SAINT PAUL, APÔTRE DES NATIONS, ET SAINT BENOÎT, PATRIARCHE DES MOINES D’OCCIDENT…:

http://www.benedictinesjoliette.org/pdfdocuments/806-44-mai-2009-saint-paul-et-saint-benoit-vie-et-ecrits.pdf

SAINT PAUL, APÔTRE DES NATIONS, ET SAINT BENOÎT, PATRIARCHE DES MOINES D’OCCIDENT…:

en l’année paulinienne

28 juin 2008 – 29 juin 2009

un même zèle missionnaire par amour du Christ En nous penchant avec le Pape Benoît XVI et tous les croyants sur la
vie et les écrits de saint Paul, durant l’Année paulinienne, la vie de notre bienheureux Père saint Benoît, de même que sa mission et sa Règle, nous sont apparues dans une lumière nouvelle. Avec des charismes apparemment différents, l’apôtre des nations et le patriarche des moines d’Occident ont des points communs; ils présentent certaines similitudes, ayant œuvré à la construction de l’Église de manière éminente, chacun suivant sa propre vocation. Leur pensée ne fait qu’une, saint Benoît ayant largement puisé dans les lettres de l’apôtre Paul, comme en fait foi la rédaction de sa Règle, dont la première citation scripturaire est un passage de la Lettre aux Romains (13, 11).

ROME : terme de la vie de Paul, départ de la vocation de Benoît
La ville de Rome, capitale de l’Empire romain des premiers siècles et devenue centre de la chrétienté, a joué un rôle important dans la vie de saint Paul comme dans celle de saint Benoît. Saint Paul possédait de naissance la citoyenneté romaine. Sans avoir été le premier évangélisateur des habitants de Rome, il leur a cependant adressé sa lettre la plus longue et la plus importante. Après sa conversion sur le chemin de Damas, le Christ envoie Paul prêcher aux nations, dans le vaste empire romain qui continue son expansion autour de la mer Méditerranée. Pour lui, Rome évoque ensuite de longues années de captivité, après qu’il eût fait la demande d’être jugé par le tribunal impérial. C’est Jésus qui demande à l’apôtre de témoigner de lui à Rome comme il l’avait fait à Jérusalem. Paul profite de cette période pour évangéliser ceux qui viennent le voir. Il y rencontre une dernière fois saint Pierre; et cette ville de Rome incendiée en juillet 64 sous l’empereur Néron, devient le lieu du martyre des deux apôtres inséparables : saint Pierre en l’an 64 même, peut-être, ou en 67 comme saint Paul. Leurs restes y sont conservés respectivement à la Basilique Saint-Pierre et à la Basilique Saint-Paul-hors-les Murs.Quant à saint Benoît, il naît vers l’an 480, à l’époque du déclin de l’empire romain, et passe toute sa vie aux environs de Rome. De la région de Nursie, lieu de sa naissance, l’adolescent est envoyé à Rome pour étudier les belles-lettres. Mais Benoît n’y demeure pas longtemps. La décadence de mœurs qu’il y rencontre le presse de quitter la ville en bandonnant ses études. En quête d’une vie sainte, il va s’établir au désert de Subiaco, à l’Est de la capitale. C’est le début de sa vocation érémitique, laquelle évoluera vers la vie cénobitique sous l’action de l’Esprit Saint et des événements. Il finira ses jours au Mont-Cassin, situé au Sud-Est de Rome.

LA MISSION : PAUL ET LES COMMUNAUTÉS CHRÉTIENNES,
Benoît et les communautés monastiques Annoncer la Bonne Nouvelle à toutes les nations, telle est la mission laissée par Jésus à ses disciples et déjà entreprise par les douze apôtres. Mais Paul – qui n’a pas connu Jésus de son vivant – reçoit personnellement du Christ cette mission d’annoncer l’Évangile. Par un séjour au désert d’Arabie, il se prépare à commencer sa prédication auprès de ses frères de race, à Jérusalem et dans les contrées voisines, avant d’aller
fonder de nouvelles communautés chrétiennes en territoire païen. Benoît gagne également le désert, celui de Subiaco, où il vit seul durant trois ans, avant d’entreprendre une mission d’évangélisation auprès des gens qui viennent à lui, attirés par sa renommée de sainteté. De nombreux disciples voulant se joindre à lui, il fonde en ce lieu douze petits monastères. Les deux prédicateurs persécutés comme leur Maître, le Christ Paul et Benoît n’ont pas été accueillis par tous, comme Jésus lui-même a été rejeté par un grand nombre. Leur prédication et leur action apparaissent comme un danger pour les uns, suscitent la jalousie chez les autres, d’autant plus que ces deux passionnés du Christ sont doués de divers charismes dont celui des miracles. Saint Paul raconte dans ses lettres tout ce qu’il a eu à souffrir de mauvais traitements et d’atteintes à sa vie, au point qu’il dut souvent s’enfuir. Une fois même, il ne put quitter la ville que dans un panier descendu le long de la muraille. Cette évasion de l’apôtre est rapportée dans la vie de saint Benoît écrite par le pape saint Grégoire le Grand. Saint Benoît n’a pas subi les mêmes tortures physiques et morales que saint Paul, bien
qu’il ait été victime des attaques du démon et se soit imposé lui-même un ascétisme rigoureux. Mais il est raconté par saint Grégoire que des opposants envieux ont cherché à le faire disparaître par deux fois, en lui présentant des aliments empoisonnés. La prière du saint anéantit par miracle leur projet meurtrier. Cependant Benoît, lui aussi, finit par choisir la fuit e d’un milieu hostile; en effet, ne pouvant rien contre le saint Abbé, on s’attaquait maintenant à l’âme de ses disciples.

L’expansion des commaunautés jusqu’au bout du monde
Les obstacles rencontrés en cours d’évangélisation, tant chez saint Paul que chez saint Benoît, ont eu pour
avantage la multiplication des communautés fondées par eux.Repoussé par les Juifs d’Antioche de Pisidie, Paul avait rétorqué : Alors nous nous tournons vers les païens (Ac 13, 46). Ses grands voyages missionnaires permettent à l’infatigable témoin du Christ d’implanter de nouvelles communautés chrétiennes dans les principales villes de l’Orient grec. À partir de celles-ci, le message évangélique se transmettra aux localités plus éloignées. Saint Benoît, suite à la persécution de Subiaco, prend la route du Mont-Cassin où il trouve un nouveau terrain de mission. Il convertit ce lieu païen en lieu de culte chrétien, où s’élève la célèbre abbaye que nous connaissons. Par une prédication continuelle, note saint Grégoire, il appelait à la foi toute la population des alentours. Mais Benoît n’entreprend pas de sillonner mers et continents. Comme Jésus qui ne dépassa guère les frontières de la Palestine, il fixe sa stabilité au M ont-Cassin. Et là, il écrit sa Règle en déclarant qu’il institue une “école du service du Seigneur” où dans la prière, l’écoute de la Parole de Dieu et le travail, ses disciples marcheraient dans les sentiers du Christ, à la suite de l’Évangile. Si la mission évangélique de saint Paul et de saint Benoît a connu un tel rayonnement dans l’Église universelle, les écrits qu’ils ont laissés y comptent sans doute pour beaucoup.

LES ÉCRITS : Les lettres de saint Paul et la Règle de saint Benoît
Les lettres envoyées par Paul à ses communautés chrétiennes sont les premiers écrits du Nouveau Testament à circuler dans l’Église naissante. Écrites pour répondre à des situations concrètes, ces lettres renferment en même temps une
riche doctrine théologique, ainsi que l’expression de la pensée et des sentiments de l’apôtre. Lorsque saint Benoît écrit sa Règle, en s’inspirant de la Règle du Maître, la figure du grand apôtre lui est présente. Il le nomme par son nom une douzaine de fois : “l’apôtre Paul”, alors qu’il ne nomme aucun autre apôtre, sinon une fois “l’apôtre saint Jean”. C’est dire sa familiarité avec les lettres pauliniennes. À la manière de Paul, saint Benoît s’appuie fortement sur les Saintes Écritures dans la rédaction de sa Règle. Après les psaumes et les évangiles, ce sont les lettres de saint Paul qui sont citées le plus souvent (plus de vingt fois), surtout les deux lettres aux Corinthiens et l’épître aux Romains. La première citation de la Règle est justement un passage de la lettre aux Romains (13, 11) : Voici l’heure pour nous de sortir du sommeil. Outre des citations littérales, nous retrouvons la pensée de saint Paul en filigrane, au travers de mots qui
traduisent des thèmes spirituels chers à l’apôtre. En voici quelques-uns.

Esprit filial, esprit paternel, esprit fraternel
Dès les premières lignes de sa Règle, saint Benoît emploie le mot “fils” et le mot “père” : un tendre père, dit-il. Il entend que le disciple vive en enfant de Dieu, sous le regard de son père du ciel qui lui promet le royaume. Plus loin, on remarque l’importance donnée à l’abbé dont le nom signifie “père”. L’esprit fraternel en est inséparable : partout il est question des “frères”. On reconnaît là le thème de l’adoption des fils dont parle souvent saint Paul, et que nous résumons par ces mots cités par saint Benoît au chapitre de l’abbé : Vous avez reçu l’Esprit d’adoption des fils, qui nous fait nous écrier : Abba, Père!(Romains 8, 15) La théologie paulinienne est centrée sur le Père aussi bien que sur le Christ. L’apôtre se complaît à répéter des centaines de fois le nom de Dieu dans ses lettres, et par ce nom il désigne le Père : “Dieu l’a dit : Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles” (2 Co 6, 18).

Par-dessus tout : l’amour
Au coeur du message paulinien, comme de l’Évangile, il y a l’amour, la charité qui surpasse tous les charismes et sans laquelle on n’est plus rien. L’amour du Christ mort et ressuscité l’a saisi, lui, Paul : qui pourra le séparer de l’amour du Christ qui l’a aimé et s’est livré pour lui? Il s’écrie dans toute son ardeur : L’amour du Christ nous presse (2 Co 5, 14). C’est la grande passion de sa vie. Conscient que le Christ vit en lui, il se met à son service avec un zèle infatigable. Dans le Christ, il aime les communautés chrétiennes auxquelles il s’adresse : Mon amour est avec vous tous en Jésus Christ (1 Co 16, 24). Il exhorte de même les disciples à rechercher la charité, à abonder toujours plus dans l’amour. Saint Benoît répète à son tour : Ne rien préférer à l’amour du Christ… Par-dessus tout, aimer Dieu de tout son coeur, de toute son âme, de toute sa force… Ils ne préféreront absolument rien au Christ (ch. 4 et 72). Les préceptes de sa Règle veulent conduire le disciple à un très grand amour traduit dans les actes, pour parvenir à aimer Dieu d’un amour parfait qui chasse la crainte. Il rappelle aussi la charité fraternelle : Aimer le prochain comme soi-même. Pour cela se servir mutuellement avec charité, être pleins de respect et d’affection les uns pour les autres, comme des membres d’une même famille.Tous appelés, tous un dans le Christ Avec la conversion des païens, des divisions surviennent dans l’Église primitive. Dans sa lettre aux Romains, saint Paul aborde le mystère de l’élection divine : celle-ci, reposant sur le peuple juif d’abord, s’est étendue ensuite à toutes les nations. C’est la foi, non la Loi, qui obtient la grâce du salut par Jésus
Christ. Donc tous les baptisés ne font qu’un dans le Christ Jésus(Ga 3, 28). Benoît adresse également un appel à tous : Qui que tu sois, dit-il. (Prologue) Et dans ses directives à l’abbé (ch. 2), il reprend un verset de l’épître aux Romains : Il n’y a pas acception de personnes auprès de Dieu. Comme Paul il reconnaît l’égalité entre frères, à cette époque de l’invasion des barbares où certains convertis entraient au monastère. Il demande que l’homme libre ne soit pas préféré à un autre venu d’une condition servile, et que tous soient aimés et traités également, sauf motif raisonnable. Car, libres ou esclaves, dit-il, nous sommes tous un dans le Christ, et nous faisons le même service dans la milice du
même Seigneur (2, 20).

Marcher, courir, combattre
Militer sous le Seigneur engage à marcher selon l’Évangile sur la voie du salut dont l’entrée est toujours étroite. Aussi saint Benoît emprunte-t-il à saint Paul des mots reliés à une aventure spirituelle d’allure routière, militaire et sportive, pour laquelle on s’impose toutes sortes de privations en vue de la réussite.
Saint Paul rappelle à ce propos les courses du stade, et il exhorte les croyants à courir de manière à remporter le prix (1 Co 9, 24), comme il le fera lui-même : J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course,
j’ai gardé la foi. (2 Tm 4, 7) Saint Benoît retient ce terme de course, action plus intense et rapide que la
marche, pour exprimer la hâte de parvenir à la patrie céleste : Courez pendant que vous avez la lumière de
la vie… Il nous faut courir et agir d’une façon qui nous profite pour l’éternité. (Prologue)
Tout un arsenal de combat est proposé par saint Paul (Éph 6, 13-17). Saint Benoît en simplifie la
description : Les reins ceints de la foi et de l’accomplissement des bonnes actions, avec en main les armes
très puissantes et glorieuses de l’obéissance. (Prologue)

Avec le Christ obéissant jusqu’à la mort
Saint Paul a écrit une hymne magnifique sur l’abaissement du Christ qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort pour être ensuite exalté par Dieu (Phil 2, 6-11). L’apôtre ne voulait savoir qu’une chose : Jésus crucifié. Se considérant le dernier des apôtres, il acceptait de tout endurer pour se conformer à la Passion et à la Croix de son Maître. Il déclarait : Je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l’Église (Col 1, 24). Saint Benoît, lui aussi, veut que nous prenions part aux souffrances du Christ par la patience. En écrivant son chapitre sur l’humilité (7), il rappelle d’obéir en imitant le Seigneur dont l’apôtre dit : Il a été obéissant jusqu’à la mort (Phil 2, 8). Plus loin il propose d’imiter Paul lui-même : Avec l’apôtre Paul, ils supportent les faux frères et la persécution (2 Co 11, 26), et ils bénissent ceux qui les maudissent (1 Co 4, 12).

Tant d’autres richesses pauliniennes à découvrir
Les lettres de saint Paul, en particulier celles adressées aux chrétiens de Corinthe, contiennent tant de directives pratiques pour l’organisation d’une communauté, qu’il serait intéressant de mettre en parallèle bien d’autres passages de la Règle de saint Benoît, par exemple : le chapitre des bonnes actions (4) et celui du bon zèle (72), la prière, le travail, les forts et les faibles, la discrétion, les corrections, la sainteté de vie, la paix, la vigilance dans l’attente de la venue du Seigneur, etc… Autant de richesses à découvrir encore.

* * *
Si la vie et les écrits de saint Paul ont été une telle source d’inspiration pour saint Benoît, nul doute que les familles et les groupes, et chaque personne, peuvent en retirer aujourd’hui encore un très grand profit spirituel. C’est la grâce que nous demandons à l’apôtre des nations ainsi qu’au patriarche des moines
Supplément à la circulaire no 44 – Mai 2009.- Bénédictines Joliette

Laisser un commentaire