Archive pour janvier, 2014

St. Gregory and Basil , a Gregory Left to Right Basil

2 janvier, 2014

St. Gregory and Basil , a Gregory Left to Right Basil dans images sacrée Sci-Gregorius-Basilius

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3 JANVIER: LE SAINT NOM DE JÉSUS – PRIÈRES DE SAINTE GERTRUDE LA GRANDE

2 janvier, 2014

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3 JANVIER: LE SAINT NOM DE JÉSUS – PRIÈRES DE SAINTE GERTRUDE LA GRANDE

O bon Jésus, très doux Jésus, Fils de Dieu et de la Vierge Marie, vous qui êtes toute pitié et tout amour, ayez pitié de moi, dans votre grande miséricorde. O doux Jésus, par le sang précieux que vous avez répandu pour les pécheurs, je vous supplie de laver tous mes péchés et de jeter les yeux sur l’humble et indigne serviteur qui implore votre pardon et invoque le saint Nom de Jésus. Que signifie Jésus, sinon Sauveur? Ainsi donc, ô Jésus, en raison de votre saint Nom, soyez-moi un Jésus et sauvez-moi. Ne souffrez pas que je me perde, moi que vous avez racheté de votre précieux sang. O bon Jésus, que mon péché ne soit point ma perte, puisque votre infinie bonté a daigné me créer. Miséricordieux Jésus, ayez pitié de moi, puisque c’est encore l’heure de la pitié, avant que sonne l’heure de la malédiction et du jugement. Doux Jésus, si votre justice voulait me condamner, j’en appelle à votre amour, et je me réfugie en lui. Jésus plein d’amour, Jésus si désirable, doux Jésus, comptez-moi parmi vos élus. Jésus, salut de ceux qui espèrent en vous, Jésus, espoir de ceux qui se réfugient en vous, Jésus, douceur de ceux qui vous aiment, faites que je vous aime, que je vous demeure fidèle, et qu’après cette misérable vie je vienne à vous dans la paix. Amen.

2 JANVIER: BASILE LE GRAND

2 janvier, 2014

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2 JANVIER: BASILE LE GRAND

Moine, Évêque de Césarée, Saint Docteur de l’Église, (329-379) 

Saint Basile de Césarée est souvent présenté avec saint Grégoire de Nazianze, son ami. Aujourd’hui, nous nous attacherons surtout à saint Basile; nous découvrirons saint Grégoire de Nazianze le 25 janvier. Basile de Césarée, appelé également Basile le Grand, est né vers 329, à Césarée dans la région Cappadoce, en Turquie. Il appartenait à une chrétienne d’avocats et de rhéteurs, famille riche et influente qui eut 10 enfants. Famille de saints également: sa grand-mère, Macrine l’Ancienne, avait suivi les enseignements de saint Grégoire le Thaumaturge qu’elle transmit à sa famille. La mère de Basile, Emmélie, devenue veuve, et sa sœur, Macrine la Jeune, se fi-rent « religieuses ». Deux des frères de Basile, Grégoire de Nysse et Pierre de Sé-baste, devinrent évêques comme lui. Basile étudia d’abord auprès de son père. Puis, il fut confié à des écoles de grammairiens de Césarée. D’une intelligence hors pair, il poursuivit ses études à Constantinople et à Athènes en 351. Il apprit la rhétorique, la grammaire, la littérature grecque classique dont les écrits d’Homère, d’Euripide et de Sopho-cle. Il eut pour condisciple le futur empereur Julien, qui sera appelé plus tard Julien l’apostat. C’est là, à Athènes, qu’il se lia d’amitié avec un de ses camara-des: Grégoire de Nazianze. Cette amitié fut renforcée par la foi très forte que vi-vaient les deux amis à Athènes, ville où ils côtoyaient de nombreux païens. Les deux hommes avaient le même attrait pour la vie contemplative et monastique. Remarque: Julien doit son surnom d’ »apostat » à sa volonté de rétablir le pa-ganisme dans l’empire romain, alors qu’il avait été élevé dans la religion chré-tienne, plus précisément dans l’arianisme, sous la direction des évêques Eusène de Nicomédie, puis Georges de Capadoce. Nous sommes en 356. De retour à Césarée, Basile commença une carrière de rhéteur, mais il y renonça après un long voyage à travers l’Égypte, la Palestine, la Syrie et la Mésopotamie, où il rencontra plusieurs ascètes. À la mort de son père, en 358, il vendit ses biens. Sur les instances de sa sœur Macrine qui, nous le savons déjà, vivait une vie d’ascète, avec sa mère, alors veuve, Basile demanda le baptême qu’il reçut des mains de l’évêque de Césarée, Dianée; puis il décida de mener une vie monacale. Il se retira alors dans la solitude de la région du Pont, en Turquie, au bord de la rivière Iris, près du lieu où vivait la commu-nauté de femmes réunies autour de sa mère et de sa sœur. Sur la rive opposée, il créa un ermitage avec plusieurs de ses compagnons. C’est là que Basile reçut des visites de Grégoire de Nazianze et qu’il commença à développer une règle de vie monacale. Cette règle est la base des Règles de l’ordre de saint Basile, les-quelles deviendront la principale règle monastique de l’Église d’Orient. Saint Benoît s’inspirera beaucoup de ce document pour rédiger sa règle, fondement du monachisme en occident. La vie de saint basile sera de nouveau très mouvementée. En 362 il dut quitter son monastère afin d’assister l’évêque de Césarée de Cappadoce, Dianus, qui mourut peu de temps après. Le successeur de Dianus, Eusèbe ordonna basile prêtre, vers 364, et le prit comme auxiliaire pour l’aider à la gestion de l’évêché et prêcher à Césarée. Cependant Basile était resté en contact avec son monas-tère à travers une abondante correspondance. Après avoir fondé plu-sieurs mo-nastères, à la mort d’Eusèbe, Basile fut élu en 370, évêque de Césarée, métropo-lite de Cappadoce et exarque du diocèse civil du Pont. Par son action, Basile  acquit vite l’affection de son peuple: il créa des hôpitaux et des hospices et surtout une véritable cité hospitalière, la Basiliade. Il tenta de rétablir une unité des croyants, pour renouer pleinement avec l’Occident et l’Église d’Antioche. Effet, Basile eut à défendre la foi de Nicée contre l’arianisme. Nous devons ici vous donner quelques précisions. Une autre raison de la venue de Basile auprès de l’évêque de Césarée était de conseiller ce dernier face aux persécutions de l’empereur Julien. En effet, l’avènement de Julien comme em-pereur avait occasionné des troubles graves à Césarée. Par ailleurs, des divisions graves se manifestaient au sein du clergé, à cause de l’arianisme. En 364, Basile avait dû rédiger un traité intitulé Contre Eunomius, dans lequel il montrait la gravité des idées d’Eunome, évêque de Cyzique, en Turquie, qui niait la Trinité. Les autres écrits de saint Basile comprennent des traités dogmatiques, dont plusieurs sur le Saint-Esprit et la Trinité, des traités ascétiques, pédagogiques et liturgiques, et un grand nombre de sermons et de lettres. Sa renommée fut telle qu’on lui attribua aussi quantité d’autres traités, d’homélies et de lettres qu’il n’avait pas rédigés. Basile de Césarée, âgé de 50 ans, mourut le 1er janvier 379, à Césarée. Il fut reconnu Docteur de l’Église le 20 septembre 1568 par le pape Pie V. Saint Basile est vénéré en tant que saint par les orthodoxes comme par les catholiques. Il est fêté le 2 janvier en Occident, et, en orient, le premier janvier, son dies natali. Il est également fêté le 31 janvier, lors de la « fête des trois docteurs œcuméniques » avec Jean Chrysostome et Grégoire de Nazianze. Une fois élu évêque de Césarée, Basile fit tout son possible pour résister à l’aria-nisme, notamment en allant à l’encontre de l’empereur Valens qui tentait d’im-poser l’arianisme. Même menacé d’exil ou de supplice Basile refusa de professer la foi de l’arianisme. Saint Basile recherchait sans cesse l’unité de l’Église, par ses écrits hostiles aux divisions dans l’Église. Il écrivit, entre autres: « Le monde qui a été créé, nous fait bien connaître la puissance et la sagesse du Créateur, mais non son essence. La puissance du Créateur ne s’y révèle pas nécessairement tout entière. Il se peut même que le bras de l’Artiste divin n’y déploie pas toute sa force… En tout cas, le dilemme d’Eunomius ne saurait nous étreindre. Si nous ne connaissons pas l’essence de Dieu, nous ne connaissons rien de Lui. Si, pour être vraie, la connaissance devait être la pleine compréhension, que saurions-nous des choses finies elles-mêmes, qui par tant de côtés, nous échappent. Et il s’agit de l’infini! Connaître l’essence divine, c’est avant tout connaître l’incompréhensibilité de Dieu. » Nous allons insister maintenant sur la règle des Basiliens. Au cours de ses voyages en orient, Basile avait observé les différentes formes de vie consacrée. À partir de cette expérience il développa, en collaboration avec Grégoire de Na-zianze, une forme inédite de monachisme, qui deviendra l’Ordre de saint Basi-le. Mais en quoi consistait cette nouvelle vie monastique? Basile estimait que les grandes colonies de moines qui existaient en Égypte étaient trop actives et trop bruyantes. Quant aux nombreux ermitages, ils manquaient d’humilité et de charité. Basile leur écrivit: « Si vous vivez à l’écart des hommes comment pourrez-vous vous réjouir avec les heureux et pleurer avec ceux qui souffrent? Notre-Seigneur a lavé les pieds de ses apôtres: vous qui êtes seul, à qui les laverez-vous? Et comment vous exercerez-vous à l’humilité, vous qui n’avez personne devant qui vous humilier? » Basile désira donc que les monastères se réunissent dans un couvent de taille raisonnable, et que le supérieur de chaque couvent puisse être en rapport suivi avec chaque frère. » De plus, Basile de Césarée s’opposa à l’austérité systématique qu’il avait  obser-vée lors de son séjour en Orient. Même s’il pratiquait une vie de d’ascète, il refusait les trop grandes privations, celles-ci devant rester modérées. Dès lors, il recommandait aux futurs novices de ne pas se dépouiller de leurs biens en embrassant la vie religieuse, mais de les considérer comme consacrés à Dieu, afin de les employer pour des bonnes œuvres. La règle de Basile contribua à rapprocher les moines du clergé séculier. Dans les monastères orientaux, les moines avaient l’interdiction de devenir prêtres. Basile souhaita la présence de prêtres dans les monastères, contrairement à ce qui pratiquait alors couram-ment. Basile insista pour que les monastères soient proches des villes, certes coupés physiquement et moralement du monde, afin de pouvoir aider à l’instruction chrétienne des populations qui se convertissaient. Les règles rédigées par saint Basile furent reconnues par le pape Libère en 363. L’ordre de saint Basile se propage rapidement en Orient, au point de devenir l’un des ordres de référence de la vie cénobitique orthodoxe. La règle de saint Basile est la seule règle monastique qui a perduré jusqu’à nos jours dans les couvents d’Orient.

Paulette Leblanc 

SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE (325-390) – SA VIE

2 janvier, 2014

http://nouvl.evangelisation.free.fr/gregoire_de_nazianze_bio.htm

SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE (325-390) – SA VIE

Naissance:

Deux hypothèses ont été proposées au sujet de la chronologie de sa carrière. L’historiographie ancienne et la tradition byzantine rapportée par la Souda (Suidae Lexicon, éd. A. ADLER, Leipzig, 1928, p. 541-543), font état de son grand âge; il serait mort nonagénaire en 390. Les historiens modernes et l’hagiographie récente adoptent une chronologie plus brève et placent sa naissance vers 325/329. Cette chronologie courte s’appuie sur le postulat selon lequel Grégoire aurait eu approximativement le même âge que S. Basile et sur l’interprétation de plusieurs textes poétiques et ambigus. Cette hypothèse explique mal les nombreuses allusions que Grégoire fait à son grand âge, dès l’époque de son ordination sacerdotale (Or. 2, 12). D’autre part, il dit formellement que sa mère, Nonna, était quinquagénaire en 325. La biographie longue est notamment défendue par le bollandiste Daniel Papebroch (Acta Sanctorum, Maii t. 2, p. 370D – 371F).

Études: Grégoire est intentionnellement discret sur la période de ses études (De vita sua, v. 108 et 211-212), et l’on ignore combien d’années il y a consacrées. Il étudia à Césarée de Cappadoce, à Césarée de Palestine et à Alexandrie. En Palestine, il fut, selon Saint Jérôme (De viris illustribus, 113), élève de Thespesius et condisciple d’Euzoius, futur évêque arien de Césarée. A-t-il été l’auditeur de S. Cyrille de Jérusalem, dans cette dernière ville, en 348 ou 349? Cela expliquerait l’importance des réminiscences de la VIe et de la IXe Catéchèses de Cyrille dans l’Or. 28 (BERNARDI, Prédication, p. 185; SINKO, De traditione, I, 12-18). Fut-il élève de Libanius à Antioche, comme l’affirme Socrate (Hist. eccl., IV, 26)? C’est possible. D’Alexandrie, il gagna Athènes avec une hâte qu’il fait remarquer sans l’expliquer en racontant les détails de cette traversée mouvementée. Il ne fut pas étudiant pendant toute la durée de son séjour dans les écoles d’Athènes. Il y enseigna. Lorsque Basile de Césarée vint à Athènes comme étudiant, Grégoire l’accueillit et l’introduisit dans les milieux athéniens. Il partageait les goûts de Basile pour la vie religieuse et il décida de suivre lui aussi une vocation de type monastique mal précisé; on ignore à quel moment, entre 354/355 et 363, il renonça à la carrière profane et rentra au pays.

Carrière religieuse en Cappadoce: Les Invectives contre Julien (Or. 4 et 5), composées sans doute vers 364, selon M. Regali, sont des polémiques contre l’hellénisme à l’antique, que des lettrés païens encouragés par l’empereur Julien (361-363) remettaient à la mode. Ordonné prêtre sous le règne de Julien ou de Valens (365-378), il composa à cette occasion un traité sur le sacerdoce (Or. 2). Sa carrière sacerdotale puis épiscopale en Cappadoce jusqu’en 374 est celle d’un ecclésiastique jouant le rôle de notable en même temps qu’il partage les charges pastorales de son vieux père, dans la bourgade montagnarde de Nazianze à l’écart des grands centres. Il évoque dans ses écrits des réactions monastiques défavorables aux positions doctrinales de son père, des divergences théologiques sollicitant le clergé divisé entre nicéens et neo-nicéens d’une part, et entre diverses tendances dérivées de l’arianisme d’autre part; il intervient avec son père dans l’élection de S. Basile comme évêque de Césarée, mais quand Basile l’a fait sacrer évêque de Sasimes, il lui reproche d’avoir abusé de lui et de manquer d’égards à son âge. En effet, il néglige obstinément de s’installer à Sasimes, bourg qu’il dit peu plaisant. Les raisons administratives et ecclésiastiques qui l’avaient amené là ne dissimulent guère des questions doctrinales et personnelles sous-jacentes. Grégoire resta à Nazianze comme auxiliaire de son père jusqu’à la mort de ce dernier, survenue en 374; comme on tardait à donner un successeur à son père, Grégoire, faisant valoir son âge, se retira à Séleucie de Pisidie.

Séjour à Constantinople: En 379, la communauté nicéenne de Constantinople fit appel à lui; les ariens de tendances diverses étaient majoritaires dans la capitale. Il organisa les services religieux dans une maison particulière, l’Anastasia, qui devint plus tard l’église Ste-Anastasie. Lorsque Théodose Ier, favorable aux nicéens orthodoxes, installa ceux-ci dans les églises officielles, Grégoire hésita à se laisser introniser à la Grande Église par le pouvoir civil, mais il fut comme plébiscité par le peuple et le clergé quelques jours après le 24 nov. 380. En 381, le 1er concile de Constantinople valida les fonctions d’évêque de Constantinople qu’il exerçait. Mais des dissensions éclatèrent entre les évêques d’Orient et d’Occident, on remit en question la légitimité des fonctions de Grégoire. En fait la question du rôle ecclésiastique du siège de la Nouvelle Rome dans la chrétienté et celle de la légitimité politique de l’orthodoxie étaient posées; Grégoire renonça à la présidence du concile en même temps qu’au trône épiscopal et regagna Nazianze.

Les dernières années en Cappadoce: De retour à Nazianze, il y administra l’église locale en attendant qu’on lui donne un titulaire dans la personne d’un de ses parents, Eulalios. Retiré dans son domaine d’Arianze, avec l’intention de limiter son ministère aux activités littéraires, Grégoire y mourut et y fut inhumé, en 390.

 

Prière pour la paix

1 janvier, 2014

Prière pour la paix dans images sacrée L5552950690503

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MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS POUR LA CÉLÉBRATION DE LA XLVIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX – 2014

1 janvier, 2014

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MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS POUR LA CÉLÉBRATION DE LA XLVIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

1er JANVIER 2014

LA FRATERNITE, FONDEMENT ET ROUTE POUR LA PAIX

1. Dans mon premier message pour la Journée mondiale de la Paix je désire adresser à tous, personnes et peuples, le vœu d’une existence pleine de joie et d’espérance. Dans le cœur de chaque homme et de chaque femme habite en effet le désir d’une vie pleine, à laquelle appartient une soif irrépressible de fraternité, qui pousse vers la communion avec les autres, en qui nous ne trouvons pas des ennemis ou des concurrents, mais des frères à accueillir et à embrasser. En effet, la fraternité est une dimension essentielle de l’homme, qui est un être relationnel. La vive conscience d’être en relation nous amène à voir et à traiter chaque personne comme une vraie sœur et un vrai frère ; sans cela, la construction d’une société juste, d’une paix solide et durable devient impossible. Et il faut immédiatement rappeler que la fraternité commence habituellement à s’apprendre au sein de la famille, surtout grâce aux rôles responsables et complémentaires de tous ses membres, en particulier du père et de la mère. La famille est la source de toute fraternité, et par conséquent elle est aussi le fondement et la première route de la paix, puisque par vocation, elle devrait gagner le monde par son amour. Le nombre toujours croissant d’interconnexions et de communications qui enveloppent notre planète rend plus palpable la conscience de l’unité et du partage d’un destin commun entre les nations de la terre. Dans les dynamismes de l’histoire, de même que dans la diversité des ethnies, des sociétés et des cultures, nous voyons ainsi semée la vocation à former une communauté composée de frères qui s’accueillent réciproquement, en prenant soin les uns des autres. Mais une telle vocation est encore aujourd’hui souvent contrariée et démentie par les faits, dans un monde caractérisé par cette “ mondialisation de l’indifférence ”, qui nous fait lentement nous “ habituer ” à la souffrance de l’autre, en nous fermant sur nous-mêmes. Dans de nombreuses parties du monde, la grave atteinte aux droits humains fondamentaux, surtout au droit à la vie et à la liberté religieuse ne semble pas connaître de pause. Le tragique phénomène du trafic des êtres humains, sur la vie et le désespoir desquels spéculent des personnes sans scrupules, en représente un exemple inquiétant. Aux guerres faites d’affrontements armés, s’ajoutent des guerres moins visibles, mais non moins cruelles, qui se livrent dans le domaine économique et financier avec des moyens aussi destructeurs de vies, de familles, d’entreprises. Comme l’a affirmé Benoît XVI, la mondialisation nous rend proches, mais ne nous rend pas frères.[1] En outre, les nombreuses situations d’inégalités, de pauvreté et d’injustice, signalent non seulement une carence profonde de fraternité, mais aussi l’absence d’une culture de la solidarité. Les idéologies nouvelles, caractérisées par un individualisme diffus, un égocentrisme et un consumérisme matérialiste affaiblissent les liens sociaux, en alimentant cette mentalité du “ déchet ”, qui pousse au mépris et à l’abandon des plus faibles, de ceux qui sont considérés comme “ inutiles ”. Ainsi le vivre ensemble humain devient toujours plus semblable à un simple ‘do ut des’  pragmatique et égoïste. En même temps, il apparaît clairement que les éthiques contemporaines deviennent aussi incapables de produire des liens authentiques de fraternité, puisqu’une fraternité privée de la référence à un Père commun, comme son fondement ultime, ne réussit pas à subsister.[2] Une fraternité véritable entre les hommes suppose et exige une paternité transcendante. À partir de la reconnaissance de cette paternité, se consolide la fraternité entre les hommes, c’est-à-dire l’attitude de se faire le “ prochain ” qui prend soin de l’autre. « Où est ton frère » (Gn 4, 9) 2. Pour mieux comprendre cette vocation de l’homme à la fraternité, pour reconnaître de façon plus adéquate les obstacles qui s’opposent à sa réalisation et découvrir les chemins de leur dépassement, il est fondamental de se laisser guider par la connaissance du dessein de Dieu, tel qu’il est présenté de manière éminente dans la Sainte Écriture. Selon le récit des origines, tous les hommes proviennent de parents communs, d’Adam et Ève, couple créé par Dieu à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1, 26), de qui naissent Caïn et Abel. Dans l’événement de la famille primitive, nous lisons la genèse de la société, l’évolution des relations entre les personnes et les peuples. Abel est berger, Caïn est paysan. Leur identité profonde et à la fois leur vocation, est celle d’être frères, aussi dans la diversité de leur activité et de leur culture, de leur manière de se rapporter à Dieu et au créé. Mais le meurtre d’Abel par Caïn atteste tragiquement le rejet radical de la vocation à être frères. Leur histoire (cf. Gn 4, 1-16) met en évidence la tâche difficile à laquelle tous les hommes sont appelés, de vivre unis, en prenant soin l’un de l’autre. Caïn, n’acceptant pas la prédilection de Dieu pour Abel qui lui offrait le meilleur de son troupeau – « le Seigneur agréa Abel et son offrande, mais il n’agréa pas Caïn et son offrande » (Gn 4, 4-5) – tue Abel par jalousie. De cette façon, il refuse de se reconnaître frère, d’avoir une relation positive avec lui, de vivre devant Dieu, en assumant ses responsabilités de soin et de protection de l’autre. À la question : « Où es ton frère ? », avec laquelle Dieu interpelle Caïn, lui demandant compte de son œuvre, il répond : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9). Puis nous dit la Genèse, « Caïn se retira de la présence du Seigneur » (4, 16). Il faut s’interroger sur les motifs profonds qui ont entrainé Caïn à méconnaître le lien de fraternité et, aussi le lien de réciprocité et de communion qui le liait à son frère Abel. Dieu lui-même dénonce et reproche à Caïn une proximité avec le mal : « le péché n’est-il pas à ta porte ? » (Gn 4, 7). Caïn, toutefois, refuse de s’opposer au mal et décide de « se jeter sur son frère Abel » (Gn 4, 8), méprisant le projet de Dieu. Il lèse ainsi sa vocation originaire à être fils de Dieu et à vivre la fraternité. Le récit de Caïn et d’Abel enseigne que l’humanité porte inscrite en elle une vocation à la fraternité, mais aussi la possibilité dramatique de sa trahison. En témoigne l’égoïsme quotidien qui est à la base de nombreuses guerres et de nombreuses injustices : beaucoup d’hommes et de femmes meurent en effet par la main de frères et de sœurs qui ne savent pas se reconnaître tels, c’est-à-dire comme des êtres faits pour la réciprocité, pour la communion et pour le don. « Et vous êtes tous des frères » (Mt 23, 8) 3. La question surgit spontanément : les hommes et les femmes de ce monde ne pourront-ils jamais correspondre pleinement à la soif de fraternité, inscrite en eux par Dieu Père ? Réussiront-ils avec leurs seules forces à vaincre l’indifférence, l’égoïsme et la haine, à accepter les différences légitimes qui caractérisent les frères et les sœurs ? En paraphrasant ses paroles, nous pourrions synthétiser ainsi la réponse que nous donne le Seigneur Jésus : puisqu’il y a un seul Père qui est Dieu, vous êtes tous des frères (cf. Mt 23, 8-9). La racine de la fraternité est contenue dans la paternité de Dieu. Il ne s’agit pas d’une paternité générique, indistincte et inefficace historiquement, mais bien de l’amour personnel, précis et extraordinairement concret de Dieu pour chaque homme (cf. Mt 6, 25-30). Il s’agit donc d’une paternité efficacement génératrice de fraternité, parce que l’amour de Dieu, quand il est accueilli, devient le plus formidable agent de transformation de l’existence et des relations avec l’autre, ouvrant les hommes à la solidarité et au partage agissant. En particulier, la fraternité humaine est régénérée en et par Jésus Christ dans sa mort et résurrection. La croix est le “lieu” définitif de fondation de la fraternité, que les hommes ne sont pas en mesure de générer tout seuls. Jésus Christ, qui a assumé la nature humaine pour la racheter, en aimant le Père jusqu’à la mort, et à la mort de la croix (cf. Ph 2, 8), nous constitue par sa résurrection comme humanité nouvelle, en pleine communion avec la volonté de Dieu, avec son projet, qui comprend la pleine réalisation de la vocation à la fraternité. Jésus reprend depuis le commencement le projet du Père, en lui reconnaissant le primat sur toutes choses. Mais le Christ, dans son abandon à la mort par amour du Père, devient principe nouveau et définitif de nous tous, appelés à nous reconnaître en Lui comme frères parce qu’enfants du même Père. Il est l’Alliance même, l’espace personnel de la réconciliation de l’homme avec Dieu et des frères entre eux. Dans la mort en croix de Jésus, il y a aussi le dépassement de la séparation entre peuples, entre le peuple de l’Alliance et le peuple des Gentils, privé d’espérance parce que resté étranger jusqu’à ce moment aux engagements de la Promesse. Comme on lit dans la Lettre aux Éphésiens, Jésus Christ est celui qui réconcilie en lui tous les hommes. Il est la paix puisque des deux peuples il en a fait un seul, abattant le mur de séparation qui les divisait, c’est-à-dire l’inimitié. Il a créé en lui-même un seul peuple, un seul homme nouveau, une seule humanité nouvelle (cf. 2, 14-16). Celui qui accepte la vie du Christ et vit en Lui, reconnaît Dieu comme Père et se donne lui-même totalement à Lui, en l’aimant au-dessus de toute chose. L’homme réconcilié voit en Dieu le Père de tous et, par conséquent, il est incité à vivre une fraternité ouverte à tous. Dans le Christ, l’autre est accueilli et aimé en tant que fils ou fille de Dieu, comme frère ou sœur, non comme un étranger, encore moins comme un antagoniste ou même un ennemi. Dans la famille de Dieu, où tous sont enfants d’un même Père, et parce que greffés dans le Christ, fils dans le Fils, il n’y a pas de “vies de déchet”. Tous jouissent d’une dignité égale et intangible. Tous sont aimés de Dieu, tous ont été rachetés par le sang du Christ, mort et ressuscité pour chacun. C’est la raison pour laquelle on ne peut rester indifférent au sort des frères. La fraternité, fondement et route pour la paix 4. Cela posé, il est facile de comprendre que la fraternité est fondement et route pour la paix. Les Encycliques sociales de mes prédécesseurs offrent une aide précieuse dans ce sens. Il serait suffisant de se référer aux définitions de la paix de Populorum progressio de Paul VI ou de Sollicitudo rei socialis de Jean-Paul II. De la première nous retirons que le développement intégral des peuples est le nouveau nom de la paix.[3] De la seconde, que la paix est opus solidaritatis.[4] Paul VI affirmait que non seulement les personnes mais aussi les nations doivent se rencontrer dans un esprit de fraternité. Et il explique : « Dans cette compréhension et cette amitié mutuelles, dans cette communion sacrée, nous devons […] œuvrer ensemble pour édifier l’avenir commun de l’humanité ».[5] Ce devoir concerne en premier lieu les plus favorisés. Leurs obligations sont enracinées dans la fraternité humaine et surnaturelle et se présentent sous un triple aspect : le devoir de solidarité, qui exige que les nations riches aident celles qui sont moins avancées ; le devoir de justice sociale qui demande la recomposition en termes plus corrects des relations défectueuses entre peuples forts et peuples faibles ; le devoir de charité universelle, qui implique la promotion d’un monde plus humain pour tous, un monde dans lequel tous aient quelque chose à donner et à recevoir, sans que le progrès des uns constitue un obstacle au développement des autres.[6] Ainsi, si on considère la paix comme opus solidaritatis, de la même manière, on ne peut penser en même temps, que la fraternité n’en soit pas le fondement principal. La paix, affirme Jean-Paul II, est un bien indivisible. Ou c’est le bien de tous ou il ne l’est de personne. Elle peut être réellement acquise et goûtée, en tant que meilleure qualité de la vie et comme développement plus humain et durable, seulement si elle crée de la part de tous, « une détermination ferme et persévérante à s’engager pour le bien commun »[7]. Cela implique de ne pas se laisser guider par « l’appétit du profit » et par « la soif du pouvoir ». Il faut avoir la disponibilité de « “se perdre” en faveur de l’autre au lieu de l’exploiter, et de “le servir” au lieu de l’opprimer pour son propre avantage. […] L’“autre” – personne, peuple ou nation – [n’est pas vu] comme un instrument quelconque dont on exploite à peu de frais la capacité de travail et la résistance physique pour l’abandonner quand il ne sert plus, mais comme notre “semblable”, une “aide”.[8] La solidarité chrétienne suppose que le prochain soit aimé non seulement comme « un être humain avec ses droits et son égalité fondamentale à l’égard de tous, mais [comme] l’image vivante de Dieu le Père, rachetée par le sang du Christ et objet de l’action constante de l’Esprit Saint »[9], comme un autre frère. « Alors – rappelle Jean-Paul II – la conscience de la paternité commune de Dieu, de la fraternité de tous les hommes dans le Christ, “fils dans le Fils”, de la présence et de l’action vivifiante de l’Esprit Saint, donnera à notre regard sur le monde comme un nouveau critère d’interprétation »,[10] pour le transformer. Fraternité, prémisse pour vaincre la pauvreté 5. Dans Caritas in veritate, mon Prédécesseur rappelait au monde combien le manque de fraternité entre les peuples et les hommes est une cause importante de la pauvreté.[11] Dans de nombreuses sociétés, nous expérimentons une profonde pauvreté relationnelle due à la carence de solides relations familiales et communautaires. Nous assistons avec préoccupation à la croissance de différents types de malaise, de marginalisation, de solitude et de formes variées de dépendance pathologique. Une semblable pauvreté peut être dépassée seulement par la redécouverte et la valorisation de rapports fraternels au sein des familles et des communautés, à travers le partage des joies et des souffrances, des difficultés et des succès qui accompagnent la vie des personnes. En outre, si d’un côté on rencontre une réduction de la pauvreté absolue, d’un autre, on ne peut pas ne pas reconnaître une grave croissance de la pauvreté relative, c’est-à-dire des inégalités entre personnes et groupes qui vivent dans une même région, ou dans un même contexte historico-culturel. En ce sens, sont aussi utiles des politiques efficaces qui promeuvent le principe de la fraternité, assurant aux personnes – égales dans leur dignité et dans leurs droits fondamentaux – d’accéder aux « capitaux », aux services, aux ressources éducatives, sanitaires, technologiques afin que chacun ait l’opportunité d’exprimer et de réaliser son projet de vie, et puisse se développer pleinement comme personne. On reconnaît aussi la nécessité de politiques qui servent à atténuer une répartition inéquitable excessive du revenu. Nous ne devons pas oublier l’enseignement de l’Église sur ce qu’on appelle l’hypothèque sociale, sur la base de laquelle, comme le dit saint Thomas d’Aquin, il est permis et même nécessaire « que l’homme ait la propriété des biens »[12], quant à l’usage, « il ne doit jamais tenir les choses qu’il possède comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes, en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui mais aussi aux autres ».[13] Enfin, il y a une dernière manière de promouvoir la fraternité – et ainsi de vaincre la pauvreté – qui doit être à la base de toutes les autres. C’est le détachement de celui qui choisit d’adopter des styles de vie sobres et basés sur l’essentiel, de celui qui, partageant ses propres richesses, réussit ainsi à faire l’expérience de la communion fraternelle avec les autres. Cela est fondamental pour suivre Jésus Christ et être vraiment des chrétiens. C’est le cas non seulement des personnes consacrées qui font vœux de pauvreté, mais aussi de nombreuses familles et de nombreux citoyens responsables, qui croient fermement que c’est la relation fraternelle avec le prochain qui constitue le bien le plus précieux. La redécouverte de la fraternité dans l’économie. 6. Les graves crises financières et économiques contemporaines – qui trouvent leur origine, d’un côté dans l’éloignement progressif de l’homme vis-à-vis de Dieu et du « prochain », ainsi que dans la recherche avide des bien matériels, et, de l’autre, dans l’appauvrissement des relations interpersonnelles et communautaires – ont poussé de nombreuses personnes à rechercher la satisfaction, le bonheur et la sécurité dans la consommation et dans le gain, au-delà de toute logique d’une saine économie. Déjà en 1979 Jean Paul II dénonçait l’existence d’ « un danger réel et perceptible : tandis que progresse énormément la domination de l’homme sur le monde des choses, l’homme risque de perdre les fils conducteurs de cette domination, de voir son humanité soumise de diverses manières à ce monde, et de devenir ainsi lui-même l’objet de manipulations multiformes – pas toujours directement perceptibles – à travers toute l’organisation de la vie communautaire, à travers le système de production, par la pression des moyens de communication sociale ».[14] La succession des crises économiques doit conduire à d’opportunes nouvelles réflexions sur les modèles de développement économique, et à un changement dans les modes de vie. La crise d’aujourd’hui, avec son lourd héritage pour la vie des personnes, peut être aussi une occasion propice pour retrouver les vertus de prudence, de tempérance, de justice et de force. Elles peuvent aider à dépasser les moments difficiles et à redécouvrir les liens fraternels qui nous lient les uns aux autres, avec la confiance profonde dont l’homme a besoin et est capable de quelque chose de plus que la maximalisation de ses propres intérêts individuels. Surtout ces vertus sont nécessaires pour construire et maintenir une société à la mesure de la dignité humaine. La fraternité éteint la guerre 7. Dans l’année qui vient de s’écouler, beaucoup de nos frères et sœurs ont continué à vivre l’expérience déchirante de la guerre, qui constitue une grave et profonde blessure portée à la fraternité. Nombreux sont les conflits qui se poursuivent dans l’indifférence générale. Á tous ceux qui vivent sur des terres où les armes imposent terreur et destructions, j’assure ma proximité personnelle et celle de toute l’Église. Cette dernière a pour mission de porter la charité du Christ également aux victimes sans défense des guerres oubliées, à travers la prière pour la paix, le service aux blessés, aux affamés, aux réfugiés, aux personnes déplacées et à tous ceux qui vivent dans la peur. L’Église élève aussi la voix pour faire parvenir aux responsables le cri de douleur de cette humanité souffrante, et pour faire cesser, avec les hostilités, tout abus et toute violation des droits fondamentaux de l’homme[15]. Pour cette raison, je désire adresser un appel fort à tous ceux qui, par les armes, sèment la violence et la mort : redécouvrez votre frère en celui qu’aujourd’hui vous considérez seulement comme un ennemi à abattre, et arrêtez votre main ! Renoncez à la voie des armes et allez à la rencontre de l’autre par le dialogue, le pardon, et la réconciliation, pour reconstruire la justice, la confiance et l’espérance autour de vous ! « Dans cette optique, il apparaît clair que, dans la vie des peuples, les conflits armés constituent toujours la négation délibérée de toute entente internationale possible, en créant des divisions profondes et des blessures déchirantes qui ont besoin de nombreuses années pour se refermer. Les guerres constituent le refus concret de s’engager pour atteindre les grands objectifs économiques et sociaux que la communauté internationale s’est donnée »[16]. Cependant, tant qu’il y aura une si grande quantité d’armement en circulation, comme actuellement, on pourra toujours trouver de nouveaux prétextes pour engager les hostilités. Pour cette raison, je fais mien l’appel de mes prédécesseurs en faveur de la non prolifération des armes et du désarmement de la part de tous, en commençant par le désarmement nucléaire et chimique. Mais nous ne pouvons pas ne pas constater que les accords internationaux et les lois nationales, bien que nécessaires et hautement souhaitables, ne sont pas suffisants à eux seuls pour mettre l’humanité à l’abri du risque de conflits armés. Une conversion des cœurs est nécessaire, qui permette à chacun de reconnaître dans l’autre un frère dont il faut prendre soin, avec lequel travailler pour construire une vie en plénitude pour tous. Voilà l’esprit qui anime beaucoup d’initiatives de la société civile, y compris les organisations religieuses, en faveur de la paix. Je souhaite que l’engagement quotidien de tous continue à porter du fruit et que l’on puisse parvenir à l’application effective, dans le droit international, du droit à la paix, comme droit humain fondamental, condition préalable nécessaire à l’exercice de tous les autres droits. La corruption et le crime organisé contrecarrent la fraternité 8. L’horizon de la fraternité renvoie à la croissance en plénitude de tout homme et de toute femme. Les justes ambitions d’une personne, surtout si elle est jeune, ne doivent pas être frustrées ni blessées, l’espérance de pouvoir les réaliser ne doit pas être volée. Cependant, l’ambition ne doit pas être confondue avec la prévarication. Au contraire, il convient de rivaliser dans l’estime réciproque (cf. Rm 12, 10). De même, dans les querelles, qui sont un aspect inévitable de la vie, il faut toujours se rappeler d’être frères, et, en conséquence, éduquer et s’éduquer à ne pas considérer le prochain comme un ennemi ou comme un adversaire à éliminer. La fraternité génère la paix sociale, parce qu’elle crée un équilibre entre liberté et justice, entre responsabilité personnelle et solidarité, entre bien des individus et bien commun. Une communauté politique doit, alors, agir de manière transparente et responsable pour favoriser tout cela. Les citoyens doivent se sentir représentés par les pouvoirs publics dans le respect de leur liberté. Inversement, souvent, entre citoyen et institutions, se glissent des intérêts de parti qui déforment cette relation, favorisant la création d’un climat de perpétuel conflit. Un authentique esprit de fraternité est vainqueur de l’égoïsme individuel qui empêche les personnes de vivre entre elles librement et harmonieusement. Cet égoïsme se développe socialement, soit dans les multiples formes de corruption, aujourd’hui partout répandues, soit dans la formation des organisations criminelles – des petits groupes jusqu’aux groupes organisés à l’échelle globale – qui, minant en profondeur la légalité et la justice, frappent au cœur la dignité de la personne. Ces organisations offensent gravement Dieu, nuisent aux frères et lèsent la création, et encore plus lorsqu’elles ont une connotation religieuse. Je pense au drame déchirant de la drogue sur laquelle on s’enrichit dans le mépris des lois morales et civiles, à la dévastation des ressources naturelles et à pollution en cours, à la tragédie de l’exploitation dans le travail. Je pense aux trafics illicites d’argent comme à la spéculation financière, qui souvent prend un caractère prédateur et nocif pour des systèmes économiques et sociaux entiers, exposant des millions d’hommes et de femmes à la pauvreté. Je pense à la prostitution qui chaque jour fauche des victimes innocentes, surtout parmi les plus jeunes, leur volant leur avenir. Je pense à l’abomination du trafic des êtres humains, aux délits et aux abus contre les mineurs, à l’esclavage qui répand encore son horreur en tant de parties du monde, à la tragédie souvent pas entendue des migrants sur lesquels on spécule indignement dans l’illégalité. Jean XXIII a écrit à ce sujet : « Une société fondée uniquement sur des rapports de force n’aurait rien d’humain : elle comprimerait nécessairement la liberté des hommes, au lieu d’aider et d’encourager celle-ci à se développer et à se perfectionner »[17]. Mais l’homme peut se convertir et il ne faut jamais désespérer de la possibilité de changer de vie. Je voudrais que ce message soit un message de confiance pour tous, aussi pour ceux qui ont commis des crimes atroces, parce que Dieu ne veut pas la mort du pêcheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive (cf. Ez 18, 23). Dans le vaste contexte de la société humaine, en ce qui concerne le délit et la peine, on pense aussi aux conditions inhumaines de tant de prisons, où le détenu est souvent réduit à un état sous-humain, sa dignité d’homme se trouvant violée, étouffé aussi dans son expression et sa volonté de rachat. L’Église fait beaucoup dans tous ces domaines, et le plus souvent en silence. J’exhorte et j’encourage à faire toujours plus, dans l’espérance que de telles actions mises en œuvre par tant d’hommes et de femmes courageux puissent être toujours plus loyalement et honnêtement soutenues aussi par les pouvoirs civils. La fraternité aide à garder et à cultiver la nature 9. La famille humaine a reçu en commun un don du Créateur : la nature. La vision chrétienne de la création comporte un jugement positif sur la licéité des interventions sur la nature pour en tirer bénéfice, à condition d’agir de manière responsable, c’est-à-dire en en reconnaissant la “grammaire”qui est inscrite en elle, et en utilisant sagement les ressources au bénéfice de tous, respectant la beauté, la finalité et l’utilité de chaque être vivant et de sa fonction dans l’écosystème. Bref, la nature est à notre disposition, et nous sommes appelés à l’administrer de manière responsable. Par contre, nous sommes souvent guidés par l’avidité, par l’orgueil de dominer, de posséder, de manipuler, de tirer profit ; nous ne gardons pas la nature, nous ne la respectons pas, nous ne la considérons pas comme un don gratuit dont nous devons prendre soin et mettre au service des frères, y compris les générations futures. En particulier, le secteur agricole est le secteur productif premier qui a la vocation vitale de cultiver et de garder les ressources naturelles pour nourrir l’humanité. À cet égard, la persistance honteuse de la faim dans le monde m’incite à partager avec vous cette demande : de quelle manière usons-nous des ressources de la terre ? Les sociétés doivent aujourd’hui réfléchir sur la hiérarchie des priorités auxquelles on destine la production. En effet, c’est un devoir contraignant d’utiliser les ressources de la terre de manière à ce que tous soient délivrés de la faim. Les initiatives et les solutions possibles sont nombreuses et ne se limitent pas à l’augmentation de la production. Il est bien connu que celle-ci est actuellement suffisante ; et pourtant il y a des millions de personnes qui souffrent et meurent de faim, et ceci est un vrai scandale. Il est donc nécessaire de trouver les moyens pour que tous puissent bénéficier des fruits de la terre, non seulement pour éviter que s’élargisse l’écart entre celui qui a plus et celui qui doit se contenter des miettes, mais aussi et surtout en raison d’une exigence de justice, d’équité et de respect envers tout être humain. En ce sens, je voudrais rappeler à tous cette nécessaire destination universelle des biens qui est un des principes cardinaux de la doctrine sociale de l’Église. Respecter ce principe est la condition essentielle pour permettre un efficace et équitable accès à ces biens essentiels et premiers dont tout homme a besoin et a droit.

Conclusion 10. La fraternité a besoin d’être découverte, aimée, expérimentée, annoncée, et témoignée. Mais c’est seulement l’amour donné par Dieu qui nous permet d’accueillir et de vivre pleinement la fraternité. Le nécessaire réalisme de la politique et de l’économie ne peut se réduire à une technique privée d’idéal, qui ignore la dimension transcendante de l’homme. Quand manque cette ouverture à Dieu, toute activité humaine devient plus pauvre et les personnes sont réduites à un objet dont on tire profit. C’est seulement si l’on accepte de se déplacer dans le vaste espace assuré par cette ouverture à Celui qui aime chaque homme et chaque femme, que la politique et l’économie réussiront à se structurer sur la base d’un authentique esprit de charité fraternelle et qu’elles pourront être un instrument efficace de développement humain intégral et de paix. Nous les chrétiens nous croyons que dans l’Église nous sommes tous membres les uns des autres, tous réciproquement nécessaires, parce qu’à chacun de nous a été donnée une grâce à la mesure du don du Christ, pour l’utilité commune (cf. Ep 4, 7.25 ; 1Co 12, 7). Le Christ est venu dans le monde pour nous apporter la grâce divine, c’est-à-dire la possibilité de participer à sa vie. Ceci implique de tisser une relation fraternelle, empreinte de réciprocité, de pardon, de don total de soi, selon la grandeur et la profondeur de l’amour de Dieu offert à l’humanité par celui qui, crucifié et ressuscité, attire tout à lui : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). C’est cette bonne nouvelle qui réclame de chacun un pas de plus, un exercice persistant d’empathie, d’écoute de la souffrance et de l’espérance de l’autre, y compris de celui qui est plus loin de moi, en s’engageant sur le chemin exigeant de l’amour qui sait se donner et se dépenser gratuitement pour le bien de tout frère et de toute sœur. Le Christ embrasse tout l’homme et veut qu’aucun ne se perde. « Dieu a envoyé son fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 17). Il le fait sans opprimer, sans contraindre personne à lui ouvrir les portes de son cœur et de son esprit. « Le plus grand d’entre vous doit prendre la place du plus jeune, et celui qui commande, la place de celui qui sert » – dit Jésus-Christ – « moi je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Lc 22, 26.27). Toute activité doit être, alors, contresignée d’une attitude de service des personnes, spécialement celles qui sont les plus lointaines et les plus inconnues. Le service est l’âme de cette fraternité qui construit la paix. Que Marie, Mère de Jésus, nous aide à comprendre et à vivre tous les jours la fraternité qui surgit du cœur de son Fils, pour porter la paix à tout homme sur notre terre bien-aimée.

Du Vatican, le 8 décembre 2013.

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