savoir qu’avec lui, le Dieu des vivants, il ne pouvait pas en être question ; alors on a continué à offrir des sacrifices, mais d’animaux seulement ; et puis il y a eu, comme dans toutes les religions, des jeûnes, des offrandes de toute sorte, des prières.
Tout au long de ce lent développement de la foi d’Israël, les prophètes appelaient le peuple à ne pas se contenter du culte mais à vivre l’Alliance au quotidien. Et c’est bien le sens de ce passage. Le prophète commence par dire (juste avant notre texte de ce dimanche) : « Le jeûne que je préfère, n’est-ce pas ceci : dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, bref que vous mettiez en pièces tous les jougs ! » Si je comprends bien, aux yeux de Dieu, tout geste qui vise à libérer nos frères vaut mieux que le jeûne le plus courageux.
Puis vient le passage que nous avons entendu tout à l’heure qui nous propose des gestes de partage : nourrir l’affamé, et désaltérer l’assoiffé, recueillir le malheureux sans abri, vêtir celui qui a froid, combler le désir des malheureux… en un mot secourir toutes les souffrances que nous rencontrons.
Je vous propose trois remarques : premièrement, les gestes de libération, les gestes de partage qu’Isaïe nous recommande sont tout simplement l’imitation de l’oeuvre de Dieu lui-même ; Israël a expérimenté bien souvent l’action du Dieu libérateur et la compassion du Dieu miséricordieux ; et ce qui lui est demandé, c’est de faire les mêmes gestes à son tour. Décidément, l’homme est vraiment fait pour être l’image de Dieu ! Et si l’on en croit les prophètes, notre attitude envers les autres est le meilleur thermomètre de notre attitude envers Dieu.
Deuxièmement, alors on ne s’étonne pas qu’Isaïe puisse promettre : « Si tu combles les désirs du malheureux, la gloire du SEIGNEUR t’accompagnera » (« la gloire du SEIGNEUR », c’est-à-dire le rayonnement de sa présence) ; ce n’est pas une récompense ! C’est beaucoup mieux que cela : c’est une réalité… car, réellement, quand nous agissons à la manière de Dieu par des actes qui libèrent, qui rassurent, qui encouragent, qui adoucissent les épreuves de toute sorte, alors il nous est donné de refléter un peu pour eux la lumière de Dieu. Et vous avez remarqué l’insistance d’Isaïe sur la lumière : « Alors ta lumière jaillira comme l’aurore… ta lumière se lèvera dans les ténèbres, ton obscurité sera comme la lumière de midi ». Bien sûr, puisqu’il s’agit de la lumière même de Dieu. Pour le dire autrement, Isaïe nous dit « Quand tu donnes, tu reflètes la présence de Dieu. » Une fois de plus on peut rappeler cette superbe phrase de la tradition chrétienne « Là où il y a de l’amour, là est Dieu ».
Troisièmement, tout acte de justice, de libération, de partage est un pas vers le Royaume de Dieu : puisque, justement, ce Royaume que tout l’Ancien Testament attend est le lieu de la justice et de l’amour ; c’est bien le sens de l’évangile de dimanche dernier, celui des Béatitudes, dans lequel Jésus nous dit que le Royaume est construit au jour le jour par les doux, les purs, les pacifiques, les assoiffés de justice et de miséricorde.

5E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – HOMÉLIE

7 février, 2014

http://www.homelies.fr/homelie,,3737.html

5E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

DIMANCHE 9 FÉVRIER 2014

FAMILLE DE SAINT JOSEPH

HOMÉLIE – MESSE

C’est un appel pressant qui résonne dans l’évangile de ce jour. Appel pressant adressé par Jésus à ses disciples, mais qui nous rejoint, par-delà les siècles, dans l’aujourd’hui de notre existence. Ces paroles du Christ font suite à l’évangile des béatitudes. Ce sont donc des paroles de vie qui nous ouvrent au bonheur de la possession de la vie éternelle. D’une certaine manière, elles sont une invitation à choisir la vie, à dire « oui » à la vie de Dieu. Comment ? En accueillant la vérité de ce que nous sommes.
Car, en effet, dans ces paroles de Jésus, c’est bien de notre identité de chrétiens dont il est question : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde ». Remarquons que Jésus précise que nous ne sommes pas simplement « sel » et « lumière » mais « le » sel de « la terre » et « la » lumière « du monde ».
« Du monde » : Ces paroles sont aussi celles d’un envoi en mission. Etre et agir chrétien se retrouvent ainsi liés, le second ne se révélant tel que dans la mesure où il découle du premier.
Par l’emploi des articles définis, ces paroles nous révèlent encore que cette mission de « saler » et d’« illuminer » le monde nous est propre et que personne ne l’accomplira à notre place. Elles nous invitent donc à être responsables de ce que nous sommes en tant que chrétiens.
Revenons sur l’image du sel. Le sel est utilisé pour conserver et maintenir saine la nourriture. Quelle est la nourriture des hommes si ce n’est la présence du Christ dans ses sacrements, sa Parole et dans l’action aimante et miséricordieuse de son Esprit ? C’est donc à nous qu’il revient de garder vive la conscience de la présence du Christ-Sauveur au milieu des hommes, particulièrement dans la célébration de l’Eucharistie, mémorial de sa mort et de sa résurrection glorieuse et dans l’annonce de la puissance de salut qui réside dans son Evangile.
Le sel est aussi ce qui relève le goût et la saveur des aliments. Ainsi, le chrétien est appelé à améliorer la « saveur » de l’histoire des hommes. Cela, il le réalise tout particulièrement en vivant des trois vertus théologales qu’il a reçu le jour de son baptême. Ce qui nous vient de Dieu nous rend toujours plus homme, car toujours plus à son image et à sa ressemblance. Par la foi, l’espérance et la charité, nous sommes donc invités à illuminer et humaniser un monde qui vit dans la nuit de la défiance, du désespoir et de l’indifférence. La première lecture nous le rappelait : « Si tu fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi. »
Le lien est ainsi fait entre le « sel » et la « lumière ». L’invitation que le Christ nous adresse à faire resplendir la « lumière » aux yeux de tous signifie que toute notre vie devrait être le reflet de la flamme de l’Esprit Saint dont nous avons reçu la marque au baptême et qui désormais habite en nos cœurs (cf. 2 Co 1, 22).
Cette flamme, lorsqu’elle est vivante, se manifeste à travers les œuvres de charité comme nous l’avons déjà souligné, mais aussi à travers la proclamation de l’Evangile, de la Bonne Nouvelle du salut offert à tous en Jésus-Christ mort et ressuscité. Dans le discours qu’il a tenu le 11 mars 2006 à l’occasion du quarantième anniversaire du Décret « Ad gentes » du Concile Vatican II, Benoît XVI rappelait que « l’annonce et le témoignage de l’Évangile sont le premier service que les chrétiens doivent rendre à chaque personne et au genre humain tout entier, appelés à transmettre à tous l’amour de Dieu qui se manifeste en plénitude dans l’unique Rédempteur du monde, Jésus Christ » (DC 103 (2006), p. 506).
Ce service de l’annonce de l’Evangile sera fécond, il sera vraiment « service de charité », s’il ne repose pas sur nos propres forces mais si « c’est l’Esprit et sa puissance » qui se manifestent à travers lui (cf. 2ème lecture).
Une flamme naturelle, aussi faible soit-elle, soulève toujours le lourd manteau de la nuit. Combien plus une flamme, nourrie de la grâce même de la vérité et de la charité divine, de « la puissance de Dieu », ne dissipera-t-elle pas les ténèbres du mensonge qui donne l’illusion de pouvoir vivre sans Dieu et de la mort qui s’ensuit !
« Caritas Christi urget nos – l’amour du Christ nous presse » (2 Co 5, 14). Tout au long de l’histoire de l’Église, des fidèles ont témoigné de cela en lançant des initiatives et des œuvres en tout genre pour annoncer l’Évangile au monde entier et dans tous les secteurs de la société. C’est là une invitation pérenne pour chaque génération chrétienne afin qu’elle mette en œuvre avec générosité le mandat du Christ.
« Seigneur Esprit-Saint, apprends-nous comment professer notre foi, faire don de notre amour et communiquer notre espérance. Fais de nous le peuple des Béatitudes pour que nous soyons le sel de cette terre et la lumière de ce monde qui a tant besoin de ta grâce qui sauve et introduit dans la vie éternelle. »
Frère Elie

Ange Gardien

6 février, 2014

Ange Gardien dans images sacrée AngeloCustode1

http://ortodossia-sija.ortox.ru/le_icone_ortodosse

ABRAHAM – par le Père Paul Beauchamp

6 février, 2014

http://www.stignace.net/recherchedetextes/cadretextes/abraham.htm

ABRAHAM

par le Père Paul Beauchamp

Abraham dans la lumière : il entend la promesse. Abraham dans l’ombre : Pharaon lui prend Sara. Puis, nouvelle étape, aux « chênes de Mambré » : « Il est assis à l’entrée de la tente dans la pleine chaleur du jour. » Il a plus de cent ans, sa femme est stérile. Mais c’est le plein midi et la promesse d’un fils va se réaliser. Surprise : la tradition des Églises d’Orient désigne la scène par le terme grec de « philoxénie » (inspiré par He 13,2), qui veut dire « amour de l’étranger ». Nous saisissons vite que la « philoxénie » est le contraire de « xénophobie ». « Il leva les yeux et aperçut trois hommes devant lui. » Il ne les a pas vus venir, il ne les connaît pas. Des étrangers. Il vaut la peine de faire le compte des détails de l’hospitalité d’Abraham (comment il annonce du « pain » et fait tuer un veau, etc.).
Indiscutablement pourtant, cette philoxénie est la première Annonciation de toute la Bible. Et le fils annoncé est la promesse d’une « grande nation ». La nation sera bénie par des étrangers, or il est annoncé par des étrangers. On commente sur la « proverbiale hospitalité des nomades », avec raison. Que cela ne détourne pas notre attention de cette association fulgurante entre « ouvrir sa porte à des étrangers » et « recevoir un fils ». Le fils, la fille : étrangers pour le père, la mère. Étranger, c’est-à-dire autre, nouveau. Nouveauté devant laquelle tout père, toute mère, se surprend en défense.
Abraham n’est pas seul. Sa vie se jouera sur son rapport avec les Nations (Gn 12, 2-3). Ses visiteurs n’ont pas de nationalité. Leur statut est caché : quand ils parlent, on entend tantôt leur voix (Gn 18,9), tantôt la voix du Seigneur (Gn 18, 10 et 13). Trois dimensions s’étagent : 1. recevoir des étrangers ; 2. recevoir un fils ; 3. recevoir cet étranger : Dieu. Un étranger qui partage nos repas : « Ils mangèrent et lui dirent : « Où est Sara, ta femme ? » ». L’annonce d’un fils fait rire Sara, rire devant l’impossible. Pas impossible pour le Seigneur, lui est-il répondu. Saint Luc, intentionnellement, nous fera ressouvenir de cette scène. Gabriel adressera la même parole à Marie : « Rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1,137). Mais il y a des degrés dans l’impossible.
Mambré et Sodome : la première Annonciation de la Bible est inséparable de la scène qui la suit (Gn 18,16 à 19,29), et qui est inaugurée par un mot : « Sodome » (Gn 18,16 ; cf. plus loin : Sodome et Gomorrhe). C’est un choc ! L’effet de contraste s’inscrit dans la composition soignée des chapitres 18 et 19, sous le signe de la « visite », visite accueillie par Abraham, visite refusée par les gens de Sodome qui se jettent sur les nouveaux venus comme sur leur proie.
Même envers Sodome et Gomorrhe, Abraham reste l’élu pour tous, le béni pour ceux qui bénissent. Jamais il n’a été si proche des Nations qu’à ce moment où, raccompagnant les visiteurs étrangers jusqu’à ce moment où, raccompagnant les visiteurs étrangers jusqu’à ce haut lieu d’où leur apparaissent les deux cités, commence le dialogue au cours duquel Abraham intercède si astucieusement pour Sodome et Gomorrhe auprès du Seigneur. Combien de justes faudrait-il pour qu’elles soient sauvées : cinquante, quarante-cinq, quarante, trente, vingt, dix ? On s’est demandé pourquoi Abraham n’allait pas jusqu’au chiffre « un ». Peut-être parce qu’il faut une alliance entre plusieurs justes pour sauver la cité : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul », a dit le Créateur (Gn 2,18).
P. Paul Beauchamp

Cinquante portraits bibliques
Seuil 2000, 260 p.

MÉDITATION DU JOUR DE PARLER AVEC DIEU – 1. CONVERSION ET PÉNITENCE

6 février, 2014

http://www.hablarcondios.org/fr/meditationdujour.asp

François Carvajal

MÉDITATION DU JOUR DE PARLER AVEC DIEU

CARÊME. MERCREDI DES CENDRES

1. CONVERSION ET PÉNITENCE

- Le Carême : ascension vers le mystère pascal.
- Le but du Carême : favoriser la conversion du coeur.
- Les oeuvres de pénitence : la confession fréquente, l’esprit de mortification et la pratique généreuse de l’aumône.

I. Entrons dans le Carême comme dans un édifice chargé d’histoire : ces quarante jours évoquent la dure traversée du désert, entre la libération de l’esclavage d’Égypte et l’arrivée vers la Terre promise, pour le peuple hébreu. Cela préfigurait la longue et dure marche de la vie terrestre entre le baptême et le jour de la naissance à la splendeur éternelle.

Quarante journées. Ce n’est pas l’effet du hasard ou d’un arbitraire de la loi liturgique. C’est le temps que Jésus s’est fixé pour sa retraite dans un désert de Palestine, avant de commencer publiquement sa mission parmi les hommes. À la fin de cette période de silence, de prière et déjeune, le Seigneur affronte le démon qui, pacifiquement, essaie de le détourner de sa mission rédemptrice. De même, pacifiquement, les sirènes du matérialisme, de l’indifférence, de l’égoïsme essaient-elles à chaque génération de détourner l’homme d’une vie digne de sa vocation humaine et chrétienne.

Parcourons ces quarante jours, temps de pénitence et de rénovation intérieure1, pour parvenir à la semaine sainte, aux trois jours sacrés, à la Passion, à la mort et à la Résurrection du Seigneur avec une âme purifiée.

Parole du Seigneur : Revenez à moi de tout votre coeur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos coeurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux…2.

Voilà ce que proclame la première lecture de la Messe d’aujourd’hui. Au moment de l’imposition des cendres sur la tête des fidèles, le prêtre rappelle également les mots si impressionnants de la Genèse, après le péché originel : Memento homo, quia pulvis es. Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière3.

Memento homo… Souviens-toi… car il arrive souvent d’oublier que sans le Seigneur, « sans Dieu, il ne reste rien de la grandeur de l’homme, si ce n’est un petit tas de poussière dans un plat à une extrémité de l’autel, le mercredi des Cendres. C’est ce avec quoi l’Église nous marque le front comme si c’était avec notre propre substance4. »

Si le Seigneur veut que nous nous détachions des choses de la terre, ce n’est pas pour cultiver une indifférence et une insensibilité artificielles ; c’est pour que nous nous tournions vers lui. Il veut inlassablement que l’homme, tout homme, abandonne le péché qui le vieillit et le tue, et qu’il retourne à la source de la Vie et de la joie : « Jésus-Christ lui-même est la grâce la plus sublime de tout le Carême. C’est lui-même qui se présente à nous dans la simplicité admirable de l’Évangile5 ».

Que signifie tourner son coeur vers Dieu, se convertir ? Ce n’est pas une formule toute faite ; c’est se disposer à mettre en oeuvre tous les moyens à sa portée pour vivre comme il attend que nous vivions. Cela veut donc dire aussi, être sincère avec soi-même, essayer de ne pas servir deux seigneurs6 (Dieu et, en même temps, l’argent, le pouvoir, le bien-être…), aimer Dieu de toute son âme et vouloir éloigner de sa vie tout péché véniel délibéré. Chaque chrétien est invité à le faire quelles que soient ses circonstances de travail, de santé, de famille… car Jésus cherche des coeurs contrits, qui reconnaissent leurs fautes et leurs péchés, et qui soient disposés à les éliminer. Vous vous souviendrez de vos mauvais chemins, de vos oeuvres qui n’étaient pas bonnes…1

Le Seigneur désire découvrir au tréfonds de la conscience non l’autosatisfaction mais la douleur sincère des péchés, qui se manifeste avant tout par la confession sacramentelle et par de petits actes de mortification, de pénitence, faits par amour : « Se convertir signifie chercher de nouveau le pardon et la force de Dieu dans le sacrement de la réconciliation et ainsi toujours recommencer, avancer chaque jour8. »

Pour faire naître notre contrition, l’Église nous propose, dans la liturgie d’aujourd’hui, le psaume par lequel le roi David exprime son repentir et avec lequel tant de saints ont demandé pardon. Ne nous aide-t-il pas dans ce moment de prière, à dire aussi à Jésus :

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché.

Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne. Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange 19

Aujourd’hui le Seigneur nous écoute plus que jamais, si nous lui répétons de tout coeur, dans une ardente oraison jaculatoire : Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.

II. Une vraie conversion se manifeste dans toute notre conduite ! On montre son désir de s’améliorer par sa façon de mieux travailler ou d’étudier plus intensément ; par la manière de se comporter en famille ; par les petites mortifications offertes au Seigneur, qui rendent plus agréable la vie autour de soi et le travail plus efficace ; par un plus grand soin apporté à la préparation et à la réception de la Confession sacramentelle qui devient plus fréquente si possible.

Par la voix de son Église, le Seigneur nous demande aussi aujourd’hui, d’offrir avec joie, une mortification spécifique, un peu plus généreuse que d’habitude. Ainsi, l’abstinence et le jeûne, qui « fortifient l’esprit, en mortifiant la chair et sa sensualité ; élèvent l’âme à Dieu ; suppriment la concupiscence, en donnant des forces pour vaincre et atténuer ses passions ; et disposent le coeur à ne pas chercher autre chose que de plaire à Dieu en tout ‘ » ».

Pourquoi donc, pendant le Carême, l’Église nous demande-t-elle ces signes de pénitence (l’abstinence à partir de 14 ans, et le jeûne entre 18 et 59 ans révolus) ?

Parce qu’ils nous rapprochent du Seigneur et donnent à l’âme une véritable joie libératrice. Cela consiste aussi à pratiquer l’aumône avec un coeur miséricordieux, avec le désir de porter un peu plus de sollicitude et de réconfort à celui qui se trouve accablé par le besoin, ou bien de contribuer, selon ses moyens, à une oeuvre apostolique en faveur des corps et des âmes blessés. « Tous les chrétiens peuvent pratiquer l’aumône, non seulement les riches et les puissants, mais aussi ceux de fortune modeste et même les pauvres ; de cette manière ceux qui sont inégaux par leur capacité de faire l’aumône sont semblables dans l’amour et l’affection avec lesquels ils la font « . » II n’est pas difficile de comprendre combien le détachement des biens matériels, la mortification et l’abstinence, purifient efficacement du péché et aident à trouver le Seigneur dans la vie ordinaire, car « celui qui cherche Dieu en voulant demeurer attaché à ses goûts, le cherche de nuit et, de nuit, il ne le trouvera pas 12 ». Les devoirs quotidiens offrent d’abondantes sources de mortification : quand on veut maintenir l’ordre, la ponctualité pour commencer son travail, l’intensité avec laquelle on le poursuit… Quant aux rapports avec les autres, ils fournissent d’innombrables occasions de mortifier l’égoïsme et de contribuer à créer un climat plus agréable autour de soi, car « la meilleure des mortifications est celle qui, s’appuyant sur de petits détails tout au long de la journée, s’attaque à la concupiscence de la chair, à la concupiscence des yeux et à l’orgueil. Mortifications qui ne mortifient pas les autres, mais qui nous rendent plus délicats, plus compréhensifs, plus ouverts à tous. Tu ne seras pas mortifié si tu es susceptible, si tu n’écoutes que ton égoïsme, si tu t’imposes aux autres, si tu ne sais pas te priver du superflu et parfois même du nécessaire, si tu t’attristes quand les choses ne vont pas comme tu l’avais prévu ; en revanche, tu es mortifié si tu sais te faire tout à tous, pour les gagner tous (1 Cor 9, 22) « . » Pourquoi ne pas se faire un petit plan précis de mortifications à offrir au Seigneur chaque jour de ce Carême ?

III. Qui veut aimer comme il est aimé de Dieu, peut-il laisser passer ce jour sans susciter dans son âme un désir profond et efficace de revenir une nouvelle fois auprès du Père, comme l’enfant prodigue ? Saint Paul nous propose en effet, dans la deuxième lecture de la Messe, de profiter de ce temps d’exception pour une véritable conversion : Nous vous invitons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu. Car il dit dans l’Écriture : Au moment favorable, je t’ai exaucé ; au jour du salut, je suis venu à ton secoursl4. Le Seigneur le redit à chacun, dans l’intimité de son coeur : Convertissez-vous. Revenez à moi de tout coeur ! N’en doutons pas : en cette période de l’année liturgique, Dieu nous donne une grâce particulière pour nous renouveler en Jésus-Christ. Voilà pourquoi le Carême est un temps de joie et d’espérance, bien que ce soit un temps de pénitence et de mortifications sérieuses.

« Quand l’un de nous s’aperçoit qu’il est triste, il doit penser : c’est que je ne suis peut-être pas suffisamment près du Christ. Quand l’un de nous reconnaît dans sa vie, par exemple, une certaine inclination à la mauvaise humeur, au mauvais caractère, il doit se poser la même question. Il ne peut pas toujours rejeter la faute sur les choses qui l’entourent. » II arrive parfois qu’une certaine apathie, la tristesse spirituelle, soient causées par la fatigue, par la maladie…, mais il s’agit bien souvent d’un manque de générosité pour faire ce que le Seigneur demande, d’une trop faible lutte pour veiller sur les sens, d’un manque de compréhension d’autrui ; bref, d’un état plus ou moins avancé de tiédeur.

Mais près de Jésus-Christ, il est toujours possible de trouver un remède à cette tiédeur éventuelle, et la force pour vaincre ces défauts qui sans lui seraient peut-être insurmontables. «Lorsque quelqu’un pense : « Je ressens une paresse presque irrémédiable, je ne suis pas suffisamment tenace, je n’arrive pas à terminer les choses que j’entreprends « , il devrait penser aujourd’hui :  » est-ce-que je suis suffisamment près du Christ ? » « Voilà pourquoi ce que chacun reconnaît un jour ou l’autre dans sa vie comme un défaut, une faiblesse ou un excès, devrait faire 1’objet de cet examen intime, direct et confiant : « je ne persévère pas ? — c’est que je ne suis pas suffisamment près du Christ ! », « je n’ai pas la joie ? — c’est que je ne suis plus assez près du Christ ! » Non ! Je ne vais plus penser que c’est à cause de mon travail, à cause de ma famille, de mes parents ou des enfants, à cause de mes collègues, de mon environnement… Non ! La vraie faute, c’est que je ne suis pas encore assez près du Christ. Et le Seigneur me dit justement aujourd’hui : Reviens ! Revenez à Moi de tout coeur.

« (…) Il est temps que chacun se sente pressé par Jésus-Christ. Que ceux qui sont tentés de différer cette résolution le sachent, le moment est venu ! Que ceux qui sont pessimistes et qui pensent que leurs défauts ou la situation du monde n’ont pas de remède, sachent que le moment est arrivé. C’est le début du Carême. Considérons-le comme un temps précieux de conversion et d’espérance l5.»

1. Cf. Concile Vatican 11, Const. Sacrosanctum Concilium, 109.— 2. Joël 2,12.— 3. Gen. 3, 19.— 4. J. Uclercq, En suivant l’Année liturgique.— 5. Jean-Paul II, Homélie d’un Mercredi des Cendres, 28 février 1979— 6. Cf. Mat. 6, 24.— 7. Ez. 36, 31-32.— 8. Jean- Paul II, Lettre Novo incipiente, 8 avril 1979.— 9. Psaume 50.— 10. Saint François de Sales, Sermon sur le jeûne.— 11. Saint Léon le Grand, Liturgie des Heures. Deuxième lecture du jeudi après les Cendres.— 12. Saint Jean de la Croix, Cantique spirituel, 3,3.— 13. Bienheureux Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 9.— 14. Deuxième lecture delà Messe :2Cor5,20-6,2.— 15. A.-M.Garcfa Dorronsoro, Un temps pour croire.

SAINT SABAS ABBÉ

5 février, 2014

 SAINT SABAS ABBÉ dans images sacrée San_Saba_Archimandrita

http://dailygospel.org/main.php?language=AM&module=saintfeast&localdate=20131205&id=10363&fd=0

5 DÉCEMBRE. SAINT SABAS DE MUTALASQUE, ABBÉ EN PALESTINE. 531.

5 février, 2014

http://hodiemecum.hautetfort.com/archive/2007/12/05/5-decembre-saint-sabas-de-mutalasque-abbe-en-palestine-531.html

(j’ai vu sur le calendrier liturgique 5 Février, San Saba, ne pense pas à ce que nous célébrons aujourd’hui – dont il existe peu d’informations – mais à un Saint abbé 5 Décembre, je vous présente maintenant)

5 DÉCEMBRE. SAINT SABAS DE MUTALASQUE, ABBÉ EN PALESTINE. 531.

Pape : Boniface II. Empereur romain d’Orient : Justinien Ier, le Grand.

 » Discite a me quia mitis sum et humilis corde. »  » Apprenez de Moi que je suis doux et humble de coeur. » Matth., XI, 29.

Saint Sabas. Horologium du XVe siècle. L’Eglise Romaine se borne aujourd’hui à l’Office de la Férié ; mais elle y joint la commémoration de saint Sabbas, Abbé de la fameuse laure de Palestine, qui subsiste encore aujourd’hui sous son nom. Ce Saint, qui mourut en 533, est le seul personnage de l’Ordre monastique dont l’Eglise fasse mention en ses Offices dans tout le cours de l’Avent ; on pourrait même dire que parmi les simples Confesseurs, saint Sabbas est le seul dont on lise le nom au Calendrier liturgique en cette partie de l’année, puisque le glorieux titre d’Apôtre des Indes semble mettre saint François-Xavier dans une classe à part. Nous devons voir en ceci l’intention de la divine Providence qui, pour produire une plus salutaire impression sur le peuple chrétien, s’est appliquée à choisir, d’une manière caractéristique, les Saints qui devaient être proposés à notre imitation dans ces jours de préparation à la venue du Sauveur. Nous y trouvons des Apôtres, des Pontifes, des Docteurs, des Vierges, glorieux cortège du Christ Dieu, Roi et Epoux ; la simple Confession n’y est représentée que par un seul homme, par l’Anachorète et Cénobite Sabbas, personnage qui, du moins, par sa profession monastique, se rattache à Elie et aux autres solitaires de l’ancienne Alliance, dont la chaîne mystique vient aboutir à Jean le Précurseur. Saint Sabas, né près de Césarée, en Cappadoce, de parents nobles et pieux, fut mis, à l’âge de cinq ans, sous la tutelle d’un oncle fort méchant ; il s’enfuit et se réfugia dans un couvent. C’était la Providence qui avait conduit ses pas ; il embrassa généreusement toutes les saintes rigueurs de la vie monastique. Dix ans plus tard, le désir de visiter les Lieux sanctifiés par la vie mortelle du Sauveur le conduisit à Jérusalem. Ayant fait son pèlerinage, il résolut de se fixer au milieu des célèbres anachorètes de la Palestine et vécut jusqu’à l’âge de trente ans sous la direction du saint solitaire Théoctiste. Mais il lui semblait que Dieu demandait de lui davantage, et, croyant n’avoir encore rien fait, il s’enfonça dans la solitude voisine pour y vivre avec Dieu seul. Renfermé dans une petite grotte, il y passait cinq jours de la semaine sans prendre aucune nourriture, uniquement appliqué à la prière, au chant des psaumes et au travail manuel. Chaque samedi, il apportait au monastère qu’il avait habité tous les paniers qu’il avait tressés, passait le dimanche avec ses frères et revenait à son ermitage. Plus tard, il se retira sur les bords du Jourdain, où le démon le tourmenta par des spectres horribles, des hurlements affreux, des menaces, des coups, et surtout des apparitions séduisantes. Le Saint, armé de la prière, remporta autant de victoires qu’il eut à livrer de combats, jusqu’à décourager son redoutable ennemi. Sabas, toujours poussé par le désir d’une solitude de plus en plus profonde, se retira sur des rochers abrupts ; il y établit, pour monter et pour descendre, un gros câble à noeuds qui lui servait de rampe. Il lui fallait aller chercher de l’eau à deux lieues de là et la monter sur ses épaules. Sa nourriture consistait uniquement en racines sauvages; mais, en revanche Dieu nourrissait son âme de l’abondance de Ses consolations. Sabas fut découvert par la vue de la corde qui pendait du rocher, et dès lors sa solitude se changea en affluence énorme de pèlerins qui venaient lui demander communication des biens célestes dont il était rempli. Beaucoup demeuraient ses disciples, et il groupa dans la vallée un grand nombre de petites cellules pour les recevoir. De grands Saints, attirés par la renommée de ses vertus, vinrent eux-mêmes le visiter. Il s’arrachait parfois à sa solitude, quand la gloire de Dieu le demandait, et plusieurs fois la cour de Constantinople fut édifiée de ses vertus.

ORAISON Honorons donc ce grand Abbé, pour lequel l’Eglise grecque professe une vénération filiale, et sous l’invocation duquel Rome a placé une de ses Eglises ; et appuyons-nous de son suffrage auprès de Dieu, en disant avec la sainte Liturgie :  » Que l’intercession, Seigneur, du bienheureux Sabbas nous recommande, s’il vous plaît, auprès de vous ; afin que nous obtenions, par son patronage, ce que nous ne pouvons prétendre par nos mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen. »  » Glorieux Sabbas, nomme de désirs, qui, dans l’attente de Celui qui a dit à ses serviteurs de veiller jusqu’à sa venue, vous êtes retiré au désert, de peur que les bruits du monde ne vinssent vous distraire de vos espérances, ayez pitié de nous qui, au milieu du siècle et livrés à toutes ses préoccupations, avons cependant reçu, comme vous, l’avertissement de nous tenir prêts pour l’arrivée de Celui que vous aimiez comme Sauveur, et que vous craigniez comme Juge. Priez, afin que soyons dignes d’aller au-devant de lui, quand il va paraître. Souvenez-vous aussi de l’Etat monastique, dont vous êtes l’un des principaux ornements ; relevez ses ruines au milieu de nous suscitez des hommes de prière et de foi comme aux anciens jours ; que votre esprit se repose sur eux, et qu’ainsi l’Eglise, veuve d’une partie de sa gloire, la recouvre par votre intercession. » Considérons encore la Prophétie du Patriarche Jacob, qui n’annonce pas seulement que le Messie doit être l’attente des nations, mais exprime aussi que le sceptre sera ôté de Juda, à l’époque où paraîtra le Libérateur promis. L’oracle est maintenant accompli. Les étendards de César Auguste flottent sur les remparts de Jérusalem ; et si le Temple a été réservé jusqu’à ce jour, si l’abomination de la désolation n’a pas encore été établie dans le lieu saint, si le sacrifice n’a pas encore été interrompu, c’est que le véritable Temple de Dieu, le Verbe incarné, n’a pas non plus été inauguré ; la Synagogue n’a pas renié Celui qu’elle attendait ; l’Hostie qui doit remplacer toutes les autres n’a pas encore été immolée. Mais Juda n’a plus de chef de sa race, la monnaie de César circule dans toute la Palestine ; et le jour est proche où les chefs du peuple juif confesseront, devant un gouverneur romain, qu’il ne leur est pas permis de faire mourir qui que ce soit. Il n’y a donc plus de Roi sur le trône de David et de Salomon, sur ce trône qui devait durer à jamais.

Saint Jean Damascène se fit moine à la laure de Saint-Sabas. Manuscrit palestinien du XIe.  » Ô Christ ! Fils de David, Roi Pacifique, il est temps que vous paraissiez et veniez prendre ce sceptre arraché par la victoire aux mains de Juda, et déposé pour quelques jours en celles d’un Empereur. Venez ; car vous être Roi, et le Psalmiste, votre aïeul, a chanté de vous :  » Ceignez votre épée sur votre cuisse, Ô très vaillant ! Montrez votre beauté et votre gloire ; avancez-vous, et régnez ; car la vérité, la douceur, la justice sont en vous, et la puissance de votre bras vous produira. Lancées par ce bras vainqueur, vos flèches perceront le cœur des ennemis de votre Royauté, et feront tomber à vos pieds tous les peuples. Votre trône sera éternel ; le sceptre de votre Empire sera un sceptre d’équité ; Dieu vous a sacré. Dieu vous-même, d’une huile de joie qui coule plus abondamment sur vous, Ô Christ ! Qui en tirez votre nom, que sur tous ceux qui jamais s’honorèrent du nom de Roi. » (Psalm. XLIV.). Ô Messie ! Quand vous serez venu, les hommes ne seront plus errants comme des brebis sans pasteur ; il n’y aura qu’un seul bercail où vous régnerez par l’amour et la justice ; car toute puissance vous sera donnée au ciel et sur la terre ; et quand, aux jours de votre Passion, vos ennemis vous demanderont : Es-tu Roi ? Vous répondrez suivant la vérité :  » Oui, je suis Roi. » Ô Roi ! Venez régner sur nos cœurs ; venez régner sur ce monde qui est à vous parce que vous l’avez fait, et qui bientôt sera une fois de plus à vous, parce que vous l’aurez racheté. Ô ! Régnez donc sur ce monde, et n’attendez pas, pour y déployer voire royauté, le jour dont il est écrit :  » Vous brisera contre la terre la tête des Rois. » (Psalm. CIX.). Régnez dès à présent, et faites que tous les peuples soient à vos pieds dans un hommage universel d’amour et de soumission. »

SÉQUENCE POUR LE TEMPS DE L’AVENT Composée au XIe siècle, et tirée des anciens Missels Romains-Français :

 » Vous qui seul, dans la force de votre bras, régnez sur tous les sceptres, Réveillez votre puissance et faites-la éclater sous les yeux de votre peuple ; Accordez-lui les dons du salut. Celui qu’ont annoncé les oracles prophétiques, Envoyez-le du radieux palais d’en haut ; Seigneur, envoyez Jésus sur notre Terre. Amen. »

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