Archive pour novembre, 2013

Vierge enceinte

26 novembre, 2013

Vierge enceinte dans images sacrée 490_43_Appareconunainci

http://cms.provincia.terni.it/on-line/Home/Areetematiche/Cultura/Storiediluoghitracced146incanto/IluoghidellApocalisse/ColeicheintercedeMariagravida.html

« La joie de l’Evangile », présentation par Mgr Fisichella (lien)

26 novembre, 2013

fisichella

« La joie de l’Evangile », présentation par Mgr Fisichella

Redécouvrir la source de l’évangélisation dans le monde contemporain

Rome, 26 novembre 2013 (Zenit.org) Mgr Rino Fisichella

ici le lien:

http://www.vatican.va/holy_father/francesco/apost_exhortations/documents/papa-francesco_esortazione-ap_20131124_evangelii-gaudium_fr.html

Voici la traduction en français, faite par le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation, de la présentation, par son président, Mgr Rino Fisichella, ce mardi matin, 26 novembre, au Vatican, de l’exhortation apostolique du pape François « La joie de l’Evangile ».

Présentation par Mgr Fisichella

Evangelii gaudium : l’Exhortation apostolique du Pape François écrite à la lumière de la joie, pour redécouvrir la source de l’évangélisation dans le monde contemporain. C’est ainsi que l’on pourrait résumer le contenu de ce nouveau document que le Pape François donne à l’Eglise pour préciser les chemins que la pastorale doit emprunter dans un avenir immédiat. C’est une invitation à retrouver une vision prophétique et positive de la réalité, sans pour autant se cacher les difficultés. Le François nous encourage et nous engage à regarder devant nous, au-delà de ce temps de crise, faisant une nouvelle fois de la croix et de la résurrection du Christ l’ « étendard de la victoire » (85).
A plusieurs reprises, le Pape François fait référence aux Propositiones du Synode d’octobre 2012, montrant ainsi combien la contribution du Synode fut importante dans la rédaction de cette Exhortation. Le document va cependant plus loin que l’expérience synodale. Le Pape y imprime non seulement sa propre expérience pastorale, mais aussi l’invitation à accueillir le moment de grâce que vit l’Eglise, afin d’avancer avec foi, conviction et enthousiasme la nouvelle étape de l’évangélisation. Reprenant l’enseignement de Evangelii nuntiandi de Paul VI, il place de nouveau au centre la personne de Jésus Christ, premier évangélisateur qui appelle chacun de nous à prendre part avec lui à l’œuvre du salut (12). « L’action missionnaire est le paradigme de toute œuvre de l’Eglise » (15) affirme le Saint Père. C’est pourquoi il nous faut accueillir ce temps favorable pour discerner et vivre la « nouvelle étape » de l’évangélisation (17) qui s’articule autour de deux thèmes qui forment la trame de l’Exhortation. D’une part, le Pape François s’adresse aux Eglises particulières, confrontées aux défis et aux opportunités propres aux différents contextes culturels, pour qu’elles soient en mesure de spécifier le travail de nouvelle évangélisation dans leurs pays. D’autre part, le Pape indique un dénominateur commun, pour que toute l’Eglise, et chaque évangélisateur, puisse adopter une méthode commune, signe que l’évangélisation est un chemin où l’on marche à plusieurs, jamais de façon isolée. Les sept points, regroupés dans les cinq chapitres de l’Exhortation, constituent la vision du Pape à propos de la nouvelle évangélisation : la réforme de l’Eglise sur la voie de la mission, les tentations des agents pastoraux, l’Eglise comprise comme la totalité du Peuple de Dieu qui évangélise, l’homélie et sa préparation, l’intégration sociale des pauvres, la paix et le dialogue social, les motivations spirituelles de l’engagement missionnaire. Le lien entre tous ces thèmes est l’amour miséricordieux de Dieu qui va à la rencontre de chacun pour manifester le cœur de la révélation : la vie de chacun trouve son sens dans la rencontre de Jésus-Christ et dans la joie de partager cette expérience d’amour avec les autres (8).
Le premier chapitre développe la réforme de l’Eglise sur la voie de la mission, appelée à « sortir » d’elle-même pour aller à la rencontre des autres. Le Pape y exprime la « dynamique de l’exode et du don que représente le fait de sortir de soi, de cheminer et de semer toujours, et toujours plus loin » (21). L’Eglise doit faire sienne l’ »intimité de Jésus qui est une intimité itinérante » (23). Comme nous y sommes désormais habitués, le Pape s’attarde en des expressions qui font leur effet et crée des néologismes pour faire comprendre la nature de l’évangélisation. Parmi eux, le « primerear », c’est-à-dire Dieu qui nous précède dans l’amour, montrant à l’Eglise le chemin à parcourir. L’Eglise n’est pas dans une obscure impasse, mais avance sur les pas du Christ (Cf 1 P 2, 21), pour cela sûre du chemin qu’elle parcourt. C’est pourquoi elle avance sans peur. Elle sait qu’elle doit « aller à la rencontre, chercher ceux qui sont loin, parvenir jusqu’aux croisements des routes pour inviter les exclus. Son désir de proposer la miséricorde est inépuisable » (24). Pour aller dans cette voie, le Pape François insiste sur la « conversion pastorale », qui veut dire passer d’une vision bureaucratique, statique et administrative de la pastorale à une perspective missionnaire, où la pastorale est en état permanent d’évangélisation (25). De même qu’il y a des structures qui facilitent et soutiennent la pastorale missionnaire, il y a malheureusement « des structures ecclésiales qui peuvent conditionner le dynamisme évangélisateur » (26). L’existence de pratiques pastorales dépassées et fanées oblige à la créativité pour repenser l’évangélisation. En ce sens, le Pape affirme : « Une détermination des objectifs sans un travail de recherche communautaire des moyens à prendre pour les atteindre est vouée à demeurer une pure fantaisie » (33).
Il faut donc « se concentrer sur l’essentiel » (35) et savoir que seule une dimension systématique, c’est-à-dire unifiée, progressive et proportionnée de la foi, peut nous venir en aide. L’Eglise doit pouvoir établir une « hiérarchie des vérités » et sa relation avec le cœur de l’Evangile (37-39). Il nous faudra éviter de tomber dans le piège d’une présentation de la foi seulement sous son aspect moral, en d’éloignant du caractère central de l’amour. Dans le cas contraire, l’ « édifice moral de l’Eglise risque de s’effondrer comme un château de carte, et ceci est le plus grand danger » (39). Le Pape insiste fortement pour que l’on trouve l’équilibre entre le contenu de la foi et le langage pour l’exprimer. La rigidité avec laquelle on tient à la précision du langage peut parfois en ruiner le contenu en se détournant d’une authentique vision de la foi (41).
Le passage important de ce chapitre est le n° 32 où le Pape François montre l’urgence qu’il y a à avancer dans certaines perspectives de Vatican II. Il s’agit en particulier du primat du Successeur de Pierre et des Conférences épiscopales. Déjà, dans Ut unum sint, Jean-Paul II avait demandé qu’on l’aide à mieux comprendre les objectifs du Pape dans le dialogue œcuménique. Le Pape François va dans le même sens et se demande si une telle aide ne pourrait pas parvenir d’une évolution du statut des Conférences épiscopales. Un autre passage (n° 38-45) est particulièrement important quant aux conséquences qu’il implique dans la pastorale : le cœur de l’Évangile « s’incarne dans les limites du langage humain ». La doctrine s’insère dans la « cage du langage », pour employer une expression chère à Wittgenstein, ce qui implique un vrai discernement entre la pauvreté et les limites du langage, et la richesse – souvent encore inconnue – du contenu de la foi. Le danger est réel que l’Église ne prenne pas en compte cette dynamique. Il peut ainsi arriver que sur certaines positions, il y ait comme un enfermement et une sclérose du message évangélique, en n’en percevant plus le développement propre.
Le deuxième chapitre est consacré aux défis du monde contemporain et aux tentations qui amoindrissent la nouvelle évangélisation. Tout d’abord, le pape affirme qu’il est nécessaire de retrouver son identité sans complexe d’infériorité qui amènerait à « cacher son identité et ses convictions… parvenant ainsi à étouffer la joie de la mission en une sorte d’obsession d’être comme tout le monde et d’avoir ce que les autres possèdent » (79). Les chrétiens tombent alors dans un « relativisme encore plus dangereux que le relativisme doctrinal » (80), parce qu’il touche directement la façon de vivre des chrétiens. Il arrive ainsi que dans de nombreuses manifestations de la pastorale, les initiatives sont plombées par la mise en avant de l’initiative et non des personnes. Le pape affirmé que la tentation est réelle et commune d’une « dépersonnalisation de la personne ». De la même façon, le défi de l’évangélisation devrait être abordé comme une chance pour croître, plutôt que comme une raison de tomber en dépression. Mort à l’ « esprit défaitiste » (88). Il nous faut retrouver le primat de la relation personnelle sur la technique de la rencontre qui déciderait comment, où et pour combien de temps il faudrait rencontrer les autres en partant de ses préférences (88). Parmi ces défis, il nous faut relever ceux qui ont un rapport direct avec la vie. La « précarité quotidienne avec ses funestes conséquences », les différentes formes de « disparité sociale », le « fétichisme de l’argent et la dictature d’une économie sans visage », l’ « exaspération de la consommation » et le « consumérisme effréné »… nous place face à une « globalisation de l’indifférence » et une « dépréciation moqueuse » de la morale, qui exclut toute critique de la domination du marché, qui, à travers la théorie de la « rechute favorable » illusionne sur les réelles possibilités d’agir en faveur des pauvres (Cf. N° 52-64). Si l’Eglise demeure crédible en beaucoup de pays du monde, y compris là où elle est minoritaire, c’est en raison de ses œuvres de charité et de solidarité (65).
Pour l’évangélisation de notre temps, face au défi des grandes « cultures urbaines », les chrétiens sont invités à fuir deux expressions qui en détruisent la nature et que le Pape François appelle « mondanité » (93). Il s’agit en premier lieu de la « fascination du gnosticisme » : une foi repliée sur elle-même, sur ses certitudes doctrinales, et qui transforme l’expérience qu’on en fait en critères de vérité pour juger les autres. Le « néo pélagianisme autoréférentiel et prométhéen » de ceux pour qui la grâce n’est qu’un accessoire tandis que leur engagement et leurs forces sont seuls responsables du progrès. Tout ceci contredit l’évangélisation et crée une sorte d’ « élitisme narcissique » qui doit être repoussé (94). Qui voulons-nous être, se demande le Pape ? « Généraux d’armées défaites » ou bien « simples soldats d’un bataillon qui continue à combattre » ? Le risque d’une « Eglise mondaine drapée dans le spirituel et le pastoral » (96) est bien réel. Il nous faut donc résister à ces tentations et offrir le témoignage de la communion (99) qui s’appuie sur la complémentarité. A partir de là, le Pape François milite pour la promotion des laïcs et des femmes, de l’engagement pour les vocations et les prêtres. Regarder ce que l’Eglise a accompli comme progrès ces dernières années nous éloigne d’une mentalité de pouvoir, au profit du service pour une construction unifiée de l’Eglise (102-108).
L’évangélisation est la mission de tout le peuple de Dieu, sans exclusive. Elle ne peut être réservée ou déléguée à un groupe particulier. Tous les baptisés sont directement concernés. Dans le troisième chapitre de l’Exhortation, le Pape François en explique le développement et ses étapes. On met en évidence en premier lieu le « primat de la grâce » qui agit inlassablement dans la vie de tout évangélisateur (112). Puis est développé le rôle des différentes cultures dans le processus d’inculturation de l’Evangile, et le danger de tomber dans « l’orgueilleuse sacralisation de sa propre culture » (117). Enfin, on parle du rôle fondamental de la rencontre personnelle (127-129) et du témoignage de vie (121). On insiste enfin sur la valeur de la piété populaire, où s’exprime la foi authentique de tant de personnes qui donnent ainsi le témoignage de la simplicité de la rencontre de l’amour de Dieu (122-126). Pour terminer, le Pape invite les théologiens à valoriser les diverses formes d’évangélisation (133), et s’arrête assez longuement sur l’homélie comme forme privilégiée d’évangélisation, et qui demande une vraie passion et un vrai amour de la Parole de Dieu et du peuple qui nous est confié (135-158).
Le quatrième chapitre est consacré à la dimension sociale de l’évangélisation. C’est un thème cher au Pape François parce que « si cette dimension n’est pas clairement prise en compte, on court le risque de défigurer le sens authentique et intégral de la mission d’évangélisation » (176). C’est le thème majeur du lien entre l’annonce de l’Evangile et la promotion de la vie humaine en toutes ses expressions. La promotion intégrale de toute personne nous empêche d’enfermer la religion en un fait privé, dépourvu de conséquences sur la vie sociale et publique. Une « foi authentique implique toujours un désir profond de changer le monde (183). Deux grands thèmes font partie de ce passage de l’Exhortation. Le Pape en parle avec une grande passion évangélique, conscient que l’avenir de l’humanité est en jeu : l’ « intégration sociale des pauvres » et « la paix et le dialogue social ».
S’agissant du premier point, l’église, à travers la nouvelle évangélisation ressent comme sienne la mission de « collaborer pour résoudre les causes instrumentales de la pauvreté et pour promouvoir le développement intégral des pauvres », comme d’accomplir « des gestes simples et quotidiens de solidarité face à la misère concrète « qui est chaque jour devant nos yeux »(188). Ce qui ressort de ces pages denses, c’est l’appel à reconnaître la « force salvifique » des pauvres, et qui doit être au centre de la vie de l’Eglise avec la nouvelle évangélisation (198). Il nous faut donc redécouvrir d’abord l’attention, l’urgence, la conscience de ce thème, avant toute expérience concrète. Pour le Pape François, non seulement l’option fondamentale pour les pauvres doit être réalisée, mais elle est d’abord une « attention spirituelle » et « religieuse » et est pour cela prioritaire (200). Sur ces thèmes, la Parole du Pape François est franche et sans détour. Un « Pasteur d’une Eglise sans frontière » 8 210), ne peut se permettre de regarder ailleurs. C’est pourquoi il demande avec force de considérer la question des migrants et énonce clairement les nouvelles formes d’esclavage. « Où est celui qui tue chaque jour dans la petite fabrique clandestine, dans le système de prostitution, les enfants utilisés pour mendier, en celui qui doit travailler caché parce qu’il n’est pas régularisé ? Ne nous leurrons pas. Il y a de nombreuses complicités » (211). De mille manières, le Pape défend la vie humaine depuis son commencement et la dignité de tout être vivant (213). Sur le second aspect, le Pape énonce quatre principes qui sont le dénominateur commun pour l’avancée de la paix et sa traduction sociale. Peut-être en mémoire de ses études sur R. Guardini, le Pape François semble créer une nouvelle opposition polaire. Il rappelle en effet que « le temps est supérieur à l’espace », « l’unité a le dessus sur le conflit », la « réalité est plus importante que les idées », et « le tout est supérieur aux parties ». Ceci nous amène au dialogue comme première contribution à la paix, et qui concerne, dans l’Exhortation, la science, l’œcuménisme et le rapport avec les religions non chrétiennes.
Le dernier chapitre parle de l’ « esprit de la nouvelle évangélisation » (260). Elle se développe sous l’action de l’Esprit Saint qui anime de façon toujours nouvelle l’élan missionnaire à partir de la vie de prière où la contemplation tient la place centrale (264). La Vierge Marie « étoile de la nouvelle évangélisation » est présentée, en conclusion, comme l’icône de l’annonce et la transmission de l’Evangile que l’Église est appelée à vivre avec enthousiasme et dans l’amour du Seigneur Jésus.
« Ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation ! » (83). Le langage de cette Exhortation apostolique est clair et immédiat, sans rhétorique ni sous-entendu. Le Pape François va au cœur des problèmes de l’homme d’aujourd’hui, qui demandent à l’Église plus qu’une simple présence. Il lui est demandé de renouveler ses programmes et sa pratique pastorale dans le sens de la nouvelle évangélisation. L’Evangile doit être adressé à tous, sans exclusive. Certains, cependant, sont privilégiés. Sans équivoque, le Pape François précise son orientation : « Ce ne sont pas tant les amis et les riches voisins, mais plutôt les pauvres, les infirmes, ceux qui sont souvent dévalorisés et oubliés….. aucun doute ou explication ne doivent affaiblir ce message si clair » (48).
Comme en d’autres moments importants de son histoire, l’Eglise d’aujourd’hui ressent le besoin d’un regard attentif pour évangéliser à la lumière de l’adoration, avec ce « regard contemplatif » pour voir les signes de la présence de Dieu. Les signes des temps ne sont pas seulement encouragés, mais ils deviennent critères d’un témoignage efficace (71). Premier d’entre nous, le Pape François nous rappelle le mystère central de notre foi : « Ne nous éloignons pas de la résurrection de Jésus, ne nous donnons jamais pour vaincus, arrivera ce qui arrivera » (3). L’Eglise du Pape François se fait compagnon de route de nos contemporains en recherche de Dieu et désireux de le voir.

LE TEMPS DE L’AVENT EST MARQUÉ PAR LA FIGURE DE MARIE QUI ATTEND SON ENFANT… MAIS NOUS, QU’ATTENDONS-NOUS ?

26 novembre, 2013

http://www.croire.com/Definitions/Fetes-religieuses/Avent/L-Avent-un-temps-d-attente

AVENT 2013

QU’ATTENDONS-NOUS PENDANT L’AVENT ?

LE TEMPS DE L’AVENT EST MARQUÉ PAR LA FIGURE DE MARIE QUI ATTEND SON ENFANT… MAIS NOUS, QU’ATTENDONS-NOUS ?

 L’AVENT, UN TEMPS D’ATTENTE

L’Avent est un temps d’attente, et c’est pourquoi on peut considérer ce temps liturgique comme un temps de gestation. Mais ce temps est marqué par la figure de Marie, la femme qui attend la naissance de Jésus : or la Tradition voit dans la personne de Marie en attente de la naissance de Jésus, une figure de l’Église qui attend la réalisation des promesses.
C’est ce qui peut nous inviter à considérer l’Église comme un corps en gestation. Qu’est-ce que l’Église attend vraiment ? Ici il faut ajouter aussitôt, qu’en parlant de l’Église, on considère non pas une institution extérieure, sociale et politique, comme on parlerait d’un syndicat, d’un parti politique, ou d’une région, mais l’ensemble des chrétiens, et donc nous-mêmes, chacun comme membres du corps.

L’attente de la naissance du Seigneur
La phrase qui va guider cette réflexion est une parole du Magnificat dont la traduction liturgique (Luc 1, 38) est : Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole ». Alors l’ange la quitta. L’Avent est un temps, où, pour une part, mais pour une part seulement, l’Eglise fait mémoire de l’attente de la naissance du Sauveur dans la chair. En effet, c’est un aspect de l’Avent, d’être un temps de préparation à Noël.
Et en parlant ainsi, je pense que pour beaucoup de chrétiens, Noël est perçu d’abord comme la fête de la naissance de Jésus à Bethléem, même si la date du 25 décembre n’est pas forcément la date anniversaire de l’événement historique de la naissance de Jésus.
Or le cycle Avent-Noël- Épiphanie est moins la mémoire de la naissance de Jésus qu’une grande célébration de la manifestation du Seigneur. Le mot Épiphanie renvoie à celui de manifestation. Mais qu’est-ce qui se manifeste au juste ?

Dieu se rend visible à nos yeux
Dieu l’invisible, l’éternel, celui qui peut dire en toute vérité  » je suis Dieu, et non pas homme » se fait homme parmi les hommes, l’un d’entre nous. Il entre dans notre histoire et fait donc de l’histoire humaine un temps de gestation. C’est pourquoi l’Avent nous rappelle que le temps que nous vivons, depuis la naissance du Christ à Bethléem, mais surtout depuis sa mort et sa résurrection, est un temps de gestation.
Il faut donc avoir présent à l’esprit que dans le plan de Dieu, c’est toute l’histoire du Salut, l’aventure de Dieu avec les hommes, qui est un temps de gestation. En effet, la phrase « Je suis Dieu, et non pas homme » (un texte qui est lu pour la fête du Sacré-Coeur) doit être mise dans son contexte. « Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer » (Osée 11,9). La venue de Dieu parmi les hommes est une histoire de salut. Dieu au milieu de nous est une bonne nouvelle et non le signal d’un danger.
On comprend alors que durant le temps de Noël, plus précisément le 27 décembre, le jour où l’Église fait mémoire de l’apôtre Jean, la liturgie fera résonner le début de la première lettre de saint Jean :
« Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, ce que nous avons vu et que nos mains ont touché, c’est le Verbe, la Parole de la vie. Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons contemplée, et nous portons témoignage : nous vous annonçons cette vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous. Ce que nous avons contemplé, ce que nous avons entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Et nous, nous sommes en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus-Christ. Et c’est nous qui écrivons cela, afin que nous ayons la plénitude de la joie » (1 Jean 1, 1-4).

Un temps de joie
L’Avent et Noël font donc mémoire de la manifestation de Dieu dans l’histoire des hommes et c’est pourquoi effectivement, il est juste de parler de ce temps comme un temps de joie. Mais la joie ne vient pas tellement de la naissance de l’enfant, que de ce qu’elle signifie : Dieu avec nous, comme on l’entendra le 4e dimanche de l’Avent pendant la lecture de la prophétie d’Isaïe 7. Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) (Isaïe 7,14).
Première conséquence pour notre réflexion : si l’Église est en gestation, c’est d’abord parce que Dieu est venu à la rencontre de l’humanité. Depuis que Dieu est entré dans l’histoire des hommes – et c’est le sens des alliances de l’Ancien Testament, avec Abraham, avec Moïse, et surtout depuis que Dieu, en Jésus de Nazareth, s’est manifesté dans la chair – le monde est en gestation.Et qu’est-ce qui est en train de naître ? La joie d’une rencontre, la joie de Dieu qui découvre en Jésus l’humanité accomplie, la joie de l’homme qui découvre en Jésus la promesse que Dieu lui faite.
Dire que l’Église est en gestation, c’est donc en fait se laisser décentrer en tournant nos regards vers Dieu qui est venu à la rencontre de l’humanité. S’il peut y avoir gestation, c’est parce que Dieu prend l’initiative, que dans sa miséricorde, il a décidé de faire alliance.Mais là encore, il ne faut pas réduire le temps de l’Avent à cet aspect seulement.

La venue du Christ à la fin des temps
En réalité, le temps de l’Avent est moins un temps où l’on fait mémoire de la naissance de Jésus dans la chair, qu’un temps où l’Église oriente nos regards vers la venue du Christ à la fin des temps. Adventus en latin signifie venue, mais une venue dont la naissance à Bethléem était la première réalisation, qui surtout annonçait la venue plénière à la fin des temps.
Dans un texte célèbre – le cinquième sermon pour l’Avent – un texte qui est lu à l’office durant ce temps de l’Avent, saint Bernard explique qu’il n’y a pas une seule venue, celle de Jésus, qui vient au monde après avoir été porté par Marie en son sein durant neuf mois, mais trois venues que l’on décline comme le tiercé dans le désordre : 1, 3 et enfin 2.
La première, c’est donc la naissance de Jésus à Bethléem il y a un peu plus de 2000 ans. Dieu s’est fait homme parmi les hommes. La troisième venue, c’est l’attente du retour du Christ dans la gloire. Nous le chantons au cœur de l’Eucharistie : « nous attendons ta venue dans la gloire ».
La gestation dont nous faisons mémoire durant l’Avent, ce n’est pas seulement celle de Marie, mais celle du Royaume. On sait que dans l’Évangile, Jésus parle du Royaume de Dieu avec des images, la graine de moutarde, la levure qui fait lever la pâte : des images qui disent la gestation du Royaume. Si l’on peut dire que l’Église est en gestation, c’est parce qu’elle attend et prépare le Royaume dont elle est déjà une certain réalisation.
C’est pour cela que la fin de l’année liturgique rejoint le début. Ce que nous avons célébré le premier dimanche de l’Avent et ce que nous avons célébré lors de la fête du Christ Roi de l’univers, se rejoignent intimement : l’Église attend la réalisation du Royaume de justice et de paix inauguré par la Pâque du Christ.

Rester dans la vigilance
Mais entre la première et la troisième venue, il y en a une deuxième. Et ce temps intermédiaire, c’est aujourd’hui. Chaque jour, le Seigneur vient, si nous l’accueillons. Et c’est pourquoi, le premier dimanche de l’Avent est placé sous le signe de la vigilance : la vigilance, c’est la vertu par excellence d’une Église en gestation. Un chant (tropaire) pour la fête du Christ Roi peut nous aider à comprendre ce temps de veille.

« Amour qui nous attends,
au terme de l’histoire,
ton Royaume s’ébauche,
à l’ombre de la croix ;
déjà sa lumière,
traverse nos vies.
Jésus, Seigneur, hâte le temps.
Reviens, achève ton œuvre !

Quand verrons-nous ta gloire transformer l’univers ?
Jusqu’à ce jour, nous le savons,
la création gémit en travail d’enfantement.
Nous attendons les cieux nouveaux
la terre nouvelle,
où régnera la justice.
Nous cheminons dans la foi,
non dans la claire vision,
jusqu’à l’heure de ton retour. »
CFC (s. Marie-Claire)

On peut encore ajouter ici que les biblistes soulignent qu’en hébreu, la racine (ChaQaD) renvoie à la fois au verbe  » veiller » et à un arbre, l’amandier. On trouve notamment ce rapprochement au premier chapitre du livre du prophète Jérémie : « La parole du Seigneur me parvint : Que vois-tu, Jérémie ? Je répondis : je vois une branche d’amandier. Tu as bien vu ; car je veille sur ma parole pour l’accomplir ». (Jérémie 1, 11-12)
L’amandier est le premier arbre à se mettre à fleurir. Le veilleur, c’est donc celui qui annonce le printemps. C’est celui qui attend, dans la confiance aimante, que la vie refleurisse. C’est aussi celui qui à force d’attente, d’attention, devient capable de discerner les signes de la vie et de la lumière au cœur de l’hiver, du froid et de la nuit.

F. Patrick Prétot, osb, novembre 2011 (mise à jour Octobre 2013)

Saint Pierre

25 novembre, 2013

Saint Pierre dans images sacrée St%20Peter%20Icon
http://www.nuntiatura.ca/documents_en.html

« VOUS ÊTES UNE LETTRE DU CHRIST » (2 CO 3,3) – RELATION DE PAUL AVEC L’ÉGLISE DE CORINTHE.

25 novembre, 2013

http://j.leveque-ocd.pagesperso-orange.fr/homeliesnouv/vuse.htm

« VOUS ÊTES UNE LETTRE DU CHRIST » (2 CO 3,3)
 
 RELATION DE PAUL AVEC L’ÉGLISE DE CORINTHE.

proposés par Jean Lévêque, carme, de la Province de Paris
 
En 2 Co 11,27 Paul énumère les épreuves de sa vie d’apôtre : »Labeur et fatigue, veilles fréquentes, faim et soif, jeûnes répétés, froid et nudité » ; et il ajoute : »Sans parler du reste, mon obsession quotidienne, le souci de toutes les Églises[1] ! »
 Pour Paul ce souci des Églises est une préoccupation éminemment concrète. C’est bien une sollicitude déjà universelle (« toutes les Églises »), mais il demeure, dans le cœur de l’Apôtre, la somme des soucis quotidiens de chaque Église : celle des Éphésiens, de Philippes, de Thessalonique d’Athènes, de Corinthe.
 Cette dernière, la communauté à problèmes, nous fournit le meilleur exemple du souci apostolique de Paul.
1. En arrivant à Corinthe (vers 51/52), Paul y trouva déjà les judéo-chrétiens Aquilas et Priscille, fabricants de tentes comme lui, et logea d’abord chez eux. Marqué déjà par l’hostilité de Philippes et Thessalonique, il vint « craintif et tout tremblant[2], mais resta un an et demi. Renonçant au polissage littéraire qu’il avait tenté à Athènes[3], il commença son ministère par les Juifs[4]. Quand arrivèrent de Macédoine Silas et Timothée, porteurs des nouvelles de Thessalonique, Paul passa aux « gentils » et déménagea[5] chez Jason, un « craignant-Dieu », sympathisant du judaïsme. Les « gentils » convertis, plus nombreux à Corinthe, étaient surtout des artisans et d’anciens esclaves, ce qui amena des frictions entre riches et pauvres lors du repas eucharistique[6]. Encore persuadé que ce monde n’allait pas durer, Paul n’acceptait pas d’argent, sa prédication a dû privilégier des thèmes eschatologiques ou apocalyptiques, et les prodiges qu’il accomplissait[7] n’empêchèrent pas qu’il fut traîné par des adversaires juifs, sans succès d’ailleurs, devant Gallion, le procurateur[8].
2.  Paul partit en 52 avec Aquilas et Priscille. D’autres prédicateurs vinrent à Corinthe et peut-être Apollos à l’époque a-t-il enthousiasmé la communauté.
3.  Dans une lettre A, aujourd’hui perdue, Paul s’en prenait à des gens immoraux.
4.  Par des « gens de Chloè » il reçut, étant alors à Éphèse (54-57), des échos de la communauté de Corinthe[9].
5.   Toujours à Éphèse, il reçut une lettre des Corinthiens, peut-être en réponse à sa lettre A, apportée, semble-t-il, par Stéphanas[10].
6.D’Éphèse également date la Lettre B (=1 Co).
7.  C’est l’époque aussi (début 57) où Paul reçut à Éphèse des nouvelles alarmantes apportées par Timothée[11].
8.  La situation s’aggravant, Paul arriva directement par mer. Cette deuxième visite, « dans la tristesse », fut un lourd échec. Paul, qui avait menacé de « venir avec des verges[12]« , s’effaça au contraire et fut publiquement pris à partie[13]. Il décida alors de prendre un moment de réflexion et quitta Corinthe avec l’intention d’y revenir sans tarder (sans même revisiter les fondations de Macédoine, comme il l’avait naguère prévu[14].
9.  De retour à Éphèse, Paul changea d’avis. Au lieu de revenir tout de suite pour une autre « triste » visite, il envoya une lettre, rédigée « parmi bien des larmes », confiée à Tite (Lettre C, maintenant perdue)[15].
10.  Durant l’été 57, Paul partit vers le nord : Troas, puis la Macédoine[16]. Pendant ce temps Tite faisait du bon travail à Corinthe. Non seulement il était bien traité, mais il put amorcer la collecte que Paul envisageait pour Jérusalem[17]. Rejoignant Paul en Macédoine, il lui apporta la bonne nouvelle de la conversion des Corinthiens : à la fois chagrinés et préoccupés, ils cherchaient à se disculper[18].
11. Immédiatement (été-automne 57), en présence de Tite Paul rédigea sa Lettre D = 2 Co. Tite devait la porter avec deux autres disciples ; en même temps il fallait achever la collecte que Paul porterait à Jérusalem[19].
12. Troisième visite de Paul à Corinthe. Il y passe l’hiver 57-58, en route pour Jérusalem[20].
13. Revit-il jamais Corinthe[21] ?
 
Nantis de ces quelques précisions, nous sommes à même maintenant d’aborder notre texte de la Deuxième aux Corinthiens.
 Corinthe se présente donc comme une communauté disparate. On y aime les petits groupes, les « courants » (1 Co 3,4), le culte de la personnalité et les oppositions de personnes. À Corinthe on a du goût pour la démesure, on gonfle indûment les problèmes, on s’enfle vite d’orgueil[22], on valorise les performances individuelles des prédicateurs (2 Co 8,7) ou un type de connaissance qui dispense de s’engager, et l’on table sur les charismes les plus voyants, au détriment de l’agapè qui seule construit vraiment (1 Co 8,1).
Si bien que Paul parvient difficilement à faire admettre les critères qui lui semblent essentiels : le contenu évangélique de la prédication, et la qualité apostolique des messagers ou des responsables.
 Avec cette communauté agitée et instable, Paul entretient une relation finalement assez complexe ; il se voit obligé de doser au mieux l’autorité et l’affection, l’admiration et la lucidité, et son espérance doit traverser toute une épaisseur de déceptions.
Mais c’est là surtout, à Corinthe, que Paul manifeste la vigueur de son projet missionnaire et la conscience qu’il a de son mandat d’apôtre :
- jamais il ne baisse les bras, car il se sait lié à la vie et à la mort au peuple de Dieu qui lui est confié ;
- jamais il ne sépare la mission de sa quête personnelle de l’Évangile : son activité pastorale est sans cesse référée au Christ de son appel. Toute sa réponse au Christ est là. Il y va du sens même de toute sa vie.
            Si Paul, à plusieurs reprises, dans 2 Co, fait l’apologie de son propre ministère à Corinthe, c’est, d’une part, à cause de son attachement pour cette communauté qu’il a fondée, mais aussi parce que, dans cette ville, les enjeux étaient trop graves. Pour autant qu’il dépendait de lui, Paul ne voulait pas que sa mission pût être dénaturée par des campagnes de calomnies.
 
Une lettre du Christ
 
À Corinthe, semble-t-il, on lui reprochait de se recommander lui-même. Cela revenait à nier, concrètement, le mandat qu’il avait reçu du Christ. Paul se devait de mettre les choses au point, non par une polémique, mais en plaçant sa responsabilité vis-à-vis des Corinthiens dans la grande perspective de la nouvelle alliance :
 
2 Co 3, 1 Avons-nous besoin, comme certains, de lettres de recommandation pour vous ou de votre part ?
2  Notre lettre, c’est vous, lettre écrite dans nos cœurs, connue et lue par tous les hommes.
3  De toute évidence vous êtes une lettre du Christ, confiée à nos soins, écrite non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant,sur les tables de chair de vos cœurs.
4 Telle est l’assurance [la conviction] que nous avons par le Christ auprès de Dieu.
5  Ce n’est pas que de nous-mêmes nous soyons capablesde revendiquer quoi que ce soit comme venant de nous,
c’est de Dieu que vient toute notre capacité.
 6 C’est lui qui nous a rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’Esprit.
 ²  Comme souvent chez saint Paul, la pensée avance par glissement de sens à partir d’un mot important ou d’une image (ici celle de la lettre).
La lettre en question est d’abord une lettre de Paul,puis Paul précise ce qu’elle est en réalité : une lettre du Christ.
 Paul peut présenter une lettre de recommandation, celle qu’il a écrite à Corinthe avec ses compagnons de mission durant les mois où ils ont apporté l’Évangile.
Cette lettre qui habilite Paul comme missionnaire à Corinthe, c’est l’œuvre qu’il a accomplie, c’est la communauté elle-même : « Notre lettre, c’est vous ». Des années de mission restent gravées dans le cœur des missionnaires, comme une anamnèse ineffaçable. Paul dira aux Corinthiens : »Je vous l’ai déjà dit : Vous êtes dans nos cœurs à la vie et à la mort » (2 Co 7,3).
Ce récit que Paul garde au cœur demeure lisible par tous, à Corinthe même et dans toutes les Églises : en 50 le Christ n’était pas connu de la ville, en 55 les efforts de Paul, Silas et Timothée ont fait naître une communauté diverse et nombreuse. Pour qui veut bien lire, cela atteste amplement le dévouement de Paul, son désintéressement, et son amour de la communauté.
Mais plus encore qu’une lettre de Paul, la communauté est une lettre du Christ, qui doit être perçue et reçue comme telle, et que personne ne saurait contester. Une lettre confiée à la diaconie (service) de Paul, qui effectivement y a travaillé depuis six ans, mais qui a été écrite par l’Esprit du Dieu vivant sur chaque cœur de croyant dans la communauté.
²  Dieu, désormais, n’écrit plus sur la pierre, dure et fragile, comme au Sinaï[23], mais directement sur le cœur. Le Dieu vivant écrit sur du vivant. Car le cœur, pour Paul comme pour les prophètes, est le tout le l’homme intérieur et le lieu privilégié du risque de la foi. Le cœur est à la fois réceptif et inventif/créateur ; réceptif puisqu’il est le point de résonance de tous les affects, inventif/créateur puisqu’en lui les impressions et les idées se muent en projets et en décisions.
Ce qui est écrit désormais sur ces tables de chair, sur ces libertés réceptives, c’est la nouvelle loi et la nouvelle alliance, « la loi de l’Esprit qui donne la vie par le Christ Jésus (Rm 8,2). Mais cette écriture de l’Esprit ne demeure visible que sur des cœurs qui acquiescent.  C’est pourquoi la lettre du Christ que chacun porte en soi est l’anamnèse d’une conversion, d’une adhésion et d’une fidélité ; elle est la trace d’un travail de l’Esprit.
Qui peut lire cette lettre ? qui peut s’y référer ? C’est avant tout chaque baptisé qui peut y avoir accès à l’intime de lui-même, car il a reçu l’Esprit pour reconnaître les dons que Dieu lui a faits (Cf.1 Co 2,12.16).
 ²  Ainsi Paul et ses compagnons missionnaires disposent de deux lettres de recommandation qui les habilitent à parler et à agir dans la communauté en dépit des contestations et des remous :      
- d’une part la lettre qu’ils ont écrite eux-mêmes, la trace bien visible de leur labeur apostolique ;
- d’autre part la lettre que le Christ a écrite par son Esprit sur chaque cœur de croyant, et là, c’est surtout à chaque chrétien, dans sa loyauté, de rendre justice à Paul et aux autres prédicateurs. C’est à chacun de reconnaître et de dire : l’Esprit a laissé, vivante en moi, sa loi nouvelle de liberté, et de cette nouvelle alliance, c’est Paul et les siens qui ont été les serviteurs.
 Ce que l’Esprit a écrit sur le cœur des disciples est une lettre du Christ qui, certes, authentifie l’action de Paul, mais elle authentifie d’abord la foi des disciples et leur réponse à l’Évangile.
Et finalement Paul désire s’appuyer non sur son œuvre manifeste, mais sur l’œuvre cachée de l’Esprit : »Telle est l’assurance que nous avons, par le Christ, devant Dieu. Ce n’est pas à cause d’une capacité personnelle que nous pourrions mettre à notre compte, c’est de Dieu que vient notre capacité[24] ; c’est lui qui nous a rendus capables d’être ministres (serviteurs) d’une alliance nouvelle » (v.4-5).
 Non seulement, donc, Dieu donne à Paul d’être dans le monde « la bonne odeur du Christ », mais il l’envoie pour être serviteur de la nouvelle alliance, et pour entrer directement dans le travail de l’Esprit.
 Contesté dans ses droits d’apôtre et dans ses méthodes par des éléments influents de la communauté de Corinthe, Paul répond : »Je suis serviteur de l’Esprit pour la nouvelle alliance, mon ministère est service de l’Esprit » (cf.3,8).
Paul alors s’accroche à cette idée d’un service dans l’Esprit et la développe en contraste avec le ministère de Moïse. Contrairement au ministère de l’ancienne alliance, qui était un ministère de mort, de condamnation, et un ministère passager où la vérité demeurait « voilée », le ministère de Paul est le service de l’Esprit qui donne la vie, de l’alliance qui demeure, la diaconie de la justice, qui a pour but « d’ajuster » les hommes au dessein de salut et par là de réaliser une vraie réciprocité, dans l’alliance, entre Dieu et les hommes.
 Ce qui fortifie Paul dans l’espérance, ce qui lui donne pleine assurance (3,13), c’est surtout que le ministère de l’Esprit est en prise sur la gloire, « la gloire incomparable » (v.10), celle de Jésus-Christ  Seigneur.
La gloire n’était que fugitive sur le visage de Moïse lorsqu’il avait rencontré Dieu, et Moïse   couvrait d’un voile son visage pour éviter que les Israélites ne voient disparaître cet éclat passager[25]. Ce voile existe encore, commente Paul, non plus sur le visage de Moïse, mais sur le cœur de ceux qui le lisent, ce qui les empêche de voir que l’ancienne disposition a pris fin.
À ce moment interviennent, dans la méditation de Paul, les thèmes conjoints de la liberté et de la gloire :
« C’est quand on se convertit au Seigneur que le voile est enlevé. Car le Seigneur, c’est l’Esprit, et où est l’Esprit, là est la liberté. Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est esprit » (2 Co 3,16-18).  
 
 NOTE SUR LE SITE (beaucoup)

PAPE FRANÇOIS: MESSE EN CONCLUSION DE L’ANNÉE DE LA FOI EN LA SOLENNITÉ DU CHRIST-ROI

25 novembre, 2013

http://www.vatican.va/holy_father/francesco/homilies/2013/documents/papa-francesco_20131124_conclusione-annus-fidei_fr.html

MESSE EN CONCLUSION DE L’ANNÉE DE LA FOI  EN LA SOLENNITÉ DU CHRIST-ROI

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Place Saint-Pierre

Dimanche 24 novembre 2013
 
Aujourd’hui, la solennité du Christ Roi de l’univers, couronnement de l’année liturgique, marque également la conclusion de l’Année de la Foi, promulguée par le Pape Benoît XVI, pour qui nous avons maintenant une pensée pleine d’affection et de reconnaissance pour ce don qu’il nous a fait. Avec cette initiative providentielle, il nous a donné la possibilité de redécouvrir la beauté de ce chemin de foi qui a débuté le jour de notre Baptême, qui nous a faits fils de Dieu et frères dans l’Église. Un chemin qui a pour objectif final la pleine rencontre avec Dieu, et au cours duquel l’Esprit Saint nous purifie, nous élève, nous sanctifie, pour nous faire entrer dans le bonheur auquel aspire notre cœur.
Je désire également adresser une salutation cordiale et fraternelle aux Patriarches et aux Archevêques Majeurs des Églises orientales catholiques, ici présents. L’échange de la paix, que j’accomplirai avec eux, veut exprimer avant tout la reconnaissance de l’Évêque de Rome à l’égard de ces communautés, qui ont confessé le nom du Christ avec une fidélité exemplaire, souvent payée fort cher.
En même temps, par leur intermédiaire, je veux rejoindre avec ce geste tous les chrétiens qui vivent en Terre Sainte, en Syrie et dans tout l’Orient, afin d’obtenir pour tous le don de la paix et de la concorde.
Les lectures bibliques qui ont été proclamées ont comme fil conducteur la centralité du Christ. Le Christ est au centre, le Christ est le centre. Le Christ centre de la création, le Christ centre du peuple, le Christ centre de l’histoire.
1. L’Apôtre Paul nous offre une vision très profonde de la centralité de Jésus. Il nous le présente comme le Premier-né de toute la création : en lui, par lui et pour lui toutes choses furent créées. Il est le centre de toutes choses, il est le principe : Jésus Christ, le Seigneur. Dieu lui a donné la plénitude, la totalité, pour qu’en lui toutes choses soient réconciliées (cf. Col. 1, 12-20). Seigneur de la création, Seigneur de la réconciliation.
Cette image nous fait comprendre que Jésus est le centre de la création ; et, par conséquent, l’attitude demandée au croyant, s’il veut être tel, est de reconnaître et d’accueillir dans sa vie cette centralité de Jésus-Christ, dans ses pensées, dans ses paroles et dans ses œuvres. Et ainsi nos pensées seront des pensées chrétiennes, des pensées du Christ. Nos œuvres seront des œuvres chrétiennes, des œuvres du Christ, nos paroles seront des paroles chrétiennes, des paroles du Christ. Par contre, quand on perd ce centre, parce qu’on le substitue avec quelque chose d’autre, il n’en vient que des dommages, pour l’environnement autour de nous et pour l’homme lui-même.
2. En plus d’être le centre de la création et centre de la réconciliation, le Christ est le centre du peuple de Dieu. Et précisément aujourd’hui il est ici, au milieu de nous. Maintenant il est ici dans la Parole, et il sera ici sur l’autel, vivant, présent, au milieu de nous, son peuple. C’est ce qui nous est exposé dans la première Lecture, qui raconte le jour où les tribus d’Israël vinrent chercher David et, devant le Seigneur, lui donnèrent l’onction de roi sur Israël (cf. 2 S 5, 1-3). À travers la recherche de la figure idéale du roi, ces hommes cherchaient en réalité Dieu lui-même : un Dieu qui se fasse proche, qui accepte de devenir compagnon de route de l’homme, qui se fasse leur frère.
Le Christ, descendant du roi David, est justement le “frère” autour duquel se constitue le peuple, qui prend soin de son peuple, de nous tous, au prix de sa vie. En lui nous sommes un ; un seul peuple uni à lui, nous partageons un seul chemin, un seul destin. C’est seulement en lui, en lui comme centre, que nous avons notre identité comme peuple.
3. Enfin, le Christ est le centre de l’histoire de l’humanité, et aussi le centre de l’histoire de tout homme. C’est à lui que nous pouvons rapporter les joies et les espérances, les tristesses et les angoisses dont notre vie est tissée. Lorsque Jésus est au centre, même les moments les plus sombres de notre existence s’éclairent, et il nous donne l’espérance, comme cela arrive au bon larron dans l’Évangile d’aujourd’hui.
Tandis que tous les autres s’adressent à Jésus avec mépris – “ Si tu es le Christ, le Roi Messie, sauve-toi toi-même en descendant de la croix !” – cet homme, qui a commis des erreurs dans sa vie, à la fin, repenti, s’agrippe à Jésus crucifié en implorant : « Souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton Royaume » (Lc 23, 42). Et Jésus lui promet : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (v. 43) : son Royaume. Jésus prononce seulement la parole du pardon, non celle de la condamnation ; et quand l’homme trouve le courage de demander ce pardon, le Seigneur ne laisse jamais tomber une telle demande. Aujourd’hui, nous pouvons tous penser à notre histoire, à notre cheminement. Chacun de nous a son histoire ; chacun de nous a aussi ses erreurs, ses péchés, ses moments heureux et ses moments sombres. Cela fera du bien, au cours de cette journée, de penser à notre histoire, et regarder Jésus, et de tout cœur lui répéter de nombreuses fois, mais avec le cœur, en silence, chacun de nous : “Souviens-toi de moi, Seigneur, maintenant que tu es dans ton Royaume ! Jésus, souviens-toi de moi, parce que je veux devenir bon, je veux devenir bon, mais je n’ai pas la force, je ne peux pas : je suis pécheur, je suis pécheresse. Mais souviens-toi de moi, Jésus. Tu peux te souvenir de moi, parce que tu es au centre, tu es justement dans ton Royaume !”. Que c’est beau ! Faisons-le tous aujourd’hui, chacun dans son cœur, de nombreuses fois. “Souviens-toi de moi, Seigneur, toi qui es au centre, toi qui es dans ton Royaume!”.
La promesse de Jésus au bon larron nous donne une grande espérance : elle nous dit que la grâce de Dieu est toujours plus abondante que la prière qui l’a demandée. Le Seigneur donne toujours plus, il est tellement généreux, il donne toujours plus que ce qui lui est demandé : tu lui demandes qu’il se rappelle de toi, et il t’emmène dans son Royaume ! Jésus est bien le centre de nos désirs de joie et de salut. Allons tous ensemble sur cette route ! 

Le Triomphe de la Croix. Mosaïque de l’abside de la basilique Saint-Clément à Rome, XIIe siècle.

22 novembre, 2013

Le Triomphe de la Croix. Mosaïque de l'abside de la basilique Saint-Clément à Rome, XIIe siècle. dans images sacrée 800px-Apsis_mosaic_San_Clemente

http://en.wikipedia.org/wiki/File:Apsis_mosaic_San_Clemente.jpg

BENOÎT XVI: SAINT CLÉMENT, EVÊQUE DE ROME (23 NOVEMBRE)

22 novembre, 2013

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2007/documents/hf_ben-xvi_aud_20070307_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

MERCREDI 7 MARS 2007

SAINT CLÉMENT, EVÊQUE DE ROME (23 NOVEMBRE)

Chers frères et soeurs,

Nous avons médité au cours des derniers mois sur les figures de chaque Apôtre et sur les premiers témoins de la foi chrétienne, que les écrits du Nouveau Testament mentionnent. A présent, nous consacrons notre attention aux Pères apostoliques, c’est-à-dire à la première et à la deuxième génération dans l’Eglise après les Apôtres. Et nous pouvons ainsi voir comment débute le chemin de l’Eglise dans l’histoire.
Saint Clément, Evêque de Rome au cours des dernières années du premier siècle, est le troisième Successeur de Pierre, après Lin et Anaclet. Sur sa vie, le témoignage le plus important est celui de saint Irénée, Evêque de Lyon jusqu’en 202. Il atteste que Clément « avait vu les Apôtres », « les avait rencontrés », et avait « encore dans les oreilles leur prédication, et devant les yeux leur tradition » (Adv. haer. 3, 3, 3). Des témoignages tardifs, entre le quatrième et le sixième siècle, attribuent à Clément le titre de martyr.
L’autorité et le prestige de cet Evêque de Rome étaient tels que divers écrits lui furent attribués, mais son unique œuvre certaine est la Lettre aux Corinthiens. Eusèbe de Césarée, le grand « archiviste » des origines chrétiennes, la présente en ces termes:  « Une lettre de Clément reconnue comme authentique, grande et admirable nous a été transmise. Elle fut écrite par lui, de la part de l’Eglise de Rome, à l’Eglise de Corinthe… Nous savons que depuis longtemps, et encore de nos jours, celle-ci est lue publiquement au cours de la réunion des fidèles » (Hist. Eccl. 3, 16). On attribuait à cette lettre un caractère presque canonique. Au début de ce texte – écrit en grec – Clément regrette que « les adversités imprévues, qui ont eu lieu l’une après l’autre » (1, 1), ne lui aient pas permis une intervention plus prompte. Ces « adversités » doivent être comprises comme la persécution de Domitien:  c’est pourquoi la date de la rédaction de la lettre doit remonter à l’époque qui suivit immédiatement la mort de l’empereur et la fin de la persécution, c’est-à-dire tout de suite après 96.
L’intervention de Clément – nous sommes encore au I siècle – était rendue nécessaire par les graves problèmes que traversait l’Eglise de Corinthe:  en effet, les prêtres des communautés avaient été déposés par plusieurs jeunes contestataires. Cet événement douloureux est rappelé, encore une fois, par saint Irénée, qui écrit:  « Sous Clément, un conflit important étant apparu parmi les frères de Corinthe, l’Eglise de Rome envoya aux Corinthiens une lettre très importante pour qu’ils se réconcilient dans la paix, qu’ils renouvellent leur foi et annoncent la tradition, qu’ils avaient reçue des Apôtres depuis peu de temps » (Adv. haer. 3, 3, 3). Nous pourrions donc dire que cette lettre constitue un premier exercice du Primat romain après la mort de saint Pierre. La lettre de Clément reprend des thèmes chers à saint Paul, qui avait écrit deux longues lettres aux Corinthiens, en particulier la dialectique théologique, éternellement actuelle, entre l’indicatif du salut et l’impératif de l’engagement moral. Il y a avant tout l’heureuse annonce de la grâce qui sauve. Le Seigneur nous prévient et nous donne le pardon, il nous donne son amour, la grâce d’être chrétiens, ses frères et soeurs. C’est une annonce qui remplit notre vie de joie et qui donne de l’assurance à notre action:  le Seigneur nous prévient toujours avec sa bonté et la bonté du Seigneur est toujours plus grande que tous nos péchés. Il faut cependant que nous nous engagions de manière cohérente avec le don reçu et que nous répondions à l’annonce de salut par un chemin généreux et courageux de conversion. Par rapport au modèle paulinien, la nouveauté est que Clément fait suivre la partie doctrinale et la partie  pratique, qui étaient constitutives de toutes les lettres pauliniennes, par une « grande prière » qui conclut pratiquement la lettre.
L’occasion immédiate de la lettre donne à l’Evêque de Rome la possibilité d’une ample intervention sur l’identité de l’Eglise et sur sa mission. S’il y eut des abus à Corinthe, observe Clément, le motif doit être recherché dans l’affaiblissement de la charité et d’autres vertus chrétiennes indispensables. C’est pourquoi il rappelle les fidèles à l’humilité et à l’amour fraternel, deux vertus véritablement constitutives de l’existence dans l’Eglise:  « Nous sommes une portion sainte », avertit-il, « nous accomplissons donc tout ce que la sainteté exige » (30, 1). En particulier, l’Evêque de Rome rappelle que le Seigneur lui-même « a établi où et par qui il désire que les services liturgiques soient accomplis, afin que chaque chose, faite de façon sainte et avec son accord, soit conforme à sa volonté… En effet, au prêtre suprême ont été confiées des fonctions liturgiques qui lui sont propres, pour les prêtres a été établie la place qui leur est propre, et aux lévites reviennent des services spécifiques. L’homme laïc est lié à l’organisation laïque » (40, 1-5:  notons qu’ici, dans cette lettre de la fin du I siècle, apparaît pour la première fois dans la littérature  chrétienne  le terme grec « laikós » qui signifie « membre du laos », c’est-à-dire « du peuple de Dieu »).
De cette façon, en se référant à la liturgie de l’antique Israël, Clément dévoile son idéal d’Eglise. Celle-ci est rassemblée par l’ »unique Esprit de grâce répandu sur nous » qui souffle dans les divers membres du Corps du Christ, dans lequel tous, unis sans aucune séparation, sont « membres les uns des autres » (46, 6-7). La nette distinction entre le « laïc » et la hiérarchie ne signifie en aucune manière une opposition, mais uniquement ce lien organique d’un corps, d’un organisme, avec ses diverses fonctions. En effet, l’Eglise n’est pas un lieu de confusion, ni d’anarchie, où chacun peut faire ce qu’il veut à tout instant:  dans cet organisme, à la structure articulée, chacun exerce son ministère selon la vocation reçue. En ce qui concerne les chefs de la communauté, Clément explique clairement la doctrine de la succession apostolique. Les normes qui la régissent découlent en ultime analyse de Dieu lui-même. Le Père a envoyé Jésus Christ, qui à son tour a envoyé les Apôtres. Puis, ceux-ci ont envoyé les premiers chefs des communautés et ils ont établi que d’autres hommes dignes leur succèdent. Tout procède donc « de façon ordonnée de la volonté de Dieu » (42). A travers ces paroles, avec ces phrases, saint Clément souligne que l’Eglise possède une structure sacramentelle et non une structure politique. L’action de Dieu qui vient à notre rencontre dans la liturgie précède nos décisions et nos idées. L’Eglise est surtout un don de Dieu et non pas notre créature, et c’est pourquoi cette structure sacramentelle ne garantit pas seulement l’organisation commune, mais également la pré-éminence du don de Dieu, dont nous avons tous besoin.
Finalement, la « grande prière » confère un souffle universel aux argumentations précédentes. Clément loue et rend grâce à Dieu pour sa merveilleuse providence d’amour, qui a créé le monde et continue à le sauver et à le sanctifier. L’invocation adressée aux gouvernants revêt une importance particulière. Après les textes du Nouveau Testament, celle-ci représente la prière la plus antique pour les institutions politiques. Ainsi, au lendemain de la persécution, les chrétiens, bien conscients que les persécutions allaient se poursuivre, ne cessent de prier pour les autorités mêmes qui les avaient condamnés injustement. Le motif est avant tout d’ordre christologique:  il faut prier pour les persécuteurs, comme le fit Jésus sur la Croix. Mais cette prière contient également un enseignement qui guide, au fil des siècles, l’attitude des chrétiens à l’égard de la politique et de l’Etat. En priant pour les autorités, Clément reconnaît la légitimité des Institutions politiques dans l’ordre établi par Dieu; dans le même temps, il manifeste la préoccupation que les autorités soient dociles à Dieu et « exercent le pouvoir que Dieu leur a donné dans la paix et la mansuétude avec piété » (61, 2). César n’est pas tout. Une autre souveraineté apparaît, dont l’origine et l’essence ne sont pas de ce monde, mais « d’en haut »:  c’est celle de la Vérité, à laquelle revient également le droit d’être écoutée par l’Etat.
Ainsi, la lettre de Clément affronte de nombreux thèmes d’une actualité permanente. Celle-ci est d’autant plus significative, qu’elle représente, depuis le premier siècle, la sollicitude de l’Eglise de Rome qui préside à toutes les autres Eglise dans la charité. Avec le même Esprit, nous faisons nôtres les invocations de la « grande prière », là où l’Evêque de Rome se fait la voix du monde entier:  « Oui, ô Seigneur, fais resplendir sur nous ton visage dans le bien de la paix; protège-nous de ta main puissante… Nous te rendons grâces, à travers le Prêtre suprême et guide de nos âmes,  Jésus  Christ, au moyen duquel nous te rendons gloire et louange, à présent et de génération en génération, pour les siècles des siècles. Amen » (60-61).

BENOÎT XVI: LECTURE: COL 1, 3.12.18-20

22 novembre, 2013

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2006/documents/hf_ben-xvi_aud_20060104_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

MERCREDI 4 JANVIER 2006

LECTURE:  COL 1, 3.12.18-20

Le Christ fut engendré avant toute créature
Il est le premier-né de ceux qui ressuscitent d’entre les morts

Chers frères et soeurs,
1. En cette première Audience générale de la nouvelle année, nous nous arrêtons pour méditer sur le célèbre hymne christologique contenu dans la Lettre aux Colossiens, qui est comme le solennel portail d’entrée de ce riche texte paulinien, ainsi qu’un portail d’entrée pour cette année. L’Hymne proposé à notre réflexion est encadré par une longue formule de remerciement (cf. vv. 3.12-14). Celle-ci nous aide à créer l’atmosphère spirituelle pour bien vivre ces premiers jours de 2006, ainsi que notre chemin tout au long de la nouvelle année (cf. vv. 15-20).
La louange de l’Apôtre, de même que la nôtre, s’élève vers « Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ » (v. 3), source de ce salut qui est décrit du point  de  vue  négatif  comme  « arrachement  à  l’empire des ténèbres » (cf. v. 13), c’est-à-dire comme « rédemption et rémission des péchés » (v. 14). Il est ensuite proposé de manière positive comme « participation au sort des saints dans la lumière » (cf. v. 12) et comme entrée « dans le Royaume de son Fils bien-aimé » (v. 13).
2. C’est à ce point que s’ouvre l’Hymne, profond et intense, qui a comme centre le Christ, dont on exalte le primat et l’oeuvre, que ce soit dans la création  ou dans l’histoire de la rédemption (cf. vv. 15-20). L’on trouve donc deux mouvements dans le chant. Dans le premier est présenté le premier-né de toute la création, le Christ, « Premier-né de toute créature » (v. 15). Il est, en effet, l’ »image du Dieu invisible », et cette expression est chargée de toute la signification que l’ »icône » possède dans la culture de l’Orient:  on ne souligne pas tant la ressemblance, mais l’intimité profonde avec le sujet représenté.
Le Christ repropose parmi nous de manière visible le « Dieu invisible ». En Lui nous voyons le visage de Dieu, à travers la nature commune qui les unit. Le Christ, en raison de sa très haute dignité, précède « toutes les choses » non seulement à cause de son éternité, mais également et surtout à travers son oeuvre créatrice et providentielle:  « car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles… et tout subsiste en lui » (vv. 16-17). Elles ont même également été créées « pour lui » (v. 16). Et ainsi saint Paul nous indique une vérité très importante:  l’histoire a un objectif, elle a une direction. L’histoire va vers l’humanité unie dans le Christ, elle va ainsi vers l’homme parfait, vers l’humanisme parfait. En d’autres termes, saint Paul nous dit:  oui, il y a un progrès dans l’histoire. Il y a – si l’on veut – une évolution de l’histoire. Le progrès est tout ce qui nous rapproche du Christ et nous rapproche ainsi de l’humanité unie, du véritable humanisme. Dans ces indications, se cache donc également un impératif pour nous:  travailler pour le progrès, une chose que nous voulons tous; nous pouvons le faire en travaillant pour le rapprochement des hommes au Christ; nous pouvons le faire en nous conformant personnellement au Christ, en allant ainsi dans la direction du véritable progrès.
3. Le deuxième mouvement de l’Hymne (cf. Col 1, 18-20) est dominé par la figure du Christ sauveur au sein même de l’histoire du salut. Son oeuvre se révèle tout d’abord dans le fait d’être « Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Eglise » (v. 18):  tel est l’horizon salvifique privilégié dans lequel se manifestent en plénitude la libération et la rédemption, la communion vitale qui existe entre la tête et les membres du corps, c’est-à-dire entre le Christ et les chrétiens. Le regard de l’Apôtre se tourne vers l’objectif ultime vers lequel converge l’histoire:  le Christ est le « Premier-né d’entre les morts » (v. 18), il est celui qui ouvre les portes à la vie éternelle, en nous arrachant aux limites de la mort et du mal.
Voilà, en effet, ce pleroma, cette « plénitude » de vie et de grâce qui est dans le Christ lui-même et qui nous est donné et communiquée (cf. v. 19). Avec cette présence vitale, qui nous fait participer à la divinité, nous sommes transformés intérieurement, réconciliés, pacifiés:  il s’agit là d’une harmonie de tout l’être racheté, dans lequel Dieu est désormais « tout en tous » (1 Co 15, 28), et vivre en chrétien signifie se laisser ainsi transformer intérieurement vers la forme du Christ. C’est alors que se réalise la réconciliation, la pacification.
4. Consacrons à présent un regard contemplatif à ce mystère grandiose de la rédemption, en reprenant les paroles de saint Proclus de Constantinople, mort en 446. Dans sa Première homélie sur la Mère de Dieu Marie, il repropose le mystère de la Rédemption comme une conséquence de l’Incarnation.
En effet, Dieu, rappelle l’Evêque, s’est fait homme pour nous sauver et nous arracher ainsi au pouvoir des ténèbres  et  nous  reconduire  dans  le royaume du Fils bien-aimé, comme le rappelle précisément l’hymne de la Lettre aux Colossiens. « Celui qui nous a rachetés – observe Proclus – n’est pas un pur homme:  en effet, tout le genre humain était asservi au péché; mais il n’était pas non plus un Dieu privé de nature humaine:  il avait en effet un corps qui, s’il ne s’était pas revêtu de moi, ne m’aurait pas sauvé. Apparu dans le sein de la Vierge, Il revêtit l’habit du condamné. C’est là qu’eut lieu le terrible échange, il donna l’esprit et prit la chair » (8:  Textes mariaux du premier millénaire, I Rome 1988, p. 561).
Nous nous trouvons donc devant l’oeuvre de Dieu, qui a accompli la Rédemption précisément parce qu’il était également un homme. Il est à la fois le Fils de Dieu, sauveur, mais également notre frère et c’est grâce à cette proximité qu’Il diffuse en nous le don divin.

Il est réellement le Dieu avec nous. Amen!

CHRIST-ROI – HOMÉLIE

22 novembre, 2013

http://www.homelies.fr/homelie,,3660.html

CHRIST-ROI

DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2013

FAMILLE DE SAINT JOSEPH

HOMÉLIE – MESSE

En ce dernier dimanche du temps ordinaire, nous célébrons la solennité de Jésus-Christ roi de l’univers. Cette fête fut instaurée par le pape Pie XI le 11 décembre 1925 par l’encyclique « Quas Primas » pour « ramener et consolider la paix par le règne du Christ ».
Les textes de la liturgie présentent plusieurs aspects de cette réalité. Le second livre de Samuel (1ère lecture) parle de l’unification de toutes les tribus d’Israël qui reconnaissent l’autorité royale de David comme dérivant de celle de Dieu. Le Psaume 121 (122), quant à lui, reconnaît Jérusalem, le trône de David, comme le point d’union de ces mêmes tribus pour adorer le Seigneur : « Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un ! C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur. C’est là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur. C’est là le siège du droit, le siège de la maison de David ».
L’évangile présente de son côté une image de roi en net contraste avec celle qui ressort des lectures précédentes. Jésus, objet de dérision et de mépris, meurt sur la croix comme un criminel et l’écriteau qui est cloué au-dessus de lui et qui le désigne comme « roi des Juifs » n’y change rien !
C’est la deuxième lecture, extraite de la lettre de saint Paul aux Colossiens, qui nous donne la clef pour entrer dans ce mystère de la mort en croix du Christ comme sommet de la révélation de sa royauté sur l’univers. Il est capital de remarquer que l’apôtre des nations nous présente dans ce passage le règne universel du Christ à travers sa mort sur la croix en termes de réconciliation, de rédemption, de pardon des péchés et de paix : « Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix ».
On ne peut lier plus clairement la royauté du Christ à sa mission de salut. Notre Seigneur manifeste sa royauté en nous faisant miséricorde, en nous pardonnant et en nous justifiant plutôt qu’en nous condamnant. Alors qu’il pourrait manifester sa toute-puissance en foudroyant le pécheur, il l’exerce, dans sa passion et dans toute l’histoire du salut, en le pardonnant. Ce pardon constitue un acte de puissance sans commune mesure avec le châtiment, parce qu’il a pour effet, non pas d’anéantir le pécheur, mais de le transformer et de le rendre juste.
Seul un regard de foi qui perce les apparences sensibles peut nous rendre accessible ce mystère. Seul un regard de foi peut nous permettre de reconnaître en Jésus, le Fils de Dieu le Père qui « nous a arrachés des ténèbres pour nous faire entrer dans son Royaume » (Cf. 2ème lecture). Seul un regard de foi peut nous faire discerner en lui celui en qui nous sommes pardonnés.
Tel est le regard du bon larron : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne ». Dans le troisième évangile, il est le seul à oser appeler Jésus du nom que Dieu lui a donné dès avant sa conception : « Jeshoua », « Dieu sauve » (Lc 1, 31). Comment Luc pourrait-il mieux illustrer l’union dans la propre personne du Christ du Royaume qu’il inaugure et du salut qu’il apporte !
« Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » En exauçant la demande du supplicié, Jésus manifeste que son Royaume, son salut, n’est pas à remettre dans un futur lointain mais qu’il est déjà à l’œuvre, ici et maintenant, pour celui qui est disposé l’accueillir. Oserons-nous croire que cet aujourd’hui du Royaume, cet aujourd’hui du salut, en tant qu’il est lié à la personne même de Jésus, s’étend à tous les aujourd’hui de l’histoire ? Oserons-nous croire qu’il est aussi le nôtre ?
Demander au Christ de régner sur notre monde c’est d’abord lui présenter nos vies marquées par le péché et implorer son salut. A chaque eucharistie, nous sommes mystérieusement mais bien réellement rendus présents au pied de la croix. Le salut nous y est proposé par le roi d’humilité. Le défierons-nous en lui demandant de manifester sa toute-puissance en se sauvant et en nous sauvant avec lui ou bien reconnaîtrons-nous humblement notre péché et notre besoin de salut en implorant sa force d’amour et de pardon et en le suppliant comme le bon larron : « Seigneur souviens-toi de moi dans ton Royaume » ?
« Seigneur, nous confessons ta victoire sur le péché et la mort. Ta résurrection l’a attesté et ta force de vie et de miséricorde en chacun de nous en témoigne encore aujourd’hui. Ta domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et ta royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. Que toute la création, libérée de la servitude, reconnaisse ta puissance et te glorifie sans fin. »

Frère Elie

12345...7