Archive pour février, 2013

SAINT AUGUSTIN ET LA JÉRUSALEM CÉLESTE.

20 février, 2013

http://www.eleves.ens.fr/aumonerie/numeros_en_ligne/automne99/elise.html

SAINT AUGUSTIN ET LA JÉRUSALEM CÉLESTE.

ÉLISE GILLON

Saint Augustin, né en 354 en Afrique du Nord, dans la Tunisie actuelle, a vécu les derniers moments de l’Empire romain d’Occident : l’évêque d’Hippone (aujourd’hui Annaba en Algérie) est mort en 430 dans une ville assiégée par les envahisseurs Vandales. Ce déclin de la puissance romaine lui a donné l’occasion de réfléchir à la précarité des pouvoirs séculiers comparés à l’éternité du Royaume de Dieu. L’évêque agonisant cerné par les Vandales ariens, qui niaient la divinité du Christ, avait combattu tout au long de sa vie chrétienne pour l’unité et la paix de l’Église, sans rien sacrifier de la rectitude de la foi, la regula fidei. Mais son parcours était avant tout celui d’un converti, à qui l’amour du Dieu-Trinité s’est révélé par le témoignage d’autres chrétiens, dans la tradition apostolique.

PRIONS POUR SAINT AUGUSTIN ET SAINTE MONIQUE !
Dans ses Confessions, le converti Augustin demande à ses lecteurs, quand ils approcheront de l’autel, de prier pour le repos de sa mère Monique, et de ne pas oublier l’auteur de l’ouvrage. Nous serions tentés plutôt, en « bons catholiques », de demander l’intercession de ceux qui furent reconnus par la suite comme saint Augustin et sainte Monique ; sans nier la légitimité de cette attitude, on peut donner à la requête d’Augustin une signification théologique très précise : les membres du corps du Christ, unis par l’Esprit Saint dans l’amour fraternel, ne peuvent se passer de la prière d’aucun frère, d’aucune soeur. Seul Dieu est saint, seul le Christ est le Médiateur parfait ; autrement dit, la solidarité des chrétiens entre eux est si forte que chaque homme, chaque pécheur (n’oublions pas que saint Augustin est le théoricien du péché originel) a besoin de la multitude de ses frères : « Ne gardez d’autre dette que celle de l’amour mutuel », exhorte saint Paul dans sa lettre aux Romains (XIII, 8). C’est ce caractère mutuel qui définit les relations entre chrétiens, maintenant comme dans la vision béatifique où les citoyens de la Cité sainte s’invitent mutuellement à louer et magnifier le Seigneur.
Cette Jérusalem céleste s’oppose, dans la pensée de saint Augustin, à la cité des hommes, aux formes toujours temporaires que revêt la dévastatrice et dérisoire volonté de puissance d’hommes faibles et déchus. Confronté à la prise de Rome, la Ville par excellence, tombée en 410 aux mains des barbares, l’intellectuel chrétien prend conscience que l’Empire confondu par beaucoup, depuis sa christianisation, avec le royaume de Dieu en train d’advenir, ne représente qu’une forme transitoire de gouvernement. L’absolu déserte l’état. L’effondrement de la civilisation romaine, de sa civilisation, enseigne à Augustin la primauté du Règne du Christ. Il en tirera l’opposition qui structure la Cité de Dieu, son oeuvre la plus connue avec les Confessions : « Deux amours ont bâti deux cités [...] ; l’amour de soi jusqu’à la haine de Dieu, la cité des hommes [...] ; l’amour de Dieu jusqu’à la haine de soi, la cité de Dieu. » La présentation antithétique et hyperbolique de l’ancien rhéteur, qui écrivait alors pour un public païen sensible aux séductions du langage, ne doit pas nous faire oublier l’essentiel, l’amour de Dieu à l’oeuvre dans Sa Providence depuis la création du monde, amour de Dieu révélé dans l’histoire et les écritures de Son peuple Israël, jusqu’à l’Événement suprême, la grâce de l’Incarnation, la mort et la Résurrection du Fils de Dieu, et l’annonce de la Bonne Nouvelle à l’humanité entière. La Civitas Dei, offerte à tout homme qui accepte humblement cette grâce pour devenir concitoyen du Christ, est ainsi déjà présente dans l’histoire humaine, de manière cachée ; elle sera révélée à la consommation des siècles, où nous aurons sans doute quelques surprises… En effet elle ne se confond pas avec l’Église visible, pas plus qu’elle ne se superposait à l’ordre romain : saint Augustin considère que l’Église, en lançant le filet de l’Évangile, ramène nécessairement toutes sortes de poissons au fond du bateau, et que le tri entre les bons et les mauvais n’incombe qu’à Dieu, au jugement dernier. L’Église temporelle ne peut ni ne doit être une église de purs : il faut laisser croître les semences sur son sol maternel, la laisser former ses enfants avec patience et miséricorde, jusqu’au jour de la moisson céleste où le blé sera entassé dans les greniers, enfin séparé de l’ivraie. Sur ce point, saint Augustin s’est farouchement opposé aux schismatiques donatistes pour défendre l’unité de l’Église.

AUGUSTIN, CHAMPION DE L’UNITÉ DE L’ÉGLISE.
Contre les donatistes qui défendaient une Église « intègre », d’où étaient exclus les faibles et les pécheurs, où l’excellence morale des ministres garantissait la validité des sacrements, saint Augustin interprète les paroles du Christ en faveur d’une église « mélangée », où « les scandales sont inévitables » (Luc XVII, 1, Matthieu XVIII, 7), bien que douloureux. La faute fondamentale des donatistes, dans leur recherche de pureté ecclésiale, est de s’être séparés de la Grande Église : saint Augustin leur reproche ce schisme comme une monstruosité, car si l’Église est le corps du Christ, si le « Christ total », totus Christus, est formé de la Tête et du corps, diviser l’Église, c’est diviser le Christ ! De fait, c’est une autre conception de l’intégrité que prêche saint Augustin : l’unité dans la foi, l’espérance et la charité.
La recherche constante de la vérité a conduit saint Augustin à combattre toutes les hérésies de son temps; en particulier, la fidélité à l’Amour l’a porté à « rendre à Dieu ce qui est à Dieu », à reconnaître et confesser la toute-puissance de la grâce de Dieu en s’opposant au pélagianisme naissant. Augustin y a gagné son titre de « docteur de la grâce », associé à la réputation de théologien pessimiste et sévère. Certes, son affirmation de la corruption radicale de l’humanité depuis le péché originel, qui affecte même les nouveaux-nés, peut sembler désespérante : l’homme est impuissant à faire son salut, trop débile pour accomplir le bien par lui-même, contrairement à ce qu’affirme le moine Pélage. Mais saint Augustin affirme simultanément la toute-puissance de la grâce de Dieu dans le Christ Jésus et Sa miséricorde infinie : cette espérance fondamentale lui arrache le cri de reconnaissance des Confessions ; non, Dieu n’abandonne pas l’homme pécheur à sa perte inévitable, il le guide, le conduit, le nourrit de Sa Vérité même, le Christ incarné, mort et ressuscité pour nous. L’obstination, les excès parfois, qui marquent la polémique anti-pélagienne ne pourraient se comprendre sans se référer à l’expérience personnelle de saint Augustin, au chemin de conversion où il a puisé la certitude de la déchéance humaine et de la toute-puissante sollicitude divine ; autant qu’il a pu, le philosophe Augustin s’est dressé en faveur de la liberté humaine, mais comme il le déclare lui-même, « à la fin, la grâce a vaincu ».

UNE FOULE IMMENSE DE TÉMOINS.
Les Confessions nous retracent le chemin qui conduit un jeune homme ambitieux et noceur, un sectateur de l’hérésie manichéenne, un professeur qui poursuivait une belle carrière de rhétorique à Milan, résidence impériale, jusqu’au baptême et à l’épiscopat : la parabole de l’enfant prodigue structure le parcours d’Augustin, qui se reconnaît pauvre et affamé au milieu des honneurs et des plaisirs, et revient vers son Père en abandonnant tout. La rencontre du Christ s’est faite toutefois à travers la rencontre de témoins directs ou indirects de l’amour de Dieu. C’est d’abord sa mère, Monique, vénérée depuis comme sainte, dont les larmes ont intercédé puissamment auprès de Dieu pour la conversion du fils dépravé ; saint Augustin a « sucé le nom du Christ avec son lait », selon sa propre expression, et n’a pu se satisfaire d’aucune des doctrines qu’on lui proposait comme vérités, si la personne du Christ n’y était associée. Saint Ambroise, évêque de Milan, amena le premier l’auditeur manichéen à écouter et respecter la « vérité catholique », dont saint Augustin n’avait rencontré auparavant que des défenseurs intellectuellement peu brillants, facilement désarmés par la subtilité de son argumentation ; Ambroise, ancien avocat, le séduit par la cohérence et l’harmonie de ses discours (Augustin allait à ses homélies comme on va au théâtre), par l’élaboration philosophique de sa foi, puisée au cercle néo-platonicien de Milan, par la beauté des liturgies cathédrales, rehaussées par le chant des psaumes et des hymnes. Le témoignage de saint Ambroise est aussi capital dans la rencontre de saint Augustin avec l’Écriture sainte : l’obscurité et la grossièreté des textes sacrés les rendaient opaques à l’orgueilleux philosophe ; Ambroise lui permet d’y entrer par la porte étroite de l’humilité, en lui révélant la profondeur symbolique des Écritures.
D’autres témoignages ont mené saint Augustin à la conversion, témoignages reçus par la parole ou l’écriture. La « scène du jardin » de Milan, où se concentre l’expérience décisive du renoncement au péché et de la vocation à suivre le Christ, est préparée par le récit d’un ami qui revient de Trèves avec des nouvelles extraordinaires : il a assisté à la conversion radicale d’une de ses connaissances, tombée par hasard sur le passage de la Vie de saint Antoine où saint Athanase relate la conversion du jeune homme ; le père des moines du désert avait abandonné tous ses biens en entendant la parole du Christ à l’homme riche, « Va, vends tout ce que tu as, et suis-moi. » : ainsi agira le camarade de Trèves, ainsi agira le futur saint Augustin quelques minutes après ce récit, en lisant une exhortation de saint Paul à quitter le péché. L’apôtre Paul est de fait le grand modèle de saint Augustin dans la vie chrétienne, le saint auquel le pécheur Augustin se réfère le plus volontiers : « Je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. » (Romains VII, 19). L’exemple du persécuteur de l’Église qui fut apôtre par la grâce du Christ soutiendra Augustin sa vie durant.
Sainte Monique, saint Ambroise, saint Antoine, saint Athanase, l’humble converti de Trèves, saint Paul, et tant d’autres après la conversion, saint Paulin de Noles, saint Jérôme avec qui les relations furent souvent tendues… Cette litanie nous montre saint Augustin soutenu par le témoignage de ses frères, par la communion des chrétiens sur son chemin de foi. Le docteur de la grâce, le chercheur de vérité, l’amant de la Parole de Dieu, le prédicateur infatigable, l’évêque plein de sollicitude envers les frères qui lui étaient confiés est solidaire de tous les membres du Christ dans son pèlerinage vers la Jérusalem céleste. « Ama et fac quod vis , aime et fais ce que tu veux »! : c’est la parole qu’on se plaît souvent à retenir du grand saint ; recevoir l’amour de Dieu du Frère par excellence, le Christ, et de tous Ses frères adoptifs, y répondre en suivant le Christ au service du peuple chrétien, telle est la voie de la sainteté selon saint Augustin.

É.G.

Article paru dans Sénevé

Maria, la Madre, sotto la Croce

19 février, 2013

Maria, la Madre, sotto la Croce dans images sacrée maria_addolorata

http://www.atma-o-jibon.org/italiano4/sandra_addolorata.htm

APPRENDRE À TROUVER LE TEMPS D’ÊTRE « MAINTENANT »

19 février, 2013

http://www.meditation-chretienne.org/meditation_antoine_bloom_maintenant.htm

APPRENDRE À TROUVER LE TEMPS D’ÊTRE « MAINTENANT »

PAR ANTOINE BLOOM

TROUVERAI-JE LE TEMPS DE TOUT FAIRE ?
JE VOUS RÉPONDRAI À LA MANIÈRE RUSSE : « SI VOUS NE MOUREZ PAS AVANT, VOUS AUREZ LE TEMPS. SI VOUS MOUREZ AVANT, VOUS N’AUREZ PAS À LE FAIRE ! » .

MÉTROPOLITE ANTOINE BLOOM

Il y a donc, en ce qui concerne le temps, des moments où, sans entrer autant dans le détail, il est possible de percevoir que l’instant présent est là : le passé a irrémédiablement disparu, il n’a plus d’importance, sauf dans la mesure où il fait encore partie du présent, et on peut dire la même chose de l’avenir parce qu’il peut être ou ne pas être. C’est ce qui arrive par exemple lors d’un accident, dans une situation dangereuse qui exige que vous agissiez avec la rapidité de l’éclair : vous n’avez pas le temps de passer confortablement du passé dans l’avenir. Il vous faut être si totalement dans le présent que toutes vos énergies, tout votre être se trouvent condensés dans le « maintenant ».                                  
Vous découvrez avec un vif intérêt que vous vous trouvez dans le maintenant. Vous connaissez le plan très, très mince dont la géométrie nous dit qu’il n’a pas d’épaisseur ; ce plan géométrique qui n’a aucune épaisseur, qui est « maintenant », se déplace le long des lignes du temps ou, plutôt, le temps se déploie sous ce plan et vous apporte, « maintenant », tout ce dont vous aurez besoin dans l’avenir.                     
Telle est la situation dans laquelle il nous faut apprendre à nous trouver et il nous faut apprendre cela d’une façon plus paisible. Nous devons, je pense, nous exercer à arrêter le temps et à nous tenir dans le présent, dans ce « maintenant » qui se trouve être aussi le point d’intersection du temps et de l’éternité.
Que pouvons-nous faire dans ce but ? Voici un premier exercice.
Vous pouvez vous y essayer lorsque vous n’avez absolument rien à faire, lorsque rien ne vous pousse de côté ou d’autre et que vous pouvez vous accorder cinq minutes, trois minutes, une demi-heure de loisir. Asseyez-vous et dites « Je suis assis ; je ne fais rien ; je suis résolu à ne rien faire pendant cinq minutes. »
Détendez-vous alors et pendant tout ce temps (au début vous ne pourrez pas tenir plus de deux ou trois minutes) répétez-vous : «Je me trouve en présence de Dieu, en présence de moi-même et de tout le mobilier qui m’entoure, je suis tranquille, sans bouger. »
Une précaution s’impose évidemment : il vous faut décréter que, durant les deux ou cinq minutes que vous vous êtes assignées pour apprendre que le présent existe, vous ne vous laisserez pas arracher à celui-ci par la sonnerie du téléphone ou le timbre de la porte d’entrée ou encore par une impulsion énergique et soudaine qui vous pousse à exécuter sur-le-champ quelque chose qui attend depuis dix ans !
Si vous apprenez à faire ainsi dans les moments perdus de vos journées, lorsque vous aurez appris à ne plus vous agiter intérieurement mais à rester complètement calme et heureux, paisible et serein, exercez-vous alors pendant un laps de temps un peu plus long que vous pourrez allonger encore par la suite.
Il arrivera évidemment un moment où il vous faudra vous protéger car si vous pouvez ne pas bouger pendant deux minutes, même si le téléphone sonne, vous pouvez penser qu’il en va autrement lorsqu’il s’agit d’un quart d’heure. Ditesvous alors que si vous étiez absent, vous n’ouvririez pas la porte et ne répondriez pas au téléphone. Ou encore, si vous avez plus de courage et êtes convaincu de l’importance de votre exercice, imitez mon père. Il mettait à la porte une note qui disait « Inutile de sonner. Je suis à la maison mais n’ai pas l’intention d’ouvrir. » Ce procédé est plus radical car les visiteurs comprennent tout de suite ; tandis que si vous écrivez : « Prière d’attendre cinq minutes », leur patience expire habituellement au bout de deux minutes !
Lorsque vous aurez acquis cette tranquillité, cette sérénité, il vous faudra apprendre alors à arrêter le temps non seulement lorsqu’il se traîne ou lorsqu’il doit s’arrêter de toute façon, mais aussi dans les moments où il s’accélère, où il se fait exigeant.
Voici comment procéder. Vous êtes en train de faire quelque chose que vous croyez utile ; vous êtes persuadé que si vous vous arrêtez la terre va s’arrêter aussi ; si, à un certain moment, vous décidez : « J’arrête ! », vous ferez des découvertes intéressantes. Vous découvrirez en premier lieu que la terre ne s’arrête pas et que tout l’univers – si vous pouvez réussir à vous le représenter – peut attendre cinq minutes pendant que votre attention est ailleurs.
Ce point est très important parce que souvent nous nous donnons le change en disant « Il faut que je fasse telle chose ; la charité, le devoir me le commandent, je ne puis la laisser ! » Vous le pouvez car à d’autres moments et par pure nonchalance vous laisserez ce travail et pour bien plus de cinq minutes. Aussi, la première chose à faire est de vous dire : « Quoi qu’il arrive, je m’arrête à tel endroit. »
La façon de procéder la plus simple est d’avoir un réveil. Remontez-en la sonnerie et dites : « Bon ! je travaille sans regarder l’heure jusqu’à ce que le réveil sonne. » Ce détail est très important car il faut que nous perdions l’habitude de regarder l’heure.
Lorsque vous allez en visite et que vous vous rendez compte que vous êtes en retard, vous regardez aussitôt votre montre ; mais, ce faisant, vous ne pouvez marcher aussi vite que si vous alliez droit votre chemin. Et que votre retard soit de sept, de cinq ou de trois minutes, vous n’en êtes pas moins en retard. Le mieux est donc de partir plus tôt ou, si vous êtes en retard, de presser le pas. Quand vous serez arrivé, vous aurez le temps de regarder votre montre, pour savoir combien vous devrez paraître navré lorsqu’on vous ouvrira.
Quand le réveil sonne, vous savez que, pendant les cinq minutes qui suivent, le monde a cessé d’exister et que vous êtes bien décidé à ne pas quitter le lieu dans lequel vous vous trouvez. Ce temps appartient à Dieu et vous vous installez dans ce temps de Dieu tranquillement, silencieusement, paisiblement. Au début, vous verrez combien c’est difficile et vous découvrirez soudain qu’il est de la première urgence que vous terminiez telle lettre, la lecture de tel passage. En réalité, vous vous apercevrez bien vite que vous pouvez très bien remettre cette occupation pendant trois, cinq, voire même dix minutes sans qu’aucune catastrophe ne se produise. Et si vous avez à faire un travail qui requiert toute votre attention, vous constaterez que vous pouvez vous en acquitter plus rapidement et tellement mieux !
Vous me direz : « Trouverai-je le temps de tout faire ? » Je vous répondrai à la manière russe : « Si vous ne mourez pas avant, vous aurez le temps. Si vous mourez avant, vous n’aurez pas à le faire ! » Et voici un autre dicton du même genre qui pourra vous aider un jour ou l’autre « Ne vous inquiétez pas de la mort. Quand elle sera là vous n’y serez plus mais tant que vous êtes là elle n’y est pas. » Le principe est le même pourquoi s’inquiéter d’une situation qui se dénouera d’elle-même ?
Une fois que vous aurez appris à ne plus vous agiter, vous pourrez faire n’importe quoi, à n’importe quel rythme, avec toute l’attention et la rapidité désirables, sans avoir l’impression que le temps vous échappe ou vous gagne de vitesse. Il en est alors comme de l’impression qu’on a lorsqu’on est en vacances.
Ainsi que je l’ai souligné plus haut, on peut aller vite ou lentement, sans s’occuper du temps, sans la moindre notion du temps parce qu’on ne fait que ce qu’on est en train de faire et qu’on ne poursuit aucun objectif précis.
Vous découvrirez qu’il vous est possible de prier dans toutes les situations et qu’il n’est pas au monde de circonstance qui puisse vous en empêcher. Le seul empêchement véritable à la prière intervient lorsque vous vous laissez happer par la tempête, lorsque vous laissez la tempête pénétrer en vous au lieu de la laisser faire rage autour de vous.

Antoine Bloom, extrait de « L’école de la prière » Edition du Seuil

LA CONVERSION ET LE CARÊME DANS L’ÉGLISE ORTHODOXE

19 février, 2013

http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/metanoia-introduction.htm

LA CONVERSION ET LE CARÊME

DANS L’ÉGLISE ORTHODOXE

Le désir premier, fondamental et permanent de tout chrétien est le désir de Dieu, ce que les Pères appellent la métanoïa, cette unification et ce retournement de notre intellect et notre coeur par lequel nous cherchons à nous tourner vers Dieu, vers les choses d’en-haut, vers la Lumière divine, la Lumière du Christ qui illumine tout homme en venant dans le monde (Jn 1,9), rejetant ainsi les oeuvres des ténèbres, le Diable, le péché.
Les premiers mots de Jésus au début de sa vie publique sont un appel à la conversion : Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est proche (Mt 4,17). Ce repentir et cette conversion doivent accompagner la vie chrétienne depuis la naissance par l’Esprit Saint dans le baptême jusqu’au dernier soupir, car sans elle nous retournons vers les ténèbres,  le néant et  la mort. C’est le sens même de la métanoïa, mot grec formé de deux racines : meta, qui veut dire « au-delà, changement, transformation » et noûs, « esprit, intellect ». Le mot français « repentir » est parfois utilisé pour traduire métanoïa, mais l’expression « conversion de l’esprit » transmet mieux la profondeur du sens spirituel qui est entendu lorsque les Pères nous parlent de la métanoïa.
Il est important de distinguer le repentir de la culpabilité. Si le repentir véritable est le retournement de l’esprit vers Dieu, en étant confiant que le Dieu de miséricorde pardonne les fautes, la culpabilité est un enfermement de l’esprit sur lui-même, sur ses manquements et ses péchés. La culpabilité doute de la miséricorde et du pardon divins ; elle mène au découragement et même au désespoir. La culpabilité est une fausse humilité et l’orgueil déguisé par l’Ennemi   : l’humilité véritable est reconnaît sa faute et accepte le pardon de Dieu. Sur le chemin, le chrétien garde le souvenir de ses fautes, c’est-à-dire de sa responsabilité, et non de sa culpabilité ; l’un est salutaire, l’autre diabolique.
C’est donc dans un constant esprit de conversion que le chrétien chemine vers Dieu. La grâce de la conversion est celle du baptême, qui nous transforme en « hommes nouveaux », ayant été purifiés dans le Christ par l’Esprit Saint. Mais en cette vie nous sommes toujours des pèlerins, nous sommes toujours en route. Jusqu’au terme de notre voyage, les obstacles, les détournements, les égarements en dehors du Chemin qu’est le Christ (Jn 14,6), nous guettent de tous les cotés. Nous prenons facilement de faux chemins qui nous  éloignent de Dieu, nous nous perdons sur les routes tortueuses qui mènent tous à la mort, en dépit de leurs apparences parfois attrayantes, non seulement du la mort du corps, mais aussi de l’âme. Car l’âme sans Dieu est déjà « morte », privée de sa Source et de sa Nourriture.
L’Église nous propose à chaque instant, tout au long de l’année, des moyens pour nous rappeler le chemin que nous devons suivre. Ce sont notamment la participation à la vie sacramentelle de l’Église, en particulier l’Eucharistie, la célébration de la Divine Liturgie les dimanches et les grandes fêtes. Il y a cependant une période de l’année liturgique pendant laquelle l’Église nous invite spécialement à lutter contre les ténèbres et le péché, et à purifier l’homme intérieur, dans une longue préparation qui nous permette d’entrer pleinement dans les mystères de la Semaine Sainte, de vivre la Passion de Notre Seigneur, de mourir avec lui, afin de pouvoir, le matin de Pâques, ressusciter avec lui et partager le Royaume préparé pour nous dès avant la création du monde.
Cette période est le Grand Carême, la « Sainte Quarantaine » qui précède Pâques. Deux attitudes fondamentales caractérisent le Carême, attitudes qui trouvent une juste réflexion dans l’expression la « radieuse tristesse ». Nous sommes tristes parce que nous sommes conscients de nos manquements, de nos égarements loin du bon chemin menant à Dieu ; nous sommes tristes parce que nous sommes conscients d’être loin de la perfection en Christ, de la sainteté à laquelle nous sommes appelés (Mt 5,48). Mais en même temps notre tristesse est illuminée par la conscience de l’amour de Dieu, « seul ami des hommes », de la miséricorde divine dans laquelle nous pouvons placer toute notre confiance. Comme le Fils prodigue, nous savons que notre Dieu nous attend avec un vêtement neuf et un anneau pour notre doigt, dès que nous faisons le moindre effort pour retourner vers lui et entrer dans le repentir, la métanoïa (cf. Lc 15,20-24). Notre tristesse est radieuse parce qu’elle est illuminée par la Lumière de la Résurrection du Christ, qui nous ressuscite afin que nous puissions entrer avec lui dans le Royaume du Père.
Ces deux mouvements de l’âme, en apparence contradictoires, doivent animer le chrétien tout au long de l’année et spécialement en vue de sa participation à l’oeuvre du Grand Carême, oeuvre à la fois personnelle et collective. Car si la métanoïa est un geste profondément personnel, il trouve une expression dans les rituels et les conseils de l’Église, dans la communauté chrétienne dont nous faisons partie. Bien que nous devons obligatoirement oeuvrer seul, nous devons aussi partager notre « douloureuse joie » – autre expression chère aux orthodoxes – avec nos frères et nos soeurs qui cheminent avec nous. Nous pouvons tirer inspiration, courage et ressources de ce partage, en particulier le partage de la richesse des moyens que l’Église met à notre disposition pendant le Carême.
Tous ces moyens peuvent se résumer à deux pratiques principales, la prière et le jeûne : Ce genre de démon ne peut s’en aller, sinon par la prière et le jeûne (Mt 17,21). Prière à la fois personnelle et collective : en plus d’un approfondissement de la prière personnelle, l’Église nous propose des périodes de prière – des offices spéciaux – qui nous parlent avec une grande éloquence de paroles et de gestes symboliques et qui nous invitent à entrer l’expérience de cette conversion de l’âme essentielle à la vie chrétienne. Le jeûne qu’elle nous invite à accomplir est à la fois alimentaire et spirituel, car le jeûne auquel nous sommes appelés est aussi un jeûne de l’âme, une purification par l’ascèse des passions, ces habitudes qui nous empêchent d’avancer vers Dieu. C’est aussi un jeûne à la fois personnel et collectif : en plus du jeûne personnel, l’Église tout entière vit le temps de Carême comme période de jeûne. Le Grand Carême, c’est l’Église en tant que préparation et attente de l’accomplissement de l’oeuvre du salut.
Les Pages Métanoïa ont pour objectif de présenter quelques éléments de ce mouvement de la conversion de l’âme, à la fois sur un plan général et plus particulièrement en ce qui concerne le Grand Carême, ce « printemps de l’âme » – ce n’est pas par hasard que le Grand Carême tombe au printemps, cette période du renouvellement de la nature, de l’explosion de la vie nouvelle après le passage sombre de l’hiver.
La métanoïa, comme nous l’avons suggéré, doit être l’attitude fondamentale de tout chrétien, mais le Grand Carême tel qu’il est vécu dans l’Église orthodoxe possède des aspects qui lui sont propres. La présentation de ceux-ci peut servir, nous le souhaitons, de rappel ou d’approfondissement pour nos visiteurs orthodoxes, et d’introduction pour nos visiteurs non-orthodoxes. Car tous sont invités à entrer, avec nous, dans la « radieuse tristesse » de l’âme du chrétien devant son Seigneur et son Dieu.
Nous avons choisi saint Jean Baptiste comme patron de ces Pages Métanoïa : le Précurseur du Christ, le dernier des prophètes, il fait le lien entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament, en appelant les hommes à la repentance, car le Royaume de Cieux est proche (Mt 3,2). Le Christ qui lui-même, « le seul sans péché », vient à Jean Baptiste pour se faire baptiser, mais par son baptême, c’est le Christ qui sanctifie les eaux du Jourdain, qui deviennent les eaux purificatrices et libératrices du baptême chrétien. Et comme patron des pages sur le jeune, nous proposons le prophète Élie, dont l’expérience démontre que c’est Dieu qui nourrit l’homme, et non la nourriture terrestre consommée sans Dieu, comme Adam tenta de le faire (cf. 1 R 17,2-6 ; 19,5-8).
La première des Pages Métanoïa nous présente des textes du Nouveau Testament sur la conversion et le repentir, y compris les Évangiles des dimanches de la période de l’avant-Carême, pendant laquelle l’Église prépare notre esprit pour entrer dans la Grand Carême. La tradition des Pères concernant le repentir est représentée par des Paroles des Pères du Désert, ainsi que par des écrits de saint Silouane l’Athonite.

The Mother and the Face of the Son

18 février, 2013

The Mother and the Face of the Son dans images sacrée port_arthur_icon2

 

http://vultus.stblogs.org/the-holy-face-of-christ/

« EN MARCHE DANS LE DÉSERT », TRIPTYQUE DE FRÈRE SYLVAIN, DE TAIZÉ

18 février, 2013

http://www.paroissefrancaisedemilan.com/page-1224.html

 LES MÉDITATIONS DE FRÈRE ALOIS DE TAIZÉ

LE CARÊME : NOUS TOURNER VERS DIEU

« EN MARCHE DANS LE DÉSERT », TRIPTYQUE DE FRÈRE SYLVAIN, DE TAIZÉ

Le Carême oriente d’abord notre pensée vers l’image du désert, celui dans lequel Jésus a passé quarante jours de solitude, ou celui qu’a traversé le peuple de Dieu en y marchant quarante ans.
Et pourtant, quand revenaient ces semaines précédant Pâques, frère Roger aimait rappeler que ce n’était pas un temps d’austérité ou de tristesse, ni une période pour entretenir la culpabilité, mais un moment pour chanter la joie du pardon. Il voyait le Carême comme quarante jours pour se préparer à redécouvrir de petits printemps dans nos existences.
Au début de l’Evangile de saint Matthieu, quand Jean-Baptiste proclame « repentez-vous ! », il veut dire « tournez-vous vers Dieu ! » Oui, pendant le Carême, nous voudrions nous tourner vers Dieu pour accueillir son pardon. Le Christ a vaincu le mal et son constant pardon nous permet de renouveler une vie intérieure. C’est à une conversion que nous sommes invités : non pas nous tourner vers nous-mêmes dans une introspection ou un perfectionnisme individuel, mais chercher une communion avec Dieu et aussi une communion avec les autres.
Nous tourner vers Dieu ! Il est vrai que, dans le monde occidental, il est devenu difficile pour certains de croire en Dieu. Ils voient son existence comme une limite à leur liberté. Ils pensent qu’ils doivent lutter seuls pour construire leur vie. Que Dieu les accompagne leur semble inconcevable.            
Voici une année, j’ai rendu visite à nos frères qui habitent en Corée depuis trente ans. Sur le chemin, avec un autre frère, nous avons eu des rencontres de jeunes dans plusieurs pays asiatiques. Ce qui m’a frappé en Asie, c’est que la prière semble naturelle. Au sein des différentes religions, les gens ont spontanément dans la prière une attitude de respect, voire d’adoration.                                                                                                                       
Bien sûr, dans ces sociétés il n’y a pas moins de tensions ou de violences qu’en Occident. Mais un sens de l’intériorité est peut-être plus accessible, un respect devant le miracle de la vie, de la création, une attention au mystère, à un au-delà.                                               
Comment renouveler une vie intérieure en découvrant et redécouvrant une relation personnelle avec Dieu ? Il y a en nous tous la soif d’un infini. Dieu nous a créés avec ce désir d’un absolu. Laissons vivre en nous cette aspiration !
Parmi les chants de Taizé, il en est un qui peut porter cette attente, les paroles en sont d’un poète espagnol, Luis Rosales, inspiré par saint Jean de la Croix : « De nuit nous marcherons et, pour trouver la source, seule la soif nous éclaire. » Pour certains, le temps du Carême est celui du jeûne. Non pas que l’ascèse ait une valeur en elle-même, mais il y a en chacun une attente plus profonde que les attentes superficielles, une soif plus essentielle, et cette soif peut illuminer notre route.
Si nous marchons parfois de nuit, ou comme à travers un désert, ce n’est pas pour suivre un idéal, nous suivons une personne, le Christ. Nous ne sommes pas seuls, lui nous précède. Le suivre suppose un combat intérieur, avec des décisions à prendre, des fidélités de toute une vie. Dans ce combat, nous ne nous appuyons pas sur nos propres forces mais nous nous abandonnons à sa présence. Le sentier n’est pas tracé à l’avance, il implique aussi d’accueillir des surprises, de créer avec l’inattendu.
Et Dieu ne se fatigue pas de reprendre le chemin avec nous. Nous pouvons croire qu’une communion avec lui est possible et ne jamais nous fatiguer, nous non plus, d’avoir toujours à reprendre le combat. Nous n’y persévérons pas pour nous présenter à Dieu sous notre plus beau jour. Non, nous acceptons d’avancer comme des pauvres de l’Évangile qui se confient en la miséricorde de Dieu.
Le Carême est un temps qui nous invite au partage. Il nous conduit à pressentir qu’il n’y a pas d’épanouissement sans consentir à des renoncements, et cela par amour. Alors qu’il était une autre fois au désert, Jésus, ému de compassion pour ceux qui l’avaient suivi, multiplie cinq pains et deux poissons pour nourrir chacun. Quels signes de partage accomplir nous aussi ?
L’Évangile met en valeur la simplicité de vie. Il nous appelle à une maîtrise de nos propres désirs pour parvenir à nous limiter, non par contrainte mais par choix. Cet appel prend beaucoup d’actualité aujourd’hui, non seulement au plan personnel mais dans la vie des sociétés. La simplicité librement choisie permet de résister à la course au superflu chez les plus favorisés et contribue à la lutte contre la pauvreté imposée aux plus déshérités.
Pendant ce temps du Carême, osons réviser notre style de vie, non pas pour donner mauvaise conscience à ceux qui en feraient moins, mais en vue d’une solidarité avec les démunis. L’Évangile nous encourage à partager librement en disposant tout dans la beauté simple de la création.

« BENOÎT XVI NE NOUS ABANDONNE PAS AU MOMENT DES DIFFICULTÉS » – EDITORIAL DU P. LOMBARDI

18 février, 2013

http://www.zenit.org/fr/articles/benoit-xvi-ne-nous-abandonne-pas-au-moment-des-difficultes

« BENOÎT XVI NE NOUS ABANDONNE PAS AU MOMENT DES DIFFICULTÉS »

EDITORIAL DU P. LOMBARDI

ROME, 18 FÉVRIER 2013 (ZENIT.ORG).

« Benoît XVI ne nous abandonne pas au moment des difficultés ; avec foi, il invite l’Eglise à se confier à l’Esprit-Saint et à un nouveau Successeur de Pierre », écrit le P. Lombardi.
Le P. Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, revient sur l’annonce de la renonciation de Benoît XVI – annoncée le 11 février dernier – dans son éditorial pour Radio Vatican, publié le 16 février 2013.
Il estime que cette renonciation, qui est « un grand acte de gouvernement de l’Eglise », ouvre des perspectives « pour un engagement et une espérance renouvelés ».
En outre, Benoît XVI sera toujours présent : « nous sentirons l’intensité unique de sa prière et de son affection pour son Successeur et pour nous. Ce rapport spirituel sera probablement  encore plus profond  et plus fort qu’avant. Une communion intense dans une liberté absolue. »
EDITORIAL DU P. LOMBARDI
 « Le pape n’a pas exercé un pouvoir mais accompli une mission
La déclaration de renonciation au pontificat de la part de Benoît XVI, lundi dernier, a secoué le monde tant elle était inattendue et extraordinaire pour la plupart, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Eglise et du Vatican. Nous avons tous été profondément touchés et nous cherchons encore à comprendre la portée et la signification de cet acte.
Mais, pour être sincère, c’est une décision qui a davantage surpris ceux qui ne le connaissaient pas que ceux qui le connaissaient bien et qui le suivaient avec attention. Le pape avait parlé clairement de cette éventualité, à une époque où l’on n’y pensait, pas dans son livre-entretien « Lumière du monde » ; il avait une manière toujours discrète et prudente de parler des engagements futurs de son pontificat ; il était absolument clair qu’il s’agissait pour lui d’accomplir une mission reçue plutôt que d’exercer un pouvoir en sa possession. Vraiment, ce n’était pas de la fausse humilité lorsqu’il s’était présenté, au tout début de son pontificat, comme « un humble travailleur dans la vigne du Seigneur » ; il était toujours attentif à employer avec sagesse ses forces physiques, qui n’étaient pas exceptionnelles, pour pouvoir accomplir au mieux l’immense tâche qui lui avait été confiée à un âge plutôt avancé, alors qu’il ne s’y attendait pas.
Admirable sagesse humaine et chrétienne de celui qui vit en présence du Seigneur dans la foi et en toute liberté d’esprit, qui connaît ses responsabilités et ses forces, et qui, par sa renonciation, ouvre des perspectives pour un engagement et une espérance renouvelés. Un grand acte de gouvernement de l’Eglise, non pas tant, comme le pensent certains, parce que le pape Benoît XVI n’aurait plus la force de guider la Curie romaine, mais parce qu’affronter aujourd’hui les grands problèmes de l’Eglise et du monde – il en est tellement conscient – exige une grande vigueur et nécessite d’avoir du temps devant soi pour mener des entreprises pastorales d’envergure et de longue durée.
Benoît XVI ne nous abandonne pas au moment des difficultés ; avec foi, il invite l’Eglise à se confier à l’Esprit-Saint et à un nouveau Successeur de Pierre. Durant ces jours, il a dit qu’il avait senti presque physiquement l’intensité de la prière et de l’affection qui l’accompagnent. A notre tour, nous sentirons l’intensité unique de sa prière et de son affection pour son Successeur et pour nous. Ce rapport spirituel sera probablement  encore plus profond  et plus fort qu’avant. Une communion intense dans une liberté absolue. »

Traduction d’Hélène Ginabat

Brooklyn Museum – Jésus tenté dans le désert – James Tissot

15 février, 2013

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SAINT BERNARD DE CLAIRVAUX : CINQUIÈME PARABOLE. La Foi, l’Espérance et la Charité.

15 février, 2013

http://jesusmarie.free.fr/bernard_paraboles.html

SAINT BERNARD DE CLAIRVAUX  

PARABOLES ATTRIBUÉES À SAINT BERNARD

CINQUIÈME PARABOLE. La Foi, l’Espérance et la Charité. 

1. Notre noble et puissant roi a trois filles qui sont la Foi, l’Espérance et la Charité. Il leur a donné une ville d’une grande beauté, c’est l’âme humaine. Dans cette ville se trouvent trois citadelles, la Rationabilité, la Concupiscibilité et l’Irascibilité ; chacune de ses filles a la sienne : à la Foi il a donné la première, la seconde à l’Espérance et la troisième est le lot de la Charité. La Foi commande donc dans la citadelle de la Rationabilité, attendu que la Foi qui s’appuie sur l’expérience de la raison n’a aucun mérite. L’Espérance gouverne la Concupiscibilité, attendu que nous ne saurions désirer les choses que nous voyons, mais seulement celles que nous espérons. Enfin la Charité gouverne l’Irascibilité, la chaleur commande à la chaleur, en sorte que l’ardeur de la nature se trouve dominée par celle de la vertu. A peine sont-elles entrées chez elles qu’elles établissent et règlent leur demeure chacune suivant son pouvoir. Ainsi pour garder la sienne la Foi place en sentinelle la Prudence, qui doit lui conserver son droit dans la citadelle et main tenir la raison sous les lois et dans les limites que la Foi lui assigne ; mais pour que son action soit bien faite, elle lui adjoint l’Obéissance; puis, voulant donner à celle-ci le moyen de persévérer dans son couvre et lui faire supporter la peine de la fatigue, elle lui donne la Patience pour auxiliaire. Enfin, pour qu’elle pût régir comme il faut et gouverner convenablement toute la domesticité des actes et des sentiments, elle lui donne encore la vertu de discrétion. Voulant que tout se passe chez elle selon le conseil de l’Apôtre, dans l’ordre et l’honnêteté, elle ajoute l’ordre à ses gardiens. Et pour que la malédiction n’entre jamais dans cette demeure, car on sait que toute maison sans discipline est maudite, elle place un dernier gardien à la porte, c’est la Discipline.

2. Quant à l’Espérance, elle place à la tête de sa maison, dans la Concupiscibilité, la Sobriété, pour s’assurer la possession de ses droits chez elle et pour forcer les principaux habitants de la citadelle à la servir. Pour lui donner le moyen de gouverner avec discernement toute la famille des volontés et des voluptés elle lui adjoint la Discrétion, puis, pour combattre la concupiscence de la chair, elle lui donne la Continence, pour dompter celle des yeux, elle lui donne la Constance, et pour lutter contre l’ambition du siècle, elle lui donne l’Humilité. Enfin, pour fermer la porte à la pauvreté, se rappelant ce mot de Salomon, «beaucoup de paroles, beaucoup de misère (Prov. XIV, 23), » elle confie la garde de porte au Silence.

3. Pour ce qui est de la Charité, elle a placé sa demeure du côté où souffle l’Auster, faisant face au Midi, elle la confie à son amie la Piété, lui remet tous ses droits ou lui donne pour premier serviteur la propreté du corps, puis des exercices appropriés, les lectures, les méditations, les oraisons, et les aspirations de l’âme; enfin, pour empêcher la misère d’entrer dans la maison et d’y semer le désordre, elle confie la garde de la porte à la Paix en personne, la Béatitude des enfants de Dieu qui, placés dans la perfection du bonheur au septième degré, se jouent et goûtent le bonheur dans la maison de la Charité. Leurs habitations étant ainsi réglées, on mit à la tête de la. cité tout entière une sorte de prévôt et d’économe appelé le Libre arbitre.

4. Cela fait, les trois filles du roi reviennent dans la maison de leur père. Mais alors survient l’ennemi qui, à la vue de l’ordre et de la gloire de la cité, est saisi d’envie, et machine des embûches contre elle. Dans ses désirs d’y pénétrer il en corrompt deux des principaux citoyens, la discrétion et la dispensation, et, grâce à eux, il fait entrer toute sa détestable armée par les deux portes du Rationalisme et de la Concupiscence. Il charge de chaires et jette au fond d’un cachot, le prévôt de la ville, le Libre arbitre, à qui la garde et l’administration en avaient été confiées, car le père de famille, en s’en allant en voyage, avait donné à tous ses serviteurs le pouvoir de faire chacun ce qui le concerne. Après avoir précipité du haut des murailles du Rationalisme ceux qui. en étaient les gardiens, l’ennemi fait entrer le Blasphème, ennemi juré de la Foi. Avec lui se précipitent dans le donjon les contradictions, les troubles, les confusions et mille autres ennemis du même genre qui, se jetant sur tout ce qu’ils rencontrent, et, n’appropriant tout ce qui leur convient, ne laissent presque rien de la raison dans le Rationalisme; puis après avoir tué le portier, je veux dire la discipline, ils laissent à tout venant la liberté d’entrer et de sortir.

5. Quant à la demeure de l’Espérances, la Concupiscibilité, c’est la Luxure qui s’y précipite, elle s’approprie tout ce qu’elle y trouve, elle précipite du haut en bas l’Espérance elle-même, jette la Continence, la Constance et l’Humilité, sous les pieds de leurs ennemis, la Concupiscence de la chair, la Concupiscence des yeux et l’Ambition du siècle, et les expose à leurs insultes. Puis, après avoir tué le Silence qui gardait la porte de la forteresse, elle ouvre la porte à deux battants à quiconque veut entrer ou sortir. Quant à la Sobriété et à ses compagnes, ou bien elles sont mises à mort, ou bien elles sont précipitées au fond d’un cachot, ou enfin envoyées en exil. Puis, montant jusqu’au haut de la citadelle, l’ennemi tue la Paix qui était le portier et le gardien de la souveraine béatitude, elle livre un libre accès à la Misère. Bientôt après, sa Seigneurie l’Orgueil monte dans la citadelle, car « l’orgueil de ceux qui vous haïssent, Seigneur, monte toujours (Psal. LXXIII, 23), » et d’une main impie renverse la Piété et condamne à la mort ou à l’exil toute la domesticité de la Foi et de la Piété. Après cela, quiconque le veut, entre dans le sanctuaire de Dieu, et tout ce qui s’y trouvé de saint, tout ce qui jusqu’alors n’avait été accessible et visible qu’aux enfants de Lévi, est profané, devient la proie des ennemis, est emporté à Babylone, dont le roi verse à boire à ses concubines dans les vases du temple. Voilà, comment la ville entière fut prise et saccagée : sa honte fut égale à ce qu’avait été sa gloire.

6. Tout étant ainsi bouleversé, un messager de la malheureuse cité vint tristement trouver celles qui en étaient les maîtresses. Consternées, celles-ci montent à pied vers leur père et implorent son secours. Celui-ci s’en prenant ail Libre arbitre, chargé de la garde de ces villes, l’accuse de négligence. Mais, ô père, s’écrient les trois filles, que pouvait-il faire sans le secours de la grâce ? Eh bien, dit le roi, je lui donnerai la grâce, mais commençons par envoyer la Crainte en avant, elle la précédera et lui préparera la voie. La Crainte s’éloigne donc de la présence du Seigneur, et s’approche de la cité, le bâton de la discipline à la main, mais elle trouve la porte de la difficulté fermée avec les gonds de fer de la mauvaise habitude. Sur le seuil, elle aperçoit le gardien de la porte, l’arrogante et malhonnête Lasciveté de la chair, l’ennemie déclarée de la Crainte. Elle accueille cette dernière par un torrent d’injures et de provocations. Mais la Crainte, du choc de la Confiance, brise les gonds de la mauvaise habitude, et, renversant la porte de la difficulté, elle s’empare du malheureux portier et le frappe du bâton de la discipline qu’elle tenait à la main, jusqu’à ce que mort s’en suive ; puis, hissant aussitôt au dessus de la porte, l’enseigne de la Grâce qui arrive, elle répand la terreur dans toute la ville. Après la Crainte se présente la Grâce qui entre dans la ville, menant à sa suite toute la troupe des vertus célestes. En un clin d’eeil tous les ennemis ont disparu et les vertus reprennent le poste qui leur était assigné. Alors on vit paraître d’abord la Discrétion et la Dispensation qui reconnaissent qu’elles se sont laissé tromper, et sollicitent leur pardon. Le libre arbitre sort aussi de ses fers et court en toute hôte au devant de sa maîtresse la Grâce, certain sous son règne de vivre en liberté. On prépare un repas aux filles du roi, dans leur demeure, et on dresse des tables pour chacune d’elles; sur celle de, la Foi on voit figurer le pain de la douleur, l’eau de la tristesse, et tous les autres mets de la pénitence. Sur celle de l’Espérance, on voit le pain qui fortifie, l’huile qui réjouit le visage, et tous les autres mets de la consolation. Sur la table de la Charité se trouvent le pain de vie, et le vin qui réjouit le coeur, et toutes les autres délices du paradis. On entre, on se met à table et on place des gardes à l’entrée de la ville, « mais si le Seigneur ne garde une ville, c’est en vain que veille celui qui la garde (Psal. CXXVI, 2). »

DEUXIEME LECTURE – Romains 10, 8 – 13 – COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

15 février, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 17 FÉVRIER: COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

DEUXIEME LECTURE – Romains 10, 8 – 13

Frères,
8 nous lisons dans l’Ecriture :
 « La Parole est près de toi,
 elle est dans ta bouche et dans ton coeur. »
 Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons.
9 Donc, si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur,
 si tu crois dans ton coeur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts,
 alors tu seras sauvé.
10 Celui qui croit du fond de son coeur
 devient juste ;
 celui qui, de sa bouche, affirme sa foi
 parvient au salut.
11 En effet, l’Ecriture dit :
 « Lors du jugement, aucun de ceux qui croient en lui
 n’aura à le regretter. »
12 Ainsi, entre les Juifs et les païens,
 il n’y a pas de différence :
 tous ont le même Seigneur,
 généreux envers tous ceux qui l’invoquent.
13 Il est écrit en effet :
 « Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur
 seront sauvés. »

Tout le raisonnement de Paul aboutit à la conclusion : « Entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence ». Précisons tout de suite que ces Juifs et ces païens dont parle Paul sont tous des Chrétiens : soit d’origine juive, soit d’origine païenne. Et c’est bien cela le fond de son discours : que vous soyez des Juifs convertis au christianisme, ou que vous soyez d’anciens païens convertis au christianisme, vous êtes « avant tout » des Chrétiens. « Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent. »
 Si Paul insiste, c’est que le problème était bien là. Probablement parce que, à Rome comme dans toutes les communautés chrétiennes du premier siècle, la même question s’est posée. Etait-il bien normal de traiter de la même manière des Juifs et des païens ? Que des Juifs deviennent Chrétiens, c’était évidemment conforme au plan de Dieu. Puisque Dieu avait préparé son peuple pendant de longs siècles à recevoir le Messie, une fois celui-ci venu et reconnu, tous les Juifs auraient pu devenir Chrétiens. C’était évidemment le souhait de Paul. Mais les choses se sont passées autrement. C’est une minorité seulement du peuple juif qui a adhéré à Jésus-Christ ; en revanche, ce sont des païens qui ont constitué le noyau le plus important des communautés chrétiennes. Entre ces Chrétiens d’origines si diverses (soit juive, soit païenne), la cohabitation posait inévitablement des problèmes : sur le plan des habitudes quotidiennes, tout les séparait et les sujets de discussion ne manquaient pas : la loi, la circoncision, les coutumes alimentaires.
 Plus profondément, pour certains Juifs devenus Chrétiens, c’était une affaire de principe : ils acceptaient de mauvais gré l’entrée dans l’Eglise des anciens païens, ceux qu’ils appelaient les « incirconcis ». Car Israël était le peuple élu ; c’est en son sein que devait naître le Messie ; logiquement, les Juifs devaient être les fondements de l’Eglise ; alors une question revenait souvent : accepter des non-Juifs dans l’Eglise, n’était-ce pas une infidélité à l’Alliance, à l’élection du peuple juif ?
 Cette question-là, lorsque Paul écrit aux Romains, il y a longtemps qu’il l’a résolue. Car si on fermait l’entrée de l’Eglise aux païens, si on leur refusait le baptême, cela reviendrait à dire que Jésus ne peut sauver que des Juifs. Cette position-là est évidemment intenable. Alors, comme toujours, Paul est allé chercher la solution du problème dans l’Ecriture, c’est-à-dire dans ce que nous appelons aujourd’hui l’Ancien Testament. Et il a trouvé la réponse chez le prophète Joël : « Tous ceux qui invoqueront le nom du SEIGNEUR seront sauvés. » Joël, parlait, justement, du temps de la venue du Messie : « Je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, vos jeunes gens auront des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes, en ce temps-là je répandrai mon Esprit… Alors tous ceux qui invoqueront le Nom du SEIGNEUR seront sauvés. » (Jl 3, 1 – 5).
 Argument imparable, puisque c’était dans l’Ecriture ; mais bien surprenant quand même pour les contemporains de Paul : suffit-il réellement d’invoquer le Nom de Jésus pour être sauvé ? Jusqu’ici, il fallait être circoncis et pratiquer la Loi scrupuleusement ; les choses auraient-elles changé ? Oui, répond Paul ; car Jésus-Christ, lui aussi, mérite le Nom de Seigneur !
 Désormais, tout homme qui invoque le Seigneur Jésus-Christ peut être sauvé. N’est-ce pas ce que Jésus lui-même a déclaré à Nicodème ? « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » Jésus a bien dit « tout homme ». Et il a ajouté : « Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 16-17). Le monde, ici, veut bien dire « toute l’humanité ».
 Mais ce message reste dur à admettre pour certains. Alors Paul n’hésite pas à se répéter : « Celui qui (au sens de « tout homme qui ») croit du fond de son coeur devient juste ; celui qui (« tout homme qui »), de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut. »
 Première remarque de vocabulaire : dans le langage de Paul, héritier de l’Ancien testament, « devenir juste » ou être sauvé », c’est exactement la même chose. On a ici un bel exemple du parallélisme si habituel dans les textes bibliques. Deuxième remarque de vocabulaire : entendons-nous sur le sens du mot « croire » ici : le parallèle entre « bouche » et « coeur », sur lequel Paul insiste, dit bien que la foi n’est pas affaire d’opinion ; en employant le mot coeur, selon le sens que ce mot avait à l’époque, il vise la profondeur de l’engagement de toute la personne. Ainsi, aux yeux de Paul, une autre phrase de l’Ecriture est désormais accomplie ; le livre du Deutéronome affirmait : « La Parole est près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton coeur. » Au temps du Deutéronome, il s’agissait de la Loi qu’il fallait pratiquer, maintenant dit Paul, cette parole, c’est tout simplement le message de la foi en Jésus-Christ. 
 La voilà, la Bonne Nouvelle que Paul adresse à ceux qui ont reçu le Baptême : sans mérites de notre part, le salut nous est donné gratuitement par Dieu ; il nous faut simplement l’accueillir librement dans la foi : « Si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton coeur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé. Celui qui croit du fond de son coeur devient juste, celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut. »

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