Archive pour février, 2013

LE POURIM OU CARNAVAL JUIF

23 février, 2013

http://judaisme.sdv.fr/perso/stauben/purim/carnaval.htm

LE POURIM OU CARNAVAL JUIF

Son origine historique. – Le livre d’Esther ou la Meghila. – Le Pourim en Alsace. – La lecture de la Meghila.- Les marteaux. – La matinée du Pourim. -  L’après-midi ; le Schlach Moness. – Le repas du soir. – Un plat de rigueur. – Le personnel du repas. – Masques. – Deux représentations dramatiques.
Je voudrais, pour être le moins incomplet possible dans ces esquisses de mœurs, faire connaître au lecteur deux autres fêtes juives, moins solennelles, moins graves, beaucoup moins importantes que les précédentes fêtes et peu ou point observées d’ailleurs dans les villes ; et  pourtant ces deux fêtes ne laissent pas que d’être curieuses, moins encore à cause de leur origine historique que pour la manière toute patriarcale dont les célèbrent les pieuses populations de nos campagnes de l’Alsace.
L’une d’elles tombe à la fin, l’autre au commencement de l’hiver ou à peu près. Évoquons d’abord  les souvenirs de la première, celle du joyeux Pourim ou carnaval. Entendons-nous cependant, et n’allons pas  confondre : il y a carnaval et carnaval. Le Pourim des juifs n’a absolument rien de commun avec le carnaval chrétien ; celui-ci, on le sait, n’est après tout qu’une sorte de réminiscence des Lupercales grecques et des Saturnales romaines tempérées par l’esprit moderne.  C’est une époque de gaieté exubérante et de folies  admises comme dédommagement, soi-disant, de l’austérité du carême, gaieté, folies, arrivant à leur apogée dans les trois jours qui précèdent le lugubre mercredi  des Cendres.

SON ORIGINE HISTORIQUE
Tout autre est l’origine de notre Pourim, tout différent son but.  Pourim est la fête anniversaire et commémorative de la délivrance des juifs, sous le règne d’Assuérus, alors que la belle et vertueuse Esther fit révoquer le sanglant édit que le cruel Haman avait arraché au roi contre tous les juifs répandus, depuis la Captivité, dans le vaste empire des rois Persans successeurs des rois de Babylone.
Cet événement, qui ne le connaît ? Grâce au livre d’Esther et grâce aussi aux vers immortels de Racine qui a mis en drame la chronique sacrée.

LE LIVRE D’ESTHER OU LA MEGHILA
Résumons et feuilletons un peu, tour à tour, cette chronique connue encore dans le rite juif sous le nom de Meghila, et voyons qu’elle nous apprend :
Haman l’Amalécite, devenu tout puissant, ne peut pardonner au juif Mardochée, un des nobles descendants la tribu de Benjamin, le dédain et le mépris dont il accable le ministre parvenu ; il calomnie donc auprès du roi les juifs ses nouveaux sujets, et obtient l’autorisation de les faire massacrer, à un jour donné, dans toute l’étendue de l’empire. Cependant Esther, la fille adoptive de Mardochée, avait remplacé sur le trône l’altière Vasthi, et le roi qui ignorait sa religion jusqu’à ce jour, l’aimait tendrement.
«Et Mardochée, ayant appris ce qui avait été arrêté, déchira ses vêtements, se couvrit d’un sac, répandit des cendres sur sa tête, et parcourut les rues en poussant des cris lamentables» (Esther 4:1).
«Il arriva ainsi devant le palais, mais vêtu comme il l’était, il ne lui était pas permis d’y pénétrer» (Esther 4:2).
«Et Mardochée fit dire à Esther ce qui s’était passé et lui communiqua une copie du décret de proscription rendu contre les juifs de Suze, et lui ordonna d’entrer chez le roi afin de le supplier et de lui demander grâce pour son peuple» (Esther 4:8).
Mais il n’était permis à personne de pénétrer auprès du prince sans en avoir été mandé, et si on pénétrait néanmoins, on était condamné à mort, à moins qu’à l’instant même, en signe de grâce, il ne tendît son sceptre vers cette même personne. Esther hésita donc un instant mais Mardochée lui ayant fait comprendre qu’elle devait tout risquer pour sauver les siens,
«Esther fit  répondre à Mardochée  : Va, rassemble tous les juifs de Suze, qu’ils jeûnent à mon intention…, je jeûnerai de  même avec mes filles, et ainsi préparée, j’irai trouver le roi, contente de mourir, si je dois mourir» (Esther 4:16).
Esther parut devant le roi et obtint grâce à ses yeux  ; elle l’instruisit de tout, démasqua les odieuses menées d’Haman que le roi fit pendre au gibet même préparé par Haman pour Mardochée, et le terrible édit fut révoqué.
«Et ils firent appeler les écrivains du roi qui écrivirent tout ce que Mardochée ordonna concernant les juifs, aux pachas et gouverneurs des cent vingt-sept provinces de l’empire, à chaque pays suivant son langage et aux juifs selon leur langue. Et l’on écrivit au nom du roi, on scella les dépêches, et on les fit porter par des courriers montés sur des chevaux, des mulets ou des dromadaires» (Esther 8:9-10).
L’ordre de suspendre l’exécution était arrivé partout à temps. Et le quatorzième jour du douzième mois, du mois d’Adar (février-mars), jour fixé pour l’exécution ainsi arrêtée,
«Les juifs firent des illuminations, des  fêtes joyeuses, des réjouissances et des festins… et s’envoyèrent réciproquement des présents…, et firent des dons aux pauvres. Car Haman, fils d’Hamdatha, de la race d’Agag, persécuteur de tous les juifs, avait eu le projet de les exterminer tous, et il avait jeté des pour c’est-à-dire des sorts  pour connaître le jour qui lui serait le plus favorable pour les anéantir…, c’est pour cela que ces jours de fêtes s’appellent Pourim» (Esther 9:22-26).
Et l’on comprendra maintenant pourquoi on appelle encore le Pourim des juifs, assez improprement cependant, du nom de carnaval. On a voulu marquer ainsi, par ce rapprochement, toute la joie et toutes les réjouissances qui caractérisent le Pourim.

LE POURIM EN ALSACE
Nous sommes dans nos villages de l’Alsace ; aujourd’hui c’est le 14  du mois d’Adar, veille du Pourim. Hommes, femmes et enfants, tout le monde jeûne dans la communauté en souvenir du jeûneauquel s’étaient livrés les juifs de Suze, avec Mardochée et Esther pendant que la juive devenue reine, se préparait à obtenir du sévère Assuérus une audience favorable. Heureusement pour nos jeûneurs villageois que la journée du 14 Adar, qui correspond à fin février ou au commencement de mars, est assez courte ; et pourtant on l’a passablement allongée, attendu qu’il n’est permis de rompre le jeûne qu’une heure après la nuit close. Et pourquoi cela ? Parce que l’on inaugure le Pourim par la lecture faite en pleine synagogue, du livre d’Esther ; cette lecture ne peut commencer que lorsque le jour a complètement disparu, et elle dure au moins une bonne heure.
Entrons au temple. La kehila (communauté) tout entière est assemblée. Des cierges dits cierges de Pourim éclairent l’édifice sacré. Les hommes sont debout derrière leurs pupitres ; les femmes, dans des tribunes à elles réservées ; tous les gamins de la kehila sont rangés sous les yeux de leurs parents et tiennent dans leurs mains de superbes marteaux de bois tout frais fabriqués. En face du hazan, sur l’estrade sacrée se trouve étendu un rouleau de parchemin que le schamess déroulera tout à l’heure devant lui, au fur et à mesure qu’il en sera besoin. Sur ce parchemin se trouve écrit en caractères manuscrits le livre d’Esther appelé encore Méghila. Chacun des fidèles a devant soi un rouleau du même genre.

LA LECTURE DE LA MEGHILA
Soudain le ministre-officiant, sur un ton particulier et traditionnel, commence la lecture. Avec quel art le hazan sait interpréter les passages les plus saillants ce curieux et piquant récit ! Avec quel talent il en sait rendre toutes les intentions, toutes les nuances ! semblable en cela à quelque excellent acteur commentant de la voix et du geste les moindres paroles de son auteur. Arrive-t-il à l’endroit de la Meghila où, en parlant du festin donné par Assuérus à tous les grands de la cour, l’auteur sacré raconte que le vin le plus généreux circulait dans les coupes d’or, et que «ces coupes étaient plus riches les unes que les autres» (Esther 1:7), la voix du hazan, en prononçant ces derniers mots, devient triste et mélancolique. Ces coupes en effet n’étaient-elles pas celles-là mêmes, que les rois d’Assyrie avaient autrefois pillées dans le temple de Jérusalem ?
Avec quelle malice, au contraire, et quelle verve comique, il lit la scène fameuse de la déconvenue d’Haman, scène qui devrait servir de leçon à tous les courtisans : Le roi avait trop longtemps laissé sans récompense le dévouement du juif Mardochée, qui l’avait jadis soustrait aux coups de deux conspirateurs. Il mande Haman, ministre favori et tout-puissant, pour lui demander ce qu’Assuérus pourrait bien faire pour celui qu’il voudrait combler du plus insigne honneur.
«Haman se dit, dans son coeur : « Qui le roi peut-il songer d’honorer ainsi, si ce n’est moi ?» Et il dit au prince : «L’homme que le roi veut honorer… il faut le revêtir des habits royaux, et lui faire monter le cheval que le roi montait lui-même le jour de son couronnement, et le grand maréchal du palais conduisant le cheval par la bride, parcourra les places de Suze en criant : Voilà ce que l’on fait à l’homme que le roi veut honorer !» Et le roi dit à Haman : «Vite, prends les habits royaux et le cheval du roi, et fais ce que tu as dit au juif Mardochée, qui est assis à la porte du palais ; que rien ne manque à ce que tu as dit.» (Esther 6:6-10)
Haman, pris ainsi dans son propre piège, dut s’exécuter, sans mot dire. Et il faut entendre le hazan quand, remplissant le rôle plaisamment ridicule d’Haman, il crie, devant son public de village enthousiasmé, le fameux : « Voilà ce que l’on fait à l’homme que le roi veut honorer ! » (Esther 6:11)
Et plus loin, quand Haman, dénoncé au roi par Esther, veut profiter de l’absence momentanée du roi de la salle du festin, pour solliciter sa grâce aux pieds d’Esther, et que le roi, en rentrant soudain, s’écrie, en voyant Haman incliné vers le divan de la reine : «Comment, oserait manquer de respect à la reine dans mon palais ?» (Esther 7:8). Ces derniers mots, le hazan les prononce sur un ton de jalousie dédaigneuse et de despotisme conjugal, qui, dans cette grave réunion, fait sourire les maris et frémir les femmes.

LES MARTEAUX
Est-ce là tout ? et cette lecture n’offre-t-elle pas d’autres incidents ? Il en est encore un surtout, qu’il est de notre devoir d’historien de mentionner. Vous n’avez pas oublié nos gamins armés de marteaux de bois ? Ils se sont tenus là, suivant avec la plus minutieuse attention la voix du hazan, et à chaque fois qu’il a prononcé le nom d’Haman, fils d’Amdatha, vous les auriez pu voir, comme un seul homme, se courber à terre et faire pleuvoir, sans trêve ni merci, au moins pendant cinq minutes, sur le plancher de la synagogue, d’innombrables coups de marteau. Tous ces coups sont censés retomber sur Haman ; c’est un tribut régulier que la jeunesse juive de nos villages lui paie, chaque année, avec la même monnaie. Et si depuis plus de deux mille deux cents ans qu’on lui inflige cette punition, l’ancien ministre d’Assuérus n’en a pas le dos aplati, il faut convenir que la faute n’en est pas à ses jeunes ennemis, et qu’il a les épaules solides.
La lecture de la Méghila terminée, on rentre chez soi pour rompre le jeûne, et le Pourim est commencé.

LA MATINÉE DU POURIM
Le lendemain, à l’office du matin, le hazan relit la Méghila avec le même cérémonial et les mêmes inflexions de voix ; et les infatigables ennemis du fils d’Amalec, à certains moments donnés, frappent de plus belle le dos imaginaire d’Haman, et chantent en chœur avec le hazan, ce verset du livre d’Esther : «Et l’on pendit Haman au gibet qu’il avait préparé pour Mardochée» (Esther 7:10)
Avant de quitter le temple, la foule ne manque pas de passer devant l’arche sainte, où l’administration a eu soin de faire placer deux urnes portant, l’une, l’inscription de machzé hasekel, l’autre, celle de mavet Pourim. Dans la première, les fidèles déposent une valeur de 25 centimes à peu près ; cet argent sera envoyé aux pauvres israélites de la Palestine. Dans l’autre, chacun dépose une somme proportionnée à ses moyens ou à sa bonne volonté ; elle est destinée aux frères nécessiteux de la localité même. C’est encore et toujours le même esprit de solidarité que nous avons signalé et admiré ailleurs. Les Juifs, dans leurs jours de joie, n’oublient jamais leurs coreligionnaires malheureux !
Et, maintenant, règne partout le bruyant et joyeux Pourim. Aujourd’hui, bien que la loi ne défende aucun travail, on laisse là les affaires ; et en attendant le grand repas de Pourim, qui aura lieu le soir, et dont nous parlerons tout à l’heure, on a mille et mille moyens de passer gaîment la journée. De toutes les maisons juives, quelque modeste que soit la fortune de leurs habitants,s’exhalent de délicieux fumets de pâtisseries de toutes sortes ; les gâteaux, dits gâteaux de Pourim, consistent en babas, en beignets, en gaufres, dont un chacun fait son déjeuner. Puis, si le temps le permet, les jeunes gens sortent du village pour jouer au bouchon, tandis que les jeunes filles font un brin de  toilette et vont jacasser à droite et à gauche. Et la matinée se passe ainsi.

L’APRÈS-MIDI ; LE SCHLACH MONESS
L’après-midi est consacrée aux courses du schlach moness. Qu’est-ce que le schlach moness ? On va le voir. la meghila nous a appris que, dans l’excès de la joie que leur avait causée leur miraculeuse délivrance, les Juifs de Suze «s’envoyèrent réciproquement des présents», et le texte ajoute que Mardochée et Esther ordonnèrent  à tous les Juifs d’en agir ainsi à perpétuité, en commémoration du Pourim. Donc, cet ordre est encore aujourd’hui observé, à la lettre, dans nos villages. Voyez ces jeunes filles allant et venant, en habits de fête, et portant très gracieusement, dans leurs mains, des assiettes en faïence verte ou brune, recouvertes d’une blanche serviette. Ce sont les filles de la bourgeoisie qui apportent réciproquement, dans les familles, le schlach moness ou cadeaux. Ces cadeaux consistent en confiseries et bonbons de toute nature, fabriqués à Colmar ou à Strasbourg, selon qu’on demeure dans le Haut ou le Bas-Rhin, et arrivés tout frais, le matin même, au village.
Comme choix de cadeaux de ce genre, la tradition ne permet que très peu d’innovations, et les dons innombrables qui se font ainsi en ce jour, de bourgeois à bourgeois du moins, ne sont autre chose, si l’on veut me permettre cette expression, qu’une variation infinie sur un même thème ; ce thème est un gâteau de Savoie affectant tour à tour, avec plus ou moins de grandeur dans les proportions, la forme d’un melon à tranches bien marquées, d’un dôme, d’une étoile, d’un cercle, d’un cône ou d’une pyramide. Cet usage permet, on même temps, de faire, d’une manière délicate et sans les blesser, l’aumône à des pauvres d’une certaine classe : Ceux-ci, en vertu de la joie de commande régnant ce jour en Israël, font, dès la veille, provision d’un schlach moness à leur goût, le portent dans les maisons aisées, et, on rentrant, trouvent toujours sous la serviette de leur assiette quelques pièces d’argent. Les maîtresses de maisons y ont glissé cela après en avoir enlevé, non sans une feinte admiration, le schlach moness consistant, en général, en bonshommes, en pralines, en bottes ou souliers glacés à nœuds rouges, ou encore en bergères, ou en papillotes à devises. En retour de quoi les pauvres ont reçu leurs dons. C’est ce qu’a ordonné, on se le rappelle, le livre d’Esther.

LE REPAS DU SOIR – UN PLAT DE RIGUEUR
Mais le jour a baissé, la nuit est survenue, et dans chaque maison aisée se prend et se donne maintenant le repas de Pourim. Il y a là comme deux actes bien distincts. – Dans le premier, on ne voit apparaître que la famille se régalant d’un dîner confortable. Au second, c’est le festin proprement dit. « Ils (Mardochée et Esther) ordonnèrent à tous les Juifs de faire en ce jour des festins» (Esther 9:22). Le second service ne se sert qu’à neuf heures, alors que sont arrivés les convives de rigueur : étrangers, amis, voisins et quelques personnages ­officiels faisant, ces derniers, leur apparition dans toutes les maisons riches.
A ce second service figure un plat indispensable, dit le Plat d’Haman, ou tout simplement le haman. Ce plat consiste on un morceau de bœuf fumé très gras et très gros. Tout bon croyant est tenu de le faire servir à sa table, et tout convive présent, d’en goûter. Le hazan, les aides-chanteurs, l’ins­tituteur, le schamess arrivent à un moment donné, s’attablent, rompent la croûte, choquent le verre, et ensuite se lèvent pour en faire autant dans maintes et maintes maisons. Comme fonctionnaires publics, ils n’appartiennent à personne en particulier, et se doivent à tout le monde.

MASQUES
A un certain moment aussi, la maison, dont les portes hospitalières restent toutes grandes ou­vertes, est envahie par un flot de jeunes gens déguisés. Ils viennent chanter une chanson de circonstance dont le pauvre Haman fait tous les frais ; puis avec l’autorisation du maître de la maison, quelques masques se détachent du groupe pour donner une représentation dramatique. 

DEUX REPRÉSENTATIONS DRAMATIQUES     
On se range et la troupe ambulante vous joue très proprement les deux pièces d’usage, l’une, toute de circonstance, l’autre, essentiellement juive. La première est l’histoire découpée en actes de la délivrance des Juifs par Esther et Mardochée et à laquelle la fête présente donne un singulier à-propos ; la seconde a pour sujet le sacrifice d’Isaac, selon le récit de la Bible. Les acteurs qui représentent les différents personnages historiques, se laissent aller à leur verve et à leur entrain. Il faut voir arriver Mardochée revêtu des insignes de la royauté, monté sur un camarade faisant le rôle du cheval, et précédé d’un autre, jouant Haman déconcerté et s’écriant en hébreu et d’une voix qu’étoffent la honte et le dépit :« Voilà ce que l’on fait à l’homme que le roi veut honorer !» (Esther 6:11).
Quel moment aussi que celui où Abraham étend la main pour immoler, avec un immense couteau de bois, son fils Isaac étendu sur une chaise et garrotté, et quand l’acteur représentant l’ange du Seigneur accourt, non pas du haut du ciel, mais du fond du corridor où il s’était tenu caché, quand il accourt avec ses ailes de papier blanc cousues aux épaules, et s’écrie, cette fois on patois judaïco-alsacien, et sur un. ton qu’il s’efforce de rendre solennel : «Ne porte pas la main sur ton fils, et lui fais aucun mal ; je suis convaincu que tu crains Dieu, puisque tu ne lui as pas refusé ton fils unique ! » (Genèse 22:12).
Les applaudissements alors retentissent dans la salle ; on régale la jeune troupe, on lui distribue d’immenses tranches d’Haman qu’elle dévore avec une sainte gloutonnerie ; les verres se vident et se remplissent aussitôt et la joie se prolonge jusqu’à une heure avancée dans la nuit, et ainsi se trouvent mises à exécution les recommandations finales de la Meghila :
«Mardochée ordonna à tous les juifs de célébrer tous les ans le quatorzième et le quinzième jour du douzième mois, en commémoration de ce qu’en ces jours, les Juifs ont eu raison de leurs ennemis ; que les jours de douleur se sont changés en jours de fête, et il recommanda d’en faire des jours de joie et de festin» (Esther 9:20-22).
Dans chaque maison, les festins ont été si abondants, qu’ils défraient largement encore le jour suivant ; de là, dans le pays, cette maxime : « Voulez-vous voyager ? Que ce soit au lendemain du Pourim. » En d’autres termes : ce jour-là vous trouverez partout en Israël, joyeuse humeur et bons reliefs.    

23 FÉVRIER : SAINT POLYCARPE, EVÊQUE DE SMYRNE ET MARTYR

23 février, 2013

http://missel.free.fr/Sanctoral/02/23.php

23 FÉVRIER : SAINT POLYCARPE, EVÊQUE DE SMYRNE ET MARTYR

BIOGRAPHIE

Polycarpe (dont le nom grec signifie fruit abondant) est regardé par toute l’Eglise comme ayant appartenu au groupe des Pères apostoliques. Il fut un disciple immédiat des apôtres, naquit au temps de Vespasien, vers l’an 70, fut converti à la religion chrétienne dès son enfance, sous le règne de Titus. Attaché à l’Eglise de Smyrne, il fut un disciple de l’apôtre saint Jean. Son biographe, Pionius, l’a dit originaire des contrées du Levant, puis amené jeune encore à Smyrne par des marchands qui le vendirent à une femme noble, nommée Callisto. Cette généreuse chrétienne l’éleva dans la crainte du Seigneur, lui confia le soin de sa maison. Héritier des biens de Callisto, Polycarpe n’en aurait usé que pour se perfectionner dans la connaissance des Ecritures, s’avancer dans la pratique de la piété, et aurait reçu le diaconat des mains de l’évêque de Smyrne, Bucolus, qui l’attacha à son Eglise. Cependant, des autorités, comme celle de saint Irénée ( Adv. hæresses, 1. V, c. XXXIII), nous apprennent que Polycarpe avec Papias suivit les leçons de Jean, l’apôtre bien-aimé de Jésus.
Au prêtre Florin qui était tombé dans l’erreur de Valentin, Irénée écrivait (Eusèbe, Hist. eccl., 1. V, c. XX, P. G., t. XX, col. 483) : Lorsque j’étais encore enfant, je vous ai vu en compagnie de Polycarpe, heureux au palais et soucieux de partager ses idées. Je me rappelle fort distinctement les événements de cette époque, car les souvenirs d’enfance sont plus vivaces que ceux d’un âge avancé. Je pourrais marquer distinctement la place où le très saint homme Polycarpe discourait, étant assis ; je pourrais dépeindre son attitude, la forme de ses traits, rappeler les enseignements qu’il donnait au peuple, exposer les entretiens qu’il nous disait avoir avec saint Jean et les autres disciples qui avaient vu le Seigneur ; je pourrais vous dire enfin comment il répétait leurs paroles et celles qu’ils avaient recueillies de la bouche même de Jésus. J’en prends Dieu à témoin, si ce saint et apostolique vieillard entendait ce que nous entendons maintenant, il se boucherait les oreilles et répéterait cette parole qui lui était familière : O Dieu bon ! pour quels temps m’avez-vous conservé jusqu’à ce jour ! et il quitterait sans retard le lieu où il aurait entendu de pareils propos.
Ce fut par les apôtres eux-mêmes que Polycarpe fut établi évêque de Smyrne ; des auteurs ont même pensé que l’apôtre saint Jean eut, en son disciple, plus d’égard au mérite qu’à l’âge, et le sacra avant son exil dans l’île de Pathmos. A Polycarpe, dans ce cas, s’appliqueraient les éloges de l’Apocalypse (II, 8-10) au sujet de l’ange de l’Eglise de Smyrne, le seul de tous déclaré irrépréhensible. L’épiscopat de Polycarpe fut assez tranquille sous le règne de Trajan, alors que la persécution agitait l’église dans les autres provinces de l’empire. Ignace d’Antioche, l’ami de Polycarpe, fut condamné à mort en Syrie et, de là, envoyé à Rome pour être livré aux bêtes de l’amphithéâtre. Il passa par Smyrne, heureux de voir Polycarpe et de l’embrasser avant de mourir. Arrivé à Troade, il lui adressa une lettre pour le remercier de son hospitalité ; il se félicitait d’avoir pu l’entretenir et lui donnait de sages conseils pour le gouvernement de son Eglise ; il lui demandait de communiquer en son nom avec les Eglises de l’Asie Mineure, notamment avec son Eglise d’Antioche.
Sur la demande des fidèles de Philippes, Polycarpe leur écrivit pour les féliciter d’avoir reçu Ignace et ses compagnons de captivité ; il leur exposait dans le détail les devoirs attachés aux différents états, leur donnait des instructions sur la réalité de l’incarnation et de la mort du Fils de Dieu ; il les félicitait d’avoir l’intelligence des saintes Ecritures et les exhortait à prier pour tous les saints. Il ajoutait en terminant : Quant aux lettres d’Ignace que j’ai pu me procurer, je vous les envoie toutes, elles vous seront d’un grand profit, respirant la foi, la patience, l’édification. L’évêque de Smyrne alla à Rome et y séjourna, mais il est difficile de dire à quelle époque ; il devait entretenir le pape de divers sujets, défense des vérités de la foi, union et paix des fidèles, observances de discipline. L’accord n’existait pas entre Rome et les Eglises d’Asie pour la célébration de la Pâque. Anicet et Polycarpe estimèrent que le plus sage, sur ce dernier point, était de laisser jusqu’à nouvel ordre l’Orient et l’Occident suivre leur coutume respective. Le séjour de Polycarpe à Rome fut encore utile à beaucoup de personnes qui s’étaient laissé infecter du venin de l’hérésie ; l’évêque rendit un public témoignage à la vérité orthodoxe, fit rentrer dans le sein de l’Eglise des âmes séduites par les erreurs de Valentin et de Marcion.
Rencontrant un jour ce dernier dans les rues de Rome, Marcion lui avait dit : Ne me reconnaissez-vous pas ? – Oui, répondit Polycarpe, je vous reconnais pour le fils aîné de Satan. Simple parole qui marque l’inviolable attachement de l’évêque aux enseignements de la foi.
Rentré dans son Eglise de Smyrne, Polycarpe n’y jouit pas longtemps du calme et de la tranquillité. alors s’éleva une grande persécution contre les chrétiens. L’Eglise de Smyrne, dans sa lettre à l’Eglise de Philadelphie et à toutes les Eglises catholiques, a raconté en quelles circonstances Polycarpe et ses compagnons endurèrent le martyre : Frères, nous vous envoyons une révélation de la mort de quelques martyrs, et particulièrement de la mort du bienheureux Polycarpe, qui, par son sang a mis fin à la persécution. Tout ce qui s’est passé en cette rencontre est arrivé pour vérifier ce que le Seigneur a prédit dans son Evangile, où il nous montre la voie que nous devons suivre. Il a voulu être livré lui-même et être attaché à la croix comme notre libérateur. Il veut que nous soyons ses imitateurs ; armé le premier d’une vertu céleste, il s’est assujetti à la volonté des impies ; comme un bon maître, il se fait le modèle de ses serviteurs pour n’être pas à charge à ceux qu’il instruit. Il a souffert tout d’abord ce qu’il ordonne aux autres de souffrir ; il nous apprend à tous à mourir utilement pour notre propre salut et celui de nos frères.
Nous nous sentons saisis de crainte au moment où nous nous préparons à vous raconter les combats des généreux athlètes et à vous décrire les glorieux trophées de leur amour pour Dieu et de leur invincible patience. Ils ont vu sans pâlir couler leur propre sang ; le peuple, ému d’un si horrible spectacle, n’a pu retenir ses larmes. Dieu, du haut du ciel, jetait des regards de complaisance sur ces illustres combattants ; leur âme était attaquée de tous côtés ; il l’a soutenue par sa force toute divine et l’a rendue victorieuse de la douleur malgré la faiblesse de leur corps. Même il les excitait de la voix ; de là vinrent le mépris pour leurs juges, le sage et judicieux discernement qui leur fit préférer la vérité au mensonge, le ciel à la terre, l’éternité au temps. Une heure de souffrance leur a acquis des joies sans fin.
La fermeté du martyr Germanicus a rassuré les esprits que les artifices du démon commençaient à ébranler. Quand ce confesseur eut été exposé aux bêtes, le proconsul, touché d’un sentiment d’humanité, l’exhorta à prendre pitié de lui-même, à conserver du moins ses jours. Regardant ce proconsul avec mépris, Germanicus lui dit : J’aime mieux perdre mille fois la vie que de la recevoir de toi à un tel prix. Et, s’avançant hardiment au-devant du lion, il chercha la mort dans les griffes et les dents meurtrières de cet animal. Le peuple fut frappé de dépit plutôt que de stupeur, car on entendit mille voix confuses s’écrier : Mort aux athées ! Qu’on amène Polycarpe !
Sur ses entrefaites, un chrétien de Phrygie, nommé Quintus, récemment arrivé à Smyrne, se présenta au proconsul ; mais la faiblesse trahit sa volonté. A peine eut-il aperçu les bêtes qu’il pâlit de frayeur, recula et demanda qu’on lui laissât la vie. Il était venu pour abattre les idoles et il prêta la main pour les soutenir, car le proconsul obtint de lui sans peine un sacrifice aux faux dieux. Tant il est vrai qu’il faut éviter toute présomption téméraire, réserver ses louanges pour ceux-là seuls qui se défient d’eux-mêmes, ne sortent de leur retraite que par l’ordre de Dieu. Le sage Polycarpe, pour avoir tenu la conduite humble et prudente que recommande l’Evangile, assura son propre triomphe. Apprenant qu’on le cherchait, il se déroba à la poursuite de ses ennemis ; par la tranquillité de son âme, il montrait qu’il ne fuyait pas la mort sous l’influence d’une crainte lâche, mais qu’il en reculait le moment en vertu d’une humble défiance de soi-même. Les fidèles qui lui donnaient asile le conjuraient de mettre sa vie en sûreté sans perdre un seul instant ; quant à lui, il marchait lentement, s’arrêtait volontiers là où il passait, ne semblait s’éloigner qu’à regret du lieu où l’on avait résolu sa mort. Soudain, il s’arrêta et revint dans une métairie peu distante de Smyrne ; il fit halte, adressa à Dieu de ferventes prières en vue du combat qu’il allait bientôt soutenir pour sa gloire. trois jours avant son supplice, il eut un songe dans lequel le chevet de son lit lui parut tout en feu. A son réveil, il dit à ceux qui l’entouraient : Dans trois jours, je serai brûlé vif !
On le fit alors changer de retraite, mais à peine arrivé à celle qu’on lui avait choisie, il y rencontra les émissaires du proconsul. Ceux-ci avaient eu bien de la peine à le découvrir, mais, s’étant emparés de deux jeunes enfants, ils avaient fouetté cruellement l’un d’eux et lui avaient arraché le secret de la retraite de Polycarpe. L’intendant de la police, Hérode, en fut aussitôt informé et, dans son impatience, il envoya aussitôt une escouade d’archers et de gens à cheval à la suite de l’enfant, qui les conduisit à la métairie. Polycarpe, caché dans un grenier, préféra se livrer lui-même. Il se présenta devant les archers surpris de trouver en ce vieillard une vivacité extraordinaire ; il leur fit servir à manger, leur demanda quelques heures de répit pour vaquer à la prière et enfin se remit entre leurs mains. L’escorte qui l’emmenait rencontra aux portes de la ville un char sur lequel étaient montés Hector et son père Nicétas. Hector décida Polycarpe à prendre place à ses côtés sur le char, espérant gagner par des promesses ce vieillard qui paraissait à l’épreuve des outrages et des mauvais traitements : Quel mal, lui répétait-il, trouvez-vous à donner à César le nom de Seigneur, puis à sacrifier pour sauver votre vie ? Fatigué de tant d’importunités, Polycarpe finit par rompre le silence et dit avec force : Non, non, je ne suis pas décidé à faire ce que vous me conseillez, rien ne sera capable de me faire changer de résolution. Irrités à ces mots, ces hommes jetèrent le masque, précipitèrent le saint évêque hors du char avec une telle violence qu’il fut blessé à la jambe dans la chute. Polycarpe, cependant, put se relever, continuer la route à pied et même se présenter allègrement dans l’amphithéâtre. Quand il y entra, il entendit une voix qui lui disait : Polycarpe, sois ferme !  Seuls les chrétiens de l’arène entendirent cette voix.
Amené directement en face du tribunal du proconsul, Polycarpe s’entendit exhorter à avoir égard à son grand âge. Epargne ta vieillesse, disait le magistrat, rends hommage au génie de César, dis avec nous : Plus d’athées ! Expression que le juge appliquait aux chrétiens. Polycarpe promena un instant ses regards sur la multitude des païens qui garnissaient les bancs de l’amphithéâtre et dit d’un air consterné, en lui appliquant l’expression : Oui, certes, plus d’athées ! – Poursuis, lui dit le proconsul, jure par le génie de César, et blasphème le Christ. – Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers, répliqua Polycarpe, et il ne m’a jamais fait aucun mal ; comment pourrais-je blasphémer mon Sauveur et mon roi ? Que si vous voulez que je jure par le génie de César, comme vous l’appelez, voici ma confession sincère : Je suis chrétien ; si vous voulez apprendre de moi la doctrine du Christ, accordez-moi un jour d’audience pour m’entendre. – Donne satisfaction au peuple, dit le proconsul. A quoi Polycarpe répondit : Je vous ai adressé la parole parce qu’on nous a appris la déférence aux princes tant que la religion n’a pas à en souffrir ; quant au peuple, ce n’est pas un tribunal compétent devant lequel j’ai à me justifier. De fait, la fureur d’un tel auditoire le mettait bien dans l’incapacité d’écouter.
Mais le proconsul prit alors un air sévère : Quoi ! dit-il, j’ai à ma disposition les bêtes sauvages ! – Faites-les sortir, reprit l’évêque, qu’elles viennent assouvir leur rage. Je suis absolument résolu à ne pas changer de bien en mal. Ce qu’il faut faire, c’est de passer du mal au bien ! – Mais si tu méprises les morsures des bêtes, ajouta le proconsul, je te ferai consumer par le feu ! Polycarpe dit alors : Le feu dont tu menaces est un feu qui ne brûle qu’un moment ; au bout d’un instant, son ardeur s’amortit ; ce que vous semblez ignorer, c’est qu’il est un feu d’éternel punissement dont la flamme ne s’éteindra jamais pour le châtiment des impies !
Au moment où Polycarpe prononçait ces dernières paroles, son visage parut resplendir au milieu d’une lumière céleste. Le proconsul lui-même en fut frappé d’admiration ; il fit crier trois fois par un héraut : Polycarpe s’est déclaré chrétien !
A ces mots, toute la multitude des païens et des juifs poussa un grand cri pour réclamer la mort de Polycarpe : C’est le grand docteur de l’Asie, le père des chrétiens, le destructeur de nos dieux ; il apprend au peuple à ne pas sacrifier ! On fit appel à Philippe l’Asiarque ; on voulut l’obliger à lâcher un des lions contre Polycarpe. Il s’en défendit en disant que cela n’était pas en son pouvoir, que l’heure des spectacles était passée. Tous furent d’accord qu’il fallait brûler vif le saint vieillard ; ils ne songeaient pas qu’ils réalisaient la prédiction de Polycarpe ; lui-même interrompit sa prière pour le faire remarquer aux chrétiens de son entourage.
Cependant, le peuple courait aux bains publics, enfonçait les boutiques, enlevait tout ce qui pouvait servir à construire un bûcher ; les juifs, selon leur coutume, se signalèrent en cette occasion. Le bûcher préparé, on y mit le feu. Polycarpe ôta lui-même sa ceinture et sa première robe, se baissa pour se déchausser, ce qu’il n’était pas accoutumé de faire, car d’ordinaire les fidèles lui rendaient ce service pour pouvoir baiser ses pieds. Comme on se disposait à l’attacher au bûcher avec des chaînes de fer, il s’y opposa : Laissez-moi comme je suis, dit-il alors ; celui qui m’a donné la volonté de souffrir pour lui m’en donnera la force ; il adoucira la violence du feu et me fera la grâce d’en pouvoir supporter l’ardeur. Alors, on se contenta de lui lier les mains derrière, le dos avec des cordes ; il monta ainsi sur le bûcher comme sur l’autel de son sacrifice. Elevant ensuite les yeux au ciel, il prononça cette prière : Dieu des anges, Dieu des archanges qui avez détruit le péché et détruirez un jour la mort, monarque souverain du ciel et de la terre, protecteur des justes et de tous ceux qui marchent en votre présence, je vous bénis, moi, le moindre de vos serviteurs, et je vous rends grâces de ce que vous m’avez jugé digne de souffrir, de recevoir de votre main la couronne du martyre, de pouvoir approcher mes lèvres du calice de la passion ; je vous rends grâces de tous ces bienfaits, par Jésus-Christ dans l’unité du Saint-Esprit. voilà Seigneur, mon sacrifice presque achevé ; avant que le jour finisse, je verrai l’accomplissement de vos promesses. Soyez donc à jamais béni, Seigneur ; que votre nom adorable soit glorifié dans tous les siècles, par Jésus-Christ, pontife éternel et tout-puissant, et que tout honneur vous soit rendu avec lui et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
Après la prière, la flamme sortant de tous côtés du bûcher à gros tourbillons s’éleva dans les airs. Dieu, pour honorer son serviteur devant les hommes, opéra un nouveau prodige ; tous ceux que sa providence a choisis pour en être les témoins le répandront partout comme un monument éclatant de sa puissance et de la gloire de son fidèle ministre. Les tourbillons de flammes se courbèrent en arc, s’étendant à droite et à gauche, et représentèrent une voile de navire enflée par le vent. Cette voûte de feu, suspendue en l’air, couvrit le corps du saint martyr, sans que la moindre étincelle osât pour ainsi dire en approcher ni toucher ses vêtements. Le corps avait la couleur d’un pain nouvellement cuit, ou d’un mélange d’or et d’argent en fusion ; l’éclat réjouissait la vue. On respirait comme un agréable mélange d’encens, de myrrhe et de parfums Précieux qui dissipait la mauvaise senteur du feu. Cette merveille a étonné les ennemis de notre religion ; ils ont été convaincus par leurs propres yeux que le corps d’un chrétien était devenu respectable au plus furieux des éléments. Un de ceux qui entretenaient le bûcher reçut l’ordre de s’en approcher et de reconnaître de plus près la vérité du prodige ; on lui dit ensuite d’aller enfoncer son poignard dans le corps du martyr. Il le fit, et à l’heure même le sang sortit en grande abondance et éteignit le feu ; en même temps, on vit une colombe sortir du milieu de ces flots pour prendre son essor vers le ciel. Tout le peuple fut alors dans l’étonnement et reconnut la différence entre la mort des chrétiens et celle des autres hommes ; plusieurs furent contraints d’admettre la grandeur de notre religion, sans avoir la force de l’embrasser. Ainsi Polycarpe, évêque et docteur de la sainte Eglise de Smyrne, consomma son sacrifice ; ce qui lui avait été révélé à ce sujet se réalisa pleinement.
Le démon, cet ennemi irréconciliable des justes, reconnut lui-même que cette vie illustrée par tant de vertus avait été couronnée par une mort pleine de merveilles. Mais il suggéra à ses suppôts l’idée de soustraire aux chrétiens le corps du saint martyr. Déjà plusieurs avaient tenté de recueillir ses cendres quand, à son instigation, les juifs poussèrent Nicétas, père d’Hérode, à aller trouver le proconsul pour lui dire : Refusez les cendre de Polycarpe aux chrétiens, car ceux-ci vont leur rendre les honneurs dus à la divinité. Comme si les chrétiens pouvaient ne plus reconnaître Jésus pour Seigneur et Maître, après ce qu’il a souffert pour eux, et comme s’il leur était permis d’offrir à un autre qu’à lui leurs prières et leurs vœux ! Le centurion envoyé par le proconsul pour apaiser le différend entre les juifs et nous, touchant le corps du martyr, brûla ces saintes dépouilles. Cependant, nous en avons recueilli quelques ossements ; nous les conservons comme l’or et les pierres précieuses. Notre Eglise se réunit pour célébrer avec une sainte allégresse le jour de cette heureuse naissance, le Seigneur nous ayant fait connaître sa volonté sur ce point. Voilà ce qui s’est passé à Smyrne au sujet du bienheureux Polycarpe. Il a souffert le martyre avec douze autres chrétiens de Philadelphie ; mais sa mémoire est l’objet de plus de vénération que celle des autres martyrs. toute l’Asie le nomme toujours le Maître. Vous nous avez demandé plus d’une fois le récit détaillé des événements  nous vous envoyons cette relation par notre frère Marcien. Quand vous aurez lu la lettre, faites-en part aux autres Eglises, pour que le Seigneur soit béni en tous lieux du choix que sa grâce fait des élus. Il est puissant pour nous sauver nous-mêmes par Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur ; à lui et à Jésus-Christ gloire, honneur, puissance, majesté dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il. Evariste qui a écrit cela vous salue et toute sa famille avec lui.
Polycarpe a souffert le martyre le VII des calendes de mars (22 février), le jour du grand samedi, à la huitième heure. Il fut arrêté par Hérode l’Erénarque, Philippe de Tralles étant pontife, et Statius Quadratus proconsul. On s’est beaucoup occupé en ces derniers temps de l’année ; quelques dissidents optent pour l’année 166, mais le plus grand nombre tient pour février 155 (ou 156). Une autre difficulté se présente ici, qui tient à la chronologie des évêques de Rome, en raison de l’avènement du pape Anicet en 155. Il faudrait mettre en 156 ou mieux en 155 la visite de Polycarpe au pape Anicet.
Les fidèles de Smyrne ont apporté un soin jaloux à établir un anniversaire pour célébrer la mémoire de Polycarpe. L’histoire ne parle d’aucune translation des reliques en dehors de Smyrne ; on prétend qu’il y en eut pourtant soit à Rhodes et à Malte, soit à Rome et enfin à Paris. Les Grecs ont placé la fête du saint martyr au 12 mars, puis au 23 février. Les Latins ont bien, dans quelques exemplaires du martyrologe hiéronymien, un saint Polycarpe au 23 février ; mais, depuis longtemps, la fête est au 26 janvier. C’est la date où l’inscrit le martyrologe de Florus. A cause de saint Irénée, évêque de Lyon, qui reçut une copie de la lettre de l’Eglise de Smyrne, on peut faire remonter le culte de saint Polycarpe jusqu’à l’époque de saint Irénée à Lyon. Mais pourquoi cet ajouté de Florus au 26 janvier : reliquiæ ejus Lugduni in crypta habentur ?

Transfiguration – «Donneur de lumière , gloire à Toi ! »

22 février, 2013

Transfiguration - «Donneur de lumière , gloire à Toi !

http://www.simonospetras.org/2012/08/trasfigurazione-o-datore-di-luce-gloria-te/

DIMANCHE 24 FÉVRIER: COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE

22 février, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 24 FÉVRIER: COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Genèse 15, 5-12. 17-18

Le SEIGNEUR parlait à Abraham dans une vision.
5 Puis il le fit sortir et lui dit :
 « Regarde le ciel,
 et compte les étoiles si tu le peux… »
 Et il déclara :
 « Vois quelle descendance tu auras ! »
6 Abraham eut foi dans le SEIGNEUR,
 et le SEIGNEUR estima qu’il était juste.
7 Puis il dit :
 « Je suis le SEIGNEUR,
 qui t’ai fait sortir d’Ur en Chaldée
 pour te mettre en possession de ce pays. »
8 Abraham répondit :
 « SEIGNEUR mon Dieu, comment vais-je savoir
 que j’en ai la possession ? »
9 Le SEIGNEUR lui dit :
 « Prends-moi une génisse de trois ans,
 une chèvre de trois ans,
 un bélier de trois ans,
 une tourterelle et une jeune colombe. »
10 Abraham prit tous ces animaux,
 les partagea en deux,
 et plaça chaque moitié en face de l’autre ;
 mais il ne partagea pas les oiseaux.
11 Comme les rapaces descendaient sur les morceaux,
 Abraham les écarta.
12 Au coucher du soleil,
 un sommeil mystérieux s’empara d’Abraham,
 une sombre et profonde frayeur le saisit.
17 Après le coucher du soleil, il y eut des ténèbres épaisses.
 Alors un brasier fumant et une torche enflammée
 passèrent entre les quartiers d’animaux.
18 Ce jour-là, le SEIGNEUR conclut une Alliance avec Abraham

 en ces termes :

 « A ta descendance

 je donne le pays que voici. »

A l’époque d’Abraham, lorsque deux chefs de tribus faisaient alliance, ils accomplissaient tout un cérémonial semblable à celui auquel nous assistons ici : des animaux adultes, en pleine force de l’âge, étaient sacrifiés ; les animaux « partagés en deux », écartelés, étaient le signe de ce qui attendait celui des contractants qui ne respecterait pas ses engagements. Cela revenait à dire : « Qu’il me soit fait ce qui a été fait à ces animaux si je ne suis pas fidèle à l’alliance que nous contractons aujourd’hui ». Ordinairement, les contractants passaient tous les deux entre les morceaux, pieds nus dans le sang : ils partageaient d’une certaine manière le sang, donc la vie ; ils devenaient en quelque sorte « consanguins ». Pourquoi cette précision que les animaux devaient être âgés de trois ans ? Tout simplement parce que les mamans allaitaient généralement leurs enfants jusqu’à trois ans ; ce chiffre était donc devenu symbolique d’une certaine maturité : l’animal de trois ans était censé être adulte.

 Ici Abraham accomplit donc les rites habituels des alliances ; mais pour une alliance avec Dieu, cette fois. Tout est semblable aux habitudes et pourtant tout est différent, précisément parce que, pour la première fois de l’histoire humaine, l’un des contractants est Dieu lui-même.

 Commençons par ce qui est semblable : « Abraham prit tous ces animaux, les partagea en deux, et plaça chaque moitié en face de l’autre ; mais il ne partagea pas les oiseaux. Comme les rapaces descendaient sur les morceaux, Abraham les écarta. » La mention des rapaces est intéressante : Abraham les écarte parce qu’il les considère comme des oiseaux de mauvais augure ; cela nous prouve que le texte est très ancien : Abraham découvre le vrai Dieu, mais la superstition n’est pas loin.
 Ce qui est inhabituel maintenant : « Au coucher du soleil, un sommeil mystérieux s’empara d’Abraham, une sombre et profonde frayeur le saisit. Après le coucher du soleil, il y eut des ténèbres épaisses. Alors un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les quartiers d’animaux. » A propos d’Abraham, le texte parle de « sommeil mystérieux » : ce n’est pas le mot du vocabulaire courant ; c’était déjà celui employé pour désigner le sommeil d’Adam pendant que Dieu créait la femme ; manière de nous dire que l’homme ne peut pas assister à l’oeuvre de Dieu : quand l’homme se réveille (Adam ou Abraham), c’est une aube nouvelle, une création nouvelle qui commence. Manière aussi de nous dire que l’homme et Dieu ne sont pas à égalité dans l’oeuvre de création, dans l’oeuvre d’Alliance ; c’est Dieu qui a toute l’initiative, il suffira à l’homme de faire confiance : « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR et le SEIGNEUR estima qu’il était juste »…
 « Un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les quartiers d’animaux » : la présence de Dieu est symbolisée par le feu comme souvent dans la Bible ; depuis le Buisson ardent, la fumée du Sinaï, la colonne de feu qui accompagnait le peuple de Dieu pendant l’Exode dans le désert jusqu’aux langues de feu de la Pentecôte.
 Venons-en aux termes de l’Alliance ; Dieu promet deux choses à Abraham : une descendance et un pays. Les deux mots « descendance » et « pays » sont utilisés en inclusion dans ce récit ; au début, Dieu avait dit : « Regarde le ciel et compte les étoiles si tu le peux… Vois quelle descendance tu auras !… Je suis le SEIGNEUR qui t’ai fait sortir d’Ur en Chaldée pour te mettre en possession de ce pays » et à la fin « A ta descendance je donne le pays que voici. » Soyons francs, cette promesse adressée à un vieillard sans enfant est pour le moins surprenante ; ce n’est pas la première fois que Dieu fait cette promesse et pour l’instant, Abraham n’en a pas vu l’ombre d’une réalisation. Depuis des années déjà, il marche et marche encore en s’appuyant sur la seule promesse de ce Dieu jusqu’ici inconnu pour lui. Rappelons-nous le tout premier récit de sa vocation : « Va pour toi, loin de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir. Je ferai de toi une grande nation… » (Gn 12, 1). Et dès ce jour-là, le texte biblique notait l’extraordinaire foi de l’ancêtre qui était parti tout simplement sans poser de questions : « Abraham partit comme le SEIGNEUR le lui avait dit. » (Gn 12, 4).
 Ici, le texte constate : « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR, et le SEIGNEUR estima qu’il était juste. » C’est la première apparition du mot « Foi » dans la Bible : c’est l’irruption de la Foi dans l’histoire des hommes. Le mot « croire » en hébreu vient d’une racine qui signifie « tenir fermement » (notre mot « Amen » vient de la même racine). Croire c’est « TENIR », faire confiance jusqu’au bout, même dans le doute, le découragement, ou l’angoisse. Telle est l’attitude d’Abraham ; et c’est pour cela que Dieu le considère comme un juste. Car, le Juste, dans la Bible, c’est l’homme dont la volonté, la conduite sont accordées à la volonté, au projet de Dieu. Plus tard, Saint Paul s’appuiera sur cette phrase du livre de la Genèse pour affirmer que le salut n’est pas une affaire de mérites. « Si tu crois… tu seras sauvé » (Rm 10, 9). Si je comprends bien, Dieu donne : il ne demande qu’une seule chose à l’homme…. y croire.

HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE CARÊME C

22 février, 2013

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE CARÊME C

THÈME : « UN AVANT-GOÛT D’AILLEURS »

(Prononcée en 1998 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), l’homélie suivante est marquée par les événements de cette époque. Le thème général de ce carême était  » Retrouver le souffle et la liberté de l’Esprit »)

Nous aurions tort de ne pas contempler de temps en temps les étoiles. Elles nous font lever la tête. Alors que trop souvent nous avons le nez et les yeux rivés au sol. Ce qui risque de nous faire vivre à courte vue. Par contre, le firmament nous entraîne vers l’infini et son mystère, où se rejoignent l’origine et la fin, l’alpha et l’oméga. Un vide immense, où règne l’Esprit. Un royaume de signes et de silence. Mais un silence habité, comme tous les silences.
Voilà bien un cadre merveilleux pour visualiser une expérience spirituelle et lire en lettres de vie le sens surprenant des événements d’une vie ordinaire. Voire même d’une existence éprouvée, douloureuse et décevante, comme ce fut le cas pour Abraham il y a prés de 4.000 ans.
Abraham ! Un apatride vagabond, et pire que tout, sans enfant. Et voici que durant un exode follement aventureux, ce mendiant d’espérance, ce chercheur de sens a l’intuition d’un Dieu qui non seulement vient à sa rencontre, mais qui le cherche. Non pour le soumettre à la question, mais pour faire alliance avec lui. En faire un fils, un ami, un héritier. Proposition étonnante mais gratuite. Une alliance de cœur et d’esprit… Abraham eut foi dans le Seigneur. Imaginez la transfiguration de cet immigré après une nuit passée au clair des astres.

Jusque-là, c’était l’homme qui, en pataugeant dans le noir et dans une crainte sacrée, était en quête de Dieu. Désormais, la nouvelle religion comprendra que Dieu prend aussi l’initiative de venir à la rencontre des hommes. Pour établir une Alliance. Non de maître à esclave, mais entre partenaires… C’était le début d’un long itinéraire qui est encore le nôtre aujourd’hui. La marche lente de tout un peuple, faite très prosaïquement d’infidélités et de pardons, de chutes et de recommencements. Des zones d’ombre et des zones de lumière. Un itinéraire balisé par des prophètes. Ils viennent très régulièrement claironner les avertissements d’une « Parole sur Dieu », riche de ses conseils et de ses directives. De ses déceptions aussi, de ses encouragements et de ses projets.
Sur les bords du chemin, les pèlerins de la liberté trouvent des publicités alléchantes habilement placées par les idoles et les faux dieux. Saint Paul vient de nous le rappeler en évoquant tous ces gens dont le ventre est devenu leur dieu. « Ils ne tendent que vers les choses de la terre, oubliant que nous sommes tous citoyens des cieux ». Citoyens des cieux, oui, vraiment ! Et cependant bien au cœur du monde, mais pas pour s’y installer. Voyez Jean-Claude Barrault dans « L’illusion de l’An 2000″, qui met en garde contre la fuite en avant d’un culte aveugle de la modernité et du progrès. Une nouvelle idole parmi les idoles plurielles de l’économie.
Nos 40 jours de carême nous permettent ainsi de découvrir le vrai visage de notre exode. Un pèlerinage de transformation progressive de la chair périssable à la transfiguration définitive de tout l’être. Notre avenir est au-delà de la mort. Mais cet « ailleurs » se construit maintenant au quotidien.
Dans le passé, la connaissance mutuelle des partenaires s’est éclairée. Le peuple des croyants a pris progressivement conscience, et de la présence, et de la proximité de Dieu à notre terre. Et il doit encore aujourd’hui poursuivre sa recherche inlassablement. Jadis, certains ont même compris un jour que Dieu, en Jésus Christ, allait venir habiter lui-même le cœur de chacun et y faire souffler son Esprit qui est l’Amour en Dieu.
Mais si le Verbe s’est fait chair, s’il est venu chez les siens, les siens ne l’ont pas reçu (Jn 1, 11). Le mystère de l’Incarnation, écrit le cardinal Etchegaray, « est, j’ose dire, tout ce qu’il y a de plus brut : c’est un vin sec et non pas un vin doux ». C’est vrai ! Tellement sec qu’il râpe notre esprit et notre conscience. D’instinct, nous préférons un Christ purement spirituel, qui pourrait se contenter d’une religion désincarnée. Mais l’Evangile a été annoncé et ne peut être vécu qu’en pleine terre.
Cependant, être disciple d’un Messie applaudi, c’est une chose. Suivre un prophète qui soulève les oppositions, c’en est une autre. Or, les disciples l’entendent avouer qu’il devra beaucoup souffrir, être rejeté, y compris par les prêtres, les théologiens et la hiérarchie religieuse. Jusqu’à être excommunié et même tué. Incroyable ! Et insupportable ! Même si Jésus avait glissé en finale cette explication à première vue inintelligible qu’il ressusciterait le troisième jour.
La même réalité est annoncée, répétée et vécue aujourd’hui. L’Evangile est toujours provoquant et dérangeant. Son incarnation nous heurte de plein fouet. Chacun, en effet, est confronté à l’héroïsme quotidien d’aimer son prochain comme soi-même. De garder aussi confiance et fidélité en Dieu, sachant qu’en définitive, nous sommes destinés à la gloire. Voilà le vrai credo. Un credo incarné. Infiniment plus authentique que celui des formules, même orthodoxes, récitées, proclamées ou chantées.
Nous avons donc besoin de haltes et d’encouragement pour éclairer et nourrir la foi, stimuler l’espérance. Voyez les disciples. Ce jour-là, ce n’était plus l’enthousiasme des barques et filets que l’on abandonne. Des signes étonnants et des succès de foule leur avaient donné des ailes. L’opposition des autorités religieuses et civiles les avait brisées… Et la suite annoncée par Jésus apparaissait comme le désastre d’un échec. Les disciples étaient abattus, déprimés, comme nous pouvons l’être nous-mêmes. Non sans raison.
La transfiguration est venue atténuer leurs inquiétudes, sans pour autant les vacciner contre toute peur et tout découragement. Encore faut-il comprendre que la scène décrite par saint Luc n’a rien d’un reportage. Il s’agit d’une expérience spirituelle, traduite dans le « grand spectacle » traditionnel d’une théophanie. Les mots qui l’habillent sont riches de sens. Mais le code biblique pour les déchiffrer bien souvent nous échappe.
Ici, ce qui importe d’abord, c’est le mystère du Christ et celui de sa prière. Une prière intense. Une prière de cœur. Car c’est « le cœur qui est le vrai lieu de la prière ». Le tête-à-tête le plus secret qui soit. Mystère d’une rencontre, d’une harmonie, d’une communion. D’esprit et de volonté. La plénitude d’un instant. Un instant d’accomplissement.         
Or, un tel état de feu et de rayonnement intérieur, doit nécessairement transparaître. C’est pourquoi, « le visage de Jésus devint autre », note Luc très discrètement. Ce que traduit très joliment un poème du bréviaire : « Sur son visage un instant passe le reflet d’une gloire inconnue ». Ce qui a donné aux disciples un avant-goût d’ailleurs. Ce quelque chose d’inhabituel qui éclaire déjà notre provisoire d’une lueur de définitif.             
N’allez pas croire pour autant que les disciples ont compris d’emblée. Ce n’est qu’après la résurrection qu’ils en découvriront le sens. Et encore plus tard sans doute qu’ils prendront conscience eux-mêmes de leur vie déjà transfigurée par la Foi au Christ ressuscité.
Ce qui veut dire que « dans nos vies, marquées par tant d’épreuves et d’échecs, la vraie prière peut nous transformer, nous transfigurer. Tout comme nous transfigure une démarche d’amour, de pardon, de justice et de paix, de solidarité et d’entraide ». Car, faut-il le rappeler, la vraie prière, nourrie par la rumination de la Parole est communion à la volonté du Père. Elle l’incarne. C’est ce qui peut donner aux chrétiens « un air sauvé », un « air transfiguré » et donner à leur témoignage l’avant-goût d’un Royaume de Dieu déjà en croissance ici-bas.
C’est ce qui arrive quand des hommes et des femmes de toutes conditions, races et religions, donnent de leur temps, de leurs compétences, de leur expérience et de leurs biens, pour se faire un instrument de l’Amour au service des personnes et des peuples qui sont dans la détresse. Ce qui revient à vêtir le Christ, à l’accueillir, le soigner, le respecter, l’honorer, disait Grégoire de Naziance au 4e siècle. Et comme il avait de l’humour, il ajoutait : Mais pas seulement comme l’avaient fait, du vivant de Jésus, les mages, la femme pécheresse, Joseph d’Arimathie ou Nicodème.
Il y a deux semaines, jour pour jour, un jeune père de famille de retour de l’étranger, me disait presque mot à mot : pendant des mois, j’ai vu dans les bas fonds d’une grande ville de petites équipes d’hommes et de femmes le visage transfiguré par la charité, accomplir des merveilles parmi les sans abri et autres exclus. Ils m’ont donné envie de croire. Je leur dois aujourd’hui ma conversion et mon baptême. Ma vie en a été transfigurée. La nôtre peut l’être aussi. Alors, comme les disciples, nous pourrons poursuivre notre route et nous enfoncer avec confiance dans le brouillard du quotidien.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)    1925 – 2008

Pourim, rappelant le courage d’Esther

21 février, 2013

Pourim, rappelant le courage d'Esther dans images sacrée

http://reporterpercaso.com/2012/03/07/purim-la-festa-delle-sorti/

FÊTES JUIVES : POURIM (fevrier 24-25, Adar 14-15)

21 février, 2013

http://www.ueel.org/etudes/79-fetes-juives–pourim.html

FÊTES JUIVES : POURIM (fevrier 24-25, Adar 14-15)

C’EST DANS LE LIVRE D’ESTHER QUE L’ON TROUVE L’ORIGINE BIBLIQUE DE LA FÊTE DE POURIM (EST 9.20-32).

Le mot « pour » est expliqué en Est 9.24-26 où on lui donne le sens de « sort ». Haman, Premier ministre du roi perse Assuérus (Xerxès), avait déterminé par le sort le jour où les Juifs de Perse devraient être exterminés : le 13 du mois d’Adar (février-mars, cf. Est 3.7-13). Mais grâce à l’intervention d’Esther auprès du roi, poussée par Mardochée, le complot est déjoué et se retourne contre Haman et les siens. Le jour où les Juifs devaient être tués devient le jour de leur victoire, ce sont les Juifs qui mettent leurs ennemis à mort. Au-delà du caractère sanglant de cette histoire, où le désir de vengeance peut choquer les lecteurs, le livre d’Esther souligne que le peuple Juif ne peut pas être détruit. La fête de Pourim veut perpétuer le souvenir de ce jour.
Certains exégètes mettent en doute l’historicité du livre d’Esther et donc l’explication que le livre donne quant à l’origine de la fête de Pourim. De plus, le mot « pour » étant d’origine étrangère (probablement akkadienne), certains pensent que cette fête serait une adaptation juive d’une fête païenne. Roland De Vaux souligne qu’il s’agit d’une fête essentiellement profane : « elle n’est pas, au moins directement, en l’honneur du Dieu d’Israël, dont le nom ne paraît même pas dans le livre hébreu d’Esther, elle ne se rattache pas à l’histoire ancienne du peuple élu, elle ne comporte aucun élément proprement cultuel. »
Il faut souligner toutefois que l’évocation très fine des mœurs à Suse et de la vie à la cour du roi Xerxès plaide en faveur de l’historicité du récit. Quoi qu’il en soit, parmi ceux qui doutent de l’historicité du livre d’Esther, la plupart admettent qu’il doit bien y avoir un fonds historique à cette histoire. « Il est bien possible que le récit ait pour base historique une délivrance inespérée des Juifs de Suse, menacés d’extermination, dans des circonstances que nous ne pouvons pas préciser, mais ce fonds a été librement utilisé pour devenir la « légende » d’une fête » Il faut d’ailleurs avouer que certains éléments de l’histoire peuvent paraître improbables : le nombre de jours de fêtes à l’arrivée de Xerxès sur le trône (Est 1.4), la hauteur du gibet élevé pour Mardochée (5.14) et le nombre d’hommes tués par les Juifs (9.16) Mais il s’agit de points de détail.
La célébration de la fête de Pourim est joyeuse, exubérante même. Elle commence par un jour de jeûne, le 13 Adar (février-mars). Le soir, on allume des lampes dans les maisons et on se rend à la synagogue où est lu le rouleau d’Esther. La lecture est ponctuée d’interjections contre Haman de la part de l’auditoire. Les 14 et 15 Adar sont consacrés à la réjouissance. Les enfants se déguisent (les filles en petites Esther, les garçons en petits Mardochée), on se fait des cadeaux et des aumônes sont données aux pauvres .
La fête de Pourim, au travers de l’histoire d’Esther, permet de rappeler la souveraineté de Dieu. Même si son nom n’est pas cité explicitement dans le livre d’Esther, sa providence se devine derrière la trame des événements. Cette histoire de délivrance, de retournement de situation, évoque l’œuvre de salut de Dieu, vainqueur ultime du mal. Il n’est d’ailleurs pas impossible de voir dans le gibet dressé pour Mardochée une figure de la croix dressée pour le Messie.

Vincent Mieville , pasteur

RETRAITE AU VATICAN : LE LIEN NUPTIAL ENTRE DIEU ET L’HUMANITÉ – CAR RAVASI

21 février, 2013

http://www.zenit.org/fr/articles/retraite-au-vatican-le-lien-nuptial-entre-dieu-et-l-humanite

RETRAITE AU VATICAN : LE LIEN NUPTIAL ENTRE DIEU ET L’HUMANITÉ – CAR RAVASI

SURMONTER L’ABSENCE ET LE NÉANT

ROME, 21 FÉVRIER 2013 (ZENIT.ORG).

Le « lien nuptial » entre Dieu et l’humanité a été brisé par le péché, d’où ce sentiment de l’absence de Dieu et du néant : c’est Dieu lui-même qui vient restaurer ce lien, en Jésus, dont le nom a été prononcé par un Ionesco avant de mourir, rappelle le cardinal Ravasi.
La retraite de carême au Vatican arrivé à son cinquième soir : plus qu’un soir, vendredi soir, et elle s’achèvera samedi matin, 23 février, après la fête de la Chaire de Saint-Pierre, demain.
Le cardinal Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical de la Culture, qui anime la retraite, a centré ses méditations d’hier soir et de ce jour (10e, 11e, 12e et 13e méditations) sur réconciliation et pénitence, l’absence de Dieu et le néant.
La douleur et l’isolement présents dans la société moderne étaient au cœur de la méditation de mercredi soir : « La société contemporaine a créé dans nos villes une foule de solitudes ».
Mais comment le chrétien réagit-il à la douleur ? Dans le Christ, répond le cardinal Ravasi, Dieu « se penche vers l’homme », et il « assume sa souffrance », ses « limites ». Jésus lui-même fait l’expérience de « l’obscurité de toute la gamme de la douleur : peur, solitude, isolement, trahison, souffrance physique, silence de Dieu, mort ».
« Le péché, est un acte personnel qui naît de la liberté humaine », a expliqué le cardinal italien dans sa 11eméditation, ce jeudi matin: il s’agit d’une «  révolte », mais avant tout d’un « éloignement de Dieu ».
Et de préciser la spécificité du péché et donc du sacrement de la réconciliation: « Le péché est, avant tout et surtout, une réalité théologique ; il peut avoir aussi des répercussions psychologiques, mais c’est une réalité théologique. C’est pourquoi le sacrement de réconciliation ne pourra jamais être l’équivalent d’une séance de psychanalyse, parce que la conscience de Dieu qu’a le pécheur est absolument fondamentale ».
Comment redresser la barre ? Le bibliste a invité à voir la solution dans « la conversion », c’est-à-dire dans une « changement de cap », de « mentalité » qui aide à « tourner le dos à ce à quoi nous sommes accrochés ».
Pour arriver à cette décision, le cardinal Ravasi a proposé la lecture de la seconde Epître de saint Paul aux Corinthiens, qui analyse un verbe grec qui signifie le lien entre l’homme et Dieu : « Catallasso : ce verbe, techniquement parlant, indique l’acte du juge qui tente de réconcilier deux époux qui se trouvent en désaccord. C’est ce geste qui est désormais connu – il existe dans notre jurisprudence et dans de nombreux pays – dans les cas de séparation et de divorce : d’habitude, de manière purement formelle, le juge dit si l’on veut encore arriver à un accord. Paul utilise ce verbe, qui est quasiment celui de la réconciliation juridique ; c’est pourquoi c’est un verbe qui revêt une dimension nuptiale, celle, justement, de ce lien que nous avons avec Dieu : un lien nuptial qui a été brisé par le péché ».
L’être humain passe ainsi par un « frémissement profond », pour parvenir à un être nouveau : « Dans la société, on n’a pas toujours la possibilité de recommencer : certains sont désormais marqués, même s’il est vrai qu’il y a, dans la législation, des propositions pour essayer de réhabiliter et de proposer de nouveau à la société quelqu’un qui a fait une erreur. Mais il restera toujours une sorte de marque sur la personne qui a été, peut-être avec raison, jugée pécheur. Dans la Bible, au contraire, cela n’existe pas ; dans le prophète Isaïe, surtout, on trouve cette image de Dieu qui jette loin de lui tes péchés, pour que tu ne les regardes plus, et donc, ils n’existent plus. C’est une véritable annulation ».
« L’absence et le néant : l’homme sans Dieu » : c’était le thème de la 12e méditation proposée par le cardinal Ravasi, à partir des psaumes 14 et 53. Il y voit l’évocation d’un « athéisme pratique ».
Il a fait remarquer que les deux termes « absence et néant » ne sont pas synonymes, l’absence désignant comme « la nostalgie de Dieu, le néant « le véritable mal de la culture actuelle ».
Et de préciser : « C’est l’indifférence, la superficialité, la banalité. C’est pour cela que je ne cesse de me demander comment on peut agir d’une manière ou d’une autre sur cette sorte de brouillard, sur cette sorte de « gélatine » ; c’est quelque chose de mou qui n’a aucune nostalgie, c’est vraiment le vide, le néant, mais pas le vide de l’attente. D’un point de vue pastoral, c’est cette seconde forme d’athéisme que nous rencontrons le plus souvent ».
Mais même le croyant affronte parfois le « silence de Dieu », a-t-il fait remarquer en disant :  « Pensons aussi à nous-mêmes, chaque fois que nous avons ressenti, peut-être à cause de notre tiédeur ou du découragement, le silence de Dieu, l’absence. Pour nous, il n’avait pas complètement disparu de notre horizon, mais nous ne le sentions plus. Je voudrais que nous tous, qui sommes évêques pour la plupart, nous pensions un peu au clergé, à tous les prêtres qui vivent cette expérience et qui n’ont peut-être pas cette capacité d’élaboration qu’ils devraient avoir, que nous aurions dû leur donner. Ce témoignage, je crois que – surtout ceux d’entre vous qui avez été évêques d’une Eglise, pasteurs d’une Eglise – vous pouvez le leur donner vous-mêmes ».
Pourtant la fin du psaume 22, s’ouvre sur cette espérance: « Tu m’as répondu ». La supplication se fait alors action de grâce : « Nos prières de supplication ne tombent jamais dans le néant », a insisté le prédicateur.
Il a évoqué un « dramaturge de l’absurde » comme Eugène Ionesco, athée, qui écrivait avant de mourir : « Prier le Je Ne Sais Qui – j’espère: Jésus Christ.».

Shabbat

20 février, 2013

Shabbat dans images sacrée Shabbos

http://centroculturaebraicatiqqun.blogspot.it/2012_08_01_archive.html

 

CE JOUR QU’A FAIT LE SEIGNEUR, EXULTONS ET SOYONS DANS LA JOIE (PS 117, 24).

20 février, 2013

http://viechretienne.catholique.org/cec/6435-ii-le-jour-du-seigneur

ARTICLE 3 : LE TROISIÈME COMMANDEMENT

II. LE JOUR DU SEIGNEUR

CE JOUR QU’A FAIT LE SEIGNEUR, EXULTONS ET SOYONS DANS LA JOIE (PS 117, 24).

LE JOUR DE LA RÉSURRECTION : LA CRÉATION NOUVELLE
2174 Jésus est ressuscité d’entre les morts,  » le premier jour de la semaine  » (Mt 28,1 ; Mc 16,2 ; Lc 24,1 ; Jn 20,1). En tant que  » premier jour « , le jour de la Résurrection du Christ rappelle la première création. En tant que  » huitième jour  » qui suit le sabbat (cf. Mc 16,1 ; Mt 28,1) il signifie la nouvelle création inaugurée avec la Résurrection du Christ. Il est devenu pour les chrétiens le premier de tous les jours, la première de toutes les fêtes, le jour du Seigneur (Hè kuriakè hèmera, dies dominica), le  » dimanche
Nous nous assemblons tous le jour du soleil parce que c’est le premier jour [après le Sabbat juif, mais aussi le premier jour] où, Dieu tirant la matière des ténèbres, a créé le monde et que, ce même jour, Jésus Christ notre Sauveur, ressuscita d’entre les morts (S. Justin, apol. 1, 67).
LE DIMANCHE – ACCOMPLISSEMENT DU SABBAT
2175 Le Dimanche se distingue expressément du Sabbat auquel il succède chronologiquement, chaque semaine, et dont il remplace pour les chrétiens la prescription cérémonielle. Il accomplit, dans la Pâque du Christ, la vérité spirituelle du sabbat juif et annonce le repos éternel de l’homme en Dieu. Car le culte de la loi préparait le mystère du Christ, et ce qui s’y pratiquait figurait quelque trait relatif au Christ (cf. 1 Co 10, 11) :
Ceux qui vivaient selon l’ancien ordre des choses sont venus à la nouvelle espérance, n’observant plus le sabbat, mais le Jour du Seigneur, en lequel notre vie est bénie par Lui et par sa mort (S. Ignace d’Antioche, Magn. 9, 1).
2176 La célébration du dimanche observe la prescription morale naturellement inscrite au cœur de l’homme de  » rendre à Dieu un culte extérieur, visible, public et régulier sous le signe de son bienfait universel envers les hommes  » (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 122, 4). Le culte dominical accomplit le précepte moral de l’Ancienne Alliance dont il reprend le rythme et l’esprit en célébrant chaque semaine le Créateur et le Rédempteur de son peuple.
L’EUCHARISTIE DOMINICALE
2177 La célébration dominicale du Jour et de l’Eucharistie du Seigneur est au cœur de la vie de l’Église.  » Le dimanche, où, de par la tradition apostolique, est célébré le mystère pascal, doit être observé dans l’Église tout entière comme le principal jour de fête de précepte  » (⇒ CIC, can. 1246, § 1).
 » De même, doivent être observés les jours de la Nativité de notre Seigneur Jésus Christ, de l’Epiphanie, de l’Ascension et du Très Saint Corps et Sang du Christ, le jour de Sainte Marie Mère de Dieu, de son Immaculée Conception et de son Assomption, de saint Joseph, des saints Apôtres Pierre et Paul et de tous les Saints  » (⇒ CIC, can. 1246, § 1).
2178 Cette pratique de l’assemblée chrétienne date des débuts de l’âge apostolique (cf. Ac 2,42-46 ; 1 Co 11, 17). L’épître aux Hébreux rappelle :  » Ne désertez pas votre propre assemblée comme quelques-uns ont coutume de le faire ; mais encouragez-vous mutuellement  » (He 10,25).
La tradition garde le souvenir d’une exhortation toujours actuelle :  » Venir tôt à l’Église, s’approcher du Seigneur et confesser ses péchés, se repentir dans la prière … Assister à la sainte et divine liturgie, finir sa prière et ne point partir avant le renvoi … Nous l’avons souvent dit : ce jour vous est donné pour la prière et le repos. Il est le Jour que le Seigneur a fait. En lui exultons et réjouissons-nous  » (Auteur anonyme, serm. dom.).
2179  » La paroisse est une communauté précise de fidèles qui est constituée d’une manière stable dans une Église particulière, et dont la charge pastorale est confiée au curé, comme à son pasteur propre, sous l’autorité de l’évêque diocésain  » (⇒ CIC, can. 515, § 1). Elle est le lieu où tous les fidèles peuvent être rassemblés par la célébration dominicale de l’Eucharistie. La paroisse initie le peuple chrétien à l’expression ordinaire de la vie liturgique, elle le rassemble dans cette célébration ; elle enseigne la doctrine salvifique du Christ ; elle pratique la charité du Seigneur dans des œuvres bonnes et fraternelles :                
Tu ne peux pas prier à la maison comme à l’Église, où il y a le grand nombre, où le cri est lancé à Dieu d’un seul cœur. Il y a là quelque chose de plus, l’union des esprits, l’accord des âmes, le lien de la charité, les prières des prêtres (S. Jean Chrysostome, incomprehens. 3, 6 : PG 48, 725D).
L’OBLIGATION DU DIMANCHE             
2180 Le commandement de l’Église détermine et précise la loi du Seigneur :  » Le dimanche et les autres jours de fête de précepte, les fidèles sont tenus par l’obligation de participer à la Messe  » (⇒ CIC, can. 1247).  » Satisfait au précepte de participation à la Messe, qui assiste à la Messe célébrée selon le rite catholique le jour de fête lui-même ou le soir du jour précédent  » (⇒ CIC, can. 1248, § 1).
2181 L’Eucharistie du dimanche fonde et sanctionne toute la pratique chrétienne. C’est pourquoi les fidèles sont obligés de participer à l’Eucharistie les jours de précepte, à moins d’en être excusés pour une raison sérieuse (par exemple la maladie, le soin des nourrissons) ou dispensés par leur pasteur propre (cf. ⇒ CIC, can. 1245). Ceux qui délibérément manquent à cette obligation commettent un péché grave.
2182 La participation à la célébration commune de l’Eucharistie dominicale est un témoignage d’appartenance et de fidélité au Christ et à son Église. Les fidèles attestent par là leur communion dans la foi et la charité. Ils témoignent ensemble de la sainteté de Dieu et de leur espérance du Salut. Ils se réconfortent mutuellement sous la guidance de l’Esprit Saint.
2183  » Si, faute de ministres sacrés, ou pour toute autre cause grave, la participation à la célébration eucharistique est impossible, il est vivement recommandé que les fidèles participent à la liturgie de la Parole s’il y en a une, dans l’église paroissiale ou dans un autre lieu sacré, célébrée selon les dispositions prises par l’évêque diocésain, ou bien s’adonnent à la prière durant un temps convenable, seuls ou en famille, ou, selon l’occasion, en groupe de familles  » (⇒ CIC, can. 1248, § 2).
JOUR DE GRÂCE ET DE CESSATION DU TRAVAIL
2184 Comme Dieu  » se reposa le septième jour après tout le travail qu’il avait fait  » (Gn 2, 2), la vie humaine est rythmée par le travail et le repos. L’institution du Jour du Seigneur contribue à ce que tous jouissent du temps de repos et de loisir suffisant qui leur permette de cultiver leur vie familiale, culturelle, sociale et religieuse (cf. GS 67, § 3).
2185 Pendant le dimanche et les autres jours de fête de précepte, les fidèles s’abstiendront de se livrer à des travaux ou à des activités qui empêchent le culte dû à Dieu, la joie propre au Jour du Seigneur, la pratique des œuvres de miséricorde et la détente convenable de l’esprit et du corps (cf. ⇒ CIC, can. 1247). Les nécessités familiales ou une grande utilité sociale constituent des excuses légitimes vis-à-vis du précepte du repos dominical. Les fidèles veilleront à ce que de légitimes excuses n’introduisent pas des habitudes préjudiciables à la religion, à la vie de famille et à la santé.
L’amour de la vérité cherche le saint loisir, la nécessité de l’amour accueille le juste travail (S. Augustin, civ. 19, 19).
2186 Que les chrétiens qui disposent de loisirs se rappellent leurs frères qui ont les mêmes besoins et les mêmes droits et ne peuvent se reposer à cause de la pauvreté et de la misère. Le dimanche est traditionnellement consacré par la piété chrétienne aux bonnes œuvres et aux humbles services des malades, des infirmes, des vieillards. Les chrétiens sanctifieront encore le dimanche en donnant à leur famille et à leurs proches le temps et les soins, difficiles à accorder les autres jours de la semaine. Le dimanche est un temps de réflexion, de silence, de culture et de méditation qui favorisent la croissance de la vie intérieure et chrétienne.
2187 Sanctifier les dimanches et jours de fête exige un effort commun. Chaque chrétien doit éviter d’imposer sans nécessité à autrui ce qui l’empêcherait de garder le jour du Seigneur. Quand les coutumes (sport, restaurants, etc.) et les contraintes sociales (services publics, etc.) requièrent de certains un travail dominical, chacun garde la responsabilité d’un temps suffisant de loisir. Les fidèles veilleront, avec tempérance et charité, à éviter les excès et les violences engendrées parfois par des loisirs de masse. Malgré les contraintes économiques, les pouvoirs publics veilleront à assurer aux citoyens un temps destiné au repos et au culte divin. Les employeurs ont une obligation analogue vis-à-vis de leurs employés.
2188 Dans le respect de la liberté religieuse et du bien commun de tous, les chrétiens ont à faire reconnaître les dimanches et jours de fête de l’Église comme des jours fériés légaux. Ils ont à donner à tous un exemple public de prière, de respect et de joie et à défendre leurs traditions comme une contribution précieuse à la vie spirituelle de la société humaine. Si la législation du pays ou d’autres raisons obligent à travailler le dimanche, que ce jour soit néanmoins vécu comme le jour de notre délivrance qui nous fait participer à cette  » réunion de fête « , à cette  » assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux  » (He 12,22-23).

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