Archive pour février, 2013

HOMÉLIE : 1ER DIMANCHE DE CARÊME, C

15 février, 2013

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

1ER DIMANCHE DE CARÊME, C

DT 26, 4-10 ; RM 10, 8-13 ; LC 4, 1-13

THÈME : « UNE CHANCE À SAISIR »

(Prononcée en 1998 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), l’homélie suivante est marquée par les événements de cette époque. Le thème général de ce carême était  » Retrouver le souffle et la liberté de l’Esprit »)
Savez-vous que dans cet élégant vaisseau gothique, comme dans la plus modeste des églises, l’Esprit Saint peut, sans le moindre avertissement, « tomber brusquement sur ceux et celles qui écoutent la Parole », nous révèlent les Actes des Apôtres (10, 44). Avec, pour conséquence, des tremblements de cœur et des esprits brusquement enflammés.
Chaque assemblée dominicale peut être vécue comme une Pentecôte. Nous n’en sommes pas pour autant convaincus. C’est donc un rappel. Tout à fait d’actualité, puisque cette année consacrée à l’Esprit Saint nous invite à être attentifs à sa présence et à son action. Voilà une première chance à saisir. Il faut en profiter, car il nous arrive trop souvent de ne pas entendre et de ne pas écouter l’Esprit. Or, il se manifeste, discrètement, par des signes. Et nous passons outre sans même chercher à les comprendre. « Dieu était là et je ne le savais pas », titre Stan Rougier (Presses de la Renaissance, 1998).
Savez-vous ? Croyez-vous ? que nous sommes vraiment habités par l’Esprit ?
Toutes proportions gardées, nous sommes ce matin, comme Jésus au Jourdain. Remplis de l’Esprit Saint. Un Esprit qui veut nous conduire, nous pousser, à travers un désert symbolique durant 40 jours.
Tout désert est « un lieu de recueillement et de retour à l’essentiel » (Jean Paul II). Une occasion providentielle pour vivre aujourd’hui, personnellement et en Eglise, quelque chose de l’expérience du peuple Hébreu durant son exode. Et quelque chose de l’expérience intérieure de Jésus. Car lui aussi, parfaitement homme, a été confronté aux exigences de sa mission et à l’épreuve des tentations.
Cette quarantaine, qui nous prépare à la renaissance pascale, est pour nous l’occasion de prier, de descendre en soi, de nous recueillir en présence de Dieu et de son esprit d’amour qui habite l’intime de nous-même. Encore une chance à saisir pour découvrir ce que nous sommes. Car il y a aussi ce que nous croyons être. Et ce que nous voulons paraître.
Voilà un appel pressant à la conversion. Et donc déjà un espoir de transfiguration. Qui que nous soyons, quel que soit notre âge, notre état de santé, nos obligations de tous genres, ce temps nous est gracieusement offert pour reprendre souffle et acquérir cette merveilleuse liberté de l’Esprit qui délivre. Or, nous avons toujours besoin d’être délivrés de certaines chaînes qui freinent notre marche et même nous paralysent. Chaînes de l’habitude et celles de l’ignorance, les chaînes des certitudes aveugles, et donc orgueilleuses. Chaînes aussi de la peur du changement.
Entreprendre une expérience de carême n’est donc pas un simple exercice de piété. C’est une véritable guerre sainte. Les combats menés par les Hébreux et par Jésus ne sont pas de la figuration. Les nôtres non plus. « L’ascèse chrétienne, estimait Rimbaud, est un combat plus dur que la bataille d’hommes ».
Ce que les témoignages bibliques nous révèlent, c’est bien l’expérience des trois grandes tentations auxquelles les humains de tous les temps sont confrontés. Les tentations majeures de tout homme, écrit André Thayse, « la puissance économique, la puissance politique, la puissance idéologique et religieuse… » (Luc, l’Evangile revisité, Ed. Racines/Lumen Vitae 1997, p 59).
La première évoque l’appât des biens matériels, celui des nourritures terrestres. Le culte et l’idolâtrie du Mammon de toujours. Le dieu de l’Avoir, de la consommation et de toutes les gourmandises. A tout prix. Même s’il faut en faire payer le prix fort aux plus faibles et aux plus démunis. Pourquoi, en effet, et partout, le fossé ne cesse-t-il de s’agrandir entre ceux qui ne manquent de rien et ceux qui manquent à peu près de tout ?
Parce que, entre autres choses, il existe aujourd’hui une philosophie de l’homme « programmé » par et pour le marché. « L’homme-marché », traduit un économiste, celui d’une époque « où le travail, à tous les niveaux, se voit livré à une pure logique d’intérêt ». La vie d’un homme, avouait le personnage cynique d’un film récent, vaut ce qu’elle vaut sur le marché du travail. Rien de plus.
Mais nous savons que l’on peut être « matériellement rassasié et spirituellement privé de finalité, de sens et d’amour ». Il y a d’autres faims. Et en définitive, selon l’expression de Jean-Paul II, il y a une « faim de Dieu qui dévore l’homme ».
Autre tentation universelle, celle du pouvoir. La détention de la moindre autorité procure une sorte d’ivresse qui rend aveugle, sourd et impitoyable. Une arme qui conduit à tous les compromis pour qui veut s’imposer, dominer, profiter. Y compris à la plus petite échelle de la vie ordinaire. Un pouvoir qui monte à la tête et qui fait oublier et Dieu, et la personne humaine. Nul d’entre nous n’échappe à ce genre de sollicitations insidieuses et quotidiennes. Elles font des ravages dans tous les secteurs. Ce qui crée des situations d’oppression dans les couples et les familles, à l’école, au travail ou dans les cloîtres, dans l’industrie, la politique ou le commerce, dans les nations et dans les Eglises. Le pouvoir, la réussite, le prestige et la gloire m’appartiennent, susurre à nos oreilles l’esprit du Mal. Il suffit pour les acquérir de se prosterner devant lui, fait dire Luc au Démon tentateur.
Même Jésus, ne craignons pas de le constater, a été tenté par un messianisme terrestre et triomphant, que réclamaient ses partisans. « Jésus, sachant qu’on allait venir l’enlever pour le faire roi, se retira à nouveau seul dans la montagne. » (Jean). Tentation encore du prestige que procure l’action d’éclat. Transformer, par exemple une pierre en pain. « N’es-tu pas le Messie ? » Alors ! … Tout comme nous voudrions quelquefois que Dieu envoie des légions d’anges pour mettre fin au massacre des innocents, aux escalades de la violence et de l’injustice. Mais sans vouloir pour autant changer quoi que ce soit à nos propres comportements. Et cette autre tentation millénaire de vouloir mettre Dieu en demeure d’accomplir un miracle. Comme les Hébreux au désert qui en réclamaient : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui, ou non ? » (Ex 17, 7). Qu’il le montre ! Perpétuelle tentation toujours actuelle de vouloir chercher preuves et assurances dans les faits merveilleux, les révélations et les apparitions. Recherche bien peu évangélique de l’extraordinaire.
C’est pourquoi, les mystiques nous invitent au « jeûne spirituel ». Celui qui nous apprend « à jeûner de l’amour du pouvoir et de la vaine gloire. A ne pas alimenter notre amour propre ». A jeûner aussi « de la médisance, de la parole mensongère et peut-être meurtrière », écrit le théologien orthodoxe Olivier Clément. Un jeûne qui « affronte et limite les deux « passions-mères » (que sont) l’avidité et l’orgueil ». Invitation pressante enfin à ne pas oublier « la grande tradition du partage, sans lequel le jeûne n’est qu’un pur ritualisme » (La Croix, 24.02.98).
Déjà au 4e siècle, Jean Chrysostome, « la bouche d’or », mettait en garde ses auditeurs : « Vos chiens sont nourris avec soin. Mais, à votre porte, vous laissez mourir de faim Jésus-Christ lui-même. » Et que dirait-il aujourd’hui des variétés de menus sélectionnés, offerts aux animaux domestiques. Et il n’y a pas que la porte de nos maisons, il y a celles de nos pays. Sans oublier les multiples faims réelles de l’humanité. « Si la ville est un territoire de crises, il doit être aussi celui des renouveaux, suggère le journal « Sans abri ».
Mais il n’y a pas que le temps du carême. Les harcèlements tentateurs que Jésus a eu à subir au début de sa vie publique ont été poursuivis par ses adversaires. Il y aura, comme aujourd’hui encore, les mécontents d’avoir été dérangés dans la quiétude de leurs habitudes et de leurs certitudes définitives. Ils ne cesseront de le critiquer, comme on critique tous les prophètes. D’autres tenteront de le mettre en contradiction avec la Parole de Dieu et les commandements de la Loi. Ils lui opposeront même des paroles de l’Ecriture, exactement comme le Démon au désert. Mais des paroles desséchées par la lettre, rapetissées par l’étroitesse de leur esprit, durcies par l’insensibilité de leur cœur de pierre. C’est toujours d’actualité.
C’est dire qu’aujourd’hui comme hier, une Parole de Dieu, une parole de l’Evangile, une parole du Coran, peut être détournée de sa source et de sa signification, pour être mise au service d’une idéologie religieuse, d’un pouvoir totalitaire.
Jésus, au désert, a été tenté par le Diable. Parfaitement !, disait saint Augustin. « Le Christ a été tenté par le Diable ! Mais c’est toi qui dans le Christ étais tenté. Et c’est en lui que tu es capable de dominer l’esprit du Mal. Reconnais donc que c’est toi qui es vainqueur en lui ». Le combat n’est donc pas au-dessus de nos forces. La conversion non plus.
C’est une publicité du moment qui m’inspire cette dernière interpellation synthétique. Cette pub chante les mérites de l’Exposition Batibouw, qui vient de s’ouvrir et qui ambitionne d’être sur le plan matériel ce que nous pouvons dire du Carême sur le plan spirituel : « Le grand rendez-vous annuel de la construction… ». Ajoutons-y (du Royaume de Dieu)… « Un secteur particulièrement créatif et novateur » … Et je complète : quand on se laisse éclairer, conduire, bousculer et pousser par l’Esprit.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

Inside the Sanctuary of a Church (Mikhail Villie, no date (1880s-1890s)

14 février, 2013

Inside the Sanctuary of a Church (Mikhail Villie, no date (1880s-1890s) dans images sacrée

http://01varvara.wordpress.com/2008/04/06/mikhail-villie-inside-the-sanctuary-of-a-church-no-date-1880s-1890s/

 

JOURNÉE DE L’ÉCRITURE CYRILLIQUE, DE L’ÉDUCATION ET DE LA CULTURE BULGARES

14 février, 2013

http://www.bulgaria-france.net/traditions/kir_met.html

JOURNÉE DE L’ÉCRITURE CYRILLIQUE, DE L’ÉDUCATION ET DE LA CULTURE BULGARES

24 MAI – JOUR FÉRIÉ EN BULGARIE

Cette journée est l’une des fêtes bulgares les plus anciennes. L’académicien Youhnovski a trouvé des notes de voyage d’Arméniens datant de 1813 dans lesquelles un prêtre a témoigné que le 22 mai 1803 on l’avait emmené à Shumen à une fête de l’écriture des Bulgares où il avait observé qu’ils chantaient des chansons tristes et dansaient le « xoro ». Ainsi nous apprenons que la première célébration connue a eu lieu il y a plus de deux cents ans.

C’EST À L’ÉCOLE DE L’ÉPARCHIE « SAINTS CYRILLE ET MÉTHODE »
(Sveti Kiril i Metodi) à Plovdiv en Bulgarie, le 11 mai 1851 que, à l’initiative de Naïden Guerov, on organise pour la première fois la fête des Saints frères Cyrille et Méthode, les créateurs de l’alphabet cyrillique. Depuis 1857 elle devint une fête officielle pour les villes de Plovdiv, Tzarigrad (Istanbul), Shoumen, Lom. La date du 11 mai n’est pas choisie par hasard par Naïden Guerov [Najden Gerov] (1823-1900), c’est aussi la fête ecclésiastique des deux saints Cyrille et Méthode.
Note : Naïden Guerov créa une école en 1850.
La tradition de célébrer le 11 mai (depuis l’introduction du calendrier grégorien en 1916, la date est devenue le 24 mai [note Bulgaria-France]) comme le jour des saints apôtres et éveilleurs d’esprit slaves Cyrille et Méthode remonte au XIIè siècle. Ils furent canonisés à la fin du IXè siècle.
En outre, on commémore la disparition de Saint Cyrille le 14 février et celle de Saint Méthode le 06 avril.
A l’occasion de la célébration du millénaire de la mission des saints Cyrille et Méthode en Moravie, le Saint Synode de toute la Russie prit la décision :
En souvenir du millénaire de la consécration de notre langue maternelle par l’Evangile et la foi chrétienne, tous les ans, à commencer par l’année en cours 1863, le 11 mai sera le jour de la fête religieuse des Révérends Cyrille et Méthode !
Depuis, le jour est célébré également dans tous les pays slaves orthodoxes : Biélorussie, Croatie, Moldavie, Monténégro, Serbie, Slovaquie, Tchéquie et Ukraine. En 1991, en Russie, cette journée a été officiellement déclarée au niveau national la Journée de la littérature et de la culture slave.
Le jour commun des saints Cyrille et Méthode a été célébré par l’Église bulgare durant les siècles suivants et à partir de la période de la renaissance bulgare il est devenu également le jour de l’école et des lettres créées par Cyrille et Méthode. Cette fête exprime la quête des Bulgares d’une église indépendante, d’éveil national et d’essor de leur nation.
Pendant la Renaissance, la fête de Saint Cyrille et Saint Méthode est célébrée non seulement en Bulgarie mais aussi à l’étranger : par l’émigration en Russie et en Roumanie, par les étudiants bulgares à l’étranger, ainsi que par les Bulgares bannis à Diarbekir. La célébration enthousiaste de la fête des saints frères Cyrille et Méthode par les Bulgares est le témoignage de leur aspiration à la science et à l’éducation, à l’indépendance nationale et à un essor économique et culturel rapide.
En 1892 Stoyan Mihaylovski [Mihaïlovski] écrivit le texte de l’hymne des écoles, bien connu de tous les Bulgares par son premier verset : « Varvi Narode Vazrodeni »
(En avant, peuple éveillé !). On lui a donné le titre de « L’hymne aux Saints Cyrille et Méthode ». Il se compose de 14 couplets, dont les six premiers sont très souvent interprétés de nos jours. La musique de l’hymne a été composée par Panayot Pipkov le 11 mai 1900. Ci-après les deux premiers couplets écrits selon l’orthographe bulgare de l’époque:

Le texte et la musique de Vurvi, narode vazrodeni,
De nos jours le 11 mai est célébré en tant que fête religieuse des Saints frères Cyrille et Méthode et le 24 mai s’est pérennisé comme le jour de l’écriture slave, de l’éducation et de la culture bulgares.
Le 24 mai, jour de l’alphabet slave et des Saints frères Cyrille et Méthode est également fêté à l’étranger (en Russie, il fut célébré pour la première fois en 1986 à l’initiative de l’écrivain de Mourmansk, Vitalii Maslov. C’est d’ailleurs Mourmansk qui est le point le plus septentrional où on peut trouver un monument des saints frères Cyrille et Méthode).
Le 24 mai est une fête qui n’a aucun analogue chez les autres peuples : jour de l’écriture, de l’éducation et de la culture. C’est la fête de l’éveil spirituel, de l’aspiration au perfectionnement à travers la science et la culture. Les lettres créées par Cyrille et Méthode, leurs traductions des livres liturgiques, la défense du droit de chaque peuple à glorifier Dieu dans sa propre langue, ont une importance historique qui dépasse la formation et la prospérité de la nation bulgare. Leur œuvre est humanitaire et démocratique, commune à tous les slaves et au service de la grande idée humaine d’égalité de tous dans le domaine spirituel.
Le fait que Constantin Cyrille, dit Le Philosophe, a créé l’alphabet et les premières traductions en langue slave est incontestable. Mais une des questions des plus intéressantes, restée sans réponse univoque encore actuellement, porte sur la création, dans une période relativement brève, de deux alphabets slaves, à savoir l’alphabet cyrillique et l’alphabet glagolitique. Les avis ne s’accordent pas tous pour affirmer lequel des deux a été créé par Constantin Cyrille.
Selon l’hypothèse la plus répandue sur la création des deux alphabets, le cyrillique ferait son apparition chronologiquement après le glagolitique. D’un point de vue acoustique et graphique le cyrillique est basé sur l’uncial grec. Ce serait St Clément d’Ohrid, un des disciples de Constantin Cyrille, qui l’aurait créé et lui aurait donné le nom de son professeur, en marque de respect. La plupart des scientifiques attribuent l’alphabet glagolitique à Constantin Cyrille. Il correspond à la composition phonétique de la langue bulgare et possède une graphie originale ; certains chercheurs indiquent que le dessin des lettres suit les règles de « la Section d’or » (les rapports du petit et du grand côté à l’ensemble sont identiques). Si entre l’alphabet glagolitique et l’alphabet cyrillique il existe une certaine continuité, ils n’en comportent pas moins des différences significatives. L’alphabet cyrillique remplaça rapidement l’alphabet glagolitique, d’abord en Bulgarie orientale et notamment dans la capitale de l’époque, Preslav. A l’école d’Ohrid (Bulgarie occidentale) l’alphabet glagolitique fut plus largement répandu et employé plus longtemps.
Il existe quelques monastères au bord de la Mer Adriatique, en Croatie, où le glagolitique a été utilisé en cryptographie jusqu’au XIXè siècle.
Selon la deuxième hypothèse, Constantin Cyrille, le Philosophe, serait l’auteur des deux alphabets, ce qui signifierait qu’il aurait traduit les principaux livres liturgiques deux fois. En 855 il aurait créé l’alphabet cyrillique dérivé de l’écriture grecque en l’adaptant au langage slave pour traduire ensuite les livres liturgiques pour les besoins des slaves bulgares de la région du fleuve de Brégalnitsa (Macédoine du nord-ouest). Plus tard, en 862-863, il aurait créé l’alphabet glagolitique, recopiant les livres déjà traduits afin de donner à sa mission en Grande-Moravie une expression chrétienne universelle.
De nos jours l’alphabet cyrillique est employé non seulement par les Bulgares, mais également par les Serbes, les Monténégrins, les Russes, les Biélorusses aussi bien que par beaucoup d’autres peuples non slaves de l’ex URSS, ainsi que par les Mongols : environ 200 millions de personnes en tout.
L’oeuvre de Cyrille et Méthode a été continuée par leurs disciples Clément, Naoum, Anguélarii, Gorazd et Sava qui, à leur arrivée en Bulgarie, ont reçu le soutien du Roi bulgare Boris I.
Chacun des cinq étudiants a sa propre fête religieuse, mais en plus, le 27 juillet on célèbre en commun les deux saints Cyrille et Méthode et leurs cinq élèves.
La fête est appelée « Sveti Sedmotchislenitzi » (Les Sept Saints).
Pour leur œuvre les Saints Cyrille et Méthode ont été proclamés co-patrons de l’Europe en décembre 1980.
La lettre encyclique « Slavorum Apostoli » (« Les apôtres des Slaves ») du Souverain Pontife Jean-Paul II du 2 juin 1985.
→ Lire
Les restes de Saint Cyrille sont conservés dans la basilique Saint Clément à Rome (Italie). Le président de la république de Bulgarie, Gueorgui Parvanov avait demandé au Pape Benedict XVI lors d’une audience, le 23 mai 2005, que ces restes soient transportés en Bulgarie. A l’église Sainte Sofia à Sofia (capitale de la Bulgarie) est conservée une relique inestimable : une partie d’une main de Saint Cyrille.

Krassimira Aleksova
lecteur de bulgare à l’Université de Provence.

BENOÎT XVI, UN SIMPLE TRAVAILLEUR QUI A RÉALISÉ LE PLUS IMPORTANT

14 février, 2013

http://www.zenit.org/fr/articles/benoit-xvi-un-simple-travailleur-qui-a-realise-le-plus-important

BENOÎT XVI, UN SIMPLE TRAVAILLEUR QUI A RÉALISÉ LE PLUS IMPORTANT

HOMMAGE DU CARD. BERTONE

ROME, 14 FÉVRIER 2013 (ZENIT.ORG).

Par toute sa vie, y compris avec sa « décision soufferte » de mettre fin à son pontificat, Benoît XVI a donné « l’exemple lumineux d’un simple et humble travailleur dans la vigne du Seigneur, mais un travailleur qui a su à chaque instant réaliser ce qui est le plus important : porter Dieu aux hommes et porter les hommes à Dieu. » : par ces mots, le cardinal Bertone concluait la dernière messe publique du pontificat de Benoît XVI, soulignant la cohérence de celui qui avait déclaré, le jour de son élection : « les Cardinaux m’ont élu moi, un simple et humble travailleur dans la vigne du Seigneur. »
Au terme de la messe des Cendres, hier, 13 février 2013, en la basilique Saint-Pierre, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Vatican, a rendu hommage au pape, traduisant les sentiments de l’assemblée.

HOMMAGE DU CARDINAL BERTONE

Très Saint-Père,
Avec des sentiments de grande émotion et de profond respect, non seulement l’Eglise, mais le monde entier, a appris la nouvelle de votre décision de renoncer au ministère d’évêque de Rome, Successeur de l’Apôtre Pierre.
Nous ne serions pas sincères, Sainteté, si nous ne vous disions pas que ce soir, pèse un voile de tristesse sur nos cœurs. Durant ces années, votre Magistère a été une fenêtre ouverte sur l’Eglise et sur le monde, une fenêtre qui a laissé filtrer les rayons de la vérité et de l’amour de Dieu, pour donner lumière et chaleur à notre chemin, y compris et surtout dans les moments où les nuages s’amoncellent dans le ciel.
Nous avons tous compris que c’est justement l’amour profond que Votre Sainteté voue à Dieu et à l’Eglise qui vous a porté à cet acte, révélant cette pureté d’âme, cette foi solide et exigeante, cette force de l’humilité et de la douceur, associés à un grand courage, qui ont distingué chaque pas de votre vie et de votre ministère, et qui peuvent venir seulement de la vie avec Dieu, du fait de se tenir à la lumière de la parole de Dieu, de monter continuellement la montagne de la rencontre avec Lui pour ensuite redescendre dans la Cité des hommes.
Saint Père, il y a quelques jours, avec les séminaristes de votre diocèse de Rome, vous nous avez donné une leçon spéciale, vous avez dit qu’en tant que chrétien nous savons que l’avenir est à nous, que l’avenir est de Dieu, et que l’arbre de l’Eglise croît toujours de nouveau. L’Eglise se renouvelle toujours, elle renaît toujours. Servir l’Eglise dans la ferme conscience qu’elle n’est pas à nous, mais de Dieu, que ce n’est pas nous qui la construisons, mais c’est Lui; pouvoir dire en vérité la parole évangélique: « Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire » (Lc 17,10), en se confiant totalement dans le Seigneur, c’est un grand enseignement que, même avec votre décision soufferte, vous nous donnez non seulement à nous, Pasteurs de l’Eglise, mais au Peuple de Dieu dans son entier.
L’Eucharistie est une action de grâce à Dieu. Ce soir, nous voulons remercier le Seigneur pour le chemin que toute l’Eglise a fait sous la conduite de Votre Sainteté et nous voulons vous dire du plus profond de notre coeur, avec grande affection, émotion et admiration : merci de nous avoir donné l’exemple lumineux d’un simple et humble travailleur dans la vigne du Seigneur, mais un travailleur qui a su à chaque instant réaliser ce qui est le plus important : porter Dieu aux hommes et porter les hommes à Dieu. Merci !

Traduction de Zenit, Anne Kurian

February 14 : Saints Cyril and Methodius

13 février, 2013

February 14 : Saints Cyril and Methodius dans images sacrée 0214

http://www.cescor.org/0214.html

LE 14 JUILLET : SS. CYRILLE ET MÉTHODE

13 février, 2013

http://www.introibo.fr/Ss-Cyrille-et-Methode-7-juillet#inter4

LE 14 JUILLET : SS. CYRILLE ET MÉTHODE

ÉVÊQUES ET CONFESSEURS.

DOM GUÉRANGER, L’ANNÉE LITURGIQUE

Il convenait que l’Octave des Princes des Apôtres ne s’éloignât point, sans qu’apparussent au Cycle sacré quelques-uns des satellites glorieux qui empruntent d’eux leur lumière à travers les siècles. Deux astres jumeaux se lèvent au ciel de la sainte Église, illuminant des feux de leur apostolat d’immenses contrées. Partis de Byzance, on croirait tout d’abord que leur évolution va s’accomplir indépendante des lois que l’ancienne Rome a puissance de dicter aux mouvements des cieux, dont il est dit qu’ils racontent la gloire de Dieu et les œuvres de ses mains [9]. Mais saint Clément Ier, dont les reliques sont tirées par eux d’une obscurité de huit siècles, incline leur marche vers la cité maîtresse ; et bientôt on les voit graviter avec un éclat incomparable dans l’orbite de Pierre, manifestant une fois de plus au monde que toute vraie lumière, dans l’ordre du salut, rayonne uniquement du Vicaire de l’Homme-Dieu. Alors aussi, une fois de plus, se réalise magnifiquement la parole du Psaume, que tout idiome et toute langue entendra la voix des messagers de la lumière [10].
Au subit et splendide épanouissement de la Bonne Nouvelle qui marqua le premier siècle de notre ère, avait succédé le labeur du second apostolat, chargé par l’Esprit-Saint d’amener au Fils de Dieu les races nouvelles appelées par la divine Sagesse à remplacer l’ancien monde. Déjà, sous l’influence mystérieuse de la Ville éternelle s’assimilant par un triomphe nouveau ceux qui l’avaient vaincue, une autre race latine s’était formée des barbares mêmes dont l’invasion, comme un déluge, semblait avoir pour jamais submergé l’Empire. L’accession des Francs au baptême, la conversion des Goths ariens et de leurs nombreux frères d’armes achevaient à peine cette transformation merveilleuse, que les Anglo-Saxons, puis les Germains, suivis bientôt des Scandinaves, venaient, sous la conduite des moines Augustin, Boniface et Anschaire, frapper eux-mêmes aux portes de l’Église. A la voix créatrice des apôtres nouveaux, l’Europe apparaissait, sortant des eaux de la fontaine sacrée.
Cependant, le mouvement continu de la grande émigration des peuples avait amené sur les rives du Danube une famille dont le nom commençait, au IXe siècle, à fixer l’attention du monde. Entre l’Orient et l’Occident, les Slaves, mettant à profit la faiblesse des descendants de Charlemagne et les révolutions de la cour de Byzance, tendaient à ériger leurs tribus en principautés indépendantes de l’un et l’autre empire. C’était l’heure que la Providence avait choisie, pour conquérir au christianisme et à la civilisation une race jusque-là sans histoire. L’Esprit de la Pentecôte se reposait sur les deux saints frères que nous fêtons en ce jour. Préparés par la vie monastique à tous les dévouements, à toutes les souffrances, ils apportaient à ces peuples qui cherchaient à sortir de leur obscurité passée, les premiers éléments des lettres et la connaissance des nobles destinées auxquelles le Dieu Sauveur conviait les hommes et les nations. Ainsi la race Slave devenait digne de compléter la grande famille européenne, et Dieu, dans cette Europe objet des éternelles prédilections, lui concédait l’espace plus largement qu’il ne l’avait fait pour ses devancières.
Heureuse, si toujours elle s’était tenue attachée à cette Rome qui, dans les rivalités dont ses origines eurent à subir l’assaut, l’avait si grandement aidée ! Rien, en effet, ne seconda plus ses aspirations à l’indépendance que la faveur d’une langue spéciale dans les rites sacrés, obtenue pour elle du Siège de Pierre par ses deux apôtres. Les réclamations de ceux qui prétendaient la garder sous leurs lois montrèrent assez, dès lors, la portée politique d’une concession aussi insolite qu’elle était décisive pour consacrer dans ces régions l’existence d’un peuple nouveau, distinct à la fois des Germains et des Grecs.
L’avenir le devait mieux prouver encore. Si aujourd’hui, des Balkans à l’Oural, des rivages grecs aux bords glacés de l’Océan du Nord, la race Slave s’étend, toujours forte, irréductible aux invasions, maintenant, au sein des empires qui ont pu la terrasser un jour, ce dualisme que le peuple vainqueur doit se résigner à porter en ses flancs comme une menace toujours vivante à travers les siècles : un tel phénomène, qui ne se retrouve point ailleurs en pareille mesure, est le produit de la démarcation puissante opérée il y a mille ans, entre cette race et le reste du monde, par l’introduction dans la Liturgie de sa langue nationale. Devenu sacré par cet usage, le Slavon primitif ne connut point les variations inhérentes aux idiomes des autres nations ; tout en donnant naissance aux dialectes variés de divers peuples issus de la souche commune, il resta le même, suivant les moindres tribus slaves dans les péripéties de leur histoire et continuant, pour le plus grand nombre, de les grouper à part de toutes autres au pied des autels. Belle unité, gloire de l’Église, si le désir, si l’espérance des deux Saints qui l’avaient établie sur le roc immuable, avaient pu l’y maintenir ! Arme terrible au service de la tyrannie, si jamais Satan la faisait tomber parle schisme entre les mains de quelqu’un des suppôts de l’enfer. Mais ces considérations nous entraîneraient trop loin.
En inscrivant la solennité des saints Cyrille et Méthodius au calendrier universel, le Souverain Pontife Léon XIII a voulu donner lui-même leur expression aux hommages et prières de l’Église, dans les deux Hymnes de la fête (voir plus haut à l’Office).
A cet auguste hommage nous joignons nos vœux, ô saints frères. Avec le Pontife suprême, nous osons chanter vos louanges, et vous recommander l’immense portion de l’héritage du Christ où vos sueurs firent germer, à la place des ronces, les fleurs de la sainteté. Préparés dans la solitude à toute œuvre bonne et utile au Seigneur [11], vous ne craignîtes point d’aborder les premiers ces régions inconnues, l’effroi du vieux monde, ces terres de l’aquilon où les Prophètes avaient signalé le trône de Satan [12], la source intarissable des maux ravageant l’univers [13]. L’appel de l’Esprit-Saint vous faisait apôtres, et les Apôtres ayant reçu ordre d’enseigner toutes les nations [14] vous alliez, dans la simplicité de votre obéissance, à celles qui n’étaient pas encore évangélisées. Cette obéissance, Rome, c’était son devoir, voulut l’éprouver, et reconnut qu’elle était sans alliage. Satan aussi le reconnut, à sa défaite ; car l’Écriture avait dit : « L’homme obéissant racontera ses victoires » [15]. Autre puissance qui fut la vôtre, et que nous révèle encore l’Écriture, disant : « Le frère aidé par le frère est comme une ville forte, et leurs conseils sont comme les barres des portes des villes » [16]. Chassé par plus fort que lui, le fort armé vit donc avec rage passer au Christ le domaine qu’il croyait posséder la paix [17], et ses dernières dépouilles, les peuples de l’aquilon, devenir comme ceux du midi l’ornement de l’Épouse [18]. Louez le Seigneur, toutes les nations ; louez-le, tous les peuples [19] : toute langue confesse le Seigneur Jésus-Christ [20] ! Comme monument de la victoire, le septénaire des langues sacrées se complète en ce jour [21]. Mais, ô Méthodius, ô Cyrille, au milieu même des Hymnes saintes que vous dédiait le Pontife souverain, un cri d’alarme a retenti : « Gardez à Dieu les peuples Slaves ! Il est urgent à vous de protéger vos dons. » Levez vos yeux, pourrions-nous en effet dire avec le prophète ; considérez, vous qui venez de l’aquilon : où est le troupeau qui vous fut donné, ce troupeau magnifique ? Quoi donc ! Est-ce contre vous que vous l’avez instruit ? L’avez-vous armé pour votre perte [22] ? Profondeurs de Satan [23] ! le prince de l’aquilon a trop su réparer sa défaite ; et vos bienfaits, et la condescendance de Pierre, sont devenus par ses soins une arme de mort pour ces peuples auxquels vous aviez donné la vie. Détournée de sa voie, l’unité sainte que vous aviez fondée s’est traduite de nos jours, en caractères de sang, dans la formule d’un hideux panslavisme. Entre Byzance déjà de vos temps travaillée par le schisme, et l’Occident latin que l’hérésie devait lui-même plus tard affaiblir et démembrer, elle pouvait être, à son heure, un appui pour l’Église, un espoir de salut pour le monde. Perspectives séduisantes, que votre cœur sans doute avait rêvées, et qui, hélas ! ont abouti à ces atroces persécutions, scandale de nos temps, opprobre de la terre.
Réconfortez les exilés, soutenez les martyrs, gardez les restes d’un peuple de héros ; écartez de quelques autres la fatale illusion qui les solliciterait à courir d’eux-mêmes au-devant de la tyrannie ; pour tous que luise enfin le jour des justices du Seigneur, mais bien plutôt s’il se peut, tout est possible à Dieu, celui de sa miséricorde, assez puissante pour changer les bourreaux sans frustrer leurs victimes. Serait-il donc arrêté que le poids des crimes d’un grand empire a trop fait pencher la balance du côté de la condamnation, pour que ses chefs ouvrent maintenant les yeux, et comprennent quel rôle pourrait être le leur en l’état présent du monde, si Pierre, qui leur tend les bras, voyait revenir à lui l’immense troupeau que paralyse le schisme ? Apôtres des Slaves, et en même temps citoyens de cette Rome où reposent près de celles de Clément vos reliques saintes, aidez les efforts du Pontife suprême cherchant à replacer sur la base où vous l’aviez établi l’édifice qui fut votre gloire.

LETTRE ENCYCLIQUE CARITAS IN VERITATE – DU SOUVERAIN PONTIFE BENOÎT XVI (seulement l’introduction)

13 février, 2013

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/encyclicals/documents/hf_ben-xvi_enc_20090629_caritas-in-veritate_fr.html#_edn10

LETTRE ENCYCLIQUE CARITAS IN VERITATE – DU SOUVERAIN PONTIFE BENOÎT XVI

(Je mets seulement l’introduction)

AUX ÉVÊQUES
AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES
AUX PERSONNES CONSACRÉES
AUX FIDÈLES LAÏCS
ET À TOUS LES HOMMES
DE BONNE VOLONTÉ
SUR LE DÉVELOPPEMENT
HUMAIN INTÉGRAL
DANS LA CHARITÉ ET DANS LA VÉRITÉ

INTRODUCTION

1. L’amour dans la vérité (Caritas in veritate), dont Jésus s’est fait le témoin dans sa vie terrestre et surtout par sa mort et sa résurrection, est la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l’humanité tout entière. L’amour – « caritas » – est une force extraordinaire qui pousse les personnes à s’engager avec courage et générosité dans le domaine de la justice et de la paix. C’est une force qui a son origine en Dieu, Amour éternel et Vérité absolue. Chacun trouve son bien en adhérant, pour le réaliser pleinement, au projet que Dieu a sur lui: en effet, il trouve dans ce projet sa propre vérité et c’est en adhérant à cette vérité qu’il devient libre (cf. Jn 8, 32). Défendre la vérité, la proposer avec humilité et conviction et en témoigner dans la vie sont par conséquent des formes exigeantes et irremplaçables de la charité. En effet, celle-ci « trouve sa joie dans ce qui est vrai » (1 Co 13, 6). Toute personne expérimente en elle un élan pour aimer de manière authentique: l’amour et la vérité ne l’abandonnent jamais totalement, parce qu’il s’agit là de la vocation déposée par Dieu dans le cœur et dans l’esprit de chaque homme. Jésus Christ purifie et libère de nos pauvretés humaines la recherche de l’amour et de la vérité et il nous révèle en plénitude l’initiative d’amour ainsi que le projet de la vie vraie que Dieu a préparée pour nous. Dans le Christ, l’amour dans la vérité devient le Visage de sa Personne. C’est notre vocation d’aimer nos frères dans la vérité de son dessein. Lui-même, en effet, est la Vérité (cf. Jn 14, 6).

2. La charité est la voie maîtresse de la doctrine sociale de l’Église. Toute responsabilité et tout engagement définis par cette doctrine sont imprégnés de l’amour qui, selon l’enseignement du Christ, est la synthèse de toute la Loi (cf. Mt 22, 36-40). L’amour donne une substance authentique à la relation personnelle avec Dieu et avec le prochain. Il est le principe non seulement des micro-relations: rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro-relations: rapports sociaux, économiques, politiques. Pour l’Église – instruite par l’Évangile –, l’amour est tout parce que, comme l’enseigne saint Jean (cf. 1 Jn 4, 8.16) et comme je l’ai rappelé dans ma première Lettre encyclique, « Dieu est amour » (Deus caritas est): tout provient de l’amour de Dieu, par lui tout prend forme et tout tend vers lui. L’amour est le don le plus grand que Dieu ait fait aux hommes, il est sa promesse et notre espérance.

Je suis conscient des dévoiements et des pertes de sens qui ont marqué et qui marquent encore la charité, avec le risque conséquent de la comprendre de manière erronée, de l’exclure de la vie morale et, dans tous les cas, d’en empêcher la juste mise en valeur. Dans les domaines social, juridique, culturel, politique, économique, c’est-à-dire dans les contextes les plus exposés à ce danger, il n’est pas rare qu’elle soit déclarée incapable d’interpréter et d’orienter les responsabilités morales. De là, découle la nécessité de conjuguer l’amour avec la vérité non seulement selon la direction indiquée par saint Paul: celle de la « veritas in caritate » (Ep 4, 15), mais aussi, dans celle inverse et complémentaire, de la « caritas in veritate ». La vérité doit être cherchée, découverte et exprimée dans l’ « économie » de l’amour, mais l’amour à son tour doit être compris, vérifié et pratiqué à la lumière de la vérité. Nous aurons ainsi non seulement rendu service à l’amour, illuminé par la vérité, mais nous aurons aussi contribué à rendre crédible la vérité en en montrant le pouvoir d’authentification et de persuasion dans le concret de la vie sociale. Ce qui, aujourd’hui, n’est pas rien compte tenu du contexte social et culturel présent qui relativise la vérité, s’en désintéresse souvent ou s’y montre réticent.

3. Par son lien étroit avec la vérité, l’amour peut être reconnu comme une expression authentique d’humanité et comme un élément d’importance fondamentale dans les relations humaines, même de nature publique. Ce n’est que dans la vérité que l’amour resplendit et qu’il peut être vécu avec authenticité. La vérité est une lumière qui donne sens et valeur à l’amour. Cette lumière est, en même temps, celle de la raison et de la foi, par laquelle l’intelligence parvient à la vérité naturelle et surnaturelle de l’amour: l’intelligence en reçoit le sens de don, d’accueil et de communion. Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme. L’amour devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement remplie. C’est le risque mortifère qu’affronte l’amour dans une culture sans vérité. Il est la proie des émotions et de l’opinion contingente des êtres humains ; il devient un terme galvaudé et déformé, jusqu’à signifier son contraire. La vérité libère l’amour des étroitesses de l’émotivité qui le prive de contenus relationnels et sociaux, et d’un fidéisme qui le prive d’un souffle humain et universel. Dans la vérité, l’amour reflète en même temps la dimension personnelle et publique de la foi au Dieu biblique qui est à la fois « Agapè » et « Lógos »: Charité et Vérité, Amour et Parole.

4. Parce que l’amour est riche de vérité, l’homme peut le comprendre dans la richesse de ses valeurs, le partager et le communiquer. La vérité est, en effet, lógos qui crée un diá-logos et donc une communication et une communion. En aidant les hommes à aller au-delà de leurs opinions et de leurs sensations subjectives, la vérité leur permet de dépasser les déterminismes culturels et historiques et de se rencontrer dans la reconnaissance de la substance et de la valeur des choses. La vérité ouvre et unit les intelligences dans le lógos de l’amour: l’annonce et le témoignage chrétien de l’amour résident en cela. Dans le contexte socioculturel actuel, où la tendance à relativiser le vrai est courante, vivre la charité dans la vérité conduit à comprendre que l’adhésion aux valeurs du Christianisme est un élément non seulement utile, mais indispensable pour l’édification d’une société bonne et d’un véritable développement humain intégral. Un Christianisme de charité sans vérité peut facilement être confondu avec un réservoir de bons sentiments, utiles pour la coexistence sociale, mais n’ayant qu’une incidence marginale. Dans ce cas, Dieu n’aurait plus une place propre et authentique dans le monde. Sans la vérité, la charité est reléguée dans un espace restreint et relationnellement appauvri. Dans le dialogue entre les connaissances et leur mise en œuvre, elle est exclue des projets et des processus de construction d’un développement humain d’envergure universelle.

5. La charité est amour reçu et donné. Elle est « grâce » (cháris). Sa source est l’amour jaillissant du Père pour le Fils, dans l’Esprit Saint. C’est un amour qui, du Fils, descend sur nous. C’est un amour créateur, qui nous a donné l’existence; c’est un amour rédempteur, qui nous a recréés. Un amour révélé et réalisé par le Christ (cf. Jn 13, 1) et « répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5). Objets de l’amour de Dieu, les hommes sont constitués sujets de la charité, appelés à devenir eux-mêmes les instruments de la grâce, pour répandre la charité de Dieu et pour tisser des liens de charité.

La doctrine sociale de l’Église répond à cette dynamique de charité reçue et donnée. Elle est
« caritas in veritate in re sociali »: annonce de la vérité de l’amour du Christ dans la société. Cette doctrine est un service de la charité, mais dans la vérité. La vérité préserve et exprime la force de libération de la charité dans les événements toujours nouveaux de l’histoire. Elle est, en même temps, une vérité de la foi et de la raison, dans la distinction comme dans la synergie de ces deux modes de connaissance. Le développement, le bien-être social, ainsi qu’une solution adaptée aux graves problèmes socio-économiques qui affligent l’humanité, ont besoin de cette vérité. Plus encore, il est nécessaire que cette vérité soit aimée et qu’il lui soit rendu témoignage. Sans vérité, sans confiance et sans amour du vrai, il n’y a pas de conscience ni de responsabilité sociale, et l’agir social devient la proie d’intérêts privés et de logiques de pouvoir, qui ont pour effets d’entrainer la désagrégation de la société, et cela d’autant plus dans une société en voie de mondialisation et dans les moments difficiles comme ceux que nous connaissons actuellement.

6. « Caritas in veritate » est un principe sur lequel se fonde la doctrine sociale de l’Église, un principe qui prend une forme opératoire par des critères d’orientation de l’action morale. Je désire en rappeler deux de manière particulière; ils sont dictés principalement par l’engagement en faveur du développement dans une société en voie de mondialisation: la justice et le bien commun.

La justice tout d’abord. Ubi societas, ibi ius : toute société élabore un système propre de justice. La charité dépasse la justice, parce que aimer c’est donner, offrir du mien à l’autre ; mais elle n’existe jamais sans la justice qui amène à donner à l’autre ce qui est sien, c’est-à-dire ce qui lui revient en raison de son être et de son agir. Je ne peux pas « donner » à l’autre du mien, sans lui avoir donné tout d’abord ce qui lui revient selon la justice. Qui aime les autres avec charité est d’abord juste envers eux. Non seulement la justice n’est pas étrangère à la charité, non seulement elle n’est pas une voie alternative ou parallèle à la charité: la justice est « inséparable de la charité »  [1], elle lui est intrinsèque. La justice est la première voie de la charité ou, comme le disait Paul VI, son « minimum » [2], une partie intégrante de cet amour en « actes et en vérité » (1 Jn 3, 18) auquel l’apôtre saint Jean exhorte. D’une part, la charité exige la justice: la reconnaissance et le respect des droits légitimes des individus et des peuples. Elle s’efforce de construire la cité de l’homme selon le droit et la justice. D’autre part, la charité dépasse la justice et la complète dans la logique du don et du pardon [3]. La cité de l’homme n’est pas uniquement constituée par des rapports de droits et de devoirs, mais plus encore, et d’abord, par des relations de gratuité, de miséricorde et de communion. La charité manifeste toujours l’amour de Dieu, y compris dans les relations humaines. Elle donne une valeur théologale et salvifique à tout engagement pour la justice dans le monde.

7. Il faut ensuite prendre en grande considération le bien commun. Aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien et mettre tout en œuvre pour cela. À côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société: le bien commun. C’est le bien du ‘nous-tous’, constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui forment une communauté sociale [4]. Ce n’est pas un bien recherché pour lui-même, mais pour les personnes qui font partie de la communauté sociale et qui, en elle seule, peuvent arriver réellement et plus efficacement à leur bien. C’est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher. Œuvrer en vue du bien commun signifie d’une part, prendre soin et, d’autre part, se servir de l’ensemble des institutions qui structurent juridiquement, civilement, et culturellement la vie sociale qui prend ainsi la forme de la pólis, de la cité. On aime d’autant plus efficacement le prochain que l’on travaille davantage en faveur du bien commun qui répond également à ses besoins réels. Tout chrétien est appelé à vivre cette charité, selon sa vocation et selon ses possibilités d’influence au service de la pólis. C’est là la voie institutionnelle – politique peut-on dire aussi – de la charité, qui n’est pas moins qualifiée et déterminante que la charité qui est directement en rapport avec le prochain, hors des médiations institutionnelles de la cité. L’engagement pour le bien commun, quand la charité l’anime, a une valeur supérieure à celle de l’engagement purement séculier et politique. Comme tout engagement en faveur de la justice, il s’inscrit dans le témoignage de la charité divine qui, agissant dans le temps, prépare l’éternité. Quand elle est inspirée et animée par la charité, l’action de l’homme contribue à l’édification de cette cité de Dieu universelle vers laquelle avance l’histoire de la famille humaine. Dans une société en voie de mondialisation, le bien commun et l’engagement en sa faveur ne peuvent pas ne pas assumer les dimensions de la famille humaine tout entière, c’est-à-dire de la communauté des peuples et des Nations [5], au point de donner forme d’unité et de paix à la cité des hommes, et d’en faire, en quelque sorte, la préfiguration anticipée de la cité sans frontières de Dieu.

8. En publiant en 1967 l’encyclique Populorum progressio, mon vénérable prédécesseur Paul VI a éclairé le grand thème du développement des peuples de la splendeur de la vérité et de la douce lumière de la charité du Christ. Il a affirmé que l’annonce du Christ est le premier et le principal facteur de développement [6] et il nous a laissé la consigne d’avancer sur la route du développement de tout notre cœur et de toute notre intelligence [7], c’est-à-dire avec l’ardeur de la charité et la sagesse de la vérité. C’est la vérité originelle de l’amour de Dieu – grâce qui nous est donnée – qui ouvre notre vie au don et qui rend possible l’espérance en un « développement (…) de tout l’homme et de tous les hommes » [8], en passant « de conditions moins humaines à des conditions plus humaines » [9], et cela en triomphant des difficultés inévitablement rencontrées sur le chemin.

Plus de quarante ans après la publication de cette encyclique, je désire honorer la mémoire de Paul VI, et rendre hommage à ce grand Pontife, en reprenant ses enseignements sur le développement humain intégral et en me plaçant sur la voie qu’ils ont tracée, afin de les actualiser aujourd’hui. Ce processus d’actualisation commença avec l’encyclique Sollicitudo rei socialis, par laquelle le Serviteur de Dieu Jean-Paul II voulut commémorer la publication de Populorum progressio à l’occasion de son vingtième anniversaire. Jusque là une telle commémoration n’avait été réservée qu’à l’encyclique Rerum novarum. Vingt ans après, j’exprime ma conviction que Populorum progressio mérite d’être considérée comme l’encyclique « Rerum novarum de l’époque contemporaine » qui éclaire le chemin de l’humanité en voie d’unification.

9. L’amour dans la vérité – caritas in veritate – est un grand défi pour l’Église dans un monde sur la voie d’une mondialisation progressive et généralisée. Le risque de notre époque réside dans le fait qu’à l’interdépendance déjà réelle entre les hommes et les peuples, ne corresponde pas l’interaction éthique des consciences et des intelligences dont le fruit devrait être l’émergence d’un développement vraiment humain. Seule la charité, éclairée par la lumière de la raison et de la foi, permettra d’atteindre des objectifs de développement porteurs d’une valeur plus humaine et plus humanisante. Le partage des biens et des ressources, d’où provient le vrai développement, n’est pas assuré par le seul progrès technique et par de simples relations de convenance, mais par la puissance de l’amour qui vainc le mal par le bien (cf. Rm 12, 21) et qui ouvre à la réciprocité des consciences et des libertés.

L’Église n’a pas de solutions techniques à offrir [10] et ne prétend « aucunement s’immiscer dans la politique des États » [11]. Elle a toutefois une mission de vérité à remplir, en tout temps et en toutes circonstances, en faveur d’une société à la mesure de l’homme, de sa dignité et de sa vocation. Sans vérité, on aboutit à une vision empirique et sceptique de la vie, incapable de s’élever au-dessus de l’agir, car inattentive à saisir les valeurs – et parfois pas même le sens des choses – qui permettraient de la juger et de l’orienter. La fidélité à l’homme exige la fidélité à la vérité qui, seule, est la garantie de la liberté (cf. Jn 8, 32) et de la possibilité d’un développement humain intégral. C’est pour cela que l’Église la recherche, qu’elle l’annonce sans relâche et qu’elle la reconnaît partout où elle se manifeste. Cette mission de vérité est pour l’Église une mission impérative. Sa doctrine sociale est un aspect particulier de cette annonce: c’est un service rendu à la vérité qui libère. Ouverte à la vérité, quel que soit le savoir d’où elle provient, la doctrine sociale de l’Église est prête à l’accueillir. Elle rassemble dans l’unité les fragments où elle se trouve souvent disséminée et elle l’introduit dans le vécu toujours nouveau de la société des hommes et des peuples [12].

AVANT-DERNIÈRE « AUDIENCE GÉNÉRALE » DE BENOÎT XVI, 13.01.2013 – CATÉCHÈSE SUR LE CARÊME : « LAISSER DIEU NOUS TRANSFORMER

13 février, 2013

http://www.zenit.org/fr/articles/catechese-sur-le-careme-laisser-dieu-nous-transformer

CATÉCHÈSE SUR LE CARÊME : « LAISSER DIEU NOUS TRANSFORMER »

AVANT-DERNIÈRE « AUDIENCE GÉNÉRALE » DE BENOÎT XVI, 13.01.2013

ROME, 13 FÉVRIER 2013 (ZENIT.ORG). BENOÎT XVI

« Se convertir », c’est « laisser Dieu nous transformer, cesser de penser que c’est nous qui sommes les seuls constructeurs de notre existence », explique Benoît XVI qui cite Pavel Florensky, Etty Hillesum, Dorothy Day.
Le pape a en effet consacré son avant dernière catéchèse du mercredi à cette introduction à la spiritualité du carême.
« « Se convertir », a dit Benoît XVI, en italien, une invitation que nous écouterons souvent pendant le carême, signifie suivre Jésus en sorte que son Evangile soit le guide concret de notre vie ; cela signifie laisser Dieu nous transformer, cesser de penser que c’est nous qui sommes les seuls constructeurs de notre existence ; cela signifie reconnaître que nous sommes des créatures, que nous dépendons de Dieu, de son amour, et que c’est seulement en « perdant » notre vie en lui que nous pouvons la gagner ».

Catéchèse de Benoît XVI en italien, traduction intégrale

Chers frères et sœurs,
Aujourd’hui, mercredi des cendres, nous commençons le temps liturgique du carême, quarante jours qui nous préparent à la célébration de Pâques : c’est un temps d’engagement particulier dans notre cheminement spirituel. Le nombre quarante revient plusieurs fois dans l’Ecriture sainte. Il nous rappelle en particulier, comme nous le savons, les quarante années pendant lesquelles le peuple d’Israël a cheminé dans le désert : une longue période de formation pour devenir le peuple de Dieu, mais aussi une longue période où la tentation d’être infidèles à l’alliance avec le Seigneur était toujours présente. Quarante est aussi le nombre de jours de marche du prophète Elie pour rejoindre le Mont de Dieu, l’Horeb ; tout comme la période que Jésus passa dans le désert avant de commencer sa vie publique et où il fut tenté par le diable. Dans la catéchèse de ce jour, je voudrais m’arrêter précisément sur ce moment de la vie terrestre du Fils de Dieu, que nous lirons dans l’évangile de dimanche prochain.
Avant tout, le désert, où Jésus se retire, est le lieu du silence, de la pauvreté, où l’homme est privé des soutiens matériels et se trouve face aux demandes fondamentales de l’existence, le lieu où il est poussé à aller à l’essentiel et c’est justement pour cela qu’il lui est plus facile de rencontrer Dieu. Mais le désert est aussi le lieu de la mort, parce que là où il n’y a pas d’eau, il n’y a pas non plus de vie, et c’est le lieu de la solitude, où la tentation se fait sentir à l’homme plus intensément. Jésus va dans le désert, et là, il subit la tentation de laisser le chemin indiqué par le Père pour suivre d’autres routes plus faciles et mondaines (cf. Lc 4,1-13). Ainsi, il se charge de nos tentations, il prend sur lui notre misère, pour vaincre le Malin et nous ouvrir le chemin vers Dieu, le chemin de la conversion.
Réfléchir sur les tentations auxquelles est soumis Jésus dans le désert est une invitation, pour chacun de nous, à répondre à une question fondamentale : qu’est-ce qui compte vraiment dans notre vie ? Dans la première tentation, le diable propose à Jésus de changer une pierre en pain pour calmer sa faim. Jésus réplique que l’homme vit aussi de pain, mais pas seulement de pain : sans une réponse à sa faim de vérité, à sa faim de Dieu, l’homme ne peut pas se sauver (cf. vv. 3-4). Dans la seconde tentation, le diable propose à Jésus la voie du pouvoir : il le mène plus haut et lui offre la domination du monde ; mais ce n’est pas cela, la route de Dieu : il est bien clair pour Jésus que ce n’est pas le pouvoir mondain qui sauve le monde, mais le pouvoir de la croix, de l’humilité, de l’amour (cf. vv. 5-8). Dans la troisième tentation, le diable propose à Jésus de se jeter du pinacle du Temple de Jérusalem et de se faire sauver par Dieu, à travers ses anges, c’est-à-dire d’accomplir quelque chose de sensationnel pour mettre Dieu lui-même à l’épreuve ; mais la réponse est que Dieu n’est pas un objet à qui l’on impose ses conditions : il est le Seigneur de tout (vv. 9-12). Quel est le cœur des trois tentations que subit Jésus ? C’est la proposition d’instrumentaliser Dieu, de l’utiliser pour ses propres intérêts, pour sa propre gloire et son propre succès. Et donc, en substance, de se mettre à la place de Dieu, en l’éliminant de son existence et en faisant comme s’il était superflu. Chacun devrait alors se demander : quelle place Dieu a-t-il dans ma vie ? Est-ce lui, le Seigneur, ou est-ce moi ?
Surmonter la tentation de soumettre Dieu à soi-même et à ses propres intérêts ou de le reléguer dans un coin et se convertir à une juste hiérarchie des priorités, donner à Dieu la première place, est un chemin que tout chrétien doit toujours se remettre à parcourir. « Se convertir », une invitation que nous écouterons souvent pendant le carême, signifie suivre Jésus en sorte que son Evangile soit le guide concret de notre vie ; cela signifie laisser Dieu nous transformer, cesser de penser que c’est nous qui sommes les seuls constructeurs de notre existence ; cela signifie reconnaître que nous sommes des créatures, que nous dépendons de Dieu, de son amour, et que c’est seulement en « perdant » notre vie en lui que nous pouvons la gagner. Cela exige d’opérer nos choix à la lumière de la Parole de Dieu. Aujourd’hui, on ne peut plus être chrétien comme si c’était simplement la conséquence du fait de vivre dans une société qui a des racines chrétiennes : même celui qui naît dans une famille chrétienne et qui reçoit une éducation religieuse doit, chaque jour, renouveler son choix d’être chrétien, c’est-à-dire donner à Dieu la première place, face aux tentations qu’une culture sécularisée lui propose continuellement, face au jugement critique de beaucoup de contemporains.
En effet, les épreuves auxquelles la société actuelle soumet le chrétien sont nombreuses, et elles touchent la vie personnelle et sociale. Il n’est pas facile d’être fidèle au mariage chrétien, de pratiquer la miséricorde dans la vie quotidienne, de laisser de l’espace à la prière et au silence intérieur ; il n’est pas facile de s’opposer publiquement à des choix que beaucoup considèrent comme évidents, comme l’avortement en cas de grossesse non désirée, l’euthanasie en cas de maladie grave, ou la sélection d’embryons pour empêcher certaines maladies héréditaires. La tentation de mettre sa foi de côté est toujours présente et la conversion devient une réponse donnée à Dieu, qui doit être confirmée plusieurs fois dans la vie.
Nous avons des exemples et un stimulant dans les grandes conversions comme celle de saint Paul sur le chemin de Damas, ou celle de saint Augustin, mais même à notre époque qui éclipse le sens du sacré, la grâce de Dieu est à l’œuvre et opère des merveilles dans la vie de tant de personnes. Le Seigneur ne se lasse pas de frapper à la porte de l’homme dans des contextes sociaux et culturels qui semblent engloutis par la sécularisation, comme c’est arrivé pour le Russe orthodoxe Pavel Florensky. Après une éducation complètement agnostique, au point qu’il en éprouvait une véritable hostilité contre les enseignements religieux dispensés à l’école, le savant Florensky en est arrivé à s’exclamer : « Non, on ne peut pas vivre sans Dieu !» et à changer complètement de vie, au point de se faire moine.
Je pense aussi à la figure d’Etty Hillesum, une jeune Hollandaise d’origine juive qui mourra à Auschwitz. Au départ loin de Dieu, elle le découvre en regardant en profondeur au-dedans d’elle-même et écrit : « Il y a en moi un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois, je parviens à le rejoindre, mais plus souvent de la pierre et du sable le recouvrent : alors Dieu est enterré. Il faut à nouveau que je le déterre » (Journal, 97). Dans sa vie dispersée et inquiète, elle retrouve Dieu précisément au milieu de la grande tragédie du vingtième siècle, la Shoah. Cette jeune fille fragile et insatisfaite, transfigurée par la foi, se transforme en une femme pleine d’amour et de paix intérieure, capable d’affirmer : « Je vis constamment dans l’intimité de Dieu ».
Une autre femme de notre époque, Dorothy Day, a témoigné de sa capacité à s’opposer aux idéologies flatteuses de son temps pour choisir la recherche de la vérité et s’ouvrir à la découverte de la foi. Dans son autobiographie, elle confesse ouvertement être tombée dans la tentation de tout résoudre par la politique, en adhérant à la proposition marxiste : « Je voulais aller avec les manifestants, aller en prison, écrire, influencer les autres et laisser mon rêve au monde. Que d’ambition et que de recherche de moi-même il y avait dans tout cela ! ». Son chemin vers la foi, dans un environnement aussi sécularisé, fut particulièrement difficile, mais la grâce agit tout autant, comme elle le souligne elle-même : « Il est certain que j’ai senti plus souvent le besoin d’aller à l’église, de m’agenouiller, de prier en inclinant la tête. Un instinct aveugle, pourrait-on dire, parce que je n’étais pas consciente que je priais. Mais j’y allais, je m’insérais dans cette atmosphère de prière… ». Dieu l’a amenée à une adhésion consciente à l’Eglise, dans une vie consacrée aux personnes déshéritées.
A notre époque, nombreuses sont les conversions comprises comme le retour de quelqu’un qui, après une éducation chrétienne peut-être superficielle, s’était éloigné de la foi et qui redécouvre ensuite le Christ est son évangile. Dans le Livre de l’Apocalypse, on lit ceci : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (3,20). Notre homme intérieur doit se préparer à être visité par Dieu, et c’est précisément pour cela qu’il ne doit pas se laisser envahir par les illusions, les apparences, les choses matérielles.
En ce temps de carême, dans l’Année de la foi, renouvelons notre engagement sur ce chemin de conversion, pour surmonter notre tendance à nous renfermer sur nous-mêmes et pour, au contraire, faire de l’espace à Dieu, en regardant avec ses yeux la réalité quotidienne. L’alternative entre la fermeture de notre égoïsme et l’ouverture à l’amour de Dieu et des autres correspond, pourrions-nous dire, à l’alternative des tentations de Jésus : c’est-à-dire l’alternative entre le pouvoir humain et l’amour de la Croix, entre une rédemption vue uniquement dans le bien-être matériel et une rédemption qui est l’œuvre de Dieu, à qui nous donnons la primauté dans notre existence. Se convertir signifie ne pas se renfermer dans la recherche de son propre succès, de son propre prestige, de sa propre situation, mais faire en sorte que, chaque jour, dans les petites choses, la vérité, la foi en Dieu et l’amour deviennent ce qu’il y a de plus important. Merci !

Traduction de Zenit: Hélène Ginabat

Station III – Jésus tombe pour la première fois sous la croix

12 février, 2013

Station III - Jésus tombe pour la première fois sous la croix dans images sacrée III_stazione

http://www.parrocchiasantapollinare.it/sacramenti-e-liturgia/via-crucis

LA PAROLE DE LA CROIX CHEZ SAINT PAUL

12 février, 2013

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/1126.html

LA PAROLE DE LA CROIX CHEZ SAINT PAUL

THÉOLOGIE

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Rien ne disposait Paul à devenir le messager de l’Evangile de Jésus-Christ crucifié et ressuscité…
Rien ne disposait Paul[1] à devenir l’apôtre des nations et le messager de l’Evangile de Jésus-Christ crucifié et ressuscité. C’est dans sa rencontre avec Celui qu’il persécutait qu’il lui a été donné de comprendre que Jésus qu’il croyait, « maudit de Dieu » était, en réalité, son Fils, un Fils parfaitement « obéissant jusqu’à la mort et la mort sur la croix… élevé au rang de Seigneur de l’univers (Ph 2,9-11). Sur le chemin de Damas, Dieu a, en effet, « ôté le voile » qui empêchait Paul de voir sa gloire sur le visage du Christ Jésus crucifié. Dans le « dévoilement » du Fils (Ga 1,13-17), il a perçu le sens de la croix et la gratuité radicale de l’initiative de Dieu à son égard.
Parce qu’il lui a été révélé que la Passion est l’expression parfaite de l’amour du Christ pour son Père et pour l’humanité, en même temps que la révélation de la nature paradoxale de la toute-puissance du Dieu de Jésus-Christ, Paul a donc décidé de ne chercher que Jésus Christ crucifié, pour être crucifié avec lui : «  Avec le Christ, je suis un crucifié. Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi. Car ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2,19-20). En conséquence, s’il sera dominé par l’annonce de l’évangile qu’il a reçu (1 Co 15,3-5), le ministère de Paul sera surtout déterminé par la révélation de la nature déconcertante de la puissance de Dieu qui se donne à voir dans la faiblesse de Jésus-Christ crucifié. Alors que la première tradition chrétienne évoquait la mort de Jésus, mais sans nécessairement s’attarder sur la nature de cette mort, l’insistance sur la mort de Jésus par crucifixion sera même un trait caractéristique de la prédication de Paul[2].
Comme on le constate à la lecture des deux premiers chapitres de la 1ère lettre aux Corinthiens rédigée dans les années 53-54[3], Paul, pour la première fois, mettra en œuvre une « théologie de la croix[4] » qui ne relève pas d’une construction intellectuelle ou d’une théorie religieuse, car la croix a « parlé » dans son existence, lorsque Dieu s’est révélé à lui sous la figure d’un crucifié.

LA « PAROLE DE LA CROIX » EST FOLIE
Pour bien saisir les enjeux de la « théologie de la croix » que Paul va élaborer[5], il n’est peut-être pas inutile de rappeler que la communauté de Corinthe était confrontée à de multiples problèmes, mais ce qui par-dessus tout semblait inquiéter l’apôtre, c’était l’existence de tensions identitaires au sein de la communauté (1 Co 1, 11). Chaque groupe en présence se référait, semble-t-il, à une figure fondatrice qui donnait une orientation particulière à l’expression de sa foi : Paul, Apollos ou Céphas (1 Co 1,12). Or, devant ces divisions (1 Co 1,10-17), conséquence d’une trop grande importance accordée à la parole (cf. 1 Co 2,1-5), à la connaissance (1 Co 8,1-3.11) ou à certaines manifestations de l’Esprit (1 Co 12-14)[6], que fait Paul ? Il plante la croix du Christ au milieu de la communauté déchirée de Corinthe : « Le Christ est-il divisé ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été crucifiés ? » (1 Co 1,13)
A ceux qui sont divisés, Paul oppose ainsi un événement scandaleux qui n’offre, à cette époque, aucune possibilité de référence identitaire, puisque la crucifixion était le « supplice le plus cruel et le plus infamant[7] » qui soit, celui que l’on réservait aux criminels et aux esclaves. Après avoir rappelé que l’unité de la communauté chrétienne n’a pas d’autre origine et fondement que la croix du Christ, l’apôtre consacre ensuite un long développement à la « parole de la croix » qui proclame sur Dieu le contraire de ce que les hommes conçoivent et comprennent habituellement de lui : « Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu (…) Les Juifs demandent des miracles et les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes» (1 Co 1,18.22-25)
Bien qu’inséparable de « la proclamation de la résurrection de celui qui est devenu, par elle, le Crucifié[8] », la « parole de la croix[9] »,  est, pour l’apôtre Paul, un « scandale » pour les Juifs et une « folie » pour les Grecs. Elle est un « scandale », une pierre d’achoppement, parce que l’aspect sous lequel le Messie se présente est en totale contradiction avec l’attente des Juifs et les représentations qu’ils se faisaient du Messie[10]. La croix semble même être la preuve par excellence que Celui qui y est pendu ne peut être le Messie. La croix est une « folie » pour les Grecs au sens où ne peut prétendre être dieu, même au sens mythologique, quelqu’un qui subit une telle mort, infrahumaine, réservée aux esclaves.
L’événement de la croix heurte ainsi de plein fouet les deux cultures, grecque et juive. C’est un défi pour la raison puisque la croix proclame la puissance de Dieu là où la sagesse des hommes ne perçoit que l’impuissance et l’échec. C’est un non-sens apparent, une aberration, qui rejoint l’humanité – représentée ici par les Grecs à la recherche de la sagesse et les Juifs qui attendent de Dieu des signes de puissance -, dans sa quête de vérité en faisant éclater les limites de la sagesse et de la piété, surtout lorsqu’à travers elles les hommes prétendent identifier Dieu, et par là se sauver eux-mêmes ou se poser comme leur propre fondement[11]. La croix « scandalise tout ce qui mesure (et c’est la folie même) les choses divines à la mesure du visible et de l’humain[12] »
A la lumière de la Résurrection, la mort de Jésus sur la croix, comprise par les hommes comme signe de faiblesse et d’anéantissement, met donc en échec toutes les représentations divines que l’être humain peut se faire, en même temps qu’elle donne accès à une nouvelle connaissance de Dieu (1 Co 1,23-25 ; 2 Co 13,4). Le Dieu que Juifs et Grecs croyaient connaître et dominer, est un Dieu qui se manifeste au cœur de l’humanité là où  le plus horrible revêt, par la mort du Fils comprise comme mort d’oblativité (Ga 1,4 ; 2,20 ; Ph 2,8), la forme la plus extrême de l’Amour[13]. Avec les conséquences qui en découlent pour la vie de l’Eglise et pour l’existence de chacun.

IL S’EST FAIT OBÉISSANT JUSQU’À LA MORT SUR LA CROIX
Pour illustrer les conséquences opérées par la « parole de la croix » pour la vie de l’Eglise, Paul indique ensuite aux chrétiens de Corinthe, comment, par leurs origines sociales ou leurs histoires personnelles, ils sont une illustration de la « folie » qui est au cœur de la prédication chrétienne : « Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu : il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort ; ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est, afin qu’aucune créature ne puisse s’enorgueillir devant Dieu » (1 Co 1,26-29) [14].
Parce qu’elle rassemble des hommes et des femmes vils, faibles méprisables (cf. 1 Co 6,9-11) mais choisis, élus et aimés par Dieu, la communauté de Corinthe manifeste donc aux yeux du monde la grâce de Dieu qui appelle et sauve tout être humain sans condition et sans tenir compte de ses identités mondaines[15]. Accomplissement de la révélation biblique, la « parole de la croix » trouve ainsi, dans la réflexion de Paul, un corrélat ecclésiologique. Car ce qui vaut pour la mort du Christ sur la croix, avec le renversement qu’un tel événement induit par rapport aux représentations que l’on se fait de Dieu, cela vaut aussi pour les communautés chrétiennes qui incarnent la manière dont Dieu élit ce qui est faible et détruit ce qui est fort en contredisant les critères et les attentes des hommes[16].
Mais c’est aussi à l’intérieur de chaque communauté chrétienne, comprise comme Corps du Christ, que la « parole de la croix » fonde des exigences de fraternité, de solidarité, de communion et d’attention aux membres les plus faibles de la communauté « pour lesquels le Christ est mort » (1 Co 8,11). La manière dont Paul, dans la lettre aux Philippiens, relie sa bouleversante exhortation à l’humilité et à l’unité au Christ qui s’est abaissé et humilié en est une très belle illustration : « Ayez un même amour, un même cœur ; recherchez l’unité, ne faites rien par rivalité, rien par gloriole, mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous. Que chacun ne regarde pas à soi seulement, mais aussi aux autres. Comportez-vous ainsi entre vous, comme on le fait en Jésus Christ : lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie d’être l’égal de Dieu, mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, par son aspect, il était reconnu comme un homme ; il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui  a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue proclame que le Seigneur, c’est Jésus Christ à la gloire du Père » (Ph 2,2-11)[17]
En invitant chaque baptisé à se comporter au sein de sa communauté chrétienne dans la fidélité au Christ Jésus qui s’est abaissé et s’est fait obéissant jusqu’à la mort sur la croix, Paul entend poser ici le critère ultime et décisif pour une vie communautaire réellement chrétienne (Ph 2,5). A cet effet, il rappelle que la communion requise des baptisés ne peut être que le reflet de la communion trinitaire qui se révèle sur la croix. Il n’y a donc pas d’autre exigence pour le baptisé que de revêtir les sentiments du Christ qui, en s’abaissant et en s’humiliant a « tué le mur de la haine » (Ep 2,14-18) et réconcilié l’humanité avec Dieu et avec elle-même « en ayant établi la paix par le sang de la croix » (Col 1,20). La « parole de la croix » fonde ainsi un « universalisme » que l’on retrouvera dans la manière dont Paul construira des communautés où « il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave  ni homme libre, ni l’homme et la femme » (Ga 3,28)[18].
Enfin – c’est une autre forme d’universalité -, si « la croix est l’excès de la honte, elle est pour nous le témoignage que, quelle que soit l’abjection dans laquelle un homme puisse tomber, en elle il trouvera la croix du Christ, lui qui s’est abaissé, humilié (cf.Ph 2,8), pour compatir avec lui »[19]

POUR QUE NE SOIT PAS RÉDUITE À NÉANT LA CROIX DU CHRIST
C’est le troisième aspect de notre réflexion ; il s’inscrit dans le droit fil du développement de Paul qui, après avoir montré aux chrétiens de Corinthe comment ils incarnent le monde nouveau né de la mort et de la résurrection du Christ, poursuit sa réflexion en évoquant sa venue à Corinthe : « Moi-même, quand je suis venu chez vous, frères, ce n’est pas avec le prestige de la parole ou de la sagesse que je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu. Car j’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié ». Ce à quoi il ajoute « Aussi ai-je été devant vous faible, craintif et tout tremblant ; ma parole et ma prédication n’avaient rien des discours persuasifs de la sagesse, mais elles étaient une démonstration faite par la puissance de l’Esprit, afin que votre foi ne soit pas fondée sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Co 2,3-5)
Voilà qui montre que l’orientation de la réflexion de Paul sur le Christ, mort crucifié et ressuscité[20], avec ses conséquences par rapport aux représentations que l’on se fait de Dieu et à la vie des communautés chrétiennes, éclaire aussi la manière dont l’apôtre envisage son ministère, notamment en s’interdisant toute annonce de l’Évangile qui risquerait de le réduire à un simple discours de sagesse humaine : « Le Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais annoncer l’Évangile, et cela sans recourir à la sagesse du discours pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ » (1 Co 1,17 ; 2,3-5). C’est la raison pour laquelle Paul défendra farouchement l’Évangile qu’il a reçu (Ga 1,6-9 ; 2,14ss) contre ceux qui, trahissant l’œuvre salvifique du Christ,  en prônant surtout le retour à la loi de Moïse, annoncent des évangiles  qui ne sont pas conformes à cet Evangile dont il ne cesse d’approfondir les conséquences pour l’humanité.
C’est aussi pour cela qu’à la lumière de la croix Paul interprètera les échecs et les épreuves qu’il rencontre. Ils sont un des lieux privilégiés de la configuration de l’apôtre au Christ et de la participation à son œuvre salvifique : « Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus » (2 Co 4,10)[21]. Et l’auteur de la lettre aux Colossiens écrira : « Je trouve maintenant ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous, et je complète ce qui manque aux tribulations du Christ en ma chair pour son corps qui est l’Église » (Col 1,24)[22]. Il n’en est pas moins vrai que s’ils sont l’occasion, pour l’apôtre, de communier aux souffrances du Christ sur la croix, les épreuves, les faiblesses et les échecs sont surtout le lieu où l’apôtre peut expérimenter la présence du Ressuscité et la puissance de l’Amour de Dieu qui  console et rend fort (2 Co 1,3-5). D’autant plus que « nos détresses d’un moment sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu’elles nous préparent. Notre objectif n’est pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel » (2 Co 4,17 ; Rm 8,18).
On se souvient ici de ce passage de la lettre aux Philippiens où Paul lie de manière indissociable la puissance de la Résurrection et la communion aux souffrances du Christ : « Car il s’agit de le connaître, lui, avec la puissance de sa Résurrection et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans sa mort afin de parvenir, s’il l’est possible, à la Résurrection d’entre les morts » (Ph 3,10-11).  Pourquoi une telle insistance ? Parce que, pour le disciple de Jésus, souffrances et persécutions sont « le moyen par lequel la puissance de Dieu se révèle en plénitude, comme dans le « logos tou staurou », lorsque la fragilité et la vulnérabilité deviennent le lieu même de la puissance divine[23] » Ce à quoi Jean Noël Aletti ajoute : « De plus, le disciple du Christ ne souffre pas seul, il souffre avec le Christ[24] et avec les autres croyants[25]; mieux étant en Christ, membre du corps du Christ, c’est en quelque sorte le corps du Christ qui souffre en lui et par lui[26] ». Pas de dolorisme ni de masochisme donc dans le désir qu’a Paul de participer aux souffrances du Christ, puisque c’est dans la perspective de la communion avec le Ressuscité, qui est le Vivant, que les souffrances sont envisagées et éprouvées. Pour que la puissance de Dieu puisse vraiment et paradoxalement se manifester.
Pour Paul, tel est le grand mystère de l’Annonce de l’Évangile : c’est dans la faiblesse et la pauvreté des situations que la puissance de Dieu peut donner toute sa mesure[27] (1 Co 1,26ss ; 2 Co 4,7-10). C’est aussi le mystère de toute vie baptismale et de tout apostolat où, au plus profond de sa misère, de sa faiblesse, de ses échecs et de ses souffrances, s’impose la nécessité d’accueillir l’œuvre de la toute-puissance divine : « À ce sujet, par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : ‘Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse afin que repose sur moi la puissance du Christ’. Donc, je me complais dans les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les angoisses pour le Christ. Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12,8-10).
Que dire en conclusion ? Que la croix, dans l’œuvre de Paul, est toujours en référence avec le Ressuscité ou le Seigneur de Gloire[28]. Comprise comme « parole de la croix », elle porte avec elle un langage qui n’est pas de négativité, puisqu’il s’inscrit toujours dans un contexte d’amour (Ga 2,21), de réconciliation (Col 1,28), de paix (Ep 2,14-18), de justice, de sanctification et de délivrance (lCo 1,30). La croix a ainsi, dans l’œuvre de Paul, une fonction de révélation[29] qui fait qu’à l’amour de Dieu manifesté par et sur la croix (Rm 8,31-39), le baptisé est invité à répondre dans un même élan d’amour et d’oblativité[30].
Mais, parce que la foi au Christ, crucifié et ressuscité comporte – et comportera toujours – un aspect de « scandale » et de « folie », on comprendra que la révélation chrétienne et l’existence du baptisé soient, pour Paul, irrémédiablement marqués du double sceau de la contradiction et de l’espérance qui lui est intimement liée[31],et qui fonde une manière particulière d’habiter la condition humaine (2 Co 4,8ss).

© Mgr Pierre Debergé, recteur de l’Institut catholique de Toulouse, SBEV, Bulletin Information Biblique n° 76 (juin 2011) p. 1.

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