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SOCIÉTÉ ET TRAVAIL / PHILOSOPHIE – SORCELLERIE & JUDAISME

13 novembre, 2013

http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=166

SOCIÉTÉ ET TRAVAIL / PHILOSOPHIE 

SORCELLERIE & JUDAISME

Entre Dieu et le monde de la nature a été jeté un pont appelé le  » domaine de l’occulte « . Traverser ce domaine est lourd de dangers, et y déraper signifie tomber dans les abîmes de l’idolâtrie.
La plupart des enfants se passionnent pour les histoires de sorcières et de démons. Dans le monde aride et rationnel qui est le nôtre, ces forces mystérieuses ajoutent un élément d’amusement et d’engouement et elles excitent l’imagination. Elles permettent aux jeunes enfants de subodorer qu’il existe un moyen de combattre un système impitoyable et insensible.
Etes-vous né dans la pauvreté ? Soyez rassuré : une merveilleuse fée se présentera devant votre seuil et vous donnera la fortune que vous désiriez tant. Un gêneur prétentieux vous tourmente-t-il impitoyablement ? Un charme lui sera lancé et il finira ses jours en écureuil.
Les films de sorcellerie procurent aux adolescents un frisson momentané d’excitation et d’effroi, et un sentiment fugitif de terreur : Et s’il y avait réellement quelque chose de vrai dans tout cela ? !
 
TROIS APPROCHES GÉNÉRALES
Quand une personne mûrit, on peut voir émerger en elle trois approches générales vers l’occultisme et d’autres forces mystérieuses.
Il y a ceux qui adoptent une attitude sérieuse, rationnelle, et qui rient de tout cela. Pour ceux-là, le monde est rationnel, quantifiable et le reste n’est que mascarade.
Il y a ceux qui sentent que le monde possède une dimension spirituelle et qu’il contient des mystères qui nous sont incompréhensibles.
On trouve également un deuxième groupe de gens, ceux qui sont portés vers ce qui est du ressort de l’esprit, de l’art, de la poésie, etc. Ils sentent que le monde possède une dimension spirituelle bien à lui, et qu’il contient toutes sortes de forces et de mystères inaccessibles à la raison. Leur monde est celui du marc de café, des tarots, des boules de cristal et des prédictions psychiques.
Il y a enfin des gens très profondément religieux, dont la vision du monde est celle d’une grande bataille entre les deux ensembles de forces qui se le partagent : celles du bien et celles du mal. Celui qui préside aux forces du bien est Dieu, assisté par une foule d’anges, de saints, de martyrs, etc. Celui qui dirige les forces du mal est le diable, assisté par les démons, les succubes et les esprits malfaisants. Leur monde est particulièrement menacé par des personnages comme ceux que l’on trouve dans les bandes dessinées, littérature largement inspirée par la sévérité avec laquelle la Bible considère la sorcellerie.
 
PAS JUIF
Aucune de ces trois approches générales n’est en harmonie avec le judaïsme. Quelle est l’attitude de la Tora à propos de la sorcellerie ?
La Tora adopte une attitude très négative envers les diverses formes de sorcellerie :
 » Une sorcière, tu ne la laisseras pas vivre  » (Exode 22, 17).
 » Quand tu viendras vers le pays que Hachem te donne, tu n’apprendras pas à faire comme les abominations de ces nations-là. Il ne sera pas trouvé chez toi […] de faiseur de sortilèges, de magicien ni de devin ni de sorcier […] et d’interrogateur des morts. Car quiconque fait ces choses-là est abomination devant Hachem, et à cause de ces abominations-là, Hachem, les dépossède de devant toi  » (Deutéronome 18, 9-12).
Pourquoi une telle dureté ? Qu’y a-t-il de mal à ces pratiques ?
Le système de pensée qui fait état d’un prétendu combat du  » diable  » contre Dieu constitue un reniement du judaïsme, car il contient un relent de dualisme. Dieu est Un, et absolument Un. Il agit, certes, de beaucoup de manières différentes, mais il n’y a pas  » deux  » armées au sens plein du mot.
Le judaïsme parle, il est vrai, du  » Satan « , mais il le considère comme un agent de Dieu, chargé de mettre à l’épreuve la sincérité des actions de l’homme, la force de ses convictions, et l’endurance de sa fibre morale. Bien que ce prétendu diable semble inciter l’homme à faire le mal, il n’est pas fondamentalement maléfique. Son rôle consiste, en fait, à se livrer à des provocations : inciter ouvertement au mal, mais dans la réalité travailler pour Dieu. Une lecture même superficielle du livre de Job permet de recueillir ce message : Dieu envoie Satan pour mettre à l’épreuve la vertu de Job.
De même qu’un dentiste ou un médecin testent la solidité d’un os ou d’un muscle en les sondant, de même qu’un service de renseignements vérifie l’intégrité et la loyauté de ses agents en les mettant à l’épreuve, de même Dieu scrute-t-il l’homme. Une épreuve permet de révéler la valeur intérieure des actions d’une personne, et de montrer de quoi elles sont réellement faites.
Aussi bien, si la magie et l’occultisme existent, pourquoi sont-ils aussi haïssables ?
 
BONNE MAGIE ET MAUVAISE MAGIE
Nous trouvons dans les sources talmudiques mention de beaucoup de sortes de  » bonne magie « , comme les bénédictions, les amulettes, etc. Comment distinguons-nous entre les deux catégories de forces spirituelles ?
L’explication à laquelle on fait le plus souvent appel est celle de Nahmanide, le grand penseur du XIIème siècle. Nous allons essayer d’adapter et d’expliquer son point de vue.
Bien que Dieu ait été le créateur unique de l’univers, Il a créé un système autonome de la  » nature  » qui sert de strate intermédiaire entre Lui et l’homme.
Le système de la nature est indépendant et il possède ses lois ainsi que ses causalités. Etant donné que l’on peut employer ce système sans avoir recours à Dieu, il donne libre cours à l’athéisme. Il est facile de penser que le système fonctionne de manière autonome, indépendamment de Dieu. La gravité, l’inertie, l’électromagnétisme, etc. fonctionnent tous sans qu’il y ait lieu de distinguer selon que l’observateur est un pécheur ou un saint. Celui qui accepte les phénomènes de la nature, sans se soucier de leur cause, sans être sensible à la manipulation par Dieu des événements naturels, est incité par ce système-là à ne pas croire en Lui.
Le monde du domaine quasi-spirituel a l’aptitude de soumettre les règles de la nature par des miracles et de la magie.
Entre Dieu et ce monde de la nature a été jeté un autre pont, que nous appellerons le  » domaine de l’occulte  » ou le quasi-spirituel. Il a l’aptitude de changer et de soumettre les règles de la nature par des miracles, de la magie, etc. Mais ce monde quasi-spirituel, bien qu’il soit au-dessus de la nature elle-même, n’est pas encore le domaine divin. Il a ses règles et ses modes de fonctionnement, et il est peut-être plus puissant que le monde physique, mais certainement pas tout-puissant.                                                                                                               
Est-ce que nous devons faire usage de ce monde de la manière dont nous avons l’obligation de faire usage du monde physique ?
Nahmanide considère que, d’une manière générale, Dieu ne désire pas que nous fassions usage de ce monde-là. Il avait voulu que nous prenions conscience de Sa divinité à l’intérieur du monde naturel, et au travers de ses phénomènes. Celui qui pervertit le système de la nature, en utilisant constamment le monde surnaturel, va à l’encontre de la volonté de Dieu.
Lorsqu’il est arrivé à des hommes éminents d’employer des forces situées dans l’ordre du surnaturel, ils ont toujours mis l’accent sur le fait que les miracles ainsi générés ne faisaient que démontrer la toute-puissance de Dieu et Son aptitude à dépasser les phénomènes naturels. Cela ressemble – même s’il y a des dissemblances – aux miracles que Dieu a exécutés pour Israël en Egypte dans le dessein d’établir certaines vérités divines. Quand une personne irréprochable emploie occasionnellement l’entremise divine, elle met en valeur ces grandes vérités.
 
UN DANGER D’INFIDÉLITÉ
C’est là précisément que réside le danger d’une réelle infidélité. On peut avoir compris que les lois de la nature sont par elles-mêmes insuffisantes pour expliquer le monde, s’être introduit dans ce monde plus spirituel et être parvenu à un mélange de toutes sortes de  » créatures spirituelles « . Si l’on comprend alors qu’elles sont des agents de Dieu, cela devient une véritable expérience spirituelle. Mais si on les conçoit par erreur comme étant indépendantes de Dieu, on s’engage alors dans un processus d’idolâtrie ! Ces forces, quand elles sont considérées comme un pouvoir alternatif se substituant à Dieu, deviennent alors une source du mal.
Peut-être la meilleure manière d’illustrer cette double approche est-elle constituée par l’anecdote du  » serpent d’airain  » :
 » Le peuple parla contre Eloqim et contre Mochè […] Hachem envoya contre le peuple des serpents brûlants, ils mordirent le peuple, il périt un peuple nombreux en Israël […] Hachem dit à Mochè : « Fais-toi un serpent [d'airain] et place-le sur une perche ! Quiconque sera mordu, il la regardera et vivra. » Mochè fit un serpent d’airain et le plaça sur une perche. Si un homme avait été mordu par un serpent, il fixait son regard vers le serpent d’airain et il vivait  » (Nombres 21, 4-9).
La Michna (Roch hachana 29a) s’emploie à analyser cette anecdote :
 » Est-ce le serpent qui guérissait ou qui tuait ? En réalité, quand Israël regardait vers là-haut, et lorsqu’ils dédiaient leurs cœurs à leur Père dans le ciel, [ils étaient guéris], et quand ils ne le faisaient pas, ils étaient décomposés. « 
Nous trouvons ici les deux facettes du surnaturel : Dans un premier temps, la nature miraculeuse du serpent a incité les gens à se rendre compte que l’épidémie qui s’était abattue sur eux était l’œuvre de Dieu, et ils ont déployé des efforts pour s’améliorer. En ce sens, cela fut une expérience spirituelle positive.
Par la suite, cependant, les choses se sont dégradées, et le serpent, au lieu d’être un moyen de reconnaître Dieu, est devenu un point focal en soi, c’est-à-dire un merveilleux instrument de guérison, indépendant du pouvoir de Dieu. C’était de l’idolâtrie. Pour cette raison, plusieurs centaines d’années après, le roi Ezéchias a fait détruire ce serpent d’airain parce qu’on en avait fait une idole !
 
COMPRENDRE L’ADORATION DES IDOLES
L’adoration des idoles correspond à la conscience qu’il existe beaucoup de forces dotées de divers pouvoirs sur l’humanité et peut-être même sur Dieu. L’idolâtre pense qu’il pourrait employer ces  » pouvoirs  » contre Dieu si seulement il savait comment les lui arracher.
C’est comme si le pouvoir de Dieu était contenu dans un fusil qu’Il aurait tenu dans Sa main. L’idolâtre pense que s’il pouvait arracher le fusil de Sa main, il pourrait alors exercer ce pouvoir. Il assimile les sortilèges de la sorcellerie à l’aptitude à vaincre Dieu.
Le meilleur exemple de cette manière de penser nous est proposé par le prophète impie Bil’am, que la Tora appelle un  » sorcier « . Il était très bien informé dans ce domaine de l’univers. Il se gardait bien, pour parvenir à ses fins, d’employer contre Dieu le monde de la magie. Il pensait qu’il comprenait l’état d’esprit de Dieu et qu’il parviendrait, au moyen de ses astucieuses manipulations, à Le dépasser en matière de subterfuges !
Cela constitue, d’une certaine manière, la pire forme possible d’idolâtrie. D’une part, la personne s’implique dans quelque chose de  » réel « . Ce n’est pas une pierre sur laquelle un esprit primitif a fantasmé jusqu’à en faire un dieu, mais c’est un pouvoir, et qui fonctionne. Cependant, ce pouvoir est absolument faux, parce qu’il n’existe rien qui soit indépendant de Dieu.
La moralité, voilà ce qui sert de  » révélateur  » de la  » spiritualité « . Dépourvue de moralité, toute  » spiritualité  » est fausse ou pernicieuse.
Pour nous, le test  » révélateur  » de la  » spiritualité  » est la moralité. Toute forme de  » spiritualité  » qui ne formule pas d’exigences morales pour l’être humain, qui ne cherche pas à le rapprocher de Dieu, ou qui n’élève pas le potentiel divin contenu dans l’homme, cette spiritualité-là est fausse ou pernicieuse.
Si une personne pratique des  » rites occultes  » et si leur contenu est un marmonnement de mots étranges, de costumes bizarres, ou de rites incompréhensibles, il est soit faux soit pernicieux. Il est habituellement faux, mais dans les cas où l’on s’est introduit dans ces pouvoirs, il devient pernicieux car il traduit un divorce avec Dieu.
Ceux de nos grands Maîtres qui ont exécuté des actes surnaturels, les ont utilisés pour susciter un message à propos de Dieu. Ils ont incité les gens à reconnaître le Créateur, à améliorer leur caractère, à être bons les uns envers les autres, à être honnêtes et fidèles, à maîtriser leurs instincts, etc. Compris dans le plus vaste contexte de Dieu, de la Tora et de la morale, ces miracles inhabituels étaient vraiment des révélations divines.

Hail Mary Full of Grace

12 novembre, 2013

Hail Mary Full of Grace dans images sacrée vasnetsovvirgin

http://glory2godforallthings.com/2013/03/25/hail-mary-full-of-grace-the-cause-of-all-things/

PSAUME 22 – UNE EXÉGÈSE

12 novembre, 2013

http://hebrascriptur.com/Ps/F22.html

 LA BIBLE DANS L’ÉCRITURE HÉBRAÏQUE

PSAUME 22 – UNE EXÉGÈSE

LE PSAUME:

Pour l’excellence vers la biche de l’aurore. Psaume de David.
Mon dieu, mon dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
Ils sont loin de mon salut les mots de mon rugissement.
Mon Dieu, j’appelle tout le jour, et tu ne réponds pas !
et la nuit, pas de repos pour moi !
Pourtant, toi qui es saint,
toi qui habites les louanges d’Israël,
en toi nos pères se confiaient.
Ils se confiaient et tu les libérais,
ils criaient vers toi et ils étaient délivrés :
ils se confiaient en toi et n’étaient pas confondus.
Mais moi…? une cochenille ! même plus un homme !
une réprobation de l’espèce humaine, un rebut de peuple.
Tous ceux qui me voient se moquent de moi ;
les langues se délient, ils hochent la tête :
« Il faut s’en remettre à  . Il va le sortir de là,
il va le délivrer puisqu’il se complaît en lui. »

Oui, c’est toi qui m’as tiré du ventre maternel,
me confiant aux seins de ma mère ;
c’est à toi que j’ai été remis sitôt sorti des entrailles :
dès le ventre de ma mère, mon dieu c’est toi.
Ne t’éloigne pas de moi car l’angoisse est proche
et personne ne m’aide.
Des taureaux nombreux sont autour de moi,
de puissantes bêtes de Bashan m’ont encerclé ;
leurs bouches béent vers moi,
lion qui déchire et qui rugit.
Je me répands comme les eaux, tous mes os se disloquent, mon cœur est comme cire,
il fond dans mon corps ;
ma vigueur est desséchée comme un tesson, et ma langue collée à mes mâchoires.
Tu me réduis en poussière de la mort.
Car des chiens m’ont cerné, meute de malfaisants ! Ils m’ont ligoté,
comme le Lion, mes mains et mes pieds :
je vais compter tous mes os !
Eux me regardent ; ils se repaissent à ma vue.
Ils répartissent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.

Mais toi  ne t’éloigne pas,
toi ma force première à m’aider, hâte-toi !
Arrache mon âme à la désolation,
et mon unique à la mainmise du chien ;
préserve-moi de la gueule du lion !

Et, du front de la licorne, tu m’as répondu.

Je veux raconter ton nom pour mes frères,
en pleine assemblée je vais te louer !

Vous qui craignez  célébrez-le ; toute la descendance de Jacob glorifiez-le !
restez avec lui, toute la descendance d’Israël.
Car il ne méprise ni ne déteste l’humilité du pauvre, il ne nous cache pas son visage,
et quand on l’appelle, il écoute.
C’est de toi que vient ma prière en pleine assemblée.
J’accomplirai mes vœux en présence de ceux qui le craignent.
Les humbles mangeront et seront rassasiés ; ils loueront ceux qui le cherchent.
Votre cœur vivra éternellement.
Toutes les extrémités de la terre feront mémoire de lui et se convertiront à .
Toutes les familles des nations se prosterneront devant ta face.
Car le règne est à  ;
c’est lui qui gouverne les peuples.
Ils mangeront et se prosterneront, tous les opulents du monde ;
devant sa face s’inclineront tous ceux qui adorent jusqu’à terre,
et sans que son souffle ait rien suscité.
Une descendance le servira ;
on parlera du Seigneur de cette génération.
Ils viendront, ils manifesteront sa justice
envers le peuple en train de naître, car c’est lui qui agit.
David, messie

UNE EXÉGÈSE DU PSAUME 22
Le Psaume 22 est au dénouement d’un long processus. Après l’introduction des Psaumes 1 & 2 qui annoncent la Torah du « Père invisible », après la longue suite d’épreuves jalonnée par la prière de David en psaumes de plainte ou de louange, le parcours mystique du chercheur de Dieu parvient ici au terme de sa nuit.
    En abordant ce psaume, nous savons que l’aurore est proche. Celui qui a veillé toute la nuit, celui dont l’âme attend le Seigneur plus que les gardes n’attendent le matin, celui-là, mystérieusement averti, sait que la lumière va jaillir, que son lever est sûr : voici l’époux qui vient ! Il est urgent de s’y préparer, car il faut encore affronter le dernier combat de la nuit, le combat des terreurs et des doutes qui jetteront dans le désespoir et la fuite l’homme dont la foi est incertaine. Ce psaume est la prière de la dernière heure, le chant de David dans l’ultime épreuve jusqu’à la victoire. Prière avant l’affrontement, pour s’y préparer ; prière pendant le combat spirituel, jusqu’au lever du matin : “ tu m’as répondu ! ” ; prière dans la lumière du jour, enfin, alors que le roi marche en présence du Seigneur dont il devient le prophète et le témoin.      
Le psaume est construit comme le seront plus tard les basiliques chrétiennes, en trois parties inégales, destinées à être parcourues de la même manière. La première, la plus petite, le verset 1 seul, c’est le narthex. Bien qu’il fasse partie de l’édifice, il est à l’extérieur ; son contenu est une catéchèse qui précède et prépare la liturgie. Ce verset correspond à la lettre aleph, première lettre muette d’un alphabet hébreu qui va dérouler ses 22 lettres de aleph à taw, du verset 1 au verset 22. Et ce sont les versets 2 à 22 inclus qui constituent la seconde partie, la plus vaste, le corps de l’édifice. David y pénètre très éloigné de Dieu ; il en sortira victorieux à l’issue de son combat spirituel, au terme d’un parcours initiatique jalonné par les 22 signes qui servent à écrire aussi bien qu’à compter, comme une litanie, symbole de tout ce qui est à faire, à vivre, à endurer dans la nuit mystique, avant la rencontre au matin. Puis, en passant du verset 22 au verset 23, on quitte la grande nef de l’édifice qui vient d’être parcourue en procession de pénitents, pour entrer dans le chœur, dans le saint des saints, dans la tente de la rencontre avec Yhwh. C’est là que Moïse parlait face à face avec Dieu, et que Dieu répondait à Moïse. Après s’être longuement adressé à Dieu sans obtenir de réponse, dans cette troisième et dernière partie du psaume, David va maintenant parler avec Dieu face à face.

Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné  ?
Le psaume s’ouvre avec cette question apparemment blasphématoire, une sorte de provocation. En effet, Yhwh l’a promis, il marchera lui-même avec toi, il ne te délaissera pas, « il ne t’abandonnera pas » (Dt 31, 6). Poser cette question c’est donc accuser Dieu de ne pas tenir sa promesse : c’est une faute grave. Comment David, même désespéré, peut-il à ce point pécher par manque de foi ? et nous laisser un écrit aussi scandaleux en tête de sa prière ?
En toute rigueur, pour qu’il y ait blasphème, il faudrait que le mot éli, « mon dieu », soit remplacé par le Nom, « Yhwh ». Mais David, même pour une raison pédagogique (les psaumes sont un enseignement par la prière), ne prononce pas en vain le nom divin. Il emploie ici le mot él qui signifie plutôt « force première », ou « puissance ». Cette force est distincte de Dieu ; elle est un don de Dieu, un attribut divin que David connaît bien :
Yhwh mon roc et ma forteresse, ma délivrance, « mon puissant » (éli), mon rocher, en toi je me confie. (Ps 18, 3)
Ce que David exprime ici pourrait se traduire en langage contemporain : « Yhwh est mon idole, mon dieu ! ». Il est vrai que ce mot él, issu d’une racine qui signifie « être fort, être le premier », se confond facilement avec Él qui est le nom abrégé de Dieu, Élohim. Mais ce nom abrégé, en dépit de son orthographe identique (quoique de prononciation légèrement différente), vient d’une autre racine qui signifie « adorer », et ne peut donc pas avoir le même sens. On observera en outre que si le mot éli, « mon dieu », est assez commun dans la Bible, le mot Éli, « mon Dieu », ne s’y trouve nulle part, car le nom abrégé Él apparaît exclusivement comme composante de certains noms. On peut donc être sûr que David ne confond pas ces deux mots, et que le sens de la question qu’il pose est bien : « Ma force, mon puissant, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».
Ayant ainsi écarté l’interprétation fautive du blasphème, nous nous trouvons devant un autre problème : au lieu de s’adresser à Yhwh, comme les Hébreux ont appris à le faire depuis l’enseignement de Moïse, David invoque la puissance que lui donne Yhwh. L’erreur est peut-être moins grave ; elle est surtout très commune : quand nous entrons dans la prière, au lieu de chercher Dieu, nous recherchons les bienfaits qui viennent de lui. C’est lui qu’il faut prier. Invoquer une force, même reconnue comme venant de Dieu, c’est la prendre pour idole, tel cet insensé que dénonce Isaïe : il fait une idole (él) de sa sculpture, s’incline, se prosterne, prie devant elle et dit : “ sauve-moi car tu es mon dieu (éli) ” (Is 44, 17).
D’autre part, la question de David sonne comme une revendication. S’il n’accuse pas Dieu de l’avoir abandonné, il lui réclame des explications, sur cette force qui l’a quitté : « Pourquoi m’as-tu retiré ce bienfait ? » Ainsi, quel que soit le sens qu’il donne à sa question, il exprime, en la posant, une attitude qui ne peut que déplaire à Dieu et le faire fuir.
C’est pourquoi David commente : “ Loin de mon salut, les mots de mon rugissement ”.

Mon rugissement
Voici une forte aspérité du texte. Pourquoi David parle-t-il de son « rugissement », comme s’il était un lion ? Mais précisément parce que David est lion : il est le Lion de Juda. David est le premier roi de la tribu de Juda. Il est l’héritier du testament spirituel d’Israël (voir l’étude “ Comme le Lion ”), héritier de la bénédiction de Jacob à son fils Juda (Gn 49, 9) :
Lionceau de Lion, Juda. La proie, mon fils, t’a exalté.
Il s’abaisse, il se couche comme un lion. Et comme un léopard, qui le fera lever ?
Ce verset de la Genèse contient le secret qui conduira la descendance d’Abraham jusqu’à l’accomplissement de la Promesse. Dieu attend de l’homme cette attitude spirituelle symbolisée par le lion qui se couche dans la contemplation sereine, comblé par ce qu’il a reçu. Cette attitude s’oppose à celle du léopard qui se lève pour menacer, gronder, rugir, signes chez l’homme d’une revendication qui déplaît à Dieu. En exigeant des explications sur sa puissance qui l’abandonne, David n’est plus le Lion de Juda, mais le léopard qui rugit. Yhwh s’enfuit. Il ne va pas se révéler à qui revendique ainsi. David comprend. C’est pourquoi il nous dit que les mots de son rugissement éloignent le salut, car le salut ne vient que de Dieu.
En entrant dans ce psaume avec David, nous comprenons que notre propre entrée dans la prière nous trouve toujours très éloigné de Dieu. Nos préoccupations vont vers ce qui nous manque, vers les biens naguère reçus et aujourd’hui retirés. Nous devrions alors prier, comme Job, Yhwh a donné, Yhwh a ôté, béni soit le nom de Yhwh. Mais nous oublions même d’invoquer Dieu, de lui dire notre détresse. Comme nous et avec nous, David va vivre dans la prière notre éloignement du Dieu révélé. Il reproche maintenant à Dieu de ne pas répondre à ses appels (v. 3). Encore un rugissement ! Mais surtout, il ne dit pas « je t’appelle tout le jour », mais « j’appelle ». Qui David appelle-t-il ? Frappe-t-il à la bonne porte ? Au verset 2, il appelait « sa force » ; au verset 3, il dit « mon Dieu », avec le mot Élohim, qui veut bien dire « Dieu » mais qui n’est pas encore le Nom révélé à Moïse pour être invoqué par son peuple. Et tout ce que dit David, ensuite — toi qui habites les louanges d’Israël, toi qui libérais nos pères qui se confiaient à toi —, tout cela est vrai de Yhwh, mais non de l’élohim auquel il adresse ses plaintes. Qui oserait espérer séduire quelqu’un, ou l’émouvoir, en l’appelant d’un nom qui n’est pas le sien ? David a beau se plaindre de n’être pas écouté, d’être moins bien traité qu’un homme, il a beau déplorer la rebuffade qui le rend confus et cramoisi comme une cochenille, Yhwh ne répondra pas. Ce n’est pas à lui qu’on parle.
Pourtant Yhwh entend. Et il va lancer une bouée de sauvetage en donnant malgré tout une première réponse. Oh, très discrète, sous la forme d’une perche à saisir, une sorte de rappel à l’ordre sans frais. Ce n’est pas encore une réponse directe, car David est trop loin de Dieu pour comprendre son langage ; mais Yhwh va faire parvenir à son bien-aimé, assiégé par l’adversité, un message codé, à travers les lignes ennemies.

Il faut s’en remettre à Yhwh
David vient d’orienter sa récrimination vers ceux qui l’entourent. Ceux-ci le voient en difficulté, rouge de confusion devant le silence du Dieu qu’il invoque sans être entendu, et au lieu de lui venir en aide, ils l’enfoncent, se moquent de lui, bientôt se réjouiront de son malheur (v. 18). Pire, pour ne pas avoir à lui venir en aide, ils prétendent « s’en remettre à Dieu », au moment où David souffre précisément du silence de ce Dieu auquel il essaye maladroitement de se confier. Ils ironisent sur son nom, David, le « chéri » : Il va le délivrer puisque c’est son « bien-aimé ».
Pourtant, à travers ces frères qui nous apparaissent très coupables, Dieu parle à David, sans même que cette assemblée de détracteurs s’en aperçoive. Ne les jugeons pas ; ce n’est pas d’eux qu’il s’agit, mais de David. Quelles que soient leurs intentions, même mauvaises, ils viennent de citer la Parole, qui deviendra plus tard l’Écriture (Pr 16, 3), et cette parole est celle que Yhwh adresse à David, en cet instant précis. Elle lui dit qu’il faut s’en remettre à Yhwh, ce qu’il peut comprendre : « Pas à Élohim, ni à él ». Mais cette parole dit plus encore, car la forme verbale employée ici est un signe pour celui qui attend le Seigneur, et qui écoute. En effet, derrière cet infinitif impersonnel « il faut s’en remettre », David peut entendre la deuxième personne de l’impératif, « tu dois t’en remettre », dont la forme en hébreu, gol, est identique à l’infinitif. La suite de la phrase, dans laquelle on parle de lui à la troisième personne — une insolence de plus devant celui qui attend une aide —, confirme à David que cette deuxième personne de l’impératif n’est pas dans le propos de ses détracteurs. Mais c’est elle qui signe la Parole divine en réponse à celui qui cherche Dieu.

Le lait de ma mère
Ce neuvième verset contient une précieuse leçon spirituelle.
Il nous rappelle d’abord que ce Dieu, qui est toujours avec son peuple en dépit des apparences, nous devons l’invoquer par son nom, le nom qu’il nous a lui-même révélé à cet effet. Depuis les origines jusqu’à nos jours, en passant par David, l’homme ne peut accéder au salut qu’en invoquant le nom du Dieu qui se révèle à sa génération, pas un autre. Pour Abraham, Isaac et Jacob, Dieu se révèle sous le nom El Saddaï ; sous la conduite de Moïse, pour le peuple, ce Nom est Yhwh ; pour le chrétien, le nom du Dieu révélé est Jésus-Christ. Chacun doit invoquer le nom du Seigneur de sa génération, comme il est dit plus loin, au verset 31 de ce psaume. Toujours, et pour tous, c’est le seul nom par qui nous puissions être sauvés.
Ce verset nous rappelle ensuite que la Parole est toujours transmise par nos frères. Le juif est nourri de la Torah au sein de la grande assemblée, celle-là même à laquelle David va parler plus tard dans sa rencontre avec le Seigneur (vv. 23 et 24) ; le chrétien, lui aussi, se nourrit de la Parole au sein de l’Église. Et ce verset nous dit encore que l’assemblée des frères, cette ecclésia, même au plus noir de son péché, nourrit toujours ses fils de la véritable nourriture divine, quelles que soient ses intentions. Car elle ne parle pas d’elle-même mais sous l’inspiration divine, et le plus souvent, comme ici, à son insu. C’est pourquoi, si David appelle Sion « ma mère », le chrétien nomme aussi l’Église « ma mère », car c’est toujours au sein de cette mère, même indigne, que Dieu nourrit son peuple du lait de sa Parole.
Les deux versets qui suivent viennent le confirmer. En première lecture, nous comprenons que David y remercie Yhwh de l’avoir aimé dès sa naissance, d’avoir toujours été pour lui un Dieu attentif et tendre. Le changement de ton est spectaculaire : on est passé de la récrimination à la reconnaissance, du rugissement à la contemplation. Nous comprenons que David a fait son profit de la leçon reçue au verset 9. Le revirement n’est pas explicité, mais il se découvre dans la place étrange du petit mot qui ouvre le verset 10, le mot « car », qui introduit généralement, comme en français, une explication destinée à éclairer le sens de ce qui précède ; or la gratitude exprimée par David à l’égard de sa mère est sans rapport avec ce que viennent de dire ceux qui se moquent de lui. À moins, précisément, de voir dans leur propos la Parole qui vient de lui être rappelée, parole qui provoque un retournement dans son esprit et entraîne sa conversion, son retour à Dieu.
Malgré les apparences, ce n’est pas le lait de sa mère physique que célèbre David, mais le lait de sa mère spirituelle, dont il fait mémoire et pour lequel il rend grâce. « Heureuses les mamelles qui t’ont allaité » dira-t-on à Jésus ; « heureux plutôt, répondra le fils de David, celui qui entend la Parole de Dieu et qui la garde ».
Après avoir été nourri de la Parole, le psalmiste a changé de ton. Les trois versets 10, 11 et 12 deviennent une prière beaucoup plus juste. David a entendu le nom de Yhwh prononcé par la bouche de l’assemblée, si bien que le « toi » du verset 10 ou l’imploration du verset 12 ne s’adressent plus à la même divinité que les plaintes du verset 4. Cependant, malgré cette réorientation vers le Nom qui sauve les fils d’Israël, ce Nom n’est pas encore prononcé par la bouche même de David. Quelque chose le retient encore de reconnaître que tout vient de Dieu, quelque chose qu’il croit lui appartenir en propre, mais qu’il va devoir abandonner dans le combat spirituel qui s’ouvre maintenant.

DEUXIÈME PARTIE

LE COMBAT SPIRITUEL
Des taureaux nombreux sont autour de moi…
En première lecture, nous voici ramenés vers ceux qui font cercle autour de David ; ils sont présentés comme des ennemis, symbolisés par un bestiaire hostile allant du taureau au chien et au lion, meute que nous voyons sur les sept versets qui décrivent cette mise à mort, faire endurer les pires tourments à leur prisonnier. Cependant, au centre du passage, les seuls mots adressés à Dieu, « tu me réduis en poussière de la mort », témoignent de ce que David n’accuse nullement ceux qui l’entourent, mais au contraire, comprend que Yhwh lui-même est à l’origine de cette épreuve à laquelle il est soumis. Comme autrefois son père Jacob, David traverse le gué du combat spirituel ; c’est le lieu de purification, où Dieu paraît affronter l’homme sous les traits de l’ennemi, semble vouloir noyer l’âme et broyer le corps de celui qu’il va bénir. On en ressort brisé, en effet, boitant peut-être comme Jacob, mais trempé d’une force nouvelle, la force du « lutteur de Dieu », Israël. C’est pourquoi David, qui connaît le sens de cette adversité, bénit déjà celui qui réduit en lui le « vieil homme » en poussière de la mort, comme autrefois Jacob bénissait l’Envoyé qui l’avait délivré de tout mal (Gn 48, 16).
Mais il faut approfondir cette lecture, y pénétrer pour découvrir en quoi le combat que Dieu paraît imposer à David ne relève nullement de l’arbitraire divin, mais bien de l’indispensable purification qui arrache l’homme déchu à l’emprise du mal. Il faut pour cela nous laisser guider par les bizarreries du texte.
Ce qui surprend en premier lieu, c’est la manière dont ces taureaux « menacent » David. On doit certes se méfier de ces animaux puissants, surtout s’ils sont nombreux, mais que peut-on bien redouter de leur bouche béante ? et pourquoi les comparer à la gueule du lion ? Les taureaux sont des herbivores ; il faut craindre leur charge, leur front, leurs cornes ; mais leur bouche est inoffensive. À qui fera-t-on croire que David craint la bouche d’un taureau ? Par ailleurs, on sait que le Bashan était une région fertile, propice à l’élevage (Dt 32, 14 ; Éz 39, 18 ; Mi 7, 14), et que les taureaux venus de cette région étaient les plus beaux. On connaît également le rôle important du taureau dans le sacrifice offert par Israël à Yhwh (Ex 24, 5 ; 29, 1 etc). Alors, comment ne pas voir que ces superbes animaux, choisis parmi les plus puissants de la plus belle race, sont les offrandes sacrificielles que le roi David a fait monter en holocauste pour Yhwh ? et comment ne pas comprendre que ces offrandes, autour du roi, lui font une ceinture prétendant au mérite ! Ces bouches grandes ouvertes, loin de menacer qui que ce soit, réclament leur récompense. Voilà pourquoi elles sont comparées à la gueule du lion : ce sont elles qui rugissent la revendication du Lion de Juda, pour soi-disant « services rendus à la divinité ».
Mais on n’offre pas de sacrifice à Dieu pour acheter ses faveurs. C’est la miséricorde qui plaît à Dieu, et non le sacrifice. David comprend tout cela en disant ces deux versets, et il découvre en même temps l’œuvre salutaire du Seigneur en lui. « Je me répands comme les eaux » dit le sens étymologique du mot Yabboq, nom de ce gué où Jacob combattit l’Envoyé de Dieu ; « tous mes os se disloquent » évoque, bien sûr, la hanche luxée de Jacob, mais traduit plus généralement l’élimination, toujours douloureuse en raison de notre résistance, des obstacles que nous dressons inconsciemment entre Dieu et nous. Quand au cœur qui fond comme cire, c’est le cœur brisé, la miséricorde qui plaît à Dieu, au lieu du sacrifice. David nous explique ensuite que si Yhwh fait mourir en lui (v. 16b) ce « vieil homme », c’est à cause de tous ces sacrifices qui formaient autour de lui une meute de chiens malfaisants (v. 17), lesquels, comme de bons chiens de garde, aboient pour empêcher quiconque d’approcher leur maître et roi, interdisant l’entrée à Dieu lui-même. Car Dieu ne viole pas les consciences : devant celui qui refuse, il attend. Mais le « roi » enfermé à l’intérieur de cette barrière cesse d’être roi. Il est ligoté, les pieds et les mains, impuissant à rien faire. Il n’est plus le Lion, mais une chose inerte, privée de vie. Et tout autour de lui on se repaît de le voir (v. 18).
Il faut abandonner nos prétentions. Mes sacrifices ne me sont d’aucun mérite car, nous le constaterons bientôt, c’est toujours Dieu qui agit, qui fait tout. Alors David abandonne ses prétentions, il renonce à se prévaloir de ses sacrifices offerts. Il compte tous ses os, c’est-à-dire qu’il découvre, l’un après l’autre, tous les obstacles qu’il avait mis entre Yhwh et lui. Si l’on ne craint pas l’image un peu facile, on dira qu’il jette tous ces os aux chiens… Et la scène s’achève sur la vision d’un homme nu, donc vrai et libre, ayant renoncé à ces vêtements qui n’étaient pas lui-même. Alors, alors seulement, la prière de David devient celle du juste.

La prière
Cette prière en trois versets (vv. 20 à 22) suit le combat spirituel ; elle répond en chiasme
Chiasme
Le chiasme est une figure de style dans laquelle les mots sont disposés symétriquement autour d’un centre en deux groupes qui s’opposent. Exemple: Brave comme un lion au dehors, chez lui doux comme un mouton.
La Bible hébraïque utilise fréquemment le chiasme. Les symétries entre les mots, de part et d’autre du centre, déterminent des correspondances appariées qui sont des guides pour comprendre le sens du texte.
à la prière de trois versets (vv. 10 à 12) qui précédait le combat spirituel. Mais quelle transformation !
David maintenant, pour la première fois dans le psaume, invoque le Nom en le prononçant de ses lèvres, et il reconnaît que c’est bien lui, Yhwh, qui est cette « force première » dont il déplorait l’absence. C’est maintenant à Yhwh qu’il demande de ne pas s’éloigner, et non plus à « sa force » ou à « son dieu » comme avant le combat. Remarquons encore que s’il constatait alors avec amertume que personne ne l’aidait, maintenant il demande l’aide de Yhwh. Invoque-moi au jour de détresse, dit Yhwh dans un autre psaume, je te délivrerai, et tu me rendras gloire (Ps 50, 15). Alors David invoque Yhwh ; il demande à être délivré de la mainmise de ce « chien », que par erreur il avait pris pour défenseur de ses intérêts. Il appelle : Préserve-moi de la gueule du Lion, c’est-à-dire préserve-moi d’être ce Lion qui rugit.
Et du front de la licorne tu m’as répondu !
Quel magnifique témoignage ! qui soudain éclaire le texte entièrement, et transforme le psaume en action de grâce. Ce qui jusqu’alors pouvait passer pour un enchevêtrement de plaintes et de désespoirs, difficile à comprendre ou à suivre, tout à coup s’illumine : David vient de nous raconter comment son Seigneur, dont il s’était éloigné dans un bourbier d’orgueil ou de prétentions, l’a délivré de tout mal et l’a conduit jusqu’en sa présence. Mais quelle présence ? Où donc était Yhwh quand il a permis à David de le rejoindre ? — Dans “ le front de la licorne ”. L’image, encore, est issue du bestiaire ; mais c’est l’image d’un animal dont la corne, loin de menacer, une et profonde, symbolise la pureté morale, la force et la vérité de l’esprit libre. Libre de cette liberté nue et sans défense qui s’oppose à l’esclavage des chiens, et forte de cette innocence de l’amour qui désarme la puissance des taureaux.

Le témoin
Je vais raconter ton nom à mes frères…
C’est exactement ce que David vient de faire. Dans ces vingt-deux premiers versets, il nous a raconté comment l’invocation du nom du Seigneur l’a conduit jusqu’en sa présence. Dans la dernière partie du psaume, il témoigne maintenant de sa rencontre face à face avec son Seigneur qui lui « a répondu » (verset 22). Il ne dévoilera pas le contenu de la rencontre, car ce contenu n’a de sens que pour lui : c’est le secret du roi. Ce que nous allons maintenant recevoir de David, c’est le trop-plein, le débordement, les miettes du festin qui tombent de la table de la rencontre, cette table — il nous le dira au psaume suivant, le Psaume 23 — que pour lui le Seigneur a dressée face à ses adversaires (Ps 23 verset 5). Pas davantage David n’agit-il sur ordre du Seigneur. Son témoignage n’est pas une mission de commande ; c’est un débordement de vie, qui non seulement ne lui coûte rien d’un devoir, mais au contraire exprime toute la joie de ce qu’il vit ; c’est une explosion impossible à contenir : « Écoutez mes amis, je vais tout vous raconter… » Ce témoignage n’est même pas une action de David, c’est une action de Dieu, comme il nous le dira au début du verset 26 ainsi que dans le dernier mot du psaume : c’est Dieu « qui agit ». Enfin, après avoir débordé dans l’espace, du sein de l’assemblée des frères jusqu’aux extrémités du monde, ce témoignage va aussi déborder dans le temps, et devenir, sous l’ivresse de l’Esprit qui l’inspire, la prophétie de David sur le peuple qui vient, sur le peuple qui va naître de cette rencontre entre l’homme messie et son Seigneur, ce Dieu qui le choisit.
Au sein de l’assemblée qui entoure David chacun va recevoir (au verset 24) une parole selon ses besoins, comme autrefois chacun reçut son nécessaire de la manne, pain du ciel tombé en miettes de la table divine.
— Vous qui craignez Yhwh, célébrez-le ! C’est la moindre louange au Seigneur, demandée à ceux qui ont peu reçu mais qui, de bonne volonté, craignent son Nom.
— Descendants de Jacob, glorifiez-le ! car vous êtes héritiers de ces hommes que guide et que protège le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; vous savez tout ce qu’il a fait, pour eux, pour Abraham et sa descendance, pour vous ; vous savez le poids de son action, la gloire à lui rendre, alors glorifiez-le.
— Et vous descendance d’Israël, vous qui avez connu, comme votre ancêtre Jacob à la traversée du Yabboq, l’affrontement du combat spirituel ; vous qui en avez reçu comme Jacob la force du lutteur de Dieu-Élohim, isra-Ël, restez avec Yhwh, persévérez à tout recevoir de Yhwh.
Le poids de cette recommandation est à la mesure de l’expérience que David vient de nous raconter : le Dieu qu’il faut célébrer, glorifier, invoquer sans jamais le quitter, c’est Yhwh, c’est-à-dire le Nom de Dieu tel qu’il s’est lui-même révélé à vos pères. Ne cherchez pas ailleurs.
Et David met en garde l’assemblée contre des apparences toujours défavorables (v. 25). Même si Yhwh paraît faire la sourde oreille, il n’en est rien. Il écoute, il ne cache pas son visage, car il ne méprise ni ne déteste l’humilité du pauvre (v. 25). Gardons-nous de voir ici la moindre litote : Dieu ne « préfère » pas les pauvres, puisqu’il ne fait pas acception des personnes ; en effet, ils mangeront tous, les opulents du monde qui s’inclinent devant sa face (v. 30) aussi bien que les pauvres, du moment qu’ils sont humbles (v. 27). Nous apprenons ainsi que David n’a pas été exaucé par préférence accordée au roi, même « chéri de Dieu », mais pour son humilité. Et ce que dit le roi nous confirme que si sa prière initiale n’était pas entendue, c’est bien parce qu’elle était dépourvue de cette humilité indispensable à la rencontre avec Dieu.

Le prophète
Le verset 23 nous met en présence de trois « personnes » : David, Yhwh (le Seigneur), l’assemblée. Certes, ce ne sont pas trois personnes de même nature, mais cependant trois « personnes » qui par leur dialogue, par les noms et les pronoms employés, et bien sûr par le contenu de ce qui se dit, vont nous révéler une part de leur mystère.
David. C’est le même David qui parle dans ce psaume, non seulement dans les dix versets qui viennent, mais aussi dans les vingt-deux versets écoulés. Pourtant, il change de lieu et d’identité. Avant, il était l’homme pécheur, séparé de Dieu par l’aveuglement de sa prétention, et séparé aussi de l’assemblée des frères qui loin de l’entourer de leur communion le cernent de leurs moqueries. Maintenant, grâce à la conversion opérée dans son combat spirituel, il est en présence de Dieu. David est maintenant couronné roi et messie, face à son Seigneur avec qui il parle comme un homme à un autre homme, dans ce « Je — Tu » des versets 23 et 26a et dans le « Toi » du verset 28b. En même temps, il est redevenu le roi pour l’assemblée qu’il appelle maintenant « mes frères » (v. 23), et dont il est solidaire puisqu’il leur dit « nous » (v. 25) sans pour autant se confondre avec eux (qui ne sont pas en présence de Dieu) lorsqu’il leur dit « vous » (vv. 24 & 27). À la fois avec eux comme l’un d’eux, mais distinct d’eux puisqu’auprès de Dieu, il est leur médiateur, celui qui prépare la rencontre du peuple avec Dieu.
L’assemblée. Avant le verset 22, l’assemblée était réduite — aux yeux de David et aux yeux du monde — à quelques passants hostiles ; maintenant, elle est devenue « mes frères » (v. 23a) et très vite s’élargit à « la pleine assemblée » (v. 23b), c’est-à-dire, au delà de la descendance de Jacob et d’Israël, à tous ceux qui craignent Yhwh (vv. 24a & 26b), à ceux qui le cherchent (v. 27a), et même à tous les peuples (v. 29b) des extrémités de la terre (v. 28a), à toutes les familles des nations (v. 28b). Pour accompagner cet élargissement, la voix de David va s’adapter. S’il s’adresse d’abord à la communauté proche avec le « nous » du verset 25, inclus de façon sémitique entre les deux « vous » des versets 24 et 27, son adresse s’élargit bientôt au monde lointain, « ils », « eux », « ceux qui », sans pour autant rien perdre du face à face avec Yhwh, comme en témoigne ce « ta face » du verset 28 (et non « sa face ») après mention de toutes les extrémités de la terre. Alors, David n’est plus seulement le roi, et le médiateur, il est le prophète de Dieu pour toutes les nations.
Yhwh, le Seigneur. Le Seigneur Dieu est la « personne » référence par rapport à laquelle les deux « personnes » précédentes évoluent, avancent dans l’Histoire. On notera que le Seigneur est resté impassible d’un bout à l’autre du psaume, invisible et silencieux ; et pourtant, d’un bout à l’autre, c’est lui qui agit. Quand l’homme est loin de Dieu, c’est son Esprit qui inspire à l’assemblée, à l’ecclésia, la Parole qu’il faut souffler à l’homme égaré (verset 9). Il agit là en tant que Paraclet, comme le fera plus tard le paraqlita de la liturgie synagogale chargé de réciter les Écritures. Pendant le combat spirituel, c’est encore l’action divine qui transforme et purifie David. Et maintenant que le roi est entré dans la contemplation du mystère divin, sa prière vient encore de Dieu (v. 26). Ce n’est donc pas David qui parle mais bien Yhwh lui-même, par la bouche de son messie devenu prophète de Dieu pour la communauté des hommes.
Le roi médiateur et prophète nous dit alors tout ce que son Seigneur fait pour les hommes qui invoquent son nom : il écoute (v. 25) et nourrit les humbles, les rassasie (v. 27), et lui seul règne et gouverne les peuples (v. 29). Ceci ne concerne pas uniquement la génération de David mais aussi la génération qui vient, le peuple qui va naître. Quelle que soit leur génération, ceux qui cherchent le Seigneur auront sujet de le louer (v. 27), pour sa justice, car c’est toujours lui qui agit (v. 32).

PAPE FRANÇOIS: « IMITEZ LA MATERNITÉ DE MARIE, CETTE ATTENTION QU’ELLE A POUR CHACUN DE NOUS »

12 novembre, 2013

http://www.zenit.org/fr/articles/imitez-la-maternite-de-marie-cette-attention-qu-elle-a-pour-chacun-de-nous

« IMITEZ LA MATERNITÉ DE MARIE, CETTE ATTENTION QU’ELLE A POUR CHACUN DE NOUS »

DISCOURS POUR LES CENT ANS DE L’UNITALSI

ROME, 11 NOVEMBRE 2013 (ZENIT.ORG) PAPE FRANÇOIS

« Imitez la maternité de Marie, cette attention toute maternelle qu’elle a pour chacun de nous »: c’est l’exhortation du pape François aux membres de l’UNITALSI qui fête ses cent ans.
Le pape François a en effet reçu en audience, samedi 9 novembre, à 11h, dans la salle Paul VI du Vatican, les participants au pèlerinage de l’Union nationale italienne Transport Malades à Lourdes et sanctuaires internationaux (U.N.I.T.A.L.S.I.), à l’occasion du 110ème anniversaire de l’association.
Le pape invite aussi à « mettre vraiment en valeur la présence et le témoignage des personnes fragiles et souffrantes, non seulement comme étant les destinataires de l’œuvre évangélisatrice, mais aussi en tant que sujets actifs de cette action apostolique ».
Voici notre traduction intégrale du discours du pape François prononcé en italien.

Discours du pape François
 Chers frères et sœurs, bonjour !
Je vous salue tous avec affection, spécialement les personnes malades et infirmes, accompagnées par des bénévoles, les assistants ecclésiastiques, les responsables de section et le président national, que je remercie pour ses paroles. La présence du cardinal De Giorgi, des évêques et des personnalités institutionnelles est signe de l’appréciation que l’UNITALSI rencontre dans l’Eglise et dans la société civile.
1. Depuis 110 ans votre association se consacre aux personnes malades ou fragiles, avec un style typiquement évangélique. En effet, votre œuvre n’est pas de l’assistanat ou de la philanthropie, mais pure annonce de l’Evangile de la charité, ministère du réconfort. Et ceci est grand: votre œuvre est vraiment évangélique,  le ministère de la consolation.  Je pense à tous ces membres de l’UNITALSI qui œuvrent dans toute l’Italie : vous êtes des hommes et des femmes, des mères et des pères, tant de jeunes qui, par amour du Christ et à l’exemple du Bon Samaritain, face à tant de souffrance, ne tournent pas la tête de l’autre côté. Et ce fait de ne pas tourner la tête de l’autre côté est une vertu: Allez-y ! Continuez avec cette vertu! Vous qui essayez au contraire d’être le regard qui accueille, une main qui soulève et accompagne, une parole de réconfort, une étreinte de tendresse. Ne vous découragez pas devant les difficultés et la fatigue, continuez à donner de votre temps, un sourire et de l’amour aux frères et sœurs qui en ont besoin. Que chaque personne malade et fragile puisse voir dans votre visage le visage de Jésus ; et que vous puissiez vous aussi reconnaître dans la personne souffrante la chair du Christ.
  Les pauvres, voire aussi les pauvres de santé, sont une richesse pour l’Eglise ; et vous de l’UNITALSI, avec tant d’autres réalités ecclésiales, vous avez reçu le don et l’engagement de recueillir cette richesse, pour aider à la mettre en valeur, non seulement pour l’Eglise elle-même mais pour toute la société.

2. Le contexte culturel et social actuel est plutôt enclin à cacher la fragilité physique,  à ne la voir que comme un problème qui demande résignation et piétisme ou parfois rebut des personnes. L’UNITALSI est appelée à être un signe prophétique et à aller contre cette logique du monde, la logique du rebut, en aidant les souffrants à être des acteurs au sein de la société, dans l’Eglise, voire dans l’association elle-même. Pour favoriser une réelle insertion des malades dans la communauté chrétienne et susciter en eux un fort sens de l’appartenance, il faut une pastorale inclusive dans les paroisses et dans les associations. Il s’agit de mettre vraiment en valeur la présence et le témoignage des personnes fragiles et souffrantes, non seulement comme étant les destinataires de l’œuvre évangélisatrice, mais aussi en tant que sujets actifs de cette action apostolique.
Chers frères et sœurs malades, ne vous considèrerez pas seulement des objets de solidarité et de charité, mais sentez-vous insérez à plein titre dans la vie et dans la mission de l’Eglise. Vous y avez votre place, avez un rôle spécifique dans la paroisse et dans chaque secteur de l’Eglise.  Votre présence, silencieuse mais plus éloquente que tant de mots, votre prière, l’offre quotidienne de vos souffrances en union avec celles de Jésus crucifié pour le salut du monde, l’acceptation patiente mais également joyeuse de votre condition, sont une ressource spirituelle, un patrimoine pour chaque communauté chrétienne. N’ayez pas honte d’être un précieux trésor de l’Eglise!
  3. Le pèlerinage sur les lieux sacrés de Marie, à Lourdes surtout, est l’expérience la plus forte que l’UNITALSI vit au cours de l’année. Votre style apostolique et votre spiritualité font eux aussi référence à la Sainte Vierge. Redécouvrez ses raisons les plus profondes! En particulier, imitez la maternité de Marie, cette attention toute maternelle qu’elle a pour chacun de nous. Dans le miracle des Noces de Cana, la Vierge Marie s’adresse aux serviteurs et leur dit: « Tout ce qu’il vous dit, faites-le », et Jésus ordonne  aux serviteurs de remplir d’eau les amphores et l’eau se transforme en vin, meilleur que celui qui est servi jusqu’à présent (cf. Jn 2,5-10).
Cette intervention de Marie auprès de son Fils révèle avec quels soins la Mère s’occupe des hommes. Des soins attentifs à nos besoins les plus vrais : Marie sait de quoi nous avons besoin! Elle prend soin de nous, en intercédant auprès de Jésus et demandant pour chacun de nous du « vin nouveau », c’est-à-dire l’amour, la grâce qui nous sauve. Elle intercède toujours et prie pour nous, spécialement dans les moments de difficulté et de faiblesse, dans les moments de découragement et d’égarement, surtout dans les moments du péché. C’est pourquoi, dans la prière de l’ Ave Maria, nous lui demandons: « Prie pour nous, pauvres pécheurs ».
Chers frères et sœurs, soyons confiants et mettons-nous toujours sous la protection de notre Mère Céleste, qui nous console et intercède pour nous auprès de son Fils. Quelle nous aide à être pour tous ceux que nous rencontrons sur notre chemin « reflet » de Celui qui est le « Père miséricordieux et Dieu de toute consolation » ( 2 Co 1,3). Merci.

Traduction d’Océane Le Gall

Saint Martin de Tours

11 novembre, 2013

Saint Martin de Tours dans images sacrée

http://www.santiebeati.it/immagini/?mode=view&album=25050&pic=25050Q.JPG&dispsize=Original&start=0

SAINT MARTIN, APÔTRE DE LA GAULE ET ÉVÊQUE DE TOURS ( 317-397)

11 novembre, 2013

http://www.orthodoxa.org/FR/orthodoxie/synaxaire/StMartindeTours.htm

(c’est une longue histoire , j’ai raté quelque chose , le site complète l’ histoire avec un autre épisode)

EGLISE ORTHODOXE D’ESTONIE

SAINT MARTIN, APÔTRE DE LA GAULE ET ÉVÊQUE DE TOURS ( 317-397)

Il y a, en France, 237 communes répertoriées qui portent le nom de saint Martin. Pour nous en tenir à notre seule région « Provence Alpes Côte d’Azur », il y a Saint-Martin-de-Crau, dans les Bouches-du-Rhône, près d’Arles ; dans le Var, près de Brignoles, Saint-Martin-de-Pallières ; et Saint-Martin près de Rians ; dans les Alpes Maritimes, Saint-Martin-Vésubie, Saint-Martin-du-Var et, près de Guillaumes, Saint-Martin-d’Entraunes ; dans les Alpes de Haute-Provence, près de Gréoux-les-Bains et de Valensole, Saint-Martin-de-Bromes, Saint-Martin-les-Seyne, près de Selonnet et, près de Manosque, Saint-Martin-les-Eaux ; dans le Vaucluse, Saint-Martin-de-la-Brasque et, près de Viens, Saint-Martin-de-Castillon ; dans les Hautes-Alpes, près de L’Argentière-la-Bessée, Saint-Martin-de-Queyrières.
Plus de 3.600 églises sont dédiées à saint Martin. Et il y a tous les lieux-dits, les hameaux, les abbayes, les fontaines, les ponts appelés du nom de ce saint on ne peut plus populaire chez nous. Dans le monde entier, un nombre considérable de lieux font référence à saint Martin de Tours. Entre le 5ème et le 15ème siècles cinq papes de Rome ont porté le nom de Martin. Chacun sait que Luther se prénommait Martin.
Pourquoi donc cet engouement et cette vénération pour ce saint ? Comment expliquer que sa renommée universelle dure ainsi depuis plus de seize siècles ? Qui était donc saint Martin ? Pour répondre à cette question, il faut lire la Vita Martini, la Vie de Saint Martin écrite par Sulpice Sévère du vivant même de l’évêque de Tours, c’est-à-dire avant le mois de novembre de l’an 397.
Sulpice Sévère, ami de Paulin de Nole, est le contemporain de saint Augustin ( évêque d’Hippone depuis deux ans, il est en train de rédiger ses Confessions ), de saint Jérôme ( installé à Bethléem depuis dix ans ), de saint Ambroise ( qui meurt à Milan cette même année où Martin de Tours va disparaître à l’orée de l’hiver 397 ). Il était issu des rangs de l’aristocratie gallo-romaine d’Aquitaine. Il écrivit la biographie de l’évêque de Tours à Primuliacum, sur la route de Toulouse à Narbonne.
Dans cette biographie, les années d’enfance et de jeunesse de Martin sont dominées par un débat intérieur entre la fidélité aux obligations militaires de ce fils de vétéran et la fidélité à la vocation monastique, entre la fidélité au monde et à César et la fidélité au Christ.
Les chrétiens actuels, notamment les orthodoxes, croient trop facilement qu’il suffit de se donner la peine de naître pour recevoir un nom heureusement baptisé par un saint patron. Mais le saint patron, lui, il a bien fallu qu’il devienne un saint pour baptiser un nom préalablement païen ! C’est ainsi que Martinus est un surnom théophore dérivé du nom du dieu de la guerre : Mars. Avant saint Martin de Tours il y eut un évêque de Vienne ( avant 314 ) et un évêque gaulois qui signe au Concile de Sardique en 343, qui s’appelèrent, eux aussi, Martin. On peut penser que ce prénom martial était particulièrement en honneur dans les milieux d’officiers auxquels appartenait le père de notre futur saint.
En effet, les parents de Martin étaient païens, d’origine mi-slave, mi-celtique. Notre saint naquit en 317 dans une province romaine d’Europe centrale, en Pannonie, c’est-à-dire dans une partie de la Hongrie et de la Moravie actuelles, plus précisément encore à Sabaria, colonie romaine depuis l’empereur Claude, aujourd’hui Szombathely en Hongrie, à une centaine de kilomètres au Sud-Sud-Est de Vienne. D’abord simple soldat, son père devint tribun militaire. A ce titre, il commandait une légion et changeait fréquemment de garnison. C’est en Italie, à Pavie, au sud de Milan, que le jeune Martin reçut sa première éducation. Dès son enfance, il eut le désir de devenir catéchumène et souhaita se consacrer entièrement à Dieu dans la vie monastique. Malheureusement pour lui, son père ne l’entendait pas de la même oreille. Un fils de militaire, dans la société romaine de cette époque, ne pouvait être à son tour que militaire. A dix ans seulement, selon Sulpice Sévère — cum esses annorum decem –, Martin s’enfuit donc du domicile paternel. Il chercha refuge dans une église et demanda à être reçu comme catéchumène. Ici, le biographe enjolive peut-être un fait historique bien réel et qui pourrait être le suivant : une escapade d’enfance aura amené le petit Martin à assister à une célébration liturgique dans une église de la communauté chrétienne de Pavie, peut-être même lors d’une synaxe liturgique spécialement destinée aux catéchumènes. Quoi qu’il en ait été au juste, cette fugue enfantine préfigure sa fuite du monde à l’âge adulte. Cependant, dénoncé par son père, Martin fut arrêté, enchaîné et dut se soumettre aux exigences du Conseil Suprême en revêtant l’uniforme de la légion. Il avait quinze ans : cum esses annorum quindecim. Le père de Martin n’attendit pas que son fils ait atteint l’âge légal, fixé à 19 ans, pour le remettre à l’autorité militaire. A cette époque, le métier militaire était devenu héréditaire. C’est ce qui explique que l’insoumission ait été particulièrement répandue chez les fils de vétérans, condamnés bon gré mal gré à la militia, c’est-à-dire au service militaire, au métier de soldat. Les fils de vétérans tentaient de se soustraire à d’interminables obligations militaires soit en s’enfuyant, soit en se cachant soit même en se mutilant volontairement.
Martin entra donc dans le corps d’élite que constituait alors la garde impériale à cheval, appelée Schola. Notre Martin était éblouissant, avec l’armure de métal souple et brillant, le casque à crête, le bouclier de même éclat, le tout complété pur un immense manteau blanc, la chlamyde, formée de deux pièces d’étoffe dont la partie supérieure doublée de peau de mouton, se portait soit sur les épaules, soit rabattue comme capuchon à la place du casque (Henri Ghéon, St Martin, l’évêque des païens. Ed. Culture et promotion populaire). Ce manteau deviendra célébrissime.
Après son instruction, Martin fut envoyé comme officier en Gaule, notamment à Amiens, l’une des trois grandes villes de la seconde Belgique avec Chalon et Reims. Sous son bel uniforme, Martin demeura fidèle à ses sentiments religieux et à sa vocation première. Il fit donc l’apprentissage de la patience, qualité ô combien nécessaire à un moine ! Il vivait en compagnie d’un serviteur, d’une ordonnance, ainsi qu’il convenait à sa qualité d’officier. Mais Martin renversait les rôles : c’était lui, le maître, l’officier, qui servait son serviteur. Il brossait les chaussures de ce dernier après l’avoir lui-même déchaussé. C’est lui aussi qui faisait le service de la table. Pour dire que l’officier Martin fait le service de la table à la place de son ordonnance, Sulpice Sévère emploie le verbe latin  » ministraret « . Or, il n’est pas sans intérêt de remarquer que la Vulgate, la traduction latine du Nouveau Testament, emploie ce même verbe pour désigner l’activité de service des saintes femmes qui entourent Jésus, par exemple en Lc. 10, 40, lorsque Marthe se plaint auprès de Jésus au sujet de Marie, sa sœur :  » … cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule « ,  » non est tibi curae quod soror mea reliquit me solam ministrare  » ? Ainsi est indiqué que Martin réalise déjà le mode d’existence donné en exemple par le Maître qui s’est fait le serviteur des siens jusqu’à la mort sur la croix. Songeons aussi au lavement des pieds, le soir du jeudi saint au moment où Jésus va pénétrer dans les affres de sa Passion.
Martin demeura ainsi trois ans sous les armes, sans être encore baptisé mais déjà bien plus chrétien que beaucoup de chrétiens de son temps aussi bien que du nôtre. Ses camarades l’aimaient et le respectaient, car sa conduite était à tous égards exemplaire : gentillesse ( benignitas ), amour fraternel ( caritas ), patience (patientia ), sobriété (frugalitatem ) et surtout humilité ( humilitas ). Sans avoir reçu le baptême, Martin vivait déjà selon l’Evangile par ses bonnes œuvres, assistant les malades, secourant les malheureux, donnant de la nourriture et des vêtements aux indigents. Sur sa solde, il ne réservait que de quoi manger chaque jour.
Et c’est dans ce contexte que se produisit l’événement qui allait immortaliser saint Martin jusqu’à nos jours. La mémoire glorieuse de cet événement a été célébrée par l’art chrétien occidental dans la miniature comme dans la statuaire, dans le vitrail aussi bien que dans l’estampe. Notons tout de suite que ce saint n’était pas encore chrétien lorsqu’il acquis ce titre de gloire ! Un soir d’hiver glacial particulièrement rigoureux, n’ayant sur lui que son beau manteau blanc d’officier et ses armes, Martin rencontre à la porte de la ville d’Amiens — in porta Ambianensium civitatis — un pauvre dépourvu de vêtements — pauperem nudum –. Le malheureux avait beau supplier les passants, personne ne s’arrêtait par un temps pareil. Martin comprit aussitôt que ce pauvre lui était réservé, puisque les autres ne lui accordaient aucune pitié, que c’était Dieu lui-même qui avait placé ce pauvre sur son chemin. Mais que faire ? Martin ne possédait que sa prestigieuse chlamyde. Ce mot désigne alors le manteau fendu et fixé sur l’épaule droite par une fibule. C’était, en quelque sorte, la capote d’uniforme des soldats romains. On songe à Eric von Stroheim, en uniforme de commandant de l’armée allemande, dans  » La grande illusion  » de Renoir. Sans hésiter, saisissant son épée, notre fol en Christ partagea en deux son superbe manteau, en donna un morceau au pauvre et remit sur ses épaules l’autre moitié. Les passants furent stupéfaits ! Comme on les comprend ! Que diraient nos contemporains si, à la sortie d’une messe de minuit de Noël, une chrétienne imitait Martin avec son manteau de vison ?
La nuit suivante, s’étant endormi, Martin vit en rêve le Christ vêtu de la moitié de la chlamyde dont il avait recouvert le pauvre transi de froid. Et il entendit le Christ dire d’une voix éclatante à la foule des anges : Martin, qui n’est encore que catéchumène, m’a couvert de ce vêtement. Sans doute notre dormeur se souvenait-il dans son rêve des paroles du Seigneur à ses disciples :  » … j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir… En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait  » ( Mt. 25, 35-36 et 40 ). Martin avait vécu l’Evangile à la lettre. C’est bien ce que le philosophe Maurice Blondel appelait la pratique littérale. La rencontre de Martin et du pauvre d’Amiens, c’est la réalisation concrète, tangible de ce que, dans la Cité de Dieu, saint Augustin a appelé admirablement  » amor Dei usque ad contemptum sui  » ( l’amour de Dieu poussé jusqu’au mépris de soi ) que l’évêque d’Hippone oppose à  » amor sui usque ad contemptum Dei (l’amour de soi poussé jusqu’au mépris de Dieu ). Le zèle missionnaire et les miracles de l’évêque / thaumaturge de Tours ont frappé moins vivement la conscience chrétienne occidentale que la fidélité totale à l’Evangile du militaire / catéchumène d’Amiens. Et il faut s’en féliciter.
Quand Martin atteignit l’âge de dix-huit ans, il décida de se faire baptiser, mais il ne renonça pas immédiatement à la carrière militaire. Cependant, sa conscience fut mise à rude épreuve lors de l’invasion de la Gaule par les Barbares. Le César Julien [Flavius Claudius Julianus ( 331-363 ), dit Julien l'Apostat. Neveu de Constantin le Grand, il fut nommé César et gouverneur des Gaules par son cousin Constance en 355, puis proclamé empereur par ses soldats, au palais des thermes, à Lutèce en 361. Elevé dans le christianisme, il l'abjura et tenta de rétablir, en l'épurant, l'ancien polythéisme païen. Pour Julien, le christianisme, religion des pêcheurs de Galilée, est une religion barbare, méprisable comme telle, en face d'un paganisme dont les lettres de noblesse remontent à l'époque homérique. Il périt, à l'âge de 32 ans, dans une expédition contre les Perses, en 363. A l'époque de la jeunesse militaire de Martin, Julien est donc César mais pas encore empereur. A partir de Dioclétien, c'est-à-dire de la fin du troisième siècle, le titre de César désigna spécialement le personnage que chacun des deux empereurs régnants (d'Occident et d'Orient) (Augustus ) désignait comme son successeur en l'associant à son gouvernement] avait concentré son armée près de la cité des Vangions, c’est-à-dire dans la région de l’actuelle ville allemande de Worms, dans le Palatinat. Selon l’usage, le César distribuait lui-même à chaque soldat un donativum, c’est-à-dire une gratification destinée à encourager l’héroïsme des troupes avant le combat. Ce pouvait être aussi, et simultanément, une récompense collective accordée aux troupes pour leur belle conduite et pour les succès remportés sur les barbares au cours des premières opérations en territoire gallo-romain et germain. Lorsque vint le tour de Martin, il refusa de percevoir ladite prime, car il comprit que, s’il acceptait, il perdrait toute liberté et donc toute possibilité de réaliser sa si précoce vocation. Jugeant alors venu le moment de demander son congé, il dit au César :  » Jusqu’ici, j’ai été à ton service : permets-moi maintenant d’être au service de Dieu ; que celui qui a l’intention de combattre accepte ton « donativum  » ; moi, je suis soldat du Christ, je n’ai pas le droit de combattre « . En entendant Martin parler avec une telle audace, Julien se mit en colère, accusant Martin de lâcheté devant la perspective du combat qui devait avoir lieu le lendemain. Mais Martin intrépide et d’autant plus ferme que l’on avait tenté de l’intimider dit alors au César :  » si l’on impute mon attitude à la lâcheté et non à la foi, je me tiendrai demain sans armes devant les lignes, et au nom du Seigneur Jésus, sous la protection du signe de la croix, sans bouclier ni casque, je pénétrerai en toute sécurité dans les bataillons ennemis. Julien le fit emprisonner afin de s’assurer que Martin ne reviendrait pas sur sa décision de s’exposer le lendemain sans armes à l’ennemi. Mais ce dernier envoya le lendemain des messagers pour négocier la paix. Martin n’eut donc pas à courir le risque d’être exposé, les mains nues, aux coups meurtriers de l’ennemi. Le Seigneur supprima la nécessité même de combattre. II n’y eut donc ni effusion de sang, ni mort d’homme. Alors Julien consentit à libérer Martin de ses obligations militaires. Ici s’achève la vie dans le monde de Martin et comme la préhistoire de sa sainteté.
Ainsi donc, simultanément  » miles Caesaris et miles Christi « , soldat de l’empereur et pourtant déjà soldat non-violent du Christ, le militaire exemplaire était entré contre son gré dans une carrière qui s’annonçait brillante, et voici que le martyr militaire obtient son congé de l’empereur Julien après un dramatique affrontement. Loin d’avoir été dans la vie de Martin un temps de péché, les années de service militaire sont présentées comme une étape fructueuse, formatrice, dans son itinéraire spirituel vers la sainteté. Ses premières armes spirituelles, c’est dans la compagnie profane de ses compagnons d’armes, que le jeune soldat du Christ les effectue. Le jeune Martin baptise les trois années de sa vie militaire en faisant d’elles une période de catéchuménat / noviciat au service d’une vocation qui d’emblée ne peut concevoir la vie chrétienne que sous sa forme monastique. Il sait trouver dans la vie militaire le moyen de se préparer d’une manière exemplaire à l’illumination baptismale. Il rayonne dans le milieu de ses compagnons d’armes des vertus chrétiennes qui préfigurent le mode d’existence des moines cénobites.
En quittant l’armée du Rhin, Martin se rendit aux confins de l’Aquitaine, auprès de l’évêque de Poitiers, Hilaire, que Martin admirait pour la fermeté intransigeante de sa foi orthodoxe et son courage dans la résistance aux exigences de l’empereur Constance II, lequel, piqué de théologie, prétendait persécuter la foi de Nicée et obtenir le ralliement inconditionnel des évêques d’Occident à l’arianisme. Ce premier séjour de Martin à Poitiers est à situer entre l’été 356 et le départ d’Hilaire pour l’exil, banni en Orient par Constance pour avoir osé lui tenir tête.
Hilaire aurait voulu ordonner Martin diacre mais, à l’instar d’Ambroise de Milan (la vox populi ayant désigné Ambroise pour succéder à l’évêque Auxence, Ambroise tenta d’abord de se soustraire à l’élection) et d’Augustin d’Hippone (désigné par certains membres de la communauté d’Hippone pour devenir prêtre, Augustin est épouvanté, il se débat désespérément mais en vain. Il succède à l’évêque Valère en considérant son acceptation comme un sacrifice, voire une punition pour ses péchés), de Césaire (élu évêque d’Arles, Césaire s’enfuit et va se cacher dans un tombeau du cimetière des Alyscamps), d’Honorat (ordonné malgré lui par Léonce de Fréjus, élu évêque d’Arles sans avoir été consulté, il refusa son élection et ne se résigna à quitter l’île de Lérins que lorsqu’il eut la certitude que c’était bien la volonté de Dieu) et d’Hilaire (désigné comme son successeur par Honorat, il ne voulut pas devenir évêque d’Arles. Comme jadis Honorat lui-même, il finit par accepter pour se conformer à la volonté divine), évêques d’Arles, de Grégoire de Nazianze (il fut ordonné prêtre contre sa propre volonté, il s’enfuit, fut consacré, malgré sa répugnance, évêque de Sasime par son ami Basile de Césarée, ne prit jamais possession de son siège épiscopal et, lorsqu’il fut devenu archevêque de Constantinople, il démissionna au bout de quelques jours) et de Grégoire de Nysse (il fut consacré évêque contre son gré), Martin refusa en clamant son indignité. Par contre, il consentit à être ordonné exorciste.
Pourquoi une telle acceptation après un tel refus ? C’est que la fonction d’exorciste était considérée à cette époque comme inférieure et humiliante. Nous pouvons comprendre cette mentalité si nous nous souvenons de ce que dit le célébrant orthodoxe au moment de l’office du catéchuménat. En effet, dans le deuxième exorcisme, le célébrant s’adresse au démon en ces termes :  » Je t’adjure donc, esprit tout à fait méchant et impur, souillé et dégoûtant…  » Etre exorciste, c’était avoir un contact quasi physique avec le démon, c’était accomplir la tâche ingrate, la basse besogne de se battre contre lui, notamment en ayant affaire aux possédés, aux malades mentaux, aux aliénés. Il fallait vraiment avoir la foi et être rempli de l’Esprit saint, d’abord pour réussir à mettre en fuite le diable, ensuite afin de ne pas se sentir soi-même souillé au contact du démon par démoniaques interposés.
A quelque temps de là, Martin eut une vision dans son sommeil et il reçut l’ordre de rendre visite à sa famille encore païenne. Il s’en ouvrit à Hilaire qui lui accorda son consentement, tout en lui faisant prendre l’engagement de revenir à Poitiers. Hilaire lui prodigua ses prières et ses larmes, et c’est dans la tristesse que Martin entreprit ce long voyage vers sa Pannonie natale, en Hongrie-Moravie, ne cachant pas à ses frères moines qu’il y subirait bien des épreuves. Les événements qui se produisirent justifièrent ses paroles. Martin franchit sans doute les Alpes par le Petit Saint-Bernard ou par le Mont-Cenis. C’est alors qu’il tomba aux mains de brigands dont l’un voulut l’abattre à coups de hache, outil de bûcheron en ces régions de forestage. Mais le bras du bandit fut heureusement miraculeusement retenu par un compère qui songeait peut-être à retirer quelque argent de la capture au moyen d’une rançon. Les mains liées derrière le dos, il fut emmené en un lieu retiré par son gardien qui le questionna, lui demandant notamment s’il avait peur. Ayant foi en la miséricorde divine qui viendrait le délivrer, Martin lui répondit par la négative. Et il se mit à prêcher la parole de Dieu au bon brigand chargé de sa surveillance. L’homme finit par se convertir au Christ et décida de suivre Martin. Mais on ne peut que conjecturer la suite de la biographie de ce converti inconnu.
Continuant son chemin, et après avoir dépassé Milan (peut-être dans une villa sur la route de Brescia et Vérone), où l’empereur Constance II réside encore, jusqu’en 357, avec sa cour, Martin fut de nouveau arrêté, mais cette fois ce fut par le diable, qui avait pris figure humaine,  » humana specie adsumpta « , le diable incarné, en quelque sorte. Pour Sulpice-Sévère, le biographe de Martin, c’est peut-être une manière de désigner l’empereur pro-arien sous son identité satanique et de faire allusion à une démarche de Martin (demandée par Hilaire ?), fils d’un officier supérieur et ancien garde du palais de Constance, auprès de celui-ci pour le ramener à l’Orthodoxie. Le diable, peut-être l’Antichrist Constance, demanda à Martin où il allait. S’il n’y a pas eu d’entrevue de Martin avec l’empereur, peut-être y a-t-il eu un contrôle de police à la sortie de la capitale impériale. Venant d’auprès de l’évêque de Poitiers bien connu pour son opposition doctrinale à l’empereur, Martin ne pouvait être que suspect à la police impériale. Martin ayant répondu à la fois avec prudence et insolence qu’il allait là où le Seigneur l’appelait, le diable incarné lui dit :  » Où que tu ailles, et quoi que tu entreprennes, tu trouveras le diable devant toi « . A l’instar du Christ dans le désert de Juda (cf. Mt. 4, 1-l let Le. 4, 1-13), Martin lui cloua le bec en citant le verset 6 du psaume 118 ( 117 ) :  » Le Seigneur est pour moi, plus de crainte, que me fait l’homme, à moi ?  » Et aussitôt Satan disparaît. Il semble bien que Sulpice Sévère ait voulu rapporter un incident précis, historique, du voyage de Martin en le transposant.
Arrivé dans sa patrie, Martin, comme il en avait eu l’intention, amena sa mère païenne à se convertir au Christ et à recevoir le baptême, mais son ancien légionnaire de père qui, toute sa vie, n’avait connu que la religion des enseignes impériales et du camp, ne voulut rien entendre. Toutefois, par son exemple et sa foi rayonnante, Martin réussit à convertir d’autres personnes durant son séjour à Sabaria. On peut penser que Martin ne se priva pas de chercher à convertir les Ariens. Cependant, en Pannonie comme ailleurs, l’hérésie arienne avait alors le dessus. Les évêques avaient été persécutés et à son tour Martin eut à subir les pires traitements. Il finit par quitter sa ville et regagna l’Italie.
Là, il apprit qu’Hilaire lui-même avait été contraint à l’exil. Martin s’installa dans un ermitage à Milan. Mais il y fut persécuté avec acharnement par Auxence, l’évêque arien de Milan auquel succédera Ambroise, lequel Auxence finit par faire expulser Martin de la cité. Martin se retira alors, entre 358 et 360, dans la petite île inhabitée de Gallinara près de la côte ligure face à Albenga, à quelque cinquante milles au sud-ouest de Gênes, avec un prêtre qui, semble-t-il, était un homme de grande vertu. Il se nourrissait uniquement de racines. Un jour, ayant avalé de l’hellébore, une plante vénéneuse, peut-être en voulant imiter l’ascèse alimentaire des anachorètes d’Egypte, il ressentit la violence du poison dans son corps et vit sa mort prochaine. Dès ce moment, il entra en prière et le mal le quitta. C’est le premier exemple de triomphe de Martin sur la mort (cf. Mc. 16, 17-18).
Peu de temps après, il apprit, par la rumeur publique ou par un envoyé d’Hilaire, que celui-ci avait été rétabli sur son siège épiscopal, à Poitiers (au printemps de 360) où l’empereur, sans annuler la sentence d’exil, l’assignait à résidence surveillée. Martin essaya de rencontrer Hilaire à Rome. Mais l’évêque de Poitiers avait déjà quitté la ville. Sans perdre une seconde, Martin se remit en route pour rejoindre à Poitiers Hilaire qui l’y accueillit avec grande joie.
Sans doute sous la tutelle et sur les conseils d’Hilaire, il fonda, non loin de la ville épiscopale, d’abord, peut-être, un ermitage, puis rapidement une communauté cénobitique. Cette fondation a très vraisemblablement été installée à l’emplacement de l’actuel monastère bénédictin de Ligugé, sur la rive gauche du Clain, à 8 km au sud de Poitiers. Un catéchumène qui s’était joint à lui tomba gravement malade lors même que Martin avait dû s’absenter, très probablement en visite auprès d’Hilaire plutôt qu’en voyage d’évangélisation dans les campagnes. Sans doute s’agissait-il d’une forte crise de paludisme, dans cette vallée encore marécageuse. A son retour, Martin trouva le catéchumène décédé sans baptême et arriva au beau milieu de la veillée funèbre. Il fit sortir tout le monde de la cellule mortuaire dont il ferma la porte, invoqua le saint Esprit, s’allongea sur le défunt et, durant deux heures, se plongea dans la prière. Il ne fait guère de doute qu’en rédigeant ce passage de sa biographie de saint Martin, Sulpice-Sévère avait présent à l’esprit le récit vétéro-testamentaire de la résurrection par Elisée du fils de la Sunamite (cf. IIRois 4, 33sq.). Les prophètes thaumaturges Elie et Elisée étaient des modèles vénérés pour les anachorètes qui, à partir des traditions ascétiques de l’Orient chrétien, méditaient et tentaient d’imiter leurs vies. Tout à coup, Martin sentit le mort remuer et observa le visage du défunt : ses yeux se dessillèrent et se mirent à clignoter. Alors, Martin se tourna vers le Seigneur en clamant sa louange, et la cellule s’emplit de ses cris d’action de grâce. Entendant cela, les frères restés dehors firent irruption, stupéfaits, et virent en vie celui qu’ils avaient laissé pour mort. Rendu à la vie, le catéchumène fut aussitôt baptisé et le premier il se mit à faire l’éloge des vertus de Martin. La mort et la résurrection biologiques du catéchumène furent immédiatement suivies de sa mort et de sa résurrection baptismales. A partir de ce moment, le renom de Martin, déjà vénéré comme un saint, se répandit dans toute la Gaule. Martin opéra, dans la famille d’un notable  » honorati viri  » du nom de Lupicien, une deuxième résurrection qui prend place parmi les tournées missionnaires de Martin à travers les campagnes du Poitou. Le récit est une réplique abrégée de la scène de Ligugé. Le défunt est un petit esclave qui s’est pendu de désespoir. Emu de compassion, Martin le rend à la vie. C’est cette même compassion qui va arracher notre bon Martin à l’existence paisible et sainte de son ermitage. Car, l’évêque de Tours Litorius étant mort, voilà que la ville avait besoin d’un pasteur. Et le peuple songea immédiatement à Martin. Aux yeux des chrétiens de Tours, il apparaissait le plus digne pour l’épiscopat. Mais comment réussir à le faire sortir de son monastère ? Un certain Rusticus, un notable (son patronyme est purement romain), un des membres influents de la députation qui était sur le point d’échouer, y parvint en suppliant Martin de se rendre au chevet de sa femme qui, disait-il, était mourante. Martin accepta sans hésiter. Cependant, au fur et à mesure qu’ils avançaient, la foule groupée sur les bords de la route acclamait Martin et marchait à sa suite. Dès son entrée dans Tours, ce fut une ovation interminable. Le peuple était unanime : tous avaient le même désir, qu’il accepte de monter sur le siège épiscopal de Tours. Mais, parmi les évêques qui s’étaient déplacés pour l’installation du nouvel évêque, certains s’insurgèrent. Ils disaient de Martin que c’était  » un personnage méprisable, à la mine pitoyable, aux vêtements sales, aux cheveux en désordre, et qu’il n’était pas digne d’être évêque « . Mais le peuple, d’une seule voix, continua à réclamer Martin et entendit bien imposer aux évêques l’ordination d’un moine qui ne leur agréait pas parce qu’il ne payait pas de mine, était trop peu soigné dans sa mise et sa coiffure. Le peuple finit par réussir à tourner en ridicule les mondains qui, en voulant déconsidérer Martin, ne parvenaient qu’à publier ses mérites.
Parmi eux, le principal adversaire de Martin était un évêque, probablement celui d’Angers, dénommé Defensor. Or, le jour de l’intronisation de Martin, le lecteur chargé de lire les textes de la sainte Ecriture au cours de la liturgie d’ordination épiscopale se trouva coincé par la foule massée dans la cathédrale et ne put accéder à l’ambon. L’un des assistants, probablement un clerc habitué au maniement du Psautier, voulant sans doute demander à Dieu une réponse à la mode antique, en se livrant à un tirage de sorts bibliques, ouvrit le Psautier et lut le verset suivant :  » Par la bouche des enfants (à cette époque, le lecteur est généralement un jeune enfant destiné à la cléricature. Sa fonction est de lire les textes bibliques et de psalmodier au cours de l’assemblée liturgique) et des nourrissons tu t’es rendu gloire à cause de tes ennemis pour détruire l’ennemi et le défenseur !  » Il s’agit du verset 3 du psaume 8 dans la version latine, antérieure à celle de saint Jérôme, appelée Vetus latina |le texte latin est le suivant :  » Ex ore infantium et lactantium perfecisti laudem propter inimicos tuos, ut destruas inimicum et defensorem  » ( que saint Jérôme remplace par ultorem ). La traduction à partir de l’hébreu est différente :  » par la bouche des enfants, des tout petits, tu l’établis ( = le Nom de Iahvé ), lieu fort, à cause de tes adversaires pour réduire l’ennemi et le rebelle].
A ces mots, le peuple en liesse fit monter vers le Seigneur clameurs et louanges : la vox populi venait d’être confirmée et la volonté de Dieu manifestée par la voix du psalmiste. La cabale, une minorité de puissants laïcs et quelques évêques, fut confondue. Les clercs de cette époque connaissaient à fond et par cœur leur Psautier. On peut penser qu’à Tours, bien avant l’élection de Martin, le verset 3 du psaume 8 dans la version latine en usage avait fourni la matière de plaisanteries cléricales sur le compte de l’évêque de la cité limitrophe, Angers. La prétendue lecture oraculaire du verset n’a peut-être trompé personne. Auprès d’un public chrétien habitué à la psalmodie, elle a pu remporter le succès d’une plaisanterie éculée, mais renouvelée par l’audace irrévérencieuse, la « parèsia », dirons-nous en grec, de cet à-propos. Déjà, peut-être, en Gaule, à cette époque, le ridicule tuait !
Quant à Martin, si compatissant qu’il fût pour tous les besoins des hommes, si attaché qu’il fût à sa vocation monastique, il consentit à son élection dès lors qu’il vit dans la réussite de la ruse de Rusticius un signe du dessein divin sur lui. Parti pour guérir une malade, il se vit confier la garde de tout un troupeau dont il devint le prisonnier. Ceci se passa probablement le dimanche 4 juillet 370.
……….
La mort et les funérailles de saint Martin de Tours
Saint Martin sait qu’il va mourir. Son décès a dû se produire dans sa 81ème année et dans la première quinzaine du mois de novembre 397, peut-être le 8. Sulpice Sévère nous parle de cette prescience dans une lettre à sa belle-mère, Bassula, qui résidait à Trèves. Martin dut effectuer une visite pastorale dans la paroisse de Candes,  » car les clercs de cette église se querellaient, et il désirait y restaurer la paix… La paix rétablie entre les clercs, il songeait désormais à revenir à son monastère, quand, soudain, ses forces physiques commencèrent à l’abandonner ; il convoque ses frères et leur fait savoir qu’il est mourant. Mais alors, ce fut chagrin et deuil parmi les assistants ; ils n’ont qu’une seule plainte à la bouche : Père, pourquoi nous abandonnes-tu ? A qui nous laisses-tu, dans notre esseulement ? Sur ton troupeau vont se jeter des loups rapaces ; qui nous gardera de leur morsure, si le pasteur est frappé ? Nous savons bien que ton unique désir est le Christ, mais tes récompenses sont hors de toute atteinte : elles ne diminueront pas pour avoir été retardées. Aie plutôt pitié de nous, que tu abandonnes « . Saint Martin fait alors songer à saint Paul dans son épître aux Philippiens. Saint Paul écrit :  » si vivre dans la chair fait fructifier mon œuvre, je ne sais que choisir. Je suis pressé des deux côtés : j’ai le désir de m’en retourner pour être avec le Christ, car c’est de beaucoup le meilleur ; mais rester dans la chair est plus nécessaire à cause de vous. Et dans cette conviction, je sais que je demeurerai et que je resterai près de vous tous pour votre progrès et la joie de votre foi, afin que vous ayez en moi un abondant sujet de vous vanter en Christ Jésus, par mon retour auprès de vous  » ( Ph. 1, 22-26 ). A l’instar de saint Paul, Martin de Tours est partagé entre son désir d’être réuni au Christ par la mort, et celui de continuer à le servir en acceptant de poursuivre auprès de ses moines et de ses ouailles son travail apostolique. Et saint Martin, pour sa part, adresse au Christ cette prière :  » c’est un lourd combat que nous menons, Seigneur, en te servant dans ce corps ; en voilà assez des batailles que j ‘ai livrées jusqu’à ce jour. Mais si tu m’enjoins de rester en faction devant ton camp pour continuer d’y accomplir la même tâche, je ne me dérobe point et je n’invoquerai point les défaillances de l’âge. Je remplirai fidèlement la mission que tu me confies. Tant que tu m’en donneras l’ordre toi-même, je servirai sous tes enseignes. Et bien que le souhait d’un vieillard soit de recevoir son congé, sa tâche terminée, mon courage demeure pourtant victorieux des ans et ne sait point céder à la vieillesse. Mais si désormais tu épargnes mon grand âge, c’est un bien pour moi que ta volonté, Seigneur ? Quant à ceux-ci, pour qui je crains, tu les garderas toi-même « .

L’ultime prière de l’évêque de Tours est celle d’un vieux lutteur qui fut un soldat et qui est parvenu au bout de ses forces :  » un lourd combat mené en te servant dans ce corps (gravis corporeae pugna militiae), les batailles que j’ai livrées jusqu’à ce jour (quod hucusque certavi), rester en faction devant ton camp (pro castris tuis stare), je servirai sous tes enseignes (sub signis tuis militabo) « . C’est une profession de fidélité aux ordres de son divin  » imperator « , de son divin général. Finalement, saint Martin de Tours meurt en moine et en pasteur, c’est-à-dire en évêque et non pas, comme ce sera trop souvent le cas jusqu’à nos jours, hélas, en administrateur. En pasteur, puisqu’il meurt dans une de ses paroisses, à Candes, au cours d’une visite pastorale ayant eu pour fin éminemment épiscopale de rétablir la concorde à l’intérieur du  » presbyterium « . En moine allongé dans la cendre, en ascète étendu sur le cilice, refusant d’adoucir ses souffrances de vieillard agonisant en acceptant  » que l’on plaçât du moins sous son corps de misérables couvertures « .
Quant aux funérailles, qui eurent lieu peut-être le 11 novembre 397, elles furent triomphales.  » Tout naturellement, le pasteur menait devant lui ses troupeaux : pâles foules et cohortes en pallium d’une sainte multitude, vieillards aux labeurs émérites ou jeunes recrues qui venaient de prêter leurs serments au Christ. Ensuite venait le chœur des vierges : si, par pudeur, elles s’abstenaient de pleurer, sous quelle sainte joie dissimulaient-elles leur souffrance ! Car la foi eût interdit les pleurs, mais l’affection ne leur en arrachait pas moins des gémissements. Et de fait, il y avait autant de sainteté, dans leur exultation de sa gloire, que de piété dans leur tristesse de sa mort. On pouvait pardonner à leurs larmes, on pouvait se féliciter de leur joie : chacun faisant en sorte de souffrir pour lui-même et de se réjouir pour Martin. Cette troupe escorte donc de la mélodie de ses hymnes célestes le corps du bienheureux jusqu’au lieu de sa sépulture « .
Mais ne nous y trompons pas : le titre de gloire le plus authentique et le plus durable de saint Martin de Tours, est secret et invisible. Ce titre est d’être mort comme il n’avait cessé de vivre depuis qu’il s’était donné tout entier au Christ : comme un pauvre de Iahvé (Cf Albert Gelin. Les pauvres de Yahvé. Paris, 1954), qui, tel le personnage de Lazare dans la parabole lucanienne ( Lc. 16, 19-31), se trouve dans le sein d’Abraham. La vie de saint Martin nous enseigne qu’à l’encontre de la sagesse purement humaine, l’existence chrétienne bien comprise est une folie de la croix selon laquelle, pour pénétrer dans la sphère d’existence de la plénitude divine, l’homme n’a que l’ouverture de son vide à offrir à Dieu, avec l’aveu défaillant de sa misère et de sa faiblesse. La vie toute entière de saint Martin de Tours vérifie et démontre, d’une manière existentielle, vécue, concrète, et non pas discursive et abstraite, intellectuelle, ce fait que, dans ses Béatitudes, Jésus se plait à renverser les normes terrestres de bonheur et à briser l’orgueilleuse fermeture de la perfection humaine enfermée dans son immanence close. La grande leçon de la vie de saint Martin, évêque de Tours, c’est l’affirmation que l’homme n’a pas été créé par Dieu pour être rempli de soi-même, mais afin de n’être qu’un pur réceptacle de Dieu, c’est la proclamation de l’éminente dignité de l’humilité, de la mort vivifiante au vieil homme et de sa résurrection en Christ ressuscité à la vie de l’homme nouveau, de la pauvreté spirituelle chantée par la première Béatitude :  » Bienheureux les pauvres en esprit « , bienheureux les pauvres dans le saint Esprit !
Saint Martin de Tours est commémoré le 12 novembre dans les synaxaires grecs et le 12 octobre dans les documents slaves, mais sa fête est traditionnellement fixée au 11 novembre en Occident, jour de ses funérailles. Lorsque, dans notre cher Midi, l’automne est ensoleillé et chaud, on parle  » d’été de la saint Martin « . Dans la Provence de Frédéric Mistral, la fête de saint Martin était une date pour la location des valets de ferme. La date de cette fête, c’est-à-dire, après les vendanges, explique l’expression provençale de jadis  » faire sant Martin « , c’est-à-dire boucher les tonneaux, et, à cette occasion, monter à califourchon sur les fûts pour goûter le vin nouveau avec un chalumeau. Pour la même raison, on rencontre, dans l’œuvre de Rabelais, l’expression  » martiner « . Dans son  » Tresor dou Felibrige « , Mistral cite de nombreux proverbes provençaux qui relient la fête de saint Martin de Tours aux vendanges. Saint Martin de Tours fut le premier confesseur ( non martyr ) objet d’un culte public en Occident. Ses reliques attirèrent pendant de nombreux siècles des foules de pèlerins, et il est considéré comme le saint protecteur de la France.

Marie Borrély in « Orthodoxes à Marseille »

MALTE (..ET SAINT PAUL)

11 novembre, 2013

http://456-bible.123-bible.com/calmet/M/malte.htm

(Je ne crois pas un site catholique , mais je ne comprends pas l’origine!)

MALTE (..ET SAINT PAUL)

Melita , île célèbre dans la mer d’Afrique. On croit que son nom de Melita lui vient de la grande quantité de miel qui s’y trouvait autrefois. Sa longueur est d’orient en occident , et sa largeur du septentrion au midi. Son circuit est de soixante milles, ou de vingt lieues. Cette île est attribuée à l’Afrique par les géographes , parce que, tirant une ligne de l’orient à l’occident, elle se trouve enfermée dans la mer d’Afrique. Son terrain est pierreux et ingrat. Elle porte toutefois d’excellents fruits , des melons et du coton.
 Saint-Paul, ayant fait naufrage sur les côtes de Malte , fut très-bien reçu avec ses compagnons par ceux de cette île, qui leur donnèrent le couvert , et leur allumèrent du feu pour les sécher. Mais saint Paul ayant pris un fagot de sarments pour le jeter au feu (Ac 28 :1-3), une vipère qui y était cachée, ayant senti la chaleur, se jeta à la main de Paul, qui, sans s’effrayer, la secoua dans le feu. Les assistants se disaient l’un à l’autre : Il faut quecet homme soit un homicide , puisqu’après avoir échappé du naufrage , la vengeance divine le poursuit encore. Ils s’attendaient à tout moment de le voir tomber mort; mais, considérant qu’il ne lui en était rien arrivé, ils commencèrent à le regarder comme une divinité.
 Publius , gouverneur de l’île , les reçut fort humainement , et les traita fort bien pendant trois jours. Comme son père était malade de fièvre et de dyssenterie, saint Paul l’alla voir, lui imposa les mains et le guérit. Alors tous ceux de l’île qui avaient des malades les lui amenèrent, et il leur rendit la santé; et lorsque saint Paul et sa compagnie se rembarquèrent , ils les pourvurent abondamment de tout ce qui leur était nécessaire pour le voyage. On assure que depuis l’arrivée de saint Paul à Malte , il n’y a plus ni vipère, ni aucun autre animal venimeux, et que ceux même qu’on y porte d’ailleurs n’y peuvent vivre, surtout en l’endroit où saint Paul fut mordu , qui est une caverne d’où l’on emporte tous les jours de la terre et des pierres , pour chasser les animaux venimeux , et pour servir de préservatif et de remède contre les morsures des scorpions et des serpents. On ne peut pas dire que ce soit une propriété naturelle du pays, puisque, quand saint Paul y aborda, les habitants l’ayant vu mordu d’une vipère, jugèrent qu’il allait tomber mort. Cela ne peut donc venir que de la bénédiction particulière de saint Paul, qui s’étendit sur toute l’île. Un voyageur assure qu’on y voit de petits enfants manier les scorpions sans danger. Plusieurs Maltais se convertirent à la prédication de saint Paul, et la maison de Publius, qui en fut le premier évêque, fut changée en église. Saint Paul y demeura trois mois entiers.
 Un religieux de la Charité, natif de cette île, m’a écrit que Malte était une ancienne colonie des Carthaginois , qu’elle avait toujours parlé le langage d’Afrique, comme elle fait encore aujourd’hui ; que c’est pour cela que ceux qui étaient avec saint Paul, qui tous étaient Grecs ou Latins, appellent les Maltais barbares ; que les Romains n’y ont jamais introduit leur langue parmi le peuple; qu’on y parle aujourd’hui arabe parmi le peuple ; qu’à la Valette on parle italien, à cause des chevaliers qui y ont leur demeure ; mais que les peuples de la campagne n’entendent point cette langue ; qu’à la vérité il y a deux paroisses de Grecs à la Valette : mais elles sont pour les Grecs qui sont sortis de Rhodes avec les .chevaliers et ont suivi leur fortune à Malte ; que, malgré toutes les révolutions qui sont arrivées à cette île, elle a toujours conservé la religion catholique dans sa pureté depuis saint Paul jusqu’aujourd’hui.
 Il m’écrit de plus que le lieu où saint Paul échoua est une langue de terre baignée par la mer de deux côtés, située au nord de l’île, et à l’ouest de son étendue, qu’on a appelé toujours depuis le cale de saint Paul; que ta tradition de cette île est que saint Paul fut véritablement mordu d’une vipère, et qu’en la secouant dans le feu il maudit toutes les vipères de l’île, et que toutes celles qu’on y a vues depuis sont sans venin ; car il y en a encore aujourd’hui, mais elles ne sont pas dangereuses. On en a quelquefois porté en Sicile par curiosité, et aussitôt qu’elles sont arrivées en cette île, elles sont devenues venimeuses comme les autres; et dès qu’on les a rapportées à Malte, elles ont perdu leur qualité venimeuse.
 Il ajoute qu’on trouve tous les jours quantité de vipères et d’autres serpents pétrifiés dans l’île de Malte, comme aussi des langues, des yeux, des viscères de serpents, qui ont tous la vertu de garantir de la morsure des animaux venimeux ceux qui en portent sur eux quelques morceaux ; et pour ceux qui n’en portent point ou qui n’en ont point, s’il leur arrive d’avoir été mordus par un serpent, ils se guérissent sûrement en prenant dans de. l’eau de la râclure de ces serpents pétrifiés, ou de leurs langues, de leurs yeux ou de leurs viscères aussi pétrifiés, ou même de la râclure des pierres de la grotte où saint Paul a logé ; et cela n’est point un effet du climat du pays ; puisqu’avant son arrivée à Malte les vipères et les autres animaux venimeux y étaient aussi dangereux qu’ailleurs.
 Il existe, dit Barbié du Bocage, deux opinions relativement à l’île de Malte, sur laquelle la tempête jeta saint Paul : l’une, toute vivante dans Ille de Malte, située entre la Sicile et l’Afrique, veut que ce soit sur cette île que le saint Apôtre ait trouvé son salut ; l’autre, qui offre aussi quelque vraisemblance, le fait aborder dans l’île de Méléda, au nord-ouest de Raguse, sur la côte de Dalmatie. Il faut, dans cette dernière opinion, supposer que, lorsque la tempête surprit saint Paul dans son vogage à Rome, Brindes était le port vers lequel on se dirigeait pour aborder en Italie ; et en effet, Brindes était alors le port le plus fréquenté pour le passage de l’Italie. en Grèce, et réciproquement. La tempête aurait, dans ce cas, porté le navire plus au nord que la position de Brindes, l’aurait fait échouer sur le rivage de Méléda.

L’autre opinion est pourtant plus communément partagée.
  M. Michaud a vu l’île de Malte en revenant de l’Orient. La ville se compose de deux cités : l’ancienne, c’est Malte ; la nouvelle, c’est la Valette. Ou appelle la cité de Malte, la cité vieille ou la cité notable. a J’ai voulu la visiter, dit M. Michaud (Corresp. d’Orient, lettr. CLXXXVIII, tom. VII, pag. 469, 470); on en fait remonter l’origine aux Carthaginois ; elle est aussi bien bâtie que la Valette; mais ses rues sont désertes ; on nous a montré hors de la ville la grotte miraculeuse de saint Paul, et les souterrains qu’on appelle Catacombes : la grotte est taillée dans une pierre molle qui se reproduit, dit-on, à mesure qu’on en détache des fragments; à côté de cette merveille de la nature est une belle statue en marbre de saint Paul. Tout le monde sait que saint Paul fut jeté dans l’île par un naufrage, et qu’il y apporta la parole de l’Evangile. C’est à un miracle du saint Apôtre que les Maltais attribuent la faveur de n’avoir point dans leur pays des reptiles venimeux.

Visite virtuelle de la Basilique Saint-Jean-de-Latran, Vatican

8 novembre, 2013

http://www.vatican.va/various/basiliche/san_giovanni/vr_tour/index-it.html

Basilique Saint-Jean-de-Latran, Vatican, située à Rome

8 novembre, 2013

Basilique Saint-Jean-de-Latran, Vatican, située à Rome dans images sacrée 719px-Lazio_Roma_SGiovanni2_tango7174

Basilique Saint-Jean-de-Latran, Vatican, située à Rome, Latium, Italie. Avec sa longueur de 121,84 mètres, cette Basilique se classe au 15è rang parmi les plus grandes églises au monde

http://en.wikipedia.org/wiki/File:Lazio_Roma_SGiovanni2_tango7174.jpg

 

9 NOVEMBRE: FÊTE DE LA DÉDICACE DE LA BASILIQUE SAINT-JEAN DU LATRAN

8 novembre, 2013

http://missel.free.fr/Sanctoral/11/09.php

9 NOVEMBRE: FÊTE DE LA DÉDICACE DE LA BASILIQUE SAINT-JEAN DU LATRAN

(Je mets dans de nombreux cas pour les saints et les fêtes de ce site, mais il me semble le meilleur , cette année est Jean 2 , 13,22)

RAPPEL HISTORIQUE
A. Corsini, Monument en l’honneur de Louis XV, chapelle Sainte Anne, sacristie, Saint-Jean-de-Latran, Rome, (stuc, marbre et lapis-lazuli). En 1729, Louis XV offrit au chapitre de Saint-Jean-de-Latran les revenus de deux prieurés dépendant de l’abbaye de Clairac. En remerciement, les chanoines décidèrent de lui élever un monument: l’œuvre en stuc, marbre, lapis-lazuli et bronze doré est toujours conservée dans la sacristie au-dessus d’une porte de la chapelle Sainte Anne.
Des documents retrouvés aux archives du chapitre du Latran permettent de retracer l’élaboration de ce monument resté jusqu’à présent totalement méconnu des historiens d’art. Le grand relief, qui s’inscrit dans la tradition des imposants monuments de la Rome baroque, fut sculpté par l’artiste bolonais Agostino Corsini de 1730 à 1733.
Si le monument fut connu à Versailles par l’envoi d’estampes gravées par Miguel Sorello, son érection semble avoir été ignorée à Rome. La correspondance de l’ambassadeur de France en Italie évoque à cette période divers problèmes diplomatiques soulevés à l’occasion de la construction de la façade orientale du Latran, et montre combien ce contexte historique très particulier était peu favorable à la célébration du monument en l’honneur de Louis XV.
Servant des servants de Dieu:
le Pape Innocent XIII officie au Latran
Extrait des Souvenirs de la Marquise de Créquy de 1710 à 1803,
(Paris, Garnier Frères, s.d. – vers 1839),

Tome II, pp133-135:
Au moment où le pape Innocent XIII faisait son entrée dans la Basilique de Saint-Jean de Latran qui est l’église cathédrale de Rome, car celle de Saint-Pierre n’est, à proprement parler, qu’un grand oratoire et que la chapelle palatine du Vatican, ceci dans la hiérarchie sacerdotale, au moins, et suivant les traditions presbytérales de la ville sainte, je vous dirais que je m’y trouvais placée dans une tribune, à côté de la Duchesse d’Anticoli, belle-soeur du Pape, et qu’on y vit s’exécuter subitement, au milieu de la nef et du cortège, un temps d’arrêt, précédé par une sorte de mouvement tumultueux dont il était impossible de s’expliquer la cause. Nous vîmes ensuite que toute cette foule empourprée, solennelle et surdorée des Princes de l’Eglise et des Princes du Soglio, s’éloigna du Saint-Père en laissant un grand cercle vide autour de lui. Les douze caudataires du Pape avaient laissé tomber son immense robe de moire blanche qui couvrait, derrière lui, peut-être bien soixante palmes de ce beau pavé de Saint-Jean de Latran. (Je me rappelle que ces caudataires étaient revêtus de vastes simarres en étoffe d’or avec des bordures en velours cramoisi.) Cependant, le Pape était resté debout, tout seul au milieu de la nef, la tiare en tête et la crosse d’or à la main. — Chi sa? Chi non sa? Che sarà dunque? — C’était un transtevère, un villanelle, un soldat peut-être, et c’était dans tous les cas un homme du peuple avec un air sauvage et la figure d’un bandit, qui avait demandé à se confesser au Souverain Pontife, afin d’en obtenir l’absolution d’un caso particolar e pericoloso. Le Saint-Père n’avait pas voulu se refuser à cette demande, qu’il aurait pu trouver téméraire, en bonne conscience, et sans manquer à la charité pontificale ; il se fit spontanément, comme on a dit pour la première fois à l’assemblée nationale, un profond silence, et pendant cette confession, qui dura huit ou dix minutes, notre Saint Père eut constamment son oreille inclinée jusqu’à la bouche de ce villageois qui était agenouillé à ses pieds. Je remarquai que tout de suite après avoir entendu les premiers mots de cet aveu, la figure du Pape était devenue d’une pâleur extrême: il avait eu l’air d’éprouver un saisissement douloureux, un sentiment d’effroi compatissant et de consternation. Après avoir proféré quelques paroles à voix très basse, il imposa une de ses mains sur la tête du pénitent auquel il fit baiser l’anneau du Pêcheur, et Sa Sainteté (c’est un mot qui n’est pas ici de simple formule) éleva pour lors sa tête et ses yeux vers le ciel, avec un air de simplicité, de miséricorde et de majesté surhumaine! — Les Cardinaux chefs d’ordres, les Princes romains, les Patriarches latins et grecs, avec les autres Assistants du Soglio, reprirent leurs places auprès du Souverain Pontife: la magnifique procession se remit en marche, et cet homme alla se perdre dans la foule.

SERMON SUR LA DÉDICACE DE L’EGLISE
La dédicace que nous commémorons aujourd’hui concerne, en réalité, trois maisons. La première, à savoir le sanctuaire matériel, est établie soit dans une maison réservée jadis à des usages profanes et convertie en église soit dans une construction neuve destinée au culte divin et à la dispensation des biens nécessaires à notre salut (…) Il faut certes prier en tout lieu et il n’y a vraiment aucun lieu où l’on ne puisse prier. C’est une chose pourtant très convenable que d’avoir consacré à Dieu un lieu particulier où nous tous, chrétiens qui formons cette communauté puissions nous réunir, louer et prier Dieu ensemble, et obtenir ainsi plus facilement ce que nous demandons, grâce à cette prière commune, selon la parole : « Si deux ou trois d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père.1 »
(…) La deuxième maison de Dieu, c’est le peuple, la sainte communauté qui trouve son unité dans cette église, c’est-à-dire vous qui êtes guidés, instruits et nourris par un seul pasteur ou évêque. C’est la demeure sprituelle de Dieu dont notre église, cette maison de Dieu matérielle, est le signe. Le Christ s’est construit ce temple spirituel pour lui-même, il l’a unifié et l’a consacré en adoptant toute les âmes qu’il fallait sauver et en les sanctifiant. Cette demeure est formée des élus de Dieu passés, présents et futurs, rassemblés par l’unité de la foi et de la charité, en cette Eglise une, fille de l’Eglise universelle, et qui ne fait d’ailleurs qu’un avec l’Eglise universelle. Considérée à part des autres Eglises particulières, elle n’est qu’une partie de l’Eglise, comme le sont toutes les autres Eglises. Ces Églises forment cependant toutes ensemble l’unique Eglise universelle, mère de toutes les Eglises. Si donc on la compare avec l’Eglise tout entière, cette Eglise-ci, notre communauté, est une partie ou une fille de toute l’Église et, en tant que sa fille, elle lui est soumise, puisqu’elle est sanctifiée et conduite par le même Esprit.
En célébrant la dédicace de notre église, nous ne faisons rien d’autre que de nous souvenir, au milieu des actions de grâce, des hymnes et des louanges, de la bonté que Dieu a manifestée en appelant ce petit peuple à le connaître. Nous nous rappelons qu’il nous a aussi accordé la grâce non seulement de croire en lui, mais encore de l’aimer, lui, Dieu, de devenir son peuple, de garder ses commandements, de travailler et de souffrir par amour pour lui.
(…) La troisième maison de Dieu est toute âme sainte vouée à Dieu, consacrée à lui par le baptême, devenue le temple de l’Esprit Saint et la demeure de Dieu. (…) Lorsque tu célèbres la dédicace de cette troisième maison, tu te souviens simplement de la faveur que tu as reçue de Dieu quand il t’a choisi pour venir habiter en toi par sa grâce.
Lanspergius le Chartreux2

1 EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, XVIII 19.
2 Johannes-Justus Grecht est dit Lanspergius, du nom de sa ville natale, Landsberg (Lanspergius, en latin), qui est située sur le Lech, en haute Bavière. Né vers 1490, il étudia la philosophie à la faculté des arts de Cologne. Bachelier ès arts, il entra à la chartreuse Sainte-Barbe de Cologne où il fit profession en 1509. Après des études théologie, il fut ordonné prêtre. Selon ce qu’il écrivit dans une lettre de direction, il estimait beaucoup le silence cartusien et la curiosité excessive lui pesait ; « en dix ans, il ne rompit jamais le silence consciemment et de son propre mouvement. » Son confrère Bruno Loher, auteur de sa Vita, loue son ascèse rigoureuse, sa piété et ses vertus ; il mentionne notamment le témoignage de parfaite obéissance aux supérieurs exprimé peu avant sa mort. De 1523 à 1530, il fut vicaire et maître des novices. De 1530 à 1535, il fut prieur de la chartreuse de Vogelsang ; il était en même temps prédicateur à la cour de Jean III, duc de Juliers, Clèves et Berg, et confesseur de la duchesse Marie. Entre temps, il fut aussi co-visiteur de la province rhénane de son ordre. Malade, il revint comme vicaire à la chartreuse de Cologne. Il mourut le 11 août 1539, « après avoir mené pendant trente ans une vie sainte et digne de louanges dans le saint ordre des chartreux. » La chartreuse de Cologne étant un centre spirituel très actif, Lanspergius eut une grande influence jusqu’au XVIII° siècle où saint Alphonse-Marie de Ligori le tient pour un grand maître spirituel.

SERMON CCCXXXVI
La solennité qui nous réunit est la dédicace d’une maison de prière. La maison de nos prières, nous y sommes ; la maison de Dieu, c’est nous-mêmes. Si la maison de Dieu, c’est nous-mêmes, nous sommes construits en ce monde, pour être consacrés à la fin du monde. L’édifice, ou plutôt sa construction, se fait dans la peine ; la dédicace se fait dans la joie.
Ce qui se passait, quand s’élevait cet édifice, c’est ce qui se passe maintenant quand se réunissent ceux qui croient au Christ. Lorsque l’on croit, c’est comme lorsque l’on coupe du bois dans la forêt et que l’on taille des pierres dans la montagne ; lorsque les croyants sont catéchisés, baptisés, formés, c’est comme s’ils étaient sciés, ajustés, rabotés par le travail des charpentiers et des bâtisseurs.
Cependant, on ne fait la maison de Dieu que lorsque la charité vient tout assembler. Si ce bois et cette pierre n’étaient pas réunis selon un certain plan, s’ils ne s’entrelaçaient pas de façon pacifique, s’ils ne s’aimaient pas, en quelque sorte, par cet assemblage, personne ne pourrait entrer ici. Enfin, quand tu vois dans un édifice les pierres et le bois bien assemblés, tu entres sans crainte, tu ne redoutes pas qu’il s’écroule.
Le Christ Seigneur, parce qu’il voulait entrer et habiter en nous, disait, comme pour former son édifice : « Je vous donne un commandement nouveau, c’est que vous vous aimiez les uns les autres.3 C’est un commandement, dit-il, que je vous donne. » Vous étiez vieux, vous n’étiez pas une maison pour moi, vous étiez gisants, écroulés. Donc, pour sortir de votre ancien état, de votre ruine, aimez-vous les uns les autres.
Que votre charité considère encore ceci : cette maison est édifiée, comme il a été prédit et promis, dans le monde entier. En effet, quand on construisait la maison de Dieu après la captivité, on disait dans un psaume : « Chantez au Seigneur un chant nouveau ; chantez au Seigneur terre entière.4 » On disait alors : « un chant nouveau » ; le Seigneur a dit : « un commandement nouveau. » Qu’est-ce qui caractérise un chant nouveau, sinon un amour nouveau ? Chanter est le fait de celui qui aime. Ce qui permet de chanter c’est la ferveur d’un saint amour.
Ce que nous voyons réalisé ici physiquement avec les murs doit se réaliser spirituellement avec les âmes ; ce que nous regardons ici accompli avec des pierres et du bois, doit s’accomplir dans vos corps, avec la grâce de Dieu.
Rendons grâce avant tout au Seigneur notre Dieu : les dons les meilleurs, les présents merveilleux viennent de lui. Célébrons sa bonté de tout l’élan de notre coeur. Pour que soit construite cette maison de prière, il a éclairé les âmes de ses fidèles, il a éveillé leur ardeur, il leur a procuré de l’aide ; à ceux qui n’étaient pas encore décidés, il a inspiré la décision ; il a secondé les efforts de bonne volonté pour les faire aboutir. Et ainsi Dieu, « qui produit, chez les siens, la volonté et l’achèvement parce qu’il veut notre bien », c’est lui qui a commencé tout cela, et c’est lui qui l’a achevé.
Saint Augustin
(sermon pour une dédicace)

3 EVANGILE SELON SAINT JEAN, XIII 34.
4 Psaume XCVI (XCV) 1.
La liturgie
La liturgie de la dédicace vise essentiellement à préparer un lieu pour la célébration eucharistique, une demeure de Dieu parmi les hommes. « C’est, a écrit le R.P Louis Bouyer, la sacralisation du lieu où s’accomplit l’Eucharistie dans l’Eglise, mais on pourrait aussi bien dire du lieu où l’Eglise s’accomplit dans l’Eucharistie. »
La dédicace utilise largement le quadruple symbolisme de l’eau de l’huile, du feu et de la lumière. Certains de ses rites, de caractère apotropaïque remontent à la nuit des temps : toutes les religions, en effet, ont délimité des espaces sacrés en commen­çant par en détourner (c’est le sens du mot apotropaïque) les puissances maléfiques.
Il y a donc, dans la liturgie de la dédicace, une bénédiction de l’eau suivie d’une aspersion des fidèles et de l’autel : « O Dieu, cette eau, sanctifiez-la donc par votre bénédiction ; répandue sur nous, qu’elle devienne le signe de ce bain salutaire où, purifiés dans le Christ, nous sommes devenus le temple de votre Esprit. Nous vous en supplions, faites qu’elle soit délivrée de la maligne in­fluence des esprits impurs et que tous les maux s’en éloignent par la vertu de votre bienveillante protection. Quant à nous qui, avec tous nos frères, allons célébrer les divins mystères, accordez-nous de parvenir à la Jérusalem céleste. »
Déjà apparaît dans cette oraison de bénédiction ce qui est sous-jacent à toute la liturgie de la dédicace son aspect escha­tologique ; l’église de pierres est l’image et la préfiguration de l’Eglise du Ciel. Cette Eglise du Ciel, on n’y arrive que par le passage obligé de la Croix du Christ. Le mystère chrétien est mystère de mort et de résurrection ; cela est éclatant dans la liturgie baptismale. Le monde entier doit être reconquis par la Croix, cette Croix sur laquelle le Christ s’est offert à son Père dans le sacrifice par lequel il a racheté le monde. C’est pourquoi, dans le rite de la dédicace, douze croix sont tracées sur les murs de l’église et chacune d’elle est ointe de saint chrême par l’évêque après qu’il en ait largement répandu sur l’autel. En cette consécration de l’autel culmine d’ailleurs toute la liturgie de la dédicace.
Dans l’autel du sacrifice eucharistique on place solennellement des reliques de martyrs et de saints apportées en procession. Elles associent en quelque sorte, à l’unique sacrifice du Christ offert une fois pour toutes, les martyrs qui ont donné leur vie pour Lui et les autres saints qui ont vécu pour Lui, complétant, comme le dit saint Paul, ce qui manque à la Passion du Christ.
Après ce rite qui se déroule au chant de psaumes et d’antiennes, l’évêque embrase l’encens qu’il a répandu sur l’autel : au rite et au symbole de l’eau, puis de l’huile, s’ajoute celui du feu qui se complétera par l’illumination des cierges lorsque l’autel aura été recouvert de nappes neuves et blanches, tout comme les nouveaux baptisés sont revêtus de vêtements blancs. Des psaumes, des répons et des antiennes accompagnent ces rites significatifs par eux-mêmes mais dont les textes bibliques chantés accentuent encore le sens profond.
La prière consécratoire chantée par l’évêque, et la Préface qui introduit le canon de la messe qui suit, font percevoir « comment dans l’Eglise de la terre nous participons déjà à l’Eucharistie perpétuelle, à l’action de grâce perpétuelle des chœurs angéliques, et au culte éternel du Père par son Fils incarné. » L’une et l’autre formulent de la manière la plus expressive l’assomption et la rénovation, dans l’unique consécration du sacrifice chrétien, de toutes les formes de consécration antérieures, soit naturelles, soit de l’Ancien Testament.
« Nous vous supplions instamment, Seigneur, de daigner répandre votre grâce sanctificatrice sur cette église et sur cet autel, afin que ce.lieu soit toujours saint et cette table toujours prête pour le sacrifice du Christ. Qu’en ce lieu, l’onde de la grâce divine engloutisse les péchés des hommes afin que, morts au péché, vos fils renaissent à la vie céleste. »
« Qu’en ce lieu retentisse un sacrifice de louange qui vous soit agréable ; que monte sans cesse vers vous la voix des hommes unie aux chœurs des anges et la supplication pour le salut du monde. »
« Père Saint, vous qui avez fait du monde entier le temple de votre Gloire, afin que votre nom fût glorifié en tous lieux, vous ne refusez pas cependant que vous soient dédiés des lieux propres à la célébration des divins mystères : dans l’allégresse nous consacrons donc à votre majesté cette maison de prière que nous avons construite. »
« En ce lieu est abrité le mystère du vrai Temple et l’image de la Jérusalem céleste y est figurée d’avance : en effet, du Corps de votre Fils, né de la Vierge Marie, vous avez fait un temple qui vous est consacré et en qui habite la plénitude de la divinité. Vous avez établi l’Eglise comme la cité sainte, fondée sur les Apôtres. Elle a pour pierre d’angle le Christ Jésus et doit être construite de pierres choisies, vivifiées par l’Esprit et cimentées par la charité; Cité où vous serez tout en tous, à travers les siècles et où brillera éternellement la lumière du Christ. »

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