Archive pour juillet, 2013

SAINTE BRIGITTE DE SUÈDE

23 juillet, 2013

SAINTE BRIGITTE DE SUÈDE dans images sacrée BridgetofSweden-13-11x6_5-
http://www.rmichelson.com/Artist_Pages/Sanderson/Ruth-Sanderson.html

BENOÎT XVI : SAINTE BRIGITTE DE SUÈDE (23 JUILLET)

23 juillet, 2013

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2010/documents/hf_ben-xvi_aud_20101027_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

PLACE SAINT-PIERRE

MERCREDI 27 OCTOBRE 2010 

Chers frères et sœurs,

En la veille fervente du grand Jubilé de l’An 2000, le vénérable serviteur de Dieu Jean-Paul II proclama sainte Brigitte de Suède co-patronne de toute l’Europe. Ce matin, je voudrais présenter sa figure, son message, et les raisons pour lesquelles cette sainte femme a beaucoup à enseigner — aujourd’hui encore — à l’Eglise et au monde.
Nous connaissons bien les événements de la vie de sainte Brigitte, car ses pères spirituels rédigèrent sa biographie pour promouvoir son procès de canonisation immédiatement après sa mort, en 1373. Brigitte était née 70 ans auparavant, en 1303, à Finster, en Suède, une nation du nord de l’Europe qui, depuis trois siècles, avait accueilli la foi chrétienne avec le même enthousiasme que celui avec lequel la sainte l’avait reçue de ses parents, des personnes très pieuses, appartenant à de nobles familles proches de la maison régnante.
Nous pouvons distinguer deux périodes dans la vie de cette sainte.
La première est caractérisée par son mariage heureux. Son mari s’appelait Ulf et était gouverneur d’un important territoire du royaume de Suède. Le mariage dura vingt-huit ans, jusqu’à la mort d’Ulf. Huit enfants furent issus de ce mariage, dont la deuxième, Karin (Catherine) est vénérée comme sainte. Cela est un signe éloquent de l’engagement éducatif de Brigitte à l’égard de ses enfants. D’ailleurs, sa sagesse pédagogique fut appréciée au point que le roi de Suède, Magnus, l’appela à la cour pour une certaine période, dans le but d’introduire sa jeune épouse, Blanche de Namur, à la culture suédoise.
Brigitte, qui reçut une direction spirituelle d’un religieux érudit qui l’introduisit à l’étude des Ecritures, exerça une influence très positive sur sa famille qui, grâce à sa présence, devint une véritable «Eglise domestique ». Avec son mari, elle adopta la Règle des Tertiaires franciscains. Elle pratiquait avec générosité des œuvres de charité envers les pauvres: elle fonda également un hôpital. Auprès de son épouse, Ulf apprit à améliorer son caractère et à progresser dans la vie chrétienne. Au retour d’un long pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, accompli en 1341 avec d’autres membres de sa famille, les époux formèrent le projet de vivre dans l’abstinence; mais peu de temps après, dans la paix d’un monastère dans lequel il s’était retiré, Ulf conclut sa vie terrestre.
Cette première période de la vie de Brigitte nous aide à apprécier ce que nous pourrions définir aujourd’hui comme une authentique «spiritualité conjugale»: ensemble, les époux chrétiens peuvent parcourir un chemin de sainteté, soutenus par la grâce du sacrement du mariage. Souvent, comme ce fut le cas dans la vie de sainte Brigitte et d’Ulf, c’est la femme qui, avec sa sensibilité religieuse, sa délicatesse et sa douceur, réussit à faire parcourir à son mari un chemin de foi. Je pense avec reconnaissance à de nombreuses femmes qui, jour après jour, illuminent aujourd’hui encore leur famille par leur témoignage de vie chrétienne. Puisse l’Esprit du Seigneur susciter aujourd’hui également la sainteté des époux chrétiens, pour montrer au monde la beauté du mariage vécu selon les valeurs de l’Evangile: l’amour, la tendresse, l’aide réciproque, la fécondité dans l’engendrement et l’éducation des enfants, l’ouverture et la solidarité envers le monde, la participation à la vie de l’Eglise.
Devenue veuve, Brigitte commença la deuxième période de sa vie. Elle renonça à contracter un autre mariage pour approfondir l’union avec le Seigneur à travers la prière, la pénitence et les œuvres de charité. Les veuves chrétiennes peuvent donc trouver elles aussi chez cette sainte un modèle à suivre. En effet, à la mort de son mari, Brigitte, après avoir distribué ses biens aux pauvres, tout en ne choisissant jamais la consécration religieuse, s’installa au monastère cistercien d’Alvastra. C’est là que commencèrent les révélations divines, qui l’accompagnèrent pendant tout le reste de sa vie. Celles-ci furent dictées par Brigitte à ses secrétaires-confesseurs, qui les traduisirent du suédois en latin et les rassemblèrent dans une édition de huit livres, intitulés Revelationes (Révélations). A ces livres s’ajoute un supplément, qui a précisément pour titre Revelationes extravagantes (Révélations supplémentaires).
Les Révélations de sainte Brigitte présentent un contenu et un style très variés. Parfois, la révélation se présente sous forme de dialogue entre les Personnes divines, la Vierge, les saints et également les démons; des dialogues dans lesquels Brigitte intervient elle aussi. D’autres fois, en revanche, il s’agit du récit d’une vision particulière; et d’autres encore racontent ce que la Vierge Marie lui révèle à propos de la vie et des mystères de son Fils. La valeur des Révélations de sainte Brigitte, qui fut parfois objet de certains doutes, fut précisée par le vénérable Jean-Paul II dans la Lettre Spes Aedificandi: «En reconnaissant la sainteté de Brigitte, l’Eglise, sans pour autant se prononcer sur les diverses révélations, a accueilli l’authenticité globale de son expérience intérieure» (n. 5).
De fait, en lisant ces Révélations, nous sommes interpellés sur des thèmes importants. Par exemple, on retrouve fréquemment la description, avec des détails très réalistes, de la Passion du Christ, pour laquelle Brigitte eut toujours une dévotion privilégiée, contemplant dans celle-ci l’amour infini de Dieu pour les hommes. Sur les lèvres du Seigneur qui lui parle, elle place avec audace ces paroles émouvantes: «O mes amis, j’aime si tendrement mes brebis, que, s’il était possible, j’aimerais mieux mourir autant de fois pour chacune d’elles de la mort que je souffris pour la rédemption de toutes, que d’en être privé» (Revelationes, Livre I, c. 59). La maternité douloureuse de Marie, qui en fit la Médiatrice et la Mère de miséricorde, est aussi un thème qui revient souvent dans les Révélations.
En recevant ces charismes, Brigitte était consciente d’être la destinataire d’un don de grande prédilection de la part du Seigneur: «Or, vous, ma fille — lisons-nous dans le premier livre des Révélations —, que j’ai choisie pour moi [...] aimez-moi de tout votre cœur [...] mais plus que tout ce qui est au monde» (c. 1). Du reste, Brigitte savait bien, et elle en était fermement convaincue, que chaque charisme est destiné à édifier l’Eglise. C’est précisément pour ce motif qu’un grand nombre de ses révélations étaient adressées, sous formes d’avertissements parfois sévères, aux croyants de son temps, y compris les autorités politiques et religieuses, pour qu’elles vivent de façon cohérente leur vie chrétienne; mais elle faisait toujours cela avec une attitude de respect et en pleine fidélité au Magistère de l’Eglise, en particulier au Successeur de l’apôtre Pierre.

En 1349, Brigitte quitta définitivement la Suède et se rendit en pèlerinage à Rome. Elle entendait non seulement prendre part au Jubilé de 1350, mais elle désirait aussi obtenir du Pape l’approbation de la Règle d’un Ordre religieux qu’elle entendait fonder, consacré au Saint Sauveur, et composé de moines et moniales sous l’autorité de l’abbesse. Cela ne doit pas nous surprendre: il existait au Moyen-Age des fondations monastiques avec une branche masculine et une branche féminine, mais pratiquant la même règle monastique, qui prévoyait la direction d’une Abbesse. De fait, dans la grande tradition chrétienne, une dignité propre est reconnue à la femme, et — toujours à l’exemple de Marie, Reine des Apôtres — une place propre dans l’Eglise qui, sans coïncider avec le sacerdoce ordonné, est tout aussi importante pour la croissance spirituelle de la Communauté. En outre, la collaboration d’hommes et de femmes consacrés, toujours dans le respect de leur vocation spécifique, revêt une grande importance dans le monde d’aujourd’hui.
A Rome, en compagnie de sa fille Karin, Brigitte se consacra à une vie d’intense apostolat et de prière. Et de Rome, elle partit en pèlerinage dans divers sanctuaires italiens, en particulier à Assise, patrie de saint François, pour lequel Brigitte a toujours nourri une grande dévotion. Enfin, en 1371, elle couronna son plus grand désir: le voyage en Terre Sainte, où elle se rendit en compagnie de ses fils spirituels, un groupe que Brigitte appelait «les amis de Dieu».
A cette époque-là, les Papes se trouvaient en Avignon, loin de Rome: Brigitte se tourna vers eux avec une grande tristesse, afin qu’ils reviennent au siège de Pierre, dans la Ville éternelle.
Elle mourut en 1373, avant que le Pape Grégoire XI ne rentre définitivement à Rome. Elle fut enterrée provisoirement dans l’église romaine «San Lorenzo in Panisperna», mais en 1374, ses enfants Birger et Karin la ramenèrent dans leur patrie, au monastère de Vadstena, siège de l’Ordre religieux fondé par sainte Brigitte, qui connut immédiatement une remarquable expansion. En 1391, le Pape Boniface IX la canonisa solennellement.
La sainteté de Brigitte, caractérisée par la multiplicité des dons et des expériences que j’ai voulu rappeler dans ce bref portrait biographique et spirituel, fait d’elle une éminente figure dans l’histoire de l’Europe. Originaire de Scandinavie, sainte Brigitte témoigne de la manière dont le christianisme a profondément imprégné la vie de tous les peuples de ce continent. En la déclarant co-patronne de l’Europe, le Pape Jean-Paul II a souhaité que sainte Brigitte — qui vécut au XIVe siècle, lorsque la chrétienté occidentale n’était pas encore frappée par la division — puisse intercéder efficacement auprès de Dieu, pour obtenir la grâce tant attendue de la pleine unité de tous les chrétiens.
Chers frères et sœurs, nous voulons prier à cette même intention, qui nous tient beaucoup à cœur, et pour que l’Europe sache toujours se nourrir à ses propres racines chrétiennes, tout en invoquant la puissante intercession de sainte Brigitte de Suède, fidèle disciple de Dieu et co-patronne de l’Europe. Merci de votre attention.

VOCATION : SERVIR (prière)

23 juillet, 2013

http://users.skynet.be/prier/textes/PR1049.HTM

VOCATION : SERVIR

AUTEUR : GÉRALD CHAPUT

Seigneur,
 »Ce n’est pas moi qui t’ai choisi,
c’est Toi qui m’as choisi (Jn15,16) »
 »pour servir en Ta Présence. »

Servir,
c’est Ton choix pour moi,
ma vocation première,
mon identité profonde.

Servir,
c’est Te laisser être Toi en moi,
Te désirer plus que me désirer,
Te posséder plus que me posséder,
Me laisser être plus en Toi qu’en moi,
M’occuper de Toi plus que de moi.

Seigneur, modèle-moi sur Toi.
Donne-moi de servir comme Toi
Jusqu’à m’oublier entièrement
Totalement pour Toi
Totalement pour les autres
Jusqu’à la Croix.

Mon Église a besoin de moi : Me voici !
La société a besoin de moi : Me voici !
Les jeunes ont besoin de l »exemple d’une vie  »offrande » :
Me voici !
Les souffrants ont besoin d’une présence : Me voici !

Seigneur, Toi qui es un Dieu  »serviteur souffrant » (Isaïe)
un Dieu  »qui s’est vidé de lui-même » (Phil 2,4)
Fortifie-moi.
Renouvelle en moi ton Esprit de Service.
Donne-moi assez de sagesse
pour passer de moi à Toi.

Oui, apprends-moi à reconnaître
Que Tu es glorifié plus par ce que Tu fais en moi
que par ce que je fais pour Toi.

Amen.

PASSER DE SOI À DIEU

23 juillet, 2013

http://geraldchaput.homily-service.net/retraites.html

Gérald Chaput

CAUSERIE : PASSER DE SOI À DIEU

par Gérald Chaput

Introduction

J’ ai ardemment désiré manger cette pâque avec vous (Lc22, 15). J’ ai ardemment désiré ouvrir avec vous le procès de la nouveauté de Dieu. (J.Mongt l’ homme qui venait de Dieu 1993, p 503) En entrant dans sa mort, Jésus soulève la question Dieu : qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?
Nous entrons dans cette grande semaine ou Jésus est passé de la vie en forme d’ esclave (en forme de serviteur) à la vie en forme de Dieu (Phil 2:6-7) . Pour prendre ce passage avec lui, une porte étroite, offerte à un petit reste, quelques heures – à peine 48 – pour devenir en forme de Dieu .
Une vie en forme d’ esclave : Jésus a pleuré, a eu chaud, a eu froid, vie au quotidien quoi. Entre une vie en forme d’ esclave et une vie en forme de Dieu, il y a la passion, le calvaire, le chemin de la Pâque de Jésus. Vivre ce passage, un mystère d’enfantement en forme de Dieu. Une chose est importante à observer : Jésus homme a retrouvé sa forme de Dieu que par la Croix. Nous passons vite aujourd’hui sur la croix, le vendredi saint pour s’arrêter sur le dimanche de Pâques. Impossible de partir pour la gloire sans croix.
Devant nous 48 heures, pour souligner non un anniversaire, Pâques, qui donne à nos marchands de chocolat tant de joie et de réjouissance, mais pour faire mémoire d’un mystère, celui de la restauration en nous de notre image à la ressemblance de Dieu. Mieux de faire mémoire de notre élévation en forme de Dieu. Saint Augustin nous a dit que célébrer Pâques à la manière d’un mystère, c’est ne pas se contenter d’en souligner un événement passé mais de le célébrer en entrant dedans. (Lettres 55,1-2) Entrer dedans. Mais comment ? Ce sera là, toute la recherche de ces 48 prochaines heures.
Il faut entrer dans cette semaine en contemplant Jésus de Nazareth, -contemplation, symphonie toujours inachevée – de façon à nous laisser imprégner de son Esprit. Entrer dedans ne se réalisera jamais dans nos vies, dans le monde, par la sagesse du discours mais par la puissance de la croix.
« Les juifs ont demandé des signes, les païens sont en quête de sagesse, mais nous nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant juifs que païens, nous prêchons un Christ, puissance et sagesse de Dieu » . (1 cor1, 22-24)
Passer de la forme d’esclave à la forme de Dieu, ce n’est pas seulement le point central de nos vies. C’ est beaucoup plus. C’est accepter une transformation radicale. La chenille s’est complètement transformée pour devenir papillon. L’enfant s’est transformé pour devenir adulte. Le blé jeté en terre s ‘ est transformé pour devenir épi. Dans tous ces exemples, la transformation oblige une mort à quelque chose. Mourir à sa jeunesse pour devenir adulte. La chenille meurt pour laisser place au papillon. La vie en forme de Dieu exige aussi de mourir à notre forme d ‘ esclave. Partir pour la gloire, devenir selon la belle expression de saint Bernard, ce qu’est Dieu, implique une mort, un passage de soi à Dieu, un dépouillement qui dit Maître Echkart oblige Dieu à venir en nous.
Le plus difficile, ce que nous est demandé, c’ est de s’abandonner soi-même dit Maître Eckhart. Du temps pour devenir Pâques. Cela va exiger des efforts – dans une culture de facilité ce n’ est pas évident – ; cela va exiger du temps -dans une culture de l’ instantanée- c’ est éprouvant.
Passer d’ une vie en forme d’ esclave à une vie en forme de Dieu. Le premier chapitre du nouveau catéchisme à pour titre : nous sommes capables de Dieu. Tout le premier chapitre parle de la dimension naturelle, de la tendance innée à devenir semblable à Dieu. Le désir de Dieu est inscrit dans le coeur de chaque personne humaine (n.27). Vatican II affirmait qu’un lien vital et intime nous unit à Dieu.(GS19, 1)

Adam s’est simplement trompé de chemin
Devenir ce qu’est Dieu n’est pas un fruit défendu. Adam a compris cela lui qui voulait devenir semblable à Dieu, rien à désavouer la dedans. La question du malin, « ce nouvel habitant du monde » ( Guillaume de saint Thierry) était truquée. Il lui proposait de devenir égal à Dieu. Cet appel là a tellement fasciné Adam. La curiosité d’ être égal à Dieu lui a fait perdre la tête. Il a perdu contact avec son identité. Il a perdu contact avec une saine connaissance de lui-même. Au lieu d ‘ entrer en lui-même pour y découvrir toute sa beauté, Adam est sorti de lui-même vers l’ extérieur. « Adam a voulu se faire Dieu et il s’est trompé. Il ne l’est pas devenu par orgueil. Dieu alors s’est fait homme pour faire d’Adam un Dieu « . (Maurice Zundel : quel homme quel Dieu)
Adam c’ est tout simplement trompé de chemin. Il a pris le chemin de la Seigneurie de l’ homme. C’ est en passant de l’ orgueil à l’ humilité qu’ on devient semblable à Dieu. Depuis ce choix d’ Adam, nous avons développé la région de la dissemblance (Augustin) , la région de l’ orgueil. Maurice Zundel dans sa retraite au Vatican (72) a dit :
 » Le vieux rêve humain d’être comme Dieu qui impliquerait un orgueil insensé, peut désormais s’ accomplir dans une suprême humilité puisque c’est en se vidant de soi sans réserve, que l’ on devient semblable à Dieu « . (QHQD p174)
Songeons au fils prodigue, en s’ éloignant de son père, il a perdu la ressemblance à son père. Depuis ce choix d’Adam, il y a en nous une lutte d’image : ressemblance ou dissemblance. L’image est devenue difforme, méconnaissable. Il y a en nous une perte d’ authenticité, une perte d’ identité. Plus cette perte est profonde, plus le besoin de posséder s’ accroît. Au lieu d’investir par le dedans, on investit par le dehors.
Nous avons à choisir non pas entre la vie et la mort. Sur ce terrain là, aucun choix n’ est possible. Nous avons à choisir, comme Adam, entre la vie pour le Seigneur et la vie pour nous-mêmes. Nous avons à choisir entre ressembler à Dieu ou ressembler à l’ homme ; entre vivre pour nous-mêmes et vivre comme le Dieu de Jésus Christ. Il y a un rapport étroit entre l’ attachement au réalité d’ en-bas et le devenir Dieu. Il s’ agit de choisir entre devenir divin ou devenir  » terrien » . L’ itinéraire de devenir semblable à Dieu passe par notre conversion, un long chemin de restauration de son image en nous.

Conditions pour re-devenir semblable à Dieu
Si cet appel, pourtant fascinant, n’ est pas entendu c’ est qu’ il exige une transformation radicale de sa manière de vivre. Toute transformation -que ce soit celle de l’ enfant qui devient adulte, de la jeune mère qui voit son corps transformé par l’enfant qu’elle porte- est une sorte de mort à quelque chose pour devenir autre chose.
Impossible de re-devenir semblable à Dieu sans une « transformation totale de ce que nous sommes » (Varillon, François, la Pâque de Jésus Éd. Centurion, p.11 -1999 ). Devenir origine, devenir Dieu implique mourir à quelque chose, de passer de soi-même à Dieu , du vieil homme à l’homme nouveau. Le secret pour devenir semblable à Dieu c’ est de s’ occuper de Dieu et se « désoccuper de soi-même » (Elisabeth de la trinité). Mourir à soi-même, oublie de soi pour ne penser qu’ à Dieu, effacer son moi pour faire éclater le Sien. Se haïr soi-même selon les paroles de Jésus dans l’Évangile pour porter toute notre attention, notre intention, toute notre pensée vers et sur Dieu, s’en rien s’ approprier. Vous en conviendrez cela entre directement en conflit avec la mentalité d’un moi qui occupe tout l’avant scène. Pousser toujours plus son moi dehors pour que Lui prenne toute la place. C’ est tout l’ itinéraire spirituel qui est là dedans.
J’ aime beaucoup cette réflexion de Guillaume de saint Thierry qui dit que Dieu « à ses coutumes de faire. Dieu a coutume de commencer par appauvrir celui qu il veut enrichir. » (Can.21 ; 23,117) »Si tu aspires » dit-il encore,  » a jouir pleinement de ma possession, redouble d ‘ effort pour obtenir la plénitude de ma ressemblance sur la Croix. » (P. Thomas, Guillaume de St Thierry, coll Pain de Citeaux n o 1 P. 102) Saint Bonaventure qui a beaucoup étudié le thème de l’ image disait : « Il n y a pas de voie qui mène à lui devenir semblable si ce n’ est par un très ardent désir d imiter le Crucifié. »
Le très vieux rêve humain d’ être comme Dieu s’ accomplit en épousant ( François d’Assise) sans réserve la désappropriation de soi que Jésus à fait sienne en naissant chez nous. Le Christ s’ est fait abaissement dans notre chair pour y amorcer notre remontée vers Lui. Thérèse de l’ enfant Jésus aimait dire : « parce que j’étais toute petite et faible, il s’abaissa vers moi  » (MSa, 49). Par son incarnation, Dieu à pris notre place pour que nous puissions prendre la sienne. Il a pris notre ressemblance pour que nous prenions la sienne.
Pas surprenant alors s’ il manque de candidat pour l’ ouverture de poste ! Pour re-devenir ressemblance à Dieu, il faut choisir de passer par le chemin de Jésus en croix. Par son Incarnation, Dieu en Jésus s’ est donné à l’ humanité pour nous rendre tel qu’ il nous a créé à l’ origine . (saint Bernard)

Ailleurs, ce même Guillaume écrit cette page inouïe.
 » Toute la Trinité tint conseil. Dieu voyait en effet que tout ce qui concerne l’homme n’était que trouble et confusion. Il voyait l’homme égaré si loin dans la région de la dissemblance que par lui-même il ne pouvait ni savait prendre le chemin du retour. »
Aussi bien, l’ Ange avait eu l’audace de convoiter la ressemblance de Dieu…  » l »homme, à son tour voulut être Dieu ; on lui avait persuadé « vous serez comme des dieux « . ..Y-a-t-il donc tant de jaloux ? »
L’Image de Dieu, le fils, voyant que l’ange et l’ homme, taillé sur son propre modèle, c’est-à- dire à l’image de Dieu, avait péri pour avoir désiré d’une manière désordonnée son image (égal à Dieu) dit-il n’ y aura donc que la misère qui ne fasse pas de jaloux. Je vais donc me montrer à l’homme sous l’ aspect d’un homme méprisé, homme de douleurs, afin qu’il envie et imite en moi l’humilité, celle-ci fera parvenir à la gloire qu’il voulait obtenir avec trop de précipitation ». (Nature de l ‘ amour 34 ; 24,131)

Naviguer à contre-courant
Ce que cette semaine sainte – le temps de la passion – nous propose est une démarche rude mais exaltante. Le passage de la forme d ‘ esclave à la forme de Dieu, de la dissemblance à la ressemblance, ne se fait pas sans arrachements, sans mortification, sans mort à nous-mêmes. Mais nous le faisons, les yeux déjà illuminés par le but exaltant : la réussite profonde de notre vie, notre épanouissement final en Christ.
« Si vous voulez posséder le Christ, ne le chercher jamais sans la Croix. » Ces mots de Jean de la Croix exprime bien la rudesse de ces 48 heures. La transformation dont je parle : s’attacher à soi-même ou renoncer à soi-même, perdre sa vie ou se donner une autre vie. Impossible de se donner une double vie
Ce n’ est pas l’ amour qui rend aveugle. C’ est l’ attachement qui m’ apparaît à l’ heure actuelle l’ un des principaux assassins de la vie en forme de Dieu. L’ attachement est le premier obstacle à notre union à Dieu, au temps que nous donnons à Dieu. Tellement attaché à nos affaires que nous oublions à sauter, passer vite sur le temps à consacrer à Dieu.
François d’ Assise parle de la nécessité de se vaincre soi-même comme condition pour partir pour la gloire. L’ apôtre Paul exhortait les romains à ne pas se conformer à la mentalité du monde mais plutôt à offrir leur vie en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu (Rm12, 1-2). Ne nous faisons pas illusion, ces 48 heures nous ferons marcher à contre-courant à la manière des saumons dont nous admirons le courage et l ‘ habileté à passer leur vie à remonter le courant. Partir pour la gloire, entrer dans la gloire, c ‘ est du contre-courant.

Conclusion
Je termine en citant Madeleine Delbrel dans  » nous, gens de la rue  » :
 » La parole de Dieu, on ne l emporte pas au bout du monde, dans une mallette : on la porte en soi, on l’ emporte en soi.
On ne la met pas dans un coin de soi-même, dans sa mémoire comme sur une étagère d’ armoire. On la laisse aller jusqu’ au fond de soi.
Ne nous méprenons pas. Il est très onéreux de recevoir en soi le message intact. C ‘ est pourquoi tant d ‘ entre nous le retouchent, le mutilent, l’ atténuent.
On éprouve le besoin de le mettre à la mode du jour comme si Dieu n ‘ était pas à la mode de tous les jours, comme si on retouchait Dieu.
Une fois que nous avons reçu la Parole de Dieu nous n ‘ avons pas le droit de ne pas la laisser s ‘ incarner en nous, une fois qu ‘ elle est en nous, nous n ‘ avons pas le droit de la garder pour nous, nous appartenons dès lors à ceux qui l ‘ attendent.
Si notre témoignage est souvent médiocre c ‘ est que nous ne réalisons pas que son chemin est celui de la croix et du martyr « .

St Mary Magdalene by Quentin Massys

22 juillet, 2013

St Mary Magdalene by Quentin Massys dans images sacrée quentinmassys_stmarymagdalene

http://www.backtoclassics.com/gallery/quentinmassys/stmarymagdalene/

22 JUILLET : SAINTE MARIE-MADELEINE

22 juillet, 2013

http://missel.free.fr/Sanctoral/07/22.php

22 JUILLET : SAINTE MARIE-MADELEINE

Marie-Madeleine, ainsi nommée en l’évangile selon saint Luc[1] parmi les femmes qui suivent Jésus depuis la Galilée, se retrouve dans les récits de la Passion et de la Résurrection. Son identité avec Marie de Béthanie et la pécheresse[2] est depuis toujours discutée. Si la chose était de nature à pouvoir être parfaitement éclaircie, elle devrait l’être à présent, puisque tant d’habiles personnages l’ont traitée.

1° La pécheresse
Invité chez un pharisien, Jésus, la Sagesse de Dieu[3], accueille les pécheurs. Sa parole révèle la puissance de l’amour et la grâce du pardon à l’homme trop préoccupé de soi et peu conscient de son médiocre amour. L’attitude de Simon se caractérise par une triple inaction, alors que la pécheresse multiplie les gestes de repentir et d’amour qui, loin d’être pour Jésus une cause de scandale, manifestent une profonde contrition ; d’elle-même elle dénoue sa chevelure[4] et vénère les pieds du Maître avec une intense émotion. L’onction des pieds est un geste extraordinaire, signe d’un amour d’une intensité exceptionnelle. Le pharisien doute du caractère prophétique de Jésus qui se laisse toucher par une pécheresse au détriment de sa propre pureté, mais Jésus connaît le cœur de cette pénitente et, délicatesse suprême, il ne lui révèle la connaissance de ses péchés qu’au moment de les lui pardonner.
Ce texte fonde la nécessité de la contrition parfaite pour la rémission des péchés et son antériorité par rapport à elle, bien que cette contrition est elle-même le fruit de la grâce prévenante du Dieu de pardon. Il souligne l’importance de la foi dans le salut du pécheur, message si utile dans la maison du pharisien. Tandis qu’elle s’en va en paix, elle porte en elle le royaume de Dieu.

2° Disciple de Jésus.
En l’évangile selon saint Luc[5], Marie, appelée la Magdaléenne, est la première nommée des femmes qui assurent la subsistance de Jésus et des Douze. Ces femmes, étroitement associées à la vie du Maître, sont avec lui, ce qui est le propre de la vocation apostolique[6], mais leur présence est un acte permanent de reconnaissance envers celui qui les a guéries d’esprits mauvais et de maladies. Marie-Madeleine est privilégiée, puisqu’elle a été libérée de sept démons[7]. Le passé n’est mentionné que dans la mesure où il est vaincu par Jésus, et où l’être racheté se trouve désormais intimement lié à lui. Peut-on l’assimiler à la pécheresse ? La possession démoniaque n’est pas, de soi, synonyme de péché, mais en l’évangile selon saint Jean[8], l’équivalence est établie entre être pécheur et avoir un démon.
On la retrouve dans les récits de la Passion et peut-être avant, si on l’identifie à Marie de Béthanie. On remarque que Marie de Béthanie, comme la pécheresse et Marie de Magdala, se complait aux pieds de Jésus et connaît en même temps de grands élans d’amour ; on ne peut interpréter le deuxième verset du onzième chapitre de l’évangile selon saint Jean comme une allusion à la seule onction de Béthanie. L’unification des trois donne une cohérence certaine aux récits de la Passion. La relation entre l’onction et la mort apparaît plus étroite, si la femme qui pose un geste prophétique de grande portée, souligné par Jésus, est assimilée à celle qui est présente au pied de la croix et au tombeau.
Saint Marc[9] et saint Matthieu[10] signalent sa présence à quelque distance de la Croix, en tête des femmes qui ont suivi et servi Jésus depuis la Galilée ; l’évangile selon saint Jean[11] la place au pied de la croix près de Marie et de la femme de Cléophas. Les synoptiques la montrent au sépulcre regardant où l’on dépose le corps[12]. Elles furent, pour l’Église primitive, les témoins de la réalité de cet ensevelissement et les garantes d’une connaissance exacte de l’emplacement du tombeau de Jésus. Comparée à l’attitude des apôtres au cours de la Passion[13], la présence des femmes au Calvaire témoigne d’une fidélité sans faille et d’une communion persévérante aux épreuves du Christ. Ce sont elles qui accomplissent la parole de Jésus aux disciples : Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec moi dans mes épreuves[14].

3° Apôtre des apôtres[15]
Les évangiles de Pâques notent la présence de Marie-Madeleine au tombeau. Marc et Luc soulignent le côté négatif de son attitude : perplexité, crainte devant le vide du tombeau. Marc achève par leur étonnant silence, tandis que Matthieu montre leur grande joie, leur hâte à remplir leur mission, et décrit une rapide apparition de Jésus : et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui[16], détail qui permet de rendre compte de la réaction de Jésus en l’évangile selon saint Jean (XX 17). Saint Marc dit qu’il est d’abord apparu à Marie de Magdala dont il avait chassé sept démons.
Ici, En l’évangile selon saint Jean, Marie quitte deux fois le tombeau pour aller vers les disciples : la première fois, d’elle-même, pour annoncer la disparition du Seigneur ; la seconde fois, envoyée en mission pour révéler la présence du Ressuscité auprès du Père et de ses frères. Son amour pour le Christ apparaît dans toute son intensité : ses pleurs, mentionnés quatre fois, révèlent la profondeur du vide qu’elle ressent et l’épaisseur de son ignorance du mystère. Elle est si préoccupée de retrouver le corps qu’elle est incapable de reconnaître le Vivant. Sa foi ne s’éveille qu’à l’écoute de son nom : Marie. Un retournement total s’opère, elle retrouve son Maître avec le désir de ne plus le quitter. Mais Jésus l’invite à dépasser l’ordre du sensible pour devenir l’annonciatrice du mystère pascal. La relation de Marie-Madeleine à son Seigneur subit ici une véritable mutation, une transfiguration dans le feu de l’Esprit : Marie est appelée à le rejoindre là où il va, auprès du Père et dans l’Eglise, avec les frères.

[1] Evangile selon saint Luc, VIII 2.
[2] Evangile selon saint Luc, VII, 36-50.
[3] Evangile selon saint Luc, VII, 34-35.
[4] Livre des Nombres, V 11-31.
[5] Evangile selon saint Luc, VIII 1-3.
[6] Evangile selon saint Marc, III 14.
[7] Evangile selon saint Luc, XI 24-26.
[8] Evangile selon saint Jean, VIII 46-49.
[9] Evangile selon saint Marc, XV 40-41.
[10] Evangile selon saint Matthieu, XXVII 55-56.
[11] Evangile selon saint Jean, XIX 25.
[12] Evangile selon saint Marc, XV 47 ; évangile selon saint Matthieu, XXVII 61 ; évangile selon saint Luc, XXIII 55 et XXIV 10.
[13] Evangile selon saint Matthieu, XXVI, 56.
[14] Evangile selon saint Luc, XXII, 28.
[15] Evangile selon saint Matthieu, XXVIII 1-10 ; évangile selon saint Marc, XVI 1-11 ; évangile selon saint Luc, XXIV 1-11 ; évangile selon saint Jean, XX 1-18.
[16] Evangile selon saint Matthieu, XXVIII, 9.

Morceaux choisis
Ne me touchez pas, parce que je ne suis pas encore remonté vers mon Père. O Sainte femme qui avez saisi les pieds du Seigneur pour qu’il vous emporte vers le Père ! C’est une race nouvelle qu’il emportera : Eve qui désormais ne s’égare plus, mais saisit de toutes ses forces l’arbre de vie. Après cela le Christ l’envoie comme apôtre aux apôtres. O merveilleux renversement : Eve devient apôtre.
SaintHippolyte de Rome.
Puisque c’est par une femme que fut inaugrée la séparation d’avec Dieu par la désobéissance, il convenait qu’une femme fût aussi le premier témoin de la Résurrection, afin que la catastrophe qui avait résulté de la désobéissance fût redressée par la foi dans la Résurrection.
SaintGrégoire de Nysse.
De même qu’au début la femme fut l’instigatrice du péché pour l’homme, l’homme consommant l’erreur ; de même à présent celle qui avait goûté la première à la mort a vu la première la Resurrection. Selon l’ordre de la faute, elle fut la première au remède ; elle compense le désastre de l’antique déchéance par l’annonce de la Résurrection. Les lèvres de la femme avaient autrefois donné passage à la mort, les lèvres de cette femme rendent la vie.
SaintAmbroise de Milan.

Il y a trois saints qui m’ont agréé par-dessus tous les autres : sainte Marie, ma mère, saint Jean-Baptiste et sainte Marie-Madeleine.

Notre-Seigneur à Sainte Brigitte de Suède.
Sa pénitence est amour, son désert est amour, sa vie est amour, sa solitude est amour, sa croix est amour, sa langueur est amour et sa mort est amour. Je ne vois qu’amour en Madeleine. Je ne vois que Jésus en son amour, je ne vois que Jésus et amour dans son désert.
Le cardinal de Bérulle.

Marie Madeleine, après être venue au tombeau sans y trouver le corps du Seigneur, crut qu’on l’avait enlevé et porta cette nouvelle aux disciples. Une fois venus, ceux-ci constatèrent et ils crurent qu’il en était comme elle l’avait dit. L’Évangile note aussitôt : « Après cela, les disciples rentrèrent chez eux. » Puis il ajoute : « Mais Marie restait là dehors, à pleurer. »
A ce sujet, il faut mesurer avec quelle force l’amour avait embrasé l’âme de cette femme qui ne s’éloignait pas du tombeau du Seigneur, même lorsque les disciples l’avaient quitté. Elle recherchait celui qu’elle ne trouvait pas, elle pleurait en le cherchant, et, embrasée par le feu de son amour, elle brûlait du désir de celui qu’elle croyait enlevé. C’est pour cela qu’elle a été la seule à le voir, elle qui était restée pour le chercher, car l’efficacité d’une œuvre bonne tient à la persévérance, et la Vérité dit cette parole : « Celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. »
Elle a donc commencé par chercher, et elle n’a rien trouvé ; elle a persévéré dans sa recherche, et c’est pourquoi elle devait trouver ; ce qui s’est produit, c’est que ses désirs ont grandi à cause de son attente, et en grandissant ils ont pu saisir ce qu’ils avaient trouvé. Car l’attente fait grandir les saints désirs. Si l’attente les fait tomber, ce n’étaient pas de vrais désirs. C’est d’un tel amour qu’ont brûlé tous ceux qui ont pu atteindre la vérité. Aussi David dit-il : « Mon âme a soif du Dieu vivant : quand pourrai-je parvenir devant la face de Dieu ? » Aussi l’Église dit-elle encore dans le Cantique des cantiques : « Je suis blessée d’amour. » Et plus loin : « Mon âme a défailli. »
« Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » On lui demande le motif de sa douleur, afin que son désir s’accroisse, et qu’en nommant celui qu’elle cherchait, elle rende plus ardent son amour pour lui. Jésus lui dit : « Marie. » Après qu’il l’eut appelée par le mot banal de « femme », sans être reconnu, il l’appelle par son nom. C’est comme s’il lui disait clairement : « Reconnais celui par qui tu es reconnue. Je ne te connais pas en général, comme les autres, je te connais d’une façon particulière. » Appelée par son nom, Marie reconnaît donc son créateur et elle l’appelle aussitôt « Rabboni, c’est-à-dire maître », parce que celui qu’elle cherchait extérieurement était celui-là même qui lui enseignait intérieurement à le chercher.
Saint Grégoire le Grand

CANON (LORICA) DE SAINT PATRICK

22 juillet, 2013

http://www.spiritualite-chretienne.com/prieres/priere_2.html#9

CANON (LORICA) DE SAINT PATRICK

Je me lève aujourd’hui,
Par une force puissante,
L’invocation à la Trinité,
La croyance à la Trinité,
La confession de l’unité du Créateur du monde.

Je me lève aujourd’hui,
Par la force de la naissance du Christ et de Son Baptême,
La force de Sa Crucifixion et de Sa mise au tombeau,
La force de Sa Résurrection et de Son Ascension,
La force de Sa Venue au jour du jugement.

Je me lève aujourd’hui,
Par la force des ordres des Chérubins,
Dans l’obéissance des Anges,
Dans le service des Archanges,
Dans l’espoir de la Résurrection,
Dans les prières des Patriarches,
Dans les prédictions des Prophètes,
Dans les prédications des Apôtres,
Dans les fidélités des Confesseurs,
Dans l’innocence des Vierges saintes,
Dans les actions des Hommes justes.

Je me lève aujourd’hui,
Par la force du Ciel,
Lumière du Ciel,
Lumière du Soleil,
Éclat de la Lune,
Splendeur du Feu,
Vitesse de l’Eclair,
Rapidité du Vent,
Profondeur de la Mer,
Stabilité de la Terre,
Solidité de la Pierre.

Je me lève aujourd’hui,
Par la force de Dieu pour me guider,
Puissance de Dieu pour me soutenir,
Intelligence de Dieu pour me conduire,
Oeil de Dieu pour regarder devant moi,
Oreille de Dieu pour m’entendre,
Parole de Dieu pour parler pour moi,
Main de Dieu pour me garder,
Chemin de Dieu pour me précéder,
Bouclier de Dieu pour me protéger,
Armée de Dieu pour me sauver :
Des filets des démons,
Des séductions des vices,
Des inclinations de la nature,
De tous les hommes qui me désirent du mal,
De loin et de près,
Dans la solitude et dans une multitude.

J’appelle aujourd’hui toutes ces forces
Entre moi et le mal,
Contre toute force cruelle impitoyable
Qui attaque mon corps et mon âme,
Contre les incantations des faux prophètes,
Contre les lois noires du paganisme,

Contre les lois fausses des hérétiques,
Contre la puissance de l’idolâtrie,
Contre les charmes des sorciers,
Contre toute science qui souille le corps et l’âme de l’homme.

Que le Christ me protège aujourd’hui :
Contre le poison, contre le feu,
Contre la noyade, contre la blessure,
Pour qu’il me vienne une foule de récompenses.
Le Christ avec moi,
Le Christ devant moi,
Le Christ derrière moi,
Le Christ en moi,
Le Christ au-dessus de moi,
Le Christ au-dessous de moi,
Le Christ à ma droite,
Le Christ à ma gauche,
Le Christ en largeur,
Le Christ en longueur,
Le Christ en hauteur,
Le Christ dans le coeur de tout homme qui pense à moi,
Le Christ dans tout oeil qui me voit,
Le Christ dans toute oreille qui m’écoute.
Je me lève aujourd’hui,
Par une force puissante,
L’invocation à la Trinité,
La croyance à la Trinité,
La confession de l’unité du Créateur du monde.

Au Seigneur est le Salut,
Au Christ est le Salut,
Que Ton Salut Seigneur soit toujours avec nous.

Amen ! Amen ! Amen !

Saint Patrick (v.390-461?)

Marthe et Marie

19 juillet, 2013

Marthe et Marie dans images sacrée ic-ma232-icon-holy-martha-martyr-mary

http://www.omhksea.org/2013/06/june-4-mary-and-martha-the-sisters-of-lazarus/

 

DIMANCHE 21 JUILLET : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE – Genèse 18, 1 – 10a

19 juillet, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 21 JUILLET : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Genèse 18, 1 – 10a


1 Au chêne de Mambré, le SEIGNEUR apparut à Abraham 
 qui était assis à l’entrée de la tente. 
 C’était l’heure la plus chaude du jour.
2 Abraham leva les yeux, 
 il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. 
 Aussitôt, il courut à leur rencontre, 
 se prosterna jusqu’à terre et dit :
3 « Seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, 
 ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur.
 4 On va vous apporter un peu d’eau, 
 vous vous laverez les pieds, 
  et vous vous étendrez sous cet arbre.
 5 Je vais chercher du pain 
 et vous reprendrez des forces avant d’aller plus loin, 
 puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! » 
 Ils répondirent : 
 « C’est bien. Fais ce que tu as dit. »
6 Abraham se hâta d’aller trouver Sara dans sa tente, 
 et il lui dit : 
 « Prends vite trois grandes mesures de farine, 
 pétris la pâte et fais des galettes. »
7 Puis Abraham courut au troupeau, 
 il prit un veau gras et tendre, 
 et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer.
8 Il prit du fromage blanc, du lait, 
 le veau qu’on avait apprêté, 
 et les déposa devant eux ; 
 il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, 
 pendant qu’ils mangeaient.
 9  Ils lui demandèrent : 
 « Où est Sara, ta femme ? » 
 il répondit :
 « Elle est à l’intérieur de la tente. »
10 Le voyageur reprit : 
 « Je reviendrai chez toi dans un an, 
 et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. »

Mambré est un habitant du pays de Canaan qui, à plusieurs reprises, a offert l’hospitalité à Abraham dans son bois de chênes (près de l’actuelle ville d’Hébron). On sait que, pour les Cananéens, les chênes étaient des arbres sacrés ; le récit que nous venons de lire rapporte une apparition de Dieu à Abraham alors qu’il avait établi son campement à l’ombre d’un chêne dans le bois qui appartenait à Mambré ; mais à vrai dire, ce n’est pas la première fois que Dieu parle à Abraham. Depuis le chapitre 12, le livre de la Genèse nous raconte les apparitions répétées et les promesses de Dieu à Abraham. Mais, pour l’instant, rien ne s’est passé ; Abraham et Sara vont mourir sans enfant.
 Car on dit souvent que Dieu a choisi un peuple… En fait, non, Dieu a d’abord choisi un homme, et un homme sans enfants de surcroît. Et c’est à cet homme privé d’avenir (à vues humaines tout au moins) que Dieu a fait une promesse inouïe : « Je ferai de toi une grande nation… En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12, 2-3). A ce vieillard stérile, Dieu a dit « Compte les étoiles si tu le peux… Telle sera ta descendance. » Sur cette seule promesse, apparemment irréalisable, Abram a accepté de jouer toute sa vie. Abraham ne doutait pas que Dieu honorerait sa promesse mais il ne connaissait que trop le fait qui lui opposait un obstacle majeur : lui et Sara étaient stériles ! Ou, du moins, il pouvait le croire, puisqu’à soixante quinze et soixante cinq ans, ils étaient sans enfant.
 Alors il avait imaginé des solutions : Dieu m’a promis une postérité, mais, après tout, mon serviteur est comme mon fils. « SEIGNEUR Dieu, que me donneras-tu ? Je m’en vais sans enfant, et l’héritier de ma maison, c’est Eliézer de Damas. » (Gn 15, 2). Mais Dieu avait refusé : « Ce n’est pas lui qui héritera de toi, mais c’est celui qui sortira de tes entrailles qui héritera de toi. » (Gn 15, 4). Quelques années plus tard, quand Dieu reparla de cette naissance, Abraham ne put pas s’empêcher d’abord d’en rire (Gn 17, 17) ; puis il imagina une autre solution : ce pourrait être mon vrai fils, cette fois, Ismaël, celui que j’ai eu de mon union (autorisée par Sara) avec Agar : « Un enfant naîtrait-il à un homme de cent ans ? Sara, avec ses quatre-vingt-dix ans pourrait-elle enfanter ?… Puisse Ismaël vivre en ta présence ! » Cette fois encore Dieu refusa : « Mais non ! Ta femme Sara va t’enfanter un fils et tu lui donneras le nom d’Isaac. » (Gn 17, 19). La Promesse est la Promesse.
 Le texte que nous lisons ce dimanche suppose toute cette histoire d’Alliance déjà longue (vingt-cinq ans, si l’on en croit la Bible). L’événement se passe près du chêne de Mambré. Trois hommes apparurent à Abraham et acceptèrent son l’hospitalité : arrêtons-nous là. Contrairement aux apparences, l’importance de ce texte n’est pas cette hospitalité si généreusement offerte par Abraham ! Rien de plus banal, à cette époque-là, dans cette civilisation-là, même si c’est exemplaire !
 Le message de l’auteur de ce texte, ce qui suscite son admiration, et du coup, l’envie de l’écrire pour le léguer aux générations futures est bien plus haut ! L’inouï vient de se produire : pour la première fois de l’histoire de l’humanité, Dieu en personne s’est invité chez un homme ! Car il ne fait de doute pour personne que les trois illustres visiteurs symbolisent Dieu ; la lecture de ce texte est pour nous un peu difficile, car on ne comprend pas très bien s’il y a un ou plusieurs visiteurs : « Abraham leva les yeux, il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui… il dit : Seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux… On va vous apporter un peu d’eau, vous vous laverez les pieds… vous reprendrez des forces… Ils lui demandèrent : Où est Sara, ta femme ? Le voyageur reprit : Je reviendrai chez toi dans un an… ». En fait, notre auteur écrit longtemps après les faits sur la base de plusieurs récits d’origines diverses. De tous ces récits, il ne fait qu’un seul, en harmonisant au mieux les formulations. Comme il veut éviter toute apparence de polythéisme, il prend bien soin de rappeler à plusieurs reprises que Dieu est unique. N’y cherchons donc pas trop vite une représentation de la Trinité ; l’auteur de ce texte ne pouvait la concevoir encore ; ce qui est sûr, c’est que Abraham a reconnu sans hésiter, dans ces trois visiteurs, la présence divine.
 Dieu, donc, puisque c’est lui, à n’en pas douter, Dieu s’est invité chez Abraham, et pour lui dire quoi ? Pour lui confirmer le projet inespéré qu’il formait pour lui : l’an prochain, à pareille époque, Sara, la vieille Sara, aura un fils, et de ce fils naîtra un peuple qui sera l’instrument des bienfaits de Dieu : « Je reviendrai chez toi dans un an, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. » Sara qui avait écouté aux portes n’a pas pu s’empêcher de rire : ils étaient si vieux tous les deux ! Alors le voyageur a répondu cette phrase que nous ne devrions jamais oublier : « Y a-t-il une chose trop prodigieuse pour le SEIGNEUR ? » (Gn 18, 14). Et l’impossible, à vues humaines, s’est produit : Isaac est né, premier maillon de la descendance promise, innombrable comme les étoiles dans le ciel.

DEUXIEME LECTURE – Colossiens 1, 24 – 28
Frères,
24 je trouve la joie dans les souffrances 
 que je supporte pour vous, 
 car ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ, 
 je l’accomplis dans ma propre chair, 
 pour son corps qui est l’Eglise.
25 De cette Eglise je suis devenu ministre, 
 et la charge que Dieu m’a confiée, 
 c’est d’accomplir pour vous sa parole,
26 le mystère qui était caché depuis toujours 
 à toutes les générations, 
 mais qui maintenant a été manifesté 
 aux membres de son peuple saint.
27 Car Dieu a bien voulu leur faire connaître 
 en quoi consiste, au milieu des nations païennes, 
 la gloire sans prix de ce mystère : 
 le Christ est au milieu de vous, 
 lui, l’espérance de la gloire !
28 Ce Christ, nous l’annonçons : 
 nous avertissons tout homme, 
 nous instruisons tout homme avec sagesse 
 afin d’amener tout homme à sa perfection dans le Christ.

La première phrase de ce texte est redoutable ! « Ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l’accomplis dans ma propre chair » : comment entendre cette phrase ? Resterait-il donc des souffrances à subir par le Christ ou par nous, pour faire bonne mesure, en quelque sorte ? Apparemment, il reste des souffrances à subir, puisque Paul le dit, mais ce n’est pas « pour faire bonne mesure ». Cela ne découle pas d’une exigence de Dieu ! C’est une nécessité malheureusement due à la dureté de cœur des hommes !
 Ce qui reste à souffrir, ce sont les difficultés, les oppositions, voire les persécutions que rencontre toute entreprise d’évangélisation. Jésus lui-même l’a dit clairement à plusieurs reprises, avant et après sa propre passion et sa Résurrection ; à ses apôtres, il avait dit : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, le troisième jour, il ressuscite. » (Lc 9, 22) ; et après sa Résurrection, il l’expliqua aux disciples d’Emmaüs : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26). Et ce qui fut le sort du maître sera celui de ses disciples ; là encore, il les a bien prévenus : « On vous livrera aux tribunaux et aux synagogues, vous serez roués de coups, vous comparaîtrez devant des gouverneurs et des rois à cause de moi : ils auront là un témoignage. Car il faut d’abord que l’évangile soit proclamé à toutes les nations. » (Mc 13, 9-10). Nous voilà prévenus : tant que la tâche n’est pas terminée, il faudra encore se donner de la peine et traverser bien des difficultés, voire des persécutions. Cela bien concrètement, dans notre propre chair.
 Il n’est évidemment pas question d’imaginer que cela résulterait d’un décret de Dieu, avide de voir souffrir ses enfants, et comptable de leurs larmes ; une telle supposition défigure le Dieu de tendresse et de pitié que Moïse lui-même avait déjà découvert. La réponse tient en deux points : premièrement, pour l’oeuvre d’évangélisation, Dieu sollicite des collaborateurs ; il n’agit pas sans nous ; deuxièmement, le monde refuse d’entendre la Parole, pour ne pas avoir à changer de conduite ; alors il s’oppose de toutes ses forces à la propagation de la Bonne Nouvelle. Cela peut aller jusqu’à persécuter et supprimer les témoins gênants de la Parole. C’est exactement ce que vit Paul, emprisonné pour avoir trop parlé de Jésus de Nazareth.1 Et dans ses lettres aux jeunes communautés chrétiennes, il encourage à plusieurs reprises ses interlocuteurs à accepter à leur tour la persécution inévitable : « Que personne ne soit ébranlé au milieu des épreuves présentes, car vous savez bien que nous y sommes destinés. » (1 Thes 3, 3). Et Pierre en fait autant « Résistez, fermes dans la foi, sachant que les mêmes souffrances sont réservées à vos frères dans le monde. » (1 P 5, 9-10).
 Il n’est donc pas question de baisser les bras : « Ce Christ, nous l’annonçons, dit Paul, (sous-entendu, envers et contre tout), nous avertissons tout homme, nous instruisons tout homme avec sagesse afin d’amener tout homme à sa perfection dans le Christ. » Celui-ci a commencé, il nous reste à achever l’oeuvre d’annonce. C’est bien ainsi que, dans la lettre aux Romains, Paul envisage son ministère : « La grâce que Dieu m’a donnée est d’être un officiant de Jésus-Christ auprès des païens, consacré au ministère de l’Evangile de Dieu, afin que les païens deviennent une offrande qui, sanctifiée par l’Esprit Saint, soit agréable à Dieu. » (Rm 15, 15-16).
 Ainsi grandit peu à peu l’Eglise, Corps du Christ ; par rapport à la première lettre aux Corinthiens (1 Co 12), la vision de Paul s’est encore élargie : dans la lettre aux Corinthiens, Paul employait déjà l’image du corps, mais seulement pour parler de l’articulation des membres entre eux, dans chaque Eglise locale ; ici, il envisage l’Eglise universelle, grand corps, dont le Christ est la tête. Elle est cette part de l’humanité qui reconnaît la primauté du Christ sur tout le cosmos dont parlait l’hymne des versets précédents : « Le Christ est l’image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature, car c’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles : tout est créé par lui et pour lui. Il est avant tous les êtres, et tout subsiste en lui. Il est aussi la tête du corps, c’est-à-dire de l’Eglise. » (Col 1, 15-18).2
 Ce mystère du projet de Dieu a été révélé aux chrétiens, il est leur source intarissable de joie et d’espérance : « Le Christ est au milieu de vous, lui, l’espérance de la gloire ! » (verset 27). Et c’est l’émerveillement de cette présence du Christ au milieu d’eux qui transforme les croyants en témoins. Dans la deuxième lettre aux Corinthiens, Paul peut dire : « De même que les souffrances du Christ abondent pour nous, de même, par le Christ, abonde aussi notre consolation. » (2 Co 1, 5). Et dans la lettre aux Philippiens : « Dieu vous a fait la grâce à l’égard du Christ, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui. » (Phi 1, 29). Ici, il avait commencé par affirmer : « Je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous, car ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l’accomplis dans ma propre chair, pour son corps qui est l’Eglise. »

21 JUILLET – 16E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – HOMÉLIE

19 juillet, 2013

http://www.homelies.fr/homelie,,3534.html

21 JUILLET – 16E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

FAMILLE DE SAINT JOSEPH JUILLET 2013  

HOMÉLIE MESSE

Le récit de la rencontre de Jésus avec Marthe et Marie est inséparable de la parabole du Bon Samaritain. Ensemble ils constituent un diptyque représentant les deux pôles de la vie du disciple.
Certes, les genres littéraires des deux péricopes sont différents : d’un côté une parabole, de l’autre le récit d’un événement. Mais la parabole du Bon Samaritain est à ce point parlante qu’elle ne requiert pas d’effort particulier d’interprétation : la leçon à en tirer est évidente. Quant au récit de l’accueil de Jésus dans la maison de Marthe, la présentation sobre, dépouillée que nous en propose Saint Luc, laisse deviner que la tradition orale n’avait gardé que le noyau de l’événement, le faisant circuler au sein des premières communautés chrétiennes comme un exemple à suivre, au même titre que la parabole sur laquelle il s’articule.
Curieusement, les versets que nous venons d’entendre ne mentionnent même pas les apôtres, alors que pourtant Jésus fait route avec eux vers Jérusalem. De plus, dans le dialogue avec Marthe, celle-ci l’appellera « Seigneur », titre que la communauté post-pascale réservait au Ressuscité. Ces indices confirment qu’au-delà du rappel d’un événement particulier, ce récit avait acquis une valeur exemplaire pour la relation de tout disciple avec le Seigneur de gloire.
Ainsi donc Jésus s’arrête pour la nuit dans un village, où il est reçu dans la maison d’ « une femme appelée Marthe ». La suite du récit et la comparaison avec les autres Evangiles – en particulier celui de Jean – nous permet de reconnaître la maison de Lazare et de ses deux sœurs, ainsi que le village de Béthanie.
La scène et le dialogue sont bien connus : les attitudes contrastées de Marthe et de Marie, ainsi que la prise de position de Jésus en faveur de la dernière, ont suffisamment fait couler d’encre et suscité de discussions passionnées, pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y revenir. Disons le clairement : inutile de chercher dans la réponse de Jésus l’affirmation d’une supériorité de la vie contemplative sur la vie active : là n’est pas l’enjeu de notre péricope. C’est la confrontation de l’ensemble du récit de l’accueil à Béthanie avec la parabole du Bon Samaritain qui nous conduira à l’interprétation juste de ces versets, et non la mise en opposition du comportement des deux personnages féminins qui animent notre péricope.
Le contraste, il est vrai, est saisissant. Dans la parabole que nous avons entendue dimanche passé, Jésus encourageait un docteur de la Loi qui l’interrogeait sur le précepte de la charité, à se dépenser sans compter au service de son prochain, quel qu’il soit, fût-il un étranger tombé entre les mains de brigands.
Aujourd’hui, le même Jésus reproche à Marthe de « s’inquiéter et de s’agiter » dans les « multiples occupations du service », c’est-à-dire les tâches ménagères indispensables pour faire bon accueil à son hôte, alors que celles-ci constituent un acte de charité élémentaire. Par contre il loue l’attitude de Marie, qui « se tenait assise à ses pieds », sans se soucier de ce qu’on servirait à table pour le repas.
Par ces prises de position apparemment contradictoires, Notre-Seigneur veut faire comprendre à ses disciples qu’ils ont à distinguer deux temps, qui ne sauraient être confondus :
- le temps du service du prochain, au cours duquel nous sommes invités à nous donner sans compter comme le bon Samaritain ; et
- le temps de repos avec le « Seigneur », dans l’intimité de la « maison » – celle-ci désignant aussi bien l’Eglise que notre cœur.
Discerner le visage du Christ dans le frère souffrant que nous entourons de notre compassion active, suppose une connaissance intime du Seigneur. Or une telle connaissance nécessite de longs temps de rencontre personnelle avec lui, afin de découvrir progressivement son visage dans la contemplation de sa Parole.
Pour pouvoir servir Jésus comme il convient dans nos frères, nous avons besoin de retrouver la paix dans l’intimité de sa présence, de laisser le Ressuscité de Pâques infuser en nous l’Esprit de charité sans lequel nos œuvres seraient vaines.
Peut-être pouvons nous lire en filigrane de l’accueil par les deux sœurs, une allusion au repas eucharistique : contrairement à ce que pense Marthe, ce n’est pas nous qui apprêtons un repas pour le Seigneur, mais c’est lui qui nous invite et nous sert à table.
La présentation que nous donne l’Evangile n’oppose donc pas la vie contemplative et la vie active, mais souligne seulement que l’alternance action-contemplation devrait caractériser l’attitude de tout disciple, quelle que soit sa vocation particulière. Le diptyque composé de l’icône du Bon Samaritain et de celle de Marie, représente les deux aspects complémentaires et inséparables de la vie du parfait disciple. Le va et vient du service concret du prochain à l’écoute recueillie de la Parole, nous préserve à la fois de l’éparpillement et du repli sur nous-même. Marthe n’a pas échappé à ces deux pièges : son agitation trahit sa dispersion ; et sa critique de l’inactivité de sa sœur et du silence de Jésus est un moyen détourné pour attirer l’attention sur son dévouement et obtenir ainsi la louange qu’elle espère en tirer.
Son activité fébrile, qu’elle a beau jeu de justifier au nom du service de l’hospitalité, contraste singulièrement avec le zèle « léger » d’Abraham (1ère lect.). Il manque à l’engagement de Marthe au service du Seigneur, la gratuité dont fait preuve le patriarche. Aussi, contrairement à saint Paul, ne trouve-t-elle aucune joie dans les souffrances qu’elle endure (2ème lect.) dans son service, car elle a perdu la paix intérieure, et par le fait même la finalité de son action.
Pour pouvoir annoncer de manière crédible que « le Christ est au milieu de nous, lui, l’espérance de la gloire » (Ibid.), il est indispensable que l’Apôtre vive lui-même de ce mystère de communion avec son Seigneur.
Puisse la Marthe en nous accepter de devenir Marie, pour que nous puissions assurer le ministère de bon Samaritain dans un véritable esprit de charité.

Père Joseph-Marie

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