Archive pour le 20 janvier, 2014

Rembrant, St. Peter and St. Paul in Conversation, 1628)

20 janvier, 2014

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LORIENT CHRTIEN ET LAPPORT DE LA RUSSIE

20 janvier, 2014

http://www.revue-kephas.org/03/3/Laubier49-61.html

LORIENT CHRTIEN ET LAPPORT DE LA RUSSIE

Juillet-Septembre 2003

Patrick de Laubier*

Lumire de lOrient : cest le titre de la Lettre apostolique du 2 mai 1995 de Jean-Paul II, qui crit : Nos frres orientaux sont tout fait conscients dtre les porteurs vivants, avec nos frres orthodoxes, de cette tradition. Il est ncessaire que les fils de lglise catholique de tradition latine puissent eux aussi connatre ce trsor dans sa plnitude et ressentir ainsi avec le pape le vif dsir que soit rendue lglise et au monde la pleine manifestation de la catholicit de lglise, exprime non par une seule tradition, ni encore moins par une communaut oppose lautre ; et que nous puissions, nous aussi, apprcier pleinement ce patrimoine indivis de lglise universelle rvl par Dieu. (OL-1) Slave, il rappelle la proclamation des saints Cyrille et Mthode comme patrons de lEurope (1985) et voque notamment limportance que la thologie orientale attribue lEsprit Saint auteur de la dification. En 1964, Paul VI et Athnagoras avaient abrog les condamnations rciproques, mais lunit plnire est encore raliser. Le Millnaire du baptme de la Rus de Kiev donna lieu une lettre apostolique (Euntes in mundum) le 25 janvier 1988 et, en annexe, le 14 fvrier 1988, fte des saints Cyrille et Mthode, un message aux catholiques ukrainiens (Magnum baptismi donum), qui voque le Concile de Florence (1439) et lunion de Brest (1596). Une clbration runit les Ukrainiens de la diaspora Rome, faute de pouvoir se tenir Kiev o labsence de libert religieuse rduisit, jusquen 1990, les Grco-catholiques (Uniates) la clandestinit. Lencyclique Ut unum sint, publie en mai 1995, traite longuement des rapports entre les glises surs dOrient et dOccident : Cest dans cette perspective que prend son sens le plus profond une expression que jai plusieurs fois employe : lglise doit respirer avec ses deux poumons ! Le pape en a parl propos de lEurope et rappela que le baptme de la Rus stait effectu lorsque lglise tait indivise. Enfin le pape va jusqu parler dune conversion de la part de lglise latine afin quelle respecte et revalorise pleinement la dignit des Orientaux et quelle accueille avec gratitude les trsors spirituels que portent les glises orientales catholiques au profit de la communion catholique tout entire, afin quelle montre de faon concrte, et beaucoup plus que par le pass, combien elle estime et admire lOrient chrtien et combien elle considre comme essentielle la contribution de celui-ci pour vivre pleinement luniversalit de lglise. (OL 23) Ajoutons quen 1996, lors de lAngelus du 1er septembre, Jean-Paul II voqua le souvenir de Vladimir Soloviev (18531900) en ces termes : Pour lui, le fondement mme de la culture est la reconnaissance de lexistence inconditionnelle de lautre. Do son refus dun universalisme culturel de type monolithique, incapable de respecter et daccueillir les multiples expressions de la civilisation. Il fut galement cohrent avec cette vision lorsquil se fit le prophte ardent et passionn de lcumnisme, se consacrant la runification entre orthodoxes et catholiques. (Osservatore Romano du 3 septembre 1996). Plus tard dans lencyclique Fides et Ratio (1999), luvre philosophique de V. Soloviev fut cite. Successivement nous verrons (I) la situation des glises dOrient aujourdhui, puis lesprit du monde chrtien dOrient (II) et les donnes historiques et sociales du monde oriental chrtien (III) ; enfin le cas de la Russie fera lobjet dune dernire partie (IV).

I. Les glises orientales aujourdhui1 Il y a 41 glises orientales dont 19 sont rattaches Rome. On peut distinguer trois grands groupes : 1) dabord celles qui sont rattaches Rome, soit environ 10 millions de fidles2 ; 2) puis six glises orientales orthodoxes, non rattaches Rome, comptant environ 30 millions de fidles3 ; 3) enfin le groupe des glises byzantines non rattaches Rome, dont 14 sont autocphales, avec un total de 135 millions de fidles (80 millions pour le patriarcat de Moscou). Il faut ajouter 5 glises dites autonomes avec des effectifs trs faibles et 6 glises canoniquement rattaches Constantinople. Notons aussi plusieurs glises orthodoxes non reconnues par les autres, comme les Vieux croyants russes), le Patriarcat de Kiev (Philaret) et lglise de Macdoine. La totalit des fidles appartenant aux glises orientales est de lordre de 180 millions dont 10 millions, on la vu, sont rattachs Rome.4 Les traditions thologiques orientales sont, pour lessentiel, celles de lglise catholique, lexception de la primaut romaine pour celles qui ne sont pas unies Rome et leurs sacrements sont reconnus par lglise catholique. Les progrs de lcumnisme sont la fois considrables et insuffisants et mme, dans certains cas, dcevants. Considrables au plan des mentalits, car tous se proposent expressment lunit visible. Dcevants, surtout avec la plus importante des glises byzantines, celle du Patriarcat de Moscou. Aprs la chute du communisme, on pouvait esprer un dialogue, mais il a t refus par Moscou. Il faut comprendre que ce nest pas facile. Je prends le cas de la libert religieuse : elle a t reconnue par lglise catholique dans une dclaration conciliaire qui na pas t adopte sans mal puisque six projets conscutifs ont t ncessaires, pour recueillir une quasi-unanimit. Lglise russe sort de 70 ans de communisme prcds dun asservissement ecclsial lpoque tsariste. Dans cette situation de convalescence aprs tant dpreuves, le dialogue cumnique suscite chez elle la crainte et des frustrations. Les glises orthodoxes sont dailleurs elles-mmes divises. Le Patriarcat de Moscou, qui compte le plus grand nombre de fidles, dont prs de la moiti en Ukraine, se trouve confront une glise romaine appartenant, dans la grande majorit des cas, au rite latin.5 Lglise doit respirer des deux poumons. Le gnie occidental a engendr une contestation rationaliste et une scularisation de la vie publique. Le gnie oriental sest souvent enferm dans le nationalisme ou lethnicisme. En thologie, la menace arienne est souvent prsente en Occident, par contraste avec des tentations monophysites en Orient. En respirant deux poumons, ces maux peuvent tre attnus sinon disparatre compltement. Sur une plus grande chelle, lorsque le christianisme se rpandit dans lempire romain, le bouddhisme pntra dans lempire chinois et fut, comme le christianisme, mais dans un tout autre esprit, une source de civilisation. Moines chrtiens en Occident et bouddhistes en Extrme-Orient furent des btisseurs de cultures. Un chrtien qui ne serait pas missionnaire, dans le plus grand respect des mes, ne mriterait pas de le rester. Si lon a employ hier des contraintes au service de la mission, nous savons aujourdhui que les seuls moyens acceptables pour lacculturation du christianisme sont ceux qunumrent les Batitudes. Pour cette grande uvre missionnaire en Asie, les chrtiens orientaux nont-ils pas une vocation privilgie ? On pense notamment lInde dont 3% des habitants sont chrtiens. Il existe des glises de rite oriental, comme les Malabars, rattachs Rome, qui ont maintenant des vques de cette tradition dans des diocses indiens et mme des territoires de mission propres depuis que les missionnaires trangers ne peuvent plus obtenir des visas. Lglise orthodoxe russe, dans un pays qui a des frontires communes avec la Chine, nest-elle pas appele y faire connatre le message chrtien ? Lunit des glises est essentielle pour lannonce de lvangile en Asie non seulement dans le rite latin, mais aussi dans le rite grec. la Pentecte, les aptres parlaient toutes les langues.

II. Lesprit du monde chrtien oriental Les orientations philosophiques Successivement on examinera laspect thologique puis la liturgie et lart. Les deux orientations fondamentales de lesprit humain trouvent en Platon et en Aristote des expressions qui traversent toute lhistoire de la pense chrtienne depuis les Pres de lglise jusqu nos jours.6 On a expos la foi chrtienne, crit Endre Ivanka, en se servant dexpressions philosophiques, lui donnant chaque fois une figure particulire, selon que lon utilisait la philosophie platonicienne ou aristotlicienne titre de langage conceptuel. Mais comme, dans lhistoire, les choses ont tourn de telle sorte que cest une pense thologique de facture aristotlicienne qui devint la caractristique de lOccident, tandis quune thologie la manire des Pres grecs, forms par le platonisme, marquait plutt lOrient orthodoxe, lopposition des deux styles de thologie, suivant leurs fondements philosophiques, revient en mme temps opposer la thologie occidentale actuelle et celle de lOrient. 7

Et il poursuit : Les deux perspectives se compltent ncessairement ; car la Rvlation, ou la Parole de Dieu, contient la fois ltre et le don ; et le don nest pleinement saisi et religieusement honor, qu partir de ltre. Pourtant, pris sparment, elles suscitent un style distinct, une orientation thologique distincte. Dans un cas, cest laspect rationnel qui est le plus important pour comprendre la foi… Lautre manire de faire, de mme quelle a un autre point de dpart, se propose un autre but : non dapprofondir les doctrines de la foi rvle au moyen des catgories de la pense conceptuelle, mais au contraire dinterprter la situation de lhomme et du monde, tels que nous les connaissons, partir des thmes centraux de la vrit rvle… Dans un cas, la mystique est tout au plus un problme thologique… (et) ne peut en aucun cas devenir elle-mme une manire de faire de la thologie. Pour lautre faon de voir, au contraire, cette exprience immdiate du divin, cette connaissance immdiate de Dieu qui consiste tre lev, ne fut-ce quun moment, un tat suprieur qui donne son sens la vie humaine, est la thologie par excellence .8 Lauteur conclut en opposant la traduction du surnaturel dans la sphre humaine et llvation ou mieux lillumination de lintellect humain dans la sphre surnaturelle. Les deux approches sont complmentaires, mais la premire est menace par le rationalisme et la seconde par une gnose religieuse , un surnaturalisme, qui ne distingue plus entre le naturel et le surnaturel. Il faut corriger cette opposition simplifie entre lOrient et lOccident, en rappelant, avec Ivanka, que saint Augustin et certains aspects de la tradition franciscaine relvent pour une part du platonisme, tandis quun grand docteur de lOrient, comme saint Jean Damascne, se propose, linstar de saint Thomas, doffrir une exposition systmatique de la foi chrtienne, sans utiliser, il est vrai, la mthode scolastique.9 Laristotlisme est capable de fonder une philosophie dinspiration chrtienne et daffronter les objections de la science et de la philosophie moderne, tandis que le platonisme christianis permet une thologie en lien plus troit avec la mystique, mais ne peut fonder une philosophie dinspiration chrtienne.10 On notera que le dveloppement de la scolastique occidentale, partir du deuxime millnaire, a t comme accompagn par lexistence des grandes mystiques fminines qui aujourdhui comptent trois docteurs (sur 33) tandis que la tradition orientale ne reconnat pas lquivalent. En proclamant Thrse docteur de lglise, Jean Paul II lui a appliqu ce que Paul V dclara propos de Catherine de Sienne : Ce qui frappe plus que tout dans la sainte, cest la sagesse infuse, cest dire lassimilation brillante, profonde et exaltante des vrits divines et des mystres de la foi…, une assimilation certes favorise par des dons exceptionnels, mais videmment prodigieuse, due un charisme de sagesse de lEsprit Saint. 11

La liturgie byzantine et le mystre du Christ Lorigine de la liturgie byzantine attribue saint Basile et saint Chrysostome remonte une priode situe entre les Conciles de Constantinople (381) et de Chalcdoine (451). Byzance se trouvait dans une zone ecclsiastique de tradition antiochienne, fort ancienne, puisquelle remontait aux aptres et avait des liens troits avec Jrusalem dont la liturgie se rclamait de Jacques, premier vque de Jrusalem.12 Saint Jean Chrysostome, lui-mme, avait t prtre Antioche avant doccuper le sige patriarcal de Constantinople (398404). Deux interprtations ont t proposes pour rendre compte de lvolution liturgique. la premire (Ferdinand Probst) suggre une liturgie primitive unique qui se serait diversifie selon les rgions et les langues ; la seconde (Anton Baumstark) voit au contraire une grande varit de rites dans les trois premiers sicles, qui aurait t suivie, entre 312 et la fin du premier millnaire, dune stabilisation autour des rites romain et byzantin.13 Les deux interprtations ne sont pas contradictoires si lon admet lexistence dun krygme initial issu de la communaut de Jrusalem. La liturgie de Saint Basile (330379) est attribue au grand docteur qui sinspire dune tradition cappadocienne ant-nicenne. Celle de Saint Jean Chrysostome (349407) a t place sous ce nom prestigieux sans tre vraiment de lui ; elle sinspire de la tradition alexandrine et de celle de Jrusalem (Saint Jacques). Jusquaux XeXIe sicles, la liturgie de Saint Basile a prdomin puis elle fut vince par celle de Saint Jean Chrysostome14, sauf pendant le Carme. partir du VIe sicle, avec Justinien (527565), le btisseur de Sainte-Sophie, le rite byzantin devient imprial et lemporte peu peu sur les traditions syriennes se rclamant de Jrusalem. Linvasion perse (605627), puis celle de lIslam (637650), marquent le dclin des prestigieux patriarcats de Jrusalem, Alexandrie et Antioche, suivi de la conqute de lAfrique chrtienne par les cavaliers dAllah. Un sicle plus tard, Byzance connat la grave crise iconoclaste (727787) qui a eu pour consquence la prdominance monastique dans lvolution de la liturgie byzantine, ce qui marque, dune certaine manire, un retour de linfluence de Jrusalem par lintermdiaire des moines de Saint-Sabbas, en Jude, que Thodore le Studite associa sa lutte contre liconoclasme. La vie du Christ, dans la liturgie de la messe, qui est au cur de la divinisation chrtienne, est voque par Cabasilas (13221391) dans son Explication de la divine liturgie. 15 Dans les psalmodies et les lectures, comme dans tous les actes du prtre travers lensemble des rites, cest toute lconomie de luvre du Sauveur qui est signifie : les premiers rites de la liturgie sacre reprsentent les dbuts de cette uvre ; les seconds, la suite ; et les derniers, ce qui en fut la consquence. Cest ainsi que les spectateurs de ces rites ont la possibilit davoir devant les yeux toutes ces divines ralits. 16 Plus loin, il prcise que, jusqu la conscration, les rites symbolisent les vnements antrieurs la mort du Christ. Aprs la conscration, lpiclse symbolise la Pentecte et la conversion des nations jusqu la fin des temps. La vie du Sauveur est ainsi mise sous nos yeux au cours de la liturgie et Cabasilas prcise que les prires et les gestes ont aussi dautres significations spirituelles et pratiques, mais chacun deux symbolise quelque chose des uvres du Christ, de ses actions ou de ses souffrances . Cest ainsi que le transfert de lvangile durant la liturgie des catchumnes, appel petite entre, renvoie la manifestation encore obscure de la vie cache, tandis que le transfert des oblats, pendant la liturgie des oblats, appel grande entre, symbolise la vie publique, puis la conscration nous fait revivre le triduum pascal. Revenant sur le dtail du droulement de la liturgie, Cabasilas voque la prothse, lorsque les dons ou oblats sont prpars avant dtre apports sur lautel pour la conscration. Ce rite suggre lancienne Alliance et ses sacrifices qui annonaient lunique sacrifice du Christ. Le Christ Lui-mme la Cne commence par bnir le pain et le vin qui seront ensuite consacrs. Les oblats constituent un fragment du pain tout entier pour symboliser la personne du Christ spare de lhumanit pour tre offerte. Durant la prparation des oblats, toute une symbolique de la Passion est figure par les incisions, la lancette, tandis que le prtre prononce les paroles appropries tires des psaumes et de lvangile. Les oblats, ce moment, ntaient encore que du pain et, selon Cabasilas, le corps du Seigneur son premier ge, car ce corps, lui aussi, fut ds le dbut une offrande . Le prtre couvre ces oblats dun voile signifiant quen effet la puissance du Dieu incarn tait reste voile jusquau temps fix des prodiges et du tmoignage venant du ciel. 17 Nous arrivons ensuite la lecture des livres apostoliques (ptres, actes des aptres) suivie de celle de lvangile symbolisant la prdication de plus en plus manifeste du Christ dans sa vie publique. Puis vient la grande entre avec le transfert solennel des oblats qui prend la forme dune procession dans lglise. Une double symbolique est suggre ici, notamment par lhymne des chrubins : Nous qui, dans ce mystre, sommes limage des Chrubins, et qui, en lhonneur de la vivifiante Trinit, chantons lhymne trois fois sainte. Il y a dabord lide dun paralllisme entre la liturgie terrestre et la liturgie cleste clbre par les anges, mais on trouve aussi une vocation de lentre de Jsus Jrusalem lorsque le peuple lacclame par le Hosanna : Les oblats peuvent encore signifier lultime manifestation du Christ, au cours de laquelle Il excita au plus haut point la haine des Juifs, lorsquIl entreprit le voyage de sa patrie Jrusalem, o Il devait tre immol ; lorsque, enfin, port par une monture, Il entra dans la cit sainte, escort et acclam par la foule. 18 La tradition orientale accorde une importance toute particulire ce moment de la vie du Christ, qui nest voqu, dans la liturgie romaine, quau Dimanche des rameaux. Liconographie byzantine privilgie, elle aussi, cette entre Jrusalem. On peut y voir un hritage des somptueuses crmonies de lpoque byzantine o lempereur, qui garda au dbut le titre de Pontifex maximus, tenait une place toute particulire.19 La conscration est prsente par Cabasilas avec un remarquable ralisme qui, sans utiliser le terme latin de transsubstantiation, rejoint trs exactement la doctrine catholique : Car le pain nest plus la figure du Corps du Seigneur, ni une simple offrande, portant limage de la vritable offrande, ou contenant en soi, comme en un tableau, la reprsentation de la salutaire Passion : cest maintenant loffrande vritable elle-mme, cest le Corps mme infiniment saint du Matre, ce corps qui a rellement reu tous ces outrages, ces insultes, ces coups ; ce Corps qui a t crucifi, immol, qui a rendu sous Ponce Pilate le meilleur tmoignage , qui a t soufflet, tortur, qui a endur les crachats, qui a got au fiel. Pareillement, le vin est devenu le sang mme qui a jailli du corps immol. Cest ce Corps avec ce Sang, form par le Saint-Esprit, n de la bienheureuse Vierge, qui a t enseveli, qui le troisime jour est ressuscit, qui est mont aux cieux, et qui est assis la droite du Pre. On voit que Cabasilas ne se contente pas dun silence adorateur devant ce grand mystre, il prcise avec un ralisme saisissant cette ineffable et incomprhensible uvre rdemptrice du Sauveur notre gard . Il ny a plus de pain, ni de vin, malgr les apparences. Plus loin, il voque lpiclse, cest--dire la prire lEsprit-Saint aprs les paroles conscratoires qui, pour les Orientaux, fait partie de la conscration proprement dite. Cabasilas reproche certains latins de ne pas inclure lpiclse dans la conscration, et de fait saint Thomas enseigne que les seules paroles de la conscration suffisent, mais la prire du canon romain qui suit la transsubstantiation constitue un piclse, comme Cabasilas le note lui-mme : Nous ten supplions, Dieu tout-puissant, ordonne que ces offrandes soient portes par les mains de ton saint Ange sur ton autel sublime, en prsence de ta divine majest : afin que nous tous, qui participons ce sacrifice par la rception du Corps infiniment saint et du Sang de ton Fils, nous soyons remplis de bndiction cleste et de grce. Les Grecs demandent lEsprit-Saint de descendre sur les dons , tandis que le canon romain demande au saint Ange de porter les oblats Dieu pour quIl les bnisse. On peut remarquer que les trois nouveaux canons prvus par le Concile Vatican II contiennent une invocation lEsprit-Saint plus explicite encore que le canon romain aussitt avant les paroles conscratoires. Concluons sur ce point en disant laccord des traditions catholique et orthodoxe sur lessentiel de la conscration et de son effet, mais en notant que la liturgie byzantine est plus explicite sur laction de lEsprit-Saint que le canon romain. Les prires liturgiques et liconographie orientales sont dailleurs souvent plus riches que celles de lOccident propos de lEsprit-Saint. Ceci traduit une plus grande attention spirituelle la Troisime Personne de la Trinit chez les Orthodoxes. Les latins ont t, surtout depuis le deuxime millnaire, plus attentifs spirituellement lhumanit douloureuse du Christ. Par ailleurs, la dvotion au Saint-Sacrement, en dehors de la messe, qui est si caractristique de la tradition catholique depuis le XIIIe sicle, na pas son quivalent chez les Orientaux. Lglise est faite de ces contrastes qui, loin de lappauvrir, comme le feraient des contradictions, lenrichissent. Les prires pour les dfunts qui se sont endormi dans lesprance dune ternelle vie , sont commentes par Cabasilas, qui indique que les effets du sacrifice sont aussi le repos de lme des dfunts. La tradition orthodoxe ne fait pas tat du purgatoire, mais la clbre icne de la Rsurrection nous montre le Christ venant chercher les lus, commencer par nos premiers parents, en brisant les portes de lenfer. La communion des fidles est prcde de la prire chante par le chur et se termine par : Le Seigneur est Dieu et Il nous est apparu. la fois Rsurrection du Christ et Parousie (prsence). La communion est suivie dune action de grces : Nous avons vu la Lumire vritable, nous avons reu lesprit cleste, nous avons trouv la vraie foi ; adorons la Trinit indivisible, car cest elle qui nous a sauvs. On voit que la liturgie de Saint Jean Chrysostome peut tre interprte comme reprenant la vie du Christ dont le Corps est lglise et les fidles sont les membres. Bien dautres formes symboliques pourraient tre dgages de cette magnifique liturgie dont Cabasilas sest fait linterprte autoris.

Lart des icnes Liconographie orientale a pris une importance croissante dans la pit populaire pour des raisons qui sapparentent la dvotion si rpandues, en Orient, pour les reliques.20 Limage du Christ , crit Andr Grabar propos de Byzance, nest pas une simple reprsentation de la nature humaine ; limage de Marie et dautres saints nest pas seulement la reprsentation de leur apparence corporelle. Ces images portent en elles une empreinte de la nature divine de Jsus et de la saintet. La vnration quon doit licne est justifie par cette prsence en elle de cette parcelle du divin ou de la saintet, sans nous faire oublier pour autant que ce culte sadresse non pas lobjet matriel quest licne, mais ltre divin ou saint auquel elle doit sa part de lintelligible. 21 Cette dvotion naura pas son quivalent en Occident, qui verra surtout dans limage un instrument pdagogique pour reprsenter des mystres.22 partir du XIIIe sicle en Occident la dvotion au Saint Sacrement ne cesse de progresser tandis quen Orient les saintes espces restent caches derrire liconostase. Le tabernacle des glises dOccident, qui est au centre de la prire des fidles, nexclut pas les images et les statues, mais la ralit de la prsence sacramentelle clipse les images.23 Depuis le XVIe, ladoration de lhostie dans lostensoir devient de plus en plus frquente et aujourdhui, cette dvotion est devenue centrale dans la prire de lglise latine. Ajoutons quen Occident des dvotions nouvelles issues de rvlations prives reconnues par le Magistre24 ne cessent denrichir la pit des fidles tandis quen Orient la stabilit des formes de la prire est la rgle.25 On pourrait tablir des rapprochements entre lart oriental et des expressions artistiques italiennes, espagnoles ou latino-amricaines, mais les conditions politiques et sociales, que nous allons maintenant examiner, ne permirent pas, le plus souvent, lOrient chrtien de donner toute sa mesure dans le domaine de lart.

III. Les donnes historiques et sociales Les glises orientales aussi bien pr-chalcdoniennes que byzantines nont pas connu la libert politique qui a caractris lglise romaine aprs la conversion de Constantin. Tantt la domination provenait du prince chrtien, des empereurs byzantins aux tsars russes, tantt de princes trangers et partir du VIe des conqurants musulmans. Le plus extraordinaire dans cette situation, cest non pas lasservissement, mais la libert dont la papaut a bnfici, le plus souvent face de continuelles menaces, avec des priodes il est vrai, de contrle extrieur par les empereurs et les rois dOccident, mais sans comparaison avec la condition orientale. Ds les premiers sicles de lempire chrtien, lvque de Rome est un cas spcial : En thorie, crit Duchesne, il ny a pas de doute, ctait un sujet, car on est sujet ou souverain, et, dans lempire il ny avait pas dautre souverain que lempereur. Mais en ralit ! En ralit, lempereur ne le nommait pas ; il se bornait ratifier son lection faite Rome par les romains… Lautorit quil exerait ne lui venait pas de lempereur… La succession de saint Pierre, le sige de saint Pierre, lautorit de saint Pierre, voil de quoi se rclamait le Seigneur apostolique et ce qui faisait son prestige. 26 pargn par la conqute musulmane qui stendit sur les chrtients dgypte, dAfrique du nord et dEspagne, proximit immdiate de Rome, le sige apostolique romain connut bien des tentatives dasservissement, notamment de la part des empereurs allemands et des rois de France, mais les tats pontificaux assurrent, pendant un millnaire et demi, lindpendance politique du Saint-Sige. Rien de pareil avec les glises orientales. Byzance , crit Ostrogorsky, lempereur est llu de Dieu, sur lequel repose la providence divine… (Il) dcide pratiquement de la nomination du patriarche… intervient aussi dans ladministration de lglise. 27 Le Concile de Florence (1439) sest tenu quatorze annes avant la chute de Constantinople et plus de deux sicles aprs la quatrime croisade (1204), dont Jean-Paul II a tenu regretter les drives dplorables, et mme criminelles, lors de sa visite Athnes en mai 2002. Les vrais coupables furent les marchands vnitiens qui ont ourdi le complot et les croiss furent dment excommunis par Innocent III, pour avoir confondu, sous lempire de la convoitise, Constantinople et Jrusalem. Ce formidable pillage mdival dor et de reliques fut suivi de linstauration dun empire latin dans la cit grecque qui ne sen remit jamais. Pendant 57 ans, les 11 empereurs latins se comportrent en colonisateurs et le dernier dentre eux fut chass limproviste par une troupe byzantine profitant dune expdition des Latins vers lle de Daphnusia, au profit, encore une fois, des Vnitiens. Ce ntait pas de cette manire que lunit des chrtiens dOrient et dOccident pouvait seffectuer ; tout au contraire, la haine fut renforce de part et dautre. Malgr ce lourd hritage de prventions, un authentique mouvement en faveur de lunion commena se dessiner en Orient. Lempereur byzantin, Jean VIII Palologue, prit linitiative et se mit en relation avec Eugne IV, vque de Rome. Ce dernier ne bnficiait pas de la situation prestigieuse de son prdcesseur, Innocent III ; on peut mme dire quil avait peu prs tout le monde contre lui. Le Concile de Ble retentissait de thories conciliaristes, niant les prrogatives du successeur de Pierre. Le roi de France, Charles VII, allait bientt imposer la Pragmatique Sanction gallicane de Bourges (1438), et tenter de rtablir la tutelle franaise hrite dAvignon. En Italie, les condottieri, au service des princes ou leur propre compte, organisaient le chaos. Lempereur byzantin devait choisir entre les conciliaristes de Ble appuys par les plus grands princes dOccident et le pape lgitime, Eugne IV. Celui-ci, sachant que les Grecs voulaient son approbation, avait transfr le Concile de Ble Ferrare et y arriva le jour mme o lassemble de Ble dcidait de le suspendre (24 janvier 1438). Le 8 fvrier, le Basileus, Jean VIII, dbarqua Venise avec une imposante dlgation de 700 Grecs, et fut accueilli Ferrare, le 4 mars, par Eugne IV. La session inaugurale, solennelle, eut lieu le 9 avril. Les autres sessions se succdrent mais la menace de la peste entrana le transfert du Concile Florence. Au dbut de fvrier 1439, le pape, lempereur et le patriarche taient enfin sur place et les sessions dogmatiques dbutrent pour sachever le 4 juillet suivant avec le dcret dunion. La dlgation byzantine avait donc opt pour le pape au dtriment de lassemble de Ble, pour des raisons, notons-le, plus thologiques que politiques, sans se dsintresser pour autant de la menace turque sur Constantinople. Il fallut toutefois, dinterminables sances de discussion pour que les deux parties parviennent trouver lunit ecclsiale. Les rsultats de cette mmorable entreprise furent rendus en grande partie vains aprs la chute dramatique de Constantinople, abandonne elle-mme, malgr les efforts du pape. Les princes dOccident, proccups de leurs seuls intrts, nintervinrent pas. Bessarion, un des plus minents thologiens grecs, devint cardinal romain et fut mme un candidat srieux au trne de Pierre. Isidore de Kiev, dont dpendait la Russie, se rendit Moscou et Constantinople pour rendre officielle la fin du schisme. Il endura lhostilit du prince de Moscou, oppos lUnion, qui lemprisonna. Une majorit du clerg orthodoxe, moines en tte, refusa lunion, notamment sous linfluence de Marc dEphse, adversaire dtermin des latins. Scholarios, philosophe lac, qui avait particip au Concile et sign le dcret dunion, devint moine et changea davis sous linfluence de Marc dEphse. Finalement il fut intronis Patriarche de Constantinople par Mehmet II, le vainqueur de Byzance. Lorsque Moscou se proclama troisime Rome , en 1589, la situation ne sarrangea pas puisquen 1721, Pierre le Grand remplaa le patriarcat par un Synode dirig par un fonctionnaire lac nomm par le tsar. Le patriarcat fut rtabli en 1917 resta sans titulaire de 1925 1943 et se soumit au pouvoir sovitique de 1943 1990.28 Les glises orientales des Balkans, du Moyen Orient et dAfrique, lexception de lEthiopie, furent contrles par les Sultans, soit par lintermdiaire de Constantinople, soit directement avec un rgime spcial pour les glises dOrient rattaches Rome et protges par la France. La Russie intervint aussi au XIXe dans les Balkans et au Moyen-Orient en faveur des chrtiens orthodoxes et lesprance de reconqurir Constantinople, la deuxime Rome , est une des cls de la politique trangre de lempire tsariste, de Nicolas I (18251855) Nicolas II (18941918).29 Cette sujtion historique des chrtiens dOrient sous diffrents rgimes politiques et religieux explique leurs attitudes de repliement confessionnel et mme ethnique, leur absence desprit missionnaire et leur faible crativit culturelle, et certains caractres de leurs traditions thologiques, sans oublier la pauvret matrielle et ses contraintes.

IV. Le cas de la Russie Georges Florovsky (18931979)30 a crit une imposante synthse de lhistoire spirituelle et thologique de lglise orthodoxe russe et ukrainienne dont nous nous inspirons ici. Berdiaev pensait que cet ouvrage aurait pu avoir pour titre : Impasses de la thologie russe . Cest en Russie, la Russie orthodoxe, que le gnie chrtien de lOrient a manifest au XIXe et au dbut du XXe, dans peu prs tous les domaines, le plus de crativit. Ce que Florovsky appelle la Rvolution de Ptersbourg entreprise par Pierre le Grand au XVIIIe et le nationalisme grand russe au XIXe ont enferm la Russie dans un systme politico-religieux qui a bien failli ltouffer avant mme que les bolcheviks ne commencent leur uvre de destruction physique de lglise russe. Hritire de Byzance, la Russie orthodoxe a t demble coupe de Rome qui sest prsente elle sous le visage du catholicisme polonais dabord conqurant puis politiquement asservi, mais gardant tout le prestige du catholicisme latin et nourrissant un mpris pour ses conqurants. Il tait difficile pour la Russie dassumer simultanment lhritage de Byzance et son rle politique parmi les nations europennes, sans confondre le spirituel et le temporel et mme sans asservir le premier au profit du second lge des Lumires. Ses dirigeants se plurent unir lautocratie, lorthodoxie et le nationalisme dans un systme dominante politique et mme policire. Le gnie de lOrient chrtien se trouva comme atrophi et les nergies religieuses dtournes sengagrent effectivement dans une impasse dangereusement explosive comme la suite le montra. Lhistoire de luniatisme (grco-catholiques) qui opposa Rome et Ptersbourg partir du XVIe peut servir de fil rouge pour suivre un conflit ecclsiologique que le tsarisme tenta de rgler par la force. Mais la science sexprimait toujours en latin dans lempire russe jusquau XVIIIe tandis que la thologie proprement orthodoxe navait pas dexpression originale proposer son clerg. Entre la Rvolution de 1789 et celle de 1917, les idologies sociales prtendirent prendre la place de la religion. Cest au milieu de ces temptes que lOrthodoxie russe et avec elle le gnie chrtien dOrient durent se frayer un chemin qui aboutit justement une impasse, laquelle transforma la vie religieuse russe en une tragdie. Georges Florovsky, qui voit dans la philosophie idaliste allemande lexpression privilgie de lOccident, confond une branche sortie du tronc principal avec un arbre, plus que millnaire. Lexprience russe de la scolastique latine kivienne au XVIIe avec Pierre Moghila, puis le retour la scolastique latine en Russie au dbut du XIXe, avaient traumatis la conscience russe qui crut perdre son identit orientale en se laissant latiniser. Pourtant, en cartant aprs 1840 la scolastique qui incluait cet hellnisme chrtien commun aux Occidentaux et aux Orientaux, les thologiens russes influencs par le mouvement pitiste comme Philarte, Mtropolite de Moscou de 1821 1867, prparaient la voie un hellnisme paen de facture idaliste. Ce furent deux lacs, Alexis S. Khomiakov (18041860) et Ivan Kireievsky (18061856), qui se firent les dfenseurs dune orthodoxie slavophile originale se rclamant de Pres et rsolument hostiles lecclsiologie romaine quils opposaient la Sobornost (conciliarit) orthodoxe.31 Vladimir Soloviev (18531900) sut le mieux exprimer le gnie oriental chrtien. Son inspiration est platonicienne, plutt quaristotlicienne, et, bien quelle reste parfois parasite par lidalisme allemand et contient des traits gnostiques, son uvre, trs christocentrique, constitue un trsor pour lOrient et pour lOccident chrtiens.32 Personnalit mystrieuse et tragique, Soloviev fut un authentique plerin russe. Ce philosophe gnial tait en effet un pote sans domicile fixe et dune gnrosit dmesure. Chevalier de la Sophia (Toinet), il sprit religieusement de la beaut sous toutes ses formes, fminines incluses. Sa passion pour lunit des glises tait trs profondment christocentrique, et contrairement Dostoievski, Soloviev tait marial. Cest dailleurs dans une chapelle ddie Notre-Dame de Lourdes que, le 18 fvrier 1896, il rcita la profession de foi du Concile de Trente et communia des mains dun prtre russe devenu catholique. Il dclara, en faisant cette dmarche, vouloir demeurer toujours membre de lglise orthodoxe. Il aimait les juifs et les Polonais que le rgime tsariste perscutait. Seuls Pobiedonotsev, grand inquisiteur russe, et Tolstoi, inventeur dun christianisme sans le Christ, chappaient son universelle bienveillance. On peut dire de lui quil a t le vritable prophte de lcumnisme entre lOrthodoxie russe et lglise latine, mme si son message reste encore trop souvent incout.

Conclusion Les chrtiens dOrient se trouvent aujourdhui dans des situations trs diffrentes les unes des autres, mais dans la majorit des cas, la libert politique est devenue une ralit qui avait manqu hier. Il incombe aux catholiques latins de porter un nouveau regard sur ce deuxime poumon de lglise universelle, notamment en vue de la grande uvre laquelle Jean-Paul II convie les chrtiens du troisime millnaire, appels faire connatre le Christ aux peuples de limmense Asie, qui, le plus souvent, ignorent lvangile.

* Patrick de Laubier (1935) est professeur honoraire de luniversit de Genve (sociologie). Ordonn prtre le 13 mai 2001 Rome, il donne des cours luniversit du Latran et dans diffrentes institutions, notamment en Russie. Parmi ses ouvrages : Pour une civilisation de lamour, Fayard ; Leschatologie, Que-sais-je ? PUF ; Lavenir dun pass, Rome, Saint Ptersbourg, Moscou, Tqui.

MIS PART DS LE SEIN DE MA MRE  » (biblique)

20 janvier, 2014

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/1319.html

 » MIS PART DS LE SEIN DE MA MRE « 

Approfondir … Choisis par Dieu pour une mission divine, Jrmie et Paul sont « mis part ds le sein maternel » : pour quels enjeux ? Parmi les personnages bibliques choisis par Dieu pour une mission divine, Jrmie et Paul sont  » mis part ds le sein maternel ». Si lexpression nest pas utilise pour Samson, Jean-Baptiste ou Jsus, les parallles sont pourtant nombreux. Quels sont les enjeux de cette mise part ? Comment claire-t-elle la mission donne llu ? Et quelle libert rserve-t-elle lappel ? Lexpression « mis part » (ou « consacr » selon les traductions), signifie « choisi parmi un groupe pour tre institu dans une mission ». Elle sous-entend une dlimitation, une dfinition et une sparation. Dans lAncien Testament, elle qualifie la distinction entre le pur et limpur, entre le profane et le sacr. Elle dsigne galement la mission confie au peuple lu (Cf. Lv 20,26).

Le choix de Dieu La mise part sinscrit dans le mouvement de lappel de Dieu. Pour Jrmie, Paul, Samson ou Jean-Baptiste, choisis ds le sein de leur mre, linitiative du choix revient Dieu de manire absolue. La perception dun Dieu qui faonne sa crature dans le sein maternel, qui en connat demble toute lexistence (Cf. Ps 139), est place ici au cur de la vocation. Cette tradition est complte dans le Psaume 51 (50) o llu de Dieu se reconnat pcheur ds le sein de sa mre, et donc dj plac sous le regard de Dieu. On peut parler dune « prdestination » de la part de Dieu qui raisonne comme un appel orienter engager toute sa vie sur la voie quil nous ouvre. La mise part est lie aussitt une mission. Cest l son fondement et son but. Jrmie est mis part ds le sein maternel car Dieu « fait (de lui) un prophte pour les nations « . De mme, Paul est mis part pour voir se rvler le Fils et lannoncer aux paens. Jean-Baptiste, lui, reoit la mission dtre prophte du Trs-Haut, de marcher devant, sous le regard du Seigneur, et de prparer ses chemins (Lc 1,16.76).

La rponse de l’lu Pour accomplir sa mission, llu est suppos avoir une vie intime avec le Seigneur, une connaissance particulire. Lassurance de la prsence du Seigneur avec lui ou de lEsprit en lui, le rendra fidle sa mission. Sa fidlit ne lui vient pas dune qualit personnelle quil dtiendrait mais de sa capacit accueillir la grce de Dieu. Ainsi Jrmie se considre trop jeune ou incapable dassumer sa mission au point de maudire le jour de sa naissance. Mais le Seigneur lui confirme son choix plusieurs reprises pour lui ter ses doutes. Llu devient comme linstrument du Seigneur. La conscration rduirait-elle la libert de llu, puisque sa mise part a lieu ds le sein de sa mre ? Le Seigneur appelle et suscite une rponse de llu. Celui-ci accepte daccueillir sa grce, son Esprit, devenir son mandataire et rester fidle en dpit de ladversit rencontre. Les rticences de Jrmie lencontre de lappel divin montrent quentre Dieu et son envoy, sinstaure un dialogue. La libert de llu se situe non pas du ct de lappel, mais du ct de sa rponse et de son consentement faire la volont de Dieu. Lappel ne connat pas demble la mission qui lui est confie. Il la dcouvrira progressivement, se laissera modeler par elle, et aura laccepter librement (ou y renoncer) chaque instant. Elle sinscrit dans le dessein de Dieu, lequel chappe llu. Cest dans ce oui la volont de Dieu que se dit la libert de lappel. Jsus accomplit pleinement cette adhsion libre la volont du Pre. Sa mise part et sa mission sont exprimes ds lAnnonciation : le fruit du sein de Marie est saint et bni, recevra le nom de Jsus, sera grand et appel fils du Trs-Haut, recevra le trne de David son pre et rgnera pour toujours (Lc 1,31-32). Sa conception mystrieuse par laction de lEsprit Saint manifeste la volont de Dieu. Sa mission accueillie et assume, Jsus la vivra dans la connaissance intime du Pre. Il priera pour la partager avec ceux que le Pre lui a donns et quil lui demande de consacrer alors (Jn 17). Mis part et consacr pour la mission, Jsus vient accomplir et donner sens toute vocation.

Christophe RAIMBAULT.