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BENOÎT XVI, L’AVAIT DIT, IL LE FAIT: « NE RIEN PRÉFÉRER À L’AMOUR DU CHRIST »

12 février, 2013

http://www.zenit.org/fr/articles/benoit-xvi-l-avait-dit-il-le-fait-ne-rien-preferer-a-l-amour-du-christ

BENOÎT XVI, L’AVAIT DIT, IL LE FAIT: « NE RIEN PRÉFÉRER À L’AMOUR DU CHRIST »

LE SECRET DE LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION

ROME, 12 FÉVRIER 2013 (ZENIT.ORG). ANITA BOURDIN

L’Anneau du pêcheur sera brisé pour une pêche plus féconde encore. Le geste du pape éclaire d’une lumière nouvelle le service du Successeur de Pierre, appelé, comme tout baptisé, à « ne rien préférer à l’amour du Christ ».
Benoît a évoqué, dans le livre d’entretien avec Peter Seewald « Lumière du monde » (2010), le droit et le devoir de se retirer de cette charge (p.51). On peut voir dans la décision du pape un geste proprement « eucharistique » et donc au service de la Nouvelle évangélisation, comme il le disait de Célestin V: « le premier impératif est toujours celui de prier le Seigneur de la moisson ».
Seewald demande : « On peut imaginer une situation dans laquelle vous jugiez opportun un retrait du pape ? »  La réponse est « Oui, quand un pape en vient à reconnaître en toute clarté que physiquement, psychiquement, et spirituellement i ne peut plus assumer la charge de son ministère, alors il a le droit, et, selon les circonstances, le devoir, de se retirer ».
Le 11 février, avec cohérence, le pape fait ce qu’il avait « envisagé » à l’époque, a souligné le cardinal Vingt-Trois. Mais ce n’est certainement pas « abdiquer ». Là-dessus aussi, dans sa réponse dans la question précédente, Benoît XVI ne laisse aucun doute.
Seewald demande (p. 50), en faisant allusion au poids du pontificat : « Avez-vous pensé à vous retirer ? » Réponse : Quand le danger est grand, il ne faut pas s’enfuir. »  On se souvient, par exemple, du voyage qualifié « à risque » au Liban en septembre 2013: le pape n’a pas renoncé.
Le pape ajoute à sa réponse : « Le moment n’est donc sûrement pas venu de se retirer. C’est justement dans ce genre de moments qu’il faut tenir bon et dominer la situation difficile. C’est ma conception. On peut se retirer dans un moment calme, ou quand, tout simplement on ne peut plus ; Mais on ne doit pas s’enfuir au milieu du danger et dire : « Qu’un autre s’en occupe ». »
Benoît XVI a attendu un « moment calme » : la dernière turbulence datant du procès « vatileaks », mené tambour battant, en octobre dernier.
Un autre te ceindra
Le pape manifeste par ce geste un sens aigu de sa responsabilité, une docilité spirituelle à l’Esprit Saint, un détachement du pouvoir, un grand réalisme spirituel. Comme le dit Thérèse de Lisieux: « L’humilité, c’est la vérité sur soi ». La vérité sur des forces qui diminuent c’est aussi une parole du Christ à son Serviteur.
En Jean (21, 18) le Christ ressuscité dit à Pierre: « En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais ; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas ».
Même sur un chemin que (presque) personne n’a jamais pris. Le Chemin d’un Célestin V. Il prend ce faisant le risque d’être incompris, humilié par les incompréhensions, car suivre le Christ, « l’amitié avec le Christ », selon sa belle expression, c’est cela la valeur suprême. Pas l’exercice du pouvoir. Quel enseignement pour toute l’Eglise et pour les grands de ce monde… Un enseignement différent mais certainement aussi fort que l’enseignement de la « Passion » douloureuse de Jean-Paul II. Ce geste enseigne davantage que tous les discours du pape à ses séminaristes sur le « carriérisme ».
Benoît XVI donne l’enseignement suprême qui anticipe en quelque sorte la mort: il va librement et seul vers sa « Passion ». On a l’impresson que celui qui a longuement médité sur l’alliance dans l’Eglise du « principe pétrinien » et du « principe marial » fait un geste « marial » après avoir affronté les tempêtes de façon « pétrinienne ». La vie cachée de Marie après la résurrection du Christ.
Il y a une existence encore plus féconde pour l’Eglise que l’exercice de la charge suprême, il y a une offrande qui fait plus de bien à cette humanité, et il choisit cette voie du « davantage »: humilité, sacrifice, prière, vie cachée.

UN GESTE MARIAL ET EUCHARISTIQUE
Mais surtout, comme Marie, à la suite du Christ. Dans l’Incarnation, la divinité prend un visage humain et en quelque sorte se cache sous ce voile; dans la Passion, le Verbe incarné défiguré, n’a plus de « vaisage humain », comme le dit Isaïe dans sa vision du Serviteur souffrant; enfin, dans l’Eucharistie, la divinité, sous l’apparence du pain et du vin, et le « plus beau des enfants des hommes », se fait pain de vie pour l’humanité. Pour être avec l’humanité jusqu’à la fin des temps. Cette retraite de Benoît XVI est comme « eucharistique », et un mode nouveau que lui a inspiré l’Esprit Saint de servir encore « davantage ».
De Célestin V, le pape moine qui a lui aussi décidé de finir sa vie de façon cachée, en moine, en 1294 (cf. Zenit du 11 février 2013) et que Benoît XVI est allé honorer deux fois en 2009 et 2010, le pape a souligné tout d’abord combien il a marqué l’histoire, par sa sainteté: « Huit cents ans se sont écoulés depuis la naissance de saint Pierre Célestin V, mais il reste présent dans l’histoire en raison des célèbres événements de son époque et de son pontificat et, surtout, de sa sainteté. En effet, la sainteté ne perd jamais sa force d’attraction, elle ne tombe pas dans l’oubli, elle ne passe jamais de mode, au contraire, avec le passage du temps elle resplendit d’une luminosité toujours plus grande, exprimant la tension éternelle de l’homme vers Dieu ».
Plus encore, le pape a voulu tirer « plusieurs enseignements de la vie » du saint pape  qui sont «  valables également à notre époque ».
Tout d’abord, il voit en lui un  «chercheur de Dieu», « un homme souhaitant trouver des réponses aux grandes interrogations de notre existence: qui suis-je, d’où est-ce que je viens, pourquoi est-ce que je vis, pour qui est-ce que je vis? Il se met en route à la recherche de la vérité et du bonheur, il se met à la recherche de Dieu et, pour écouter sa voix, il décide de se séparer du monde et de vivre en ermite. Le silence devient ainsi l’élément qui caractérise sa vie quotidienne. Et c’est précisément dans le silence extérieur, mais surtout dans celui intérieur, qu’il réussit à percevoir la voix de Dieu, capable d’orienter sa vie ».
Le pape en tire ce premier enseignement pour aujourd’hui, l’appel à la sainteté, et au silence, en disant: « N’ayons pas peur de faire le silence en nous et à l’extérieur de nous, si nous voulons être capables non seulement de percevoir la voix de Dieu, mais également la voix de ceux qui sont à nos côtés, la voix des autres ».
Deuxième enseignement: la découverte du Seigneur « n’est pas le résultat d’un effort, mais elle est rendue possible par la grâce de Dieu lui-même, qui le prévient ».
Le pape actualise cet enseignement en soulignant que tout est don à recevoir, avant d’être action à accomplir: « Tout l’essentiel de notre existence nous a été donné sans notre contribution. Le fait que je vive ne dépend pas de moi; le fait que des personnes m’aient introduit dans la vie, m’aient enseigné ce que signifie aimer et être aimé, m’aient transmis la foi et m’aient ouvert les yeux à Dieu: tout cela est une grâce et n’est pas «fait par moi». Seuls nous n’aurions rien pu faire si cela ne nous avait pas été donné: Dieu nous précède toujours et dans chaque vie il existe du beau et du bon que nous pouvons reconnaître facilement comme sa grâce, comme un rayon de lumière de sa bonté ».

L’IMPÉRATIF DE PRIER POUR LA MOISSON
A une société du « faire », de « l’efficacité », de la recherche du pouvoir et de la domination, la décision de Benoît XVi indique qu’il y a une voie plus essentielle encore: « Si nous apprenons à connaître Dieu dans sa bonté infinie, alors nous serons également capables de voir, avec étonnement, dans notre vie — comme les saints — les signes de ce Dieu qui est toujours proche de nous, qui est toujours bon avec nous, qui nous dit: «Aie foi en moi!». »
Et c’est un chemin de croix: « La Croix constitua véritablement le centre de sa vie, elle lui donna la force pour affronter les dures pénitences et les moments les plus difficiles, de sa jeunesse à sa dernière heure: il fut toujours conscient que le salut vient de celle-ci. La Croix donna également à saint Pierre-Célestin une claire conscience du péché, toujours accompagnée par une tout aussi claire conscience de l’infinie miséricorde de Dieu envers sa créature. En voyant les bras grands ouverts de son Dieu crucifié, il s’est senti conduit dans l’océan infini de l’amour de Dieu ».
Voilà la fécondité du sacerdoce de Célestin V, au service de la miséricorde : « En tant que prêtre, il a fait l’expérience de la beauté d’être l’administrateur de cette miséricorde, en donnant l’absolution des péchés aux pénitents, et, lorsqu’il fut élu sur le Siège de l’Apôtre Pierre, il voulut accorder une indulgence particulière, appelée «Le Pardon». Je désire exhorter les prêtres à devenir des témoins clairs et crédibles de la bonne nouvelle de la réconciliation avec Dieu, en aidant l’homme d’aujourd’hui à retrouver le sens du péché et du pardon de Dieu ».
Troisième élément souligné par Benoît XVI, et c’est certainement décisif pour son choix de se retirer, c’est la « fécondité pastorale » du pape démissionnaire : « Saint Pierre-Célestin, bien que conduisant une vie d’ermite, n’était pas «fermé sur lui-même», mais il était pris par la passion d’apporter la bonne nouvelle de l’Evangile à ses frères. Et le secret de sa fécondité pastorale se trouvait précisément dans le fait de «demeurer» avec le Seigneur, dans la prière (…): le premier impératif est toujours celui de prier le Seigneur de la moisson».
Voilà en quelque sorte le nouveau programme du pape: « Et c’est seulement après cette invitation que Jésus définit certains engagements essentiels des disciples: l’annonce sereine, claire et courageuse du message évangélique — même dans les moments de persécution — sans céder ni à l’attrait des modes, ni à celui de la violence ou de l’imposition; le détachement des préoccupations pour les biens matériels — l’argent et les vêtements — en se confiant à la Providence du Père; l’attention et le soin particulier à l’égard des maladies du corps et de l’esprit ».
Il y voit les caractéristiques d’un pontificat « missionnaire » qui ressemble au sien : « Ce furent également les caractéristiques du pontificat, bref et tourmenté, de Célestin V, et telles sont les caractéristiques de l’activité missionnaire de l’Eglise à chaque époque ». La retraite ne veut donc pas dire la fin de la mission, au contraire. Saint Augustin indique ce chemin spirituel, « de l’extérieur à l’intérieur, de l’inférieur au supérieur » (ab exterioribus ad interiora, ab infèrioribus ad superiora).
Le pape se retire pour répondre à sa mission, il pose cet acte de foi, en l’Année de la foi, fait ce saut dans le vide – aucun modèle proche, un chemin à inventer, en se déprenant de tout -, pour s’engager davantage encore dans la Nouvelle évangélisation.
Comme les apôtres qui n’ont pas achevé leur pêche, mais posent leurs filets pour suivre le Maître qui les appelle à être des « pêcheurs d’hommes », il laisse à un autre l’Anneau du pêcheur pour une pêche plus féconde encore. En affirmant cette règle de vie du chrétien formulée par saint Benoît: « Ne rien préférer à l’amour du Christ ». C’est cela la Nouvelle évangélisation réussie: qu’en tout chrétien, rien ne soit préféré à son amour. Pas même la plus haute charge dans l’Eglise. Ou bien encore: « Quoi de plus doux, mes frères, que la voix du Seigneur qui appelle ».
Un dernier mot. Le geste inouï de Benoît XVI – le coup de tonnerre du 11 février 2013 restera dans l’histoire – évoque surtout une autre figure, évangélique: celle de Jean Baptiste qui déclare « Il faut qu’Il grandisse et que je diminue ». Mais il dit aussi sa joie: « Qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux qui se tient là et qui l’entend, est ravi de joie à la voix de l’époux. Telle est ma joie, et elle est complète » (Jean 3, 29-30). Ce qui est en jeu, c’est le mystère de l’Eglise. Il nous faudra du temps pour y entrer, pour se laisser éclairer par cette lumière si nouvelle – et aveuglante aujourd’hui -  sur la mission de Pierre et son service de la communion.

Pape Benoît

11 février, 2013

Pape Benoît dans images sacrée papa-ratzinger-si-dimette-322-770x512

L’ HUMBLE. IL ESSAIE DÉCISION D’UN PAPE COURAGEUX (by me Gabriella)

11 février, 2013

L’ HUMBLE. IL ESSAIE DÉCISION D’UN PAPE COURAGEUX

« Annonce » historique, inattendue et humble titola le Journal Avvenire
Il est difficile de tout de suite écrire quelque chose, à chaud, sur les démissions du Pape, mais je voudrais offrir quelque pensée, qu’il vient encore du coeur avant que de logique.
je trouve écrit aussi celui-ci: « Je suis certain qu’elle a été inspiré par la volonté de servir l’Église au point d’au bout et de faire oui qu’aussi pour l’avenir elle puisse avoir un guide solide. » L’Esprit Saint suggère, dans le coeur des croyants, la vérité de Dieu, l’espoir, l’amour, ce même Esprit Saint, qu’il a inspiré les cardinaux à l’élection de Pape Ratzinger il a indiqué au Pape la rue parcourir; homme doux, théologien profond et aigu laisse non seulement à un successeur l’Église de Christ, mais à la même Église une nouveauté
, « la » nouveauté, cet être successeurs de Pietro, pas une place en bureau, pas sur le trône jusqu’à les 100 ans mais un être Père, jusqu’à que la paternité existe humainement, également père Pape Benedetto sera celui qui, dans les familles anciennes, c’était l’essai, celui qui prie, celui qui indique, et physiquement exposition, l’image de Dieu dans la pauvreté, dans l’humilité et dans l’obéissance, pas plus en bataille, mais dans le secret d’un « endroit » où il peut vivre le dernier apte du croyant, du père, du berger: la vie et la mort en Dieu. « Benedetto XVI sait bien que le service papal, « pour son essence spirituelle », il peut être accompli en « souffrant aussi et en priant » laisse aux fils son « habit », son histoire, son amour, et il donne vers l’avenir.

pour la démission du pape Benoît XVI, je vous propose homélie de Noël 2010…

11 février, 2013

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/homilies/2010/documents/hf_ben-xvi_hom_20101224_christmas_fr.html

pour la démission du pape Benoît XVI, je vous propose homélie de Noël , l’humilité de Pape Benoît me rappelle l’humilité de l’Enfant Dieu

MESSE DE MINUIT

SOLENNITÉ DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique Vaticane

24 décembre 2010

Chers Frères et Sœurs!

«Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré» – par ces paroles du Psaume deuxième, l’Église commence la liturgie de la Nuit Sainte. Elle sait qu’à à l’origine ces paroles appartenaient au rituel du couronnement des rois d’Israël. Le roi, qui en soi est un être humain comme les autres hommes, devient “ fils de Dieu” par l’appel et l’installation dans sa charge: c’est une espèce d’adoption de la part de Dieu, un acte de décision, par lequel il donne à cet homme une nouvelle existence, l’attire dans son propre être. De façon encore plus claire, la lecture tirée du prophète Isaïe, que nous venons d’entendre, présente le même procédé dans une situation de tourment et de menace pour Israël: “Un enfant nous est né, un fils nous a été donné; l’insigne du pouvoir est sur son épaule” (9, 5). L’installation dans la charge du roi est comme une nouvelle naissance. Justement comme nouveau né de la décision personnelle de Dieu, comme un petit enfant venant de Dieu, le roi constitue une espérance. Sur ses épaules repose l’avenir. Il est le détenteur de la promesse de paix. Dans la nuit de Bethléem, cette parole prophétique est devenue réalité d’une manière qui au temps d’Isaïe aurait encore été inimaginable. Oui, aujourd’hui c’est vraiment un petit enfant celui sur les épaules duquel est le pouvoir. En lui apparaît la nouvelle royauté que Dieu établit dans le monde. Ce petit enfant est vraiment né de Dieu. Il est la Parole éternelle de Dieu, qui unit l’une à l’autre humanité et divinité. Pour ce petit enfant valent les titres de dignité que le cantique de couronnement d’Isaïe lui attribue : Merveilleux Conseiller – Dieu-Fort – Père-à-jamais – Prince de la Paix (9, 5). Oui, ce roi n’a pas besoin de conseillers appartenant aux sages du monde. Il porte en lui-même la sagesse et le conseil de Dieu. Justement dans la faiblesse du fait d’être un petit enfant il est le Dieu fort et il nous montre ainsi, devant les pouvoirs prétentieux du monde, la force propre de Dieu.
Les paroles du rituel du couronnement en Israël, en vérité, étaient toujours seulement des rituels d’espérance, qui prévoyaient de loin un avenir qui aurait été donné par Dieu. Aucun des rois salués de cette façon ne correspondait à la sublimité de ces paroles. En eux, toutes les paroles sur la filiation de Dieu, sur l’installation dans l’héritage des nations, sur la domination des terres lointaines (Ps 2, 8) restaient seulement un renvoi à un avenir – presque des panneaux signalétiques de l’espérance, des indications qui conduisaient vers un avenir qui en ce moment là était encore inconcevable. Ainsi l’accomplissement des paroles qui commence dans la nuit de Bethléem est en même temps immensément plus grand et – du point de vue du monde – plus humble que ce que les paroles prophétiques laissaient entrevoir. Il est plus grand, parce que ce petit enfant est vraiment Fils de Dieu, vraiment “ Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, engendré, non pas créé, de même nature que le Père”. L’infinie distance entre Dieu et l’homme est dépassée. Dieu ne s’est pas seulement penché vers en bas, comme disent les Psaumes; il est vraiment “descendu”, entré dans le monde, devenu l’un de nous pour nous attirer tous à lui. Ce petit enfant est vraiment l’Emmanuel, “le Dieu-avec-nous”. Son royaume s’étend vraiment jusqu’aux confins de la terre. Dans l’étendue universelle de la sainte Eucharistie, il a vraiment érigé des îlots de paix. Partout où elle est célébrée, on a un îlot de paix, de cette paix qui est propre à Dieu.  Ce petit enfant a allumé parmi les hommes la lumière de la bonté et leur a donné la force de résister à la tyrannie du pouvoir. En chaque génération il construit son royaume de l’intérieur, à partir du cœur. Mais il est vrai aussi que “le bâton du tortionnaire” n’a pas été brisé. Aujourd’hui aussi marchent, bruyantes, les chaussures des soldats et toujours encore et toujours de nouveau il y a le “manteau couvert de sang“ (Is 9, 3s). Ainsi la joie pour la proximité de Dieu fait partie de cette nuit. Nous rendons grâce parce que Dieu, comme un petit enfant, se donne entre nos mains, il mendie, pour ainsi dire, notre amour, il répand sa paix dans notre cœur. Cette joie, toutefois, est aussi une prière: Seigneur, réalise totalement ta promesse. Brise les bâtons des tortionnaires. Brûle les chaussures bruyantes. Fais que finissent le temps des manteaux couverts de sang. Réalise la promesse: “La paix sera sans fin” (Is 9, 6). Nous te rendons grâce pour ta bonté, mais nous te prions encore: montre ta puissance. Établis dans le monde la domination de ta vérité, de ton amour – le «royaume de la justice, de l’amour et de la paix».
“Marie mit au monde son fils premier-né” (Lc 2, 7). Avec cette phrase, saint Luc raconte, de manière absolument privée de pathos, le grand événement que les paroles prophétiques dans l’histoire d’Israël avaient entrevu par avance. Luc qualifie le petit enfant de “premier-né”. Dans le langage qui s’est formé dans la Sainte Écriture de l’Ancienne Alliance, “premier-né” ne signifie pas le premier d’une série d’autres enfants. La parole “premier-né” est un titre d’honneur, indépendamment de la question de savoir si ensuite suivent d’autres frères et sœurs ou non. Ainsi dans le Livre de l’Exode (4, 22), Israël est appelé par Dieu “mon fils premier-né”, et ainsi s’exprime son élection, sa dignité unique, l’amour particulier de Dieu Père. L’Église naissante savait qu’en Jésus cette parole avait reçu une nouvelle profondeur; qu’en lui sont résumées les promesses faites à Israël. Ainsi la Lettre aux Hébreux appelle Jésus “le premier-né”, simplement pour le qualifier, après les préparations de l’Ancien Testament, comme le Fils que Dieu envoie dans le monde (cf. He 1, 5-7). Le premier-né appartient de façon particulière à Dieu, et pour cela – comme dans de nombreuses religions – il devait être de façon particulière remis à Dieu et être racheté par un sacrifice substitutif, comme saint Luc le raconte dans l’épisode de la présentation de Jésus au temple. Le premier-né appartient à Dieu de façon particulière, il est, pour ainsi dire, destiné au sacrifice. Dans le sacrifice de Jésus sur la croix, la destination du premier-né s’accomplit de façon unique. En lui-même, il offre l’humanité à Dieu et unit homme et Dieu de manière telle que Dieu soit tout en tous. Saint Paul, dans les Lettres aux Colossiens et aux Éphésiens, a développé et approfondi l’idée de Jésus comme premier-né: Jésus, nous disent ces Lettres, est le Premier-né de la création – le véritable archétype de l’homme selon lequel Dieu a formé la créature homme. L’homme peut être image de Dieu parce que Jésus est Dieu et Homme, la véritable image de Dieu et de l’homme. Il est le premier-né d’entre les morts, nous disent en outre ces Lettres. Dans la Résurrection, il a abattu le mur de la mort pour nous tous. Il a ouvert à l’homme la dimension de la vie éternelle dans la communion avec Dieu. Enfin, il nous est dit: il est le premier-né de nombreux frères. Oui, aujourd’hui il est cependant le premier d’une série de frères, le premier, c’est-à-dire, qui inaugure pour nous l’être en communion avec Dieu. Il crée la véritable fraternité – non la fraternité, défigurée par le péché, de Caïn et Abel, de Romulus et Remus, mais la fraternité nouvelle dans laquelle nous sommes la famille même de Dieu. Cette nouvelle famille de Dieu commence au moment où Marie enveloppe le “premier-né” dans les langes et le dépose dans la mangeoire. Prions-le: Seigneur Jésus, toi qui as voulu naître comme premier de nombreux frères, donne-nous la vraie fraternité. Aide-nous à devenir semblables à toi. Aide-nous à reconnaître dans l’autre qui a besoin de moi, en ceux qui souffrent ou qui sont abandonnés, en tous les hommes, ton visage, et à vivre avec toi comme des frères et des sœurs pour devenir une famille, ta famille.
L’Évangile de Noël nous raconte, à la fin, qu’une multitude d’anges de la troupe céleste louait Dieu et disait: “Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime” (Lc 2, 14). Dans le chant du Gloria, l’Église a amplifié cette louange, que les anges ont entonnée devant l’événement de la Nuit Sainte, en en faisant une hymne de joie sur la gloire de Dieu. “Nous te rendons grâce pour ton immense gloire”. Nous te rendons grâce pour la beauté, pour la grandeur, pour ta bonté, qui en cette nuit nous deviennent visibles. L’apparition de la beauté, du beau, nous rend joyeux sans que nous devions nous interroger sur son utilité. La gloire de Dieu, d’où provient toute beauté, fait exploser en nous l’étonnement et la joie. Celui qui entrevoit Dieu éprouve de la joie, et en cette nuit nous voyons quelque chose de sa lumière. Mais le message des anges dans la Nuit sainte parle aussi des hommes: “Paix aux hommes qu’il aime”. La traduction latine de cette parole, que nous utilisons dans la liturgie et qui remonte à Jérôme, résonne autrement : “Paix aux hommes de bonne volonté”. L’expression “les hommes de bonne volonté” dans les dernières décennies est entrée de façon particulière dans le vocabulaire de l’Église. Mais quelle traduction est juste? Nous devons lire les deux textes ensemble; nous comprenons seulement ainsi la parole des anges de façon juste. Serait erronée une interprétation qui reconnaîtrait seulement l’œuvre exclusive de Dieu, comme s’il n’avait pas appelé l’homme à une réponse d’amour qui soit libre. Serait aussi erronée, cependant, une interprétation moralisante, selon laquelle l’homme avec sa bonne volonté pourrait, pour ainsi dire, se racheter lui-même. Les deux choses vont ensemble: grâce et liberté; l’amour de Dieu, qui nous précède et sans lequel nous ne pourrions pas l’aimer, et notre réponse, qu’il attend et pour laquelle, dans la naissance de son Fils, il nous prie même. L’enchevêtrement de grâce et de liberté, l’enchevêtrement d’appel et de réponse, nous ne pouvons pas le scinder en parties séparées l’une de l’autre. Les deux sont indissolublement tressés entre eux. Ainsi cette parole est en même temps promesse et appel. Dieu nous a précédés par le don de son Fils. Toujours de nouveau Dieu nous précède de façon inattendue. Il ne cesse pas de nous chercher, de nous relever chaque fois que nous en avons besoin. Il n’abandonne pas la brebis égarée dans le désert où elle s’est perdue. Dieu ne se laisse pas troubler par notre péché. Il recommence toujours à nouveau avec nous. Toutefois il attend en retour notre amour. Il nous aime pour que nous puissions devenir des personnes qui aiment avec lui et ainsi il peut y avoir la paix sur la terre.
Luc n’a pas dit que les anges ont chanté. Il écrit très sobrement: la troupe céleste louait Dieu et disait: “Gloire à Dieu au plus haut des cieux…” (Lc 2, 13s). Mais depuis toujours les hommes savaient que le parler des anges est différent de celui des hommes; que justement en cette nuit du joyeux message, il a été un chant dans lequel la gloire sublime de Dieu a brillé. Ainsi ce chant des anges a été perçu depuis le commencement comme une musique provenant de Dieu, et bien plus, comme une invitation à s’unir dans le chant, dans la joie du cœur pour le fait d’être aimés de Dieu. Cantare amantis est, dit Saint Augustin: chanter est le propre de celui qui aime. Ainsi, au long des siècles, le chant des anges est devenu toujours de nouveau un chant d’amour et de joie, un chant de ceux qui aiment. En ce moment, nous nous associons pleins de gratitude à ce chant de tous les siècles, qui unit ciel et terre, anges et hommes. Oui, nous te rendons grâce pour ton immense gloire. Nous te remercions pour ton amour. Fais que nous devenions toujours plus des personnes qui aiment avec toi et donc des personnes de paix. Amen.

Angel and Isaiah the Prophet Unclean Lips

8 février, 2013

Angel and Isaiah the Prophet Unclean Lips dans images sacrée angel-n-isaiah-the-prophet-unclean-lips

http://seashoremary.wordpress.com/2012/11/10/woe-to-self/

DIMANCHE 10 FÉVRIER: COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE – Isaïe 6, 1…8

8 février, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 10 FÉVRIER: COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Isaïe 6, 1…8

1 L’année de la mort du roi Ozias,
 je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ;
 les pans de son manteau remplissaient le Temple.
 2 Des séraphins se tenaient au-dessus de lui.
3 Ils se criaient l’un à l’autre :
 « Saint, Saint, Saint, le SEIGNEUR Dieu de l’univers.
 Toute la terre est remplie de sa gloire. »
4 Les pivots des portes se mirent à trembler
 à la voix de celui qui criait,
 et le Temple se remplissait de fumée.
5 Je dis alors :
 « Malheur à moi ! Je suis perdu,
 car je suis un homme aux lèvres impures,
 j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures ;
 et mes yeux ont vu le Roi, le SEIGNEUR de l’univers ! »
6 L’un des séraphins vola vers moi,
 tenant un charbon brûlant
 qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel.
7 Il l’approcha de ma bouche et dit :
 « Ceci a touché tes lèvres,
 et maintenant ta faute est enlevée,
 ton péché est pardonné. »
8 J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait :
 « Qui enverrai-je ?
 Qui sera notre messager ? »
 Et j’ai répondu :
 « Moi, je serai ton messager :
 envoie-moi. »

La semaine dernière, nous lisions le récit de la vocation de Jérémie, aujourd’hui, celle d’Isaïe ; deux très grands prophètes à nos yeux. Et pourtant, l’un comme l’autre avouent leur petitesse : Jérémie se sent incapable de parler, mais puisque Dieu a pris l’initiative de le choisir, c’est Dieu aussi qui l’inspirera et lui donnera la force nécessaire. Isaïe, lui, est saisi par un sentiment d’indignité ; mais là encore, puisque c’est Dieu qui l’a choisi, c’est Dieu aussi qui le purifiera.
 Jérémie était prêtre et nous ne savons pas où il a reçu l’appel de Dieu ; curieusement, c’est Isaïe qui n’était pas prêtre, qui situe sa vocation au Temple de Jérusalem : « L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ». Quand Isaïe nous dit « je vis », cela veut dire qu’il s’agit non pas d’un récit, mais d’une vision ; ne cherchons donc pas dans son évocation un déroulement logique d’événements. Les livres prophétiques sont émaillés de visions fantastiques : à nous de décoder ce langage extrêmement suggestif, même s’il surprend notre mentalité contemporaine.
 Isaïe nous dit qu’en ce qui le concerne, cela s’est passé « l’année de la mort du roi Ozias » : c’est une indication précieuse. Il est rare que nous puissions évoquer des dates avec autant de précision ; cette fois, nous le pouvons car on sait que le roi Ozias a régné à Jérusalem de 781 à 740 av J.C. Depuis la mort du roi Salomon (en 933, c’est-à-dire depuis près de deux cents ans), le royaume de David et de Salomon est divisé : il y a deux royaumes, deux rois, deux capitales : au Sud, Ozias est roi de Jérusalem, au Nord, Menahem est roi de Samarie. On sait également que Ozias était lépreux et qu’il est mort de cette maladie à Jérusalem en 740. C’est donc cette année-là qu’Isaïe a reçu sa vocation de prophète : ensuite, il a prêché pendant environ quarante ans (là on est moins précis) et il est resté dans la mémoire collective d’Israël comme un très grand prophète et en particulier le prophète de la sainteté de Dieu.1
 « Saint, Saint, Saint le SEIGNEUR, Dieu de l’univers. Toute la terre est remplie de sa gloire » : vous avez reconnu le Sanctus de nos messes. Il date donc au moins du prophète Isaïe. (Peut-être cette acclamation faisait-elle déjà partie de la liturgie au Temple de Jérusalem, mais on n’en a pas la preuve ; on a seulement retrouvé des expressions équivalentes plus anciennes en Egypte).
 Dire que Dieu est « Saint », au sens biblique, c’est dire qu’il est Tout Autre que l’homme. Dieu n’est pas à l’image de l’homme ; bien au contraire, la Bible affirme l’inverse : c’est l’homme qui est « à l’image de Dieu » ; ce n’est pas la même chose ! Cela veut dire que nous devrions rester très modestes et très prudents chaque fois que nous parlons de Dieu ! Parce que Dieu est le Tout Autre, il nous est radicalement, irrémédiablement impossible de l’imaginer tel qu’il est, nos mots humains ne peuvent jamais rendre compte de lui. 2
 La première partie de la vision d’Isaïe dit bien cette prise de conscience fondamentale ; et ce qu’il nous décrit ressemble étrangement à d’autres évocations des grandes manifestations de Dieu dans la Bible : Dieu est assis sur un trône très élevé, une fumée se répand et remplit tout l’espace, une voix tonne… elle tonne si fort que les lieux tremblent… Isaïe ne peut pas s’empêcher de penser à ce qui s’était passé pour Moïse sur la montagne du Sinaï, au moment où Dieu avait fait alliance avec son peuple et donné les tables de la Loi ; c’est le livre de l’Exode qui raconte : « Le mont Sinaï n’était que fumée, parce que le SEIGNEUR y était descendu dans le feu ; sa fumée monta, comme la fumée d’une fournaise, et toute la montagne trembla violemment. La voix du cor s’amplifia : Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du tonnerre. » (Ex 19, 18-19).
 L’homme Isaïe mesure alors sa petitesse et il ressent comme une sorte de crainte : « Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; et mes yeux ont vu le Roi, le SEIGNEUR de l’univers ! » Cette « crainte », comme découverte de notre petitesse, du fossé infranchissable qui nous sépare de Dieu si Dieu lui-même ne le comble pas, est une première étape indispensable dans notre relation à Dieu. Mais Dieu n’en reste pas là. D’ordinaire, dans la Bible, il y a toujours cette parole de la part de Dieu : « ne crains pas »… Ici, la parole n’est pas dite mais elle est remplacée par un geste très suggestif : un des séraphins, un de ceux qui, justement, proclament la sainteté de Dieu, va accomplir le geste qui purifie l’homme, qui comble le fossé, qui permet à l’homme d’entrer en relation avec Dieu : « L’un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de ma bouche… » Manière de dire que c’est Dieu qui prend l’initiative de se faire proche de l’homme ; ce fossé qui nous sépare de Dieu, c’est Dieu lui-même qui le comble.
 Quand Isaïe parlera de Dieu, plus tard, il lui arrivera souvent de l’appeler « Le Saint d’Israël » : cette expression dit bien que Dieu est le Saint, le Tout-Autre, mais aussi qu’il s’est fait proche de son peuple, puisque celui-ci peut aller jusqu’à revendiquer une relation d’appartenance (Dieu est « Le Saint d’Israël »). Cette relation qui s’instaure alors à l’initiative de Dieu peut être très profonde puisqu’ici pour Isaïe, il s’agit d’une mission de confiance : il s’agit de devenir rien moins que le porte-parole de Dieu. On dit parfois des prophètes qu’ils sont la bouche même de Dieu ; au fait, si on y réfléchit, la même expression peut désormais nous être appliquée depuis notre baptême…
 … de quoi nous laisser rêveurs !
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 NOTES
 1 – Le livre qui porte le nom d’Isaïe comporte soixante-six chapitres : ce n’est pas l’œuvre d’un seul homme, mais un ensemble de trois recueils.
 Les chapitres 1 à 39 sont l’œuvre du prophète qui nous relate ici sa vocation ; les chapitres 40 à 55 sont l’œuvre d’un prophète qui prêchait pendant l’Exil à Babylone (au sixième siècle avant notre ère) ; les chapitres 56 à 66 rapportent la prédication d’un troisième prophète, contemporain de la période du retour de l’Exil.
 2 – La sainteté n’est pas une notion morale, ni même un attribut de Dieu, elle est sa nature même ; car l’adjectif « divin » n’existe pas en hébreu, il est remplacé par le mot « Saint » qui signifie Tout-Autre (sous-entendu Tout-Autre que l’homme), celui que nous ne pouvons jamais atteindre par nous-mêmes, celui qui nous dépasse infiniment, à tel point que nous n’avons aucune prise sur lui. Ce que le prophète Osée traduisait : « Je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis Saint. » (Os 11, 9). Pour cette raison, dans la Bible, aucun humain n’est jamais considéré comme saint, tout au plus peut-on être « sanctifié » par Dieu et, de ce fait, refléter son image, ce qui est de tout temps notre vocation ultime.
 Et, bien évidemment, nous ne pouvons pas imaginer quelqu’un qui est Tout-Autre que nous-mêmes. D’où la réaction d’effroi du prophète Isaïe : « Je ne suis qu’un homme aux lèvres impures et mes yeux ont vu le roi, le SEIGNEUR de l’univers ».

HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE ORDINAIRE C

8 février, 2013

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE ORDINAIRE C

IS 6, 1-8 ; 1 CO, 15, 1-11 ; LC 5, 1-11

C’est sur sa propre barque, et en plein travail, que Simon, le petit patron pêcheur, s’est fait interpeller par un charpentier, qui n’y connaissait rien dans le repérage des bancs de poissons, ni dans le lancer des filets. Tellement peu qu’il s’est fendu d’un conseil saugrenu et dangereux. Mais Simon-Pierre lui fait confiance jusqu’à prendre le risque d’avancer au large. En réalité, l’objectif de Jésus était tout autre. Il s’agissait de confier à une poignée de pêcheurs une toute autre mission. Celle que recevront plus tard tous les baptisés. Non pas une mission de pouvoir, mais une mission de service. Appelé et envoyé pour annoncer. Une vocation chrétienne générale, et donc pas nécessairement une vocation sacerdotale ni une vocation religieuse.
Je prends d’autres exemples. Ainsi, il y avait une fois… un jeune aristocrate appartenant au milieu distingué de la capitale de son pays. Il fréquentait assidûment les grands de ce monde. Proche du Palais, il connaissait jusqu’aux dessous de la politique. Ardent patriote, il était sans doute voué à une brillante carrière. Un jour, il assiste à une liturgie solennelle, et il est bouleversé d’entendre chanter « Saint, Saint, le Seigneur, Dieu de l’Univers, la terre est remplie de ta gloire… ». Or, c’est un royaliste convaincu. Et voilà qu’à 25 ans, il découvre tout d’un coup que finalement c’est Dieu le véritable roi, le roi des rois. C’est donc lui qui mérite parfaite obéissance et total dévouement. Alors, il prend conscience de la vanité de ses choix, de l’orgueil qui le mène et qui aveugle aussi son peuple, plus préoccupé d’argent et de plaisir, que de fidélité à la Parole de Dieu.
Cet homme, au caractère décidé, intrépide, se porte alors volontaire au service de Dieu et de sa Parole. C’est ainsi que cet aristocrate politicien va se faire l’audacieux et infatigable témoin et le porte parole du Seigneur. Il ne se laissera rebuter ni par l’indifférence ni par l’hostilité ni par les oppositions et les moqueries de ses concitoyens. Il ne fut ni prêtre ni religieux, mais tout simplement époux et père de famille. Il fut surnommé le Prince des prophètes. Il s’appelait Isaïe..
Autre exemple, celui d’un intellectuel, spécialiste de la Bible, ultra conservateur, fanatique des « traditions ». Un homme intolérant. Il fut en son temps un adversaire et un persécuteur impitoyable des chrétiens. Or, un jour, le temps d’un éclair, il comprend l’horreur de son comportement. Il est retourné comme une crêpe. Devient apôtre de Jésus Christ. Mais il lui faudra du temps pour se faire accepter, car les chrétiens qui le connaissaient en avaient peur. Il est bien connu sous le nom de Paul de Tarse. C’est même une colonne de l’Eglise.
Plus près de nous, connaissez-vous Madeleine Cinquin ? Elle a connu une jeunesse frivole. Cerise sur le gâteau, elle était dotée d’ « un caractère épouvantable, têtue, capricieuse, autoritaire et coléreuse ». Ce qui ne l’empêchera pas d’entrer au couvent. Elle sera professeur de Lettres, jusqu’à l’âge de sa pension, mais toujours pour des élèves de la haute bourgeoisie, aussi bien française que turque, tunisienne ou égyptienne. Puis, tout d’un coup, à 60 ans, elle veut consacrer le reste de sa vie aux lépreux. Mais le nonce en Egypte lui propose un bidonville de chiffonniers. Elle y verra un appel et dira oui à l’ « enfer ». Madeleine, dite Sœur Emmanuelle, restera toujours aussi têtue.
Dieu n’appelle jamais des « parfaits ». Il appelle n’importe qui, n’importe comment et n’importe où.
A notre époque, par exemple, il peut surprendre n’importe qui, interpeller, appeler, sur le quai du métro ou dans une grande surface. Il en est qui l’ont rencontré en soignant des blessés, d’autres durant leur séjour en prison, à la suite d’une épreuve ou d’une lecture d’évangile, d’un service rendu ou reçu, ou encore d’un témoignage découvert sur le petit écran. Celui que l’on a surnommé le grand silencieux n’est jamais muet. Il nous fait signe constamment, en plein travail ou en plein bouchon, au restaurant ou dans la buanderie. Il faut cependant reconnaître que tout appel suscite d’emblée un certain désarroi, peut-être même une belle frayeur. L’interpellé prend brusquement conscience de ses limites et des risques encourus. Isaïe, par exemple, a commencé par trembler et à paniquer. Mais il a pressenti que Yahwé avait besoin des humains pour s’adresser aux humains. Il s’est porté volontaire, pour servir de messager d’une Parole qui invitait à la conversion son propre peuple, empêtré dans toutes sortes de « combines » humaines. Ce qui traduisait un manque de foi en Dieu, et un oubli de l’essentiel.
Au-delà des jugements et des calculs de la prudence humaine, tout relève en définitive du domaine de la confiance. Tout dépend d’elle. Ce sont bien là les risques de la foi. Et l’on n’a rien sans risque !

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

St. Josephine Bakhita of Sudan

7 février, 2013

St. Josephine Bakhita of Sudan dans images sacrée

http://www.santiebeati.it/immagini/?mode=view&album=40025&pic=40025F.JPG&dispsize=Original&start=0

L’EGLISE POUR SAINT PAUL

7 février, 2013

http://soulifan.institutionlibredemarcq.com/index.php?id=3039

L’EGLISE POUR SAINT PAUL

Dans la Bible grecque, dite des Septante, le terme ekklésia désigne l’ensemble du peuple juif réuni pour la prière. Pour Paul, ce même terme désigne uniquement les chrétiens, en commençant par la communauté des disciples de Jérusalem, l’Eglise-mère, puis en continuant par les différentes communautés locales. Ce n’est que dans les lettres dites de captivité, qu’il prendra ce terme dans le sens de l’Eglise universelle.

L’EGLISE, CORPS DU CHRIST
La communauté des disciples implique une participation effective à la vie du Christ : tout le peuple participe à cette vie dans le Christ. C’est une multitude qui se trouve ainsi greffée sur le Christ lui-même. Et la communauté avec le Christ conduit et implique une communauté de vie avec tous ceux qui participent à la vie du Seigneur. Cette grande idée de Paul se trouve ainsi exprimée au chapitre 12 de la lettre aux Romains :
Car, comme nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres. (Ro. 12, 4-5).
Cette réalité du Corps qui est ainsi constitué par les chrétiens n’est pas une métaphore, une image, c’est, selon Paul, une réalité ontologique, même si elle n’est pas physique, même si elle n’est pas visible. Déjà, le livre de Jérémie présentait le Peuple de Dieu comme une personne à qui Dieu s’adressait comme à une fiancée, comme à sa bien aimée :
En ce temps-là, dit Yahvé, Je serai le Dieu de toutes les familles d’Israël, Et ils seront mon peuple. Ainsi parle Yahvé : Il a trouvé grâce dans le désert, Le peuple de ceux qui ont échappé au glaive ; Israël marche vers son lieu de repos. De loin Yahvé se montre à moi : Je t’aime d’un amour éternel ; C’est pourquoi je te conserve ma bonté. Je te rétablirai encore, et tu seras rétablie, Vierge d’Israël ! (Jér. 31 l-4).
Le terme même d’ekklésia qui indique la communauté rassemblée convoquée par un appel de Dieu traduit le terme hébreu « qahal », convocation. L’Eglise, c’est la convocation du nouvel Israël.
De cette manière, Paul se situe dans la droite ligne des textes de l’Ancien Testament, dont il se trouve l’héritier. En effet, toute la Bible peut être considérée comme le grand roman d’amour de Dieu et de son peuple, avec qui il a fait une alliance comparable à l’alliance nuptiale. Les traditions mystiques, aussi bien juives que chrétiennes, ont toujours considéré le Cantique des cantiques comme le livre qui exprime le secret de toute l’Ecriture sainte, celui qui indique explicitement l’amour de Dieu pour son épouse. C’est aussi dans la tradition prophétique du livre d’Ezéchiel qu’il serait possible d’inscrire la pensée de Paul :
Je te jurai fidélité, je fis alliance avec toi, dit le Seigneur, Yahvé, et tu fus à moi. Je te lavai dans l’eau, je fis disparaître le sang qui était sur toi, et je t’oignis avec de l’huile. Je te donnai des vêtements brodés, et une chaussure de peaux teintes en bleu ; je te ceignis de fin lin, et je te couvris de soie. Je te parai d’ornements je mis des bracelets à tes mains, un collier à ton cou, je mis un anneau à ton nez, des pendants à tes oreilles, et une couronne magnifique sur ta tête. Ainsi tu fus parée d’or et d’argent, et tu fus vêtue de fin lin, de soie et d’étoffes brodées. La fleur de farine, le miel et l’huile, furent ta nourriture. Tu étais d’une beauté accomplie, digne de la royauté. Et ta renommée se répandit parmi les nations, à cause de ta beauté ; car elle était parfaite, grâce à l’éclat dont je t’avais ornée, dit le Seigneur, Yahvé. (Ez. 16, 9-14)
En effet, la lettre aux Ephésiens, au chapitre 5, reprend les mêmes thèmes de la préparation nuptiale :
Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur ; car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Église, qui est son corps, et dont il est le Sauveur. Or, de même que l’Église est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l’être à leurs maris en toutes choses. Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l’Église, et s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier par la parole, après l’avoir purifiée par le baptême d’eau, afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible. C’est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Celui qui aime sa femme s’aime lui-même. Car jamais personne n’a haï sa propre chair; mais il la nourrit et en prend soin, comme Christ le fait pour l’Église, parce que nous sommes membres de son corps. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ce mystère est grand; je dis cela par rapport à Christ et à l’Église. Du reste, que chacun de vous aime sa femme comme lui-même, et que la femme respecte son mari. (Eph. 5, 22-32).
Tout au long de ce texte, Paul pense que le Christ et l’Eglise ont l’un à l’égard de l’autre le statut d’époux et d’épouse transposant ainsi au nouveau peuple de Dieu les thèmes classiques de l’Ancien Testament. Mais bien qu’il utilise ce thème des épousailles, il ne dit pas explicitement, comme il peut le faire par ailleurs, que le Christ est époux et que l’Eglise est épouse. En revanche, il qualifie le Christ de chef (tête) et l’Eglise de corps. Saint Paul applique ainsi à l’Eglise une manière, déjà courante dans l’antiquité, de parler : un groupe humain est considéré comme un corps. Le groupe « Eglise » se caractérise par l’influence du Christ et par l’appartenance au Christ; et en ce sens, l’Eglise mérite bien ce nom de corps du Christ. Et pour appuyer ses considérations, il cite un verset du livre de la Genèse, en précisant : « Ce mystère est grand : je déclare qu’il concerne le Christ et l’Eglise ». Paul semble voir dans le couple Christ-Eglise, en quelque sorte, l’image du couple primitif, le type de tout mariage humain. Le terme « mystère », chez saint Paul, signifie une réalité cachée, un secret que seule une révélation peut dévoiler ; en fait. il s’agit presque toujours d’une réalité qui appartient au dessein éternel de Dieu et que Dieu seul peut faire connaître. Dans le cas présent, le mystère recouvre le sens figuratif du couple d’Adam et Eve. Dans le dessein de Dieu, ce couple primitif symbolise et prépare l’union du Christ et de l’Eglise qui réalise dans la pleine vérité l’union du premier homme et de la première femme. En créant l’homme et la femme, Dieu a commencé a réaliser son dessein qu’il réaliserait définitivement et manifesterait tout son sens dans l’union du Christ et de l’Eglise.
Paul rappelle les aspects fondamentaux de l’activité du Christ en faveur de son Eglise : la purification et la sollicitude constante. Le Christ a voulu pour lui un corps, une épouse, sainte et immaculée, et, pour cela, il l’a purifiée dans un bain de purification « avec l’eau qui lave et cela par la parole », et pour réaliser ce bain, il est mort pour elle.
On trouve ici les éléments essentiels de la doctrine de la rédemption et de la sanctification : le bain d’eau qu’une parole accompagne représente le baptême, bien que Paul n’explique pas ici le lien du baptême avec la mort de Jésus. Mais l’activité du Christ pour son Eglise ne s’achève pas dans le baptême : il veille à la croissance de son Corps, ainsi que Paul le disait déjà au chapitre 4 de cette même lettre aux Ephésiens :
afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction, mais que, professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous égards en celui qui est le chef, Christ. C’est de lui, et grâce à tous les liens de son assistance, que tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, tire son accroissement selon la force qui convient à chacune de ses parties, et s’édifie lui-même dans la charité. (Eph. 4, 14-16).
L’Eglise, quant à elle, se soumet à son chef, mais cette soumission n’a rien de servile, si l’on considère l’attitude du Christ vis-à-vis d’elle : l’Eglise se sait aimée de son chef, et bien plus encore qu’elle ne peut l’aimer. Sa soumission se traduit alors par un abandon confiant de celle qui est la bien-aimée et par la fidélité de son amour pour son bien-aimé. De la sorte, le rapport d’autorité n’est ni dur ni avilissant : l’Eglise vit sa relation au Christ dans la liberté caractéristique de l’amour.
Mais, Paul découvre aussi que le Corps du Christ se trouve encore dans un état d’inachèvement, il va même un peu plus loin, dans sa lettre aux Colossiens, au chapitre premier, en affirmant qu’il complète ce qu’il manque à la Passion du Christ pour son Corps qui est l’Eglise :
Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous ; et ce qui manque aux souffrances de Christ, je l’achève en ma chair, pour son corps, qui est l’Église. C’est d’elle que j’ai été fait ministre, selon la charge que Dieu m’a donnée auprès de vous, afin que j’annonçasse pleinement la parole de Dieu, le mystère caché de tout temps et dans tous les âges, mais révélé maintenant à ses saints, à qui Dieu a voulu faire connaître quelle est la glorieuse richesse de ce mystère parmi les païens, savoir: Christ en vous, l’espérance de la gloire. C’est lui que nous annonçons, exhortant tout homme, et instruisant tout homme en toute sagesse, afin de présenter à Dieu tout homme, devenu parfait en Christ. C’est à quoi je travaille, en combattant avec sa force, qui agit puissamment en moi. (Col. 1, 24-29).
Il introduit ici le thème de la participation des chrétiens aux souffrances du Christ qui sont incomplètes. Mais rien dans le contexte, ni même dans l’ensemble de la théologie de Paul ne permet d’interpréter ces souffrances et ces détresses du Christ au sens des souffrances historiques de sa passion : la mort du Christ a été pleinement efficace, comme Paul l’affirme d’ailleurs fréquemment. Il s’agit plutôt des épreuves du Christ au sens de la personnalité corporative, aussi bien en tant que Paul vit dans le Christ et que le Christ vit en lui, qu’en tant que l’Eglise vit dans le Christ et que le Christ vit en elle. Les souffrances que les uns et les autres endurent sont des signes qui témoignent de la puissance de Dieu : le Christ continue de souffrir en Paul et dans l’Eglise, comme il a souffert historiquement pour établir l’Eglise. Il faut encore revenir ici sur le sens de l’expression « pour son Corps qui est l’Eglise ». puisque le corps est l’homme lui-même, tout en se distinguant de lui, les chrétiens, qui forment un seul corps (au sens de la personnalité corporative), sont le Christ en tant que corps. Et continuant le Christ par ses souffrances Paul le continue également par la prédication de l’Evangile, puisqu’il est devenu le serviteur de la Parole auprès des hommes, et particulièrement auprès des païens. Sa fonction principale est de faire connaître le « mystère » de Dieu, le dessein caché de sa volonté. Et ce « mystère », c’est le Christ lui-même, le mystère du Corps du Christ, qui inclut aussi bien les païens que les juifs, et la pleine réalisation de l’univers, ainsi que Paul l’exprime lui-même au premier chapitre de sa lettre aux Ephésiens :
nous faisant connaître le mystère de sa volonté, selon le bienveillant dessein qu’il avait formé en lui-même, pour le mettre à exécution lorsque les temps seraient accomplis, de réunir toutes choses en Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre. (Eph. 1, 9-10)
La révélation du mystère du Christ ne peut se faire que dans la prédication évangélique, qui ne peut pas être totalement épuisée par une connaissance humaine, rationnelle, mais qui peut être révélée par la grâce de Dieu. Et c’est précisément le dessein de Dieu que son peuple connaisse toutes les merveilles de ce mystère. Paul et tous les prédicateurs de l’Evangile ne font rien d’autre que ne faire resplendir la gloire du mystère que Dieu a daigné révéler en son Fils. De plus, il faut remarquer que la communauté des souffrances avec le Christ obtient de Dieu la communauté des mérites du Christ. C’est ce que le Symbole des apôtres et toute la tradition théologique ultérieure appellent la « communion des saints » qui construit le corps mystique du Christ. Cette communion se réalise d’abord par la prière, ainsi qu’en témoignent de nombreux extraits des lettres de Paul, par exemple en Ephésiens :

C’est pourquoi moi aussi, ayant entendu parler de votre foi au Seigneur Jésus et de votre charité pour tous les saints, je ne cesse de rendre grâces pour vous, faisant mention de vous dans mes prières, afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation, dans sa connaissance, et qu’il illumine les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle est l’espérance qui s’attache à son appel, quelle est la richesse de la gloire de son héritage qu’il réserve aux saints… (Eph. 1, 15-18)
Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications. Veillez à cela avec une entière persévérance, et priez pour tous les saints. Priez pour moi, afin qu’il me soit donné, quand j’ouvre la bouche, de faire connaître hardiment et librement le mystère de l’Évangile, pour lequel je suis ambassadeur dans les chaînes, et que j’en parle avec assurance comme je dois en parler. (Eph. 6, 18-20).
Persévérez dans la prière, veillez-y avec actions de grâces. Priez en même temps pour nous, afin que Dieu nous ouvre une porte pour la parole, en sorte que je puisse annoncer le mystère de Christ, pour lequel je suis dans les chaînes, et le faire connaître comme je dois en parler. (Col. 4, 2-4).
Je vous exhorte, frères, par notre Seigneur Jésus-Christ et par l’amour de l’Esprit, à combattre avec moi, en adressant à Dieu des prières en ma faveur, afin que je sois délivré des incrédules de la Judée, et que les dons que je porte à Jérusalem soient agréés des saints… (Ro. 15, 30-31).
Mais cette communauté me se traduit pas seulement dans la prière, elle s’effectue dans des actes, notamment ceux de l’aumône. Dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul donne lui-même des indications pour que se fasse la collecte en faveur de l’Eglise de Jérusalem :
Pour ce qui concerne la collecte en faveur des saints, agissez, vous aussi, comme je l’ai ordonné aux Églises de la Galatie. Que chacun de vous, le premier jour de la semaine, mette à part chez lui ce qu’il pourra, selon sa prospérité, afin qu’on n’attende pas mon arrivée pour recueillir les dons. Et quand je serai venu, j’enverrai avec des lettres, pour porter vos libéralités à Jérusalem, les personnes que vous aurez approuvées. Si la chose mérite que j’y aille moi-même, elles feront le voyage avec moi. (1 Co. 16, 1-4).
Et, dans sa lettre aux Romains, au chapitre 15, en manifestant des projets de voyage, Paul souligne qu’il doit d’abord aller à Jérusalem porter le fruit de la collecte organisée par les Eglises :
C’est ce qui m’a souvent empêché d’aller vers vous. Mais maintenant, n’ayant plus rien qui me retienne dans ces contrées, et ayant depuis plusieurs années le désir d’aller vers vous, j’espère vous voir en passant, quand je me rendrai en Espagne, et y être accompagné par vous, après que j’aurai satisfait en partie mon désir de me trouver chez vous. Présentement je vais à Jérusalem, pour le service des saints. Car la Macédoine et l’Achaïe ont bien voulu s’imposer une contribution en faveur des pauvres parmi les saints de Jérusalem. Elles l’ont bien voulu, et elles le leur devaient ; car si les païens ont eu part à leurs avantages spirituels, ils doivent aussi les assister dans les choses temporelles. Dès que j’aurai terminé cette affaire et que je leur aurai remis ces dons, je partirai pour l’Espagne et passerai chez vous. Je sais qu’en allant vers vous, c’est avec une pleine bénédiction de Christ que j’irai. (Ro. 15, 24-29).
Si la solidarité s’exerce au niveau spirituel, elle doit aussi se traduire dans les faits. C’est ainsi que peut s’édifier le Corps du Christ, dans la charité. Mais si la solidarité peut exister dans le bien, elle existe aussi dans le mal : les membres malsains d’une communauté, d’un corps constitué font souffrir les autres membres. C’est principalement dams sa première lettre aux Corinthiens, au chapitre 12, que Paul exprime le plus clairement sa comparaison de l’Eglise avec le corps humain, en soulignant que le pluralisme n’empêche absolument pas l’unité.
Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il de Christ. Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. Ainsi le corps n’est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres. Si le pied disait : Parce que je ne suis pas une main, je ne suis pas du corps, ne serait-il pas du corps pour cela ? Et si l’oreille disait : Parce que je ne suis pas un oeil, je ne suis pas du corps, ne serait-elle pas du corps pour cela ? Si tout le corps était oeil, où serait l’ouïe ? S’il était tout ouïe, où serait l’odorat ? Maintenant Dieu a placé chacun des membres dans le corps comme il a voulu. Si tous étaient un seul membre, où serait le corps ? Maintenant donc il y a plusieurs membres, et un seul corps. L’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : Je n’ai pas besoin de vous. Mais bien plutôt, les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires ; et ceux que nous estimons être les moins honorables du corps, nous les entourons d’un plus grand honneur. Ainsi nos membres les moins honnêtes reçoivent le plus d’honneur, tandis que ceux qui sont honnêtes n’en ont pas besoin. Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d’honneur à ce qui en manquait, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient également soin les uns des autres. Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. (1 Co. 12, 12-27).
Il faut dire que la communauté de Corinthe avait chaleureusement accueilli la prédication évangélique, en découvrant le jaillissement spontané de l’Esprit-Saint et la totale liberté qu’il était possible de vivre en Jésus-Christ. Mais ce succès commence à poser des problèmes au sein de l’Eglise. Chacun des nouveaux convertis s’en va de son coté, en se réclamant de tel ou tel apôtre, et tout le monde s’imagine avoir l’Esprit de Dieu. Et c est le désordre et la discorde en tous les domaines. Il n’y a plus de vie communautaire possible, et le témoignage a Jésus-Christ se révèle totalement inexistant. Paul est inquiet, la situation de l’Eglise à Corinthe est un de ses soucis principaux, mais il est animé d’une certitude : la liberté totale des chrétiens n’est pas incompatible avec l’unité qui doit régner dans l’Eglise. Le Christ ne peut être divisé.
Dans le corps humain, la pluralité des membres n’empêche pas l’unité de l’ensemble, et les membres ne peuvent pas se soustraire a l’unité qu’ils partagent les uns avec les autres : ils appartiennent tous au même corps. Et inversement, le corps humain n’existe que dans la diversité de ses membres. Le pluralisme et l’unité à l’intérieur du corps apparaissent liés, et cela représente la volonté de Dieu lui-même : aucun membre ne peut être rejeté, car chacun joue un rôle spécifique. Et quand un membre souffre, c’est tout le corps qui souffre avec lui : dans la communauté constituée par les membres, tout ce qui arrive à l’un se répercute immédiatement à l’ensemble. Le premier terme de la comparaison se trouve ainsi, posé clairement, le second le sera très succinctement : « Vous êtes le corps du Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part ». Paul n’a pas besoin de s’attarder davantage : il suffit à son lecteur de reprendre tous les termes de la comparaison du corps pour comprendre immédiatement ce que l’apôtre entend faire saisir au moyen de cette comparaison : que chacun reste donc à la place que Dieu lui a réservée, car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Le pluralisme ne peut être une prétexte suffisant pour justifier le désordre ; la visée commune doit être le bien de l’ensemble, pour que puisse s’édifier, se construire, le corps de l’Eglise dans l’amour, qui est la voie qui surpasse toutes les voies, ainsi que Paul l’expliquera au chapitre 13 de cette même lettre aux orinthiens.

LE TEMPLE DE L’ESPRIT
Le Corps du Christ est également qualifié de Temple de l’Esprit-Saint. Et Paul utilise ensemble les deux images du corps et de l’édifice pour signifier l’Eglise. C’est dans la lettre aux Ephésiens particulièrement que ces deux images se retrouvent, ainsi au chapitre 2 d’une part et au chapitre 4 d’autre part :
Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient près ; car par lui nous avons les uns et les autres accès auprès du Père, dans un même Esprit. Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors ; mais vous êtes concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu. Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire. En lui tout l’édifice, bien coordonné, s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur. En lui vous êtes aussi édifiés pour être une habitation de Dieu en Esprit. (Eph. 2, 17-22).
afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction, mais que, professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous égards en celui qui est le chef, Christ. C’est de lui, et grâce à tous les liens de son assistance, que tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, tire son accroissement selon la force qui convient à chacune de ses parties, et s’édifie lui-même dans la charité. (Eph. 4, 14-16)
L’Esprit habite en plénitude dans le Christ, et il habite également l’Eglise, qui est le Corps du Christ : c’est au Christ, et non à l’Esprit, que les chrétiens, en tant que membres du Corps, sont identifiés par la grâce de Dieu. Il n’y a pas de corps de l’Esprit, même si le Christ vit dans son Eglise par l’action de l’Esprit, même si l’Esprit habite en nous. L’inhabitation de l’Esprit-Saint en nous est une doctrine constante chez Paul, et elle se trouve particulièrement exprimée dams la lettre aux Romains, au chapitre 8 :
Or ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu. Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l’esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. Et si Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l’esprit est vie à cause de la justice. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. Ainsi donc, frères, nous ne sommes point redevables à la chair, pour vivre selon la chair. Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez (Ro. 8, 8-13).
Paul fait une distinction classique chez lui, celle de la chair et de l’esprit : la chair s’oppose à l’esprit et l’esprit s’oppose à la chair. La chair, c’est le monde humain marqué par le péché, soumis à la loi de la mort. L’esprit, c’est le monde divin dans lequel la nouvelle humanité se trouve assumée, le monde spirituel qui a été engendré dans la résurrection de Jésus. L’homme sous l’empire de la chair se cherche lui-même et ne trouve rien d’autre que la mort ; l’homme spirituel, porté par l’Esprit, est mené à la paix et à la vie. Laissés à nous-mêmes, nous ne pouvons que rester dans le péché, puisque nous sommes charnels, mais Dieu prend pitié de nous, il nous sauve dans son Fils Jésus. Il nous transfère du monde de la chair au monde de l’Esprit, il nous communique son Esprit qui vit réellement en nous : nous sommes de la famille de Dieu. Nous sommes chrétiens, ou plus exactement, nous le devenons, nous sommes en train de le devenir, puisque c’est actuellement que nous vivons le mystère de notre rédemption : nous sommes assimilés progressivement au Christ, qui prend de plus en plus possession de nous-mêmes. Nous vivons encore la vie terrestre, et, de ce fait, nous sommes marqués par le péché, nous sommes donc conduits nécessairement à la mort : tout ce qui est péché en nous doit être englouti dans la mort pour que puisse vivre l’homme nouveau, l’homme sous l’empire de l’Esprit. Mais déjà l’Esprit s’est emparé de nous et nous participons déjà à sa vie. En reprenant méthodiquement ce court texte, il serait possible de dire :

NOUS SOMMES DANS L’ESPRIT,

car l’Esprit de Dieu et le Christ sont en nous (v. 9)
puisque le Christ est en nous,
nous sommes morts au péché et vivants pour la justice (v. 10)
puisque l’Esprit est en nous,
nous recevrons la vie par cet Esprit (v. 11)
en conséquence, nous sommes débiteurs
non envers la chair, mais envers l’Esprit (vv. 12-13).
L’Esprit de Dieu est en nous, : celui qui appartient au Christ possède son Esprit et grâce à lui , il existe dans l’Esprit. Pour appartenir au Christ et le considérer comme Seigneur, il faut avoir l’Esprit, et, réciproquement, quiconque a l’Esprit appartient par le fait même au Seigneur Jésus Christ. Et puisque l’Esprit habite pleinement Jésus Christ, et que l’Eglise constitue le corps mystique du Seigneur, l’Esprit habite en nous, comme il habite en Jésus, le vrai Temple de Dieu. Mais avant que n’intervienne l’Esprit, l’homme habite dans le péché. Celui-ci domine toute l’existence de l’homme : l’homme vit alors selon la chair, cette demeure du péché, qui est l’anti-temple de Dieu. Mais l’installation de l’Esprit chasse le, péché qui n’exerce plus son influence dominatrice. Le chrétien est ainsi sauvé par l’Esprit qui le sanctifie et qui en fait son Temple. Et cela se fait dans l’identification au Christ, lui qui est à la fois mort et vivant. Crucifié, le Christ est mort au péché, sa chair semblable à la chair de péché a été détruite ; ressuscité, il vit dans la sainteté divine. L’identification de l’homme au Christ le place également dans ce double état : d’une part il est crucifié avec lui et donc il est mort au péché, et d’autre part il est vivant avec lui parce qu’il possède son Esprit, qui fait naître à la vie nouvelle de la justice, c’est-à-dire à la sainteté qui fait produire des oeuvres agréables à Dieu. Ce n’est donc plus le péché qui règne en l’homme pour le pousser au mal, mais e’est l’Esprit qui pousse l’homme vers une conduite juste et bonne. Le chrétien apparaît alors comme un homme nouveau qui vit de l’Esprit Saint, dès aujourd’hui mais bientôt pleinement. Comme la mort du Christ, la mort du chrétien est déjà transfigurée : elle semble être une fin et une destruction, alors qu’elle est en fait résurrection et vie nouvelle.
Ce que les chrétiens sont, ils le sont en devenir : ils sont en train de vivre le mystère de leur salut. Ce sont des hommes qui doivent assumer à chaque instant leur condition humaine, et, en tant que membres du Christ, ils deviennent chrétiens dans la mesure où ils meurent et ressuscitent à chaque instant avec le Christ. L’Esprit Saint leur est donné, mais encore faut-il qu’ils l’acceptent et lui permettent de les renouveler tous les jours à nouveau.
En somme, pour reprendre une autre idée de Paul, l’Esprit en nous constitue les arrhes de la promesse qui nous est faite de devenir enfants de Dieu, et même bien plus que des arrhes, un levain qui déjà nous constitue comme tels dans un corps nouveau, un corps pneumatique, spirituel. Nous participons à la vie de l’Esprit. Ce terme de participation a l’Esprit Saint traduit le terme grec de koinonia, qui indique un contact soit avec une personne soit avec des réalités : c’est la communauté. Nous sommes appelés à la communauté avec le Fils de Dieu, ainsi que l’indique la salutation de la première lettre aux Corinthiens :
Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à la communion de son Fils, Jésus-Christ notre Seigneur (1 Co. 1, 9).
Nous sommes appelés à communier à ses souffrances, comme le dit Paul dans sa lettre aux Philippiens, au chapitre 3 :
afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort (Phi. 3, 10).
Nous communions à son corps et à son sang lors de l’eucharistie, ainsi que Paul le rappelle dans sa première lettre aux Corinthiens, au chapitre 10 :
La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang de Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps de Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps ; car nous participons tous à un même pain (1 Co. 10, 16-17).
C’est de la même manière que Paul entrevoit la participation des chrétiens dans l’Esprit-Saint ; il salue les Corinthiens en ces termes, dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, au chapitre 13 :
Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu, et la communication du Saint-Esprit, soient avec vous tous ! (2 Co. 13, 13).
formule qui peut être d’origine liturgique, mais qui est la plus trinitaire de toutes les formules de salutation du Nouveau Testament, puisque le sens personnel de l’Esprit s’impose nettement, alors que très souvent l’Esprit est simplement considéré comme l’Esprit de Dieu ou l’Esprit de Jésus-Christ. Dans cette formule, l’amour est mis en rapport direct avec Dieu, qui est la source de tout amour, la grâce est mise en rapport avec le Christ qui en est l’origine avec le Père, ainsi que Paul l’annonçait au début de cette même lettre : l’Esprit, quant à lui, est mis en rapport avec la communion. Nous participons à l’Esprit et c’est lui qui nous procure tous les dons spirituels, la charité et tous les autres charismes. C’est a un état de vie complètement nouveau qu’est introduit le croyant, en vivant dans la communion de l’Esprit.

LES CHARISMES DANS LA VIE DE L’EGLISE
La naissance de l’Eglise, telle qu’elle est rapportée dans le livre des Actes des apôtres, s’est accompagnée de manifestations psychiques extraordinaires, et ce livre rapporte bien tout l’intérêt que l’on pouvait porter aux charismes, en tant qu’ils signalaient les origines du christianisme, même dans des groupes qui n’avaient pas encore entendu la prédication de l’Evangile, signe que l’Esprit précède les disciples dans leur travail d’évangélisation. Paul interprète ces charismes comme des manifestations de l’Esprit de Dieu ; en bon héritier de la tradition juive, il estime que la puissance de Dieu est toujours à l’œuvre dans le monde et qu’elle peut gouverner les phénomènes naturels aussi bien que l’existence des hommes. Progressivement, il en viendra à considérer cette puissance de l’Esprit, comme la manifestation d’une hypostase divine, distincte du Père et du Fils et qu’il nommera l’Esprit-Saint, avec une particulière affirmation dans le verset de conclusion de la deuxième lettre aux Corinthiens. Si les interventions divines ont été nombreuses dans les premiers temps du christianisme, c’est parce que l’on se trouvait à un moment crucial de l’histoire religieuse : Dieu lui-même inaugurait un nouveau plan de salut.
Les Thessaloniciens ne semblent pas avoir accordé une grande importance à ces manifestations extraordinaires de la puissance de Dieu, même s’ils ont pu être les témoins des phénomènes spirituels qui ont marqué certainement le passage de Paul, à tel point que celui-ci leur recommande dans sa première lettre aux Thessaloniciens, au chapitre 5 :
N’éteignez pas l’Esprit. Ne méprisez pas les prophéties. Mais examinez toutes choses ; retenez ce qui est bon ; abstenez-vous de toute espèce de mal. (1 Thes. 5, 19-22).
Peut-être faut-il comprendre la méfiance des Thessaloniciens à l’égard des charismes, à partir de cette phrase de Paul, dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens, au chapitre 2 :
Pour ce qui concerne l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ et notre réunion avec lui, nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser facilement ébranler dans votre bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque inspiration, soit par quelque parole, ou par quelque lettre qu’on dirait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était déjà là. (2 Thes. 2, 1-2).
Les Thessaloniciens devaient être quelque peu alarmés, car des rumeurs diverses couraient sur l’imminence de la parousie, du retour du Seigneur ; et les nouvelles paraissent fondées puisqu’elles trouvent leur origine dans des paroles prophétiques que Paul aurait prononcées… Aussi certains chrétiens commencent à déserter leurs occupations quotidiennes, leur travail, pour se préparer à la parousie. La méfiance viendrait donc de la non-réalisation des paroles dites sous l’inspiration de l’Esprit : tout ce qui doit troubler inutilement les cœurs est à éviter sinon à proscrire.
En revanche, la lettre aux Galates et la première lettre aux Corinthiens fournissent de nombreux renseignements sur les dons de l’Esprit au passage de l’apôtre. Les Galates ont commencé leur vie chrétienne en recevant à profusion les dons de l’Esprit, en faisant des expériences spirituelles extraordinaires ; c’est leur oubli de leurs origines chrétiennes que Paul réprimande vivement :
O Galates, dépourvus de sens ! qui vous a fascinés, vous, aux yeux de qui Jésus-Christ a été peint comme crucifié ? Voici seulement ce que je veux apprendre de vous : Est-ce par les oeuvres de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou par la prédication de la foi ? Etes-vous tellement dépourvus de sens ? Après avoir commencé par l’Esprit, voulez-vous maintenant finir par la chair ? Avez-vous tant souffert en vain ? si toutefois c’est en vain. Celui qui vous accorde l’Esprit, et qui opère des miracles parmi vous, le fait-il donc par les oeuvres de la loi, ou par la prédication de la foi ? (Gal. 3, 1-5).
Aux Corinthiens, Paul rappelle les commencements de sa prédication. parmi eux : il leur a annoncé Jésus-Christ crucifié, et cela dans une démonstration de la puissance de l’Esprit :
Pour moi, frères, lorsque je suis allé chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis allé vous annoncer le témoignage de Dieu. Car je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. Moi-même j’étais auprès de vous dans un état de faiblesse, de crainte, et de grand tremblement ; et ma parole et ma prédication ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration d’Esprit et de puissance, afin que votre foi fût fondée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. (1 Co. 2, 1-5).
Alors que ces phénomènes extraordinaires des interventions divines ne caractérisent guère la religion juive, qui est essentiellement légaliste, dans laquelle la tradition et l’écrit font la loi, le christianisme sera une religion fondée sur les interventions de l’Esprit. La foi en la résurrection de Jésus Christ est elle-même basée sur les apparitions qui sont des phénomènes d’ordre prophétique et spirituel. De plus, les preuves que le christianisme naissant tire de l’Ecriture proviennent d’une lecture des livres saints à la lumière de l’Esprit.
C’est également dans sa première lettre aux Corinthiens que Paul est le plus explicite, en ce qui concerne les dons de l’Esprit. Tout d’abord, il insiste sur le fait que les dons de l’Esprit font des fidèles du Christ des « spirituels » ou encore des « pneumatiques », qui sont marqués par des dons différents même si c’est le même Esprit qui agit. Ces phénomènes sont appelés « charismes », ou plus simplement « dons », parce qu’ils sont accordés simplement sous l’effet de la seule grâce de Dieu. Mais Paul parle aussi de « modes d’action », du fait même que c’est Dieu qui agit avec puissance dans ses fidèles, par l’Esprit. Et, au milieu de tous ces dons Paul insiste d’une manière particulière sur ces dons spirituels efficaces que sont les ministères, qui mettent les fidèles au service des autres fidèles, en vue du bien de tous.
Pour ce qui concerne les dons spirituels, je ne veux pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance. Vous savez que, lorsque vous étiez païens, vous vous laissiez entraîner vers les idoles muettes, selon que vous étiez conduits. C’est pourquoi je vous déclare que nul, s’il parle par l’Esprit de Dieu, ne dit : Jésus est anathème ! et que nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur! si ce n’est par le Saint-Esprit. Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ; diversité de ministères, mais le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous. Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre, la foi, par le même Esprit ; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit ; à un autre, le don d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, la diversité des langues ; à un autre, l’interprétation des langues. Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il veut. (1 Co. 12, 1-11).
Au chapitre 14, comme au chapitre 12 de cette lettre, un certain accent est mis sur le dom des langues, la glossolalie : c’est un caractère étrange qui s’est déjà manifesté à la Pentecôte. On a l’impression que le chrétien qui parle en langues s’adresse à Dieu pour prier : les mots prononcés son incompréhensibles, le discours n’a pas de signification déterminée. C’est ce qui donne à ce phénomène son caractère mystérieux : pourtant, saint Paul n’a pas l’air de mettre en doute le fait que ces paroles soient de véritables vocables. Mais un nouveau don se fait nécessairement jour, c’est celui de traducteur en langue normale de ce que les « glossolales » expriment d’une manière incompréhensible pour la plupart des fidèles. La glossolalie apparaît alors simplement comme une émotion de caractère extatique.
Recherchez la charité. Aspirez aussi aux dons spirituels, mais surtout à celui de prophétie. En effet, celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes, mais à Dieu, car personne ne le comprend, et c’est en esprit qu’il dit des mystères. Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console. Celui qui parle en langue s’édifie lui-même; celui qui prophétise édifie l’Église. Je désire que vous parliez tous en langues, mais encore plus que vous prophétisiez. Celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n’interprète, pour que l’Église en reçoive de l’édification. Et maintenant, frères, de quelle utilité vous serais-je, si je venais à vous parlant en langues, et si je ne vous parlais pas par révélation, ou par connaissance, ou par prophétie, ou par doctrine ? Si les objets inanimés qui rendent un son, comme une flûte ou une harpe, ne rendent pas des sons distincts, comment reconnaîtra-t-on ce qui est joué sur la flûte ou sur la harpe ? Et si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat ? De même vous, si par la langue vous ne donnez pas une parole distincte, comment saura-t-on ce que vous dites ? Car vous parlerez en l’air. Quelque nombreuses que puissent être dans le monde les diverses langues, il n’en est aucune qui ne soit une langue intelligible ; si donc je ne connais pas le sens de la langue, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle sera un barbare pour moi. De même vous, puisque vous aspirez aux dons spirituels, que ce soit pour l’édification de l’Église que vous cherchiez à en posséder abondamment. C’est pourquoi, que celui qui parle en langue prie pour avoir le don d’interpréter. Car si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence demeure stérile. Que faire donc ? Je prierai par l’esprit, mais je prierai aussi avec l’intelligence ; je chanterai par l’esprit, mais je chanterai aussi avec l’intelligence. Autrement, si tu rends grâces par l’esprit, comment celui qui est dans les rangs de l’homme du peuple répondra-t-il : Amen ! à ton action de grâces, puisqu’il ne sait pas ce que tu dis ? Tu rends, il est vrai, d’excellentes actions de grâces, mais l’autre n’est pas édifié. Je rends grâces à Dieu de ce que je parle en langue plus que vous tous ; mais, dans l’Église, j’aime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d’instruire aussi les autres, que dix mille paroles en langue. Frères, ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement ; mais pour la malice, soyez enfants, et, à l’égard du jugement, soyez des hommes faits. Il est écrit dans la loi : C’est par des hommes d’une autre langue et par des lèvres d’étrangers que je parlerai à ce peuple, et ils ne m’écouteront pas même ainsi, dit le Seigneur. Par conséquent, les langues sont un signe, non pour les croyants, mais pour les non-croyants ; la prophétie, au contraire, est un signe, non pour les non-croyants, mais pour les croyants. Si donc, dans une assemblée de l’Église entière, tous parlent en langues, et qu’il survienne des hommes du peuple ou des non-croyants, ne diront-ils pas que vous êtes fous ? Mais si tous prophétisent, et qu’il survienne quelque non-croyant ou un homme du peuple, il est convaincu par tous, il est jugé par tous, les secrets de son cœur sont dévoilés, de telle sorte que, tombant sur sa face, il adorera Dieu, et publiera que Dieu est réellement au milieu de vous (1 Co. 14, 1-25).
Paul oppose alors prier en esprit, c’est-à-dire dans un état d’extase, et prier avec son intelligence, même si l’apôtre ne manifeste aucun mépris du don de la glossolalie, puisque lui-même le possède à un degré supérieur même s’il évite de l’utiliser, notamment dans les assemblées liturgiques, puisque personne ne peut donner son assentiment à ce qu’il ne comprend pas il préfère dire quelques paroles compréhensibles par tous que des milliers qui ne soient pas compréhensibles par les fidèles. De la sorte, Paul ne pense certainement pas que la glossolalie soit un phénomène susceptible de caractériser l’universalité du christianisme, comme pouvant s’exprimer ainsi dans toutes les langues du monde ; il accepte simplement ce phénomène, mais en dissuadant quand même les Corinthiens de traiter ce don comme une performance à réaliser d’une manière quelque peu sportive…

La suite de ce chapitre 14 de la première lettre aux Corinthiens permet de se représenter assez concrètement une séance de prophétie dans la communauté de Corinthe. Les chrétiens sont rassemblés, sans doute à la suite de la célébration de la Cène. Quand tout se passe dans l’ordre, comme Paul le souhaite vivement, les fidèles se contentent d’entendre deux ou trois prophètes : les charismatiques parlent séparément, l’un après l’autre, afin que tout le monde soit instruit et encouragé. Et même si quelqu’un se trouve inspiré à un moment ou à un autre, il convient qu’il se taise, car il est maître de l’esprit prophétique qui peut l’animer :

Que faire donc, frères ? Lorsque vous vous assemblez, les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique, une instruction, une révélation, une langue, une interprétation, que tout se fasse pour l’édification. En est-il qui parlent en langue, que deux ou trois au plus parlent, chacun à son tour, et que quelqu’un interprète ; s’il n’y a point d’interprète, qu’on se taise dans l’Église, et qu’on parle à soi-même et à Dieu. Pour ce qui est des prophètes, que deux ou trois parlent, et que les autres jugent ; et si un autre qui est assis a une révélation, que le premier se taise. Car vous pouvez tous prophétiser successivement, afin que tous soient instruits et que tous soient exhortés. Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes; car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Comme dans toutes les Églises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler ; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison ; car il est malséant à une femme de parler dans l’Église. Est-ce de chez vous que la parole de Dieu est sortie ? ou est-ce à vous seuls qu’elle est parvenue ? Si quelqu’un croit être prophète ou inspiré, qu’il reconnaisse que ce que je vous écris est un commandement du Seigneur. Et si quelqu’un l’ignore, qu’il l’ignore. Ainsi donc, frères, aspirez au don de prophétie, et n’empêchez pas de parler en langues. Mais que tout se fasse avec bienséance et avec ordre. (1 Co. 14, 26-40).
Mais, d’après les recommandations de l’apôtre, il semble bien que tout ne soit pas aussi ordonné dans la communauté de Corinthe : glossolales et prophètes veulent tous parler ensemble ! et même des femmes prient en langues et prophétisent, ce qui apparaît comme contradictoire avec la bienséance…
A Corinthe également, les chrétiens se prenaient pour des spirituels au plus haut degré, possédant une connaissance d’ordre religieux qui les placerait volontiers au-dessus des autres. Ainsi, les charismatiques de Corinthe s’estimaient supérieurs aux autres frères, en méprisant par exemple leurs scrupules à consommer des viandes consacrées aux idoles. Paul les invite à une plus grande modestie, même s’il les considère comme des forts, et il leur recommande de vivre la grande dimension de l’amour :
Pour ce qui concerne les viandes sacrifiées aux idoles, nous savons que nous avons tous la connaissance. – La connaissance enfle, mais la charité édifie. Si quelqu’un croit savoir quelque chose, il n’a pas encore connu comme il faut connaître. Mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de lui. – Pour ce qui est donc de manger des viandes sacrifiées aux idoles, nous savons qu’il n’y a point d’idole dans le monde, et qu’il n’y a qu’un seul Dieu. Car, s’il est des êtres qui sont appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, comme il existe réellement plusieurs dieux et plusieurs seigneurs, néanmoins pour nous il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes. Mais cette connaissance n’est pas chez tous. Quelques-uns, d’après la manière dont ils envisagent encore l’idole, mangent de ces viandes comme étant sacrifiées aux idoles, et leur conscience, qui est faible, en est souillée. Ce n’est pas un aliment qui nous rapproche de Dieu: si nous en mangeons, nous n’avons rien de plus ; si nous n’en mangeons pas, nous n’avons rien de moins. Prenez garde, toutefois, que votre liberté ne devienne une pierre d’achoppement pour les faibles. Car, si quelqu’un te voit, toi qui as de la connaissance, assis à table dans un temple d’idoles, sa conscience, à lui qui est faible, ne le portera-t-elle pas à manger des viandes sacrifiées aux idoles ? Et ainsi le faible périra par ta connaissance, le frère pour lequel Christ est mort ! En péchant de la sorte contre les frères, et en blessant leur conscience faible, vous péchez contre Christ. C’est pourquoi, si un aliment scandalise mon frère, je ne mangerai jamais de viande, afin de ne pas scandaliser mon frère. (1 Co. 8, 1-13).
Mais, dans la communauté corinthienne, comme dans d’autres églises fondées par Paul dans le monde païen, les survivances du paganisme sont encore très fortes, et les prophètes eux-mêmes semblent parfois appartenir à un passé païen. A côté, et même à l’intérieur de l’authentique prophétisme chrétien, subsiste un prophétisme païen : certains esprits sont encore en relation avec l’idolâtrie. Et il se peut que les manifestations prophétiques à Corinthe aient revêtu l’aspect des phénomènes du culte dionysiaque. C’est pourquoi Paul essaye par tous les moyens de faire cesser toutes les survivances du passé, en soulignant que les prophètes eux-mêmes ne doivent jamais perdre le contrôle de leurs paroles et de leurs actes. Si Dieu invite ses prophètes à l’obéissance, il ne supprime jamais leurs réactions ni même leurs résistances purement humaines, comme ce fut le cas pour Moïse ou pour Jérémie, dans l’Ancien Testament.
Au chapitre 12 de sa première lettre aux Corinthiens, Paul établit une sorte de hiérarchie dans les charismes qui sont donnés aux membres de l’Eglise, en vue du bien de tous et pour l’édification du Corps du Christ. Si les Corinthiens avaient une certaine tendance à voir dans la glossolalie la manifestation suprême de l’Esprit, Paul les convainc que tout doit être ordonné en vue du bien de tous, dans l’ensemble du corps, dont il vient de donner la comparaison, au chapitre 12. Les manifestations, même les plus extraordinaires ne sont rien si elles ne servent pas a construire, à édifier. Aussi faut-il d’abord quelqu’un qui soit capable d’interpréter les paroles qui sont dites en langues, sinon il vaut mieux se taire. Mais il n’est nullement question d’empêcher l’Esprit de parler, même de façon curieuse ou inaccoutumée. Toutefois, Paul ne cesse d’affirmer que le véritable Esprit est donné en vue du bien commun ; et, certains membres de la communauté en sont les garants à commencer par les apôtres, puis les prophètes et les docteurs. C’est ainsi que s’élabore textuellement un ordre déjà reconnu dans l’Eglise naissante :
Ceux que Dieu a établis dans l’Eglise sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs… Puis il y a les miracles, puis les dons de guérisons, d’assistance, de gouvernement, les diversités de langues. Tous sont-ils apôtres ? Tous prophètes ? Tous docteurs ? Tous font-ils des miracles ? Tous ont-ils des dons de guérisons ? Tous parlent-ils en langues ? Tous interprètent-ils ? Aspirez aux dons supérieurs. Et je vais encore vous montrer une voie qui les dépasse toutes. (1 Co. 12, 28-33)
Il faut remarquer que Paul place au premier rang des charismes ce que nous appelons aujourd’hui les fonctions ou les ministères, ce qui exclut toute tentative de séparer une Eglise charismatique et une Eglise hiérarchique : ceux qui exercent les plus hautes fonctions dans l’Eglise sont précisément ceux qui ont reçu les charismes les plus importants. Les apôtres, à côté des prophètes, tels qu’ils sont présentés dans cette lettre, jouent le rôle des grands prophètes de l’Ancien Testament, qui furent des prophètes de vocation, et c’est sans doute la raison pour laquelle Paul interprète très souvent sa vocation personnelle dans un sens prophétique : il a reçu, comme les grands prophètes, un message, qu’il lui revient de communiquer et de transmettre. Les apôtres, comme les grands prophètes, parlent au nom de Dieu, ils agissent et s’expriment dans la lumière de l’Esprit. Mais le message apostolique n’apparaît pas comme quelque chose de radicalement nouveau, il ne fait que répéter le message de Jésus-Christ, tout en étant un message de Dieu pour aujourd’hui : l’apostolat, placé ainsi en première place, manifeste que même les prophètes sont soumis aux apôtres. Les charismatiques doivent, selon Paul, reconnaître le bien-fondé des mesures disciplinaires imposées par les apôtres, car le même Esprit qui anime les charismatiques anime également l’apôtre, lui, le fondateur et le chef des Eglises.

LA VOIE LA MEILLEURE
La manière dont Paul analyse les charismes dans sa première lettre aux Corinthiens apparaît comme le fruit d’une sérieuse controverse, et Paul en rabaisse l’importance en raison de la manière dont les Corinthiens considéraient ces charismes. Ils voyaient dams ces dons leur épanouissement définitif et leur accès au monde du divin. Et c’est pour cette raison que Paul est amené à insister sur leur aspect transitoire. Même si ces charismes enrichissent la vie humaine présente, notamment dans le domaine de l’intelligence, ils n’en sont pas moins proportionnés à la vie présente, car ils ne sont absolument pas l’achèvement qui est promis dans la résurrection du Christ. D’une part, il faut reconnaître qu’ils atteignent le niveau des réalités divines et éternelles, mais ils sont aussi des éléments de la vie quotidienne. C’est dans un tel contexte que Paul place la grande hymne à la charité, à l’amour fraternel :
Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne passe jamais. Les prophéties ? Elles disparaîtront. Les langues ? Elles se tairont. La science ? Elle disparaîtra. Car partielle est notre science, partielle aussi notre prophétie. Mais quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaîtra. Lorsque j’étais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant ; une fois devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. A présent, je connais d’une manière partielle; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité. (1 Co.13, 1-13).
Paul veut affirmer la voie chrétienne par excellence : c’est l’amour. Les charismes les plus extraordinaires, si appréciés des Corinthiens, qui semblent ainsi en être restés à un stade infantile, ne sont que pure ostentation s’ils ne sont pas rythmés par l’amour. Celui-ci peut prendre alors le contre-pied de toutes les rivalités que l’apôtre constate dans la communauté. Enfin, l’amour n’est pas caduc : les charismes disparaîtront au retour du Seigneur, mais l’amour demeurera.
L’hymne commence par l’affirmation de la valeur et de la nécessité absolument uniques de l’amour (vv. 1-3), et il se termine par l’affirmation de sa perfection et de son éternité (vv. 8-13). Mais c’est sans conteste la partie centrale qui est la plus intéressante, en ce sens qu’elle définit l’amour, d’abord en ce qu’il fait (deux descriptions positives), puis en ce qu’il ne fait pas (huit descriptions négatives), et enfin en ce qu’il fait (cinq descriptions positives) :

Jesus talks to the women of Jerusalem

6 février, 2013

Jesus talks to the women of Jerusalem dans images sacrée Jesus%20talks%20to%20the%20women%20of%20Jerusalem

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