Archive pour novembre, 2013

DANS TON VENTRE L’AMOUR S’EST RALLUMÉ (article de 2002)

5 novembre, 2013

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DANS TON VENTRE L’AMOUR S’EST RALLUMÉ (article de 2002)

MÉDITATION DE DON GIACOMO TANTARDINI SANCTUAIRE SAN LEOPOLDO MANDIC – PADOUE MERCREDI 18 DÉCEMBRE 2002

PAR GIACOMO TANTARDINI

Souvent, quand je dois parler, me reviennent à l’esprit les mots de Péguy qui sont si actuels: «On nous en a tant dit, ô reine des apôtres / Nous n’avons plus de goût pour la péroraison. / Nous n’avons plus d’autels que ceux qui sont les vôtres, / Nous ne savons plus rien qu’une simple oraison». Ce soir, mes paroles, le devoir de parler, l’obéissance donc à ce devoir voudraient seulement réveiller en vous et en moi cette prière simple, ce «viens», «oui, viens, Jésus». On ne peut parler au Seigneur que sous la forme d’une demande. C’est là l’une des plus belles choses que le Seigneur, dans l’expérience de grâce que nous faisons, nous a donné d’expérimenter. Un enfant ne démontre pas que sa mère est là. Lorsqu’il dit «maman», il reconnaît la présence de celle-ci et lui demande de l’aimer. Ce n’est pas une démonstration. On ne démontre pas une présence. Quand on la reconnaît, on demande. Ce n’est pas pour rien que le Credo chrétien est une prière. Au fond, on peut seulement dire au Seigneur: «Viens», «oui, viens».
Je pensais à cela les jours derniers: combien de fois avons-nous dit «que Ta volonté soit faite» comme une réponse de notre part! Mais l’homme ne peut dire «que Ta volonté soit faite» que comme une demande. «Que Ta volonté soit faite» est une demande. Même lorsque nous prononçons, nous, ces mots, ce n’est pas une réponse de notre part, c’est une demande. Surtout dans les moments où il est comme impossible que monte du cœur des mots de cette sorte. «Que Ta volonté soit faite» est une demande. Qui se produit en nous. Mais le sujet, ce n’est pas nous, ce n’est pas nous qui faisons Sa volonté. Que Ta volonté soit faite en moi, qu’elle soit faite par Toi, que par Toi soit faite Ta volonté en moi. Le Notre Père est une prière.
Je voudrais maintenant vous parler de quelque chose qui a été pour moi une découverte, la semaine dernière, alors que j’assistais à la messe et que j’écoutais parler un prêtre, un bon prêtre. J’ai repensé, à l’improviste, à mon vieux curé, celui grâce auquel je suis entré, enfant, au séminaire (après la quatrième, parce que mon père et ma mère n’ont pas voulu me laisser y entrer après le CM2). Le prêtre grâce auquel je suis entré était vraiment un bon prêtre, un homme simple et très concret. Et je pensais que tous les propos qu’il tenait, étaient, au fond, moralisants. Au fond, il ne parlait que des commandements. De ce qu’il fallait faire. Et pourtant tout ce qu’il disait était catholique. Alors que, me disais-je, tout ce qu’est en train de dire ce prêtre est gnostique. La gnose – ou gnosticisme – est la grande hérésie que Saint Jean, le disciple que Jésus aimait, définit ainsi: «L’Antéchrist est celui qui nie que le Fils de Dieu, Jésus, soit venu dans la chair». Tout ce que disait mon vieux curé renvoyait à l’humanité de Jésus. Et donc aux sacrements. Tout! Et, au contraire, tout ce qui se dit aujourd’hui renvoie à des idées. À des idées chrétiennes, parce qu’elles se réfèrent à des contenus chrétiens. Mais ce sont des idées, ce sont des mots chrétiens dans lesquels il n’y a plus l’humanité de Jésus.
L’humanité de Jésus. L’homme créé par Dieu avait péché. Et il y avait eu beaucoup de siècles d’attente du Messie. Puis, il y a deux mille ans, il est venu. L’humanité de Jésus est quelque chose de réel, quelque chose qui a commencé à exister à Nazareth, quand a eu lieu sa conception. La Vierge a dit : «Me voici», et le Fils éternel de Dieu est devenu chair. À ce moment, il a commencé à être homme, à ce moment seulement, avant, il n’était que Dieu. À ce moment, il a commencé à être aussi homme. L’humanité de Jésus veut dire que sa mère l’a porté pendant neuf mois dans son ventre. Jésus ne serait pas véritablement un homme s’il n’avait pas été soumis au temps et à l’espace. Sujet au temps et à l’espace: neuf mois dans le petit ventre de Marie. Et pendant ces neuf mois, la Vierge regardait son ventre qui grossissait. Alvus tumescit virginis. Il a été soumis au temps. Et puis, l’accouchement admirable, plein d’émerveillement, à Bethléem. Talis decet partus Deum. Et puis l’enfant est devenu grand, à douze ans, il répondait déjà aux docteurs de la loi et les interrogeait. Et puis, après trente ans de silence et de travail à Nazareth, les miracles, ses disciples. Puis la mort. Et la mort a été une mort réelle. Et la résurrection ne coïncide pas avec la mort, mais elle a eu lieu le matin du troisième jour après la mort. Le matin de Pâques. La perversion de la gnose est de dire que ces distinctions réelles n’existent plus. N’existent plus! La mort est vie, la douleur est bonheur, le péché est grâce. Non! Le péché est péché. Le péché mortel provoque la mort de l’âme et si l’on meurt en état de péché mortel, on va en enfer. Tout est confié à la miséricorde de Dieu qui est et reste mystère. Et ainsi en ayant de l’espoir pour chaque homme, c’est-à-dire en priant, la sainte Église dit que si l’on meurt dans la grâce de Dieu, on va au Paradis, mais que si l’on meurt dans le péché mortel, on est précipité dans la seconde mort, qui est sans fin, dans la mort éternelle.
C’est comme si tout cela n’existait plus. Les mots ne renvoient plus à ces choses simples, c’est-à-dire ne renvoient plus à l’humanité de Jésus. Péguy à la question: qu’est-ce qu’un enfant chrétien par rapport à un enfant non chrétien? donnait cette réponse: «Un enfant chrétien est un enfant aux yeux duquel l’enfance de Jésus a été présentée des milliers de fois». L’histoire de Jésus a été présentée. Non pas des idées, mais l’histoire de Jésus. Et les questions, nous ne devons pas les susciter nous, de façon artificielle. C’est la réalité qui éveille les questions dans le cœur. C’est la vie qui pose les questions. Et la réponse à toutes les questions que la vie pose n’est pas une explication chrétienne que nous donnons, nous. La réponse à toutes les questions que la vie pose, c’est l’humanité de Jésus. La réponse à la douleur, c’est Jésus et celui-ci crucifié. Le Vendredi Saint, il est mort sur la croix. Et la nuit précédente, cette nuit du Jeudi Saint (noctem cruentam crimine/ cette nuit ensanglantée par ce si grand crime), cette nuit-là, il a souffert au point qu’il transpirait des gouttes de sang dans le jardin de Gethsémani. Et puis, le procès, la flagellation, le couronnement d’épines. Son humanité! Non pas la réponse chrétienne que nous inventons, nous. Son humanité, regarder Son humanité est réponse à la douleur. Et ainsi le mystère reste intact, et dans notre cœur, si le Seigneur le touche, reste accomplie l’attente et accomplie toute réponse.
Bref, il y a cinquante ans, les paroles que l’on entendait à l’église, même les plus moralisantes, renvoyaient à l’humanité de Jésus. Elles renvoyaient à une histoire, elles renvoyaient à un homme qui avait été conçu dans le ventre de sa mère qui s’appelait Marie, qui avait été porté pendant neuf mois dans son sein, qui avait été mis au monde, qui avait été allaité (comme nous l’avons entendu tout à l’heure: Lactas sacrato ubere), allaité comme tous les enfants, qui avait commencé à sourire comme tous les enfants sourient à leur père et à leur mère. Cet enfant, devenu grand, avait vécu ces trois ans en regroupant autour de lui une petite compagnie. Cet homme est tout ce que le Mystère a voulu nous révéler et nous communiquer. Cet homme est Dieu. «De sa plénitude nous avons tout reçu et grâce pour grâce». C’est ce que dit Jean, le disciple que Jésus aimait. Et saint Paul: «En Lui habite corporellement la plénitude de Dieu». Tout ce que Dieu a voulu nous manifester et nous donner est dans son humanité.
«Tabernaculum eius, caro eius», écrit saint Augustin. La demeure de Dieu est Sa chair. Son humanité: la façon dont il regardait, dont il demandait, dont il s’étonnait, dont il pleurait, dont il se fatiguait. Comme le jour où il s’est assis près du puits de Jacob, cet après-midi-là, quand cette femme, qui n’était certainement pas la femme la plus morale du village, est venue puiser de l’eau. Tout ce que Dieu est, que le Mystère éternel et infini est, nous le connaissons et nous en jouissons à travers Son humanité. En embrassant, en regardant Son humanité. C’est si vrai que le soir du Jeudi Saint, alors que Philippe (Philippe est un apôtre sympathique parce qu’il pose beaucoup de questions. Comme tous les apôtres qui sont plus sympathiques les uns que les autres) lui demandait: «Montre-nous le Père et cela nous suffit», Jésus, le regardant, lui a répondu: «Philippe, voilà si longtemps que je suis avec toi et toi, tu ne me connais pas encore? Qui m’a vu a vu le Père». Qui m’a vu. Non pas dans une vision mystique. Qui a vu de ses yeux, de ses yeux de chair, qui a vu cet homme a vu le Père.
Bref, la semaine dernière, c’est comme si j’avais saisi pour la première fois… Et les paroles de saint Jérôme me sont revenues à l’esprit: «Ingemuit totus orbis, et arianum se esse miratus est». Le monde entier s’est aperçu avec effroi qu’il n’était plus chrétien. Le monde s’est aperçu qu’il n’était plus chrétien avec tous ses mots chrétiens, qu’il n’était plus chrétien avec toutes ses idées chrétiennes. S’il n’y a plus de référence immédiate, si les mots ne renvoient plus immédiatement à Son humanité, il n’y a plus de christianisme. Il n’y a plus cette histoire merveilleuse. Il n’y a plus ni création ni grâce, tant il est vrai que les gens confondent la création et la grâce. Il n’y a plus ni péché ni salut, tant il est vrai que les gens confondent le péché et le salut et arrivent à dire que l’on trouve dans le péché le salut. Tout est confondu parce qu’il n’y a plus de renvoi immédiat à Son humanité, à Son histoire.
Je parlerai maintenant de trois choses que les chants de Noël que nous avons entendus ce soir ont suggérées.
1. La première, avant tout, contre laquelle combat la gnose, la grande hérésie gnostique, c’est le fait que la créature est bonne et qu’elle a été blessée par le péché originel. Le péché originel. Tous les chants que nous avons écoutés (tous!) parlent du péché originel. Quod Eva tristis abstulit. Ils disent qu’Ève est devenue triste. La compagnie était si belle, le Paradis terrestre était si beau. C’était une surprise continuelle. Elle est devenue triste, Ève, en péchant, et elle nous a fait tomber dans cette condition qui n’est plus belle. Reste le cœur qui attend, mais la condition n’est plus belle. Et à la place de la surprise, il y a la préoccupation. C’est là l’une des choses les plus belles que dit Péguy. Qu’a provoqué le péché originel? Il a fait de tout une préoccupation. Là où il y avait la surprise, il a fait de tout un effort, une préoccupation.
Mais au sujet du péché originel, je voudrais vous lire la strophe de l’hymne de Manzoni concernant Noël, parce qu’elle résume bien la condition de l’homme qui naît blessé par le péché. «Lequel jamais parmi ceux qui étaient nés à la haine». C’est ainsi que l’on naît après le péché d’Adam et Ève, on naît à la haine. «Vous êtes tous méchants», dit Jésus. «Lequel jamais parmi ceux qui étaient nés à la haine / Quelle était la personne, / Qui au Saint inaccessible / pouvait dire: pardonne?». Qui pouvait dire «pardonne» au Saint inaccessible qui n’avait pas de visage? Car, avant l’humanité de Jésus, le Mystère n’avait pas de visage que l’on pût regarder, avant cette humanité qui a pu être regardée, que Marie a regardée, que Joseph a regardée. Ces deux enfants qui ont les premiers vu Dieu, quand elle, Marie l’a mis au monde.
«Lequel jamais parmi ceux qui étaient nés à la haine / Quelle était la personne, / Qui au Saint inaccessible…». Inaccessible. Auquel on ne peut arriver. C’est si vrai que, dans un chant, il est dit en s’adressant à la Vierge Marie: «Tu es la porte ouverte du ciel», toi, Vierge, toi Sa mère, tu es porte grand ouverte, pervia, facile, sur Dieu. «Quelle était la personne, / Qui au Saint inaccessible / Pouvait dire: pardonne? / Faire un nouveau pacte éternel?». Qui pouvait faire une nouvelle alliance, par laquelle le Mystère, le Seigneur, le Créateur n’aurait plus suscité la peur? Car, après le péché, l’homme a peur de Dieu: «J’ai eu peur et je me suis caché». Qui pouvait redonner cette amitié grâce à laquelle le fait que Dieu s’approche ne fait plus peur, mais est une compagnie ineffable, une surprise continuelle?
«Faire un nouveau pacte éternel? / Au vainqueur infernal / Arracher sa proie?». À l’enfer qui avait triomphé arracher sa proie.
Telle est la condition de l’homme. On naît ainsi et personne n’aurait même pu dire «pardonne». On naît ainsi. Mais justement, parce qu’on naît ainsi, les chrétiens ne condamnent personne. Car cet homme qui est tombé sur des brigands en descendant de Jérusalem à Jéricho et qui est resté sur le bord de la route, à moitié mort, mortellement blessé, le Bon Samaritain – c’est Jésus – qui passait par là, ne l’a pas condamné. Il ne lui a pas dit: «Regarde dans quel état tu es». Non, il a eu pitié de lui. Si l’on n’accepte pas le péché originel, on se condamne réciproquement, on se fait chanter réciproquement. Il n’y a même pas cette compassion qu’un païen comme Cicéron disait être la vertu la plus humaine. On est né blessé, on est né méchant. À la longue, personne ne peut seul observer ne serait-ce que les lois écrites au fond du cœur que sont les dix commandements. On est de pauvres pécheurs. Le Bon Samaritain n’a accusé personne, il n’a grondé personne, il a pris dans ses bras, il a mis sur sa monture, il a essuyé et bandé les plaies de cet homme blessé.
2. Mais il est arrivé quelque chose. L’homme ne pouvait dire «pardonne», l’homme ne pouvait retourner, comme la pierre qui, tombée de la montagne, se trouve au fond de la vallée et ne peut retourner où elle était si une force amie, différente de la pierre, ne la tire vers le haut. Manzoni le dit encore dans son hymne. Mais il est arrivé quelque chose. Et cela, je le dis avec les mots de Dante. «Dans ton ventre l’amour ý’est rallumé». Il y a deux mille ans. Il y a deux mille ans! Non pas hors du temps. Mais à un moment du temps, à Nazareth, dans ce village d’extrême périphérie du peuple élu, dans la Galilée des gentils. À ce moment du temps, «dans ton ventre», dans le ventre de cette toute jeune femme appelée Marie, de cette femme (non de la Femme avec un F majuscule), dans le ventre de cette femme (ce ventre, cette chair, ce sang), «l’amour s’est rallumé». L’amour, la possibilité d’être pardonné, la possibilité de dire «pardonne», s’est allumé dans le ventre de cette jeune femme.
«Dans ton ventre l’amour s’est rallumé, / par la chaleur de qui». Non par les paroles que nous disons, non par les réponses que nous inventons, nous:«par la chaleur de qui». Chaleur, qu’y a-t-il de plus physique que la chaleur, que la chaleur qui s’est allumée dans le ventre de cette jeune femme? «Par la chaleur de qui, dans le calme éternel, / cette fleur ainsi est éclose». «Par la chaleur de qui» la vie refleurit, la vie qui avait été mortellement blessée, refleurit. «Par la chaleur de qui», par la chaleur de cette présence humaine qui a été conçue dans le ventre de Marie. «Dans ton ventre l’amour s’est rallumé, / par la chaleur de qui». En contact avec cette humanité, en contact visible… parce qu’après neuf mois elle en a accouché, par un accouchement merveilleux, un accouchement sans douleur. Alors que l’accouchement de toute femme, en conséquence du péché originel, est un accouchement dans la douleur, l’accouchement de cette femme, de cette jeune femme, a été un accouchement dans l’émerveillement. Comme est beau ce que l’Église appelle la virginité dans l’accouchement de Marie. Un accouchement qui remplissait d’émerveillement. C’est ainsi qu’elle en a accouché, par un accouchement qui l’a remplie elle, puis Joseph, puis les bergers… qui a rempli ceux qui l’ont vu d’émerveillement.
«Dans ton ventre l’amour s’est rallumé, / par la chaleur de qui, dans le calme éternel», au Paradis. Au Paradis, la vie fleurit pour toujours. Mais déjà ici, quand cette chaleur atteint le cœur, ne serait-ce que pour un instant, ne serait-ce qu’avec une goutte de cette rosée, ne serait-ce qu’avec une promesse de bourgeonnement de printemps… cette chaleur, atteignant les cœurs, fait bourgeonner. «Cette fleur est ainsi éclose».
Je voudrais vous faire entendre comment saint Pie X dans son catéchisme, dit ces choses d’une manière si simple et si belle. «De quelle façon», dit-il, «le Fils de Dieu s’est-il fait homme? Le Fils de Dieu s’est fait homme en prenant un corps et une âme, comme nous en avons nous, dans le sein très pur de la Vierge Marie, par l’opération du Saint-Esprit». Dieu a pris un corps et une âme comme nous en avons, nous. Le corps est venu entièrement de cette jeune femme. Entièrement de son sang et de sa chair. Un corps humain. Et puis encore: «Le Fils de Dieu, se faisant homme» (car cela est arrivé, cela s’est produit! Verbum caro factum est: il est arrivé que le Verbe éternel s’est fait chair. Cela s’est produit il y a deux mille ans à Nazareth), «A-t-il cessé d’être Dieu? Le Fils de Dieu, se faisant homme, n’a pas cessé d’être Dieu, mais restant vrai Dieu, il a commencé à être aussi vrai homme». Et enfin la dernière citation: «Jésus-Christ a-t-il toujours existé? Jésus-Christ comme Dieu a toujours existé; comme homme il a commencé à exister à partir du moment de l’Incarnation». Comme homme il a commencé à exister à partir du moment où Marie a dit oui.
3. Qu’arrive-t-il quand cette chaleur atteint le cœur de l’homme, la chaleur rallumée dans le ventre de cette jeune femme? «Dans ton ventre l’amour s’est rallumé». L’amour! La possibilité d’être pardonné. Jusqu’à cet instant, à ce moment, on entrevoyait seulement l’ombre, le reflet, l’attente de cet amour, de ce pardon. L’Ancien Testament est ombre, reflet, par rapport à la réalité. Quand la réalité arrive, l’ombre est mise respectueusement de côté. Quand il y a la présence qui aime, on regarde la présence, sans continuer à regarder la photographie. C’est ainsi qu’est le rapport entre la réalité humaine de Jésus et l’Ancienne Alliance. La réalité humaine de Jésus est l’imprévu et l’imprévisible accomplissement de toute attente. «Toutes choses ont été créées en vue de Lui».
Adoration des bergers,  Caravage, 1609, Musée national de Messine,
Adoration des bergers, Caravage, 1609, Musée national de Messine,
Quand cette chaleur atteint le cœur, qu’éveille-t-elle? Elle éveille dans le cœur l’espérance. Quand cette chaleur atteint le cœur de l’homme, elle émerveille le cœur de l’homme. La seconde vertu, l’espérance, indique cette émerveillement. Quand elle l’atteint, elle émeut le cœur de l’homme. Quand cette chaleur touche le cœur, l’homme, préoccupé, a un instant durant lequel il s’émerveille, durant lequel il n’est plus préoccupé. Pris par mille activités, pré-occupé (pré-occupé veut dire que le cœur est alourdi par mille choses), le cœur s’émerveille. Et le cœur retourne en arrière, il redevient ou devient comme celui d’un enfant. Quand cette chaleur atteint le cœur, elle éveille cette émotion, elle éveille cet émerveillement, elle éveille cette espérance. Cette espérance n’est pas le pur fait de savoir qu’après il y aura quelque chose. Cette espérance est le début de la floraison du Paradis sur terre. Le bourgeonnement est le début, il n’est pas la fleur complète. Le premier bouton est seulement le début. Quand cette chaleur touche le cœur, celui-ci bourgeonne. Cela s’appelle l’espérance.
Lisons Dante: «Ici, tu es pour nous», ici au Paradis, c’est saint Bernard qui prie, «la torche méridienne / de charité». Au Paradis, c’est différent de sur la terre. Parce que le Paradis est cet amour assuré pour toujours. Sur la terre tout est seulement en espérance, c’est-à-dire en émerveillement, un émerveillement réel mais précaire, et c’est si vrai qu’on peut le perdre. On peut perdre la grâce de Dieu. Et même, dit le dogme de la foi, sans une aide spéciale de la grâce, on ne peut rester dans la grâce. C’est donc un émerveillement précaire. Réel, très certain, mais précaire. «Les choses qui arrivaient, pendant qu’elles arrivaient, suscitaient de l’émerveillement, tant c’était Dieu qui les réalisait». C’est ce que dit Giussani lorsqu’il décrit sa vie. «Les choses qui arrivaient, pendant qu’elles arrivaient, suscitaient de l’émerveillement, tant c’était Dieu qui les réalisait, faisant de celles-ci la trame d’une histoire qui m’arrivait et qui m’arrive sous les yeux». Tissant ainsi la trame d’un chemin qui m’arrivait et qui m’arrive sous mes yeux.
«Ici, tu es pour nous la torche méridienne / de charité», ici tu es pour nous un soleil resplendissant de charité, splendeur de charité. La charité, c’est quand le désir du cœur est satisfait, quand ce que le cœur désire est donné. «En bas», sur la terre, «chez les mortels»: comme le christianisme est réaliste: parmi ceux qui vont vers la mort. «En bas, chez les mortels / tu es source vivace d’espérance» / tu es source vivace d’espérance». Tu es la possibilité que cet émerveillement se renouvelle continuellement. Toi! Toi, ô Marie, Toi, ô Vierge, Tu es la possibilité que la grâce de Dieu se renouvelle, tu es la possibilité que cette chaleur («dans ton ventre l’amour s’est rallumé») touche notre cœur, le touche de sorte que notre vie aille de début en début, l’embrasse si possible à tout instant. La sainteté, c’est quand cette chaleur embrasse presque (presque parce que la terre n’est pas le Paradis) chaque instant. Le père Léopold a été ainsi. Cette chaleur, cet émerveillement, lui embrassait presque à chaque instant le cœur, et ainsi il était cher à son cœur. Pavese avait compris que «le véritable émerveillement est fait non de nouveauté, mais de mémoire». Et ainsi il devient cher au cœur, comme la maison dans laquelle le cœur habite.
«Ici, tu es pour nous la torche méridienne / de charité et, en bas, chez les mortels, / tu es source vivace d’espérance». Et puis Dante termine en parlant de la prière. Que peut faire l’homme, l’homme blessé par le péché et l’homme gracié, lorsque cette chaleur, rallumée, il y a deux mille ans, dans le ventre de Marie, l’atteint? L’homme peut demander. «Dame, tu es si grande et de valeur si haute, / que qui veut une grâce et à toi ne recourt / il veut que son désir vole sans ailes». Dame, tu es si grande et de valeur si haute que qui veut une grâce et à toi ne recourt, son désir, c’est comme s’il voulait qu’il vole sans ailes. Mais ensuite il y a une strophe encore plus belle, plus belle parce qu’elle suggère que demander est aussi le fruit de Sa grâce, «Ta bienveillance répond non seulement / à celui qui demande, mais souvent / elle devance librement la demande». Et cela, c’est un mystère. Le mystère le plus ineffable de la prédilection de Dieu qui, non seulement répond à la demande, mais devance cette demande. Autrement nous ne saurions pas même demander. Ta bienveillance, la tienne, Marie, non seulement secourt celui qui demande, mais bien souvent (nous pouvons aussi dire toujours, sinon on ne demande pas, sinon on prétend ou ce ne sont que des mots) «elle devance librement la demande». Elle devance, elle vient avant, elle précède. «Que toujours ta grâce nous précède et nous accompagne». Précéder veut dire qu’elle vient avant, qu’elle vient avant même la demande. Pour demander il faut, au moins à l’horizon, être attiré, être éveillé par une chaleur qui s’est allumée dans le ventre de Marie.

Et j’en viens à la conclusion. Tout à l’heure, à genoux, dans la petite cellule du père Mandic, j’ai promis de conclure en disant ceci. En disant ce qui, selon moi, non selon moi, mais selon la sainte Église, est l’alternative à la grande hérésie dont je parlais au début, quand je faisais allusion à la gnose dans l’Église. C’est Judas, l’un des douze apôtres, qui a trahi Jésus. La persécution du monde, du diable, se fait toujours à travers des chrétiens. Judas, l’un des douze, a trahi Jésus: c’était l’un des douze! Ainsi, à Rome, ce sont des chrétiens qui ont tué Pierre et Paul, par envie. C’est toujours comme cela. Aujourd’hui aussi c’est comme cela. En tous cas, l’alternative à l’Antéchrist, à celui qui ne reconnaît pas Jésus, le Fils de Dieu dans la chair, est, selon moi, composée de trois choses.
La première est la confession. La confession telle qu’elle a été définie par le Concile de Trente et à l’humble fidélité de laquelle le Pape a récemment rappelé tout le peuple chrétien. La confession, c’est-à-dire l’accusation sincère, complète, humble, brève et prudente (ce sont les cinq caractéristiques de l’accusation des péchés du catéchisme de saint Pie X. La confession sincère et complète de chacun des péchés mortels. La confession comporte ce réalisme qui fait que le péché est péché). Et le geste, le plus simple du monde, d’un pauvre pécheur – éventuellement beaucoup plus pécheur que vous – comme l’est le confesseur, un geste fait par lui, mais réalisé par Jésus-Christ, un geste de Jésus-Christ vous pardonne. Le sacrement de la confession tel que Jésus-Christ l’a institué et que la sainte Église demande qu’il soit: jugement et miséricorde. C’est si vrai que dans le catéchisme, quand j’étais petit, il y avait une image qui illustrait bien le fait que si quelqu’un se confesse mal, il accomplit un sacrilège. C’était l’image d’un enfant qui s’éloignait, le diable derrière son dos. Et il y avait aussi l’image de l’ange gardien à côté d’un enfant souriant qui se confessait bien. La confession, donc, comme la sainte Église demande que l’on se confesse. Le sacrement de la confession est la première façon dont Marie a vaincu, à elle seule, toutes les hérésies. C’est ce que disait une antienne de la liturgie reprise par saint Jean Bosco dans sa prière à la Vierge: «Toi qui as détruit seule [seule, elle, pas nous!] toutes les hérésies du monde».
La seconde chose, c’est le saint Rosaire. Je vais vous lire quelques réflexions du pape Jean Paul Ier sur le Rosaire, du temps où était patriarche de Venise. «Personnellement, quand je parle seul à Dieu ou à la Vierge, plus qu’un adulte, je préfère me sentir un petit enfant». Cela vaut pour toute la vie. Être adulte dans la foi, cela veut dire s’apercevoir plus facilement de ce que l’on est, c’est-à-dire rien: «Sans moi, vous ne pouvez rien faire». Le futur Jean Paul Ier poursuit: «…pour m’abandonner à la tendresse spontanée qu’éprouve un enfant devant son père et sa mère. Être devant Dieu ce que je suis en réalité avec ma misère et le meilleur de moi-même. Le Rosaire, prière simple et facile, m’aide à son tour à être un petit enfant. Et je n’en ai pas honte». Le Rosaire (avec le Notre Père, l’Ave Maria et les oraisons jaculatoires qui se répètent) est la prière dans laquelle nous sommes réellement ce que nous sommes, c’est-à-dire rien. Dans laquelle, par la grâce, nous devenons enfants, dans laquelle le cœur devient enfant, de sorte qu’il entre (qu’il entre, déjà en récitant le Rosaire!) dans le Royaume des cieux. De sorte que le cœur refleurit.
Adoration des bergers,  Caravage, 1609, Musée national de Messine
Adoration des bergers, Caravage, 1609, Musée national de Messine
Et enfin la troisième chose: les oraisons jaculatoires. La confession, le Rosaire, les oraisons jaculatoires. Les oraisons jaculatoires, c’est-à-dire les petites prières. Comme lorsque l’on entre à l’église et que l’on dit: «Que soit loué et remercié à tout moment le très saint et très divin Sacrement». À tout moment! Et quelqu’un peut s’apercevoir qu’il y a longtemps qu’il n’a pas dit merci. Mais on peut en entrant dans une église et en faisant la génuflexion répéter: «Que soit loué et remercié à tout moment le très saint et très divin Sacrement». Et le merci de cet instant embrasse tout, embrasse les heures, les jours, les semaines et les mois durant lesquels quelqu’un n’a jamais dit merci. Et puis, cette autre oraison jaculatoire, si simple et chère, que Giussani nous a recommandée si souvent: «Veni, Sancte Spiritus, veni per Mariam». Viens, ô Saint-Esprit. L’Esprit Saint est Celui qui dans le ventre de Marie «a rallumé l’amour», Celui qui a éveillé dans le ventre de Marie l’amour. L’Esprit Saint est l’infinie correspondance entre le Père et le Fils. C’est quelque chose qui me surprend depuis que je l’ai compris. C’est l’infinie correspondance entre le Père et le Fils. La correspondance infinie, éternelle, surabondante entre le Père qui engendre et le Fils qui est engendré. C’est pourquoi, c’est par surabondance de correspondance et non par dialectique, par surabondance de joie que la Trinité a créé le monde et m’a créé moi aussi. «Veni, Sancte Spiritus, veni per Mariam». Viens à travers Marie.

Je terminerai en récitant un vers d’un hymne que Giussani a conseillé de lire, il y a quinze jours, et qui dit: «Jesu, mi dulcissime», Jésus ma douceur. Je voulais seulement dire cela, seulement dire l’humanité de Jésus. «Jesu, mi dulcissime», Jésus douceur pour moi. Seule une présence est douceur pour le cœur. Douceur est un mot que nous répétons deux fois dans le Salve Regina adressé à la Vierge: «dulcedo», douceur, «dulcis virgo Maria». Ainsi, en lui confiant ce que nous ne sommes pas capables et bien des fois nous ne voulons pas… «Jesu mi dulcissime, spes suspirantis animae»: espérance, surprise, émotion de l’âme qui soupire, qui attend («à toi mon gémissement n’est pas caché». C’est la vie, c’est la réalité qui fait soupirer. Les choses font soupirer. «Spes suspirantis animae». Âme qui soupire, lors même que nous ne nous en apercevons pas, à cette douceur, qui soupire à cette présence que Marie a portée dans son sein pendant neuf mois et qu’elle a mise au monde à Bethléem. «Spes suspirantis animae. Te quaerunt piae lacrymae». Les pieuses larmes te cherchent. Larmes, parce que la douleur de la vie fait pleurer. Nos pauvres péchés font eux aussi pleurer. Et les larmes se transfigurent en larmes de gratitude. Autrement, après quelque temps, on ne pleure même plus, après quelque temps, le visage aussi se durcit et se transforme en masque. Les larmes de douleur, face à cette présence, deviennent des larmes de gratitude, parce que Son pardon, Sa douceur, Sa tendresse sont plus grands. «Te quaerunt piae lacrymae et clamor mentis intimae». Quand nous dormons et quand nous sommes éveillées, le cri de notre cœur Te cherche. C’est Toi, Jéus-Christ, fils de Marie, Fils de Dieu, que cherche le cri de chaque cœur. Et à nous, par la grâce, il a été donné de commencer à chercher et d’être trouvés déjà, ici, sur la terre.

EXISTE-T-IL UN ART SACRÉ ?

5 novembre, 2013

http://www.diocese-poitiers.com.fr/page-daccueil/larbre-a-palabres/existe-t-il-un-art-sacre-

EXISTE-T-IL UN ART SACRÉ ?
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(liste des études publiées , j’ai mis les trois premiers)

par Julie et Thomas Duranteau (Texte 1)
par Loïc Buthaud (Texte 2)
par Jean-Yves Meunier (Texte 3)
par Anita Parisot (Texte 4)
par Stéphane Marcireau (Texte 5)
par Mgr Albert Rouet (Texte 6)
par Fabien Maheu (Texte 7)
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EXISTE-T-IL UN ART SACRÉ ? (JULIE ET THOMAS DURANTEAU)
Le lien entre art et sacré est légitimé par une classification établie de l’histoire de l’art, distingant ainsi l’art sacré de l’art profane.
Pourtant, cette alliance ne va pas de soi et pose un certain nombre de questions. L’art produit par l’humain et le sacré lié au divin, on peut se demander si considérer l’art comme sacré ne relève pas du sacrilège. Pour cela, faisons appel à l’étymologie même du mot ART et soumettons-la à l’étrange alliance de l’art au sacré.
I. L’art et le « rite » (RITUS) : moyen de dire et de représenter le sacré
Les mots « art » et « rite » viennent de la même famille lexicale, tous deux sont issus de la racine indoeuropéenne °ER- / °AR-. Cette racine a donné en latin « ritus ». Il est intéressant de faire apparaître le lien entre ces deux notions : l’art trouverait le moyen de dire l’indicible, de représenter ce qui ne peut être vu au creux du rite.
Ce lien est apparent dans toutes civilisations. Il n’est pas audacieux de préciser que l’art avant l’écriture aurait été un moyen de communication entre l’homme et un au-delà. On suppose que les peintures rupestres préhistoriques traduisaient ce désir d’accéder à quelquechose qui dépassait la finitude humaine et permettaient un pouvoir sur la Création.
Détournons la citation « ut pictura poeisis » (comme la peinture, la poésie) pour rappeler que l’art poétique est pour de nombreuses religions énonciation d’un sacré et se veut par là-même prophétique. Pour le poète Guillevic, « à la base de toutes les religions, il y a toujours un poème ». Le Coran comme le Cantique des Cantiques se font chants de Dieu par la voix du poète. On comprend, alors, le développement ultérieur dans nos liturgies de la poésie, du chant et de la musique pour laisser place à « l’expression » dans nos rituels.
Il nous faut, également, rappeler la « vocation rhétorique » de l’art : il doit savoir conjuguer la notion de « movere » (émouvoir) et de « docere » (enseigner). Il s’agissait d’illustrer et de défendre les grands dogmes d’une foi souvent difficiles d’accès. Donner à voir pour mieux persuader.
Cependant, toute représentation sous-entend interprétations et choix. L’artiste proposerait une traduction personnelle de l’indicible. Et l’on sait bien que le traducteur est le premier traître : « tradottore tradittore ».
II. L’artiste, créateur de sacré ? Entre « artisanat » (ARTIFEX) et inspiration pure, l’écueil de l’«artifice» (ARTIFICIUM)
La place de l’artiste dans son rapport au sacré pose plus de problème encore que celle de l’art. La notion d’artiste s’est véritablement développée en Europe à partir de la Renaissance. Jusque là, l’artiste était un artisan et la plupart du temps les œuvres n’étaient pas signées et leur art relevait purement et simplement d’une « technè ». Combien d’œuvres antiques et médiévales sont restées anonymes. Cela nous montre que parallélement au fait que l’art était en lien avec le sacré, l’artiste n’existait pas comme intermédiaire avec le divin, mais comme simple technicien. C’est d’ailleurs à cette même époque qu’apparaissent des portraits d’artistes et que cette catégorie de la population s’identifie vraiment. La publication de l’ouvrage de Vasari, les Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes en 1550 est révélatrice de cette évolution. C’est le fondement de l’histoire de l’art. Avant cette date, l’art n’ayant pas « d’histoire », elle n’avait pas officiellement reconnu sa subjectivité. Depuis qu’il y a un art religieux, il y a toujours eu une tension entre l’insertion dans des normes précisées par les religions et la volonté d’expression individuelle et originale.
Reconnaître que l’artiste est une personne qui a une action sur son art, c’est reconnaître que l’art est production humaine et évolutive. Considérer dans ce cadre-là un art sacré, ce serait alors un grand orgueil de la part de l’artiste : orgueil de se prendre pour Dieu lui-même. Guillevic dit de façon provocatrice que « le poète veut être Dieu ». En effet, dans l’acte de création, il y a un acte divin. De la même manière que Dieu a modelé Adam dans la terre, l’a sculpté, les artistes veulent être créateur. L’écueil d’une telle démarche serait dans l’acte de vouloir faire du sacré, peut-être la plus exacte définition de l’ « artifice ». Pouvons-nous, par conséquent, limiter l’artiste a un « créateur de sacré » ?
III. L’art comme « articulation » (ARTHRON) sacrée, médiation vers le divin
Nous aurions pu conclure à un détournement du sacré dans cet acte de création. Ce serait oublier que l’artiste est aussi celui qui, par son art, accepte de se mettre au service du sacré. Il nous invite à entrer dans sa relation intime à Dieu et à voir au-delà du visible, domaine qui n’appartient ni au spectacle ni à l’idole dans la mesure où il s’agit d’une trace de Dieu même, comme soufflée au cœur de l’artiste.
Il y a, pourtant, une difficulté intrinsèque à pouvoir représenter Dieu. L’incarnation a pu résoudre un certain nombre de réticences à le figurer. Mais le danger n’en est que plus grand : nous risquons à tout instant d’y enfermer le divin.
Au-delà des considérations d’histoire de l’art, qui tend à fragmenter les œuvres par leur contexte historique, il faut admettre que l’art peut parler en-dehors du cadre culturel. Il porte en lui comme une valeur universelle et peut parler du sacré à tous et dans des modalités différentes. L’art entraîne les hommes dans un autre rapport à leur temps : il y a de l’éternité dans un instant donné où il nous semble saisir qui est Dieu pour nous et tout prend une autre dimension. De cette part de subjectivité dans la création d’un artiste, il y a aussi l’ouverture d’une communion possible, partage d’une vision où Dieu se dit.
Ne pas nous laisser « inerte » (IN-ARS) dans notre foi, telle serait l’une des hautes fonctions de l’art. Il nous obligerait à être toujours en mouvement, à la fois dans le connu et dans la perpétuelle redécouverte de ce que Dieu est pour nous et pour notre humanité. Il ouvrirait cette brèche en tout artiste et en tout homme où Dieu souffle en créateur, laissant la liberté de nouvelles créations pour mieux le célébrer.

EXISTE-T-IL UN ART SACRÉ ? (LOÏC BUTHAUD)
La distinction entre « art sacré » et « art profane » semble aller de soi ; non seulement parce qu’elle est habituelle dans le domaine de l’histoire de l’art, mais aussi parce qu’elle rend compte à partir de critères objectifs d’une possibilité de classer les œuvres d’art en deux catégories. A première vue du moins, puisqu’il n’est pas si facile de déterminer les critères justifiant qu’une œuvre relève de  » l’art sacré « .
En effet, est-ce parce que le sujet lui-même est sacré que l’œuvre peut être ainsi désignée ? Sans doute pas. L’art est d’abord considéré comme sacré si sa destination est un lieu sacré, si elle prend place dans un espace public reconnu comme sacré, c’est-à-dire ayant une valeur symbolique qui le distingue de l’espace profane, séculier, destiné au temps quotidien du travail ou de la vie privée, dans lequel l’art profane sert l’agrément ou le divertissement.
Ainsi les bestiaires improbables des façades médiévales sont sacrés non dans la mesure où ils favoriseraient une quelconque élévation spirituelle ou serviraient à la sanctification des âmes. Ils prennent place parmi les formes artistiques sacrées, qui tiennent lieu de décor d’un univers surnaturel présent au cœur des cités religieuses. Leur citoyen grimpe au Parthénon, se recueille dans les panthéons de la République, traverse les parvis des cathédrales, se prosterne au cœur du temple, craint le masque monstrueux, s’abaisse au pied d’une Vénus en Bronze, d’un Bouddha d’albâtre, d’un poilu revanchard.
Que cet espace soit consacré par le religieux ou le politique, l’art est sacré dans le double sens où il est présent dans l’espace sacré, et où il constitue cet espace.
Mais c’est en ce sens aussi où l’art n’est pas lui-même sacré mais sert le sacré -et donc s’en distingue. Dans l’espace sacré, la forme esthétique n’est que le moyen profane, trop humain (et c’est ainsi qu’elle fascine par-delà ceux auxquels elle est destinée) d’une finalité qui la transcende. C’est en revanche à partir du moment où l’art s’est libéré des tutelles instituées qu’il a pu revendiquer une dignité supérieure ; non pour ouvrir à un mystère qui le dépasse, mais pour être lui-même mystère. Comme producteur de formes esthétiques au service d’un prestige ou d’une gloire supérieurs au commun des mortels, l’art gagnait certes quelque éclat de ce prestige ou de cette gloire ; il n’en était pas moins qu’un mode supérieur de l’artisanat, c’est-à-dire un producteur de formes dans la matière utiles à d’autres.
L’artisanat s’éteignant au profit de l’industrie, dont la production anonyme, impersonnelle, collective, standardisée ne pouvait plus constituer une œuvre, (c’est-à-dire un objet signe du talent, du savoir-faire d’un producteur), la société laïque se substituant à la société religieuse, l’art a paradoxalement conquis son autonomie, il a pu être lui-même sa propre finalité. Ainsi Van Gogh, dans une lettre à son frère Théo, écrivait : « Je peux bien, dans ma vie comme dans ma peinture, me passer du Bon Dieu ; mais je ne peux pas, moi souffrant, me passer de quelque chose qui est plus grand que moi, et qui est ma vie : ma puissance de créer. » L’artiste peut être ainsi reconnu créateur, auteur, génie, attributs ô combien divins – et sacrés.
Qu’il représente une paire de souliers crottés, l’humanité du Christ, l’origine du monde dans la vulve d’une femme, la Trinité glorieuse, une abstraction insondable, l’art de l’artiste est sacré, parce qu’il est le signe de sa faculté spirituelle créatrice de formes à nulle autre pareille. Plus encore, si la forme esthétique nous touche par-delà nos intérêts biologiques ou sociaux, – faut-il encore que nous ne nous en contentions pas ! -, nous élevant au-dessus de la bête et du mondain, l’art est sacré parce qu’il consacre la part glorieuse et secrète de notre humanité.

EXISTE-T-IL UN ART SACRÉ ? (JEAN-YVES MEUNIER)
La difficulté principale ne se situe-t-elle pas dans ce à quoi renvoie l’adjectif « sacré » ? Première hypothèse : s’il se relie directement à « art », ou bien nous parlons d’une forme artistique qui a connu un plein épanouissement durant la période médiévale ou bien nous affectons à l’activité artistique une dimension toute spéciale qu’il nous faudra définir. Seconde hypothèse : « sacré » détermine non pas une technique ou un savoir-faire propre à l’être humain mais l’accès au divin, à l’absolu, à la transcendance. En quelque sorte un art vers le sacré. Ce décalage de sens ne permet-il pas de mieux envisager l’art en tant que tel et d’offrir une passerelle enrichissante entre le profane et le sacré ?
Un sacré art
L’art sacré est si historiquement liée au Moyen-âge qu’une identité s’est opérée entre art sacré et art médiéval. Il est vrai que l’aspect religieux était fort prégnant dans toute la société médiévale. Tout comme la philosophie se transformait en théologie, les arts se consacraient pleinement au domaine chrétien (dans une perspective occidentale bien entendu). Les « grands travaux » de l’époque qu’étaient les cathédrales entraînaient de multiples artistes vers un but commun et transversal : représenter la sphère divine sur terre d’une part et d’autre part être au service du religieux à travers notamment la liturgie. Cela explique la multiplicité des représentations artistiques : si l’autel par exemple est une évocation spirituelle de la présence divine, véritable symbole en puissance au sein d’une église, il n’en reste pas moins un instrument pratique au service du célébrant. L’aspect fonctionnel ne peut donc pas être déconnecté de l’aspect purement artistique. Des contraintes existent imposant une certaine forme voire des dimensions particulières à l’objet artistique. Un autre aspect à ne pas négliger est à retrouver autour de la représentation sociale et publique : c’est toute une communauté, toute une ville, toute une société qui, à travers ces œuvres artistiques, sont mises en avant. Parfois, c’est surtout le mécène ou le commanditaire qui est mis en avant.
« Sacré » se dit aussi des choses qu’on ne doit pas violer, enfreindre voire même toucher : la profanation étant l’acte de faire entrer du profane dans le sacré, cela constitue le blasphème par excellence. Nous pouvons alors nous interroger sur l’impact d’une telle vision (« sacraliser ») concernant l’art sacré. Ce dernier devient par là-même l’art suprême, l’archétype de tous les autres arts. Et nous avons tôt fait de le rendre intouchable. La sclérose n’est pas loin : la méthode artistique, pourtant reliée à une époque, est figée, les modèles et représentations ne se renouvèlent pas. La Tradition est identifiée à l’art sacré au détriment de toute vision alternative et contemporaine. Les artistes se contentent de reproduire au lieu de réinventer. Ainsi, parler d’ « art sacré » c’est prendre le risque de trop respecter les œuvres artistiques qui en découlent. C’est confondre le flacon avec le parfum.

G.B. Crespi detto il Cerano, Miracle de Saint- Charles , vers 1610 Duomo , Milan

4 novembre, 2013

G.B. Crespi detto il Cerano, Miracle de Saint- Charles , vers 1610 Duomo , Milan dans images sacrée

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4 NOVEMBRE : SAINT CHARLES BORROMÉE

4 novembre, 2013

http://missel.free.fr/Sanctoral/11/04.php

4 NOVEMBRE : SAINT CHARLES BORROMÉE

MORCEAUX CHOISIS

Ayant un grand respect des choses de Dieu et de ses saints, ainsi que de tous les ordres de la sainte Eglise et de votre pasteur, et veillez à les observer intégralement.
Tournez constamment vos regards vers la Providence de Dieu, dans la pensée que rien n’arrive sans sa volonté et que tout doit tourner à bien.
Gardez-vous d’entretenir la curiosité de savoir les actions d’autrui, ou d’être avides de nouveautés, principalement dans les choses de la foi, et ne parlez pas de ce que vous ignorez.
Défendez-vous de croupir dans la paresse, c’est le poison de l’âme : mais efforcez-vous de vos occuper des oeuvres pies, ou tout au moins à des choses utiles.
Evitez de travailler avec l’argent ou les biens d’autrui, à moins que vous n’y soyez contraints par raison de charité. Et ne vous laissez entraîner à aucune action injuste, opposée à la volonté de Dieu, ni pour le gain, ni par amitié, ni par amour des vôtres.
Si la fécondité de la vie conjugale est, certes, chose bonne, meilleure est la chasteté virginale, et par-dessus tout est excellente la fécondité virginale.
On ose dire qu’il faut s’accommoder au temps, comme si l’Esprit de Jésus-Christ et les règles de l’Evangile devaient changer avec le temps, et être asservis aux sentiments et aux affections des hommes. Au lieu que l’on doit travailler au contraire à rendre tous les temps conformes aux ordonnances de l’Eglise, et à réformer tout ce qui s’y trouve défectueux, par la rectitude immuable de l’esprit évangélique et apostolique. Car c’est la chair et le sang et non pas l’Esprit de Dieu qui a fait que notre siècle est devenu incapable de cette vertu si pure et si simple des anciens Pères. C’est l’esprit humain qui, voulant satisfaire ses désirs, trouve toujours mille défenseurs et des raisons apparentes pour se couvrir et se défendre. Mais les paroles de Dieu et les règles des saints demeurent toujours fermes. Elles n’ont pas été établies pour changer avec le temps, mais pour être inviolables et immuables en tous temps, et pour se soumettre et s’assujettir tous les temps.
Pourquoi cette église, qui est la vôtre, demeure-t-elle ainsi sans soins et sans ornements ? Ces murs, ce toit, ce dallage dénoncent votre irréligion. Ils crient (…) Votre église que vous honorez et que vous aimez si peu, vous êtes capable de la négliger à ce point ? O Combien votre indifférence extérieure témoigne de la tiédeur de vos âmes !

Biographie
Charles Borromée, second fils du comte Gibert et de Marguerite de Medici, sœur du futur Pie IV, naquit sur la rocca (roc ou château fort) Borromeo d’Arona, près du lac Majeur, le 2 octobre 1538. Dès 1550 il reçut l’habit clérical et les revenus de l’abbaye locale de San Gratiniano.
Etudiant à l’université de Pavie, il était sérieux et studieux, précis, net et volontaire plus solide que brillant, avide de livres, mais souvent sans argent. A la fin de 1559, il fut reçu docteur en droit canon et en droit civil.
En janvier 1560, ce jeune homme de vingt-deux ans fut appelé à Rome par son oncle qui venait d’être élu pape sous le nom de Pie IV. Cardinal dès le 31 janvier, bien qu’il ait obligation de résider à Rome, il est nommé administrateur du diocèse de Milan, des légations de Bologne et de Romagne, puis des Marches, en même temps qu’il reçoit en commende plusieurs abbayes. Pie IV qui voulait un homme dévoué et actif au sommet de son administration fait de Charles Borromée ce que sera plus tard le secrétaire d’Etat. Au début, on le trouvait trop regardant, par comparaison avec d’autres princes de l’Eglise, qui gaspillaient avec une prodigalité de grands seigneurs. Pour compléter sa culture, le jeune cardinal fonda chez lui une académie des Nuits vaticanes, allusion au Nuits attiques du païen Aulu-Gelle. Chaos – c’était le pseudonyme de Charles Borromée – commenta la quatrième Béatitude, condamna la luxure et loua la charité.
Restait à achever le concile de Trente, ouvert en 1545. Pie IV y réussit en 1562-1563, grâce au dévouement de son neveu, qui assuma l’écrasante besogne de la correspondance avec les agents du Saint-Siège, nonces et légats du concile. Plutôt simple exécutant que conseiller, selon un ambassadeur vénitien, il travaillait même la nuit, rédigeait de brefs rapports sur les nouvelles qui lui arrivaient de partout, répontait à toute la correspondance pontificale et s’occupait des affaires courantes.
En novembre 1562, quand mourut Frédéric, son frère aîné, on se demanda si le Charles quitterait les Ordres pour perpétuer sa race, mais, le 17 juillet 1563 il fut ordonné prêtre et, en décembre, il reçut la consécration épiscopale. Il restreignit son train de maison, augmenta ses veilles, ses jeûnes et ses austérités, se refusa tout divertissement, fût-ce une innocente promenade. Les Nuits vaticanes se muèrent en conférences religieuses. Un bref de Pie IV autorisait le cardinal-neveu à faire sortir, pour ses travaux, livres et manuscrits de la Bibliothèque vaticane et Charles Borromée, malgré une certaine timidité, s’exerça à l’éloquence sacrée.
Après que Charles Borromée avait rendu à Rome les services que l’on attendait de lui, fort du concile de Trente qui imposait la résidence aux évêques, il voulut s’installer à Milan où il entra solennellement 23 septembre 1565, après avoir, comme légat, effectué un voyage au centre et au nord de l’Italie. Il dut revenir à Rome près de son oncle mourant et, le conclave ayant élu Pie V, il rentra à Milan (avril 1566). Saint Pie V lui témoigna d’autant plus d’estime et de confiance qu’il était fort lié à Séraphin Grindelli, chanoine régulier du Latran et son aumônier.
Le cardinal de Milan, passa désormais le reste de sa vie dans son vaste archidiocèse, à l’exception de brefs séjours romains. Charles Borromée, à la tête de quinze suffragants, avec juridiction sur des terres vénitiennes, génoises, novaraises et aussi suisses, puisqu’il avait été nommé, en mars 1560, protecteur de la nation helvétique, avec juridiction spirituelle sur plusieurs cantons ; il n’obtint un nonce que sous Grégoire XIII. Charles Borromée visita la Suisse (notamment les trois vallées ou trois lignes du Tessin en 1567, les cantons allemands en 1570, 1581, 1583), s’enquérant des abus, rédigeant des ordonnances, entretenant une lourde correspondance, se bataillant contre des magistrats et des fonctionnaires civils souvent revêches, tandis qu’il restait courtois, souple et habile. En général, il se montra fin connaisseur et manieur d’hommes, sa vertu perfectionnait ses dons naturels. Il lui arrivait cependant de se raidir, par exemple contre l’usage invétéré de suspendre dans les églises des écussons et trophées en mémoire de hauts faits militaires, allant jusqu’à lancer l’interdit contre des paroisses récalcitrantes, mais un ordre exprès de Rome l’obligea à désarmer. Il réussit à maintenir catholique une partie de la Suisse allemande, il favorisa les capucins (à Altdorf en 1581) et les jésuites, dont les collèges de Lucerne et de Fribourg sont en partie le fruit de son zèle.
Si la richesse avait alors gâté dans la chrétienté une partie du haut clergé, la pauvreté avait avili le bas clergé, victime d’un recrutement inconsidéré, de l’abandon où le laissaient ses supérieurs et de l’ignorance.
L’Eglise avait pâti, et pâtissait encore, en ce temps-là, des empiétements parfois scandaleux du civil sur l’ecclésiastique dans les territoires espagnols, et même dans les Etats pontificaux. Les évêques avaient trop pris l’habitude de vivre hors de leur diocèse, et le clergé volontiers flagornait le pouvoir civil pour en tirer des avantages matériels. En Lombardie administrée par les Espagnols, il souffrit de la morgue des hidalgos et de leurs prétentions. Ses contre-attaques pour sa liberté embarrassèrent parfois la Cour romaine, obligée de ménager le tout-puissant Philippe II. Appuyé par son peuple, Charles Borromée s’opposa net à l’introduction chez lui de l’Inquisition espagnole, au profit de la romaine. Il lutta contre les gouverneurs de Milan : Alburquerque, Requesens, qu’il excommunia en 1573, Ayamonte. Pour se rendre populaire, Ayamonte donna en 1579 un grand éclat aux fêtes du carnaval. Borromée riposta par un édit excommuniant tous ceux qui y assisteraient. L’année suivante, seul un escadron de cavalerie, en service commandé, fit les frais des réjouissances, tandis que la femme du gouverneur interdisait à ses fils d’y participer. Ayamonte mourut en avril 1580 réconcilié avec l’Eglise ; ses furent pacifiques et pleins de déférence pour le redoutable cardinal.
Ce chef austère payait de sa personne. Il suffisait de le voir pour sentir ce qu’était la discipline ecclésiastique. Devant les décadences, il était une résurrection. Il sut consolider dans son diocèse la religion, développer le culte eucharistique et le sens moral. Son peuple, dans l’ensemble, l’admirait et le soutenait, mais ses réformes, exécutées d’une main forte, soulevèrent quelques résistances dans le clergé : en août 1569, les chanoines de Santa Maria della Scala, à Milan, soutenus par Alburquerque, le repoussèrent quand il voulut entrer dans leur basilique. Les Humiliés, congrégation milanaise enrichie par le commerce de la laine, avaient perdu la ferveur. Borromée voulut y ramener l’ordre. Un religieux du couvent de Milan, Jérôme Donato, dit Farina, tira un coup d’arquebuse presque à bout portant sur le cardinal qui priait dans sa chapelle avec le personnel de sa maison (26 octobre 1569). Borromée eut ses vêtements troués sur l’épine dorsale, mais, n’étant pas blessé, il fit achever la prière. Peu après, une bulle supprimait le premier ordre des Humiliés. Par la suite, leur tiers ordre fusionna avec des confréries similaires. Quant aux Humiliés du second ordre, qui étaient restées saines, elles survécurent jusque vers 1807.
L’archevêque voulait des auxiliaires intelligents et dévoués : il les choisit volontiers parmi les nouveaux ordres de clercs réguliers récemment créés. Charles Borromée était très personnel dans son gouvernement ; il essaya d’imposer un général de son choix aux dominicains, et aux jésuites. Il voulait que chez lui les religieux fussent à lui. Il écrivait en décembre 1577 : Eux (les prêtres de l’Oratoire) entendent que cette congrégation de Pères qui s’établira ici existe comme membre de celle de Rome et dépende de là-bas, et moi j’entends qu’elle dépende absolument d’ici, tout en désirant utiliser ces Pères de Rome pour commencer et diriger cette œuvre. Charles Borromée retira aux Jésuites la direction de son grand séminaire, trop indépendants, et créa à son usage les oblats de Saint-Ambroise dont il composa lui-même la règle. Après sa canonisation, en 1611, la congrégation s’intitula des Saints-Ambroise-et-Charles.
Charles Borromée créa des sanctuaires devenus célèbres, des séminaires, des collèges laïcs, un refuge pour repenties, un mont-de-piété. Il avait revu soigneusement les premiers statuts du mont-de-piété de Rome, vers 1565, en qualité de protecteur de l’ordre franciscain. Il fit adopter des sages mesures de contrôle contre la fraude ou les malversations : il fut le bienfaiteur de l’institution. Il organisa des confraternités comme celles du Saint-Sacrement, du Saint-Rosaire. Il mit beaucoup d’ardeur à promouvoir l’œuvre catéchétique du saint prêtre Castellino da Castello. Lui-même commentait volontiers l’Evangile : par les moyens les plus simples, il en tirait des applications très variées pour ses auditeurs et, par son exemple, il sut réveiller chez son clergé le goût de l’éloquence sacrée. Avec un grand dévouement, il visita les peuples de son diocèse et des diocèses suffragants ; comme les vivres étaient chers, il avait stipulé que l’entretien de sa suite ne serait pas à la charge de la mense épiscopale.
Au total, le cardinal vit plus de mille paroisses, convoqua onze synodes diocésains et six conciles provinciaux. Lors de la terrible peste de 1576-1577, compliquée d’une famine, Charles Borromée vendit sa principauté napolitaine d’Oria pour soulager la misère publique.
Il mourut à Milan le samedi 3 novembre 1584 au soir. Dans une lettre d’Arona, datée du 1er novembre, il disait que la fièvre le dévorait et qu’il allait cesser ses visites pastorales pour regagner Milan afin de recevoir son beau-frère le comte Annibal d’Altaemps et lui faire fête quatre ou cinq jours. Il venait d’inaugurer un séminaire (30 octobre) et de consoler les gens de Locarno où la peste avait fait passer la population de 4800 à 700 habitants.
Pour lui, Charles Borromée fut dur : peu de nourriture et peu de sommeil, aucun confort ni aucun luxe personnel. Intelligence claire et administrateur plutôt que de penseur, sa bibliothèque était un instrument de travail. Il priait profondément et largement. Il reste, dans l’Eglise militante, une grande figure de chef. Son blason portait : Humilitas. Au physique, il était de belle taille, avec de vastes yeux bleus, un nez aquilin puissant, le teint pâle sous des cheveux bruns ; jusqu’en 1574, il porta une barbe courte, rousse, négligée ; puis, ayant ordonné au clergé de se raser, il donna l’exemple.
Le 4 novembre 1601, à Milan, au lieu de chanter le service accoutumé pour son anniversaire, on organisa, sur le conseil de Baronius, une grandiose manifestation de vénération publique. En 1602, et les années suivantes, ce témoignage fut de plus en plus éclatant. En 1610, Rome canonisa Charles Borromée qui obtint vite un culte populaire : son origine patricienne, sa dignité cardinalice, son génie réformateur, les œuvres de son zèle pastoral pour le clergé et le peuple, sa charité pour les pauvres, son dévouement lors de la peste le redirent rapidement cher au peuple chrétien, notamment aux Pays-Bas espagnols où l’imagerie anversoise vulgarisa l’homme de prière ou le consolateur des pestiférés. Son influence fut très grande en France.

ROMAINS 8 : 14 CAR TOUS CEUX QUI SONT CONDUITS PAR L’ESPRIT DE DIEU SONT FILS DE DIEU.

4 novembre, 2013

 http://etrechretien.wordpress.com/tag/la-sagesse-chretienne/

LA SAGESSE CHRÉTIENNE

ROMAINS 8 : 14 CAR TOUS CEUX QUI SONT CONDUITS PAR L’ESPRIT DE DIEU SONT FILS DE DIEU.

La parole de connaissance La sagesse et la connaissance sont
complémentaires. Si une parole de connaissance éclaire une situation particulière, une parole de sagesse sera peut-être également nécessaire pour accomplir ce qui doit être accompli.
Il existe quatre aspects particuliers qui rendent ce don possible.
La connaissance fondamentale de Dieu.
Cette dernière n’est possible que par une révélation de Son Fils, notre Seigneur Jésus Christ. La Bible l’appelle « connaissance », et cela implique une relation intime et vivante avec Dieu.
Une compréhension profonde de la Parole de Dieu, saisie par le cœur.
Un sens divinement inspiré de ce qui est juste ou faux, sage ou insensé dans la vie.
Le Père connaît toutes choses et Il partage un peu ce qu’Il voit à ceux qui Le connaissent et qui ont Sa confiance. Ce genre de connaissance ne peut pas s’acquérir par l’étude.
C’est le Saint- Esprit qui la donne à notre esprit humain et elle ne peut être saisie que par un esprit renouvelé.
Il ne s’agit pas d’une possession permanente mais c’est essentiel à un instant donné. Etudier la Bible prépare nos cœurs et nos pensées à recevoir une parole de connaissance inspirée par le Saint- Esprit (2 Timothée 2 : 15).
1. Le don de la foi Il y a quatre sortes de foi :
2. La foi commune – que tout le monde a.
3. La foi salvatrice – un don qui apparaît dans Ephésiens 2 : 8 : Ephésiens 2 : 8 8 Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.
4. Une foi venant du fruit de l’Esprit ; une foi qui ne cesse de croître. Une foi qui donne la puissance ; le don
du Saint-Esprit Cette dernière, tout comme les autres dons de l’Esprit, est temporaire et est libérée pour répondre aux besoins du moment.
Comme pour les autres dons, une marche spirituelle quotidienne est essentielle pour cela. Il s’agit d’une manifestation de l’Esprit qui démontre la puissance surnaturelle de Dieu.
Il est inutile d’exhorter les églises à exercer la foi à ce niveau-là. Elles ne peuvent pas avoir une foi qui fait bouger les montagnes uniquement en essayant. Elle n’est pas un résultat d’efforts et de concentration.

Le don de guérison
1 Pierre 2 : 24 lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice; lui par les meurtrissures du quel vous avez été guéris.
La guérison fait partie du plan de rédemption de Dieu. Jésus est mort pour le pardon du péché. Par Ses souffrances, nous sommes guéris aussi bien spirituellement que physiquement. L’efficacité de ce don dépend de notre attitude et de notre foi par rapport à la guérison ainsi que de l’attitude de la personne pour laquelle nous prions.
La guérison est une réponse à la foi, à un besoin éminent et à la volonté de Dieu.
Le don de guérison n’est pas le mandat de guérir tous et chacun arbitrairement, mais seulement ceux que le Saint- Esprit nous révèle.
La Bible ne montre aucun exemple de don de guérison spécialisé à un type de maladie.
Soyez sur vos gardes avec tous ceux qui disent avoir un tel don.

Le don d’opérer des miracles
L’expression « opérer des miracles » (du Grec : energemata dunameon) utilisée dans 1 Corinthiens 12 : 10 signifie littéralement « des opérations de puissance » et comprend une diversité de signes et de miracles mais pas un miracle spécifique. Les chrétiens ont tendance de mettre la guérison et la délivrance dans un même sac sous le terme de « miracles », comme cela est décrit dans Actes 8 : 6-7 : Actes 8 : 6-7
6 Les foules tout entières étaient attentives à ce que disait Philippe,
lorsqu’elles apprirent et virent les
miracles qu’il faisait.7 Car des esprits impurs sortirent de plusieurs
démoniaques, en poussant de grands cris, et beaucoup de paralytiques et de boiteux furent guéris. Néanmoins, les Ecritures indiquent qu’il existe une puissance qui dépasse de loin celle de guérir des maladies.
Jésus dit dans Jean 14 : 12 : Jean 14 : 6-12 Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Et dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu.
Lire la suite Jésus a guéri et Il a délivré. Pourtant, Il dit que les croyants feraient de bien plus grandes choses que Lui. Le don d’opérer des miracles est à notre disposition aujourd’hui !

La prophétie
Le don de prophétie est une proclamation à un moment donné, inspirée par le Saint-Esprit.
Le Saint- Esprit donne l’inspiration de déclarer la vérité dans une situation ou une conversation bien précise.
La prophétie est utilisée pour encourager d’autres personnes sans connaître nécessairement leurs besoins spécifiques. Elle sert également à édifier, à exhorter et à réconforter, et se matérialise souvent plutôt dans une déclaration que dans une prédication.
Toute prophétie devrait toucher l’espérance et la foi des gens, les amener vers une rédemption éternelle et vers le Royaume de Dieu.
La prophétie n’est pas de prononcer tout ce qui vous passe par la tête en commençant par « Moi, le Seigneur, je te dis … ». Cependant, il est aussi vrai que le Seigneur encourage le prophète à être hardi, à faire confiance à Dieu et à prendre l’initiative.
Le principe est que le prophète est un serviteur du Saint-Esprit – et pas l’inverse. A ce point, il est nécessaire de dire un mot concernant les faux prophètes et les fausses prophéties. On a souvent abusé de la prophétie et ce n’est pas parce que quelqu’un prétend avoir une parole de Dieu que ce qu’il dit est nécessairement vrai.

Nous devons toujours confronter la prophétie à la Parole de Dieu pour se prémunir contre l’erreur.

IL FAUT SAVOIR SE TROUVER UN DÉSERT DANS SA PROPRE MAISON ET SE FAIRE UNE SOLITUDE AU MILIEU DU MONDE.

4 novembre, 2013

http://geraldchaput.homily-service.net/(2003-1)_causerie_1.html

CAUSERIE : LA CHAMBRE ET LA RUE

IL FAUT SAVOIR SE TROUVER UN DÉSERT DANS SA PROPRE MAISON ET SE FAIRE UNE SOLITUDE AU MILIEU DU MONDE.

En guise d ‘ introduction :

Chrétien et mystique. Laïc et mystique. Chambre et rue. Unifier ces deux mots peut sembler impossible, voir paradoxal. Quand tu veux prier entre dans ta chambre….Allez sur les places publiques . Pour plusieurs, la vie mystique est une manière de vivre réservée aux moines, moniales, aux professionnels de la prière. Les laïcs, les simples chrétiens sont perçus comme des professionnels de l ‘ action, des oeuvres de la charité. Professionnels de la prière d ‘ un coté. Professionnels de l ‘ action de l ‘ autre. Adoration et mission sont les deux faces d ‘ une même action disait Jean-Paul 11 en béatifiant récemment (20 octobre 2002) Marie de la Passion, fondatrice des soeurs franciscaines missionnaires.
Séparer ces deux mots – chrétien et mystique – c ‘ est vouer à la mort et le chrétien et le mystique. C ‘ est vouer l ‘ Evangélisation à l ‘ échec. Evangéliser, c ‘ est montrer en acte que nous sommes fils de Dieu et frère universel. C ‘ est laisser voir que nous avons une double-vie. Evangéliser n ‘ est possible que si nous sommes des porte-voix de la Parole. Je ne suis pas le Christ. Au milieu de vous se trouve quelqu ‘ un dont je ne suis pas digne de délier sa chaussure. (Mc1, 7) Cela impose à chacun de laisser passer la Lumière en nous.
« La vie mystique » disait le Père Chénu o.p. « n’ est pas autre chose que la vie chrétienne à l’ état de perfection ». Dit autrement être mystique, c’ est la manière  » ordinaire »" normal » de vivre sa foi. Le nouveau catéchisme précise que chaque baptisé a la mission de vivre une » union mystique » ( #2013) . De vivre une vie d ‘ union à Dieu. « Dieu nous appelle tous à cette intime union avec lui » (#2014 ) .
La vie mystique – ne pas confondre avec des expériences mystiques – déborde la vie contemplative « qui n’ en est qu’ une forme » (Père Marie Eugène Je veux voir Dieu p. 420) Il y a une vie mystique contemplative. Il y a aussi une vie mystique active, une mystique de l’ action ou une action mystique. Catherine de Sienne observait dans l’ une de ses lettres que nous marchons comme des handicapés sur une seule jambe. La vie mystique ou l’ union à Dieu a deux jambes: Dieu et les humains. Docteur de la prière, docteur d ‘ une action mystique, ce sont les deux jambes pour nous configurer au Christ. Je m’ adresse à des contemplatifs en action selon la belle expression de Jean-Paul 11 (Encyclique sur la mission # 91)
Le mystère contemplé dans le silence de la chambre doit aussi être contemplé dans le bruit de la rue. La rue doit être un lieu priant et la chambre un lieu étourdissant du bruit de la rue. Je viens de vous résumer la démarche de notre week-end
Le disciple a pour devise: Prie et travaille. Travaille et prie. St Benoit disait: « rien ne doit avoir priorité sur l’ amour de Dieu ». Saint Vincent de Paul répondait un siècle plus tard: « rien ne doit avoir priorité sur l’ amour de nos frères ».
Quand Jésus a prononcé l’ invitation « si tu veux être parfait » (Mtt19, 21) au jeune homme riche, il s’ adressait à tous les chrétiens ordinaires et non pas à une élite. (Voir Jean-Paul 11 dans splendeur de la vérité no 18) « Vous donc vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt5, 48) . Ces paroles là ne sont pas à prendre ou à laisser. « L’ appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’ adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur état ou leur rang » (LG40) . Dans sa lettre ouvrant ce millénaire, Jean-Paul 11 écrit qu ‘ » un baptisé ne peut se contenter d’ une vie médiocre, d’ une religiosité superficielle « (31 ).

Comment cela va-t-il se faire ? Comment unifier prière et travail ?
Comment solidifier, souder cette deux  » doctorats » indispensables à tout disciple ? Comment être à la fois cette Marthe qui recevait Jésus chez elle et cette Marie qui a choisi la meilleur part? Il y a une solidarité, une soudure essentielle, indissociable entre la prière et l’ action, entre l’ action et la prière. Aucune concurrence entre la voie mystique contemplative et la voie mystique dans l ‘ action. « Tu aimeras ton Dieu » ( Prier) . » Tu aimeras ton prochain (action) de tout ton coeur, de toutes tes forces  » (Lc 10,27). L’ état de perfection du disciple se réalise quand il se donne une  » double vie  » . Une vie mixte dirait St Thomas d’ Aquin et qui est dit-il la forme de vie la plus parfaite, supérieure à la vie purement contemplative. Dans chaque personne dit-on, il y a un homme et une femme. Chez les uns la dimension féminine est plus évidente. Chez d’ autres, c’ est la dimension masculine qui se voit d ‘ abord. Mais les deux dimensions sont là. Ainsi en est-il de nos vies de chrétiens et de disciples.
Est-ce que nous sommes des gens équilibrés non pas mentalement mais spirituellement équilibrés ? Des gens capable d ‘ harmoniser un balancement entre la prière et l ‘ action. Mère Térésa de Calcutta exprimait un jour à un prêtre qui travaillait beaucoup: « si vous voulez travailler davantage, passez plus de temps devant le saint Sacrement. » Et la  » sainte  » ajouta: « le monde a besoin que nous travaillions davantage ». Aux yeux de cette grande femme toute frêle, fragile, plus nous prions, plus nous devons travailler. Plus nous travaillons, plus nous devons passer du temps en prière.
Soulignant récemment le 50 e anniversaire d’ un institut de formation de laïcs sous la responsabilité d’un monastère des Carmes, Jean-Paul 11 souhaitait « que votre contemplation s ‘ unisse harmonieusement à votre action et que votre action devienne une véritable union à Dieu. » Il ajouta « Pour prendre le large, il est indispensable que grandisse en chacun de vous l’ union intime au Christ, lui qui est la seule et unique source de renouveau évangélique. C’ est à cette seule condition qu’ il est possible d’ affronter avec courage les défis du temps présent. « 
Ce que nous devons d’ abord planifier, ce ne sont pas des réunions, des coups de téléphone, des documents à préparer, des télécopies à envoyer, des conférences de presse mais des rendez-vous avec Dieu. Nous devons d’ abord planifier des moments pour nous  » laisser avoir » par Dieu plutôt que de nous  » faire avoir  » par le temps qui nous manque. Se laisser captiver, attirer par Dieu.
Dieu premier servi. Cette expression de Jeanne d’ Arc nous l’ avons souvent entendue jadis. Mais ces dernières décennies, nous avons investi beaucoup dans l’ action. Il y a présentement deux dérives à éviter: celle du fonctionnel qui serait de dire: programmons, réajustons, planifions. Celle du spirituel : au lieu de prier, nous gémissons, nous déplorons le manque de prêtres, la diminution de la pratique etc.
L’ époque que nous traversons à besoin d’ être transformée par la manifestation de la dimension contemplative de nos actions. Nous ne sommes pas qu’ une machine à agir . Nous sommes des fils de Dieu. Le défi est de passer de l’ action à la prière. De la prière à une action mystique. Il faut savoir dit Antoine Bloom dans son livre école de prière (Seuil 1970 pp 118-120) dire STOP à ce que nous faisons pour respirer Dieu.

Trop occupés pour prier ?
Ce « quelque chose de plus » que demandait Jésus au jeune homme riche, c’ était tout simplement pour un instant de laisser de coté, – le texte dit tout abandonner – son travail ordinaire pour prier, pour le Suivre Lui Jésus au désert. L’ Évangéliste ajoute: « il avait de grand bien ». Nous pourrions dire: nous avons tellement à faire. Comme le jeune homme riche, nous préférons nos  » affaires » , entendre nos activités plutôt que de le Suivre. Il faudrait simplement devant cette question de Jésus, lui demander de nous aider à tout quitter, à quitter notre travail pour laisser l’ Esprit nous habiter. Je suis assuré qu ‘ il nous entendrait.
Trop souvent nous prétextons d’ une situation extérieure genre trop de travail, échéancier à respecter, pour ne pas avoir à s’ en prendre à soi-même. C’ est un alibi confortable pour éviter de prendre en main sa propre vie de disciple. Madeleine Delbrel a ces mots très puissants: « être chrétien, c’ est une vraie vocation, une vraie profession, c’ est être appelé à faire un travail qu’ on est seul à faire. » Et elle précise: « ce travail est plus que de désirer prier… « . (Delbrel Madeleine invisible amour . Ed Centurion p 21s)
Trop de travail pour prier. Il y a aussi une autre façon de voir les choses. La vie est tellement stressante, le travail est tellement demandant que cela exige de nous donner du temps pour décompresser. Nous voulons arrêter la machine à penser, la machine de la recherche de l’ efficacité, calmer le tohu-bohu qui nous remplit la tête, apprendre « à respirer par le nez  » ou lâcher prise, optons pour la prière. Certains sont à la recherche de fin de semaine pour  » lâcher prise » – notre époque est celle des loisirs- . Dans le langage chrétien (mystique) cela s’ appelle l’ abandon. Prier, c’est vivre au rythme de notre respiration, c’ est s’ abandonner, c’ est délecter l’ Éternel au coeur du temps. ( Père Stinissen, o.c.d, Ed. Carmel 2002) . Évitons tout malentendu, je parle de prière et non pas d ‘ un repli sur soi-même et non aussi de fuite du travail. Prier, c’ est cesser de s’ occuper de soi pour laisser Dieu s’ occuper de nous. Thérèse d’Avila aime dire quand nous occupant de Dieu, nous nous occupons de nous-mêmes.

La même mission pour tous:
Prie et travaille. La mission confiée par Jésus « allez sur les places » n’ est pas en opposition avec l’ invitation de Jésus à se retirer,  à entrer dans sa chambre. « Et toi quand tu pries, entre dans ta chambre ». La chambre et la rue ne sont pas des lieux en état de guerre. La rue peut devenir aussi priante que la chambre. La chambre peut devenir aussi peuplé que la rue. Vie d’ union à Dieu et vie active, c’ est du pareil au même. Actif dans la prière. Actif dans l’ action. Ne séparons pas ce que » Dieu a uni » dans la personne de son Fils. Aucune rivalité entre l ‘ attention portée à Dieu et celle portée aux humains. Aucune concurrence entre l’ extérieur et l’ intérieur. Aucune compétition entre adorateur du Père (Jn4, 23) et s’ engager pour la cause du Royaume. Aucun sens unique non plus. Ce serait une vision déformée que de considérer l’action comme un excédent de la contemplation, un simple débordement du superflu de notre prière. L’ action conduit aussi à la prière.
Jean-Paul 11 le redit souvent: la contemplation du visage du Christ suscite chez le disciple la contemplation des visages humains (Evangilium nuntiandi #7) et nous transforme en évangélisateur. Agir parce que Jésus nous sort de la bouche tant il nous ronge le coeur. Prier parce que le peuple s’ attend à ce que nous le présentions à Dieu.
Prie et travaille. Cette mission appartient à tous les baptisés. Nous avons à suivre Jésus au désert et d ‘ aller sur les places . De travailler à la Vigne. Vatican 11 est étonnamment très clair:
Les laïcs sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’ un ferment, en exerçant leurs propres charges sous la conduite de l’ esprit évangélique, et, pour manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d ‘ espérance et de charité. (LG31)
Soyons clair: il ne suffit pas de prier: Que sert à quelqu’un de dire qu’il a la foi s’il n’a pas les oeuvres? Si quelqu’un est réduit à l’indigence et qu ‘ on lui dise: Allez en paix sans lui donner les choses nécessaires, à quoi cela sert-il. Ainsi en est-il de la foi: sans les oeuvres elle est vraiment morte (Jac2 : 14-17) . Le travail fait partie de l’ équilibre humain. Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur..mais qui font la Volonté de mon Père .
Soyons très clair. Il ne suffit pas d’ agir . Il ne suffit pas d’ agir pour dire Dieu. Il ne suffit pas de prêcher pour dire Dieu . Pour dire Dieu, il faut ce  » mariage spirituel  » de la prière et de l’ action. Accueillir Dieu dans la prière. Le trouver en se mettant au service de la Résurrection. Que ce soit dans notre prière contemplative, à l’ écart dans le secret de notre chambre intérieure; que ce soit dans le service, si petit soit-il, pour rendre notre terre, une Terre Neuve, c’ est toujours le même « hôte qui vient habiter chez nous ». (Thérèse d ‘ Avila)
Vous et moi sommes profondément marqués par notre culture toute axée écrivait déjà au début du siècle dernier l ‘ écrivain russe Tolstoi « sur l ‘ augmentation de l ‘ avoir (le texte dit: des chevaux) de titres administratifs, de connaissances » . Mais ajoute l ‘ écrivain « une seule augmentation est nécessaire: l ‘ augmentation de la sagesse ».  (Journal Intime #183) Matthieu écrivait il y a XX siècles que la culture de son temps invitait à avoir une belle apparence à l ‘ extérieur mais où l ‘ intérieur est « rempli d ‘ ossements » (Mtt 23,27) « d ‘ ossements desséchés » (Ez 37,4) . La société et ses valeurs d ‘ efficacité, de rendement à tout prix nous dominent, nous envahissent. Nous ne pouvons tout avoir. Il faut faire un choix entre les « appels d ‘ offre » de notre culture et les  » appels d’ offre  » de l ‘ Evangile. « Être homme, c’ est habiter avec Dieu » (St Bruno) C’ est notre première tâche.
Nous sommes ici pour répondre aux appels d’ offre de l’ Evangile. Être pleinement humain et pleinement divin. Pleinement relation aux autres et pleinement uni à Dieu. Pour nous occuper aussi de « l ‘ intérieur de la coupe » (Mtt23, 28) . Nous sommes ici pour « nous éviter de courir après des riens et devenir rien » (Jérémie, 2,5) pour « entrer au pays des vergers pour en goûter les fruits et la beauté » (Jérémie 2,7) . Jérémie dans l ‘ oracle que je cite reprochait à son peuple « vous avez changé de Dieu ». C ‘ est également notre réalité. Nous sommes ici pour changer de Dieu. Nous avons échangé la gloire de Dieu pour l ‘ éphémère gloire que nous offre notre culture toute axée sur l’ extérieur. Et pourquoi pas notre travail de disciple! « Vous êtes appelés par notre Evangile à posséder la gloire de Notre Seigneur Jésus Christ » (2 Th2, 14)

En guise de conclusion :
Puisqu ‘ une image vaut mille mots, je termine pour cette image qui résume bien ce que je viens d ‘ expliquer: Présenter du chocolat à un enfant, il va tout laisser. Il abandonne tout. Il est attiré par le plaisir de manger du chocolat. Le Christ, révélation du Père, nous attire-t-il au point de tout laisser, de tout abandonner parce que son  » salut » nous fascine? Le Christ nous fascine-t-il à ce point que nous pouvons dire: je n ‘ ai plus de temps pour le travail parce que je dois laisser Dieu s ‘ occuper de moi. Nous entendons plus souvent le contraire: je n ‘ ai pas le temps de prier parce que j ‘ ai trop à faire. Le Père nous offre du bon chocolat mais nous nous en privons de peur de prendre du poids. « Personne ne vient à moi, si le Père ne l ‘ attire « (Jn6, 44)
Il faut nous donner une action  » théophore  » porteuse de Dieu disait jadis les Pères de l ‘ Eglise (Ignace d ‘ Antioche) . « Vous avez en vous Jésus-Christ. Vous êtes porteurs de Dieu, porteur du Temple de Dieu ». Notre option de disciple: Voir Dieu par la prière du coeur . Servir Dieu par la prière des mains . En régime chrétien, il n’y a pas de temps pour prier pas plus qu’il n’y a du temps pour agir . Il n ‘ y a que le temps de Dieu. Il n ‘ y a que l ‘ Éternité au coeur du temps (titre d ‘ un récent livre du Père Wilfrid Stinissen, o.c.d. 2002) Et l ‘ éternité ne se trouve pas seulement dans la prière mais dans le réel concret de notre monde.
48 heures pour devenir semblable à Jésus, grand contemplatif du Père et travailleur acharné à bâtir une Terre Neuve. Ce n ‘ est pas possible. C ‘ est absolument nécessaire. C ‘ est pourquoi on nous appelle disciple.
En spiritualité, contemplation et action sont solidaires l ‘ une de l ‘ autre. Ce sont deux aspects d ‘ un tout harmonieux, deux manifestations d’ une même vie profonde ( Père Marie Eugène Je veux voir Dieu , Carmel 1988,p.125)

icône russe pour la Toussaint

1 novembre, 2013

icône russe pour la Toussaint dans images sacrée congregation-of-all-the-saints-of-the-pechersk

http://hram.ros.ua/nedelya-1-ya-po-pyatidesyatnitse-vseh-svyatyih/

DIMANCHE 3 NOVEMBRE : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT -

1 novembre, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 3 NOVEMBRE : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Sagesse 11, 23 – 12 , 2

11, 23 Seigneur, tu as pitié de tous les hommes,
 parce que tu peux tout.
 Tu fermes les yeux sur leurs péchés,
 pour qu’ils se convertissent.
24 Tu aimes en effet tout ce qui existe,
 tu n’as de répulsion envers aucune de tes oeuvres ;
 car tu n’aurais pas créé un être
 en ayant de la haine envers lui.
25 Et comment aurait-il subsisté,
 si tu ne l’avais pas voulu ? 
 Comment aurait-il conservé l’existence,
 si tu ne l’y avais pas appelé ?
26 Mais tu épargnes tous les êtres,
 parce qu’ils sont à toi,
 Maître qui aimes la vie,
12, 1 toi dont le souffle impérissable anime tous les êtres.
2 Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu,
 tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent,
 pour qu’ils se détournent du mal,
 et qu’ils puissent croire en toi, Seigneur.

Il est superbe ce texte ! Tout entier rédigé à la deuxième personne, comme une prière : ce n’est pas une méditation sur Dieu, c’est une parole adressée à Dieu, une parole de gratitude ; et ce genre littéraire tout à fait particulier nous donne un texte très émouvant. Plutôt que « gratitude », il faudrait dire « reconnaissance » au double sens du terme ; dans la « reconnaissance », il y a deux choses : il y a d’abord la connaissance et parce qu’il y a la connaissance, il peut y avoir la gratitude ; Israël a reçu ce privilège extraordinaire de la Révélation et donc d’une certaine connaissance et reconnaissance de Dieu. Or le livre de la Sagesse est un texte très tardif (il a été écrit seulement dans les années 50 av.J.C.) ; cela veut dire qu’il vient au terme de l’histoire biblique et qu’il a bénéficié de toute la maturation de la foi d’Israël ; on ne s’étonne donc pas d’y trouver une sorte de synthèse de toutes les découvertes que le peuple élu a faites au long des siècles.
 Le texte que nous lisons ici est une hymne adressée au Dieu créateur ; il ne faut pas se priver de lire les versets qui précèdent tout juste ceux d’aujourd’hui : « Ta grande force est toujours à ta disposition ; qui résistera à la vigueur de ton bras ?… Oui, le monde entier est devant toi comme le poids infime qui déséquilibre une balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend vers le sol ». Images superbes pour dire notre petitesse devant Dieu. Spontanément, cette conscience de la puissance de Dieu et de notre propre impuissance pourrait nous remplir de peur : historiquement, c’est certainement le premier sens de l’expression « crainte de Dieu ». Mais Dieu s’est révélé progressivement à Israël comme celui dont il ne faut pas avoir peur.
 Car la première découverte d’Israël, on le sait bien, ou si l’on préfère, le premier article du credo d’Israël c’est « Dieu libère son peuple », Dieu accompagne son peuple dans son entreprise de libération, et cela gratuitement, sans aucun mérite du peuple, simplement par amour. La foi d’Israël est née de cette expérience vécue de l’Alliance avec ce Dieu qui libère, le Dieu de l’Exode, le « Dieu de tendresse et de fidélité », comme il s’est révélé lui-même à Moïse. Et donc, quand Israël réfléchit sur l’oeuvre de la Création, il l’envisage à partir de son expérience et il en déduit que la Création est elle aussi une oeuvre d’amour. Alors la peur n’est plus de mise : dans la foi, Israël garde une grande conscience de sa petitesse, mais il sait que la puissance de Dieu n’est qu’amour. Et alors, petit à petit, l’expression « crainte de Dieu » a changé de sens. Désormais cette conscience de notre petitesse alimente une grande confiance.
 Cette Révélation progressive accordée à Israël tout au long de son expérience d’Alliance avec Dieu affleure à plusieurs reprises dans ce passage d’aujourd’hui. En voici quelques traces : par exemple, nous lisons dans le livre de la Sagesse : « Tu aimes tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes oeuvres ; car tu n’aurais pas créé un être en ayant de la haine envers lui. Et comment aurait-il subsisté si tu ne l’avais pas voulu ?… Maître qui aimes la vie »… Il y a là un écho du merveilleux poème de la Création, au premier chapitre de la Genèse avec cette phrase qui revient comme un refrain « Dieu vit que cela était bon ». D’un bout à l’autre, ce poème de la Genèse affirme que Dieu aime ses créatures.
 « Maître qui aimes la vie », cela veut dire aussi que la mort n’aura pas le dernier mot : c’est cette découverte que Dieu aime la vie et les vivants qui a progressivement amené Israël à croire à la résurrection des morts. « Toi, dont le souffle impérissable anime tous les êtres » : là encore il y a une résonance avec la Genèse, mais avec le chapitre 2 cette fois, le deuxième récit de création : « Le SEIGNEUR Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant. » Magnifique image pour dire que l’homme vit suspendu au souffle de Dieu.
 Mais surtout, ce qui suscite la gratitude du croyant, c’est que l’amour du Créateur résiste à toutes nos infidélités ; sa puissance n’est pas domination : pour nous, elle est soutien et relèvement ! C’est cela la vraie puissance : « Tu as pitié de tous les hommes parce que tu peux tout ». On sait bien que le pardon demande beaucoup plus de force que la vengeance ; un peu plus loin le livre de la Sagesse le dit très clairement : « Celui dont le pouvoir absolu est mis en doute fait montre de sa force… mais toi, Dieu, ta maîtrise sur tous te fait user de clémence envers tous » (Sg 12, 13-18). Si Dieu pardonne, c’est parce qu’il aime la vie et les vivants justement, et c’est pour qu’on vive : « Tu as pitié de tous les hommes parce que tu peux tout… Tu fermes les yeux sur leurs péchés POUR qu’ils se convertissent… Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent POUR qu’ils se détournent du mal et qu’ils puissent croire en toi. » On entend là un écho du livre d’Ezéchiel : « Dieu ne veut pas la mort du pécheur mais qu’il se convertisse et qu’il vive » (Ez 18, 23).
 Autre écho : le livre de la Sagesse dit « Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis » ; le livre du Deutéronome comparait la patiente pédagogie de Dieu envers son peuple à celle d’un père « Le SEIGNEUR ton Dieu faisait ton éducation comme un homme fait celle de son fils » (Dt 8, 5). Force est bien d’admettre que Dieu n’a pas fini de déployer sa patience à notre égard, que sa pédagogie n’est pas terminée, qu’il reste beaucoup à faire pour que nous soyons vraiment détournés du mal… mais il a toute la patience qu’il faut. Comme dit Saint Pierre, « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans et mille ans sont comme un jour ».
 ——————-
 Compléments
 - Sg 11, 23 : « Tu as pitié de tous les hommes parce que tu peux tout. » Un peu plus loin, l’auteur développe : « Celui dont le pouvoir absolu est mis en doute fait montre de sa force… mais toi, Dieu, ta maîtrise sur tous te fait user de clémence envers tous. » (Sg 12, 13-18). Dans le film « La liste de Schindler », il y a un moment très intense où le héros du film, Schindler, est en face du chef du camp de concentration : le chef du camp a le pouvoir de vie et de mort sur les prisonniers et, à cet instant précis, il a envie de tuer un jeune garçon. Schindler lui explique qu’il serait beaucoup plus grand en usant de son pouvoir pour faire vivre que pour faire mourir.
 - Sg 11, 26 : « Maître qui aimes la vie » : cela veut dire que les solutions de mort sont contraires au projet de Dieu.

BENOÎT XVI: 2 NOVEMBRE 2011 – COMMÉMORATION DE TOUS LES FIDÈLES DÉFUNTS

1 novembre, 2013

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20111102_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

SALLE PAUL VI

MERCREDI 2 NOVEMBRE 2011 – COMMÉMORATION DE TOUS LES FIDÈLES DÉFUNTS

Chers frères et sœurs !

Après avoir célébré la solennité de tous les saints, l’Eglise nous invite aujourd’hui à commémorer tous les fidèles défunts, à tourner notre regard vers les nombreux visages qui nous ont précédés et qui ont conclu leur chemin terrestre. Au cours de l’Audience d’aujourd’hui, je voudrais donc vous proposer quelques pensées simples sur la réalité de la mort qui pour nous, chrétiens, est illuminée par la Résurrection du Christ, et pour renouveler notre foi dans la vie éternelle.
Comme je le disais déjà hier au cours de l’Angélus, nous nous rendons ces jours-ci au cimetière pour prier pour les personnes chères qui nous ont quittés, nous allons en quelque sorte leur rendre visite pour leur exprimer, une fois de plus, notre affection, pour les sentir encore proches, en rappelant également, de cette façon, un article du Credo : dans la communion des saints existe un lien étroit entre nous, qui marchons encore sur cette terre, et nos nombreux frères et sœurs qui ont déjà atteint l’éternité.
Depuis toujours, l’homme se préoccupe de ses morts et tente de leur donner une deuxième vie à travers l’attention, le soin, l’affection. D’une certaine façon, on veut conserver leur expérience de vie ; et, paradoxalement, c’est précisément des tombes devant lesquelles se bousculent les souvenirs que nous découvrons la façon dont ils ont vécu, ce qu’ils ont aimé, ce qu’ils ont craint, ce qu’ils ont espéré, et ce qu’ils ont détesté. Celles-ci représentent presque un miroir de leur monde.
Pourquoi en est-il ainsi ? Car, bien que la mort soit souvent un thème presque interdit dans notre société, et que l’on tente constamment de chasser de notre esprit la seule idée de la mort, celle-ci concerne chacun de nous, elle concerne l’homme de tout temps et de tout lieu. Et devant ce mystère, tous, même inconsciemment, nous cherchons quelque chose qui nous invite à espérer, un signe qui nous apporte un réconfort, qui nous ouvre un horizon, qui offre encore un avenir. Le chemin de la mort, en réalité, est une voie de l’espérance et parcourir nos cimetières, comme lire les inscriptions sur les tombes, signifie accomplir un chemin marqué par l’espérance d’éternité.
Mais nous nous demandons : pourquoi éprouvons-nous de la crainte face à la mort ? Pourquoi une grande partie de l’humanité ne s’est-elle jamais résignée à croire qu’au-delà de la mort, il n’y pas pas simplement le néant ? Je dirais qu’il existe de multiples réponses : nous éprouvons une crainte face à la mort car nous avons peur du néant, de ce départ vers quelque chose que nous ne connaissons pas, qui nous est inconnu. Il existe alors en nous un sentiment de rejet parce que nous ne pouvons pas accepter que tout ce qui a été réalisé de beau et de grand au cours d’une existence tout entière soit soudainement effacé, tombe dans l’abîme du néant. Et surtout, nous sentons que l’amour appelle et demande l’éternité et il n’est pas possible d’accepter que cela soit détruit par la mort en un seul moment.
De plus, nous éprouvons de la crainte à l’égard de la mort car, lorsque nous nous trouvons vers la fin de notre existence, existe la perception qu’un jugement est exercé sur nos actions, sur la façon dont nous avons mené notre vie, surtout sur les zones d’ombre que nous savons souvent habilement éliminer ou que nous nous efforçons d’effacer de notre conscience. Je dirais que c’est précisément la question du jugement qui est souvent à l’origine de la préoccupation de l’homme de tous les temps pour les défunts, de l’attention pour les personnes qui ont compté pour lui et qui ne sont plus à ses côtés sur le chemin de la vie terrestre. Dans un certain sens, les gestes d’affection et d’amour qui entourent le défunt sont une façon de le protéger dans la conviction qu’ils ne demeurent pas sans effet sur le jugement. C’est ce que nous pouvons constater dans la majorité des cultures qui caractérisent l’histoire de l’homme.
Aujourd’hui, le monde est devenu, tout au moins en apparence, beaucoup plus rationnel, ou mieux, la tendance s’est diffusée de penser que chaque réalité doit être affrontée avec les critères de la science expérimentale, et qu’également à la grande question de la mort on ne doit pas tant répondre avec la foi, mais en partant de connaissances expérimentables, empiriques. On ne se rend cependant pas suffisamment compte que, précisément de cette manière, on a fini par tomber dans des formes de spiritisme, dans la tentative d’avoir un contact quelconque avec le monde au-delà de la mort, presque en imaginant qu’il y existe une réalité qui, à la fin, serait une copie de la réalité présente.
Chers amis, la solennité de la Toussaint et la commémoration de tous les fidèles défunts nous disent que seul celui qui peut reconnaître une grande espérance dans la mort, peut aussi vivre une vie à partir de l’espérance. Si nous réduisons l’homme exclusivement à sa dimension horizontale, à ce que l’on peut percevoir de manière empirique, la vie elle-même perd son sens profond. L’homme a besoin d’éternité et toute autre espérance est trop brève, est trop limitée pour lui. L’homme n’est explicable que s’il existe un Amour qui dépasse tout isolement, même celui de la mort, dans une totalité qui transcende aussi l’espace et le temps. L’homme n’est explicable, il ne trouve son sens profond, que s’il y a Dieu. Et nous savons que Dieu est sorti de son éloignement et s’est fait proche, qu’il est entré dans notre vie et nous dit : « Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26).
Pensons un moment à la scène du Calvaire et écoutons à nouveau les paroles que Jésus, du haut de la Croix, adresse au malfaiteur crucifié à sa droite : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23, 43). Pensons aux deux disciples sur la route d’Emmaüs, quand, après avoir parcouru un bout de chemin avec Jésus Ressuscité, ils le reconnaissent et partent sans attendre vers Jérusalem pour annoncer la Résurrection du Seigneur (cf. Lc 24, 13-35). Les paroles du Maître reviennent à l’esprit avec une clarté renouvelée : « Que votre cœur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place » (Jn 14, 1-2). Dieu s’est vraiment montré, il est devenu accessible, il a tant aimé le monde « qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16), et dans l’acte d’amour suprême de la Croix, en se plongeant dans l’abîme de la mort, il l’a vaincue, il est ressuscité et nous a ouvert à nous aussi les portes de l’éternité. Le Christ nous soutient à travers la nuit de la mort qu’Il a lui-même traversée; il est le Bon Pasteur, à la direction duquel on peut se confier sans aucune crainte, car Il connaît bien la route, même dans l’obscurité.
Chaque dimanche, en récitant le Credo, nous réaffirmons cette vérité. Et en nous rendant dans les cimetières pour prier avec affection et avec amour pour nos défunts, nous sommes invités, encore une fois, à renouveler avec courage et avec force notre foi dans la vie éternelle, ou mieux, à vivre avec cette grande espérance et à la témoigner au monde : derrière le présent il n’y a pas le rien. C’est précisément la foi dans la vie éternelle qui donne au chrétien le courage d’aimer encore plus intensément notre terre et de travailler pour lui construire un avenir, pour lui donner une espérance véritable et sûre. Merci.

31E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – HOMÉLIE

1 novembre, 2013

http://www.homelies.fr/homelie,,3639.html

31E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2013

FAMILLE DE SAINT JOSEPH

 HOMÉLIE  MESSE

Zachée est sans doute un des personnages les plus connus et aussi les plus sympathiques des évangiles. Pourtant on ne peut pas dire que ce soit un homme très fréquentable – du moins au départ de son itinéraire. Il est non seulement collecteur, mais « chef des collecteurs d’impôts » c’est-à-dire l’intermédiaire entre les receveurs de taxes et l’administration romaine. Ce poste était fort envié, car il permettait de brasser pas mal d’argent ; mais celui qui l’occupait était ipso facto exclu de la société civile et religieuse juive, en tant que collaborateur direct de l’occupant.
Saint Luc nous apprend qu’il « était de petite taille » : était-ce pour compenser un complexe d’infériorité qu’il avait consenti à ce métier peu honorable, mais qui lui donnait un pouvoir exorbitant sur son entourage ? Était-ce pour se venger des quolibets qu’il avait dû endurer durant son enfance ? Quoi qu’il en soit, sa petite taille lui joue à nouveau un mauvais tour puisqu’elle l’empêche de voir la route où Jésus va passer. On imagine sans peine les rires sarcastiques et revanchards de la foule qui, à la vue du petit homme, se ressert encore davantage pour l’empêcher de se glisser au premier rang.
« Il courut en avant et il grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là » : c’est probablement la détermination et l’astuce de Zachée, associées à l’absence de respect humain, qui le rendent sympathique malgré tous les antécédents qui plaident contre lui. La scène a quelque chose à la fois de cocasse et de bon enfant : un homme adulte, perché maladroitement sur un arbre et cherchant à se cacher dans les frondaisons qui s’étendent au-dessus de la route. La foule l’a bien sûr remarqué et ne manque pas de se moquer bruyamment de lui, trop heureuse de voir s’exposer au ridicule celui qu’elle redoute en d’autres circonstances.
La surprise vient de la réaction de Jésus, qui va faire basculer le récit. Loin de se joindre aux sarcasmes et aux mépris de la foule, Notre-Seigneur s’arrête et pose sur Zachée un regard amusé certes, mais bienveillant. Jésus « lève les yeux » comme pour cueillir un fruit mûr et ouvre le dialogue avec lui : « “Zachée descends vite” : tu veux t’élever, te grandir aux yeux de tous pour compenser ta petite taille mais ce n’est pas ainsi que tu pourras me rencontrer. Le Dieu que tu as trahi et que pourtant tu cherches dans ton cœur, n’est pas dans les hauteurs : “devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même” (Ph 2, 7-8), il est descendu jusqu’à toi, il se tient même en dessous de toi pour ne pas t’humilier comme le font tes concitoyens ; et il vient jusqu’à toi pour mendier ton hospitalité : “aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi” ».
« Il faut que » : étonnante nécessité, à laquelle fera écho cet autre parole de Jésus Ressuscité aux disciples d’Emmaüs : « Ne fallait-il pas que le Messie souffrit tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26) Cette halte du Seigneur dans la maison de Zachée, juste avant sa Passion, résume tout son ministère : « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». Notre-Seigneur n’a pas dit « celui qui était perdu », mais « ce qui était perdu ». Qu’avait donc perdu Zachée, sinon la grâce, dont le péché l’a privé ? « Il fallait » que le Fils de l’homme descende dans notre humanité, pour nous rendre la vie filiale que nous avions perdue par nos fautes.
Surpris de voir le Maître « lever le regard » vers lui, Zachée esquisse un geste de recul, cherchant à s’enfoncer plus profondément dans la frondaison. Mais lorsque Jésus lui intime de descendre pour l’accueillir, il n’ose en croire ses oreilles ; cependant l’ordre du Maître s’impose à lui, et fou de joie il descend à toute vitesse de son perchoir pour rejoindre Jésus et l’introduire dans sa maison.
Jamais dans tout son récit, saint Luc ne précise que les pharisiens reçoivent Jésus à leur table « avec joie ». Or dans le troisième évangile – appelé encore « l’évangile de la joie » – celle-ci trahit toujours la présence de l’Esprit Saint. Pensons en particulier à l’atmosphère de joie et même d’allégresse spirituelle, qui préside à la rencontre de Marie et d’Élisabeth dans l’épisode de la visitation (Lc 1, 39-56). Serait-ce donc que l’Esprit habite davantage le cœur du pécheur Zachée que celui des chefs religieux, ces hommes réputés « justes » en raison de leur stricte observance de la loi ? Ce n’est certes pas le péché qui a attiré l’Esprit Saint dans le cœur de Zachée ; mais force nous est de constater que ce ne sont pas davantage les œuvres des pharisiens qui les sanctifient.
La joie résulte du repos de l’âme dans un bien aimé et ardemment désiré. Telle est la joie de Zachée, qui s’est laissé toucher par les propos de Jésus dont il a entendu les enseignements à l’abri des regards indiscrets. Il s’est pris à aimer ce rabbi dont les paroles de miséricorde ont transpercé son cœur. Aussi brûlait-il secrètement du désir de le voir. Lorsqu’en s’invitant chez lui, Jésus vient au devant de ce désir, Zachée ouvre son cœur à la grâce, et l’Esprit manifeste immédiatement sa présence, non seulement par la joie qui l’envahit, mais aussi en le libérant de son avarice et en lui donnant accès à la liberté du don.
Telles ne sont pas les dispositions intérieures des pharisiens, plus préoccupés de saisir le moindre motif de critique, voire de condamnation dans les propos et les agissements de ce rabbi qui leur fait de l’ombre. Loin de brûler d’amour pour Jésus, c’est plutôt la flamme de la haine qui embrase leur cœur. Devant l’enthousiasme des foules, leur aversion ne fait que croître, et leur tristesse morbide se transforme en rage meurtrière. Comment pourraient-ils « recevoir Jésus avec joie » ?
Le secret de Zachée, c’est d’avoir su distinguer clairement sa malice objective, dont il avait bien conscience, et la bienveillance – bien plus objective encore – de Jésus, dont il s’est perçu aimé, non pas malgré ses fautes, mais à cause de son péché. Se convertir ne signifie pas changer de vie de manière volontariste, mais se laisser trouver par Jésus, qui désire être l’hôte de nos cœurs. Ce n’est que dans la mesure où nous accueillons « le salut dans notre maison », que le Seigneur « par sa puissance, nous donnera d’accomplir tout le bien que nous désirons, et qu’il rendra active notre foi ».
« Seigneur, tu poses ce même regard de tendresse à chaque instant sur chacun de nous ; un regard porteur du même message d’espérance. “Tu fermes les yeux sur nos péchés pour que nous nous convertissions et que nous puissions croire vraiment en toi” (1ère lect.). Tu ne désires rien d’autre que de nous voir participer à ta gloire, en nous donnant part à ta vie dans l’Esprit (cf. 2nd lect.). Ce n’est pas nous qui te cherchons, mais c’est toi qui vient au-devant de nous en mendiant notre hospitalité. Aujourd’hui, moi aussi, comme Zachée, je veux te recevoir avec joie, toi qui es venu pour me combler de la grâce que j’avais perdue et que je peux enfin retrouver en toi. »
Père Joseph-Marie

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