LES PÈRES APOSTOLIQUES (II) : IGNACE D’ANTIOCHE

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LES PÈRES APOSTOLIQUES (II) : IGNACE D’ANTIOCHE

4. LA DOCTRINE DES LETTRES

Les lettres d’Ignace « ont une importance incalculable pour l’histoire du dogme » [17].
« Comme à ses grands docteurs, l’Église lui doit certains traits qui resteront acquis pour toujours : pour la doctrine de l’Incarnation et de la Rédemption, de l’Église ou de l’Eucharistie, Ignace a apporté à la construction du dogme catholique des pierres solides et bien appareillées qui resteront à la base de l’édifice » [18].
« Du IIe au IVe s., la langue théologique a changé, mais la pensée est la même » [19].
On voit suffisamment par ces trois citations l’importance doctrinale des lettres d’Ignace d’Antioche : elle est d’autant plus remarquable qu’il s’agit de lettres hâtivement rédigées et occasionnelles.
Nous allons rapidement dresser ci-après un relevé de quelques textes majeurs soulignant les sujets suivants :

Magn. 8, 2 – Il n’y a qu’un Dieu qui s’est manifesté par Jésus-Christ, son Fils qui est son Verbe sorti du silence [20].
Trinité
Éph. 9, 1 – Vous êtes les pierres du temple du Père, destinées à l’édifice que construit Dieu le Père, élevées jusqu’au faîte par la machine de Jésus-Christ qui est sa croix, avec le Saint-Esprit pour câble [21].
Magn. 13, 1 – Ayez soin de vous tenir dans la foi et la charité avec le Fils, le Père et l’Esprit.
Magn. 13, 2 – Soyez soumis à l’évêque… comme les apôtres le furent au Christ, au Père et à l’Esprit [22].

Divinité de Jésus-Christ [23]
Éph. 1, 1 Après vous être retrempés dans le sang de Dieu…
Éph. 7, 2 Il n’y a qu’un seul médecin, à la fois chair et esprit, engendré et non engendré [24], Dieu fait chair, vraie vie au sein de la mort, né de Marie et de Dieu, d’abord passible et maintenant impassible, Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Éph. 18, 2 – Notre Dieu Jésus-Christ a été selon le plan divin porté dans le sein de Marie, issu du sang de David et aussi du Saint-Esprit. Il est né et a été baptisé pour purifier l’eau par sa passion.
Magn. 6, 1 – Jésus-Christ qui était auprès du Père avant les siècles et qui s’est révélé à la fin des temps.
Rom. 3, 3 – Rien de ce qui est visible n’est bon. Même notre Dieu Jésus-Christ ne s’est jamais mieux manifesté que depuis qu’il est retourné au sein du Père.
Rom. 6, 3 – Permettez-moi d’imiter la passion de mon Dieu.

Réalité de l’Incarnation
On pourrait relever ici tous les textes qui visiblement s’opposent au docétisme. Rappelons la fervente exclamation :
Smyrn. 4, 1-2 – Il faut prier pour leur conversion (des docètes), chose bien difficile mais possible pourtant à Jésus-Christ, notre véritable vie. Si c’est seulement en apparence que Notre-Seigneur a agi, ce n’est aussi qu’en apparence que je suis chargé de fers. Alors pourquoi me suis-je voué à la mort, par le feu, le glaive, les bêtes ?.. C’est pour m’associer à sa passion que j’endure tout, et c’est lui qui m’en donne la force, lui qui s’est fait complètement homme.

Rédemption
Quelques textes cités à la suite l’un de l’autre prouveront l’insistance d’Ignace sur ce point :
Jésus-Christ est mort pour nous afin de vous préserver de la mort par la foi en sa mort (Trall., 2, 1). C’est pour notre salut qu’il a enduré toutes ces souffrances (Smyrn., 2, 1). Il est mort pour nous, ressuscité à cause de nous (Rom., 6, 1). Il a été réellement percé de clous pour nous en sa chair sous Ponce-Pilate et Hérode le Tétrarque ; c’est au fruit de sa croix, à sa sainte et divine passion que nous devons la vie (Smyrn, 1, 2). Ceux qui sont plantés par le Père sont des rejetons de la croix et leur fruit est incorruptible (Trall., 11, 2).

Le Christ révèle son Père
Rom. 8, 2 – Jésus-Christ, Lui, la bouche infaillible par laquelle le Père a vraiment parlé.
Le Christ, tête du corps de l’Église
Éph. 4, 2 – À vos bonnes œuvres, le Père vous reconnaîtra pour les membres de son Fils. Trall. 11, 2 – Par sa croix, dans sa passion, Jésus-Christ vous appelle à lui, vous qui êtes ses membres.

Eucharistie
Éph. 13, 1 – Ayez donc soin de tenir des réunions plus fréquentes pour offrir à Dieu votre Eucharistie et vos louanges. Éph. 20, 2 -… si le Seigneur me fait savoir que, chacun en particulier et tous ensemble… vous êtes unis de cœur dans une inébranlable soumission à l’évêque et au presbyterium, rompant tous un même pain, ce pain qui est un remède d’immortalité, un antidote destiné à nous préserver de la mort et à nous assurer pour toujours la vie en Jésus-Christ. Philad. 4 – Ayez donc soin de ne participer qu’à une seule Eucharistie. Il n’y a en effet qu’une seule chair de Notre Seigneur, une seule coupe pour nous unir dans son sang, un seul autel comme il n’y a qu’un seul évêque, entouré du presbyterium et des diacres, les associés de mon ministère. Smyrn. 7, 1 – Ils (les docètes) s’abstiennent de l’Eucharistie et de la prière parce qu’ils ne veulent pas reconnaître dans l’Eucharistie la chair de Jésus-Christ notre Sauveur, cette chair qui a souffert pour nos péchés et que le Père, dans sa bonté, a ressuscitée.

Église
Ignace a souvent nommé les trois degrés de la hiérarchie ecclésiastique :
Magn. 6, 1 – Je vous en conjure, accomplissez toutes vos actions dans cet esprit de concorde qui plaît à Dieu, sous la présidence de l’évêque qui tient la place de Dieu, des presbytres qui représentent le sénat des apôtres, des diacres, objets de ma particulière affection, chargés du service de Jésus-Christ qui était auprès du Père avant les siècles et qui s’est révélé à la fin des temps. Trall. 3 – Vous devez tous révérer les diacres comme Jésus-Christ lui-même, l’évêque comme l’image du Père, les presbytres comme le sénat de Dieu et le collège des Apôtres ; sans eux, il n’y a point d’Église.
Il ne cesse de recommander l’union à l’évêque
Philad. 7, 1 – Pendant mon séjour parmi vous, j’ai crié, j’ai dit bien haut d’une voix qui était la voix même de Dieu : Tenez-vous étroitement unis à votre évêque, au presbyterium et aux diacres… C’est l’Esprit qui disait bien haut : n’agissez jamais en dehors de votre évêque… aimez l’unité, fuyez les divisions.
Il voit l’Église dans son unité et dans sa catholicité, cette unité est à la fois intérieure et extérieure :
Magn. 13, 2 – Soyez soumis à l’évêque et les uns aux autres, comme Jésus-Christ dans sa chair le fut à son Père, et comme les Apôtres le furent au Christ, au Père et à l’Esprit, et qu’ainsi votre union soit à la fois extérieure et intérieure. Smym. 1, 2 – Par sa résurrection, il a levé son étendard sur les siècles pour grouper ses saints et ses fidèles, tant du sein du judaïsme que de celui de la gentilité en un seul et même corps qui est l’Église. Éph. 3, 2 – Les évêques établis jusqu’aux extrémités du monde ne sont qu’un avec l’Esprit de Jésus-Christ. Smyrn. 8, 2 – Là où paraît l’évêque, que là soit la communauté, de même que là où est le Christ Jésus, là est l’Église catholique.

Virginité de Marie
Éph. 19, 2 – Le prince de ce monde n’eut connaissance ni de la virginité de Marie, ni de son enfantement, ni de la mort du Seigneur : trois mystères éclatants que Dieu opéra dans le silence. Éph. 7, 2 – Il n’y a qu’un seul médecin… né de Marie et de Dieu. Éph.18, 2 – Jésus-Christ a été selon le plan divin, porté dans le sein de Marie, issu du sang de David et aussi du Saint-Esprit…

CONCLUSION : L’ÂME D’IGNACE D’ANTIOCHE
Le nom d’Ignace, on le souligne volontiers, vient du mot latin : ignis, le feu. Une âme de feu, telle est bien l’âme passionnée de l’humble et mystique évêque d’Antioche, et sa passion suprême, c’est le Christ, c’est lui que cherche Ignace, « Lui qui est mort pour nous ; lui qui est ressuscité à cause de nous » [25].
Dans les lettres de saint Ignace d’Antioche, les pensées dominantes de saint Paul et de saint Jean fusionnent : union du Christ et de l’Église et vie dans le Christ. Le thème majeur qui les parcourt est celui de l’union : union à Dieu et au Christ, union à l’évêque et entre tous les chrétiens.
Cette intime union à son Dieu qui l’appelle est la source vive où Ignace puise le désir ardent et la force de l’imiter dans sa patience et jusque dans sa mort glorieuse. Mais c’est en pleine conscience de son absolue faiblesse que « dernier des fidèles d’Antioche » [26], il s’élance à la suite de son Maître : « Pour s’associer à sa passion, il endure tout » mais – il le sait et le proclame -, seul « lui en donne la force celui qui s’est fait parfaitement homme » [em].
Dans une foi ferme, animée d’espérance et d’amour, Ignace contemple son « Sauveur » [em] « né de Marie et de Dieu » [27], « l’invisible qui à cause de nous s’est rendu visible » [28], et cette foi le mène à l’imitation du Christ.
Par cette imitation, et comme d’étape en étape, tel le prisonnier mené d’Antioche à Rome, l’humble disciple sera mené à la plus haute contemplation : c’est ce que met si bien en valeur le beau tropaire de la liturgie byzantine [29] :

Émule des apôtres dans leur vie, leur successeur sur leurs trônes, tu as trouvé dans la pratique des vertus, ô inspiré de Dieu, la voie qui mène à la contemplation. Aussi, dispensant fidèlement la parole de vérité, tu as lutté pour la foi jusqu’au sang, ô Pontife martyr Ignace. Prie le Christ-Dieu de sauver nos âmes.

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