Archive pour novembre, 2013

SS. PIERRE ET PAUL APÔTRES (DÉDICACE DES BASILIQUES) 18 NOVEMBRE

18 novembre, 2013

http://www.cassicia.com/FR/Dedicace-des-Basiliques-Saint-Pierre-et-Saint-Paul-a-Rome-Fete-le-18-novembre-No_581.htm
 
SS. PIERRE ET PAUL APÔTRES (DÉDICACE DES BASILIQUES) 18 NOVEMBRE

On lit au début du Martyrologe romain de ce jour :

« À Rome, la Dédicace des Basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul, dont la première, ayant été agrandie et ornée, fut solennellement consacrée en ce jour par le Pape Urbain VIII en 1626. »
La seconde (Saint-Paul), réduite en cendres (en 1823) par un violent incendie, a été reconstruite sous les règnes de Léon XII, de Pie VIII, de Grégoire XVI et de Pie IX. Ce dernier a consacré solennellement le nouvel édifice (le 10 décembre 1854), en présence de la plupart des Cardinaux et des Évêques qui avaient assisté, le 8 décembre, à la définition dogmatique de l’Immaculée Conception de la très Sainte Vierge Marie.
Basilique majeure Saint-Pierre du Vatican
Basilique majeure Saint-Pierre du Vatican
1010
Après avoir célébré le 5 août la Dédicace de la Basilique Sainte-Marie-aux-Neiges, plus connue sous le nom de Sainte-Marie Majeure à Rome, le 29 septembre celle de Saint-Michel, le 9 novembre celle de Saint-Jean de Latran, et au cours du même mois celle de toutes les églises de chaque diocèse, l’Église fête aujourd’hui celle des Basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul à Rome.
Tous ces anniversaires se fêtent de la sorte pendant le Temps après la Pentecôte, période pendant laquelle nous donnons toutes nos pensées à l’Église et aux Saints dont nos temples sont l’image vivante.
La basilique de Saint-Pierre au Vatican, et celle de Saint-Paul hors-les-Murs, construites toutes deux par les soins de Constantin à l’endroit même de leur martyre, le cèdent à peine, quant à leur origine et à leur importance, à celle de Saint-Jean de Latran.
Elles furent également consacrées par le pape saint Sylvestre, et cette cérémonie eut lieu le 18 novembre.

LA BASILIQUE SAINT-PIERRE
L’église de Saint-Pierre s’élève sur l’emplacement du cirque de Néron, et sous son maître-autel reposent les restes sacrés du Chef des Apôtres qui en font, avec Saint-Jean de Latran, le centre du monde Chrétien tout entier.
C’est là que se chante solennellement la Messe à la fête des saints Apôtres Pierre et Paul, le 29 juin, et à celles de la Chaire de saint Pierre, le 18 janvier et le 22 février. Cette église déjà remarquable au IVe siècle fut agrandie plus tard, puis reconstruite au XVIe siècle, alors qu’elle tombait de vétusté.
Jules II et Léon X firent appel aux plus grands artistes du temps et les plans combinés de Bramante et de Michel-Ange donnèrent naissance, sur la tombe de saint Pierre à l’église la plus vaste (45.000 fidèles peuvent tenir) et la plus riche de l’univers. Urbain VIII la consacra le 18 novembre 1626.

LA BASILIQUE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS
La Basilique de Saint-Paul, située à l’autre extrémité de la Ville, fut élevée de même au IVe siècle sur le tombeau de l’Apôtre des Gentils. On y célèbre solennellement la Messe le jour de la Commémoraison de saint Paul le 30 juin, et le jour de sa Conversion le 25 janvier.
Ayant été presque complètement détruite par un incendie en 1823, cette église fut reconstruite avec une magnificence inouïe par les papes Grégoire XVI et Pie IX, et consacrée par ce dernier, le 10 décembre 1854. Ce fut lui aussi qui institua cette fête, en réunissant les anniversaires de ces deux Dédicaces sous la date primitive du 18 novembre.

INITIATION AU MONACHISME DES PREMIERS SIÈCLES CHRÉTIENS – CHAPITRE I –

18 novembre, 2013

http://www.scourmont.be/studium/dupont/

INITIATION AU MONACHISME DES PREMIERS SIÈCLES CHRÉTIENS

CHAPITRE I  -

(seule une partie des ailes 4 , suivie par jusqu’à 9 – seulement à la partie 4 , suivie par jusqu’à 9,  IVol. 1 : Égypte et Palestine)

LES ANTECEDENTS

DU MONACHISME CHRETIEN

1. DANS L’ANCIEN TESTAMENT
En scrutant l’Ancien Testament (même si vous utilisez un super ordinateur en six langues… mais rien ne vaut de faire le travail par soi-même!), on ne trouve pas de « moines » à proprement parler. Par contre, on trouve quelques traits de spiritualité monastique. C’est ce dont je vais vous entretenir présentement et qui vous permettra de mieux comprendre combien le monachisme chrétien est radicalement nouveau ; il est évangélique; il est une bonne nouvelle vécue.
Cette trace de spiritualité monastique est le naziréat. Qu’est-ce? Le mot signifie « consacré », et, très précisément le terme hébreu signifie « vœu ». Regardons tout d’abord les textes puis nous déduirons la structure de cette consécration.
- Gen. 49,26 « Que les bénédictions du Seigneur viennent sur la tête de Joseph, sur le front du consacré d’entre ses frères ». (Cf en parallèle : Dt, 33,16). Vous me direz que cela n’apporte pas grand chose! Mais tout de même on apprend ainsi que cette pratique du naziréat est très ancienne, qu’elle est antérieure à Moïse. Ce texte s’éclaire par d’autres : (Soit dit en passant, cette méthode d’étude de textes les uns par les autres est spécifiquement de la lectio divina).
- Juges 13,5-7 : « Le rasoir ne passera pas sur sa tête car l’enfant sera nazir de Dieu ».(il s’agit de Samson). Voir aussi Juges 13,13-14.
- Juges 16,17 : « Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête car je suis nazir de Dieu depuis le sein de ma mère. »
De ces passages du Livre des Juges, on déduit que le naziréat se signale par :
. la chevelure jamais coupée
. l’abstinence même de raisin, de toute nourriture impure
. le nazir (ici Samson) est un charismatique : il est agité par l’esprit de Dieu (Juges 13,25).
. Il ne se sépare pas du reste du peuple, et ceci est radicalement différent de ce que pratiquera le monachisme chrétien.
- 1 Sam.1,11 : « Alors je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie et le rasoir ne passera pas sur sa tête ».
- Mais le principal texte concernant le naziréat dans l’Ancien Testament se trouve dans le Livre des Nombres, 6,11 sq. :
 » Quand un homme ou une femme entend s’acquitter d’un vœu, le vœu de naziréat, par lequel il est voué au Seigneur, il s’abstiendra de vin et de boissons fermentées, il ne boira pas le vinaigre que l’on tire de l’un ou de l’autre, il ne boira aucun jus de raisin, il ne mangera ni raisins frais ni raisins secs. Durant tout le temps de sa consécration il ne prendra aucun produit du cep de vigne, depuis le verjus jusqu’au marc. Aussi longtemps qu’il sera consacré par son voeu, le rasoir ne passera pas sur sa tête; jusqu’à ce que soit écoulé le temps par lequel il s’est voué au Seigneur, il sera consacré et laissera croître librement sa chevelure. Durant tout le temps de sa consécration au Seigneur, il ne s’approchera pas d’un mort, ni par son père, ni par sa mère (…) car il porte sur sa tête la consécration de son Dieu. Durant tout le temps de son naziréat, il est consacré au Seigneur  » .
Puis aux versets 13 et suivants, vous avez le rituel du nazir. A la fin de sa consécration (car vous avez remarqué que ce vœu peut être temporaire ou définitif), le nazir est emmené à l’entrée de la tente du Rendez-vous où il offre un sacrifice pour le péché, puis un sacrifice de communion. Il reçoit du prêtre et présente au Seigneur les oblats du sacrifice de communion. Alors il peut boire du vin.
Il est encore un autre exemple de nazir, à la charnière de l’Ancien et du Nouveau Testament : c’est Jean, le Baptiste (Luc 1, 15) : « Il ne boira pas ni vin, ni boisson forte, il sera nazir dès le sein de sa mère ». Vous me direz qu’il n’est pas écrit explicitement que Jean Baptiste est nazir, et qu’en plus il n’est pas mentionné qu’il gardait sa chevelure sans la couper, signe par excellence du nazir. C’est vrai, mais souvenez-vous de Samson dont nous venons de parler : la force de Dieu (de l’Esprit de Dieu) est liée à sa chevelure. En Luc il est dit que Jean est rempli de l’Esprit-Saint. Peut-être cette force implique-t-elle que Jean ne s’est jamais coupé les cheveux (pour être signe). De plus, Jean précède le Christ, il attend sa venue; il est un veilleur, ce qui sera l’une des fonctions essentielles du moine.

EN RÉSUMÉ DE CETTE COURTE ÉTUDE, NOUS POUVONS CONCLURE QUE:
Ne pas se couper les cheveux ……………. signifie que la force de Dieu agit sur le nazir.
Ne pas boire de boisson fermentée …….. signifie le rejet de la vie facile.
Ne pas approcher un cadavre……….. .signifie que l’on appartient spécialement à Dieu.
A ces trois signes du naziréat, on peut ajouter : la durée, temporaire ou définitive, parfois dès le sein maternel, sans limite de temps.
Notons que l’on ne trouve pas toujours les trois éléments. Par exemple, pour Samuel, il n’est pas dit qu’il s’abstenait de vin.
Vous remarquerez aussi que dans son vœu le nazir n’est tenu qu’à des pratiques – ou absences de pratiques – « extérieures » et non pas forcément morales, fondamentales, ni spirituelles. Ces pratiques sont cependant des signes d’une consécration à Dieu.

1.2. Il y a d’autres traces de « monachisme » dans l’Ancien Testament. Je ne les développerai pas ici car vous étudierez cela plus en détail au cours d’Ecriture Sainte, mais je vous citerai simplement : ELIE, cette grande figure biblique. Elie, lié aussi à Jean Baptiste. Et par là, je voudrais vous faire prendre conscience (mais nous y reviendrons) que le monachisme est lié au prophétisme. Ce lien atteint son apogée avec Jésus, le prophète par excellence, le moine par excellence.

2. DANS LE NOUVEAU TESTAMENT
2.1. JESUS, plus libre dans son comportement et plus libéral que Jean Baptiste. « Il mange et boit avec les pécheurs » etc… Et pourtant, Jésus reçoit le baptême de pénitence, lui qui n’a pas péché. Il passe quarante jours au désert (avec tout le symbolisme du nombre quarante : une vie, une génération…). Il lance l’appel à tout quitter pour le suivre (cf. Mt 16,21-28 et montre en même temps l’impossibilité de suivre deux maîtres. Tout cela manifeste une rupture radicale avec la Loi, aussi radicale que celle de Jean.
2.2. Saint PAUL recommande l’état de virginité qui permet d’être au Seigneur sans partage, sans division (« simple » = monos); voyez le grand texte de 1 Co. 7. De la deuxième Lettre de Paul à Timothée (2,4), les moines vont retenir le principe que les militaires en service ne se laissent pas impliquer dans les affaires séculières. De même si les moines veulent plaire à Dieu, à Celui auquel ils se sont voués, ils sont tendus vers lui, préoccupés de lui seul : « tendu de tout mon être , je cours en avant vers le prix que Dieu m’appelle à recevoir là-haut en Christ Jésus. » (Phil. 3,13-14). Cette tension vers le Christ – que Grégoire de Nysse appellera épectase, est toute monastique.
Autrement dit, le moine est un veilleur qui attend le retour du Christ. Cette spiritualité donnera naissance aux Pères neptiques (nepsis = veille).

3. LES ESSENIENS
Avant d’aller plus loin dans les antécédents du monachisme chrétien, je voudrais vous parler d’un mouvement communautaire juif contemporain de Jean Baptiste et de Jésus, les esséniens.
3.1. Qu’est-ce que c’est ?
Pline l’Ancien, Philon en parlent. Cette secte – car c’était une secte juive – a eu une influence réelle sur la première communauté chrétienne et sur le monachisme des premiers siècles chrétiens. On connaît les esséniens non seulement par les textes anciens, mais aussi par le lieu où ils s’étaient établis : Qumrân, au bord de la Mer Morte, là où l’on a retrouvé en 1947 les restes d’un véritable monastère.
Cette communauté juive habitait un vaste bâtiment dressé sur un promontoire dominant la Mer Morte ainsi que vingt-cinq grottes. Les bâtiments, avec huit cours intérieures, comprenaient un réfectoire, une cuisine, des salles de réunion, une lingerie, deux poteries, huit citernes (de différentes tailles). L’eau y était amenée par des canaux. On a même décelé les traces d’un barrage.
En 68, lorsqu’elle dut fuir devant le général romain Vespasien et la dixième légion romaine – qui détruisirent la plupart des locaux – la communauté enveloppa ses manuscrits dans des jarres en terre cuite qu’elle cacha dans des grottes. On a retrouvé, dix-neuf siècles plus tard, toute cette précieuse bibliothèque. Le climat très sec de la région a permis la conservation intacte de ces manuscrits pendant deux mille ans.
3.2. Quel est le projet de vie de cette communauté ?
On le connaît par l’un des manuscrits qui est la Règle de la Communauté. Cette règle aurait été écrite entre 100 et 75 avant Jésus-Christ.
Le supérieur est le Maître de Justice. Les points les plus saillants de la Règle sont les suivants :
obéissance au supérieur et obéissance mutuelle
correction fraternelle
humilité
amour fraternel.
A travers tout ce texte on dégage une « spiritualité », un appel à la perfection et à la sainteté. Mais vous allez le constater, cette soif de perfection et de sainteté est assez élitiste et même « puriste ». On retrouvera cela périodiquement dans la vie de l’Eglise : des chrétiens puristes au point de devenir une secte, que ce soit au II ème siècle avec Montan et Tertullien, ou au Moyen-Age avec les cathares.
La sainteté, dans la Règle de la communauté, se traduit par la communion avec le monde céleste : Dieu et les anges. La perfection se traduit par l’observance exacte de toute la Loi.
Autre point-clé de cette Règle de vie : la conversion et le culte que l’on vit dans l’action de grâce jubilante. Enfin, le célibat fait partie de toutes ces sectes dont je vous parlais à l’instant. Les relations conjugales vont être considérées comme mauvaises (ce qui est chrétiennement faux). Mais à Qumrân, on trouvera, liée au célibat, la conviction d’exercer une fonction sacerdotale. Ceci est intéressant pour la grave question, plus tardive, du célibat des prêtres.
Signalons aussi la place, dans cette règle, de l’interprétation des Ecritures et du discernement des esprits. Vous voyez, nous avons là un ensemble très charismatique.
3.3. Comment se passait une journée?
. Avant le lever du soleil, la communauté se rassemble dans une grande salle de réunion pour la prière matinale.
. Puis chacun vaque à son travail (travail qui a lieu dans l’enceinte du monastère) : potier, teinturier, copiste, jardinier, cuisinier, boulanger…
. A 11 heures a lieu le bain de purification pour lequel on revêt un pagne de lin.
. Succède à cela le repas communautaire : élément très important de la vie à Qumrân. C’est une véritable liturgie à laquelle ne participent que ceux qui sont définitivement engagés dans la communauté. Pour ce repas on revêt des vêtements sacrés. Lorsque tous les membres sont à leur place, le boulanger distribue un pain à chacun, puis le cuisinier remet une écuelle à chacun. Ensuite a lieu la prière de bénédiction (on ne mange pas avant). A la fin du repas, on dit les grâces. A la sortie, on défait ses vêtements sacrés et on retourne au travail jusqu’au soir.
. Repas du soir.
. Veillée nocturne quand le soleil se couche jusque tard dans la nuit. Cette veillée dure trois heures et demie.
3.4. Les membres de la communauté
On commence par une année de postulat, puis une année de noviciat. Après quoi on s’engage par un serment que l’on renouvelle chaque année. Pendant les deux années probatoires, on s’initie à l’idéal d’ascèse et de sainteté de la communauté : vie de prière, vie de travail, vie d’étude de la Loi.
Cette communauté était-elle mixte? On n’a pas de certitudes absolues sur ce point. Mais on a retrouvé des ossements de femmes. Il semble donc que oui.

3.5 LE MONACHISME DE QUMRÂN ET LA SPIRITUALITÉ CHRÉTIENNE
Ils sont issus d’un même germe : l’idéal communautaire et fraternel esquissé dans l’Ancien Testament, ainsi que la vocation à être un peuple saint par une pratique parfaite de la volonté divine. Mais la différence essentielle est que les gens de Qumrân se situent dans une perspective vétéro-testamentaire, c’est-à-dire une perspective légaliste, même lorsqu’ils s’efforcent de se laisser conduire par l’Esprit de Vérité. Le monachisme chrétien se réfère à la personne de Jésus.
Jean Baptiste a peut-être cheminé quelque temps avec les esséniens. En tous cas il s’en serait séparé car tel que nous le présente l’Evangile, il ne vivait pas en communauté.
Jésus a donné à ses disciples (surtout aux Apôtres) une forme de vie communautaire et fraternelle proche de celle des esséniens. Par exemple, la déclaration de Jésus à Simon : « Tu es Pierre… » est un parallèle d’une hymne essénienne plus ancienne. Jésus apparaît comme ré-éditant, de façon nouvelle, le rôle du Maître de Justice. Mais Jésus se démarque aussi radicalement de certaines pratiques esséniennes telles celle d’éviter les souillures, celles concernant le mariage, etc….

Santi Pietro e Paolo, Saint Sophia Cathedral in Novgorod

15 novembre, 2013

PETER NAD PAUL

http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_oldest_Russian_icons

DIMANCHE 17 NOVEMBRE : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – DEUXIEME LECTURE – 2 THESSALONICIENS 3, 7-12

15 novembre, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 17 NOVEMBRE : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

DEUXIEME LECTURE – 2 THESSALONICIENS 3, 7-12

Frères,
7 vous savez bien, vous,
ce qu’il faut faire pour nous imiter.
Nous n’avons pas vécu parmi vous dans l’oisiveté ;
8 et le pain que nous avons mangé,
nous n’avons demandé à personne de nous en faire cadeau.
Au contraire, dans la fatigue et la peine, nuit et jour,
nous avons travaillé pour n’être à charge d’aucun d’entre vous.
9 Bien sûr, nous en aurions le droit ;
mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter.
10 Et quand nous étions chez vous,
nous vous donnions cette consigne :
si quelqu’un ne veut pas travailler,
qu’il ne mange pas non plus.
11 Or, nous apprenons que certains parmi vous
vivent dans l’oisiveté,
affairés sans rien faire.
12 A ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ
cet ordre et cet appel :
qu’ils travaillent dans le calme
pour manger le pain qu’ils ont gagné.

« Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » : voilà une phrase que Saint Paul ne redirait certainement pas telle quelle aujourd’hui ! Ceux qui ont la chance d’avoir du travail (c’était le cas de Saint Paul), n’oseraient jamais dire une chose pareille aux millions de chômeurs d’aujourd’hui. On a là, une fois de plus, la preuve qu’il ne faut jamais sortir une phrase biblique de son contexte !
Le contexte, aujourd’hui, c’est le chômage de quantité de gens de bonne volonté dont les compétences, le savoir-faire, sont inutilisés… Le contexte à l’époque de Saint Paul était tout autre ! On n’avait certainement pas de mal à trouver du travail, puisque lui-même qui n’a séjourné que quelques semaines à Thessalonique, peut parler du métier qu’il y a exercé. S’il a pu trouver du travail en si peu de temps, c’est qu’il n’y avait pas de chômage. Et, rappelez-vous, à Corinthe, il avait trouvé de l’embauche très vite chez Priscille et Aquilas qui pratiquaient le même métier que lui.
Nous le savons par le livre des Actes des Apôtres : « En quittant Athènes, Paul se rendit ensuite à Corinthe. Il rencontra là un Juif nommé Aquilas, originaire du Pont, qui venait d’arriver d’Italie avec sa femme Priscille. (L’empereur) Claude, en effet, avait décrété que tous les Juifs devaient quitter Rome. (on est en 50 ap J.C. environ). Paul entra en relations avec eux et, comme il avait le même métier – c’était des fabricants de tentes – il s’installa chez eux et il y travaillait. » (Ac 18, 1-3).
Les oisifs dont parle Paul ne sont donc pas des chômeurs au sens moderne du terme ; mais vous vous rappelez que Paul partait en guerre contre ceux qui prétextaient la venue imminente du royaume de Dieu pour se mettre en vacances.
Paul, lui, pratiquait donc un métier manuel, celui de tisseur de toiles de tentes ; les toiles étaient tissées en poils de chèvre, c’était une technique qu’il avait apprise en Cilicie, sa patrie natale (on se souvient que Paul est de Tarse, en Cilicie, c’est-à-dire le Sud-Est de la Turquie actuelle). Les poils de chèvre devaient produire une toile plutôt rugueuse, et notre mot « cilice » pour désigner un vêtement de pénitence, vient de là.
Ce n’était pas un métier glorieux : dans le monde grec, on avait plus de considération pour les artistes ou les intellectuels ; tandis que les rabbins, au contraire, ne dédaignaient pas les métiers manuels ; et la phrase « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus », Paul ne l’a pas inventée, elle était courante dans les milieux rabbiniques.
Le métier de Paul n’était pas lucratif non plus : il n’a pas dû gagner grand chose puisqu’il a dû travailler nuit et jour ; il dit : « Dans la fatigue et la peine, nuit et jour, nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous ». Et encore, malgré ce travail incessant, il ne subvenait à ses besoins que grâce à un complément envoyé par ses amis de la ville de Philippes. (C’est la lettre aux Philippiens qui nous l’apprend). C’est cet acharnement au travail qui autorise Paul à en parler à ceux qui se contentent de l’oisiveté sous prétexte que le Christ ne va pas tarder à revenir.
Nous avons déjà eu l’occasion de voir que, tout convaincus que le Royaume était déjà commencé avec Jésus-Christ, les Chrétiens de Thessalonique avaient perdu leur motivation pour leur travail quotidien… Il est vrai que si le Christ devait revenir dans quelques semaines ou quelques mois, on se poserait la question du bien-fondé de beaucoup de nos occupations… Les Thessaloniciens en étaient là… Et c’est précisément parce qu’il sait leur démotivation (comme on dirait aujourd’hui) que Paul met son point d’honneur à travailler de ses mains, pour ne pas leur donner le mauvais exemple : « Nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter ».
Le premier argument, pour Paul, semble bien être le souci de n’être à charge de personne… C’est donc une affaire de respect des autres. Il n’est pas question de prendre l’imminence du Royaume comme prétexte pour rester inactifs.
Mais il y a aussi une deuxième raison : oui, le monde, tel que nous le connaissons, n’est que provisoire, mais c’est de ce monde que Dieu fait son Royaume : ce n’est pas pour rien que Dieu a donné le commandement du livre de la Genèse « Dominez la terre et soumettez-la »… sous-entendu, faites-en votre Royaume.
Les plus âgés d’entre nous ont connu, peut-être, la chanson du père Aimé Duval « Ton ciel se fera sur terre avec tes bras… » Dans un autre style, l’écrivain Libanais, Khalil Gibran dit dans « le Prophète » : Lorsque vous travaillez, vous accomplissez une part du rêve de la terre… » Un croyant traduit : le rêve de la terre, c’est le Royaume ; Dieu a créé la terre pour en faire le Royaume… Son Royaume et le nôtre, le Royaume de l’amour.
Chaque fois que nous agissons, de quelque manière que ce soit, même si ce n’est pas par un travail rémunéré, pour faire grandir l’homme, pour répandre de l’amour, nous accomplissons une part de ce rêve, de ce projet du Royaume ; Khalil Gibran continue : « Cette part de rêve vous fut assignée lorsque ce rêve naquit », c’est-à-dire depuis l’origine. Je reprends sa phrase en entier : « Lorsque vous travaillez, vous accomplissez une part du rêve le plus lointain de la terre, (une part) qui vous fut assignée lorsque ce rêve naquit… Le travail est l’amour rendu visible ».
Or notre participation à la construction du Royaume de Dieu semble bien indispensable. Je reprends, mais cette fois en entier, la phrase de Pierre que nous lisions à propos du psaume de ce dimanche : « Il y a une chose en tout cas, mes amis, que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard, mais il fait preuve de patience envers vous, ne voulant pas que quelques-uns périssent mais que tous parviennent à la conversion. » (2 Pi 3, 8-9). Si je comprends bien, si nous voulons que le Règne de Dieu arrive plus vite, nous n’avons pas une minute à perdre !

 

DIMANCHE 17 NOVEMBRE : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

DEUXIEME LECTURE – 2 THESSALONICIENS 3, 7-12

Frères,
7 vous savez bien, vous,
ce qu’il faut faire pour nous imiter.
Nous n’avons pas vécu parmi vous dans l’oisiveté ;
8 et le pain que nous avons mangé,
nous n’avons demandé à personne de nous en faire cadeau.
Au contraire, dans la fatigue et la peine, nuit et jour,
nous avons travaillé pour n’être à charge d’aucun d’entre vous.
9 Bien sûr, nous en aurions le droit ;
mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter.
10 Et quand nous étions chez vous,
nous vous donnions cette consigne :
si quelqu’un ne veut pas travailler,
qu’il ne mange pas non plus.
11 Or, nous apprenons que certains parmi vous
vivent dans l’oisiveté,
affairés sans rien faire.
12 A ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ
cet ordre et cet appel :
qu’ils travaillent dans le calme
pour manger le pain qu’ils ont gagné.

« Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » : voilà une phrase que Saint Paul ne redirait certainement pas telle quelle aujourd’hui ! Ceux qui ont la chance d’avoir du travail (c’était le cas de Saint Paul), n’oseraient jamais dire une chose pareille aux millions de chômeurs d’aujourd’hui. On a là, une fois de plus, la preuve qu’il ne faut jamais sortir une phrase biblique de son contexte !
Le contexte, aujourd’hui, c’est le chômage de quantité de gens de bonne volonté dont les compétences, le savoir-faire, sont inutilisés… Le contexte à l’époque de Saint Paul était tout autre ! On n’avait certainement pas de mal à trouver du travail, puisque lui-même qui n’a séjourné que quelques semaines à Thessalonique, peut parler du métier qu’il y a exercé. S’il a pu trouver du travail en si peu de temps, c’est qu’il n’y avait pas de chômage. Et, rappelez-vous, à Corinthe, il avait trouvé de l’embauche très vite chez Priscille et Aquilas qui pratiquaient le même métier que lui.
Nous le savons par le livre des Actes des Apôtres : « En quittant Athènes, Paul se rendit ensuite à Corinthe. Il rencontra là un Juif nommé Aquilas, originaire du Pont, qui venait d’arriver d’Italie avec sa femme Priscille. (L’empereur) Claude, en effet, avait décrété que tous les Juifs devaient quitter Rome. (on est en 50 ap J.C. environ). Paul entra en relations avec eux et, comme il avait le même métier – c’était des fabricants de tentes – il s’installa chez eux et il y travaillait. » (Ac 18, 1-3).
Les oisifs dont parle Paul ne sont donc pas des chômeurs au sens moderne du terme ; mais vous vous rappelez que Paul partait en guerre contre ceux qui prétextaient la venue imminente du royaume de Dieu pour se mettre en vacances.
Paul, lui, pratiquait donc un métier manuel, celui de tisseur de toiles de tentes ; les toiles étaient tissées en poils de chèvre, c’était une technique qu’il avait apprise en Cilicie, sa patrie natale (on se souvient que Paul est de Tarse, en Cilicie, c’est-à-dire le Sud-Est de la Turquie actuelle). Les poils de chèvre devaient produire une toile plutôt rugueuse, et notre mot « cilice » pour désigner un vêtement de pénitence, vient de là.
Ce n’était pas un métier glorieux : dans le monde grec, on avait plus de considération pour les artistes ou les intellectuels ; tandis que les rabbins, au contraire, ne dédaignaient pas les métiers manuels ; et la phrase « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus », Paul ne l’a pas inventée, elle était courante dans les milieux rabbiniques.
Le métier de Paul n’était pas lucratif non plus : il n’a pas dû gagner grand chose puisqu’il a dû travailler nuit et jour ; il dit : « Dans la fatigue et la peine, nuit et jour, nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous ». Et encore, malgré ce travail incessant, il ne subvenait à ses besoins que grâce à un complément envoyé par ses amis de la ville de Philippes. (C’est la lettre aux Philippiens qui nous l’apprend). C’est cet acharnement au travail qui autorise Paul à en parler à ceux qui se contentent de l’oisiveté sous prétexte que le Christ ne va pas tarder à revenir.
Nous avons déjà eu l’occasion de voir que, tout convaincus que le Royaume était déjà commencé avec Jésus-Christ, les Chrétiens de Thessalonique avaient perdu leur motivation pour leur travail quotidien… Il est vrai que si le Christ devait revenir dans quelques semaines ou quelques mois, on se poserait la question du bien-fondé de beaucoup de nos occupations… Les Thessaloniciens en étaient là… Et c’est précisément parce qu’il sait leur démotivation (comme on dirait aujourd’hui) que Paul met son point d’honneur à travailler de ses mains, pour ne pas leur donner le mauvais exemple : « Nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter ».
Le premier argument, pour Paul, semble bien être le souci de n’être à charge de personne… C’est donc une affaire de respect des autres. Il n’est pas question de prendre l’imminence du Royaume comme prétexte pour rester inactifs.
Mais il y a aussi une deuxième raison : oui, le monde, tel que nous le connaissons, n’est que provisoire, mais c’est de ce monde que Dieu fait son Royaume : ce n’est pas pour rien que Dieu a donné le commandement du livre de la Genèse « Dominez la terre et soumettez-la »… sous-entendu, faites-en votre Royaume.
Les plus âgés d’entre nous ont connu, peut-être, la chanson du père Aimé Duval « Ton ciel se fera sur terre avec tes bras… » Dans un autre style, l’écrivain Libanais, Khalil Gibran dit dans « le Prophète » : Lorsque vous travaillez, vous accomplissez une part du rêve de la terre… » Un croyant traduit : le rêve de la terre, c’est le Royaume ; Dieu a créé la terre pour en faire le Royaume… Son Royaume et le nôtre, le Royaume de l’amour.
Chaque fois que nous agissons, de quelque manière que ce soit, même si ce n’est pas par un travail rémunéré, pour faire grandir l’homme, pour répandre de l’amour, nous accomplissons une part de ce rêve, de ce projet du Royaume ; Khalil Gibran continue : « Cette part de rêve vous fut assignée lorsque ce rêve naquit », c’est-à-dire depuis l’origine. Je reprends sa phrase en entier : « Lorsque vous travaillez, vous accomplissez une part du rêve le plus lointain de la terre, (une part) qui vous fut assignée lorsque ce rêve naquit… Le travail est l’amour rendu visible ».
Or notre participation à la construction du Royaume de Dieu semble bien indispensable. Je reprends, mais cette fois en entier, la phrase de Pierre que nous lisions à propos du psaume de ce dimanche : « Il y a une chose en tout cas, mes amis, que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard, mais il fait preuve de patience envers vous, ne voulant pas que quelques-uns périssent mais que tous parviennent à la conversion. » (2 Pi 3, 8-9). Si je comprends bien, si nous voulons que le Règne de Dieu arrive plus vite, nous n’avons pas une minute à perdre !

33E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – HOMÉLIE

15 novembre, 2013

http://www.homelies.fr/homelie,,3653.html

33E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

DIMANCHE 17 NOVEMBRE 2013 – HOMELIE

Sans aucun doute, le Temple devait être très beau, avec ses colonnes et ses boiseries sculptées, ses draperies brodées, ses revêtements d’or. Commencé par Hérode le Grand en 19 avant notre ère pour tenter de gagner la faveur des juifs, il était en voie d’achèvement du temps de Jésus. Il sera terminé en 63 et… détruit en 70 par les armées du général romain Titus. Les pèlerins devaient rester bouche-baie, un peu comme nous le sommes devant la Basilique Saint Pierre de Rome, ou un Hindou devant le Taj Mahal. Il est vrai que la contemplation d’un édifice imposant et beau donne une impression de sécurité, comme si les pierres défiaient l’histoire et que pour un instant nous échappions nous aussi à l’usure du temps.
L’intervention de Jésus vient rompre le charme : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit ». Pour les Juifs, ces paroles sont blasphématoires : le prophète Jérémie n’avait échappé que de justesse à la mort pour moins que cela. D’ailleurs, ce sera le motif de condamnation de notre Seigneur.
Pourtant, quoi de plus normal que l’énoncé de Jésus : tout comme les plus hautes montagnes finissent par être érodées par les vents et se transformer en collines, puis en plaines, ainsi ce monde passe et ses plus beaux édifices sont éphémères, surtout lorsque la furie des hommes s’acharne sur eux. Jésus ne fait que nous arracher à nos rêveries de toute puissance et d’immortalité terrestre, pour nous ramener à la réalité de ce monde où tout est vanité.
Mais l’auditoire du Seigneur ne l’entend pas ainsi : il croit comprendre que le Rabbi fait allusion aux événements de la fin du monde : pressons-le et demandons-lui de nous révéler le temps et les signes avant-coureurs ! Les sectes contemporaines n’ont décidément rien inventé : la fièvre apocalyptique est de tous les temps.
Devinant la visée du questionnement, Jésus ne répond pas à la demande, mais met en garde non seulement contre ce genre de curiosité malsaine, mais plus encore contre ceux qui prétendraient y répondre : seul le Père connaît le temps et l’heure ; il ne nous appartient pas de scruter ses intentions. « Ne vous laissez pas égarer » par les faux prophètes, nous dit-il en substance, ni par de soi-disant signes de la fin prochaine du monde : les « tremblements de terre » et autres cataclysmes naturels, les « épidémies de peste et les famines » et même les « guerres et soulèvements » appartiennent aux conditions de ce monde déchu et ne sont en rien des signes de sa fin. Il y en a eu à toutes les époques, et il en sera hélas ainsi jusqu’au bout. S’il faut y lire un signe, c’est bien celui du dégât causé par le péché dans la création toute entière ; s’ils sont porteurs d’un message, c’est celui d’un vigoureux appel à la conversion. Car le vrai combat n’est pas « nation contre nation, royaume contre royaume » ; tout cela demeure horizontal, intra-mondain, intra-historique, et appartient à ce monde éphémère. Le vrai combat est vertical : il se livre là où le croyant est persécuté « à cause du Nom » de son Seigneur. Ce combat là est trans-historique, il participe à celui qu’a livré victorieusement le Fils de l’homme et par lequel il a ouvert les portes du ciel. Saint Luc y reviendra longuement dans le Livre des Actes des Apôtres, où il relatera les persécutions subies par les disciples du Christ. Si ceux-ci ne se dérobent pas et ne sombre pas dans le découragement, c’est précisément parce que le Seigneur les avait avertis de ce qui les attendaient. Toute dramatiques qu’elles soient, pour le vrai disciple, les persécutions sont à saisir comme des « occasions de rendre témoignage » à Celui qui, par sa résurrection glorieuse, nous a définitivement sauvé de la peur de la mort.
Dans les épreuves – qui ne manqueront pas tout au long de l’histoire de l’Église – le Seigneur s’engage à venir personnellement en aide à son témoin : « Moi-même je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction ». Dieu ne peut pas changer le cours des événements sans empiéter sur la part de responsabilité qui échoit à l’homme ; mais la liberté avec laquelle les chrétiens assument ces événements, devrait être un vivant témoignage que leur vie n’est pas entre les mains des hommes, mais de Dieu.
Sans minimiser les dangers extérieurs qui nous menacent de toute part dans notre monde en ébullition, il n’en reste pas moins que le vrai danger, celui qu’il faut redouter plus que tout, est intérieur : la catastrophe la plus grave serait de trahir Notre-Seigneur et d’apostasier notre foi devant l’agressivité – peut-être un jour la haine mortelle – de ceux qui nous détestent « à cause de son Nom », et qui hélas peuvent être des proches, des amis, voire des parents. Tel est le sens de la demande du Notre Père : « Ne nous laisse pas succomber à la tentation » – sous-entendu : de l’apostasie. L’historien romain Tacite écrit que les chrétiens étaient devenus « la haine du genre humain » ! Cela ne les a pas empêchés de témoigner de leur foi, au point que Tertullien a pu écrire : « Le sang des martyrs est une semence de chrétiens ».
Devant de tels exemples, nous devrions être bien plus inquiets de notre tiédeur que de la « cataphobie » grandissante. Le mépris, voire l’hostilité affichés envers les croyants, ne menacent que notre réputation, alors que la tiédeur est une maladie spirituelle qui met en danger notre participation à la vie éternelle.
Notre-Seigneur est très clair : le temps de l’Église est un temps de persécution. Si cette épreuve nous a été épargnée en France, il ne faudrait pas oublier qu’il y a eu plus de martyrs au XXe s. sur notre Planète, qu’au cours des vingt siècles précédents de christianisme. Ces « témoins » ne vivaient pas hors du monde, en marge de leur temps, dans une attente passéiste de l’éternité : Saint Paul nous l’a rappelé fermement dans la 2nd lecture. Loin de nous démobiliser, le discours de Jésus devrait tout au contraire nous stimuler à nous mettre généreusement au service de l’annonce de l’Évangile, à la suite du Christ lui-même, et selon la voie qu’il a ouverte devant nous. Voie étroite de la Croix à rechoisir chaque jour : « c’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie ».
Puissions-nous devenir des hommes et des femmes de discernement, des prophètes remplis de Sagesse – celle de la Croix – pour pouvoir dénoncer les peurs aliénantes et stériles, et orienter nos frères vers les vrais enjeux et le véritable combat.
« “Voici que vient le Jour du Seigneur, brûlant comme une fournaise” (1ère lect.). Seigneur, accorde-nous de discerner les signes du Royaume au cœur de notre quotidien ; afin que réconfortés par ta présence, nous ayons le courage de te rendre dignement témoignage, sans crainte d’éventuelles représailles. Car “pour ceux qui craignent ton Nom, le Soleil de justice apportera la guérison dans son rayonnement” (Ibid.). »
Père Joseph-Marie

Saint Albert Le Grand

14 novembre, 2013

albert le grand

http://uanews.org/story/charles-darwin-topic-spring-2009-st-albert-great-forum

BENOÎT XVI: SAINT ALBERT LE GRAND – 15 NOVEMBRE

14 novembre, 2013

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2010/documents/hf_ben-xvi_aud_20100324_fr.html
 
BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

PLACE SAINT-PIERRE

MERCREDI 24 MARS 2010

SAINT ALBERT LE GRAND – 15 NOVEMBRE

Chers frères et sœurs,

L’un des plus grands maîtres de la théologie médiévale est saint Albert le Grand. Le titre de « grand » (magnus), avec lequel il est passé à l’histoire, indique l’étendue et la profondeur de sa doctrine, qu’il associa à la sainteté de sa vie. Mais ses contemporains déjà n’hésitaient pas à lui attribuer des titres d’excellence; l’un de ses disciples, Ulrich de Strasbourg, le définit comme « merveille et miracle de notre temps ».
Il naquit en Allemagne au début du XIIIe siècle, et tout jeune encore, il se rendit en Italie, à Padoue, siège de l’une des plus célèbres universités du moyen-âge. Il se consacra à l’étude de ce que l’on appelle les « arts libéraux »: grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, astronomie et musique, c’est-à-dire de la culture générale, manifestant cet intérêt typique pour les sciences naturelles, qui devait bientôt devenir le domaine de prédilection de sa spécialisation. Au cours de son séjour à Padoue, il fréquenta l’église des dominicains, auxquels il s’unit par la suite avec la profession des vœux religieux. Les sources hagiographiques font comprendre qu’Albert a pris cette décision progressivement. Le rapport intense avec Dieu, l’exemple de sainteté des frères dominicains, l’écoute des sermons du bienheureux Jourdain de Saxe, successeur de saint Dominique à la tête de l’Ordre des prêcheurs, furent les facteurs décisifs qui l’aidèrent à surmonter tout doute, vainquant également les résistances familiales. Souvent, dans les années de notre jeunesse, Dieu nous parle et nous indique le projet de notre vie. Comme pour Albert, pour nous tous aussi, la prière personnelle nourrie par la Parole du Seigneur, l’assiduité aux sacrements et la direction spirituelle donnée par des hommes éclairés sont les moyens pour découvrir et suivre la voix de Dieu. Il reçut l’habit religieux des mains du bienheureux Jourdain de Saxe.
Après son ordination sacerdotale, ses supérieurs le destinèrent à l’enseignement dans divers centres d’études théologiques liés aux couvents des Pères dominicains. Ses brillantes qualités intellectuelles lui permirent de perfectionner l’étude de la théologie à l’Université la plus célèbre de l’époque, celle de Paris. Albert entreprit alors l’activité extraordinaire d’écrivain, qu’il devait poursuivre toute sa vie.
Des tâches prestigieuses lui furent confiées. En 1248, il fut chargé d’ouvrir une université de théologie à Cologne, l’un des chefs-lieux les plus importants d’Allemagne, où il vécut à plusieurs reprises, et qui devint sa ville d’adoption. De Paris, il emmena avec lui à Cologne un élève exceptionnel, Thomas d’Aquin. Le seul mérite d’avoir été le maître de saint Thomas d’Aquin suffirait pour que l’on nourrisse une profonde admiration pour saint Albert. Entre ces deux grands théologiens s’instaura un rapport d’estime et d’amitié réciproque, des attitudes humaines qui contribuent beaucoup au développement de la science. En 1254, Albert fut élu provincial de la « Provincia Teutoniae » – teutonique – des Pères dominicains, qui comprenait des communautés présentes dans un vaste territoire du centre et du nord de l’Europe. Il se distingua par le zèle avec lequel il exerça ce ministère, en visitant les communautés et en rappelant constamment les confrères à la fidélité, aux enseignements et aux exemples de saint Dominique.
Ses qualités n’échappèrent pas au pape de l’époque, Alexandre IV, qui voulut Albert pendant un certain temps à ses côtés à Anagni – où les papes se rendaient fréquemment – à Rome même et à Viterbe, pour bénéficier de ses conseils théologiques. Ce même souverain pontife le nomma évêque de Ratisbonne, un grand et célèbre diocèse, qui traversait toutefois une période difficile. De 1260 à 1262, Albert accomplit ce ministère avec un dévouement inlassable, réussissant à apporter la paix et la concorde dans la ville, à réorganiser les paroisses et les couvents, et à donner une nouvelle impulsion aux activités caritatives.
Dans les années 1263-1264, Albert prêcha en Allemagne et en Bohême, envoyé par le pape Urbain IV, pour retourner ensuite à Cologne et reprendre sa mission d’enseignant, de chercheur et d’écrivain. Etant un homme de prière, de science et de charité, il jouissait d’une grande autorité dans ses interventions, à l’occasion de divers événements concernant l’Eglise et la société de l’époque: ce fut surtout un homme de réconciliation et de paix à Cologne, où l’archevêque était entré en opposition farouche avec les institutions de la ville; il se prodigua au cours du déroulement du II Concile de Lyon, en 1274, convoqué par le pape Grégoire X pour favoriser l’union avec les Grecs, après la séparation du grand schisme d’Orient de 1054; il éclaircit la pensée de Thomas d’Aquin, qui avait rencontré des objections et même fait l’objet de condamnations totalement injustifiées.
Il mourut dans la cellule de son couvent de la Sainte-Croix à Cologne en 1280, et il fut très vite vénéré par ses confrères. L’Eglise le proposa au culte des fidèles avec sa béatification, en 1622, et avec sa canonisation, en 1931, lorsque le pape Pie XI le proclama Docteur de l’Eglise. Il s’agissait d’une reconnaissance sans aucun doute appropriée à ce grand homme de Dieu et éminent savant non seulement dans le domaine des vérités de la foi, mais dans de très nombreux autres domaines du savoir; en effet, en regardant le titre de ses très nombreuses œuvres, on se rend compte que sa culture a quelque chose de prodigieux, et que ses intérêts encyclopédiques le conduisirent à s’occuper non seulement de philosophie et de théologie, comme d’autres contemporains, mais également de toute autre discipline alors connue, de la physique à la chimie, de l’astronomie à la minéralogie, de la botanique à la zoologie. C’est pour cette raison que le pape Pie XII le nomma patron de ceux qui aiment les sciences naturelles et qu’il est également appelé « Doctor universalis », précisément en raison de l’ampleur de ses intérêts et de son savoir.
Les méthodes scientifiques utilisées par saint Albert le Grand ne sont assurément pas celles qui devaient s’affirmer au cours des siècles suivants. Sa méthode consistait simplement dans l’observation, dans la description et dans la classification des phénomènes étudiés, mais ainsi, il a ouvert la porte pour les travaux à venir.
Il a encore beaucoup à nous enseigner. Saint Albert montre surtout qu’entre la foi et la science il n’y a pas d’opposition, malgré certains épisodes d’incompréhension que l’on a enregistrés au cours de l’histoire. Un homme de foi et de prière comme saint Albert le Grand, peut cultiver sereinement l’étude des sciences naturelles et progresser dans la connaissance du micro et du macrocosme, découvrant les lois propres de la matière, car tout cela concourt à abreuver sa soif et à nourrir son amour de Dieu. La Bible nous parle de la création comme du premier langage à travers lequel Dieu – qui est intelligence suprême – nous révèle quelque chose de lui. Le Livre de la Sagesse, par exemple, affirme que les phénomènes de la nature, dotés de grandeur et de beauté, sont comme les œuvres d’un artiste, à travers lesquelles, par analogie, nous pouvons connaître l’Auteur de la création (cf. Sg 13, 5). Avec une comparaison classique au Moyen-âge et à la Renaissance, on peut comparer le monde naturel à un livre écrit par Dieu, que nous lisons selon les diverses approches de la science (cf. Discours aux participants à l’Assemblée plénière de l’Académie pontificale des sciences, 31 octobre 2008). En effet, combien de scientifiques, dans le sillage de saint Albert le Grand, ont mené leurs recherches inspirés par l’émerveillement et la gratitude face au monde qui, à leurs yeux de chercheurs et de croyants, apparaissait et apparaît comme l’œuvre bonne d’un Créateur sage et aimant! L’étude scientifique se transforme alors en un hymne de louange. C’est ce qu’avait bien compris un grand astrophysicien de notre époque, Enrico Medi, et qui écrivait: « Oh, vous mystérieuses galaxies…, je vous vois, je vous calcule, je vous entends, je vous étudie, je vous découvre, je vous pénètre et je vous recueille. De vous, je prends la lumière et j’en fais de la science, je prends le mouvement et j’en fais de la sagesse, je prends le miroitement des couleurs et j’en fais de la poésie; je vous prends vous, étoiles, entre mes mains, et tremblant dans l’unité de mon être, je vous élève au-dessus de vous-mêmes, et en prière je vous présente au Créateur, que seulement à travers moi, vous étoiles, vous pouvez adorer » (Le opere. Inno alla creazione).
Saint Albert le Grand nous rappelle qu’entre science et foi une amitié existe et que les hommes de science peuvent parcourir à travers leur vocation à l’étude de la nature, un authentique et fascinant parcours de sainteté.
Son extraordinaire ouverture d’esprit se révèle également dans une opération culturelle qu’il entreprit avec succès: l’accueil et la mise en valeur de la pensée d’Aristote. A l’époque de saint Albert, en effet, la connaissance de beaucoup d’œuvres de ce grand philosophe grec ayant vécu au quatrième siècle avant Jésus Christ, en particulier dans le domaine de l’éthique et de la métaphysique, était en effet en train de se répandre. Celles-ci démontraient la force de la raison, elles expliquaient avec lucidité et clarté le sens et la structure de la réalité, son intelligibilité, la valeur et la fin des actions humaines. Saint Albert le Grand a ouvert la porte à la réception complète de la philosophie d’Aristote dans la philosophie et la théologie médiévales, une réception élaborée ensuite de manière définitive par saint Thomas. Cette réception d’une philosophie, disons, païenne pré-chrétienne, fut une authentique révolution culturelle pour cette époque. Pourtant, beaucoup de penseurs chrétiens craignaient la philosophie d’Aristote, la philosophie non chrétienne, surtout parce que celle-ci, présentée par ses commentateurs arabes, avait été interprétée de manière à apparaître, au moins sur certains points, comme tout à fait inconciliable avec la foi chrétienne. Il se posait donc un dilemme: foi et raison sont-elles ou non en conflit l’une avec l’autre?
C’est là que réside l’un des grands mérites de saint Albert: avec une rigueur scientifique il étudia les œuvres d’Aristote, convaincu que tout ce qui est vraiment rationnel est compatible avec la foi révélée dans les Saintes Ecritures. En d’autres termes, saint Albert le Grand a ainsi contribué à la formation d’une philosophie autonome, distincte de la théologie et unie à elle uniquement par l’unité de la vérité. Ainsi est apparue au XIIIe siècle une distinction claire entre ces deux savoirs, philosophie et théologie qui, en dialogue entre eux, coopèrent de manière harmonieuse à la découverte de la vocation authentique de l’homme, assoiffé de vérité et de béatitude: et c’est surtout la théologie, définie par saint Albert comme une « science affective », qui indique à l’homme son appel à la joie éternelle, une joie qui jaillit de la pleine adhésion à la vérité.
Saint Albert le Grand fut capable de communiquer ces concepts de manière simple et compréhensible. Authentique fils de saint Dominique, il prêchait volontiers au peuple de Dieu, qui était conquis par sa parole et par l’exemple de sa vie.
Chers frères et sœurs, prions le Seigneur pour que ne viennent jamais à manquer dans la sainte Eglise de doctes théologiens, pieux et savants comme saint Albert le Grand et pour que ce dernier aide chacun de nous à faire sienne la « formule de la sainteté » qu’il adopta dans sa vie: « Vouloir tout ce que je veux pour la gloire de Dieu, comme Dieu veut pour sa gloire tout ce qu’Il veut », soit se conformer toujours à la volonté de Dieu pour vouloir et faire tout, seulement et toujours pour Sa gloire.

L’EXPANSION DU CHRISTIANISME DANS L’EMPIRE ROMAIN

14 novembre, 2013

http://ilmsil.free.fr/branche6/les_grandes_religions/623Christianisme/05Lexpansionduchristianismedanslempireromain.htm

L’EXPANSION DU CHRISTIANISME DANS L’EMPIRE ROMAIN

En moins d’un siècle d’histoire, la doctrine prêchée par le prophète galiléen, Jésus de Nazareth, s’est répandue, dans l’ensemble de l’empire romain, non sans connaître de nombreuses difficultés, comme en témoigne d’ailleurs le livre des Actes des apôtres, lequel, sans être uniquement un livre historique, présente, à la manière d’une grande fresque, les premières décennies de l’histoire du christianisme.

Conflits avec le judaïsme
C’est dans le contexte des événements de Pâques et de la Pentecôte que le christianisme trouve son acte de naissance ; et c’est en prenant conscience de l’importance particulière dans l’histoire du peuple de dieu que les premiers chrétiens ont découvert l’originalité radicale du message et de la révélation de Dieu apporté en Jésus, mort et ressuscité, reconnu comme Christ et Seigneur. En se regroupant autour de la personne de ce Jésus, identifié au Messie promis par les prophètes des siècles précédents, et sans se couper des autres juifs dont ils gardaient toutes les convictions et toutes les pratiques rituelles, les premiers chrétiens découvraient également que le message de Jésus, son Évangile, était une Bonne nouvelle de salut s’adressant à tous les hommes : ils n’inventaient pas une nouvelle religion, mais ils voulaient donner au judaïsme sa dimension prophétique définitive, puisque le Christ leur donnait la véritable révélation de dieu, celle qui était attendue et espérée par des générations de juifs. Pourtant, Jésus lui-même avait été rejeté par ceux à qui il avait d’abord apporté le message du dieu qu’il appelait son Père, au grand scandale des autorités religieuses qui l’avaient livré aux mains de la puissance d’occupation…
La renaissance de l’idéal qu’il avait prêché, aux jours de sa vie publique, quelque temps après sa mort, ne pouvait échapper à ces mêmes chefs religieux juifs qui entrèrent en conflit avec les disciples de ce Jésus, qu’ils considéraient comme le fondateur d’une nouvelle secte à l’intérieur du judaïsme. Car c’est bien dans le foisonnement des sectes messianiques au premier siècle dans le monde juif que le christianisme prenait naissance. Malgré l’exécution sanglante de Jésus, la nouvelle communauté des disciples fut d’abord relativement bien acceptée par les milieux traditionnels, qui se rangèrent à l’avis d’un pharisien nommé Gamaliel : Si c’est des hommes que vient leur résolution ou leur Dieu, vous ne pourrez pas les faire disparaître. N’allez pas risquer de vous trouver en guerre avec Dieu (Ac. 5, 38-39).
Malgré les contestations venus des membres du parti pharisien, malgré le rejet beaucoup plus net des sadducéens, la première communauté fut donc relativement bien acceptée dans les milieux juifs jusqu’aux environs de 65, date à laquelle elle fut définitivement rejetée du judaïsme. La biographie de Paul apprend qu’il persécutait avec une ferveur inégalable cette doctrine qui menaçait l’intégrité de la foi juive, signe que la foi chrétienne n’était pas toujours très bien acceptée et que les docteurs de la Loi découvraient les dangers réels qu’elle pouvait faire courir au judaïsme officiel, signe aussi vraisemblablement que les chefs du peuple craignaient de voir les occupants romains intervenir militairement pour régler un conflit typiquement religieux. Le milieu palestinien n’accueillit guère la prédication des apôtres. Pourtant, une communauté se forma à Jérusalem autour de Jacques, non pas l’apôtre de Jésus, mais un homme juste qui fut institué par quelques apôtres comme le chef de la communauté de Jérusalem : c’est de lui et non pas des apôtres que dépendait la direction de l’Eglise locale de Jérusalem et de la Palestine. Les apôtres sont considérés comme les témoins privilégiés de la résurrection du Christ, mais pour répandre dans le monde cette Bonne Nouvelle du salut, ils ont été amenée à déléguer leurs pouvoirs à des hommes qui seront leurs successeurs et présideront aux destinées de l’Eglise.
Très vite, Évangile de Jésus-Christ est annoncé en dehors des limites territoriales de la Palestine ; la persécution que Paul entreprenait contre la communauté de Damas suffit à prouver l’existence d’un centre chrétien dans cette ville. Un autre centre important était celui d’Antioche, dont l’évangélisation devait remonter aux environs de l’année 37. La prédication évangélique s’adressait d’abord aux juifs, mais elle s’étendit rapidement aux païens, et c’est dans cette ville que le nom de ‘chrétiens’ fut donné pour la première fois aux disciples de Jésus. Ce terme était, à l’origine, un sobriquet, plus ou moins insultant, à consonance politique, signifiant ‘les partisans de Christ’. Mais cette nouvelle désignation pour les disciples atteste que la communauté chrétienne se distingue déjà assez fortement de la communauté juive : à Antioche par ce sobriquet, l’Eglise trouvait son acte officiel de naissance dans le monde romain. La prédication à Antioche auprès d’hommes qui n’étaient pas issus du judaïsme ne devait pas tarder à poser la question qui fut l’enjeu du concile de Jérusalem : fallait-il se convertir au judaïsme pour devenir disciple du Christ ? La réponse négative, faite lors de l’assemblée de Jérusalem, devait marquer la rupture officielle du christianisme avec le judaïsme.
Mais la réglementation adoptée par ce concile en 49. n’apportait pas une solution très nette, malgré les termes des décisions prises, au problème du judéo-christianisme. Et Pierre lui-même se laisser prendre au piège par les membres judaïsants de l’Eglise d’Antioche : son attitude peut paraître ambiguë, quand en présence des envoyés de Jacques de Jérusalem, il ne partage plus ses repas avec les pagano-chrétiens, mais se cantonne uniquement dans la fréquentation des judéo-chrétiens, Paul lui reprochera cette attitude. Mais il se peut que Pierre n’ait jamais voulu montrer aux judéo-chrétiens qu’il était possible de continuer à observer la Loi juive tout en étant disciple du Christ, d’autant plus que le regain du nationalisme juif à l’époque aurait pu détourner ces chrétiens issus du judaïsme de la foi chrétienne pour retourner à leur religion d’origine. Si Paul estime qu’il importe pour l’Eglise naissante de se tourner résolument vers le monde païen, Pierre garde encore la nostalgie d’une communauté chrétienne gardant aussi fidèlement que possible les enseignements de la Loi mosaïque. La chute de Jérusalem, en 70, devait mettre fin à toute I’espérance messianique juive, et donner raison, mais à titre posthume à Paul qui avait voulu libérer le christianisme de la tutelle du judaïsme pour le tourner vers le monde païen, en le portant jusqu’au coeur de l’empire, à Rome même.
L’expansion de la foi chrétienne, au premier siècle, a bénéficié du droit d’exercice de la religion juive, considérée par l’empire romain comme une religion licite et autorisée’ dans toute l’étendue des territoires soumis à la puissance de Rome. Les très nombreuses sectes juives permettaient une intense activité du judaïsme, non seulement en Palestine, mais aussi dans toute la Diaspora, c’est-à-dire dans tous les pays où les juifs se trouvaient dispersés depuis des siècles. Malgré les conflits qui ont pu opposer le christianisme naissant au judaïsme, il faut reconnaître que la nouvelle foi a largement bénéficié de la tolérance de la religion juive à l’Intérieur de l’empire.

Les premières persécutions         
Le procurateur romain Ponce-Pilate, qui avait finalement condamné Jésus à mort, ne devait pas être mécontent, à l’époque même de Jésus, de voir les chefs religieux juifs se quereller pour des motifs strictement religieux : il trouvait dans ces querelles intestines une occasion favorable de pouvoir asseoir encore plus fortement la puissance romaine sur cette région de Palestine où différents mouvements de sédition narguaient le pouvoir en place. Mis en demeure par les chefs du peuple de condamner Jésus, et par crainte de perdre son poste, Pilate avait ordonné la crucifixion de Jésus, qui s’était prétendu roi des Juifs et qui s’était ainsi constitué dans l’opposition officielle au pouvoir de l’empereur. Dans les premiers temps de l’Eglise, les communautés chrétiennes ne constituaient pas un groupe suffisamment important pour inquiéter le pouvoir romain. Mais la question juive, avec ses mouvements de sédition en Palestine, amenèrent les gouverneurs romains à s’intéresser au phénomène chrétien à l’intérieur même du judaïsme, officiellement toléré.
La désignation de ‘chrétiens’ faite à Antioche, en 42, porte naturellement la marque du fait que la communauté s’est séparée de la foi juive traditionnelle et qu’elle est donc suspecte en raison de ses coutumes propres. Les chrétiens furent alors accusés non plus de sédition contre le pouvoir en place, mais plutôt de misanthropie, de crime contre le genre humain, car ils se situaient manifestement en opposition par rapport à la civilisation gréco-romaine : les chrétiens étaient accusés de pratiquer l’inceste et de commettre des meurtres rituels dans leur adoration d’un âne. C’est le premier jugement émis en monde païen sur l’attitude des chrétiens. Sous le règne de Néron, en 64, les premières mesures contre les chrétiens sont prises par l’empereur : Tacite, l’historien romain, rapporte que c’est pour faire taire les rumeurs relatives au grand incendie de Rome que Néron livra les chrétiens aux supplices :
Pour faire taire les rumeurs relatives è l’incendie de Rome, Néron désigna comme accusés des individus détestés par leurs abominations, et que le vulgaire appelle chrétiens. Ce nom leur vient de Chrestos qui, sous Tibère, avait été livré au supplice par le procurateur Ponce-Pilate. Réprimée un instant, cette exécrable superstition débordait à nouveau, non seulement en Judée, berceau du fléau, mais aussi à Rome, où tout ce qu’on connaît d’atroce et d’infâme afflue de toutes parts. On arrêta d’abord ceux qui confessaient leur foi puis, sur leurs indications, une multitude d’autres, accusés non tant d’avoir mis le feu à la ville que de haine contre le genre humain (Annales XV, 44)
Après Néron, les empereurs, trop occupés par la guerre juive, cessent les persécutions contre les chrétiens. Sous Domitien, une nouvelle persécution se fait jour, en 81, s’inscrivant directement dans la ligne de la répression du messianisme juif, qui voulait rétablir sur le trône d’Israël un descendant de la maison de David. Mais à Rome, cet empereur s’en prend également è l’aristocratie et à la classe intellectuelle : des chrétiens, nouveaux convertis, se trouvèrent donc soumis à cette persécution, parce qu’ils étaient convaincus d’athéisme, c’est-à-dire de refus des dieux. Cette même persécution, sous Domitien, fut plus violente dans les provinces de l’Asie Mineure : elle permit à l’auteur de l’Apocalypse d’adresser un message d’espérance à tous les chrétiens soumis aux supplices en raison de leur foi. Malgré l’observation des consignes pratiques d’un Paul, qui recommandait à ses chrétiens la soumission à l’empereur, il semble que le pouvoir romain ait facilement confondu le christianisme avec le messianisme juif et le zélotisme, qui constituaient des menaces permanentes pour l’empire.
L’arrivée de la dynastie des Antonins au pouvoir à Rome, en 96, inaugure une période de détente pour les chrétiens. Mais cette détente n’empêche pas le fait d’une précarité de la situation des chrétiens pendant tout le deuxième siècle : le nom même de chrétien constituait déjà un chef d’accusation et les dénonciations pouvaient être nombreuses, sans être orchestrées par le pouvoir central. Quand ils étaient arrêtés et qu’ils refusaient d’abjurer, il fallait les condamner, simplement du fait qu’ils appartenaient à une secte qui pratiquait, disait-on, des usages contraires à la morale et qui refusait de rendre un culte aux dieux. Les empereurs pouvaient être tolérants, les masses populaires païennes reportaient sur un bouc émissaire, facile à trouver, toutes les difficultés qui pouvaient être les leurs. Les chrétiens sont considérés comme des êtres singuliers, qui vivent en marge de la société établie… Pour faire face à cette situation, les chrétiens ont essayé de dissiper tous les malentendus qui les concernaient : des intellectuels participèrent à cette campagne d’information pour laver le nom de ‘chrétien’ de toutes les accusations injustifiées portées contre ceux qui avaient placé leur foi en Jésus-Christ.
Le but des écrivains apologistes était de montrer que l’Idéal du christianisme s’inspirait bien de l’idéal de l’hellénisme et qu’il le menait même à son parfait achèvement, le réalisant véritablement. S’adressant aux empereurs, Justin fait appel aux sentiments philosophiques de vertu et de piété des romains pour montrer que les chrétiens observent une doctrine et une morale qui se situent dans la droite ligne des plus grands penseurs grecs. Au milieu du deuxième siècle, cet auteur affirme qu’il existe une convergence entre la pensée grecque la meilleure et le christianisme : après avoir fréquenté toutes les écoles philosophiques qui existaient alors, Justin comprend que la véritable philosophie ne puisse pas venir des forces humaines, mais qu’elle est l’objet d’une révélation même de Dieu. Et il tentera, jusqu’au martyre, de prouver que le christianisme est l’accomplissement et le couronnement de toute la réflexion philosophique sur l’homme et sur Dieu : Je fus pris d’amour pour les prophètes et pour ces hommes amis du Christ… Je reconnus que c’était là la seule philosophie sure et profitable (Dialogue avec Tryphon).
Le but de tous les apologistes n’était pas seulement de réclamer aux empereurs un statut légal pour les chrétiens ; leur ambition était nettement plus vaste, puisqu’ils présentaient ces chrétiens comme les héritiers de la plus pure tradition philosophique de la Grèce antique dont le prestige régnait encore dans la civilisation romaine. Dans la deuxième partie de ce deuxième siècle, la situation juridique des chrétiens reste précaire, car les calomnies populaires ne cessent de les poursuivre ; mais l’oeuvre des apologistes leur a permis de se faire connaître : Ils sont sortis du ghetto dans lequel on voulait les enfermer. L’administration de l’empire ne peut même pas s’empêcher d’employer des hommes compétents, du simple fait qu’ils sont chrétiens. Mais, à la fin de la dynastie des Antonins, après l’assassinat de Commode, en 193, l’empire se trouve dans un état d’anarchie redoutable : le temps des empereurs philosophes est révolu. Toutefois, la situation des chrétiens s’améliore quelque peu, puisque l’empereur Septime Sévère a dans son entourage des chrétiens, estimant que le christianisme est une force avec laquelle il faut désormais compter. Pourtant, en 203, ce même empereur signe un édit interdisant tout prosélytisme aux chrétiens : c’est la première mesure juridique portée contre l’ensemble des chrétiens. Cette mesure imposait aux fonctionnaires de l’empire de limiter l’expansion du christianisme et cet édit devait déterminer une nouvelle persécution plus ou moins violente selon les empereurs de cette nouvelle dynastie. L’édit de Sévère était tel que seuls ceux qui acceptaient de suivre la nouvelle doctrine pouvaient être inquiétés : la mesure prise ne frappait pas les anciens chrétiens, mais simplement les nouveaux convertis et aussi ceux qui se chargeaient de leur formation, les catéchistes, dont le rôle constituait, en lui-même, une violation de la loi. Les martyrs sont alors principalement des néophytes et des catéchumènes…
Mais lorsque le dernier des Sévères, Alexandre, est assassiné, en 235, le pouvoir passant entre les mains de chefs militaires qui voient dans les chrétiens un facteur de désunion dans l’empire, la persécution va se généraliser : Maximin s’en prend à toute l’élite romaine, et en particulier aux évêques de l’empire, l’évêque de Rome Pontien étant exilé… Plus tard, en 250, sous Dèce, une recrudescence de la persécution se fait jour : Dèce, pour affermir l’unité romaine, veut rassembler tous ses sujets autour de la religion d’empire, et pour ce faire, il ordonne à tous les citoyens de participer à un sacrifice général : beaucoup de chrétiens connaîtront alors le martyre, mais certains feront défection, en sacrifiant aux idoles ou en se procurant un certificat attestant qu’ils ont sacrifié… En 257, un édit interdit le culte chrétien et les réunions dans les cimetières, il oblige également les chefs religieux à sacrifier. L’année suivante, une nouvelle mesure ordonne l’exécution immédiate des prêtres qui n’ont pas sacrifié aux idoles de la religion romaine et la confiscation des biens des chrétiens les plus riches. En 260, pourtant, l’empereur Gallien recommande la tolérance pour les chrétiens, en vue de maintenir davantage l’unité intérieure devant la pression des peuples barbares qui menaçait la puissance romaine livrée à des querelles intestines : il autorise le culte dans les églises qui sont restituées aux chrétiens et les rassemblements dans les cimetières.
Un nouveau statut du christianisme était alors en voie de constitution : le christianisme n’était pas encore une religion officiellement reconnue, mais il était toléré. Pendant quarante années, les communautés chrétiennes seront présentes dans la vie quotidienne de l’empire, sans être jamais inquiétées par le pouvoir. Pendant cette période de calme et de paix le christianisme pouvait s’implanter, s’enraciner dans les sociétés, mais aussi s’étendre dans des régions de plus en plus vastes. Aux alentours de l’année 300, le pourtour de la Méditerranée est conquis au mode de vie proposé par la foi chrétienne, et même les limites les plus éloignées de l’empire sont gagnées par la foi. Toutes les classes sociales de l’empire ont connu l’infiltration, et non plus seulement les classes méprisées et les esclaves. Mais le paganisme n’était pas encore disparu : l’arrivée au pouvoir de Dioclétien, en 284, allait souligner l’attachement impérial aux traditions antiques romaines ; pendant près de vingt ans, pourtant, les chrétiens ne sont pas plus persécutés qu’auparavant : seuls, quelques cas de martyre peuvent être signalés, notamment dans le domaine des armées, certains militaires récemment convertis refusant de porter les armes et de pratiquer la violence, ou refusant de participer au culte impérial. Il semble que les chrétiens aient d’abord été expulsés de l’armée, avant que ne commence la grande persécution. En 303, un premier édit impérial interdit le culte chrétien, ordonne la confiscation des livres sacrés et la destruction des églises ; un second édit ordonne l’arrestation du clergé chrétien ; le troisième édit nuançait cette généralisation de la persécution, en permettant aux prisonniers qui acceptaient de sacrifier aux idoles de recouvrer leur liberté ; enfin, un quatrième édit reprenait l’édit de Dèce, ordonnant à tous les citoyens de l’empire de participer aux sacrifices romains, sous peine des pires supplices. Ces différents édits sont suivis avec plus ou moins de rigueur selon les provinces de l’empire : il y eut toujours des païens accommodants qui délivrèrent de faux certificats de sacrifices, des chrétiens apostats, d’autres qui s’évadèrent de leurs prisons, mais aussi un grand nombre d’authentiques martyrs qui payèrent de leur vie ces édits de Dioclétien. Il fallut aux chrétiens attendre 3l1 pour qu’ils retrouvent la tolérance qu’ils avaient connue à la fin du troisième siècle. Mais, avant cette date de 311, qui est celle de l’édit de tolérance de Galère, un autre événement de l’histoire romaine allait marquer l’avenir de l’Eglise : c’était la proclamation de Constantin empereur.
Ce Constantin était un païen tolérant qui s’est converti très progressivement au christianisme et qui reçut le baptême peu de temps avant sa mort. Revenant des provinces bretonnes, où il avait été proclamé empereur, sa victoire sur le successeur de Galère, Maximin Daïa, lui ouvre la route de l’empire oriental. Mais, dès sa victoire au pont Milvius, en octobre 312, il manifeste une grande sympathie pour le christianisme, en leur accordant la liberté de culte et la restitution immédiate de tous les biens qui leur avaient été confisqués, allant même jusqu’à distribuer de l’argent à l’Eglise et à l’exempter d’impôts.
Le règne de Constantin allait amener la paix pour l’Eglise dans le monde romain : l’Eglise reçoit un statut juridique officiel, puisque les sentences de ses tribunaux sont reconnues comme valides par les instances civiles. Les symboles chrétiens apparaissent sur les monnaies, première forme d’une propagande pour la foi chrétienne. Les lieux de culte se multiplient pour répondre au nombre croissant de convertis qui viennent regagner les rangs des communautés chrétiennes réparties dans tout l’empire Des chrétiens sont même admis à des postes officiels. Et Constantin fait élever ses enfants dans le christianisme. Cela permet de le considérer comme le premier empereur chrétien. Il interviendra même lors du premier concile oecuménique à Nicée… Pour l’Eglise, c’est la paix extérieure : tous les adversaires politiques qui pouvaient se dresser contre elle disparaissent, et elle peut désormais évangéliser le monde sans craindre de représailles de la part du pouvoir romain. En moins d’un siècle, le christianisme allait devenir la religion officielle, le paganisme étant interdit et les temples fermés ou détruits en 391.

Les Pères de l’Eglise
Un Père de l’Eglise est un savant, un écrivain ou un enseignant, souvent reconnu comme saint dans la tradition de l’Eglise, dont la doctrine est parfaitement orthodoxe. Mais c’est surtout un homme d’action, profondément engagé dans la vie de l’Eglise locale dont il est le pasteur, l’évêque, ou l’un des prêtres ; en tout cas, c’est lui qui exprime la théologie chrétienne en des termes qui le mettent d’emblée sur le même plan que les lettrés du monde païen. Comme les conversions, dans les premiers siècles de l’Eglise, s’effectuaient parmi les adultes, on comprend que ces chefs de communauté étaient des hommes d’action, et, de plus, comme ils étaient souvent issus de la classe dominante, ils pouvaient toujours assumer la défense des chrétiens auprès des autorités civiles. Mais le concept de ‘Père de l’Eglise’ comme savant, théologien à la doctrine orthodoxe, est beaucoup trop vaste : il peut désigner des hommes des origines du christianisme jusqu’à la fin des siècles. Ce concept s’est restreint aux auteurs chrétiens des premiers siècles, dont l’oeuvre a été exemplaire, en ce sens qu’elle a permis de traduire la pensée apostolique dans les termes de la pensée contemporaine et qu’elle est devenue en quelque sorte normative pour toutes les générations chrétiennes ultérieures.
Ces écrivains, reconnus officiellement par l’Eglise, vécurent de la fin du premier siècle (qui marque la fin de l’âge apostolique) au début du septième siècle pour l’Occident ou au milieu du huitième pour l’Orient. Jusqu’à la fin du deuxième siècle, la langue où Ils s’exprimaient était le grec : après, le latin devient beaucoup plus courant en Occident, alors que l’Orient continue d’utiliser la langue grecque, avant de permettre l’usage de langues orientales, comme le syriaque. De la fin du premier siècle jusqu’au milieu du deuxième, les auteurs ecclésiastiques sont appelés les ‘Pères apostoliques’, parce que la plupart d’entre eux ont eu des contacts directs avec les apôtres, et que leurs écrits se présentent comme l’exposé de la foi chrétienne selon le genre qui était celui du Nouveau Testament. La Didaché, ou doctrine des douze apôtres, est le plus ancien témoin de l’organisation des communautés chrétiennes et de leur liturgie. La foi chrétienne y affirme son originalité et pose ses règles de la vie communautaire, cultuelle et charismatique. Cette foi ne repose pas uniquement sur les textes évangéliques et apostoliques, mais aussi sur des paroles de Jésus qui continuaient de circuler par la tradition catéchétique orale. C’est une semblable tradition orale qui se trouve également dans la lettre que l’évêque de Rome, Clément, adresse à la communauté chrétienne de Corinthe dans laquelle des prêtres avaient été déposés par des laïcs. Fait important que cette lettre de Clément : elle souligne l’autorité que pouvait exercer déjà à l’époque l’Eglise de Rome sur les autres Églises locales.
Une autre personnalité romaine est connue par un de ses écrits : Hermas, l’auteur du Pasteur qui a été considéré un certain temps comme un texte canonique du Nouveau Testament, avant d’être écarté en raison de son rigorisme pénitentiel, et de son ascétisme qui le rapprochait de la secte des Esséniens. L’influence du judaïsme se faisait encore ressentir dans les communautés chrétiennes que visite Ignace d’Antioche lorsqu’il traverse l’Asie, afin de se rendre à Rome où il subira le martyre : selon lui, il est absurde de croire en Jésus-Christ et de continuer à judaïser, car, souligne-t-il, pour la plupart des judaïsants, le Christ ne serait pas mort, ce qui est en contradiction formelle avec la prédication des apôtres ; pour lutter contre toutes les tendances qui menace la foi chrétienne, Ignace recommande l’unité des chrétiens autour de l’évêque, de ses prêtres et diacres, affirmant ainsi l’existence d’une hiérarchie répartie selon trois ordres autour de l’évêque, qui unit en sa personne l’élément charismatique, hérité des apôtres, et l’autorité hiérarchique.
Papias, qui fut évêque d’Hiérapolis, en Asie Mineure, est un autre témoin de l’âge apostolique : il a sans doute pu écouter la prédication de saint Jean, et il rapporte dans ses écrits des échos de l’enseignement oral de ceux qui furent les premiers disciples des apôtres. Toutefois, il apparaît très vite comme une intelligence médiocre qui manque d’un jugement sûr ; Eusèbe de Césarée, au début du quatrième siècle, lui reprochera d’avoir contaminé plusieurs générations chrétiennes en proposant des affirmations qui ne se situent pas. Jusqu’au milieu du deuxième siècle, les Pères de l’Eglise gardent vivante la tradition venue des apôtres, empruntant les genres littéraires du Nouveau Testament, au point que parfois certains de leurs écrits ont pu être incorporés à ce dernier. Il en va tout autrement dans les générations suivantes : les Pères apologistes vont s’attacher à démontrer la vérité de la doctrine chrétienne en la situant dans le contexte du développement de la pensée philosophique gréco-romaine, en démontrant que cette foi nouvelle est l’accomplissement de tout l’effort philosophique des anciens, en défendant aussi la théorie et la pratique morales des disciples du Christ, si les Pères apostoliques s’adressaient presque exclusivement à des convertis au christianisme, les Pères apologistes s’adressent aux juifs et aux païens, pour démontrer aux uns que Jésus-Christ apporte la réalisation des prophéties de l’Ancien Testament, aux autres qu’il n’y a pas de motifs sérieux de persécuter les chrétiens.
Le témoin le plus important de cette forme de pensée est Justin de Naplouse : il était né dans une famille grecque et païenne, installée en Samarie, et il raconte lui-même, dans son dialogue avec Tryphon, comme il s’est mis en quête d’une sagesse qui aurait pu guider son existence : après avoir fréquenté les écoles philosophiques de son temps, il finit par se convertir au christianisme, et, en venant à Rome, il fonde une école sur le type même des écoles de philosophie païenne, vers le milieu du deuxième siècle. Entre 150 et 165, date de son martyre, il écrit deux suppliques aux empereurs romains pour leur montrer la discipline de vie que suivent les chrétiens et pour souligner que c’est à tort, sans connaître l’enseignement chrétien, que l’on attribue aux disciples du Christ une immoralité qu’ils essayent de combattre en eux-mêmes et dans le monde qu’ils fréquentent. Tatien, qui fut le successeur de Justin avant de se séparer de l’Eglise, poursuit l’oeuvre de son prédécesseur, mais en s’attachant surtout à montrer toutes les erreurs de la pensée païenne : il s’attaque avec violence à toutes les philosophies et aux cultes païens d’origine hellénique.
Avec Irénée de Lyon, né à Smyrne, vers 115, apparaît un nouveau genre de docteur de la foi. Dans sa jeunesse, il a connu Polycarpe, qui lui-même avait connu saint Jean ; ainsi, Irénée se trouve héritier de la tradition johannique. En 177, il est prêtre de l’Eglise de Lyon et il est amené à défendre la foi chrétienne authentique contre certaines perversions internes, venues des différentes écoles qui se prétendent chrétiennes, mais dans lesquelles les maîtres n’annoncent plus la vérité de Évangile, mais bien leur propre doctrine. A ces maîtres, Irénée oppose les chefs, à la fois charismatiques et hiérarchiques, que sont les évêques : leur autorité ne vient pas de leur valeur personnelle, mais de la mission qu’ils ont reçue par la tradition qui vient des apôtres et de la charge dont ils ont été investis qui est de transmettre dans la vérité la doctrine antérieure. Irénée entreprend de montrer que la succession des évêques remonte aux apôtres qui ont établi leurs successeurs dans l’autorité qu’ils avaient eux-mêmes reçue du Christ Jésus. C’est pourquoi l’enseignement que transmettent les évêques est le seul qui puisse avoir une valeur authentique pour la foi chrétienne. Et il exprime cet enseignement dans une oeuvre catéchétique qui se présente comme la réfutation de toutes les hérésies : Adversus haereses, oeuvre dans laquelle il exerce, le premier, un rôle véritable de théologien, en soulignant que le Christ a rétabli et restauré l’oeuvre de Dieu qui avait été détruite par le péché des hommes, que le message du Christ s’est transmis par les apôtres, lesquels ont prêché Évangile à toutes les nations, en commençant par Rome, ville dont l’évêque jouit d’un prestige particulier parmi ses pairs, puisqu’il est le successeur, en ligne directe de Pierre. Au troisième siècle, la lignée des Apologistes se poursuit, mais elle s’oriente plus explicitement vers l’étude théologique, telle qu’Irénée de Lyon l’avait perçue.
 Des écoles théologiques apparaissent dans toutes les grandes communautés chrétiennes, et particulièrement à Alexandrie, où un échange va se faire entre le christianisme et l’hellénisme. Clément d’Alexandrie, païen converti, va montrer les rapports qui existent entre la philosophie grecque et la doctrine chrétienne : toute l’oeuvre philosophique antique n’a fait que mener les hommes vers le Christ et elle peut aider alors le chrétien à approfondir sa foi et à parfaire sa vertu. La persécution, sous Septime Sévère, en 202, contraint Clément à l’exil. Son successeur à la tête de l’Eglise d’Alexandrie, Démétrius, choisit Origène pour le placer à la tête de l’école de catéchèse. Placer quelqu’un à la tête d’une école catéchétique était un choix difficile en cette époque de persécution, qui interdisait tout prosélytisme… Entre 205 et 211, Origène transforme cette école en confrérie religieuse, vivant dans l’ascèse, sans se distinguer des autres chrétiens : c’est la première forme de vie religieuse. En 213, il divise les cours de catéchèse en deux cycles : un premier cycle réservé aux illettrés présente les premiers éléments de la foi et de la doctrine chrétiennes, et un second cycle de genre universitaire, où tous les systèmes de connaissance sont présentés. Il enseigne lui-même dans cette école, la Didascalée, de 212 à 231. Il fait alors un séjour en Palestine où son ami, l’évêque Alexandre de Jérusalem, lui demande d’expliquer l’Écriture dans l’assemblée chrétienne et où un autre de ses amis, Théoctiste de Césarée, l’ordonne prêtre, contre l’avis de Démétrius d’Alexandrie, qui lui interdit alors d’enseigner dans la Didascalée. Origène se retire alors à Césarée, en ajoutant à l’enseignement une tâche de prédication. Plus tard, il permettra à des tachygraphes de transcrire les entretiens qu’il donnait à l’assemblée chrétienne ; mais une très grande partie de sa prédication est disparue, faute d’avoir été retranscrite, lors de ses entretiens. L’oeuvre d’Origène est considérable ; tout en accueillant les valeurs de la philosophie grecque, il dénonce clairement toutes les faiblesses du paganisme, et en ce sens, il faut oeuvre d’apologiste, dégageant alors l’originalité du christianisme, en manifestant la grandeur de l’homme pour la foi chrétienne. Prédicateur, il s’est révélé comme un homme de Dieu ; théologien, il a construit un système dans lequel il intégrait toutes les disciplines et toutes les traditions qu’il pouvait connaître. Une de ses oeuvres, à laquelle il travailla pendant une trentaine d’années, s’intitule les Hexaples – en six colonnes, il présente l’ensemble de la Bible :
1/ Texte hébreu, en caractères hébraïques
2/ Texte hébreu, en caractères grecs
3/ Traduction en grec : Aquila
4/ Traduction en grec : Symnaque
5/ Traduction en grec : Septante
6/ Traduction en grec : Theodotion
Son but était de donner un texte correct à la Septante, en la corrigeant à partir de I’original officiel hébraïque, et en la comparant systématiquement aux traductions autorisées en grec à son époque : il fondait ainsi la critique biblique. Sous la persécution de Dèce, en 253, Origène est arrêté, et il meurt des suites des tortures qu’il subit en prison. Ses incertitudes doctrinales lui ont valu de connaître une condamnation posthume de la part de l’Eglise, au sixième siècle : il diluait trop l’action du Christ dans une sorte de processus cosmique, qui évacuait ainsi l’historicité du christianisme et son caractère décisif pour l’ensemble de l’histoire de l’humanité. A Césarée, où Origène trouva refuge, lorsqu’il fut exilé d’Égypte, l’école qu’il y fonda devint la dépositaire de son oeuvre : c’est dans cette école qu’Eusèbe de Césarée reçut sa formation.
le milieu du troisième siècle est une période où l’Occident latin trouve sa pleine originalité dans une forme d’expression purement latine, car si l’usage du grec est encore reconnu comme officiel, le latin prend une place de plus en plus considérable. Novatien sera à cette époque le premier grand théologien de langue latine, bien que celui-ci fût condamné par un concile romain. En tout cas, l’Eglise est une communauté strictement organisée autour de l’évêque de Rome, en particulier Corneille, de ses prêtres, diacres et sous-diacres : la hiérarchie se trouve donc implantée dans une Eglise, dont l’autorité est reconnue par les autres Églises locales, auxquelles elle transmet ses décisions les plus importantes, et celles-ci sont bien accueillies, en particulier par l’Eglise de Carthage. Cette dernière se regroupe alors autour d’une personnalité importante, son évêque Cyprien, qui a laissé à la postérité une oeuvre littéraire importante. Évêque et donc pasteur responsable, il est amené à prendre des positions qui doivent assurer l’intégrité de l’Eglise. Dèce avait ordonné à tous les citoyens de son empire de participer à un sacrifice général aux dieux de l’empire ; les chrétiens ne pouvaient offrir ce sacrifice sans trahir du même coup leur propre foi.
Certains subirent le martyre plutôt que d’offrir de l’encens aux idoles, ce fut le cas de l’évêque de Rome, Fabien. Mais d’autres cédèrent aux pressions qui leur étaient faites ; ce fut le plus grand nombre, et même deux évêques africains consentirent à sacrifier aux idoles. Une fois la persécution terminée, il était important de déterminer l’attitude que l’Eglise devait avoir envers ceux qui avaient renié leur foi, afin de conserver la vie, envers ceux qui étaient appelés les ‘lapsi’. C’est le problème de la pénitence et de la réintégration des renégats dans la communauté qui se trouve ainsi posé. Certains prêtres carthaginois réconciliaient très facilement ceux qui avaient succombé, en estimant que les ‘confesseurs’ qui avaient subi le martyre sans perdre la vie pouvaient intercéder pour les ‘lapsi’, sans qu’il leur soit imposé de délai pénitentiel. Cyprien développe une conception qui rejoint la position commune de l’ensemble de l’Eglise : sans négliger le rôle d’intercession des confesseurs, il insiste sur la nécessité d’imposer une pénitence longue et sévère. Il se montre ainsi beaucoup plus exigeant que ses propres prêtres. Cyprien communique sa décision à l’Eglise de Rome et aux autres Églises Rome n’avait plus d’évêque depuis le martyre de Fabien, et c’est Novatien qui lui répond au nom des prêtres et des diacres de Rome, se déclarant d’accord avec Cyprien. Mais lorsque Corneille sera élu évêque de Rome, en 251, Novation dévoilera sa véritable position, en affirmant qu’aucune réconciliation n’est possible pour les ‘lapsi’, ce qui lui vaudra la condamnation d’un concile local réuni par Corneille, qui obtient le plein accord de Cyprien. Ce conflit à propos des renégats est le reflet d’un conflit entre deux options pour l’Eglise : peut-elle être le rassemblement d’une élite d’hommes spirituels ou doit-elle être une communauté qui rassemble tous les hommes ? A côté des plus grands saints et des martyrs, il y a place pour la foule innombrable des chrétiens ordinaires qui essaient de progresser dans la vie selon les exigences de Évangile
Au quatrième siècle, alors que l’Eglise a conquis une certaine liberté religieuse, il ne lui est plus nécessaire de défendre sa doctrine ou ses principes moraux : le temps des apologistes est achevé. Mais il devient important, pour la communauté chrétienne, de se définir une doctrine qui prenne en compte les données philosophiques. Le quatrième siècle sera l’âge des grands docteurs qui, au milieu des conflits dogmatiques, vont affirmer la foi de l’Eglise, dans une pure fidélité à Évangile Pendant les premières années de la persécution, sous Dioclétien, Eusèbe de Césarée, d’origine pourtant modeste, révise et édite tous les livres saints ainsi que les oeuvres d’Origène qui se trouvaient à Césarée : il compile tous les ouvrages qui lui sont accessibles et constitue ainsi des recueils qui lui serviront à composer ultérieurement ses grands ouvrages. Après avoir dû s’exiler, au cours de la persécution, il rentre à Césarée et y est élevé à l’épiscopat : c’est la grande période de sa vie où il devient le premier écrivain à composer une histoire de l’Eglise. Rapidement, Eusèbe est impliqué dans la crise suscitée dans l’Eglise par le prêtre Arius, pour qui il prend parti ; et, à partir du concile de Nicée, qui tentera de régler l’affaire arienne, il est de plus en plus engagé dans les polémiques ecclésiastiques… Il déploya son talent à montrer la mission presque providentielle que l’Empire romain, pacifié autour de Constantin, a pu jouer dans l’histoire de l’Eglise. Et lorsque Constantin meurt, Eusèbe compose un éloge de ce grand empereur, dont le règne était, selon lui, le signe même de l’action de Dieu qui veut assurer la victoire définitive de la foi chrétienne sur le paganisme.
Contemporain d’Eusèbe de Césarée, qu’il rencontra au cours du concile de Nicée, Athanase d’Alexandrie joua un grand rôle dans la définition dogmatique de la trinité, de la nature même du Dieu unique en trois personnes. A Nicée, il accompagnait son évêque, dont il était le diacre et le secrétaire personnel ; en 328, la foule, exaltant son ascétisme, l’acclame lorsqu’il est élu successeur de son évêque, Alexandre. Mais l’affaire arienne qui n’a pas été entièrement résolue à Nicée lui fera connaître une vie agitée par des exils répétés, une vie de proscrit éloigné de sa vie épiscopale. Et malgré les vicissitudes de son existence, il composa une oeuvre théologique magistrale, en prenant son appui sur les décisions conciliaires : il se place d’emblée dans la perspective de l’histoire du salut. Le Christ a pu sauver les hommes parce qu’il était vraiment Dieu, et ce salut qu’il apporte n’est autre qu’une divinisation de l’humanité : le Fils de Dieu s’est fait homme pour que tous les hommes puissent devenir enfants de Dieu. Telle est l’affirmation centrale de la pensée théologique d’Athanase, qui assurera la démarche trinitaire et christologique dans l’histoire ultérieure du dogme chrétien.

Les premières hérésies et les conciles oecuméniques
Le Concile de Nicée, dont il a déjà été question précédemment, marque une étape importante dans la vie de l’Eglise du quatrième siècle. Mais la déviation entreprise par le prêtre Arius n’était pas le premier écueil sur lequel la foi chrétienne aurait pu s’échouer. Dès les deux premiers siècles, les communautés locales, qui suivaient leurs traditions propres, connaissaient des tendances et des formes très diversifiées : l’unité de l’Eglise s’en trouvait menacée. Il y eut donc confrontation entre l’orthodoxie et l’hétérodoxie, la droite ligne de Évangile et les différentes déviations. La grande crise traversée par les communautés chrétiennes, à la fin du premier siècle et pendant une très grande partie du deuxième, est le gnosticisme. Ce dernier trouve son origine dans les zones marginales, au sens géographique et au sens spirituel, du judaïsme et du judéo-christianisme. Les ébionistes affirmaient que Jésus était un homme parmi tous les autres hommes, semblables à eux en tant que fils de Joseph et de Marie : cette conception de Jésus comme le prophète annoncé par Moïse, et non pas comme le propre Fils de Dieu, était une caractéristique de ce mouvement hétérodoxe à l’intérieur du judéo-christianisme. Les ébionistes pourraient très bien être les héritiers de sectaires Esséniens de Qumran, qui se seraient convertis au christianisme après la ruine du Temple de Jérusalem en 70. L’elkasaïsme est une autre secte qui apparaît vers l’année 100 : son fondateur aurait reçu une révélation, par un ange, lui annonçant la rémission des péchés commis après le baptême chrétien. Pour ce courant, Jésus est également un prophète ; et donc, l’elkasaïsme est un mouvement chrétien hétérodoxe. Mais il est aussi un courant juif hétérodoxe puisqu’il rejette de nombreuses pratiques du judaïsme et ne reconnaît que certaines parties de l’Ancien Testament. Les nicolaïtes condamnaient le Dieu de l’Ancien Testament qui avait trompé les espérances de la restauration d’Israël, et ils professaient une doctrine de la liberté totale, qui conduisait au libertinisme moral. Cérinthe, un autre judéo-chrétien hétérodoxe, est le premier représentant du courant gnostique : il maintenait la circoncision et le sabbat, attendait un royaume du Christ installé dans le monde matériel après la résurrection, avec la restauration du culte au Temple de Jérusalem ; le fait qu’il n’admet pas que le monde ait été créé par Dieu, mais bien par une puissance qui ignore Dieu, le place dans le gnosticisme proprement dit.
Son principal successeur, Carpocrate, rejette l’affirmation de la création du monde par le Dieu biblique ; ce monde aurait été créé par des anges ou ‘archontes’. Pour lui, Jésus est né de Joseph et une puissance divine est descendue sur lui, au moment de son baptême, sous l’apparence d’une colombe ; celui qui partage cette puissance divine descendue sur Jésus peut devenir son égal et accomplir les mêmes prodiges que lui. Carpocrate prônait également l’amoralisme. Puisque les archontes permettent ou imposent des vices aux hommes, autant les pratiquer tous sans attendre pour éviter d’être réincarné par les soins de ces mauvais anges dans des vies successives où l’on devrait encore subir tous les vices non encore pratiqués durant l’existence présente. Après Carpocrate, un des grands représentants du gnosticisme sera Marcion, le fils d’un évêque de Sinope, dans le Pont : il fut doté d’une bonne formation intellectuelle. Mais, alors qu’il était encore jeune, il fut exclu de la communauté chrétienne par son propre père. Il voyagea alors en Asie Mineure, pour faire connaître son interprétation de Évangile, mais il ne fut guère écouté des milieux chrétiens. Pour lui, le Dieu de l’Ancien Testament est un Dieu foncièrement mauvais, puisqu’il a créé l’homme faible et mortel et qu’il a permis sa chute dans le péché. Jésus a révélé l’existence du Dieu inconnu et bon : crucifié et ressuscité, Jésus est la seule et unique source de salut pour l’ensemble des hommes. Mais sa prédication, son Évangile a été falsifié par des judaïsants qui, bien que disciples immédiats de Jésus, se sont à nouveau soumis au Dieu de l’Ancien Testament. Seule, la position d’un Paul de Tarse pouvait être acceptée, à condition de la purifier de toutes les interprétations ajoutées par les judaïsants : à partir de là, il serait possible de retrouver la pureté de Évangile Avec ces données scripturaires, Marcion construit une doctrine du salut universel obtenu en menant une vie frugale, en s’abstenant du mariage et en vivant selon une discipline communautaire très forte. Sa doctrine eut un certain succès, puisque Justin, dans sa première Apologie, en 150, en signale l’existence, tout en la réfutant par ailleurs.
Tous les écrivains chrétiens, de la fin du deuxième siècle, publieront des textes s’attaquant à la théologie marcionnienne. Si Marcion était surtout un organisateur de communautés et un fondateur Églises, Valentin est un théologien et un mystique : il veut expliquer la conscience malheureuse des hommes par des raisons purement métaphysiques : la vie tragique de l’homme dans un monde hostile est l’illustration de ce que peut éprouver l’être spirituel qui se trouve enfermé dans une enveloppe charnelle, au coeur d’un monde strictement matériel. L’homme se sent appelé à une autre réalité, qui est la véritable révélation, la ‘gnose’, mais qui est réservée aux seuls spirituels purs, des hommes que la tradition juive n’a pas pu produire, puisqu’elle faisait de l’homme le responsable de son malheur collectif et individuel. L’homme spirituel aspire donc à sortir de la condition de déchéance dans laquelle il se trouve immergé pour réintégrer la patrie spirituelle qui était la sienne avant le commencement des temps…
Devant la multiplicité des courants qui traversent le deuxième siècle, l’autorité des évêques va s’affirmer : le christianisme change de visage pour s’organiser en une Eglise véritablement universelle (catholique), qui est apte à exprimer sa foi dans les concepts théologiques véhiculés à cette époque. Dans la première moitié du troisième siècle va surgir une nouvelle religion : le manichéisme, dont le fondateur, Mani, fut affilié, en même temps vraisemblablement que son père, à une secte baptiste ; il fréquenta des adeptes de différentes religions, ceux de la religion traditionnelle de l’Iran, le mazdéisme, ceux du brahmanisme et du bouddhisme, ceux du judaïsme et du christianisme – et particulièrement des disciples de Marcion. C’est en 240 que Mani aurait eu la révélation de sa mission, qui était de poursuivre l’oeuvre des grands initiateurs, Zoroastre, Bouddha, Jésus… L’Eglise qu’il veut établir est une communauté de parfaits auxquels peuvent s’adjoindre, mais à un degré inférieur, des hommes pécheurs et imparfaits : le monde matériel étant mauvais, il recommande de s’abstenir du mariage. L’influence du manichéisme se prolongera au Moyen-Age.
Au début du troisième siècle, à Rome, un certain Sabellius professe une doctrine qui porte directement atteinte au dogme de la Trinité, qui s’ébauchait dans l’Eglise : cette doctrine, le sabellianisme, est un modalisme ou un monarchianisme, en ce sens qu’elle donne une supériorité, non seulement chronologique mais aussi ontologique, au Dieu-Père, dont le Fils et l’Esprit ne sont que des modes. Une fois élu évêque de Rome, Calixte condamne Sabellius. Mais l’affaire n’en resta pas là. Elle rebondit quarante années plus tard, car certains évêques s’étaient même laissé gagner à la doctrine sabellienne et n’osaient plus parler du Fils. Cette forme hétérodoxe finissait par ne plus reconnaître les distinctions entre les personnes divines, qui étaient en quelque sorte confondues en une seule entité. Contre cette tentation hétérodoxe du monarchianisme sabellien, le prêtre Arius d’Alexandrie entreprit une réflexion pour tenter d’éclairer les relations qui pouvaient exister à l’intérieur de l’Être de Dieu. Mais la doctrine que se met à prêcher Arius est beaucoup plus philosophique que théologique : les personnes divines ne peuvent pas être confondues, mais elles ne peuvent pas davantage être égales. Pour sauvegarder, à l’intérieur de la Trinité, l’originalité du Père, non engendré et non devenu, seul à être vraiment sans principe, seul à être vrai Dieu, Arius fut conduit à dévaloriser le Verbe, en accordant au Père une supériorité ontologique. Il était ainsi amené à prôner une subordination du Fils par rapport au Père : le Fils ne peut pas être pleinement Dieu, puisqu’il a été engendré par le Père : il est un Dieu second, qui permet aux hommes d’approcher du mystère du seul vrai Dieu, qui est inconnaissable et inaccessible.
La réaction officielle de l’Eglise d’Alexandrie, dirigée alors par l’évêque Alexandre, ne se fit pas attendre : cet évêque réunit un concile local, rassemblant une centaine d’évêques Égypte et de Libye, qui anathématisent Arius et l’excommunient ainsi que ceux qui restaient fidèles à sa doctrine. Mais l’affaire n’en resta pas là, elle déborda les frontières de Égypte Arius rechercha des appuis auprès de ceux qui furent jadis ses condisciples : des synodes provinciaux, notamment en Palestine, réhabilitèrent Arius… D’une crise purement doctrinale à l’origine, on passe très vite à un conflit généralisé dans toute l’Eglise, car Alexandre ne reste pas inactif : il fait parvenir, sous forme de lettres, ses décisions aux évêques grecs et à Sylvestre de Rome. L’agitation dans le monde ecclésiastique prend donc une grande extension dans l’empire que Constantin vient de réunifier, en utilisant également la force que pouvait représenter le christianisme au début du quatrième siècle. Pour résoudre les problèmes qui divisaient l’Eglise et qui menaçaient ainsi l’unité de l’Empire, Constantin convoque un concile ; et celui-ci ne sera pas seulement local, mais puisque l’empereur se considère comme le maître absolu du monde, ce concile sera mondial, universel, oecuménique. L’empereur met à la disposition des évêques la poste impériale, dont les services devaient favoriser la participation des évêques les plus éloignés. Pourtant, le nombre des évêques présents ne fut pas excessivement élevé : les Occidentaux étaient peu nombreux à Nicée une ville proche de Nicomédie, le 20 mai 325, jour où l’empereur Constantin ouvrit et présida ce premier concile oecuménique. Le pape Sylvestre de Rome délégua, à sa place, deux prêtres romains. L’absence du pape au concile créa ainsi un précédent : dans la plupart des conciles ultérieurs, l’évêque de Rome se fera représenter, afin de ne pas trop peser de son autorité sur les évêques du monde et sur le déroulement de leurs délibérations. Selon les désirs de l’empereur, les évêques commencèrent par examiner la question arienne : malgré la présence de certains partisans d’Arius, les erreurs de celui-ci furent condamnées par une puissante majorité, qui confirma ainsi les décisions du concile local d’Alexandrie. Mais, pour enrayer le développement de l’hérésie, les Pères conciliaires voulurent proclamer la foi de l’Eglise, dans son authenticité :
D’une part, le concile voulait effacer les expressions impies des ariens et, d’autre part, employer des termes tirés de Écriture et admis par tous pour confesser que le Fils n’est pas tiré du néant, mais de Dieu, qu’il est Verbe et Sagesse, et non pas une créature ou un ouvrage, qu’il est le propre rejeton du Père.
C’est ainsi qu’Athanase d’Alexandrie, le diacre et secrétaire particulier de l’évêque Alexandre, résume le concile, dans son ouvrage ‘De decretis Nicaenae synodi’. Ainsi, les Pères conciliaires proclamèrent la vraie doctrine, sous forme d’un symbole, affirmant que Jésus, le Christ est vraiment le Fils de Dieu, Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, et déclarant en plus qu’il est consubstantiel au Père (omoousioV). Un nouveau terme était ainsi introduit dans la doctrine chrétienne, un terme qui n’était pas issu de Écriture sainte, mais de la pensée philosophique ; le christianisme manifestait ainsi sa capacité de fécondité pour exprimer le donné de la révélation dans le cadre des cultures ambiantes. La doctrine chrétienne fut exprimée dans un symbole, qui serait, selon Eusèbe de Césarée, le symbole baptismal de l’Eglise de Césarée :
Nous croyons en un Dieu, Père tout-puissant, créateur de toutes les choses visibles et invisibles ; et en un Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, unique engendré du Père, c’est-à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait, ce qui est dans le ciel et ce qui est sur la terre ; qui, pour nous, les hommes, et pour notre salut, est descendu, s’est incarné, s’est fait homme, a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux et viendra juger les vivants et les morts ; et nous croyons en l’Esprit-Saint. Pour ceux qui disent : II fut un temps où il n’était pas, et : Avant de naître, il n’était pas, et : il a été créé du néant, ou qui disent que le Fils est d’une autre substance ou d’une autre essence, ou qu’il est soumis au changement ou à l’altération, l’Eglise catholique et apostolique les anathématise.
Malgré cette profession de foi, exprimée le 19 juin 325, et la condamnation des erreurs ariennes, l’arianisme n’était pas encore totalement expurgé de l’Eglise, bien que Constantin lui-même prît les mesures nécessaires pour faire appliquer les décisions conciliaires : il exila deux évêques restés solidaires d’Arius. Et si les Pères conciliaires se séparent dans l’euphorie, les discussions vont rapidement reprendre dans les milieux ecclésiastiques, en raison du caractère trop matériel du terme homoousios Ce terme n’était pas scripturaire, ainsi qu’il a déjà été dit : dans la langue courante, il signifiait : fabriqué d’un même métal. Les évêques orientaux acceptèrent difficilement ce terme d’homoousios, qui semblait tolérer la présence d’un certain subordinatianisme.
Les discussions dureront avec âpreté dans l’Eglise pendant un demi-siècle : la définition de la consubstantialité du Père et du Fils dut attendre l’empereur Théodose pour s’imposer définitivement dans la doctrine chrétienne. D’autres tendances hérétiques se faisaient jour dans l’Eglise : elles concernaient également la personne de l’Esprit-Saint. Pour en terminer avec toutes ces discussions et erreurs, l’empereur Théodose réunit un nouveau concile à Constantinople, le deuxième concile oecuménique, mais qui ne rassembla guère que des évêques orientaux : le pape Damase ne fut même pas représenté à cette assemblée, qui se déroula de mai à juillet 381. Les Pères de Constantinople reprirent le Symbole de Nicée en lui incorporant de nouveaux éléments, déjà en usage dans l’une ou l’autre Eglise orientale ; ils développèrent le troisième article du Symbole, qui concerne l’Esprit-Saint, en le nommant Seigneur, en déclarant qu’il est source de vie et qu’il procède du Père, en un mot qu’il est Dieu :
Nous croyons en un Dieu, Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles ;
et en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait ; qui, pour nous, les hommes et pour notre salut, est descendu des cieux, par le Saint Esprit s’est incarné de la Vierge Marie, et s’est fait homme ; il a été crucifié pour nous sous Ponce-Pilate, a souffert, a été enseveli, est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, est monté aux cieux ; il siège à la droite du Père et il reviendra en gloire juger les vivants et les morts ; son règne n’aura pas de fin ;
et en l’Esprit Saint, le Seigneur, qui vivifie, qui procède du Père, qui avec le Père et le Fils est conjointement adoré et glorifié ; qui a parlé par les prophètes ;
et en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Nous confessons un baptême pour la rémission des péchés. Nous attendons la résurrection des morts et la vie du siècle à venir.
La traduction latine de ce Symbole de la foi ajoutera ‘et du Fils’ après l’affirmation que l’Esprit ‘procède du Père’. Ce ‘Filioque’ fut d’abord introduit en Espagne, avant de se répandre dans les Églises de Gaule et de Germanie. Benoît VIII l’introduira définitivement dans le Credo de la liturgie latine, les Grecs n’admettant pas que l’on puisse ajouter une mention quelconque au symbole de la foi, proclamé par les Pères conciliaires. Ce n’est donc qu’au onzième siècle que cette profession de foi sera un texte normatif dans l’Eglise universelle : elle sera connue sous le nom de ‘symbole de Nicée-Constantinople’. Mais, après le concile de Constantinople, l’hérésie arienne est définitivement vaincue. L’empereur Théodose se charge en effet de poursuivre les ariens, tout en établissant une législation qui expurge son empire de toutes les survivances du paganisme. A la fin de son règne, le christianisme est devenu la religion officielle de tout le monde soumis à la puissance romaine. La crise arienne était enfin dissipée, et le christianisme avait acquis ses lettres de noblesse, tout en développant sa pensée théologique, dans une formulation du mystère chrétien dans les concepts philosophiques courants de cette époque.

 

Anglais : confession. L’église de Bernardin de Lviv ( Ukraine Eglise gréco-catholique de Sant’Andrea ) – traduction de Google de Russie

13 novembre, 2013

SIN

http://en.wikipedia.org/wiki/File:%D0%98%D1%81%D0%BF%D0%BE%D0%B2%D0%B5%D0%B4%D1%8C_%D0%B1%D0%B5%D1%80%D0%BD_%D1%81%D0%BE%D0%B1%D0%BE%D1%80.jpg

LE SACREMENT DE LA RÉCONCILIATION, POUR RAVIVER LA GRÂCE DU BAPTÊME – PAPE FRANÇOIS

13 novembre, 2013

http://www.zenit.org/fr/articles/le-sacrement-de-la-reconciliation-pour-raviver-la-grace-du-bapteme

LE SACREMENT DE LA RÉCONCILIATION, POUR RAVIVER LA GRÂCE DU BAPTÊME

CATÉCHÈSE SUR LE CREDO, 13 NOVEMBRE 2013

Rome, 13 novembre 2013 (Zenit.org) Pape François

« Je ne peux pas me faire baptiser plusieurs fois, mais je peux me confesser et renouveler ainsi la grâce du baptême »: le pape François a ainsi souligné le lien entre le sacrement du baptême et le sacrement de la réconciliation qui le ravive chez les baptisés.

Le pape François a tenu l’audience du mercredi place Saint-Pierre, en présence de dizaines de milliers de visiteurs. Il a poursuivi sa catéchèse sur le Credo, dans le cadre de l’Année de la foi, commentant l’article concernant le baptême.
Il a aussi invité les baptisés à connaître, chercher, la date de leur baptême de façon à fêter ce second anniversaire!
Voici notre traduction intégrale de la catéchèse donnée par le pape en italien, y compris avec les ajouts improvisés.

CATÉCHÈSE DU PAPE FRANÇOIS

Chers frères et sœurs,
Dans le « Je crois en Dieu », par lequel nous faisons, chaque dimanche, notre profession de foi, nous affirmons : « Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés ». C’est la seule référence explicite à un sacrement à l’intérieur du « Credo ». En effet, le baptême est la « porte » de la foi et de la vie chrétienne. Jésus ressuscité a donné à ses apôtres cette consigne : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création.Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé » (Mc 16, 15-16). La mission de l’Église est d’évangéliser et de remettre les péchés à travers le sacrement du baptême.
Mais revenons aux paroles du Credo. On peut distinguer trois parties dans cette formule : « je reconnais », « un seul baptême » et « pour le pardon des péchés ».
1. « Je reconnais » (« je professe » en italien, ndlr). Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est un terme solennel qui indique la grande importance de l’objet, c’est-à-dire du baptême. En effet, en prononçant ces paroles, nous affirmons notre véritable identité d’enfants de Dieu. Le baptême est en un certain sens la carte d’identité du chrétien, son acte de naissance. C’est l’acte de naissance dans l’Église. Vous connaissez tous le jour de votre naissance et vous fêtez votre anniversaire, n’est-ce pas ? Nous fêtons tous notre anniversaire. Je vous pose une question, que j’ai déjà posée d’autres fois, mais je le fais encore : qui parmi vous se souvient de la date de son baptême ? Levez la main : ils ne sont pas nombreux (et je ne pose pas la question aux évêques pour ne pas leur faire honte…). Mais nous allons faire quelque chose : aujourd’hui, en rentrant chez vous, demandez quel jour vous avez été baptisés, cherchez, parce que c’est notre second anniversaire.
Notre premier anniversaire est le jour de notre naissance à la vie et le second est celui de notre naissance dans l’Église. Vous le ferez ? C’est un devoir à faire en rentrant : chercher le jour où vous êtes né dans l’Église et remerciez le Seigneur parce que, le jour de notre baptême, il nous a ouvert la porte de son Église.
En même temps, notre foi dans la rémission des péchés est liée au baptême. Le sacrement de pénitence, ou confession, est, en fait, comme « un second baptême », qui renvoie toujours au premier pour le consolider et le renouveler. Dans ce sens-là, le jour de notre baptême est le point de départ d’un cheminement très beau, un cheminement vers Dieu qui dure toute la vie, un cheminement de conversion qui est continuellement soutenu par le sacrement de pénitence. Réfléchissez à cela : quand nous allons nous confesser de nos faiblesses, de nos péchés, nous allons demander pardon à Jésus, mais nous allons aussi renouveler notre baptême par ce pardon. Et c’est beau, c’est comme si nous fêtions le jour de notre baptême à chaque confession. C’est pour cela que la confession n’est pas une séance dans une salle de torture, mais c’est une fête.

La Confession est pour les baptisés ! Pour garder propre le vêtement blanc de notre dignité chrétienne !
    Second élément : « un seul baptême ». Cette expression rappelle celle de saint Paul : « Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Ep 4,5). Le mot « baptême » signifie littéralement « immersion » et, en effet, ce sacrement constitue une véritable immersion spirituelle dans la mort du Christ, d’où l’on ressuscite avec lui comme des créatures nouvelles (cf. Rm 6,4). Il s’agit d’un bain de régénération et d’illumination. Régénération parce qu’il réalise cette naissance de l’eau et de l’Esprit sans laquelle personne ne peut entrer dans le Royaume des cieux (cf. Jn 3,5). Illumination parce que, à travers le baptême, la personne humaine est comblée de la grâce du Christ, « lumière véritable, qui éclaire tout homme » (Jn 1,9) et qui chasse les ténèbres du péché. C’est pourquoi, dans la cérémonie du baptême, on donne aux parents un cierge allumé, pour signifier cette illumination ; le baptême nous illumine de l’intérieur avec la lumière de Jésus. En vertu de ce don, le baptisé est appelé à devenir lui-même « lumière » – la lumière de la foi que j’ai reçue – pour ses frères, spécialement pour ceux qui sont dans les ténèbres et qui n’entrevoient aucune lueur à l’horizon de leur vie.
Essayons de nous demander : pour moi, le baptême est-il un fait du passé, isolé à une date que vous allez chercher aujourd’hui, ou une réalité vivante qui concerne mon présent, à tout moment ? Est-ce que tu te sens fort, de la force que te donne le Christ par sa mort et sa résurrection ? Ou bien est-ce que tu te sens abattu, sans force ? Le baptême donne la force et donne la lumière. Est-ce que tu te sens illuminé de cette lumière qui vient du Christ ? Est-ce que tu es un homme ou une femme de lumière ? Ou bien est-ce que tu es une personne obscure, sans la lumière de Jésus ? Il faut saisir la grâce du baptême, qui est un cadeau, et devenir lumière pour les autres.
3. Enfin, quelques mots sur le troisième élément : « pour la rémission des péchés ». Dans le sacrement du baptême, tous les péchés sont remis, le péché originel et tous les péchés personnels, ainsi que toutes les peines liées au péché. Le baptême ouvre la porte à une nouvelle vie réelle qui n’est pas oppressée par le poids d’un passé négatif mais qui goûte déjà la beauté et la bonté du Royaume des cieux. C’est une intervention puissante de la miséricorde de Dieu dans notre vie, pour nous sauver. Mais cette intervention salvifique ne supprime pas la faiblesse de notre nature humaine – nous sommes tous faibles et nous sommes tous pécheurs – ; et ne nous enlève pas notre responsabilité de demander pardon chaque fois que nous nous trompons !
Je ne peux pas me faire baptiser plusieurs fois, mais je peux me confesser et renouveler ainsi la grâce du baptême. C’est comme si je recevais un second baptême. Le Seigneur Jésus est si bon qu’il ne se lasse jamais de nous pardonner. Même quand la porte que le baptême nous a ouverte pour entrer dans l’Église se referme un peu, à cause de nos faiblesses et de nos péchés, la confession la rouvre, précisément parce que c’est comme un second baptême qui nous pardonne tout, et nous illumine pour avancer avec la lumière du Seigneur. Avançons ainsi, joyeux, parce que la vie doit être vécue avec la joie de Jésus-Christ ; et ça, c’est une grâce du Seigneur.

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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